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Le Seigneur des Anneaux Nasaux [Quête Solo]

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Ed Free
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MessageSujet: Le Seigneur des Anneaux Nasaux [Quête Solo] Le Seigneur des Anneaux Nasaux [Quête Solo] EmptyLun 13 Déc 2010 - 11:19
Première partie : Les Deux Fous


La neige avait toujours été un problème. Quand vous enleviez les rares batailles de boule de neige qui se perdaient avec l'âge, les bonshommes de neige qui se dressaient comme d'immaculés totems que le soleil peut détruire s'il daignait lever ses rayons, les flocons n'étaient que des ennemis et d'impressionnants obstacles. Outre le fait qu'ils paralysaient tous les transports connus en transformant le pays en patinoire, qu'ils imbibaient chaque tissu et parvenaient à se glisser dans les chaussures les plus imperméables, qu'ils pouvaient fouetter le visage avec l'aide du vent, et qu'ils pouvaient avec une bonne nuit de sommeil se geler pour former un paysage aussi beau que meurtrier, ils avaient un autre défaut moins connu du grand public.

« Put … reviens connard ! »

Il rendait les course-poursuite beaucoup plus périlleuses. Si j'essayais de courir le plus rapidement possible dans le parc enneigé, je faisais surtout mon possible pour ne pas déraper et me rétamer la gueule par terre. Ce qui entraînerait automatiquement la fin de de la course-poursuite. Et j'étais le poursuivi. Le type qui beuglait derrière moi avait le crâne rasé à l'exception d'une bande de cheveux courts centrés sur le haut du crâne. Ses épaules feraient peur à un videur parisien, alors qu'il n'avait pas vingt-deux ans. Ses crampons le freinaient mais lui assuraient une meilleure stabilité sur la glace qui avait recouvert le chemin. Je faillis déraper pour le virage serré mais un mur me rattrapa gentiment avant de me laisser filer. Il fallait toujours que ça soit moi qui tomba dans les pires galères.
Pourtant la matinée avait pourtant bien commencée, passée la déception quand j'ai su que les trams fonctionnaient bel et bien malgré un nombre croissant d'attardés qui restaient sur les rails pour ralentir le trafic encore plus. Le premier cours n'avait pas été trop terrible, mais l'incident survint au second. Dans l'amphithéâtre, on était enfin passé aux choses sérieuses : fini la théorie, on passait à quelque chose de plus pratique avec un chapitre dédié au management de la communication. J'avais allumé mon ordinateur portable avec l'espoir de ne pas m'endormir. Mais je m'étais mal positionné dans l'amphi : juste devant le crétin de service. Ce dernier était LE mec né de la dernière pluie, si souvent cité dans l'expression. Les cheveux bouclés, mal sapés et un rire qui faisait penser à un dégénéré devant des spaghettis bolognaises. Entouré d'une bande de gars assez attardé pour le prendre comme boss, il leur contait la dernière soirée où il s'était vanté ('omg') d'avoir dégueulé dans cinq pièces différentes sans compter les toilettes et le jardin. Et comme il fallut qu'il soit bavard et le prof timoré, il continua à me gâcher le cours par des éclats de rire plus tranchants à mes oreilles que du verre. J'aurais bien pu partir et le laisser avec son vomi mais je restais accroché là, me nourrissant de ses bêtises pour la recracher en haine. J'étais un peu comme fasciné, cette même sorte de torpeur qui vous vient et qui vous fait rire quand vous regardez un film de série B. Mais à la fin du cours, après que toute ma bonne humeur soit anéantie, il fit une très belle remarque sur le sexe féminin qui le faisait passer dans le camp des machistes purs et durs. Et comme je dénigrais assez violemment ce groupe de personne, tout comme les crétins de service, je ne pus m'empêcher après avoir fermé mon ordinateur pour le ranger dans ma besace, de lui asséner un beau coup de pied à l'arrière du crâne. La neige fondue de sous mes semelles s'échappa et éclaboussa les alentours tandis que la tête fut projetée en avant sans cri. L'exclamation vint après, une insulte crachée au tac au tac avant qu'il ne se retourna, lui et ses amis.


« Bordel, mais tu m'fais quoi là ?
_ Excuse, mon pied a dérapé, avec toute cette glace... »


Puis je quittai l'amphi sous les injures, les quolibets et les menaces. Mais rien de plus agressif que ça ; j'étais ordinairement un mec qui subissait l'université passivement et qu'on ne cherchait pas trop à embrouiller. Ce fut pour ça qu'ils ne firent rien : c'était un peu comme si un rocher lui avait foutu un coup. Je pressai l'allure pour éviter qu'ils ne me tombèrent dessus quand l'hypnose se serait évanouie au profit d'une colère soudaine. Quand ils se réveillèrent, j'étais déjà loin, et commandais mon déjeuner à une sandwicherie thaïlandaise. Une heure plus tard environ, revenu aux abords de l'école de journalisme, j'avais croisé les yeux d'un mec qu'on appelait Emmanuel. Lui, c'était le sous-fifre préféré de mon crétin ; il était costaud et adorait cogner les gens. C'était une sorte de mercenaire que le bouclé invoquait à chaque fois qu'il y avait un grain de sable (ou pas d'ailleurs) dans les rouages d'une de ses journées. Ses yeux noirs me firent comprendre que c'était à mon tour d'être traqué par Cerbère. Je tournais les talons tandis que Manu, de sa voix gutturale, m'apostropha avec sadisme. Je mis à foncer, le sac me cognant les hanches à chaque secousse tandis qu'il me poursuivait en renâclant. Il aimait frapper les visages, pas courir derrière une victime.

Puis nous nous étions arrêté là. Je franchissais quelques taillis, tout en suivant un chemin de terre dans le parc. Je continuais de courir même si le froid envahissait ma gorge, et que me muscles soient assoupis par le froid. J'arrivais à un large escalier de quatre marches et mon instinct me poussa à les sauter toutes en même temps. Mais on instinct était à peu près aussi débile que moi ; je compris seulement quand mes pieds glissèrent à l'atterrissage sur la glace que je venais de faire une belle connerie. Je tombais sur le ventre douloureusement, mes bras n'ayant pas réussi à adoucir la chute. L'air fut brutalement expulsé de mes poumons, ma besace s'écrasa à-côté sur le sol. Je tentais de me relever une fois mais ma jambe glissa une seconde fois. Puis à l'autre tentative, des crampons m'immobilisèrent sur le sol en appuyant sur mon dos. Je cherchais de l'aide du regard mais peu de monde se risquaient dehors avec un tel verglas. Je tentais de me débattre quand de puissantes mains me retournèrent pour me foutre sur le dos. Quasiment assis sur mon ventre, je pouvais voir les dents jaunis de joints d'Emmanuel qui me souriaient. Mes lunettes de vue ne tenaient que précairement sur mon visage et j'essayais de les remettre droites dans un petit spasme du cou. L'autre prenait son pied, doué d'une perversité sans borne. C'était malheureusement vrai mais ce type était bien plus intelligent que son ami crétin.


« Alors Ed, on a bouffé du lion ? Peut-être que tu veux bouffer autre chose maintenant ? »


Sa voix était serrée de colère comme si c'était moi qui lui avait décoché un coup de pied, ou comme si il mettait toute sa force pour me plaquer à terre. Certes, ses paroles ne traduisaient pas ses pensées, mais je savais que le sadisme qui l'animait le dotait de dangereux éclats d'intelligence. J'essayais de bouger par intermittence mais rien ne pouvait déloger ce tas de muscles de moi sinon une grue. De la neige commençait à rentrer dans ma nuque, glaçant chaque centimètre de peau. Emmanuel me regarda mais son sourire ne tiquait pas d'un poil. J'essayais de lui répondre, mais mon cerveau s'était emballé devant le danger ; mes lèvres ne formaient que quelques sons inintelligibles. Ce fut l'instant qu'attendit mon agresseur pour me dire d'une voix pleine de féerie :


« Tu es attendu au bureau du CPE. Tu es vraiment dans une mauvaise passe. »

« Tu es vraiment dans une mauvaise passe. »


Le CPE me regardait les sourcils froncés et les traits tirés, comme si j'étais un récidiviste. Il jouait avec un gros stylo noir derrière son bureau, tandis que je le regardais hagard assis sur une chaise. Je tenais un mouchoir sur mon nez pour éponger le filet de sang continu qui y jaillissait. Emmanuel aimait souligner ses paroles d'un bon coup de poing. Quand je fus entré dans la pièce du CPE, le chauve m'avait demandé de m'asseoir sur une chaise en bois pour « étudier mon dossier ». Le crétin de service avait porté plainte en plus de m'avoir envoyé son pitbull ; ce n'était pas un fils à papa, plutôt un gros sadique. Le fonctionnaire me dévisagea après m'avoir répété les torts que j'avais causé à autrui.


« Vous savez que j'ai eu un coup de poing en retour ? Je pense que l'on peut s'arrêter ici.
_ Ce qui se passe en-dehors de l'établissement n'est pas de notre domaine, Monsieur Free. Je vous parle du fait que vous avez frappé un camarade en plein amphithéâtre. Amusez-vous comme vous voulez avec les étudiants plus tard, mais l'université doit vous soumettre une punition. »


Je râlai en regardant le plafond. La vie était parfois aussi injuste qu'elle pouvait l'être, histoire de nous rappeler que cette notion existait. Je reniflai pour faire comprendre au CPE que je ressentais, avant de me replaquer le mouchoir contre le nez. Si j'avais su ce qui allait se passer, je l'aurais frappé plus fort. Je ne pouvais pas dire que je n'étais pas dans de beaux-draps, mais je ne me sentais pas inquiété pour autant. Le quinquagénaire se pencha vers moi doucement en posant ses bras sur le bureau impeccable, jouant avec les ombres que la lampe de chevet procurait. Puis d'une voix moins agressive, il me fit :


« Mais bon, c'est la première fois que vous enfreignez les règles, contrairement à Antoine. Si les notes ne suivent pas, vos professeurs sont au moins unanimes sur votre bon comportement en cours. Je veux bien oublier cette affaire en espérant qu'il n'y aura pas d'autres problèmes avec vous. Et il n'y en aura pas n'est-ce pas ? A l'avenir, je voudrais que vous gardiez votre caractère impulsif pour vous et que vous n'en fassiez pas profiter les autres.
_ Merci Monsieur. Je vous jure que je ferais attention. »


Mon sac traversa tout le studio pour atterrir sur le lit défait. C'était le soir, j'avais la rage et je ne savais pas sur qui la déverser. Mon chat partit sous la table quand il m'entendit fulminer. Je n'arrivais pas à faire mes devoirs, et commençais à parler à ma feuille d'exercice quand elle me présentait des questions trop dures ou trop floues. Celles faciles, j'y répondais sans franchise et sans faire attention, tandis que mon stylo appuyait compulsivement sur le papier. J'ouvris mon ordinateur portable mais je restais cinq minutes devant la page d'accueil de Google, perplexe, sans savoir quelle page me ferait sourire. Je tentais de mettre une des rares musiques qui me détressaient, mais son titre « I'm a Believer » me repoussa. J'abattis violemment le clapet sur le clavier avant de préchauffer le four pour qu'il puisse accueillir une pizza. Je me fis rappeler à l'ordre par l'estomac de mon chat et déversa les croquettes dans son bol sans faire attention à la petite myriade qui tombèrent sur le carrelage sale. Deux heures plus tard, sachant parfaitement que seule la nuit me permettrait d'enlever cette boule dans la gorge dû à l'humiliation subie, je m'enterrais sous les draps. Je ne fis pas attention au félin qui se lova contre mon ventre en ronronnant. Mes yeux se fermèrent tous seuls, me plongeant, dans des pensées malsaines où essayait désespérément d'apparaître le visage de Shana et d'Hélène.

...Dreamland...
Je fis l'inspection rapide de ce que j'appelais les Trois Questions : « Où suis-je », « Comment suis-je ? » et « Avec qui suis-je ? ».
Les trois réponses me surprirent. Déjà, je n'étais pas dans un endroit habituel. Cela voulait dire que je n'étais pas dans un endroit que j'avais précédemment fréquenté dans mes pérégrinations nocturnes. J'étais dans une espèce de cellule de cinq mètres de hauteur et deux de large, de béton derrière moi, et d'une épaisse paroi de verre devant qui remontait convexe jusqu'au plafond. On aurait dit une sorte de prison. Dehors, je pouvais voir un couloir tamisé par une lumière bleutée sombre provenant du plafond. Et il y avait d'autres cellules comme la mienne de l'autre côté de l'étrange couloir ; je pouvais deviner qu'il y en avait d'autres à-côté de la mienne. J'avais l'impression d'être dans un laboratoire aussi futuriste que rétro. Contrairement à la mienne, les autres murs de verres ne laissaient que de petites pièces vides. C'était vraiment étrange que je me sois retrouvé là et je commençais à m'inquiéter. Il faisait assez froid dans cet hostile environnement, et c'était à deux doigts que je ne recracha de la buée par ma gorge glacée.
La réponse à la seconde question me permit de faire le point, contre toute attente. Car en plus des grosses bottes parfaitement noires que je portais, de mon pantalon au moins aussi sombre parfaitement lisse, de ma chemise blanche par-dessus un T-Shirt immaculé (où y était inscrit Nem In Black avec la photo de l'aliment cité en costard-cravate et des verres teintés), de la longue et fine écharpe (blanche et noire) qui m'entourait le cou et l'épaule droite, et du panneau « Attention véhicule contenant des substances pouvant exploser », j'avais un étrange bracelet qui me ceinturait le poignet sans le toucher. Il semblait vibrer toutes les dix secondes. Puis après un examen plus attentif, je me rendis compte que ce n'était pas un bracelet, mais l'anneau nasal du monstre que j'avais tué dans le Royaume Cristal ! Un nombre incalculable d'hypothèse me traversa l'esprit mais je ne pus en valider aucune ; juste sentir le poids qui s'abattait sur mon ventre au fur et à mesure que les vibrations s'accentuaient.
Donc la réponse à la dernière des interrogations était déjà toute trouvée. J'étais seul dans ce caveau moderne et froid. Le fait que la cellule soit plus propre qu'un hall de riches m'inquiétait d'avantage. J'étais plus dans un laboratoire qu'une prison, et cette sensation s'accentuait à chaque fois que je faisais le parallèle entre les couloirs d'hôpital face à ces dalles bleues de minuit. Jusqu'à ce que des claquements de pas firent résonner toutes les parois de verre du couloir tandis qu'une voix sifflante s'éleva dans les airs, comme un petit tourbillon qui agaçait les oreilles. En même temps, mon bracelet vibra d'autant plus fort. Je pouvais entendre les voix aussi clairement qu'avec un casque stéréo sur les oreilles.


« Je viens d'appeler mon avant-dernier benjamin, une créa... un mon... un produit de toutes beautés. Je l'avais envoyé dans les montagnes du Royaume Cri... neigeux pour te... voir comment les gens réagi... voir ses capa... voir son effica... enfin, vous comprenez. Niveau cruauté, il est au top. Mais le point fort inconte... point fort prin... son meilleur atout est la tête particulièrement ignoble. Venez voir, je viens de l'appeler grâ... par le bra... le collier magique que je leur mets pour pouvoir les amener i... là directement. »


Cette voix était particulièrement indigeste à écouter. Elle n'arrêtait pas d'hésiter dans ses phrases pour de mystérieuses raisons avant de reprendre de plus belle dans un concours de sifflements rugueux. Elle me mettait mal à l'aise, comme si elle était le signe d'un avenir rempli de larmes, de douleurs et autres saloperies qui gâchaient la journée. Non content de me faire prochainement engueuler par une Shana inquiète, je risquais de passer un très mauvais quart d'heure. De ses phrases tarabiscotées, j'arrivais à comprendre que ce n'était pas moi qui était censé me trouver dans cette cage, mais le monstre que j'avais malmené dans les cols du Royaume Cristal. Je préparais mon pouvoir à tout hasard car je ne serais pas le bienvenue. Je pouvais facilement m'avancer sur le fait que le créateur de cette abomination allait bientôt se trouver devant moi.
Malheureusement, la crainte que je ressentais en écoutant cette voix sortie de vieux poumons, puis en voyant le visage de stupéfaction de mon nouvel ami (une sorte de varan de Komodo qui se tiendrait sur ses pattes arrières, et qui aurait volé un rideau à une vieille dame pour se vêtir) quand il découvrit que loin du monstre qu'il s'attendait à voir, il y avait un Voyageur avec le bracelet au poignet, ne fut rien comparé à la terreur que je ressentis en entendant la voix nasillarde de son interlocuteur :


« Effectivement Doc, vous vous êtes lâchés pour celui-ci, son visage est particulièrement horrible. »


Je baissais mes yeux en sachant déjà qui se trouvait au-côté du lézard (où plutôt, au pied du lézard). Avec sa taille qui n'excédait pas les dix centimètres et sa longueur qui dépassait difficilement la vingtaine, son duvet blanc et ses yeux remplis de méchancetés malsaines, Fino n'avait pas trop changé en un mois. Et ses nouvelles responsabilités l'avaient certainement rendu plus pourri encore (à moins qu'il n'ai déchargé toute sa colère contre ses nouveaux sous-fifres, avec de la chance, ça avait été comme une sorte de cure). Un reniflement vint balayer tous mes espoirs et me remit les pieds sur terre. Depuis quand Fino deviendrait plus sympathique parce qu'il aurait plus de monde sous ses ordres ? En tout cas, je pouvais confirmer que je n'étais pas attendu et que mon entrée n'était pas appréciée. C'était normalement le monstre démoniaque que j'avais abattu qui aurait dû se retrouver dans cette cuve, aidé du bracelet.
Sinon, je ne savais pas vraiment comment réagir. J'aurais pu attendre que Fino me défendit car on travaillait sous le même Seigneur, mais il préféra savoir ce que le reptile comptait faire de moi. Ce dernier ne s'embarrassa pas de prérogative superflue. Il avait dû parfaitement comprendre ce qui se tramait et que j'avais désossé son monstre. Comme j'étais un invité indésirable, il fit ce qu'il fallait pour me faire virer de son nid douillet. Il leva un étrange bâton d'où irradiait une lueur carmine. Il le fit tournoyer lentement puis rapidement. Tandis que le bout de bois semblait rougeoyer d'autant plus fort, une langue de feu, de plus en plus grosse et menaçante, tournait au-dessus de ma tête, crépitante. Je n'avais pas besoin d'être Holmes pour comprendre que quand l'étrange mage abaissa son bâton violemment, je devrais m'enfuir rapidement.

Premier portail : Sous mes pieds sans autre forme de procès.
Second portail : J'avais aperçu un couloir transversal à celui qui accueillait toutes ces cuves ; je fis une porte dans celui-ci pour pouvoir échapper directement à la vue de ce nouvel ennemi.
Effet provoqué : Alors que les flammes tombaient sur moi comme une météorite folle, je tombai dans le portail sous mes pieds pour disparaître dans le couloir, hors de la vue du reptile et du phoque acariâtre. J'annulai mon portail directement pour éviter que les gerbes de flammes continuèrent leur course dans mon portail pour finalement me carboniser (et indiquer ma position entre autre).

J'entendis le reptile hurler de triomphe quand il put voir le doux spectacle des flammes lécher la paroi de verre en projetant des reflets de fusion dans tout le couloir ; le feu avait pleinement envahi la cuve et on aurait dit qu'un soleil était en train d'y naître. Puis elles disparurent dans un bruit d'enfer avant de présenter une cellule vide. L'espèce de mago continua à rigoler avant de se taire progressivement quand il comprit qu'il n'y avait aucune sorte de centre pour contester contre ma survie. Fino ne trahit aucune émotion dans la voix quand il s'amusa à sortir :


« Pas mal. Même moi j'aurais eu du mal à le louper dans cette cuve, vous vous surpassez chaque jour.
_ Je ne comprends pas, j'étais pertvuadé de l'avoir eu. Je détetvte tvés Voyageurs !!! »


Pendant qu'il se lamentait sur son échec cuisant (c'était moi où il léchait les pompes de Fino ?), je pouvais faire un minuscule point sur la situation. J'avais une fois de plus échappé à une mort certaine ceinturé de flammes, pour avoir tabassé une immense monstruosité. Fino était mystérieusement ici et semblait de mèche avec ce créateur démoniaque sans pour autant être intime. Cet anneau nasal avait finalement fini par me trahir, j'aurais dû faire gaffe. Je tentais de l'enlever en le poussant, et il se résigna sans problème. J'avais maintenant le bracelet en main et le posai sur le sol doucement pour que son tintement n'attira pas l'attention. Si c'était ce truc qui m'avait amené ici, il valait mieux que je le laissai ici pour ne pas qu'on me ficha à nouveau dans cette cuve. Mon instinct de survie me supplia de fuir alors que cet adversaire ne paraissait pas spécialement fort. Disons que c'était juste une sorte de chimiste cinglé qui n'avait que du feu comme protection personnelle. Mais l'aura et le mystère qui l'entouraient comme une gangue démoniaque, le fait que le Royaume de la Claustrophobie le comptait peut-être dans ses rangs m'empêchaient de l'attaquer maintenant. Je jetais un coup d'œil pour voir le reptile et Fino s'éloigner tout en discutant sérieusement. L'écho de sa voix commença à s'évanouir et je préférais ne pas perdre une miette de leur discussion. J'activais une nouvelle fois mon pouvoir, mes yeux devenant aussi sombres que l'esprit qui hantait ses lieux.

Premier portail : Près de moi, ou de mon oreille pour être plus précis.
Second portail : Proche du savant fou. Je le fis bouger en même temps que lui pour ne rien rater ; tant qu'il ne s'éloignait pas à plus de cinquante mètres environ, je pourrais suivre leur petite discussion.
Effet provoqué : Au lieu de rester sourd aux manœuvres ennemies, je pus les entendre sans bouger d'un poil.


« Je vais le tuer ! Le ma... le détruire ! Mais pas d'inquiétude, je l'aurais. Je vais plutôt en profiter pour vous montrer ma toute dernière créa.... mon dernier bébé. Il va le réduire en purée anonyme !
_ Pas de problème. Comme nous sommes partenaires, je vais aller le débusquer moi-même.
_ Je vous remer... enfin, voilà. Et au cas où vous le trouveriez, prenez mon engin et appuyez là-de... appuyez-là, le bouton rouge du boîtier. Le toucher attirera mon bébé vers vous. Vous me le ramenez, je vous ferais trois échantillonnages gratuits.
_ Oki Doki Doc, vous pouvez être généreux quand vous le voulez.
_ L'art n'a pas de prix.


Fino se retourna alors en levant les yeux, marmonnant dans son duvet sans que le savant ne puisse l'entendre :
« Il aime toujours autant sortir des phrases débiles lui. ». Je détachai le portail du savant pour me concentrer vers Fino. Il ressemblait plus à ce qu'on pourrait appeler un allié dans cet endroit, même s'il était capable de m'attirer plus d'ennuis qu'autre chose. S'il avait eu une utilité certaine au Labyrinthe, je doutais qu'il puisse m'être utile dans cet environnement sinon de m'informer de la situation. A travers ma porte, je pus voir qu'il avait un petit boîtier électronique. Si j'avais bien compris, on allait envoyer un monstre pour me traquer et il suffisait d'appuyer sur le bouton pour le faire rappliquer. La situation se compliquait car Fino avait une véritable bombe à retardement dans les pattes. Et c'était le genre de situations qu'il adorait, quand il pouvait faire chanter n'importe qui. Sans plus attendre, je vis voler mon portail pour le plaquer contre le sol devant Fino. Le phoque eut un hoquet quand il tomba soudainement pour se retrouver dans mes mains. Dès qu'il comprit la cause des aléas de la gravité, il m'envoya soudainement:

« BORDEL !!! Mais tu peux pas te casser de ma vie ? Je pensais qu'on ne se reverrait plus jamais, que t'arrêterais de faire des conneries à moins de cent kilomètres de moi. J'ai failli avoir une crise cardiaque quand je t'ai vu dans la cellule de stase.
_ Crétin, tu pouvais pas lui dire qu'on était allié... ou au moins, dans le même camp ?
_ Ce mec est un indépendant, un fou maniaque. Le Big Boss a des liaisons avec lui pour qu'il remplisse le Labyrinthe de cauchemars ambulants. Mais comme il coûte la peau du cul, on évite de faire appel à ses services. Si je lui avais dit qu'un type de chez nous avait détruit une ses créations, il aurait arrêté tous les accords commerciaux.»


Je comprenais mieux cette affaire ; disons que j'étais un grain de sable dans cette machin déjà mal huilée qu'était la toile de fond de Dreamland. C'était un pur hasard qui m'avait amené là ; ou une pure malchance, comme vous voulez. Fino descendit de mes bras pour s'écraser sur mes chaussures lourdement, avant de rouler pour arriver à-côté de mes semelles. Il me regarda sournoisement entre mes lunettes de soleil, jouant avec le boîtier comme d'un bonhomme de lego. Puis il lâcha rapidement :


« Sinon, je voulais te dire qu'il s'en était voulu et qu'il voulait s'excuser. Viens, je vais faire les présentations.
_ Fino, j'ai entendu votre discussion,
lui répondis-je en me frottant les sourcils. Il est hors de question que tu m'échanges contre trois monstres gratuits.
_ Ah merde, tu nous avais écouté. »


Je ne revenais pas qu'il ai essayé de me vendre comme ça. Mais je n'arrivais pas à lui en vouloir, comme si je pensais qu'il n'y avait pas songé sérieusement. Ou bien je m'étais habitué rapidement à cette petite peluche et je savais qu'il aimait faire de « petits meurtres entre amis ». Le problème était que je ne pouvais pas lier mon travail pour mon Royaume et la moralité de cette histoire. A ce que je comprenais, si on laissait ce fou en liberté, c'était quelques aventuriers qui s'amuseraient en plus et des milliers d'innocents en moins. Puisque le Seigneur ne se payait qu'occasionnellement des monstres, les autres iraient directement ravager Dreamland pour assouvir un esprit dérangé.
Je pouvais empêcher un massacre mais je me mettrais directement Fino et Maze à dos (et c'était opter pour la facilité) ; je pouvais laisser la situation telle qu'elle mais je ne savais pas si je dormirais bien après ça (simple expression, mes nuits consistant à planter un panneau de signalisation dans la tête des inconnus). Pendant les dix secondes de réflexion intense qui me dérouillèrent le cerveau, Fino semblait regarder le boîtier avec un plaisir morbide. Je cherchais rapidement un compromis avant que l'ennui ne gagna le phoque, qui n'hésitait pas à me lancer un regard interrogatif. Il devait se douter que j'étais très libre et certainement désireux de faire respecter une sorte de simili-justice. Heureusement, mon esprit soupe-au-lait était parfait pour trouver le juste milieu. En faisant abstraction du monstre et du lézard pyromane qu'il faudrait mater, je signalai à Fino, perdu dans d'affreuses pensées :


« Eyh ! Et si tu capturais le mago, et le forçait à travailler pour toi ? Tu pourrais avoir des monstres gratuitement, et à la pelle ! Comme ça, on pourra éviter la prolifération monstrueuse dans des quartiers pacifiques de Dreamland et on pourra garnir le Labyrinthe et notre armée.
_ Oh cool, pour une fois que t'as une bonne idée qui te traverse le crâne ; vraiment dommage que j'ai indiqué au dernier-né monstre ta position.
_ Tu as quoi ?!
lui hurlais-je aussi surpris que colérique. Mais pourquoi tu t'amuses à m'envoyer des monstres dans la gueule juste pour avoir des REDUCTIONS ?!
_ Bah, tu voulais pas me suivre, j'ai juste fait le nécessaire pour le Royaume. Ne fâche pas et pense à ce que tu aurais pu faire pour notre contrée si tu t'étais laissé faire. Mais il fallait que Môssieur pense à son égoïste de nombril et préfère vivre ! Môssieur ne veut pas se laisser tuer bêtement !!! Mais t'as de la chance, j'aime bien ton idée. Je vais lui faire sa fête et Maze sera content.
_ Maman,
pleurnicha une mystérieuse troisième voix de gamine.
_ Écoute Fino, je te connais, tu diras que c'était ton idée.
_ Évidemment, c'est tout entendu.
_ Je veux ma maman.
_ Comme à ton habitude, t'es assez prévisible en fait. Il suffit de penser à la solution où tu trahirais le plus de monde et c'est celle-ci.
_ Ce n'est pas comme si on allait me croire si je disais que tu avais eu une bonne idée. Je garde les félicitations et j'évite les explications !
_ S'il vous plaît, je veux ma maman.
_ Mais-toi FERME-LA !!! »
cria Fino en direction de l'étrangère.

Je suivis les yeux de Fino. La personne qui s'était intégrée à notre discussion n'en était pas vraiment une. Disons que c'était un immense monstre qui parlait avec une voix de fillette suraiguë ; un monstre alerté par un stupide boîtier. La couleur de la créature en question épousait parfaitement les couloirs bleus sombres ambiants. Il était haut de trois gros mètres, et large de cinq. Courbé comme s'il y était forcé par un plafond bas, il était rempli d'écailles surdimensionnées coupantes, qui le faisaient ressembler à un monstre vomi par un autre plus petit. Le scientifique avait frappé fort cette fois-ci, et avait sombré dans le surréalisme. Il avait dû dessiner les croquis après une bonne fumette ou après une cinquantaine d'heures sans dormir. La queue était trapue et se balançait difficilement entre les pattes du monstre. Ces dernières étaient justement au nombre de six. Deux normales, terminées de griffes aiguisées, deux petites à l'avant certainement piochées dans l'anatomie d'un T-Rex, puis une qui n'était qu'une pointe indécise, et l'autre qui était une pince hérissée de pointes. Un type capturé dedans était mort avant même que les deux bouts ne se soient rejoints. Elle me faisait plus penser à une mâchoire qu'autre chose en fait. Sa gueule était une espèce trou remplie d'immenses canines mal ajustées. Et sur son dos arqué, une unique aile de plumes ténébreuses s'agitait paresseusement.
Donc c'était ce truc qui venait de s'exprimer avec une voix de fausset ? Mais qu'est-ce qui était passé dans la tête du varan ? Il s'imaginait que les Voyageurs se feraient piéger par une illusion pareille ? Puis je jetais coup d'œil à Fino : il était devenu plus blanc qu'il ne l'était déjà. Il devait comprendre qu'actionner l'interrupteur ne ferait pas de lui un gracié.
Sans attendre qu'il cria, je pris le phoque d'une main et courut loin de là. A la seconde d'après là où j'étais positionné, la pince démoniaque s'était figée dans le mur, arrachant des lambeaux de béton qu'elle recracha. Le monstre hurla, j'hurlai, Fino hurla. Je sprintais comme un malade droit devant moi en espérant ne pas tomber sur un cul-de-sac. Le phoque me cria de tourner à gauche à la prochaine et je m'exécutais sans réfléchir. Derrière moi, j'entendais la voix d'une petite fille qui suppliait qu'on l'attende, et les étranges bruits qu'il provoquait quand il fonçait : sa jambe en forme de pointe cliquetait rapidement sur le sol dans une mélodie désagréable qui tranchait chaque mot prononcé par la drôle de voix. Je pris à gauche immédiatement, qui débouchait directement sur un couloir de vingt mètres ... puis un mur. Le phoque fronça les sourcils et me demanda de faire demi-tour pour finalement tourner à droite. Mais le monstre était déjà là, et faisait crisser ses écailles en exultant de joie. C'était certainement la première traque qu'il faisait de sa vie, et ça resterait la plus facile. Il goûtait aux délices qui envahissaient le corps quand on s'apercevait que la victoire n'était plus qu'à un mouvement de pince.
Il avança sans se presser, jouant de sa pince pour me faire reculer. Sans que Fino me le demanda, j'avais brandi mon panneau devant moi et le fit un peu bouger pour paraître un brin menaçant. Mais je n'arrivais pas à ôter cet espèce de sourire sur son visage. Tout en me faisant reculer, avançant la gueule dans un claquement de dents pour paraître terrifiant, il réussit à détruire tout son effet horrifique par :


« Ma maman s'est faite capturer, aidez-moi, je vous en prie.
_ Rah, mais qu'est-ce qu'elle me fait chier cette putain de voix ! »
se mit à brailler Fino.

Comme d'habitude, ses phrases précipitèrent l'action : le monstre se jeta en avant la pince vers mon visage. Je n'eus aucun mal à esquiver son coup et lui envoya un large coup de panneau dans le menton. Il y eut un petit bruit sourd, le monstre recula de quelques pas avant de répéter sa phrase. Je ne lui avais pas fait grand mal, mais j'avais un panneau, pas une épée. Il émit quelques gargouillis agacés avant de me fixer de sa vingtaine de yeux jaunes, comme autant de gouttes de miels perlant sur son visage, explicitant la fureur d'une ruche de guêpes. Il repartit à l'assaut lestement, grâce à une détente incroyablement rapide. Il pouvait bondir en avant ou en arrière en moins d'une seconde, parcourant un bon mètre fatal. Et si on comptait son bras armé qui pouvait se déplier à la vitesse du cobra, il possédait une allonge terrifiante tout en restant à distance. Il essaya quelques percées en s'avançant puis en reculant. Je gardais la distance mais je ne pouvais rien lui faire en ce moment. Et je sentais qu'inexorablement, je reculais vers le mur derrière moi. Il fit claquer sa pince mortelle plusieurs fois, provoquant un écho de terreur.
Les stratégies pour vaincre un tel monstre pouvaient se compter sur les orteils d'un cul-de-jatte. Je pouvais fuir derrière lui en utilisant un portail mais je n'obtiendrais qu'un sursis inutile. S'il fallait vaincre ce monstre, autant le faire maintenant (hop, je me baissais pour éviter l'assaut soudain). Je réfléchissais à la dernière fois que j'en avais combattu : je l'avais tué en le faisant tomber le long d'un précipice. Une réponse totalement insatisfaisante à la question d'aujourd'hui. Je me souvenais que les blessures importantes que je pouvais causer étaient un bon coup dans les yeux. Le problème était que la créature en possédait plusieurs et que je doutais que lui en crever un suffirait à la tuer. (Un pas de côté et je pus voir chaque pique érigée sur la pince). De plus, ses globes étaient minuscules. Je n'avais aucune chance de les atteindre avec une arme aussi grossière qu'un foutu panneau.
J'avais lâché Fino (qui s'accrochait à mon épaule en gémissant) pour utiliser mes deux mains. Le panneau n'était pas une arme légère bien au contraire et il était impossible à manier avec une main de prise. Le monstre m'observait calmement, avec une patience que n'avait pas eu son grand frère. Il semblait beaucoup plus intelligent, et au moins aussi fort. Heureusement pour moi, je n'étais plus le même depuis le Royaume Cristal. J'avais un panneau dans les mains et je n'hésiterais pas à m'en servir. Puis une patte vola dans ma direction pour un coup parfaitement horizontal. Il y eut un sifflement puis je me défendis. Je fus soulevé du sol avant de m'écraser contre le mur le plus proche. Je me remis debout rapidement, fit une roulade pour échapper à l'immense pince. Je ne savais pas ce que faisait Fino mais il avait du mérite à s'accrocher à moi. Ma tête était lourde d'avoir cogné le mur et ma vision commença à se flouter. Puis comme dans un Matrix, je vis la mâchoire au bout du bras se déplier et venir m'attaquer. Mon cerveau ne se fit qu'une réflexion : je ne pouvais pas me défendre avec une simple parade, alors je devais attaquer. Je chargeais mon coup puis la lança sur l'attaque du monstre. Le choc fut impressionnant : la pince fut envoyée au loin et frappa un mur, tandis que mon bras fit un drôle de craquement. Je fus déstabilisé mais réussis à trouver l'équilibre pour foncer vers le monstre. Trop rapidement pour qu'il puisse se défendre avec sa patte de tueur. Un autre bras tenta de m'arrêter mais la force n'était pas là : un coup de panneau sur le côté et j'esquivais l'attaquer. Puis dès que je fus arrivé à dix centimètres de sa tête, je lui envoyais un léger coup de panneau dans la tête. Celle-ci se rétracta de douleur. Puis je fis une rotation à trois-cent soixante degrés pour donner de l'élan à ma prochaine attaque. Le panneau l'atteignit en plein sur la joue dans un concert de glapissements et sons graves. La tête fut balayée sur le côté, le corps tomba sous le coup de la douleur avant de se remettre debout. Aussi hargneux qu'endurant, super.
Je ne pouvais pas le battre dans des conditions normales. En gros, si je restais ici, je n'avais aucune chance de le vaincre. Il fallait que je me trouvai dans un endroit plus élaboré dont je pourrais tirer parti pour arriver à mes fins. Coincé, je n'avais aucune chance de le vaincre. Mais il fallait que j'usais de mes portails avec parcimonie. Je me voyais bien dire ça à Fino, et lui qui me répliquerait que j'avais une drôle notion du mot « Urgence ». Je me penchais pour éviter un coup peu précis, et fit quelques bonds en arrière. L'agressivité de la bestiole était montée d'un cran, et elle diversifiait ses attaques tout en m'acculant de plus en plus sévèrement. Mon panneau commençait à recevoir de nombreuses coupures ça et là. Il était évidemment plus solide qu'un panneau routier banal mais je ne savais pas s'il résisterait bien longtemps. Je n'ignorais pas qu'il se réparait chaque nuit, comme les Voyageurs. Mais s'il venait à être coupé en deux, je perdais une allonge vitale. Et je savais que Fino n'hésiterait pas à le rapporter fièrement à Maze.
Puis j'arrêtais soudainement de réfléchir quand la pince réussit à égratigner sérieusement mon bras. Je faillis lâcher mon arme sous le choc, tandis que le sang ruisselait de dizaines de balafres. La douleur était insupportable et je serrais les dents tout en évitant mes larmes de couler. Mes attaques furent bien moins précises, mes défenses moins coriaces ; je n'arrêtais pas de sacrifier quelques mètres pour échapper aux attaques. Je n'avais plus qu'une seule solution : foncer et essayer de traverser la bête pour atteindre le couloir opposé. Et comme à son habitude, Jacob n'était jamais là ! Il aurait pu massacrer le monstre en lui écrasant la gueule à plusieurs reprises. Si Hélène était là, elle aurait pu le transformer en engrais chimique d'un revers de main. Et si Shana était là, elle aurait pu le battre sans même s'approcher. C'était toujours moi, le moins puissant en attaque, qui devait affronter des écailles, des armures impénétrables et autres bêtises dans ce style ! Mais fini de jacasser Ed, tu devais lui faire bouffer sa pince. Et tu n'étais aidé que d'un phoque pantouflard et ironique. Il faudrait faire avec. La dernière chose qui m'était passé par l'esprit y a quelques jours fut cette phrase splendide :
« La foi peut renverser des montagnes ; la stupidité aussi. »
Ragaillardi par ces bêtises, je décidais de foncer vers le côté droit du monstre, celui qui présentait le moins d'appendice mortel. Il tenta néanmoins de me balancer sa pince mais son attaque loupa de peu mes cheveux. Et là, paf, je changeai soudainement la direction de ma course : je me mis à courir le long de son flanc gauche, là où il n'y avait plus de pince pour m'accueillir. Je frôlais le mur et le monstre tandis qu'il fut en grande peine de de m'attraper. Mais il décida de m'écrabouiller froidement : il fit un pas de côté pour m'écraser contre la paroi. Puisque c'était le seul piège qu'il pouvait me faire, j'avais réussi à anticiper son action : je fis un beau saut, pris appui sur le mur pour prendre encore plus de hauteur. Le dos de la bête frôla mes semelles. Puis mon pied gauche se posa sur son dos et je bondis une seconde fois loin de lui. Il essaya tant bien que mal de se lever pour faire quelque chose, mais j'avais déjà réatteri. Je me mis à sprinter quand sa queue me fouetta le flanc soudainement. Je geignis de surprise avant de m'écraser contre le mur, encore debout mais mal en point. Je me mis à courir, la bête hurla de colère et se retourna comme elle put dans le couloir. A chaque pas, mes côtes me firent souffrir le martyre ; si y en avait une ou deux qui s'étaient fêlées, je ne serais pas surpris. Mais je réussis à m'échapper dans l'autre couloir. Un petit mouvement sur mon épaule : Fino était toujours là, les dents serrés. Je me mis à l'assaut du couloir tandis que le monstre était sur mes talons.
[u]
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MessageSujet: Re: Le Seigneur des Anneaux Nasaux [Quête Solo] Le Seigneur des Anneaux Nasaux [Quête Solo] EmptyJeu 16 Déc 2010 - 22:30
Seconde partie : Le Retour du Routier


Malgré sa bourde fatale, Fino tenta de me guider comme il pouvait à travers les couloirs tortueux. Même moi pouvait sentir que cet espèce de laboratoire n'était pas si grand que ça. Les couloirs immenses et détraquées n'étaient que des passages entre des immenses salles qui avaient certainement un sens pour le biochimiste cinglé. Les cartes de ce lieu devaient être rapidement déchiffrables, et si Fino n'allait pas souvent là (c'était peut-être même la première fois qu'il venait, vu sa très récente promotion), il suffisait qu'il se souvienne de la disposition des pièces pour savoir quel couloir les longerait.
Mon souffle était coupé depuis longtemps et il me semblait que je patinais sur place. Ma hanche grinçait à chaque pas, mes poumons souffraient à chaque respiration. Derrière nous, le monstre hurlait à la mort, courant comme il pouvait malgré ses membres atrophiés de nature. Des fois, il nous lâchait des phrases articulées sous la voix d'une fillette, puis celle d'un gamin. Le pauvre ne savait vraiment pas quoi faire pour rattraper sa victime. Mais s'il me battait à pleine vitesse, je le distançais dans les virages et les petites portes que Fino me faisait prendre, histoire de voir si c'était un raccourci. Nous comprîmes rapidement que le monstre allait plus ou moins vite selon la direction du tournant (faut dire qu'aucune de ses pattes ne se ressemblaient). Des fois, il se cognait contre les murs quand le virage à prendre était trop incisif, dans un hurlement infernal. Puis il se remettait au galop, avec son étrange patte se finissant en pointe, cliquetant sur le carrelage.
Tous les couloirs étaient composés de ce même bleu sombre, mais ils manquaient tous d'entretien. Il y avait quelques fissures sur le mur à ma gauche, une minuscule brique qui manquait de l'autre côté, etc. Seule la lumière restait uniforme pour une étrange raison. Par contre, il nous arriva de tomber dans les immenses salles. Dans une nous attendaient des alambics transparents contenant d'étranges mixtures fluos, des cuvettes dans lesquelles s'échappaient de la fumée à l'odeur de souffre, des casseroles d'eau bouillantes, des aquariums remplis de têtards inquiétants, puis un pot de chambre. De plus, l'éclairage était fortement réduit ici. Il n'y avait pour ainsi dire aucune lumière : tout était plongé dans le noir, et quelques diodes permettaient de discerner les obstacles. Les instruments d'apprenti alchimiste étaient baignés dans une lueur inquiétante, comme si le tout était sorti des Enfers. Et qu'il ne fallait pas de lumière pour perturber les expériences menées ici. Cette réflexion était peut-être la plus censée : pour construire des créatures démoniaques, il fallait peut-être les élaborer dans des pièces sombres.
Heureusement pour moi, le monstre mu par un instinct maternel, évita de foncer dans les pièces comme un boulet de canon fou furieux : il ralentissait et faisait attention à ne rien renverser. C'était quelques secondes de gagnées pour moi qui ne m'attardais pas dans cet endroit sombre. Je tombais sur un couloir plus large qui semblait mener vers une salle plus large. Je m'y précipita avec toute la vaillance du monde. Je ne pus m'empêcher de sourire au phoque, moins soucieux depuis qu'il y avait une distance entre nous et le monstre :


« Eyh Fino ! Tu trouves pas que ça ressemble au bon vieux temps ?

_ Pour moi le bon vieux temps, c'était quand tu n'étais pas encore rentré dans ma vie, connard. »


Toujours aussi ouvert à un dialogue distingué celui-là. Il m'assura ensuite qu'on était bientôt sorti dehors. Il ne restait plus qu'à traverser une salle entière puis un couloir avant de sortir dehors. Ce serait à l'extérieur qu'il y aura de quoi battre cet énorme machin. Sinon, je pouvais dire adieu à la victoire cette nuit-là, en espérant que je puisse y retourner par la suite sans l'anneau.
Puis après un virage à gauche, je tombai dans un immense couloir qui devait être la pièce maîtresse de l'endroit : avec vingt mètres de large et plus de deux cent mètres de long, on aurait pu y caser une maison entière. Mais le fait le plus horrible était que ce fut à ma gauche ou à ma droite, il y avait des cages. Et dans chacune de ses cages, il y avait un monstre. Tous aussi difformes les uns que les autres, de toutes les tailles (mais rien de comparable à mon poursuivant, ils étaient largement plus petits), de toutes les couleurs et de tous les hurlements. Soit il y avait quelques barreaux de fer qui les empêchaient de déferler dans le vaste monde, soit ils étaient plongés dans un tube de liquide épais, en train de dormir. Fino lâcha un juron : on ne lui avait jamais dit à quel point le lézard était productif... et donc potentiellement dangereux. La lumière était là aussi tamisée mais de façon plus modeste. Quelques filons de lumière dorée permettait de voir suffisamment pour s'orienter et pour admirer la laideur à sa juste valeur. Il y avait des aboiements craintifs, des surexcités, des silencieux qui vous jetaient un regard haineux, un serpent à trois têtes, etc. Mais je ne savais pas pourquoi, j'avais l'impression que j'étais tombé dans une putain de garderie dantesque. Plus j'y pensais en fonçant vers la sortie de la salle, plus cette idée restait en moi. Tous les monstres après avoir été fabriqués tombaient dedans jusqu'à leur maturité avant qu'ils ne soient relâchés dans la nature. Je n'étais pas tombé dans un endroit délicieux. Mais la seule chose qui retint mon attention fut une table au beau milieu, aussi insolite que possible. J'arrivai à sa hauteur et m'arrêtait en soufflant, la nuque inondée. La fatigue m'envahit aussitôt, ainsi que la douleur de mon bras en charpie. Fino me demanda de me baisser : il y avait une liasse de documents sur ce bureau. Je farfouillais un peu et en sortit un large carnet, sur lesquels étaient inscrites en lettres liées : 
« Classification ». Le phoque m'ordonna de le lui passer et je le fis. Il consulta quelques pages avant de s'écrier.

« Jackpot crétin ! C'est la liste des monstres créés, et leurs particularités ! Il est certainement trop imbu de sa propre personne pour y marquer les faiblesses mais ça nous serait vachement utile. Laisse-moi feuilleter quelques secondes … eh ben, c'est qu'il en a fait des célèbres ce gecko de mes deux ! Et plus j'avance, plus les monstres ont fait des dégâts. Il a collé quelques coupures de journaux pour actualiser la liste des victimes. Un maniaque de première je te dis. Et si je vais directement à la fin, que des pages blanches. Voyons sa dernière création... et beh, voici un ouvrage qu'appréciera le Big Boss. Et ouais, on a notre monstre !
_ Qu'est-ce qu'il dit dessus ?
le pressais-je.
_ Attends, je passe les trucs inintéressants où il se gargarise. A moins qu'il faille que je cherche dans ses éloges personnelles...
_ Tu veux jouer avec moi à la balle ?
_ Et merde.
_ Mais COUUUUUUURS !!! »


Le monstre avait soudainement surgi du couloir, et nous regardait avec insistance. Il ne devait pas se douter qu'on l'aurait attendu. Je sprintais comme un malade en passant derrière la table d'un geste de bras. Des tonnes de papiers volèrent dans les airs alors que je glissais sur le bureau. Le monstre se mit à notre chasse en grognant. Son apparition avait déclenché une vague de hurlements d'outre-tombe des nouveaux-nés. Le bruit commença à devenir insupportable, je ne parvenais même plus à entendre le bruit claudiquant de la patte-pointe du monstre, ainsi que Fino qui beuglait aux monstres de la fermer. Voyant qu'il n'était pas écouté, il préféra se retourner dans mes oreilles pour m'encourager aussi durement qu'un entraîneur international qui se prenait pas pour de la merde. Heureusement, l'avance que j'avais entre moi et le monstre était confortable, surtout que ce dernier était distrait par les cris qui lui rentraient dans les oreilles.
Je passais sans difficulté dans l'ultime couloir. A la fin de celui-ci, il y avait une porte en métal grande comme un camion et épaisse comme un bunker... un bunker entier. Ce ne fut que quand je parvins à sa hauteur que j'aperçus la grossière poignée. Je la tournai puis bandai mes muscles pour ouvrir cette foutue ouverture. Je compris rapidement qu'il y avait une porte dans la porte. Une trappe plus petite s'ouvrit et je m'engouffrais dehors après avoir refermé la porte tout en continuant à courir. Loin de ce cauchemar. Loin du monstre qui tentait de déchiqueter en hurlant le mur qui nous séparait.

Cela faisait dix minutes que je fonçais dans ce Royaume, une espèce de réplique de village. Étrangement, il me faisait plus froid dans le dos encore que le Laboratoire. Êtes-vous déjà allés dans une petite ville du Sud, n'importe laquelle, en hiver ? Car la grande majorité de ces villes quasiment villages étaient liées au tourisme bouillonnant quand l'été arrivait. Mais dans les saisons froides, oublier les températures chaudes qui faisaient sortir de chez eux les plus incorrigibles des franciliens. Ne rêvez pas des petits magasins locaux qui distribuaient une multitude de souvenirs, de jouets, de journaux. Renoncez à voir les rues animées, les étudiants qui rêvassaient un café à la main, les amourettes qui sortaient dans le plus joli des décolletés. Balayez les vieux qui sourient, leur chien qui aboie, le bourdonnement des insectes et l'âme même de la ville. En hiver, c'était un village fantôme. Il n'y a aucune rue bouchée de voitures, aucun piéton. Pas un chat. Les nuages froids qui encerclent la ville, l'inondent d'un crachin désespéré ne fait que rendre le tableau encore plus désolant. Le Royaume où je me trouvais était pire.
Les rues étaient pavées normalement, les maisons étaient toutes disparates, il y avait un cocher, il y avait des magasins. C'était une carte postale solidifiée, qu'on pouvait fouler du sol. Parce que n'importe où mon regard se croisait, il n'y avait personne. C'était un hameau de maisons seulement. Pas âme qui vive, pas un insecte. Rien du tout. J'étais pile en Enfer.
Fino eut la bonne idée de s'exclamer pour appeler quelqu'un. Il y eut un écho tant le vide était profond. J'avais l'impression qu'une malédiction hantait ses lieux, quelque chose qui me permettrait de calmer mes questionnements tordus. Mais le néant était tel que je doutais que quelqu'un ai marché dans cet univers. J'étais certainement le premier être humain à tomber dans cet endroit. C'était le cauchemar parfait. Je continuais ma lente traversée, mes pas résonnant étrangement à mes oreilles. Même le vent était mort.
Je me mis à déambuler dans les rues, me demandant si le monstre arriverait à sortir. Ça ne faisait aucun doute, il demanderait à son maître d'un ou moyen ou d'un autre de me traquer ici. Fino épluchait le journal du savant perché sur ma tête. Les dialogues qui en suivaient ne furent pas des constructifs, comme si l'absence de vie nous plongeait dans le plus faible des silences.


« Ed, tu savais qu'à partir du quinzième monstre créé, notre lézard avait implanté plusieurs organes vitaux en eux pour éviter qu'ils ne meurent par hasard ?
_ M'en fiche.
_ Tu savais qu'ils étaient asexués ?
_ Je n'en doute pas.
_ Là, y a une page entière sur les dents qu'il faut implanter selon les Royaumes où on veut balancer les monstres : environnement sous-marin, montagne, village sucré. Celui que t'as dû mordre la poussière dans le Royaume Cristal par exemple, avait des gencives solides pour pouvoir bouffer les cadavres gelés.
_ Fino, ta gueule.
_ C'est pareil pour les griffes sinon. L'œil est son plus gros problème, il n'arrête pas de chercher un équilibre entre résistance et efficacité. Il avait essayé des monstres aveugles mais les résultats étaient pas terribles. Il a eu l'idée d'en foutre plusieurs petits comme pour le babychou qui nous a attaqué.
_ Bon sang, tu vas la fermer ?!
_ Et faut que les ovulations aient lieu dans le noir, pour « être bénis par la folie des Ducs des ténèbres » et … Oh bordel de fiente. »


Ce ton soudain me coupa la voix qui allait l'engueuler. Fino était très rarement malaisé par un événement qui n'attentait pas à sa vie. J'avais le sentiment qu'il avait trouvé quelque chose d'horrible là-dedans qui faussait bon nombre de statistiques. Mais lesquelles, je n'en avais aucune idée. Je lui posai la question mais il m'ignora superbement et me fit part qu'on devrait vite retourner au Royaume et oublier cette affaire. Je répondis si ça avait un rapport avec ce qu'il avait lu, et il dénigra. Il me dit que maintenant qu'on était dehors, on pouvait en profiter pour se tirer et laisser tomber le monstre. Ce fut à moi d'ignorer sa remarque ; pour satisfaire ma curiosité, j'allai voire ce qu'il y avait dans les maisons. Je tournais une poignée fébrilement. Le contact avec le fer était terrible, comme de la glace. Je décalai le battant de quelques centimètres.
Je restai de marbre quand je vis qu'à l'intérieur de celle-ci, il y avait de la neige. Beaucoup de neige étalée sur le sol. Pas surpris pour un sou, je m'avançais délicatement, mes pas traversant les flocons comme si je n'existais pas. A l'intérieur, il y avait deux enfants encagoulés qui grelottaient de froid. Ils devaient même pas avoir huit ans. Un petit garçon et une fille qui me disaient vaguement quelque chose. Ils sont en train de marcher mais en restant au milieu de la pièce. J'avais l'impression que le petit garçon avait un hématome sur la joue, et la petite fille lui disait :


« Tu devrais te mettre de la neige sur la joue pour calmer la douleur.
_ J'vois pas en quoi de la neige pourrait me guérir.
_ Ma maman dit que c'est les anges qui font neiger, alors ça peut tout guérir. »

La première rencontre entre Shana et moi me revint en mémoire au même moment où je me voyais en train d'étaler de la neige sur mon visage. Je pouvais même me souvenir que le jour d'après, j'étais resté à la maison à cause d'une grippe.
Puis comme par magie, la scène se répéta. Je sortis de la maison rapidement ; j'avais l'impression d'être rentré dans l'intimité d'autres gens. Je cherchais un autre bâtiment, d'où se déroula la fête d'anniversaire que j'avais faite à l'occasion de mes quinze ans. Sortie Bowling. A chaque maison, il y avait une petite scène de mon passé qui ressurgissait. J'étais un peu émerveillé de ce retournement de situation : en fait, ce Royaume était mon Royaume. Où le Royaume de tous ceux qui passaient par là. Une fois, ce fut Fino qui regarda à travers la porte. Il ricana quand il se revit en train d'insulter ses parents tout en partant d'un igloo avec un baluchon. Pauvres d'eux, ils n'avaient pas accouché d'un spécialiste de la gentillesse et de la politesse.
Après que le phoque se soit foutu de ma gueule sur toutes les étapes de ma vie (juste après avoir vu Shana qui rentrait dans les Private Jokes, il s'était dit qu'il devrait me suivre un instant, juste au cas où), j'entrai dans une minable bâtisse. J'entendis la conversation suivante, très récente :


« Je veux bien oublier cette affaire en espérant qu'il n'y aura pas d'autres problèmes avec vous. Et il n'y en aura pas n'est-ce pas ? A l'avenir, je voudrais que vous gardiez votre caractère impulsif pour vous et que vous n'en fassiez pas profiter les autres.
_ AHA !!! Je le savais ! Tu vois Ed, tu devrais rentrer au Royaume au lieu de te mêler de l'affaire des autres ! Tu vas foutre un boxon pas possible et je serais obligé de laver derrière toi.
_ Merci Monsieur. Je vous jure que je ferais attention.
_ Et paf, t'as promis, tu peux plus reculer maintenant. Eyh ? Attends, c'est moi où tu croises les doigts derrière ton dos là ? »


Je souris en me regardant. Je n'avais pas fini de faire des conneries à mon humble avis. Une vision inutile qui aurait au moins servi à me revigorer. Rien à foutre de ce qu'on disait, je ne foutais pas de bordel. Ce n'était que secondaire. Ce n'était pas de ma faute si le dieu de la destruction m'avait béni depuis ma plus tendre enfance. Ou plutôt, depuis mon arrivée à Dreamland. Mon sourire s'étira jusqu'à mes oreilles et je demandais à Fino :


« Dis moi, je devrais rentrer au bercail ou aller bouffer du monstre ? »


Je fus complètement surpris quand le CPE me regarda dans les yeux comme s'il venait soudainement de découvrir que j'étais dans son bureau et que j'étais un copier-coller de l'élève en face de lui. D'ailleurs, mon autre ego me regarda avec les yeux ronds, et je pouvais m'apercevoir dans mes propres yeux gris. Puis d'une voix monocorde, ils me répondirent :


« Va bouffer du monstre »