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De derrière le reflet [Royaume Acide ~ quête solo ]

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Hélène Metzengerstein
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MessageSujet: De derrière le reflet [Royaume Acide ~ quête solo ] Ven 1 Oct 2010 - 22:07

La première chose que je ressentis en m'éveillant dans ce qui devait être Dreamland fut cette odeur âcre et infâme qui s'empara de ma gorge. Je n'eus même pas le temps d'ouvrir les yeux qu'une quinte de toux me prit, je m'arquais littéralement devant la virulence de cette effluve qui soulevait mes viscères. Ma respiration à moitié colmatée par mon masque reprit son cours régulier après quelques secondes de crachotements. Je me relevais, un peu sonnée mais toujours aussi mal habituée à ce parfum nauséabond, mélange de plastique carbonisé, de vielles canalisations et d'autres traces de... je ne saurais décrire, enfin ça n'était pas très doux pour mes narines et je bénissais mon masque d'atténuer ne serait-ce qu'une infime partie de cet insupportable parfum entêtant. L'esprit un peu embrumée par cette odeur, je tentais d'identifier où avais-je bien pu atterrir. Mais ma vue ne traduisit pas tout de suite mon environnement, ce fut au tour de mes esgourdes. Simplement du fait que tout ce qui se trouvait autour de moi se mouvait, le sol même grouillait sous mes pieds, je l'entendais grappiller, farfouiller au dessous de mes semelles. Des sons moins proches, néanmoins plus forts me parvenaient, des fracas de fer, comme les hurlements de la taule tordue par une autre structure métallique, il y avait aussi ce bruit de courant aquatique et quelques bruits de sucions. Mais c'est lorsque j'entendis un crissement de vieux morceaux de métal non loin de moi que je vis. Là, partout, autour de moi, des monticules de fer rouillés, d'anciennes structures métalliques se dressant orgueilleusement vers le ciel, disloquées. Des vestiges d'anciens temps recouvert de la gangrène d'autres déchets ménagers, tout cet ensemble formait des collines autour de moi, d'ailleurs, une chaine de cette montagne m'encerclait totalement. Une canette dégringola de cette tour pour rouler à mes pieds. Je levais la tête pour mieux voir ce qui l'avait fait tomber, c'est à ce moment précis que je croisais cette paire d'yeux rouges qui me toisaient depuis l'obscurité des monticules de déchets. Je ne parvins pas à distinguer la chose des autres détritus mais je l'aperçus se mouvoir, par quelques bribes détachées de la masse avant de totalement se démarquer sur le sol. A première vue, une araignée formée de quelques morceaux de fer attachés de façon anarchique les uns aux autres, en fait, on pouvait réellement se demander comment cette chose se tenait sur ses huit pattes. Quoi qu'il en soit, l'affreuse bête s'avança vers moi, cliquetant énergiquement de ses gambettes d'acier rouillé. Elle devait à peu près m'arriver au genou en terme de hauteur.

Je n'appréciais pas du tout les gazouillements agacés qu'elle me lançait et surtout cette manière qu'elle avait de s'avancer vers moi. Je reculais un peu, moyennement rassurée par ce regard écarlate qui ne me quittait pas. L'effroi s'empara définitivement de moi lorsque d'autres bêtes de ce genre dégringolèrent des monticules de déchets. Ayant tellement reculée que je me retrouvais maintenant collée à une colline délabrée, j'attrapais la première chose qui me tombait sous la main... un morceau de fer rouillé apparemment. Bref, une des bestioles se propulsa sur ses pattes, droit vers moi, je réagis au quart de tour et l'esquivais. Il se rattrapa sur le « mur » que je venais de quitter, se préparant à sauter de nouveau mais j'eus le réflexe de lui planter la plaquette de fer directement dans la carapace. Il chuta de la colline pour aller s'étaler inerte sous les yeux de ses confrères, prit de quelques derniers soubresauts nerveux avant de définitivement s'éteindre. Je ne sais pas si ce fut mon imagination, mais je crus voir la lueur rouge des yeux des autres bestioles s'intensifier. Ils braquèrent leurs regards sur moi avant de se ruer à leur tour dans ma direction. Mes jambes étaient en mesure de me porter ailleurs mais quelque chose me retint le bras. Une autre immondice venait de saisir mon membre, surgissant depuis la montagne de détritus même. Je laissais échapper un cri de panique, en tirant mon bras vers moi d'un coup sec, je parvins à me dégager, or, la poigne de la bête était à moitié effritée ce qui me laissa quelques égratignures. Je ne m'en rendis même pas compte. La confusion totale qui régnait dans mon esprit à ce moment-là m'empêchait de réfléchir de façon cohérente. Je n'étais pas à Dreamland, je ne reconnaissais pas ce ciel rouge ni ces déchets à pertes de vue et encore moins ces bestioles cauchemardesques. J'étais piégée, les araignées mécaniques me barraient la route et le mur sur lequel je m'appuyais grouillait lui aussi de déchets vivants. C'est ça, ce n'était pas le monde onirique, c'était un cauchemar qui succédait mon combat d'arène, rien de plus. Pourtant, comme pour m'opposer à ma propre pensée (c'est l'âge me direz-vous), je saisis une protubérance saillant depuis le tas de détritus, génial, un demi guidon de vélo... Bon, je pense que j'arriverais tout de même à quelque chose sachant que son extrémité était littéralement brisée, disloquée, dangereuse en bref. Mais à peine eus-je le temps de le lever au dessus de mon bras pour activer mon pouvoir que toutes les araignées et autres bestioles se jetèrent sur moi, me recouvrant toute entière.

Prise de panique, je tombais à la renverse. Je me débattais comme un beau diable mais les monstrueuses machines n'en démordaient pas, je sentis l'une d'elle planter profondément ses crocs dans ma jambe, mais en plus de mon hurlement, j'entendis le siens se joindre au mien. Sauf que celui de mon assaillant n'avait rien d'animal, ça ressemblait plutôt au cri d'une tronçonneuse s'attaquant à une barre de fer, de quoi vous exploser les tympans. Enfin, je profitais de la confusion de ses confrères pour tenter de reprendre le guidon qui était tombé un peu plus loin, mais avec ma jambe dans cet état, je ne pus que ramper sur le sol bouseux. Les bestioles reprirent leur assaut et donnaient des coups de griffes et de crocs partout sur mon épidermes, certaines trop emportées par la fureur creusaient un peu trop profond et faisaient fondre leurs propres membres. Mais au lieu de provoquer la peur dans les rangs de ces monstres, cela eut pour effet de redoubler leur colère. Enfin, j'en avais la confirmation maintenant, si mes veines étaient parcourues d'acide, c'était que j'étais bien à Dreamland. Mais si je ne parvenais pas à me sortir de cette fosse à purin, je pouvais dire adieu au monde onirique ! Je parvins à donner un coup de pied à l'un des insecte mécanique qui s'écroula un peu plus loin, je sentis la morsure de son prédécesseur me lancer au niveau de ma jambe, me faisant grincer des dents. L'assaut de ses congénères se poursuivait, j'avais beau gesticuler pour tenter de m'en débarrasser, ces saletés ne voulaient pas me lâcher. La lutte dura plusieurs longues minutes et tandis que j'en expédiais quelques unes au tapis, tentais de me relever, d'autres réapparaissaient depuis les déchets et me faisaient de nouveau tomber à terre. Ou tout du moins, jusqu'à ce qu'un hurlement strident retentit dans cette « arène ». Tous les monstres se figèrent net et moi en prime. Un long frisson me parcourut tout entière, je sentis tout mon sang se glacer dans mes vaisseaux. Ça n'avait rien d'un cri animal (encore moins que celui des araignées), plutôt rien de quelque chose de vivant. Enfin, je ne pus méditer plus longtemps sur la nature de la chose que le haut d'une de ces montagnes de déchet explosa littéralement, projetant ainsi tout un tas de débris sur le flanc d'une autre pile dans un fracas de métal, de verre brisé et de taule tordue (et de sonnette de bicyclette). Je ne m'attardais pas plus longtemps sur la vue de ce jet de détritus que quelque chose d'énorme fondit directement dans mon dos, ma réaction première fut de ne surtout pas de me retourner mais plutôt de lâcher un cri de surprise au vu de la quantité de vent que ce mouvement avait dégagé. Bon sang mais qu'est ce qu'il se passait ici ? Impossible de compter les battements de mon cœur tellement ceux-ci étaient rapides, je restais là à regarder ce monstre se lever de toute sa hauteur, il devait faire quoi, trois mètres de haut ! Sa tête de vieille ferraille était couronnée d'une coiffe de vieux tubes suintant d'un liquide vert peu appétissant surtout que deux espèces de cônes saillaient vers le ciel, dégageant un panache de fumée verdâtre et nauséabond. Sa gueule tordue n'était pas hermétiquement fermée, laissant dégouliner une salive, plutôt de l'huile mêlée à autre chose gouttant sur le sol. Son cou arqué laissait transparaître sa moelle épinière ternie par le temps tandis qu'une multitude d'épines noires saillaient ça et là sur son dos et se prolongeaient jusqu'à ses épaules encadrant un torse à découvert, enfin, non pas dénudé, mais bien dépourvu de peau ou de toute autre carcasse qui pourrait l'approcher de l'être humain, il avait beau se tenir comme tel, il n'avait rien qui nous ressemblait, sauf peut-être ces côtes qui contenaient un réseau de tuyaux délabrés qui pendaient entre chaque « os » pour beaucoup. Sa structure aussi tordue soit-elle continua sur son ventre, enfin, cet entrelacement, ces nœuds de tubes focalisés autour d'un noyau s'apparentant à un nombril, une diode s'illuminant de rouge. Ses jambes, ou pattes, je ne saurais dire, étaient bien sûr en ferraille elles aussi, une roue de vélo était plantée dans l'une d'elle tandis que divers morceaux de sacs en plastique étaient attachés à d'autres endroits de son corps.


Spoiler:
 

Bref, je m'arrêtais dans sa description et ne cillais pas, trop effrayée à l'idée qu'il me voie, réaction inutile me diriez-vous mais je ne pouvais pas prévoir ses gestes, surtout que cette immondice se mit à s'attaquer aux araignées, les balayant de ses bras trop grands comparativement au reste de sa corpulence. A chacun de ses mouvement, je pouvais remarquer ces pots d'échappements reliés au haut de ses cuisses qui crachotaient des particules noirâtres ainsi que quelques braises. En fait, tout son corps émanait d'une espèce de fumée noire qui ne me disaient vraiment rien qui vaille. Sachant qu'il émettait des sortes de grognements métalliques à chaque ennemi vaincu, et même si les araignées se faisaient décimées, elles ne tentaient même pas de riposter ou de fuir sous les assauts du plus gros. Dès que ce dernier ait terminé, je déglutis, je sentais tout mon corps flageoler, sentant que ce serait moi la prochaine, aussi vulnérable et fragile que les autres insectes. Je crus que j'allais littéralement tourner de l'œil au moment où j'aperçus la lueur écarlate de ses yeux se tourner dans ma direction, un globe illuminé d'une lueur vacillante, assaillante, d'un rouge éclairé par la violence de ses propres actes. De là où je me trouvais, je fus en mesure d'entendre le mécanisme qui l'animait le faire se diriger lentement vers moi, tout son être ronflait depuis différents muscles bio-mécaniques, il n'était pas entièrement machine, non, il était bel et bien animé d'une certaine vie, différente de celle des robots que l'imaginaire humain pouvait se faire car sa démarche avait ses imperfections, sa façon de se mouvoir était humaine bien que rien ne lui ai été donné pour prétendre à ce titre. Enfin, son ombre couvrit ma vision, il me domina de toute sa hauteur, laissant simplement le son de ses turbines et celle de ma respiration saccadée traversant mon masque plomber le silence.

''Hélène, suis-moi s'il te plait, nous n'avons qu'une nuit pour discuter. Et je doute que tu voudrais passer celle-ci avec ces créatures, ne t'en fais pas, il y en a assez pour t'occuper durant toute tes nuits. Fais ton choix.'' Susurra-t-il entre les barreaux qui barraient l'accès de sa bouche de façon totalement anarchique.

Je restais littéralement coi, non pas parce que cet être était doué de paroles ou qu'il avait connaissance de mon prénom, mais par le timbre de sa voix. Elle résultait du frottement de cordes d'acier, cela pouvait paraître strident, désagréable aux oreilles et pourtant, ses paroles étaient empruntes d'une certaine sobriété, d'une douceur et d'une placidité que même l'homme à la voix la plus mielleuse ne pourrait égaler. Enfin, je ne me laissais pas prendre par quelques envoutements, ne bougeant pas de ma place et tentant d'apaiser la panique et la terreur qui régissait ma pensée à ce moment, j'osais :


''Je... je veux bien mais, qui êtes-vous ? Qu'est ce que c'est que cet endroit ? Pourquoi ces bestioles étaient agressives ?... Et d'où connaissez-vous mon nom ?''

On pouvait clairement dire que je primais l'originalité dans mon interrogatoire, enfin je ne trouvais pas que le moment était choisit pour discourir sur le baroque et l'interrogation d'inconnus déambulant au milieu des poubelles, alors je fis simple. La chose semblait s'apprêter à partir mais il se stoppa dans son élan, aucune expression n'était lisible sur ses yeux ou sur son visage en fait.

''Les présentations se feront plus tard, fais moi confiance et allons dans un endroit sûr, tu ne trouveras personne doué de paroles à moins d'une centaine de kilomètres, donc rien ne pourra te venir en aide, maintenant, je t'en prie, d'autres arrivent, nous devons avancer.''

Après ces mots, il se mit en marche, ses pattes d'acier résonnaient à chacune de ses enjambées. Ses pots d'échappements laissaient échapper des sons de vielle pétrolette, toutes ses articulations semblaient se plaindre du frottement de son voisin, tout ça dans un vagabondage infernal qui m'intriguait tout autant que l'endroit aussi hostile soit-il. Enfin, la curiosité me poussa donc à en savoir plus sur ce personnage, surtout qu'il avait magistralement esquivé mes questions et semblait vouloir n'y répondre que lorsque nous serons, selon lui « en lieu sûrs ». Je n'avais aucune idée si je me laissais à ce moment là embarquer dans quelque chose de regrettable ou non, néanmoins je ne parvenais pas à me démener de cette impression grandissante depuis que j'avais fouler ces lieux, non pas cette sensation d'être observée car celle-ci était confirmée, dès que je tournais mes yeux vers l'une des élévations de détritus, j'apercevais quelques mouvements saccadés, une lueur rouge puis le noir de nouveau comme si des monstres se cachaient là, derrière, tapis dans ces monticules de rejets. Enfin, l'impression dont je parlais était d'une autre nature, une gêne grandissante, c'était absurde et pourtant cela prenait peu à peu de l'ampleur, je le sentais, prendre racine dans mes viscères. Bref ! J'avais autre chose à faire que de méditer sur les sensations que j'éprouvais face à un tel endroit et de pareils personnages, toujours sur les talons de cette machine sans nom, j'en saurais sûrement plus sur cette nouvelle facette de Dreamland et aussi pourquoi semblait-il attendre ma venue.

[La suite arrive...]
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MessageSujet: Re: De derrière le reflet [Royaume Acide ~ quête solo ] Sam 2 Oct 2010 - 18:15

Cela devait bien faire une heure que nous parcourions ce monde, cette espèce d'immense décharge. Sauf qu'ici, les déchets n'étaient pas seulement constitués de quelques sacs plastiques ou quelques canettes. C'était parfois de véritable bâtiments qui semblaient avoir poussés là, comme des champignons, ensuite grignotés par l'érosion provoquée par les mélanges chimiques des autres poubelles. Enfin, après avoir escaladé, rampé, glissé, courut, nous nous rapprochions peu à peu de l'endroit d'où j'entendais les bruits d'eau ruisselante. L'immense robot sortit tout droit des bionicles de lego (ce à quoi je jouais énormément étant petite) gravit une dernière montagne de déchets de manière magistrale. Malgré ses trois mètres de haut et ses plusieurs centaines de kilo (d'après mon estimation foireuse) il posait toujours le pied au bon endroit, ne ripait jamais sur la surface des montagnes branlantes, ne faisait jamais rien dégringoler, tandis que dès que je m'attaquais à la paroi, déjà je manquais d'avoir à recommencer toute mon ascension en glissant sur quelque chose d'instable qui s'extirpa du reste de la colline. Mais après quelques instants de lutte, je parvins à rejoindre mon étrange guide qui n'avait pas décroché un seul mot depuis que nous faisions cette randonnée parmi les poubelles. J'avais finis par oublier l'effluve qui trônait dans l'endroit, mes narines s'étant à peu près habituées à cette odeur même si celle-ci changeait parfois par endroits ce qui avait souvent pour effet de provoquer quelques quintes de toux et de faire pleurer mes glandes lacrymogènes. Bref, nous voilà donc au sommet de l'une des collines à l'équilibre précaire. Ma surprise fut grande lorsque j'aperçus ce qu'il se trouvait en bas. Juste sous mes yeux, un véritable fleuve, non pas d'eau ce serait trop beau, mais d'acide ! Je ne rêvais pas, c'était bien cette rivière qui zébrait tout le territoire, les flots portaient parfois quelques morceaux de je-ne-sais-quoi qui fondaient tout aussitôt. Les versants de chacune des montagnes de jetaient dans le berceau de cette rivière au reflet agressif pour les yeux avant de fondre en son sein. On pouvait aussi apercevoir quelques bêtes, semblables à mes agresseurs, observer leur reflet, intrigués, tandis que d'autres, venaient derrière et poussaient leur congénère tout droit dans les flots, le malheureux se débattait en poussant de petits grincements douloureux avant que sa carcasse ne disparaisse à une vitesse fulgurante dans un sifflement que je connaissais maintenant bien.

''Pourquoi font-ils ça ?'' Demandais-je, subjuguée par un tel manque de civisme.
Mon accompagnateur tourna sa tête vers moi, son visage dénué d'expression avant de regarder de nouveau en direction de la rive.

''Ils essaient de trouver un sens à leur existence, pour certains il s'agit de jeter leur progéniture dans le lac, les empêchant de souffrir de la fatalité plus tard.''

Sa réponse me choqua au plus haut point, surtout qu'il avait lancé ça sur un ton calme, presque naturel, comme si les choses allaient toujours en ce sens. Il se laissa glisser le long de la colline avant de plonger droit dans l'acide, je n'y fis même pas attention, j'avais plutôt les yeux braqués sur cette petite main qui flottait là, qui avait résisté à peu près à l'avidité de la rivière, mais bientôt, la peau de fer commença à former des bulles et à se dissoudre, comme tout le reste du corps avant lui.

''Tu veux rester sur la rive toute la nuit durant ?''

Ramenée à la réalité, je regardais un instant l'être mécanique qui flottait sur l'acide, sans pour autant en subir les assauts. Il avait l'air de nager un peu à la manière d'un chien, seul son dos, ses épaules et sa tête sortaient de la surface. Avec grande précaution, je descendis de mon promontoire, d'après le signe de tête que le guide me fit, je devais monter sur son dos. Sans plus de cérémonies, je bondissais sur sa carcasse, m'accrochant au feu tricolore qui saillait depuis ses épaules avant de m'assoir en tailleur sur la base de ce qui semblait être sa nuque, évitant soigneusement de ne pas me heurter aux épines noires qui dardaient ça et là, mains posées sur mes chevilles. Je sentis depuis son dos toute la mécanique de son corps s'ébranler lorsqu'il poussa sa carcasse en dehors de la rive pour se loger bien au milieu du lac et se glisser dans son courant. Le fait qu'il résiste à l'acide m'intrigua d'une certaine façon, cela prouvait qu'il était réellement singulier comparativement aux autres créatures qui peuplaient les lieux, en plus d'être doué de parole et de civisme... enfin, à peu de choses près. Vu que mon interlocuteur avait la bouche enveloppée de liquide corrosif, il y avait peu de chances pour moi d'engager une conversation lors de cette croisière aux décors plus que douteux. En revanche, je me contentais pleinement d'observer la « vie » grouillante autour de moi. Depuis le bord, les monstres n'avaient pas à se cacher devant ma présence, certains tentaient même de nous suivre depuis la terre, quelques curieux plongeaient une patte dans le fleuve avant de vite se raviser. N'empêche qu'à chaque fois que je croisais le regard d'une de ces étrangeté, je ne pouvais m'empêcher de frissonner, ces yeux rouges qui vous toisaient de manière intense, ça jetait toujours un froid. Bref, pour en revenir aux décors, je pouvais d'ici, observer dans le ciel rouge quelques immenses cheminées d'usine qui contribuaient à cacher le soleil et ainsi faire peser une ambiance obscure et confine à l'endroit. On avait réellement l'impression d'étouffer, d'y être emprisonné, qu'il n'y avait aucun moyen d'échappatoire sauf... cette rivière, ce qui expliquait peut-être l'audace de certaines bestioles.


Après une demi-heure de nage dans un silence de plomb où seul les bruits de fracas de fer montant au loin et le ronflement des turbines de mon transporteur troublaient cette quiétude presque angoissante. Voilà qu'il se dirigeait peu à peu vers une crique bordée de déchets, une plage qui m'avait l'air ravissante ma foi... avec son sable goudronneux aussi épais que du ciment à moitié sec. Mon guide enfonça sa tête dans le sol de la rive afin que je puisse l'atteindre sans avoir à toucher l'acide ne serait-ce qu'une fois avant qu'il ne se relève en s'ébrouant machinalement tandis que je jetais quelques regards curieux autour de moi. Les sons de choc de ferraille avaient pris plus d'ampleur au fur et à mesure que nous avions avancé le long du fleuve. Même si je me voyais déjà plus rassurée, je n'appréciais vraiment pas l'endroit, cette impression ressentie tout à l'heure grandissait toujours en mes viscères, ça n'avait rien de bon. Puis aussi cette façon que cette créature, mon sauveur avait de se soucier de moi, c'en était presque malsain à mes yeux. Vous me diriez qu'il n'en a en fait rien à faire de ma personne, mais dans ce cas, pourquoi m'aurait-il sauvé de ces bêtes ? Par humanité peut-être. Mais dans ce cas, pourquoi m'attendait-il toujours ? N'ayant aucune réponse à cette question, j'osais alors :


''Pourquoi m'emmenez-vous avec vous ?'' Demandais-je quelques peu hésitante.

Il se retourna vers moi, faisant crisser quelques une de ses articulations. Juste avant de détourner le regard et de se mettre en marche, escaladant une autre pile de déchets sans dire mot, me laissant dans le plus grand désarroi. Pour moi, ceci signifiait clairement « Tu es trop petite pour comprendre. » Autrement dit « On verra plus tard, tu la fermes et t'avances. ». Bien... Je m'exécutais alors, voulant tout de même en savoir plus sur cette créature et aussi pour pouvoir survivre jusqu'à la fin de la nuit. Je me sentais incroyablement seule à ce moment, non pas que la présence hyperactive de ce monstre m'enchantait mais là, je manquais cruellement de chaleur humaine. J'avais toujours côtoyé seulement ma propre ombre pendant un certain temps, mais c'est seulement à ce moment que je souffrais de cette solitude. Après avoir faillis recommencer toute mon ascension sur la pente si mon guide ne m'avait pas empoigné le bras au bon instant, nous parvînmes au pic de cet amoncellement de détritus. Devant nous se dressait une immense cheminée d'usine, une tour noire dont quelques lueurs rouges rappelant les diodes normalement installées pour le passage des avions étaient là dispersées sur toutes les hauteurs du bâtiment. Ce qui n'empêchait pourtant pas le fait qu'un avion soit là, encastré dans un assemblage d'ordure, d'énormes masses visqueuses à demi mouvantes le tachaient, le dévoraient peut-être. Comme ce tank, encore ce moulin aux ailes brulées. Nous nous dirigions vers la base de cette tour qui contribuait à noircir le ciel elle aussi. Une fois arrivés devant, j'aperçus alors cette porte sur laquelle était incrustée une peinture ressemblant à s'y méprendre à l'enfer du Jardin des délices de Bosch. Elle avait tout d'une porte d'ascenseur, il y avait même sur le côté la tablette de boutons... je ne pus donc retenir ma surprise lorsque mon accompagnateur força l'entrée en écartant de chaque côté les battants de celle-ci. Elle céda donc, dans un affreux grincement qui me fit serrer des dents certes, mais nous pûmes entrer. Le monstre de fer la referma derrière nous de manière assez négligée, ce qui ne fut pas le cas du grillage qu'il extirpa d'un geste de bras sec de son boitier, protégeant mieux le lieu où nous nous trouvions. Il abaissa un levier qui se trouvait dans notre dos. La machine grinça, ça avait tout l'air d'un vieil ascenseur, un peu comme celui que l'on trouve dans les mines, en plus rouillé. L'élévateur émit un grognement métallique avant qu'un soubresaut ne le prenne et que je sentis l'apesanteur m'appeler à elle, nous nous élevions.
A entendre l'ascenseur parfois frotter contre la paroi me faisait trembler de tout mon être, bon sang, pourquoi on aurait pas put attendre à l'intérieur sans l'activer ? Il tombait en ruines et l'autre qui devait bien peser cinq cent kilos il rentrait dedans comme si de rien était... Maman, qu'est ce que je donnerais ne serait-ce que pour massacrer des singes violets, dialoguer avec un sourd muet ou juste me battre en combat singulier contre un blondinet...


Enfin, mon calvaire ne dura pas tout le restant de la nuit et heureusement pour moi, la machine infernale s'arrêta au bout d'un moment, le grillage laissait voir que nous débouchions sur quelque chose en extérieur. L'anthropoïde qui faisait bien cinq têtes de plus que moi au moins écarta la grille et d'un signe de main que je trouvais presque gentleman, il me laissa sortir la première. Apparemment nous étions sur une terrasse qui devait être auparavant recouverte d'un toit au vu des murs en ruines et des quelques tuiles ternies qui gisaient çà et là. Une brise, très légère soufflait, apportant les merveilleuses odeurs de la décharge d'en bas. Un malheureux sac plastique voletait au grès de ce souffle, accroché à une barre de fer qui pointait vers le ciel, là, encastrée dans un mur. Je m'avançais prudemment vers le bord, d'en bas j'aperçus le paysage que j'avais vu avant de monter dans l'ascenseur de taule. A notre hauteur, la vision de ce qu'il se passait en bas paraissait être plus tamisée, il s'agissait probablement du fait que la fumée de la cheminée d'usine crachait sa purée de pois jusqu'en bas. Concentrée dans mon observation, je ne remarquais pas que mon guide avait avancé devant moi, se mettant bien plus au bord que moi. Il pivota sa tête vers moi, faisant signe d'approcher. J'hésitais quelques peu, vu la violence avec laquelle il avait massacré les autres créatures, je n'étais pas en mesure de prévoir ses gestes. Néanmoins, il n'y avait rien de menaçant dans son comportement, même les turbines qui l'animaient semblaient chanter un hymne à la plénitude. Enfin, j'exagérais peut-être un peu... en revanche, je m'approchais malgré tout du bord. Ma tignasse fouettait sans brutalité mon visage devant les courant d'air qui montaient depuis en bas. Je me mis à rêvasser un peu sans y faire attention, ce fut un crissement provenant de mon guide qui me ramena à moi et aussi ce pourquoi je l'avais en partie suivit.


''Merci de m'avoir sauvé de ces bêtes. Et désolée de me répéter mais... où sommes-nous ? Quelles étaient ces bêtes qui jetaient leurs petits dans la rivière ?... Et qui êtes-vous ?''
Après avoir semblé émettre un « soupir » à en juger le nuage de vapeur noire qu'émit mon interlocuteur, il se décida enfin à répondre à mes questions qui me tiraillaient depuis toutes ces heures de trajet.
''Tu es ici au royaume acide, le royaume qui te correspond, j'en suis le seigneur, enfin c'est ainsi qu'on appelle ça... mon nom est Dislok. Ensuite, la raison pour laquelle ces bêtes font ceci, tu trouveras ça sûrement d'une profonde bassesse et d'une incroyable cruauté, loin de là. Ils savent pertinemment qu'il n'y a aucun avenir pour la prochaine génération. Ces monstres étaient plus avenants autrefois, mais c'est le désespoir qui les as poussé à t'attaquer, comme ils l'ont fais à chaque rêveur ou voyageur s'aventurant ici. Ils dépérissent là dans la merde de Dreamland et ont plutôt choisit de n'affliger leur peine à personne d'autre qu'à eux-même. ''
''… Je crois que j'ai du mal à saisir...''
''Ce royaume pourrit la chair comme les esprits, regarde moi bien, j'en suis tout aussi victime bien que mon mal soit plus latent que le leur. Mais je n'en suis nullement effrayé. J'ai beau avoir été doté d'un corps de fer je n'en reste pas moins mortel, la fatalité viendra à moi le jour où ma carcasse ne sera plus en mesure de me porter, mon esprit lui est immortel, je suis le cœur de ces lieux, visitant librement mes propres veines, comptant les morts et la désolation ronger mes intestins à la manière d'une gangrène. C'est bien parce que ma conscience domine cet endroit que j'ai pu te repérer si vite. Je me souviens de toi, la nuit où tu as vaincu Ether. Un de mes suppôt, le pauvre était l'un de mes derniers soldats encore sain d'esprit. Quoi qu'il faut être fou pour s'amuser à torturer les rêveurs, il savait éperdument qu'il courrait le risque...''
''Quel risque ?''
''Celui de faire de toi une voyageuse. Comme ces créatures mécaniques, mon but principal est de ne pas générer d'autres voyageurs, mais après tout, pourquoi les empêcher de gouter à Dreamland, tant qu'on ne pose jamais les pieds ici, on peut toujours y voir comme un paradis, un échappatoire...''
''Mais.. les autres endroits de Dreamland sont tout aussi dangereux !''
''Détrompes-toi ! Tu n'as pas l'air d'écouter ce que je te dis là, cet endroit affecte ta conscience, cette fumée pénètre ton esprit et le pollue. L'air que tu respires est peut-être déjà en train d'affecter ton raisonnement à ce que je vois. A moins que ce ne soit de naissance...''
''Je ne vous permet pas !''

Ce qui suivit me surpris au plus haut point, Dislok émit une sorte de hoquet successif, métallique bien sûr mais... il riait, pas de doutes là dessus. Ce qu'il venait de dire n'avait rien de méchant, il était doué d'humour ! Vraiment, il vous faut peut-être vous mettre à ma place pour comprendre ma stupéfaction. Dans ce monde délabré voué à sa perte où même ses habitants tuaient leurs enfants pour leur éviter le pire, il riait...

''Comment suis-je arrivée ici ?''
''C'est moi qui t'ai fais venir, j'avais à te parler et à te proposer quelque chose, avant j'aimerais savoir, as-tu déjà combattu à Dreamland ?'' Difficile de savoir quelles intentions se cachaient derrière ses paroles, surtout lorsqu'aucun trait de son visage ne pouvais se tordre, même pas ses yeux, seul le ton de sa voix quasiment monotone pouvait indiquer ses émotions.
''Oui, je me suis déjà battue, pourquoi ?''
''T'es-tu servie de ton pouvoir ? As-tu compris comment il fonctionnait ?''
''… Je pense que oui, si le mode d'emploi indique bien qu'il faut se taillader la peau pour pouvoir survivre dans un duel, oui je pense avoir capté. ''
''Je vois... montre moi ta jambe je te prie.''

Un peu décontenancée, je le laissais tout de même examiner la morsure que la bête m'avait infligée plus tôt. La douleur n'avait d'ailleurs cessé de me lancer pendant le trajet. Le seigneur acide se pencha alors au dessus de ma plaie, ses yeux illuminaient celle-ci d'un éclat rouge, faisant briller la substance qui en suintait sans abondance.

''Oui, ton acide n'est pas bien puissant. C'est normal, j'ai quelque chose qui pourrait arranger ça. Avant ça j'aimerais que tu me prouves que tu es bien dignes de porter ce liquide en tes veines...''
''Comment ça ?''
''En m'affrontant.''
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MessageSujet: Re: De derrière le reflet [Royaume Acide ~ quête solo ] Dim 3 Oct 2010 - 9:47

Le silence plomba l'atmosphère, même ma respiration cessa de le troubler. Me battre contre un être tel qu'un seigneur cauchemar à Dreamland, mesurant près d'un mètre de haut et résistant à l'acide. J'avais l'impression que l'on se moquait de moi, quelques part, dans les hautes sphères. Ce robot ou je ne sais quoi d'autre, il était en fait quelqu'un de violent, s'ennuyant dans son royaume corrompu à la recherche d'un peu d'action, de distraction, du pain et des jeux ! Oui c'était ça, le pain, il l'avait piqué de la bouche des autres habitants, les premiers à être venus m'accueillir, les jeux quant à eux allaient commencer si je ne faisais rien.

''A... attendez, je... je n'ai pas particulièrement envie de me battre contre vous... Je vous suis reconnaissante pour m'avoir sauvée, je n'aimerais pas vous demander davantage...''

On était très bien à discuter là je trouvais. Admirer ce superbe paysage contrastant entre le rouge, le noir et ce joli vert fluo. Non ? Le seigneur acide me toisa longuement, l'éclat rouge de ses yeux me paraissait encore moins avenant qu'auparavant. Je parvins à ordonner à mes jambes de ma porter, peut-être pas aussi loin que je l'aurais voulut mais comment pourrais-je leur en vouloir d'être aussi flageolantes devant un tel monstre ? Dislok, lui tourna bien toute sa carcasse dans ma direction, pas décidé à me laisser m'échapper pour un sous. Il était en réalité un véritable pervers, non pas dans le sens commun que l'on donne aujourd'hui, non, je parle du pervers qui réalise quelques prouesses dans le seul et unique but de parvenir à ses fins. En plus d'être complètement tétanisée j'étais tout aussi bien en colère et frustrée de cette rencontre. Je jetais quelques regards autour de moi, espérant trouver un moyen de m'échapper, mais je pense que le lieu avait bien été choisit pour éviter ça. Car à part me jeter dans le vide et m'écraser plus bas pour aller rejoindre la pile de déchets ou tenter de forcer la grille rouillée de l'ascenseur, je n'avais plus qu'à compter les secondes qui me restaient à vivre. Je déglutis, transite. Cauchemar ce rêve avait commencé, cauchemar il finirait. Enfin, je vis Dislok gesticuler un peu surplace, il avait l'air de s'impatienter.

''Voyons, tout le plaisir est pour moi. Mais si tu ne veux pas commencer, c'est moi qui m'en charge dans ce cas.''

Dès qu'il eut terminé sa réponse, je sentis un large souffle de vent, il avait fondu sur moi. La peur m'avait peut-être complètement aveuglée, il n'en restait pas moins rapide. Cette énorme carcasse faite de fer et de taule, rapide ! C'était le monde à l'envers. Ma peur s'étant radicalement transformée en adrénaline, je cru sentir mes cheveux se dresser sur ma tête tandis que mon cerveau se mit à tourner à plein régime. J'aperçus le gigantesque bras du seigneur foncer vers moi, comme il l'avait fait pour balayer les araignées. Je roulais sur le côté, protégeant mes yeux de mes bras. Il fit volte-face presque aussitôt, ses moteurs émettant quelques mugissements agacés. Il se préparait de nouveau à l'attaque. Sans réfléchir, je lui tournais le dos pour me précipiter vers l'un des murs en ruines qui bordait l'endroit pour y déloger un pieu de fer, je parvins à dégager les pierres qui le retenaient assez rapidement. Si je ne pouvais pas user de mon acide, j'allais devoir improviser. Cette barre de fer tordue devait peser trois ou quatre kilos, il faut dire que le temps l'avait bien rongée. Bref, mon adversaire revint à la charge d'après le crissement du métal de ses pieds contre la pierre du sol. Je lui fis face, pointant mon arme de fortune dans sa direction et tentais de me concentrer sur moi-même, uniquement sur ma personne et sur mes mouvements.

''Ah ? J'aurais préféré que tu utilises l'acide, c'est bien pour t'aider à le contrôler que j'engage ce combat.''
''Fear and panic in the air, I want to be free  from desolation and despair  and I feel  like everything I saw  is being swept away when I refuse to let you go'' Murmurais-je à moi-même, focalisée sur une seule chose. Chanter sur un air qui pourrais m'encourager me semblait être la meilleur chose pour ignorer ce que me disait Dislok, un peu comme s'enfermer dans son petit monde avec une paire d'écouteurs, là c'était moi qui bouchais délibérément mes esgourdes.
''Tant pis, je n'ai pas besoin de te donner d'ordre pour que tu l'utilises.''
''Loneliness be over 
When will this loneliness be over? ''


S'approchant à pas d'une rapidité croissante, le roi toxique arma ses deux bras en même temps. Je descendis de la pile de pierre et l'attendais, fredonnant toujours les paroles de la chanson, « Map of the problematique », la problématique, maintenant, c'est de savoir si j'arriverais à me sortir vivante de cet endroit. Dès que j'y étais entrée j'avais eut l'impression d'être dans l'un de ces nombreux cauchemar où j'y laisse ma vie. Je ne voulais en aucun cas recommencer à vivre ce genre de vision. Arrivé à un mètre de moi, Dislok abattit ses deux bras de manière croisée, j'exécutais une feinte, faisant apparaître que je voulais parer cette attaque, mais au moment de l'impact, je me dérobais et fondit droit devant, un peu comme j'avais fais avec Ed, je me glissais directement en face de mon adversaire, accroupie sur le sol, j'armais ma branche d'acier et la projetais droit vers le nombril du monstre, m'aidant aussi de mes jambes pour donner plus de puissance à cette attaque. Je fis mouche, la barre de fer vint directement exploser la diode en plus de transpercer quelques tuyaux. Alors que mes mains étaient encore posées sur mon arme, je sentais toutes les turbines de Dislok vrombir et s'alarmer du corps étranger. La chose dut me distraire un peu, après que la victime ait poussé un hurlement caverneux, ses cordes vocales poussées à pleine puissance n'explosèrent les tympans, je chancelais et tombais à genoux, sonnée. Il en profita pour m'asséner un violent coup de pied latéral. Je planais quelques instants avant de lamentablement m'écraser contre un reste de mur. Je tentais de rassembler mes esprits, juste de quoi voir que le seigneur acide s'ôtait cette barre du ventre et la gardait en main. Il se dirigea vers moi à pas de loup. Je pus apercevoir notamment que le trou que j'avais percé suintait d'un liquide que je connaissais bien, car lorsqu'elles touchaient le sol, les gouttes dégageaient de la vapeur une fois en contact avec le par terre, juste avant de faire entrer celui-ci en ébullition. Une chose qui différait son acide du miens : celui qui parcourait mes veines n'était pas en mesure de trouer le sol jusqu'à pouvoir voir ce qu'il se passait en dessous à travers.

''Life will flash before my eyes
So scattered and lost, I want to touch the other side
And no one thinks they are to blame
Why can't we see that when we bleed we bleed the same? ''


Arrivé devant moi, il saisit mon bras et d'un geste sec, il l'ouvrit littéralement en deux. Un hurlement m'échappa, je me débattis pour me défaire de sa poigne mais il n'en démordait pas. Il saisit un tuyau qui s'échappait d'une de ses côtes métallique avant de le pencher au dessus de ma plaie. L'acide coulait des deux côté, mais dès qu'ils se rencontrèrent, je sentis tous mes nerfs envoyer leurs chocs électriques droit dans ma cervelle. Une autre plainte monta la long de ma gorge. On venait de me jeter de l'huile bouillante sur ma peau à vif, non même pire que ça, je sentais ce liquide dévorer allègrement ma chair en grésillant joyeusement. Je sentis ma conscience vaciller et mes yeux se clore. Mon acide, comme par réaction à cette douleur, jaillit de mon bras. Étrangement, la douleur s'estompa, non pas rapidement certes, mais elle disparut à peu de choses près. Je rouvris mes paupières sur mon bras (encore) blessé. Il n'y avait apparemment plus de trace de l'acide de Dislok. Celui-ci était d'ailleurs penché au-dessus de moi, il n'avait pas l'air très en alerte vu la manière qu'il avait de fixer mon bras. Même ses turbines semblaient s'être tues. Je profitais de sa pseudo inattention pour me relever. Il s'en aperçu et voulut riposter mais je parvins à faire jaillir une gerbe de liquide droit vers ses yeux, non pas d'acide mais d'une autre, plus pâteuse et plus odorante, un peu de vomit dans les yeux, quoi de mieux pour aveugler quelqu'un ? Bref, trêve de plaisanterie. Je me retrouvais au milieu de la terrasse ne sachant pas vraiment où aller ni quoi faire. Néanmoins, je me dirigeais vers l'ascenseur, courant aussi vite que ma jambe mordue me le permettait. Arrivée devant le grillage, je tentais d'ouvrir celui-ci, merde mais il pesait combien ? Je me démenais comme un beau diable à tenter de la faire glisser. Lorsque je me sentis soulevée dans les airs, ramenée devant les yeux de Dislok qui dégageaient maintenant une odeur peu avenante, celui-ci ne semblait pas très heureux du cadeau que je venais de lui faire. Enfin, je dis ça, je dis rien, comment traduire ce qui se passait dans ses yeux sachant que ceux-ci ne cillaient jamais ?

''Tu as eu de la chance que ton acide s'habitue si vite au miens, sache que peu de voyageurs acides ont put bénéficier d'un tel vaccin.''
''J'en ai rien à faire, lâchez-moi !Vous m'entendez ? Lâchez-moi !!!'' Crachais-je entre mes dents.

Le sale rat me tenait par les bretelles de ma salopette. Mais mon calvaire fut de courte durée, la vision du paysage se troubla avant de défiler devant mes yeux. Je sentis le violent impact entre mon visage et le sol, je ripais longuement jusqu'à ce que la pierre sembla se dérober sous mon poids, non, Dislok venait de me lancer à travers le promontoire qui dominait son royaume, j'avais glissé quelques instants en m'écorchant la joue et voilà que j'arrivais au bord du gouffre. Je sentis le vide m'appeler à lui. Mon sang ne fit qu'un tour et comme un éclair, je saisis les bord avec mes doigts. Jambes pendantes dans le vide. Le bruit des pas du seigneur poubelle parvinrent jusqu'à mes oreilles. Mon cœur battait à la manière d'un oiseau se jetant sur les barreaux de sa cage. La vision des pieds de Dislok, des sortes de pattes d'oiseaux délabrées se posa en face de mes yeux. Au dessus, je pouvais voir ses yeux briller toujours de cette lueur meurtrière. Il se baissa, posa son doigt sur mon front pour je ne sais quelle obscure raison, avant de susurrer :


''L'affront que tu m'as fais subir ne sera pas gratuit.''

Avant que je ne puisse saisir le sens de ses paroles, je sentis quelque chose couler sur mon front avant de se mettre à lui ronger la peau. Je poussais un long cri de douleur mais tenais bon sur ma prise, serrant des dents, étouffant ma plainte dans ma gorge. Je croyais pourtant que mon sang s'était fait au siens. Peut-être pas entièrement. Alors que je me sentais tellement seule dans ma souffrance, je sentis de nouveau l'air se frotter à moi tandis que je m'élevais. Une fois que j'eus posé pieds à terre, je m'effondrais, assise, appliquant ma main sur le haut de mon crane comme pour essayer d'estomper la souffrance. Je ne réfléchissais même pas à comment je m'étais retrouvée hors de portée du gouffre. Ma capacité de raisonnement me revint peu à peu même si la douleur continuait de tiquer. Je levais un regard furieux vers Dislok, alors, ça l'amusait de torturer les petits nouveaux ? Mais quelle horrible personne, non « personne » n'était pas le mot, il était juste une poubelle dotée de conscience qui se vengeait de ceux qui l'avaient jetés là ! Justifiant ses actes par le désespoir de cause, disons. Je rassemblais mes forces et me redressais, quoique quelques peu chancelante. Je concentrais l'acide dans mon bras pour le laisser couler le long de mon bras. Je ne sais pas si ce fut l'énergie du désespoir ou la folie provoquée par la douleur qui me poussa à faire ça, mais tandis que mon ennemi se tenait en face de moi sans broncher, je plongeais mon poing directement dans le réseaux de tuyaux situé dans son abdomen. Bien entendu, rien ne se produit. Le silence revint de lui-même. Je sentis ses bras me porter une dernière fois, l'éloignant de lui avant qu'il ne s'assoit. Stoïque, posé.

''C'est assez. Écoute les dernières choses que j'ai à te dire, la nuit touche à sa fin.''

Sans répondre ou même lui accorder mon attention, je m'effondrais, mes jambes se dérobant sous mon poids. Une main posée sur mon front, vaine tentative pour apaiser la souffrance qui s'estompa d'elle-même. Impossible de savoir si j'avais ou non remporté son défis puéril, je n'étais même pas sure que nous ayons la même définition de « victoire » ou même d'« être ».
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MessageSujet: Re: De derrière le reflet [Royaume Acide ~ quête solo ] Dim 3 Oct 2010 - 13:47
Alors, c'était comme ça que cela se terminait ? Il en avait eut assez de faire mumuse ? Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleurs ou n'étais-je peut-être pas le jouet qu'il attendait ? Je m'habituais trop vite à son acide à son goût, encore ? Enfin, je ne pourrais pas m'initier dans un esprit comme le siens et je pense que s'il avait vraiment voulut jouer un moment il ne m'aurait pas ratée. C'était visible, il avait retenu ses coups jusque là, la preuve, il n'avait fait que me faire voler dans tous les sens, il aurait très bien put me coller une ou deux gifles. A moins que son objectif fut bien que je me relève à chacune de ses attaques. Et si l'attaque que je lui avais porté au ventre l'avait blessé ? Peut-être cela expliquerait-il la violence avec laquelle il m'avait ouvert le bras ensuite. Bras qui d'ailleurs ne cessait de m'élancer de douleur. Enfin, maintenant assise, je souffrais moins, ce n'était pas parce que son acide ne causait plus (ou presque) de dégâts que ma plaie ne me faisait pas souffrir, néanmoins, j'avais l'impression qu'une bonne partie du calvaire était passé. Je priais juste désormais pour que je me réveille et oublie ce cauchemar. Même si Dislok n'avait pas l'air d'en avoir finit avec moi, à mon grand désarroi.

''A...alors, ?''
''Alors, il est évident que tu as perdu.''
''Ah... ça aura été plaisir alors de manquer de mourir écrasée dans une pile de déchet pour le bon plaisir de mon seigneur.'' Lui répondis-je d'une voix teintée de fatigue et d'ironie.
''Or, si tu faisais plus attention, je n'ai jamais dis que tu devais remporter cet affrontement.'' Sans que son ton ne s'élève, on pouvait bien sentir le narcissisme de sa voix, une intuition féminine me direz-vous.

Il plongea sa main au sein même de l'entrelacement de tuyaux qui formait le bas de son ventre, comparable à des intestins avant d'en sortir quelque chose couvert d'acide. Probablement dut au fait que je l'avais empalé plus tôt sur ma lance improvisée. Je surmontais ma curiosité et restais à ma place, même si la douleur qui me lançait au niveau de mon visage et de mon bras y contribuaient. Dislok lança alors la chose dans ma direction qui rebondit une fois sur le sol avant de s'arrêter non loin de moi, je n'eus donc qu'à m'étirer un peu pour le saisir, enfin, ce petit effort réussit à me faire plisser du nez, comme si chacun de mes muscles participaient au mal qui me rongeait l'avant-bras. L'examinant avec attention, je remarquais alors qu'il s'agissait d'un masque à gaz, étrangement similaire au miens à quelques exceptions. On pouvait y observer quatre tubes répartis de manière égales sur chaque « aile » au bout duquel pendait, pour chacun, un fil plastique, creux, qui se joignait d'abord en deux puis en un prolongement unique. Je ne savais plus vraiment quoi penser sur ce seigneur.

''C'est un dédommagement ?''
''En quelques sorte, prend le plutôt comme un porte-bonheur. Les tubes que tu vois là sont remplis d'un acide cinq fois plus corrosif que le tiens, il se recharge chaque nuit mais use en à bonne escient. Ah et ne t'imagines pas que parce que ton acide se soit habitué au mien qu'il s'en voit alors plus puissant.''
''Non non... ce n'est pas ce à quoi je pensais.'' Le rassurais-je.
''Bien, ensuite j'aimerais que tu te souviennes que l'acide n'est pas une essence de puissance pure, tu ne causeras pas des dégâts aussi importants qu'un contrôleur de feu ou de glace, néanmoins, tu causeras chez ton ennemi une douleur qui lui fera perdre ses moyens, utilise l'acide en ayant ceci en tête, pas en essayant de produire des dommages physiques. Entendu ?''

J'acquiesçais lentement la tête, les yeux rivés sur le masque qui venait de m'être offert. J'appellerais ça un cadeau empoisonné pour tout dire. Enfin, son enseignement serait probablement chose précieuse. Je me souvenais des convulsions qui avaient agité les singes violets après que je leur ai fais gouté à mon karsher, ou encore à Ed après que je lui ai saisis le bras avec ma poigne acide, son expression tordue par la souffrance ou encore ce jour là quelques années auparavant. Comme un point ponctuant cette rencontre, je disparus dans un panache de fumée. Le seigneur acide resta un instant contemplatif, qu'allait-il faire maintenant ? Continuer à errer dans son royaume, amassant les ordures qui font courir sa perte et attendre qu'un nouveau voyageur acide vienne se perdre entre ses détritus. Néanmoins, il sentait qu'un jour, elle reviendrait, elle retournerait à la source.

Je m'éveillais, lentement je savourais la vision de mon plafond, la douce sensation des draps couchés sur ma peau d'une teinte normale. Le réveil continuait de biper régulièrement, d'un geste lent, je l'éteignis. Une fois levée je filais dans la douche sans même attendre que l'eau chaude n'arrive. Plaçant ma main droite sur mon flanc opposé, j'effleurais une protubérance, un gonflement de peau qui zébrait l'épiderme. La cicatrice se voyait toujours autant, pourtant depuis que j'étais à Dreamland, je l'avais presque oubliée. Aujourd'hui, en plus de la revoir, j'avais le sentiment que la douleur éprouvée par le passé s'était réveillée. Je me laissais glisser le long de la paroi de la cabine, jambes ramenées entre mes bras, enfouissant ma tête dans ces derniers, je laissais un sanglot me secouer. Plus jamais je n'irais là-bas.
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