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Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver)

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Lithium Elfensen
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MessageSujet: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptyMar 11 Jan 2011 - 20:58
Union fruitière.










Cet air frais fouettant les feuilles légères des arbres printaniers et verdoyants, l'herbe humide et grimpante chatouillant délicatement les mollets, tout en ce merveilleux et parfait paysage naturel portait à une incomparable sérénité. Un silence reposant régnait en ces fabuleux lieux de détente. Les plantes colorées donnaient vie à cet emplacement, l'éclairant de milles lueurs vives et éclatantes comme si cette forêt s'animait et prenait vie suite à ces explosions de couleurs nuancées. Des buissons touffus et chatoyants regorgeaient de baies juteuses, flanchaient sous cette abondance démesurée de fruits savoureux et parfumés. L'arôme qui se dégageait de ces fourrés drus et luxuriants délectait les narines et nous faisait se lécher les babines de gourmandise, rien que par leur odeur exquise et envoûtante. Les rayons du soleil traversaient vivement les branches et les feuillages créant ainsi d'étonnants et particuliers ombrages de toute forme, chacune plus originale les unes que les autres. Toute cette fraîcheur dont regorgeait les rainures des ramures que possédaient les arbustes se faisait sentir à chaque inspiration d'oxygène pur. Les moindres éléments qui décoraient ces hauts-lieux incarnaient la perfection brute et prouvaient que la nature était tout simplement la plus splendide des déesses qui pouvait exister sur notre vulnérable et fragile planète terre. Rien n'était comparable à sa beauté divine et céleste.

Pourtant, un seul élément brisait cette harmonie naturelle qui prévalait habituellement dans cette forêt. Une jeune femme à la chevelure d'un blond étincelant et brillant au contact des rayons ardents du soleil, se baladait au beau milieu du bois calme et délicieusement silencieux, gambadant joyeusement dans l'herbe grasse. De part ses cheveux dorés, ses vêtements ne l'a faisait en rien se fondre dans le décor. Vêtue d'un jean bleuâtre les plus simples et de baskets noires principalement conçues pour le sport et les activités physiques intensives, elle portait également un tee-shirt à manches longues de type marin - (Cf avatar). A son épaule droite, son unique sac en bandoulière favori y trônait fièrement - (Cf le dessin avec Kaïminus). Des yeux d'un bleu azuré cristallin et envoûtant fixaient le ciel avec mélancolie, ses bras ballotaient doucement au gré des mouvements de son corps et ses pieds embrassaient avec impétuosité l'herbe verte qui parsemait le terrain de verdure. Cette étrangère aurait pu être une voyageuse tout à fait ordinaire si ses oreilles n'avaient pas été aussi effilées. Par cette dissimilitude, elle se différenciait des autres au niveau de son apparence particulière, nombreux avaient été abusés à cause de cette étrangeté et l'avait prise pour une créature des rêves. Bien heureusement, elles n'étaient pas exagérément longues pour que l'on croit cela à chaque nouvelle rencontre, mais il fallait avouer que ce n'était pas quelque chose de plaisant à vivre sur une longue durée. Néanmoins, il y avait fort pire comme situation, soyons honnêtes. La jeune fille se promenait silencieusement, sans piper le moindre mot, cueillant doucement des baies sur les bosquets qu'elle dégustait par la suite avec appétit. Le liquide rouge que renfermaient les succulents fruits coulait poussivement sur ses lèvres rosées, puis finissait happé par sa langue qui filait gracieusement sur la lèvre inférieure de sa bouche entrouverte.

Lithium adorait excessivement les fruits, plus particulièrement les fruits rouges et ceux des bois.
Cet endroit était donc le lieu rêvé pour se délecter des mets parfumés qu'offrait généreusement la forêt. Que ces couleurs étaient splendides et belles ! La Tour des Arts n'avait certes absolument rien à envier à ces magnifiques sous-bois, quoique en rougir quelque peu ne serait de trop, mais leur beauté était tout à fait époustouflante, tellement stupéfiante qu'une peinture ou bien un croquis s'imposait de force. Après une réflexion qui ne dura que quelques malheureuses micro-secondes, l'invocatrice n'attendit donc pas plus longtemps pour chercher un quelconque support sur lequel elle pourrait tranquillement s'asseoir confortablement et ainsi s'atteler à une immortalisation de cette auguste image qu'elle voyait devant ses yeux. Ce qu'elle fit avec le plus grand des sérieux et d'attention. Pendant qu'elle dessinait avec soin et application, un doux son sortit de sa bouche, mélodieux et harmonieux. C'était une chanson enfantine que sa mère lui murmurait doucement lorsqu'elle l'a prenait tendrement dans ses bras quand un problème s'était profilé à l'horizon, et avait obscurci sa journée. Il lui était plus facile de gribouiller avec un bruit de fond qu'avec un silence constant bien qu'apaisant, il en allait sans dire. Lorsqu'elle eut fini d'achever sa tâche artistique, elle entreprit bien entendu de ne dessiner aucune mesure sur la feuille, par pure précaution. Imaginez un décor s'invoquant de lui-même et se promener ensuite dans son propre modèle ? Ce serait déjà assez particulier comme vision, la folie en serait maîtresse, mais demanderait également une énergie monstre à Lithium, à la limite de la mort. Après avoir rectifié quelques erreurs de maladresse au niveau des troncs et peaufiné certains détails, elle jeta un dernier coup d'oeil à son travail, puis rangea délicatement son carnet de croquis dans son sac en bandoulière. Une tendre expression de mélancolie flottant sur le visage, elle se laissa bercer par la douce musique que créait avec finesse et virtuosité les branches mêlées aux feuilles, accompagnés tous deux par le vent qui rajoutait de la fraîcheur à la partition musicale.

Une bonne vingtaine de minutes passèrent alors qu'elle méditait au gré du vent et de sa mélodie. Quelle quiétude, quel bonheur. Rien ne valait ce qu'elle vivait en ces instants présents. Certes, ce qu'elle vivait était déjà le passé et le présent dont elle pensait parlé ne l'était déjà plus, mais qu'importe. La philosophie ne pourras jamais résoudre cette question existentielle sur le temps, de plus, qui s'en soucie sérieusement. La jeune fille se leva lentement, observa de nouveau les alentours dans un silence inébranlable, paisible, puis se mit à marcher en direction des buissons encore bondés de fruits éclatants. Un par un, elle les cueillit et les mangea avec appétit. C'était le moment idéal pour prononcer ces deux mots; Hakuna Matata. Rien ne pouvait mieux illustrer cet ensemble de syllabes, c'était la belle vie. En passant, c'était sûrement la meilleure de toutes les nuits qu'elle avait passé, enfin du moins, la plus calme plutôt. Toutes ses soirées avaient été parfaites, mais celle-ci était certainement la plus sereine qu'elle n'ai jamais vécu jusqu'ici. Tout était absolument parfait, rien n'aurait pu perturber la quiétude dans laquelle elle s'était murée. A part peut-être ces bruits étranges qu'elle entendait depuis bien une dizaine de minutes mais auxquels elle n'avait pas prêté plus ample attention, trop occupée à rêver éveillée. Soupirant de déception d'avoir à se sortir ainsi de son repos réparateur, elle se leva le plus lentement possible et se dirigea à l'aveuglette à travers les bois touffus de la forêt des fruits.

A mesure qu'elle s'enfonçait plus profondément entre les arbres, les bruits se faisaient plus importants. Finalement, son regard se porta d'instinct sur le plus beau des fourrés où pendait avec grâce et splendeur de magnifiques fruits qui semblaient juteux à point. Lithium fut immédiatement attiré par ces délicieuses formes colorées et s'approcha avec avidité et gourmandise. Doucement, elle amena sa main sur l'un deux, son ventre criant famine, mais avant qu'elle ne put s'emparer de celui-ci, un gémissement se fit entendre puissamment à l'ouïe aiguisée de la voyageuse. La jeune fille recula immédiatement, un frisson d'horreur l'a parcourut. Qu'était-donc ce bruit pour le moins perturbant ? L'on pouvait presque comparer ce cri à.. une expiration de jouissance ? Instantanément, elle se mit à rougir et pria pour que ce qu'elle s'apprêtait à découvrir n'était absolument pas ce qu'elle pensait. Elle avait presque l'impression de se retrouver il y a quelques temps, l'année dernière lui semblait t-il, dans sa salle de bain qui était adjacente à la chambre de sa mère. Ce qu'elle entendit ce jour là, alors qu'elle se brossait innocemment les dents, fut certainement l'évènement le plus marquant de sa vie. Rien que d'y penser de nouveau, elle eut un léger spasme à l'épaule droite et une grimace se forma sur son visage.




"Oh mon dieu, oh mon dieu, oh mon dieu..", répéta t-elle dans un souffle quasi-inaudible mais néanmoins saccadé.



Doucement, elle s'approcha de nouveau du buisson et, prudemment, écarta les feuilles qui lui cachait ce qui se déroulait en secret mais qui se faisait fortement entendre à ses oreilles. Elle suppliait Dame Nature qu'elle ne trouverait rien d'autre de plus qu'un écureuil ou au mieux un lapin qui grignotait avec envie sa carotte derrière ces fourrés mystérieux. Ce qu'elle découvrit l'a laissa sans voix pendant un court instant, mais un retentissant cri sortit ensuite du fin fond de sa gorge quand il eut trouvé l'issue de secours vers l'air libre. Ce à quoi elle venait de faire face était sûrement l'une des choses les plus étranges qu'il soit de rencontrer, même à Dreamland. Ici bas, aux pieds du buisson tout de vert feuillu, une pêche et un abricot s'embrassaient amoureusement et fougueusement. Enfin, pas que. Disons qu'ils étaient en plein ébat sexuel plus que torride et que Lithium venait de les interrompre en pleine lev.. Bref, vous voyez les fruits de la magnifique pub Oasis ? Et bien, exactement pareil. Des bras, des jambes, des yeux.. Tout ce qui faisait qu'elle ne put que crier haut et fort sa surprise étroitement liée à du dégoût profond.
Spoiler:
 



"OH MON DIEU !!!
OH PUTAIN, C'EST QUOI CA ?!!!"
, hurla t-elle en reculant et se cachant les yeux.
"JE N'AI RIEN VU, ABSOLUMENT RIEN VU DU TOUT !!"



Extrêmement gênés, les deux amants fruitiers se relevèrent sans tarder, rougissant encore plus qu'ils ne le pouvait encore face à cette situation pour le moins gênante et dégradante pour leur image, sans oublier leur crédibilité. Ils ne savaient si le pire était qu'ils s'étaient fait surprendre en plein acte ou si c'était le fait que cela avait été par une voyageuse qui leur était totalement inconnue. Quoique, était-ce réellement une voyageuse ? Les oreilles pointues qui trônaient fièrement sur les côtés du crâne de cette femme portaient à confusion. Qu'était-elle donc ? Une créature des rêves peut-être ? Mais qu'importe. Ils devaient étouffer cette affaire. Embarrassés d'avoir à se présenter suite à cet impudence de leur part, ils tentèrent de se justifier et de trouver un arrangement à l'amiable avec cette jeune étrangère. L'abricot s'approcha fébrilement et s'adressa à Lithium d'une voix chevrotante et empli d'anxiété, alors que la pêche remettait sa peau en place, toute aussi gênée que son compagnon.



"Exc.. Excusez-nous pour ceci.
Vous comprenez, nous sommes jeunes et en bonne santé, donc.."


"Oui, oui j'ai compris.", coupa t-elle.
"Pas la peine d'entrer dans plus amples détails sinon, je crois que je vais gerber.."

"Toutefois, malgré le fait que nous comprenons votre dégoût à notre égard, nous aimerions vraiment que vous gardiez cela pour vous.", à ces mots, la pêche s'ancra au bras de son amant.

"A qui donc voudriez-vous que j'en parle ?", ria t-elle d'un air jaune.
"Ce n'est sûrement pas quelque chose que l'on crie sur tous les toits vous savez.
Sérieusement, vous me voyiez me promener sur la Place de la Comédie et hurler à tue-tête : 'Hé les gens, j'ai vu des fruits s'envoyer en l'air ! Woah, c'était torride!'
Faut pas exagérer tout de même, j'ai un minimum de fierté.
Mais rassurez-vous, je n'ai absolument aucun dégoût pour vous, c'est juste que.. Ce n'est pas dans mes habitudes de me retrouver, accidentellement certes, dans le rôle du voyeur. J'ai été simplement horriblement surprise."


"Merci, mais vous ne comprenez pas ce que votre silence représente pour nous.
Peut-être que si nous vous expliquons notre histoire, vous serez plus compréhensive."


"Allez-y, je vous écoute.
Rien ne peut plus m'étonner à vrai dire maintenant.."



Lithium préféra s'asseoir à même le sol sur l'herbe fraîche et douillette qui chatouillait ses mains d'artiste. Elle préférait anticiper le fait qu'elle risquait d'apprendre encore plus de choses totalement aussi loufoques les unes que les autres, au lieu de rester debout et de manquer de tomber à la renverse. Quant aux amoureux découverts, ils se regardèrent intensément, espérant du plus profond de leur cœur sucré que cette voyageuse ou cette créature des rêves quelle qu'elle soit, comprendrait la situation épineuse dans laquelle ils se trouvaient à présent. L'abricot inspira profondément et se lança dans la narration de leur histoire.





"Débutons par le commencement.
je me prénomme Roméo et voici ma tendre Juliette."
, Lithium étouffa un fou rire naissant et s'étrangla presque par son hilarité étouffée à l'entente de leurs prénoms. Roméo l'abricot aime Juliette la pêche. La classe.
"Mon village se prénomme Abricotol, quant à mon aimée, elle vit au sein de Pêchya. Pour tout vous dire, nous en sommes chacun les héritiers par nos parents qui sont respectivement rois. Malheureusement, nos cités sont empêtrées en une perpétuelle guerre pour un simple lopin de terrain neutre qui n'appartient à aucun d'entre nous. Et seulement pour cela, ils ne cessent de se quereller, diplomatiquement certes, mais si ça continue ainsi, la véritable bataille risque de se rapprocher à grands pas. Juliette et moi qui nous étions rencontrés lors d'une promenade, sommes tombés instantanément amoureux l'un de l'autre quand par le plus grand des hasards nous nous sommes retrouvés face à face. Certes, cela peut vous paraître complètement puéril et enfantin, mais ce fut vraiment ce que l'on peut appeler un coup de foudre. Au retour de notre promenade, nous avions chacun décidés de parler de notre relation amoureuse qui avait débuté dans ces mêmes bois à nos parents. Bien entendu, ils refusèrent vivement et nous interdirent formellement de nous revoir. Vous avez également compris que nous ne suivons absolument pas leurs ordres. Toutefois, tout ceci en est devenu carrément une guerre personnelle et notre amour se trouve au milieu de tout ce bazar politique. Nous vous supplions de tout cœur de ne pas rapporter ce que vous venez de voir à nos parents, ce serait le chaos et l'anarchie complète ! Une guerre meurtrière pourrait éclater suite à ces révélations ! Nous vous implorons de garder cela pour vous !!", cria t-il d'une voix désespérée.



Lithium était franchement bouche bée.
Voilà qu'elle se retrouvait face à une pièce de Shakespeare totalement revisitée par Dreamland.
Roméo l'abricot conservait son rôle, il en était de même pour Juliette la pêche, les deux villages servaient de Vérone et les deux familles représentaient les Montaigu accompagnés des Capulet. Décidément, la jeune fille se retrouvait toujours dans des situations pas possible, de plus, ils étaient persuadés qu'elle allait cafarder ça à des gens qu'elle connaissait encore moins. Ils n'avaient pas écoutés ce qu'elle leur avait dit quelques minutes auparavant ou quoi ? La voyageuse soupira profondément.





"Sérieusement, est-ce que j'ai vraiment une tête de vilaine fille ?"
, dit-elle ironiquement.




L'abricot et sa compagne n'osèrent prononcer un quelconque mot quand elle eut finit sa phrase, ce qui ne manqua pas de vexer Lithium qui vint à se poser des questions sur elle-même. Elle leur faisait si peur que ça ? Ou était-ce plutôt le pouvoir qu'elle possédait entre ses mains, le pouvoir de chambouler leur vie toute entière qui les mettaient dans un état pareil ? Elle ne chercha pas plus loin dans les détails, ne souhaitant pas débattre sur sa modeste personne maintenant. Doucement, elle se leva et s'accroupit ensuite face aux amoureux éplorés qui ne faisait qu'un malheureux 1m20 tous deux, un sourire chaleureux sur le visage.





"Si cela peut vous rassurer, je ne compte rien dire du tout à vos parents.
Je ne suis pas ce type de personnes mesquines et sournoises qui passe leur temps à semer la zizanie entre les peuples et les gens. Au contraire, ma serviabilité et mes principes me perdront un jour.. Bref, nous l'avons tous fait ce genre de choses hein. Vous n'avez absolument aucune raison de vous en inquiéter !"
, elle leur sourit vivement.
"De plus, en quoi est-ce que cela me fera t-il avancer dans ma vie de voyageuse ? En rien."


"Vous êtes une voyageuse ?!!!", firent à l'unisson les amants fruitiers.


"Bah oui, bien entendu !"
, ria t-elle.
"Qu'est-ce qui vous en a fait croire le co.. Oh.
Ce sont mes oreilles qui vous ont dupés c'est ça ?"



"Et bien, oui.", dirent-ils penauds.
"Etant donné qu'elles sont assez effilées pour une voyageuse, nous avons cru que vous étiez une créature des rêves flânant dans les environs. Excusez-nous.."

"Oh mais pas de soucis ! Ne vous inquiétez pas pour ça.", rit-elle de nouveau.
"J'ai eu droit à ces remarques auparavant déjà, je m'y suis habituée maintenant."

"Mais, si vous êtes une voyageuse, cela veut dire que..
Que vous pouvez nous aider !!"
, en disant cela, ils s'emparèrent de ses mains et l'implorèrent du regard.
"S'il vous plaît, aidez-nous. Vous saurez sûrement arranger la situation avec un compromis et également par la même occasion, leur expliquer et leur faire comprendre notre amour ! Oh, s'il vous plaît, s'il vous plaît !! Nous vous payerons si besoin est pour vos efforts fournis et votre temps perdu dans notre affaire."



Lithium était totalement désemparée.
Voilà que ces deux fruits particulièrement juteux lui demandait, ou plutôt lui implorait, son aide avec la plus crédible des supplications. Dans son immense générosité et sa gentillesse démesurée, la jeune fille ne put résister de céder à ses pulsions affectives et accepta sans trop réfléchir à ce à quoi elle devait se frotter, mais personnellement, elle en avait rien à cirer. L'essentiel était qu'elle les sorte de cette embrouille, quitte à en baver. Roméo et Juliette étaient tellement heureux d'avoir une personne de leur côté qu'ils ne purent contenir leur joie et se jetèrent donc avec bonheur sur la voyageuse qui tomba à la renverse. Elle les repoussa gentiment. La pêche prit soudainement la parole.





"Il faudrait avoir un point de départ d'abord.
Et si.. Euh, comment puis-je vous appeler ?"
, fit-elle gênée.

"Lithium. Appelez-moi simplement Lithium."

"Très bien.
Et si mademoiselle Lithium ici présente me suivait jusqu'à Pêchya ?
Elle pourrait commencer par discuter avec mon père ! Dernièrement, j'ai perçu quelques signes de faiblesses sentimentales de son côté, peut-être qu'il est devenu plus compréhensif vis-à-vis de notre amour et qu'il sera plus conciliant !"
, dit-elle avec entrain.

"Euh, et bien..
Je ne sais pas si.."
, bégaya Lithium.

"Oui !
Quelle bonne idée mon amour !"
, coupa Roméo.

"Hi hi, je sais mon chéri !"

"Tu es la meilleure, ma baie des îles."
, lui susurra t-il mielleusement.

"Oh oh, grand fouuuu !"

"Oh mon dieu..
BON !
On y va peut-être non ?"
, grommela t-elle en manquant d'éructer le moindre de ses tripes face à une scène aussi horrible.





Ils s'excusèrent de nouveau, s'embrassèrent amoureusement et se quittèrent en se murmurant des mots d'amour que seuls des fruits peuvent se dire. Lithium prit soin de détourner les yeux lors de cet au revoir pour le moins répugnant. C'était trop.. Comment dire.. C'était trop, trop en fait. Trop de fleurs partout, trop d'attention, trop de mots etc. La jeune fille fit comme si il ne s'était rien passé et suivit la pêche sans rien dire. Cette dernière l'a menait tout droit à son village, Pêchya, un lieu où seul les pêches de pur jus avaient le droit d'y vivre et d'y séjourner. Concrètement, l'invocatrice ne savait à quoi s'attendre, le plus important était de régler leurs différents familiaux et politiques, ensuite, elle pourrait errer sans but dans Dreamland, glander et visiter les environs dans la plus grande des quiétudes. D'après Juliette, la cité n'était pas très loin d'ici, à seulement une quinzaine de minutes. Ils ne tarderaient donc pas à déjà apercevoir à l'horizon les édifices précaires ou bien indéfectibles, qui sait, du village fruitier. Cette mission risquait d'être riche en émotions et en rencontres plus étranges les unes que les autres.




__________



Lithium s'exprime
Bis vous insulte

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MessageSujet: Re: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptyMer 26 Jan 2011 - 17:46
Acte I : Presentation

La vue qu’offrait la ville d’Abricotol était magnifique. Perchée sur le bord d’une falaise et s’étendant tout le long pour descendre sur la plaine à proximité, cette ville témoignait de la capacité de ses habitants à peupler un lieu avec un sens esthétique appréciable. Le style des bâtiments reflétait leur volonté de montrer leur appartenance à l’espèce des abricots, la ville étant faite tout en rondeur. Les toits étaient majoritairement des dômes lisses, rappelant la forme des abricots.
L’ensemble de l’architecture s’articulait autour de l’évocation de ce fruit à la peau si douce et à la forme qui n’était pas sans rappeler celle des fessiers.
Les couleurs étaient majoritairement chaude et accueillante, l’orangé dominant. Aux balcons de certaines maisonnées étaient suspendus quelques étendards avec les symboles de la ville (à savoir un abricot, on s’en serait douté). Les pignons de bon nombre de demeures pointaient vers le ciel ensoleillé et conféraient un aspect quelque peu piquant aux toits de la ville.

L’ambiance qui régnait au sein de cette ville orangé était joyeuse. Les habitants souriant vaquaient à leur occupation avec un entrain qui est tout à leur honneur. Dans les rues pavées s’agitait une foule dense. Les enfants battaient le pavé en riant, s’amusant parfois à tourmenter les adultes par quelques farces bénignes.
Une bande de garnements s’en allait en courant et en poussa de grands rires immédiatement suivis par un cri de rage, un ouvrier s’étant retrouvé avec une étrange liqueur sur la tête, coulant le long de sa peau. Les farceurs se dispersèrent parmi la foule grouillante, en quête d’autres facéties à commettre.
Sur une place de diamètre suffisamment important pour contenir force stands et magasins temporaires où les vendeurs se targuaient de posséder les produits les plus frais qui soient, les nombreuses personnes à la recherche d’ingrédients ou de fruits pour concevoir des plats délicieux allaient et venaient dans un ballet incessant et continuellement renouvelé.
Les harangues des commerçants formaient un brouhaha constant et constituaient un fond sonore qui s’élevait dans toute la ville.
Au centre de cette place imposante on pouvait voir trôner une statue de grande taille à la gloire d’un héros des temps ancien et fondateur de la citée d’Abricotol. La statue représentait un abricot possédant des membres et un visage fermé à l’air conquérant.

Car il fallait le préciser, la population aux alentours se composait principalement d’abricots de bonne taille avec 1m20 de hauteur, le tout doté de bras et de jambes et d’un visage. Il était rare de voir des cheveux sur ses têtes amusantes, mais c’était possible.

Ce fut donc dans ce cadre à l’ambiance en apparence tranquille que vint Lord Khildar Oscar Allan Louis Alexander Blacksilver, vêtu d’une tenue des plus classiques : des chaussures d’ébènes à boucles dorées, un pantalon blanc tout ce qu’il y a de plus simple et léger, une ceinture pourpre sur laquelle venait s’ajouter trois chaînes d’or pour aller s’accrocher dans sa poche droite, une chemise blanche dont les boutons de manchettes étaient eux aussi d’or, un gilet rouge aux boutons d’assez bons diamètres et dorées, portant des reliefs représentants des corbeaux repliés sur eux-mêmes, une veste d’un blanc immaculé dont la poche à la poitrine était ornée d’une sublime rose rouge. Sur ses cheveux teints de blanc siégeait un haut de forme rouge sur lequel dormait paisiblement son papillon argenté. Il portait naturellement ses éternels gants blancs afin de dissimuler la marque de cette nuit maudite de Décembre.

Il affichait un sourire radieux, il était d’humeur taquine et s’engagea d’un bon pas vers cette cité au bord d’une falaise, une volonté de découverte s’insufflant en lui
.

"Une bien belle citée en vérité …"

"Mouais, ça manque de piquant cette histoire …"

"Je me demande si il y aura des femmes intéressantes …"

"Luëst ! Ce n’est pas parce que tu es de retour parmi nous que tu te dois d’avoir à nouveau des pulsions de ce genre !"

"Mais j’aime tellement sentir leur peau sous mes doigts … Les caresser avec tendresse …"

"Est il possible de faire preuve d’un peu plus de sérieux, je vous prie ?"

"Yes, my Lord."

"Je vous remercie."

Après avoir parcourut une certaine distance entre l’endroit où il avait paru, à savoir un verger où poussaient … des abricots, mais non dotés de membres ceux là, et l’entrée principale de la magnifique cité, Oscar s’arrêta un moment pour contempler les formes et les reliefs de la porte. Elle était imposante, haute, large et sublimement décorée par des arabesques de métal parcourant le bois dont elle était faite.
L’encadrement lui-même de la porte, en pierre, présentait des ornements tout à fait plaisants. Les formes dominantes étaient assez courbes, procurant un sentiment de douceur lorsqu’on les regardait.
Sa contemplation dut être écourtée à cause du flux de personnes l’entraînant vers l’intérieur de la ville perchée. Après avoir passé sous le large portique et sourit aux gardes si amusant avec leur armure, Oscar se retrouva au milieu de la foule ambiante et ne sut que faire.
Devant lui s’étendait une avenue pavée dotée de trottoirs, ce qui n’était pas le cas partout. Il dut d’ailleurs se rendre sur ces promontoires afin d’éviter un convoi de charrettes.

Tandis qu’il tenta de se frayer un chemin parmi la masse d’abricots qui évoluait parfois à contre courant, le convoi continuait son avancée inéluctable, le palais qui siégeait au plus haut de la falaise étant sa destination. Le chargement de ce convoi semblait être essentiellement des denrées alimentaires
.

Une festivité quelconque qui se préparait, peut-être ?

Quoiqu’il en était, cela attisa la curiosité de notre aristocrate anglais qui suivit le plus innocemment du monde ce convoi tout en prenant le temps d’apprécier l’architecture de cette citée dédié au fruit abricot. Au cours de sa visite dans les rues de la cité, il remarqua rapidement qu’il devait bien être un des seuls voyageurs présent, même les rêveurs se faisant rares. Il en vit quelques uns, à rire avec des habitants, mais par rapport à ces précédentes visites dans le monde onirique, le nombre était dérisoire. Ce qui le stupéfiait le plus, c’était la concentration énorme d’abricots. Il devait se trouver au milieu du plus grand rassemblement de ce fruit.

La joie qui émanait de ce lieu lui conféra une humeur des plus heureuse. Il ne s’était pas senti aussi bien depuis un certain temps déjà. Il est vrai que dans les bras de Sandra, il éprouvait une félicité certaine. Lorsqu’il la voyait, c’était tout son être qui chantait pour elle. Lorsqu’il lui parlait, ses lèvres exprimaient ses sentiments ardents à son égard. En sa présence, il était bien. Toutefois, c’était comme si il lui manquait quelque chose. Comme si il n’était pas complet. Comme si ses sentiments étaient faux, contrefaits. Et pourtant, ce qu’il ressentait envers Sandra était tout ce qu’il y a de plus sincère. Il l’aimait, c’était un fait indéniable. Néanmoins, il n’était pas entièrement satisfait.
Et c’était pourquoi ces rêves étaient empreints à une certaine … morosité. Lors de ses venus en ce monde merveilleux, son humeur se révélait massacrante.

Une bande de gamins riant aux éclats passa à sa proximité et manqua de le renverser sur le pavé mais il put éviter le contact douloureux avec la pierre en s’accrochant à … une robe. Le tissu du vêtement féminin n’ayant pas été prévu pour supporter ce genre de tension, il céda dans un bruit de déchirure à fendre le cœur de n’importe quel grand couturier. Sa chute fut ainsi ralentit vers le sol et il termina à quatre pattes, tête baissée et les morceaux de tissus encore dans les mains. Le cri qui s’échappa de la délicieuse créature témoigna de son mécontentement à l’égard de ce traitement envers sa tenue confectionnée avec soin.
La créature en question était une sublime demoiselle, à la longue chevelure d’un noir à assombrir la nuit descendant sur ses hanches. Elle fusilla de ces yeux bleus le malotru qui venait de gâcher sa tenue. D’une poigne ferme, elle l’empoigna par le col et le releva pour lui faire face et plongea un regard plein de colère dans ces yeux d’un bleu aussi froid que l’acier
.

"Tu peux pas faire attention, espèce de …"

Le sourire qu’affichait Oscar ne lui laissa pas finir sa phrase, ni le baiser qu’il lui donna. Elle le lâcha de surprise, lui permettant ainsi de ramasser son haut de forme prestement pour saluer dans une révérence la demoiselle interdite.

"Je suis navré d’avoir ainsi gâché votre tenue, mais je suis attendu …"

Et de partir en courant et en riant, remettant son haut de forme sur sa tête, le papillon argenté battant des ailes sous le brusque mouvement. Avant même qu’elle ne put reprendre ses esprits, il était loin, perdu dans la foule malgré ses vêtements immaculés qui devraient le rendre remarquable. Elle jeta un regard dépité sur sa robe rouge en dentelles noires qui avait désormais tout un pan arraché. Ne tenant pas à demeurer ainsi, elle se mit en quête d’une boutique offrant des services de coutures, ou vendant des vêtements.

Ces lèvres avaient laissé un goût fruité. Il se lécha le pourtour des siennes afin de ne pas perdre une miette de ce goût. L’impression de volupté lorsqu’il avait apposé son sceau sur les lèvres de la demoiselle effarouchée était délicieuse. Cependant, elle n’égalait pas Sandra. Les lèvres de Sandra étaient nettement plus exquises, les embrasser équivalait à s’offrir le plaisir des sens par le simple fait de les effleurer. L’impression de douceur qu’elles offraient était à l’esprit d’Oscar
.

Il continua sa route d’un pas rapide, au cas où la demoiselle se serait mise en tête de le rattraper.

"J’aurais voulu y goûter moi-même … Et à plus ! "

"Allons, il ne faut pas trop en solliciter. "

Il fendait la foule, faisant fi des manants qui se dressaient devant lui, se frayant un chemin facile parmi le courant toujours plus important. C’est alors qu’il arriva sur la place du marché, véritable fourmilière où s’agitaient en tous sens un nombre beaucoup trop important pour être quantifié d’abricot. On pouvait voir des domestiques faire les courses pour leur maître, des femmes au foyer tenter de se procurer les meilleures produits aux meilleurs prix, de simples particuliers en quête de nourritures pour pallier au repas quotidien. En résumé, une concentration de la population en un seul endroit.
Tournant la tête en tous sens, impressionné de retrouver à Dreamland l’impression que lui donnait certains marchés parisiens tel que les Halles, il plongea dans le cœur du marché, les odeurs venant chatouiller ses narines. Le mélange des différents fruits proposés, même si l’abricot était majoritaire, donnait à l’air un parfum fruité digne des meilleures sucreries. Réussir à avancer sans risquer de se faire écraser contre un mur ou un abricot était presque impossible, tant la densité était importante. On ne pouvait pas réellement distinguer où commençait les files d’attentes pour les stands, certaines semblaient se croiser.

De plus, cette promiscuité était une aubaine pour tous les chapardeurs qui faisait les bourses pleines en vidant celles des autres. Maintenant son haut de forme rouge d’une main alerte et écartant parfois un abricot de l’autre afin d’avancer, il n’en demeurait pas moins émerveillé.

C’est alors que sa main rencontra celle d’un autre, certes plus petite, mais plus vivace, puisqu’elle se retira aussitôt. Ce qui intrigua fortement Oscar, c’était que cette main tenait un semblant de bourse. Et que cette bourse venait d’une autre poche. En suivant du regard le cheminement de cette main aventureuse, il put y mettre un visage. Les regards se rencontrèrent et il ne fallut pas longtemps pour qu’ils se comprennent et que l’espiègle faciès s’éclipse.
Haussant les épaules, Oscar poursuivit sa route en direction de ce palais qui se dressait, fier.

Il eut été fauté que de dire que le peuple d’Abricotol vivait dans la nécessité. Il évoluait dans une cité resplendissante, la plupart n’étaient pas dans le besoin car bourgeois. Leur principale source de revenu était la récolte de fruits, qu’ils vendaient ensuite un peu partout à travers Dreamland, le marché Carotte restant leur client privilégié. Et s’était ce qui expliquait la présence de ces félins dans le marché que finissait de traverser Oscar.
Venus pour marchander, les chats tentaient d’obtenir les fruits à bas prix, pour rentabiliser un maximum leur trajet.
Fort donc de cette alliance commerciale, le peuple abricotier possédait les signes d’une richesse acquise à la sueur de leur front. Ils étaient fier et n’oubliaient jamais d’où venait cette richesse : de leurs fruits.

Un abricot de belle taille, portant des favoris et un pantalon de toile faisait les cents pas dans une salle entièrement carrelée
.

"Mais où est il, mais où est il ? "

Maugréait le roi. Car en effet, c’était le roi d’Abricotol qui s’exprimait ainsi. Il était inquiet et exaspéré, son fils Roméo ayant encore disparu. Depuis quelques jours, il trouvait que son fils avait la tête ailleurs, comme absorbé par des pensées. Un père sent ce genre de chose, lorsque son fils lui échappe, qu’il demande une certaine indépendance et n’en fait qu’à sa tête. La fouge de la jeunesse était toujours inquiétante pour des parents qui ne souhaite que le bonheur de leur progéniture tant en voulant les protéger.
La disparition de Roméo avait été constatée il y a quelques heures déjà et les recherches à travers toute la cité n’avaient rien donné. Il devait s’être rendu à l’extérieur, mais pour aller où ?
C’était donc un père inquiet qui arpentait la salle richement décorée, le front plissé. Les gardes ne savaient pas trop quoi faire et se contentaient donc de demeurer stoïque. Un abricot aux traits efféminés (et pour cause, c’était la reine) arriva dans la pièce et demanda d’une voix inquiète mais forte si son fils n’avait pas réapparu. Son mari fut obligé de répondre par la négative et de se voir violemment réprimander pour sa mollesse. Contrairement au roi d’Abricotol qui avait plus une allure débonnaire et calme, la Reine était un sacré bout de femme. Un caractère bien trempé, des idées arrêtés et une volonté de fer, elle ne se laissait pas marcher dessus. Toutefois, derrière cette cuirasse se cache un noyau tendre et affectueux. Elle adorait son mari et son fils. Mais contrairement à son mari qui exposait ses sentiments aux autres, elle préférait se montrer intransigeante et forte afin de rassurer et de se rassurer.

Ils attendirent donc ensemble sans pouvoir faire quoique ce soit d’autre.


Le palais s’élevait dans toute sa splendeur devant l’aristocrate admiratif. L’ensemble de bâtiments formait un ensemble complexe de dômes et autres structures à la forme sphérique s’imbriquant les uns dans les autres pour donner l’apparence d’une délicieuse pièce montée. Les grandes ouvertures que l’on pouvait observer laissaient à penser que l’intérieur devait être particulièrement lumineux, le soleil pouvant pénétrer en plusieurs endroits. Une myriade de fanions multicolores claquait dans le vent, perchés sur les sommets des dômes.
Sur plusieurs flancs, on pouvait voir de larges balcons, sûrement pour permettre aux résidents du palais de s’y détendre tout en ayant le loisir d’admirer la vue magnifique qu’offrait le paysage. De plus, la falaise était suffisamment élevée pour donner la possibilité d’embrasser l’horizon d’un seul regard. La rivière d’une teinte orangée qui coulait en contre bas filait vers les plaines qui entouraient la cité d’Abricotol, ajoutant à la beauté des environs.

Le convoi de marchandises ne passa naturellement pas par la grande porte du palais, contournant l’imposant et magnifique édifice afin d’accéder à une des nombreuses entrée de services réservées aux personnels. Cela n’empêcha point notre démon de Lord de suivre le convoi d’un air innocent et d’ainsi prendre connaissance de cette entrée.
Alors que la tentation de s’introduire dans ce palais aux formes généreuses en rondeurs par la porte de derrière venait lui chatouiller l’esprit, il remarqua un jeune abricot qui semblait chercher à se dissimuler des autres, non sans peine, il fallait l’avouer. Pour un œil banal, tous ces abricots à l’allure anthropomorphique se ressemblaient, mais que nenni ! Il n’en était rien, chacun ayant ses traits uniques et ses expressions le caractérisant.
Et l’émotion qui dominait chez ce jeune abricot était l’inquiétude.

Tout aussi curieux que nonchalant, Oscar vint à sa rencontre l’air de rien, mais l’esprit déterminé à s’amuser quelque peu. Posant délicatement la main sur l’épaule ( ?) du fruit jeune et vigoureux mais inquiet, il déclara d’un ton amusé
:

"Auriez vous le souhait d’admirer de plus près ce palais ?"

Dans un sursaut de surprise, le jeune abricot Roméo se retourna vivement et afficha une mine étonnée pour répliquer presque immédiatement, sans réellement réfléchir :

"J’y vis, alors j’ai tout le loisir de le faire …"

Ce fut au tour d’Oscar de montrer un air surpris face à cette réponse. Sa réflexion fut rapide et il tira les conclusions d’usage : n’ayant pas l’allure d’un piètre roturier, ses manières lorsqu’il se maintient et ses paroles claires quoique exprimant une certaine lassitude montrait qu’il était en présence d’un membre assez important du palais, si ce n’était de la famille royale.
Il finit par reprendre un air dégagé, souriant légèrement et ôta son haut de forme pour une révérence respectueuse et se présenta d’une voix douce, un éclat de malice dans les yeux
:

"Quel honneur ! Je me présente : Lord Khildar Oscar Allan Louis Alexander Blacksilver, pour vous servir mon prince. "

L’appellation de prince était une sorte de pari. Si la personne avec qui il conversait était effectivement prince, alors il n’avait qu’appliqué le protocole. Si ce n’était pas le cas, alors son interlocuteur se verrait flatté et apprécierait cette erreur en apparence fortuite.
C’est pourquoi, au vu de son réel statut de prince, Roméo répondit d’un ton détaché, trouvant ces civilités si futiles
:

"Vous connaissez donc mon titre en ce royaume … Enfin, qu’importe. "

Il sourit, ravi tout de même de faire une nouvelle connaissance qui pourrait peut-être l’aider dans son entreprise. Il savait que cette voyageuse répondant au nom de Lithium avait accepté de les aider, Juliette et lui, mais si ils pouvaient se voir obtenir l’aide d’un autre voyageur encore, la réussite devenait indéniable.

"Vous m’avez l’air de quelqu’un possédant de nombreuses qualités. "

Le sourire de l’aristocrate se figea et il coupa l’élan du jeune prince :

"Je me vois dans l’obligation de vous arrêter dans vos tours. Nul besoin avec moi de flagorneries pour obtenir de moi un service … "

Son sourire s’élargit et ses yeux se teintèrent d’une vague lueur de perversion pour continuer sa phrase sur un air entendu :

"… il suffit que j’y trouve mon intérêt, c’est tout. "

Voyant une légère ombre se dessiner sur le visage du fringuant Roméo, l’aristocrate partit dans un formidable éclat de rire destiné à détendre l’atmosphère.

"Ne prenez donc point cet air si sérieux, je plaisante, bien entendu … "

*… quoique …*

Il subsista une lueur de tromperie dans son regard, mais indécelable par le fait qu’il se détourna du jeune prince pour reporter ses yeux bleus acier sur le palais.

"Vous habitez en une bien belle demeure. Pourtant, vous ne semblez pas vous y plaire … "

Avant même que le prince put esquisser une réponse, Oscar le prit par les épaules et plongea ses yeux rieurs dans ceux quelque peu paniqués de Roméo qui se rendit compte de la poigne qui s’exerçait sur lui.

"Vous avez besoin d’aide, n’est ce pas ? "

"Oui … non … enfin si, mais … comment ? "

"Vous avez un air soucieux, vous abordez un voyageur en lui faisant des compliments et vos regards lancés vers ce palais sont empreints d’une certaine … inquiétude dirons nous. "

Couvrant de paroles le jeune abricot, l’aristocrate anglais espérait bien le déboussoler et en tirer quelques avantages. Il se jouait de ce prince fruitier qui promettait de rendre cette nuit intéressante.

"Vous avez raison."

Se reprenant, Roméo s’écarta d’Oscar et prit une profonde inspiration en fermant ses paupières. Une fois ouvertes, l’aura que dégageait de ce prince n’était plus la même. Son regard était fixe, il avait l’air sûr de lui, déterminé. Il était redevenu le prince qu’il était. Il énonça donc d’une voix claire à un Lord ravi de voir cette transformation s’opérer :

"Je me nomme Roméo d’Abricotol, mon père étant le roi d’Abricotol, cette noble cité. Et effectivement, j’ai besoin de votre aide. "

Il réprima un petit rire.


"Nous avons déjà rencontré il y a quelques heures une autre voyageuse qui nous aidera aussi. Elle a accompagné Juliette à Pêchya pour convaincre ses parents. Il faut réussir à convaincre les miens !"


Les informations fusaient et il fut ardu pour Oscar de toutes les enregistrer dans l’ordre. Il calma les ardeurs du jeune prince d’un geste de la main et demanda simplement :

"Attendez, je sens que vous tenez à m’expliquez la situation, mais il faut prendre par le début pour être compréhensible. "

"Oui, veuillez m’excuser.
Je suis donc prince et je suis tombé amoureux de la plus belle créature qui soit ! Une déesse, une douce sucrerie, une sublime, adorable pêche répondant au tendre nom de Juliette. Cependant, nos deux peuples, ceux d’Abricotol et de Pêchya ne s’apprécient guère. Mon père, et plus particulièrement ma mère, ne portent pas les habitants de Pêchya dans leur cœur. Cette hostilité date depuis si longtemps, que la raison même a été oubliée.
C’est donc à l’occasion d’une promenade que je vis la beauté incarnée par Juliette. Si belle, si douce, si …"


"Je pense avoir saisi l’essentiel. "

Coupa Oscar, soucieux d’éviter un monologue emplit de niaiseries dont il ne connaissait que trop bien.

"Votre amour est compromis par cette relation tendue entre vos deux peuples, et votre souhait et de pouvoir vivre votre amour en toute tranquillité. "

"C’est tout à fait cela ! Nous aiderez vous ?"

Un large sourire se dessina sur les lèvres de l’aristocrate qui goûtait déjà le jeu à venir.

"Avec plaisir."

La joie se lisait sur le visage de Roméo qui exprima son allégresse d’un cri un peu trop haut perché selon l’invocateur démoniaque.

Les derniers chariots de nourriture s’approchaient de l’entrée de service et Roméo s’empressa d’informer Oscar
:

"Je viens d’une rencontre délicieuse avec Juliette, mettant échappé de ce palais discrètement. Je pense que ma disparition a été depuis longtemps découverte, et j’espère rentrer en utilisant la porte de service. "

"Voudriez vous que je vous aide à rentrer chez vous ? Il me serrait aisé de faire diversion et de vous permettre de profiter de ces charrettes. "

Cette idée ravit le prince audacieux qui remercia l’anglais. Maintenant, c’était à Oscar de jouer et la première chose qu’il fit, c’est s’avancer le plus simplement du monde vers la porte de service, l’air dégagé, innocent, bref, tout pour paraître suspect aux yeux des gardes. Sur le trajet, il demanda :

"Luëst ? Pourrais tu me faire le plaisir de paraître dans ton apparence la plus désirable je te prie ? "

"Et qu’aurais je en échange, mon Oscarinouchet ?"

"Mon énorme reconnaissance. "

"Oh ?! C’est vrai ? "

"Et bien plus si tu réussis, alors fait vite, il faut distraire ces gardes. "

"D’accord ! Prépare toi ! "

Fit la voix malicieuse de la démonette, avide de chair qui sortit délicatement du corps de l’invocateur. Cette sortie était dissimulée par une quelconque échoppe et lorsqu’un homme vêtu de blanc entre dans une et qu’il en ressort une sublime et pulpeuse créature aux formes généreuses, il n’y a pas lieu de se poser la moindre question, vous demeurez hypnotisé par cette divine apparition. Du moins, si vous êtes humainement constitué et que les demoiselles sont de votre goût.

Ce qui n’était malheureusement pas le cas des gardes du palais qui étaient des abricots, et qui, par conséquent, étaient attirés par des abricots. Luëst eut donc beau se pavaner devant leurs yeux en se déhanchant à rendre malade n’importe quels mannequins, ils ne réagirent pas le moins du monde, si ce n’est en arquant un sourcil étonné par cette créature semblant avoir des problèmes aux jambes ou aux pieds pour marcher ainsi.
Voyant le peu d’effet qu’elle avait sur ses fruits, elle rebroussa chemin et au vu de sa mine mécontente, elle n’avait pas apprécié l’outrage
.

"Tu n’as aucun intérêt à parler de ça à quiconque, est ce clair ?"

"Très, très clair Luëst".

Répondit d’un air gêné Oscar qui n’avait pas pensé à ce paramètre. Elle réintégra le corps de son maître sans ménagement, lui coupant le souffle un moment. Il s’adossa au mur pour reprendre ses esprits, Roméo à ses côtés pour le soutenir. Le rassurant d’un geste de la main, l’invocateur démoniaque sourit faiblement.

"J’ai une autre idée. "

Et sans plus d’explication, alors qu’il ne restait plus que deux chariots à faire rentrer, il prit la première chose qui lui vint sous la main, à savoir un abricot qui se dorait tranquillement au soleil et l’envoya sans crier gare vers les deux gardes, les loupant tout les deux.
Toutefois, l’abricot continua son formidable vol pour aller s’écraser sur la tête du chat cauchemar guidant le chariot.
Se retournant immédiatement pour déterminer l’origine de cette agression fruitée, il repéra un énergumène tout vêtu de blanc, mis à part ce haut de forme rouge qui ajoutait une teinte assez choquante dans l’ensemble qui secouait les bras en tout sens, comme pour attirer l’attention vers lui. Ce qu’il réussit parfaitement à faire.

Laissant le soin à un autre de guider le chariot, le chat s’avança vers Oscar d’un pas déterminé, l’air furieux. Il esquiva de justesse un autre abricot qui vint s’écraser sur le casque du garde. Tout d’abord stupéfait d’une telle audace, le garde prit le pas sur le chat et ce fut deux êtres mécontents qui s’avançaient vers un Oscar hilare.
Voyant la diversion s’opérer, le prince se dirigea le plus discrètement possible vers un chariot et parvint à passer le large portique de l’entrée de service sans se faire remarquer.
Maintenant, il allait devoir affronter l’ire de ses parents pour ensuite attendre Oscar
.

Mais au fait, comment allait se débrouiller Oscar pour se défaire de ses ennuis et pénétrer dans l’enceinte du palais ?

C’était exactement la question que se posait actuellement l’aristocrate anglais qui avait cessé de lancer des abricots et qui voyaient venir vers lui deux sources de problèmes assez conséquents.
En regardant aux alentours, il espéra trouver un moyen de se sortir de cette situation contraignante.
Bien que le chat ne soit armé que d’un fouet et le garde d’une hallebarde, ils demeuraient suffisamment dangereux pour faire paniquer Oscar. Il y avait aussi le fait que le garde ne mesure q’un mètre vingt, mais c’était un détail. Sa hallebarde, quoi que de taille réduite demeurait dangereuse. La seule solution qui apparut sur l’instant à notre invocateur fut … la fuite. Il prit ses jambes et son cou, ainsi que le reste de son corps et se mit à courir en prenant la première rue qui venait.
La réaction des deux outragés ne se fit pas attendre, ils partirent à la poursuite de ce voyageur farceur.


La course poursuite qui s’en suivit fut pleine d’obstacles à enjamber, de personnes à bousculer, d’échoppes et de stands à renverser, de cageots à faire voler dans les airs et d’abricots à répandre sur le sol pour faire choir ceux qui avaient le malheur de poser leurs pieds dessus.
C’est ainsi, après des pérégrinations multiples et violentes, qu’Oscar finit acculé dans une impasse, le chat et le garde lui bloquant le passage. Tous étaient essoufflés par cette course enfiévrée. Le moment d’intervenir parut opportun à Laënoris qui s’extrait de l’invocateur démoniaque pour s’interposer entre son maître et ses poursuivants. La manœuvre affaiblit encore plus l’aristocrate qui tomba au sol. Rattrapant de justesse son maître avant qu’il ne se salisse encore plus ses vêtements, le démon de majordome adossa Oscar contre le mur et se retourna ensuite vers le chat et le garde avec un grand sourire sur son visage serein
.

"Ainsi, vous importunez mon maître ? "

Ils ne savaient pas pourquoi, mais cette simple question les effrayait. Il y avait comme une aura étrange et pourtant si oppressante face à ce majordome qu’ils ne pouvaient l’expliquer. Cette tranquillité, ce sourire serein, ils ne sentaient pas à l’aise.

Soudain, l’être qu’ils avaient face à eux disparut. Ils se regardèrent, stupéfaits
.

"Vous ne m’avez pas l’air bien intelligent."

Ils se retournèrent pour s’apercevoir que le majordome se trouvait derrière eux. Il avait sauté si rapidement qu’ils n’avaient pas eu l’occasion de le suivre du regard. Ils réagirent à l’insulte en se précipitant vers lui et durent faire face à une attaque plus pensée de la part de leur adversaire. L’un ayant chargé sa hallebarde pointant droit sur son ventre, l’autre levant le bras pour le fouetter, ils furent obligés de voir leurs attaques repoussées.
L’hallebarde fut saisie par la poigne solide du majordome et le fouet ne claqua que l’air. Le majordome s’était décalé sur le côté, contourna le garde tout en maintenant la hallebarde et grâce à l’élan de sa charge, il put lui faire faire un demi tour complet, prenant la hallebarde au passage. Le garde mordit ainsi la poussière, les mains vides tandis que le chat voulut attraper le bras du majordome avec son fouet. Alors qu’il leva le bras pour se faire, il vit la pointe de l’arme juste devant son museau et s’écarta brusquement sur le côté.
Toutefois, il ne fut point sauvé pour autant, le majordome se rapprochant prestement de lui pour lui asséner un violent coup du revers de la main au niveau de la nuque.

Une fois son maître sur son épaule, Laënoris prit le chemin du palais.

De nouveau devant l’imposant édifice, il fallut trouver un moyen de rentrer. Contournant les remparts toujours avec son chargement sur l’épaule, Laënoris constata que la porte de service était maintenant fermée, mais gardée seulement par un seul abricot en armure.
S’avançant sereinement vers le garde, il présenta un Oscar inconscient
.

"Et ?"

Grogna le garde.

*PAF*


Firent les pieds d’Oscar dans la figure du pauvre abricot qui alla s’endormir quelque temps. Le choc réveilla l’aristocrate qui s’empressa de demander :

"Que s’est il passé ?! "

"Rien, le problème a été neutralisé. "

S’agitant afin de descendre des bras de son majordome, Oscar déclara d’un ton froid :

"Parfait. Maintenant, entrons. "

Ils leur furent aisés de se procurer les clés sur le corps du garde et de pénétrer dans le palais.

Alors qu’ils arpentaient les couloirs du palais en se demandant comment ils allaient faire pour retrouver ce Roméo d’abricot, ce fut Roméo qui les retrouva. Il avait guetté l’arrivé d’Oscar du haut de son balcon et avait finit par le retrouver dans le dédale que formait le réseau de couloirs. Le prince afficha une mine étonnée vers Laënoris.
Précédant les demandes, il se présenta en s’inclinant
:

"Je me nomme Laënoris, majordome de Lord BlackSilver. "

"Oh, je vois, parfait !"

Les présentations faites, il fut admis qu’une rencontre avec les parents de Roméo serait souhaitable.
Le prince les mena donc vers le Roi et la Reine de cette cité.
La salle du trône était un exemple typique de marques de luxes. Lustres, lampes murales, meubles d’excellentes factures, tapisseries aux murs évoquant une gloire passée et autres babioles ouvragées destinées à montrer qu’ici, c’était le centre de l’excellence et du pouvoir. Cependant, cela laissa de marbre le Lord anglais qui en avait vu d’autre, et de bien meilleur. Il s’avança donc d’un pas ferme, le regard déterminé et le visage exprimant un certain amusement à cause de la commissure de ses lèvres se retroussant légèrement.
Son majordome était resté à la porte, demeurant stoïque, le visage marqué d’un fin sourire, ne perdant pas des yeux son maître.

S’en suivit une conversation mouvementée et houleuse qui débuta sur l’excuse de Roméo qui argua vouloir être libre de ses actes et de ses déplacements. Il avait tardé car au cours de sa promenade, il avait rencontré ce Lord et ils avaient conversé ensemble tant et si bien qu’ils n’avaient point vu l’heure défilée. Le mensonge passait mieux avec une part de vérité, Oscar le savait mieux que quiconque. Roméo se révélait donc un habile beau parleur, présentant les choses sous un angle agréable et le moins préjudiciable pour lui.
Néanmoins, la Reine ne fut pas dupe et détruisit ses arguments un à un, le rabaissant et foudroyant par la même occasion ce Lord qui avait eu l’audace de perturber son fils.
La discussion se termina donc sur le conseil du père à son fils d’éviter ce genre d’initiatives à l’avenir et sur l’obligation de la mère à Roméo de venir l’embrasser, tellement elle avait été inquiète.

C’est le moment que choisit Oscar pour s’exprimer, s’excusant tout d’abord auprès de la famille royale pour le soucis qu’il avait engendré à cause de sa discussion avec le prince d’une cité si florissante et sublime qu’était Abricotol. Non content de féliciter le Roi et la Reine pour la beauté de leur cité et de ses environs, il les complimenta sur les manières de leur fils, son éducation étant digne des plus grands. Et ainsi de suite, les couvrant de compliments plus mielleux les uns que les autres.
La garde des parents s’étant endormi par sa douce litanie, il exprima le souhait d’avoir comme guide le Prince Roméo pour une sortie aux bords de la rivière. En effet, étant artiste à ses heures, il exprima le souhait de peindre ce magnifique paysage.
Enchanté par les propos flatteurs, les parents acceptèrent et les deux complices purent se retirer.

Le plan à l’esprit d’Oscar était simple : se rendre près de la rivière, la traverser et se rendre vers Pêchya afin de rencontrer cette voyageuse aux oreilles étranges d’après Roméo et ainsi s’entendre sur une stratégie à accomplir pour ses deux tourtereaux.

Il demanda donc au prince si il pouvait disposer d’un matériel de peinture et d’une toile. Tout cela lui fut donner ave joie. Ils se rendirent ensuite aux écuries afin de choisir la monture pour ce genre d’excursion. C’est alors qu’Oscar fut saisit d’un malaise. Il ne pouvait pas monter à cheval. Oh, il en avait déjà eu l’occasion dans sa jeunesse, mais l’expérience ne s’était montrée fructueuse et depuis, il n’avait pas monté.
Souriant doucement au gêne de son maître, Laënoris l’aida à choisir une magnifique monture, à savoir une … coccinelle. Les proportions étant conservées, mais la taille augmentée. Suffisamment pour que la monture est la taille d’un cheval.

C’est après avoir beaucoup bataillé que le majordome parvint à faire monter Oscar sur la base du cou de la coccinelle. Laënoris se positionna juste derrière lui et le maintint droit. Roméo monta lui aussi sur une semblable et ils purent partir. Les coques rouges pointées de noires s’ouvrirent et les ailes s’agitèrent vigoureusement pour permettre aux coccinelles de s’élever lentement.
Le sol s’échappa de sous leurs pieds et le palais s’éloigna, les nuages se rapprochant.
La vue d’en haut était sublime, elle offrait le privilège d’admirer l’ensemble de la cité d’un angle peu commun, les formes des toits, le tracé des rues et les étendards donnant un nouvel aspect à Abricotol, comme un panier perché au sommet d’une falaise dans lequel dépasse un certain nombre de fruits.

Le trajet ne dura pas trop longtemps et ils furent vite rendus sur les lieux. Naturellement, ils prirent soin de se retrouver de l’autre côté de la rivière afin de pouvoir rejoindre une route vers Pêchya. Laissant là leurs montures au ravissement d’Oscar, ils prirent la route.

Le nouveau point de rendez vous était un lac au milieu d’une plaine, abrité d’arbres fruitiers. C’était déjà là où Roméo et Juliette eurent l’occasion de … faire connaissance avec Lithium
.

"Je ne doute point de vos capacités, toutefois, comment saura t elle qu’il faudra vous rejoindre ici ? Vous vous êtes quitté il y a peu. "

"Je l’ai prévenu. "

"Comment cela ? "

"Grâce à ceci ! "

Et Roméo de tendre un étrange volatile ressemblant à un pigeon, si ce n’est mettre à part son ventre aussi plat qu’un … clavier de téléphone portable et sa couleur orangée. La mine surprise du voyageur obligea le prince fruité de s’expliquer :

"Ceci est un Porteur de Messages Instantanés, on les appelle PMI. "

"Je comprends …"

La technologie, si on pouvait appeler cela ainsi, de DreamLand ne manquera pas d’étonner Oscar au fil de ses voyages. Bien qu’il soit voyageur depuis plus de quatre années, il avait sûrement manqué un certain nombre d’évolutions comme celle-ci, justement à cause de ces quatre années d’inactivités.

C’est donc dans un cadre enchanteur que Roméo, Laënoris et Oscar pénétrèrent pour attendre l’arrivée de Juliette et de Lithium. L’aristocrate demeura debout, son majordome a ses côtés, tout deux droit. Les yeux d’Oscar étaient dans le vide, ceux du majordome regardaient le maître. Quand à Roméo, il s’était allongé dans l’herbe et chantait les louanges de sa bien-aimée.

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MessageSujet: Re: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptyDim 30 Jan 2011 - 19:22
Une lueur d'espoir.







Quand Lithium se retrouva face au portail massif du village de Pêchya, elle ravala ses précédentes paroles parlant de précarité et d'instabilité. Ce n'était en aucun cas un village mais carrément une immense cité ! Ils traversèrent rapidement le seuil de l'entrée de la ville, le tout accompagné d'une voyageuse ébahie et stupéfaite devant tant d'infrastructures toutes plus élaborées les unes que les autres. De gigantesques immeubles s'efforçaient d'atteindre le ciel clair de Dreamland. Néanmoins, il n'en restait pas moins normal que ces bâtiments s'imprimaient parfaitement dans le contexte de la pêche. Les portes étaient en formes de noyau, chaque bâtisse étaient surplombées d'une énorme pêche et les habitants de la cité étaient bien entendu des.. pêches. Toutefois, des touristes et des commerçants étrangers aux lieux se promenaient ou tentaient de vendre leurs produits à des clients plus ou moins consentants. Lithium suivit Juliette mais ne prêtait aucunement attention à ce qu'elle s'efforçait de lui dire, elle était bien trop occupée à s'émerveiller devant l'étrangeté des choses qui se profilaient devant ses yeux écarquillés de curiosité. Elle était comme une enfant qui découvrait un nouveau pays dans lequel elle n'avait jamais mis les pieds auparavant. Dès qu'elle apercevait une échoppe contenant des objets qui lui étaient inconnus ou qu'un marchand s'adressait à elle, immédiatement elle se dirigeait vers eux pour s'abreuver en nouveautés. Toutes les cinq minutes, Juliette était en proie à une peur bleue quand elle s'apercevait que Lithium ne l'a suivait plus au pas, et s'inquiétait à mourir d'imaginer un seul instant qu'elle l'avait laissé tomber. Mais à chaque fois, elle retrouvait son alliée en train de s'émerveiller devant une babiole qui n'avait pas la moindre valeur dans sa contrée mais qui semblait néanmoins fasciner la jeune fille au plus haut point. La pêche soupira. Décidément, les voyageurs deviennent de plus en plus candides. Comment est-ce que cette femme avait t-elle pu survivre dans Dreamland en se comportant ainsi ?

Juliette ne chercha pas à en savoir plus, ne souhaitant pas découvrir quelque chose qu'elle regretterait ensuite.
Qui sait, peut-être que cette fille aux étranges oreilles féeriques n'était pas ce qu'elle semblait être ? Elle se retourna vivement vers la voyageuse, suspicieuse. Mais quand elle vit le visage de Lithium éberluée et fascinée par un simple chapeau fait en peau de pêche, elle soupira d'autant plus et tous ses doutes s'envolèrent. Non, ce n'était pas possible. Elle était bien trop mignonne comme personne pour faire du mal à qui que ce soit. L'amoureuse continua donc son chemin, tira sa camarade toujours aussi abasourdie en regardant les alentours. Il y avait même des voyageurs qui sortaient de ce qui semblait être un magasin grande surface, des pêches profilaient à vue d'œil et les transactions pouvaient s'ouïr à des kilomètres à la ronde tellement les citadins parlaient fort pour vendre leur marchandise. Quant aux clients, ils parlaient d'autant plus fort que leur négociant, essayant de marchander quelques différences ou supplément de fruits. Des scènes qui méritaient d'être observées mais dont le cœur de Juliette ne semblait pas rejoindre. Lithium se laissa donc tirer par le bras, le dos légèrement courbé à cause de la taille de sa compagne fruitière, en direction du palais se trouvant au fin fond de la cité. Poussant sans vraiment le faire exprès des habitants, l'invocatrice ne cessait de s'excuser par des pardons quasiment inaudibles. Quand ce fut le moment de se prendre un voyageur qui faisait ses courses, le pardon ne sortit pas immédiatement, le cri de douleur prima sur la politesse. Tous deux se frottèrent le front, se regardèrent, rougirent, se confondirent en excuses et ne surent plus quoi dire. Le garçon dans lequel elle était rentrée lui fit ensuite un au revoir, se sachant pressé par le temps de réveil, et partit en courant dans la direction opposée. Le second voyageur qui lui, cette fois ci, rentra de plein fouet dans Lithium fut moins conciliant.





"Non mais tu ne peux pas faire attention à où tu marches ?!!"

"Je suis désolée, excusez-moi.", s'exécuta t-elle. Mais elle tilta.
"Quoique.. C'est vous qui m'êtes rentré dedans là.
C'est vrai que le précédent c'était moi, mais cette fois-ci c'est vous."


"Quoi ?! Comment oses-tu t'adresser à moi de cette façon ?
Je pourrais t'étriper en quelques secondes si je le souhaitais !!"


"Je m'adresse à vous comme à quelqu'un qui m'est grassement rentrée dedans, auquel je me suis excusée par pure politesse alors que je ne suis aucunement en tort, qui par la suite se charge de m'insulter et pour finir qui me projette des menaces. Alors, sachez le bien, je peux également vous mettre à terre en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Maintenant, fermez-la et continuez vos affaires. J'ai quelque chose sur le feu."




Elle se détourna de son agresseur, sachant très bien qu'il allait riposter, histoire de regonfler son égo blessé.
Lithium, par précaution, demanda à la princesse encapuchonnée pour ne pas être reconnue, de s'éloigner et de se cacher derrière la première barrique d'hydromel qu'elle apercevrait. Il en valait mieux pour sa sécurité. Roméo l'a tuerait si il apprenait qu'il était arrivé malheur à sa bien-aimée par sa faute. La jeune fille se prépara à riposter à une prochaine attaque venant du lâche derrière elle, ce qui se fit bien entendu. Le voyageur lâcha ses objets volés ou achetés, elle n'en savait trop rien, et se jeta sur elle, le poing levé. Instantanément, l'invocatrice se retourna, empoigna la main agressive à l'aide de sa main droite, esquissa un tournoiement sur elle-même et envoya une violente estocade du pied gauche dans l'estomac du garçon, qui s'étouffa et tomba sur le sol dû à la vivacité du choc. Néanmoins, il se releva et riposta. De manière bien grossière doit-on avouer. Il courut simplement en sa direction en hurlant, peut-être pour lui faire peur, qui sait, et leva ses mains en l'air. D'ici, l'on aurait dit un poulet qui battait des ailes. Une scène franchement hilarante, qui fit d'ailleurs rire Lithium, esquivant par la même occasion l'oiseau de ferme qui se prit le poteau d'une auberge en face. Quand il se retourna, sa dernière image fut une jambe qui volait dans les airs et un pied qui rencontra sa joue gauche pour se faire entrechoquer sa mâchoire. Suite à cette attaque, il s'écroula sur le sol et ne bougea plus. Certes, il n'était pas mort mais au moins, il dormait bien. Elle n'allait pas le tuer tout de même, elle avait une mission à accomplir d'abord. Ce serait vraiment stupide de se créer des embrouilles maintenant, même si elle avait déjà bien commencer.

Quand elle voulut s'éloigner, elle remarqua que beaucoup de personnes s'étaient arrêtés pour regarder l'altercation, dont le précédent voyageur dans lequel elle s'était encastrée. Embarrassée, Lithium voulut s'en aller immédiatement mais, contre toute attente, ils l'applaudirent. La jeune fille ne comprenait rien, après avoir mis la pagaille, voilà que maintenant, ils l'a félicitaient. Mais pourquoi ? Des gardes se chargèrent de répondre à sa question. Ils accouraient au loin, et quand ils virent l'agresseur au sol, ils regardèrent l'invocatrice d'un air grave.





"Vous avez troublé l'harmonie de notre ville."
"Foutoir sur la voie public."
"C'est pas plutôt.."
"Chuuut ! J'ai oublié."
"on s'en fout."
"C'est vrai."
"Qui connaît le règlement de toute façon ?"
"Bah moi."
"Toi, on s'en contrefout."
"Mais pourquoi toujours moi.."
"Parce que toi."
"Peut-être que l'on devrait reprendre nos affaires, non ?"
"Oui, il est vrai."



"Demoiselle !
Nous avons l'honneur de vous offrir ceci en guise de remerciement."
, dirent t-ils en lui tendant un chaudron.

"Eeet.. En quel honneur justement ?"

"Pour avoir arrêter le voleur des culottes en peau de pêches."

"Ah.
Et bien, je vais dire que je vous en prie dans ce cas."


"C'est nous qui vous remercions mademoiselle.
Grâce à ceci, vous ferez de superbes potages.
C'est le chaudron de Harry Bodler, le meilleur d'entre les meilleurs des carottes."


"Mais, vous êtes des fruits."

"Nous aimons nos amis les légumes aussi.
C'est pour cela que nous les faisons cuire"."


"Je vois.
Bon, et bien merci."


"A votre service mademoiselle."




Par la suite, ils s'éloignèrent, tirant à même le sol et avec difficulté le voyageur gravement assommé. Il aura sûrement quelques lésions cérébrales, mais rien de grave normalement. Lithium regarda son chaudron, abasourdie. Mais qu'allait t-elle bien pouvoir faire de ça ? Elle n'allait pas se promener avec un chaudron dans Dreamland quand même ! Absurde, tout ceci était absolument absurde. La jeune fille grommela tout en cherchant la princesse qui s'était sacrement bien cachée. Enfin, derrière le premier tonneau d'Hydromel qu'elle verrait. Et bien, le premier se trouvait à un kilomètre au sud de la ville. Après avoir marché longuement et regardé derrière chaque barrique, elle finit par retrouver sa commanditaire. La pêche n'avait absolument rien vu de la courte altercation plus loin, trop occupée à se recroqueviller sur elle-même. Tremblant légèrement, elle se releva et vit le chaudron, l'élément qui n'était pas présent quelques minutes auparavant. Mais que faisait la gamine avec ça ? L'avait-elle volé ou quoique ce soit ? Voyant que Juliette était consternée, Lithium s'empressa de la rassurer immédiatement.




"Ce n'est pas ce que vous croyez !
En fait, après que vous êtes partie pour vous cacher et bien..
Je me suis retrouvée à me battre contre l'impertinent voyageur.
Bref, si on appelle ça se battre bien entendu. Anyway, je l'ai assommé et je me suis vu remercié par la garde.
Apparemment, cet homme était un voleur de culottes faites en.. peau de pêche."


"Mais c'est horrible !", piailla Juliette, choquée.

"Euh, oui oui c'est horrible. Si vous le dites.", fit Lithium ironiquement.
"Conclusion, ils m'ont offert ça.", elle montra le chaudron d'un signe de tête.

"Et.. A quoi ça sert ?"

"A faire de super potages."

"Ah.
Génial."


"C'est le cas de le dire en effet."

"Bon, je pense qu'il serait grand temps de rejoindre le palais avant que vous ne fassiez de nouveau la justice dans les rues de Pêchya et que vous n'attiriez encore l'attention sur vous. Déjà que vous ne passez pas totalement inaperçue avec votre allure totalement inhabituelle pour une voyageuse. Quelle idée d'avoir des oreilles pointues ici..", soupira t-elle.

"Je ne l'ai pas choisi vous savez.", rétorqua froidement la jeune fille.

"Quoi ..?", s'étonna la pêche.

"Laissez tomber.
Amenez moi à votre demeure.
Nous n'avons pas que ça à faire."




Juliette avait bien compris qu'elle avait blessée l'invocatrice.
Il fallait avouer qu'elle avait manqué de tact ce coup-ci, elle aurait dû être plus prévenante. On ne s'adresse pas ainsi aux gens et on les agresse encore moins sur leur physique, surtout si c'est une anomalie génétique, du moins, c'est ce qu'elle croyait avoir compris. Silencieuse et éprise d'un profond sentiment de culpabilité, elle marcha avec Lithium sur ses talons. Cette dernière ne prononçait pas le moindre mot également. L'on pouvait dire qu'elle était susceptible, mais elle s'en fichait royalement. Selon les jours ou selon le ton employé, elle prenait la chose différemment. Là, la façon dont cela avait été dit laissait sous-entendre que cela n'était qu'une pure fantaisie de sa part d'être ainsi faite. Espérons que ce sentiment de rancune disparaitrait rapidement, sinon la mission ne se déroulerait pas aussi bien que prévu. Ils avançaient doucement, toujours en silence, quand ils se retrouvèrent face à une imposante structure surplombée d'une bonne vingtaine de pêches toutes superposées les unes sur les autres, le tout ressemblait à une pyramide. La forme du bâtiment était très particulière. L'on ne saurait dire si cela avait un quelconque rapport avec le fruit éponyme de la ville mais bizarrement, l'édifice ressemblait étrangement à.. une pêche. Ouais. Très original en effet. A quoi pouvait-on bien s'attendre venant de la part d'une ville composé essentiellement de ces fruits ? Rien justement, c'était d'une évidence. La couleur était d'ailleurs rouge-orangé, comme une pêche quoi. Alors que Lithium voulut entreprendre la montée des marches pour se rendre auprès du roi, Juliette l'attrapa violemment par le bout de la manche de son tee-shirt et l'emmena derrière un mur.





"Non mais qu'est-ce qui se passe encore ?!!"

"Mon père doit se faire un sang d'encre à mon sujet."

"Et pourquoi cela ?
Vous avez fait une fugue pour rejoindre votre amoureux dans les bois sans, bien sûr, en avertir votre père, puis vous envoyez en l'air au beau milieu d'une forêt avec pour seul intimité un buisson et comptiez revenir dans l'enceinte de votre chambre, broder un coup et descendre pour le dîner comme si de rien n'était ?"



La jeune fugueuse amoureuse resta silencieuse.
Son alliée avait parfaitement décrit la situation avec pour seul aide son instinct.
Elle était grillée. Comment avait-elle découvert ses projets et sa situation ?





"Je suppose que maintenant vous vous demandez comment je sais tout cela, n'est-ce pas ?
Tout simplement parce que c'est d'une évidence pitoyable. C'est pathétique."




La pêche se replia sur elle-même.
Voilà qu'elle se faisait sermonné par une jeune fille à peine plus âgée qu'elle.
Elle avait l'impression de se retrouver face à sa défunte mère qui n'avait de cesse de la savonner, mais au fond, elle savait que sa mère ne s'était comportée comme cela seulement pour la protéger et l'éduquer convenablement. Se voir ainsi replongé dans le passé par une voyageuse pour le moins quasiment inconnue, l'a remplissait de sentiments étranges. Pathétique, hein ? Alors être amoureuse et vouloir être avec celui que l'on aime était un acte pathétique ? Alors qu'elle s'apprêtait à pleurer de dépit, Lithium continua sa phrase sur un ton nettement plus doux, ce qui surprit énormément la princesse.





".. Mais nous l'avons tous fait.
Dire à sa mère que nous dormons chez une amie alors que nous sommes entre les bras de notre homme, sortir par la fenêtre pour aller le rejoindre alors qu'on vous l'a formellement interdit, inventer un immense mensonge totalement impossible à croire pour se retrouver coincé chez lui, louper son bus et ainsi de suite. L'amour est pathétique et nous sommes stupides de tomber à pieds joints dans ce piège vicieux et dangereux. Mais pourtant, ce que c'est bon de s'y laisser tomber."
, finit-elle dans un souffle.

"Mais une fois tombé dedans, il vous ronge de l'intérieur.", reprit-elle avec aigreur.
"Vous voilà ensuite enchaîné à cet homme, vous êtes prêtes à tout pour lui, quitte à le suivre n'importe où et faire tout ce qu'il souhaite, vous abaisser à des choses répugnantes ou contre vos principes. Mais pourtant, vous continuez. Vous continuez parce que finalement, vous appréciez cela. Vous n'êtes plus que désir et envie, rien d'autre qu'une misérable femme rongé par la passion et la flamme de la tentation charnelle. Néanmoins, rien n'est moins meilleur que ces sensations et ces sentiments. Rien."





Etait-ce du vécu ?
La jeune pêche était immobile, silencieuse et incapable de dire quoi que ce soit.
Tout ce qu'elle avait dit, l'on aurait pensé que tout cela avait fait parti de sa vie et qu'elle en était encore prisonnière. Cette situation semblait l'a rongé de l'intérieur comme elle disait. Mais.. qu'est-ce qu'il s'était passé ? Pendant que Lithium parlait, Juliette s'était sentie transportée par ses paroles, avait eu l'impression d'être comprise mais ensuite, elle avait ressentie une pesante atmosphère de tension, d'amertume et de rage. Il valait mieux pour elle de ne pas demander plus amples détails sur la chose si elle ne voulait pas se retrouver croquée et baignant dans son jus. Toutefois, elle tenta quelques paroles pour ramener la bonne entente précédente.





"Oui, mais l'amour n'est pas que douleur et souffrance.
C'est aussi le bonheur d'être aimée, d'être cajolée et écoutée.
Il suffit seulement de rencontrer la bonne personne avec qui l'on saurait combiner malheur et bonheur, passion et douceur, celui qui saura nous rendre aussi radieuse que le soleil lui-même."
, dit-elle avec douceur.

"Je l'avais rencontré.
Mais un beau jour, il a disparu de ma vie, comme ça sans rien.
Pas de nouvelles, pas la moindre trace de lui, plus rien."


"Je..", commença t-elle avant d'être misérablement coupée.

"Sauf que maintenant, tout cela est du passé.
J'ai rencontré quelqu'un qui semble en tout point différent du précédent.
Le passé est le passé. On se doit de le laisser où il est.
D'ailleurs, je ne vois même pas pourquoi j'en parle avec vous.
Cela ne vous regarde absolument pas.
De plus, qu'est-ce qui me prend de parler d'amour avec vous ?!!"
, cracha Lithium.

"Excusez-moi.."

"Non, ce n'est pas grave
Excusez-moi plutôt pour mon attitude."
, soupira t-elle en passant une main dans ses cheveux.
"Je suis tout simplement sur les nerfs.
Ne faites pas attention à mon humeur exécrable, j'avais besoin de me défouler un peu et malheureusement pour vous, vous étiez là. Maintenant, je vous prie de changer de sujet, ce n'est pas quelque chose que j'affectionne."
`

"Oui, bien sûr.
Il faudrait donc trouver le moyen de rentrer dans le palais sans que l'on me voie."


"Et bien, jetez-vous dans mon chaudron."

"Quoi ..?"

"faut bien qu'il serve à quelque chose non.
Et bien, installez-vous dedans et mettez votre cape par dessus vous.
Je me ferais passer pour l'éplucheuse de patates et je rentrerais sans problèmes."


"Nous ne mangeons pas de pommes de terres.."

"Bon, de carottes alors."

"C'est mieux.
Je vous guiderais."


"Ok, dans ce cas c'est parti !"




L'infiltration se fit sans aucun problème.
Les gardes avaient quittés leur poste pour une mutuelle pause-pipi et Lithium avait donc pu passer sans effort.
Pas très professionnels ces vigiles. Juliette dans son chaudron, la voyageuse suivait à la lettre les instructions murmurés par la pêche. Elle finit par se retrouver face à un escalier qu'elle dû monter bien évidemment. Il paraissait interminable ! Non mais elle habitait à quel étage celle là ? Incessamment et ce durant une bonne dizaine de minutes, elle monta en trainant son boulet derrière elle, abîmant par la même occasion ces délicieux colimaçons en ivoire. Elle n'en pouvait plus tellement ils étaient escarpés et longs. Finalement, elle finit par arriver. En sueur certes, mais au moins ils étaient au dernier étage de ce foutu palais de malheur. Se trainant jusqu'à la seule porte qu'offrait le niveau, elle l'ouvrit à la volée à l'aide de son pied et balança son chaudron dans la chambre avant de refermer sur elles l'accès. Juliette s'empressa de sortir de cet engin de malheur, se mit à courir dans tous les sens sans prêter la moindre attention à la jeune fille complètement essoufflée par cette ascension diabolique et ôta tous les vêtements de son placard. Lithium regarda faire la princesse depuis le tapis de cette dernière, trop fatiguée pour bouger ne serait-ce que d'un centimètre. L'on aurait dit une tornade. Elle vidait tous ses meubles, renversait les chaises, défaisait et refaisait les valises qui trainaient, la chambre royale était sans dessus dessous, submergée de vêtements, tout comme la voyageuse qui s'était retrouvée avec une splendide culotte rose à petits poids rouge. Bien entendu, cela est ironique. Rien n'est plus immonde que la couleur rose en elle-même. Soufflant pour faire dégager ce dessous, elle ne tarda pas à se retrouver avec une cape à fourrure sur le nez, manquant de la faire éternuer. Mais c'était quoi cette odeur ? Depuis combien de temps cette horreur n'avait pas été sorti de son emballage pour sentir à ce point le renfermé ? Ôtant de nouveau cette chose, elle esquiva cette fois-ci la robe verte pomme qui alla s'écraser contre le mur, tomba sur un meuble et renversa un vase, qui semblait de très grande valeur, que Lithium s'empressa de rattraper en se jetant rapidement sous celui-ci. Pouvait pas faire attention cette gamine là ?

Finalement, après une violente bataille vestimentaire et une mûre réflexion également, la pêche avait trouvé ce qu'elle cherchait. Tout simplement, ne souhaitant pas paraître indigne devant son père, elle avait aspiré à se vêtir d'une robe rosée, le tout couverte par une cape rouge incrustée de pépins. Elle enfila sa couronne dorée qui ,elle au moins, ressemblait en tout point à une couronne normale puis elle fit face à sa camarade.



"Je suis prête mademoiselle Lithium.
Normalement, il ne devrait avoir absolument rien à redire à ma tenue.
Descendons."


"Quoi ..?", souffla t-elle, puis elle grogna.
"Bon d'accord, allons-y.
Toutefois, serait-il possible de laisser ce chaudron ici pour le moment ?
Je n'ai pas trop envie de me le coltiner durant toute la mission."


"Faites."



Lithium rangea son ustensile de cuisine dans un coin dans la chambre, parmi les vêtements éparpillés et les chaussures séparés. Il était grand temps de négocier maintenant. Elle suivit Juliette qui avait déjà entamé sa marche dans les escaliers, sa cape glissant sur les marches de l'escalier d'ivoire. L'invocatrice se demanda si le manteau n'allait pas se salir ainsi, étant donné qu'elle avait un peu trainé le chaudron dans sa montée et que de magnifiques traces noires décoraient le cheminement. Elle haussa les épaules, concluant qu'en fait, elle en avait carrément rien à cirer. Les mains dans les poches avant, elle descendit doucement, prenant soin de rester le plus éloigné possible de la pêche qui marchait avec grâce et aisance. Tout le contraire de Lithium qui, armée de ses baskets noires et de son jean, passait pour une roturière de premier rang en ces lieux. Après une bonne quinzaine de minutes de descente, étant donné que Juliette prenait tout son temps pour conserver sa somptuosité, ils finirent par arriver à bon port dans le hall, si on peut appeler ça ainsi vu l'espace immense qu'il offrait. Avançant en direction de la plus grande et plus belle des portes, deux gardes se chargèrent de l'ouvrir en voyant la princesse de Pêchya. Toutefois, ils jetèrent un regard noir à la jeune fille qui l'a suivait de près, regard que cette dernière ne manqua pas de leur rendre. Non mais c'est quoi ces manières ?

Quand la porte s'ouvrit devant elles, une lumière aveuglante en sortit puis s'estompa lentement, laissant apparaître une grosse pêche dominant sur son trône tous les sujets qui passaient. Il n'avait pas l'air grandement joyeux et ses traits étaient tirés par ce qui semblait en tout point être de la colère. Une couronne de pêches se tenait fièrement sur son crâne dégarni et un sceptre surplombé du même fruit était détenu par sa main gauche. C'était le roi de Pêchya en personne.
Spoiler:
 
Il grommela en voyant sa fille face à lui, et grogna d'autant plus quand il s'aperçut de la présence de la personne de sexe féminin derrière elle. Qu'était-ce que cet individu pour le moins étrange ? Sans parler de ces étonnants vêtements. D'où venait-elle ? cela ne pouvait pas être une créature des rêves malgré ces oreilles effilées, enfin, espérons que non. Alors, cela devait être une voyageuse. Sûrement. Normalement. Il se leva, consterné par cette étrangère et se dirigea vers sa fille. Impassible, elle crut néanmoins qu'une claque l'attendait. Elle ferma les yeux, sachant pertinemment qu'elle méritait grandement cette future gifle, mais il n'en fut rien. Rien ne vint heurter sa joue, le seul contact physique qu'elle sentit furent les bras de son père qui s'enroulaient autour d'elle avec tendresse. Il avait été si inquiet en voyant que sa chère fille avait disparu de sa chambre que tout ce qu'il avait espéré était de la revoir en vie. Ses prières avaient été entendues. Il finit par s'écarter de son enfant, l'a tenant à bout de bras.





"Tu ne te rends pas compte du souci que je me suis fait quand je ne t'ai pas vu dans ta chambre ?!!
J'ai cru que l'on t'avait kidnappé, violé, tué, étripé, morcelé, décapité.."
, s'emporta t-il, les larmes aux yeux.

"Papa, ne t'inquiètes pas.
Calmes-toi, tout va bien.
Je suis venue te parler de quelque chose de très important."


"Tout ce que tu voudras mon enfant, tant que tu ne m'avoues pas que tu es enc.."

"Non, père.
Rien de cela !
Mais il faut avouer que.. dans un certain sens, cela à un rapport."



Le roi resta interdit face au visage triste de sa fille.
Qu'allait t-elle lui dire ? Son esprit lui laissa le soin d'envisager le pire.





"Cher père, dans un premier temps, je souhaite te présenter une voyageuse que j'ai rencontré en.. forêt, et que.."

"EN FORET ?!!!", coupa t-il.
"Ne me dis pas que tu es allé rejoindre ce Roméo de malheur !!"

"PAPA !!!
J'AI PAS FINI !"
, hurla t-elle face à un roi stupéfait.
"Bref, voici donc Lithium.", cette dernière esquissa un simple signe de la tête.
"Elle compte m'aider dans ce que je m'apprête à te dire. J'ai revu Roméo.
Oui, ne t'étouffes pas, ne cries pas, ça ne changeras rien. Je l'aime, nous nous aimons et nous nous voyons tous le temps dans les bois. Rien de ce que tu pourras dire ou faire ne m'empêchera d'aller le voir autant de fois que possible. Qu'importe que vous soyez en froid toi et le roi de Abricotol, pour des raisons dont vous ne vous souvenez même plus, rien ne changera nos sentiments envers l'autre. Tout ce que je te demande, c'est d'accepter de rencontrer celui que tu considères comme ton ennemi et d'en parler. Roméo et moi souhaitons que la paix revienne de nouveau, ainsi, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes et notre amour ne vous poseras plus aucun problème."


"Mais.. Roméo est un abricot."

"Et alors ?
Dans ta jeunesse, tu t'es bien fait des poires et des pommes !
Et je ne te parle même pas du strip-tease de fraises auquel tu as assisté !"


"Chuuuut, je t'en prie tais-toi !!
Si quelqu'un venait à apprendre cela.."


"Et alors ?
Chacun fait ce qu'il veut.
Qu'importe la nature de la personne !"


"Bien dit tiens."

"Je.. Je.."

"Acceptes-tu donc ma proposition ?", dit-elle durement.
"Juste au moins essayer.
S'il te plaît."


".. D'accord.
Je veux bien essayer."


"Oh merci mon papounet d'amouuur !
Si tu savais comment je t'aime !!"
, miaula t-elle en se jetant sur son père.
"Bon, on y va !
On te préviendras !!"
, et elle sortit en courant.



Lithium était tout de même une jeune fille polie.
Elle esquissa un hochement de tête en se baissant quelque peu, tel la révérence des hommes, puis tourna les talons au roi complètement déboussolé. Il interpella la voyageuse avant qu'elle ne parte.




"Mademoiselle !", piailla t-il.

"Oui ?
Que puis-je pour vous ?"


"Je vous en prie, veillez sur ma fille."

"Je comptais le faire.
Après tout, je me suis engagée auprès d'elle et de Roméo.
Je les aiderais quitte à en pâtir. Ce n'est pas souvent que je vois un amour sincère.
Je tiens à les protéger et à les mener jusqu'à leur but.
Maintenant, permettez-moi de prendre congé."


"Merci."

"Tout le plaisir est pour moi.
Quant à vous, tâchez de suivre ce que votre fille a dit."




Sur ce, elle tourna le dos au roi, le laissant tout seul dans la salle du trône, et s'éloigna rejoindre la pêche.
Elle préféra attendre dans l'immense couloir la princesse qui devait sûrement s'habiller de nouveau pour rejoindre son amoureux de fruit. Cinq minutes, dix minutes puis quinze minutes passèrent, et toujours pas de trace de la Juliette. Mais que pouvait-elle bien faire celle là ? Lithium soupira. Bon, il serait peut-être plus sûr d'aller vérifier si tout allait bien dans cette chambre. La jeune fille s'apprêtait à monter les escaliers quand une masse noire se jeta sur elle, l'a renversant par la même occasion. Elle tomba violemment sur l'arrière-train, Juliette sur ses genoux. Mais qu'est-ce qu'il lui avait prit à celle là ? Se jeter sur les gens comme ça, manquant de leur briser la nuque..





"J'ai eu un message de Roméoooo !", minauda t-elle.

"Génial.
Et alors ?"


"Il m'a envoyé un PMI pour nous donner le lieu de rendez-vous ou nous devons le rejoindre en compagnie d'un certain Lord Khildar Oscar Allan Louis Alexander Blacksilver. Nous devons nous y rendre immédiatement !"




Un PMI ? Mais c'était quoi ça ?
Et ce Lord Khildar Oscar Allan Louis Alexander Blacksilver, c'était qui ?
De plus, comment pouvait-on avoir un nom aussi long et quasi-interminable ? Et puis, pourquoi Lord ? Etait-il d'origine britannique ou quelque chose comme ça ? Décidément, elle avait encore bien d'autre chose à apprendre sur le bon déroulement de leur mission.

Ils sortirent donc du palais.
Juliette était tellement pressée de retrouver son amant que Lithium dû presque courir pour maintenir la cadence. L'amour donne des ailes pour certains apparemment. Elles coururent donc à travers toute la ville, bousculant deux ou trois manants sur leur passage, ne prenant même pas la peine de s'excuser pour certains, elles renversèrent bon nombre d'étalages, écrasèrent les pieds de passants mais finirent par arriver à l'entrée de la grande cité de Pêchya. Sans attendre, elles traversèrent l'embouchure, laissant derrière eux des cris de colères et de rage qui s'élevaient au sein de la ville. Juliette finit par s'essouffler après ce long sprint. Il fallait dire qu'elle n'était pas habituée à ce "genre" d'activité physique qu'était la course. Ne parlons pas de ce à quoi elle l'était. Elles marchèrent donc au milieu de la verdure fleurissante de la nature qui les entourait. De splendides arbres resplendissant de beauté et de fraîcheur s'élevaient dans les cieux, de douces petites fleurs de toutes les teintes et arborant chacune des couleurs possibles jalousaient l'imposante taille de leurs voisins les arbustes verdoyants. Bien qu'elle avait déjà vu tout cela sur le chemin de l'aller, Lithium en était toujours aussi chamboulée. La nature par ici était réellement magnifique et vraiment apaisante. Elle comprenait pourquoi ils choisissaient sans cesse cet endroit pour se retrouver, c'était un lieu digne des plus grandes déclarations et des rencontres amoureuses. Tout était parfaitement romantique et prêtait parfaitement pour un rendez-vous. Bon, il fallait avouer qu'elle était un peu jalouse. Aucun endroit dans le monde réel ne ressemblait à cela et ne pouvait rivaliser avec la beauté de ces lieux. Certains endroits tels que les rochers au bord de la mer étaient tout aussi serein, mais il manquait quelque chose. Peut-être était-ce la présence de l'homme en lui-même qui gâchait toute la magie qui pouvait s'écouler de ces emplacements. Sûrement.

Un lac se profilait à l'horizon, le tout orné d'arbres permettant quelques zonez d'ombres et de repos éventuel.
Bien entendu, des buissons regorgeant de fruits vicieusement appétissants décoraient les alentours et incitaient à la gourmandise des plus intolérables. Le paysage était encore plus magnifique qu'auparavant, certes, il ne l'avait quitté seulement quelques temps avant mais tout semblait transformé. Ne pouvant résister à l'appel du crayon, elle sortit sans tarder son carnet mais pas celui sur lequel elle dessinait pour invoquer, un spécialement conçu pour les aquarelles. Cette nature méritait d'être colorée. Elle se mit à immortaliser la beauté de cette splendeur tout en marchant, si elle pouvait dessiner en courant, en marchant ne devait pas être un problème. Maintenant ses pastels aquarelles entre ses doigts, elle appliquait l'eau nécessaire sur chacun d'eux pour entreprendre la création des formes laissant apparaitre petit à petit son œuvre. Juliette n'avait pas prêté attention à ce que faisait la jeune fille derrière elle et quand elle entendit non loin de là la voix de son Roméo, elle se mit à courir en direction du son mélodieux qui atteignait son cœur. Lithium quant à elle, continua de marcher, elle ne tenait pas à échouer à retranscrire la beauté de ces lieux divins. Elle finit par arriver à destination cinq minutes après la princesse qui roucoulait entre les bras de son cher et tendre. Toujours plongé dans son dessin, elle ne réagit aucunement aux présences nouvelles. Ce fut les amoureux qui l'a ramenèrent à la réalité.





"Mademoiselle Lithium ?
Nous tenons à vous présenter notre nouveau compagnon.
Voici Lord Khildar Oscar Allan Louis Alexander Blacksilver."


"Mmh ?", fit Lithium avant de s'arracher à sa torpeur pour lever la tête.
Spoiler:
 




Oh.
Si elle s'attendait à ça.
Le jeune homme qui se trouvait en face d'elle avait effectivement tout pour être un lord.
De la stature au style vestimentaire, tout portait à croire qu'il était de bonne famille. Si son rang n'était pas supercherie, alors en effet, elle se trouvait bien face à un lord. Il était principalement de blanc vêtu, toutefois la chemise était superposé d'un gilet rougeoyant aux boutons assez imposants avec pour motif des corbeaux qui semblaient repliés sur eux-mêmes. Pour rajouter encore un peu de blanc par dessus tout cela, sa veste opalescente disposait d'une poche ornée d'une fleur, une rose rouge pour être plus exacte. Son pantalon était immaculé également, et pour maintenir ce dernier, une ceinture de couleur purpurine à laquelle trois fines chaines dorées venait se cloué pour ensuite s'épingler à sa poche droite visiblement. Et pour compléter le tableau, il portait de beaux gants blancs à faire rougir Mickey des siens. N'oublions pas que ses chaussures étaient d'ébènes surmontées d'une magnifique boucle dorée. Elles semblaient de qualité, contrairement à celles de Lithium qui n'étaient que de simples baskets de course et tout-terrain. Parfaites pour les efforts physiques quelconque. En voyant ses cheveux blancs, elle ne put s'empêcher de penser à l'albinos qui s'était malencontreusement prit du jus de cervelle sur la tête lors de la nuit dans le cimetière. Franchement, cela avait été bien drôle à voir. Un haut de forme teint de rouge encore trônait fièrement sur son crâne et un joli papillon argenté, quant à lui, y dormait dessus dans la plus grande des quiétudes. Un petite barbichette s'épanouissait sur le menton. Toutefois, il n'était pas seul. Un majordome, du moins il était vêtu comme tel, semblait tenir compagnie à cet homme. D'ailleurs, il lui rappelait étrangement quelqu'un. Ils étaient étranges, mais il fallait avouer que tous deux ne manquait pas de charme, bien qu'elle ressentait quelque chose de bizarre envers eux, comme si.. Comme si ils n'étaient pas aussi sains d'esprit qu'ils semblaient être. Bon, elle pouvait parler elle avec ses oreilles et son obsession de la violence. Elle se prétendait absolument pas folle, se persuadait qu'elle était tout à fait normale mais à l'évidence ce n'était pas le cas. Un jour, il faudra bien qu'elle regarde la vérité en face. Ses ustensiles et son carnet à la main, elle les renversa tous dans une seule d'entre elles puis, hocha la tête amicalement, toute souriante face à cet étranger.





"Enchanté.
Je me prénomme Lithium Elfensen.
J'espère que nous saurons ramener la paix entre ces deux cités."




Elle voulut lui tendre la main mais finalement se ravisa.
Ces dernières étaient quelque peu tâchées par l'aquarelle et cela n'aurait pas été franchement convenable de serrer la patte à quelqu'un qui possédait des gants blancs aussi beaux. Légèrement embarrassée, elle ramena donc sa pince sur le côté, tentant de la cacher par la même occasion et se contenta seulement de hocher la tête en guise de bonjour. Puis, elle se chargea de rapporter ce qui pouvait être qualifié comme une bonne nouvelle pour leur mission.





"Puisque nous allons travailler ensemble à présent, vous êtes donc en droit de savoir que le roi de Pêchya a accepté une entrevue avec celui de Abricotol."

"Est-ce vrai ?!!", s'empressa de crier Roméo.

"Oui, mon amour !"

"Oh, mais c'est magnifique !
Je n'aurais jamais pensé que ton père aurait été si conciliant !
L'issue est proche."


".. Hi hi, moi non plus oui.", répondit-elle avec une légère grimace.

"Et oh, pas si vite.
Rien n'est acquis.
Qu'en est-il de votre père ?"


"Euh.."



Voilà.
Il manquait bien l'accord du second papounet.
Que faire à présent que l'un avait accepté sous le chantage et que l'autre n'en avait même pas été averti ? Et bien, sûrement s'y rendre bien entendu et rien ne disait que lui il serait plus compatissant. Génial.






__________



Lithium s'exprime
Bis vous insulte

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MessageSujet: Re: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptyMer 2 Fév 2011 - 18:27
Acte II : Reflexion

La beauté des lieux n’avaient pas manqué de subjuguer notre esthète de Lord qui pourtant demeurait plongé dans de sombres pensées. Il n’appréciait pas à sa juste valeur le lac miroitant un ciel magnifiquement bleu et dénué de tous nuages. La surface scintillait des éclats de soleil qui venaient se déposer, transformant le lac en une superbe robe à paillettes. Les environs de ce lac n’étaient que fraîcheur et verdure. L’air était parfumé de différentes herbes et l’arôme des fruits qu’arboraient certains buissons venait chatouiller agréablement les narines. Les arbres offraient dans leur grande générosité et par leur taille une ombre bienvenue, ajoutant à la fraîcheur du lieu malgré la chaleur du à ce soleil en pleine forme qui ne se lassait pas d’illuminer tout DreamLand.
Quelques volatiles s’amusaient gaiement à virevolter entre les feuillages pour se poser sur une branche afin de faire profiter à ces visiteurs une douce mélodie, complétant le cadre champêtre. L’immobilité du majordome était telle qu’un oiseau daigna venir sur son épaule sans crainte. L’oiseau, ressemblant fortement à un rouge gorge était curieux et demeura sur ce promontoire inhabituel en agitant par moment sa tête afin de regarder aux alentours. La scène qu’il pouvait observer était des plus charmantes, à savoir une pêche et un abricot roucoulant par de tendres mots d’amour.

Alors que la voyageuse artiste s’empreignait de ce cadre enchanteur en le peignant avec des pinceaux et de la concentration, elle fut ramené à la réalité par la présentation du compagnon que c’était fait le prince abricot au cours de son retour au palais. Ce qui était certain, c’est qu’une fois arraché à sa tâche, elle afficha une mine des plus surprises au vu du compagnon en question. Sa tenue, son maintien ou tout autre aspect qui transparaissait de son être semblait l’avoir ébahie. Cet étonnement ne l’empêcha pas d’être polie et de se présenter à son tour en hochant une tête illuminé par un sourire.

Ce fut alors au tour du Lord de se voir tiré de ses songes et de tourner négligemment la tête vers cette voyageuse dont lui avait fait par Roméo. La mine stupéfaite que ses traits exprimèrent ne dura bien que quelques secondes, témoignant de son émerveillement face à une telle apparition. Il se reprit rapidement et son visage s’adoucit pour ne plus qu’afficher qu’un fin sourire. Il s’avança doucement vers la demoiselle, ses pas foulant avec délicatesse l’herbe fraîche. Tout en marchant vers elle, il la détailla, l’observa.

Elle était plus jeune que lui et pourtant une maturité se dessinait sur son visage autant que sur ses formes. Sa taille était des plus raisonnable et l’éclat de sa longue chevelure ferait pâlir de jalousie le soleil qui resplendissant parmi ses cheveux dorés.
Lorsque ses yeux bleus acier se posèrent dans les perles azurées de la demoiselle, il ne put s’empêcher d’étendre un peu plus son sourire. Cet éclat qu’il admirait dans ces yeux était à l’opposé des siens et pourtant si semblables. Pour un simple observateur lambda, ces yeux étaient bleus et cela s’arrêtait là.
Néanmoins, l’éclat que le démon de Lord pouvait admirer reflétait une jeunesse, une soif de vivre et une curiosité qui le laissa songeur. Elle aspirait à la vie mais une lueur subsistait au fond. Comme si elle possédait certains désirs qu’elle refoulait. Le fait qu’elle retire sa main alors qu’elle s’apprêtait à la lui serrer démontrait cette hésitation et cette volonté de paraître la plus respectable qui soit, sans pour autant salir les autres.
Quand à l’éclat des yeux qui se plongeaient dans ceux de Lithium, il montrait autre chose. Un aspect plus sombre. Les yeux d’Oscar étaient froids, glacial. Ils n’exprimaient que si peu de chose. Ils transperçaient l’âme à coup de pic à glace et vous mettait à nue. Et la lueur brillante au fond de la pupille ne laissait rien espérer de bon, la Folie y résidant, attendant le moment de s’exprimer dans toute sa puissance.

Au vu de la réaction de la jeune voyageuse, cette lueur avait été remarquée. Il n’en sourit que plus, enchanté d’avoir à ses côtés pour cette mission une fille intelligente.
Lorsqu’il fut à son niveau, il s’inclina légèrement, une main ôtant son haut de forme rouge, le papillon argenté ne sourcillant point, l’autre main allant prendre celle de Lithium qui s’était ravisée. Il se pencha suffisamment pour effleurer de ces lèvres la peau délicate bien qu’arborant les signes de la nature artistique de la belle. Tout en se redressant après ce baise main, il prononça d’une voix douce
:

"C’est un ravissement que de vous connaître. Le cadre est complet avec une telle fleur en son sein, vous êtes l’apogée du merveilleux de ces lieux."

Il inclina la tête et remit son haut de forme sur sa tête et s’écarta quelque peu de la voyageuse, lui laissant un temps. Puis il la complimenta en désignant le matériel qu’elle tenait dans son autre main :

"Je vois avec sourire que vous êtes vous aussi artiste. Quel meilleur endroit pour dépeindre la beauté de la flore, n’est ce pas ? C’est une invitation à l’œuvre. "

Il présentait ses propos d’un large mouvement de la main puis rajoutant d’un ton plus suggéré, se rapprochant vivement d’elle :

"Cependant, d’autres œuvres plus percutantes peuvent sembler à votre goût, me trompais-je ?"

Il se recula et ria pour se reprendre presque immédiatement, son visage redevenant des plus sérieux :

"Je ne vous en tiendrais pas rigueur, vous ne tenez pas plus que cela à le faire. C’est d’ailleurs une bonne décision. Toutefois, si l’occasion se présente, je saurais que je peux vous faire confiance."

Il lui sourit d’un air entendu :

"Et il est important de se faire confiance, n’est-il pas ?"

Profitant de cette opportunité pour se glisser dans la conversation, Roméo approuva :

"Vous avez bien raison ! Juliette et moi, nous nous faisons confiance pour tout. "

"Oh, mon amour d’abricot"

"Mon délice"

C’est alors que la voyageuse répondant au nom de Lithium les informa de l’excellente nouvelle concernant l’acceptation du roi de Pêchya à une entrevue. La joie envahit les deux amoureux qui l’exprimèrent par des paroles mièvres au goût d’Oscar.
Toutefois, l’artiste à l’étincelante chevelure du les ramener à la réalité par la question au sujet du père du jeune Roméo. Quand bien même le roi de Pêchya accepte cette entrevue, si l’autre partie refuse, les choses pourraient fortement se compliquer et rendre la situation encore plus difficile qu’elle ne l’était déjà.
Voyant l’air déçu et inquiet des amoureux fruitiers, Oscar décida de faire appel à son fidèle majordome. Il se tourna donc vers lui et lui demanda d’un air désinvolte
:

"Laënoris, que penses-tu de la situation ?"

Lorsque le majordome se mit à bouger alors qu’il était demeuré de marbre pendant tout ce temps, l’oiseau qui se plaisait sur son épaule s’envola. Sa voix était douce, son ton tendre et ses paroles s’enchaînaient dans un rythme harmonieux. Il déclara donc en souriant :

"Le fait qu’un des deux partis soit déjà en accord est une avancée excellente. "

Il s’avança d’un pas et continua tout en fixant tour à tour les personnes concernées :

"Au cours de l’entrevue avec la royauté d’Abricotol, j’ai eu tout le loisir d’observer leurs comportements et j’ai pu en déduire ceci :

Le Roi hésite, il ne sait comment agir et réagir avec son fils, sûrement à cause d’une expérience qu’il eut subi au cours de son enfance. Il ne tient pas à réitérer cela en devenant à son tour la chaîne empêchant l’oiseau de battre de ses propres ailes.

La Reine peut sembler dure et intransigeante, mais elle aime son fils plus que tout. Elle s’inquiète pour lui mais ne sait comment agir avec lui, d’où ses propos et actes ambiguës. Je pense qu’elle dissimule un passé plus lourd que le roi lui-même, à l’origine peut-être de la tension entre ces deux citées."


Oscar approuva ces dires, le laissant exposer l’ensemble. Il avait toute confiance en ses capacités de jugement et ses suggestions s’étaient toujours révélées fructueuses. D’un signe de la tête, il l’incita à continuer.

"Le projet s’annonce donc ainsi :

Il nous faudra tout d’abord amadouer le père du jeune prince Roméo, sans que sa femme se trouve présente. De ce fait, nous pourrons lui proposer l’entrevue en usant d’arguments judicieux, tels que vous."


Et de désigner Juliette et Lithium.

"Effectivement, lui montrer que vous êtes de charmantes demoiselles renforcera l’idée selon laquelle à Pêchya, les gens sont de bonnes volontés. De plus, ce sera l’occasion de présenter la promise du jeune prince au père.

Ensuite, il nous faudra user de finesse pour aborder la Reine et tenter de trouver la raison de son comportement, fouiller dans son passé serait une idée acceptable. Je pourrais m’en charger tandis que vous parlerez au Roi.
Une fois les informations trouvées, il nous sera aisé de la convaincre
. "

Oscar applaudit Laënoris et le complimenta :

"Parfait Laënoris, comme d’habitude."

Puis de demander d’un air joyeux, comme si la perspective de cette mission l’enchantait, ce qui était le cas :

"Y a-t-il quelqu’un qui proposerais une meilleure solution, ou une amélioration ?"

Sa voix était presque ironique et moqueuse.
Les deux amoureux approuvèrent, trop heureux de ne pas avoir à réfléchir, leur permettant ainsi de ne se concentrer que sur leur amour. Du moins, pensaient-ils être tranquilles pour le moment.
Se tournant vers Lithium, Oscar l’interrogea du regard. Il était tout à fait possible que cette jeune voyageuse ait de nouvelles idées et intéressantes de surcroît
.
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MessageSujet: Re: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptyMer 9 Fév 2011 - 16:05
La suite des évènements.






Lithium était face à un homme bien étrange.
Il fallait dire que, elle n'était pas habituée à rencontrer ou à être en simple compagnie d'une personne de haut rang et encore moins issu d'une famille aussi distinguée que semblait être la sienne. Bien entendu, rien ne démontrait qu'il était forcément différent d'une personne de classe moyenne comme elle. Peut-être que seul les manières changeaient. Quand elle vit qu'un sourire se dessinait sur le visage de Oscar, elle serra ses mains d'autant plus. Toutefois, ce qui suivit l'impressionna bien plus que l'unique allure du Lord. Le voilà qu'il s'inclinait gracieusement devant elle, retirant par la même occasion avec délicatesse son superbe chapeau. Par la suite, il s'empara de sa main toute tachetée d'aquarelle et l'a prit dans la sienne, ses lèvres glissant doucement sur le dos de cette dernière, l'effleurant intentionnellement. La jeune fille écarquilla grand les yeux, ses pupilles rétrécissant de surprise. Elle ne rêvait pas là ? Il lui faisait bien un baise-main, non ? Lithium ne savait comment réagir face à ceci, rappelons qu'elle n'avait jamais eu affaire à de telles marques de politesses à son égard étant donné qu'elle n'avait en aucun cas rencontré de Lord auparavant. Quand il se releva, elle tâcha de ne pas sembler trop étonnée d'un comportement aussi soutenu et tenta d'afficher une expression faciale neutre. Néanmoins, malgré ses efforts, l'ont pouvait facilement détecter son étonnement.





"C'est un ravissement que de vous connaître. Le cadre est complet avec une telle fleur en son sein, vous êtes l'apogée du merveilleux de ces lieux.", dit-il d'une voix doucereuse.

"De même pour moi.", répondit-elle calmement en esquissant une inclinaison de la tête.
"Toutefois, n'exagérons rien. La nature n'est que pureté et beauté sans notre présence en son centre.
En l'absence de notre existence, et uniquement dans ce cas là, elle serait parfaite."
, finit-elle par dire en souriant.




Il était d'une évidence indiscutable que l'homme détruisait par sa seule naissance le monde qui l'entourait. Si il n'avait jamais ne serait-ce posé les pieds sur cette planète, la nature serait d'une splendeur inouïe. Malgré cela, l'humanité tente de se racheter en s'appliquant à prendre soin d'elle. Peut-être qu'un jour, ces deux êtres d'essence pas si différente que cela, pourraient vivre en parfaite harmonie. Nous faisons partie de la Nature et pourtant, nous nous efforçons de la détériorer. L'être humain simple est comme le feu destructeur, dévorant toute forme de vie sur son passage et consumant la moindre parcelle de beauté de l'univers. Le jeune homme inclina cette fois-ci seulement la tête, le tout en ramenant son haut-de-forme sur ses cheveux blancs puis il s'écarta finalement quelque peu de sa personne. Son regard s'arrêta sur ses ustensiles qu'elle tenait fermement dans son autre main et un second sourire prit naissance sur son visage.




"Je vois avec sourire que vous êtes vous aussi artiste. Quel meilleur endroit pour dépeindre la beauté de la flore, n'est ce pas ? C'est une invitation à l'oeuvre. "



Bon, il n'était pas compliqué de voir qu'elle était ce que l'on décrivait comme artiste.
Un carnet et une palette à la main, des tâches épurées sur le bout des doigts, un regard critique sur la nature de l'Homme et sa présence empoisonnée en ce monde, tout laissait à croire qu'elle était de cette catégorie très fermée. Généralement, l'ont disait de ces personnes qu'ils étaient des illuminés pour la plupart. Et bien, ce n'était pas faux, du moins, Lithium l'était en tout cas et sa mère pouvait être considéré tout comme.
Elle voulut répondre à sa constatation, souhaitant éventuellement débattre sur la transcription de la flore sur papier mais n'en eut point le temps. Il se rapprocha soudainement d'elle, le tout à une vitesse fulgurante et avec une allure différente que les secondes qui précédaient celles-ci. La jeune fille ne put empêcher de laissait s'échapper une inspiration de surprise, sursautant à la même occasion de retrouver Oscar aussi près d'elle, mais elle ne bougea point. D'habitude, elle aurait réagi avec une forte violence, mais là, aucun danger ne se profilait à l'horizon. Le regard du jeune homme avait changé du tout au tout et le ton employé dans ses paroles laissait suggérer un double sens fort intéressant qui ne manqua pas d'intriguer Lithium.




"Cependant, d'autres oeuvres plus percutantes peuvent sembler à votre goût, me trompais-je ?", déclara t-il, incontestablement ambigu dans la signification de ses mots.



Oh.
Mais c'est qu'il était bien audacieux celui là constata la blonde.
Le rang ne faisait pas la personne, bien au contraire. La surprise qui pouvait se lire dans les traits de Lithium fit rapidement place à un sourire en coin, amusé. Si il savait. Bien des choses l'intéressait si on éloignait l'art graphique de ses champs de prédilection. Évidemment, ces types "d'art", si nous pouvons les désigner ainsi, n'étaient pas prompts à être nommés dans une conversation de présentation et encore moins à être évoqués avec une personne qui lui était encore un peu étrangère. Pourtant, ce dernier semblait avoir déjà bien entamé sa marche sur sa confiance, et il s'avérait qu'il avait presque lu en elle comme un livre ouvert en effet. Bizarrement, cela ne la dérangeait en aucun cas. Savoir qu'elle avait sûrement rencontré une personne qui lui ressemblait sur quelques points lui procurait une joie aussi intense que la naissance d'un sentiment de méfiance. Cela n'avait pas toujours des avantages d'être en présence de gens trop proches de vous. Mais passons. Elle savait qu'elle pouvait toutefois lui faire confiance. Quand il s'éloigna et se mit à rire comme pour se rattraper, le sourire de la voyageuse ne s'intensifia que davantage. Non il ne se défilait pas, il n'accentuait que d'autant plus l'ambiguïté de ses mots. La compagnie de cet homme promettait d'être distrayante.




"Je ne vous en tiendrais pas rigueur, vous ne tenez pas plus que cela à le faire. C'est d'ailleurs une bonne décision. Toutefois, si l'occasion se présente, je saurais que je peux vous faire confiance.", dit-il, maintenant la jeune fille dans son silence.

"Et il est important de se faire confiance, n'est-il pas ?", rajouta t-il ensuite, toujours aussi souriant.

"Bien évidemment.", finit-elle par dire après avoir esquissé une grimace de dégoût à l'entente des mots d'amour du couple.
"Comment pourrions-nous travailler en équipe sinon ?
Mais sachez que, oui, vous pouvez compter sur moi."
, sourit-elle.



Décidément, cet homme était bien intéressant.
Énigmatique, mystérieux et étrange, voilà les termes qu'il fallait employer s'il fallait le décrire.
Ces mots lui sied à merveille, et bien que certaines auraient préféré plus de transparence de sa part, il fallait avouer que cela faisait partie intégrante de son charme. Pour attirer une personne correctement dans ses filets, il faut savoir faire preuve de secret. L'attirance ne se fait que petit à petit. Bien qu'elle ne comptait en aucun cas se rapprocher trop près de lui, il fallait qu'elle avoue qu'il l'a captivait. L'aura qu'il dégageait préoccupait énormément la jeune fille mais il fallait qu'elle se rende à l'évidence, ils n'avaient pas le temps pour ça.

Finalement, Oscar demanda l'avis à un certain Laënoris qui se révéla être en fait le majordome, le très charmant valet qui n'avait pas sourcillé depuis leur rencontre. C'était un beau jeune homme vêtu d'un classique uniforme sombre, des cheveux noir de jais et des yeux troublants. Il n'était pas humain, ça, elle pouvait clairement le ressentir. Le sentiment de méfiance qui naissait en son sein à l'égard de cet homme le prouvait, d'autant plus que tout en lui prêtait en rien à l'être humain. Pourtant, un oiseau dormait paisiblement sur l'épaule de celui-ci et quand ce dernier se mouva, il s'envola tristement. Quand il commença à s'adresser à son maître, la voyageuse put noter que la voix de ce garçon était particulièrement mélodieuse, souple et paisible. Cela troubla énormément Lithium qui ne savait comment considérer ce Laënoris. Etait-il comme son Lord ? Il constata que le fait que le parti des pêches était une chose essentielle à la bonne continuation de leur mission et qu'il avait également pu établir ces quelques observations.





"Le Roi hésite, il ne sait comment agir et réagir avec son fils, sûrement à cause d'une expérience qu'il eut subi au cours de son enfance. Il ne tient pas à réitérer cela en devenant à son tour la chaîne empêchant l'oiseau de battre de ses propres ailes. La Reine peut sembler dure et intransigeante, mais elle aime son fils plus que tout. Elle s'inquiète pour lui mais ne sait comment agir avec lui, d'où ses propos et actes ambiguës. Je pense qu'elle dissimule un passé plus lourd que le roi lui-même, à l'origine peut-être de la tension entre ces deux citées."



Bah non en fait.
Il était surtout intelligent et très observateur, mais Lithium ne put s'empêcher de laisser planer le doute sur son intention de lui prêter entièrement sa confiance ou non. Quelque chose chez lui l'a dérangeait et elle ne saurait dire quoi, elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Oscar semblait quant à lui tout à fait approuver les propos de son majordome et l'encouragea à poursuivre son étude. La reine cacherait donc un passé plus lourd que son mari ? Intéressant. Ils avaient bien travaillé de leur côté également. Suivant l'approbation de son maître, Laënoris exposa donc ce qui pourrait être la suite des évènements.




"Le projet s'annonce donc ainsi :
Il nous faudra tout d'abord amadouer le père du jeune prince Roméo, sans que sa femme se trouve présente. De ce fait, nous pourrons lui proposer l'entrevue en usant d'arguments judicieux, tels que vous."
, continua t-il en désignant à la fois Juliette et Lithium, interrogatives.
"Effectivement, lui montrer que vous êtes de charmantes demoiselles renforcera l'idée selon laquelle à Pêchya, les gens sont de bonnes volontés. De plus, ce sera l'occasion de présenter la promise du jeune prince au père."



Ouais mais, en quoi était-elle utile dans cette histoire ?
Elle n'était qu'une alliée et aucunement une pêche vivant à Pêchya, du moins, jusqu'à nouvel ordre.
Néanmoins, elle ne souhaita pas rouspéter et s'appliqua à écouter ce qu'il avait encore à leur apprendre.
La jeune fille s'autorisa un regard en direction de la princesse, toujours emmitouflée dans les bras de son aimé, mais dont les joues avaient pris une teinte légèrement plus rose qu'elles ne possédaient déjà. Tellement elle ne pouvait contenir sa joie de rencontrer les parents de son prince, elle trépignait d'impatience et s'engageait à sauter sur place tant son bonheur était intense.




"Ensuite, il nous faudra user de finesse pour aborder la Reine et tenter de trouver la raison de son comportement, fouiller dans son passé serait une idée acceptable. Je pourrais m'en charger tandis que vous parlerez au Roi. Une fois les informations trouvées, il nous sera aisé de la convaincre. "



Du chantage.
Du moins, c'était à cela que l'on pouvait comparer la stratégie de Laënoris.
Lithium n'empêcha pas sa désapprobation à propos de ces agissements qu'ils s'apprêtaient à accomplir tous se lire sur son visage. Son honnêteté et son intégrité l'empêchait de se comporter comme cela envers des personnes convenables et d'une dignité reconnue. Pourtant, elle savait pertinemment qu'avec des gens aussi bornés rien ne marchait mieux que cette manière. La preuve lui avait été donné par la princesse Juliette elle-même lors de son entretien avec son roi de père. Un strip-tease de fraises.. Depuis quand c'était interdit ça ? Franchement, elle avait tout vu ici. Quoique, il valait mieux pour elle de conserver un peu de surprise pour plus tard. N'importe quoi pouvait arriver encore, comme un abricot se tapant une patate ou même un artichaut. Tout était possible ici apparemment. Quand Oscar demanda si quelqu'un avait une meilleure idée ou tout simplement une amélioration à ajouter pour contribuer à l'élaboration du plan, Lithium se rendit compte qu'elle n'avait en fait absolument rien à dire. Oui elle était contre ce chantage mais, y avait-il seulement une autre solution ? Pour une énième fois, elle allait devoir ravaler ses principes pour mener à bout une mission. De toute façon, de quels principes pouvait-elle parler, elle qui pourrait assassiner quiconque qui s'adresserait ou se comporterait d'une façon trop grossière envers elle, voire, surtout même, pour le simple plaisir de tuer quelqu'un et de le regarder mourir dans la souffrance des plus ignobles devant ses yeux. Heureusement, sa détermination à suivre le chemin d'une jeune fille en fleur tout à fait normale était suffisamment puissante pour la maintenir encore quelques temps sur la bonne route. Mais rien n'est éternel, tout n'est qu'éphémère. Toutefois, elle osa une parole malgré le ton moqueur qu'avait employé son compagnon de galère.




"Et bien..", fit Lithium d'une voix hésitante.
"Je n'ai ni amélioration ni meilleure idée à ajouter pour ce projet. Voilà, comme ça au moins c'est dit.
Néanmoins Laënoris, je vous serais gré de ne pas trop bousculer la reine. Il serait franchement dommage de ne retrouver qu'un semblant de majesté, une pauvre loque traumatisée par la soudaine renaissance de vieux souvenirs remontant à la surface, à présenter à Juliette. Et je ne pense pas que Roméo ne soit également d'avis de revoir sa mère ainsi. Je sais de quoi je parle de ce côté là."
, acheva t-elle doucement.



Finalement, elle s'accroupit délicatement puis s'affaira à ranger ses affaires et ses ustensiles d'aquarelle dans son sac en bandoulière, prenant soin de fermer correctement la boîte et que le pinceau était bel et bien sec. Ensuite, elle se releva en un bond, les regarda tous un par un puis laissa s'épanouir un sourire sur ses lèvres et s'exclama.



"Bon, on y va ?
On a du pain sur la planche !"



Elle tourna les talons et entreprit sa marche.
Le couple s'empressa de la suivre, lui demandant par la même occasion si elle souhaitait tant que cela y aller à pied, étant donné qu'ils possédaient des montures volantes. Cette dernière n'en voyait pas le mal car cela leur faisait toujours un peu de marche, mais surtout, elle souhaitait admirer encore un peu cette nature qui les entourait le temps d'une promenade. Après à peine 2 mètres accomplis, ronchonnant quelque peu, Juliette commença à se plaindre. La princesse avait mal aux pieds et était fatiguée. Ces plaintes ne manquèrent pas d'agacer Lithium qui n'attendit pas plus longtemps pour déclarer d'une voix légèrement sèche et cassante qu'ils n'avaient qu'à y aller en moineau pendant qu'elle, elle marcherait. La pêche finit par faire la moue, suivit de près par Roméo qui tenait à préciser que c'était des coccinelles, et la jeune fille comprit que si elle voulait rester en de bons termes avec la capricieuse et son fiancé, elle allait devoir accepter de chevaucher un de ses insectes. A moins qu'elle trouvait une bonne raison de ne pas l'emprunter. Réfléchissant à deux fois avant de lancer ce parfait mensonge, elle conclut que c'était la meilleure façon pour parvenir à la conclusion qu'ils iraient à pied, un point c'est tout. Hé oh, un peu d'égoïsme de temps en temps. Elle n'avait fait que suivre ce que Juliette avait souhaité jusqu'ici, à son tour.





"J'ai.. J'ai le mal de l'air.", mentit-elle.

"QUOI ?!!!
Oh, mais il fallait nous le dire plus tôt !
Et puis, vous savez quoi ? Roméo me portera."


"Hein ? Euh.."

"Bien sûr que tu vas le faire, hein chou ?"

".. Evidemment ma prune."



Si le Lord était aussi intelligent qu'il ne le paraissait, il aurait sans doute compris que tout ceci n'était que pure fantaisie. Comment aurait-elle pu avoir le mal de l'air ? Elle avait passé son temps à voyager à travers le monde avec sa mère qui avait elle-même été hôtesse de l'air à une époque. Concrètement, Lithium était née dans un avion, en mer et à la montagne à la fois. Du moins, c'est ce que l'on pourrait dire tellement elle se sentait aussi bien dans les airs que sur un bateau, mais rien ne pouvait atteindre le niveau d'affection qu'elle éprouvait pour la neige et son sport principal qu'était le ski. Si elle aurait pu, elle aurait fait des compétitions et aurait continué dans cette voie. Mais bon, la vie en décide parfois autrement. Finalement, ils finirent par marcher, Roméo portant sa bien-aimé dans un sublime effort de virilité, Laënoris derrière son maître et Lithium aux côtés de ce cher Oscar. Autant discuter un peu pendant leur balade de santé.



"Dites-moi Oscar, enfin, si je peux vous appeler comme ça..
Qu'est-ce qui vous a poussé à aider Roméo ?
Ce n'est pas que je doute de vos raisons, mais je sens bien que vous avez d'autres motivations qui vous stimule.
Et, comme vous l'avez dit vous-même, il faut se faire confiance n'est-il pas ?"
, elle sourit légèrement sur ces mots, laissa un temps et s'adressa de nouveau à lui, cette fois-ci sans dessein particulier.

"Alors, vous êtes artiste également, d'après ce que j'ai compris ?"



Abricotol se profilait déjà à l'horizon, mais ils avaient encore le temps pour l'atteindre pleinement.








__________



Lithium s'exprime
Bis vous insulte

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MessageSujet: Re: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptyMar 1 Mar 2011 - 23:27
Acte III : Action

L’intérêt que porta à son intention la délicieuse voyageuse à la chevelure étincelante fit sourire notre aristocrate anglais qui s’enchanta d’avoir une telle compagnie, si curieuse et loin de n’être que sublime par le corps, mais aussi par l’esprit. Il s’était étonné du mal qu’elle arguait pour ne pas chevaucher les coccinelles qui leur servaient de montures mais n’en tint que peu rigueur, son intuition lui indiquant que ce fait avait une origine plus artistique que maladive. Il lui était tout à fait compréhensible qu’elle souhaitât parcourir le chemin les menant vers la cité d’Abricotol à pied plutôt que par la voie des airs, cette opportunité lui permettant d’abreuver son regard de paysages sublimes qui se déroulaient devant leurs yeux émerveillés par tant de splendeurs florales.

Il marchait à pas marqués mais suffisamment rythmé pour ne pas être lent et observait la falaise se dessiner à l’horizon tandis que les deux tourtes fruitières se coulaient de mots sucrés derrière, la pêche étant sur l’abricot. Laënoris fermait la marche, l’air soucieux, comme s’il attendait un évènement soudain.
Les rayons chaleureux du soleil venaient caresser la peau immaculée du Lord qui réfléchissait aux paroles à son encontre. Elle tenait à connaître la raison de l’aide qu’il apportait à ce jeune couple qui n’en finissait pas de s’échanger de mielleuses paroles à en faire pâlir une ruche
.

Pourquoi faillait il toujours une raison pour tout ?

S’il était là, à marcher aux côtés d’une voyageuse artiste et devant un couple de fruits peu ordinaire, c’était avant tout pour se divertir, rien de plus. Il ne gagnerait rien de plus à faire en sorte que ces deux familles qu’il trouvait ridicule se réconcilient après tant de temps à s’ignorer pour une raison qui, elle, devait être bien futile en comparaison.

Sa vie s’était ponctuée de frasques plus ou moins légales et dangereuses pour le simple fait de le divertir. Il ne se sentait que plus vivant lorsqu’il s’amusait, que ce soit avec son existence ou celle des autres. Sinon, il avait l’impression que la vie passait sur lui comme un fleuve sur un galet, son cœur refroidit par l’inactivité. Alors il cherchait toutes distractions, quelles qu’elles soient, aussi inconvenantes ou indécentes soit elle. Du moins, c’est ce qu’il aimait prétendre. Pourtant, il s’imposait des limites afin d’éviter de se retrouver dans des situations trop compromettantes. Jouer, oui, mais avec des règles, ses règles.

Et à cet instant, il jouait. S’impliquer dans une affaire de famille l’amusait, se voir accompagné d’une aussi adorable voyageuse l’exaltait. Il entendait d’ailleurs Luëst l’haranguer pour la laisser sortir et faire plus ample connaissance avec la chair de cette Lithium
.

"Allez, quoi, laisse moi quelques instants avec elle, elle a l’air si délicieuse, si douce sous la langue et les caresses."

"Me demande ce que ça donnerait coupé en morceaux ?"

"Je ne veux pas que tu me la coupe, je la veux pour moi toute seule, je lui apprendrais les caresses les plus intimes pour un plaisir inégalé."

"Si on ne peut même plus rigoler …"

Avant de répondre à la question de Lithium, Oscar dut siffler entre ses dents d’un air exaspéré contre ses démons :

"Mais que cessent vos simagrées !"

Se reprenant, il relève la tête pour répondre à la voyageuse d’un air enchanté :

"Les raisons pour mon aide envers ce cher Roméo sont assez simples, car elle est unique : l’ennui. J’arpentais ce royaume à la recherche de distraction et j’ai aperçu ce jeune abricot. Mû par un désir d’amusement, je lui ai proposé mon aide, c’est aussi simple que cela. "

Il énonçait la stricte vérité qui l’animait, même si une autre plus sombre couvait. Cependant, pour son bien, il préférait l’ignorer pour le moment. Qu’elle pense ses dires justes ou non, peu d’importance, ce qu’il souhaitait, c’est qu’elle lui fasse suffisamment confiance pour la suite.
La préoccupation de son majordome le laissait à penser qu’ils allaient devoir affronter un contretemps, d’où ce besoin de confiance.

Il répondit beaucoup naturellement à la seconde question, concernant son plaisir de l’art :

"Tout à fait, je laisse mes mains produire ce que mon esprit s’amuse à imaginer une fois que je l’ai libéré des chaînes de la raison, ce qui est assez courant. "

Il hocha doucement la tête, ne tenant pas à ce que son haut de forme chut sur le chemin de terre et continua d’un ton passionné :

"Selon moi, l’art est une expression sublime de ce que peut produire l’esprit. Grâce aux instruments offerts, nous pouvons retranscrire la beauté ou la misère d’un lieu. Et même bien plus, nous pouvons créer un univers entier à partir du néant.
Ce fantastique moyen d’expression nous libère de bien des maux.
Pour moi, il est un exutoire des plus fervents. Qu’importe le support, les outils, l’impression ressenti, tant que l’art est là, au bout des doigts … ou d’ailleurs."


Il laissa planer un doute le sourire aux lèvres. En effet, pour lui, l’art ne se limitait pas simplement aux peintures et aux films ou encore à la sculpture. Il y avait l’Art de la Guerre, mais aussi de la Mort autant que de l’Amour. Et leurs pratiques l’enchantaient au plus haut point.

Le sommet de la falaise où siégeait le palais en forme d’amoncellement d’abricot se profilait doucement et trônait fièrement, bien décidé à se détacher dans le ciel magnifiquement bleuté. Le soleil continuait de déverser généreusement ses chaleureux rayons sur la petite troupe qui s’avançait vers Abricotol. Le chemin qu’ils empruntent depuis un certain temps déjà passe par la rivière grâce à un gué abrité par quelques arbres de grandes tailles et aux feuillages suffisamment denses pour y dissimuler des êtres de petites tailles.
Leur trajet n’a pas eu son lot d’arbres de hautes tailles, mais plutôt de vergers immenses et de buissons sur le bord de la route poussiéreuse.

Ses chaussures sur la terre, il marchait avec un air un content sur le visage, espérant une rencontre au vu de la mine concentré de son majordome. Il s’était animé au cours de son discours sur l’art, mais le sujet le passionnant tant et si bien qu’il pouvait bien être une source à jamais tarie.
C’est en parlant de source que le fleuve se fait et les voici non loin de cette rivière à la douce teinte orangée, du fait de son arôme d’Orange. Les effluves délicieuses montant de ce fleuve tranquille venaient chatouiller agréablement leur narine pour leur plus grand plaisir, de quoi mettre l’eau à la bouche.

Toutefois, ce n’était pas l’eau qui vint mais bien une groupe armée d’épées de piètres qualités et protégés par des armures de grossières factures, à savoir des cottes de mailles pour certains, des protections en cuir pour d’autres. Certains avaient des épaulières, d’autres des casques. Un véritable assortiment de guerriers du moyen-âge. Ce qui dénota de ces attirails métallique fut leur peau orangé. En effet, c’était des pêches qui se dressaient ainsi armés devant eux, l’air menaçant.
Ils leur barraient explicitement le passage, de l’autre côté de la rivière. Toutefois, ils ne semblaient pas vouloir avancer plus, comme si ils attendaient quelque chose. Et ce qu’ils attendaient vint du ciel.

Dans un vrombissement d’ailes fondirent sur eux trois coccinelles. Il était étrange qu’ils ne les aient pas remarqués plus tôt, mais il faut savoir qu’elles avaient patientées derrière la végétation luxuriante au bord du gué de la rivière.
La surprise se lut sur le visage de Roméo et Juliette, la joie sur celui d’Oscar, ravi de voir l’action venir ainsi à eux et la satisfaction sur celui de Laënoris, un fin sourire témoignant de son contentement dans l’accomplissement de ses prévisions.
La troupe se stoppa donc net et le Lord anglais parcourut les alentours afin de faire le compte de leur adversaire originaire vraisemblablement de Pêchya.

Des trois coccinelles qui se posèrent autour d’eux, il descendit deux pêches armées d’épées et protégées de bouclier en bois recouvert de cuir tendu. De l’autre côté de la rivière Orange, c’était une bonne dizaine de guerriers qui les observaient d’un air hargneux. A cause de leur mouvement, l’invocateur démoniaque ne put les dénombrer exactement, mais il arrondit l’ensemble à vingt adversaires à combattre. Six immédiat et le reste de l’autre côté.
Leur groupe était cerné et Juliette se serrait contre son Roméo au risque de le faire tourner au violet, le rendant prune, un comble pour un abricot. D’ailleurs, il suintait de quelques liquides sur son visage. Cependant, l’on ne pouvait savoir si c’était son jus qui coulait à cause de l’étreinte de sa dulcinée ou si ce n’était que l’inquiétude qui faisait apparaître ces marques humides.

Qu’importait à l’instant ce genre de constations pour notre aristocrate anglais qui se contentait de toiser les importuns au loin. Il souriait, son sourire reflétant son humeur joueuse qui commençait à prendre le dessus sur son esprit habituellement calme.

Les voix de ses démons résonnaient dans sa tête, l’incitant à la plus pure débauche de violence
:

"Allez, c’est le moment de saigner !"

"Il faut torturer …"

"Laisse moi sortir, que je les charme, ces pêches !"

"Je m’en vais te les découper, tes pêches !"

"Il faut faire souffrir …"

"On va les charcuter !"

"Il faut …"

"… Tuer !"

Hurla Oscar, prit d’une frénésie soudaine, faisant s’envoler son papillon argenté qui se mit à virevolter autour de lui, comme inquiet de l’état d’esprit de son propriétaire. Sortant avec prestance et habilité deux couteaux de ses manches, il les prit en main fermement, les lames prêtes à trancher dans le vif. Il se courba un peu, son allure se détériorant au fur et à mesure que sa démence prenait le dessus. Son haut de forme chut sur le sol pour rouler un moment à ses pieds, sans qu’il en tienne rigueur. Ses cheveux blancs s’agitaient sur ses épaules, un souffle venant de la falaise, là où s’élevait triomphant le palais d’Abricotol qui, à cette distance, ne ressemblait qu’à une corbeille de fruits.
Prenant un meilleur appui sur ses jambes, en garde, Oscar était prêt à fendre la chair ou le fruit. Son sourire était devenu malsain, son humeur sadique et sa démence transparaissant dans ses traits marquées. C’était un changement radical qui bouleversait l’apparence pourtant digne et noble que possédait en temps normal notre aristocrate.

Toutefois, comme prenant conscience de son état actuel et de l’image qu’il donnait de lui-même à ses compagnons, il se redressa doucement, tourna la tête pour la pencher vers son épaule et se fendit d’un formidable sourire, ses bras le long du corps se prolongeant par ces couteaux tranchant. Il se tenait droit et énonça d’une voix étonnement claire et distincte, ne dénotant d’aucune folie
:

"C’est le moment de savoir si vous pouvez me faire confiance … aveuglément. "

Et de se jeter en direction du gué, Laënoris se mettant soudainement en mouvement à sa suite, courant avec une rapidité notable bien que pas spectaculaire. En effet, il était possible de voir sa course.
Les ennemis en face purent donc voir se diriger vers eux un corps lancé à grande vitesse, une sorte d’être vêtu de noir, à la chevelure d’ébène. Se mettant en position défensive, leur piètre bouclier devant servir à parer à toutes attaques, ils appréhendaient cette rencontre. Après tout, ils avaient été désignés pour un enlèvement et étaient aussi nombreux car on savait que la cible était protégée par deux voyageurs. Mais voilà qu’il y avait un troisième compagnon, qui ne semblait pas être des plus conciliants.

C’est alors que leur vu fut obstruée par un rideau d’eau. Des perles se déversèrent en cascade devant leurs yeux et ils ne purent s’apercevoir de la nette avancée d’Oscar qui lança un couteau vers un des leur.
Ce rideau humide avait pour simple origine Laënoris qui, dans un désir d’aider son maître, s’était mis à courir sur la rivière si rapidement qu’il en souleva une bonne partie, créant ainsi une cascade orangée. Il s’inclina devant le passage de son maître qui courait vers les ennemis et le rejoignit en traversant le rideau pour venir prendre d’une main l’épée d’un pauvre guerrier pêche complètement perdu.
Le poussant contre un de ses camarades, le majordome put ainsi mettre à terre deux pêches. Profitant de cette position avantageuse, il plaça son pied sur le bouclier afin de l’entraver dans ses mouvements et s’inclina vers eux, souriant finement. Attrapant le casque de ses deux mains gantées pour l’ôter et le fracasser sur le crâne de l’infortuné, il poussa sa première victime pour plaquer son pied sur la gorge du malheureux coincé par le corps de son ami.
Affolé, il tenta bien un coup d’épée qui se retrouva bloqué par le second pied du majordome qui plaça son doigt sur sa bouche et inclina la tête, un air de reproche sur le visage
:

"Vous risqueriez de vous blessez …"

Et de donner un magistral coup de talon dans le front de la pêche qui s’évanouit.

Pendant ce temps là, Oscar s’amusait amplement à présenter un ballet sanglant à son public improvisé. Son lancé de couteau n’ayant pas porté ses fruits, il était parvenu à le reprendre en plantant sa deuxième arme dans le pied d’un guerrier.
Le hurlement de douleur fut écourté par un enchaînement violent de coups rapides de la part de l’aristocrate anglais qui mit fin aux douleurs pédestres de la pêche en lui enfonçant une lame dans ce qui pourrait lui faire office de gorge, seule partie dépourvue de protection. Un jus sucré coula le long de sa main et après avoir retiré l’arme du fruit qui s’écroula dans un son spongieux, il lécha son gant enduit de ce jus et se délecta de ce nectar.

Son plaisir fut de courte durée, le reste des guerriers se jetant sur lui afin de venger la mort de leur camarade. C’est ainsi que la danse de la Mort Sucrée put débuter dans le plus parfait chaos.
Oscar esquivait, parait, fendait et tailladait à qui voulait se voir orner d’une entaille. Il ne cessait de se mouvoir en tout sens, se déportant, roulant au sol, salissant par ce fait sa belle veste blanche et écrasant sa magnifique rose rouge lors de ces cabrioles.
Il sautait, faisait d’amples pas sur le côté ou au contraire se rapprochait brusquement de son adversaire pour lui sourire férocement et abattre sur lui une pluie de lames, ses coups de couteaux s’enchaînant sans réel cohérence.
C’est ce qui pouvait faire sa force : l’illogisme de ses déplacements et de ses attaques. Il allait et venait comme on lui semblait, commençant à se battre avec deux pêches puis fuyant le combat pour sauter sur le dos d’une autre et la repousser vivement pour balayer les jambes d’une quatrième.
Non content de se déplacer ainsi, il jouait avec eux, prenant le temps de s’incliner, de saluer et de faire des révérences, se moquant de ses adversaires en ponctuant ses attaques de rires amusés.

Il ne prenait pas au sérieux ce combat et c’était ce qui le faisait durer. Son fidèle majordome contribuait aussi beaucoup à la durée de cette lutte. Plus posé que son maître, il n’en demeurait pas moins juste et précis dans ces attaques, conservant ses forces pour la puissance d’un seul coup porté. Contrairement à son maître, il n’enjolivait pas les attaques et allait à l’essentiel avec une froideur et une justesse déconcertante.
Il parvenait à se reculer suffisamment pour éviter des coups d’épées et à se rapprocher de nouveau, profitant de la brève fatigue du guerrier pour lui administrer un bon coup sur le poignet du tranchant de la main, lui faisant lâcher son arme.
Par moment, il récupérait une épée et s’en servait pour se battre contre plusieurs adversaires en même temps.

Le bruit du choc des épées luttant l’une contre l’autre résonnait et claquait. Le fer battant le fer, ces sons brefs mais intenses emplissaient les oreilles.
La surprise passée, les guerriers se révélèrent plus endurant que le fougueux et tout simplement fou invocateur démoniaque qui sentit ses coups faiblirent. Bien qu’il eut porté un certains nombres d’attaques, il n’avait fait que blesser, principalement. Il se retrouva donc acculé, sur le gué, l’eau froide glissant entre ses chevilles, le sang coulant le long de ses blessures pour se mêler à l’orange.
Essouflé, Laënoris à ses côtés qui ne montrait aucun signe de fatigue et se tenait toujours droit auprès de lui, Oscar était courbé et fixait d’un air hagard la rivière s’écouler sans lui. Il était blessé au bras gauche, une longue estafilade parcourant sa peau, la manche de sa veste déchiquetée. Sa jambe droite le faisait plus souffrir que la gauche, ayant eu le malheur de s’agenouiller au cours d’un brutal échange sur un caillou aux arêtes vives. Ses jambes étaient de plus recouvertes d’ecchymoses qu’autre chose, et sa veste comportait nombre déchirures. Il l’ôta donc, découvrant son gilet rouge et sa chemise immaculée plus si propre que cela.

Une fois son souffle repris, il se redressa et put voir que face à lui se tenait encore sept guerriers, aussi fatigués que lui. Des corps étendus sur le sol poussiéreux montraient qu’il ne fallait pas prendre à la légère ce voyageur tout de blanc vêtu et teint, accompagné de cet être étrange à l’allure noire, ainsi que de cette voyageuse à la chevelure dorée mais à la combattivité non moins impressionnante.

Oscar ne pouvait savoir comment s’était débrouillé Lithium contre les six guerriers mais il espérait qu’elle ait su faire montre de ses talents. Il lui faisait confiance pour cela.

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MessageSujet: Re: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptySam 26 Mar 2011 - 12:50
Embuscade.






Khildar ne semblait pas à l'aise.
Du moins, la jeune fille avait comprit que sa question n'était pas celle qu'elle aurait dû poser.
La réponse ne devait sûrement pas être des plus nobles. Mais concrètement, qu'importait la dignité de la raison qui le motivait. Celles de Lithium étaient certes honorables, pourtant, au fond tout ce qu'elle attendait était un peu d'action. Elle avait eu l'avant-goût d'un court combat au sein de Pêchya, mais rien de bien intéressant ni de palpitant. Elle souhaitait quelque chose d'excitant, qui réveille les papilles, de l'imprévisible. Alors, si les motivations du Lord étaient mauvaises, tant qu'elles ne portaient pas préjudice au couple, elle s'en contrefichait royalement. La curiosité était la seule origine de sa question. Soudainement, un soupir strident s'échappant d'entre les dents du voyageur manquant de faire sursauter la dessinatrice.




"Mais que cessent vos simagrées !"



Mais.. A qui parlait-il ?
Lithium était perplexe. Peut-être était-il schizophrène ? D'ailleurs, elle ne savait pas concrètement quel était son pouvoir. Déjà, elle avait compris que Laënoris en faisait partie, c'était évident. Ce.. majordome n'était pas suffisamment "normal" pour être humain. L'aura qu'il dégageait était étrange et pesante, elle ne sentait pas à sa place à ses côtés. Elle était en pleine réflexion sur la question que, rapidement, son camarade de voyage reprit son visage guilleret et lui déclara sur un ton satisfait;




"Les raisons pour mon aide envers ce cher Roméo sont assez simples, car elle est unique : l'ennui. J'arpentais ce royaume à la recherche de distraction et j'ai aperçu ce jeune abricot. Mû par un désir d'amusement, je lui ai proposé mon aide, c'est aussi simple que cela. "



Ah.
ça avait le mérite d'être sincère.
Etrangement, cela fit sourire Lithium.
Enfin une personne qui n'avait pas peur d'avouer ses ressentis et ses réels sentiments. C'était ce qui lui manquait dans ses relations amicales. Elle avait besoin de quelqu'un de sincère et d'approximativement semblable à sa nature combative. Cet homme semblait relativement l'être. Le voyage promettait d'être divertissant. Du moins, c'est ce qu'elle espérait. D'une voix nettement plus enthousiaste, Khildar reprit la parole pour cette fois-ci répondre à sa question précédente concernant son attraction à l'Art. Apparemment, il fonctionnait au laisser-aller qui consistait dans le même sens. Briser la cage qui enferme notre imagination, la laisser créer ce qu'elle souhaite, remanier les structures, modifier les lois, ne rien laisser au hasard. C'était parfait. Elle se souvint de sa discussion sur l'Art lors de sa première rencontre avec Vlad au Brasier Fumant. Elle avait été éprise d'une passion du débat et l'engouement de la beauté s'était emparé d'elle. Elle ressentait la même chose en cet instant précis, l'envie d'énumérer et de glorifier les alentours et l'Art en sa matière propre. Néanmoins, elle se contenta de l'écouter avec attention et dévotion. Là, elle se sentait parfaitement dans son élément de prédilection.




"Selon moi, l'art est une expression sublime de ce que peut produire l'esprit. Grâce aux instruments offerts, nous pouvons retranscrire la beauté ou la misère d'un lieu. Et même bien plus, nous pouvons créer un univers entier à partir du néant.
Ce fantastique moyen d'expression nous libère de bien des maux.
Pour moi, il est un exutoire des plus fervents. Qu'importe le support, les outils, l'impression ressenti, tant que l'art est là, au bout des doigts . ou d'ailleurs."




Un sourire énigmatique se dessina sur ses lèvres une fois son opinion achevée.
Une nouvelle remarque sur ce drôle de personnage vint s'ajouter aux autres impressions que la jeune fille avait eu de ce dernier. Concrètement, ils avaient un autre point en commun. L'Art ne se limitait pas pour eux seulement aux frontières qu'on lui avait imposé. L'Art de peindre la vie, l'Art de savoir chanter, l'Art de la photographie n'étaient pas les seuls types artistiques qui existaient dans ce monde. Ceux frôlant la pure indécence avaient parfaitement leur place parmi les aînés de ce domaine. Elle serait également tenté d'y rajouter l'Art de tuer car oui, c'est tout un rite, tout une technique de savoir assassiner avec beauté et valeur. La couleur écarlate du sang qui coule entre nos doigts, sur notre visage et sur notre corps est bien plus belle que la plus rouge des peintures acryliques. A cette pensée, elle voulut s'asséner une gifle en plein visage. Qu'est-ce qui lui prenait ? Elle devait justement se calmer sur cette tendance ! Elle était en cure, du moins, si on pouvait appeler cela comme ainsi. Il fallait absolument qu'elle refrène ses pulsions meurtrières, surtout dans cette situation.

C'était une bonne action qu'ils entreprenaient.
Elle acquiesça finalement à la fin des paroles prononcées par le Lord et n'osa pas relancer le sujet, estimant qu'il valait mieux pour elle que sa bouche reste fermée. Qui sait ce qui en sortirait. Ils continuèrent donc à marcher en silence, observant les alentours avec quiétude et admiration. Lithium n'avait pas remarqué la mine renfrogné de Laënoris, elle était trop occupée à s'émerveiller devant les vergers et les arbres magnifiques qui les entouraient et les suivaient sur leur chemin qui les menait jusqu'à Abricotol. D'ailleurs, elle put enfin voir à quoi ressemblait le palais en question. Il était exactement comment elle se l'était imaginé, un tas d'abricots empilés sur eux-mêmes pour former une bâtisse magnifique et nettement appétissante. Elle avait l'eau à la bouche à présent et se décida à avaler certaines des baies qu'elle avait cueillit avant de surprendre les amoureux en pleine débauche. Elle en proposa à tous le beau monde qui composait leur tribu de voyage et continua ensuite à se régaler. Décidément, ils avaient de très bons fruits dans ce royaume. De l'extérieur, l'on aurait dit une gamine insouciante tellement elle semblait innocente en dégustant ses douceurs sucrées.

Quelle erreur de se fier à cette image.
Pourtant, ce n'était pas plus mal qu'on la voit ainsi.
ça lui était pratique et franchement utile dans maintes situations compromettantes.
Ils arrivèrent enfin à une magnifique rivière teintée d'orange, reflétant à la perfection la personnalité des habitants vivant dans les environs. Une senteur enivrante d'orange les enveloppaient, les berçant de douceur fruitée. A cause de cette grisante odeur, Lithium eut d'autant plus faim auquel se rajouta la soif. Un léger gargouillis anima son estomac. Elle s'en excusa rapidement et entreprit d'avaler de nouveau les fruits qui peuplait son sac. Alors qu'elle se régalait de son goûter, un groupe tout clinquant se profilait à l'horizon. Oh non. Un grognement s'échappa de la gorge de l'invocatrice. Ne pouvait-on pas la laisser manger tranquille ? C'était la moindre des choses, et des politesses surtout. Un soupir trahit son ennui de devoir reporter sa dégustation de son encas à plus tard.

Le peloton était essentiellement composé de pêches toutes habillées de la plus ridicule des façons qu'il soit autorisé dans ce monde. Chacune d'entre elles possédait une épée grossière dont la fabrication avait dû être bâclée, leurs cuirasses nécessitaient un renouvellement immédiat et les protections dont ils étaient pourvus n'étaient absolument plus en mesure de les protéger correctement. C'était presque honteux de les avoir en face de soi. Leurs casques ressemblaient nettement à celui du comte de Godefroy, et encore celui de ce dernier était nettement plus joli. Lithium espérait du plus profond de son coeur que leurs parents ne les avaient pas vu comme ça, sincèrement. Apparemment, ils pensaient tous sérieusement qu'ils inspiraient la terreur et l'effroi. Toutes bombaient le torse en signe d'intimidation probable et posaient avec agressivité. Ils leur barraient le passage, les empêchant ainsi de passer et d'aller à leur destination. Ils ne se décidèrent à bouger seulement quand un trio de coccinelles fondit sur eux, deux pêches les conduisant, celles-ci possédaient un bouclier vraisemblablement en bois. Pas de quoi s'inquiéter. Un nouveau grognement sourd s'échappa de nouveau du fin fond de la voyageuse. Bon, que faisait-il maintenant ? Si elle comptait bien.. quoique non en fait. Ne possédant pas la foi suffisante pour calculer le nombres d'adversaires notables, elle préféra leur épingler l'étiquette de la quinzaine, voire la vingtaine si d'autres étaient cachés par le premier rang.

Khildar souriait, heureux.
Laënoris semblait quant à lui, seulement satisfait. Mais de quoi ? Elle n'en savait strictement rien.
Quant au couple, Juliette s'était cramponné à son bien-aimé. Ce dernier était tellement en manque d'oxygène qu'il suffoquait et virait au violet. Lithium hésitait presque à invoquer un appareil photo histoire d'immortaliser cette magnifique scène. Toutefois, son énergie était précieuse. Mieux valait la conserver pour cette petite altercation qui s'approchait à grands pas. Il était temps de se battre. L'anglais se jeta le premier dans la foule, hurlant par la même occasion son terme préféré après "dessiner". Oui, tuer était au programme. Personne n'allait pouvoir lui reprocher ça. Sa cure attendra. Mais son attention fut perturbé par le changement radical du comportement de son aristocrate de camarade. Un bref instant, un frisson d'excitation parcourut son échine. Ce à quoi elle venait à peine d'assister, et ce durant moins d'une minute avait été simplement remarquable. Il était comme pris de folie et de pure vésanie. Une démence remarquable dont Lithium admirait la perfection et la splendeur. Les traits du visage de Khildar s'étaient déformés en un sublime rictus malsain et machiavélique, le même qu'elle possédait quand elle perdait le contrôle lors d'un combat. Deux couteaux avaient prit naissance entre ses mains, rajoutant un élément de plus à la représentation de la déraison dont il faisait preuve. Son corps courbé en une parfaite position d'attaque faisait d'autant plus ressortir sa volonté de se battre et sa combativité. Magnifique.

Malheureusement, elle ne put l'observer plus longtemps car il se redressa.
Sa tête penchée, le corps toujours droit et dos au groupe, ses lèvres esquissèrent un sourire totalement différent du précédent et prononça sur un ton parfaitement lucide, clair et net, la phrase qui permit à la jeune fille de lui céder son entière et pleine loyauté.




"C'est le moment de savoir si vous pouvez me faire confiance.. aveuglément. "

"C'est déjà le cas. Mais..", fit-elle en le dépassant, n'achevant pas immédiatement sa phrase.



Accélérant la cadence, elle s'empressa de sortir son carnet et d'entreprendre un gribouillage.
Cela faisait longtemps que ses dagues n'avaient pas pris l'air et l'appel désespéré qu'elles lançaient à leur maîtresse la suppliait avec insistance de laisser libre court à la mort, il était certainement l'heure de les affuter quelque peu. En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, une paire de lames acérées firent irruption entre ses mains, sortant des tréfonds de la feuille blanche qui servait de support à leur pouvoir et à leur simple existence. Lors de la seconde qui suivit l'apparition de ses armes fétiches, elle se trouvait parmi les airs à l'aide d'un habile et puissant saut avant d'atterrir, ses lames à l'affut, sur un soldat pêche qui mourut sur le coup. Du jus de fruit jaillit du corps assassiné et éclaboussa la jeune fille. Aucun grognement, ni d'injure ne sortit d'entre ses lèvres, bien au contraire, elles se tordirent en un sourire d'extase. Sa langue glissa doucement sur ces dernières, léchant avec avidité le liquide sucré qui perlait sur son visage. Quelle douce sensation que ce goût délectable et voluptueux ! Cela émoustillait ses papilles et la régalait. Même si le sentiment n'était pas exactement semblable à celui de transpercer la chair d'un être humain, cela s'en approchait très fortement.

La constitution de l'homme est essentiellement molle, un simple couteau de cuisine pouvait déchirer les organes vitaux et causer le décès immédiat de la personne attaquée. Quant aux fruits qu'était les pêches, rien n'était plus pâteux et flexible que leur contenu, ce qui en faisait des amis proches des humains sur ce point. Pivotant vivement vers Khildar, elle écarta les bras en signe de parfaite confiance et d'assurance, ses cheveux flottant légèrement par le vent et tournant le dos au soleil, un sourire mêlant légère folie et amicalisme contrôlé sur le visage.





".. A vous de savoir si vous le pouvez.", déclara t-elle, terminant ainsi sa sentence précédente laissée en suspend.




Le combat pouvait commencer.
Enfin un peu d'action dans ce royaume sucré et coloré.
Il était temps de laisser place à la pure folie qu'était la création.
Plus aucune distraction n'était autorisé, seul comptait ce qui allait se produire.
Ses dagues fermement maintenues entre ses mains tâchées, elles étaient parfaitement prêtes à semer le chaos autour d'elles, tout comme leur invocatrice qui était tout à fait disposée à satisfaire le moindre de leurs désirs. Un léger rire cristallin résonna dans l'air, laissant présager le commencement de sa descente aux enfers. Il n'y avait personne ici pour la juger de ces actes, ils allaient tous périr ici dans d'atroces souffrances et ainsi ne plus jamais revoir la lumière du jour. On ne se mesure pas à elle sans réelle conviction de se battre.

Courbant le dos et prenant appui sur ses jambes pliées à la limite de la perpendicularité, elle s'appliqua à entreprendre un sprint en direction d'un duo de pêches situé à la lisière de deux arbres, le tout entouré de buissons touffus et verdoyants. Accélérant en sorte que sa vision lui rende une image plus nette de ses futurs minuscules adversaires, l'adrénaline envahissait les canaux artérielles de ses organes sollicités. A mesure que ses membres accéléraient, une expression de plaisir et d'impatience se formait sur son doux visage. Elle allait enfin pouvoir se laisser aller ne serait-ce que pour quelques minutes seulement de distraction malsaine. Oui, tout cela n'était que du divertissement, leur ôter la vie était un acte amusant en soi, l'on se considérait tel une entité surpuissante décidant de qui possédait le droit de vivre et ceux qui n'en avait point l'honneur. Le monde est cruel et il faut en connaitre les ficelles de son fonctionnement pour espérer y survivre. Aujourd'hui, elle avait décidé que ces personnes abjectes ne méritaient pas leur existence inutiles et insignifiantes au sein de cet univers. Ils avaient décidés de les attaquer, ils en paieraient les frais.

Toujours un sourire purement malsain sur ses lèvres rosées, un cri de joie retentit dans les bois.
Ses adversaires salement armés ne comprirent pas immédiatement ce qui se passait actuellement.
Une tornade blonde se jetait violemment sur eux et ils se voyaient dans l'obligation de se défendre pour éviter de la prendre de plein fouet. Leurs petits corps ne le supporteraient pas. Bien décidée à leur montrer ce dont elle était capable en tant que être humain de sexe féminin, Lithium se jeta tête baissée dans le combat. Apercevant les deux arbres feuillus à leurs côtés, elle prit appui sur l'un et se jeta sur l'une des pêches qui ne saisit pas la dangerosité de la situation. Il sortit son épée légèrement tordu à l'embout et tenta un piqué. La jeune fille esquiva par un gracieux entrechat sur sa droite, fit une embardée et se contenta de planter sa dague droitière dans la hanche de son ennemi qui s'écroula, agonisant, sur le sol. Son compagnon, terrifié, voulut lui venir en aide malgré son appréhension. il s'avança, se protégeant à l'aide de son bouclier en bois rongé par les mites, en direction de la voyageuse qui, observant la pêche clouée au sol, se délectait de le voir souffrir de cette façon aussi atroce. Il se vidait de son jus à une vitesse phénoménale, mais.. pas suffisamment phénoménale à son goût. Sans vergogne, elle lui asséna un violent coup de pied de part le flanc, ouvrant un peu plus la plaie et accélérant l'écoulement du liquide sucré.

Horrifié d'une telle cruauté envers son camarade, la pêche cracha un cri de guerre et se jeta sur Lithium. La jeune fille releva les yeux, la colère s'emparant d'elle. Ce misérable individu avait interrompu le splendide spectacle auquel elle assistait. Il allait déguster l'affront qu'il venait de commettre à son égard. Plus jamais il ne l'empêchera d'observer un aussi beau et délicat panorama. Parant l'épée de mauvaise facture dont il était possesseur, elle envoya valser le bouclier à l'aide d'un puissant et vigoureux coup de genou et lui asséna une attaque rapide. Désespéré mais néanmoins courageux, il contrecarra l'offensive et riposta de plus belle. Esquivant de nouveau, l'invocatrice entreprit d'esquisser un saut pour se retrouver derrière le fruit et transperça sa poitrine à travers un coup entre les omoplates, du moins, là où elles sont censées se trouver chez un être humain. Crachant du liquide tirant vers le rosé translucide par la bouche, il s'affaissa lentement, rejoignant ainsi son compagnon d'armes dans les tréfonds des limbes. Lithium les observa un bref instant, ravie de son ouvre. Quelle beauté que deux âmes réunies ainsi dans la chair et le sang, du moins le jus ici. Leurs liquides vitaux s'unissaient entre les crevasses du chemin de poussière et finirent par former une fine flaque colorée mêlant émotion et fatalisme.

Se détournant des cadavres, elle s'appliqua à chercher de nouvelles victimes.
Balayant les environs du regard, celui-ci finit par s'arrêter sur deux personnages se dirigeant en direction de Khildar. Non, cela n'allait pas se passer comme ça. Une nouvelle course fut engagée et achevée sur un rire avant de se retrouver entre les pêches et son allié complètement siphonné. D'ailleurs, il s'en sortait plutôt bien pour un gentleman habillé essentiellement de blanc. Néanmoins, ces vêtements n'étaient plus si immaculés que cela. Des tâches de sang et de jus gluant se distinguaient très nettement sur sa chemise. Dommage, le jus gâchait absolument tout. Le sang paraissait être le sien. Pas le temps de s'en assurer et s'en inquiéter également. A la fin de l'embuscade, elle pourra examiner le problème plus en profondeur. Elle reporta immédiatement son attention sur ses nouveaux adversaires, étonnés de voir débarquer la demoiselle, interférant ainsi leur attaque censée être surprise.




"Je vous dérange peut-être ?", déclara t-elle sur un ton faussement aguicheur.



Désemparés, les fruits rondelets ne savaient plus où se mettre.
Quels imbéciles pensa t-elle, une simple remarque et ils ne savent déjà plus pourquoi ils sont là.
De vrais amateurs. Patiemment, elle attendit une réaction de leur part. Ce n'était pas drôle si elle était la seule à s'amuser dans cette histoire. Une minute entière s'écoula avant que l'un deux se décida à tenter une offensive sur sa personne. Bien entendu, elle esquiva, rieuse. Son rire les agaçaient. Il était cristallin, moqueur et méprisant, il n'avait rien de semblable à son rire habituel qui était chaleureux et communicatif. Il contribuait à attiser leur fureur de se battre. Cette fois-ci, l'attaque fut plus consistante et plus violente à la fois. Ils se jetèrent ensemble sur la jeune fille qui continuait à esquiver. Elle semblait danser et glisser sur la terre, flirtant avec les lames, courtisant ces dernières. Rien n'était plus divertissant que d'aviver la flamme de la haine.

Finalement, l'un deux réussit à interrompre sa danse.
Une encoche se forma au niveau de son épaule droite, quelques gouttes perlant de celle-ci.
Elle s'arrêta net. Sa tête s'inclina sur la plaie certes superficielle, mais qui avait entaché sa fierté et qui commençait à salir le début de la manche de son tee-shirt. Lentement, son cou ramena en place son crâne et ses yeux se posèrent sur l'effronté dont le corps cachait une partie de celui de son couard de camarade. L'avait-il vraiment touché ? Avait-il vraiment osé la toucher ? C'était le plus intolérable des affronts qu'il pouvait lui faire en plus de l'interrompre de manger. L'embêter alors qu'elle s'amusait comme une folle était tout simplement honteux. Cet acte odieux allait leur être rendu au centuple.

Furieuse, elle transperça sans attendre son agresseur sous les yeux horrifiés de son camarade.
Décrochant le malheureux à l'aide de son pied, elle écrasa le visage de ce dernier une fois qu'il tomba sur le sol. Son regard était noir, froid et terrifiant. Elle ne supportait pas qu'on la touche et ce, sans son autorisation ou son consentement. Voyant que du jus de pêche coulait sur sa dague, elle se permit de l'en nettoyer. Lançant un regard sadiquement maîtrisé, elle léchant le liquide sucré se trouvant sur la lame de sa dague droite. Son adversaire fruitier ne pouvait tolérer un geste aussi irrespectueux envers ses congénères morts face à ce monstre qu'elle était. C'était comme ça qu'ils voyaient tous ces deux voyageurs; de véritables monstres, des assassins tuant pour leur bon plaisir. Sachant pertinemment qu'il n'en sortirait pas indemne, le soldat si malaisément équipé se jeta avec rage dans la gueule du loup. Lithium l'accueillit à bras ouverts. Oui, elle était un monstre. Et ce fait, elle commençait petit à petit à l'assumer. Il fallait se rendre à l'évidence, malgré ses relations amoureuses et amicales qui l'avait maintenu en léthargie, rien n'avait pu annihiler sa vraie nature. Vlad, Daniel, Chrystel, ses potes habituels et ceux de buvette, même Caleb.. Elle aura sûrement des comptes à leur rendre si ils venaient tous à l'apprendre. Quoique Caleb elle s'en fichait royalement. Ce serait plutôt de Vlad et de Daniel dont elle avait peur. Quelle serait leur réaction ? Il ne fallait pas qu'ils l'apprennent, par aucun moyen. Si il advenait qu'une bribe d'information parvenait à leurs oreilles, elle était sûre d'être foutue. Pour Daniel, elle n'avait pas à s'en faire, il se trouvait en Angleterre et autant qu'elle ne le sache, il n'était pas un voyageur, du moins, elle espérait que ce ne soit pas le cas.

Tout en pensant, elle para l'offensive mal organisé de la pêche.
Lamentable. N'était-il donc pas capable de faire mieux que cette vulgaire tentative de débutant ?
Finalement, elle esquissa un jeu de jambes sur sa gauche et planta l'une de ses lames dans le flanc du fruit. La seconde vint se loger bien profondément dans le crâne de son attaquant. Bon, un autre de moins, il n'en restait plus qu'un à effacer de la surface de Dreamland. Elle s'approcha lentement du dernier fruit qui transpirait de frayeur. Une expression d'étonnement se glissa sur le visage de Lithium. Etait-elle effrayante ? Non, ce n'était pas possible. Elle était adorable, elle avait toujours été adorable. En quoi tuer quelques personnes changerait sa façon d'être ? Souriant de nouveau, une idée lui traversa l'esprit. Ils ne savaient pas pourquoi ces soldats de pacotille étaient là. Il fallait donc que l'un d'eux leur dise qui les envoyaient ou pour qui ils travaillaient. Elle s'en chargerait. La torture de fruit ça la connaissait, elle en mangeait tous les jours et savait comment faire durer le plaisir de l'attente insupportable d'être mangé.

La pêche planta son bouclier devant lui, espérant ainsi se protéger.
La jeune fille toujours marchant dans sa direction, ria de plus belle en voyant cette scène.
Rien ne peut se mettre en travers de sa cible et elle, rien ne peut entraver sa route, sa détermination d'aller au bout des choses était inébranlable. Elle ficha une de ses dagues dans le pavois de bois et expulsa ce dernier avec celle-ci qui s'évapora dans les airs, laissant le bouclier rebondir sèchement sur le sol. Avec sa dernière dague, elle envoya valdinguer plus loin l'épée de métal qui se ficha dans la terre. Sa seconde arme vint finalement se figer dans le pied droit de l'attaqué avant qu'un violent coup de coude vint atterrir dans le visage du fruit. Il s'écrasa sur le sol, hurlant à la mort. Toujours rieuse, Lithium ôta son arme qui frémissait de plaisir à l'idée de faucher une autre vie, mais son invocatrice en avait décidé autrement, pour le moment. Son arme dans la main, elle s'accroupit et l'a fit glisser sur le corps du vaincu, ignorant le sort qui lui était réservé. Puis, elle enfonça quelque peu la pointe entre les deux yeux du blessé et se promena jusqu'en bas. Ensuite, avec une lenteur contrôlée, elle approcha sa main du visage de la pêche scarifiée. Celui-ci voulut reculer mais la douleur de son pied était bien trop intense pour qu'il puisse esquisser le moindre mouvement. Son corps fut parcouru de tremblements violents. Qu'allait-elle lui faire ? Finalement, du bout de ses doigts, la jeune fille s'empara d'un morceau de peau du fruit et tira dessus, toujours aussi doucement. Un cri immonde se fit entendre. Ce que c'est simple de torturer un fruit..





"ARRÊTEZ !!
JE VOUS EN SUPPLIE !!!"


"Oh bah non voyons, faut savoir faire durer le plaisir !", fit-elle en tirant d'autant plus.

"Mais.. Mais pourquoi faites-vous ça ?!!"


"Parce que j'aime ça. C'est tout.
J'aime vous voir souffrir, c'est amusant."
, elle susurra le dernier mot.
"Maintenant, vous allez me dire tout ce que vous savez."

"Je n.. ne peux pas."

"Je vois.", et elle continua à décrocher la peau.

"AAAAH !!!
C'est bon d'accord, je vais parler."





Hé bé.
Heureusement qu'il n'avait pas fait partit de la Résistance à l'époque de la guerre.
Ils auraient été sûrs de se faire balancer par ce lascar de pacotille, une vraie mauviette.





"Qui vous envoie ? Pour qui travaillez-vous ? Quels sont vos buts ?"

"Nous sommes la Société Secrète des Pêches du Soleil qui se couche à Droite."

"Pardon ?"

"C'était le nom originel !
A présent nous sommes le SSPSE.
La Société Secrète des Pêches du Soleil Endormi."


"Pourquoi pas.
Vous êtes encore plus étrange que le majordome là-bas..
Bref, quels sont vos objectifs ? Pourquoi nous avoir attaqués ?"


"Nous avions entendu parlés de voyageurs qui se rangeaient du côté de la paix et..
Notre association est totalement contre cela ! Nous ne voulons pas de cessez-le-feu entre les deux cités de Pêchya et Abricotol. Nous perdrions de nouveau notre fierté de Pêches et serions racolés à ces abricots mangeurs de concombres ! Nous ne pouvons tolérer cela ! Après quelques recherches, nous avions compris que les voyageurs en question s'étaient associés pour le compte d'un amour impossible."
, il esquissa une grimace.
"Imaginer notre princesse bien-aimé avec un.. un abricot, c'est abject ! C'est totalement contraire à la loi du Noyau ! Il fallait que quelqu'un mette un terme à cette mascarade."

"Vous en quelque sorte.
Sauf que vous n'imaginiez pas vous frotter à des gens de notre espèce."


"Exactement.
Maintenant, je me meurs, seul.
Je vais mourir dans l'initiative horrible que nos royaumes redeviennent amicaux."


"Et bien, merci pour vos infos.
Êtes-vous encore nombreux dans votre.. association ?"


"Non.
Il ne reste plus que la secrétaire.
La pauvre.. Toute seule derrière son comptoir.
Elle doit s'ennuyer la bougresse."


"Si vous le dites.
Je vais vous dire ce que j'en pense."





Et elle planta sa dague restante dans le corps du fruit.
Elle retourna et retourna son arme dans celui-ci, souhaitant le faire suffisamment souffrir pour qu'il regrette ses paroles précédentes. Ces pêches lui donnaient la nausée. Il était d'un nationalisme et d'un racisme pur et dur. C'était eux les êtres abjects.





"Vous n'êtes que de vulgaires points dans l'univers.
Ce sont vous les êtres immondes, votre cour est noirci de votre intolérance et de la discrimination dont vous faites preuve envers vos voisins abricots. Ce sont les gens comme vous qui empêchent la diversité des espèces de se répandre. Vous me dégoûtez. Votre racisme n'a d'égal que votre soi-disant idéal. J'espère que vous pourrirez ici dans la plus longue et profonde des agonies."





Une fois son œuvre achevée, elle se leva.
Se dirigeant vers Khildar, elle révoqua son arme restante.
En le voyant, son comportement changea du tout au tout.
Il était blessé ! Lithium courut vers lui, inquiète. Ses vêtements blancs étaient entièrement tâchés, que ce soit par la poussière ou le sang qui coulait de son bras. Mais, elle ne pouvait pas entreprendre une quelconque approche vers lui car 7 guerriers subsistaient encore. Tout cela n'était pas près de finir. Maintenant qu'elle avait révoquée ses armes, que pouvait-elle bien choisir à présent ? Une rapière peut-être ? Oui, ça lui rappelait de bon souvenir avec ce garde de Delirium. Que du bonheur ! D'ailleurs, qu'était devenu Fhörn et son père ? Toutefois, ce n'était pas le moment de penser à des futilités, bien qu'elle s'en souciait énormément. Elle choisit d'invoquer cette splendide arme à la lame rosée et dont la garde était faite à l'italienne. La décrire de nouveau serait bien trop long tellement sa beauté irradiait les environs. C'était une lame parfaite, splendide. La voir suffisait de remplir Lithium de bonheur.

C'était reparti pour un autre combat.
7 guerriers pour trois. 2 pour chacun et elle leur laissait l'honneur du malaimé qui trouverait bien chaussure à son pied entre Laënoris et Khildar. Son arme à la main, elle se cambra en position d'attaque, attendant patiemment d'avoir un adversaire. Cela ne durerait pas longtemps. Le seul ennui était qu'elle était obnubilée à présent par la blessure de son camarade. Ce n'était pas bien grave mais cela suffisait à la déconcentrer. Voilà son seul défaut qu'elle se devait de travailler dans la plus grande des priorités. Elle était certes monstrueuse et sans pitié quand elle le voulait mais ses compagnons passaient avant tout. Une pêche fit une offensive dans sa direction. Distraite, elle l'esquiva sans difficulté mais vit la pointe de l'épée de son adversaire lui érafler la hanche. Elle ne sentit pas immédiatement le coup. Ce ne fut qu'au moment de riposter qu'elle ressentit une brève mais non moins vive sensation douloureuse. Elle jeta un rapide coup d'oil et vit la plaie superficielle qui décorait sa hanche gauche. Et voilà que son tee-shirt préféré était de nouveau abîmé. Espérons qu'à la prochaine nuit, si il advenait qu'elle se retrouve avec celui-ci, qu'il soit raccommodé. Si ce n'était pas le cas, cela l'ennuierait énormément. Et l'on sait très bien qu'il ne vaudrait mieux pas qu'elle soit énervée.

Quand elle vit sa blessure, elle se reprit.
Pas question de se laisser distraire par des éléments extérieurs à son combat.
Il était impératif de rester concentré sur l'objectif fixé qui était de tuer ces imbéciles jusqu'au dernier.
Un bref instant elle s'était laissé distraire par son camarade mais elle ne se laisserait pas y reprendre.
Furieuse que son vêtement soit de nouveau abîmé, elle empoigna avec force sa rapière rougeoyante et se jeta à corps perdu dans un duel qui fut malheureusement bien court. La pêche ne semblait pas habituée à un combat d'aussi près et ce, face à une adversaire déterminée à achever sa quête par n'importe quel moyen, fougueuse et passionnée. Quelques cliquetis d'épées furent échangées et avec une rapidité effroyable, elle transperça violemment le fruit qui resta, pendouillant, sur la lame de son arme de feu. Et un autre qui avait rejoint les limbes abyssales de la mort. Méprisante, elle balança le cadavre à travers un fourré en un tournoiement de main. Un seul ennemi se présentait à elle, tremblant et terrifié à l'idée de mourir si jeune. Mais quelle stupide initiative de d'être enrôlée dans cette secte de malheur ! Voilà qu'il allait disparaître dans un lieu totalement désert la plupart de l'année, sans sépulture ni aucune marche funèbre. Quel décès minable et pathétique.

Lithium s'avança, le sourire aux lèvres, sa langue caressant le long de sa lame flamboyante, se délectant du nectar sucré qui en imprégnait sa superbe arme. Si cet imbécile de fruit pensait venir à bout d'elle, il s'égarait totalement du futur qui l'attendait. Elle allait l'éliminer sans le moindre sang-froid ni aucune pitié. Son rire cristallin retentit une dernière fois autour d'elle, mais ce fut un rire à glacer le sang cette fois-ci. Si péter un plomb tout en étant parfaitement consciente de la situation qui se déroulait devant soi était possible, alors la jeune fille se trouvait probablement dans cet état de lucidité. Ses nerfs lâchaient mais elle savait pertinemment ce qu'elle faisait, tout était parfaitement contrôlé que ce soit le rire, ses gestes et ses paroles blessantes. Le fruit fondait sur place tant la peur s'emparait de ses membres et de son esprit. Distraire et désemparer son adversaire était généralement étape à la plus simple des victoires, ce qui s'apprêtait à être le cas. Le soldat n'eut pas le temps de souffrir ou de ressentir une quelconque douleur tellement l'invocatrice fut rapide sur ce coup-ci. En un mouvement de jambes, elle esquissa un tournoiement sur elle-même, frappa à l'aide de son épée le sol pour s'éjecter dans les airs et en une vigoureuse roulade elle atterrit sur la pêche qui s'écrasa sous la force du choc, la rapière plantée entre l'arcade des sourcils. De son pied, elle écrasa une fois de plus le visage du défunt imbécile qui avait osé se mesurer à eux puis essuya sa lame à l'aide d'une feuille d'arbre qui venait de glisser à ses pieds. Jetant un dernier regard amoureux à son arme luisante, elle la révoqua et soupira. Son endurance physique était telle que la voyageuse était à peine essoufflée. Les sports qu'elle avait pratiqué durant toutes ces années faisait qu'elle détenait une résistance à la fatigue assez conséquente et suffisante pour soutenir plusieurs combats à la suite le tout en s'amusant et en faisant perdurer la bataille. Mieux vaut prévenir que guérir dans ce domaine.

Elle se souvint soudainement des multiples blessures de Khildar.
Un frisson électrisa l'intégralité de son corps et elle s'empressa de se diriger vers lui.
Son combat avait été achevé comme elle le pressentait et elle courut en sa direction.
Voyant quelques contusions et estafilades sur ses membres, elle s'empressa d'invoquer une boîte de secours. Franchement, sa peur des bandes-dessinées était minable mais le pouvoir qu'il lui avait octroyé grâce à cette phobie était d'une utilité monstrueuse. Au fur et à mesure qu'elle gagnait en puissance, elle possédait la capacité de créer plus d'objets et de matériaux quelconques, voire des animaux d'une taille imposante. Elle n'utilisait pas la totalité des techniques que son don lui procurait mais pour l'instant, elle se contentait de ce dont elle préférait se servir, en quelque sorte, des armes blanches. La feuille sur lequel elle avait dessiné se tordit dans tous les sens et ce qu'elle avait croqué apparut. Du mercurochrome, des pansements, des bandes stérilisées, des compresses, tout l'attirail nécessaire aux premiers soins. Sa folie l'a quitta instantanément quand elle voulut soigner le voyageur. Elle était presque paniquée. Elle le fit asseoir sur le premier rocher qu'elle vit au bord de l'eau.




"Ne bouge pas !
Il en faut pas que ça empire."
, dit-elle en appliquant du désinfectant sur la plaie de son bras gauche.
"Et surtout, laisses-toi faire.
Aucune résistance."
, rajouta t-elle doucement.


Une fois la première plaie désinfectée, elle s'empara d'une bande.
Elle appliqua précautionneusement celle-ci sur la blessure, prenant soin de ne pas lui faire mal.
Remarquant que ses vêtements étaient entièrement tâchés, sales et déchirés, elle eut un soupir.



"Mais comment t'es-tu fais ça ?
Tu ne pouvais pas faire un peu attention tout de même ?
Tes vêt.. Vos vêtements étaient tellement élégants et soignés !
Maintenant, ils sont tout crasseux et la couleur immaculée est entièrement souillée."




Sur ces mots, elle se souvint que les siens étaient également abîmés.
Elle n'y prêta pas attention et continua de désinfecter et de bander les ecchymoses du Lord.
Elle jeta néanmoins un regard sur le majordome Laënoris qui, lui, ne semblait n'avoir rien à se rapprocher. Pas une blessure, du moins, visible, ni aucune éraflure sur le visage contrairement à elle qui en possédait une sur l'une de ses joues, quelques gouttes perlant succinctement de celle-ci. Bon, au moins, elle n'aurait pas trop à s'approcher de cet homme. Un malaise s'emparait d'elle à chaque fois qu'elle se retrouvait trop près de lui. Sans y prêter attention, elle posa son coude sur la jambe droite de Khildar qui eut un bref tressaillement instinctif. Rapidement et sans prêter gare à l'inconvenance de son geste, elle releva immédiatement la jambe du pantalon découvrant des bleus et un enfoncement au niveau du genou, laissant à croire qu'il avait dû poser ce dernier sur un caillou suffisamment mal formé pour créer une cavité de la sorte. Répondant à son premier acte, elle souleva la seconde jambe de pantalon dévoilant encore plus d'ecchymoses. Mais comment avait-il pu être ainsi malmené ? Peut-être était-ce sa consistance qui faisait qu'il se blessait ainsi ? Qu'importe, elle avait les ustensiles nécessaires. Attrapant dans la main gauche le creux de son genou droit, elle fit couler le fameux désinfectant le tout avec un coton imbibé, elle souffla doucement sur la plaie pour faire sécher quelque peu le liquide aseptisé et enroula finalement le membre rotateur dans une nouvelle bande. Elle finit son œuvre sur l'application sur le bout des doigts d'une pommade pour les meurtrissures extérieures autant que musculaires. Ainsi, elle acheva les premiers soins.

Récupérant ses accessoires, elle s'assit sur le caillou voisin et fit glisser de son épaule la manche de son tee-shirt légèrement déchirée, dévoilant ainsi cette dernière à l'air libre. Empoignant le désinfectant, elle s'en appliqua sur la plaie superficielle, l'a nettoya précautionneusement car lors du combat elle avait accueillit quelque peu de poussière et y posa un simple pansement. Elle s'attaqua ensuite à sa hanche qui avait un peu plus souffert que la précédente blessure car au fur et à mesure de ses combats qui s'accumulaient, elle s'était agrandit. Elle releva de nouveau son haut pour soigner cette cicatrice sanglante. Un contour de bandage suffisait amplement. Tout cet acheminement terminé, elle révoqua sa boîte de secours. Puis, elle récita tout ce que la pêche qu'elle avait torturée lui avait avoué et finit sur le fait qu'il était grand temps de se dépêcher, qui sait si le fruit n'avait pas menti sur le fait qu'il ne restait plus que cette soi-disant secrétaire. Ils reprirent donc leur chemin vers Abricotol, récupérant le couple fruitier qui s'était caché derrière un buisson bien touffu, tout tremblant face à ce qu'ils avaient vus. Leurs alliés étaient purement effrayants mais ils n'avaient pas le choix que de continuer leur aventure avec eux. Ils avaient intérêt à se tenir à carreaux si ils voulaient rester en vie. Enigmatiques, voilà ce qu'ils étaient ces deux là.

Lithium s'excusa toutefois auprès de Khildar pour ses gestes déplacés et sa sans-gêne à propos de ses blessures quand elle s'était occupé de lui, espérant que cela ne lui porte pas préjudice. Puis finalement, elle osa lui poser une question quelque peu étrange.




"Dis-moi, est-ce que..
Vous êtes-vous amusé ?
Ce combat a t-il été suffisamment divertissant à votre goût ?"




Tout en marchant et en attendant une réponse, le groupe traversa les portes de la cité sans pour autant s'en rendre compte. Personne ne prêta attention à l'étrangeté de la composition du bataillon mais quelques regards s'attardèrent sur leur origine.





__________



Lithium s'exprime
Bis vous insulte

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MessageSujet: Re: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptyDim 5 Fév 2012 - 23:26
Acte IV : Remember

Une terre de poussières. Un ciel dénué de nuages. Une rivière orangée. Un soleil éclatant de chaleur. Tel était le paysage. Ce paysage qui s’embrassait du regard. Un regard fou, certes, mais attentionné. L’ombre des feuillages n’était pas à porté et ne couvrait que les abords de la rivière. Le gué possédait bien quelques rochers et le niveau de l’eau y était moindre, facilitant le passage. Ce passage entravé par de piètres guerriers pêches misérablement armés et piteusement protégés attaquant pour un idéal nationaliste radical.
Ils gisaient bon nombre de ces extrémistes sur le sol. Leur jus se faisait ruisseaux sur la terre ocre et chaude. Leur douce chair était exposée à la chaleur des rayons en conférant à l’air une odeur particulière ; sucré et délicieuse. Cette délicate odeur de pêche éventrée se mariait avec plaisir aux effluves d’orange de la rivière.
L’eau de cette teinte s’écoulait, indifférente des corps vautrés en son lit. Certains des guerriers avaient trouvé la mort pour finir enveloppés de liquides, leur jus s’écoulant pour disparaître dans la rivière. Leurs armes finissaient de rouiller et leurs armures ne s’écailler. Ils n’étaient pas les poissons de fer de la rivière, mais bien ses rochers meurtris.

Seulement, il demeurait encore des survivants. Sept était leur nombre, hésitant était leur esprit. Ils avaient assisté au combat de leurs comparses et avaient pu se faire une vague idée de la puissance de ses voyageurs.
Pourtant, ils avaient foi en leur cause et ils se devaient de battre ces gêneurs pour accomplir leur plan, à savoir capturer les deux amoureux transis et les raisonner. Ils serrèrent encore plus leur épée et se jetèrent corps et âmes dans la bataille, espérant vaincre ou tout du moins survivre.

Leurs adversaires étaient prêts à les accueillir. Oscar retrouva sa dignité une fois délesté de sa veste lacérée. Il jaugea ses guerriers d’un regard dédaigneux et resserra son étreinte sur ses dagues. Elles avaient goûté à la tendre chair de ses pêches et ne comptaient pas briser là ce repas. Leur faim se faisait ressentir et il fit jouer ses poignets pour détendre ses muscles.
Sa blessure au bras le faisait souffrir et le sang ne cessait de couler sur son bras en un mince filet mais il n’en faisait pas grand cas. Son genou réclamait aussi de l’attention mais il lui intima le silence en prenant une profonde inspiration. La douleur n’était qu’une simple information à assimiler. Elle pouvait être ignorée avec une grande concentration
.

Mais comment voulez vous vous concentrer quand des démons ne cessent de vous crier des conseils plus ou moins utiles ?!

La douleur demeura donc. Oscar était conscient que ses mouvements allaient être moins fluides, surtout au niveau de son bras et de sa jambe. Prendre appui sur cette jambe relevait de la folie.
Néanmoins, son maintien n’en pâtit pas. Il s’était redressé de toute sa hauteur et observait les arrivants avec calme. Mais ses yeux étincelaient. Ils brillaient, témoignant de l’état d’esprit dans lequel se trouvait l’aristocrate. Il souffrait mais peu lui importait. Il s’était diverti en portant des coups de lames et avait l’intention de finir ce ballet dansant. Son souffle était régulier mais ses traits étaient tirés dans un rictus malsain. Il était droit de stature mais tordu d’esprit.

A ses côtés, Laënoris se contentait d’être présent. Il n’avait subi aucune blessure, son costume demeurant impeccable, hormis quelques poussières et gouttes qu’il n’avait pas eu le temps de nettoyer pour le moment.
Le majordome attendait son maître et se préparait à agir, réfléchissant aux diverses possibilités pour mettre fin à cette embuscade. Sept adversaires, ils étaient trois. L’un d’eux allait avoir l’honneur d’un guerrier en plus.

Lithium s’approcha et put mesurer ce qui les attendait. Elle devait avoir combattu avec une verve admirable mais semblait tout à fait à même d’en découdre à nouveau. Quelques blessures venaient rougir le sublime tableau de son corps mais elle ne paraissait pas y prêter attention.
Par contre, elle avait été touchée des dégâts subis par le Lord. Ce dernier ne fit pas attention à elle, tellement certain de sa compagne d’armes. Il sentait qu’il n’avait pas besoin de quérir son état de santé. Il la savait à ses côtés et cela suffisait. Il lui faisait confiance, comme elle lui faisait confiance.
Laënoris jeta un coup d’œil à la voyageuse et ne changea pas son expression si sereine. Etrangement, elle n’avait pas l’air de l’apprécier, sans qu’il sache pourquoi. Aucun souvenir où il se serait mal comporter avec la demoiselle ne lui venait à l’esprit. Il avait donc décidé de passer outre cette inimité pour se concentrer sur le combat à venir.

Les pêches chargèrent donc, chacune se choisissant un adversaire.
Tandis que Lithium démontrait son habilité à manier le fleuret, Oscar témoigna de son sens personnel du combat.
Il se lança à l’attaque, ses dagues prêtes à fendre. Ses pas étaient longs mais légers, provoquant des éclaboussures. Son corps n’était plus qu’un élan meurtrier. Le premier guerrier se présenta à lui. Il l’évita d’un pas sur le côté, le contourna et termina son mouvement par un coup de coude entre les omoplates (si tant est qu’il en possède). Emporté par sa charge, la pêche chuta et goûta à l’orange de la rivière.
Oscar continua sur sa lancée et fit face à un nouveau soldat à l’apparence de pêche. Il esquiva le tranchant d’une lame émoussée par un bond en arrière. Puis il prit appui sur ses jambes, lui tirant une grimace de douleur, pour effectuer un demi-tour tout en passant au côté de la pêche armée. Ainsi, il put se trouver derrière le fruit combattant et lui planter ses deux dagues dans le dos. Le pauvre tomba à genoux pour embrasser le fond de la rivière, bien qu’il ne soit plus en état d’en apprécier la douceur.
Sentant le souffle d’une épée dans son dos, le voyageur se baissa prestement, libérant son genou souffrant du poids de son corps en le déplaçant sur son autre jambe. De ce fait, il se trouvait avec une jambe étendue dans l’eau orangée alors que l’autre était fléchie pour le maintenir debout. Dans ce même mouvement de descente, il avait pivoté sur lui-même, l’accompagnant d’un large cercle de ses dagues. Elles ne rencontrèrent rien mais éloignèrent le guerrier. Profitant de ce mouvement de recul, l’aristocrate se jeta sur son adversaire en visant les jambes afin de le faire choir. Il y parvint sans grande difficulté et se retrouva sur le fruit, en dominateur. Ecourtant les éventuelles supplications, il balaya l’épée d’un violent coup de dague dans le poignet et écarta le bouclier d’un autre coup, lui permettant de finalement planter la lame dans le flanc découvert du soldat.
Le voyageur démoniaque quitta bien vite sa victime et observa les alentours. Lithium se débrouillait à merveille, malgré quelques erreurs d’inattention. Laënoris achevait son adversaire avec calme, son visage arborant un fin sourire.

Le majordome avait pris la peine de suivre son maître dans sa confrontation brutale. Lorsque le premier soldat s’était retrouvé au sol, le nez dans l’eau, Laënoris lui avait sauté dessus, les pieds joints. Il n’eut aucun scrupule à se servir du pauvre bougre comme tremplin pour arriver juste entre les deux autres guerriers. Le saut du majordome avait été fatal pour la pêche, son intérieur explosant sous la pression subite pour se répandre par les orifices disponibles, même la peau se fendant.
Une fois entre les deux soldats, le majordome se défendit par des gestes circonspects et calculés pour finalement prendre le bouclier d’un pour bloquer l’épée de l’autre. Frappant d’un mouvement sec de la main le poignet tenant l’épée, il appliqua le même traitement vif à la tempe du guerrier. Sa peau se déchira sous le choc pour laisser échapper du jus et un peu de chair. Considérant le guerrier comme hors service, le démon se retourna vers l’autre guerrier qui tentait d’enlever l’épée de son comparse fichée dans son bouclier de bois. Se rendant compte du peu de chance de survie qui lui restait, il se débarrassa de son bouclier pour prendre son épée à deux mains et se tenir fièrement face à cet être étrange et impeccablement habillé.
Il s’était engagé dans cette société parce qu’il pensait qu’une union entre pêche et abricot était impossible. Si il avait su que cette foi l’amènerait à se battre contre des voyageurs et à voir ses compagnons mourir sous ses yeux, il y aurait réfléchit à deux fois. Mais son sens du devoir et son patriotisme avait parlé plus fort et il avait eu le fol espoir que tout se règlerait parfaitement bien. Lorsqu’ils avaient reçu ce message les prévenant de la position du couple interdit, ils étaient loin de penser qu’il les mènerait à leur mort.
Il était désormais face à son Destin et n’en tenait que plus fermement son arme, conscient de sa fin proche. Il fixait son adversaire et tenta de se calmer, régulant sa respiration. L’eau coulait entre ses pieds engoncés dans des bottes trop petites pour lui. A cause de son faible revenu, il n’avait pas pu choisir la taille de ses chaussures. Même si sa femme travaillait dans les verges, ils ne parvenaient pas à subvenir à leurs besoins. S’engager dans cette société présentait des avantages en nature non négligeable, c’est aussi ce qui avait motivé son choix. Mais il ne se faisait pas d’illusions. En quittant sa femme quelques heures plus tôt, c’était sûrement la dernière fois qu’il la voyait
. Comment allait-elle se débrouiller sans lui ? Avec leurs trois enfants ?

La sensation de lacération dans son dos le coupa dans ses réflexions et sa concentration. Il ne prit pas tout de suite conscience de ce qui lui arrivait. Curieusement, le monde lui semblait ralenti. La douleur ne se fit pas connaître immédiatement. Il sentait juste des picotements lui parcourir la colonne vertébrale. Puis son corps pesa plus lourd. Ses jambes ne purent le soutenir et il commença à tomber. Sa tête se fit si lourde qu’elle l’emporta dans sa chute. C’est alors qu’il comprit. Le froid l’envahissait alors que l’eau orangée l’environnait. Il mourrait.

Le dernier corps à terre, Oscar contempla sa dernière victime. Il l’avait approché doucement pour lui déchirer le dos. Il croisa le regard de son majordome qui affichait une mine satisfaite. En parcourant les alentours, il eut la confirmation que c’était les derniers. Il prit alors la liberté de respirer bruyamment pour reprendre son souffle, les mains sur les cuisses, complètement voûté. Cette échange l’avait épuisé, d’autant plus qu’il était blessé. La sueur perlait sur son front et des mèches de cheveux collaient à ses tempes. Les lames de ses dagues gouttaient du jus de pêche. La manche de sa chemise à l’ancienne couleur blanche accusait une large lacération, la plaie à son bras étant plus longue que profonde.

Alors que Laënoris s’approchait de son maître pour lui administrer les soins nécessaires, la voyageuse aux cheveux d’or, mais à l’esprit combattif lui coupa l’herbe sous le pied. Elle fit s’asseoir Oscar et grâce à ce pouvoir étonnant de rendre réel ce qu’elle dessinait, elle désinfecta la plaie et y appliqua un bandage.
Il se laissa faire, l’observant d’un air serein. Son visage n’exprimait plus sa Folie meurtrière ou de la satisfaction. Ses yeux avaient retrouvé leur teinte glaciale et il se contentait de recevoir les soins prodigués. Ce n’était pas du mépris, juste que son esprit n’éprouvait plus la joie immense ressentie lors du combat. Le temps des distractions était terminé et les conséquences devaient être subies.

Elle le sermonna au sujet de ces conséquences sur l’état de sa tenue vestimentaire. Il est vrai que jusqu’à maintenant, il lui avait été difficile de ne pas finir une nuit avec ses vêtements en lambeaux et tâchés. Il lui sourit avec un air signifiant l’apaisement. Il avait l’habitude de ce genre de chose et s’adaptait. Le retour au vouvoiement l’amusa encore plus.
Combattre au côté d’un voyageur abattait certaines convenances et incitait à un peu plus de familiarité mais cette voyageuse se révélait suffisamment éduquée pour se reprendre et reconnaître les limites. Le combat était terminé, les attitudes, les manières s’accordaient pour retrouver leur niveau habituel.
Même lorsqu’elle prit la liberté de poser son coude sur la jambe du Lord, elle se reprit rapidement à son tressaillement (il n’est pas agréable d’avoir un appui sur une blessure) et continua à le soigner consciencieusement. Il admirait sa méthode et le soin qu’elle donnait à ses gestes. Il était possible qu’elle soit infirmière dans le monde réel.

Elle termina sa tâche guérisseuse et s’attela à faire de même pour elle. Il la laissa faire, ne voulant pas la déranger.
Laënoris se posta aux côtés de son maître et observa la voyageuse avec son indéfectible fin sourire sur les lèvres. Elle ne semblait pas l’apprécier et se méfiait de lui. Il n’en avait cure, seul son maître comptant. Oscar s’amusa de cette tacite inimité et se reposa un moment, donnant la possibilité à son corps de retrouver un rythme normal. Ses muscles avaient été fortement sollicités et son articulation au genou le faisait un peu souffrir. Il n’osa pas se lever pour marcher et se contenta de fixer la voyageuse tandis qu’elle expliquait ce qu’elle avait réussit à obtenir d’une pêche au bord de la mort (qui avait finit par la rejoindre)

Une société secrète au nom ridicule et à l’idéal extrémiste. Si elle se résumait à cette bande de bras cassés, ils n’avaient pas grand-chose à craindre. Toutefois, un doute assombrit la pensée de l’aristocrate
. Comment avaient-ils su où ils se trouvaient ? Certes le roi de Pêchya avait donné son accord pour l’entrevue, mais il ne serait pas allé jusqu’à risquer la vie de sa fille dans une embuscade … Le Roi et la Reine d’Abricotol ne savait même pas que Roméo s’en était allé retrouver sa dulcinée. A moins que … L’un des deux partis soit assez extrême pour commanditer cette embuscade et empêcher l’union honnie.
Il convenait donc de se méfier. Les ennemis étaient peut-être plus proches que l’on pouvait croire. Oscar conserva néanmoins cette suspicion pour lui, ne tenant pas à affoler ces compagnons par des suppositions sans fondement.

Lithium avait terminé de se soigner et ils purent se remettre en chemin. Avant de partir et tandis que la voyageuse récupérait les amants dissimulés dans un buisson, Oscar se mit en quête de son haut de forme rouge. Il le retrouva au sol, là où il avait chût lors de la première charge de son porteur. Il y ôta la poussière et le remit sur sa tête. Son papillon argenté se déposa sur le coin du couvre-chef, ravi de retrouver sa position élevée.
Pour le reste de sa tenue, l’aristocrate donna sa veste déchirée à Laënoris et lui demanda de découper soigneusement la manche lacérée de sa chemise anciennement blanche. Cet arrangement vestimentaire effectué, ils purent repartir en direction de la citée d’Abricotol.

Le genou souffrant, Oscar avançait en boitant légèrement, faisant tinter les chaînes accrochées à sa ceinture et sa poche droite de pantalon. Ils continuèrent leur route, formant un bien étrange cortège. Une appréhension était palpable de la part du couple fruitier. Les voyageurs qui les aidaient avaient certes démontrés qu’ils étaient à même d’accomplir leur tâche, mais la façon dont ils s’en étaient acquittés leur faisait un peu peur.

Lithium présenta ses excuses pour son comportement qu’elle jugeait déplacé lors des soins apportés mais il la rassura d’un geste de la main ; il était conscient qu’elle ne le pensait pas à mal et surtout, il lui était redevable pour cette attention. Elle l’avait soigné et il l’appréciait à sa juste valeur. Elle n’avait donc pas à s’en faire.

C’est alors que l’invocatrice dessinatrice s’enquit de l’amusement pris lors de ce combat. Elle avait l’air hésitante à poser cette question.
Il est vrai que cela pouvait paraître étrange. Et amenait à mieux connaître la personnalité des personnes combattant. Le simple fait qu’elle pose la question ainsi démontrait qu’elle voulait savoir si elle était la seule à ressentir cette satisfaction. De plus, elle avait eu un aperçu de l’état d’esprit de l’invocateur démoniaque. Elle voulait donc avoir une confirmation
.
Pourquoi vouloir savoir cela ?
Pour se donner bonne conscience ?
Parce qu’elle sait qu’elle a tué, que dans la logique dominante, ce n’est pas considéré comme bien ? Elle voudrait donc se rassurer en sachant qu’un autre comme elle éprouvait du plaisir en tuant son prochain ?


Tout en réfléchissant à sa réponse, il s’en posait bien plus sur la voyageuse. Elle ne semblait pas assumer ce côté de sa personnalité, si charmante, en vérité. Elle était éclatante, irradiait les alentours de son sourire mais avait son caractère. Elle ne s’en laissait pas conter. C’est ce qui ajoutait à son charme. Mais ce côté sadique saupoudrait le tout d’un piment si piquant que ça n’en devenait que plus appréciable. Il était regrettable qu’elle n’assume pas son penchant pour le sang.
Il finit par lui répondre, juste avant qu’ils pénètrent dans l’enceinte de la citée, d’un ton joyeux
:

"Ça été un plaisir que de combattre à vos côtés que j’en espère renouveler l’expérience. Vous joutez à merveille, un spectacle divin pour les yeux. Sachez que j’apprécie cette distraction partagée."

Il se fendit d’un éclatant sourire et montra son bras en témoin :

"Je vous remercie pour l’attention que vous m’avez portée. C’est très louable et je saurais m’en souvenir. Vous avez une bonté d’âme tout aussi charmante que votre allure."

La foule les happa dans les méandres de la fière citée d’Abricotol.
Les rues étaient toujours aussi passagères. Durant leur trajet jusqu’au palais aux rondeurs d’abricots, Oscar ne se lassa pas à admirer l’architecture des habitations derechef. La teinte si douce qui couvrait les toitures conférait à la citée une chaude atmosphère, accueillante. La forme des habitations, généralement arrondie, complétait cette sensation. L’éclatant soleil se reflétait dans les fenêtres à vitraux et faisait étinceler les bâtiments.
L’agitation continuellement présente sur les différentes places de marchés faisait monter des clameurs pour donner vie à des quartiers entiers.

En marchant tranquillement, les souliers claquant sur le pavé, il était agréable de se sentir à l’intérieur de la citée. Il pouvait sembler faire partie intégrante, comme une simple molécule compose un corps entier. La citée respirait, possédait ses nerfs, ses organes vitaux et son centre de décision.

Le palais se profilait devant eux. Aux abords de la rivière, il était déjà impressionnant mais plus on s’en approchait, et plus il en imposait. Il n’écrasait pas par sa présence, mais inspirait le respect. Son amoncellement de rondeurs formant les différentes pièces élevait les regards. La fierté des habitants transparaissait dans la possession d’un tel édifice. Il rappelait où siégeait le pouvoir mais aussi glorifiait l’esprit des abricots.

Après avoir suivit Laënoris qui paraissait avoir mémorisé un chemin tortueux à travers la citée, ils parvinrent enfin devant une des entrées auxiliaires du palais. Le majordome ne leur avait pas fait emprunter un itinéraire serpentin pour le plaisir de leur faire visiter. Il leur avait seulement évité les foules et les artères principales afin d’échapper aux éventuels problèmes qui auraient survenus à cause de la présence d’une pêche entre ces murs. Ils avaient évolué en toute discrétion et devait continuer.

Avant de poursuivre, ils firent le bilan de ce qui allait suivre dans une ruelle. Cette ruelle ne brillait pas par sa propreté mais elle restait praticable et n’était pas nauséabonde. Les rayons de soleil ne l’atteignait pas, coincée qu’elle était entre deux habitations de cinq étages en encorbellement, comme la plupart des bâtiments.
Oscar prit la parole d’un ton clair, portant son regard sur chacun
:

"Nous voici rendu au palais. La tâche qui nous y attend n’est pas des plus simples. Il faudra réussir à convaincre les parents de Roméo afin que votre amour puisse être vécu au grand jour et sans entraves.
Pour cela, nous divisons le travail :

Lithium, Roméo et Juliette, vous irez voir le père et userez de bons arguments pour le faire pencher de notre côté. Il est compréhensif et aime son fils. Je vous fais confiance pour lui faire comprendre que cet amour ne peut être que bénéfique.

Laënoris et moi-même, nous nous chargerons de la mère, plus réticente. Laënoris se chargera de récolter les informations nécessaires, fouillant le passé de cette reine si protectrice. Je retiendrais son attention le temps qu’il faudra.

Parce que c’est vital : les deux entretiens doivent être séparés.


Nous nous chargerons donc d’éloigner la Reine pour que vous ayez le champ libre."


Il sourit et demande, d’un ton enjoué :

"Des questions ?"

Roméo et Juliette acquiescèrent, bien qu’ils aient passé plus de temps à s’embrasser qu’à écouter le déroulement des futurs évènements. Lithium exprima son accord et semblait satisfaite de ce plan.

Il leur fallait maintenant pénétrer à l’intérieur du palais sans éveiller les soupçons et en évitant de tomber sur la Reine. L’entrée qui se tenait non loin d’eux donnait sur les cuisines et n’était utilisée que par les domestiques, les livreurs et Roméo lors de ses escapades pour retrouver sa douce et tendre.
Par chance, aucun garde n’était présent et ils purent s’avancer sans crainte. La porte en bois peinte d’une délicate teinte orangée n’était pas fermée et ils entrèrent le plus naturellement du monde, Oscar devant pour prévenir toute présence importune, Lithium suivait, les amoureux derrière elle et Laënoris fermait la marche.

Les cuisines étaient immenses et se composaient de trois grandes salles principales, ainsi que d’une réserve et d’une chambre froide. Les fourneaux étaient impeccablement alignés, les hottes les surplombant. Tout était propre et luisait d’un éclat de céramique et d’inox
. (Apparemment, même à DreamLand on pouvait trouver ce genre de matériaux) Les ustensiles de cuisine étaient suspendus aux murs, attendant patiemment que l’on vienne les utiliser pour confectionner des repas grandioses pour de fastes réceptions. D’autres sommeillaient dans des placards ou sur des étagères.
Tout était calme et pas un son n’émanait de cette pièce. Leurs pas claquaient doucement sur le carrelage et ils continuèrent d’avancer avec prudence. Il ne fallait surtout pas qu’on les surprenne, surtout avec une pêche.

C’est alors qu’un bruit de pas se fit entendre, venant de la salle sur leur droite. Ils se figèrent, ne sachant quoi faire. Une créature imposante, possédant six bras et un grand air de chef entra. Il possédait les traits caractéristiques des habitants du royaume des fruits. Un dos bossu complétait le portrait.
Lorsqu’il vit Roméo, il ouvrit ses six bras pour se jeter sur lui, un large sourire éclairant un visage aux arêtes vives. Serrant contre lui le pauvre abricot qui devint violet une nouvelle fois sous la pression, le chef cuistot du palais ne cachait pas sa joie de retrouver son ami le prince
.

"Roméo, mon chou, te revoilà enfin ! Depuis le temps ! Mais où étais tu donc ? Tu oublies ton vieil ami Francky ? Et qui est donc cette … pêche ? C’est Juliette ?"

Assaillit par le flot de questions et de marques d’affection, Roméo eut bien du mal à contenir le raz de marée de gentillesse provenant de Francky.
Cette créature des rêves avait un cœur d’or et tout son être n’aspirait qu’à la gentillesse. Il n’aurait pas fait de mal à une mouche, même si avec six bras, il devait être bien plus efficace que n’importe quel tapette à mouche.
Il avait été engagé au service du Roi d’Abricotol il y a quelques années. Sa réputation de chef était parvenue aux oreilles de sa Majesté et il fut rapidement sollicité pour diriger les cuisines royales. Il accepta avec joie et faisait son office avec zèle et bonne humeur.
Francky rencontra Roméo alors que celui-ci se baladait naïvement dans tout le palais. Ils firent connaissance et la gentillesse spontanée du chef cuistot toucha le prince qui se lia d’amitié immédiatement.
Lorsque Roméo tomba amoureux de Juliette, Francky fut le premier à le savoir. C’est peut-être d’ailleurs à cause de lui que le reste du palais fut au courant. Il savait tenir sa langue mais dans une explosion de joie, il laissa échapper l’information. Il s’en voulait tellement que pour se faire pardonner, il aida le prince abricot à sortir du palais plusieurs fois pour qu’il puisse retrouver Juliette.

C’est pour cela que la petite troupe n’avait rien à craindre de sa part. Roméo leur expliqua la situation et confirma le soutien qu’ils avaient de la part de cet être haut de 2 mètres (il était plus petit que la moyenne). Il était amusant de voir une telle créature aux côtés d’un abricot atteignant difficilement le mètre cinquante. Pourtant, la bonté du cuistot et la confiance mutuelle entre lui et le prince était visible.

Juliette demeurait assez hésitante sur la conduite à adopter vis-à-vis de Francky mais rassuré par les propos de son Roméo, elle tendit la main vers le chef cuistot qui, ne s’embarrassant pas des convenances, la prit directement dans ses bras pour la serrer contre lui. Elle manqua d’étouffer mais son Roméo vint à son secours en tapant le dos bossu de son ami pour qu’il fasse descendre sa Juliette.
Elle fit remarquer d’une voix étonnée
:

"C’est étrange mais notre chef cuistot à Pêchya vous ressemble … Il s’appelle Francko."

"Normal, c’est mon frère ! Nous nous voyons parfois et échangeons nos recettes pour satisfaire le palais de nos royaux employeurs."

En voilà pour qui la friction entre les deux peuples ne dérangeait pas vraiment. Les deux frères n’avaient pas l’air de se mêler des affaires du royaume. Du moins, pas directement. Francky ne se gênait pas pour aider le prince d’Abricotol à voir la princesse de Pêchya, au risque d’envenimer les tensions déjà palpables. Mais pour lui, ces animosités n’avaient pas de raison d’être et étaient ridicules. Seulement, que pouvait faire un chef cuistot ?

Roméo en vint à présenter les deux voyageurs à son ami
:

"Voici Lithium, voyageuse invocatrice des dessins. Elle a permit à ma douceur fruitée Juliette de venir ici en amadouant son père. Elle dessine très bien !

Et voici Lord Khildar Oscar Axelandre Lan Louis … heu … non … Oscar Louan Lis … heuu"


Oscar sourit et s’inclina légèrement pour prononcer d’une voix respectueuse :

"Khildar, c’est beaucoup plus simple ainsi. Ravi de faire la connaissance d’un expert en cuisine. "

Francky sourit aux deux voyageurs et les serra contre lui (pas de jaloux !) Le cuistot remarqua alors une sorte de majordome occupé à regarder les fourneaux, les cuisinières et tout le matériel de cuisine avec un regard consciencieux et intéressé. Il l’apostropha :

"Hey, et toi, t’es qui ?"

Le démon de majordome se redressa et répondit avec un fin sourire, les yeux légèrement plissé, sa main gantée de blanc sur le cœur :

"Laënoris, au service de Khildar."

Il continua, d’une voix d’excuse :

"Je suis navré, mais cette cuisine m’intéresse. Elle doit être parfaite pour organiser de somptueuse réception et préparer les meilleurs plats qu’il soit. "

Francky bomba le torse, fier de son atelier de création gastronomique et s’enorgueillit à cette remarque.
Conscient que, si on ne l’arrêtait pas, le cuistot était parti pour une logorrhée interminable au sujet de son art de la cuisine, Roméo le stoppa net et incita tout le monde à appliquer le plan. Voyant là l’occasion de retenir la Reine, Oscar demanda si il était possible que le cuistot fasse venir la Reine pour une affaire urgente à régler. La teneur de cette affaire étant la prochaine réception à organiser. Devant la mine interloquée du chef cuistot, Oscar le rassura d’un geste
.

"Nous allons mettre en place une réception. Il est normal de demander l’avis de la Reine."

"Mais une réception pour quoi ?"

"Pour une occasion exceptionnelle ! Nous dirons que c’est une surprise mais concernant Roméo. Une sorte de fête d’anniversaire."

"Mais mon anniversaire n’est que dans deux mois !" Protesta Roméo.

"Qu’importe. Le prétexte étant de fêter un évènement particulier que nous devons taire à la Reine. Car en vérité, nous allons célébrer l’union de Roméo et Juliette !" S’exclama Oscar.

C’était gonflé de sa part mais après tout, pourquoi ne pas tenter le coup ? Si tout se passait bien, cette fête allait être un succès. Ou une véritable catastrophe, selon la réaction des parents. Il rassura les protagonistes estomaqués d’un tel culot :

"Tout se passera bien. Il suffit de convaincre le père par de belles paroles en présentant Juliette sous son plus beau jour, et elle ne devra pas beaucoup se forcer, étant déjà sublime. "

La princesse ne put s’empêcher de rosir, donnant à son teint de pêche une couleur tout à fait appétissante.

"Quant à la mère, nous nous en chargeons, comme convenu. Rappela t il désignant Laënoris. Une fois prise dans nos filets, elle ne pourra qu’accepter cette union, j’en suis certain."

La fermeté de son ton et la rigueur de son regard convainquit les deux tourtereaux fruités qui hochèrent la tête de concert. Ils devaient faire confiance à ces deux voyageurs.

Le moment était venu de se séparer pour œuvrer au bonheur de deux fruits transis d’amour. Oscar s’approcha de Lithium et lui sourit
:

"Je vous fais confiance pour convaincre le père. Si vous argumentez aussi bien que vous combattez, le père rendra rapidement les armes."

Il salua la voyageuse et les deux amoureux d’un geste de la main. Dès qu’ils disparurent dans un long couloir, Oscar se retourna vers Francky et lui demanda d’appeler la Reine. Il n’eut même pas besoin de donner un ordre à Laënoris, ce dernier s’étant déjà volatilisé pour chercher la bibliothèque et les archives afin de fouiller dans le passé de la Reine.

Lorsqu’Elle arriva dans la cuisine, parée de ses plus beaux bijoux, vêtue d’une robe jaune digne de la Renaissance Italienne, il s’aperçut que sa tenue laissait à désirer. Il avait perdu sa veste, il manquait une manche à sa chemise et diverses tâches agrémentaient son costume.
C’est à la mine effarée de la Rein qu’il s’en rendit compte. Il n’avait pas prêté attention aux regards en coin de la populace, préférant se concentrer sur l’architecture des bâtiments.
Elle le rappela à l’ordre d’une voix outrée
:

"Mais que s’est il passé ?! Vous étiez censés peindre aux bords de la rivière et vous revenez à pied, sans matériel de peinture et par les cuisines. Comment expliquez-vous cela ? Et où se trouve mon fils, mon Roméo ?"

L’improvisation fut totale, Oscar ayant omis ce détail.

"Nous avons préféré rentrer à pied, afin de profiter du soleil et du paysage par un autre angle de vue.
Vos coccinelles sont bien dressées et reviennent d’elle-même aux écuries, n’est ce pas ?"


Elle fut forcée d’acquiescer.

"Le matériel de peinture se trouve dans une des sacoches de coccinelle. Quant au tableau que j’ai peint, il n’est pas digne de vous être présenté."

Sa mine fut plus soupçonneuse.

"Enfin, Roméo a tenu à nous faire rencontrer Francky, le chef cuistot. Une agréable rencontre au vu de la réception prochaine."

Ses traits exprimèrent la surprise et elle occulta le reste.

"Quelle réception ?!"

"Mais voyons, la réception en l’honneur de Roméo, votre fils ! C’est d’ailleurs pour cela que j’ai eu l’audace de vous faire venir en ces lieux."

Elle ne comprenait toujours pas et croisait les bras, le regard inquisiteur.

"Vous comprenez, Roméo se sentait coupable de vous avoir causé du souci. Alors j’ai eu l’idée d’une réception en son honneur, pour calmer la tension et égayer les esprits. Rien de tel qu’une fête pour contenter tout le monde ! Et cela nous divertira. "

Il se mit à arpenter la cuisine, Francky demeurant à sa place et la Reine suivant cet étrange voyageur teint de blanc du regard :

"Je suis de nature curieuse, je dois bien l’avouer. N’ayant jamais eu l’occasion de voir une fête donnée au sein du royaume des fruits, j’avais pensé bien faire en vous soumettant cette idée. Mais si vous me trouvez trop audacieux, libre à vous de ne rien en faire. J’irais chez vos voisins, il paraîtrait que leur fêtes sont somptueuses …"

Il n’en fallut pas plus pour que la Reine morde à l’hameçon et explose littéralement :

"Somptueuses ?! Leurs fêtes ?! Laissez-moi rire ! On s’y ennuie à en presser un citron. Ils ne savent pas organiser de réception convenable. Vous voulez vivre une véritable réception ? Vous allez voir !"

Elle se tourna vers Francky qui se mit instinctivement au garde à vous.

"Francky, vous allez nous préparer la plus somptueuse des réceptions de votre vie ! Je veux les plats les plus délicieux, les présentations les plus parfaites, les délices les plus merveilleux ! Faites briller votre talent en confectionner les meilleurs plats."

Il hocha la tête et se permit de souligner, adressant un bref mouvement de tête à Oscar :

"Il faudrait en ce cas que vous soyez auprès de moi pour me dresser la liste de vos exigences. Ainsi, vos désirs seront comblés."

Elle s’accorda sur ce point et ils se dirigèrent vers une petite annexe de la cuisine. Ce n’était que le bureau de Francky, mais il était suffisamment spacieux pour en contenir une centaine comme lui. Un bureau en noyer trônait au centre. D’excellente facture, il témoignait du bon traitement que l’on avait en tant que chef cuistot royal. Les murs qui n’étaient pas dissimulés par de hautes étagères contenant une infinité de livres de recettes étaient submergés par des cadres certifiant Francky comme meilleur cuistot de l’année dans son village, et ce trois fois de suite. Des récompenses à des concours culinaires, des médailles, des coupes (deux Pommes d’Or, qui évoquèrent un souvenir à Oscar, qui ne put s’empêcher de sourire) et diverses autres attestations du talent culinaire que possédait Francky.

Il s’assit dans son large fauteuil et sortit plusieurs feuilles, prit un stylo et à l’aide des nombreuses recommandations de la Reine, il dressa une longue liste des plats à servir, comment ils devaient être présentés etc.

Oscar les laissa faire et méditait sur les paroles de la Reine. Elle semblait bien connaître les fêtes de la citée voisines pour autant les critiquer. L’ardeur même qu’elle mettait à les discréditer lui paraissait exagérée. Comme si … elle savait de quoi elle parlait. Ce n’était pas simplement de l’animosité … mais des souvenirs qu’elle voulait oublier ? Etait ce possible ?

Après s’être assuré que la Reine n’était pas prête de quitter le bureau de Francky, il se mit en quête d’une quelconque garde robe. Il arpenta donc les longs couloirs carrelés, profita de la vue sublime par les hautes vitres, monta des escaliers en marbre blanc, passa devant des tableaux représentant la famille royale et finit par tomber sur Laënoris qui revenait de la bibliothèque.

Tandis qu’il se changeait dans une chambre inoccupée, son majordome lui fit un bref compte rendu de ses découvertes
.

"Il semblerait que la Reine ait bien connu Pêchya dans sa jeunesse. J’ai eu du mal à en trouver la preuve mais en fouillant dans les archives et quelques carnets normalement interdits au commun, j’ai pu établir ceci :
Notre très chère Reine aurait bien connu l’actuel souverain de Pêchya."


Oscar sourit et demanda d’un air innocent :

"Connu au sens biblique du terme ?"

Laënoris répondit à son sourire :

"Vous m’avez compris."

Oscar termina d’ajuster son haut de forme rouge et se frotta les mains (toujours gantées de blanc) :

"Parfait, parfait, nous tenons notre moyen de pression."

Ils quittèrent la chambre pour aller rejoindre cette Reine abricot si vive envers les pêches.
La nouvelle tenue d’Oscar se composait ainsi : des souliers noirs aux boucles dorées claquant sur le carrelage, un fin pantalon blanc, une chemise immaculée aux discrets boutons de manchettes, un gilet rouge sang aux boutons dorés et aux petites poches, une longue veste blanche, mais légère avec des boutons noirs dans le dos et donc son haut de forme rouge sur lequel vint se reposer son papillon enchanté.
Il avait retrouvé son maintien noble, malgré une légère claudication et affichait son plus beau sourire. Son bras le faisait moins souffrir. Il était comme neuf, revigoré par cette charmante nouvelle. Il tenait son moyen de pression et il s’en réjouissait.

Lorsqu’ils rejoignirent la Reine et Francky dans son bureau, ils n’en étaient qu’aux plats. Oscar demanda d’un ton guilleret
:

"Pouvons-nous discuter seul à seul, Majesté ?"

"Pourquoi donc ? "

Il tendit la main et Laënoris lui déposa une photo. La prenant entre ses fins doigts, Oscar la présenta à la Reine tout en énonçant d’une voix neutre, ne dénotant ni orgueil, ni amusement :

"J’aimerais des éclaircissements au sujet de ce cliché."

Avant même que Francky est pu esquisser le moindre regard en direction de la photo, la Reine tenta de l’attraper. Malheureusement, Oscar fut plus rapide et garda la photo dans sa main, contre sa poitrine. Il fit signe à Francky qu’il était temps de partir. Le chef cuistot fut suivit par Laënoris qui prit soin de fermer la porte.

La pièce était éclairée par la lampe de bureau et une autre au plafond. Oscar prit soin d’éteindre cette dernière pour ne baigner que le meuble central dans la lumière. La Reine était demeurée assise dans le fauteuil en face du bureau et ne bougeait plus.
L’aristocrate fit le tour à pas lent. Elle ne pouvait pas voir son visage. De toute manière, il n’exprimait rien. Ses yeux étaient froids. Il s’assit lentement dans le fauteuil du chef cuistot et put goûter à son confort.
Il baissa légèrement la tête, l’ombre de son haut de forme dissimulant le haut de son visage. Il croisa les mains et posa les coudes sur la surface lisse du bureau, en gardant toujours la photo entre ses doigts.

Elle ne pipait mot. Elle tentait de conserver sa dignité et gardait un maintien parfait alors qu’Oscar s’était volontairement courbé. Il attendit qu’elle se mette à parler. Elle jouait avec ses doigts, anxieuse. Puis elle laissa échapper
:

"Comment avez-vous eu cette photo ?"

C’était plus de la panique qu’un reproche.

"Des recherches ont été faites." Répondit-il d’une voix froide.

"Mais … mais … vous n’avez pas le droit !" S’offusqua t elle.

"Peu importe."

Son ton tranchant la désarçonnait. Il ne semblait pas se soucier de ce qu’il se passait. Il se contentait de répondre et d’exposer les faits avec froideur.

"Ce … comment … ce n’est pas … si jamais … Vous ne pouvez pas … "

Il demeura dans sa position alors qu’elle ne cessait de s’agiter. Son esprit était tourmenté par des souvenirs qu’elle pensait avoir enfoui au plus profond d’elle. Cette erreur de jeunesse qu’elle regrettait tant. Elle ne pouvait pas lui pardonner. Ses mains se crispèrent. Comment ce voyageur pouvait oser la menacer avec cette photo ?! Elle était la Reine d’Abricotol tout de même !

Une voix glaciale interrompit ses réflexions :

"Nous savons tout deux ce que cette photo signifie. Soit vous m’expliquez et je saurais me montrer indulgent, soit vous vous taisez … mais ça ne sera pas le cas de tout monde …"

Il laissa planer le doute. Il insinuait qu’il n’était pas le seul au courant. Un petit coup de bluff, même si Laënoris et certains anciens domestiques, congédiés depuis, connaissaient aussi la vérité.
Elle hésita encore un instant puis finit par éclater en sanglot, montrant la fragilité de sa carapace de Reine intransigeante
:

"C’est bien moi sur cette photo … Avec … snif … l’actuel Roi de Pêchya … snif … Nous … nous nous … snif … étions rencontrés lors du concours de … snif … de la Pomme d’Or …snif …"

*Décidemment, il s’en passe des choses durant ce concours* pensa Oscar.

"Nous avons … avons fait la fête … nous … snif … nous étions jeunes … snif … à l’époque. Snif … insouciant …"

Puis sa voix se durcie :

"Et il m’a laissé tomber pour cette pimbêche de pêche ! Je ne lui ai jamais pardonné ! Alors pour me venger, j’ai décidé que les pêches et les abricots ne pourraient jamais plus s’entendre !"

Elle s’essuya les yeux avec le mouchoir tendu par Oscar et continua, d’un ton fier :

"Il a été facile d’enflammer les abricots contre les pêches … Je me suis contenté de raviver les braises et de faire brûler l’huile. J’ai organisé des réunions, participé à des manifestations … C’est d’ailleurs au cours de ces rassemblements que j’ai rencontré le prince d’Abricotol. Je lui ai frappé dans l’œil (littéralement) et il est tombé amoureux de moi. Profitant de la situation, je me suis marié à lui et suis devenu Reine lorsqu’il devint Roi. De ma position, je pouvais aisément continuer à entretenir l’inimité entre les deux peuples."

Ses larmes s’étaient rapidement taries pour laisser place à la colère :

"Mais lorsque j’appris que mon fils, mon Roméo, mon tout doux, s’est épris d’une pêche, princesse de Pêchya qui plus est, je ne pouvais le tolérer ! "

"Voulez vous entendre par là que c’est vous qui avez informé cette société secrète de l’endroit où nous nous trouvions ?"

"Ils devaientt juste capturer Roméo pour le tenir éloigné de cette Juliette ! Mais vous étiez là et vous avez tout gâché …"

Oscar se leva du fauteuil lentement et s’approcha de la Reine qui tressaillit. La pénombre dans laquelle il se trouvait conférait au lieu une atmosphère oppressante. Il se plaça derrière elle et elle n’osa pas bouger. Lorsqu’il lui effleura l’épaule, elle sursauta. Une voix soufflée siffla à ses oreilles :

"Vous êtes la seule fautive … Vous vouliez le bonheur … vous l’avez détruit … systématiquement … autour de vous … Votre fils Roméo aspirait au bonheur … il l’a trouvé en dehors de ces murs … vous comptiez le lui voler … comme on vous l’a volé …"

Il se déplaça doucement autour d’elle et prononçait ses paroles qu’à voix basse et d’un ton glacial :

"Vous avez tout gâché …mais vous pouvez encore vous rattraper … accepter que votre fils soit heureux avec cette pêche …"

Elle voulut protester mais il attrapa la photo et la lui mit sous les yeux :

"… Sinon, vous risquez fort de perdre bien plus que votre fils …"

Il laissa tomber la photo à ses pieds et ouvrit la porte d’un geste brusque. La lumière envahit la pièce et la Reine cligna des yeux. La silhouette noble qui se dessinait dans le cadre de la porte lui adressa un dernier sourire, la main sur le bord de son haut de forme :

"Souvenez-vous, Majesté … "

Et il partit, bien décidé à retrouver Lithium et les deux amoureux. Laënoris l’accompagna comme son ombre, laissant Francky seul dans la cuisine et la Reine. Seule. Avec cette photo à ses pieds et ses souvenirs à son esprit.
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MessageSujet: Re: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptyLun 6 Fév 2012 - 8:26
Le temps des mémoires. PART 1





Blesser, faire souffrir puis tuer.
Un divertissement bien connu de tous et pourtant tabou.
Cette nuit, deux voyageurs fervents pratiquants de cet amusement, s'étaient rencontrés et avaient expérimentés ensembles les bienfaits de l'engouement généré par cette passion du sang. Ce liquide rouge, brillant avec force de l'énergie vitale de la personne mutilée, était l'unique récompense souhaitée d'un combattant. Le plaisir qu'ils en tiraient suffisait à les transporter dans un océan de tourments, où la mort était leur amante. Si Khildar semblait étrangement plus adepte de ce penchant pour l'horreur et la monstruosité des actes de l'être humain, Lithium n'en était pas moins sympathisante. Elle savait pertinemment que ce qu'ils faisaient tous deux était abject et inhumain, et pourtant, elle s'en léchait les babines d'avance, comme un animal savourant avec délectation sa proie.

Quelle tristesse de ne point pouvoir en profiter davantage !
Déjà ils devaient reprendre leur route pour la noble cité d'Abricotol.
Mais comment résister à l'appel envoûtant de ce doux arôme flottant dans les airs ?
Cette fragrance qui se faisait d'autant plus puissante une fois pleinement inhalée, une fois parfaitement inscrite dans notre mémoire sensorielle. Elle aurait tant voulu avoir face à elle une quantité infinie de pêches que seulement cette maigre portion de fruits grossiers et mal entrainés. Ils avaient su la divertir suffisamment pour satisfaire sa soif d'agressivité. Pour cette nuit, elle était sûre d'être en parfaite harmonie avec elle-même, certaine de conserver un contrôle évident sur sa personne. Ce soir, rien ne dérapera. Elle ne se laissera pas aller à de viles besognes. Cette danse effrénée et cette onde mortelle fruitière avait quelque peu atténué sa colère. Malgré sa joie d'être libérée de son aigreur quotidienne, une pointe d'amertume subsistait.

Elle se savait cruelle.
C'était un fait, pas besoin de le nier.
Mais elle demeurait l'adorable Lithium qui contribuait au bonheur des autres et à leur bonne santé. Si elle pouvait attester d'une sauvagerie sans pareil, elle conservait néanmoins sa douceur habituelle. Une jeune fille sans histoire qu'elle était. Et bien entendu, rien de tout cela n'était crédible. Que la vie est compliquée quand elle s'y met. La voyageuse ne prêtait guère plus d'attention à ses propres états d'âmes qu'au sang chaud qui coulait lentement de son épaule droite. Quand cette plaie allait-elle cesser de saigner ? Comme discrétion en ville, elle avait connu mieux. Humectant légèrement son pouce, elle s'appliqua à ôter le liquide miroitant de chaleur de son bras, avant de finalement se résigner à sucer son doigt pour éviter d'avoir à le nettoyer sur son pantalon. Aussi logiquement que possible, le goût n'était pas aussi fruité que celui auquel elle avait pu savourer sur les pêches, mais un non-moins plaisant arrière-goût de fer persistait sur son palais. C'était pas mauvais, mais pas digne des plus grands gourmets non plus. C'était sûrement la baisse d'adrénaline qui faisait qu'elle n'en éprouvait pas plus de plaisir. Dommage.

Une fois sa dégustation achevée, elle reprit le chemin vers Abricotol aux côtés de l'aristocrate et de son majordome, Laënoris. Rappeler la présence du couple aussi niais que vomitif de mièvrerie de Roméo et Juliette, est bien entendu inutile. Toutefois, le comportement de Lithium vis-à-vis du laquais, si il était permit de le nommer ainsi, avait quelque peu changé. Elle avait pu admirer sa témérité à se battre et à protéger son maître. Ses craintes à son égard étaient purement injustifiées, et elle ne s'en rendait compte seulement maintenant. A chaque instant où elle croisait son regard, un malaise s'installait en elle, un sentiment qu'elle n'arrivait pas à réfréner. A présent, elle sentait qu'elle pouvait lui faire confiance. Il ne la protégerait pas comme si le faisait avec Khildar, ce qui était tout à fait normal et compréhensible à ses yeux, mais elle pouvait être certaine qu'il saurait la rassurer par sa seule présence. Il était puissant et maitrisait à la perfection l'art du combat. Il n'y avait pas de soucis à se faire sur ce point là. Oui, elle pouvait avoir foi en lui. Certes, il était évident qu'il n'était pas normal, elle avait la très nette impression qu'il avait absolument tout de démoniaque. Et pourtant..

Mais qu'importe.
Savoir qu'elle avait à ses côtés deux hommes tout à fait en mesure de laisser exploser leur personnalité monstrueuse au combat comme ailleurs la rassurait. Se conforter dans l'idée qu'elle ne se retrouverait pas seule dans ce cas présent était un bonheur incalculable. Néanmoins, elle avait encore des progrès à faire sur la conciliation de cette nature particulière d'elle-même avec sa personnalité douce et agréable. Elle perdait facilement le contrôle pour ensuite regretter ses actes et gestes. Parfois, il se trouvait qu'elle n'éprouvait aucun remord. Dans ces cas-là, très nombreux notons-le, elle se contentait de continuer sa vie comme si un simple et insignifiant insecte s'était posé sur son épaule. Ses efforts pour conserver en sourdine son goût appuyé pour le sang et la souffrance des autres se faisaient de plus en plus concluants tout en ayant quelque fois de nombreux ratés, plus ou moins importants et graves. Le cas nommé “Dimitri” n'était pas à citer, ni aucun de ceux qui ont suivis bien entendu. Disons que cela pouvait être considéré comme les aléas de la vie. Ce qu'elle espérait actuellement était que son noble camarade ait pris goût à cette petite altercation.

Ce qui semblait être le cas.
Alors qu'il approchait de l'entrée de la ville, il lui déclara avec un brin de ce qu'elle prit pour de la joie, qu'il avait pris un grand plaisir de combattre à ses côtés, et qu'une prochaine fois ne serait pas de refus. Lithium sourit alors de plaisir. Il en était de même pour elle. Jamais elle n'avait pu se battre aussi librement, laissant à l'abandon toutes ses barrières pour contenir sa rage. Elle se sentait comme libérée des chaînes de la bienséance. Cette justice qu'elle défendait selon ses propres principes pouvait impunément laisser libre court à sa puissance. Toutefois, elle ne put s'empêcher de rougir quelque peu à sa remarque suivant sa déclaration. “Une bonté d'âme aussi charmante que son allure” ? Elle ne savait si elle devait prendre cela au sérieux ou pour une belle boutade. Elle ne pouvait nier que, malgré son penchant excessif pour l'hémoglobine, elle ne manquait jamais une occasion pour venir à son prochain. Elle faisait principalement cela par respect de l'autre. Dès qu'une personne se trouvait être blessé ou en danger, elle ne pouvait s'empêcher de courir à son secours et de lui venir en aide. Elle considéra donc l'observation du Lord comme un compliment qu'il ne fallait pas négliger. Ce n'est pas parce qu'elle n'en avait pas l'habitude qu'elle devait les refuser.

Dès l'instant où ils déposèrent un pied dans l'enceinte de la cité, une foule dense et compacte se chargea de les happer dans la mêlée. C'était la première fois que la jeune voyageuse venait à Abricotol. Elle découvrait alors à peine la cité royale des abricots, et elle ne fut pas déçue du voyage. Elle s'émerveillait devant la finesse et la candeur des demeures fruitières. Leur silhouette arrondie, rappelant quelque peu l'allure des logements de Pêchya, conférait une forte sensation de chez-soi, un sentiment de bien-être et de retour à la maison.Une explosion de couleurs et d'odeurs accueillaient le groupe composite. Les rayons du soleil rebondissaient sur toutes les surfaces transparentes, les transcendant parfois, éclairant ainsi de milles feux les intérieurs des chaumières familiales. Quelques cheminées actives laissaient échapper une émanation d'effluves sensoriels d'un arôme envoûtant, en rien semblable à la fumée crasseuse et poisseuse du monde réel et autres cités. Tout ici sentait le sirupeux et la cassonade, tel une magnifique et appétissante salade de fruits bien fraîche. Rien que de se trouver au sein de cette ville, la dessinatrice en avait l'eau à la bouche. Les chariots regorgeant de mets tout aussi savoureux les uns que les autres n'arrangeait en rien sa faim insatiable.

Néanmoins, il y avait quelque chose d'étrange dans cette ville.
C'était justement sa très nette ressemblance avec la cité de Pêchya.
Il y avait quelque chose ici, Lithium ne savait pas vraiment quoi, mais elle en était certaine.
Cependant, ne trouvant pas l'exacte raison de son soudain trouble à l'égard d'Abricotol, elle préféra chasser de son esprit cette idée perturbante. Elle devait rêver, ce n'était sûrement qu'un égarement passager, rien de bien important en soi. La splendide apparition qui se profilait sous ses yeux bénéficiait d'une attention bien plus considérable. Ils venaient enfin d'arriver devant l'imposant palais de la cité des abricots. Si dire de cet édifice que c'était une splendeur serait insulter l'architecte auteur de ce travail. Le terme n'était pas suffisant pour décrire la puissance et la royauté qui en dégageait. Tout inspirait le pouvoir et le respect. Quiconque ne serait point fier d'avoir pour réceptacle de l'autorité ce bâtiment tout en fruit bâtit, serait un bien piètre critique de la beauté sculpturale.

La jeune femme était ébahie par tant d'influence architecturale.
Les formes arrondies qui laissaient clairement entendre que chacune d’entre elles se trouvait être une pièce unique, imposaient encore plus que la taille qu'elles faisaient. Lithium aurait tant voulu s'extasier davantage devant, mais le groupe soudé continuait à avancer. Elle ne put que se dépêcher de mémoriser les courbes alléchantes de la bâtisse et se hâter de rejoindre ses camarades de voyage. Apparemment, le meneur à la tête était le majordome de l'invocateur. Il les trainaient dans les méandres de la cité, se perdant dans les nombreuses et interminables rues peuplant cette dernière. Où allait-il ? L'on aurait dit le labyrinthe du Minotaure aux yeux de l'artiste tant elle ne s'y retrouvait plus, son sens de l'orientation connu pour être le plus mauvais de l'histoire. Ils finirent par s'arrêter dans une ruelle suffisamment propre pour ne pas leur irriter les narines. Lithium manqua de se cogner à Roméo qui stoppa sans prévenir ses pas. Elle se rattrapa de justesse sur la pointe de ses malheureux pieds. Il était temps d'esquisser un constat de la suite qui se profilait lentement.

Le travail allait être divisé en deux groupes distincts.
Et malencontreusement, l'invocatrice se retrouvait avec le couple fruitier.
Espérons que, comme il le disait si bien, le père était compréhensif et aimant.
Quand il demanda si il y avait des objections quelconques, Lithium ne put qu'acquiescer dans le sens où elle était tout à fait d'accord avec le plan en question. Il fallait donc convaincre le père de lever cette interdiction et consentir à laisser son fils le droit légal de fréquenter sa bien-aimée de pêche, Juliette. A présent, ils devaient s'infiltrer dans le palais, ce qui n'était pas généralement chose facile. Par chance, il se trouvait que l'entrée des cuisines, principalement utilisée par les nombreux domestiques et par Roméo lui-même, était l'une des portes se situant non loin d'eux. Ils s'y faufilèrent sans rencontrer le moindre problème ni aucun garde. Lithium se retrouva à suivre Khildar par la grande porte de bois, par chance ouverte, alors que Laënoris surveillait leurs arrières derrière le couple fruitier.

La pièce dans laquelle ils débarquèrent était colossale.
L'on ne saurait dire où l'étendue des cuisines se terminait.
N'étant qu'une bien piètre cuisinière, Lithium n'arrivait pas à décrypter les ustensiles et machines présents dans la salle. Seules les plaques et autres casseroles lui étaient connues. Elle put noter cependant qu'un silence pesant flottait dans l'atmosphère. Pas un bruit, seul le son de leurs pas sur le sol froid de la cuisine résonnait. La discrétion et la prudence étaient leurs uniques maîtres en ces instants. Pourtant, malgré tout leurs efforts, un second bruit autre que celui qu'ils produisaient se faisait entendre. Quelqu'un approchait ! Le son, de plus en plus fort, provenait de la salle se situant sur leur droite. Tous se figèrent, ne savant comment réagir dans ce genre de situation. Lithium se mordit la lèvre inférieure de dépit. Ils n'allaient pas se faire avoir ainsi ? Si ils devaient encore avoir à se battre, un constat de paix ne serait pas vraiment envisagé dans ces conditions.

Une étrange créature pénétra dans la pièce.
La voyageuse resta muette. Mais.. Il était quoi lui ?
Avec les six bras qui le membraient, son allure en imposait.
Et le dos bossu n'en arrangeait rien. Cependant, elle ne savait si cela était dû à la chance ou tout simplement au hasard, mais il se trouvait qu'il était un partisan de Roméo. Apparemment, il était le chef cuistot et se prénommait Francky. Bon, ce n'était pas un ennemi, c'était déjà ça, souffla t-elle de soulagement. De plus, il semblait aimable et sympathique. Il avait dû être un allié de taille auprès du prince des abricots. Sa gentillesse emplissait la salle tant elle semblait intarissable. La présence de Juliette ne le dérangeait en aucun point et, au contraire, il appréciait de l'avoir à ses côtés. En parti, il paraitrait qu'en raison de la trop forte joie de Francky, tout le palais avait été mit au courant de la liaison des deux amants. L'amoureux transi leur raconta l'histoire de ses liens avec le chef et les rassura à son sujet, absolument certain du fait qu'il était digne de confiance. Espérons qu'il n'avait pas tort sur ce point-là.

Après que Juliette fut pressé comme un citron dans les bras du proche ami de son aimé, elle se permit de noter une ressemblance frappante avec son propre chef cuistot à Pêchya, mais du nom de Francko. Le cuisinier s'empressa de dire avec fierté qu'il s'agissait de son frère avec lequel ils s'échangeaient parfois leurs recettes pour venir à bout des insatisfactions culinaires de leurs dirigeants royaux. En tout cas, leur fraternité n'avait point pâti des divergences politiques. Ils n'avaient que faire de ces différents d'un inutile selon eux. Ils partageaient leur point de vue, ce qui était une bonne chose pour eux. Finalement, Roméo vint à présenter ses compagnons conciliants.




"Voici Lithium, voyageuse invocatrice des dessins. Elle a permit à ma douceur fruitée Juliette de venir ici en amadouant son père. Elle dessine très bien !”, dit-il avec joie.

“On va exagérer non plus tout de même.”, murmura la jeune fille, légèrement embarassée.

“Et voici Lord Khildar Oscar Axelandre Lan Louis … heu … non … Oscar Louan Lis … heuu”, s'emmêla t-il.



Il fallait dire que l'aristocrate ne possédait pas un prénom facile.
Même la voyageuse ne l'avait pas retenu dans sa pleine intégralité.
Elle se permettait de l'appeler Khildar, ou de le vouvoyer tout simplement.
Trop compliqué pour elle. Et pour Roméo également semblait-il.
Le lord vint finalement à son secours.




"Khildar, c’est beaucoup plus simple ainsi. Ravi de faire la connaissance d’un expert en cuisine. ", fit-il en s'inclinant avec respect.



C'est vrai qu'il était un noble.
Lithium n'esquissait jamais de révérence.
Hormis quand cela était nécessaire bien évidemment.
Cependant, sa révérence se limitait à une inclinaison de type masculin.
Ne possédant jamais de robe à balcon, la féminité n'était pas à sa portée.
Et il fallait dire qu'elle ne s'en plaignait point. Quelle idée de créer des vêtements pareils ?
Ils souhaitaient torturer la gente féminine avec ces horreurs ? Ou considéraient-ils seulement la femme comme un animal de foire, à exhiber à la première occasion qui se présentait à ces chiens affamés de chair fraîche ?

Comme à ce qui semblait être sa nature, Francky se laissa aller à un surplus d'affection à l'égard des deux voyageurs. Avec force, ils les empoigna et les serra avec puissance et amour tout contre son torse, à l'aide de ses six bras. Lithium étouffait légèrement mais se contenta de mourir en silence tout en tapotant avec considération l'épaule du cuistot, signe qui signifiait également qu'elle commençait à nettement manquer d'air. Sans crier gare, il finit par les lâcher, s'intéressant davantage à Laënoris, concentré dans son inspection des ustensiles de cuisines. Il l'interpella avec intérêt, lui demanda expressément de déclarer son identité. Celui-ci se présenta comme à son habitude avec douceur et retenue, un sourire greffé sur le visage et s'excusa de sa curiosité envers sa cuisine, stipulant qu'il trouvait cette dernière idéale pour l'organisation de repas d'une perfection sans pareille. Bien entendu, à cette flatterie, Francky se sentit privilégié et octroyé d'un statut particulier. Qui ne le serait pas ? Lithium en profita pour jeter un œil plus aiguisé aux alentours. Oui en effet, c'était une bien belle cuisine, bien qu'elle n'en éprouvait pas d'attachement particulier. Une cuisine pour elle était complète si seulement elle possédait un frigo. L'essentiel.

Roméo arrêta son ami dans sa lancée, persuadé qu'il allait se jeter à corps perdu dans les mérites de sa tendre et douce cuisine adorée. Il était pressé d'accomplir le plan en vigueur. Ce fut à cet instant précis que Khildar se mit à parler d'une réception à la fois d'une possibilité d'appeler la reine pour une urgence. Réception ? Mais une réception pour quoi ? La jeune fille s'interloqua en même temps que le cuistot.




"Mais une réception pour quoi ?", demanda Francky.

“Y'a une fête de prévu ?”, s'enquit-elle.

"Pour une occasion exceptionnelle ! Nous dirons que c’est une surprise mais concernant Roméo. Une sorte de fête d’anniversaire.", répondit le Lord.

"Mais mon anniversaire n’est que dans deux mois !", contesta le prince.

"Qu’importe. Le prétexte étant de fêter un évènement particulier que nous devons taire à la Reine. Car en vérité, nous allons célébrer l’union de Roméo et Juliette !", acheva t-il.

“Oh, je vois.
C'est une idée complètement dingue, mais je marche pour ma part.
Elle est tout à fait réalisable !”




Khildar les rassura tous, profitant de glisser un petit compliment à l'égard de Juliette.
Cette dernière rougit comme il fallait s'y attendre de sa part, étant une demoiselle coquette et appréciant les attentions. Il rappela les tâches principales qui en convenait à chacun. Lui et son fidèle majordome avait la reine à convaincre, et elle accompagné du couple mielleux s'enquiquinerait du royal papounet. Le noble voyageur s'approcha en souriant de la jeune femme, lui glissant cette phrase qui suffit à la conforter dans sa réussite imminente.




"Je vous fais confiance pour convaincre le père. Si vous argumentez aussi bien que vous combattez, le père rendra rapidement les armes."

“Comptez sur moi.”



Elle réussirait.
La certitude dont elle faisait preuve l'accompagnerait jusqu'au bout.
Si il lui faisait confiance comme il le sous-entendait, elle était assurée d'y arriver.
Il les salua d'un revers de la main, marquant un fin à leur collaboration et mettant un point de départ à la recherche séparée. Elle lui sourit également, lui souhaita bon courage et rappela à l'ordre les deux amoureux épris dans leurs embrassades interminables. Elle en attrapa un par la peau du dos et choppa l'autre par la tête.




“La récréation est terminée.
C'est l'heure de bosser maintenant !”




Tous deux grommelèrent de douleur, mais elle n'y fit guère attention.
Elle les lâcha finalement sur le sol et les obligea à avancer à ses côtés, en silence.
Il était l'heure d'entrer en action pour mettre fin à ces tensions qui n'avaient point lieu d'être, et pourtant. Ils s'éclipsèrent par un long couloir aux reflets orangées et parsemés de chandelles et de bougeoirs éclairant le corridor. Même à cet étage tout était spacieux.

Prêtant attention aux moindres intersections, guettant un possible garde, ils avancèrent.
Roméo ouvrait la marche étant principal connaisseur de ces lieux. Quant à Juliette, elle était solidement cramponné à la voyageuse qui se trouvait obligée d'avancer avec un boulet accroché à son pied droit. Il n'y avait pas pire comme moyen de locomotion. Néanmoins, elle continua à marcher, la pêche fermement perché. Actuellement, il cherchait un moyen de se rendre jusqu'à la chambre du prince, ainsi, ils resteraient là-bas le temps qu'elle trouve des informations exploitables. A la fois qu'ils marchaient, elle put réfléchir à la situation. La reine était donc le point noir qui noircissait le tableau. Elle était la principale opposante à ce genre d'union. Le père, quant à lui, semblait plutôt être un homme légèrement effacé, conciliant et sensible. Il se pourrait qu'il n'ait absolument rien contre le royaume de Pêchya. Sa femme serait donc l'auteure de cette soudaine haine.

L'on avait quelque peu affaire à la Reine de Cœur de Alice in Wonderland.
Le roi dans ce conte ne servait strictement à rien. Il était présent sans réellement l'être.
Alors que la souveraine était tout à fait ample à gouverner à déterminer mes décisions du royaume. Nous serions donc dans un cas de ce genre. Il était évident que la patronne cachait quelque chose, mais ce boulot ne lui avait pas été confié. Elle devait s'occuper de sa majesté. Où pourrait-elle trouver sans difficulté des informations ? La Bibliothèque bien sûr ! Elle attendit sagement qu'ils finissent par arriver dans un immense escalier en colimaçon, après avoir voyagé et virevolté à travers de multiples et incessants couloirs et galeries, pour s'adresser à l'abricot.




“Roméo ?
Est-ce que toute l'histoire, dans ses moindres détails, de ton royaume figure à la bibliothèque du palais ?”


“Oui bien entendu.
A la section des archives.
Tout souverain se voit attribué un scribe qui le suit dans chacun de ses déplacements officiels ou festifs. Tout, absolument tout, est noté dans des centaines, voire des milliers de cahiers de notes.
Pourquoi donc ?”


“Il me faut des informations au sujet de votre père.
Je pensais que si je me permettais de fouiller un peu dans son passé, je pourrais trouver des détails utiles.”


“Cela est une bonne idée mais, j'ai bien peur que rien de bien intéressant en ressortira.
Il n'a jamais fait grand chose de sa vie. C'est peu dire..”


“Je vois.”, elle réfléchit quelques instants.
“A t-il un vieil ami dans l'enceinte de ce palais ?”

“Oui, bien évidemment !
C'est le bibliothécaire lui-même, Alembert qu'il s'appelle.
Il est aussi vieux que mon père mais est l'équivalent de son confident.”


“ça c'est bon.”, sourit Lithium.
“L'abricot, toi tu files avec ta princesse dans ta chambre.
Tâchez de ne pas vous faire repérer et..”


“Ne vous inquiétez pas.
J'ai l'étage à moi tout seul.”
, coupa t-il.

“Euh, ouais.
Bon tant mieux hein.
Bref, vous attendez là-haut jusqu'à ce que je revienne.
Tu n'ouvres à personne. Même à ta mère, SURTOUT à ta mère !
Fais mine d'être malade et caches ta Juliette.
Pendant ce temps, je vais grappiller de gauche à droite.”


“D'accord !”

“Je compte sur vous.
Un seul faux pas et c'est fini.
Compris ?”




Ils acquiescèrent d'un hochement de la tête et s'évaporèrent.
Elle préféra les regarder monter les escaliers, souhaitant être absolument certaine que rien ne leur arrive après avoir atteint l'étage. Une fois rassurée, elle partit à la découverte de la bibliothèque qui, bien heureusement pour elle, se situait à quelques enjambées plus loin. Elle marcha discrètement, jetant constamment des regards autour d'elle jusqu'à ce qu'elle fut devant la lourde porte en bois de chêne vernis. Elle poussa avec force sur celle-ci, bien décidée à la faire bouger. Mais rien n'y fit. Elle n'avait pas cillé d'un pouce. Lithium chercha partout un mécanisme permettant d'entrer dans la pièce et ne trouvant rien. Jusqu'à ce qu'en soupirant, elle s'appuya avec le genou sur la porte. À l'endroit même où elle s'était installée, un emplacement avait été aménagé pour les personnes de petite taille. C'était sur ce dispositif qu'il fallait placer sa main pour entrer. Légèrement vexée, elle poussa de nouveau la porte de bois et entra.

A cet instant même, elle aurait voulu que le temps s'arrête.
Des livres, des milliers, des millions de livres s'étendaient à perte de vue.
Ses yeux s'écarquillèrent de surprise mais aussi de bonheur et de joie de voir un tel paysage de lecture et de papier vieux de plusieurs siècles pour certains. Ce fut vers ceux-là en particulier qu'elle se jeta en courant, ne prêtant guère attention à ce qui l'entourait. Tout était magnifique, et l'odeur de la paperasse légèrement érodée était un délice. Elle attrapa un ancien bouquin qui devrait bien avoir une centaine d'années et le feuilleta, le libérant de la poussière des âges et de l'oubli. Comment est-ce qu'un royaume comme celui-ci pouvait posséder une bibliothèque d'une telle richesse culturelle, littéraire et historique ? Lithium ne savait plus où donner de la tête tant tout se bousculait.

Mais elle se rappela à l'ordre.
Elle n'était pas là pour bailler aux corneilles.
Et surtout pas pour profiter de la beauté de ces livres.
Bien qu'elle en mourrait d'envie, elle s'empêcha de continuer sa lecture partielle et referma lentement le livre, qu'elle reposa avec toute la douceur du monde possible. Elle se souvint de sa mission actuelle. Grappiller des informations au sujet du paternel. Elle avait eu une idée toute simple. Au début, elle tenterait d'abord de trouver des choses par elle-même, et si elle ne trouvait rien, dans ce cas elle se ferait passer pour une historienne qui écrirait une biographie sur le roi. Une idée totalement stupide mais qui pouvait marcher avec un personnage d'un âge avancé et avide d'une oreille attentive pour écouter les secrets qu'il a tant gardé. Pour ce fait, elle devait impérativement changer de vêtements. Choisissant avec soin une rangée de bouquins qui n'avaient pas dû être remués depuis une bonne trentaine d'années, elle s'y installa sans vergogne, se déshabilla rapidement jusqu'à se retrouver en sous-vêtements. Elle crut voir une ombre défiler devant son rayon, pria pour qu'elle ait rêvé, mais entreprit de continuer son but.

Une fois totalement à la merci du froid, elle sortit son carnet à dessin et dessina ce qui allait être ses nouveaux habits. Alors que ceux-ci se matérialisaient devant elle, elle profita de ranger les autres dans son sac, et enfila enfin les nouveaux venus. Elle devait avoir l'air un minimum sérieuse. Il fallait dire qu'avec un tee-shirt déchiré, une manche tâché par du sang séché et un jean salement amoché ne donnait pas le meilleur des jugements à un inconnu. Il fallait qu'elle se change pour faire bonne impression et mettre en confiance cet Alembert. Pour cela, elle avait choisi une chemise immaculé ample légèrement entrouverte au niveau de la poitrine surplombant un pantalon long en soie de couleur noir. Ses pieds s'emboitaient dans de jolis escarpins noir également. Ses cheveux restaient lâchés et quelques feuilles venaient de se loger dans ses mains. Normalement, ne comptant pas garder ces fringues très longtemps, elle ne devrait pas se fatiguer énormément. Espérons juste que cela ne prenne pas longtemps.

Elle sortit donc comme si de rien n'était du rayon et alla fouiller un peu.
Cela ne lui prit pas longtemps avant de découvrir quelque chose qui clochait.
Les circonstances de sa rencontre avec la reine était des plus floues, du moins la situation dans laquelle ils s'étaient rencontrés. Elle assistait et organisait déjà des manifestations à l'encontre des pêches. Il se pourrait que ce soit à cette époque que quelque chose se soit passé, chamboulant l'esprit de la souveraine. Mais rien sur le roi. Absolument rien. N'avait-il donc rien à se reprocher ? Ce n'était pas possible. Si seul la reine était fautive de cette mésentente, alors que faisait-elle donc à chercher des informations sur Sa majesté ? Il valait mieux voir auprès de cet Alembert.

De nouveau, elle rangea son bouquin et se leva.
Elle s’enfonça doucement dans la bibliothèque, jetant sans cesse quelques coups d’œils vifs autour d’elle, vérifiant si il n’y aurait pas des gens suspects susceptibles de la trahir. L’on pourrait associer cette façon de se comporter à une paranoïa aiguë mais il n’en était rien. Elle était simplement de nature prudente et préférait rester sur ses gardes. On lui avait toujours appris à n’accorder sa confiance qu’aux personnes qui la méritait. Il était difficile de savoir qui pouvait en être digne mais elle s’était suffisamment bien débrouillé jusqu’ici pour avoir survécu sans rien connaître de ce qui l’entourait. Marchant donc avec attention, elle se faufila à travers les rayons, n’oubliant pas de s’émerveiller à chaque fois qu’elle découvrait un livre d’un certain âge et finit par atteindre ce qui semblait être le fond de la salle culturelle d’Abricotol. Devant elle, assis à un vieux bureau fait en bois de chêne, un vieil homme s’y tenait.

Cet homme si âgé ne pouvait être que Alembert.
Enfin, le terme “d’homme” était vite dit puisqu’en effet, c’était un très vieil abricot et non un être humain comme elle ou Khildar. D’immenses rides parsemaient sa peau autrefois lisse et douce. À présent, elle semblait en tout point d’une raideur sans pareille, rêche et sèche. La jeunesse l’avait quitté bien des années avant même qu’elle n’entre au lycée. Lycée qu’elle avait d’ailleurs achevé avec brio puisqu’elle avait réussi à décrocher son Bac avec mention. Une mention assez bien certes, mais elle l’avait eu, c’était l’essentiel. Un détail qui n’avait pas vraiment sa place cette nuit, mais détail qu’elle ne pouvait s’empêcher de ressasser dans sa tête tant le fait de le posséder était un miracle en soi. A voir ce fruit si fatigué de sa vieillesse, elle hésita à venir l’importuner. Elle avait plus de respect pour ses aînés que pour les enfants venant de naître, choses humaines qu’elle comparait généralement à des rats des égoûts. Finalement, après avoir respiré un bon coup, elle s’avança vers lui avec détermination. Une fois face à son bureau, elle le contourna pour se joindre à lui dans sa lecture. Lithium observa avec minutie la couverture du livre en question et put distinguer quelques lettres dorées. Elle déchiffra “Germinal” de Émile Zola. Heureusement pour elle, ce bouquin faisait partie des nombreux romans qu’elle avait achevé de lire. Maintenant, elle devait engager la conversation.




“Très bon choix.
Si vous l’appréciez, je vous conseille également les Rougeon du même auteur.”
, dit-elle avec calme et intérêt.



Le bibliothécaire se retourna avec lenteur, soulevant ses binocles de la bosse qui lui servait apparemment de nez, ou de reposoir pour ses lunettes peut-être, qui sait. Déjà, elle avait réussi à le tirer de sa lecture, à présent, elle devait l’intéresser et le pousser à lui faire confiance pour mieux lui parler.



“Excusez-moi, je ne me suis pas présentée.
Lithium Elfensen, journaliste, pour vous servir.”
, dit-elle en lui tendant une poignée de main.

“Alembert.
Libraire royal.”
, répondit-il avec une voix rauque, serrant avec peu de vigueur cette main tendue.

“Je sais.
J’ai lu beaucoup de choses sur vous.”


“Ah oui ?
Et quoi donc dites-moi jeune fille ?”
, fit-il avec lassitude.

“Comme quoi, votre livre “Les dessous de la couronne”, que j’ai moi-même lu, s’est vu censuré pour contenu offensant envers le trône royal.”



Alembert se crispa.
En vérité, elle n’avait pas lu ce livre comme elle le prétendait.
Elle l’avait seulement survolé pendant ces recherches dans les rayons.
Bluffer pour mieux tromper. Mentir avec tact et soin pour mieux manipuler.
Elle n’aimait pas jouer de ce genre de talent pour obtenir les informations qu’elle souhaitait, mais pour arriver à achever correctement sa mission, tout les moyens étaient bons, malgré le sentiment qu’elle ressentait. Ce qu’elle y avait découvert était fort intéressant. Comme quoi, tout se trouve dans les livres tant que l’on sait où chercher. Pourtant, malgré sa soudaine crispation, le vieillard se détendit dans la minute qui suivit et se mit à rire avec force.




“Et bien, si je m’attendais à cela de la part d’une créature des rêves telle que vous..”, il essuya une larme du coin de l’œil. “Et puis, comment est-ce qu’une voyageuse aurait pu lire un de mes bouquins si justement il a été censuré il y a bien des années ? Parlez mon enfant, que voulez-vous ?”



Une créature.. des rêves ?
Avait-elle réussi à duper quelqu’un sans le vouloir ?
Et bien, si cet homme la considérait comme telle, autant en jouer.
Le jeu en serait d’autant plus facile. Prenant tout d’un coup une expression sérieuse, elle s’adressa à lui avec fougue et passion pour s’enfoncer davantage dans son rôle de journaliste intéressée.




“Je suis actuellement sur un projet qui me tient réellement à cœur.
Le royaume d’Abricotol m’a toujours fasciné autant que son voisin, Pêchya, et leur querelle a d’autant plus attisé ma flamme pour ce sujet. J’aurais espéré que vous m’expliqueriez les raisons de cette Guerre Froide fruitière pour me permettre de gonfler les rangs de mon article sur vos royaumes respectifs et, par la même occasion, la biographie des couples royaux.”


“Et bien, je dois avouer que vous ne manquez pas d’intérêt ma chère.
Néanmoins, je ne sais pas si je suis bien placé pour vous parler de tout ceci.
Mon livre a déjà été censuré pour la même raison, je ne voudrais pas risquer plus.”


“Ne vous inquiétez pas, je saurais rester discrète sur mes sources.
Si vous me donnez votre accord, vous pouvez être sûr de ne jamais voir votre nom dans l’un de mes articles.”




Le vieux fruit semblait soucieux.
Il réfléchissait avec énormément de soin.
Jamais il n’avait pu s’adresser à quelqu’un aussi librement de ses opinions.
Cette jeune fille était certainement la première à s’intéresser à lui avec autant de foi.
Et puis, qu’avait-il à perdre à présent ? Son meilleur ami, le Roi lui-même, était entièrement soumis à sa femme, n’osant jamais répliquer au moindre de ses caprices. Même lui qui le connaissait depuis si longtemps, ne pouvait l’approcher sans que la Reine trouve le moyen de l’en écarter aussitôt. Elle savait qu’il connaissait l’intégralité de l’histoire, et elle ne voulait pas de lui qu’il en dévoile les dessous les plus croustillants. Néanmoins, malgré son désir de l’évincer de la vie royale, le souverain avait réussi à tenir tête à sa femme sur ce point là. En aucun cas elle ne devait tenter quoi que ce soit contre son plus fidèle ami, Alembert. Il avait été d’une telle sévérité dans ses paroles, qu’elle n’avait point osé le défier, et ce, pour la première fois depuis la célébration de leur noces.

Il pouvait bien en parler librement de cette histoire à cette journaliste.
Il ne la connaissait pas, et cela semblait être de même pour le monde journalistique de Dreamland. Si il lui parlait d’absolument tout, ce ne serait pas lui qui en subirait les conséquences, mais elle et seulement elle. Au moins, la vérité finirait par éclater au grand jour sans que pour autant il soit directement mêlé à cette affaire. Le pied. Il décida de tout lui raconter et de n’omettre aucun détail tout en précisant seulement le strict nécessaire. A aucun moment il ne se méfia ni voulu vérifier le vrai dans les propos de la voyageuse. Il était persuadé que ce qu’elle disait était la vérité pure et simple et que, par la même occasion, elle était une créature des rêves travaillant dans les plus bas locaux du DreamMag. Il ne jugea même pas nécessaire de lui demander de quelle contrée de Dreamland elle était originaire. Sa vieillesse lui avait ôté toute notion du terme “méfiance”.




“Soit. Je vais tout vous dire. Asseyez je vous prie.
Ça pourrait prendre un peu de temps.”





(HRP: Pour cause de post trop long, je le poste en 2 parties.)

__________



Lithium s'exprime
Bis vous insulte

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MessageSujet: Re: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptyLun 6 Fév 2012 - 8:28
Le temps des mémoires. PART 2
Pour lire la première partie du post, remontez plus haut.




Lithium s’assit sans rechigner.
Elle contourna le bureau de chêne, prit la chaise et s’y installa.
Le support sur lequel elle avait élu domicile était d’une raideur telle qu’elle en subissait déjà les conséquences. Son postérieur et son dos ressentaient de plein fouet la grossièreté du bois taillé de la chaise. Elle fit mine de ne rien sentir de tout cela et sourit avec peine à son interlocuteur. Ce dernier s’éclaircit la gorge, esquissant quelques gestes inutiles tout en fermant les yeux et joignit finalement ses mains.




“Vous savez sûrement comment le couple royal s’est rencontré n’est-ce pas ?
Et bien, dites-vous qu’auparavant, la Reine appréciait autant les pêches que vous et moi.”


“Comment ça ?”, s’interloqua la voyageuse.

“Bien des années avant cette situation de crise, les abricots et les pêches vivaient en paix, participaient couramment ensemble à des jeux communs et organisaient autant que possible des festivités visant à rapprocher toujours plus leurs peuples. Certains espéraient même un mariage entre les deux royaumes. Ce qui aurait pu arriver.”, il marqua une pause, respirant avec difficulté.

“Notre Reine d’aujourd’hui était tombé amoureuse du Roi actuellement sur le trône de Pêchya.
Cela s’était déroulé lors du concours de la Pomme d’Or. Vous savez bien entendu ce que c’est, je ne vous explique donc pas en quoi cela consiste.”
, dit-il en ne remarquant pas la grimace d’ignorance de la demoiselle.

“Ils étaient jeunes encore et s’aimaient éperdument.
Néanmoins, le cœur change parfois d’allégeance, et c’est ce qui s’est passé dans celui du Roi de Pêchya. Son âme s’est lié à une jeune fille pêche de toute beauté. Un magnifique fruit qui pourtant, n’était qu’une simple demoiselle à la cour, accompagnant constamment en silence une noble, souriant parfois, mais peu, de peur d’être remarquée parmi la foule. Malgré la personnalité chaleureuse et aimable de la nouvelle Reine de Pêchya, notre souveraine n’a pu voir qu’en elle celle qui lui avait volé son amour, une trainée comme on peut dire. Malheureusement pour nous, notre Reine ne possède pas la même nature que celle de la cité voisine. Son cœur s’est assombri dès l’instant où le Roi de Pêchya, à l’époque prince, lui avoua qu’il n’éprouvait plus les mêmes sentiments à son égard qu’auparavant. Dès lors, elle s’est mise activement en tête de séparer pour toujours les deux peuples pourtant si liés.”
, il soupira avec une profonde tristesse, comme si ces souvenirs douloureux le faisait profondément souffrir.

“Elle a organisé des manifestations à l’aide des jaloux et laissés pour compte de la société, contribuant ainsi à la dégradation des liens qui unissaient Pêchya et Abricotol. Le Roi pourtant, est tombé amoureux de cette femme, à ses yeux puissante et forte, tout son contraire à lui qui était doux et conciliant. Croyant pouvoir s’affirmer à ses côtés, il l’a épousé. Mais rien de cela ne s’est produit. Son caractère s’est d’autant plus assombri à mesure qu’elle apprenait la prospérité et le bonheur conjugal du couple pêche voisin. Nous ne savons si cela était un signe du destin visant à amener à nous réconcilier, mais le même jour naquit nos héritiers respectifs. Roméo pour nous, Juliette pour eux. Un espoir a grandi parmi quelques citoyens, espoir qui s’effrite à mesure que la Reine gagne en rancœur. Par son égoïsme et sa soif de vengeance, nous avons perdu nos plus loyaux alliés. Mais elle n’est pas la seule à devoir être blâmée. Nous le sommes tout autant. Nous l’avons suivi dans sa démarche une fois qu’elle monta sur le trône. Naïfs et soumis, nous n’avons rien dit et nous nous sommes contentés de la suivre, comme de vulgaires moutons. Nombreux sont ceux qui désirent retrouver la prospérité d’antan. Mais rien ne changera tant que le cœur de notre souveraine ne se sera point adouci.”

“Excusez-moi mais, pourquoi le Roi n’intervient-il pas ?
Après tout, il a plus d’autorité que sa femme étant donné qu’il est celui qui possède le sang royal qui lui a légué la couronne.”


“Comme je vous l’ai dit, il est d’une nature sage et aimable.
Il ne pourrait pas faire de mal à une mouche et tout ce qu’il souhaite, c’est la paix.
Ce que sa femme lui interdit. Elle est caractérielle et avide de vengeance, ce à quoi il est étranger. Il a toujours été élevé dans l’amour et la tendresse. Ces sentiments négatifs lui sont inconnus. Il refuse d’ouvrir les yeux sur la situation. Et depuis que son épouse à découvert que leur fils s’était épris d’une jeune pêche, la princesse même de Pêchya, elle est devenu d’autant plus exécrable et mauvaise. Il ne sait pas comment gérer ce genre de situation. Il faudrait lui ouvrir les yeux, mais personne n’ose s’en charger. J’aurais bien voulu le faire, mais j’en suis incapable. M’approcher de lui malgré notre relation fraternelle, m’est interdite.”


“Je dirais plutôt que vous avez peur.”



Stupéfait, Alembert leva les yeux vers elle.
Lui avoir peur ? Impossible ! Comment osait-elle ?
Il bondit de sa chaise avec force et rage.



“Comment osez-vous dire cela ?!!
Je n’ai point peur de l’affronter, je suis juste dans l’incapacité de le faire !
Vous ne savez rien !”


“Avec le peu que je sais, je peux vous dire que vous êtes simplement un trouillard.”, dit-elle avec dureté. Elle se leva doucement, prenant soin de récupérer toutes ses affaires.

“Vous avez peur de vous retrouver face à lui, comme lui face à vous.
Pas une seule fois il ne vous a vu depuis tout ce temps n’est-ce pas ?
Chacun de vous n’osez pas défier l’autorité qui vous assagit, alors qu’il n’y a rien de plus facile. En quoi le fait de quitter votre bibliothèque protectrice, de pousser cette lourde porte de bois, traverser le couloir qui vous sépare de la salle du trône et d’y entrer pour vous adresser enfin à celui dont vous prétendez être le meilleur ami est compliqué ? Rien. Cela fait des années que vous vivez dans le même lieu et que vous ne daignez vous croiser. Il a autant besoin de vous que vous de lui. Prenez enfin votre courage à deux mains et quittez votre prison intellectuelle ! Vous n’avez rien à perdre mais tout à gagner.”


“Je.. Je ne peux pas.”

“Et bien, je vous souhaite bonne chance.
Vous en aurez bien besoin pour les années en solitaire qu’il vous reste à vivre.
Et je plains également le roi pour avoir eu un soi-disant meilleur ami tel que vous.”




Elle tourna les talons, sans un regard en arrière.
Finalement, elle s’arrêta tout de même et s’adressa à lui pour la dernière fois.




“Néanmoins, vous m’avez été d’une aide précieuse.
Si vous, vous ne faisez rien pour arranger les choses, je le ferai.
Et maintenant. Je vous jure que, malgré votre couardise, vous serez bientôt de nouveau admis aux côtés de Sa Majesté, même si vous ne le méritez aucunement. J'ai raison. E vous le savez."
, acheva t-elle en pesant ses mots.



Elle entendit un sanglot étouffé.
Ravalant doucement mais avec difficulté, elle partit.
Certes, elle n’avait pas mâché ses mots sur ce coup-ci.
Mais si elle ne s’était pas adressé à lui de cette façon, jamais il n’aurait compris.
Et pourtant, elle n’était que peu certaine de l’impact que ses paroles avaient pu avoir sur lui.
Au fond d'elle, elle priait de ne pas l'avoir autant blessé que ces mots lui avait arraché la bouche. Elle s'était montré d'une sévérité qui l'étonnait elle-même. Mais bon, depuis qu'elle parcourait Dreamland, elle se retrouvait constamment dans le rôle de la personne faisant la morale à l'autre, alors que, étrangemment, elle devait interchangé sa place avec celle lui faisant face. Mais qu'importe. Elle n'avait plus rien à faire ici, le reste de la mission se déroulait dans la salle du trône, auparavant, elle devait se rendre dans la chambre du prince pour préparer Juliette à sa rencontre avec son futur beau-papa. Sortant de la bibliothèque avec la plus grande discrétion possible, elle courut rapidemment jusqu'aux escaliers de marbre que les amoureux avaient montés.

Doucement et avec prudence, elle grimpa avec agilité.
Elle vérifiait sans cesse par de rapide coups d'œil en arrière si elle était suivie.
Mais heureusement, il n'en était rien. Elle continua à avancer, se demandant quand est-ce que cette ascension allait se terminer tant elle trainait en longueur. Ces marches étaient interminables. Finalement, elle finit par les monter deux par deux, puis trois par trois. Enfin, au bout d'une montée de plusieurs minutes, elle arriva en haut, non sans se retrouver dans l'obligation de reprendre son souffle. Puis elle s’avança avec attention jusqu'à la seule et unique porte du couloir qui se trouvait être la chambre de Roméo. Elle frappa 3 coups, annonçant son prénom en même temps pour les prévenir de son arrivée. N'entendant aucune réponse, elle paniqua. S'étaient-ils fait attraper ? Elle se décida à entrer en ouvrant la porte avec force. Ce qu'elle y découvrit lui rappela étrangement sa première rencontre avec eux. Tous deux se trouvaient sur le lit à baldaquin orné d'un tissu rouge soyeux, surplombé d'une tête d'abricot. La chambre était entièrement peinte dans une teinte rougeoyante, mélangé à de l'orangé. L'intégralité des murs faisait penser à une fresque inspiré d'un coucher de soleil. Toute la pièce était parfaitement rangé et rien ne trainait sur le sol. Toutefois, ce à quoi elle assistait actuellement ne concordait pas tout à fait avec ce qu'elle admirait autour d'elle. Instinctivement, elle se banda les yeux à l'aide de son bras droit tout en fermant derrière elle la porte de la chambre. Les deux fruits, conscients de s'être de nouveau fait surprendre en flagrant délit d'amour, se cachèrent sous la couette, rouges de honte.




“Mais c'est dégueulasse !
Vous le faites exprès ou quoi ?!!
Merde, c'est pas le moment !”
, articula t-elle à travers son bras.

“On est désolés !”, dirent-ils en même temps.

“Mais il m'a regardé de cette manière qui me rend folle et..”, voulut-elle se justifier.

“Je n'ai pas pu m'empêcher de l'embrasser fougueusement..”

“ça a contribué à ce que vous avez..”

“C'est bon, je ne veux pas savoir !
Maintenant, c'est le moment de préparer ton amoureuse.”
, dit-elle tout en conservant son bras devant ses yeux.
“Juliette, tu t'habilles immédiatement, et sans rouspéter.”

“Ou.. Oui !”

“Il en est de même pour toi Roméo.”

“Je m'y attèle sans tarder !”



Le temps qu'ils récupéraient leurs effets, Lithium prit à l'aveuglette ses affaires.
Une fois, prêts, ils lui firent comprendre par un claquement de doigts. Elle ouvrit enfin ses paupières pour revoir la lumière du jour. Leur faisant un signe de la main en guise de mots, ils se retournèrent également. La jeune fille révoqua ses vêtements d'emprunt, ressentit un léger tournis, se reprit et se rhabilla avec ses anciennes affaires.




“Roméo, je suppose que tu n'as pas de vêtements féminins dans ton placard ?”

“Non..”

“SI !”, s'écria Juliette.
“Tu ne te souviens pas mon amour ?
Une fois alors que je t'attendais à la lisière de la forêt, tu t'es présenté à moi avec une splendide robe orangé orné de brodures dorées ! Que.. que je n'ai pu accepter car revenir avec un tel cadeau au château aurait éveillé les soupçons.”
, acheva t-elle piteusement.

“Oui, tu as raison !”, approuva t-il joyeusement.
Je l'ai conservé précieusement dans une boîte.”



Et il courut jusqu'à son armoire.
Il l'ouvrit à grandes volées et se mit à éjecter les boîtes inutiles.
Finalement, après une folle recherche et plusieurs cartons envolés, il en sortit une de couleur argenté, un très beau coffret décoré de signes gravés dans le support. Il l'a tendit à la voyageuse qui l'ouvrit sous les yeux brouillés et emplis d'émotion de Juliette. Elle en sortit la robe en question qui, elle devait l'avouer, était tout bonnement splendide. Préciser qu'elle était brodée d'or n'aurait pas suffit à décrire sa richesse. Des diamants étaient incrustés sur les manches et la partie lié à la poitrine était embelli par de magnifiques grenats qui brillaient de milles feux. Quiconque vêtirait cette merveille aurait l'impression d'être la plus royale de toutes les créatures. Muette d'admiration devant une telle splendeur vestimentaire, Lithium ne trouva rien d'autre à prononcer qu'un soupir d'émerveillement et s'approcha de la pêche, émue jusqu'aux larmes.




“Ne pleure pas.
Tu vas être toute moche après.”
, dit-elle avec une pointe d'humour dans la voix.



La pêche ria de bon cœur et prit la robe entre ses mains.
Elle mit un certain temps avant de se décider à la mettre.
Roméo l'observait d'un regard plein d'amour et de passion.
Quant à Lithium, elle se contenta de conserver le silence face à cette scène.
Une fois prête, les observations de la voyageuse s’étaient révélées justifiées.
Juliette était tout simplement magnifique vêtue ainsi. Si le roi n'acceptait pas leurs fiançailles dès l'instant où il apercevrait l'heureuse élue, c'est qu'il avait carrément les excréments d'un pachyderme dans les orbites. D'un souffle, Lithium leur avoua qu'il était l'heure de rendre une visite au père. Il fallait en profiter tant que Khildar s'occupait de la reine. La dessinatrice laissa le soin à Roméo de mener sa bien-aimé aux escaliers, la tenant avec tendresse par la main. Ils descendirent avec grâce et beauté les marches une à une, ne se quittant jamais du regard. L'étrangère en était presque jalouse d'un tel lien lié entre deux personnes. Ce couple était la représentation même des jeunes gens parfaitement heureux. Elle aussi l'était, mais eux dégageaient une pureté tant naturelle et saine, qu'elle ne pouvait comparer sa personnalité à leurs âmes si douces et si aimables.

Une fois en bas, ils continuèrent à avancer jusqu'à la porte de la salle du trône.
Ici, Ce fut au tour de Lithium de les dépasser. Elle ouvrit lentement la porte en or massif et s'infiltra dans la salle, laissant les amoureux à l'abri des regards indiscrets. Là, comme elle s'y attendait, elle se trouva face au souverain de cette contrée. Si la gentillesse et la naïveté incarnée existaient, alors elle y faisait tout bonnement face depuis son entrée en ces lieux. Tout dans ses traits laissait sous-entendre une grande bonté d'âme et une immense générosité. Rien que par son visage on devinait qu'il ne possédait pas la moindre zone d'ombre. Alembert ne s'était pas trompé, et à le voir, il était évident que dû à sa personnalité de saint, il s'était fait depuis tout ce temps abusé par sa propre femme. Il était inconcevable que de lui-même, il se refusait à revoir son meilleur ami et à refuser le bonheur de son fils. Quand il vit la jeune fille du haut de son trône, il s'installa plus confortablement et s'adressa à elle d'une voix empli de bonté et de chaleur. Il avait quelque chose de plaisant dans le ton, un son particulièrement apaisant.




“Bonjour mademoiselle.
Que me vaut le plaisir de votre visite importune ?”
, déclara t-il, étonné de cette entrée inattendue.

“Je me présente, Lithium Elfensen.
Voyageuse et artiste à ses heures.”
, dit-elle en une révérence masculine.

“Une voyageuse, et dans mon palais qui plus est ?
Quel est donc le sujet de votre visite ?
Personne ne m'a prévenu de votre présence.”


“Il est normal que personne ne soit au courant de ma venue.
Je suis ici pour une affaire de la plus haute importance, et qui concerne de très près le futur de votre royaume. Permettez-moi de m'exprimer.”
, continua t-elle en se baissant de nouveau.

“Permission accordée.”, autorisa t-il, surpris par tant de politesse.

“Ceci concerne votre fils Roméo.
Vous êtes bien évidemment au courant de son amour profond pour une certaine princesse de Pêchya prénommé Juliette, n'est-il pas ?”


“Oui.
Et qu'en est-il ?”
, répondit-il avec une certaine pointe de terreur dans la voix.

“Et bien, elle est ici, en ces lieux.
Pour vous rencontrer en personne.”


“Co.. Comment ?”



Lithium se releva, un sourire satisfait sur les lèvres.
D'un mouvement de main, elle attrapa la poignée de la porte et ouvrit.
Une merveilleuse apparition s'offrit au roi. Une magnifique demoiselle pêche se tenait à l’entrebâillement de la porte, les joues rosies par l'embarras et la confusion que lui causait sa présence ici. Quand il l'a vit, le souverain d'Abricotol ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux de surprise. Mais que faisait-elle ici ? Cela faisait des décennies que les relations pacifiques avaient été coupés entre leurs deux pays, malgré les manifestations organisées par le peuple, refusant un tel gâchis. Lui-même n'était pas d'accord avec ce projet directement mis à exécution. Mais sa terrible femme en avait décidé ainsi et il n'avait point refusé, de peur d'en subir les conséquences. Il l'aimait, certes, mais elle lui faisait peur. Elle était différente du moment où il l'avait épousé. Il ne lui refusait rien, absolument rien. C'était pitoyable de sa part, il le savait, mais ne faisait rien pour arranger les choses. Les reproches qui pourraient en découler le terrifiait au plus haut point et l'empêchait d'agir. Pourtant, cette fois-ci, il ne pourrait pas fuir. La princesse de leur ancien allié se tenait devant lui, fragile et sans défense. Elle était en ami et non en tant qu’ennemi. Il était dans l'obligation de s'adresser à elle, comme elle à lui.




“Bo.. Bonjour votre majesté.
Je me présente, Juliette, princesse de Pêchya.”
, bafouilla t-elle en esquissant une révérence.

“Bonjour et bienvenue, Juliette.”, souffla t-il en lui répondant.
“Que faites-vous ici ? Vous avez un message de votre père à mon intention ?”

“N.. Non ! Pas du tout !
Je suis là pour Ro..”
, commenca t-elle, rouge de honte.

“C'est moi qui l'ai amené.”, acheva Roméo d'une voix puissante.



Il s'avança dans la salle, sortant de l'ombre.
Marchant d'une allure déterminée et sûr de lui, il s'arrêta aux côtés de son aimée.
Doucement, il lui prit la main et déposa un doux baiser sur ses lèvres, lui jetant à la fois un regard amoureux. Puis, il fit face à son père.




“Tu connais pertinemment notre amour, autant que maman.
Mais contrairement à elle, je sais que tu m'écouteras.”


“Mais.. Te rends-tu compte de ce que tu fais ?
Elle pourrait être capturée sur les ordres de ta mère et utilisée en tant qu'otage pour faire chanter le souverain de Pêchya !”


“Par elle oui.
Par toi, jamais.”
, dit-il d'un ton dur, enlacant Juliette à la vue de son visage figé d'horreur.
“Toi seul est en mesure d'accepter notre union et réunir nos deux pays.
Et pourtant, tu ne le fais pas !”


“Tu sais très bien pourquoi !
Ta mère refuserait catégoriquement !
Ta mère..”
, dit-il avant d'être coupé par un geste brutal.



Lithium s'était avancé discrètement jusqu'au roi pendant qu'il parlait et s'était installé derrière lui. Attendant patiemment qu'il prononce de nouveau le terme “mère”, elle lui asséna une violente gifle à l'arrière du crâne, amenant le roi à s'étouffer et à voir sa couronne rouler sur le sol. Furieux et abasourdi par un tel affront, s'emporta peut-être pour la première fois de sa vie. Il sauta de rage sur son trône.



“Comment osez-vous ?!!
JE suis le roi de ce pays !
JE suis le souverain de toute cette contrée !
Personne n'a le droit d'agir ainsi à mon égard !
D'un ordre, je peux vous envoyer en prison sans même passer par la case Justice !
Excusez-vous immédiatement ou vous pouvez être sûre de ne jamais revoir la lumière du jour !”
, cracha t-il avec force.

“Voilà.
C'est ce que je voulais entendre et voir.”


“Que voulez-vous dire petite effrontée ?!”

“Je souhaitais vous voir en colère.
J'attendais de découvrir une autre émotion que la bonté et la naïveté sur votre visage.”
, dit-elle sur un ton des plus calmes.
“Depuis que nous sommes ici, en face de vous, vous ne cessez de jurer par votre femme alors que VOUS êtes l'unique roi d'Abricotol. Vous et seulement vous, possédez le sang royal qui fait de votre personne le souverain de ces terres. Pourquoi se laisser gouverner par son épouse alors que c'est de votre devoir de diriger votre royaume ? Vous êtes une personne irresponsable, incapable d'agir indépendamment des autres. Vous ne cessez de vous reposer sur l'avis des autres, jusqu'à même leur laisser le droit de décider à votre place. Vous savez parfaitement pourquoi votre femme se conduit ainsi, vous l'avez appris grâce à votre meilleur ami, Alembert, qui a toujours souhaité le meilleur pour vous. Mais notamment, vous l'avez su à la lecture de son livre, car pour être censuré, il doit être jugé offensant. Si votre femme s'en ai chargé comme à son habitude, vous avez tout de même souhaité en lire le contenu. Malgré ce que vous aviez appris en le lisant, vous n'avez rien fait, preuve de votre lâcheté et de votre couardise. Vous aviez trop peur de dire quoi que soit de terrible et de déclencher la colère dévastatrice de votre femme. Alors que vous auriez dû. Vous ne la sauverez pas de son désespoir et de sa haine si vous ne l'aidez pas. Votre nature bienveillante devrait au moins servir sur ce point. Il est de votre devoir, et pour le bien de tout le pays, que vous la sauvez de ces tourments qui la dévore depuis toutes ces années. Ainsi, vous écrirez un futur pour Abricotol, mais aussi pour votre fils, éperdument amoureux de cette douce et splendide pêche. Ne voyez-vous pas sa beauté apparente ? Certes, votre femme ne sera pas d'accord, mais vous possédez les pouvoirs pour célébrer leur mariage immédiat. Par cet acte de bonté, vous réunirez vos deux pays et par la même occasion, deux jeunes personnes qui s'aiment passionnément. Apprenez à vous comportez en vrai souverain et non en pauvre brebis égarée. Affirmez-vous et sachez dire non à votre femme. Refusez ce qu'elle vous impose. Petit à petit, elle se calmera. Vous devez absolument la mettre face au problème. Faites-lui comprendre que toute cette soif de vengeance ne sert à rien, et que rien ne la ramènera à revivre le passé d'un amour douloureux. Aujourd'hui, vous êtes à ses côtés, aimez-la comme au premier jour et effacez sa peine. Comportez-vous comme un roi digne de ce nom et faites honneur à votre rang.”



Après ce long discours sans arrêt, elle vint se placer aux côtés des tourtereaux.
D'une allure fière et déterminée, elle fit un signe de tête au fils qui prit la parole.




“Papa, j'aime Juliette et c'est réciproque.
Je souhaite l'épouser. Mais pour cela, il faudrait que tu envoies immédiatement un courrier au roi d'Abricotol, stipulant que, sous le futur mariage de vos enfants respectifs, il serait temps d'enterrer la hache de guerre. Si tu m'aimes vraiment comme ton fils, fais-le pour moi. Fais-le pour nous et le futur de tous.”, il tourna affectueusement la tête vers Juliette, conservant sa main dans la sienne.
“Si je te tiens tête aujourd'hui, et que je le ferais devant mère, c'est grâce à ma bien-aimée, mais aussi à ces deux voyageurs dont un est absent pour l'instant. Sans eux, jamais je n'aurais été capable de dire quoi que ce soit. J'aimerais que tu prennes en compte mes efforts et que tu en fasses également de ton côté. Il en est de même pour maman.”




Le roi ne savait que dire.
Il était ému par le courage de son fils et par cet amour qui semblait si puissant.
Grâce à cette vision de bonheur, il pourrait être en mesure de faire face à son épouse.
Il devait le faire. Il le ferait. C'était son devoir en tant que roi, mais aussi en tant que père.
Il se leva de son trône, s'approcha du couple et de la voyageuse, prit le duo de mains des amoureux et les enveloppa dans les siennes. Son visage affichait un air doux et affectueux. Il était persuadé de la suite des évènements.




“Roméo, je ne saurais avoir de fils plus prodigieux et étonnant que toi.
Je vous donne à tous deux, avec une immense joie, ma bénédiction.
Tu ne pouvais m'amener de plus merveilleuse belle-fille qu'elle.
Merci à toi.”
, il les enlaca avec chaleur puis se retourna vers Lithium, lui tendant une main volontaire.
“Merci aussi à vous.
Remerciez également votre compagnon.
Comment s'appelle t-il ? Je saurais m'en souvenir.”


“Lord Khildar Oscar Allan Louis Alexander Blacksilver.
Mais appelez le Khildar.”


“.. Je vois.
J'essayerais de m'en souvenir.”
, déglutit-il.

“Et tâchez de rendre visite à Alembert aussi.
Le pauvre. A manger de la poussière tous les jours, il va finir par le devenir lui-même.”




C'est ainsi que le roi promit et rédiga même sous leurs yeux le courrier destiné à chambouler le destin du pays et celui des deux jeunes gens. Un messager vint immédiatement sur les ordres du roi et s'envola sur sa coccinelle en direction de Pêchya. Lithium, ravie de son travail, laissa les amoureux en compagnie du père et se hâta de se diriger vers la cuisine, pressée d'annoncer la nouvelle à Khildar et d'en apprendre plus sur le résultat de son côté. Elle avait réussi sans presque lever le petit doigt. Roméo avait bien appris avec eux. Il s'était affirmé et avait appris à s'adresser comme un héritier à son père. Il en ferait tout autant devant sa mère tout comme son paternel avait décidé de se comporter plus sévèrement envers sa femme. Traversant à toute vitesse les couloirs interminables du palais, manquant de glisser sur les dalles, elle finit par approcher du lieu désiré mais aperçut une ombre un peu plus loin. Tiens ? Mais.. il était déjà sortit ? Elle plissa les yeux pour ensuite distinguer deux ombres distinctes. Ce ne pouvait qu'être lui puisque Laënoris l'accompagnait toujours n'importe où il allait. Tout en étant à peu près certaine de son coup, elle courut à sa rencontre, ravie de le retrouver après son succès. Elle ne put s'empêcher de lui attraper les mains quand elle vit que cette personne était bien le lord en personne et lui raconta tout en résumé avec un bonheur qu'elle ne contrôlait point. Ses joues étaient encore rosées d'avoir couru et ses yeux brillaient de joie.



“J'ai réussi !
Le roi a envoyé à l'instant même un courrier pour rameuter le pays voisin et il a même donné sa bénédiction à Roméo et Juliette ! Par mon discours, j'ai réussi à le faire sortir de ses gonds, tout en ayant recours à un certain geste mais qu'importe. Sa personnalité s'est affirmée en moins de quelques secondes. Il est prêt à faire face à sa femme et à ses caprices. Rien ne peut retenir Pêchya et Abricotol d'entretenir de nouveau des relations amicales mutuelles ! Ils vont pouvoir se marier ! C'est étrange, j'aurais pensé avoir plus de fil à retordre, mais le gamin m'a bien aidé.”




Elle reprit son souffle, lâcha les mains de Khildar et respira de nouveau correctement.



“Comment ça s'est passé de ton côté ?
Parfait je suppose, non ?”
, dit-elle avec un sourire éclatant.



Rien ne pouvait ôter ce sourire enchanté sur ses lèvres.
Elle était tout bonnement réjouie d'un tel succès et de cette bonne action qu'elle avait accomplie sans s'énerver avec violence. Elle faisait des progrès sur ce point. Si elle persistait dans cette voie, elle saurait se contrôler avec plus de facilité. Après tant de bâtons dans les roues, la mission se profilait doucement. Que devaient-ils faire à présent que tout se mettait en route ? Comment allait réagir la reine ? Cela était un fait auquel ils allaient sûrement assister très prochainement, c'était évident pensait Lithium.






__________



Lithium s'exprime
Bis vous insulte

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Khildar Blacksilver
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MessageSujet: Re: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptyLun 6 Fév 2012 - 21:22
Acte V : Outcome

Après l'entretien avec la Reine, Oscar éprouvait une sorte de satisfaction malsaine. Briser cette créature qui pensait être au dessus des autres était un délice qu'il appréciait autant que mordre dans un fruit mûr. Sentir le jus couler et la chair s'écraser lui procurait une félicité perverse, celle de dominer. Il avait pressé le jus de la Reine pour n'en laisser qu'un fruit sec et fripé. Son cœur était aussi dur que son noyau et désormais, sa chair était remplie des vers du remords. Cette nature morte qu'il venait de créer plaisait à son sens artistique et le sourire qu'il affichait témoignait de tout son bonheur. Il était à la limite de sautiller gaiement tellement la joie l'envahissait. Il avait accomplit sa tâche d'une assez jolie manière et s'en félicitait.
Tandis que son démon de majordome marchait tranquillement à ses côtés, il flottait sur son petit nuage noirci d'actes mauvais, mais si doux.

Le marbre reluisant de propreté sonnait à leurs pas, rythmé comme un métronome pour Laënoris, presque dansé pour Oscar. Tenant son haut de forme rouge d'une main toujours gantée de blanc, il esquissait des pas de quadrilles ou d'autres gigues dynamiques, faisant tinter les chaînes d'or accrochée à la ceinture pourpre de son pantalon. Néanmoins, ces pas furent de courtes durées, la douleur issue du combat attaquant soudainement sa jambe. Il manqua de choir et son majordome eut le réflexe de le rattraper tout en le réprimandant pour son agitation au vu de son piètre état. Le remerciant d'une inclinaison de la tête, l'aristocrate se redressa et poursuivit sa route plus sagement sous l’œil attentif de son démon.
Lors de leur marche, ils rencontrèrent des domestiques portant des vêtements, d'autres courant sûrement avec une tâche à accomplir prestement. Ce qui étonnait dans ce palais, c'était son calme constant. Certes, ces dimensions évitaient les attroupements et la sonorité des lieux étaient parfaitement maîtrisée malgré de hauts plafond, mais l'imposant bâtiment royal ne produisait que peu d'animations, de sons. Il semblait assoupi.
Toutefois, les immenses vitres parcourant l'ensemble du palais donnait une ambiance chaleureuse et les couleurs chaudes ornant les murs, les tentures et le mobilier ajoutaient à ce tableau une touche caressante, comme si l'atmosphère vous effleurait de ces doigts et déposait sur votre peau un doux voile de chaleur. Marcher dans ces couloirs était très agréable, reposant même. L'absence de bruits ne dérangeait nullement et Oscar était presque honteux du claquement de ses chaussures sur le marbre.

Soudain, d'autres pas se firent entendre. Cependant, ils n'émanaient point de quelconque serviteurs mais bien de la voyageuse Lithium. Elle courut à leur rencontre et surprit Oscar en lui prenant les mains pour énoncer ses exploits avec le père de Roméo.Elle était essoufflée mais il comprit tout et sourit à la charmante demoiselle aux joues rosies par la course. Elle s'était acquittée de sa tâche avec brio, bien qu'elle sous-entendait l'usage d'un certain geste … Qu'importait à l'aristocrate tant que le roi s'était décidé ? De plus, si son caractère s'était affirmé comme le suggérait la radieuse voyageuse, la prochaine rencontre entre le couple royal n'allait pas manquer de piquant. Enfin, Roméo avait aussi participé, signe qu'il avait dans un sens affronté son père, une évolution notable.
En parlant de ce prince d'abricot, où était il ?

Simplement avec son père et son amour de pêche à projeter la future fête pour leur mariage. La salle était envahie par l'enthousiasme des amoureux et par les domestiques, ainsi que les divers responsables appelé par le Roi. La salle du trône s'emplissait d'une foule bientôt fébrile et les échos de l'agitation gagna l'ensemble du palais. Les idées fusaient, les paroles volaient, les ordres claquaient.
Les coursiers filaient comme le vent pour répondre aux attentes exprimées et à leur passage, les murmures naissaient. Alors les habitués de cette Cour si calme se pressèrent vers l'origine du phénomène afin de s'informer. La rumeur traversa le palais comme une traîné de nuages, les suppositions pleuvant en myriades parmi les gens. Il ne fallut que le temps à Oscar de retrouver Lithium et la nouvelle se déversa parmi la populace.
Du palais montait une fièvre palpable, les conséquences d'une telle rumeur étant bouleversante pour le peuple. Rapidement, des camps se formèrent. Certains fanatiques, ralliés à la Reine, exprimèrent leur plus vive protestation et cherchèrent à accéder à la salle du trône pour se plaindre. D'autres, ravis d'une paix annoncée, se précipitèrent pour féliciter le Roi et le Prince. C'est donc une cohue monstre qui s'agglutina à l'entrée pour passer outre les gardes complètement débordés et s'engouffrer dans les immenses couloirs. Le calme qui régnait auparavant dans l'enceinte royale disparût et l'édifice grandiose résonna des innombrables conversations du peuple.

En peu de temps, la salle du trône initialement occupée par le Roi, le Prince et Juliette, ainsi que des domestiques fut submergée par une vague d'abricots et de créatures des rêves. Les gardes présents tentaient tant bien que mal d'établir le calme et le silence, mais autant apaisé un troupeau de moutons affolés par la venue d'un loup. Car lorsqu'elle fut aperçut par les nouveaux venus, Juliette devint l'attention de tous les regards, la cible de tous les commentaires. Certains ne gratifièrent pas la Princesse de Pêchya de doux compliments, au contraire. Les opposants à une entente ne se gênèrent pas pour qualifier Juliette de fruit immonde, bouffi ou d'autres qualificatifs peu reluisant. Elle rougit à ces remarques désobligeantes et Roméo lui mit les mains sur les oreilles afin de lui épargner cette torture. Il n'en répliqua pas moins de cinglantes répliques, prêt à défendre l'honneur et la dignité de son amour. Alors qu'une vive altercation allait survenir, le Roi imposa pour la première fois depuis longtemps le silence d'une voix forte 
:

"SILEEEEEENCE !!"

Les têtes se retournèrent de concert et la stupéfaction se lut sur grand nombre de visages. Le Roi affichait une mine grave et résolument impérieuse. Les traits las avaient cédés à la figure royale. Le regard emplit d'une profonde détermination, son assise sur le trône n'avait plus rien du simple ennui de s'asseoir là. Sa prestance semblait l'auréoler comme jamais. Il était tout à fait étonnant de le voir dans cette position, inspirant presque la crainte. Ses traits témoignaient d'une intransigeance nouvelle, balayant le passé docile. Des dires évoquèrent la possibilité que ce n'était pas là leur vrai Roi, mais un subterfuge. Les fous qui osèrent proférer de telles absurdités furent repérés et rabrouer hors de la salle du trône.
Et de fait, le silence se fit. Les frôlements de tissus et les bottes en cuir sur le dallage s'entendaient encore mais les conversations s'étaient éteintes. Tous regardaient en direction de l'estrade où le trône s'élevait et pouvaient comprendre combien le Roi avait changé. Un instant coula à travers la salle puis le souverain d'Abricotol se leva avec grâce et s'exprima d'une voix ferme, ses yeux se portant sur chacun de ses sujets
 :

"Je vous remercie. Je constate que la rumeur vous a mené jusqu'ici, il convient donc d'éclaircir les interrogations légitimes. "

Les membres de l'assistance demeuraient subjugués et ne pipaient mot, trop impressionné par ce changement d'attitude. Désormais, il était véritablement le Roi. Sa fraise ne le ridiculisait pas, elle accentuait son visage grave. Le Sceptre royal était maintenu fermement, témoignant de la nouvelle force qui coulait dans la pulpe du fruit couronné. Assuré de capter toute l'attention de l'assemblée, il poursuivit :

"Chacun est au fait de l'amour liant mon fils, le Prince Roméo, à la Princesse Juliette. Nul ignore l'animosité qui creuse un gouffre entre nos deux peuples."

Il pointa de son sceptre ses sujets pour appuyer ses dires et proclama à la ronde :

"Ce temps d'acrimonie est désormais terminé, je le déclare ici et maintenant, à jamais ! Les tensions entre deux peuples pacifiques du Royaume des Fruits ne peuvent perdurer plus longtemps. Nous allons faire la paix avec la citée de Pêchya et vivre à nouveau dans l'entente qui nous liait autrefois. Moi, Souverain de Abricotol, citée du Royaume des Fruits, déclare la paix avec le Souverain de Pêchya, citée du Royaume des Fruits."

Sa voix avait tellement portée, sa déclaration déclencha un vivat général. Des chapeaux s'envolèrent, des cris de joies éclatèrent, des lustres manquèrent de choir sous l'envolée des couvre chefs. Enfin la paix allait de nouveau régner. L'affirmation du Roi rendait ses sujets heureux. En effet, avoir un Roi tyrannisé par une Reine intransigeante n'était pas des plus réjouissant pour un peuple n'aspirant après tout qu'à vivre dans la tranquillité. Les hourras dépassèrent largement la salle du trône et aussi prestement que la rumeur s'était répandue en ville, la nouvelle décision royale fut relayée à travers tous les quartiers.
Seulement, cet édit ne fit pas que des heureux. Les fanatiques et farouches opposants à toute réconciliation exprimèrent leur réprobation et s'élevèrent contre, selon eux, une folie d'un Roi pas assez mûr. Ils se regroupèrent et marchèrent sur le palais, affichant sans pudeur leur mécontentement. Leur état d'énervement était si intense qu'à cause d'une pauvre altercation, une bagarre commença. Une devanture de magasin fut fracassée et le propriétaire en sortit pour réclamer réparation. Il fut reçu par une vague de quolibets et d'injures à en faire rougir une tomate pour finalement voir sur sa face d'Abricot s'écraser sa marchandise, à savoir des camemberts. Un commerçant audacieux, vous en conviendrez. Toutefois, ce n'est pas parce que l'on a pas le sens du commerce que l'on doit se faire lyncher à coups de fromages coulant et puant. Se réfugiant à l'intérieur de son magasin, il assista impuissant au massacre de son gagne pain. La rage qui animait les partisans de la Reine les emporta et leur désir de casser de la Pêche se transforma en fureur de tout casser. La rue devint un champ de bataille gastronomique et les volets se fermèrent vivement afin d'éviter tout désagrément. Hélas, pour les moins rapides les dégâts furent énormes. Fromages, poireaux, bouteilles de lait ou épis de maïs, tout était bon pour devenir projectile et briser les vitres. Les abricots contre le Roi renversèrent les chariots sur leur passage, le contenu se déversant pour salir les pavés. Alors que les voleurs à la petite semaine et les gamins des rues voyaient là une occasion en or d'amasser de quoi survivre pour un moment, ils furent durement réprimés par ceux là même qui causaient les dégâts sur la voirie. Pris dans la tourmente, les gueux ne purent que fuir, tenant à la vie. Les clameurs montaient dans toute la ville et des toits, il était possible d'observer quelques départs de feu.
Un sourire satisfait se dessina subtilement sur le visage de l'observateur qui se tenait sur un pignon d'une maison. D'un bond, il sauta pour retomber agilement sur les tuiles et se diriger vers le palais afin de rendre compte à son maître
.

***

Laissons là ces turbulences et revenons à nos deux voyageurs. Oscar venait d'apprendre que Lithium s'était parfaitement bien acquittée de sa tâche. Il lui sourit lorsqu'elle lui lâcha les mains pour lui demander comment s'était déroulé de son côté son entrevue avec la Reine, son sourire s'élargit. Il pouvait encore sentir l'atmosphère pesante sur cet abricot royal de sa personne, mais si fragile … Le visage de la Reine face à la photo, à l'évocation de son passé ajoutait à la bonne humeur et il répondit, enchanté :

"Excellemment bien." Il s'inclina. "La Reine a plié et est prête aux concessions. Francky veille sur elle."

D'une voix tendre, il ajouta :

"Je ne doutais pas le moins du monde de vos capacités. Vous êtes à la hauteur de l'estime que je vous porte et ma confiance vous est renouvelée. Je suis honoré que vous daignez me prêter assistance dans l'accomplissement de cette union. "

Il se mit en marche, claudicant légèrement. La douleur était toujours présente, dissimulée derrière quelques nerfs et n'attendait qu'un moment d'inattention pour resurgir. Laënoris les suivit, à la hauteur de son maître, prêt à pallier à toutes éventualités. Le nœud papillon enchanté voletait quant à lui autour du haut de forme rouge qui trônait sur la chevelure blanche de l'invocateur démoniaque.
Tout en marchant, il admirait la beauté des lieux. La chaleur des couloirs semblaient l'envelopper d'un doux drap malgré leur hauteur imposante. Longeant les murs, des colonnes s'élevaient pour terminer par des chapiteaux en marbre bordé de fruits. Le plafond était peint de scènes bucoliques et l'artiste s'éveilla en Oscar. Parmi les représentations, il reconnu des étendues merveilleuses de prairies verdoyantes semblables à celles traversées pour rejoindre Juliette avec Roméo. Des fleuves orangés apparaissaient aussi, évoquant celui où les cadavres des abricots fanatiques devaient finir de se vider de leur jus. Des ciels magnifiques aux teintes de coucher de soleil, les nuages embrassant l'astre dans une étreinte éclatante. La tête toujours en l'air, l'aristocrate anglais admirait la passion de l'artiste et le rendu des teintes. La lumière émanant des fenêtres portait sur le plafond une touche délicate de chaleur si douce qu'il semblait que les oiseaux peints allaient s'évader pour rejoindre leurs frères dans le ciel magnifique de l'extérieur et que les fleuves dessinés se mouvaient pour tomber en cascade le long des murs.
Heureusement pour Oscar, son démon de majordome veillait et lui évita de glisser sur les dallages récemment nettoyés en jetant rapidement des serviettes sous ses pas pour ensuite les récupérer avec autant de célérité afin de ne pas gâcher le travail remarquable des domestiques de ce palais. Le majordome qu'il était demeurait admiratif du formidable travail qu'effectuait les employés.
Malheureusement,  ce n'en était point fini avec l'avancé de son maître dans ce long couloir au plafond si hypnotisant. Le démon du se précipiter et retirer un chariot transportant des assiettes, retirer une échelle, en attraper l'abricot qui était perché dessus puis tout remettre en place, faire rouler une pierre qui amassait de la mousse en plein milieu, nettoyer la mousse restante devant les yeux ébahis des domestiques venues s'occuper de la pierre, ainsi que retirer les draps tendus en travers du couloir par quelques garnements qui s'empressèrent de s'enfuir leur forfait déjoué.
Naturellement, Oscar ne s'aperçut aucunement des manœuvres de son majordome et poursuivait son chemin admiratif sans se soucier du reste. Au détriment de Lithium, il s'en rendit compte après un moment et baissa la tête pour sourire, quelque peu gêné. Il s'inclina légèrement, la main sur le cœur et s'exprima d'un ton peiné
 :

"Veuillez pardonnez mon impolitesse, mais ce plafond possède des attraits artistiques saisissants."

Au bout du couloir, ils pouvaient voir un carrefour, une sorte de hall où des statues des précédents roi d'Abricotol admirait un horizon invisible, portant les plus atouts qui soient. Ils siégeaient sur de hauts piédestal en marbre poli, les côtés étant sculptés pour représenter les temps fort du règne. Les bordures arboraient de magnifiques arabesques. Le temps ne semblaient pas avoir eu d'emprise sur ses statues majestueuses. Le service du palais en prenait grand soin.
Alors qu'Oscar commença d'une voix joueuse
 :

"Comment allons nous nous divertir afin de finir cette nuit ? J'ai quelques suggestions …"

Un mouvement de foule ne lui permit pas d'achever. Le Hall des Majestés, ainsi était il nommé, se vit remplir par une masse compacte d'abricots sur pattes principalement, des créatures des rêves avec six bras dépassant parfois la marée de fruits. Tous semblaient préoccupés et s'empressaient, ce qui ne manqua pas de piquer la curiosité du voyageur démoniaque.

"Peut-être des soldes sur les jus de fruits ? " Osa Saënoris, avant de partir dans un rire tonitruant qui disparut aussi rapidement qu'il était venu.

L'approche fut difficile, tellement les visiteurs avançaient en un bloc. Une telle course rappelait le déversement de fruits d'une charrette ou d'un cageot pour aller rouler sur une pente. Sauf que dans le cas présent, les fruits étaient des abricots déterminés possédant des pieds pour écraser les vôtres et des bras pour vous écarter sans ménagement.
Toutefois, il en fallait plus pour intimider Oscar qui ne s’embarrassa pas de formalités et en attrapa un au hasard, par le col de sa chemise bouffante couleur prune. L'abricot vociféra, râlant, puis lentement s'adoucit devant le visage ferme et intransigeant de l'invocateur
.

"Faisant de la purée !" Cria Saënoris dans sa tête

"Difficile avec un fruit …" Ricana Khildar.

Une fois un brin calmé, extrait du panier déversé et déposé au sol, l'abricot demanda d'une voix sèche :

"Que me voulez vous à la fin ?"

"Mon impolitesse est condamnable, je le conçois aisément. Je ne vous prélèverais donc qu'une infime partie de votre temps. Puis je savoir la raison de ce mouvement de foule ?"

"Vous n'êtes pas au courant ? Il paraîtrait que la princesse Juliette est ici ! Dans la salle du trône, avec le Roi et Roméo." Répondit avec empressement l'abricot." Maintenant, laissez-moi partir, je dois me dépêcher pour être aux premières loges."

"Faites."

L'abricot à la chemise prune ne se fit pas prier et s'élança dans la foule. Revenant vers Lithium, il l'informa :

"Il semblerait que la nouvelle se soit emparée de la ville. Le palais va quitter sa tranquillité pour devenir une véritable foire où Juliette sera l'attraction principale. Je suggère de lui prêter main-forte."

En attendant la réponse de Lithium, il s'écarta un peu pour laisser quelques ordres à Laënoris qui bondit immédiatement, à contre courant mais accomplissant l'exploit de n'écraser personne et d'arriver intact, sa veste noire toujours impeccablement lisse. Il sortit du palais et alla exécuter les ordres de son maître.

***

La Reine s'était réfugiée dans ses appartements après son entrevue avec Oscar. Elle en était sortie détruite mais avait puisé dans ses forces pour faire le chemin avec dignité. Elle avait repoussé avec un peu de brutalité Francky qui était partit en s'inclinant, respectueux. Il avait conscience que la vie de la Reine n'était pas toujours facile et passait sur le traitement qu'il recevait. Il n'avait pas vraiment à se plaindre et une saute d'humeur n'allait pas le mettre en colère. Du genre placide, il préféra s'en retourner dans son bureau pour préparer une nouvelle recette à base de haricots et d'abricots, le tout dans une sauce béarnaise.
Le trajet de la Reine se fit dans le silence le plus total, sa main broyant la photo au cœur de son mal. Lorsqu'elle parvint à ses appartements, elle renvoya ses domestiques, sa camériste et les valets pour se retrouver seule. Seule, comme il l'avait laissé, ce voyageur à l'allure étrange et aux habits immaculés. Une bien belle façade, car il avait tout du démon. A se remémorer son sourire en coin, elle frissonna. Elle ressentait encore sa présence presque reptilienne et sursauta à un mouvement. Pressant la photo accusatrice contre elle, elle courut jusqu'au lit pour s'y effondrer et, pour la première fois depuis longtemps, pleura. De chaudes larmes coulèrent sur ses joues, aux goûts amères. Ses draps de soie si doux se virent devenir lacs pour les pleurs de la Reine qui était redevenu la jeune abricot amoureuse du prince de Pêchya. Elle déversa toute l'humidité de son corps au risque de voir sa peau se friper. Son noyau s'ouvrait enfin et toute la peine qu'elle avait enfermé derrière une chair de rage et d'intransigeance explosait en elle, provoquant des larmes qui tombaient en cascade. Elle était malheureuse et seule. La sentence du voyageur la hantait
 :

"… Sinon, vous risquez fort de perdre bien plus que votre fils …"

Il l'avait abandonné face à son passé et ses fautes. Elle avait peur de ne pouvoir supporter. Un bref instant, la colère monta en elle, le désir de faire payer à ce blanc-bec son insolence mais l'idée s'estompa bien vite. La volonté n'y était pas. D'une certaine manière, il était parvenu à la toucher plus profondément qu'avec n'importe quel couteau. Son passé l'avait rattrapé et lui faisait payer très cher. Pourtant, il n'y avait que cette photo. Mais elle en disait si long, impliquait tant de choses. Comment pouvait elle espérer conserver son autorité avec une telle preuve ? Mais surtout, faire resurgir son passé lui avait jeté à la figure une cruelle vérité : elle était Reine, certes. Néanmoins, elle en avait aimé un autre qui l'avait laissé tomber. Avant d'être Reine, elle était avant tout abricote. Avec ses joies, ses peines, ses amours et ses haines. Elle s'était laissé submerger par la colère, occultant le reste. Alors qu'elle avait un Roi si tendre … Un fils si adorable … Elle possédait tant de choses plus importante que tout ces titres et ces breloques royaux. Un peuple joyeux aimant faire la fête, une citée resplendissante, un Roi généreux et un fils admirable. Comment avait elle pu en arriver là ? Aveuglée par une rancœur qui avait dévorer son noyau, elle avait détruit toute bonne humeur autour d'elle, semant souffrance et méfiance.
Se relevant, elle chercha un mouchoir et essuya ses larmes. Une grande inspiration prise pour retrouver son calme, elle se leva, résolue. La photo finit dans la gueule ouverte du vide ordure qui s'en régala, réduisant son passé à du compost. Elle allait changer et discuter sérieusement avec son fils de cette romance. Si elle voulait faire table rase du passé et réparer ses erreurs, l'histoire d'amour entre son fils et la princesse de Pêchya devrait y pourvoir. Elle sonna sa camériste et les domestiques pour se changer, désirant mettre une robe nouvelle et plus fraîche. Au grand étonnement de ses serviteurs, elle les houspilla moins que d'habitude, riant même lorsque le caniche se trouva emberlificoté dans de longs rubans de tissus. Ravis de ce changement, les domestiques en profitèrent et l'atmosphère s'éleva pour devenir joyeux. En plaisantant avec eux, la Reine se rendit compte combien il était agréable de sourire, de rire et combien elle était entourée de braves gens. Elle se promit de les traiter moins sévèrement et de les récompenser en compensation des années de service en sa rude compagnie.
Alors qu'elle choisissait un chapeau en présence du chapelier mandé spécialement du Royaume de la Folie, une clameur lui vint. Elle laissa tomber la coiffe emplumée pour venir à la fenêtre et ainsi voir le palais pris d'assaut par une foule pressée de vérifier si la rumeur selon laquelle la princesse Juliette était présente était fondée ou non.
Un tel attroupement l'étonna et elle s'inquiéta soudainement. Et si il était arrivé quelque chose à son fils ? Ou pire, au Roi ? Plantant là le chapelier fou qui demandait aux domestiques la différence entre un corbeau et un bureau, la Reine sortit de ses appartements et se précipita en direction de la salle du trône, mue par un instinct puissant. Sa robe de mousseline faisait grand bruit et à son passage semblait passer un nuage. Les teintes choisies étaient naturellement chaudes, à savoir un orange bien en chair pour les tissus et un orange juteux pour les dentelles parcourant toute la robe. Il semblait qu'une main experte s'était fait fort d'emballer avec toute la grâce d'un maître cuisinier cette abricote qui filait sur ses pattes.

A son arrivée, l'assistance retint son souffle. Elle reprit le sien, après cette folle course. Le Roi, Roméo et Juliette la regardèrent avancer avec dignité, la fatigue de la traversée rapide du palais s'estompant. Ses joues revinrent à des teintes plus abricot et une haie d'honneur se forma à son passage. Elle était avant tout respectée par crainte mais ceux présents au premier rang descellèrent un changement dans l'attitude de la Reine.
Juliette observait derrière son amour cette abricote qui paraissait si forte, puissante. Après tout, c'était principalement à cause d'elle que leur amour ne pouvait se révéler au grand jour. Elle appréhendait donc la rencontre. Déjà, l'entretien avec le Roi s'était excellemment bien passé, grâce à Roméo et à Lithium, lui permettant d'espérer. Mais se voir confronté le jour même à la Reine, c'était peut-être un peu trop.
Roméo regardait sa mère avec un air de défi et se rendit compte que des modifications dans son allure s'était opéré. Sûrement grâce à l'intervention de ce Khildar Oscar Aloïs … trucSilver. Il se sentait prêt à affronter sa mère, même si il lui semblait que ça allait être plus aisé. Il avait gagné en assurance et voir son père s'affirmer et déclarer son union avec Juliette lui avait conféré un regain d'énergie insoupçonné.
Le Roi d'Abricotol surveillait la marche de sa femme et remarqua lui aussi le changement. Elle souriait et tout son visage semblait irradier les alentours. A cet instant, le souvenir de sa jeunesse lui revint et il quitta son visage ferme pour s'attendrir. En voyant cette beauté s'élancer vers lui, il se souvenait pourquoi il en était tombé amoureux. Si belle, dynamique, charmante et rayonnante. Son port noble lui avait fait pensé qu'elle était issu de hautes sphères, ce qui était partiellement vrai. Qu'importait, il l'aimait et encore à ce jour.
La traversée de la salle du trône se fit dans un silence respectueux et lorsqu'elle atteint l'estrade, elle fit une profonde révérence pour prononcer d'une voix douce
 :

"Je me présente à vous, mon Roi, accourant après l'empressement du peuple à pénétrer au palais. Que se passe t il pour susciter autant d'attention ?"

Elle n'avait pas encore remarqué Juliette, dissimulée derrière Roméo et attendit que son époux l'invite à se relever.

"Lève toi, ma Reine, et voit."

Il tendit le bras pour faire un signe de la main à la princesse de Pêchya afin qu'elle s'approche.

"Vient, n'aie pas peur."

Il s'adressa à tout le monde, pas seulement à la Reine :" Je vous présente Juliette, princesse de Pêchya. Elle épousera mon fils si son père y consent."

A cette annonce, la Reine hoqueta puis se calma. Elle détailla la pêche devant elle qui affichait une timidité et une crainte bien compréhensible. Sa robe était vraiment magnifique, d'excellente facture et le présent de Roméo fit impression sur sa mère.
Après une inspection visuelle rigoureuse, la Reine se forgea son opinion : cette pêche n'avait rien d'une pimbêche et possédait des traits ravissant, pour une pêche. Étrangement, il lui sembla retrouver quelques caractéristiques de son ancien amour, l'actuel roi de Pêchya. Quoi de plus normal pour sa fille ?

De loin, accoudé à une colonne de l'entrée de la salle du trône, Oscar regardait la scène avec un sourire en coin. Il avait assisté à la transformation du Roi et même applaudit à sa tirade sur la paix. Cependant, il n'était pas allé jusqu'à jeter son haut de forme, y tenant trop.
Laënoris vint à ses côtés pour l'avertir que les ordres avaient été exécutés. A cette nouvelle, le sourire de l'aristocrate s'étira encore plus pour devenir presque sadique, une lueur de chaos brillant au fond de sa pupille. Il quitta la salle du trône discrètement, peu importait si Lithium le suivait ou non.
Il se dirigea vers l'entrée principale et une fois en haut des marches, il attendit. Les gardes s'étonnèrent de la présence de cet olibrius en blanc mais ne s'en formalisèrent pas, leur rôle se devant de contrôler les entrées et les sorties, point les béats qui admirait la ville depuis le palais. De plus, ils avaient été rudement sollicités après la cohue pour entrer et avaient finalement laissé tomber au vu du nombre important. Après tout, qui serait assez fou pour attaquer le palais ?
La réponse prit la forme d'un raz de marée abricots en colère, poings levés et scandant des imprécations à l'encontre du Roi et de la princesse Juliette. Des panaches de fumées allaient rejoindre le ciel et les nuages mais émanaient nullement de quelques forges. La sirène du Chat-o-d'Eau miaulait un peu partout et les souris du corps de pompiers étaient affairés, débordées même. Cette vision d'une citée radieuse ponctuée de chaos illuminèrent le visage de l'aristocrate. Le travail de son majordome avait été exemplaire. Laënoris admirait le spectacle à ses côtés sans piper mot, tandis que les gardes réalisèrent que l'on marchait vers le palais avec une férocité qui ne présageait rien de bon.
Le capitaine des gardes fut mandé sur le champ et en voyant la foule d'enragés qui arrivaient, il ordonna la fermeture de toutes les portes et la mise en sûreté des membres de la famille royale. Lorsque la nouvelle tomba au milieu des félicitations à l'adresse de Roméo et Juliette,
une panique monstrueuse s'empara de la salle du trône et transforma la liesse en terreur. On se bouscula, se pressa, se marcha dessus, chacun voulant quitter l'endroit au plus vite. Vaine tentative, les portes du palais se fermant.
Alors un mouvement contraire se créa et l'on martela les portes closes en espérant les ouvrir. Seulement les gardes avaient reçu des ordres et étaient obligés de repousser la foule. Bien que des domestiques furent chargés d'indiquer les lieux où se réfugier, peu les écoutèrent et préférèrent courir en tous sens.
Quant aux membres royaux, ils se dirigèrent vers une porte dérobée, Juliette accrochée aux bras de Roméo tellement elle avait peur, qui menait vers les sous-sols. Cette aménagement était prévu dans les situations comme celles-ci et présentait un confort non négligeable ainsi qu'une réserve de nourritures permettant de tenir longtemps. Des gardes et des domestiques les suivirent puis refermèrent le passage. Il n'y avait plus qu'à attendre.

Pendant ce temps, Oscar lambinait tandis que Laënoris s'acquittait de sa nouvelle mission. Il en avait fait par aux gardes qui s'étaient laissé convaincre, plus par désespoir face à cette masse énervée que par sympathie pour ce voyageur particulier. Francky revint avec la troupe de cuisiniers, transportant d'immenses marmites remplie d'eau chaude comme leur avait demandé le majordome. Oscar les aida à les mettre en place aux bords des marches, soulevant et portant les lourds récipients. Malgré la surface isolante, on pouvait sentir la chaleur, les vapeurs émanant en témoignant.
Les opposants se trouvaient tous réunis devant les grilles du palais, unis dans un même désir de destruction. Leur passage avait été ravageur et l'on sentait que les plus importants dégâts allaient être pour le palais, symbole d'une autorité en perdition.

Loin de paraître effrayé par l'attroupement violent, l'aristocrate anglais regardait d'un air amusé ces enragés. Son papillon enchanté s'était posé sur un rebord de son haut de forme et ensemble, ils attendaient la venue de Lithium. Elle était une composante importante dans le plan élaboré sur le tard par Oscar. Alors qu'il quittait la salle du trône au milieu du tumulte causé par l'annonce d'une foule de manifestants mécontents, la solution finale de son projet concernant ces opposants s'étaient imposé à lui. Il envoya donc Laënoris avec des instructions pour Francky et ses acolytes aux cuisines ainsi que pour quérir Lithium, cette voyageuse aux ressources utiles. Que le majordome réussisse à accomplir sa mission alors que le palais était immense, submergé par une foule paniquée de surcroît, était une évidence pour le voyageur démoniaque. Ce démon ne lui avait jamais fait défaut et il avait une totale confiance en lui. Certes, ce n'était pas son premier démon, mais Laënoris s'était entièrement soumis à son maître Oscar. Il s'occupait de lui, lui venait en aide, apportait des explications autant que de nouveaux vêtements, tout comme un véritable majordome, l'aura démoniaque en plus. Bien que sa force ne soit pas phénoménale, elle permettait à l'invocateur de se sortir de situations difficile. De plus, l'agilité du démon lui autorisait des acrobaties, comme la course sur les toits, par exemple.

Les grilles en fer forgé aux motifs représentant des abricots valeureux n'allaient pas tenir bien longtemps si les partisans d'une guerre entre Abricotol et Pêchya persistaient dans leur mouvement de pression. Déjà, des projectiles variés vinrent choir sur les marches éclatante du perron. Des fruits trop mûres éclatèrent, souillant l'immaculé par des gerbes organiques. Des cailloux accompagnèrent bientôt les végétaux pour fissurer les marches, les éclats de pierres volant en explosions menues. Les injures étaient aussi projetées à la face du vent qui les porta jusqu'aux oreilles de l'aristocrate et des gardes légèrement inquiets. Les cuisiniers étaient repartis leur besogne achevée pour se réfugier dans les réserves. Francky avait serré contre lui chaleureusement Oscar, lui souhaitant bonne chance pour la suite. Cette masse imposante vêtu d'un tablier et d'une tenue complète de chef cuisinier était si touchante d'attentions. Un cœur bien généreux, ses six bras étaient plus fait pour les câlins que pour broyer. Il salua l'aristocrate et rejoignit ses compagnons de cuisine d'un pas leste. Il ne restait plus que sur le perron l'invocateur démoniaque, son papillon enchanté qui reposait sur le bord du haut de forme et quelques gardes tenant leur lances fermement, comme si elle pouvait les protéger. Ils en venaient à être ridicule avec leur casque en métal aussi large que des poêles et leur cuirasse en cuir qui ne les protégeaient que partiellement. Ils tenaient difficilement en place sur leurs fines jambes face à la hargne qui émanait derrière les grilles. D'ailleurs, les grilles commençaient sérieusement à peiner sous le poids de la colère et leur déformation était perceptible.
Toutefois, rien ne semblait inquiéter l'aristocrate qui affichait son sourire amusé, presque en un air de défi. Normalement, si les suggestions avaient été suivi, le capitaine des gardes avaient fait sortir la garnison par les sorties annexes afin de la positionner pour encercler les abricots dissidents massés autour de l'entrée principale. Il ne manquait plus que la touche artistique de son plan qui avait mûri au fur et à mesure. Comme toute artiste qui se respecte, Lithium mit un certain temps à poindre sur le devant de la scène, Laënoris marchant d'un pas serein derrière elle. D'un hochement de tête, il fit comprendre à son maître que rien de notable était parvenu. La voyageuse avait été informée de sa participation par le démon majordome en termes clairs, courts et précis, à savoir user de son talent (mot par lequel désignait Laënoris les pouvoirs des voyageurs) pour faire apparaître des oignons en grande quantité dans le but de créer un brouillard pestilentielle. De plus, un ventilateur était aussi demandé, mais les gardes pouvaient tout à fait se contenter de grandes palmes à agiter. Grâce à ce dispositif simple, l'aristocrate pensait entraîner la brume malodorante vers la foule agitée et vengeresse afin de les rendre vulnérable. A la suite de quoi, le plan en venait à son expression la plus stricte : supprimer le problème de la rébellion. Au sens propre. Les gardes couvraient les voyageurs, c'est à dire qu'ils demeureraient à distance et repousseraient les éventuels fuyards alors que la plus importante part du travail incombait à Lithium et à Oscar.

A l'idée de retrancher dans le vif la chair juteuse des abricots, l'invocateur démoniaque ne put dissimuler un sourire sadique et un éclat de douce Folie brillait dans ses yeux bleu. Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, les marches menant à l'entrée principale du palais étaient presque entièrement souillées de fruits éclatés et des cratères du aux chutes de pierres parsemaient le reste. Fort heureusement, les bouteilles incendiaires ne semblaient pas le lot des manifestants, même si des départs de feu avaient été observés. Peut-être qu'un esprit diabolique s'était chargé de faire naître ces flammes …
Il lança, tout fixant la multitude de fruits
 :

"Splendide chaos rafraîchissant, n'est ce pas ?"

Il continua d'un ton joueur :

"Voyez cette masse grouillante et fumante voulant faire fléchir l'autorité par des gerbes et des jets, par des invectives et des faces grimaçantes de colère. Quelle rage dans leur gestes. Cette grille ne pourra les contenir longtemps et alors se déversera l'ire d'un peuple étouffé par trop de liberté et d'uniques pensées. Leur empressement à détruire les rend si ridicule … Ils ont semé la destruction pour protester et sont prêts à achever leur Roi pour leur cause … Aveuglés … Des tournesols. Ce sont des tournesols. Ne suivant que le soleil, ignorant le reste du monde."

Laënoris se tenait en retrait et son stoïcisme le faisait confondre avec quelques décors muraux.
Finalement, Oscar se retourna vers Lithium pour afficher son enthousiasme quant à la suite des événements
 :

"Je suppose que Laënoris vous a mis au fait de ce que nous attendons de vous."

Il s'inclina, un poing fermé dans le dos, l'autre main invitant d'un geste à commencer à produire les oignons pour les mettre dans les marmites fumantes.

"Je vous prie donc, si vous le voulez bien …"

.O.

Lorsque tout fut prêt, le brouillard commençait déjà à envahir les narines de nos voyageurs. Le problème de leur propre respiration s'imposa donc mais fut rapidement résolu par l'initiative du démon de majordome qui sortit des mouchoirs de ses poches. Ainsi protégés, ils purent mettre en œuvre la suite du plan, à savoir la ventilation vers les grilles. Il fallait faire vite, le fer ployant sous la charge colérique. La présence de marmites et les vapeurs en émanant interloquaient un brin les enragés mais leur volonté de destruction ne permettait pas une réflexion plus poussée. Ils se pressèrent donc encore une fois, comme un seul fruit, contre les barreaux de la cage royale et en un craquement sinistre, les grilles cédèrent. La masse roula et fondit en direction du perron. Seulement, une brume à l'odeur peu engageante vint à leur rencontre, ralentissant leur ardeur. Toutefois, les derniers ne voyant pas encore le danger, poussaient les premiers qui freinaient leur course tant bien que mal. Les mouvements contraires s'annulèrent et un panier d'abricots vidé devant les marches du palais ne bougeait plus, enveloppé dans une brume malodorante. Les quelques secondes d'hésitations permirent à Oscar de proposer à Lithium le commencement des hostilités.

"Êtes vous prête à fondre sur ces abricots et les rendre confitures ?"

Une fois acquise sa participation entière et violente, l'invocateur démoniaque fit un signe à son majordome qui lui tendit ses deux couteaux. Bien que blessé au bras et aux jambes, il allait combattre à nouveau. Le sentiment grisant du contact pour tuer parcourut son échine qu'il courba, prenant un solide appui sur ses jambes. Les bandages que lui avait confectionné sa compagne d'aventures et de sang lui fournissaient une garantie suffisante pour l'autoriser à combattre. Il serra les couteaux fermement, les rendant extension de ses bras. Il se concentra en posant ses yeux bleu glacial étincelant de Folie Meutrière sur les malheureux abricots qui suffoquaient et cherchaient un chemin au milieu de la brume nauséabonde. Puis, d'un coup, lâchant le ressort de son corps, il sauta du perron pour atterrir en bas des marches. Non seulement l’atterrissage n'arrangea pas la souffrance de ses jambes qui l'engueulèrent de douleur, mais il glissa sur un éclat de fruit et effectua un magnifique saut périlleux arrière pour finalement se retrouver sur le dos, complètement sonné. Son démon de majordome se mit en marche, descendant d'un pas nonchalant, évitant les quelques projectiles et se pencha sur son maître tout en prenant soin que personne ne l'atteigne. Il fit signe à Lithium qu'il se chargeait d'Oscar et qu'elle avait une mission d'extermination à accomplir.
Car le plan de l'aristocrate anglais avait bien pour objectif la neutralisation complète des éléments perturbateurs. Purement et simplement. Les gardes avaient approuvé ce plan bon gré, mal gré, plus préoccupés de la sécurité immédiate que par les répercussions. Ils encerclaient par conséquent la zone de combat, les lances abaissées prêtes à embrocher le premier abricot voulant fuir. Néanmoins, il était plus aisé de surveiller un combat que d'y participer et aucun ne se sentait capable de blesser ou de tuer un des leurs. Ils étaient un peuple, ils formaient un tout. Enfin, avaient formé. Maintenant, ils se déchiraient pour des raisons oubliées et sûrement futiles. Triste situation pour un peuple aussi joyeux d'ordinaire. Ils étaient tombés bien bas, ne valant pas mieux que ses chats cauchemars qui attaquaient leur propre royaume, comme cet attentant contre le Roi. Heureusement, des voyageurs venaient en aide et la situation s'améliorait pour un moment. En parcourant la scène qui se jouait devant eux, leur citée en flammes et l'entrée du palais souillée, les gardes se demandaient comment ils pouvaient en être arrivés là. Ils se mirent aussi à douter de l'efficacité des voyageurs. Après tout, avant leur passage, les relations au sein de la citée s'accommodaient parfaitement. Désormais, ils devaient subir une véritable révolte.

C'est alors qu'intervint la Reine.
Majestueuse, elle apparut au milieu des marmites. Les vapeurs l'environnant rendait sa venue encore plus spectaculaire. Elle était fière, digne et son visage ferme. Toute la noblesse et la force de la royauté s'était incarnées en elle, transformant sa démarche rigide en marche décidée. Par sa présence, elle imposa le retour au calme. Enfin, pas seulement. L'ordre qui accompagna son arrivée claqua dans l'air
 :

"Au calme !"

Simple, mais efficace. La fumée se dissipa rapidement, comme effrayée par la figure royale, pour laisser apparaître un triste spectacle au pied des marches. Dévasté, le jardin était occupé par une bonne cinquantaine d'abricots représentant les opposants à la volonté de réconciliation. Des pierres jonchaient le sol ravagé, des fruits s'étalaient sur une bonne surface pour former une palette multicolore et les grilles étaient couchées au sol, complètement défoncées.
Laënoris était au près de son maître et tourna la tête en direction de l'apparition royale pour lui formuler un sourire aimable. Elle ne le remarqua même pas. Lithium se trouvait elle aussi au milieu de la scène mais le regard de la Reine ne portait pas sur les deux voyageurs, mais bien sur son peuple. Elle avait engendré cette rage et la vérité lui éclatait à la figure. Un sentiment de tristesse l'envahit, de culpabilité aussi. Cependant, son visage resta intransigeant. Les regards tournés en sa direction, elle cherchait un moyen de sortir de cette situation.
Puis vint à ses côtés le Roi, suivit de Roméo et de Juliette. Ils l'avaient tous suivi. Elle s'était décidée dans les sous-sols, incapable de laisser faire. C'était sa faute, elle devait réparer. C'est pourquoi elle était sortie de la cachette et s'était précipitée vers l'entrée principale, sans se douter que le reste la suivait. Lorsqu'elle s'en aperçut, elle sourit. Malgré les conséquences de ses actes, ils la soutenaient. Cette marque touchante était peut-être un brin faussé, le Roi s'étant lancé à sa poursuite pour veiller à sa sécurité, Roméo et Juliette suivant le mouvement.

Ils se tenaient donc là, tous, élevés par les marches du pouvoir, constatant la folie d'un peuple guidé par une idée destructrice. Ces manants frénétiques qui étaient subjugués, suspendant leurs pensées pour admirer la beauté noble des souverains d'Abricotol. Coïncidence architecturale ou pur hasard artistique, mais les fenêtres du palais reflétant le soleil éclatant auréolèrent les membres royaux, conférant un aspect presque divin à la scène. Par réflexe, les gardes s'agenouillèrent, étrangement suivis par les manifestants. La force de présence prévaut sur de longs discours et toute la royauté fit ployer le peuple.
Bien que la beauté de la composition ne faisait aucun doute pour l'aristocrate anglais, un tel élan de soumission l’écœura. Il ravala ses commentaires et se contenta d'afficher une grimace de mépris, la faisant passer pour de la souffrance.

Le Roi prit alors la parole. Il avait de l'assurance et sa voix était ferme
 :

"Peuple d'Abricotol ! Voyez où votre Folie vous mène ! N'avez vous pas honte ? Admirez l’œuvre de votre fanatisme. Notre belle citée est en flamme. Comment avez vous pu vous abaisser à de telles agissements ? Vous ne valez pas mieux que les chats cauchemars. Les limaces ont plus de cervelles que vous !"

La populace accusa le coup mais la diatribe du Roi n'était pas à son terme :

"Il est temps de mettre fin à ces querelles infondées. Nous sommes la risée du Royaume des Fruits. Pour une différence de chair, nous avons brisé la quiétude. Ce royaume est réputé pour sa tranquillité et nous l'avons massacré à coups de préjugés grotesques. Bien que nos peuples soient différents, nous appartenons tous au même royaume. Il est ridicule de se battre entre frères. Nos divergences ont même atteint notre peuple, notre citée, si fière et maintenant, regardez !"

Il faisait référence aux volutes de fumées qui parsemaient le ciel.

"Qu'importe les différences de chair, de jus, de couleur, de texture. Nous sommes tous fruits, et fier de l'être ! Mes frères, cessons de nous battre. Moi, Roi d'Abricotol vous le demande. En ces temps troubles, il faut s'unir. "

Il désigna le couple Roméo et Juliette.

"C'est pourquoi je donne ma bénédiction à ces jeunes fruits. Ils sont l'image d'une jeunesse épanouie, mûre. Ils sont notre avenir.
Mes frères fruits. Vous vous êtes agenouillés abricots. Levez vous fruits !"


Et les fruits répondirent à l'appel comme une seule grappe. Le discours du roi les avait bouleversé. La Reine était émue et se jeta sur son époux, ajoutant une touche sentimentale. Quant aux principaux intéressés, ils admiraient le Roi de leurs yeux béats.

De faibles applaudissements fendirent l'espace. De ses mains gantées, Oscar montrait son enthousiasme concernant le discours. Il souriait, toujours allongé sur les marches. Il fut bientôt rejoint par les gardes (qui déposèrent leurs lances) et par les anciens manifestants. Une vague d'applaudissement ovationna le Roi et la Reine, ainsi que le jeune couple. Un tel revirement manqua de rendre nauséeux le voyageur démoniaque mais il détourna son dégoût en demandant à Lithium, un brin ironique
 :

"Pensez vous qu'ils nous inviteront au mariage ?"

Seul n'accompagnait pas les acclamations Laënoris, agenouillé auprès de son maître et attentif à sa santé. Du sang s'écoulait des blessures à peine refermées et imbibait les bandages. Le saut puis la glissade n'avait vraiment pas arrangé les choses.
Fort heureusement, la nuit finit par s'achever et les souffrances d'Oscar purent disparaître, en même temps que le voyageur, dans un
* pouf * nuageux.
Il avait naturellement pris soin de saluer la voyageuse Lithium avant, la félicitant encore une fois de sa splendide participation et la complimentant sur son talent d'artiste
.

"Au plaisir de rêver à vos côtés, sublime soleil. Vous êtes une beauté, une véritable merveille."

A son réveil, Oscar fut soudainement pris d'une irrésistible envie d'abricot.

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MessageSujet: Re: Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver) EmptyLun 27 Aoû 2012 - 21:32
Conclusion d'une histoire sucrée.




.

Apparemment, la nouvelle était la bienvenue.
L'aristocrate de voyageur prénommé Khildar paraissait ravi.
Il fallait dire que le mystérieux visage de cet homme de noble naissance, était presque indéchiffrable.
Décoder ses sentiments ou l'objet de ses pensées n'était pas chose aisé, et donc pas une préoccupation toute particulière de la jeune demoiselle. Celle-ci souriait toujours avec une naïveté attendrissante. Le bonheur était contagieux semblait-il.

Cependant, un boucan monstre résonnait dans le palais.
Mais qu'était donc ce raffut ? Lithium ne pouvait certes en être avertie, ne possédant point la vision infra-rouge intégré corporellement, mais une foule enfiévrée de fruits se bousculait à l'entrée de la salle du trône pour assister au mariage fraîchement prononcé de la belle Juliette et du Prince Roméo. Partisans ou rebelles, tous voulaient y assister; pour s'y plaindre ou s'extasier devant une paix résolument proche, mais chacun s'y hâtait. Des voix s'élevèrent puissamment, et résonnèrent dans l'ensemble des voûtes dont était formé la merveille d'architecture qu'était le bâtiment. Le Roi était en train de s'affirmer pour la première fois devant la moitié de la population de son peuple. Un édit fut écrit. Mais non approuvé par tout le monde. La rue devint un véritable champ de bataille. Mais cela est une autre histoire, déjà habilement décrite précédemment par mon camarade. Revenons-en à nos deux voyageurs.

Le Lord lui souriait.
Et celui-ci devint d'autant plus grand lorsqu'il lui répondit que tout s'était également fort bien passé de son côté. La Reine s'était apparemment montré très coopérative, et avait accepté les exigences que lui avait posé le voyageur. Un certain Francky veillait sur elle. Qui c'était lui déjà ..? Bref, qu'importe. Le jeune homme l'affubla ensuite de compliments. Sa voix mielleuse était tendre et légèrement sucrée, et fit glisser tout naturellement ses mots. Quel beau parleur celui-là, ce qui n'était pourtant pas pour lui déplaire. Sa maîtrise de la langue était parfaite. La demoiselle esquissa un sourire amusé à l'écoute de ces flatteries.


"Moi de même, Khildar.
Vous êtes encore plus doué dans la persuasion que je le pensais.
Tous les moyens sont bons pour arriver au résultat escompté."


Ils se mirent en marche.
Lithium put remarquer que Khildar boitillait doucement.
Une conséquence de leur altercation sur le chemin de forêt ? Sûrement.
Elle resta silencieuse, ne souhaitant pas l'embarrasser davantage en lui procurant une nouvelle fois son aide.
De plus, son compagnon de mission semblait profondément perdu dans la contemplation des merveilleux plafonds, piliers, colonnes et autres lieux de la bâtisse. Il était vrai que cet endroit était tout bonnement magnifique. Sa richesse n'était plus à nier. La beauté du palais excellait de loin ce qu'elle avait vu jusqu'à aujourd'hui. Un doux parfum sucré et entêtant flottait dans l'atmosphère, rappelant la nature des habitants du Royaume. Cette fragrance fruitée embaumait impunément l'espace. Un parfait délice aux narines. Une palette excessive de couleurs décorait les murs, d'un orange semblable au coucher du soleil qui se profilait sûrement au dehors. Mais Lithium n'approfondit point son observation analytique du sens artistique de la construction. Elle était totalement subjuguée par ce qu'elle voyait actuellement. Le majordome en lequel elle n'avait que très peu confiance, se tortillait dans tous les sens.
Ce dernier attrapait à une vitesse fulgurante des serviettes immaculées, pour les jeter sous les pieds de son maître. Il lui créait ainsi un chemin sécuritaire, lui empêchant de glisser par inadvertance sur le carrelage lustré qui surplombait le sol. La jeune femme, les yeux écarquillés d'ébahissement, ne prononça pas le moindre mot devant ce spectacle surprenant. Il récupérait les tissus aussi rapidement qu'il ne les jetait. Mais il se débarrassa également d'un chariot gorgé de vaisselle, manquant d'écraser un malheureux employé sur le chemin. Une échelle de travail fut déplacé de son emplacement original, l'abricot installé avec. Passer en-dessous était synonyme de malheur, c'était bien connu.. Quelle connerie. Une pierre pleine de mousse, la mousse en question, des draps étendus par de petits imbéciles.. Tout fut habilement déplacé et contrecarré. C'était hallucinant. Un élan d'admiration remplit néanmoins Lithium. Ce majordome avait certes quelque chose d'étrange en lui, mais il fallait avouer que la classe, ça, il l'avait.

Le Lord ne sembla s'apercevoir de rien.
Il lui lança seulement un regard gêné lorsqu'il s'aperçut qu'il ne faisait plus attention à personne.
Le plafond octroyait à lui seul sa concentration. La dessinatrice secoua la tête. En quoi cela était grave ?
Il lui arrivait également d'être totalement obnubilée par quelque chose en particulier. Elle ne lui en tenait aucunement rigueur. Il s'inclina pour exprimer son désarroi. Mais rajouta d'un ton particulièrement malin;


"Comment allons nous nous divertir afin de finir cette nuit ? J'ai quelques suggestions.."

Allez savoir ce qu'il pensait.
Des bruissements et des haussements de voix l'empêchèrent d'achever sa phrase.
Dommage, soupira la demoiselle. La curiosité la poussait plutôt à en savoir davantage sur ces sons. Ils reviendraient à ça plus tard. En s'approchant lentement, ils purent voir une foule monstrueuse se déverser dans le Hall. Des abricots, des fruits tout courts, de simples et étranges créatures des rêves s'amassait dans le couloir. Que se passait-il ? Un évènement précis ? Le mariage n'était pas encore annoncé pour tout de suite. Qu'était-ce donc ? Avec une difficulté agaçante, ils tentèrent de s'approcher de la masse. Lithium grogna plusieurs fois de douleurs. Ces malotrus ne se gênaient pas pour écraser les pieds des autres, surtout lorsqu'elle était plus grande. Dans un simple accès de mesquinerie, elle tendit un pied en travers et fit basculer un abricot. Dans sa chute, il entraîna d'autres compatriotes avec lui, ainsi que deux créatures des rêves à plumes et une tomate flétrie. Des soufflements étouffés se firent entendre, et la jeune fille sourit de satisfaction. Ils n'avaient qu'à être plus polis. Non mais. Pendant ce temps, elle vit Khildar agripper sans la moindre douceur un fruit ridiculement vêtue. De son emplacement, elle n'entendait rien. Il lui soutirait sûrement des informations sur la raison de la soudaine cohue.
Quand le voyageur revint vers elle, il lui expliqua la situation. Le Royaume entier était au courant de la présence de Juliette dans le palais. Horreur ! Tout n'était pas totalement prêt ! La pauvre pêche allait se retrouver au centre d'une marmelade de sucre enragé. Il fallait effectivement la retrouver pour être à ses côtés. Elle ne pouvait affronter cela seule.


"Allons-y, je ne veux pas louper ça !
ça risque d'être fort, fort intéressant.
Et puis, il faudra peut-être se charger des rebelles."
, dit-elle en souriant à l'idée d'un petit combat.

Ils partirent donc vers la salle du trône où tout se déroulait.
Les deux voyageurs arrivèrent juste à temps. La Reine était dans la pièce.
Discrètement, chacun des deux jeunes gens s'installèrent dans un coin de la pièce.
Lithium, souhaitant voir de plus près, s'approcha jusqu'à la dernière colonne, restant toutefois dans l'ombre de celle-ci. Elle n'avait encore jamais vu la souveraine de Abricotol. Tout ce qu'elle ne savait, c'était que son caractère de mégère lui avait valut la crainte totale de ses sujets, et la soumission de son Roi de mari. Pourtant, ce qu'elle vit la stupéfia, et la rassura en même temps. L'abricote était d'une sérénité royale. Son teint frais et léger lui donnait un air nouveau. Elle irradiait de jeunesse et de beauté. Oui, pour un fruit. Elle ne ressemblait pas au portrait qu'Alembert, le vieil archiviste avait bien pu lui faire. Qu'est-ce que Khildar lui avait-il fait pour créer un tel changement de comportement ? Qu'importe. Le plus important était que c'était fait. La Reine s'inclina gracieusement face à son mari, illustrant son dévouement. Il lui lança un regard empreint d'amour. Apparemment, la présence de Juliette ne lui avait été aucunement soufflé.
Cette dernière tremblait de tout son être. Caché derrière son amant, elle observait cette personnification même de la Royauté. Comment pouvait-elle tenir tête à une pareille femme ? Elle imposait le respect par sa seule présence. Le Roi la fit se relever, et invita la princesse de Pêchya à s'avancer vers eux, découvrant ainsi son doux visage à la cour. La grande pêche se raidit à l'annonce du futur mariage de son fils avec cette jeune demoiselle. Elle l'observa de la tête aux pieds. Cette gamine était d'une rare beauté, elle arborait timidement les traits de son père, celui qu'elle avait jadis tant aimé. Elle n'avait rien d'arrogant, pas la moindre trace de vilénie, rien. Elle l'acceptait telle qu'elle était.

Lithium soupira.
Tout allait pour le mieux.
Enfin, c'est ce qu'elle avait cru jusqu'à ce qu'elle vit Khildar sortir de la pièce.
Elle avait vu son sourire. Celui qu'elle avait attendu patiemment, espérant une altercation.
Mais elle ne le suivit point. D'abord, elle devait s'assurer que tout se passerait bien là où elle était.
Cependant, quelques minutes plus tard, elle vit le majordome à l'aura diabolique s'approcher vers elle.
Que voulait-il ? Celui-ci, d'un ton clair et précis exposa le plan dans lequel elle était sommé de participer.
Faire apparaître des oignons, et au mieux, un ventilateur par la même occasion, pour créer un brouillard d'une odeur insoutenable. C'était une blague ? Jamais on ne lui avait demandé de dessiner des oignons.. Un ornithorynque croisé avec un paresseux et une loutre, oui, mais pas des oignons. Bref, si cela était nécessaire, elle le ferait, elle en avait les capacités. Elle remercia Laënoris d'un hochement de la tête, ajusté d'un sourire furtif, et se dirigea vers la sortie. Doucement, elle trottina en toute discrétion vers la porte, se fondant ensuite parfaitement dans l'ombre de l'aristocrate.
La fête allait commencer. Elle vint se placer sans bruit aux côtés du Lord.
Si les gardes à l'entrée ne se préoccupaient pas d'eux, la masse enragée d'abricots en face, si. Des réticents au mariage et à l'union des deux royaumes. Ne comprendront-ils jamais ? Tous hurlaient, les poings de la colère dans les airs, vociférant des insultes ignominieuses à l'encontre de la couronne. De la fumée grisâtre s'élevait un peu partout dans la cité, stipulant l'existence d'incendies. C'était le foutoir, un pur chaos. Pour protéger la cour et les membres royaux de cette montée en puissance de violence, les portes du palais furent fermées, et les principaux visés emmenés aux sous-sols. Les opposants, eux, continuaient leurs ascension, martelant les portes. Les marches étaient déjà emplis de fruits écrasés, et des trous particulièrement importants les avaient souillés.


"Splendide chaos rafraîchissant, n'est ce pas ?", lâcha finalement l'aristocrate.

La jeune fille acquiesça d'un bref hochement de tête.
Il était vrai que c'était un spectacle parfaitement enrichissant.
Cette explosion de couleurs s'inscrivait dans sa mémoire visuelle.
Ces différentes teintes, ces mélanges de textures et de nuances, ajoutaient de nouvelles palettes colorées à sa créativité. Admirer une telle chose était une source d'inspiration intarissable. Elle s'émerveilla devant un tel résultat.


"Voyez cette masse grouillante et fumante voulant faire fléchir l'autorité par des gerbes et des jets, par des invectives et des faces grimaçantes de colère. Quelle rage dans leur gestes. Cette grille ne pourra les contenir longtemps et alors se déversera l'ire d'un peuple étouffé par trop de liberté et d'uniques pensées. Leur empressement à détruire les rend si ridicule … Ils ont semé la destruction pour protester et sont prêts à achever leur Roi pour leur cause … Aveuglés … Des tournesols. Ce sont des tournesols. Ne suivant que le soleil, ignorant le reste du monde."

"Nous suivons tous un idéal qui nous aveugle, qui nous coupe de la réalité.", répondit Lithium.
"Je suis un tournesol, perdu dans une quête ridicule. Un tournesol tâché de sang."

Elle ne sut si il entendit ces quelques phrases, mais ne s'en soucia guère.
Elles étaient davantage adressée à la jeune fille elle-même qu'à une tierce personne.
Khildar se tourna finalement vers elle pour l'encourager à débuter sa mission "artistique".
Sans rouspéter pour le moins du monde, elle agrippa son carnet, s'équipa de son critérium, et gribouilla en quelques secondes, une quantité colossale de légumes pestilentiels. Elle invoqua également les ventilateurs souhaités si besoin était, le tout rapidement. Le plan se déroula à merveille. L'odeur s'infiltrait et virevoltait dans l'atmosphère. Toutefois, les deux voyageurs en firent tout aussi bien les frais. Les vapeurs nauséabondes titillant les narines de Lithium manquèrent de la faire vomir de dégoût. Mon dieu, mais qui s'infligerait une telle torture nasale ? Cependant, un mouchoir lui fut tendu. Elle détourna vivement la tête, ne manquant point de s'emparer du tissu et de le presser vigoureusement sur son nez, et vit Laënoris, le démon de majordome, toujours aussi serviable. Il fallait avouer qu'il n'était pas si mauvais. Mais cette aura.. Bref, qu'importe.
L'odeur avançait à vive allure, il fallait faire vite. Les rebelles ne prêtèrent au départ pas la moindre attention à cette senteur épicée. Ils s'affairèrent à s'infiltrer brutalement dans le château, salissant de leurs pieds boueux, les dalles ardemment lustrées du palais, pour finalement atterrir au beau milieu du nuage embaumé. Des quintes de toux, des crachats et des gémissements attestèrent du bon fonctionnement du plan mit en place par Khildar. Pas bête celui là.


"Êtes vous prête à fondre sur ces abricots et les rendre confitures ?"

Lorsqu'il prononça cette phrase, son visage s'illumina de joie.
Elle n'attendait que ça depuis leur entrée dans ce bâtiment de fruits.
En un claquement de doigts, la demoiselle, particulièrement ravie de se battre à nouveau, invoqua une nouvelle fois ses dagues rougeoyantes de sang. Ces armes étaient les joyaux de sa collection créative. Sans elle, son placard brillait d'une simple et pâle lueur. Celles-ci illuminaient sa vie, et l'aidaient à merveille dans sa mission d'anéantissement. Alors qu'elle s'apprêtait à se lancer dans la courte bataille qui l'attendait, elle vit une silhouette s'envoler dans les airs, puis retomber comme une vieille patate sur le sol. A en croire la présence de Laënoris, ce n'était autre que Khildar lui-même qui venait de s'écraser. Un faux mouvement ? La jeune invocatrice ne put retenir un sourire face à cette scène bien cocasse. On peut être noble mais pas forcément adroit. Après tout, il restait un être humain. Quand elle voulut l'aider, le majordome lui fit signe de s'occuper plutôt des ennemis en déroute. Boh, d'accord. Elle noua le mouchoir autour de son visage et se jeta dans la fumée.

Le nuage était certes épais, mais pas suffisant pour arrêter la jeune fille.
Il fallait tous les exterminer. Telle était la mission qui venait de lui être confiée.
Dès qu'elle s'infiltra dans le nuage, dagues croisées, elle embrocha sans faire exprès le premier abricot venu. Surprise, elle le jeta sur le côté. Le corps roula doucement sur le sol, passant entre les gardes qui encerclaient la zone, horrifiés. Comment avaient-ils en arriver là ? Lithium, elle, s'en contrefoutait royalement. On lui ordonnait de tuer, alors elle le faisait. Elle manqua de glisser sur du jus frais, mais se rattrapa vivement au premier ennemi sur le chemin, qu'elle ne manqua pas d'achever une fois son rôle de pilier terminé. D'une gracieuse pirouette, elle trancha dans la chair tendre d'un fruit, s'humectant ainsi le visage du liquide fruité. Un traître tenta de la prendre à revers. Elle balança sa jambe dans l'air, et envoya valser le lâche à travers la fumée, passant par dessus la tête des soldats, complètement tétanisés par les corps qu'ils voyaient doucement apparaître à travers la purée.
Elle en attrapa deux autres au passage, leur offrant une seconde raie sur le visage. Leur fluide vital s'échappa par l'orifice, décorant les dalles autrefois si propres. Ce fut à cet instant qu'elle glissa sur la flaque. Ses yeux s'écarquillèrent, son esprit en pleine réflexion quant à son atterrissage. Elle se réceptionna sur ses mains, un craquement résonna dans son corps, et une légère douleur l'enveloppa. Elle en profita pour esquisser une tornade à l'aide de ses fines jambes. Elle en déstabilisa une poignée par ce tour de passe-passe. Lithium se releva ensuite rapidement, constatant par la même occasion, une entorse bénigne à son poignet droit. Elle souffla son indifférence. Ce n'était pas une petite foulure de ce niveau-là qui allait la ralentir. Un sourire sadique illumina son visage angélique lorsqu'elle se jeta sur un abricot un tant soit peu belliqueux. Elle lui pourfendit la chair, le transperçant avec vigueur. Elle plongea son regard marin dans celui partiellement voilé de son adversaire. Ce qu'il y vit l'attrista plus qu'il ne le terrifia. Il s'éteignit en un râle, et elle le jeta comme un vulgaire caillou.

Ce fut à cet instant que la Reine décida d'intervenir.
Un ordre fut royalement aboyé, sommant à tous de se taire.
La jeune fille s'arrêta également, un cadavre encore frais entre ses doigts.
La fumée dans laquelle elle agissait impunément s'évaporait, laissant publiquement place au carnage qu'elle avait elle-même orchestré. Une véritable boucherie. Que devait-elle faire ? Continuer d'exterminer ces pourceaux ou s'arrêter pour la laisser parler ? Une hésitation qui lui permit de comprendre que sa mission était malheureusement avortée. Elle lâcha à contrecœur sa victime qui s'écroula, morte. Le Roi, Roméo et Juliette se trouvait juste derrière la souveraine, la soutenant plus ou moins.
Un silence de mort régnait dans les rues. Les morts, les vivants, tous se taisaient. L'abricote était horrifiée par les conséquences qu'avaient engendré sa rage et sa jalousie. Tout cela par sa faute, elle en était l'unique responsable. Elle devait assumer ses actes. Le soleil éclairait faiblement les résidus des corps entre les pierres. Un spectacle macabre rappelant de nombreuses scènes historiques.
Le peuple de Abricotol se soumettait face à l'impériosité de leur Reine, et écoutèrent religieusement la tirade de leur Roi, nouvellement endurci. Son discours fut dur, mais juste. Comparant ses gens aux impitoyables, et sans scrupules, chats cauchemars. Des limaces furent misent en cause également. Leurs querelles devaient être oubliées, leurs différences effacées, les frontières ouvertes, leurs similitudes mises en avant. Ils étaient des fruits avant d'être pêche ou abricot. Le mariage entre leurs deux nations auraient quand même lieu, qu'importe les pensées, elles devaient être changées. Cela suffisait.

Lithium écouta, et bailla aussi.
C'était un très beau discours, certes.
Mais là, c'était comme une pièce de Shakespeare.
L'on aurait dit un mauvais film mélodramatique de seconde zone.
Toutefois, il fallait avouer qu'il avait fort bien géré cet abricot couronné.
Lorsque le Roi donna enfin son consentement aux deux jeunes amoureux, la foule se scanda en applaudissements et hourras. La voyageuse applaudit également, pour la forme, mais aussi par soulagement. Ils seraient heureux, c'était une certitude. D'un côté, l'émotion était palpable, mais elle n'en ressentait pas pleinement les effets, et n'en avait strictement pas envie. Cela était sûrement dû au fait qu'elle n'avait pas entièrement éradiqué les rebelles. Elle haussa les épaules. Elle s'approcha de Khildar, et s'assit à ses côtés.


"Booooring.", siffla t-elle, moqueuse.

"Pensez-vous qu'il nous inviterons au mariage ?", fit le Lord d'un ton où l'ironie était palpable.

La dessinatrice sourit.
Non pas qu'elle n'avait pas envie d'y aller, mais..
Non. En fait non. Elle avait pas envie ouais.


"Fagotée dans une robe de pêche avec des copeaux de pommes de terres ?
J'espère pas. Et puis, un mariage sans au moins 3 morts, ce n'est pas drôle."
, ria t-elle.

"Au plaisr de rêver à vos côtés, sublime soleil.
Vous êtes une beauté, une véritable merveille."


"A bientôt Milord, et dans des circonstances plus intéressantes, je l'espère.
Rêver avec vous fut.. Très enrichissant."


Et il disparut.
Lithium resta seule face à ce spectacle d'amour et de bonheur.
Beurk. Son visage se mua en une expression de dégoût. Trop de dégueulis pour elle.
Elle s'emmitoufla entre ses genoux.


"Flatteur."

Au réveil, elle était dans la cuisine, pelant une pêche.
Tant qu'à faire, autant continuer la nuit avec fruit.





RP CLOS.

__________



Lithium s'exprime
Bis vous insulte

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Un amour d'abricot (Pv: Khildar Blacksilver)

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