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Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono)

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Calvin Thomas
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MessageSujet: Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono) Mar 15 Mai 2018 - 20:12


Voilà une histoire dure à raconter. L'attaque du Manoir.

Je savais que j'arriverai trop tard, parce que je suis un Voyageur. Je ne connais même pas le nom du serviteur qui m'a contacté en me parlant directement dans la tête pour me prévenir :

-Le Royaume va bientôt être attaqué par les Loups. Repoussez ces bêtes pour le bien de votre Seigneur.

Un homme, qui parlait d'un air calme. Sauf que ce message, je l'avais reçu deux heures avant de me réveiller, alors que je goûtais les plaisirs raffinés de la sauce au miel chocolaté dans un royaume de gourmets- que je n'ai pas pris la peine d'écrire ici, puisque c'était assez peu intéressant.

Même s'il est certain que le Comte dispose de ses éclaireurs, je savais que l'attaque aurait probablement déjà commencé au moment où j'arriverai. J'ai essayé de ne pas trop y penser pendant la journée, mais quand même, je me suis couché tôt, en prétextant que j'avais mangé du poulet avarié et que mon ventre m'en faisait voir de toutes les couleurs.

A mon réveil, j'étais entre les murs du Manoir.L'atmosphère ne trompait pas. Les ténèbres étaient omniprésentes mais de vives flammes tranchaient de leur éclat le tapis pourpre d'un vaste corridor, sans toutefois éclairer le plafond. Et surtout, l'odeur du sang était partout, comme une fine brume charriant des flots d'hémoglobine. J'ouvrais la bouche et inspirais à plein poumons pour soulager ma faim, en espérant trouver quelqu'un de consentant pour y planter mes crocs. J'avais faim.

A peine arrivé, la voix dans ma tête d'hier soir est revenue :


-Ah, Calvin. Dirige toi vers l'aile des fantômes et viens aider à protéger Lady Ruthven dans le grand salon.

Depuis mes entraînements avec Eleanor, je pouvais me repérer dans le labyrinthe qu'était le Royaume. A part pour un escalier dont le colimaçon était tombé depuis mon absence, je ne rencontrais aucun problème. L'endroit était désert. Même les fantômes ne semblaient pas de la partie – pour mon plus grand plaisir. Personne ne s'en pris à moi jusqu'à ma destination, que j'atteignais en courant.

Lorsque j'ouvris la porte à double battants qui menait au grand salon, un cri de surprise, suivi d'exclamations exaspérées retentirent :


-Enfin !

La voix venait d'un jeune homme, qui ressemblait plus à Hobbes qu'à moi, rapport au fait qu'il donnait l'impression de ne pas manger assez. Aussi, il avait une sorte de petite moustache ridicule et portait des vêtements de cosplayer, avec dentelle et tout. Rien de choquant dans Dreamland, mais ça lui donnait quand même pas l'air malin. En comparaison, j'étais apparu avec une tenue à mi chemin entre l'armure et la tenue de bal, beaucoup plus classe.

Derrière lui se trouvaient trois autres gugusses avec le même air pincé, ainsi qu'une fille qui faisait clairement tâche. Comme si son chara design avait était plus travaillé, ses vêtements semblaient s'intégrer parfaitement à l'ambiance du Royaume et il se dégageait d'elle une véritable présence, un charisme qui avait une autre source que le calme qu'elle affichait, par comparaison aux autres. Elle était plus vieille et forte qu'eux.
Ses yeux mi-clos, fins et tranchants, me fixaient d'un air inexpressif.


-Lady Ruthven ? Je suis chargé de vous protéger.

-Je suis au courant oui. Et l'attaque a déjà commencé depuis une heure. Elle a écarté d'un geste les bellâtres qui nous séparaient pour s'approcher de moi, lentement. Elle portait une robe droite, en satin, sur laquelle s'entrelaçaient des motifs complexes en dentelle noire, ainsi que quelques bijoux discrets. Je dois dire qu'à ma grande fierté, je ne suis pas tombé amoureux sur le coup malgré le vert envoûtant de ses yeux.

-Ils sont si nombreux ? Pourquoi est-ce que le Comte ne règle pas le problème tout de suite ?

-On ne sait pas. Il n'a pas bougé depuis plusieurs mois, c'est son intendant qui s'est occupé de la défense. Les rapports parlaient d'une escouade, mais on approche plusieurs dizaines de loups aux abords du Royaume.

-Les macchabées ont laissés passer une armée sur leurs terres sans rien dire ? A ma question, elle a haussé les épaules.

-Je suppose qu'ils aiment … Tu sais. La mort. Officiellement, ils sont neutres.

J'avoue que j'étais sous le choc. Peut être plus d'une centaine de créatures du royaume des loups, contre nous. Les loups ne faisaient plus vraiment parler d'eux, mais ils avaient des guerriers puissants. Et nous... Les vampires formaient une élite, une trentaine d'immortels efficaces comme la peste noire. Mais ils ne restaient pas forcément dans le Manoir en permanence, préférant séduire et tuer dans tout Dreamland. Le reste, c'était des fantasmes de midinettes, à peine bons à se faire dévorer par les premiers.

-Et les autres Voyageurs ?

-Ceux qui étaient disponible sont présents. C'est l'un des mignons de la dame qui avait pris la parole, en crachant ça comme une insulte. Il avait à peine fini sa phrase que dame Ruthven lui attrapait les cheveux pour tirer sa tête en arrière et présentait brusquement son cou, offert, juste sous mon nez.

-Tu n'as pas faim ?

J'avais faim. Et j'étais stressé. Les commentaires de ce type, je m'en serai bien passé. J'ai plongé mes dents dans son cou et inspiré, brutalement. Son sang avait le goût de sa personnalité. Une texture agréable et un arrière goût fade. Je me suis écarté de lui après avoir calmé mes maux d'estomac. Il avait perdu assez de couleurs pour se tenir à carreaux pendant une heure ou deux. Là, maintenant, je pouvais être efficace.

-Ca semble aller mieux... Cela dit, pourras-tu me protéger ? Le Royaume n'entends parler d'aucun exploit portant le nom du beau Calvin. D'ailleurs, tout Dreamland ignore qui tu es, n'est-ce pas ?

C'était vrai. Mon héroïsme n'avait pas pris la direction que j'avais voulu au départ. J'étais réticent à me nourrir, en conséquence de quoi, j'étais généralement trop affaibli pour être capable de quoi que ce soit. Elle a continué d'enfoncer le pieu.

-Drôle d'idée que de te confier ma protection. Cela soulevait une question légitime. Pourquoi moi ? Pourquoi elle ? Que je posais immédiatement

-Oui et pourquoi ça d'ailleurs ? Pourquoi vous plutôt que quelqu'un d'autre ?

-Je me suis fait quelques ennemis. L'une de ces bêtes veut me tuer. Il s'appelle Raouk. Il sait que je suis là et il ne fait aucun doute qu'il parviendra à l'intérieur du Manoir, même s'il doit y arriver seul.

-Parce que ?

-Les autres chevaliers à l’extérieur vont se faire mettre en pièce.

Maintenant que j'avais pris le temps de m'habituer à elle, elle me semblait tendue. Normal qu'elle m'ait offert son serviteur comme ça. Quelqu'un allait venir la tuer et un Voyageur dilettante était la seule force qu'on mettait à sa disposition pour la protéger.

Quant à moi, j'avais un dilemme. Aider la protection de l'enceinte du Manoir assurerait sans doute la protection de la Lady par ricochet. En plus, moins des serviteurs du Comte mourraient. Et la réputation de mon Royaume n'en pâtirait pas autant. Mais si celui qui en avait après elle pouvait entrer avec ou sans ses troupes, je ne pouvais pas l'abandonner seule ici.


- Vous dites qu'il sait que vous êtes là ? Pourquoi est-ce qu'on reste là à l'attendre alors ?

-Parce que ensemble, on a une chance de pouvoir l'affronter. Elle n'avait pas l'air sûre d'elle, même moi je pouvais l'affirmer.

-Mais vous savez vous battre ?

-Évidemment.

Là, j'avais une idée vraiment héroïque. Pas ma meilleure idée. Mais ça évitait d'avoir à choisir qui je sauvais. Un héros ne choisit pas entre le moins mauvais. Il sauve tout le monde.

-Alors c'est décidé. On va dans la forêt. Il ne vous cherchera jamais là bas. Et on pourra embusquer les troupes du Royaume des Loups.

Je dois préciser que la forêt avait légèrement changé depuis ma première venue. A l'époque, seuls des pieux, ronces et barbelés sortaient du sol et s'il était difficile de s'y déplacer, la visibilité était impeccable, permettant aux défenseurs du château de tirer à l’arbalète lourde ou légère sur quiconque tenterait d'y pénétrer.

Mais personne n'ayant pensé à mettre le feu aux rares pousses végétales qui avaient pu éclore dans ce décor sanglant, on y trouvait désormais des buissons d'épineux et des arbres morts du Cimetière qui s'étaient déportés jusque là. On pourrait donc s'y cacher, en théorie.

Jolie petite gueule troisième du nom a voulu me crier dessus. Il a perdu les cordes vocales en même temps qu'une grande quantité de sang. Lady Ruthven essuyait sa dague d'un air pensif pendant que je regardait son serviteur agoniser à nos pieds. Une fin atroce, mais classique entre ces murs. Il n'avait pas vu venir le coup, tant pis pour lui. La justice des vampires est celle des forts.


-En temps normal, jamais je ne ferai ça... Mais quitte à choisir entre un duel avec Raouk ou bien avec des chiots demeurés, je choisis les chiots. Allons trouver une armurerie.

Je regardais le sang s'écouler au sol avec une fascination propre à mon pouvoir. Dans quelques minutes, ce sang serait à point pour que je puisse le contrôler. Je dégrafais ma cape et la posais dans la flaque qui se formait à nos pieds, avant de la poser à nouveau sur mes épaules. Une grande traînée de sang suivit et ma cape laissait goutter le précieux liquide. Macabre. L'objet de ma mission sourit, dévoilant sa dentition propre et mortelle.

-C'est un début. Ernest, Stefano, Alphonse, suivez-nous.
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MessageSujet: Re: Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono) Mer 16 Mai 2018 - 11:13



Je ne sais pas qui jouait du piano pendant notre traversée de l'aile est. Sans doute un fantôme, ou une de ces fans de Twilight qui ont eut une éducation musicale. En tous cas, les notes sonnaient, lentes et tristes, l'une après l'autre, sans pour autant qu'il n'y ait rien de macabre dans la mélodie. C'était terriblement beau je dois dire, d'autant que nul n'ignorait qu'en ce moment, les combats faisaient probablement rage aux abords du Manoir.

Nous nous dirigions vers une salle d'escrime poussiéreuse. Le Manoir n'en a peut être pas l'air, mais il fait la taille d'un gros village, ou d'une petite ville, sous son nom de bâtiment unique. Cela faisait pas mal de course à pied.
Lady Ruthven avait besoin d'un masque pour pouvoir se battre à l'extérieur sans attirer le gros des troupes sur elle ou attirer l'attention de celui qui voulait sa mort. De mon côté, j'étais assez pour me trouver de quoi transpercer un loup. Une épée que je n'aurais pu tenir qu'à deux main se laissait manipuler avec mon bras droit dans le monde des rêves, tant qu'elle n'était pas démesurée. Mais la salle nous réservait une autre surprise.

En pénétrant sous son imposant chandelier recouvert de toiles d'araignées, nous avons constaté qu'elle avait été pillée. La plupart des armes, même émoussées, qui se trouvaient accrochées ou rangées contre le mur de la salle avaient disparues. Les tenues d'escrime, même modestes, avaient pour la plupart été récupérées, y compris les fameux masques couvrant le visage dont nous avions besoin.

Je trouvais néanmoins une sorte de bouclier en bois, en assez mauvais état, abandonné dans un coin.  Ce n'était pas ce que j'avais en tête à la base, mais je me disais que, quitte à protéger quelqu'un, autant avoir des objets pensés pour.

J'ai extrais mentalement le sang qui se trouvait dans ma cape et profanait le dos du bouclier avec, serrant mon poing pour sceller le pacte. Puis, j'attirais mentalement le bouclier vers moi, qui vint se glisser contre mon bras gauche, docilement. En ajustant le bouclier contre mon bras, je remarquai le regard intéressé de la Lady.


-Je vais tenter quelque chose de nouveau cette nuit. J'ai dit.

-J'apprécie l'idée. répondit-elle avec grâce. Après avoir fouillé les restes de la pièce pour s'assurer qu'il n'en restait rien d'utile, j'ai demandé :

-Vous avez un signe distinctif qui fait qu'on pourrait vous reconnaître ?

-Tu insinues que j'ai un physique … commun ?

Ses amoureux me jetaient des regards meurtriers -sauf Stefano, qui se souvenait de mon appétit- mais elle souriait. Je n'ai pas répondu à sa question. J'avais croisé trop de vampires, trop de femmes fatales à la peau pâle, aux cheveux de jais et aux regards malicieux pour pouvoir les compter. J'étais presque tombé amoureux à chaque fois. Mais maintenant... C'était une créature de ce Royaume et la matérialisation d'un fantasme commun. Elle était...

-Vous êtes parfaite.

Comme tellement d'autres. C'était une réponse assez fine à la question, j'ai trouvé. Ca me permettait de dire qu'elle avait un physique commun, sans l'insulter. Son expression est resté exactement la même, souriante. Est-ce qu'elle avait compris ce que j'entendais par là ? Je me détournais, gêné à l'idée de lui avoir menti et de l'avoir peut être contrariée, ou en tout cas insultée, qu'elle en soit consciente ou non.

Nous sommes repartis, en trottant cette fois. Le temps n'était peut être pas de notre côté. Si Raouk avait trouvé un moyen d'entrer sans se faire repérer, il nous trouverait désarmés, à sa merci.
On n'entendait plus le piano.

Nous entrions dans chaque pièce avec appréhension. La faible lueur des flamme était propice à la dissimulation. Cet endroit était FAIT pour dissimuler des tueurs. La force est la justice des vampires et il n'était pas rare qu'ils s'entretuent, entre ces murs dissimulant mille pièges et pièces secrètes.

Nous étions en train de traverser une pièce destinée à la danse, qui menait habilement vers une chambre où de larges tentures avaient pour fonction d'étouffer les hurlements de vos victimes quand Ernest a fait une remarque assez intelligente, je dois avouer, que je n'avais pas vraiment prévue :


-Et vous comptez nous faire passer comment dans la forêt ? Par la grande porte, à la vue de tous ? Parce qu'il n'y a pas vraiment d'autres accès...

Je me suis arrêté au milieu de la pièce, sur la piste de danse de pierre glacée. Prenons le temps de faire ce que je ne fais jamais. Réfléchir un peu. J'avais la pression. Qu'est-ce que je connaissais de cet endroit ? Le bassin, au sous sol ? Les coursives qui donnaient sur un à-pic gigantesque ? Depuis le donjon...

-Est-ce que Batman est toujours là ?

-Batman ?

-Un Voyageur, chauve souris. Il peut nous aider à nous envoler discrètement dans la forêt.

-Oh, Cyrius. Les rongeurs volants ont aménagé une tour dans le château. C'est leur « Royaume » maintenant. Elle avait dit cela avec un rictus méprisant. Il doit être là bas oui, leurs aménagements les occupent beaucoup ces derniers temps.

-C'est là qu'on va alors.

Un objet au sol a attiré mon attention. Un éclat de lune se reflétait sur l'un des longs rubans noirs qui s'y accrochaient, sans quoi jamais mon regard n'aurait pu se poser dessus. On aurait dit une sorte de masque. Utilisés pour les bals et probablement, vu la double qualité de l'endroit, pour poursuivre vers d'autres jeux plus érotiques. Je suis allé le ramasser pour le tendre vers Lady Ruthven.

-Pour vous rendre moins facile à repérer, peut être ? Elle éclata de rire.

-Un déguisement ? Toute cette histoire devient ridicule !

-Si nous pouvons tromper Raouk ou ses sbires pendant une heure, ce sera toujours ça de gagné, non ?

Elle marqua un temps d'arrêt, prenant une pose calculée pour réfléchir d'un air assez classe. L'idée lui déplaisait manifestement, beaucoup trop pour que ce soit un dilemme « normal ». Les créatures de Dreamland avaient certains principes que je ne comprendrai jamais. Je crois que beaucoup rechignaient à adopter un autre caractère que celui qui leur avait été assigné par leur origine.

Alphonse et Ernest ricanaient en faisant une moue méprisante pendant ce temps. Puis elle se dirigea derrière les tentures, pénétrant dans la partie chambre de cette pièce en prenant soin de refermer derrière elle d'un coup sec. Quelques secondes plus tard, on entendit le bruit souple de la soie qui tombe au sol, suivit d'un soupir lascif. Si l'un de ses larbins cédait à la provocation et passait sa tête derrière les rideaux, elle le tuerait sur le champ. C'est ce qu'elle cherchait à obtenir, même dans ces circonstances, je ne sais pas pourquoi, j'en étais persuadé. Personne ne s'y risqua.

Une ou deux minutes plus tard, Lady Ruthven ouvrait à nouveau les rideaux. Elle portait une tenue autrement moins habillée et je dois admettre que la surprise fut de taille.


-Oh, il a rougi... C'est mignon.

La phrase était lancée à la cantonade. Tout le monde avait rougi, de toutes façon, mais je supposais qu'elle parlait de moi. Elle avait compris ce que je voulais dire en parlant de son caractère banal. Ca ne lui avait définitivement pas plu.

Elle ne portait plus qu'une culotte, ainsi que ces genre de minuscules sous-vêtements, un porte jarretelle qui ressemblait à un mini short remontant légèrement jusque sous le nombril et qui ne laissent que peu de place à l'imagination. Avec cela, seul un soutien gorge qui était un mélange entre le gilet et le corset dévoilait en transparence l'ensemble de ses courbes et jusqu'au brun de ses tétons. Enfin, elle posa sur tête une capuche de laquelle pendait une cape dont elle s'enroula théâtralement.


-Madame ! Vous ne pouvez pas ! Ce n'est pas digne de votre rang !

-Justement. C'est un bon déguisement. Non ? Cette fois, pas de doute, elle me posait cette question, directement. J'avoue que je n'aimais pas la tournure que prenaient les événements. Je ne sais pas à quel point une robe de soie protège des crocs d'un loup, mais il me semblait qu'avoir l'air légèrement moins appétissante ne lui aurait pas fait de mal.

-C'est peu commun, sur un champ de bataille. Vous allez vous faire remarquer. Mais personne ne pensera qu'il s'agit de vous, je suppose.

-Alors c'est réglé. Et c'est commun pour les Voyageuses.

Je ne saurai dire si c'était une insulte, mais c'était vrai. Elle boucla la cape à l'aide d'une broche en métal, tout simple, recouvrant sa nudité. Ses bijoux avaient disparu. Elle était méconnaissable. Même s'il existait des créatures portant ce genre de tenues dans le Manoir, elles occupaient assez peu souvent des postes prestigieux, contrairement à d'autres Royaumes où j'ai constaté que s'habiller le moins possible ne pose jamais de problème. Sans vouloir faire mon cul serré. Enfin c'est le monde des rêves après tout...

Son trio la serrait d'encore plus prêt pendant que nous trottions vers la tour de chauves souris. Il y avait quelque chose d’hypnotique dans la façon dont sa cape se soulevait légèrement, jusqu'à mi mollet, à chaque foulée. Enfin je veux pas passer pour un pervers ou quoi que ce soit, je dis juste que c'est l'impression que ça m'a donné. Mais bon, c'était comme ça quoi. Bref...

Il avait fallu descendre et passer par des coursives extérieures pour se rendre jusqu'à la tour où vivait Batman.
C'est de là qu'ont surgit cinq loups, de derrière des statues. Ils avaient l'air faméliques et portaient des guenilles. Comment est-ce qu'ils avaient pu arriver ici ? Leur air épuisé servait de réponse : ils avaient tenté l'impensable: contourner le royaume et s’aventurer dans une escalade mortelle. Le fait qu'ils aient survécu était un exploit.

Le problème, c'est qu'ils nous barraient la route. Je crois que c'est nous qui les avions dérangés à la base. Probablement qu'ils cherchaient à reprendre leur souffle tranquillement, s'étaient cachés, puis nous avaient sauté dessus en voyant qu'on arrivait. Certains ne se tenaient sur leurs deux pattes que difficilement, on voyait qu'ils avaient été habitués à un autre type de vie, plus sauvage. Ils n'avaient même pas d'armes.

Je me suis interposé en tête de notre petit cortège, bouclier dressé.


-Hors de mon chemin. Si vous vous battez, c'est fini pour vous.

-Si on s'en va, c'est la mort aussi ! Un trophée de vampire pour la gloire ! Attrapez la catin du Voyageur !

Leur façon de grogner ne me plaisait pas. Rien de tout ça n'avait de sens, pour moi. Sauf l'insulte, et les trophées qu'ils cherchaient à obtenir. Je n'avais plus aucune raison de les épargner. Je me suis jeté sur celui qui avait la provocation facile avec l'intention de lui enfoncer la tranche du bouclier dans la bouche.  Contre toute attente, il a réussi à esquiver. Malheureusement pour lui je n'étais pas assez stupide pour me laisser surprendre par ça et ma jambe droite le cueillit sans problème dans un mouvement moins téléphoné que le précédent. Il vola à l'horizontale pour percuter violemment le muret qui le séparait du vide. Il n'essaya pas de se relever. Quatre contre cinq, déjà. [/i]
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MessageSujet: Re: Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono) Jeu 17 Mai 2018 - 10:39


Le reste du combat ne vaut pas la peine d'être raconté dans la longueur avec beaucoup de détails. Je ne peux pas dire que je les ai battus parce que je suis fort : ils étaient simplement faibles et épuisés. Je crois que leurs techniques de combat étaient propres à ceux de leur espèce dans le monde réel : tourner autour et épuiser la cible. Sauf qu'ici, ils ne pouvaient pas. Pendant que je retenais l'assaut de l'un d'entre eux, son copain à voulu me contourner. Mais il y avait tout juste de la place pour deux sur la passerelle. J'envoyais ma cape gorgée de sang s'enrouler autour de lui. Mon cœur cessa de battre un instant, juste assez pour que ma cape se déroule à pleine puissance, envoyant voler l'insolent dans le vide.

L'usage de la pulsation m'a affaibli une poignée de seconde, assez pour que je ma fasse acculer par celui qui donnait des pieds et des mains pour passer derrière ma défense en bois clouté. J'avais agi par réflexe et si mes adversaires avaient été plus puissants, ils auraient largement pu profiter de cette faiblesse pour reprendre le dessus... Il ne l'étaient pas.
Alphonse a décidé qu'il pouvait aussi s'interposer et se comporter comme un homme. Il a repoussé  celui qui me tapait dessus. Le prix à payer fut son bras droit, dans lequel s'enfonça la mâchoire d'un autre loup. Il répliqua en enfonçant ses propres crocs directement dans la gorge de son agresseur. L'un et l'autre secouaient le bout de chair qu'ils tenaient dans la bouche, comme deux animaux enragés.

Finalement, un crochet du droit coucha mon adversaire pour son compte. Lady Ruthven poignarda celui qui avait attaqué son sbire, de l'autre côté de la gorge. Deux contre cinq.

Au loin, un hurlement sonore, poussé par l'un de leurs compatriote. Un appel à la guerre, un appel à tuer. Je vois encore leurs yeux fous quand ils nous ont chargé. Ils avaient l'air désespérés. Tant pis pour eux. Ils sont morts comme ça.

Alphonse pansait sa plaie pendant que sa Dame lui caressait la tête d'un air émerveillé. De mon côté, je posais à nouveau ma cape dans les flaques de sang au sol. Jamais je ne l'avais autant nourrie en situation réelle je crois. Mais après tout, c'était ça, le Royaume du Sang...

On a laissé là les deux pauvres types que j'avais assommés. Personne n'avait envie de s'abaisser à les jeter dans le vide et même si leur sort serait probablement moins enviable si d'autres créatures affamées du Royaume les trouvaient là, ils pourraient toujours tenter l'escalade en sens inverse. Ce qu'ils avaient criés me restait en tête : « un trophée de vampire pour la gloire » ? C'était la première fois que j'entendais ce genre de conneries et ça ne me plaisait pas.

La tour des chauves-souris n'était plus très loin. Sa silhouette sombre se détachait sur la voûte céleste. Aussi sombre que le château, à peine plus que la falaise sur laquelle elle se perchait, rien ne la distinguait réellement du Manoir. Seulement, sa construction semblait plus... naturelle, comme fossilisée... Comme ces arbres pétrifiés ou ces grottes où les rongeurs volant aiment s'abriter. On aurait dit qu'elle fusionnait lentement avec la roche sous ses pieds, du bas vers le haut, la pierre taillée se faisait rappeler à sa nature d'antan. Je ne me souvenais pas qu'elle ait été si large. Autrefois un donjon, une sorte de prison circulaire, on pouvait imaginer assez facilement la manière de l'aménager pour obtenir un bon nombre de chambres ou paliers tout en conservant l'ouverture centrale plongeant vers les profondeurs et permettant de circuler à loisir. Si l'on savait voler. Mais peut être qu'elle ressemblait à quelque chose de très différent. Allez savoir.

L'accès direct reliant la Tour au Manoir était devenu un long et large pont, une passerelle tendue au dessus du vide et battue par les vents. On y était aussi exposé qu'un vampire sous un jour radieux. La Dame à protéger se tenait entre nous. Stéfano et moi fermions la marche. Le vent plaquait la cape de la Lady contre son corps, nourrissant l'attrait de son apparence, presque malgré elle. La mienne claquait doucement, en partie derrière moi, en partie contre mes cuisses, dispersant son liquide écarlate par petits éclats.
En choeur, nous avons levé les yeux vers la construction et j'ai entendu chacun de mes compagnons pousser un soupir de mépris.

Des yeux rouges brillaient derrière les ouvertures de la tour, nous observant avec curiosité. Puisque rien ne se passait et que cette situation devenait gênante, pour ne pas dire oppressante, j'ai gueulé :


-Cyrius ! Désolé de t'avoir appelé Batman la dernière fois ! J'ai besoin de ton aide !

Il y eut une réaction : des yeux s'ajoutèrent aux fenêtres, d'autres disparurent. Il y avait du mouvement. Mais c'était trop lent. Nous avons continué d'avancer. A mesure que l'on s'éloignait du Manoir, l'aura oppressante du Comte se fit moins ressentir. Comme si elle restait cantonnée à l'enceinte de son Royaume, l'odeur de sang disparut partiellement, ainsi que cette sensation que l'on pouvait se faire tuer à chaque instant. Quel que soit le Seigneur de cette tour, il était moins dangereux ou moins fou que le nôtre. Lady Ruthven poussa un nouveau soupir méprisant.

Avant de pouvoir entrer dans l'ouverture de grotte qui servait probablement d'entrée, une ombre est tombée du ciel pour se poser devant nous.


- Cyrius !

- Salut. Qu'est-ce que tu veux ? Lady Ruthven. Il l'a salué légèrement, sans insister. J'ai eu l'impression qu'il ne l'aimait pas. Je l'avais déjà décrit la dernière fois alors je ne recommence que succinctement : c'était une chauve souris humanoïde géante.

- J'aurais besoin que tu nous aides à nous envoler encore une fois...

- J'ai fini de servir le Comte.

- Quelle ingratitude ! Siffla la demoiselle dans mon dos.

- Pas du tout. Même si j'adorais que l'on tente de me tuer chaque semaine, je me sens plus à l'aise ici. Et mon grade me permet de ne pas avoir à faire le taxi pour porter toute une série d'invités. Il me dévisagea d'un air sérieux mais calme. Rancunier le gars.

- Écoute, le Manoir est attaqué. On a besoin de ton aide pour aller se cacher dans la forêt discrètement. Toi ou l'un des tiens. S'il te plaît ?

-Et vous serez récompensés. Lady Ruthven a ajouté ça d'un air à faire avoir une érection à une pierre tombale. Je ne savais pas encore pourquoi mais par moments, son pouvoir sensuel semblait décuplé, comme si elle pouvait le contrôler à loisir.

-Vous ne pouvez pas hypnotiser deux Voyageurs aussi puissants, Lady Ruthven, n'insistez pas. Cyrius sourit. Mais j'aime la proposition. Si votre famille pouvait soutenir financièrement les travaux de la tour, je donnerait les ordres qu'il faut.

- Vous ne voulez pas nous aider à repousser l'attaque ? J'ai demandé avec candeur. J'étais choqué par leur réticence. Il agissait comme un mercenaire. Je suppose qu'il avait déjà assez donné pour le Royaume, mais tout de même. La puissance qu'il dégageait désormais laissait entendre qu'il avait été bien formé par les buveurs de sang. La Dame derrière moi hocha la tête : elle acceptait.

- Je vais surveiller le champ de bataille personnellement. J'interviendrai si la situation l'exige, mais je ne peux pas impliquer tout le Royaume là dedans. C'est pour ça que je ne vous cacherai pas non plus dans la tour. Je n'y avais même pas songé, à vrai dire. Est-ce que j'aurais du ? Sans doute. Mais de toute façon, c'était non alors je n'avais pas de regrets.

-Merci.

Il a sourit d'un air fier de lui en hochant la tête. Morpher en chauve souris donnait quand même une sacré sale gueule, le pauvre. Néanmoins, il a levé le bras vers la tour et plié les doigts vers nous, donnant l'ordre visuel « venez ».

Une nuée de chauve-souris de la taille d'un écran d'ordinateur surgit. Rien que le bruit que faisaient leurs centaines d'aile était impressionnant. Il leur a ordonné de nous porter au raz du sol, en passant par la falaise. Personne n'a formulé d'objections. Raouk était peut être à nos trousses et cette façon de voyager mettrait de la distance entre lui et nous.
Leurs petites pattes se sont accrochées à nos vêtements, épaules, bras. Pour Lady Ruthven, ils n'auraient pu trouver qu'une prise assez mince si elle ne s'était pas enroulée fermement dans sa cape, comme dans un linceul. Ils réussirent à nous porter sans aucun problème.

Notre équipée volante s'est dirigée lentement, comme un sombre nuage, vers la forêt. A mesure que nous approchions, des hurlements se faisaient entendre plus distinctement. Les loups criaient plus fort que ceux qu'ils combattaient. Est-ce que cela signifiait qu'ils étaient plus blessés ? Pas forcément. Plus nombreux ? Sans doute.

A ce moment là, impossible d'avoir le moindre visuel sur la scène. Le but était de ne pas être vu et impliquait de ne pas voir en retour. Tant pis.

Faute de voir les combats, je constatai que la forêt avait effectivement changé depuis ma dernière visite. Comme je l'avais espéré, il était maintenant parfaitement possible de s'y cacher. A croire que les cadavres font un bon terreau. L'endroit, même dans sa composition initiale, avait toujours été sinueuse, légèrement vallonnée. On a trouvé à se cacher derrière l'une des collines de ce périmètre de défense naturel, qui était surplombé par un magnifique arbre mort duquel pendaient une multitude de nœuds coulants. Les cordes étaient couvertes de ronces métalliques.
Puis la nuée de chauve souris est repartie, toujours guidée par Cyrius.

Le temps de remettre nos vêtements en ordre et de récupérer du voyage qui -même s'il devait avoir l'air classe de loin- n'avait rien d'agréable, une longue minute s’écoula.


-Et maintenant ?

- On embusque les loups dans la forêt.

- Oh oh ! Je savais que ce nuage de chauves-souris était suspect !

Je sursautais en posant les yeux sur celui qui venait de nous surprendre.
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MessageSujet: Re: Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono) Jeu 17 Mai 2018 - 12:57

C'était un rat.

Vous avez déjà vu Basile détective privé ? C'est à peu prêt le look qu'avait la créature à nos pieds. Un trench coat brun, un petit chapeau, et un look british. Je ne sais pas ce qu'il faisait là, mais il était dressé sur ses petites pattes arrières et reniflait l'air d'un air curieux, en tenant à la main un minuscule bloc note.

La bonne nouvelle, c'est qu'il n'avait pas l'air d'être un ennemi. Et pas l'air d'être Raouk. Ou alors, pas capable de nous prendre tous en même temps. La mauvaise, c'est qu'il nous avait vu. Il reprit la parole, en notant soigneusement ce qu'il écrivait. Étrangement, il avait un accent britannique assez prononcé.


-Donc. Vous êtes des vampires yes ? Vos noms ?

-Attends. Tu es qui toi ? Face à cette question, il se gratta la tête avec son crayon à papier.

-Pardon. Je m'appelle Théodore Dugouda. Je viens du Royaume de les rats. Je voulais faire une reportage sur cette bataille. Et le Manoir, dont on dit le plus grand... Mal ? Oui ?

-Les rats sont les alliés des loups, n'est-ce pas ? Lady Ruthven avait pris la parole. Son visage enfoncé dans l'ombre de sa capuche, elle avait l'air bien plus terrifiante. Sa dague brillait, comme si la lune avait choisi de se refléter dessus en permanence, pour le style.

-Non non non ! Enfin, si, mais pas je ne suis pas ! Je suis neutre ! Je travaille pour le DreamMag d'abord. Ils se sont dit que je pouvais couvrir l’événement sans me faire tuer. Son drôle d'accent, bizarrement, me donnait envie le croire. Mais pas les autres.

-Qu'est-ce qui nous empêche de te tuer ?

Le rongeur déglutit. Nous l'avions encerclé pendant la conversation. Je me doutais qu'il pourrait tenter d'esquiver. S'il se jetait sous les jambes des petits chéris de la Dame, il pourrait leur échapper en empêchant que l'on puisse l'attraper. Sauf si j'utilisais mes pouvoirs avant... Bref, il était plutôt mal barré et il a du le comprendre rapidement puisqu'il a bredouillé :

- Je peux vous dire ce que je sais sur le bataille ?

- Donc tu es un espion.

- Mais I'm fucking not ! Ce sera écrit dans mon article de toute façon, je peux vous donner mes notes !

Il avait l'air aussi agacé qu'apeuré. Je n'avais aucune envie de le tuer, pour ma part. Je me suis accroupi vers lui en tendant la main. Il a rangé son crayon pour me la serrer -enfin un doigt-, avant de grimper à toute vitesse le long de mon bras pour s'asseoir sur mon épaule. Les souvenirs d'une nuit dans un Royaume Pokémon me revinrent en tête une fraction de seconde. Il avait trouvé quelqu'un pour le protéger et s'était saisi de l'opportunité.

Bonne ou mauvaise chose, j'acceptais ce rôle. C'est ce que font les héros.


- C'est vraiment le jour de la vermine aujourd'hui... Allez, vide ton sac, vite !

Alphonse n'avait pas totalement tort sur ce coup là. Nous avions perdu beaucoup de temps. Je sais qu'une bataille peut durer longtemps, mais pour ça, il fallait que les forces soient équilibrées. Le petit rat tourna les pages de son carnet à rebours, relisant ce qu'il avait noté.

-Well... Les loups sont venus en attaquant par groupes. Cela n'est pas une « armée » dans le sens littéral si je puis dire n'est ce pas ? Comme plusieurs des meutes c'est cela ? La première il est arrivée il y a bientôt deux heures. Ils se sont divisés dans la forêt et ont progressé avec le lentement afin de ne pas mourir comme empalé. Un partie de vos forces sont venus les tuer sur le place, mais cela a entraîné des pertes des deux côtés, oui ? Les pieux servent à tuer tout le monde après tout...

Il tourna sa page après s'être léché le bout du doigt en marmonnant quelques adjectifs dont il comptait probablement gorger son papier, de type « sanglant, mortel, meurtrier, gore, violence », etc...

-J'ai noté qu'il n'y a aucun Voyageur ou aucun soldat fort pour défendre le Manoir, jusqu'à présent. Beaucoup de petits gars un peu... comme eux. Il désigna le trio de boulets qu'on transportait depuis le début du bout du crayon, sans lever les yeux. Il avait pris la confiance en un rien de temps !

-Ils ne sont pas très forts mais avec l'avantage du terrain, ils ont pu contenir une partie des loups, malgré des pertes. Les loups n'ont pas de Voyageurs non plus d'ailleurs... Le premier groupe était en train de battre dans la retraite quand je vous ai vu. J'étais en haut de l'arbre, ici, alors c'était facile, mais je crois pas que eux savent que vous êtes là. Vous allez faire de l'attaque surprise, yes ? Je ne me souviens pas, quels sont vos noms déjà ?

Il releva le nez en l'agitant en l'air, en quête d'une réponse, prêt à noter. Cette bataille était étrange. On n'a pas tout de suite réalisé ce qui n'allait pas mais cela semblait beaucoup plus facile qu'on n'aurait pu le croire. Les assaillants étaient désorganisés à ce point ? Pas de siège ? Presque pas d'armes ? Pas de Voyageurs ? Ils battaient en retraite après un assaut tiède ? J'ai voulu échanger un regard avec mes compagnons mais ils fixaient le rat avec curiosité et méfiance.

-Je suis Ruby. Et voici Calvin. Voyageur. Trois soldats nous accompagnent : Ernest, Alphonse et Stéfano.

Elle avait tourné sa phrase pour laisser délibérément un doute sur sa nature. En me citant après et disant simplement « voyageur », elle s'incluait discrètement dans le lot, sans toutefois mentir puisqu'elle n'avait jamais parlé d'elle même. Cependant, je ne sais pas si ce genre de ruse pouvait fonctionner. Elle avait l'air d'aller trop... Bien dans le paysage.

Le rat a levé les yeux vers nous tous, nous dévisageant l'un après l'autre d'un air critique.


- Des soldats hein ? Alors je ne suis pas expert mais vous avez l'air assez mal équipés pour des soldats. Je vais faire la note ici : que vous étiez courageux, sinon ça ferait penser que vous êtes fous.

Au loin, un champignon toussa pour meubler le léger silence qui suivit sa remarque. Avec mon look cuir et acier, médiéval gothique vaguement pédale pour ceux qui voient le mal partout (mais franchement ça allait), j'étais le seul qui avait l'air de partir à la guerre. J'ai proposé à la Lady de porter mon bouclier, ce qu'elle refusa.

- Rien d'autre ? Aucun loup puissant à dénombrer ? L'inquiétude de la Lady était à peine perceptible derrière son ton autoritaire. Le rat relu ses premières notes.

-En fait, je n'ai pas constaté moi même cela, mais quand on m'a envoyé on m'a dit : il y a Raouk. C'est un assassin avant d'être un loup. Il se déplace pour se venger d'une noble, ou quelque chose comme ça. Il doit déjà être dans le Manoir, je suis very déçu de ne pas avoir pu lui poser les questions n'est ce pas ?

-C'est sûr...

-Aussi, je peux vous dire ça parce que les loups sont comme ça et que je l'ai noté avant de partir pour faire des bons interviews. Les plus forts de la meute se tiennent généralement derrière, pour pousser les autres vers l'avant. Normalement, ils se battent en premier oui ? Mais là, on n'a pas vu de chef encore. Alors peut être qu'ils arriveront à la fi...

Il s'est interrompu. Un martèlement sur le sol se rapprochait. Ca galopait, ou en tout cas, ça essayait.
Des loups. Ils venaient du Manoir. Si on se déplaçait maintenant, on pouvait espérer leur couper la retraite et les affronter avant qu'ils ne rejoignent les leurs. Mais... ce n'était pas le but. Embusquer ceux qui allaient vers le château, oui. Les autres, qu'ils partent.

Le destin ne nous a pas laissé le choix. L'un d'eux avait dû se perdre dans le dédale de lances acérées. Sa tête radieuse et couverte de sang apparut au sommet de la colline. Nous étions juste en dessous de lui et ses yeux se posèrent droit sur nous. Impossible de nous rater. Il poussa un hurlement lugubre.


D'AUTRES TROPHEES !

Maintenant, ses copains allaient rappliquer.

Au risque de casser l'ambiance du récit, je me rends compte d'un truc... Est-ce que l'antagonisme des loups et des vampires c'est un cliché ? J'espère que toute cette aventure était aussi épique que j'en ai eu l'impression...
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MessageSujet: Re: Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono) Ven 18 Mai 2018 - 16:00

Une longue gerbe de sang a tourné autour de moi. J'en ai saisi une extrémité et ma langue de sang s'est matérialisée dans ma main en un instant, claquant dans les airs au dessus. Ca a un peu calmé le loup d'en face. Lui se tenait carrément sur ses quatre pattes, à peine vêtu d'un gros collier et d'une sorte de harnais.

Mon fouet à volé dans sa direction, mais il a sauté sur le côté, esquivant sans problème. J'étais trop loin. Cet exploit a semblé lui donner le courage qui lui manquait, puisqu'il a dévalé la pente à toute vitesse. C'est alors que j'ai vu voir ce que son harnais transportait. Une tête aux oreilles pointues. Aux dents pointues également. J'en suis resté tétanisé une seconde et mon fouet est restée figé en l'air au lieu de l'attraper au vol. Il m'a sauté dessus, directement, violemment.

J'ai repris mes esprits en voyant le rose de sa mâchoire s'ouvrir vers moi. Bon dieu, c'était un gros loup. J'ai fléchi les jambes avant de lui sauter dessus à pleine puissance, bouclier en avant. Son cri s'est mué en jappement de douleur tandis qu'il volait s'écraser contre un buisson de barbelés, plus loin.


-Jesus !

Je ne sais pas si c'est le fait d'être passé à côté de la mort ou le spectacle morbide que commentait Théodore.

C'était ça leurs trophées. Des têtes de vampires. Je ne sais pas ce qui les poussait à une telle sauvagerie. Les loups étaient puissants, forts. Ils inspiraient la peur par cette force plus que par leur cruauté. Bien sûr, certains faisaient exception, mais je trouvais là un comportement plus proche des troupes du Comte que de celui qu'ils auraient dû avoir. Je ne sais pas à quel point l'aura du Seigneur des massacres pouvait être responsable. L'air était rempli de terreur, vous aviez la boule au ventre à moins de tuer et de vous plonger dans le sang. Ceux qui croyaient le Comte affaibli avaient encore du soucis à se faire à mon avis. Quelque chose me disait qu'il appréciait qu'autant de gorges soient coupées sur ses terres.

Ceux qui affrontaient les loups enivrés ou effrayés par son aura avaient aussi un problème. Pour le moment, ça voulait dire : moi et Lady Ruthven. Une dizaine de nouveaux adversaires ont difficilement émergé de leurs fourrés tranchants. Tous se déplaçaient à quatre pattes et étaient de bonne taille. Cependant, comme ceux que l'on avait croisé plus tôt, ils n'affichaient pas une musculature puissante, ni même un poil lustré. Ils avaient l'air affaiblis, ou juste faibles.
Certains tenaient des lances, auxquelles étaient accrochés des bouts de chairs divers. D'autres transportaient probablement des « trophées » moins voyants qu'une tête, comme des chevalières, des crocs, ce genre de choses...

Sur le moment, personne n'a pris le temps de s'en inquiéter. Ils étaient nombreux et nous étions dans une sorte de petite clairière. Ils avaient largement l'avantage du terrain, avec leur stratégie d'enfoiré qui consistait à courir autour de nous et se jeter deux par deux sur nos mollets. Notre petit groupe de vampire a tenté de former un cercle autour de notre Dame, mais Stéfano, que j'avais peut être trop affaibli, ne parvint pas à résister au deuxième assaut de harcèlement. Attrapé à la cheville, il se fit tirer en arrière par un quadrupède et bientôt, deux de ses camarades fermaient une barrière lupine (si ça se dit : un barrière de loups?). On entendit des bruits de lutte tandis qu'il se débattait, vendant chèrement ses derniers instants.

Ruby prit la position qu'il occupait et nous nous trouvions tous les quatre dos à dos, face à des loups excités. Elle avait dégagé ses épaules, laissant le tissu qui la couvrait pendre seulement le long de sa colonne vertébrale avant d'enrouler ce surplus autour de ses épaules, la dénudant quasiment totalement.

Comme prévu, sa chair nue commença par attirer nos adversaires. Sa dague tenait à distance les imprudents, mais c'était une arme inadaptée contre ces adversaires. Ils attaquaient par paire, doublaient chacune de leurs attaques, obligeant à se défendre sur deux fronts à chaque fois. Heureusement, mon bouclier cueillait tous ceux qui tentaient d'agresser son flanc droit. Et la plupart d'entre eux m'évitaient très clairement, préférant obtenir des trophées sur des adversaires à l'apparence moins coriace. Je fouettais leur museau dès qu'ils approchaient, en tirant du sang avec lequel j'éclaboussais ceux qui agressaient Lady Ruthven ou moi. Bientôt, la plupart des ennemis se trouvaient dans notre dos, attaquant les plus faibles du groupe.

Fermant mon poing en direction de l'un des loups assez con pour me faire face, je profanais la lance brisée qu'il tenait entre ses crocs. Enroulant mon fouet autour de sa patte, je tirais d'un coup sec pour le projeter contre mon bouclier. Ruby le poignarda dès l'instant où sa tête fracassait le bois de l'écu. Elle poussa un joyeux cri de plaisir victorieux tandis qu'elle se défoulait. S'il n'était pas mort, son adversaire prit ses jambes à son cou, après être tombé, fuyant la queue entre les pattes.

Personnellement, je profitais surtout de l'occasion pour faire léviter la lance qu'il tenait dans la gueule l'instant d'avant, la pointant tête vers le bas, visant l'adversaire le plus couvert de sang que je trouvais. Puisque nous pivotions dans le sens inverse de nos adversaires afin de les forcer à nous faire face malgré leur stratégie, j'en trouvais bientôt un qui convenait à mes goûts et qui n'avait même probablement pas vu la lance volant à deux mètres au dessus du sol.

A vrai dire, le sol aussi était couvert d'hémoglobine. Tisser des liens du sang autour du loup gris qui se trouvait là fut un jeu d'enfant. Il était déjà blessé, je crois, mais je n'avais pas le temps de faire des états d'âme. Je solidifiais les liens et dans la même seconde, jetait de toutes mes forces la lance sur lui. Il tenta de sauter, sans succès. La lance le cloua au sol, littéralement, sans le tuer. Si les cordes sanglants se décomposèrent immédiatement, retombant en flaques sanglantes autour de lui, il ne parvint pas à se déplacer et resta là, agonisant en hurlant jusqu'à la fin de notre combat.

Puis, deux des loups qui avaient achevé Stéfano s'enfuirent. Ils avaient probablement obtenu ce qu'ils étaient venus chercher et n'étaient pas motivés à l'idée de mourir pour accumuler les souvenirs.

Le nombre des assaillants redevenait équilibré. Néanmoins... Alors qu'Alphonse esquivait l'attaque d'un loup noir qui se jetait sur lui, ce dernier parvint à attraper l'épaule de Ruby. Elle répondit en lui crevant les yeux, poignardant son visage en hurlant, dans un mélange de peur, de douleur et de rage. Ses yeux et son museau devinrent une bouillie façon confiture de framboise. Le loup lâcha prise pour se faire cueillir par mon fouet. Je le soulevais et l'explosais au sol vigoureusement, pour faire bonne figure, en poussant le hurlement le plus terrifiant que je pouvais.

Ca avait un peu refroidi l'ambiance, de leur côté. Ils venaient d'en perdre trois en deux assaut. Maintenant qu'ils étaient moins nombreux, ils se contentaient de nous tourner autour en grognant. Puis, sans avoir l'air de se concerter, ils firent demi tour et abandonnèrent là leurs morts. Je me tournais vers la blessée.


-Ruby ? Est-ce que ça va ?

Elle passa la main sous la cape enroulée sur son épaule. Par hasard, c'est là qu'avait porté l'attaque. La seule partie de son corps à peu près protégée. Elle retira néanmoins une main couverte de sang et l'étala sans manière sur son bras, dessinant un motif morbide dessus.

-Non. Tiens, plus de sang pour toi.

Elle avait l'air irrité. J'avais adopté son surnom instinctivement. Plus simple. Ca me permettait de la tutoyer. Mais je crois que sur le coup, elle n'appréciait plus aucun de ces petits trucs, ni mes idées héroïques. « Les chiots demeurés » étaient quand même dangereux. Peut être qu'elle se disait que le confort du Manoir lui aurait permis de se battre contre Raouk plus facilement.
Puis elle se tourna vers les autres, dont l'état était bien plus lamentable. Ils avaient attiré vers eux l'essentiel des griffes et des crocs de nos adversaires et leurs vêtements étaient en lambeaux. La peau, dessous, ne devait pas être en meilleur état. De mon côté, j'étais intact.

Je me tournais vers le champ de bataille et demandait au sang versé de léviter autour de moi afin de trier le sec du frais. Tout ce qui était aisé à manipuler vint recouvrir mes vêtements. Avec un tel stock, je puais, j'étais poisseux, mais j'avais une réserve qui me rendait potentiellement plus puissant que je n'avais jamais été -en dehors de mes entraînements.

Théodore s'ébroua à côté de moi. Je l'avais oublié celui là.


- Et bien, c'était impressionnant ! Un vrai lion ! Il m'ébouriffa la tignasse affectueusement. Maintenant, si vous ne rejoignez pas rapidement vos petits copains, vous risquez de prendre le deuxième assaut sur le coin du nez.

Il avait raison. Alors que je me dirigeais vers Stéfano pour juger de son état -sait-on jamais- j'ai compris que le tout premier loup était coincé dans les barbelés dans lesquels je l'avais jeté au début. En me voyant arriver vers lui, il s'était mis à gigoter, écartant ses plaies.

Un rapide coup d'oeil m'informa qu'il manquait à Stéfano une trop grande partie du visage pour que j'ai besoin d'aller lui sentir le pouls. L'autre en revanche m'intéressait. J'avais besoin de comprendre la raison de ce carnage.


- Toi là. Arrête de bouger, je ne vais pas tuer quelqu'un dans cette posture.

- Tes copains, oui !

-Je...Ecoute. J'aimerai comprendre. Pourquoi est-ce que vous nous attaquez ?

- Tu n'es pas comme eux. Fais de moi ton prisonnier, assure toi que je survive et peut être, PEUT ETRE que je te répondrai, Voyageur.

J'avais besoin de rien d'autre. Je me suis tourné vers mes camarades et ait annoncé que je faisais de lui mon prisonnier. Personne n'a essayé de me contredire. A vrai dire, personne ne pouvait m'en empêcher.

-Tu essayes un seul truc pendant que je te détache et ce sera le dernier que tu auras fait de ta vie. Je ne mourrais pas. Je guérirai la nuit prochaine. Mais toi tu seras mort.

- Oui, oui, je ne suis pas fou...

J'ai appris quelques rudiments d'intimidation sur mon bateau. Et j'avais déjà entendu Papi dire ça à une créature hostile, une nuit, j'avoue... Le détacher a pris un certain temps et provoqué un certain nombre de coupures, je dois dire. Mais il se tenait remarquablement immobile et calme pendant que je tirais sur les câbles pour lui permettre de se détacher. L'opération fut un succès. Je détachais son harnais et son macabre trophée roula sur le sol.

Quand je lui demandais s'il avait besoin d'être porté, il m'assura que non. Ce pauvre type était courageux dans sa folie. En boitillant, il reprit la route qu'il venait de quitter victorieusement, talonné par ceux qu'il cherchait à éliminer. LA queue qu'il tenait entre les jambes et ses oreilles baissées indiquaient le courage qui lui restait.

Pendant que je le regardais se déplacer, Théodore se parlait à lui même en écrivant. Ca donnait à la scène un côté moins terrifiant. C'était la seule personne non cauchemardesque de l'endroit et je crois que j'aimais assez qu'il soit là, finalement.
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MessageSujet: Re: Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono) Ven 18 Mai 2018 - 19:30

Nous sommes arrivé aux « fortifications » des vampires plus rapidement que je ne l'aurais pensé. On a croisé quelques morts des deux camps dans le champ des empalés, des bouts de cadavres ici et là, et même des rêveurs. Je crois que la bataille avait attiré tous ceux qui s'étaient endormis en pensant à des carnages. Ils erraient dans la forêt en s'écorchant à petit feu.

Est-ce que ce genre d’événements renforçait le pouvoir du Comte ? J'ai supposé que oui. Plus il y avait de Rêveurs quelque part, plus leurs rêves étaient forts, plus le Seigneur du Royaume était puissant. Enfin, j'avais toujours vu ça comme ça. Je sais pas trop si j'ai raison ou tort, mais dans le doute, c'est la théorie qu'on va accepter hein ?

Bref. Notre prisonnier fut accueilli par une salve de grognements et d'insultes. Aux abords du Manoir, une série de barricade de fortune abritait les chevaliers en avant poste. J'ai eu du mal à trouver l'autorité suffisante pour dire qu'il était sous ma protection. On a demandé pourquoi je n'arrivais que maintenant. Ce que je faisais dans la forêt. Où étaient les autres Voyageurs.

C'est « Ruby » qui a réussi à les calmer. Son autorité était surnaturelle et je comprenais maintenant qu'elle avait des pouvoirs pour contrôler les autres. C'est ça qu'avait voulu dire Cyrius. Comme elle ne cherchait plus à me contrôler pour le moment et qu'elle n'avait plus que deux sbires sous la main, calmer ces petits ne lui posa de problème.

Je la laissais prendre la température avec les chevaliers vampires (pour la plupart, comme l'avait dit le petit rat Dugouda, ils étaient ridicules) pour déterminer les forces qu'il leur restait et la puissance estimée de notre adversaire. Pendant ce temps, je laissais mon prisonnier se coucher sur le flanc et respirer péniblement. Très franchement, s'il passait la nuit, ce serait un miracle. Dès mon réveil, les monstres du coin se jetteraient sur lui pour l'achever. Le Manoir n'avait pas pour ainsi dire d'infirmerie destinée aux loups... J'avais mauvaise conscience de l'avoir amené ici.


Je te fais de la peine, Voyageur ?

Je détournais mon regard de ses plaies pour fixer ses yeux, modifiant mon expression pour en dissimuler les sentiments.

-Non.

-Tant mieux... Suis pas venu là pour faire de la peine à ceux de ton genre. Je vais te dire ce que tu voulais savoir...

Il ferma les yeux et pendant un moment, j'ai cru qu'il était mort. Peut être qu'il organisait seulement ses pensées. Quand il les rouvrit, il commença son récit. J'entendais le rat griffonner à côté de moi.

-On est les omégas, les brebis galeuses du Royaume des loups. Notre peuple est hiérarchisé, tu vois ? Et bin nous, on est en bas. On a une vie de merde, pour dire les choses comme elles sont et surtout, on est considéré comme des moins que rien. Alors...
Quand Amarok a proposé aux Omégas de partir en guerre contre le Manoir, en l'échange d'une place plus proche du cœur de la forêt... Il a pris une nouvelle pause, sa respiration sifflait. Tout le monde dit que votre Manoir tombe en ruine et que votre Royaume est prêt à s'effondrer comme un château de carte. On s'est dit que c'était notre chance.

A la pause suivante qu'il prit, Théodore demanda son nom. Quelque chose comme Thierce ?.. Ouais quelque chose comme ça ! Je crois. Je réalisais maintenant qu'il avait des blessures que je ne lui avait pas infligées. Ce qui expliquais son état lamentable, alors qu'il n'avait -que- barboté dans un buisson de fils barbelés.

- Certains se sont dit que c'était des conneries. Qu'Amarok se servait de ça pour se débarrasser des plus tumultueux d'entre nous. Quand on a rassemblé les meutes et qu'on a vu le nombre que ça donnait... Qu'on a su que Raouk et les frères Chap' y allaient... On s'est dit que plus on serait nombreux, plus on avait des chances de rapporter un trophée. La preuve qu'on avait tué un vampire, tu comprends ? C'est suffisant, d'après Galadan. Pas la peine d'aller essayer de couper la tête du Seigneur. Juste le priver de ses enfants.

Il a souri, d'un air lugubre.

- On est là pour jauger votre puissance, en gros, j'imagine. Oh, comme vous êtes faibles ! A distance, vous faites les malins... Mais dès qu'on est sur vous, là...

J'ai voulu dire « J'ai l'impression que c'est quand tu étais sur moi que je t'ai défoncé mon pote. » Mais bon, c'était pas digne d'un héros. Ce gars m'avait tout l'air d'être une victime du conflit en fin de compte. C'est vrai que le Manoir était faiblement défendu. Je ne sais pas pourquoi tous les Voyageurs n'avaient pas répondu à l'appel mental que j'avais reçu. Pourquoi l'élite du Royaume était absente. Mais il est certain que l'on pouvait résister à des rigolos comme ça, normalement. Même la guilde de papi respecte ce Royaume, il l'a dit. Et c'est les Voyageurs les plus bourrins de Dreamland...

Je gardais pour moi mes réflexions tandis que Théodore notait chaque information précieusement. S'il sortait un article avec de genre d'informations, la réputation du Manoir tomberait aux oubliettes. En même temps, c'était la vérité... Je ne voyais pas comment l'empêcher de la dévoiler sans me montrer violent.


Raouk est entré dans le Manoir comme dans du beurre. D'autres ont réussi à passer les murs aussi. Vous pensez être dans une forteresse, mais avec toutes vos jolies petites fenêtres, vous êtes fragiles...   Il s'était remis à parler un peu plus respectueusement, sans que j'ai eu besoin de le remettre en place. Je suppose qu'il comprenait que sa vie ne tenait qu'à un fil. Il hésitait entre le baroud d'honneur et l'humilité servile.

- Ce n'est pas l'extérieur du Manoir qui devrait vous faire peur.

- Je vois. Comme la forêt...

Il ferma les yeux à nouveau. Comme la forêt. Je ne connaissais pas son Royaume mais les bonnes places étaient au cœur de la forêt si j'avais bien suivi... Bon, le Manoir n'avait pas une telle structure (et c'est d'ailleurs ce qui le rendait dangereux puisque l'on pouvait passer d'une pièce peuplée de vampires cordiaux à un repaire de goules assoiffées de sang. Ou pire, sur le Comte lui même, occupé à ruminer ses sombres pensées) mais quelque chose était vrai dans ce qu'il venait de dire. A ce moment là, j'avais pas compris à quel point.

En fin de compte, la meute avec laquelle il avait donné l'assaut avait rebroussé chemin. Je l'avais vaincu. Il était mourant. Et il n'avait pas vu la partie dangereuse du Royaume. Peut être qu'il réalisait la vanité de leur attaque ?  


-Vous vous êtes bien battus.

-Ca ! Si je n'étais pas tombé sur toi, je serai rentré chez moi en héros ! Je peux te dire que je l'ai mauvaise !

Il ricana fiévreusement. C'était une drôle de chose qu'être un Voyageur dans un tel conflit. Je devais protéger mon Royaume, bien sûr. Ceux qui étaient entrés avaient pu piller et tuer ses habitants. Et même s'ils étaient pour la plupart des monstres sanguinaires, certains vampires avaient du cœur et des valeurs nobles. Certains même étaient « faibles » selon les critères du Royaume, amateurs de musique, de danse, romantiques et tout le tralala... J'avais tendance à me moquer d'eux, mais ils avaient quand même le droit qu'on les protège. Ce n'était pas une mauvaise chose que de leur venir en aide. Malgré tout, en d'autres circonstances, je sais que j'aurais pu aider des types comme ce loup à gagner leur place. C'était également une sorte de combat noble.

Puis la tête coupée sur son dos me revint un tête. Ils avaient attaqué un Royaume. C'étaient eux les fautifs, ils étaient les artisans de leur propre mort, quelle que soit la manière dont je regardais la chose.

Ca m'a fait déculpabiliser quand même, j'avoue ! Dans le doute, ceux qui défendent sont les plus honorables.


-Le deuxième groupe arrive. Si tu veux retourner te battre dans la forêt pour me cacher, il faut partir maintenant. J'ai convaincu deux soldats de nous accompagner.

-Si tu me laisse là, ils vont me tuer !

-Je pense oui. Tu viens avec nous. Tu pourras t'enfuir à ta guise comme ont fait tes amis.

Je ne cachais pas mon mépris, cette fois.
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MessageSujet: Re: Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono) Sam 19 Mai 2018 - 19:02

Avant de partir, je m'étais fait des petits cadeaux. Du genre que je ne peux me faire que dans ce Royaume là. Je gorgeais de sang complètement mon bouclier, ainsi qu'un autre que je profanais puis laissais léviter sur la gauche de Lady Ruby (moins chiant à écrire, Ruby). Celui que je tenais initialement lévitait à sa droite, vers son flanc, de manière à ne pas gêner ses mouvements. Je couvrais également de sang une lance dont le porteur était mort et la portait main gauche. J'avais trouvé aucune épée à mon goût. Mon fouet était enroulé autour de mon poing droit.

Avec tout ce sang sec, contrôler une profanation c'était « relativement » facile. Ca revenait à porter deux boucliers en même temps, physiquement. J'en étais capable, surtout dans ce monde.
Le plus dur, c'est que je devais garder en tête l'endroit où se trouvait les boucliers et Ruby. Je m'étais déjà entraîné à le faire autour de moi et ça allait... Pour quelqu'un d'autre c'était autre chose. Pour éviter qu'elle ne se cogne dedans en permanence, je devais les faire avancer à la même vitesse, tout en évitant les obstacles... Dépourvu des sensations, je ne me rendais pas compte du nombre de fois que je la cognais, même doucement, et il a fallu qu'elle se tourne vers moi, irritée, pour que j'arrête.


- Bon, ton petit tour c'est bien joli, mais ça me gêne, alors arrête. Tu feras ça quand ce sera utile, d'accord ?

J'ai hésité à ajouter un point d'exclamation en écrivant ça, parce qu'elle était calme, mais clairement énervée quand même. Bon. C'était ma technique ultra puissante, mais elle était trop dure à utiliser pour moi et puisque ça gênait madame... J'ai rappelé un bouclier, que je portais contre mon avant bras tout en gardant la lance en main. L'autre bouclier volait derrière moi. Comme ça au moins, c'était facile.

De toute façon, notre petit groupe était mieux équipé qu'au départ. Les deux nouveaux portaient des écus également, ainsi que des arbalètes et encadraient Lady Ruthven. Alphonse et Ernest avaient trouvé des épées et portaient désormais des gants d'épéistes.

On a marché le plus rapidement possible vers les zones « boisées » de la forêt. Thierce est parti sans demander son reste dès qu'on lui en a laissé l'occasion. Sans se retourner, sans nous remercier, sans une hésitation qui pouvait laisser penser qu'il était un peu reconnaissant. A mon avis, peu d'ennemis du Manoir ont eu le droit à ce genre de miséricorde et il s'attendait probablement à ce qu'on change d'avis à tout moment.

Finalement, on a trouvé l'endroit que l'on cherchait. On ne pouvait pas nous voir du Manoir, où se trouvait Raouk apparemment. L'endroit lui même était relativement bien caché, dans une sorte de tranchée naturelle. Si les loups nous repéraient, nous pouvions reculer et les obliger à nous affronter l'un après l'autre, où leur nombre n'aurait aucune importance.

La deuxième vague de l'attaque était plus impressionnante quand on assistait à leur assaut depuis le début, sans arriver après la bataille. Les premiers loups avaient tenté un travail de sape : ils avaient essayé d'ôter les pieux et lances plantés là pour empêcher des assaillants de courir directement en direction du château. Un succès mitigé, mais qui permit toutefois à cette escouade de progresser plus rapidement, en subissant moins de coupures. Il était toujours délicat d'éviter les carreaux d'arbalète qui vous pleuvaient dessus puisque le moindre écart était cruellement puni, mais que voulez vous, on ne peut pas tout avoir...

Cependant, les bêtes étaient solides. La plupart pouvaient encaisser les premières flèches qui se plantaient dans leur cuir et quoique se déplaçant sur leurs quatre pattes, certains étaient partiellement couvert de pièces d'armure, probablement récoltées dans le Cimetière. La raison évoquée par Lady Ruthven était... plausible, mais tout de même étrange. Les morts vivants étaient volontiers hostiles normalement. Ils avaient du recevoir l'ordre de ne pas bouger. Peut être voulaient-ils vraiment trahir le Comte ?

Je n'ai pas réfléchi beaucoup plus longtemps. Le groupe principal était passé, mais un petit détachement qui tentait de contourner les lieux du combat pour s'attaquer à un flanc n'allait pas tarder à passer à côté de nous. C'est les nouveaux soldats que s'étaient procurés la Lady qui se sont chargés de nous les indiquer. On a suivi leurs déplacements jusqu'à ce qu'ils retrouvent dans un « couloir » tranchant. De là, une salve de carreaux d'arbalète s'est planté dans le dos de celui qui se tenait en dernier dans la file.

Je n'ai pas voulu l'achever, ou même l'attaquer. C'était dégueulasse de tuer les gens comme ça. Le temps qu'il se retourne, il avait pris deux autres bouts de bois pointus dans le corps. Il tomba sur le flanc et l'un de ses camarades sauta au dessus de lui pour nous faire face.

J'envoyais mentalement voler le bouclier qui se trouvait dans mon dos, droit vers lui, à pleine puissance. S'il n'esquivait pas, il s'en sortirai pas sans une grosse bosse. Il a sauté au dessus. Mon bras droit était déjà plié vers l'arrière et il s'est brusquement tendu comme un serpent. Mon fouet lui a attrapé la patte et je me suis retourné en tirant de toutes mes forces.

Le loup s'est retrouvé propulsé dans les airs. Détacher mentalement le sang composant mon fouet de sa patte. Il s'est écrasé ailleurs, trop loin pour qu'on entende à nouveau parler de lui. Tomber dans cette forêt à toute vitesse était, à mon avis, une manière assez peu efficace de rester en vie. Mais j'agissais mécaniquement, j'éliminais les menaces.Oh je ne me sentais pas héroïque ! J'étais juste une arme sur un champ de bataille, le Voyageur d'un Seigneur en guerre.

J'étais passé en tête de mon cortège, alors autant faire le max avant que les loups ne rappliquent. J'ai lâché mon fouet, fait passer la lance en main droite et bandé le bras, prêt à la lancer dans ce fameux couloir tranchant dans lequel étaient piégés nos adversaires. Je l'ai lancée de toutes mes forces, puis ait stoppé les battements de mon cœur. Le bouclier qui était sur son passage est tombé. Le loup qui se trouvait derrière a pris la lance de plein fouet, lancée avec la puissance d'une baliste. Malgré sa légère armure, il est mort sur le coup et a volé sur le camarade qui se trouvait derrière lui.

Je tombais sur les genoux, plié par la douleur dans ma poitrine tandis que mon cœur rattrapait son retard en protestant. Les deux arbalétriers se sont positionnés devant moi, boucliers en avant. Ils ont passé leur arme au dessus des écus et fait feu. Celui qui a pris la salve est tombé sur le coup. Je doute qu'il ait été mortellement blessé, mais feindre la mort était une stratégie assez sage dans leur position. Quant à celui qui se trouvait à l'avant, il a détalé en direction du Manoir, préférant tenter sa chance sur une route qui ne lui imposerait pas de piétiner le cadavre de 4 de ses frères d'arme.

Mes doigts se sont refermés sur mon fouet, plongeant à demi dans la terre battue et le sang, puis je me suis relevé. Nos soldats étaient ravis, surexcités. Le bouclier retrouva sa place, lévitant derrière moi. C'était pas glorieux. J'entendis griffonner à côté de moi, ainsi que murmurer dans un drôle d'accent « je vois, je vois... ».


- On pousse dans leur dos maintenant ! Ils vont être pris au piège entre le Manoir et nous !

Ca sonnait comme une idée à peu près viable. Parce que s'il fallait protéger Lady Ruthven, il fallait tout de même défendre le Royaume aussi. Je préviens d'avance : ça ne l'était pas, une idée viable.

Je vais résumer parce que plus j'écris ce moment de la nuit, moins je me sens fier de moi. C'est le genre de rêves ou l'on en vient à attendre un petit rayon de soleil. Quelque chose d'un peu moins triste... J'aurais payé cher pour que quelqu'un me réveille et me sorte de là. Quoique, j'aurais sans doute culpabilisé. Je n'arrive pas trop à imaginer un moment où Lady Ruthven aurait survécu sans moi dans tout ça finalement. Sans me vanter. Quoique... Enfin bref je continue.

On a retrouvé les troupes qu'on avait laissé passer. Les loups étaient encerclés. Les premiers exploits de leurs frères les avaient mis en confiance et ils avaient poussé directement, ensemble, contre les défenseurs rassemblés. Certains avaient réussi à pénétrer dans le Manoir -car oui, il y avait trop peu de fortifications- et ils y arracheraient un trophée à une créature du Royaume avant de tenter de s'enfuir. Mais plus d'une quinzaine de loups étaient aux prises contre des barricades sanglantes et acérées lorsqu'ils nous ont vus débarquer dans leurs dos. Après un hurlement d'avertissement, ils se sont presque tournés vers nous comme un seul homme-loup.
Ils n'allaient pas tenir les deux fronts à la fois. Ils allaient éliminer la menace la plus faible d'un seul coup et revenir s'en prendre aux défenseurs après.

J'ai à peine eu le temps de comprendre ce qu'on allait prendre dans la tronche. Les loups avaient retirés les pieux et pouvaient courir sur nous à pleine vitesse. J'en ai profané trois et me suis positionné en avant, les lances dressées vers nos adversaires tandis qu'un bouclier sur chaque bras, je me préparais à accueillir le raz de marée de férocité qui fonçait sur nous en hurlant.

Ruby s'est plaquée dos à moi pendant que je fléchissais sur mes appuis et j'enroulais ma cape autour d'elle pour la maintenir contre moi. Ses soldats ont trouvé de la place sur les côtés mais les lances ne brisaient pas la vague de loups qui s'est déchargée sur eux en hurlant. Quand les trois lances se sont brisées, j'ai jeté derrière moi les deux loups qui tentaient d'attraper ma tête par un coup de bouclier rageur. Le choc avait été rude, mais supportable. Pour moi. Quand le dernier loup est passé à côté, j'ai pivoté, libérant Ruby dans mon dos dans le cas où les loups voudraient continuer le combat.

Ils ne voulaient pas. Pas maintenant. Ils avaient emportés les quatre vampires qui nous accompagnaient et je contemplais leurs fourrures couvertes de plaies et de sang s'éloigner en galopant, prêts à attaquer à nouveau tandis que pleuvait sur eux les flèches des défenseurs.

A part ça ? Les groupes sont revenus juste après. Ils ont voulu attaquer de manière plus dispersée, pour nous diviser. Le duo que Ruby et moi formions était évité avec prudence. Les loups qui nous apercevaient disparaissaient rapidement de notre champ de vision et partaient attaquer des lieux que l'on ne défendait pas. Je suppose que ça a permis de protéger le Manoir, d'une certaine façon. Nous nous dirigions vers les fronts en difficultés et immédiatement, les loups rebroussaient chemin. De cette manière, Lady Ruthven ne craignait plus rien. Mais c'était frustrant...


- Tu serais plus efficace dans le forêt à les embusquer oui ? Cela ferait l'article sensationnel !

- Merci du conseil, mais la nuit n'est pas finie !

J'ai tenté de sourire. De faire redescendre la pression un peu. J'étais frustré et anxieux. Ne pas me battre était presque pire que d'affronter les loups. Tout ce que je voulais, c'était qu'on en finisse.

Enfin, un hurlement se fit entendre au loin et l'ensemble des loups semblèrent se retourner pour rejoindre leurs copains restés en arrière. Ils allaient lancer leur dernier assaut, avec leurs fameux chefs laissés fermant la marche.


-Comment il a dit qu'ils s'appellent, les deux fortiches?

-Les frères Chap'. A relevé Théodore sans prendre le temps de lire ses notes. D'une certaine manière, lui aussi devait attendre ça.
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MessageSujet: Re: Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono) Dim 20 Mai 2018 - 15:50


Les vampires se sont rassemblés non loin des portes du Manoir. Ceux qui étaient encore en vie avaient l'air dans leur élément. Une poignée de chevaliers, un nombre ridicule que je pouvais presque compter sur mes dix doigts. Contrairement à moi, ils semblaient s'être habitué au conflit et ils discutaient entre eux d'un air féroce en exhibant fièrement leurs plaies et cicatrices. Ils remettaient en place des fortifications qui semblaient tellement tranchantes qu'elles avaient l'air tout simplement imprenables. Un cadavre de loup était encore accroché dessus.

Néanmoins, lorsque Ruby et moi nous approchions, ils cessaient de discuter pour nous regarder d'un air méfiant. Je suppose qu'ils trouvaient notre performance insatisfaisante. Toutefois, ils restaient polis et hochaient la tête sur notre passage. On avait sans doute sauvé leur peau.

La Lady nous conduisit vers celui qui dirigeait sans s'émouvoir de leur comportement. J'ai oublié son nom, pour le coup, j'arrive pas à en retenir autant en une seule nuit et puis c'était quelque chose hyper compliqué.


-On garde « Ruby » même pour eux. Dit-elle d'un air sombre. Recouverte de pied en cap, elle cachait son corps à la vue du commun. Sa réputation était en jeu, j'imagine.

Ils n'avaient pas à savoir qui elle était. Je n'y voyais aucune objection. Celui qui faisait office d'officier en charge de la défense nous accueillit d'un sourire. Il portait une armure noire, à l'aspect métallique mais légère et portait une épée à la ceinture. Couverte de pique, elle n'avait pas de fourreau. Avec sa queue de cheval haute de guerrier, il avait bonne allure. Probablement un jeune fils de noble et pas un anonyme comme tous les autres.


-Voyageurs... Jolie diversion tout à l'heure.

-Vos soldats se sont sentis pousser des ailes.

-J'ai vu, ça m'est égal. Les loups vous évitent comme la peste. Pourquoi ne pas être resté devant les portes du Manoir ? Vous avez aidé à mettre en fuite un bon nombre d'entre eux mais certains ont pu rentrer à cause de votre timidité.

-Ca nous regarde.

A quel point Raouk regarderait vers l'extérieur pour nous chercher ? Même si la probabilité était faible, nous n'avions pas envie de prendre le moindre risque. Est-ce qu'il était en train de mettre en pièce chaque créature qu'il trouvait dans le Royaume ? Bizarrement, j'en doutais. Il devait être furieux de ne pas nous trouver mais même pour quelqu'un de puissant, il était suicidaire de se promener dans le Manoir comme une furie. Attirer un peu trop l'attention du Comte ou de l'un de ses serviteurs signifiait la mort. Même s'ils ne défendaient pas le Manoir en personne, il restait bien quelques monstres tapis et prêt à tuer un importun trop téméraire... Le genre de créatures qui n'obéissaient qu'à elles et ne se réveillaient que pour tuer.

D'ailleurs, Lady Ruthven aurait pu éviter un assassin un peu trop bruyant. Je pense que Raouk se faisait aussi discret qu'une ombre. J'espérais avoir fait le bon choix. Mais bon, on m'avait demandé de protéger Lady Ruthven, pas tout le Royaume...

Comme je me persuadais de ça (mais un peu moins bien qu'en l'écrivant en ce moment), Ruby a décidé de changer de sujet.


-Dès qu'ils ne sont plus à portée de tir, retournez les embusquer dans le Manoir. Le dernier assaut risque d'être meurtrier.

-On ne peut pas protéger le Royaume efficacement de l'intérieur, à moins de se disperser. Il y a déjà des groupes de goules à différents endroits à proximité des entrées pour ceux qui tentent de s'aventurer à l'intérieur et nous avons fait évacuer l'aile Sud. Si ces loups tentent de se promener là où même nous autres sommes en danger, ma foi...

Du revers de la main, il balaya ses troupes, comme pour s'excuser. Comme je l'ai déjà dit, la plupart étaient ridicule. Mais je m’apercevais maintenant que certains étaient, dans une certaine mesure, terrifiants. Un grand chauve au teint de cendre, des personnages couverts de sang dont on ne distinguait que le blanc des yeux et la bouche ouverte sur une série de crocs... Un autre était assis là, en compagnie de ses « goules », des créatures issues de différents royaumes qu'ils avaient réduit à l'état de sous-vampire, de cadavre ambulant assoiffé de sang. Il sirotait joyeusement un sirop dont l'apparence du liquide noir et épais ne laissait que peu de doute sur sa composition.

Peut être s'étaient-ils également embusqués dans la forêt plus tôt. Ou alors ils n'avaient pas résisté à l'appel de la bataille et étaient sortis de leurs salles poussiéreuses pour semer le lot de destruction.


-Nous avons perdu une quinzaine des nôtres, pour un peu moins du double de loups tués environ. Selon les rapports, leur dernier assaut sera deux fois plus violent que les autres. Trois des nôtres sont revenus d'entre nos murs pour nous prêter main forte mais je doute qu'ils puissent faire une grande différence. Sans votre aide, nous risquons d'être décimés.

-Vous vous feriez tuer par ces... Bêtes ?

-Sans vouloir offenser personne, vous êtes de puissance égale. C'est déjà bien d'avoir tenu autant de temps.

-Le premier assaut n'a pas posé de réels problèmes, grâce à la particularité de notre forêt. Pour le second, vous avez aidé, à votre façon. Nos hommes croient que vous avez pactisé avec le loup que vous aviez amené ici et qu'ils vous laissent tranquille pour cette raison.

-C'est ridicule.

-Pour le troisième, nous allons tuer leurs chefs. Vous aurez le gros des troupes sur vous.

-On devrait pouvoir gérer ça. On va réutiliser l'avantage du terrain et arrêter de se battre sur tous les tableaux. Ceux qui viennent de l'intérieur disent que les dégâts sont minimes, dans le Royaume.

-Calvin et moi allons ratisser la zone entre les falaises et la forêt en tuant tous les loups que nous croiserons, jusqu'à ce que leurs chefs viennent nous chercher.

-Et s'ils ne viennent pas et se jettent sur nous ?

-Notre ami rat ici présent nous l'indiquera et nous viendrons vous aider. A ces mots, messire Dugouda s'ébroua.

-Plaît-il ? Je suis neutre madame !

-Mais tu vas devoir quitter l'épaule de ton chevalier servant si on se lance dans un tel combat, non ? Et si tu fais ça, il va falloir que tu me donnes une bonne raison pour que je te laisse en vie mon mignon...

Ruby sourit d'un air doux mais enjoué, absolument ravissant et en complet décalage avec ses propos. Cela lui donnait un air de folie déroutant. Cela aurait pu être terrifiant, ailleurs qu'ici. Dugouda s'empressa de prendre des notes mais ne répliqua rien à voix haute et intelligible.

-N'oublie pas d'écrire à quel point nous sommes de vilaines choses cruelles, petit vermisseau !

Elle salua de la main et s'écarta de la scène sur ces paroles en prenant soin de laisser voler sa cape assez longtemps pour dévoiler la courbe de ses fesses. Qu'elle bluffe ou qu'elle dise la vérité, elle avait raison. Le rat pourrait escalader certains arbres, si dangereux soient-ils, sans se blesser. Et un rapport en direct de la situation ne pourrait pas nous faire de mal si l'on voulait éviter le pire.
Je tournais la tête vers lui.


-Désolé, mais ton aide serait vraiment utile.

-Ah yes ! Sous la menace, je m'en souviendrai !

-A la base, tu étais censé mourir il y a une heure. Tu t'en sors bien tu sais ?

-Tcht ! Vous êtes des barbares !

Je me contentais de hausser les épaules devant cet euphémisme, désolé qu'il découvre la chose si tardivement. Nous étions pire que des barbares. Nous étions des monstres.
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MessageSujet: Re: Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono) Lun 21 Mai 2018 - 15:16

Cette histoire commence à traîner en longueur non ? Ca fait des heures que je la retranscris. J'aime bien prendre mon temps pour certains soirs. Ca me détends, j'espère que j'écris mieux qu'avant... Enfin où j'en étais déjà ?

Ah oui... Je rejoignais Ruby dans la forêt. Elle se dirigeait, comme elle l'avait indiqué, du côté des falaises. C'était dangereux en cas de débordement sans doute, mais à nous deux, notre puissance écrasait celle de leurs petits groupes s'ils en envoyaient sur les flancs. Alors pourquoi pas ? En réalité, on a pas vraiment eu besoin de se poser autant de questions stratégiques.

-Ca va aller ?

-Je ne regrette pas mon choix, si c'est ta question. Je peux survivre à tous ces petits chiens, ne t'inquiètes pas pour moi...

Je n'ai rien répliqué. J'étais sceptique, mais je suis mauvais pour parler. Je suis toujours à côté de la plaque, je le sais. Dans le meilleur des cas, les gens ont pitié de moi et trouvent ça vaguement mignon, dans le pire des cas je les énerve. Elle a quand même dû sentir que j'hésitais parce qu'elle a ajouté.

-Je ne suis pas une Voyageuse, ni une guerrière. Garde ça en tête.

Ses blessures mettaient des semaines à être soignées et elle n'avait pas l'habitude d'être blessée. Compris. Dans sa situation, qu'est-ce que j'aurais fait ? Si je m'étais trouvé dans ce type de conflit, dans le monde réel ? Difficile à imaginer... Mais ça ne devait pas être facile. Bref, je m'égare.

Une fois le lieu approprié pour se battre trouvé, Théodore grimpa dans un arbre comme convenu. Après avoir annoncé qu'il ne voyait rien et que c'était un arbre ridicule et extrêmement aiguisé, il a finalement laissé entendre qu'un peu de poussière s'était soulevé, dans la direction attendue. Leurs dernières troupes étaient en marche. D'après les hurlements que l'on entendait, les premières pluies de flèche avaient fusé.


-Restez ici. J'attire les chefs.

-Ce n'était pas exactement le plan !

-Il faut bien qu'ils sachent où on est non ?

-Alors je viens avec toi.

-Okay. Théodore, on te laisse apprécier le spectacle. On revient vite !

-Peuh !

Je n'avais pas pu m'empêcher de le taquiner. Il avait tout le loisir de s'enfuir, maintenant. J'espérais qu'il ne nous en voudrait pas trop quand même.

On a évolué à travers les pièges du terrain aussi vite que possible. Mon pouvoir me permettait désormais de décrocher les obstacles devant moi à l'aide de ma profanation, sans me blesser outre mesure. Pour le reste, les boucliers encaissaient le plus gros des coupures.

Il n'a pas fallu attendre longtemps avant de croiser l'un de leurs groupe. Le ciel s'était couvert et la lune ne brillait plus de son éclat caractéristique. Sous ce dôme orageux, point d'indice luminescent : nous n'y voyons guère mais nos adversaires furent à peu près aussi surpris que nous de tomber nez à nez les uns sur les autres. Ils étaient trois.

On en a tué deux en un instant. Ils se sont jetés sur nous et sont morts, juste, comme ça. Un simple réflexe, les projeter hors du sentier, et ils étaient morts... Quant à l'autre... Ruby elle a voulu faire souffrir le dernier avant de lui demander de hurler aussi fort que possible s'il voulait rester en vie. J'ai réussi à éviter la première partie et il a hurlé sans avoir besoin de se faire torturer. Il a obéi, mais il est mort quand même.

Évidemment, j'étais tétanisé. Je ne peux pas écrire que je supportait tout ça comme si c'était normal. C'était horrible, pour moi aussi. Même si Dreamland est virtuel, que je compare ça à une sorte de jeu vidéo très réaliste, ce qu'il s'y passe est... réel. J'étais complice des atrocités qu'elle commettait le plus naturellement du monde, puisqu'il s'agissait de sa nature. Est-ce qu'on peut reprocher à quelqu'un qui est né avec le besoin de tuer, de séduire et corrompre, d'être ce qu'il est ? Je suppose que normalement, j'aurais dit que oui. Le fait que je sois dans leur camp m'obligeait à me poser certaines questions. Selon les critères moraux du Royaume et dans un contexte de guerre, Ruby ne faisait rien de « mal ». Enfin. Peut être que si. Mais je n'arriverai pas à le lui faire comprendre.

Lady Ruthven a pris une pique de bonne taille et me l'a tendue.


-Jette ça dans leur direction. Aussi fort que possible.

En terminant sa phrase, elle avait arraché un bout de ma cape et l'avait noué à la lance. Comme ça, le message devrait passer.

Il est passé. Il n'a pas fallu que l'on attende longtemps, une fois de retour sous notre arbre, pour entendre une violente détonation déchirer l'air. Ruby s'est jeté sur ses pieds dague à la main, en un instant. Mais pas moi. Moi, je suis resté accroupi, la main posée sur mon ventre. Une violente douleur en irradiait et je sentais mon sang, poisseux, couler entre mes doigts.

Je me levais finalement, titubant sur une jambe en regardant autour de moi. Je commandais à ma cape de s'enrouler autour de ma taille et de recouvrir la blessure. J'étais probablement le plus désavantagé par cette obscurité que tous les autres prédateurs nocturnes qu'ils étaient. Fait chier.

En levant les yeux en direction du coup de feu, je trouvais là bas un jeune loup, occupé à recharger une sorte de vieux fusil, à la limite du mousquet, tout en me fixant droit dans les yeux. Il se tenait sans problèmes sur ses deux pattes et portait des vêtements de cuir que j'assimilais à ceux d'un  chasseur, type 17ème siècle.


-Ils n'ont pas l'air de vouloir discuter. Ca va être à toi de t'en occuper.

Elle enroula néanmoins sa cape sur ses épaules, dénudant son corps à nouveau. Comme si je m'attendais à ce qu'ils se laissent envoûter par elle, de toute façon... Evidemment que c'était à moi de me taper ces sacs à merde.

Le deuxième était encore invisible alors je me contentais d'avancer lentement. Je ne devais pas m'éloigner de Ruby, dans le cas où leur but était de nous séparer. D'un coup sec, j'ai fait claquer mon fouet derrière moi avant de le jeter en avant en direction du tireur. Normalement, le fouet était trop court pour pouvoir le toucher et il n'y prêta pas attention d'abord, se contentant de finir de recharger son arme.
Le truc, c'est que je l'ai gorgé de sang pendant qu'il se dirigeait vers lui. Il s'est rendu compte du truc au dernier moment et s'est jeté au sol pour éviter que je ne le tire vers moi en lui saisissant le cou.

C'est ce moment qu'à choisi son copain pour tomber « du ciel », hache en avant. Il avait fait un bond si spectaculaire que je n'avais pas vu d'où il venait. Sa hache s'est écrasée à côté de Ruby, qui avait vu venir le coup. Cependant, l'autre jouait encore de son arme et Lady Ruthven se trouvait dans l'obligation d'esquiver, se jetant en arrière pour ne pas manger des coups qu'elle n'aurait jamais pu parer avec sa dague.

Je ne sais pas si ça vaut la peine de le préciser, mais ces deux là étaient silencieux comme des murs de prison. Généralement, dans Dreamland, tout le monde se la pète un peu. Un méchant arrive, il se la raconte, je le défonce, ou vice versa. Là, rien. Ils n'ont pas desserré les lèvres pendant tout l'affrontement, ils ne se sont pas annoncés. Ils voulaient tuer et rien d'autre.


-Ruby, on change ! Va sur celui au fusil, je me charge de la hache !

Elle ne s'est pas fait prier. Glissant sous mon fouet que je lançait à l'assaut de la gorge de son bûcheron d'adversaire, elle sprinta droit sur le tireur, dague au clair. Il se trouverait désavantagé face à un adversaire au contact.

Mon ennemi jeta son arme droit sur moi et j'évitais la mort en envoyant la lame s'enfoncer dans mon bouclier. Je la voyais dépasser au travers. Ce type était plus fort que ses copains, mais ça ne serait pas suffisant.

Mon fouet claqua sans parvenir à le saisir, lui entaillant le cou. Le « Bucheron » sauta droit dans les airs. Il était désarmé et en l'air. C'était fini pour lui.

Soudain, le bras qui portait mon bouclier devint plus léger et au même moment, un cri se fit entendre du côté du « chasseur ». Je détournais les yeux un instant pour constater que Ruby luttait de toutes ses forces, les deux mains serrées autour du manche d'une imposante hache en bois. Ils étaient engagés dans une lutte qui ne tournait pas en sa faveur. Mais je n'ai pas eu le temps de voler à sa rescousse. Celui qui l'instant d'avant se trouvait démuni dans les airs pointait désormais le canon d'un fusil droit sur ma tête.

Instinctivement, je jetais mes deux boucliers profanés sur la trajectoire et roulais au sol. La détonation fit voler en éclat le premier bouclier, traversa le deuxième, mais la balle tomba plus loin, en tous cas, pas dans mon corps. Comme je lançais mon fouet pour l'attraper au vol, je me rendais compte en me redressant que la douleur dans mon ventre était beaucoup moins supportable que je ne l'espérais. Coupé en deux par la douleur, mon geste tomba à plat et le Bucheron armé du fusil sauta se mettre à couvert tandis qu'il rechargeait.


-CALVIN !

Ouais. Elle avait une hache sous la gorge.

L'une des lances profanée que je gardais pour les achever fusa comme une balle dans la direction du Chasseur tandis que je m'écroulais au sol. L'autre mettrait du temps à recharger, assez pour que mon cœur reparte au bon rythme. Un calcul efficace. Le Chasseur a dû se jeter en arrière pour éviter ma lance, bientôt puni par un coup de dague de Ruby à son encontre. Néanmoins, après une pirouette elle sauta en arrière, peu encline à poursuivre le combat contre une hache et se retrouva bientôt à côté de moi.

Le Bucheron que je surveillais du coin de l'oeil se retrouva à nouveau hache à la main. Prenant appui sur ma cuisse, je me redressai péniblement.


-Je peux éclater celui qui tient la hache sans problème, si celui qui a le fusil est occupé.

-Celui que j'attaque aura toujours la hache sur lui !

-Je sais...

C'est le genre de problème qu'on croit toujours facile à résoudre quand on a pas une balle dans le ventre et une jeune noble à demi nue à protéger. Dans cette situation, mes pauvres neurones se connectaient à une vitesse dramatiquement lente.

-On prend le même, passe devant moi !

Je montrais celui qui portait des vêtements de chasseur et pour l'heure, son fusil. Ruby comprit l'idée et passa devant moi à toute vitesse en hurlant, un cri strident et terrifiant de banshee. Ils pouvaient changer les armes de main, mais pas se téléporter eux. Et si on attaquait le même, on éliminait forcément une menace d'un coup sûr.

Au moment où le loup que l'on chargeait levait son fusil pour tirer, nous étions encore à trois mètres de lui. Il ne m'avait pas vu contrôler mentalement mon fouet, qui s'enroula autour du canon de son arme et la braqua vers le sol au moment où il allait tirer.


-Je repasse devant !

Ruby a tout de suite compris ce que je voulais faire et m'a laissé passer. Inutile de sauter, impossible de jeter mes pieds dans la tronche de ce gars vu l'état de mon ventre. Mon meilleur uppercut suffirait. Comme j'étais plus fort qu'elle, il était normal que je frappe. Et s'il passait en mode « hache », ça ne suffirait pas à me faire reculer. Il l'a pris en pleine poire et a légèrement décollé du sol. J'avais l'impression de lui avoir mis le coup le plus puissant de ma vie, un coup de poing qui avait éclaté comme la foudre.

Ruby s'écrasa contre mon dos et je réalisais que mon adversaire tenait désormais sa hache.

Tout a été très vite dans ma tête, pour une fois. Ils avaient échangé leurs armes au moment où je frappais. Le bucheron avait fait feu dans le dos de Ruby. Est-ce qu'elle était morte ? Non ! Son bras agrippait mon épaule, cherchant une prise pour rester debout ! Putain les connards !

J'ai agi brutalement, fou de rage. J'attrapais celui que que je venais de cogner par le bras et me retournait pour le jeter vers l'autre de toutes mes forces. Il est parti s'écraser plus loin dans la direction du bucheron. J'ai senti ma cape autour de mon ventre se gorger de sang sous l'effort demandé. La douleur, heureusement, tarda à se faire ressentir.  


-Ruby, tu es touchée ? Est-ce que ça va ?

-Oui. Non.

Souffla-t-elle en deux saccades. Elle se tenait toujours debout. Je ne pouvais pas voir son dos, m'étant replacé devant elle et n'avait aucune idée sur son état actuel. J'ai fait face à mes deux adversaire et ai hurlé de toutes mes forces, à plein poumons. Le genre de cri qu'on entend dans les mangas, ce genre de truc qui montre aux autres connards qu'on en a encore sous le coude et qu'on a la ferme intention de les buter.

J'avais à peine fermé mon poing que deux lances profanées filaient sur eux. Je n'ai même pas utilisé la pulsation. Je maniais les lances couvertes de sang par la pensée et les jetait contre eux, de toutes mes forces, encore et encore. La hache en coupa une en deux. Je me retrouvais avec trois morceaux de bois tranchants à manier et hurlait de plus belle.

Les deux loups avaient du répondant, je dois l'admettre. Mais physiquement, je les dominais. Ils ont compris ça et se sont séparés à l'opposé l'un de l'autre. Peut être qu'ils avaient compris que je ne maniais bien le sang que si je pouvais le voir. Tant pis pour eux. Je concentrais tous mes efforts sur celui qui portait le fusil, la seule de leurs deux armes à nous avoir infligé une blessure. Avec trois lances jaillissant sur lui sans relâche, il ne trouvait pas l'occasion de recharger son arme. Mais en échangeant régulièrement avec l'autre, ils réglèrent le problème en un instant.

Je changeais de cible, alternant mon harcèlement. De temps en temps, la hache fusait vers moi, sifflait, m'obligeait à esquiver ou parer l'attaque. Bientôt, mes lances devinrent du petit bois, impossible à manipuler. Au moment d'encaisser une autre balle, j'envoyais ma cape voler dans la direction du tireur dans un réflexe panique. La balle vint se loger dans ma cuisse et je poussais un nouveau hurlement, de douleur.

Je voyais bien leur petit truc. L'un des deux allait me sauter dessus d'un côté pendant que l'autre prendrait mon dos pour cible. Mon fouet dans une main, les profanations de l'autre côté, je tenais bon, harcelant suffisamment l'un et l'autre pour ne leur laisser aucun répits, criant toujours à plein poumons et ponctuant la plupart de mes coups d'un juron ou d'une insulte. Leur petit tour était insupportable. Je les voulais tous les deux, en face de moi, je voulais les éclater à main nue, à la régulière, l'un après l'autre et leur montrer que même tout seul, même blessé, je les prenais quand je voulais.
La douleur me rendait fou de rage.

Le fusil était à nouveau rechargé. Ils étaient de part et d'autre de moi. Leur prochaine attaque serait sans doute l'une des dernières que je pourrais encaisser.

Alors que le Bucheron et sa hache se jetait sur moi à droite, je me tournais dans sa direction pour contrer son attaque. Me déplacer rapidement devenait délicat. Mon fouet fit son office et je l'enroulais autour du torse du Bucheron avant de le tirer à moi violemment. Impossible qu'il s'attende à ça. Ils ne s'y attendaient jamais. Dans un dernier bond, je me jetais en avant pour laisser son arme siffler dans mon dos, percutant sa cage thoracique d'un coup d'épaule bien senti.

Puis, la détonation dans mon dos. Ca y est. Je ne sens pas la douleur parce que mon corps ne peut plus sentir de douleur, je me suis dit. Elle a dû toucher ma colonne vertébrale ou un truc comme ça. Ou alors, je suis en train de mourir.

Le Bucheron tomba lourdement devant moi, sans se relever et j'ai compris que le Chasseur avait raté son coup de la meilleure manière possible. Je me suis tourné aussi vite que possible.

Derrière la fumée du mousquet, Ruby me regardait en souriant. A ses pieds, le Chasseur reposait, une dague plantée dans sa gorge entre-ouverte.
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MessageSujet: Re: Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono) Aujourd'hui à 2:31

J'avais trop mal pour laisser ma joie exploser violemment, mais le cœur y était. J'ai eu une sorte de rire nerveux, je crois. Ça avait peut être l'air malsain de loin...

Quoiqu'il en soit, On s'est un peu jeté dans les bras de l'autre en se félicitant mutuellement. Ces types avaient vraiment une technique redoutable ensemble... En y regardant de plus près, je remarquais qu'ils avaient l'air de beaucoup se ressembler. Mais bon, je ne suis pas sûr de pouvoir faire la différence entre deux loups alors c'était peut être mon imagination sur le moment. L'idée de tuer deux frères jumeaux a quelque chose d'un peu glauque...

Après s'être écroulés l'un sur l'autre en guise de fête, couverts de sang, comme deux animaux sauvages heureux d'avoir trouvé des carcasses sur lesquelles festoyer, on a soufflé. On se tenait dans les bras l'un de l'autre, à même le sol, partageant le sang de nos blessures et de nos victimes. Je sentais presque toute sa nudité contre moi et il y avait quelque chose de bestial et d'excitant dans cette situation, j'écris ça sans être super fier de moi... Au milieu d'une autre crise de ricanements nerveux, dans les bras l'un de l'autre, le vacarme des combats m'a rappelé à l'ordre. J'essayais de me relever et Ruby m'a laissé faire en souriant d'un air étrange.

En l'aidant à se relever également, je remarquais que la blessure dans son dos était sérieuse et lui tirait affreusement les traits. Déchirer sa cape et en faire un bandage ne semblait pas vraiment pouvoir arranger les choses mais ajoutait un air encore plus sauvage à son allure.
Maintenant, son corps me semblait presque maigre et translucide, bleu, plus pâle encore qu'auparavant. Elle avait dû puiser dans ses dernières forces pour se glisser derrière le Chasseur pendant notre combat et lui trancher discrètement la gorge. Maintenant, j'avais de la peine de lui demander de se relever et repartir devant les portes du Royaume.

Mon état n'était pas vraiment meilleur. Rester là à me rouler en boule avec elle, à attendre la fin des hostilités sonnait comme une idée séduisante. L'idée qui lui sauverait la vie. Quoique. Connaissant ce genre de créatures, sa guérison pouvait passer par une bonne morsure dans ma nuque. Elle aimait tuer ses amants...

Mais contrairement à elle, demain, je serai remis. Ca donnait à mes blessures un tout autre aspect, à mes yeux. D'une blessure mortelle, elles devenaient... Comme quand on a des maux de tête très violents dans le monde réel, ou la gueule de bois. Un truc qu'on aime pas, qu'on veut ne plus jamais avoir, mais qui ne font pas craindre la mort. Elle, c'était un miracle qu'elle ait survécu.

Lentement, on a repris la route du Manoir, en longeant les bords de la falaise. Ruby tenait l'arme avec laquelle elle m'avait sauvé la vie. Je m'étais emparé de celle de mon adversaire. Butin temporaire, mais qui avait son efficacité.


-C'était un beau combat. Même si vous aviez l'avantage et avez failli perdre...

-Tu n'es pas parti finalement ?

-Je suis là pour décrire le conflit et son issue. Mais je vais rester ici, merci.

Je soulevais le bras tout en avançant, souhaitant bon vent au petit journaliste dans son arbre. Je dois préciser ici que même si j'étais en piteux état, on ne peut pas comparer ça à se prendre une balle dans le ventre et la jambe, dans le monde réel. J'étais plus solide que ça dans le monde des rêves, capable d'ébrécher de la pierre à main nue : mes muscles avaient un autre genre de solidité. Donc oui, j'avais très mal, mais faut remettre ça dans son contexte. Je me rends compte que je l'avais peut être pas fait avant.

Bon, que dire sur notre arrivée spectaculaire ? Depuis les flancs, Ruby a tiré sur un loup qui s'en prenait aux dernières défenses des chevaliers. Toutes les bêtes ont regardé dans sa direction, pleines d'espoir. Elles attendaient leurs chefs. Elles contemplaient leurs ennemis. J'ai envoyé de toutes mes forces la hache de leur autre chef dans le tas qu'ils formaient.


-VOUS AVEZ PERDU !

Je gueulais à leurs survivants. Le coup fatal pour leur moral. Il y a eu un moment de flottement, puis un hurlement long et triste.
Ceux qui n'avaient pas encore de butin sont repartis dans la forêt, vers le Cimetière. Ils étaient en très large surnombre, mais il faut croire que ma présence et celle de Ruby changeait la donne, dans leur tête. Je ne peux pas dire qu'ils se sont enfuis. Ils auraient pu terminer ce qu'ils étaient en train d'accomplir. Je crois qu'ils étaient repus de sang eux aussi, qu'ils constataient que leurs assauts ne les pousseraient pas plus loin. Et puis...

Le sol était recouvert de leurs cadavres. Leur dernier assaut avait été une véritable boucherie. On pouvait deviner quelques scènes macabres en promenant son regard. Dont une qui me revient particulièrement : la créature à l'aspect dément et aux longues dents trônait, morte, au milieu d'une dizaine de loups. Tous criblés de dizaines de flèches, comme si le premier avait refusé de mourir et avait servi d'appât pendant que les autres vampires tiraient dans le tas. La créature avait l'air d'avoir succombé à ses blessures en hurlant de rire.
D'autres fourrures ensanglantées pendaient des fortifications des chevaliers. Ils avaient réussi à se couvrir mutuellement, gardant l'ennemi entre leurs deux groupes pendant qu'ils envoyaient pleuvoir la mort.

Les portes étaient ouvertes. Ils avaient laissé passer une partie de l'ennemi dans les premières salles vides en espérant que le bêtes du Manoir se chargent de les repousser d'elles même. Ainsi, ils avaient pu s'en prendre seulement aux plus téméraires d'entre eux, qui se trouvaient « bloqués » par les alliés en train de forcer les portes.

Pourtant, difficile de dire que la victoire était totale...

Quand le dernier loup fut parti, les chevaliers vampires se regroupèrent finalement. Ils n'étaient plus que quatre, dont deux blessés graves. Parmi eux se trouvaient encore leur chef, livide.


-Voyageurs... J'imagine que je suis censé vous remercier d'avoir mis en fuite leurs dernières forces.

-Félicitation pour avoir tenu le coup. C'est une victoire bien méritée, à 1 contre 5.


-Vous n'oubliez personne ?


Le grognement -plus qu'une voix, c'était un grognement, narquois, sombre. Raouk. Il s'en était sorti. Il n'avait pas fui le Manoir et avait survécu, presque toute la nuit, entre ses murs. Impensable. Totalement impensable. On ne survivait pas aussi longtemps dans le Manoir sans être l'invité du Comte.

Pire : il était dans un état absolument impeccable. S'il s'était battu, il n'avait pas subi le moindre dégât.  On a vite compris pourquoi quand Ruby a braqué le fusil sur lui et tiré sans hésitation. Il a esquivé la balle.

Quand je décrivais l'écart physique entre ce monde et le nôtre...

Il était encore à l'entrée, à environ trente mètres de nous mais on l'a vu sourire de plus belle.



-Vous avez eu les frères Chap' hein ? Des bons petits. M'ont jamais touché en combat, mais j'aimais bien le fait qu'ils l'ouvraient pas pour rien.
Il a humé l'air profondément avant de lâcher un objet au sol. Une robe noire.

-Ca sent la poudre et ça sent... la pute. Enfin, te voilà... Mignon petit déguisement, Lady Ruthven. Une bonne idée ça, se planquer sur un champ de bataille. Je pensais pas que t'aurais le cran.


En entendant ce nom -et aussi sans doute parce que c'était pas le genre à laisser parler un grand méchant quand il annonce qu'il vient vous tuer- le capitaine de la garde s'est jeté sur l'assassin. Sa tête a sauté comme un bouchon de champagne.


-Non non non. Vous comprenez pas. Je suis venu la tuer, elle. Je la tue et je m'en vais. Vous m'intéressez pas.


C'était hors de question pour moi aussi. Je me suis interposé. J'ai profité du sang qui imbibait le champ de bataille pour solidifier un lien de sang à ses pieds. Puis un autre. Et encore un. Chaque fois qu'ils cassaient, j'en rajoutait d'autres. J'avais compris qu'envoyer une lance sur lui ne servirait à rien s'il pouvait éviter une balle. Pourtant, j'envoyais mon fouet voler vers lui et Lady Ruthven eut le temps de tirer une deuxième fois. Rien de spectaculaire à décrire. On reculait face à lui, on essayait ce qu'il y avait en notre pouvoir, sans succès. Les autres chevaliers sont morts aussi, fauchés comme du bétail.

Raouk avançait lentement, à peine ralenti par nos efforts. Finalement, il a utilisé l'épée barbelée du capitaine qu'il avait ramassé plus tôt et l'a jetée sur Ruby en deux gestes ultra rapides. J'ai à peine eu le réflexe de mettre mon bras pour s'interposer. La lame s'est enfoncée à mi chemin dans les chairs avant de se bloquer. Inutile de préciser que ça faisait un mal de chien.

Voilà, maintenant, j'étais foutu. Me restait plus qu'à lui foncer dessus, ou tourner les talons et tenter ma chance ailleurs, loin de tout ça. Il voulait seulement la Lady, j'ai pensé. Mais bon. Je suis un héros, non ? Mieux vaut mourir si on ne peut même pas être un héros dans ses rêves. Je me suis quand même interposé. Allons y pour le corps à corps, j'ai pensé en levant mon bras valide dans une garde de boxe improvisée.

C'était le moment parfait pour qu'une ombre fonde sur Ruby.

On l'avait oublié hein ? Enfin peut être pas. Moi, je l'avais oublié. Sans un bruit, Cyrius avait fondu sur Lady Ruthven. Il l'a attrapée et s'est redressé comme un éclair. Raouk a bondit en rugissant mais je m'interposais et lui rentrait dedans de plein fouet. J'étais allongé au sol et acceptait l'idée que j'allais mourir comme ça en voyant Lady Ruthven s'envoler, hors de portée.
Finalement, Batman devait vraiment avoir besoin de l'argent de ces nobles...

Quand la mort est arrivée, elle a pris une apparence que je n'attendais pas. J'ai entendu un bruit lourd. Quelqu'un était tombé. Raouk ?

Puis un visage est apparu dans mon champ de vision. Un type qui n'avait l'air de rien. Sauf qu'il avait des oreilles pointues. Il avait l'air profondément ennuyé


-Encore en vie Calvin ? Le Seigneur aimerait te voir.

C'était la voix dans ma tête. Enfin, le mec qui m'avait parlé dans ma tête. L'intendant du Comte. Il m'a aidé à me relever et je constatais que Raouk avait été coupé en deux dans le sens de la hauteur. Juste comme ça. Sans un bruit.

-Laisser cette bête rôder dans nos couloirs, brr... Quelle horreur. On avait pour ordre de le laisser en vie mais puisque je viens de recevoir l'instruction de t'amener voir le Comte... J'ai estimé qu'il préférerait te voir en vie.


En fin de compte... Qu'est-ce que j'avais accompli ? Lady Ruthven, sauvée par les chauves souris. Le Manoir, envahi. Ses défenseurs, tués. Et Raouk, tué par un autre. Sérieusement ? J'avais fait tout ça pour ça ? J'avais... Rien accompli ?
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MessageSujet: Re: Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono) Aujourd'hui à 13:35


Nous avons marché un moment à travers le dédale du Manoir. Des créatures en émergeaient, sans oser parler sur notre passage. Plus par respect pour l'Intendant (allez, je met une majuscule) que pour moi.

En boitant comme un moins que rien, je tenais mon bras traversé d'une épée en écharpe, tenant l'épée de ma main valide pour éviter qu'elle ne pèse dessus. Évidemment, personne n'a proposé de me soigner. Retirer la lame risquait de me faire partir la moitié du bras avec. J'en avais ni la force ni le courage. Comme s'il lisait dans mes pensées, l'Intendant a fait :


-On retirera ça une fois arrivé.

-Est-ce que le Comte veut me tuer ? Il a émis une sorte de petit rire à cette question.

-J'en doute.

J'avais déjà entendu plus rassurant.

- Je ne sais pas ce que le Seigneur compte te dire, mais je me permet de t'informer de cela : les créatures du Manoir ne te soutiennent pas. A leurs yeux, tu n'as rien défendu. Puisque tu as caché Lady Ruthven, la plupart pensent que tu t'es caché pendant le combat. Tu n'as été vu en première ligne que le temps d'un assaut et tu n'as pas brillé par le nombre de tes victimes. Ils te font porter la responsabilité de leurs morts et pensent que tu es un lâche.

-Vous m'aviez demandé de protéger Lady Ruthven. Je l'ai protégée non ? Raouk nous aurait tué l'un et l'autre.

-Peut être... Je ne fais que t'exposer la conséquence de tes actes. Ton héroïsme est un caprice égoïste.

Quoi ? Sa phrase sonnait, aussi tranchante que le bruit de ses talons sur le sol de pierre. C'était n'importe quoi. L'héroïsme, c'est l'inverse de l'égoïsme. Je me suis sacrifié pour Lady Ruthven ! La moindre des choses serait de me dire merci.

Je regardais l'épée qui me traversait le bras pour y passer mes nerfs mentalement. J'avais trop mal pour me mettre en colère, mais aussi trop mal pour que les conséquences d'un manque de respect m'effraient.


-Je vous emmerde.

- En effet.

Quel connard ! J'ajoutais rien et continuais de le suivre passivement tandis qu'il décrochait une torche d'un mur et continuais de nous guider à travers le Manoir. La présence meurtrière du Comte était omniprésente maintenant. Il se plaisait à la laisser couler le long des murs, même au plus bas de sa dépression. Rappeler à tous qu'il était le seigneur des massacres.

J'ai plus envie de décrire l'avancée dans les couloirs. Suffit de comprendre que je boitais, que je me vidais de mon sang, que j'avais l'impression d'avoir des hallucinations sur la fin et que c'était pas le genre licornes et papillons multicolores. J'avais l'impression que sans l'Intendant à mes côtés, je serai peut être mort depuis un moment. Normalement, les créatures locales ne touchaient pas les Voyageur du Comte sous peine de représailles au centuple. Mais est-ce que j'étais encore dans ses grâces ?

Finalement, on a ouvert une toute petite porte, ridicule. Son apparence était effrayante avec ses motifs en fer forgé noir, mais c'était une porte simple, pour une personne, en forme d'ogive.


-Ah... Calvin.

La surprise m'a tétanisé. Le Comte était là. C'était la première fois que je le voyais debout. Sa silhouette imposant, grande, puissante, sa tenue de noble noire et brune se détachait dans le contrejour d'une sorte de véranda. Il avait les mains croisées dans son dos et regardait le paysage à travers une large fenêtre en me tournant le dos. Apparemment, il pleuvait désormais. Ses cheveux cascadaient sur ses épaules et dessus jouaient les reflets sanglants des torches et des bougies.

Et plus important. Je n'avais plus mal. Plus du tout. Toute source de douleur avait disparu, totalement. J'ai pu regarder la pièce dans laquelle je me trouvais. Une salle à manger. Sans prétention dans sa taille, elle était bien meublée, agréable au regard. Un feu crépitait au fond de la pièce et sur la table étaient posés des aliments à l'aspect aussi douteux que dans les vieux tableaux, comme une nature morte.

Une femme était assise là. Rousse, ses longues oreilles partaient bien au delà de son visage qui portait des tatouages noirs au niveau des yeux. Sur sa peau de lait, ses délicates lèvres d'un rouge vif étaient comme posées sur un tableau. Sa robe était une loque et en guise de bijoux, elle portait menottes et chaînes.


-Je te présente Miséricorde. C'est notre invitée.

-Madame. Je m'inclinais poliment.

Miséricorde me sourit d'un air doux et s'approcha. Elle saisit l'épée dans mon bras et l'arracha délicatement de mes chairs. Pendant qu'elle agissait, son propre bras s'est couvert d'une plaie similaire, qui a rapidement disparu.

Elle aspirait ma douleur. Pas mes blessures, puisque le sang s'écoulait de la plaie, à gros bouillons. L'Intendant a enroulé un bandage autour et m'a présenté une chaise sur laquelle je m'écroulais. Soit ça, soit je tombais au sol dans les vapes.

Finalement, le Comte se tourna vers moi. Ses yeux brillaient d'un éclat de folie meurtrière, contenue par une autre folie : le jeu de se retenir. Mais son sourire était chaleureux. J'étais hypnotisé. J'avais envie qu'il m'apprécie, qu'il me laisse vivre. Lui faire plaisir. Et je veux dire, c'était pas de l'hypnose, c'était comme... Être en présence d'un dragon et vouloir ne pas le décevoir.


-Alors cette petite bataille ? Ca t'a fait du bien ?

-J'ai... Beaucoup de gens sont morts à cause de moi. Je ne sais pas si j'ai été digne de vos Voyageur monsieur.

-Messire. Le Comte leva le bras, l'air de dire « laisse » à son Intendant.

-Tu es là, non ? Je voulais me débarrasser des moins dignes de mon Royaume. Je suis sûr qu'il en reste, mais dans l'ensemble... J'ai cru comprendre que ça c'était bien passé.

J'ai mis du temps à comprendre. Le Comte avait fait avec ses chevaliers ce que le Seigneur des loups avait fait ses omégas. Pourtant, les chevaliers s'était bien défendus... Ils valaient mieux que ça, après une telle bataille !

Il les avait envoyer à la mort pour purger les faibles.


-Malheureusement, je n'avais pas grand chose de plus ridicule à leur opposer... A l'époque, je les aurait tous fait empaler devant nos portes ! Si ton ennemi voit que tu traites tes plus faibles soldats comme des animaux, et que les plus faibles de tes soldats en valent quatre des siens. Est-ce que tu crois qu'il viendra se mesurer à moi ?

Il sourit d'un air heureux en levant les yeux, rêveurs.

-Après cette attaque, d'autres royaumes vont venir tenter leur chance. Et le sang coulera à flot, jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que je ne suis pas mort. Miséricorde, j'espère que mes propos ne vous dérangent pas.

Il s'était approché d'elle et lui avait pris la main d'un air galant. Mais pas comme un petit danseur qui compte fleurette. Comme un conquérant. Elle hocha la tête en fermant les yeux, un fin sourire aux lèvres. Elle était peut être muette. Probablement.

Il se tenait affreusement prêt de moi. Le Comte n'avait pas la réputation de parler autant, ni d'être aussi enjoué. Lui debout, moi assis, j'avais l'impression que nos positions habituelle étaient inversées et je m'en sentais plus mal à l'aise et ridicule encore. J'étais là, avec son invitée et son intendant, comme un égal. Il me parlait doucement, comme un père félicite son enfant.


-Je n'entendais plus parler de toi. Je me suis dit que c'était la bonne occasion pour voir si tu étais encore digne de nous.. Mais tu es là ! Félicitations. Si tu crois avoir échoué, détrompe toi. Je suis fier de toi.

Je posais les yeux sur l'Intendant et n'ajoutait rien. C'est lui qui m'avait sauvé la vie. Mon seigneur m'avait simplement mis à l'épreuve. Si j'avais dû mourir... Il n'aurait rien fait pour l'empêcher. C'était la seule raison de ma venue ici.

-Messire, c'est votre intendant qui...

- Je lui ai demandé de protéger Lady Ruthven. Elle a survécu grâce à lui. Il lui doit ses blessures.

Il m'avait coupé la parole. C'est pas ça que je voulais dire. Je voulais lui avouer ma médiocrité, tant qu'à faire. Être fixé. Je regardais l'Intendant, qui plaquait ses yeux sur moi. Il avait volontairement détourné la conversation pour me protéger. Je ne savais pas pourquoi, mais j'acceptais ce coup du sort sans me plaindre.

Le Comte nous regarda l'un et l'autre et secoua la main.


-Ca m'est égal. Une partie de la noblesse du Royaume s'éparpille. Ils vont dépérir et mourir, loin de moi, mais ils s'en rendront compte trop tard. Cela m'est égal. C'est moi qui choisit qui fait parti de ma cour ou pas. D'ailleurs...

Il a pris un couteau sur la table et s'est entaillé la main, profondément. Puis, il a attrapé mon bras blessé et a fourré sa main dedans, sous les bandages, en souriant.

-Je pense que sans notre invitée, tu serais mort de douleur en ce moment. Voilà un peu de mon pouvoir.

Il a retiré sa main. Je ne sentais rien de spécial. Je levais les bras pour essayer de voir une modification, mais rien...
Effectivement, toute source de douleur avait disparu. Mais Miséricorde, elle... Son sourire s'était transformé en rictus douloureux. Elle garda la yeux fermé avant de reprendre son souffle et détendre les traits de son visage. Pendant ce temps, le Comte essuyait le sang sur sa main avec une serviette et la reposait, pliée en deux, sur la table. Après ça, il est retourné regarder la pluie tomber, se désintéressant de moi ou son invitée.


-Je pense que nous en avons fini ici. Je te laisse te reposer auprès du feu, si tu le souhaites. Je crains qu'en dehors de cette pièce, ta vie s'éteigne prématurément.

-Merci messire.

Je me levais et allait m'asseoir sur l'un des fauteuils au bout de la salle à manger, faisant face à la cheminée. J'y suis resté assez longtemps pour m'endormir. Encore que, peut être que je me suis endormi vite... J'étais épuisé.
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Le Manoir tr3mble : Les Loups passent à l'attaque (chrono)

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