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Féerie pour une autre fois [ Quete solo jamais mise en contexte ]

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MessageSujet: Féerie pour une autre fois [ Quete solo jamais mise en contexte ] Mar 1 Mar 2016 - 12:12


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" - De la merde."

L'air brûle mes poumons en prenant une grande bouffée. Une toux fait sauter ma cage thoracique à me faire me plier en deux. Les paroles du seigneur Cauchemar portèrent plus loin dans ma gorge que dans mes oreilles. Je continuais de tousser et sentais chacun de mes muscles trembler sous le poids d'efforts bravant leur entendement. Dislok s'avança d'un pas et la terre qui vrombit me fit défaillir sur mes jambes. Il se tint derrière moi, réduit sur mes genoux au creux de la boue stérile de la décharge. Les muscles pétris des exercices qu'il m'a fait répéter et répéter jusqu'à en arriver au point de ne plus me rappeler où je me trouvais, qu'est ce que j'y faisais. J'entendis une bourrasque siffler dans mes cheveux et me retrouvais le nez dans la terre.

''On dirait que ta peur ne s'est révélée que dans la seule fin d'étouffer ici.''

La pression exercée sur ma tête allait en s'augmentant avant de s'évanouir tout à coup. Un coup d'oeil ascendant et je comprenais qu'il venait de me plaquer au sol du bout de ses orteils. Comme un enfant l'aurait fait d'un insecte pour lui arracher des pattes. Mais Dislok ne s'offrait pas ce jeu, comme s'il n'arriverait même pas à tirer un peu de divertissement à ma persécution. Prostré dans le giron de son ombre, les quelques secondes de répit que m'accordait son chagrin laissèrent une brèche aux souvenirs de cette nuit.



Un vaste corps de fumées et de vapeurs montait des déchets en putréfaction
des brasiers allumés çà et là dans lesquels on distingue encore des silhouettes d'automates dont les carcasses viendront édifier un peu plus ce royaume qui périclite et se renouvelle constamment
Sorte d'énorme marmite dantesque qui s'étend à perte de vue. Et tout au centre ce pic fiévreux, une colonne qui fait éruption dans le ciel, la tour du trône. Les monticules se déroulent sous mes pieds, les détritus laissent passer des rejets de bras, de turbines dans lesquels se lisent toutes les nations et leurs histoires. Je suis le seigneur cauchemar dans sa promenade depuis un moment déjà. L'espoir d'avoir quelque notion de temps ici ne m'a pas effleuré longtemps. Aussitôt que j'eu mis les pieds ici, inutile de se convaincre que la nuit ne serait pas longue et pénible. J'en étais même arrivé à me concilier à cette idée dans une absurde sérénité.  Il n'a pas besoin de l'exprimer à haute voix que je perçois bien son regret que je sois le seul voyageur de la décharge encore en lisse. Sans doute fallut-il que Hélène dans toute sa gloire lui arrivât, comme ça c'était passé depuis toujours. Quel train de vie ça devait être... S'endormir dans la certitude d'arriver ici. Combien de temps à subir ce cauchemar permanent ? Ma condition d'indésirable ne me procurait pas une once d'amertume.

Bravant les aspérités de son royaume, il est de la même étoffe, ça le flanquerait presque d'une allure féline à voir avec quelle aisance il ne se heurte à rien. Quand à moi, les estafilades et les bleus s'accumulent, battent la mesure des distances que nous abattons. Nous nous sommes bien éloignés de la tour d'où je suis apparu au début de la nuit. Dislok m'avait intimé de le suivre d'emblée et je peinais à lire cette navigation qui fait ses chemins abrupts. Chaque moment de cette odyssée signait ma condition d'insecte aux yeux des ténèbres de ces grandeurs agitées. C'est un monde pervers où le paysage fait corps avec le son. Tout parle et palpite sous mes pieds, dans les fleuves. Ma bouche, ma peau, mes oreilles, mes yeux, tous reçoivent les émanations de ces empilements disparates.  Et pourtant je ne parviens pas à me sentir étranger à ces vestiges qui trouvent réhabilitation dans des sentiers que l'on est occupé à fouler depuis... J'ignore combien.

Une énième colline grumeleuse franchie et les volutes de fumée me permettent de lire le bord du paysage. À l'aval d'un ruisseau acide s'élève une muraille immense dont les aspérités présagent un barrage comme on en connait. Sorte d'écluse construite ici et qui ne semble pas se trouver là depuis aussi longtemps que le reste des éléments qui décorent le pays. Je m'interroge sur la venue de ce jugement. C'est à ce moment que j'aperçois Dislok s'interrompre dans sa progression. Sa main tendue dans ma direction me signifie de m'arrêter. Il s'avance dans l'acide qui ne lui monte pas plus haut que ses genoux. De là, il plonge ses bras grossiers dans l'eau, ses mains en épuisette récoltent des brassées entières de détritus plaqués contre la paroi par le courant. Il les expulse sans délai loin sur les berges. Beaucoup de ces restes de machines se brisent et s'éparpillent de chaque côté du rivage. Une fois que les flots ont recouvré leur gamme vert-qui-pique-les-yeux sans être gâté par une once de ferraille, Dislok émerge et m'invite d'un signe de tête gratiné d'un grondement indicible.

"- C'est nettoyé."

Je ne pu m'empêcher de noter cet instant de doute sur l'image que j'avais du seigneur détritus. De le savoir conscient du deuil de tout son royaume, conscient de cette forêt saignée, abattue, débitée, broyée, brûlée. Pour qu'il "nettoie" c'est qu'il savait ce tout sale. Venait la question de savoir pourquoi le barrage méritait cette attention... Je prenais le parti d'un geste machinal, répété à travers les âges malgré que le temps en ait effacé le sens. Un toc de vieux grabataire en somme. Puis de son côté, ce long pèlerinage m'avait coupé toute envie de communiquer, d'autant que ma gorge sèche me priait de garder mes lèvres closes. Et ses yeux qui ont toujours cet air pacifiquement conquérants, à peine s'il se penche pour regarder le caillou que je suis. Je ne vaux pas un détail. Mais cette rivière, elle, concentrait tous ses soins.

Parvenus au sommet du barrage, notre rythme ralentit. Dislok se mit à darder ses mains dans des piles d'encombrants. Une fois qu'il eut glané une somme de ruines bariolées, toutes faites de ferrailles pour l'essentiel, il laissa retomber le tas à ses pieds, devant moi, dans une profusion de grincements et de miettes rouillées. Outre les vents qui précipitaient leurs psaumes affutés dans mes oreilles, le souffle irrégulier de l'immense créature ne cessait de me serrer le coeur. La vie pour un monstre comme lui devait être un combat aberrant. Il ne m'inspirait pourtant pas pitié. L'unique certitude que j'avais sur Dislok résidait aussi dans la réciprocité de cette indifférence.

"- Qu'est ce que tu attends ?"

Ses pupilles, comme deux forges, chauffaient dans ma direction. Je tâchais tant bien que mal de comprendre ce dont mon initiative souffrait pour l'impatienter comme ça. J´inclinais le menton, scruter le tas de ferraille dans lequel reposait la clé de son injonction. J'étais son voyageur, la continuité de son affluence et de sa volonté, en théorie pour le moins. Loin de moi l'envie de capituler à ce genre de sommation. Mais si je devais un soir crever dans Dreamland, je me fais la promesse que ça ne se passerait pas ici. Pas sans les Free, pensais-je avec une pointe d'ironie toute chérie dans ce tumulte.

Il devait bien y en avoir pour une poignée de tonnes dans tout ce fatras. Et je redoutais que le roi de ce wasteland ait dessiné le plan de tout me faire porter. Ca semblait bien parti pour. Dans mon esprit, les résidus se fondaient sous l'identité d'une seule matière qui répondait à l'appel de mon don. Ça formait comme une grosse tâche, sans contour. J'isolais ma concentration sur cette pile, stable sur mes deux appuis, le dos droit, mon squelette et mes muscles parés à encaisser l'effort. Une profonde inspiration et je projetais ma volonté sur ces rebus. L'imagination en était un puissant moteur. Je voulais ce golem de fer s'élever de son inertie.  Le reliquat se mit à branler et très vite, une structure se dessinait, se jetais à l'assaut du ciel. Ca montait vite. Mais dans l'effervescence de l'énergie qui fluctuait par delà moi, je n'arrivais pas à maintenir en éveil chacun des éléments incorporés dans le tas. Je n'étais même pas parvenu à le monter jusqu'à la moitié du torse de Dislok qui ne me quittait pas des yeux.

"- Plus de matière. Plus haut." Tonnait-il, amorphe.

Je m'échinais à me libérer du spectre de mes propres limites. Mais aux tremblements qui me secouaient de part en part, je craignais l'imminence de l'échec. J'espérais parvenir à un point d'aveuglement où je pourrais oublier cette fatigue. Mais mon don finissait de marcher comme un drain, une fois arrivé au point d'une rupture. Sauf que la force impérieuse de Dilsok m'était ce soir plus oppressante que ma condition de voyageur. Maintenant la force que j'exerçais sur mon pouvoir à un flux le plus constant possible, je fus piqué de failles laissant des particules de fer vriller par delà le champ de ma volonté. Si bien que la structure que j'élevais eut sa progression plus irrégulière. L'ascension se scandait des morceaux déviants que je rabattais dans leur trajectoire d'origine. Le coup de cet effort m'étourdis de plus belle. Je sentais poindre le vertige avec ma conscience qui s'éparpillait sur tous les fronts pour garder debout ma tour. Finalement, tout l'édifice se mit à vrombir contre ma volonté, faisant tonner le fer dans des stridulations désagréables. Je voulus y monter une dernière pièce quand j'eus un raté au coeur qui me fit ploire sur mes genoux. Je reprenais mon souffle à grosse goulées. La structure infernale s'étant figée. Seul le vent sifflait, sciant les contours du barrages dans un courant ascendant. Ca meublait le silence navré du grand épouvantail demeuré immobile. Sans doute interdit devant une démonstration aussi pathétique.




"- De la merde."

On en était là. J'en reviens au moment où il m'écrase de sous son pied. Mes halètements ne m'épargnent pas de l'odeur qui émane de sous ses orteils. Quand la pression s'amenuise et qu'il lâche son sarcasme, la peur me quitte aussitôt. Je me remets debout, non sans peine. Ma tête dodeline encore un peu mais je suis en mesure d'observer Dislok planté devant mon château sans nom. De sa gueule béante, on entend son souffle de forge chauffer l'air à blanc. Il semble absorbé dans une expertise. Mon calme entier, mon visage se ferme. Je ne sais pas si le moment que j'attends sera fatidique. Je m'y prépare à demi. De toute manière, en m'étant retrouvé ici cette nuit, j'étais persuadé que rien ne saurait me surprendre. Et jusque là rien n'avait vraiment trahit cette intuition. La cruauté des événements faisait honneur à la déliquescence de l'endroit. Venait poindre l'ennui. Le constat de cette majesté de pacotille s'étirait dans le temps. Mes jambes me font mal. Je veux regagner la torpeur, la douce obscurité d'une nuit sans rêve. Aussi j'aimerais m'allumer une cigarette. Mais je crains que les émanations de méthane ne soient trop fréquentes dans cette atmosphère pour se le permettre. Bref. À cet instant de la nuit, je me sentais pris d'une frustration que j'osais croire plus grande encore que celle de mon seigneur. Puis, un grand fracas me sortit de mes errances. A mes pieds, ma structure s'étalait en miettes.

" - Encore. " Décrétait il sans qu'une once d'émotion branla dans son timbre.

Il fit deux pas en arrière comme s'il voulait s'attendre à monstre plus grand que lui. Et, contrairement à ce que j'aurais pu penser quand je sentis le désespoir se mettre à peser sur ma carcasse, je fus cette fois-ci en mesure de l'élever plus haut. A force de sueur et de dents serrées, de feulements et de crispations. Mais la pression psychique exercée sur mon corps me procura la sensation que j'allais éclater. Tant l'énergie déployée à édifier ma puissance dans le concret de cette tour se repaissait de mes dernières forces vitales. Dans un ultime élan de ma volonté, je veux braver toutes mes limites, les forcer d'un bélier sorti de nulle part.

Une lumière étincelle. Je rouvre les yeux. Devant moi, les formes peinent à reprendre un aspect intelligible. Ma mémoire a pour souvenir le plus récent un grand noir. J'ai perdu connaissance. L'air qui souffle sur mon visage se fait plus frais. Mes paupières papillonnent, c'est douloureux.

" - Narr, qu'est ce que t'as ? "

La voix qui me parvient m'est immédiatement familière et fait rappel. C'était absurde de croiser visage familier dans cet endroit... Mais le seul qu'il m'eut été possible de revoir.. Oui ça ne pouvait pas être autrement. En face, Hélène, la même. Avec sa voix calfeutrée par son masque. Ses prunelles d'un vert inoubliable. L'inquiétude se lit dans ses yeux et je sens mon coeur cesser de battre dans ma poitrine. Me relevant d'un bond, je la dévisage à sa hauteur. Ma confusion me ravage, une vraie tornade. Il ne fallait pas qu'elle retombe ici. C'était bien la pire chose qui pouvait nous arriver à chacun. L'effroi écartèle mes paupière, fait trembler ma bouche béate. Puis la terreur referme son étau sur toute ma gangue quand je me rappelle que nous sommes accompagnés par le pire de ce monde. Mes yeux hauts levés, j'aperçois Dislok, lui aussi, la mâchoire béante, à son habitude. La fournaise qui émane de ses orbite est braquée droit sur nous. Géant immuable. Personne n'ose esquisser le moindre geste. Les mots d'Hélène ne parviennent même pas à faire corps dans mon esprit. Ce n'est plus qu'un bourdonnement de fond. Elle est une rêveuse pour l'instant, mais je sais que le seigneur sera prêt à tout pour la ranger à nouveau de son côté. Qu'il fera tout pour l'écarter de nuits pacifiques. Elle se détourne de moi, sondant les alentours sans qu'ils n'éveillent de surprise dans son regard.





C'est dans la détresse et l'urgence que je fais appel à mon don, un dernier effort. C'est à peine si je sens le métal qui se matérialise autour de mon bras. Je dois en avoir tant bouffé cette nuit que je n'en distingue même plus le goût. A mon initiative, j'entends les gongs des épaules de la créature crisser. Il a sentit que le point de rupture à notre contemplation était imminent. Que ce serait au plus rapide. Mais c'est trop tard pour lui. Je n'attends pas que ma griffe soit entièrement formée que de l'autre main, je presse Hélène contre moi. Mon arme vient se planter dans son ventre à contre-sens. Je pousse aussi loin que possible, je sens les os de sa cage céder à mon passage. J'ai fermé les yeux, une douleur me prend aussi au bide. Une nausée aussi virulente, encore jamais ressentie. Je sens le chaud de son corps se répandre dans mon bras. Mes propres gémissements m'aident à rester sourd à ses suffocations. Puis il y a ce roulement terrible. Comme un tonnerre. Dislok déchire l'air d'un rugissement dramatique. Il essaie d'articuler quelque chose mais ce n'est plus qu'un langage rendu à sa sauvagerie la plus barbare. A ce moment là même, quand  le corps menu de mon amie abandonne ses forces, je sens que quelque chose ne va pas avec mon bras. La température monte crescendo, bien au delà de la moyenne humaine. Et puis le souvenir se rabat sur moi comme une vague de fond. L'idée fait à peine formule dans mon esprit qu'un coup latéral m'envoie valdinguer plus loin. Mon dos se heurte contre une paroi pleine d'aspérités. Ma propre tour dont des débris se mettent à pleuvoir sur moi. Cependant, la brûlure continue de me dévorer le bras. Au point que ma tête se vide, je ne suis plus que douleur. Je crie à pleins poumons. Me débat dans ma propre chair. Dans mes convulsions, j'aperçois l'horreur de la chose. De mon membres, il ne reste qu'un tronçon sur lequel naissent et éclatent des bulles d'une couleur impossible. Et ça dégueule, ça coule par terre, ma rouille, réduite à de la bouillie. Ça continue de grimper, j'ai complètement perdu le contrôle de moi-même. Pour ça que, dans un geste insensé, j'essaie de mon autre main de racler le bras qui se décompose à vue d'oeil, dans l'espoir de me débarrasser de la propagation.

" - Imbécile ! Arrête ça tout de suite !"

Dislok fond sur moi, mais à cet instant, il est le dernier que je craigne. Il s'écroule sur ses jambes, presque à mon niveau. D'une main, il me maintient sur le sol. Je remue, survolté, lui crie au visage. Son masque énorme et ses deux pupilles brûlantes, c'est tout mon corps qui se révolte contre cette mort ambulante. J'entends l'air siffler entre les doigts de sa main encore libre. Et comme ça, d'un seul claquement vertical, il écrase ce qui reste du bras. La violence du coup me stoppe net dans mes vociférations. Même, ma conscience se tient en suspend quelques secondes avant que la douleur me ramène à la réalité. Le gros golem a les gestes vifs, précis. Il enchaîne, sectionne du bout de ses ongles mon moignon et se met à farfouiller dans les déchets qui se trouvent à portée. Il me libère de son emprise, le temps de rassembler je ne sais quelles conneries encore. D'autant que de sa bouche s'échappent des murmures d'illuminés. Il baragouine sans plus m'accorder d'attention. Je ne le vois que du coin de l'oeil, mais je suis trop absorbé par mes affres pour m'interroger sur son entreprise. J'essais de me remuer dans l'espoir de m'échapper, tirer un trait sur tout ça. J'en ai assez eu des horreurs. À peine ai je pu esquisser un soubresaut que le seigneur revient pencher son énorme trombine au dessus de moi. Nos yeux se croisent. Au fond des orbites creusées dans son masque, je vois jusqu'au plus profond des braises. Je les vois, deux globes, leurs paupières qui les bordent dans une expression indicible. Une expression complexe qui ne peut relever que d'un être pensant. Enfin, j'y voyais poindre un semblant d'âme, si jamais telle chose existe. Qu'est ce qu'il attend ? Pourquoi tarde-t-il tant à en finir ? L'acide avait fini de désintégrer mon bras avant que Dislok ne décide de m'arracher ce qu'il en restait et cela n'avait en rien calmé le mal.





Cette obscure persévérance donne le tourni. Je perçois des tintements, ses ongles qui crissent sur du métal à la même cadence que mon corps que je sens tiré dans tous les sens. Puis la douleur revient par vague, jusqu'à un point culminant. Dislok force le passage de mon aisselle avec le fruit de son trafic. C'est si soudain qu'aucun autre cri n'a le temps de s'extraire de mes lèvres. J'ai juste l'eau qui monte aux yeux. Mon coeur fait tambour dans mes oreilles rougies. Ce n'est qu'après quelques secondes de relaxe, une fois que le roi maudit ait effacé l'ombre de sur moi en s'écartant, j'ose regarder ce qu'il a fait de la plaie. Je n'y vois qu'un amas de clous et de tubes, cerclées dans une banderole de plastique. Ce paquet boucher n'a pas de sens jusqu'à ce qu'il se mette à bouger. Il sort de cette manche nouée à l'arrache cinq doigts affûtés par l'érosion que je fais se plier sur commande. La curiosité m'emporte à regret quand je veux lever mon coude. Il s'exécute, élance la blessure encore fraîche. Je me redresse sur mon séant, comme si j'avais pressé une pédale, tenant ce membre étranger de mon autre main, celle faite de peau, qui enlace cet imposteur. Je ne veux pas y croire mais mon corps parle pour moi. C'est mon bras, devenu machine, un revenant. Je me recroqueville un peu plus autour de celui-ci. J'écoute les plaques qui cliquettent en se chevauchant. Les articulations neuves qui s'échauffent. Il couine, comme un premier cri. Et moi, je goûte une colère nimbée d'impuissance. Je ne sais pas si j'aurais préféré demeurer mutilé si ça m'avait permit de ne pas garder moindre empreinte de ce type.

" - Puisque tu seras toujours dans mon sillage pour me railler, je ne te lâcherai pas."

Il avait cette lassitude dans sa voix, un tel manque de conviction que cela ne suscitait pas de peur. Du moins pas jusqu'à temps que mon nouveau appendice ait finit de se synchroniser. C'était insoupçonné, de pouvoir sentir l'air frotter au bois comme s'il se fut agit de mon derme. Et en sous-jacement  de cette sensibilité, quelque chose d'autre vint à me hanter. La voix du seigneur forçait les remparts de mes pensés. Simultanément, mon épaule rafistolée pique. Mais la migraine provoquée par l'intrusion m'est encore plus pénible. Un vain réflexe de protection dépasse ma pensée. Je couvre mon visage dans mes mains, à la recherche d'un peu de quiétude. Déjà, le toucher froid de mon automate ne m'est plus si étranger. Puisque la taille de ma nouvelle main démontre une certaine efficacité à m'abriter dans l'ombre, elle a trouvé sa place. Les mots de Dislok luttaient contre ma propre volonté, s'efforçant de faire corps dans ma tête. J'essayais tant bien que mal de refréner la progression de ce feu. Aussi familier que j'étais à la télépathie, je ne résistais pas longuement. Juste assez peu pour entendre ce "Traine pas." Qui précéda des bruits de pas. Je rouvrais les paupières, l'estomac retourné. Je marchais à sa suite, plus à la manière d'un boulet ancré aux sons de ses déplacements. On coupe à nouveau les champs de mort. Gout de désastre plein la bouche. Les yeux rivés sur mes pieds qui ne ressemblent plus aux miens. Mon regard se trouble, je chancèle sur les monticules. Ca monte. Ca fourmille de canettes, de pneus, de barbelés. Dieu qu'est ce que ça grouille. Tout ça va prendre fin, j'y crois encore.

Bientôt des tronçons de murs, des catapultes esquintées. Des ruines d'un lexique qui va en vieillissant à mesure que l'on s'approche de la tour du trône. Tour devant laquelle on stationne. De trop grande envergure, Dislok ne loge pas dans l'ascenseur. Elevant son bras en direction des nuages de pois, la clameur de quelques embrayages résonne dans l'air, en approche. Surgissant de dessous les émanations opaques, trainant des filets de fumée à sa suite, la plateforme descend le long de la tour. Les rouages laissés nus descendent le promontoire dans un fracas monstrueux. Elle soulève quelques toiles poussiéreuse une fois qu'elle touche le sol. D'une enjambée, le seigneur s'y hisse, moi à sa suite. Le mécanisme se remet en branle et nous entamons notre ascension. Les étendues mouchetées de déchets disparaissent derrière un écran de pois. Un retour d'élan me fait chavirer. La plateforme a atteint son sommet. Abruti par le ronron de la cheminée d'usine qui crache en continu son panache charbonneux, je me contente de veiller sur les pas de Dislok qui le mènent au rebord du précipice. Il y a dans l'air de cette soirée une certaine perturbation qui s'empare de tout. Qui dilate de temps et mon appréhension des choses. Comme une morphine. Outre la fatigue, l'atmosphère impose une torpeur implacable. J'étais plus verdâtre que jamais, tremblant dans ma boue. Et je me sentais pourtant devenir un fantôme. Un mal à l'âme inoui. Le roi Détritus crevait la brume de son regard acier. Comme s'il saluait son empire de pacotille caché derrière un paravent de pollution.

Puis il y eut ce bruit effroyable. Ma mâchoire en choquait à péter les dents. Des feux se mirent à crépiter et vomir une chaleur qui venait de partout. Le sol vibrait, comme si on se trouvait sur le dos d'un grand serpent qui se tord de douleur. C'est tout le fer de cette terre qui s'est mit à remuer. Elle lâche des morceaux de ci de là. A genoux je ne sens pas mon équilibre beaucoup plus assuré. Seulement, je me trouve assez lucide pour braquer mes yeux sur ce que décide le Seigneur. Car à sa main levée dans un geste qui m'est familier, je devine que c'est tout le royaume qui se ploie comme s'il était de sa propre carne. Et moi-même, au fond de mes viscères, je me sens appelé. "Lève toi." C'est ce qu'il chante sans répit. Les détonations se succèdent et j'ai peur que toute la croute se renverse. La plateforme dodeline, je manque de rouler vers le précipice. Encastrées dans une plaque de fer, mes griffes nouvelles m'aident à me tenir ancré pour continuer de vivre cette éruption. Les explosions se suspendent sans que les vibrations ne s'atténuent. Des jets de vapeurs dessinent un cercle autour de la tour, faisant dégringoler les piles de déchets qui s'accoudaient aux remparts. Le dessin est trop net pour un cataclysme naturel. De la tour s'échappe une longue plainte à mesure que l'on s'élève dans le ciel. La première couronne du royaume se détache de l'entier et monte. Ca tremble encore mais je ne comprends que désormais il s'agit du vrombissement de moteurs qui nous propulsent. Ca intégré, je n'écoute plus que l'air qui scie les flancs de la forteresse volante.

Dislok interrompt son psaume. Ses bras ballants épars de son tronc décati.
A quelques étages en dessous, ça turbine pour déployer d'espèces d'immenses tuyaux articulés comme des pattes et ça se met à fouiller le sol, partout là où la machine de mort porte son ombre. Ca aspire tout, n'importe quoi, ça se broie au dedans du château dans un vacarme d'enfer.  Sans que ça ne m'effraie, loin de là. A ce moment, je me sens affecté par l'enthousiasme du seigneur cauchemar. Ca vient de ce bras, animé par la même essence qui soulève le colosse céleste. Elle circule au dedans comme un réseau et maintenant que je possède cet automate, je la sens me brûler la tête. Une transe démoniaque. On dévale sur les nuages dans un temps sans mesure, crachant des fumées et des pluies incandescentes à notre passage. La durée se fait nuit. Un ravage sans repos.

"- Plus jamais tu ne t'occupes du café Narr, c'est du sans plomb que tu nous a fait... Je jette."

Hélène joint le geste à la parole, remplit la bouilloire. La fumée de ma cigarette empeste quelques mèches de cheveux qui font comme des stores devant mes paupières.

"- Avec du lait ça passe mieux."


code par trush, alias barthélemy sur Skies Kingdom

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Féerie pour une autre fois [ Quete solo jamais mise en contexte ]

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