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Tomber dans le panneau [Quête solo]

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MessageSujet: Tomber dans le panneau [Quête solo] Lun 15 Nov 2010 - 23:01
Première partie : Dédale et autre phoque


On révéla les cartes avec une soudaine appréhension. Les cinq cartes communes ne permettaient aucun bon jeu : un deux, un cinq, un huit, un dix et une Dame. Et pas bien assortis. C'est avec consternation (feintée d'un sourire) que mon adversaire me révéla un as et un Roi. Aucun jeu crétin, pas plus que celui qui était à ta gauche et qui se lamentait sur son six et son sept, ayant espéré une suite qui n'était jamais venu. Je leur fis miroiter mes cartes et présentais un sept et un deux.
« Oh bordel, une paire de deux ! »

Je ramassais les jetons au centre de la table en distribuant la charge de dealer à mon collègue de gauche, en répétant mot pour mot l'exclamation précédente avec un sourire en coin. Vendredi soir, c'était poker avec quatre autres potes, dans une cave. J'appréciais le côté gangster de la scène ; j'avais un joint coincé entre les lèvres mais pour ne pas risquer d'enfumer les autres joueurs, il resta silencieusement intact. Je n'avais pas invité Jacob, j'avais peur qu'il refusa en se moquant de moi et de mes penchants obséquieux. Il aurait cassé l'ambiance à coup sûr : il n'avait pas le virus du jeu dans la peau. Je venais de plumer un joueur, qui avait tout misé sur un jeu de merde. Je ne maîtrisais pas très bien les probabilités, mais j'étais plus doué que les pauvres gens autour de la table. Je ne pensais pas qu'un crétin placerait un tapis sans n'avoir autre chose qu'un As et un Roi. Je maudissais sa crétinerie tout en empilant avec un soin maniaque mes jetons multicolores. Il n'y avait que deux gars que je fréquentais régulièrement ; les deux autres s'étaient joints à nous, des connaissances de connaissance. Puis je compris soudainement que je venais de rafler les derniers jetons de l'autre joueur aussi dans le même temps. Ah, je ne savais pas que d'avoir autant de jetons pouvait gâcher la vue. Une partie de moins de deux heures, bien trop facile. Je rangeais les jetons dans ma mallette en leur souhaitant au revoir d'un air condescendant. Un de mes potes s'écria alors :


« C'est nul. Y a qu'Ed pour terminer sur une paire de deux !
_ Et oui, décidément, je suis le Meilleur partout
, sifflotais-je en refermant ma mallette grise.
_ Pardon ?
_ Désolé, private Joke. »


Le Seigneur Cauchemar Maze n'arrêtait pas de sourire, traçant sur son visage une ligne infernale qui aurait fait reculer le plus brave des Voyageurs. Vous me direz, vu le physique de Maze, on aurait préféré ne jamais le croiser. C'était un des dix Seigneurs Cauchemars les plus puissants au moins, régnant sur la Claustrophobie. Un des plus fidèles alliés du Royaume des Ténèbres, donc, un connard potentiel. Ce gars avait la sale habitude de s'emporter facilement soit dans une terrible colère, soit dans un dédale de réflexions insolites. Dans ce cas-là, il tranchait généralement ce nœud gordien de pensées par un massacre de l'adversaire, avant de méditer une seconde fois sur ces actes (ce qui ne différait pas vraiment de la première solution). Il était l'exemple même de la non productivité de réflexion, transformant ses interrogations métaphysiques en temps perdu. De plus, il n'avait pas du tout le sens de l'orientation. Des mauvaises langues affirment qu'il a construit le plus grand Labyrinthe de tous les temps pour se venger (les puristes disent cependant que le plus gigantesque Labyrinthe est la Zone 1 dans son ensemble ; mais comme personne n'a cherché à mesurer l'un comme l'autre et qu'on les considère tous deux comme de taille infinies au mieux, variables au pire, on s'est accordé à dire que le Labyrinthe Cauchemar était le plus immense dédale jamais « construit »).
Pour le reste, Maze était effectivement un personnage menaçant. Du haut de ses deux mètres quarante, tout son corps était large et musclé. Il cachait ses yeux derrière des lunettes de soleil, et ses bras de titan derrière de larges vêtements. Des tatouages lui marbraient toue le corps, entourant deux rubis qu'il portait sur son torse, jusqu'à remonter sur son crâne chauve. Il était couvert de verroteries étranges qu'il aimait aborder lors de réunions.
Cette nuit-là, le Seigneur se frottait les mains devant deux de ses lieutenants, des créatures qui ressemblaient furieusement à des origamis humanoïdes sur lesquels des gosses semblaient avoir dessiné des bouches immondes pleines de dents, et des yeux inégaux. Aujourd'hui, il réunissait trois de ses quelques Voyageurs pour un jeu sublime. Pour tout dire, cela ressemblait plus à un test, à un concours. Et d'ailleurs, les invités arrivaient.

Dreamland était un monde infernal, mais passé quelques temps en son sein, on commençait à globalement comprendre son fonctionnement et les astuces pour éviter de se faire empailler par le premier monstre coquet venu. Mais en fait, on en apprenait tous les jours (ou tous les soirs). Moi qui commençais à rêver d'Hélène et de Shana (pas Jacob, jamais Jacob), je sentis mon esprit s'engourdir, s'apaiser, puis se faire siphonner jusqu'au Royaume des Rêves. Mais au lieu de rejoindre mon groupe classique, je me trouvais dans un endroit inconnu, une vaste plaine rouge entouré par des plateaux oranges. Le ciel y était violet, les nuages volaient très bas (et s'insultaient carrément). En fait, le paysage dans son ensemble donnait un aspect désolé comme si on y avait bataillé quelques centaines de siècles jusqu'à détruire et repousser toute forme de vie. Je réfléchissais au moyen qui aurait pu m'envoyer ici plutôt qu'avec les autres. Voyons voir, je me souvins d'être revenu chez, jetant le nécessaire de poker, exténué. J'avais nourri une sempiternelle fois le chat, avais délaissé mes leçons pour une page Internet, avait regardé « Arnaques, Crimes et Botaniques » avant de se jeter au lit. Mû par la marionnette de la monotonie, mon chat me rejoignit rapidement après avoir éjecté une boule de poils de façon très noble au plein milieu du couloir. J'oubliais les deux cannettes de bières. A moins que dormir avec un chat tigré qui avait dégobillé dans son studio, ou bien regardé un film de Guy Ritchie avant de dormir faisait s'effondrer les grands rouages de Dreamland, je ne voyais vraiment pas ce qui aurait pu causer ce changement de paysage soudain et non voulu. Je me grattais la tête, et put faire un point sur mes vêtements du soir. Je revêtais élégamment une tenue de barman, chaussures noires et chics. J'avais comme de bien entendu, des lunettes de soleil qui barraient ma vue. AA la fin de cet examen, j'entendis un raclement de gorge derrière moi, et je me retournai en sursautant. Quelqu'un gloussa et je pus identifier cinq personnes. Mon instinct me hurla qu'en plus de deux bouts de papier géants, il y avait un type étonnamment, effroyablement, épouvantablement puissant ; plus deux Voyageurs qui me regardaient comme si j'étais un crétin fini. Le type m'apostropha :


« Bienvenue Ed, ça fait plaisir de voir que tu es aussi arrivé à bon port.
_ Voui ?
_ Je me présente, je suis le Seigneur Cauchemar Maze, qui t'a offert tes pouvoirs de la Claustrophobie et qui t'invoque cette nuit-là pour une raison bien spéciale.
_ Enchanté.
_ Je vais faire simple : j'ai réuni les trois derniers Voyageurs de la Claustrophobie pour un test ; de plus nous aurons un invité du Royaume de l'Agoraphobie qui participera à notre jeu. Voici tes compagnons, et bientôt tes futurs adversaires, je te laisse avec eux.
_ Euh, pas de problème. »


La discussion ne pouvait être plus limpide, mais mon esprit refusa de comprendre. Je regardais l'immense gars avec un air complètement attardé. Je mirais ses mains qui pourraient me plier en deux sans aucune difficulté, dans le sens de la hauteur. Je réussis à articuler un remerciement, même si je ne savais pas si je lui étais reconnaissant pour mes pouvoirs ou pour m'avoir amené ici (bien que je ne me sentais pas de le remercier pour un pareil désagrément). Il m'avait ainsi demandé de me présenter aux deux autres Voyageurs, des gens dont le pouvoir équivalait aux miens (ou alors en partie, je n'étais pas un Claustrophobe normal). Le premier de ces Voyageurs était une grande fille, aussi âgée que moi environ dont la chevelure blonde et folle cascadait sur de fines épaules. Son visage exprimait un fort caractère, et une expérience exagérée pour se foutre de personnes dont elle ne connaissait rien :


« Alors c'est toi le dernier Voyageur Claustrophobe ? Tu ressembles à un poussin.
_ Eh, c'est pas le type qui traîne tout le temps avec l'Intouchable ?
enchaîna le second. Lui était déjà plus petit, coiffé d'un bandana ciselé orange et jaune. Il semblait plus renfermé que sa copine, mais le cerveau devait fonctionner plus vite. Ses cheveux châtains coiffés en arrière, sa bouche neutre, son visage parfaitement impassible et ses mains dans ses poches, tout indiquait qu'il n'avait pas de grain dans le crâne.
_ Mais si t'as raison ! Un tel minable dans nos troupes, ça fait un adversaire en moins pour le Labyrinthe. »


Mon état de choc se maintenait pour assembler toutes les informations nécessaires à une extraction de donnée efficace. En moins d'une minute, j'avais été détourné, présenté à mon Seigneur Cauchemar et insulté plusieurs fois. La tchache qui me qualifiait s'était tarie plus sûrement qu'une goutte d'eau dans le désert. Ce fut Maze qui vint à mon secours en défendant mes compétences. C'était moi qui avait remporté le tournoi, c'était moi une des plus influentes Blue Star (à cet instant, je n'avais pas encore lu la dernière édition du DreamMag). La mijaurée leva les yeux en l'air comme si ces actes étaient d'une aberrante stupidité et témoignaient d'une faiblesse certaine. Elle reprit sans se démonter :


« _ Un bleu ? Il n'y a toujours aucun problème.
_ Je te signale Robin, que tu es toi aussi dans la Ligue Baby
, l'interrompit le Seigneur.
_ Je ne m'amuse pas à parader dans des Royaumes de merde et à faire mon imbécile »
, cracha la-dite Robin.

Je voyais le genre : ne jamais écouter ce que disait les autres, se forger une opinion en moins d'une seconde et tenter d'écraser son adversaire par n'importe quel moyen. Je réussis enfin à retrouver la vigueur dont je faisais preuve et mes paroles crues :


« Un problème ? C'est pas parce que t'es faible qu'il faut te la raconter, je pourrais t'enterrer vivante sans que tu t'en rendes compte. »


S'en suivit une myriade d'insultes, front contre front. Le second Voyageur préféra observer l'horizon voir si le dernier invité arrivait. Maze était en train de se frotter le front, cherchant s'il devait nous laisser discuter en paix ou intervenir, et si oui dans quelles mesures. Alors que sa peau virait au noir, signe que ses réflexions métaphysiques se faisaient violence et qu'il était prêt à écraser les chieurs par terre, le dernier membre arriva. Faisant ma taille, ses cheveux albinos encadraient un visage calme. Ses yeux ressemblaient à de pluvieux nuages enfermés, et tous ses gestes étaient si mesurés qu'on ne savait plus où se mettre et que chacun paraissait grossier à-côté de lui. La première impression quand je vis ce type fut : gaffe. Il semblait aussi froid et dangereux qu'un piège à loup : approche-toi de lui et ta main est sectionnée. Il s'inclina face à Maze (un geste que ce dernier apprécia, j'aurais peut-être dû faire de même au lieu de bafouiller) avant de dire :


« C'est un grand honneur pour moi de pouvoir participer à votre sélection. J'espère que celui-ci permettra de rapprocher nos deux Royaumes dans une alliance indéfectible que craindront toutes les armées de Dreamland. »


Pompeux à souhait, mais il était vrai que ces deux phobies étaient particulièrement répandues dans le Monde Réel. Il devait y avoir de nombreux Voyageurs possédant les pouvoirs des deux Royaumes. C'était bien beau, mais je ne savais toujours pas ce que je faisais là. Il y eut les présentations, et elles furent plus complètes que la dernière fois. Je sus donc que le nouvel arrivé s'appelait Alain, et qu'il était le dernier venu du Royaume de l'Agoraphobie. Je me demandais déjà quels pouvoirs il pouvait déclencher avec une telle peur. Mais son charisme naturel était assez impressionnant pour que Robin ne s'emporta pas. D'ailleurs, celle-là était dix-huitième de la Ligue Baby, et passait le plus clair de son temps avec Maze, qui lui délivrait quelques missions avant de l'entraîner. La dernier Voyageur de la Claustrophobie s'appelait Nielsen. Ce ne fut qu'après avoir entendu ce nom que je me rendais compte que son teint était plus basané que la moyenne. Il était le 546ème de la Ligue Major, ce n'était pas un débutant. Il s'occupait de la diplomatie du Royaume et passait son temps à survivre dans la Troisième Zone. Par contre, je ne savais pas du tout la force que possédait Alain car il avoua qu'il ne savait pas du tout où il se situait dans la Ligue Baby. Voilà pour la description des gens que j'allais croiser dans le futur.
Le seigneur Cauchemar attira notre attention, et nous mena sur un petit sentier. Cinq minutes plus tard dans une marche silencieuse (seuls Nielsen et Robin se connaissaient et n'échangeaient que quelques mots), Maze et ses sbires de cartons pâtes nous montrèrent une trappe creusée à même le sol. Il expliqua alors, plus à moi et à Alain qu'aux deux autres Voyageurs, tout le temps collé à ses basques :


« Vous n'êtes pas sans savoir que nous comptons sept Voyageurs dans notre armée, et que vous êtes les trois benjamins. Comme tous Seigneurs digne de ce nom, je possède différents artefacts magiques mais j'ai refusé de les donner à mes plus puissants Voyageurs bien qu'ils me les aient demandés. Je leur ai accordé un pari. Je veux voir si vous serez dignes de porter mes objets magiques.
Pour ce, j'ai organisé le Labyrinthe Cauchemar et j'y ai caché deux trésors du Royaume. A vous de les trouver. Vous aurez exactement trois nuits à votre disposition et vous prendrez des chemins différents. Les artefacts non retrouvés seront donnés à mes cadors ; il ne tient qu'à vous de prouver votre valeur. Interdiction de s'entretuer, mais vous avez le droit de vous casser la gueule mutuellement si ça vous chante et si vous trouvez que c'est le bon moyen.
Un dernier conseil : dans le Labyrinthe, tout peut arriver. C'est un condensé, voire un résumé de Dreamland. Et vos pires ennemis ne seront pas les autres mais le temps. Le temps mes amis, vous en manquez dès maintenant. »


Sur ces manières très classieuses, il invita la fille à descendre par la trappe. Robin s'exécuta sans discuter plus. Maze semblait la seule personne dont elle ne contestait pas les paroles. Faut dire, il avait pas une tête de guignol. Ce dernier referma le trou sans subtilité. Il fouilla dans une de ses larges poches et y sortit un petit cube de bois. Il le lança par terre négligemment. Soudain, l'objet s'agrandit rapidement et sans un bruit, se transforma en une armoire banale. Le Seigneur Cauchemar s'approcha d'elle, fit rouler la poignet avant d'ouvrir le battant. Il invita Alain à monter dedans. L'albinos le remercia, comme un parfait lèche-cul, et s'installa étroitement dans le meuble. Maze referma la porte, posa une de ses larges mains dessus et petit à petit, l'aplatit contre le sol. J'entendis un drôle de bruit, comme un ballon qu'on dégonflerait alors que le placard sous la pression de la main du bonhomme, se tordit jusqu'à redevenir un cube qu'il rangea dans la poche de sa veste. Il fit un signe en l'air, et les deux origamis qui l'accompagnaient inclinèrent le tête. Puis ils se pliaient et se dépliaient, s'encastraient l'un dans l'autre dans une danse morbide que n'aurait pas renié Miyasaki. Puis à force de pliages incessants, ils devinrent une porte parfaitement symétrique de couleur blanche quelquefois parcourus d'un petit frisson. Il invita Nielsen à tourner la poignée pour pénétrer au seuil ; ce dernier s'exécuta et disparut proprement du paysage. Je ne réussis à voir que des ténèbres dans l'entrebâillement avant que la porte ne se referma dans un bruit de papier mâché jeté au sol. Maze se tourna finalement vers moi, et traça quelques inscriptions magiques en forme de pentacle cyclique à mes pieds. Je lui demandais si tout cela était parfaitement nécessaire. Il me répondit d'une voix grave amusée :


« Normalement, y a un bon millier de portes qui mènent à ce Royaume de dédale. Mais je vous ai préparé une petite section rien qu'à vous afin que personne n'interfère dans votre concours. Il est logique que je puisse être le seul à vous y envoyer. »

La réponse était parfaitement exact, même si je me demandais l'infime chance qu'il y avait pour que quelqu'un aille dans le Labyrinthe et réussisse à nous y rejoindre. Un coup d'œil devant moi, et je ne parvenais plus à retrouver la trappe par laquelle était entrée la blonde. De même, les papiers s'étaient déliés et revenaient aux côté de leur maître.


« Ed Free, tu sais pourquoi je porte des lunettes de soleil ? »


Je ne répondis pas, il alla me donner la réponse à cette question rapidement. Il recula jusqu'à un mètre cinquante de moi. A mes pieds, il y avait un pentacle d'une complexité telle que les étudiants de Gobelin se seraient arrachés les cheveux pour le dessiner (et ce, sous une durée de dix jours). Puis je remontais mes yeux pour observer le visage du Seigneur Cauchemar. Il dégageait une telle impression de puissance et d'effroi que je ne prenais pas mes jambes à mon cou seulement parce qu'il était ce qu'il semblait : mon chef. Il m'ordonna d'enlever mes propres branches et de le fixer dans les yeux. D'un mouvement expérimenté, je retirais mes lunettes et le vis retirer les siennes. Je contemplais ses globes oculaires, un exercice infiniment dur car...il n'avait pas de yeux. Ou alors, pas au sens où on l'identifiait. Il y avait quelque chose qu'il me semblait reconnaître sans toutefois parvenir à mettre le doigt dessus. Je le fixais plus précisément. C'étaient des portails, exactement les mêmes que j'utilisais, bien qu'ils soient entièrement noirs. Quand je compris la nature de ses yeux, je me sentis aspiré, emporté dans cette encre de noirceur. Quand de peur, je voulus détourner mon regard, ce fut pour comprendre que j'étais déjà dans le Labyrinthe. Le paysage martien, Maze et ses papiers avaient disparus. Il ne restait qu'une salle de dix mètres carrées rectangulaire. Il y avait une porte par mur. A moi de prendre la bonne. Je pris celle de droite, bien que je connaissais quelques personnes qui m'auraient suggéré de prendre la porte en face de moi. Merci Naheulbeuk, mais ça ne vous aurait pas réussi d'atteindre le boss directement.
J'avançai donc, le cœur battant à tout rompre de cette expérience étrange. Je me demandais si mes yeux ressemblaient à un tel spectacle quand j'utilisais mon pouvoir. Je devais vraiment être effrayant si c'était le cas. Je passais outre ses inutiles réflexions ; je pourrais toujours demander à la prochaine personne que je tabasserais. Le couloir était angoissant : les murs étaient de vieilles briques entassées les unes sur les autres, collées par l'opération du Saint-Esprit. Ils n'étaient séparés que d'un petit mètre, à peine de quoi marcher normalement. L'intérieur était humide, sombre. Je ne savais toujours pas s'il y avait un plafond ou pas : ce n'était que noirceur des ténèbres, perchée à cinq mètres de hauteur. Il y avait de la lumière, mais aucune source lumineuse en vue. Il fallait juste accepter ce qui se passait, sans chercher à comprendre. Je me demandais s'il était bien utile de dresser un plan ou pas : est-ce que le Labyrinthe avait été conçu pour être logique ? Je voyais bien des tunnels s'entrecroiser sur le papier, sans que ça soit le cas dans la réalité. Et à ce que je sache, il était parfaitement possible que Maze changea les murs pour s'amuser un peu plus.
Altercation : je passai à droite une seconde fois.
Il y avait une astuce tout conne pour ne jamais se perdre (et tracer un plan efficace), était de toujours tourner dans la même direction. Le problème est que cela prenait beaucoup, beaucoup de temps pour trouver ce qu'on cherchait. Et c'était parfaitement le genre de situations qui devait agacer les spectateurs du concours s'il y en avait. Mais est-ce que Maze nous observait ? Car il n'avait jamais dit qu'il interviendrait si un combat dégénérait. Je n'aimais vraiment pas ça.
Je pris à gauche.
Pour le reste, il faudrait envoyer dès que je me réveillerais un texto à Shana et à Jacob pour leur indiquer que je serais indisponible pendant les deux prochaines nuits ; ils préviendraient Hélène en conséquence. D'ailleurs, je pus voir tracer sur ma main, le chiffre 1, en romain. Un « I » majuscule explicite. Il devait jouer le rôle de tatouage qui me ferait revenir exactement à l'endroit que je quitterais en me réveillant. Très intéressant, je ne bossais pas pour n'importe qui.
J'avançai tout droit et monta un escalier.
Pour l'instant, le paysage ne différait en rien, et j'avais l'impression de marcher dans les mêmes couloirs qu'auparavant. Le bruit de mes pas sur le sol terreux résonnait de façon étrange. Je m'arrêtais un instant ; aucun son. Je repris ma marche, de plus en plus craintif. Si des gens passaient dedans, ils en ressortiraient claustrophobes et paranoïaques. Je n'allais pas tarder à subir le même sort si je restais là. Je pressais le pas, conscient que la montre était ici mon pire ennemi. Je fouillais dans ma poche, il y avait mes lunettes de soleil. Je ne les remis pas de suite, j'attendais de sortir dans un endroit plus chaleureux que des catacombes interminables.
Je pris à droite. BORDEL ! Toujours ce même sentier de merde qui me tendait ces murs insipides. J'avais l'impression de jouer dans un vieux jeu 3D qui maîtrisait à peu près aussi bien les graphismes que les bruitages. Plus la monotonie du paysage, c'était le fait de penser que je tournais en rond ou au mieux, que je n'avais aucun repère. Eh, peut-être qu'il y avait un piège dans tout ça ? Peut-être qu'il y avait un mécanisme que je devais actionner quelque part qui me permettrait de quitter cet endroit. Un labyrinthe, je pensais que je ferais plus de tournants que ça ; je devais attendre deux minutes à chaque fois pour apercevoir une nouvelle bifurcation. Tout pour perdre mon temps.
J'empruntais la voie en face de moi, maintenant qu'on me le proposait, puis je tournais directement vers la droite.
Mais NAN ! CREVURE DE MERDE DE COULOIRS A LA CON !!! Une demi-heure de marche et c'était toujours le même COULOIR ! Bon sang, mais qu'est-ce que je foutais là ? Qui était le crétin sadique et désabusé qui avait instauré une parcelle aussi ennuyeuse et nulle à chier que ce couloir de briques qui n'en finissaient pas ?! Énervé, je me penchais pour inspecter le mur de gauche. Je cherchais une pierre immaculée, non touchée par des tâches de graisse jaune ou de moisissures. Quelques instants plus tard, je trouvais enfin ce que je cherchais. Il y avait une brique entièrement blanche, qui donnait une allure moderne et décalée au tout. J'appuyais dessus : il ne se passa rien. J'allais frapper cette stupide pierre quand un message d'encre noire apparut sur la brique, d'abord floue, puis parfaitement lisible : 
« Dommage, vous y êtes presque. »
Shit ! J'y étais presque ? Je cherchai soudainement une autre pierre. Je la trouvai sur le mur en face, entièrement rouge. J'appuyais simultanément sur les deux briques, une pratiquement posée au sol sur la troisième rangée, l'autre à un mètre soixante-dix. Un nouveau message s'écrivit sur le sol un mètre plus loin, où on pouvait y lire distinctement :
« Posez votre pied ici. » J'obéis sans rechigner, surpris de la tournure des événements. Rien d'autre ne se passa. Je risquais un coup d'œil derrière moi : il y avait bien le même message sur une dalle à un autre mètre derrière. Malgré la pose délicate dans laquelle j'étais, j'entrepris d'étirer ma seconde jambe sans perdre mon précieux équilibre jusqu'au troisième message. Lorsque j'y parvins, j'entendis de petits rouages vibrer. J'attendis dans une position follement précaire. Puis un flash violet inonda la pièce, me faisant écarquiller les sourcils avant de fermer mes yeux. Une feuille de papier tomba du plafond, et je la ramassais attendant que mes capteurs lumineux se calma pour que je puisse la lire. Dessus était inscrit : « Félicitations, vous êtes stupide. Vous pourrez retirer le cliché pris à votre sortie du Labyrinthe. »
RAAAAAH !!! Je déchirais le message en un nombre de morceaux indéfinis, qui tombaient éparses sur le sol. Puis je me mis dans une saute de colère incroyablement infantile, à écraser le papier sous mes chaussures impeccablement cirées. Je respirais plus lentement, plus profondément et me calmais. Je repris le chemin (dans le bon sens, je me suis aidé des briques colorées pour me situer).
Mais un quart d'heure de marche inutile plus tard, je tombais sur une porte. La porte était impeccable, de couleur blanche. La poignée était d'un doré aristocratique. J'hésitais devant : c'était le genre de porte menaçante qui pourrait directement me refaire tomber dans ma phobie. Je déglutis et ouvris le battant. L'intérieur de la pièce était remplie de miroirs et de verres. Super, j'étais à la foire. La pièce immense était un entrelacements imprévisibles de couloirs transparents, de murs perfides et de miroirs sadiques. A chaque fois que je m'avançais sans peur et sans reproche et que je me cognais contre une vitre si lisse qu'elle en devenait invisible, j'entendais des rires se foutre proprement de ma gueule. Je donnais un coup de poing dans une de ces vitres, mais elles étaient totalement indestructibles.
Une demi-heure plus tard (je vais vite mais avouez que m'entendre dire que je tournais là ou là, c'était proprement ennuyant), je trouvais la sortie. Je m'avançais en grognant devant le panneau qui m'affichait la bonne nouvelle. Devant moi, il y avait une nouvelle porte. Entre cette porte et moi, il y avait moi. Oui, il y avait un autre moi ! Qui me fixait d'un regard gris. Je mis mes lunettes de soleil, il fit de même. Je me grattais le cul, il m'imita sans aucune gêne. Je faisais un pas en avant, il s'avança vers moi d'autant. Oh Bon Dieu, galère. Miroir miroir, dis-moi qui est le Meilleur ? J'essayais d'engager une conversation :

« Salut, tu sais que t'es beau gosse ? »


A ma grande stupéfaction, le moi bis répéta mot pour mot ma phrase, avec les mêmes intonations et en même temps que moi. Oups, ce n'était pas un banal reflet, ni un adversaire méticuleux de me reproduire. Un truc étrange entre les deux. Je m'avançais vers lui, et cherchais à le toucher. L'autre s'approcha et toucha ma main qui voulait le tâter. J'entrepris une frappe plus forte, un véritable coup de poing dans les côtes. Je pus voir cette marionnette m'imiter à la perfection : nos poings se frappèrent dans un crissement d'os désagréable. L'écho du coup se retentit dans toute la salle et je me retirais. Bordel, ça faisait mal, l'impact de mon propre coup. Je cherchais à lui donner un coup de pied, qui fut arrêté par la semelle de Moi bis. Oh shit. Je donnais un petit coup de boule qu'il me rendit avec grâce. Comment passer un imbroglio pareil ? Je fis un pas de côté sur la gauche, mais le pantin me poursuivait. Un véritable miroir bien casse-couilles. Je me mis à réfléchir deux secondes : tout avait été prévu pour passer les obstacles, il n'y avait rien d'impossible. Devais-je utiliser un de mes portails ? Étrangement, ça me paraissait trop simple. Les autres Voyageurs pouvaient-ils aussi se téléporter comme moi, bien qu'ils n'avaient certainement pas le pouvoir des portes ? Et je parlais aussi du Voyageur allié qui était venu. Voyons voir.
Ce fut en regardant l'état de la main du pauvre bougre que je compris soudainement. Je savais qui était ce type. C'était moi. Certes, j'avais émis cette hypothèse, mais c'était un moi plus moi que je ne le croyais. C'était vraiment moi. Un autre ego. Je me retournais et balançais mon regard en arrière. L'autre fit de même et je pouvais observer mes lunettes de soleil. J'avançais droit devant moi tandis que mon alter ego s'approchait du mur. Il ne pourrait pas le traverser pour la très simple et bonne raison que moi, j'avais les limites du labyrinthe de glaces que j'avais quitté. Je me décalais sur la gauche pour faire face à la sortie du labyrinthe. Effectivement, un autre coup d'œil en arrière et je pouvais voir que ce couloir symbolisait de l'autre côté de la ligne de symétrie la porte que je cherchais à atteindre. Avec de petits gestes méticuleux et de regards en arrière, je réussis à faire agripper à mon avatar la poignée de la porte. Je fis un geste du poignet et fit mine d'ouvrir le battant. De l'autre côté de la ligne de symétrie, la porte s'était ouverte sous le bras de l'étrange reflet. Je souris en pensant que j'avais eu là une putain de bonne idée. Je m'engouffrais dans la sortie tandis que l'autre moi passa la porte. Un clignement d'œil plus tard, et j'avais quitté la salle de miroirs pour me retrouver dans le couloir qu'était censé prendre moi bis. Une curieuse inversion, mais qui me fit tellement plaisir ! On avait échangé nos places maintenant que le pantin avait traversé la porte de sortie. Je fis le geste de la victoire en fredonnant la chanson d'Indiana Jones. Je pouvais voir par l'entrebâillement de la porte, l'autre moi qui faisait pareil dans le labyrinthe de miroirs. Je me retournais et continuais mon chemin. Je sentais que les autres épreuves qui m'attendaient allaient être d'un calibre aussi renversant. Il faudrait s'attendre à rejeter toutes les lois de la physique connues (voire aussi celles inconnues) pour affronter les énigmes.
Cette fois-ci, j'étais dans un spectacle arctique. Les couloirs étaient plus arrondies, de la neige tombait d'un mur plafond artificiel, et tous les murs étaient coloriés d'un blanc théâtralement immaculé. Je me mis à errer dans ces nouveaux couloirs, dont la couleur semblait aussi oppressante que possible. Il régnait un froid glacial et je me mis à trembloter en claquant des dents rapidement. Je n'avais qu'un costume de barman alors que la température devait allègrement descendre sous le zéro degré. Mes mains virèrent au violet, et la fine couche de tissu de ma poche ne put changer cette couleur inquiétante. De la buée se formait à mes lèvres, formant un nuage glacé. Si je traînais trop ici, j'étais foutu. Il devait au moins faire aussi froid que dans le Royaume Cristal, mais je n'avais aucune fourrure pour me réchauffer. J'aurais pu dire que j'étais nu face à ces couloirs horriblement froids. Mais il n'était pas temps de perdre la boule, je devais garder un sens de l'orientation pour me sortir de là. Facile à dire. Je songeais à repartir d'où je venais mais je ne me souvenais vraiment plus du bon chemin. Il valait mieux continuer en avant, en espérant que la sortie ne soit pas trop loin. J'éternuais trois fois, et à chaque fois mon nez était plus rouge et plus douloureux. Je reniflais, provoquant des spasmes gelés sur tout mon visage. Bientôt, je ne sentis plus mes doigts alors que je tentais de me frotter les mains l'une contre l'autre et que je les agitais pour faire circuler le sang. Des flocons fondaient sur mes lunettes, m'obstruant sans cesse la vue.
Vingt minutes plus tard, j'étais trop engourdi pour claquer des dents et pour réfléchir correctement : j'errais au hasard entre les murs. Le sol était maintenant recouvert de dix centimètres de neige, qui me gelaient directement les orteils. Mon visage était un glaçon qui craquelait à chaque fois que je fermais les yeux. Mes joues étaient bleus, je toussais. Ma gorge m'irritait, et respirer me coûtait énormément d'énergie. J'étais dans une très mauvaise situation ; je ne savais pas si je pouvais mourir suffisamment vite avant que je ne me réveilla, mais je marchais beaucoup moins vite qu'auparavant. J'aurais dû courir pour me réchauffer au lieu de traîner ! Maintenant, c'était trop tard : je n'arrivais plus à utiliser mes muscles assez efficacement pour accélérer. J'avais déjà du mal à tenir debout et je me servais du mur pour me maintenir (qui était évidemment glacial). Si j'avais été sauveteur, j'aurais su qu'il fallait que je bouge de façon permanente, que j'évitai d'aller dans le froid, et autres astuces qui n'avaient pas lieu dans Dreamland. Je passais ma langue sur mes lèvres ; elles étaient déjà gercées.
Je ne remarquais qu'après un temps de latence aussi gelé que l'air ambiant que la veine dans laquelle je circulais s'était élargie. Les murs auparavant étaient toujours séparées des mêmes deux mètres. Maintenant, on pouvait faire tenir un amphithéâtre dans le couloir. Si j'en voyais le bout, je dirais que c'était une salle. Mais c'était bien trop grand pour être considérée comme telle ; même si les flocons me gâchaient la vue, je voyais bien que je ne verrais pas de fond avant un bon kilomètre. Je m'avançais néanmoins les cuisses tremblantes et froides dans cette avenue. Ce ne fut qu'après un moment de marche que je découvris une sorte de petite étal. Quand je disais petite étal, je voulais dire que même des enfants se seraient accroupies pour pouvoir y jouer : le comptoir était positionné à quinze centimètres du sol. Derrière ce comptoir, il y avait un minuscule igloo. Je tentais un cri qui se gela dans ma gorge. Je refis un essai.


« Eyh. Eyh ! »


Dans la pâle imitation du vent qui soufflait, j'entendais quelqu'un (quelque chose) remuer dans l'igloo, se cogner contre un mur avant de ressortir. Je faillis rentrer mes yeux dans leurs orbites de surprise (le seul geste de surprise que je pouvais faire justement) quand je vis un mignon petit phoque blanc sortir de l'habitation. Une apparition insolite dans un lieu aussi mortel. Son minuscule museau ressemblait à ses yeux noirs, il se déplaçait lentement, pointant ses petites papattes dans la neige, se frayant un chemin dans la poudreuse jusqu'à l'étal. Il ne faisait pas vingt centimètres de long et huit de hauteur. Je ne pus m'empêcher de m'exclamer d'une voix niaise (la même que j'utilisais quand je voyais un chat : un secret que je n'avais jamais dévoilé à mes amis) :


« Ouh, qu'il est mignon ! »


Sur quoi le phoque me jeta un œil torve avant de me répondre d'une voix aiguë et nasillarde :


« Wouah ! Touche ton cul, zoophile ! »


Le reste de ma phrase se perdit dans mes poumons. Adieu cette touche de douceur dans ce monde glacial, j'avais le droit à un phoque qui crachait des insultes et dont la voix écorcherait les oreilles d'un sourd. Il continua sur sa lancée, vu comment il m'avait cloué le bec.


« T'es là pour le défi ? Bien sur que oui, bordel, tu ressembles pas à un bonhomme de neige. »


Sur ce, il retourna dans son igloo en grognant. Vingt secondes plus tard, il sortit une pièce d'un jeu d'échec noir (un fou) ainsi que trois gobelets en plastique. En levant les yeux comme si il faisait la chose cent fois par jour, il posa à l'envers les trois gobelets, fourra la pièce de jeu à l'intérieur du verre du milieu.


« Y a rien de plus con, tu dois connaître. Je vais bouger les gobelets et tu devras me dire où se trouve la pièce ensuite. Tu perds, je te laisse dans la mouise, tu gagnes et je te montre le chemin. »


J'acquiesçais, toujours sous le choc de cette erreur de la nature. Puis lorsqu'il approchait ses pattes des verres, je me concentrais. Le froid était toujours aussi virulent mais mon esprit pouvait enfin se fixer sur quelque chose qui ne lui causait pas de douleurs abominables. Je trouvais le jeu trop basique en fait. Moi qui avais déjà affronté il y a quelques instants des inversions d'esprit et des pièges pervers, je me confrontais à un jeu de saltimbanque. Mon impression presque déçue se confirma quand le phoque bougea les verres. Il ne s'y prenait pas lentement, mais rien qui ne fut impossible. Un gamin de dix ans aurait pu suivre des yeux le bon verre. Le phoque arrêta soudainement la danse des gobelets et me fit un petit bruit de gorge pour me signifier que je pouvais désigner un verre. Je choisis celui de gauche. Le phoque remonta le verre. Je m'attendais à ce que le phoque soit magicien, ou au moins prestidigitateur et qu'il me ferait réapparaître le fou derrière l'oreille avec un sourire sadique. Bah, même pas : la pièce était bien là, attendant patiemment d'être jeté sur un échiquier.


« Merde t'as gagné.
_ C'était plus facile que je ne le pensais
, lui avouais-je dépité d'une si faible victoire mais soulagé de ne pas me heurter face à une impossibilité physique.
Le phoque me regarda d'un air de voyou, comme s'il voulait m'étrangler avec ses petites pattes. Il avoua :

« Merde... j'avais accepté ce travail en pensant que ça serait plus cool qu'une banquise de tapettes. Mais bon, le boulot est chiant comme tout. On m'a demandé de faire des énigmes pour les habitants ou les Voyageurs qui passeraient ici, histoire de mettre du « challenge ». Je t'en foutrais du « challenge » ! Avant, je posais des problèmes mathématiques sans queue ni tête. C'était délicieux de voir les gens chercher avant de dire n'importe quoi, et que je les envoyais chier en rigolant. Mais bon, c'est comme les cacahouètes, on se lasse de tout. J'ai commencé à dépérir et à proposer des trucs pourris. C'est pas comme si je bossais à plein temps. Ça faisait deux mois que j'avais pas vu des gens quoi. »


Je hochais la tête, mais intérieurement, je me foutais complètement de ce qu'il disait. J'avais froid et je voulais me barrer le plus rapidement. J'avais l'impression que mes pieds fondaient dans mes chaussures. Et surtout, j'avais l'impression qu'il mijotait son histoire depuis quelques mois et qu'il rêvait de faire part de sa misérable condition au prochain visiteur.

Il me demanda de le suivre, et j'opérais. Même si je m'étais arrêté, je sentais maintenant l'espoir me couler dans les veines comme du métal fondu. Voyant la pauvre allure à laquelle il se trainait, je le pris et le posai sur les épaules. Il ne me remercia pas mais il ne m'insultait pas non plus. Cependant, il me dit son nom :


« Fino. »

Il me l'avait craché à la figure comme s'il avait honte. Ce fut à mon tour de lever les yeux pour éviter de faire une remarque désobligeante.

« Tu te fous de ma gueule, et je m'arrange pour que tu sois si dur et si blanc de marcher dans le labyrinthe qu'on pourra t'utiliser comme matériau pour renforcer les murs. »


Je me mordis la langue, prenant en compte la menace. Je marchais, suivant les indications de Fino qu'il me susurra directement à l'oreille, tranquillement installé sur mon épaule. Le froid restait mordant, mais je reprenais un nouveau souffle. Et si je n'étais pas beau à voir actuellement, je rayonnais en mon for intérieur. J'étais en train de faire un nouveau pas dans le Labyrinthe. Jamais la vision d'une porte, collée sur un mur censé représenter un sapin, ne me fut aussi réjouissant. Je commençais à trotter comme un gosse, pleurant à chaque fois qu'un peu de neige me rentra dans les mollets. Je tentais de tourner la poignée, mais elle résista à cause du froid. Je forçai alors jusqu'à entendre un craquement. Si mes sourcils pouvaient former un point d'interrogation, ils n'hésiteraient pas le faire. Depuis quand les portes pouvaient faire un tel bruit quand on les ouvrait ? Puis je compris l'effroyable vérité : ce n'était pas quelqu'un qui avait fait craquer un tuk derrière la porte, c'était ma main. Ma bouche forma un « o » parfait quand je pus voir ma main rester sur la poignée, à cause du gel. Elle s'était discrètement détachée de mon poignet, préférant la porte. Je fus trop estomaqué pour faire attention au fou rire qu'eut Fino sur mes épaules quand il vit le spectacle. Je fis deux pas en arrière, contemplant mon moignon glacé, ma main, mon moignon, ma main. Le phoque, qui avait les larmes aux yeux, sauta de mon épaule jusqu'à la poignée et ouvrit la port et m'invita dans la pièce suivante.


« OH BORDEL !!! »


Je venais de comprendre, et de réaliser ce que je comprenais. Je fonçais dans la porte, espérant que derrière, ce cauchemar s'arrêterait. Sans réaliser où j'étais après avoir récupéré ma main (doucement) et fermé la porte, je ne vis que Fino qui avait trouvé une petite fiole au liquide rouge pâle. Il ouvrit le bouchon avec ses mains et me demanda de présenter mon poignet esseulé. Je m'exécutais sans plus tarder, espérant un miracle. Le phoque renâcla :


« Voilà, ça stoppera l'hémorragie ; ta main repoussera la nuit prochaine donc keep cool. Je te conseille d'attendre un peu avant de te frictionner sinon tu vas bloquer le sang aux organes vitaux ; je te le dirais quand tu pourras te réchauffer. Et prépare-toi, la suite arrive. »


L'animal se mit à me badigeonner d'une huile qui chauffa le moignon, et se transforma en pâte épaisse qui empêchait l'écoulement du sang. J'étais devenu encore plus pâle que sous la neige, et le sang qui essayait de pénétrer mes joues ne put rien pour rosir le tout.
Je mis trois minutes avant de pouvoir encaisser le fait que ma main soit partie ; si je n'avais pas été à Dreamland, j'aurais tout simplement été manchot. Toujours aussi blanc, je repris Fino sur mon épaule. Je remarquais que ce désagréable compagnon avait récupéré mon appendice bleuté. Je lui demandais s'il pouvait bien le lâcher mais il m'ignora totalement. Je repris :


« Au fait, tu ne veux pas te casser un peu ? T'as fini ton rôle.
_ Ouais, c'est vrai. Mais je reste un peu, je veux parler à mon boss. Le Seigneur Cauchemar. En restant avec toi, je sais que je le trouverais pour lui adresser quelques reproches. Je veux une augmentation et travailler dans un endroit où ça pulse un peu plus, il me doit bien ça. Même lui se gèle les radis quand il vient me présenter ma paie. Il était pas bien quand il était venu me parler de ce concours. »


Il finit sur un rire malsain, qu'avait généralement les petits hommes fourbus quand leur salaire annuelle allait leur être distribué. J'aurais pu facilement l'envoyer chier mais je savais qu'il me serait utile. Il devait avoir quelques coups d'avance sur les horreurs du Labyrinthe. Il me permettra d'aller plus vite, et de devancer mes partenaires.


« Ok Fino, on va faire comme ça. Mais tu sais bien qu'il va falloir me filer un coup de patte pour éviter que je crève.
_ Va te faire foutre et remercie-moi. »

J'aurais bien voulu lui expliquer qu'il pouvait se mettre mes remerciements là où je le pensais, mais je disparus dans un nuage de fumée.
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MessageSujet: Re: Tomber dans le panneau [Quête solo] Mar 16 Nov 2010 - 19:39
Seconde partie : Roses et autre manchot


Comme un plongeur en apnée, je me réveillai en respirant une grande bouffée d'air frais et en me relevant. J'étais en sueur (normal pour quelqu'un qui revenait d'un Royaume Cauchemar), et je vérifiais l'état de ma main gauche : elle était bien là. Je la contorsionnais comme si je l'avais perdu depuis un mois et non pas un quart d'heure. Affolé par une chose aussi ignoble, je me retirais de mon lit comme si mon oreiller était devenu un prédateur friand de mains. Cette dernière trembla pendant la moitié de la matinée, ce qui ne me facilita pas la tâche. Comme promis, j'appelai Jacob. Et comme de bien entendu, ce fut son répondeur qui m'invita à laisser un message.
« Salut Jacob, vraiment désolé mais je serais indisponible les deux nuits prochaines car mon Seigneur Cauchemar m'a convié dans un Labyrinthe et je suis à la recherche d'artefacts avec un phoque. »

Un message simpliste et décalé, typiquement le genre à demander un rappel. Mais je savais que mon compagnon raccrocherait en pensant bon débarras : il n'était pas du genre à paniquer pour si peu.
Pour le reste, ce fut un samedi banal, et aussi chargé fut-il, il n'y a pratiquement rien à raconter d'intéressant. Hormis le fait que Jacob avait certainement reçu mon message mais qu'il ne s'était pas donné la peine de me répondre. Et j'avais une excuse s'il me reprochait de ne pas être venu ces dernières nuits avec l'équipe. Sans plus de cérémonie que la nuit dernière, je me plongeais dans mes draps et dans un sommeil agité.

Trois choses qui me frappèrent quand je repris connaissance dans le Monde des Rêves. La première était que j'étais dans la même salle que la veille, avec un « II » sur ma main. La seconde, Fino avait un cigare dans la gueule et cracha un nuage de fumée quand il me vit. La troisième était que ma main gauche était posée contre le mur en face de moi, et que mon poignet était la nouvelle extrémité de mon bras. Bien moins bouleversé mais bien plus agacé, je me remis debout en mirant le moignon. Je portai quelques jurons avant de souhaiter le bonsoir au phoque. Il me jeta un air condescendant avant de commencer une tirade :


« Bon, j'ai fait quelques repérages en attendant que tu reviennes. Et j'ai posé quelques questions aux autres employés du Labyrinthe. Tout d'abord, sache que t'as traîné et que tes concurrents ont une petite longueur d'avance sur toi.
_ Merde.
_ Mais la bonne nouvelle, c'est que je connais la structure du Labyrinthe. Pour encourager les puissants et faire chier les faibles, on peut choisir plusieurs chemins qui sont plus moins rapides. Mais attention, plus on choisit un raccourci avantageux, plus on se prend de patates dans la gueule. C'est là que mon savoir et mon infinie connaissance arrivent en jeu : je peux te mener dans les trajets les plus horribles en te dévoilant les astuces pour les traverser. Qu'en dis-tu ? »


Je me grattai la tête, mais je ne pouvais qu'accepter sa requête. Finalement, cet espèce d'empaffé maniaque pourrait m'être utile.
Nous partîmes donc de cette charmante petite pièce. Fino avait gardé ma main gauche avec lui, malgré mes contestations. Nous eûmes à traverser quelques couloirs blancs et il me guida en m''aboyant aux oreilles les ordres. Il me faisait prendre à coup sûr le chemin le plus dangereux et je sentais qu'il prenait son pied (bien qu'il n'eut pas de pieds mais des nageoires). Après cinq petites minutes, nous débouchâmes sur une petite galerie qui m'obligea à m'accroupir. Fino sauta devant et rampa délicatement. Je m'attendais à une horreur du genre : le plafond s'écroule, le sol s'écroule, mais le tunnel fut modérément sage. Je ressortis dans un nouveau labyrinthe et mon guide touristique s'empressa d'annoncer :


« Bienvenue dans les Dédales Prise de tête. Si tu étais parvenu seul à cet endroit, tu aurais mis deux semaines à t'en sortir (et peut-être que tu serais retourné à l'entrée). Avec moi, ça te prendra dix minutes à peine.
_ Woah, tu connais le chemin par coeur ?
_ Pas que ça à foutre, on trace tout droit. »


Il joignit le geste à la parole : alors que les chemins oranges briques ne laissaient qu'un couloir vers la gauche ou vers la droite, Fino toucha le mur, ce qui eut pour effet de faire disparaître les briques en fumée.


« Les employés ont une accréditation spéciale, ça leur évite de se paumer dedans. Suis-moi, ce serait con que tu restes bloqué en arrière. »


Je suivis cette insolente voix nasale à travers les couloirs. A chaque fois que Fino voyait un mur devant lui, il le vaporisait plus certainement qu'avec la Force d'un Jedi. Derrière moi, les murs se reformaient en se demandant s'il fallait créer un syndicat, et si oui, qui le présiderait et qui les écouterait. Certainement pas le phoque qui prenait un plaisir sadique à traverser les couloirs de la plus simple des façons. Je fus bien content de l'avoir pour allié finalement ; si seulement il pouvait faire gaffe avec ma main.
Alors que je suivais docilement le phoque, je me mis à réfléchir sur les artefacts qui devaient reposer dans le Labyrinthe. J'en fis part à Fino mais il n'en avait strictement aucune idée de la nature des deux objets du Royaume qui sommeillaient dans cette portion. Ils étaient certainement très puissants, vu l'importante armée de Maze. Plus généralement, les babioles qu'on trouvait dans le Labyrinthe étaient majoritairement sans intérêt. Sauf si on cherchait assez profondément. Là, si on parlait d'une antique relique ou de pierres magiques qui avaient complètement disparu de la surface de Dreamland, il était certain qu'elles reposaient au fin fond de ce qu'on appelait fréquemment : le Dédale des Labyrinthes. La légende disait qu'à ses débuts, le Labyrinthe était en effet complètement vide et ne présentait aucune sorte d'intérêt. Mais Maze contredit toutes ses affirmations et annonça que seuls les plus puissants Voyageurs étaient autorisés à entrer. La publicité avait fait son bonhomme de chemin et les grosses pontes étaient venus essayer cette attraction. Quelques semaines plus tard, il se trouva que, 1) la majorité de ces pédants avaient disparu, et 2) le Royaume s'était enrichi de nombreux artefacts. Une coïncidence qui n'avait échappé à personne, mais comme les principales victimes ne furent pas allé se plaindre (et que Maze n'était pas connu pour sa patience), on lui accorda la grâce et on oublia cette affaire.
Enfin, Fino parvint à éliminer le dernier rempart d'une pichenette et nous pûmes apercevoir la porte de sortie. Un remerciement plus tard, mon compère et moi engouffrâmes sans discuter. Un chemin et un escalier nous accueillirent avec gentillesse (littéralement) et Fino repartit sur mes épaules pour me guider à l'étage supérieur.


« Pas en bas, c'est un cul-de-sac monstre. Une salle immense remplie de dalles blanches et noires, d'environ vingt-cinq centimètres sur vingt-cinq. Tu touches une dalle noire, tu te prends une décharge électrique. Une blanche, y a rien qui se passe. Infernal et surtout, inutilement infernal. »


J'avais l'impression que Fino démontrait son utilité toutes les secondes ces temps-ci et que j'étais un espèce de boulet qui faisait acte de présence. Se faire aider et moucher par un petit phoque était un bon moyen de dégonfler son égo. Puis enfin nous arrivâmes en haut de ses escaliers. Il y avait une immense salle décorée de colonnes grecques, et au bout se trouvait un pauvre lion. Un pauvre lion qui faisait trois mètres de haut et huit de larges, la crinière grisa tombant jusqu'au sol. Il était couché, ses yeux semblaient être aveugles et de petites ailes étaient rempliées sur son dos. Fino me sifflota à l'oreille qu'il fallait avancer et je le fis. Dès que j'arrivai à trois mètres de la bestiole, m'attendant au pire, voilà qu'elle papillota et me considéra avec un ennui évident. Dans un souffle épuisé et grave, elle fit :


« Peux-tu reculer de trois pas s'il te plaît ? Non, un peu plus, voilà, parfait. Stop, ne bouge pas. »


Je m'exécutai sans réfléchir : après une si étrange introduction, je n'étais plus vraiment sûr qu'il y aurait un combat épique contre la bête ce qui me rassura légèrement. Je jetais un coup d'œil vers Fino, mais il se mettait à lécher ma main gauche sans vraiment regarder ce qu'il se passait. Je levais les yeux pour voir si j'étais au centre d'un mécanisme complexe ; ne trouvant rien, je baissais les yeux. Je n'avais pas vu l'immense croix rouge que je foulais. Une paire de yeux surpris étaient posées dessus et je fis attention à ne pas les écraser. Le lion redressa sa tête dans un mouvement aussi lent que ridicule :


« Yo, je suis le Sphinx
(fit le machin qui ressemblait à tout, sauf à un sphinx). Je vais te poser une énigme ; si tu la réussis, je te laisserais passer. Sinon, bah, je te laisse la surprise. »

Je me demandais pourquoi mes chemins étaient toutes encombrées d'une énigme. J'avais l'impression qu'il prenait les grands Voyageurs pour des imbéciles sans cervelle. Vous me direz, être fort ne signifiait pas forcément être intelligent. Il était normal que des énigmes viennent encombrer le tout pour permettre un transit plus équitable. Mais quand même, j'attendais de l'action moi. Le lion éternua un grand coup avant de parler d'une voix lente :


« Qu'est-ce qui est uniformément monocyclique ? »


Quand j'aurais compris les deux derniers mots de la question, je pourrais essayer de la déchiffrer. Quand je l'aurais déchiffré, j'aurais peut-être une idée de la réponse. En fait, je ne savais pas vraiment quoi dire. Je pourrais bien essayer de faire semblant de réfléchir mais ce serait une pure perte de temps. Jusqu'à ce que Fino leva son nez de mon index et répondit d'une voix claire :


« Décibel. La réponse est un décibel.
_ Faux
, fit le Sphynx.
_ Ah
, répondis-je sans grande conviction.
_ Mais bon sang de bonsoir, on m'avait dit que c'était la réponse à la question !
explosa Fino sans comprendre.
_ La semaine dernière peut-être, mais pas cette nuit-là. »


Il n'avait pas l'air désolé, plutôt ennuyé de devoir lever sa patte pour tirer sur un cordon doré patientant à ses côtés. Il ne se passa rien ; de toutes façons, je ne comprenais rien. Les répliques s'étaient enchaînées pour ne laisser qu'un amer goût de déception dans la bouche. Puis une trappe qui faisait toute la longueur de la croix à mes pieds se délivra sous mes pieds. Je tombais à la renverse, traversant le sol avec une expression mi-apeurée, mi stupide. Fino tomba aussi, mais il paraissait plus furieux qu'autre chose, malgré le danger. La trappe se referma soudainement avec un rictus moqueur. J'utilisai mon pouvoir pour la première fois de la nuit, me dépêchant d'œuvrer avant que je ne pris de l'élan.
Premier portail : Sous mes pieds à peu près encore droits.
Second portail : A cinq centimètres du sol, à quelques mètres sous moi.
Effet provoqué : Avec une précision infinie qui remerciait l'adrénaline et Dame Fortune, je parvins à poser mes pieds sur les dalles immaculées et inoffensives. Je supprimais mon portail, et me voilà avec une bonne douleur dans les mollets. Mais j'étais en vie, et en équilibre. Je battis quelques fois des bras pour rétablir mon centre de gravité. J'aurais pu essayer de revenir directement dans la salle mais mon cerveau s'était éteint par surcharge soudaine d'informations. Et on ne pouvait savoir comment aurait réagi l'étrange bête.

Fino avait traversé le portail et était retombé sur mon pied, à quelques millimètres d'une dalle sombre. Je le pris d'une main pour le refourguer sur mon épaule. J'embrassais du regard l'immense pièce. J'avais du mal à voir les murs, ainsi que la porte au fond. Je me mis à marcher doucement sur les dalles blanches, esquivant de justesse leur terrifiantes homologues. La marche était pénible, inintéressante. J'avais pris le coup de main et je commençais rapidement à m'ennuyer. Ce fut parfait pour moi car j'avais envie de me concentrer sur le misérable connard qui m'avait fait chuter.


« Eh crétin, la prochaine fois que tu réponds à une question, écoute-la !
_ Quoi ? Tu connaissais la réponse, intello ? J'ai essayé et ça a pas marché ! Est-ce ma faute ? Va plutôt faire chier l'indic au lieu de celui qui t'aide !
_ Mais bordel, tu aurais pu me prévenir sur un tas de choses, comme la trappe, et me voilà comme un couillon à faire le canard tout en te sauvant les miches ! Maintenant, on n'a plus qu'à prendre un autre chemin.
_ Mais si tu veux, va donc, prends un autre chemin. Tu te rends compte que toutes les routes sont conjointes jusqu'aux deux trésors ? Et que tu risques d'y laisser ta peau face à des adversaires mieux préparés que toi ? Pauvre con, si je te mène là, c'est aussi bien pour te faire arriver avant eux aux artefacts que pour guérir ta main !
_ Pardon ?
_ Écoute, les blessures ne peuvent pas être régénérés pendant la période du concours et Maze le sait. Cependant mon coco, il a placé des baumes et il se trouve que je sais où y en a un ! Et c'est pour ça que je garde cette putain de main avec moi ! »


Comment vouliez-vous répondre à ça ? J'émis un grognement qui mettait un point final à cette affaire ; je n'avais pas du tout envie de le remercier malgré tout ce qu'il faisait pour moi. Il était bien trop chiant ; mes mots se coinçaient dans ma gorge et j'aimais autant cela. Il avait une tendance à ne rien dire pour mieux se mettre en valeur. Je n'étais pas avare de cette pratique mais franchement, quand les situations étaient aussi dangereuses et mortelles, il valait mieux avoir une confiance en l'autre. Nous arrivâmes au seuil de la porte et nous n'avions pas échangé un mot depuis. J'en avais marre de lui mais je ne pouvais pas me passer de sa présence et de ses conseils. C'était la notion du sacrifice nécessaire. Mon cerveau fumait, véritablement contrarié de la tournure que prenait les événements. Je m'étais arrêté devant l'escalier, réfléchissant encore : devais-je retenter ma chance pour atteindre une guérison qui me serait indispensable dans les combats à venir, ou bien me détourner de cette voie sans issue et en restant rationnel ?


« Encore toi ? Si tu veux réentendre ma question ou proposer une réponse, avance jusqu'à la croix rouge. »


Le lion était manifestement surpris que je sois de retour et sans une égratignure. Il faut dire que plusieurs autres Voyageurs y auraient laissé la peau. J'étais retourné devant la loque vivante à fourrure pour lui exposer ma réponse. Je pourrais tout aussi bien me téléporter derrière lui avec mon pouvoir. Mais s'il devait me passer une clé pour franchir une porte, j'aurais l'air fin. Fino était resté silencieux. Son visage était resté parfaitement neutre quand j'avais monté les marches une seconde fois. Je n'avais aucune chance de décrypter son expression, car je n'avais aucune capacité de reconnaissance morphologique faciale des phoques grincheux. J'en déduisais qu'il s'était calmé. Maintenant devant le fauve assoupi, je n'avais qu'une réponse à formuler :


« Voyons, la réponse est une Ferrari !
_ Pardon ?
fit le lion décontenancé.
_ C'est une Ferrari, j'aurais dû y penser plus tôt. Normal que vous ne connaissiez pas la réponse, c'est un concept typique du monde Réel,
souriais-je d'un air faussement agacé.
_ Comment savoir si tu dis vrai ? Je ne sais aucunement ce qu'est une telle chose.
_ Votre parole contre la mienne. Le Seigneur serait bien fâché de savoir qu'un de ses sous-fifres n'ai pas laissé passer un de ses Voyageurs alors qu'il détenait la bonne réponse.
_ Soit, soit,
admit le lion, étonné de la tournure des événements. Mais maintenant, c'est toi qui dois me poser une question. Sache que mon savoir est immense et que mon cerveau tourne vite, alors réfléchis bien à ton énigme.
_ Qu'est-ce qu'une Ferrari ?
proposais-je innocemment.
_...
Passe, petit con. »


C'est ainsi qu'il se souleva, de la poussière tombant de sa fourrure. Il grommela, fit craquer ses articulations et se recoucha à quelques mètres plus à gauche. Je remarquais à l'endroit où il avait été couché une autre croix, bleue cette fois. Je compris rapidement et m'installa dessus. Aussitôt, le Sphinx tira sur un cordon violet, et une autre trappe s'ouvrit devant moi, dévoilant un escalier qui menait à l'étage inférieur. J'inclinais la tête avec respect et par politesse avant de descendre les marches glissantes. J'avais usé d'une astuce complètement stupide mais qui prenait tout son sens ici. Pour la bestiole, soit elle admettait ma réponse comme mauvaise et risquait alors de se faire démembrer par le très acariâtre Maze ; soit elle me laissait passer et pourrait facilement faire passer ça pour une erreur de sa part. Il était logique qu'elle prenne le choix le moins risqué pour elle même si tout son instinct lui criait promptement que je me foutais de sa gueule. Après que je sois arrivé en bas, un rouage tourna et la trappe se ferma. Heureusement que j'avais un interlocuteur perché sur mes épaules car sinon je devenais vraiment claustrophobe. Plus je progressais dans les labyrinthes et plus j'oubliais la couleur du soleil (ou des soleils ici). Je n'avais toujours pas parlé à Fino et je fus pris au dépourvu quand ce fut lui qui prit la parole avec une voix forcée :

« Pas mal, je l'aurais pas trouvé tout seul celle-là. »

Je me sentis obligé de lui répondre, sachant qu'il était prêt à m'écouter et moi à parler.

« Vraiment désolé pour tout à l'heure... »


Le reste de ma phrase se bloqua et j'aurais bien voulu dire d'autres excuses mais je ne pus sortir que ça. Fino hocha la tête mais se tut. Maintenant que le courant était de nouveau passé entre nous et que le lien de confiance, aussi ténu soit-il, était rétabli, on pouvait continuer sereinement notre marche dans le labyrinthe.
Nous traversions maintenant un immense jardin avec un faux ciel peint au plafond, qui siégeait à une dizaine de mètres du sol. J'étais maintenant dans un Labyrinthe circulaire et végétal : les arbustes ne dépassaient pas un mètre soixante dix de hauteur. De dimension sphérique, les dédales d'aujourd'hui ne semblaient pas très durs à traverser : je voyais les chemins à prendre (à peu près mais j'aurais du mal à me perdre) et j'avais Fino comme guide. Cependant, je m'attendais encore à des énigmes : c'était généralement dans des labyrinthes comme ça qu'on devait chercher les devinettes, les résoudre puis sortir prendre son lot. Je fis part de mes impressions sur la botanique :


« Ça ne m'a pas l'air très compliqué cette fois-ci. T'es sûr qu'on est sur la bonne route ?
_ C'est bien là. Mais fais attention, ne touche pas les plantes. Elles sont toxiques : un effleurement et le reste du corps est paralysé. Tu pourras dire adieu à la compétition et je ne pourrais rien faire pour toi. Tu comprends la difficulté maintenant ? La majorité des pièges que tu trouveras dans ce secteur sont fait pour être pris une fois ou au mieux, déjoué. Mais si tu les connais d'avance, la difficulté s'évapore comme une pomme dans une gueule de cochon. »


J'acquiesçais la tête : me voilà face à un Labyrinthe des plus voraces. Je me tins bien au milieu pour être certain qu'une branche plus longue que les autres ne me frôla le bras. J'étais dans le genre : un touché un mort. Il suffisait qu'une des feuilles toucha ma peau pour que je devienne la risée de mes concurrents. Nous suivions le même schéma que d'habitude : je marchais en prenant tous les risques et Fino guidait mes pas. Quand sa mémoire lui faisait défaut, il n'hésitait pas à se percher sur ma tête pour observer les chemins. Il y resta finalement pour valider tous ses choix (un moyen détourné de dire qu'il s'était complètement paumé). Le véritable problème résidait dans l'absence complète de sortie : ni moi ni lui ne parvenions à trouver la porte. Si nous l'avions vu plus tôt, j'aurais directement utilisé mes capacités pour la joindre sans trop me faire chier à esquiver ses sales végétaux. Plus j'avançais et plus les buissons étaient mal taillés : des rameaux pendaient ça et là et m'obligeaient à quelques numéros d'équilibriste. Pour traverser un couloir complètement désordonné (donc encourageant car la sortie devait se trouver proche), je dû même utiliser une paire de portails. Le phoque trouva mes pouvoirs intéressants car complètement inédit. Je devais être le seul à posséder un tel pouvoir dans l'armée de la Claustrophobie ; les autres Voyageurs étaient déjà plus similaires.
Soudain, une ombre obscurcit toutes les plantes, dévorant le sol de ténèbres. Fino me hurla de me mettre à plat ventre et j'obtempérais rapidement. Et je lui en étais reconnaissant : une immense paire de ciseaux de jardin (quand je dis immense, je pensais à gargantuesque. Le genre de choses qu'on a du mal à appréhender quand on ne l'a pas vu et que les yeux ont toujours du mal à comprendre une fois en face.) descendit du plafond, tenu par je ne sais qui ou je ne sais quoi. Elle était ouverte, et s'approchait lentement du sol. Dès qu'elle fut arrivée à la hauteur des haies, elle se ferma dans un « Clap » sonore. Toutes les branches qui dépassaient en hauteur furent rasées et s'abattirent sur le sol dans un bruit de feuillage. J'utilisai une nouvelle fois mes portails pour me protéger après m'être roulé en boule. Mes portails ne pouvaient accaparer tout mon corps : si je ne m'étais pas replié sur moi-même, il y aurait eu mes hanches et mes jambes à découvert. Bref, toutes les petites branches et feuilles qui devaient tomber sur mon corps à la suite du découpage de ce ciseau géant furent déposées à quelques mètres derrière moi sans me toucher. Après que l'outil de Gargantua ait disparu dans je ne sais quelles aspérités du plafond, je me remis debout. Fino me précisa ce que j'avais déjà compris :


« Entretien quotidien, ou comment trouver un piège à thème. »


Je me remis en route, écrasant sans vergogne les feuillages dispersés sur tous les couloirs. Par mesure de précaution, j'avais rentré mon pantalon blanc dans mes chaussures. Tant qu'il n'y avait pas de contact directe entre ma peau et les feuilles toxiques, je pouvais être tranquille. Je progressais ainsi douloureusement, n'ayant plus que trois portails à ma disposition. J'étais de plus en plus guilleret de savoir que je parcourais le Labyrinthe rapidement. Je questionnais le phoque à ce sujet et il m'assura que j'avais pris une bonne avance et que je les avais certainement dépassé. Si ce n'était pas encore le cas, ça allait bientôt l'être. Selon Fino, il ne devait pas me rester plus de deux ou trois salles à parcourir. Il n'en était pas certain mais il aurait plus d'informations quand il irait se renseigner tandis que je mènerais un Dimanche tranquille. Mon humeur grandissait et s'améliorait ; je pus avoir une discussion normale avec Fino. C'était peut-être lié à l'éclairage du labyrinthe, bien plus généreux que de simples torches ou de photons survenus de nulle part. Le phoque me persuada qu'on était bientôt arrivé. Mais soudainement, il bougea, me décoiffant complètement sans vergogne. Je m'étais arrêté car Fino ne s'amusait pas à bouger sur ma tête. Il regardait derrière mon dos, crispé comme un constipé. Je voulus jeter un coup d'œil en arrière mais il me chuchota méchamment que lui ne regarderait pas dans la bonne direction si je le faisais. Je râlai mais fut interrompu par Fino dont je sentais les yeux aussi plissé qu'un vieux drap déconfit :


« Dis-moi Ed, tu en connais des pétasses blondes ? »


Je ne lui avais pas répondu mais j'avais parfaitement compris ce qu'il avait trouvé dans les sentiers aux alentours. Sans tenir compte des protestations de Fino, je me retournai, pile à temps pour voir surgir Robin d'un chemin détourné. Mon sang ne fit qu'un tour, c'était une ennemie et elle m'avait certainement suivi depuis quelques temps. Je fonçais vers elle (toujours Fino sur la tête qui s'agrippait à mes racines les plus vivaces), faisant attention à ne pas toucher les végétaux empoisonnés. Étonnamment, elle mit un certain temps à réagir comme si elle ne s'était pas attendu à ce que je l'attaquai. Elle réagit néanmoins vivement et étira ses deux bras vers moi, me présentant ses paumes. En un clignement d'œil, un muret de deux mètres de haut s'était formé, aussi large que le chemin. Puis le muret marron fonça dans ma direction quand je sprintai dans la sienne. J'eus un mouvement de recul mais ça ne m'empêche pas de me prendre l'attaque en plein fouet. J'aurais dû normalement tomber, mais mécontent de ne m'avoir écraser que le nez, le mur magique me retint debout pour m'emmener au loin. Bon sang, le pouvoir de la Claustrophobie permettait de créer des murs et de les déplacer ! Mais si je ne me bougeais pas, j'allais être entraîné jusqu'à un buisson paralysant. Mes yeux devinrent sombres, je devais utiliser mon pouvoir.
Premier portail : A quelques mètres derrière moi, juste devant les branches les plus vicieuses.
Second portail : A un mètre devant moi, derrière le mur à sa position actuelle.
Effet provoqué : Alors que j'aurais dû m'enfoncer dans la haie, je me transportai à quelques mètres devant hors de danger. Le mur continuait son avancée derrière moi mais je n'avais rien à craindre de lui tant qu'il ne revenait pas en arrière. Il faut aussi que je vous dise que j'avais fermé mes portes avant qu'une parcelle de mur ne soit emporté dedans, et que Fino gisait quelques part au milieu des branches, entre moi et Robin.
Je fonçais une nouvelle fois sur la Voyageuse, qui me balança un autre mur dans la tête. Je réussis à me cacher dans un couloir et je pus voir le muret me frôler sans me toucher. Mon front me saignait et je sentais que la bosse n'allait pas tarder à venir. Pour le reste, j'avais des écorchures sur tout le corps, mais rien de grave. J'avais l'impression qu'elle n'avait pas souhaité me faire manger le bitume. Dès que les briques furent passées, je repris ma course vers elle. Cette fois-ci, comprenant la menace que je représentais, elle attendit qu'il n'y ait plus d'échappatoire sur les côtés pour me rebalancer une nouvelle attaque murale. Mais j'avais anticipé son coup (c'était facile, elle devait tant me sous-estimer...) et je fabriquai une paire de portails pour me retrouver une nouvelle fois derrière lui, cette fois-ci sans qu'il ne me toucha. Je passais en un éclair à deux mètres de Robin qui fut interloquée. Le temps qu'elle se ressaisisse, j'avais réussi à lui porter un coup de paume sur le menton. Elle tenta de riposter mais elle n'avait pas l'air de savoir s'y faire au corps-à-corps. Je ne lui portais pas de coup de pied pour éviter de trébucher sur les buissons qui m'entouraient, comme je ne bougeais pas trop. La Claustrophobe me fit un coup de boule, un coup de poing dans le ventre avant de tenter une nouvelle fois de faire son pouvoir en pointant sa paume vers ma forme repliée. Heureusement, elle n'était pas si puissante et j'encaissais sans difficulté ses quelques frappes. J'en profitais pour lui faire une clé de bras, détourné l'attaque (le mur s'enfonça dans les airs au lieu de me refaire le nez). Un tour de danse plus tard et j'étais dans son dos, la forçant à s'accroupir, lui tordant le bras. J'allais plonger prudemment sa tête dans un feuillage pour la paralyser et la mettre hors compétition (le moyen le plus sûr de rester un gentleman), mais elle me cria :


« Stop, arrête, je ne te veux pas de mal ! »

J'arrêtai mon geste mais je la maintins toujours. Un geste de sa part et je lui casserais le bras sans difficulté. Fino s'approcha avec l'air ronchon habituel.

« L'écoute pas, c'est une connasse. On t'a jamais dit que les blondes étaient manipulatrices ? »

Robin fut éberluée des propos imagés que venait de lui tenir un si craquant phoque, mais elle se concentra pour délivrer une nouvelle salve d'excuses et de supplications.

« Je ne vous voulais pas de mal au contraire, on pourrait même dire que je vous cherchais ! Nielsen est mort, il s'est fait avoir par Alain !
_ Je m'en branle de tes petits copains, j'ai vu une fille qui a essayé nous balancer dans les plantes !
répondit du tac au tac Fino.
_ J'ai vu un crétin me foncer dessus pour me coller une rouste, ne sachant pas le pouvoir qu'il avait, je me suis défendu. Mais il faut me croire, Nielsen a été battu et achevé par le Voyageur de l'Agoraphobie. »


Ce qui était bien avec Fino, c'était que je n'avais pas eu besoin de me fouler la mâchoire pour parler : ses insultes cristallisaient parfaitement mes pensées. J'essayais de placer une phrase bien sentie à un moment mais les deux étaient potentiellement énervés et la discussion tournait court. Je réussis à prendre une voix forte sans lâcher la jeune fille.


« Woh ! Qu'est-ce que ça peut faire que l'autre bandana s'est fait zigouiller ? Faut croire qu'Alain me paraissait plutôt puissant
, intimais-je d'une voix silencieuse qui contrasta avec la réponse soudaine de la fille.
_ Mais tu comprends rien ou quoi ? Nielsen était un puissant Voyageur et il s'est fait battre par Alain, qui patine depuis six mois dans les deux cent premiers de la Ligue Baby ! »


Même Fino s'était tu cette fois-ci. Je n'aurais jamais pensé qu'un type avec une aura aussi puissante était un tel looser dans le classement. Sous le regard surpris de mon compagnon, je lâchais le poignet tordu de la blonde, qui s'empressa de le masser. Elle se releva et me jeta un regard plein de mépris. J'en venais finalement à me demander si son regard était naturellement aussi hargneux. Petit à petit, je compris les tenants et aboutissants de cette affaire. Moi et Fino en venions à la conclusion qu'Alain était beaucoup plus fort que ça mais que son Seigneur lui avait demandé de rester dans les tréfonds du classement pour ne pas se faire remarquer. Ainsi, il pourrait l'utiliser comme une arme secrète. Et aujourd'hui, son but était clair : profiter de cette compétition pour amasser les artefacts d'un allié et se débarrasser de ses Voyageurs. Un double coup fatal. Et nous, on était coincé pendant deux nuits avec un malade à notre poursuite ! Maze s'était fait avoir. Bordel, « pour rapprocher nos deux Royaumes », mon cul ouais ! Je n'aimais pas vraiment les coups de poignards dans le dos, surtout quand je faisais partie des victimes. Le hic, c'était qu'il y avait deux trucs qui coinçaient. A part si Alain était un Voyageur très puissant de nature, il n'aurait pas pu battre un type si expérimenté qui était plutôt dans le haut du classement de la Ligue Major alors qu'il n'était Voyageur que depuis quelques mois. Et Robin n'avait pas du tout précisé que le pauvre Contrôleur s'était fait avoir dans le dos : il y avait eu un vrai combat et Nielsen avait perdu. Très étrange. Mais un autre truc clochait et je posai une question à Robin :


« Quand est-ce que le concours dans le Labyrinthe a été prévu ?
_ Environ deux semaines si je m'en souviens bien.
_ Donc si on passe outre le fait qu'il était depuis le début obligé de ne pas se faire remarquer, on peut se dire sinon que c'était une vraie bouse au combat jusqu'à ce jour. »


Robin confirma. Donc il y avait beaucoup de chances pour qu'il y ait un truc d'anormal. Comment un gars aussi craignos qu'Alain pouvait abattre un type aussi réputé que Nielsen ? Si j'avais la réponse, ça serait au moment où je croiserais le meurtrier : la fille ne savait rien du tout. Elle n'avait vu que la fin du combat et son résultat. Elle n'avait pas su du tout à quoi consistait le pouvoir d'Alain. Les problèmes commençaient, comme s'ils ne m'avaient jamais accompagnés depuis tout le long de l'aventure.
Après avoir insisté pour que Robin resta avec nous, Fino se montrant réticent, nous repartîmes tous les trois. Sa faible défense lors de notre combat et la sincérité dans sa voix m'avaient amené à penser qu'elle était sérieuse. Et c'était bien trop gros et bien trop logique pour qu'on ne l'écouta pas. La sortie du labyrinthe n'était pas loin et nous pûmes enfin échapper à une surveillance constante des plantes aux alentours en retournant dans un petit labyrinthe sans danger autre que ses culs-de-sac. La Voyageuse me questionna pour ma main manquante et Fino se fit un plaisir de raconter trois fois comment je l'avais perdu comme un crétin. A chaque fois, il insistait sur chaque détail, comme le craquement ultime avant que mon poignet ne se retrouva seul. J'endurais ce supplice à chaque fois, manquant de péter les plombs. L'humeur joyeuse que j'avais accumulé tout au long du labyrinthe végétal avait disparu, aspiré par des soucis autrement plus inquiétants. On avait un Voyageur au cul qui pouvait se défaire d'un combattant expérimenté sans trop de problème. Et à tous moments, je pouvais me faire trahir par Robin qui ne m'avait jamais montré des signes d'amitié. Elle ne nous avait remercié que du bout des lèvres pour l'avoir épargner, elle essayait à chaque fois de contredire mes décisions (elle hésitait plus pour Fino). L'ambiance du groupe était mort et enterré. Je ne disais plus rien, Fino ne disait plus rien, Robin qui en avait marre de ce silence nous insultait un peu, Fino ripostait, je ripostais, elle ripostait, Fino se foutait de ma gueule, je ripostais, il engueulait la fille en lui rappelant qui l'avait empêché de finir la tête dans des spores paralysantes, elle se taisait en maugréant, je me taisais, il se taisait, ça recommençait, etc.

Les couloirs n'étaient pas très compliqués à suivre, Fino se souvenait parfaitement d'où il fallait aller. J'avais l'impression que la disposition du labyrinthe était telle qu'elle : y avait une pièce spécifique, puis des petits couloirs entortillés les uns aux autres, une nouvelle pièce, de nouveaux couloirs, etc. Mais finalement, il s'écria avec une pointe ravie :
« Ah voilà le labyrinthe vertical ! »
Je m'avançais jusqu'au seuil d'une porte, et je surplombais soudainement un vide sans fond. La lumière déclinait au fur et à mesure que les murs descendaient. Le tout de forme cyclique : on aurait dit qu'une perceuse géante avait essayé de chercher le noyau de Dreamland. Je fis une grimace éloquente au guide qui me frappa l'oreille avec ma main. Imaginez un labyrinthe sur un plateau de bois. Une fois que vous l'avez visualisé, pensez que vous le soulevez et le déposez délicatement sur la tranche. Et voilà, vous avez un labyrinthe vertical ! Et nous étions tout en haut. Fino nous précisait que la sortie n'était pas tout en bas, mais à une centaine mètres au-dessus. Je me demandais jusqu'où s'enfonçait cette salle. Je levais les yeux en l'air pour m'apercevoir sans stupeur que le plafond était invisible.
Tout d'abord, Fino nous fit monter. Robin nous fabriqua un ascenseur en créant un mur couché sur le sol, qu'elle fit remonter ensuite. La pauvre suait à gros bouillons mais je faisais semblant de ne rien voir (Fino lui, se foutait proprement de sa gueule). Son pouvoir aussi était limité par un nombre d'utilisation concret, exactement comme moi.
Ce labyrinthe m'épuisa littéralement. Entre les escalades qu'il fallait faire, les courtes échelles, les descentes et autres bêtises, je n'avais plus le temps de souffler. Y avait une taupe folle qui s'était amusée à créer des galeries partout. Je pouvais utiliser un dernier portail mais je ne savais pas si j'aurais la concentration nécessaire pour le faire apparaître. Idem pour Robin, elle semblait sur le bord du rouleau et faillit nous faire écraser quand elle dû nous faire traverser un fossé jusqu'à un chemin deux mètres plus bas avec un mur horizontal. Il y avait du vent qui sifflait, donnant un aspect plus qu'inquiétant à cette descente en Enfer. Seul Fino qui reposait sur mon épaule ou sur ma coupe (selon les situations périlleuses) semblait au top de sa forme. Il nous beuglait des ordres avec un plaisir manifeste, et chacun de ses aboiements se répercutait du bas jusqu'au plafond, percutant tous les murs au passage. L'écho rendu était terrible et angoissant. Mais ses conseils étaient utiles, il nous empêchait de perdre trop de temps à nous épuiser dans de mauvais chemins. Car il fallait choisir la bonne pente pour descendre, les bons chemins où se poser pour continuer en marche à pied, avant de remonter un peu.
Nous savions tous trois que si quelqu'un chutait, il était mort. Je n'avais plus de force, Robin n'était pas mieux, Fino était complètement inefficace dans ce genre de situations. Ce dernier refusa de nous dire si on était bientôt arrivé. A chaque fois qu'on devait fournir un saut ardu, quelque désescalade de plusieurs mètres, on devait patienter pendant quelques minutes pour aller chercher des forces dans le plus profond de nos êtres. Pas compatissant pour un sou mais compréhensif, Fino se taisait et tentait quelques encouragements saupoudrés d'insultes. Une dispute éclata soudainement : j'avais traversé un fossé de plus de deux mètre avec Fino. Ce fut au tour de la fille. Elle réussit à sauter, mais d'extrême justesse, le talon dans le vide. Je dû même lui prendre le bras pour être certain qu'elle n'aille pas voir si le sol du labyrinthe était rouge bordeaux à pois jaunes. Mais le phoque ne trouva pas mieux que dire :
 « Encore raté, j'aurais plus de chance la prochaine fois. ». L'énervement et la fatigue firent le reste. La Contrôleuse se mit dans une colère terrible, Fino lui répondit sans plus de tact des grossièretés que je n'ose retransmettre. Je mis court à la dispute en m'éloignant de la jeune fille, Fino sur l'épaule. Elle me suivait en titubant, les dents serrés. Il fallait dire que je n'avais plus de mollet, plus de triceps, et que ma vue s'embrouillait.
Puis enfin, nous arrivâmes à la sortie. Fino nous avait annoncé que nous étions dans la dernière ligne droite. Je suais à grosse bouillons, la tête me tournait et je ne parvenais plus à réfléchir. Je commençais à comprendre ce que pouvait endurer Jacob toutes les nuits (un fait que je ne discuta pas mais je ne compatissais pas pour cette andouille pour autant). Alors que nous marchions vers la porte, nous vîmes malheureusement qu'une fissure large de quinze mètres nous séparait d'elle. En bas si mes souvenirs étaient corrects, il y avait cent mètre de fond. Je dis finalement que nous étions coincé là, me sentant incapable de fournir une paire de portails. Il faudrait attendre la nuit suivante, perdant de précieuses minutes voire de précieuses heures. Je m'assieds les joues rouges et dépitées. Il fallait avouer que les épreuves, en plus d'être particulièrement dures, pouvaient se révéler chronophage. Mon esprit était si épuisé que je mis quelques secondes avant de comprendre que Robin continuait à marcher vers le vide, puis qu'elle venait de créer un petit muret horizontal sur lequel elle s'installa avant de partir difficilement vers la porte éloignée, nous laissant sur le carreau.


« BORDEL DE MERDE !!! »


Je ne savais pas qui de moi ou de Fino venaient de crier, mais nous courrions tous deux vers la Voyageuse déjà éloignée de quatre mètres. Elle semblait souffrir le martyre mais si elle réussissait à rejoindre la porte, elle aurait une longueur d'avance sur nous absolument phénoménale. Mes membres rouillés se remirent en branle tel un vieux train à vapeur ; je soufflais très fort car je ne savais pas si je pourrais fournir un saut de cinq mètres. J'eus une autre idée à la place. Potentiellement et théoriquement, je pouvais créer une autre paire de portails. En pratique, j'étais bien trop épuisé pour le faire mais ça ne coûtait rien d'essayer. Si Robin avait réussi à puiser des ressources insoupçonnées, je ne pouvais me laisser distancer. Je m'arrêtai de courir et préparai mes forces. Mais mon optimisme soudain retourna dans le désespoir qui l'avait fondé : je ne pouvais vraiment plus créer de portails. Et si le lendemain je pourrais facilement traverser, je serais obligé de sacrifier une paire de portes juste pour me déplacer ce qui constituerait un handicap fâcheux pour les batailles à venir. Ce fut avec stupeur et tremblements de fureur que je la vis emprunter la porte après avoir mis pied à terre. Elle n'était pas assez épuisée pour ne pas marcher et elle disparut vers les prochaines épreuves, loin de là où j'étais conscient. Je me rassieds exténué, frappant le sol de mon poing. Plus le temps passait, et plus je trouvais les artefacts précieux. Si je voulais devenir quelqu'un d'assez fort pour pouvoir soutenir Shana et Hélène (et pour coller une rouste à Jacob), il me fallait plus de puissances. Et s'il était coincé ici, Fino ne pourrait pas aller obtenir des informations sur la suite des événements. Je me remis debout une seconde fois et le phoque me regarda avec intérêt et sourit :


« Si je comprends bien, tu viens de trouver des sources d'inspiration et de motivation pour former un dernier portail ?
_ Pas vraiment non »
, lui avouais-je le teint pâle.

Je me penchai et pris Fino dans une de mes mains. Je me tournais vers le fossé, me mis en position et banda en arrière mon bras droit (bref, celui qui avait une main). Typiquement la posture d'un quater-back. Bien que Fino ne connaissait pas le Football US, cela ne l'empêcha pas de comprendre ce que je manigançais. Il commença à gigoter dans ma poigne de fer.


« Bon Fino, dès que tu seras de l'autre côté, tu iras te renseigner sur la suite et tu chercheras une corde ou un autre objet quelconque pour me faire traverser le fossé.
_ Relâche-moi abruti ! Je te fais pas confiance, je te fais pas confiance, je ne te fais toujours pas confiance ! »


C'était la seule solution et je savais que le phoque le savait aussi. Je pris un peu d'élan et dès que je fus au bord du précipice, je lançais le phoque en direction de la porte, en y envoyant toutes mes forces disponibles. Je pus entendre un
« WWWAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHH !!! » suivi d'un bruit d'atterrissage douloureux. J'avais été confiant sur le coup, je m'étais senti capable d'envoyer le petit phoque au loin. Il se releva péniblement en m'envoyant des insultes mais ne traîna pas et s'enfuit rapidement. Je me posais, les jambes dans le vide, respirant péniblement. Il n'y avait plus qu'à attendre qu'il ne revienne ou mon réveil. Que de temps perdu...Je mis bien une heure avant de disparaître dans un nuage de fumée.
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MessageSujet: Re: Tomber dans le panneau [Quête solo] Jeu 18 Nov 2010 - 21:23
Troisième partie : Panneau et autre banquise


Quand je me réveillais, je fus mécontent de voir mon chat me miauler à la figure, quémandant des croquettes tout de suite. Je lui pardonnai cet écart en vérifiant avec plaisir que ma main gauche avait rejoint son poignet favori. Le dimanche fut un jour de repos, aussi physiquement qu'intellectuellement. Je n'avais toujours aucun message de Jacob mais un SMS de Shana, auquel je répondis patiemment que je revenais la nuit prochaine.
Je passai la matinée au parc : une brume bleutée flouait la ville et cela m'apaisa. J'adorais le brouillard et le vent. Le soleil me faisant concurrence, je préférais le dénigrer. La prochaine nuit serait la dernière de la compétition et j'appréhendais cela avec un calme terrifiant, comme quelqu'un qui attendait la bataille du siècle. J'imaginais très bien les soldats à Koursk et comment ils avaient dû penser la veille. Je n'étais pas aussi tendu qu'eux certes car je n'étais pas confronté à quelques milliers de chars et d'avion, mais deux personnes aussi perfides l'une que l'autre. A part le fait que je restais relativement calme, je ressentais une sorte de peur profonde. Je ne dis pas que j'avais peur de mourir (tout le monde a peur de se faire démembrer), mais pour la première fois depuis que j'étais arrivé à Dreamland, je ne maîtrisais pas la situation. Je ne parlais pas du fait que je doive me reposer sur les compétences de Fino (Jacob m'avait sauvé la vie tellement de fois que je ne comptais plus), mais bien que les objectifs ne dépendaient pas de soi-même, mais de la chance. Pourrais-je surmonter les prochains défis ? Mes adversaires pourraient-ils franchir les prochaines épreuves ? Je pariais que si Alain était derrière nous, Robin était largement devant. Une heure de course pouvait la mener loin et peut-être même qu'elle avait déjà trouvé les artefacts. Ces derniers étaient-ils ensemble ou séparés ? Y en avait-il un plus fort que l'autre ? Vous voyez, je me posais des questions inutiles mais ces dernières avaient tendance à venir seules quand l'inaction vous prenait. J'avais l'impression d'être resté dans mon Labyrinthe vertical, les jambes dans le vide en attendant que Fino ne revienne. Pour le moment, j'étais totalement impuissant.
Je devais attendre. Et cela me pesait plus que tout.
Le soir, avant de me coucher, je pris un petit temps pour me motiver. J'eus un autre SMS de Shana : un encouragement. Une baffe mentale. Merci Shana. Mon humeur soucieuse se faisait balayer en un coup de vent. Robin, je la retrouvais, je lui défonçais la tête. Alain se mettait sur ma route, je lui ferais bouffer ses mains. Je finis mes pâtes, mon chat finit ses croquettes, on alla tous deux dans le lit. J'espérais que Fino ne me ralentirait pas. Maintenant, je devais foncer jusqu'au bout, courir sans m'arrêter. Fini les pauses et les temps morts, fini les secrets du phoque, j'irais à une vitesse irrésistible. Ma dernière pensée fut de remarquer que Fino m'aidait alors qu'il n'en avait vraiment pas besoin. Il voulait juste voir Maze par mon intermédiaire, il n'était pas obligé de me faire remporter la compétition. Je lui en devrais une par la suite.


« On se bouge connard ! Plus vite, allez, ce n'est que cent mètres en bas !
_ Comment t'as fait pour la corde ?
_ Juste un pote minotaure rose qui a relié une flèche avec un carreau et qu'il l'a tiré. »

Alors que j'avançais rapidement sur la corde, la tête en bas en position du paresseux, Fino me criait des insultes. Rassuré par mes portails dans le pires des cas, je progressais rapidement. Une fois arrivé de l'autre côté, les bras rouges, je pris Fino pour l'installer sur l'épaule et je commençais à trotter dans les nouveaux dédales avec le phoque qui me criait quelques indications. Je tenais ma promesse de ne pas traîner en cours de route. Je remarquais sur ma main qu'il y avait un « III » qui symbolisait le dernier jour du concours, ainsi qu'une petite horloge d'encre. Je questionnais le phoque qui me fit un topo :


« Bon alors, je t'explique le plan. A gauche please. Tu feras pas long feu avec une seule main, surtout si tu dois manier un artefact. Parce que, comme tu peux le voir, t'as un cadran avec une flèche à l'intérieur. Dès qu'elle fera un tour sur elle-même, la partie s'arrêtera et Maze vous fera sortir du Labyrinthe. C'est-à-dire que si un des abrutis met la main sur un objet magique, on pourra quand même le lui reprendre. Celui qui survivra avec un objet pourra le garder. C'est une règle implicite mais c'était l'opinion des autres sous-fifres du Labyrinthe. C'est aussi la mienne. Toi qui recherchais du combat, tu seras servi ! Non non, continue à aller tout droit, tu prendras la troisième à gauche. Je pense que tu as bien quatre, cinq heures devant toi, voire plus. Il faudra aller chercher le baume pour te recoller la main et retrouver les autres gogols.
_ T'es sûr qu'on aura le temps ? Il suffit qu'il y en ait qui se cache dans un dédale après avoir trouvé un artefact pour nous échapper.
_ Alain veut récupérer les artefacts, et vous faire la peau optionnellement. Et il est repassé devant toi au fait. Il va à une vitesse effarante ce connard même en prenant les chemins les plus longs. A droite maintenant. Pour le moment c'est Robin qui a l'avantage mais c'est la plus faible. Cependant, si elle trouve un artefact avant vous, on ne sait pas à quel point elle pourrait être dangereuse et pourrait être tenté de retrouver les autres participants histoire de voir s'ils n'ont pas trouvé l'autre artefact. »


La situation se compliquait soudainement. Je n'étais pas du tout à mon avantage, surtout si je devais perdre du temps à me soigner. Mais s'attaquer à Alain sans tout mon potentiel serait très risqué. Les inconnues de ces équations étaient bien trop variables pour se faire une idée de mes chances. J'étais dans une impasse. Mon intuition me soufflait que je n'étais pas le seul à me dépêcher. Le rythme du jeu s'était accéléré et cela m'effrayait. Que ce soit dans la force ou dans la progression, on me battait. Néanmoins, avec un peu de chance, je pourrais trouver un artefact. Il y avait encore un mince espoir car tout pouvait arriver dans le Labyrinthe des labyrinthes. Pour la course, je trottais et avais trouvé un bon équilibre entre vitesse et fatigue. Je parvenais à me déplacer plus vite sans trop m'épuiser ; Fino était ravi de pouvoir voir le monde défiler plus vite. J'avais l'impression que lui aussi avait trouvé un gain de motivation ; de toute façon, chacun de mes pas me donnait une nouvelle patate que je consumais dans des plans de vengeance diabolique. Quand Fino ne m'indiquait pas le chemin, je l'entendais proférer quelques insanités à l'encontre de Robin. Je n'étais pas le seul à vouloir en découdre. Bien qu'arrivé rapidement, c'était le sprint final. Mon allure accéléra un peu plus quand je m'insufflais dans le dernier couloir.
La salle dans laquelle j'étais postée n'était pas aussi impressionnante que ses compatriotes précédentes. On aurait plutôt dit que c'était la pièce la plus vieille, ou bien au contraire, un dernier embranchement qu'un maçon aveugle avait construit à la va-vite. Du lierre orange essayait timidement de se camoufler entre les briques, le plafond n'était retenu que par quelques poutres. Au fond de cette antiquité moderne, il y avait un distributeur de gare, de couleur rouge criarde. Fino affirma que c'était bien là, et je m'approchais de cette étrange apparition. Dépassant les deux mètres, de forme cubique, le distributeur était en tout point exact à ceux qui délivraient des Twix ou des Bueno rapidement. Sauf qu'à l'intérieur, il n'y avait qu'un seul article proposé : un épais flacon de cristal contenant une pâte rouge carmin. Et qu'il n'y avait pas de fente pour insérer des pièces. Juste un petit panneau qui indiquait :
« Voyageurs, pour pouvoir utiliser le baume, cela fera trois heures de votre temps. »
Je questionnais Fino, il pressa un bouton rouge sous la phrase. Il ne se passa strictement rien. J'émis l'hypothèse qu'il fallait que ça moi qui appuya sur l'interrupteur pour enclencher le mécanisme. Le phoque s'excusa déjà de m'avoir donné de faux espoirs. Effectivement, trois heures, c'était bien trop long. Les blessures dans ce secteur était punie de temps. Pile poil le mauvais choix à prendre. Les blessés devaient choisir entre du temps à perdre pour régénérer leurs blessures ou bien devaient continuer quitte à se faire massacrer au détour d'un couloir. Une ampoule brilla au-dessus de ma tête, réchauffant mon âme de ce questionnement idiot. Même Fino avait pu comprendre que j'avais trouvé un truc. Je lui expliquais mon plan, il grogna. Mais s'il ne faisait que grogner, je pouvais comprendre que j'avais eu une idée de génie.

Je traçais tout droit, traversant les couloirs. J'avais vaguement le plan en tête mais je le remettais en question à chaque virage, vestige de mon sens de l'orientation aussi inutile que dangereux.
C'était moi qui avait proposé à Fino d'appuyer avec ma main fraîchement découpée, et d'aller chercher les artefacts pendant que lui resterait patienter trois heures pour récupérer le baume et me l'apporter plus tard. Ce plan était foireux mais je lui avais promis de ne pas m'écarter du chemin qu'il m'avait dicté. Lui pourrait utiliser sa petite taille pour passer dans des minuscules tunnels afin de me rejoindre avec l'onguent et ma main gauche. Si je croisais Robin sans objet, je pourrais la battre. Si je croisais Alain, il fallait que je fuie. Et si je trouvais un artefact, j'avais gagné le gros lot. Je devrais tout faire pour ne pas m'écarter du sentier. Si je devais le quitter pour raison X, je devrais y retourner aussi vite que possible.
Alors que je finissais de courir dans ces couloirs, je me remémorais ce que je devais parcourir. Après lesdits couloirs, j'arriverais dans une salle pleine d'eau. Aussitôt pensé, aussitôt fait. Je ne voyais plus les murs tant la salle était grande. Comme pour les jardins botaniques, j'avais l'impression d'être à l'extérieur. La salle abritait un lac si spacieux qu'il faisait passer les piscines olympiques comme de simples flaques. Il y avait un pont de cordes qui la coupait en deux. Les conseils grossiers de Fino me revinrent en mémoire.


« Très fragile, il a tendance à s'effriter sous les pas des participants. »


Effectivement, il était branlant et la moitié des poutres étaient tombées cinq mètre plus bas, dans l'eau. Quelqu'un était déjà passé par là, peut-être Robin. Le principe était de courir sur un environnement instable en craignant la flotte en bas. Si tu tombais dans la flotte et que t'avais aucun moyen de remonter, t'étais dans la merde. Et pour tous les malins qui voulaient voler avec différentes capacités, l'eau, comme une incroyable entité vivante, s'amusait à glouglouter et à remonter pour attraper le fautif qui ne voulait traverser le pont. En gros, l'eau était toute-puissante mais ne pouvait tremper le pont suspendu.


« Mais on s'en branle du pont, toi, tu plongeras. »


J'étirais mes bras par-dessus la tête, respira un grand coup et sauta dans le vide. Deux secondes plus tard, je crevais la surface de l'eau et des centaines de bulles d'air remontèrent en vitesse, apeurées de ce grand bleu. Ma tête remonta et je respirai un grand coup avant de commencer un crawl. L'eau s'apercevant qu'elle n'avait pas besoin de venir me chercher se détendit. Elle était froide mais rien ne pouvait éteindre le feu vengeur qui s'était allumé en moi. Pendant cinq minutes, je nageai, m'accordant une pause après trois minutes d'efforts incessants. J'arrivais enfin à la falaise d'en face, dont le sol se situait à dix mètres au-dessus du niveau de la mare. Il paraît qu'il y avait encore d'autres pièges en haut mais Fino ne s'était pas attardé dessus.


« Ta gueule, on s'en fout, tu ne vas pas remonter. Y a des galeries sous l'eau, tu prends la première à gauche, puis le second tunnel qui descend avant de continuer tout droit jusqu'au prochain virage vers la gauche. Là, tu remontes. Ca te prendra un quart d'heure en tout alors attention. »


Je pouvais le faire, aidé de mes portails. J'en userais une maintenant, mais il paraît que le raccourci valait le coup. Je me pinçai le nez, respirai une immense bouffée d'air jusqu'à en faire une orgie, puis je plongeais dans le fond de l'eau. Cette bassine faisait bien vingt mètres de profondeur et je faisais de grands gestes désordonnés de jambes et de bras pour y aller, même si mon corps essayait de remonter par la poussée de ce bon vieux Archimède. Mes lunettes étaient au fond de mes poches pour être sûr qu'elle n'aille pas remonter à la surface ou se barrer je ne sais où. Je vérifiais toutes les trente secondes qu'elle restaient dans mon pantalon.
Je trouvais les tunnels souterrains. Si personne ne vous disait qu'il y avait une caverne ici, vous ne pourriez pas le deviner. Je passais dans le trou en m'aidant de mes mains. Les bords paraissaient tranchants à souhait mais je ne voulais pas vérifier. J'avais largement la place pour manœuvrer, contrairement à ce que je croyais. Dans mon esprit, j'étais dans des petites galeries étriquées, pas dans de vastes espaces. Je devais frôler le mur pour être sûr de ne pas louper le tournant, les lumières disparaissant au fur et à mesure. Contrairement aux autres parties du Labyrinthe éclairées par de la lumière sortie de nulle part, les grottes sous-marines n'avaient bénéficié d'aucun soin au niveau de l'éclairage. Il y avait à peine de quoi s'orienter et j'avais peur que ça ne se détériorait au fur et à mesure. La froideur de l'eau m'empêcha de considérer à sa juste valeur une éraflure que je venais de récolter en m'égratignant la peau contre une roche particulièrement reluisante. Ma théorie se validait. Puis enfin, l'air se mit à me manquer. J'activais mes yeux, qui ne contrastaient plus avec le paysage environnant. Mes cheveux trempés se levèrent un peu alors que les portes apparaissaient.

Premier portail : A quelques mètres plus haut, et quelques mètres en arrière. Pour préciser, le portail est à l'air libre.
Second portail : De position horizontale et tournée vers le bas juste au-dessus de ma tête; ainsi, l'eau ne sort pas par l'autre porte (un vieux truc de physicien, essayez si vous ne me croyez pas).
Effet provoqué : En levant ma bouche, je réussis à retourner à l'air libre et à pouvoir regonfler mes poumons. Grâce à mon pouvoir, j'évitais ainsi une noyade complète et stupide. De plus, je n'aurais pas besoin d'user de nouvelles paires à chaque fois : il me suffisait de déplacer le portail sous l'eau sans me drainer les forces pour avoir une poche d'air.

Ce fut ainsi que je continuais à nager, dans le froid et dans la pénombre. Si vous voulez des détails croustillants, sachez que c'était très difficile de faire une brasse avec une seule main. C'était comme pagayer avec une rame plus petite que l'autre : c'était lourd et chiant. Je comprenais soudainement ce que ressentait le pauvre poisson Nemo ; une pensée fugitive qui me distraya pendant une demi-seconde. Sur ce, je repris ma route en faisant gaffe aux aspérités des murs. Et vu comme ceux-ci se rapetissaient, je dû changer de nage pour en adopter une plus lente, mais plus sûre et qui prenait moins de place. Je récoltai une autre coupure sur la jambe ; heureusement que le froid était assez mordant pour faire disparaître la douleur. Je tournais là où il fallait sans réussir à me perdre. J'étais tellement concentré sur ce que je faisais que je parvenais à me souvenir du chemin que je devais emprunter, moi qui d'habitude aurais besoin d'un bon GPS pour m'orienter dans mon studio. J'aurais des rides terribles à force d'adopter un air sérieux à la fin mais c'était un sacrifice nécessaire. Et je comptais sur la nuit suivante pour me redonner un front lisse et détendu. La motivation redevint ma principale occupation, et après une nouvelle gorgée d'air, je repartis de plus belle en battant des pieds.
Après vingt minutes de nage, je trouvai la pente qui annonçait la fin de la trempette. Je fis une ultime brasse avant de poser mes pieds dans le sol mouillé. Quelques avancées plus tard, mes jambes faisaient de l'écume tout en avalant faiblement les distances. Puis mes genoux sortirent de l'eau, jusqu'à la plante de mes pieds. Mes lunettes étaient toujours là et des ruisseaux coulaient de mes cheveux et de mes vêtements. Il faisait toujours aussi froid, et presque aussi sombre. Quelques torches en bois rendaient un visuel un peu glauque des parois rocheuses et désabusées mais je m'en contenterais. Je m'approchais d'une torche comme le ferait tout bon aventurier, juste avant de voir qu'elle était fixée à un socle en métal et que me retrouvais comme un con. Bon pas grave, j'en profitai au moins pour me réchauffer. Puis je repartis au galop le long du couloir, désespérément long. Il y eut bientôt des énormes ventilateurs collés sur les murs et les plafonds, distribuant un air chaud et violent. Dès que je passai à côté, je séchai rapidement, l'eau s'évaporant sans demander son reste. Évidemment, le système était conçu pour ceux qui marchaient, et non pour ceux qui traversaient le couloir en sprintant. Au bout de cinq minutes, j'aperçus la sortie. Je ralentis mon allure, évitant de gaspiller mes forces. J'avais le souffle court mais j'étais loin d'être épuisé. Puis j'arrivai enfin dans la salle aux cent portes. Qu'avait dit le phoque à ce sujet déjà ?


« Là, ça va être chaud. Les dix portes à ta gauche sont des mauvaises, idem pour les sept à ta droite. En fait, ne cherche pas, je te conseillerais la douzième à ta gauche ou la vingt-cinquième à droite. La trente-sixième aussi dans la même direction ? Ah non, elle mène directement sans concession logique avec la salle des dalles. La trente-neuvième, c'est pour le plafond des plantes je crois. Tu peux essayer la quarantième à gauche sinon. Les autres, ça te mènera en arrière, dans de nouveaux pièges ou dans des culs-de-sac. Bordel, quel est le connard qui a inventé cette foutue salle, et celui qui a inventé la numérotation ?! »

Merci Fino, évite de m'embrouiller. La nouvelle pièce au nom explicite était immense. Une dalle de pierre en son centre indiquait le numéro de chaque porte. Parfaitement inutile mais c'était pour contrebalancer avec le modeste mobilier. Si, ces quatre-vingt dix neuf colonnes grises qui partaient de chaque parcelle de mur que ne dévoraient pas les cent portes, et qui se rejoignaient en une étoile sur le plafond était plutôt pas mal. Pour le reste, marbre silencieux sur le sol et sur le mur. Les portes étaient toutes de la même facture, pas une éraflure qui les différenciait l'une de l'autre. D'après Fino, les portes avaient toutes un style différent auparavant mais Maze s'étaient rendu compte que les Voyageurs se perdaient beaucoup moins facilement. Il avait donc installé des portes semblables par une pure éthique sadique. Sinon, fallait avouer que la salle était dotée d'une solide circonférence pour accueillir un nombre aussi incroyable de portes.
Il n'y avait pas de temps à perdre à réfléchir à quelle porte prendre. Suivant les indications de Fino, je pris la douzième à gauche. Je sortis alors deux minuscules cailloux. J'en posais un devant la porte discrètement, et je fis de même avec celle où que je voulais prendre. Si Fino venait, il saurait tout de suite quel chemin j'aurais emprunté. Si jamais je devais revenir sur mes pas après m'être mangé un cul-de-sac, je reprendrais la pierre pour indiquer mon nouvel itinéraire.
Ainsi, je m'engouffrais dans la direction choisie. Déjà, je fus soufflé par les couloirs de pierres dorées et les ornements impressionnants. Aussi par la petite taille du couloir : en deux minute, je l'avais déjà traversé. Quelques autres couloirs adjacents m'invitaient mais je continuais en ligne droite. Plus que louche si vous vouliez mon avis. Et en effet, je venais de me trouver dans une imposante salle cubique, disons de quarante mètre sur quarante. Les murs étaient complètement métalliques et lisses. Il n'y avait aucune décoration ou autre : juste des murs, aussi carré que le plafond. Je faillis penser être tombé sur un cul-de-sac et commençais à rebrousser chemin quand je vis un objet scintillé au fond. Je m'approchais à pas feutrés comme si je venais soudain de comprendre que j'étais dans un vieux tombeau égyptien. Ou que je venais de trouver un artefact magique, au choix. Crissements de neurones qui chauffent. Oh merde ! Je m'approchais plus rapidement encore pour me rendre compte que, collé contre le mur se tenait un panneau de signalisation (représentant un sens interdit si ça vous intéresse). Mon sourcil se leva incompréhensif de la vision incertaine qu'on lui donnait. Puis j'hésitais soudainement : un panneau censé contrôler les flux de circulation automobile ne pouvait pas être une arme secrète de Dreamland. Quoiqu'en y réfléchissant, si en fait. Il faisait plutôt froid dans la pièce, surtout que j'étais un peu humide. Je tentais de saisir le panneau mais une force plus puissante encore la maintenait au mur. J'essayais de toutes mes forces de l'arracher à ce si lisse tortionnaire mais il résista férocement. Ce n'était pas vraiment impossible, je l'avais senti vibrer et se décoller un peu ; fallait que je mette le paquet.


« Intéressant, ces murs, le sol et le plafond sont aimantés. Il est pratiquement impossible de se servir du panneau. Le but est de le défendre jusqu'à la fin du compte à rebours, qui arrive à son terme dans une petite heure à peine. »


Cette voix si désagréablement pompeuse ne pouvait pas induire en erreur : le Voyageur de l'Agoraphobie se tenait derrière moi avec un sourire posé. Celui-là même qui s'était défait d'un Voyageur de haut niveau sans trop de difficultés : dans le cas contraire, il aurait été un tant soi peu blessé. Je me retournais, abandonnant le panneau à son mur et me mis en position de combat. Y avait du danger dans l'air, la pression avait soudainement augmenté. Je réussis à dire :


« Nielsen était vraiment une couille molle pour s'être fait avoir par un navet comme toi.
_ Ed Free, second de la ligue Baby, tu crois pouvoir me battre, moi qui me suis débarrassé d'un mec de la Ligue major sans problème ?
_ Rien à battre. »


C'est bizarre que j'ai ressorti cette histoire avec Nielsen, comme s'il me manquait. Je n'y avais jamais trop réfléchi en fait, mais je faisais maintenant partie d'une armée. Et Nielsen avait été un de mes compagnons d'arme, aussi chiant, peu aimable et indisponible avait-il été avec moi. De ce fait, je regrettais la perte d'un allié potentiel, et peut-être d'un ami. De ce fait, il allait payer. Et là, j'étais bien content de voir que ça allait se résumer à un affrontement en face-à-face. Oh Yeah, dommage que Fino soit en train de se faire chier en rêvant de sudokus alors qu'il allait louper LE combat.
Sans trop m'attarder, j'approchais de mon adversaire et lui envoyai un bon coup de pied sur le flanc, qu'il esquiva grossièrement. Voyant que le contact n'était pas son fort, je continuais sur ma lancée, et visai son menton et sous l'arête de son nez. J'étais incroyablement confiant, et cela se ressentait sur la justesse de mes coups. Deux passèrent sans réellement de contrattaque. Puis alors qu'il tentait une esquive de côté, j'agrandis mon allonge en réutilisant un coup de pied de face qui le percuta sous le coup. Le corps vola à quelques mètres et atterrit douloureusement sur le bitume métallique. Je n'allai pas continuer mon attaque parce que je sentais anguille sous roche : il n'avait pas encore utiliser son pouvoir. Dans une fausse esbroufe pour le faire parler, je lançai :


« Qui domine le corps-à-corps commence bien le combat.
_ Quel est le crétin qui a dit ça ? »
me demanda l'albinos qui se relevait avec le genre de sourire confiant qui donnait envie de baffer son prochain.

Je préférais me taire car c'était moi qui avait trouvé cette règle lors des phases du tournoi. Une veine se mit à palpiter sur mon front et je décidais d'aller lui rendre justice. Je fonçais sur mon adversaire sans chercher plus de mystère. Mais le voilà qu'il leva un bras, ferma les yeux. Je sentis un onde de puissance se dégager de son être, puis je fus balayé à l'autre bout de la salle, emporté par une entité immatérielle. Je me relevai puis me concentrai. Non, ce n'était pas Alain qui possédait une telle force.


« Alors, c'était ça, on possédait des artefacts ? T'as toujours été une merde mais avec des artefacts que t'a refilé ton Seigneur, tu passais à un autre niveau.
_ Parfaitement exact
, me confia gentiment Alain et qui m'ouvrit sa veste pour me présenter deux colliers plus une bague d'or à sa main. La bague de l'Agoraphobie me permet de balancer au loin tout ce qui m'entoure, mu par la peur des espaces publics. J'ai pu briser des dizaines de murs sans me fatiguer. Celui-là qui symbolise les espaces vides me permet de me déplacer plus rapidement, en volant ou en restant au sol. L'autre me permet de décupler mon pouvoir, ce qui est... »

Malheureusement, le sieur eut du mal à finir avec mon poing dans ses dents. Ce crétin était si sûr de gagner qu'il m'avait raconté tous ses pouvoirs; Je n'étais pas très correct de l'avoir laissé finir sa phrase mais je ne pensais pas que la politesse avait sa place dans le combat. Je voulus le rejoindre pour continuer de frapper mais il s'envola d'un geste rapide, pour m'envoyer une onde de choc. Ma nuque eut un drôle de bruit, plus étrange en tout cas que celui de mon front qui cogna le sol durement. Du sang s'en échappa, ruisselant autour des commissures de la bouche. Je me relevais pour me retourner mais il n'était plus là. Un bruit de bouchon qu'on projette loin de sa bouteille plus tard, je fus expulsé sur le mur d'en face, bras ballants. Je réussis à garder l'équilibre. Bon dieu, en voilà un adversaire chiant. Mais je restais le spécialiste des attaques qui pouvaient intercepter n'importe quoi. Je m'élançais, me préparant à esquiver la prochaine salve. Mais je ne pus rien faire et je percutais un autre mur après un douloureux vol plané, dérapant sur le sol en me ripant le bras. Tant que je ne rencontrais pas de murs, je n'avais pas de problème. Sur pieds, je tentais de préparer mes prochains coups, mais ce fut lui qui fut le plus rapide. En ne touchant que deux fois le pied sur terre en faisant des bonds incroyablement longs sans quitter le sol de plus d'un mètre, il me renvoya dans les roses et l'arrière de ma tête cogna violemment contre le mur. Je commençais à comprendre : on ne pouvait échapper à ses attaques tant qu'on était à moins de cinq mètres de lui. Elle le ceinturait plus sûrement qu'une armure. J'essayais de me déplacer mais je venais de remarquer que mes pieds ne touchaient plus terre. Alain s'approchait, et balançait des ondes permanentes qui me collaient au mur comme le métal était attiré par les aimants. Je savais parfaitement ce qui allait se passer s'il intensifiait son pouvoir : mes os ne le supporteraient pas, pris en sandwich entre les ondes de choc et le mur derrière moi. L'albinos me fit un gentil sourire compatissant (bien que son nez soit cassé) avant d'envoyer la patate. Il était temps de lui montrer ce dont j'étais capable

Premier portail : Derrière ma tête que j'avais réussi à décoller du mur, malgré les protestations de ma nuque.
Second portail : Tourné vers le visage ensanglanté d'Alain, à la hauteur de celui-ci donc.
Effet provoqué : Je sentis mes os commencer à se tordre et à s'aplatir (juste commencer hein ? C'est l'imagination qui me fait penser ça), mais ma nuque avait trouvé un nouveau support sur lequel s'appuyer : la face d'Alain qui se fit enfoncer par le crâne bien lourd et projeté. Le pompeux s'envola une nouvelle fois, me libérant de son pouvoir. Je ne pus m'empêcher en nous voyant se relever toutes les secondes qu'on dirait Gandalf et Saroumane qui se combattaient en criant
« AAAAH ! » ou « WOUH ! ».

Il était tremblant le pauvre, il n'était pas habitué à se recevoir autant de coups dans la figure. Je m'avançais sans risquer de m'en prendre une, car je ne savais plus quoi faire maintenant. Je devais avoir une ou deux côtes cassées ; je n'étais plus si confiant que ça maintenant. Je me demandais même si je pourrais le vaincre. En tout cas, il serrait les dents de colère. Je pouvais penser qu'il n'avait pas bien compris ce qui s'était passé. Puis il refit son espèce de patinage en ma direction. Ce fut si rapide que j'eus du mal à l'apercevoir. Et il m'envoya une autre décharge...qui me fit s'envoler. Il s'était baissé et avait envoyé sa main vers le plafond. Mon corps fut soulevé jusqu'à une vingtaine de mètres. Bon sang, je n'avais qu'une chance. Je voulais dire par là que je n'aurais qu'une opportunité de le blesser sérieusement avant qu'il ne comprenne la nature de mon pouvoir et qu'il puisse anticiper mes actions. Et plus vite je le ferais, moins j'aurais de chance à avoir à frayer avec son pouvoir encore inconnu (et amélioré par un de ses deux pendentifs). Puis je reçus une autre onde de choc en plein dans l'estomac : Alain avait volé avec son pouvoir et était venu me rejoindre pour me balancer une autre attaque. Je fus soufflé une seconde fois, et pus frôler le plafond de mes doigts si l'envie m'y prenait. Mais le Voyageur s'envola une seconde fois pour me rejoindre, l'objectif marqué sur le front : il allait me fracasser contre le plafond et me laisser choir. Là, ce serait perdu pour moi, c'était comme se faire écraser par un bulldozer. Et je n'avais aucun moyen de m'agripper à quelque chose. C'était fini et je sentais ma vie de Voyageurs défiler devant moi à vitesse éclair. Moi qui insultais Fino, Fino qui m'insultait, moi qui insultais Fino, Fino qui m'insultait, moi partant seul, traversant des couloirs, un lac où je dû retirer mes lunettes. Bingo.

Premier portail : Je le fis devant mon bras, sans attendre d'être stabilisé ou non, juste devant mon seul bras valide.
Second portail : Juste à côté du poignet de l'autre enfoiré, qui était plié pour présenter la paume.
Effet provoqué : Je balançais ma main à travers le portail et réussis à attraper son poignet fermement. L'onde de choc me souffla, mais j'étais parvenu à ne pas me fracasser contre le plafond (quoique mes pieds le frôlaient, vu que j'étais soufflé à la verticale, Alain étant sous moi).

Mais ce ne fut pas tout : après que je sois parvenu à ne pas finir en crêpe poisseuse, je lâchai le poignet tout en tombant à la renverse. Mais dès que je fus au niveau de mon ennemi, j'attrapai mes lunettes de soleil qui n'avaient pas été soumises aux murs aimantés (ça devait être le même système que pour l'eau, tant qu'elle ne voyait pas, elle ne faisait rien. Beaucoup de choses sur Dreamland possédaient une âme qu'elles n'avaient pas dans le monde réel). Et je lui balançais au contact mes lunettes métalliques sous la forme d'un uppercut. Les verres teintés foncèrent à une vitesse folle vers l'aimant le plus proche : celui du plafond qui n'était pas à trois mètres. Elle s'envolèrent si vite qu'elles en devinrent floues. Mais avant de trouver le plafond aimé, elles rencontrèrent sur leur route le coup plié vers le bas d'Alain. Elles s'y enfoncèrent vigoureusement sans les traverser, et plaquèrent le Voyageur contre le plafond. Après un gargouillis horrifié, sa voix se tut dans le chuintement sonore du fer. Je ne savais pas du tout s'il était mort ou vivant. Mais Robin avait épuisé mes réserves de pitié la nuit dernière.
En moins d'une seconde, je parvins à faire passer mon portail le plus élevé (le premier donc) vers le sol en le plaquant. Puis je levais les bras pour attraper le second qui m'avait permis d'attraper Alain. Mes mains réussirent donc à utiliser le sol comme prise pour éviter de me péter la gueule par terre. Ce serait con après avoir battu Alain. Mes bras tendus me firent un mal de chien, mais je tins bon. Je réussis à me soulever avec les triceps, pour me retrouver directement sur le sol, comme si je venais d'un étage inférieur. Dès que je fus assis sur le sol, à soupirer d'aise, je hurlai de joie. J'avais défait cette andouille de merde ! Maintenant, le panneau !
Je m'approchais de lui, j'avais une idée en tête pour le dégager de cette salle. Je tirais sur le panneau mais la puissance de l'aimant surpassait de loin la mienne. Je pris l'artefact de mes deux mains et usais de toutes mes forces. Je mis même mes pieds sur le mur pour me donner plus de puissance. Et ce fut avec plaisir que je vis le panneau se décaler légèrement de l'aimant. J'utilisais mon quatrième portail de la nuit, afin de le coller entre le mur et mon précieux. Certes, j'avais du mal avec une seule main mais c'était mieux que rien. Une me suffisait pour vaincre mes adversaires du Labyrinthe : entre Robin et Alain, ça avait été du gâteau. L'autre portail m'attendait tranquillement à la sortie de la salle, prêt à recevoir le panneau. Je lâchai le tout (mes côtes hurlèrent de douleur et une larme perla à mes yeux), et le panneau alla directement dans l'autre portail que j'annulai aussitôt, par peur qu'il revint quand même par la même porte. J'entendis un bruit sonore que faisait le panneau quand il tomba à terre. Je me retournai, content de moi. Les choses se passaient très bien, et je n'aurais même pas besoin de la potion miracle de Fino.
Je sortais en sifflotant de la salle quand une forme noire et jaune passa devant moi, me fit un croche-en-jambe avant de se baisser pour récupérer le panneau. Je me relevais mais elle me tenait en joue avec le sens interdit.


« Robin, est-ce qu'on t'a déjà dit à quel point tu étais une GROSSE CHIEUSE !!!
_ Avec ça, je te maîtrise sans problème, alors poussin tu la fermes. »


C'était bien les long cheveux couleur miel et tout emmêlés de Robin qui encadraient un visage dominé tour à tour par l'inquiétude et la joie. Mais quel con ! Voilà que j'étais dans de beaux draps maintenant, tout ça par manque de négligence. Les pires vipères étaient celles qui se cachaient le mieux. J'étais drôlement énervé mais je ne pouvais pas la balancer sur la seule personne présente. Bordel. Je dis dans une ultime plainte :


« Bordel, ne le dis pas à Fino, il ruinerait ma vie. »


Elle ne parut pas comprendre ce que je lui disais, elle respirait très fortement ; elle n'était donc pas rassurée. Elle allait soit me tabasser, soit se cacher. Elle me proféra d'ailleurs quelques menaces, du genre, ne pas bouger pendant qu'elle reculait. Je restais immobile tandis qu'elle partait en arrière pas à pas. Je ne pus m'empêcher de dire :


« Mince, moi qui pensais pouvoir obtenir mon second artefact ! »


Robin s'arrêta pour me fixer avec des yeux ronds. Je sortis une espèce de petite carte et la montra à la Voyageuse. Pour étayer mes prochains arguments, je me décalais de quelques pas pour entrer dans le couloir doré. Je levais ma main vers un des murs. Celui-ci se déplia et dévoila un nouveau tunnel qui rejoignait les chemins habituels, creusant dans la roche. Je souris quand je vis l'air ébouriffé de Robin. Devant elle, le mur avait tout bonnement disparu. Ça faisait du bien de la surprendre un peu, j'en demandais encore.


« Mais comment... ?
« Et voui ma belle, j'ai un artefact de la Claustrophobie qui me permet de ne jamais me retrouver coincé quelque part, en éviscérant les murs. Tu peux garder ton panneau de merde, il ne me manquera pas. »


Ah, que cela faisait du bien de lui clouer le bec. Je voyais bien que l'arme pesait son poids (même si on avait une force accrue dans Dreamland), alors que moi, selon son point de vue, je pouvais me tirer de toutes les situations possibles. Et puis, essayer de vous battre avec un panneau avec une main ! Bon, je ne veux pas déplaire au lectorat et que celui-ci pense que c'était injuste d'avoir provoquer une ellipse où je dénichais un objet aussi important. C'est pour ça que je vais me justifier maintenant. Les moins crédules auront deviné que je portais à la main l'accréditation de Fino qui lui permettait de se déplacer plus rapidement dans le Labyrinthe ! Je le lui avais emprunté pour se sortir de solutions merdiques comme celle-ci. En me la donnant, il m'avait même dit où je pourrais trouver les portes à déclencher, comme dans le couloir d'or de la douzième porte à gauche. Il me suffisait de tâter les murs pour se rendre compte où étaient les mécanismes. En dehors du Royaume, c'était une carte sans valeur. Mais vu l'effet que ça faisait à Robin, je pouvais penser à juste titre qu'elle avait tout gobé. La peur et le stress l'avaient complètement transformé.


« Espèce de connard, reviens,
grinça-t-elle des dents.
_ Chat ! Viens me chercher ! »


Et moi de courir dans le couloir, et elle de m'emboîter le pas en proférant quelques insultes. Pauvre conne. Alourdie par la charge supplémentaire de son panneau, elle n'avait aucune chance de me rattraper. Je n'avais plus qu'à trouver un endroit où la surprendre pour lui subtiliser l'artefact encombrant sans dommage. Mais voilà, mes côtes en décidèrent autrement ; au lieu de courir comme un étalon, je me traînais à mon tour en toussant et en me tenant le ventre comme un vieux papy auquel le pacemaker serait tombé dans le bas du ventre. J'avais remonté le couloir en une minute, l'excitée derrière moi me criait quelques méchancetés d'un goût douteux. Je retombais dans la salle aux cent portes, et je devais me décider d'un chemin. Pour me laisser plus de temps à la réflexion et pour compter les portes, je passais dans une glissade derrière la stèle centrale qui montait jusqu'à un mètre cinquante de hauteur. Robin ne pouvant exécuter ce que je faisais, elle resta de l'autre côté de la grosse pierre, une grimace de douleur. Elle essaya de passer à droite, je tournais autour de la stèle d'autant. Elle tenta dans l'autre direction, mais je continuais à me moquer d'elle en passant de l'autre côté. Elle voulut me donner un coup de panneau dans la tête mais je me baissais pour éviter le coup avant de revenir, sourire aux lèvres, comme une de ces foutues taupes dans les parcs d'attraction. Si j'avais eu mes deux mains, j'aurais tenté ma chance. Ce jeu aurait pu continuer pendant une bonne petite heure (à moi de la sous-estimer maintenant), si je n'avais pas été surpris que Robin se mette à voler au-dessus de ma tête, comme un fétu de paille et sans élan s'il vous plaît.. Elle fit quelques tonneaux sur le sol avant de se relever le bras en sang, surprise, le panneau toujours dans ses mains. Dans le couloir, il y avait Alain la paume tournée vers nous. Avec ce même petite sourire de politicien.


« Je t'avais pas pendu à mes branches de lunettes, toi ?
le questionnais-je la mâchoire crispée.
_ Moi ? Noooon. Mais il me semble que tu ne connaisses pas encore mon pouvoir, tiré de la phobie des foules. »

Et là, quatre autres Alain surgirent de son dos, exactement identiques à l'original, même si je ne savais pas du tout qui était l'original. Celui du milieu reprit :

« _ Et donc, voici le pouvoir de mon dernier artefact. Il me permet de cloner les artefacts que j'ai acquis. Bref, moi et mes quatre autres égos avons les deux autres artefacts de l'Agoraphobie. Et Ed, félicitations pour t'être débarrassé d'un de mes clones, même s'il en a fallu deux pour battre Nielsen.
_ Tout le plaisir était pour moi. »


En voilà un chieur. Je n'avais battu qu'un de ses clones. Il l'avait certainement placé là pour défendre le premier des trésors pendant qu'il partait en quête de l'autre. Donc il pouvait pas faire plus de cinq lui-même. Alors qu'ils bougeaient vers moi, je voyais bien qu'il avait du mal à les coordonner : certains se bousculaient, ou trébuchaient sur une marche. Derrière moi, Robin était pétrifiée par ce qu'elle voyait. Et je pouvais voir sur ma main que le chrono était bientôt fini. On allait se battre tous les trois maintenant. Mais c'était moi qui allais choisir le terrain. Puisque Robin essaierait de me prendre l'accréditation avant la fin du temps imparti, et qu'Alain nous poursuivrait. En espérant que cette blonde ne s'échappa pas avant. On resta ainsi, tous les sept en attenant que quelqu'un réagisse.


« Putain, y a pas plus chiant que ces ventilateurs ! J'ai failli m'envoler ! »


L'arrivée aussi stupide que providentielle de Fino coupa court à tout silence. Alain leva sa paume, et une onde de choc balaya le terrain. Je me baissais pour esquiver tandis que Robin était trop loin. Mais ils n'allaient pas tarder à nous encercler. Une autre onde de choc fendit l'air, mais j'étais loin. Je fis un petit détour pour prendre dans ma seule main valide le phoque et l'onguent et mon appendice qu'il transportait. Je fis un bond de côté pour éviter de me prendre un panneau en pleine gueule. Je pris la trente-sixième porte à droite selon la position de la grotte sous-marine. Fino ne comprit rien, il beugla comme à son habitude mais je n'avais pas le temps de lui expliquer. Robin était à mes trousses, traînant son boulet d'arme avec elle. Les autres Alain se déplaçaient comme il le pouvaient et s'engouffraient à leur tour dans le tunnel. Une course poursuite de merde. Et si seulement Fino pouvait arrêter de commenter tout ce qui lui passait sous les yeux.


« Bah Bon dieu, je me doutais que t'étais hétéro, mais te faire courser par cinq mâles, là, tu m'impressionnes !
_ Le panneau de signalisation est un artefact et Robin me course à cause de l'accréditation.
_ Bordel, moi qui me faisais chier. »


En pleine course, c'était impossible que je me soignai. La situation s'empirait jusqu'à un degré impossible. C'était dans ce genre de situations où il y avait Jacob pour me tirer de la mouise. Mais on avait troqué l'invincible Voyageur contre un phoque impotent. Je sentais le couloir caverneux frémir sous les assauts des ondes de choc, mais il fallait croire que Robin était assez loin pour ne pas s'envoler. A deux mètres derrière moi, elle tenait la distance grâce à une folie certaine qui animait son regard. Bon, je ne faisais que deviner car j'avais autre chose à foutre que de regarder. Devant moi, il n'y avait rien de rien. Jusqu'à ce qu'il n'y ait effectivement rien de rien : je tombais dans une trappe. Trop ébahis pour hurler, Fino et moi se demandions ce qui se passait. Puis mes fesses percutèrent un sol glissant : j'étais dans un toboggan de pierre. Alors que je prenais de la vitesse, j'entendais Robin tomber à sont tour. Mais je fus trop loin et trop rapide pour pouvoir m'amuser à écouter tous les Alain qui se rétameraient dedans. Sinon, ça n'avait rien d'excitant tout ça. Je m'amusais à glisser mais sinon, je me les brisais malgré la vitesse qui faisait s'envoler mes cheveux et qui faisaient pleurer mes yeux. Le chrono était bientôt fini et cette glissade consommait du temps de façon dangereuse. Il fallait vite que je reprenne le contrôle de la situation. Car après avoir aperçu la démarche claudicante des clones, je savais que je ne pourrais vaincre que dans une salle : la salle aux dalles noires et blanches. Un pas sur une sombre et on se prenait un jolie décharge. Je ne savais pas jusqu'où elle pouvait se révéler mortelle, mais connaissant le Labyrinthe, le maximum autorisé serait deux erreurs. Une seconde marche sur la mauvaise dalle et on était cuit. Là, tout évanouissement correspondait à la mort. Une perspective peu réjouissante mais qui pourrait certainement écarter le trop grand nombre d'ennemis en jeu. Il ne restait qu'un point noir, l'atterrissage.
Mais Dame Fortune avait décidé d'être clémente cette fois-ci. Au lieu de me balancer dans la salle, le toboggan s'arrêta de descendre. Quand mon élan disparut, je me remis debout et continua. Au détour d'un virage, il y avait la lumière. Et après cette lumière, la salle des dalles carrées. Je posais directement mon pied sur les dalles blanches et m'éloignai le plus possible de la bouche du toboggan. Après être passée à distance raisonnable, je me retournai. Robin semblait avoir compris le mécanisme en m'observant. Se doutant de quelque chose, elle eut la même démarche que moi et évita toutes les dalles noires en se précipitant sur moi. Elle agita son panneau au-dessus de sa tête avant de la fracasser sur le sol, à cinq centimètres de mes cheveux. Mais l'électricité contenue magiquement dans les dalles noires se déversèrent à travers le panneau et frappèrent la main de Robin. Elle eut un spasme terrible et lâcha l'artefact. Je tentais ma chance pour le saisir mais elle me balança un mur maladroitement. Je l'esquivais sans problème puis elle construisit une petite-plateforme pour récupérer sans danger son panneau (en la faisant apparaître sous ledit panneau, puis en montant dessus afin de ne pas se prendre un autre éclair). Elle bougea télépathiquement son mur pour m'attaquer et je fis un véritable bond sur le côté pour éviter de me faire renverser par l'immense arme. Un coup de sens interdit dans la tronche, et je pourrais dire adieu à Shana, Hélène et Jacob (qui déborderait de jalousie). Véritable reprise maléfique d'Aladin et son tapis volant, elle fit retourner son mur pour me foncer en plein dedans. Fino hurla un bon coup pour extérioriser et me casser les oreilles, et je repris une de mes fameuses cascades. Le bout du sens interdit me percuta l'épaule, me faisant tournoyer stupidement dans les airs. Dans quel enfer je m'étais fourré ? Mais ce ne fut pas suffisant pour abattre mon instinct de survie qui déplia la jambe sur une dalle entièrement blanche.
Puis je sentis l'air vibrer devant moi avant même de m'apercevoir qu'un des Alain visait la blonde avec son artefact. Ils étaient arrivés, les cinq clones machiavéliques. Puis un hurla, trembla et s'aplatit sur le sol : sa chaussure s'était posée sur une dalle électrifiée. Par manque de précisions, ce ne fut pas le bon Alain qui leva la jambe et le blessé continua de baver avant de s'écrouler à terre, parcouru de soubresauts immondes et de bruits de succion. Le plus intelligent des Alain se mit à s'envoler dans les airs, suivi de seulement trois autres : le dernier par manque total de coordination venait de se faire foudroyer sur place. Alors qu'ils tentaient de se stabiliser dans les airs, Robin vola vers eux et asséna un terrible coup descendant sur le plus proche. Même un artefact ne pouvait pas se défendre face à une puissance aussi brute : le corps se désarticula avant de s'étaler de tout son long sur le parquet mortel. Super, il n'y en avait plus que trois. Un Alain déclencha une onde de choc pour punir la Blonde qui réussit à s'écarter au loin, avant de balancer un gigantesque mur pour écraser tous les ennemis. Mais j'avais l'impression que moins il y avait de corps à contrôler, mieux ils se débrouillaient. Le mur alla se fracasser au fond de la salle, tous les ennemis s'étant décalé sur le côté. Puis un autre contrattaqua qui força Robin à se replier de quelques mètres.


« Tu veux qu'on te soigne ou tu veux attendre qu'ils t'aient foutu une dérouillée avant ? »


Je baissais la tête : Fino était encore dans mes bras et me tendait l'onguent et la main. J'arrachai le boulon de la grosse fiole en cristal avec mes dents. Fino plongea sa patte dedans et me tartina le moignon et la main, et les colla ensemble. J'avais l'impression d'être un jeu de construction en carton qu'on badigeonnait de colle. C'était un peu vexant mais je n'allais pas me plaindre. Le baume rubis commença à scintiller, tandis que le phoque faisait attention de mettre ma main dans le bon sens. Je dû faire un bond en arrière pour éviter un muret perdu. A chaque saut, je frôlais chaque dalle noire d'un petit centimètre. Et je ne comptais pas mes côtes cassées. En plus de la douleur, je pensais qu'elles touillaient tout ce qui se trouvait dans le bas ventre, créant un mélimélo monstre sous ma cage thoracique. Au loin, j'entendais un coup de panneau heurter un crâne, mais il n'y eut pas de mort, juste un blessé. Robin avait la rage au ventre et se battait comme une diablesse. Alain réussit à la prendre en tenailles et elle ne put esquiver une onde de choc. Elle vola à travers la pièce, près de ma position avec cette espèce de colle magique qui ne marchait pas. Autant s'étaler du beurre. Voyant que je me tournais les pouces pendant qu'elle se battait à mort, elle décida de me punir de façon expéditive.
Je reçus le coup de panneau dans le flanc et je fus soulevé du sol ; Fino et la potion disparurent de mes bras. Je me retins au panneau pour ne pas tomber, mon dos ripa contre un mur. Fort de mes abdominaux, je soulevais le bassin en arrière et utilisa le mur comme appui. Puis je dépliais les jambes, me propulsant contre Robin qui n'arrivait plus à réfléchir correctement, et que la bataille faisait suer plus sûrement que si elle avait bronzé près d'un astre rapproché. Je la poussais de son tapis de glaise, et dans un ultime mouvement du poignet (des poignets ! Ça avait marché !), je lui retirai l'arme des mains. Elle hurla de colère avant d'assurer sa chute par une autre plateforme. Je m'habituais au poids du panneau, sur le premier muret horizontal. Je testais sa maniabilité, le fit tourner autour de mes bras.
Oh Yeah.
Juste parfait. Il était moins lourd que je ne le pensais (vu que je devenais balèze). Je sautai du mur avant que Robin ne le fasse disparaître. Elle fonça vers moi, frôlant l'électrocution à chaque pas. Un tour sur moi-même plus tard, je la cognai douloureusement sur le côté, et la plaquai contre un mur. J'attendis qu'elle eut le temps de poser ses pieds vers les dalles blanches avant de la laisser tomber au sol. Mon objectif n'était pas de la tuer, même si je savais que de nombreuses créatures de Dreamland m'aurait payé rubis sur ongle pour cet exploit. Pour le moment, y avait plus important. Je me tournais vers Alain qui avait attendu la fin de la mésaventure. Bon, ils étaient trois et un seul avait suffi pour me ruiner. Je devrais la jouer prudent et contrattaquer dès que je pourrais. Je n'avais plus que deux paires de portails à disposition. Un gâchis serait épouvantable et je devrais maîtriser la situation rapidement. Un seul aurait été dangereux, alors deux autres pantins, merci. Je m'approchais d'eux, faisant tournoyer lourdement le panneau :


« C'est que t'as l'air de te faire chier. Dommage pour toi, dans les espaces publics, t'as toujours un panneau pour réguler. »


Je tentais de les prendre sur le côté mais ils réagirent immédiatement. Les deux autres que je ne visais pas tentèrent de m'encercler. Au lieu d'attendre d'être au milieu d'eux et de me faire aplatir par trois ondes de choc, je continuais à sprinter sur les dalles blanches vers le premier Alain. Il m'envoya une onde de choc pour se protéger; pendant le vol plané, je me retournais aussitôt et réussis à foutre un terrible coup avec le sens interdit sur un Alain qui avait tenté de me prendre dans le dos (le même qui saignait à cause de Robin). Paralysé par la douleur, il hurla juste avant de tomber sur les carrés noirs qui déchargèrent les watts. Alourdi par mon arme, je volais moins loin que d'habitude et eut le temps de me poser sur les bonnes dalles. Plus que deux. Avec un tel potentiel destructeur, je n'avais plus rien à envier à Hulk. Puis les deux jumeaux s'envolèrent en m'envoyèrent des rafales de vent à toute berzingue. Ils passaient trop haut de moi pour que je puisse leur arranger le visage, et trop rapidement pour que je puisse éviter toutes les décharges. Puis je posai malencontreusement le talon sur une dalle noire : une vague de douleur ultra rapide envahit mon corps, m'engourdissant complètement la jambe. Un Alain en profita pour m'envoyer valser au loin. Là, c'était foutu maintenant. J'avais réussi à garder mon panneau mais je ne pouvais plus me stabiliser dans les airs. J'étais sur le dos en train de voltiger. Puis je réatterris douloureusement, me préparant à voire une pile géante avec une faux venir me saluer pour me renvoyer dans le monde réel à jamais. Mais ce ne fut pas le cas. Bon, quand est-ce que j'allais crever, ça devenait lourd là. Puis j'ouvris les yeux pour voir que j'étais retombé sur un muret. Un cadeau de Robin ? Je me relevais en la regardant ; elle était concentrée, ses paumes tournées vers moi. Ah bon dieu, pour une fois que tu servais à quelque chose. Du sang coula le long de ma tête. Alain ne put s'empêcher de dire :


« Vous savez que vous devenez franchement accommodant ? Il ne reste pas cinq minutes.
_ Nielsen doit se retourner dans sa tombe pour être tombé face à un crétin pareil »
, lui balançais-je à la figure.

Il commença à s'énerver : le temps lui était compté et il devait douter de pouvoir remplir ses objectifs à temps. Il avait déjà fait impasse sur l'autre artefact, il ne pouvait laisser tomber le panneau. Il s'élança rapidement sur moi et m'envoya une onde de choc. Encore retourné par les attaques précédentes, ma jambe encore de marbre à cause de l'électricité, je ne pus rien faire et m'envolai une seconde fois pour m'écraser sur le mur en face. Quelques uns de mes os n'avaient pas résisté, mais j'étais si patraque que je ne saurais dire lesquels. Alors que je glissais contre le mur, laissant au-dessus moi une traînée de sang peu avenante, je vis l'autre Alain foncer vers Robin pour lui asséner une onde mortelle à bout portant. Ayant le temps de voir le coup venir, je réussis à poser mes pieds sur des dalles blanches. Puis à enclencher une avant-dernière fois mes portails :

Premier portail : Collé sur mon sens interdit, sens interdit maintenu par mes soins.
Second portail : Juste devant la tête d'Alain qui fonçait à une vitesse démesurée vers une Robin agenouillée.
Effet provoqué : Le pauvre pantin au lieu de finir sa course sur Robin ,se heurta la tête en plein sur mon panneau, s'ouvrant le crâne.


« Eyh, sens interdit, tu vois pas ? »


Puis rapidement, alors que l'adversaire était encore dans les airs, je reculais mon panneau pour prendre de l'élan, et le fit ré avancer brutalement dans le portail pour achever le clone, qui s'écroula sur le sol et mourut de façon grotesque et impitoyable. Plus qu'un maintenant. Le dernier, l'originel. Son expression d'ailleurs se tordit de façon abominable, il venait de concevoir que la victoire était compromise. Mais en fait, je ne pouvais quasiment plus bouger. Mes jambes me tenaient à peine debout, mes bras étaient épuisés de la lourde charge du panneau. Des ruisseaux de sang tombaient sur mon visage, mes yeux voyaient troubles. Pour tout dire, je pouvais me battre mais pas contre un adversaire aussi puissant. D'ailleurs, Alain sut que j'étais incapable de me mouvoir correctement. Il s'approcha de moi doucement. Je fis un mouvement horizontal mais il évita la barre en acier sans problème. Puis il m'envoya son poing dans le ventre, puis dans la tête. J'essayais de résister, mais je ne pus rien faire contre lui. Je réussis dans un spasme de désespoir à lui flanquer un coup de coude dans l'estomac qui le fit reculer, et il balaya le monde devant lui avec une onde de choc. Par chance, j'avais réussi à me décaler pour ne pas me faire broyer contre la paroi. Mais je volai dans les airs, heurtant le mur à plusieurs reprises. Puis je me retrouvais à trois mètres du coin. Je voulus lui lancer une ânerie dans la gueule, mais mon autre pied frôla une dalle noire. Je fus électrocuté puis je hurlai de douleur. Alain continua sa marche vers moi. J'activais pour la dernière fois mon pouvoir :

Premier portail : Sous Fino, qui était en train de siroter l'onguent magique en jetant un œil sur le combat, voire si une attaque perdue deviendrait potentiellement dangereuse pour sa personne.
Second portail : Au-dessus d'Alain, en prenant en compte la distance qu'il parcourrait le temps que Fino passe par le portail.
Effet provoqué : Le malheureux phoque tomba soudainement et se retrouva en train de chuter vers Alain. Il lui tomba dans les cheveux, puis sur les épaules. Le Voyageur garda son sang froid et essaya de secouer une main pour retirer cet espèce d'insecte. Mais comme Fino n'aimait pas trop qu'on le prenne pour un jouet en plastique, il lui mordit férocement les doigts. Si mes côtes ne me causaient pas autant de douleur, je me serais esclaffé de la tournure que prenaient les événements. Malgré les secousses du bras d'Alain qui tentait farouchement de se débarrasser du phoque, ce dernier tint bon, ses yeux lançant des éclairs certainement plus dangereux que ceux contenus dans les dalles. Mais après un effort violent, Fino vola au loin en riant aux éclats, une lueur sadique se reflétant sur ses quenottes sanglantes.

Heureusement pour lui, il s'écrasa sur Robin (qui commença à l'engueuler, il riposta de suite). Alain en avait marre de ces pertes de temps successives. Il arriva près de moi, esquivant un coup de panneau qui rebondit sur le mur. Puis surligné par un geste lent de sa paume (s'il lançait son attaque, j'étais foutu, sûr de crever vu comme j'étais proche d'une façade. Je pensais que Fino lui ferait perdre plus de temps que ça), il dit :


« Ed Free, tu es mort. »


Puis le mur se fissura, les os furent broyés et ça tomba inanimé sur le carrelage électrique. Pauvre Alain.
Son onde de choc n'était pas partie. Il ne pouvait tout simplement plus en faire. Je remarquai en même temps que lui que sa bague qui lui permettait de créer des ondes de choc à volonté venait de disparaître. Fino était vraiment un immense connard. Je préparais un coup de la mort, et sans qu'Alain ne comprenne, je lui envoyais mon panneau dans la gueule. Quelques dents volèrent, la mâchoire fut fracturée, puis la tête vint s'écraser sur le mur, le fissurant profondément. Ses yeux devinrent blancs, et je l'attrapais à la gorge pour qu'il ne tomba pas et creva comme un chien. Ce serait parfaitement con, on pouvait encore tirer quelque chose de lui.
Deux minutes plus tard, alors que j'avais du mal à concevoir que c'était fini, ma main eut une réaction bizarre. Le III qui y était inscrit vibra. Puis comme une tâche d'encre, l'espèce de tatouage bava, s'amplifia et recouvrit ma main. Trop pétrifié pour être terrifié, je laissai sans bouger la tâche me recouvrir le corps, jusqu'aux yeux. Je devins aveugle pendant environ trois secondes.
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MessageSujet: Re: Tomber dans le panneau [Quête solo] Jeu 18 Nov 2010 - 21:29
[Désolé de faire un quatrième post inutile mais le message ne s'affichait pas en entier >< Mettons que c'est l'épilogue]

Oui, mettons que c'est l'épilogue


Quand je rouvris les yeux, j'étais à l'air libre en-dehors. Je pris une immense bouffée d'air frais en voyant qu'il n'y avait plus de mur. Mais j'étais toujours aussi mal en point. Je prenais appui sur mon panneau pour ne pas me casser la gueule par terre. Robin était sur le sol, près de moi, Fino était allé dans sa poche pour se faire embarquer à son tour. Nous étions tous les trois dans cette plaine martienne, en train de souffler un bon coup. Puis je vis le corps ensanglanté d'Alain, qui respirait faiblement, émettant un râle animal avant de se rendormir. S'il avait eu les artefacts à ce moment, il aurait pu s'enfuir sans problème.
Maze vint cinq minutes plus tard, toujours entouré de ces gardes origamis sur pattes. Robin s'avança vers lui et lui expliqua tout. Alain, Nielsen, le panneau, moi, etc. La pauvre, il me semblait que sa voix était perdu d'émotions pour les galères qu'elle avait subi, et sa défaite au Labyrinthe. Mais le vrai perdant, c'était Nielsen. Je baissai ma tête quand elle avoua qu'elle l'avait vu se faire tuer par Alain. Le Seigneur Cauchemar garda un visage calme. Il donna quelques ordres à ses soldats, qui se plièrent autour du corps du Voyageur ennemi et l'emportèrent quelque part, au loin.
Pour le reste, Maze vint me féliciter pour avoir réussi à trouver le panneau, qui gérait les espaces. Je réussis à placer :


« Excusez-moi Seigneur Maze mais... c'était pas un peu trop évident le coup de la trahison ? Vous enfermez trois de vos novices dans un Labyrinthe pendant trois jours pour récupérer vos artefacts, un autre Royaume vous envoie un de ses homme en plus. Ça sentait le coup fourré depuis le départ, non ?
_ Certes,
répliqua Maze, la voix soudainement fatiguée. Entre nous, je peux te dire que je m'attendais à ce qu'il me trahisse. Quand mon égal Agoraphobe m'avait demandé s'il pouvait envoyer un de ses Voyageurs (enrobés de longues phrases), son benjamin de surcroît, j'ai accepté. Je me suis au pire, qu'il le gorgerait d'artefacts qu'on pourrait récupérer sur lui. Je te congratule donc pour avoir privé les ennemis d'un de leur guerrier et de leurs artefacts ; vous étiez trois contre un, je n'attendais pas un autre résultat.
_ Et Nielsen ?
_ Je suis profondément désolé pour ce qui est arrivé à Nielsen ; les pertes étaient trop lourdes. Malgré les artefacts gagnés et un Voyageur ennemi à qui on pourra soutirer quelques secrets, je n'aurais... peut-être pas dû accepter la proposition du Seigneur Cauchemar. »


Ce vieux bonhomme me faisait tout drôle. Il avait l'air de se soucier de ses hommes, une immense qualité que je ne lui avais jamais deviné. Au fond de moi naissait le sentiment de pouvoir être fier d'être sous les ordres d'un tel homme. La tristesse était aussi contagieuse que le sourire, surtout à forte dose. Mes yeux se gonflèrent sans raison. Jusqu'à ce qu'intervienne Fino :


« Hep, Big Boss ! Je voudrais vous demander un truc. »

Je repris le phoque :
« Voici Fino, un de vos larbins, qui m'a aidé dans mes péripéties. Sans lui, on n'aurait jamais pu arrêter Alain. Peut-être que je serais mort à l'heure qu'il est, ainsi que Robin, et que vos deux artefacts vous auraient été chipés sous le nez.
_ Yep, il a trois fois raison.
_ Donc, je voulais savoir s'il pourrait avoir une...promotion ? »

Maze sourit un peu. Il répondit :
« Je ferais de Fino un des dirigeants du Labyrinthe alors. Je pense qu'il le mérite amplement, Robin en faisait déjà allusion dans son histoire.
_ Merci Big Boss. »


Puis le phoque cracha en direction de Maze une bague en or, l'artefact d'Alain. Le Seigneur la rattrapa sans problème ; il devait penser qu'il avait fait le bon choix. Puis il partit avec une Robin blessée et les deux papelards. Je restais seul avec le phoque. Je n'allais pas tarder à me réveiller, et je ne pensais pas pouvoir voir Fino de sitôt. Je regardais l'horizon, comme cherchant le réveil qui me tirerait de cet espèce d'adieu.


« Bon, bah, merci pour tout ce que tu as fait Fino. Sans toi, je n'y serais jamais arrivé.
_ Enfin tu le reconnais ! Moi, je peux te dire que t'as été un vrai casse-pieds ! Tu te foutais dans des situations impossibles, t'avais deux mains gauches, un vrai boulet ! Manquait plus qu'un pot de yaourt pour que je te fasse avaler les bouchées. Tu me balances de n'importe où sans me prévenir, tu me les brises en me laissant devant un distributeur de merde pendant trois plombes, et tu récoltes tous les honneurs ! T'es un véritable enfoiré !
_ Nan mais c'est quoi cette peluche de merde qui m'insulte ! Reviens quand tu feras plus de dix centimètres, bébé phoque de mes deux.
_ T'as vu mon pelage immaculé crétin ? Je suis un mec, un vrai, pas comme d'autre qui s'arrache les mains comme on enlève un porte-jarretelle. »


Ca continua pendant deux minutes ainsi, avant que Maze ne revint nous voir. Je ne pensais pas que Fino était prêt à pleurer comme de vrais amis ; il n'avait aucune sensibilité. Ou bien, il n'avait qu'un seul moyen de l'exprimer. Alors que le Seigneur avait sorti un chiffon pour baîlloner le phoque (enfin un type qui avait compris comment le maîtriser ; je voyais Fino qui essayait désespérément de hurler). Puis il me sortit un espèce de papier bizarre. Je regardais le papier avant de me rendre compte que c'était une photo de moi dans une position de demeuré :


« Ed, tu veux la garder en souvenir ? »
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Tomber dans le panneau [Quête solo]

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