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Deuxième nuit, premier fail

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Alan Rin
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MessageSujet: Deuxième nuit, premier fail Deuxième nuit, premier fail EmptyMer 18 Sep 2013 - 21:57
À Dreamland, les voyageurs s'accordent sur le fait que lorsque l'on s'endort, l'on apparaît dans des zones ou auprès de personnes auxquelles on aurait pensé avant de s'endormir. En ce qui me concerne, j'appris cette règle très vite, dès ma deuxième nuit, lorsque je tombais de sommeil après m'être retourné dans mon lit un bon trouzmilliard de fois, torturé par cette pensée :
"Une banane ... Pourquoi une banane ?..".

________________________________________________________________________

"Une banane..."
"Ah ! Il est là ! Hugin, viens ici !"
Des bruits de battement d'ailes et des croassements excités me révélèrent que je ne me trouvais plus dans mon lit douillet. En effet, en tâtonnant à l'aveuglette, je me rendis compte qu'une surface dure et terreuse avait remplacé mon matelas et qu'un lutin machiavélique m'avait enlevé mes draps et mon oreiller .
J'ouvris les yeux et la première vision qui s'imposa à moi fut la gigantesque banane me surplombant. D'un jaune très vif, la peau immaculée semblait inviter tous les mangeurs de bananes du monde entier à venir découvrir le trésor qu'elle renfermait.le soleil se reflétait dessus tel-
"Jeune maître !"
"Oh, la ferme !"
Nom de bordel de chiotte ! Je déteste être tiré de mes réveries, je déteste que l'on me crie dans l'oreille, et je déteste par dessus tout que l'on me tire de mes rêveries en me criant dans l'oreille ! Bon, cela faisait un moment que cet imbécile me piaillait dessus pour attirer mon attention, mais ce n'était pas une raison pour me torturer de la sorte ! Veux tu me rendre sourd, Munin ?

Incapable de me soustraire à la réalité plus longtemps, je me relevais péniblement et regardais mon interlocuteur dans les yeux. L'air digne voire pompeux, l'oeil autoritaire, la tête dressée fièrement, Munin, corbeau de son état, me rendit mon regard.
Nous gardâmes cette position jusqu'à ce qu'un poids me frappe violemment dans l'arrière de la nuque, envoyant ma face découvrir les plaisirs du parterre.

"Hugin ! Tu n'as pas honte ? Tu viens de blesser le maître ! Calmes toi immédiatement et viens présenter tes excuses !"

Ressortant ma tête du creux qu'elle avait créée et recrachant tant bien que mal mon diner improvisé, je jetais un regard haineux vers l'auteur du crime odieux venant d'avoir eu lieu.

L'air excité, voire hystérique, l'oeil exhorbité, frénétiquement, Hugin, corbeau de son état, ne me rendit pas mon regard, trop occupé à pourchasser un papillon paniqué.

Délaissant la vision des tentatives désespérées de Munin pour accaparer l'attention de son confrère, mon regard parcouru le lieu ou j'avais atterri et je ne pus m'empêcher de pousser un petit sifflement d'admiration.
La belle salade de fruit que voilà ! En plus de la banane titanesque se tenant en surplomb, la petite clairière ou je me situais était une véritable orgie de fruits en tous genres. J'en reconnaissais quelques uns, mais je dois bien avouer que la plupart d'entre eux m'étaient inconnus. Certains avaient des formes et des couleurs tellement tarabiscotées que je soupçonnais ma vision de me jouer des tours. Je résistais à l'envie de croquer dans l'un d'eux me semblant particulièrement apétissant, et me dirigeais vers les deux oiseaux qui semblaient avoir fini leur petite dispute.

"J...Jeune maître ! veuillez excuser Hugin, c'est un imb-"
"C'est bon, c'est bon, c'est oublié. Plus important, ou sommes nous ?"
Après un rapide coup d’œil alentour, Munin me répondit d'un air intelligent.
"Je gage que nous sommes au royaume des fruits jeune maître ."
...
Est il sérieux ou est ce qu'il a juste inventé un nom de royaume d'après les alentours ?
"Hmmmm ... Nous sommes donc dans la zone un, heureusement, le royaume des oiseaux n'est pas si loin d'ici, même s'il se trouve dans la zone deux ..."
Munin abandonna son ton pensif pour un autre plus autoritaire et s'exclama :
"Jeune maître, plus de temps à perdre ! Dirigeons nous vers le royaume des oiseaux !"

Je soupirais.
Ce piaf était tenace, il avait déjà essayé de me faire rejoindre son royaume douteux la nuit dernière, et avais insisté sans pitié malgré mes refus . Il allait falloir que je mette les choses au clair. D'ailleurs, c'était plutôt surprenant que je me rappelle aussi bien de ce rêve de la veille, car les expériences oniriques sont généralement oubliées dès le réveil. Quand ce n'est pas le cas, on en garde tout au plus une vague idée inssaisissable et incertaine, mais certainement pas un souvenir clair et concis comme celui que j'avais alors. Le fait que je puisse suivre ce raisonnement était encore plus curieux d'ailleurs. Si j'étais dans un rêve normal, mes souvenirs n'auraient pas dus être aussis précis. J'étais perplexe. Deux rêves éveillés pendéant deux nuits à la suite, et qui se trouvent être dans la continuité l'un de l'autre. Ce bon vieux Freud aurait eu du boulot si il avait eu à décortiquer mon cas.

"Jeune maître, c'est dans cette direction ! Suivez moi je vous prie !"
Je soupirais de nouveau puis m'éclaircis la gorge.
"Désolé,mais tu ne me sembles pas avoir bien compris la situation. Je ne veux pas rejoindre ton royaume de machinchose tant que tu ne m'auras pas expliqué de quoi il en retourne. C'est bien trop louche. Explique moi quel est cet endroit, et ce que je fous ici."

Après quelques secondes de protestations, Munin compris que j'étais sérieux et se résigna à me divulguer quelques informations. Il se lança dans un speech censé m'expliquer "le monde de Dreamland", mais il ne fit que rendre les choses encore plus confuses ... En revanche, un détail attira mon attention.

"Attends une petite seconde, tu as dit qu'il y a d'autres personnes venant du monde réel, comme moi ?"
"Oui, il existe d'autres voyageurs tout comme toi."
Bien. Si je voulais savoir si Dreamland existait ou si il était seulement un fruit de mon esprit tordu, il allait falloir que je trouve l'un de ces voyageurs et que j'aie une petite discussion avec lui.
"Eh bien, ou peut on trouver ces autres 'voyageurs' ?"
"Euh ... Un peu partout je suppo..."
Semblant réaliser quelque chose, Munin perdit sa prestance habituelle et commença a battre des ailes dans le vide d'un air paniqué.
"J-Jeune maître ! Vous n'y pensez pas ! Les autres voyageurs sont des barbares qui vous abattraient dans le dos sans crier gare !"
J'écarquillais les yeux de surprise.
"Ah bon ? Je croyais que seules les créatures de ce monde voulaient ma peau, mais maintenant mes collègues s'y mettent aussi ? "
Les créatures de Dreamland tuent les voyageurs. Les voyageurs tuent les voyageurs. Les rêveurs deviennent des voyageurs pour tuer d'autres voyageurs et se faire tuer. Ce Dreamland semblait s'éloigner de plus en plus de ma notion de monde des rêves, surtout pour les voyageurs qui semblaient être au centre de cette spirale de barbarie. Bien évidemment, cela était vrai sous la condition que Munin n'exagère pas volontairement les choses, ce qui ne m'aurait pas étonné car je le soupçonnait de développer une certaine paranoïa. A l'entendre, tout ce qui bouge veut me tuer, voire même tout ce qui ne bouge pas.
"Peu importe, c'est trop dangereux de rester ici, venez au royaume des oiseaux avec m-"
"HOLA ! Mes amis !"
Nous nous figèrent à l'écoute de cette voix inconnue, puis tournèrent lentement la tête vers l'individu qui nous avait apostrophé.

Il marchait vers nous d'un pas assuré, en nous couvant d'un regard honnête et chaleureux. Il arborait un grand sourire et une moustache impressionnante. Tout dans sa tenue et son attitude mettait en confiance.
Oui mais voilà.
C'était un citron.
Un citron avec deux bras, deux jambes, et une moustache.
Haut comme trois pommes, sans mauvais jeu de mot, il ne devait pas mesurer plus d'un mètre. Non seulement il était loin d'être hostile, mais en plus, son corps le rendait complètement inoffensif. Avec toute la bonne grâce du monde, il n'aurait même pas pu me faire tomber, alors si c'était ça, une des créatures sanguinaires de Dreamland que Munin m'avait décrit, j'étais bien plus en sécurité que je ne pensais.

"Eh bien eh bien, Qu'avons nous là !"
Il plissa des yeux pour examiner mon visage .
"Un voyageur ? Quelle bonne surprise ! Cela fait longtemps que notre village n'a pas accueilli l'un des votres, et en plus il est presque l'heure du goûter ! Quelle heureuse coïncidence, voulez vous que je vous invite ? Ma petite femme va vous faire des petits gateaux dont vous me direz des nouvelles !"
A peine avait-il fini de parler que Munin se précipita devant lui en battant des ailes d'un air furieux.

"Le protocole paysan ! Le protocole ! Comment osez vous vous adresser au maître aussi familièrement ? Et de toute manière, votre proposition ne nous interesse phhmmpfff..."

Je venais de mettre fin à ses babillages d'une manière tellement simple que je me reprochai de ne pas y avoir pensé plus tôt. J'avais enroulé ma main autour de son bec, puis j'avais serré le poignet. Système diaboliquement efficace, avec un effet immédiat.  

je portais mon regard sur l'homme citron en face de moi pendant que Munin se débattait vainement contre mon emprise. Si ce monde était réel -ce dont je doutais serieusement-, il allait me falloir récolter quelques informations, et je ne pouvais ni compter sur Munin qui manquait cruellement d'impartialité, ni sur Hugin pour m'informer.. En revanche, le nouvel arrivant, malgré son état un peu ... Euh ... Jaune, m'avait l'air tout à fait charmant, et bien plus agréable à la conversation que les deux oiseaux qui m'avaient suivi jusque là . J'affichais donc un sourire chaleureux et lui répondit avec un ton savamment dosé entre le poli et l'amical.

"C'est avec plaisir que je j'accepte votre invitation. A vrai dire, j'ai un petit creux, et j'aimerais discuter un peu. Ah oui, au fait, je m'appelle Alan !", Finis-je en tendant une main que mon nouvel ami s'empressa de serrer.

Si il fallait que je fasse ami-ami avec un citron pour comprendre les règles du monde ou j'avais atterris, je le ferais volontiers. Après tout, la seule chose que je risquais, c'est que je lui marche dessus par inadvertance, et que du jus me gicle dans les yeux !
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MessageSujet: Re: Deuxième nuit, premier fail Deuxième nuit, premier fail EmptySam 21 Sep 2013 - 16:56
Nous autres, humains, aimons nous définir plus ou moins précisément par le biais de statistiques. Poids, âge, couleur de peau, sexe, ces différents statuts nous permettent de nous comparer les uns les autres, de nous trier puis de nous ranger dans des cases, tels des livres dans une bibliothèque.
Cependant, malgré l'existence d'un très grand nombre de tests pour décrire une personne physiquement, les équivalents psychologiques sont peu nombreux et peu précis.
Et c'est bien dommage, car une fois que tu commences à connaitre une personne, ses attributs physiques prennent beaucoup moins d'importance que les interactions que l'on a eu avec elle, bonnes comme mauvaises.
Même si tu croises quelqu'un pour la première fois et que ta première réaction est : "Whoaaah ! Il est grand !", dès que vous vous rendrez compte que vous partagez la même passion, la question de sa taille se se verra rétrogradée en tant que détail sans importance.

L'homme-citron dont je venais de faire la rencontre ne payait pas de mine au premier abord, mais en à peine quelques minutes passées ensemble, il me paraissait bien plus sympathique que la grande majorité des bipèdes bien formés qui foulent le sol du monde réel.
Il faisait partie de ces personnes qui respirent tellement la joie de vivre qu'elles l'étendent à leur entourage sans que celui-ci ne s'en rende même compte.

Et il était bavard en plus.

Le débit de ses paroles n'avaient probablement rien à envier à celui des chutes du Niagara, mais contrairement à elles, qui suivaient leur cours dans une unique direction vers une inévitable dégringolade,le flux de la conversation qu'il animait était aussi varié que les fruits que l'on pouvait voir sur les bords du chemin que nous suivions.
Mais Simon ne se contentait pas de ... Ah ! Oui !
Il s'appelle Simon !

Simon le citron...

Je disais donc que Simon ne se contentait pas de raconter sa vie, il voulait également que je le traite de la même manière.
Avide d'informations me concernant, moi et mes confrères voyageurs, il ne cessait de me questionner sur le monde de Dreamland et sur les aventures que j'aurais vécues. Désarmé par son ingénuité, je n'osais lui dire que j'en connaissais encore moins que lui sur le sujet et ... Du coup ... Ben ... Je brodais un peu ...
Eh bien quoi ! Vous auriez préféré que je brise ses rêves en lui révélant que je n'étais qu'un newbie qui n'en était qu'à sa deuxième misérable nuit ? Les histoires que je lui racontais(piochées sans demi-mesure dans des livres et films du monde réel) lui faisait briller les yeux d'un éclat tellement adorable(trois chatons et demi sur l'échelle de mignonnie) que je ne pouvais m'empêcher de lui conter des épopées de plus en plus rocambolesques. J'espérais juste que dans le futur, il ne parle pas de mes aventures à un autre voyageur qui aurait pu faire la liaison entre mes soi-disant tribulations et Terry Pratchet ou bien l'Illiade et l'Odyssée.

Munin se contentait de garder un silence désapprobateur, mais Hugin s’immisça sans vergogne dans la conversation, n'hésitant pas à rajouter des petits détails de son cru, voire de se placer au cœur de l'action lors de certaines scènes, devenant un véritable héros aux yeux du crédule homme-citron.
Je m'inquiétais un peu lorsqu'il commença à adopter un style très imagé pour décrire certaines batailles, mais contre toute attente, Simon semblait particulièrement apprécier ce style très sanguinolent, et en redemandais même.

Alors que Hugin racontais sous les yeux écarquillés de l'agrume comment il avait mené les cavaliers du Rohan au combat durant la guerre des terres du milieu, nous arrivâmes au ... Village ?

Connaissez vous les schtroumpfs ? Ces petits lutins bleu qui vivent dans des champignons aménagés.
Remplacez les champignons par des fruits, et vous pouvez à peu près imaginer à quoi ressemblait le petit hameau se dévoilant alors sous mes yeux.

Alors qu'il nous emmenait vers sa propre habitation, Simon marchait fièrement à côté de nous sous les regards à la fois curieux et envieux des autres habitants-fruits, nous exhibant comme un produit de luxe. Munin m'avait raconté que les peuples originaires de Dreamland haïssaient les voyageurs, mais ce que je constatais étais seulement une infinie curiosité de la part de ces petits êtres. Certains allaient même jusqu'à me toucher lors de mon passage comme si j'étais une sorte de prophète, d'autres me posaient des questions innocentes auxquelles je m'efforçait de répondre tant bien que mal en alliant mes maigres connaissances et mon imagination.

La maison de mon agrume d'ami était une sorte de grosse pomme. même si l'espace à l'intérieur de la bâtisse devait être largement vivable pour lui, moi, faisant presque le double de sa taille, eut bien du mal à me faufiler dans l'entrée et trouver de la place ou me tenir une fois à l'intérieur. Le problème fut vite réglé quand Simon m'apporta une table pour m’asseoir. Oui, une table, qui ploya sous mon poids, mais -dieu merci- tînt bon.

"Ludivine ! Viens voir un peu ce que j'ai rapporté de ma promenade !"

Une mignonne petite mandarine surgit alors de ce qui me semblait être la cuisine.

Ludivine la mandarine ...

La principale intéressée, à ma vision, eu l'air ravie comme si son présumé époux(il le confirma vite) lui avait offert un cadeau inestimable qu'elle désirait depuis très longtemps. Elle passa par un grand nombre d'états émotionnels divers avant de se stabiliser dans une sorte d'épanouissement serein, puis se précipita de nouveau à la cuisine pour me faire des gâteaux.

Aaah les grands mères ! Le comportement de cette femme à mon égard n'était pas sans me rappeler ces créatures étranges semblant vouloir te gaver de biscuits et de gâteaux jusqu'à étouffement. Seule la disproportion de taille entre moi et la petite cuisinière me permit de survivre à cette avalanche de nourriture. Si j'avais dû manger l'équivalent de ce qu'elle m'avait forcée à avaler ce jour là avec la taille appropriée, je serais probablement mort, mon corps rempli à ras bord de petits fours à base de fruits.
Eh oui ! Encore des fruits ! Ils constituaient toute l'alimentation des habitants, à ce que j'avais pu voir.
Des fruits vivant dans des fruits et se nourrissant de fruits ... Cette étrange mise en abîme m'intriguait au plus haut point. Comment les habitants faisaient ils pour ne jamais confondre ? N'y avait-il jamais eu de cas ou l'un deux aurait croqué son voisin par erreur ?
Oups ! Pardon monsieur, je vous avais pris pour mon repas !
Ne vous en faites pas, c'est tout naturel ! Tenez, pas plus tard qu'hier, je suis rentré dans votre femme en la prenant pour ma maison !
Ouh là là ... Je m'égare.

Heureusement, mes deux hôtes me sauvèrent de ces pensées tordues lorsqu'ils m’annoncèrent qu'ils allaient faire une course, qu'ils me proposèrent de les attendre ici et qu'il me déclarèrent qu'il fallait absolument que je fasse comme chez moi.
Si j'étais chez moi, le plafond se situerait au moins deux mètres plus haut !

Je les remerciais néanmoins en leur promettant de ne pas bouger en attendant leur retour, et une fois la porte refermée derrière eux, je tentais tant bien que mal de prendre mes aises dans le peu de place dont je disposais.

"Jeune maître ?"

Oh ... S'il te plait, je voulais juste être tranquille ...

"Jeune maître, vous m'entendez ?"

"Oui je t'entends, qu'y a t'il, Munin ?"
Je ne fit aucun effort pour cacher mon ton ennuyé.

"Nous devons parler. Je comprends que vous ne vouliez pas tout de suite vous rendre au royaume des oiseaux, mais tous les villages de Dreamland ne sont pas aussi paisibles que celui ci, on pourrait même dire qu'il est une exception. Nous devons ...
HUGIN ! NON !"


hein ? Quoi ?

"HUGIN ! ARRÊTES TOI IMMÉDIATEMENT !"

Paniqué par ce ton affolé , je me redressais immédiatement(non sans me cogner au plafond) et contemplais le spectacle qui avais attiré l'attention de mon interlocuteur.

Hugin, insouciant, étais en train de dévorer goulûment une cerise.
Mais, et c'était là tout le problème, cette cerise était bien plus grande que la moyenne, possédais deux bras, deux jambes, et avais été soigneusement, amoureusement enveloppée de draps et placée dans un berceau.
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MessageSujet: Re: Deuxième nuit, premier fail Deuxième nuit, premier fail EmptyJeu 10 Oct 2013 - 17:54
"Merde."

Merde : voilà un mot bien mystérieux. Il est employé dans de trop nombreuses situations, que l'on pourrait qualifier de mauvaises à des degrés plus ou moins importants.
Cependant, le degré d'importance de la situation n'est pas mis en valeur par le mot en question, qui pourrait être utilisé aussi bien lorsque l'on trébuche que lorsque l'on assiste à une catastrophe naturelle.
L'intonation, la façon de formuler ce mot peut en revanche donner des indices sur la gravité du problème. Et, qui sait, peut être qu'un jour, des chercheurs géniaux inventeront une machine pouvant analyser une situation à partir de la diction de ce simple mot par quelqu'un y assistant ... Mais attends ... À quoi je pense là ... c'est pas le putain de moment !

Sortant de ma rêverie momentanée, je m'approchais du berceau pour observer le désastre. Munin avait réussi tant bien que mal à convaincre Hugin de cesser son repas, mais le mal était fait.
Deux-trois becquetées du général des corbeaux, et c'était fini. Le nourrisson n'avait eu aucune chance. Il n'avait même pas eu le temps de crier ou faire du bruit. Il ne restait de l'être vivant qui dormait tranquillement quelques minutes plus tôt qu'une grosse cerise à moitié entamée. Et une paire de jambes. Berk .

Je regardais tristement le berceau de la petite cerise, les draps qui avaient été placés autour d'elle étaient maintenant ensanglantés du sang de ce qu'ils étaient censé protéger, et déchirés par les terribles coups de becs de l'oiseau criminel. Sur le devant de l'objet était gravé dans le bois le nom de la victime :
"ÉLISE"

élise la cerise ...

Raaah ! C'est pas le moment de penser à ça !

Je me retournais vers Hugin qui, alors qu'il se faisait gronder par son confrère, boudait, comme si il était injustement puni. Comment pouvait il rester aussi insouciant avec ce qu'il s'était passé ? N'avait-il pas honte, ne se sentait-il pas coupable ?
...
Evidemment que non. Il était le général des corbeaux après tout. Il avait mené des guerres, causé la mort de nombreuses personnes, et probablement pas de la manière la plus ragoutante possible. Qu'est-ce qu'un cadavre de plus ou de moins  pouvait bien lui faire ? Que ce soit celui d'un bébé ou pas n'était pas le problème.
Et Munin aussi était dans le même cas. Il grondait Hugin comme si celui-ci avait fait une simple gaffe, une simple petite erreur de jugement sans importance. Bref, une broutille.

Je n'arrivais pas à accepter l'évidence. Je ne parvenais pas à comprendre les deux oiseaux qui restaient de marbre après avoir s'être rendus coupables d'un meurtre. Cela n'avait pas de sens, ce n'étaient pas des tueurs en série, ils devaient bien avoir un petit peu de morale. Pourquoi n'étaient ils pas un peu plus concernés par le problème ?

Ah, le con.

J'avais fait une belle erreur de jugement : Je n'étais pas dans le monde réel, mais dans un rêve. Un rêve conscient, mais un rêve néanmoins. La morale à autant sa place dans un rêve qu'un mouton au milieu d'une meute de loups.
Et si dans ce monde, la mort était une simple gaffe ?
Munin me l'avait dit et redit après tout. Les gens s’entretuaient ici comme dans une battle royale, se trahissaient sans vergogne, s'assassinaient pour des futilités. Ce que j'avais pris auparavant pour de la bête paranoïa de sa part pourrait bien s'avérer réel au final.
Dans le monde réel, nous sommes entravés par des règles à n'en plus finir, et la moindre erreur impliquant de sérieuses conséquence peut mener à de sévères punitions, un rejet social, voire même l'emprisonnement. Le fait de devoir se conforter à la loi est tellement ancré dans nos esprits que c'est presque devenu un besoin primal. Mais ici, pas de règles claires, pas de répression organisée et importante. Les voyageurs ont parfois des pouvoirs démesurés, et utilisent le monde onirique pour déstresser et faire ce qu'ils ne peuvent pas faire dans la vie réelle.
C'est ça, la vraie face de Dreamland. L'anarchie. la loi du plus fort. L'insécurité. Un monde de chaos ou la mort d'un bébé peut être un simple malentendu.
J'aurais beau sermonner les deux oiseaux autant que je le peux, ils n’intégreront jamais les valeurs morales inculquées par la société du monde réel, parce qu'ils sont nés et appartiennent à ce monde de chaos.

Soudainement, le bruit d'une porte s'ouvrant brutalement dans mon dos me pris au dépourvu.
Je me crispais instantanément pendant que mon cerveau s'accélérait violemment. En une fraction de seconde, je m'imaginais la scène :
Simon et Ludivine rentrent, fermant la porte derrière eux. Ils se retournent. Ils aperçoivent le crime. Les cris, le scandale, le regard de dégoût et de mépris dans les yeux des hommes fruits.
Je me jetais devant le berceau dans une vaine tentative de cacher l'accident, réfléchissant à cent à l'heure à toutes les méthodes pour les éloigner de la scène du crime.

Je vais les demander d'aller m'acheter quelque chose, n'importe quoi ! Oui, ça me fera gagner du temps. J'aurais le temps de cacher le cadavre et de m'enfuir. On va faire comme ça.

Je soufflais un bon coup pour essayer de me détendre, arborais un sourire que j'espérais naturel, et me retournais.
...
hein ?
Je regardais bêtement vers la porte bien fermée, à côté de laquelle une fenêtre avait été ouverte par le vent.
Hugin et Munin me regardaient avec inquiétude, se demandant se qui m'arrivait.

Piafs stupides.
Vous ne pouvez pas comprendre ce que je ressens.
Je suis terrifié merde !
Bien sur, ce n'était pas la peur de la revanche des homme-fruits qui me tétanisait, mais seulement la déception, le dégoût, la peur que j'allais trouver dans leurs yeux une fois qu'ils découvriront la vérité. Je ne voulais pas être assimilé aux autres voyageurs, ceux qui tuent pour se détendre après une dure journée de boulot. Je viens à peine d'arriver dans ce monde, je ne suis pas encore prêt à perdre mon humanité !

Les autres voyageurs devaient être comme moi au début, désemparés par le désordre du monde des rêves. Et puis ils sont devenus ce qu'ils sont à force de temps.
Lorsqu'on est un simple rêveur, l'oubli des rêves au réveil permet de vivre sereinement. En devenant voyageur, la limite entre les deux mondes disparaît, et il y a une période d'adaptation ou l'on perd ses marques, qu'elles soient dans Dreamland ou dans la réalité. Ceux qui réussissent à se reprendre sont des survivants, des gagnants pouvant s'épanouir dans les deux mondes, et tirer avantage de leur nouvelle condition.
Les autres se font probablement rapidement tuer dans le monde onirique, ou pire, pètent les plombs dans le monde réel ou ils causent de graves problèmes.

Bien sûr, toute cette théorie s'effondrait si Dreamland n'est en réalité qu'un produit de mon esprit, mais j'allais partir du principe qu'il existait vraiment, sinon j'allais devenir fou. J'allais y réfléchir plus profondément plus tard, mais ce n'était pas le moment.
Il fallait que je me calme et que je me sorte de ce pétrin.
Je ne voyais qu'une seule solution, et, bien qu'elle me dégoûta, je me résignais à l'utiliser.
J'allais fuir.

J'étais couvert de sueur quand j'entrouvris la porte de la maison. Pas de Simon ni de Ludivine en vue, mais d'autres fruits se baladaient dans les rues. J'en reconnaissais même certains à qui j'avais parlé dans de la matinée, amusé par leur insouciance.
je pestais intérieurement. J'aurais préféré que les rues soient vides, et que je puisse partir en toute discrétion.
Néanmoins, je ne pouvais pas me permettre de perdre du temps. Si j'attendais trop, mes hôtes allaient revenir avant que je puisse prendre la moindre décision, et la situation dans laquelle je m'étais enlisé allais m'absorber complètement.

J'intimais aux deux corbeaux de me suivre gentillement sans faire de bruit, et je me glissais dehors.  
Je refermais la porte derrière moi et quittais la maison d'un pas rapide. Certains hommes-fruits m'adressaient la parole, poussés par la curiosité. Je les ignorais superbement, essayant même de ne pas les écouter.

Désolé pour mon impolitesse, mais je pense que vous ne m'en tiendrez pas rigueur quand vous découvrirez la demi-cerise dans son berceau. Ah ! mince ! Je n'ai même pas essayé de cacher le cadavre, ou de le rendre plus présentable ... Bah, ce n'est pas comme si cela allait changer les choses. Un cadavre est un cadavre, même soigneusement enrobé dans un cadeau d'anniversaire.

"Oh ! Bonjour, c'est vous le voyageur dont tout le monde parle ?"

Mon pas s'accélérait de plus en plus, et j'esquivais avec dextérité les habitants se tenant sur mon passage ainsi que leurs questions pleines d'insouciance. Lorsque j'arrivais enfin à la sortie du village, j'ouvrit ma bouche jusqu'alors scellée pour lâcher un soupir de soulagement.

"Eh bien qui voilà donc ! Notre héros ! Vous partez sauver la veuve et l'orphelin ?"

Je grinçais des dents.
J'y étais presque. Presque sorti.
Voilà, je suis sorti.
Je courais désormais à perdre haleine, laissant le village derrière moi.

Bip ... Bip ... Bip ...

J'essayais de mettre le plus de distance possible entre moi et ses habitants à l'innocence désarmante, à qui j'avais laissé un cadavre en retour de leur hospitalité, comme si fuir la zone allait effacer cet évènement de la réalité.

Bibip ... Bibip ... Bibip ...

Et après tout, pourquoi devrais-je assumer ce triste accident ? Ne suis-je pas le plus à plaindre ? Moi qui voulait seulement me reposer, j'ai été forcé de m'échapper du village pour un crime que je n'ai pas commis ! La seule chose dont l'on pourrait m'accuser, c'est de délit de fuite, et encore ! Je ne vois pas en quel honneur l'on m'empêcherait de quitter le royaume quand bon me semble.

________________________________________________________________________

Bibip ! Bibip ! Bibip ! Bibip ! Bibip !

Ma main experte s'élança et appuya sur le bouton de mon réveil-matin sans faillir.

Je fit un bref récapitulatif de la nuit dans ma tête.
Informations récoltées sur Dreamland ? Pratiquement nulles.
Voyageur rencontré ? Zero.
apprentissage de mon pouvoir ? Néant.
En revanche, j'étais devenu un meurtrier et un salaud.
Bilan de la mission ? Échec total. Tableau d'horreur et crispations du jury.

Je m'habituais à la lumière, et jetais un regard vers la machine que j'avais arrêté d'un geste.

...

Et si c'était toi, le responsable ?
Ce triste événement ne serait jamais arrivé si je ne m'étais pas rendu au royaume des fruits, n'est-ce pas ?
Hier, c'était mon anniversaire, et qu'est-ce que cet oncle idiot m'avais offert ? Je le connaissais à peine en plus. Il m'avait offert un réveil matin, que j'avais mis à la place de l'ancien pour lui faire plaisir.
Vieux con.
Pourquoi CE réveil matin ?
Pourquoi, parmi toutes les formes possibles qu'il aurait pu adopter, pourquoi avoir choisi celle-ci ? Quel stupide fabriquant de réveils avait osé imaginer un tel design ?
Pourquoi une banane bordel ?

Pourquoi ... Pourquoi une banane ?
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Deuxième nuit, premier fail

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