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[Quête solo] Requiem for travelers

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Tommy Fawl
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MessageSujet: [Quête solo] Requiem for travelers Ven 12 Jan 2018 - 2:05
Spoiler:
 

Premier jour

Ce soir je suis un peu morose. Coincé entre l'idée que les choses ne pourraient pas être pire et l'idée que je suis vraiment pathétique d'être aussi égocentrique. Seulement, ça fait du bien parfois de tourner en rond, de retourner ses idées dans sa tête et de finir par oublier la source de nos ennuis à force de trop y penser. Me balader dans la capitale dans ce genre de situation a le don de me faire du bien.

19h, en février il fait déjà nuit. Les lumières s'allument, les bars se remplissent, la rue s'anime après l'accalmie de la fin d'après midi. Les bords de Seine sont animés, même à cette époque de l'année où les températures sont tombées. Admirer les lumières de la ville qui se reflètent sur l'eau est apaisant. Cela fait maintenant plus de deux ans que le bac est dans la poche, l'école de com m'a ouvert ses portes et ses nuits blanches. J'ai pu faire des stages dans deux sociétés et voir à quel point le monde de la pub ou de la com est peuplé de charognards. Les cours me sortent par les yeux et l'envie de m'intégrer parmi mes camarades ou collègues disparaît peu à peu.

Saint-Michel, sa fontaine et ses librairies m'éloignent de chez moi alors que notre dame me fait face. En prenant les escaliers je me rapproche de la surface de l'eau en arrivant sur les quais. Des groupes sont déjà formés, des bouteilles déjà ouvertes et des couples déjà soudés. J'accélère le pas inconsciemment et remonte d'autres escaliers après avoir laissé mon regard se perdre au milieu des courants de la Seine.

Arrivé sur le trottoir je ne sais plus si je prends le chemin du retour en allant à droite ou bien si je déambule encore en remontant le courant. Au final je ne choisis pas et traverse la route pour arriver entre de vieux immeubles qui encadrent de petites ruelles avec peu de circulation. Deux groupes de jeunes dans mes âges se dirigent vers le centre de la ruelle et entrent dans une porte surveillée par un de ces habituels gros bras. Un style affirmé pour les garçons autant que pour les filles. Des airs gothiques ou métal dans leurs tenues, leurs coiffures ou leurs piercings. Cela retient mon attention surtout par le fait qu'il n'y a pas d'enseigne au-dessus de la porte ni aucune indication. Je m'approche de la porte en saluant le videur qui m'ouvre la porte sur un escalier en pierre. Au bout de celui-ci une cave aux voûtes tapissés d'affiches de concerts et de festivals en tout genres.

La musique est entraînante et très rock, le vestiaire face à l'entrée coûte 1€. J'y laisse ma veste, me laissant profiter en t-shirt de la chaleur de l'endroit. Tous les espaces semblent réduits alors que je me dirige vers le bar en traversant la première pièce avec ses deux banquettes et quelques tables basses déjà envahie de fêtards et de verres. Je commande un premier verre, qui descend cul sec et me redonne le sourire. Je prends une pinte et part en exploration de l'endroit. La seconde pièce, accessible depuis la première, est apparemment ce qui sert de piste de danse avec ses 15m², un autre accès au bar à une extrémité, une table avec banquette et barre de pôle dance de l'autre, peu de lumières et des baffles à fond.

Je profite de la musique quelques instants en savourant ma bière qui s'évapore petit à petit. Une fois terminée je la repose au bar et fait demi tour pour tomber sur une nouvelle pièce cette fois-ci avec des canapés et une porte vitrée qui donne sur le fumoir, endroit le plus peuplé du bar. J'y entre et me pose dix secondes en regardant les gens discuter jusqu'à ce qu'un mec assie à côté de moi me tende une clope et entame la conversation. Il se présente comme étant Kaled. Je ne dis pas non, bien au contraire et échange avec lui en savourant ma dose de nicotine. Les sujets sont variés, on parle de nos études, du lieu bien sympathique qui nous abrite et du fait que je sois seul ici. Ce dernier détail est rapidement évincé lorsque je lui annonce que l'on m'a donné rendez-vous. Clopes terminées je me lève en annonçant que je vais me chercher un verre et lui demande s'il est intéressé. Il accepte volontier et quitte la banquette pour passer la porte que je tenais ouverte.

Nous traversons le couloir qui nous sépare du bar alors qu'il discute avec des connaissances à lui et fini par en embarquer deux avec nous vers le comptoir. Le trajet devient un parcours du combattant avec le nombre de personnes qui sont maintenant présentent. On discute, on se présente sommairement et on trinque avant de méchamment entamer nos boissons. La piste de danse est bondée, la température ambiante  a fait un bond et nous nous joignons à la fête. Nous sautons et tournons en chantant bien plus que nous ne dansons, mais l'amusement est au rendez-vous. Du reggae rock, à la pop, en passant par les chansons à boire, tout y passe. La bande retourne au fumoir et je les suis jusqu'à l'entrée avant de me laisser tomber sur la banquette qui se trouve à côté de la porte pour souffler deux secondes. Puis d'un seul coup, une envie de boire me revient, je vais pour me lever quand une voix m'adresse la parole avant de s'asseoir à côté de moi.

- Il fait chaud hein ?


- Pire que ça.

C'est tout ce que j'articule en tournant la tête pour tomber dénue face à un jeune demoiselle aux cheveux mis-longs qui me regarde en souriant. Elle continue la conversation, me demandant si je viens souvent, si je suis tout seul et pendant que je lui réponds je ne peux m'empêcher de la détailler du regard. De façon assez peu discrète, même si je tente de ne pas le montrer. Un t-shirt à la ceinture, un slim qui met ses jambes fines en valeur et un soutien-gorge noir. Elle accroche mon regard dès qu'elle le peut et ne le lâche que quand je dévie le mien. Au fil de la discussion j'apprends qu'elle ne vient que depuis peu avec des amies, qu'elle s'appelle Chloé, qu'elle ne fume pas et est comme moi à attendre que les cancers soient entretenus. La musique change et me voilà debout à lui proposer de venir sur la piste au lieu d'attendre les fumeurs.

Une musique bien jetée, bien barrée avec des paroles qui font gueuler quasiment tout le bar et qui créent l'engouement général. De quoi refaire monter la température d'un cran et me faire, comme beaucoup d'autres ici, me séparer de mon t-shirt que je glisse dans ma poche arrière. Sans nous lâcher nous nous sommes engouffrés dans la foule et bougeons en rythme avec la musique. Les mouvements de population et les déplacements nous rapprochent de la barre de strip-tease centrale. Elle l'attrape d'une main et se retourner vers moi alors que je pose ma main juste au-dessus de la sienne. Nous sommes donc très proches lorsqu'elle se met à onduler entre la barre métallique et moi. Je suis ses mouvements et me cale sur eux. Nos regards ne se quittent plus jusqu'à la fin de la musique et que nous lâchons la barre pour nous éloigner du centre de la piste pour continuer à danser un peu. Trois titres plus tard nous nous dirigeons vers le bar et je nous offre un verre qui se boit d'une traite avant qu'elle me propose de sortir.

Chloé prend la direction des escaliers et s'arrête devant le comptoir du vestiaire pour récupérer ses affaires. Je lui glisse à l'oreille pour me faire entendre par-dessus la musique que j'arrive et vais juste dire au-revoir. C'est tout enjoué que j'entre dans le fumoir pour retrouver la bande que j'ai rencontrée tout à l'heure. Je jette un oeil et ne les vois nulle part. Un bras m'attrape soudain par derrière en m'enserrant le cou tandis qu'une main me frotte vigoureusement les cheveux. C'est Kaled qui entre dans le fumoir.

- Sacré nouveau ! Belle prise pour une première soirée. Vous avez fait le show sur la piste, c'était beau à voir.

Je suis gêné sur le coup alors qu'il finit par rire en me relâchant le cou et puis je reprend ma contenance en faisant de même.

- Ouai, merci, c'est toi qui m'a mis dans l'ambiance. Je venais vous dire au revoir à toi et aux autres. Je me dépêche on m'attend.

Je lui tape dans la main avec un regard complice et je sors vers le vestiaire en remettant mon t-shirt. La demoiselle avec une veste sur les épaules est en train de discuter avec une autre fille au pied des escaliers. Nos regards se croisent encore et elle me sourie avant de dire au revoir à son amie et faire volte face pour grimper les escaliers. La serveuse prend mon ticket et me rend ma veste que j'enfile en grimpant moi aussi les escaliers. La porte s'ouvre, je remercie et souhaite une bonne nuit au gars de la sécurité qui me salue. En un tour de tête rapide je vois Chloé qui se trouve quelques mètres plus loin, le dos contre le mur à se souffler dans les mains. Je cours à moitié en m'approchant alors qu'elle remet son bonnet en place, avant de me regarder et de me sourire.

- Faut que je parte avant la fermeture du métro et je me disais qu'on pourrait discuter au calme.

- Pas de problème ce serait pas mal que je ne rentre pas trop tard non plus.

Sur ce, nous nous mettons en route et marchons sans nous presser vers la station la plus proche. Nous prenons le même trajet que moi à l'aller en restant sur le trottoir qui longe la scène. On discute de choses et d'autres. Elle a 19 ans et fait des études en histoire de l'art, passionnée de cinéma et de culture. Je me décris comme cinéphile, étudiant en com qui ne s'y plait pas et joueur sur les bords. En discutant on se raconte des anecdotes drôles sur nous et des petites histoires. J'ai l'impression d'avoir perdu 10ans d'âge mental quand on arrive devant l'entrée du métro qui sert de retour à la réalité. Je ne lâche pas sa main que je ne me souviens pas vraiment avoir prise alors qu'elle commence à descendre les marches.

- J'allais oublier un truc. Je descends les marches pour être à sa hauteur. Une soirée ne m'a pas suffit, est-ce que tu m'éviterais d'avoir à enquêter pour te revoir ? Mon téléphone est déjà dans ma main libre au cas où le message ne se serait pas bien fait comprendre. J'ai surement un peu trop bu.

- Hum.. Une hésitation feinte avec un grand sourire qu'elle n'arrive pas à camoufler. Je dois pouvoir faire ça. Et elle me prend le téléphone des mains. C'est quoi ton code ? Toujours à me regarder, amusée.

- 0.4.9.7 , que je lui épelle après quelques secondes d'hésitation qui me paraissent bien longues.

Mais elles ne sont riens par rapport aux 30 secondes qui suivent alors qu'elle a le nez sur mon propre téléphone, avant de me le rendre et de sortir le sien pour me le montrer.

-C'est bon, je l'ai.

Elle me sourit et monte une marche pour être à ma hauteur et nous nous faisons la bise. Elle me fait un clin d'oeil avant de descendre les marches d'un pas léger. Elle se retourne une dernière fois vers moi, un grand sourire aux lèvres et je la regarde s'éloigner. En faisant demi-tour je regarde mon téléphone pour voir le message quelle a envoyée. Rien de spécial, je ne sais pas ce que j'espérais... Je l'ajoute aux contacts de mon téléphone et en ressortant de la conversation je vois un autre nom. Le dernier message me donnant rendez-vous. Lucy en avait marre de moi et m'a quitté cet après-midi…

- Tu vois les conneries que je fais quand tu me laisses tomber...
La phrase est jeté vers les étoiles alors qu'un sourire triste remplace celui de joie.

La gaieté qui m'habitait laisse place à un questionnement sur le comment de cette soirée alors que je longe la Seine pour rentrer chez moi. Je n'ai qu'une envie c'est de l'appeler de lui expliquer que je vais changer, que je ne veux pas qu'on devienne des inconnus. Mais je ne suis pas assez alcoolisé pour ça. Bien trop faible pour tenter de la retenir, elle ne doit pas avoir totalement tord dans le fond.

Arrivé chez moi je me couche rapidement après mettre passé la tête sous l'eau et avoir retiré mes vêtements. Un message me dit qu'elle est bien rentrée et me demande si c'est mon cas.


"Merci de prévenir c'est rassurant Smile Je suis bien rentré aussi, merci, dors bien."


"Cool alors ! Merci, toi aussi, bonne nuit ! :*"

Mes idées oscillent entre celle qui me tiraille et ne veut plus de moi et celle qui reste encore un mystère souriant.
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Ven 12 Jan 2018 - 14:20
Premiere nuit

Une grande pièce remplie de lumière blanche dont on discerne difficilement les bords ou les coins qui pourraient être à cinquantes mètres comme à deux. La seule trace qui attire l'oeil dans ce décor vide c'est l'encadrement d'une porte. Je lève la tête en tournant sur moi-même pour voir si il n'y a pas autre chose à trouver, mais je ne vois rien jusqu'à ce que je baisse les yeux sur Lucy. Elle se trouve face à moi, aussi belle que d'habitude avec ses traits fins et ses cheveux longs. J'ai l'impression de la voir pour la première fois... Elle s'avance vers moi et me regarde droit dans les yeux alors que les siens sont humides de larmes.

- Pourquoi tu ne réagis pas ?? Pourquoi tu ne me parles pas ? Tu n'es plus comme avant ! Rien ne te motive ou quoi ? Je pensais que tu chercherais à me retenir, mais même pas...

Elle s'est mise et me frapper la poitrine de ses poings comme si elle me plantait avec un couteau. Sur sa dernière phrase elle se calme et les pose juste sur moi alors qu'elle prend appuie sur ses bras. Elle se met à sangloter doucement, son front posé sous mon menton. Je ne sais pas quoi lui répondre... Je n'ai pas envie de la torturer dans ses rêves, je suis sûrement bien assez chiant dans le monde réel.

- Je... Je ne sais pas quoi te dire... Je peux peut-être changer... Je n'avais pas compris que tu le vivais mal...

-Bien-sûr que je le vie mal ! Je t'aimes espèce d'abruti ! C'est normal de me sentir concerné, non ?

Je ne sais pas quoi lui répondre... Elle me regarde et je ne sais comment soutenir son regard qui ne demande qu'à m'aider et me comprendre. Incapable que je suis, il m'est impossible de réagir comme il le faudrait, m'expliquer, lui dire ce que je pense et ce que je vies. Elle se met à me lancer mes autres vérités en face, que je ne sais pas choisir, que je me laisse vivre, qu'il faut que je m'investisse plus dans ce que je fais. La seule chose qui me vient c'est l'envie de fuir... L'envie de partir profiter de Dreamland et de penser à autre chose et profiter de ma nuit pour décompresser.

- Désolé.

J'approche ma main d'une de ses mèches et la remonte vers le reste de sa coiffure en posant ma main sur ses cheveux pour profiter de sa douceur et de son parfum. De l'autre main je soulève ses deux poings toujours sur ma poitrine et ne souffle plus un mot. Cloud est passé au-dessus de nous et descend doucement sur nos têtes puis nos épaules et je me recule en douceur dans le brouillard. D'un blanc immaculé ce soir Cloud donne l'impression à chacun que l'autre s'est lentement dissout dans l'espace de la pièce. Je me décale sur le côté alors qu'elle avance les bras en avant comme pour me rattraper. Elle sort du brouillard et quand j'en fais de même en partant dans l'autre direction je jette un oeil pour ne voir que la blancheur des lieux. Peut-être c'est-elle réveillée ou a-t-elle simplement changé de rêve... J'espère pour elle que le prochain sera plus joyeux et entraînant.

Ma main se pose sur la poignée de la porte que j'actionne et j'avance sur une passerelle au sol d'acier. Cette porte n'est qu'une parmi une multitude qui se tiennent côte à côte le long d'un mur arrondit qui part de chaque cotés et dont je ne vois pas les extrémités. L'autre côté de la passerelle c'est une série de voûtes qui servent de fenêtres, à trois ou quatre mètres du sol, qui donnent sur un vaste jardin de carrés de végétation aussi variés les uns que les autres. Certains sont des sols sablonneux façon zen, d'autres couvertes de tulipes et certains de simples trous d'eau.

Je commence à regarder le jardin le long des fenêtres comme si il s'agissait d'un dessin-animé créé au coin des pages d'un cahier. Le paysage s'anime à chacune des fenêtres et ne me semble jamais être le même. Un jardinier bouge dans un coin, un carreau de terre se déplace, un arbre se décide à changer de place ou bien des tiges de bambous décident de gagner une dizaine de mètres d'un seul coup. Finalement, mon avancée me mène jusqu'à une porte ouverte donnant sur un autre couloir bien plus sombre. Cette fois-ci ce sont deux murs qui se font face. Les seules lumières de ce corridor sont des torches disposées en quinquonce entre les portes.

Je n'ose pas essayer d'entrer dans l'une de ses salles. Je ne sais pas dans quel royaume je me trouve ni quelle est la fonction de ses pièces, tout ce qui m'intéresse c'est de sortir d'ici. Pourquoi ne pas essayer de rejoindre le jardin que j'ai vu tout à l'heure. Puis mon cerveau fait tilt et je me dis que je peux sauter de l'une des fenêtres directement vers la cour et son jardin. Mes pieds pivotent sur eux-mêmes et je repars dans l'autre sens en courant à moitié. Je crois en avoir marre de ces lieux exiguë. La porte vers l'autre côté est fermée cette fois-ci pour raison valable ou qui ne me convienne. Je tourne la tête par réflexe pour voir si je ne suis pas suivis et cela ne semble pas être le cas. Cloud se gonfle en s'approchant de ma main droite et une fois le poing fermé je frappe de toutes mes forces dans la porte en bois qui rompt sous l'impact du nuage.

Les quelques mètres qui me séparent du sol ne me font pas si peur et j'imagine qu'il doit, dans le pire des cas, y avoir des étages similaires à celui-ci juste en dessous. Je pose la main sur le rebord en prenant de l'élan comme pour sauter une rambarde puis-je lance mes jambes par-dessus bord. Et en regardant enfin le vide c'est plutôt une quinzaine de mètres qui me séparent du sol. Les étages inférieurs sont plus éloignés que le mien, comme-ci le bâtiment avait été construit en pyramide inversé. Par réflexe je tends le bras vers Cloud au coeur duquel ma main se prend alors que sa consistance change. Il n'est pas le brouillard fluide et insaisissable habituel, comme si il prenait la consistance du coton, mou, mais bel et bien consistant pour me retenir et m'empêcher de dégringoler. Et ça marche, je ralentis, je peux le sentir sans problème et ce qui me fait même espérer toucher terre en douceur.

BOUM !!

Cloud a finalement lâché prise, me laissant m'étaler sur le dos, à faire l'étoile de mer dans les graviers. Lentement j'enroule les vertèbres pour m'assurer que celles-ci sont toutes bien en état. Le nuage est à côté de moi et une fois assis je pose ma main à sa surface comme si je caressais la tête d'un chien.

- Merci mon vieux d'avoir essayé.

Depuis le temps que le nuage m'accompagne je me suis habitué à le traiter comme un être vivant ne sachant pas si il a sa propre conscience ou si ce sont mes initiatives et envies qui le font se mouvoir et agir. Mais pas le temps de repartir dans un débat intérieur que je me suis déjà trop fait. Je me relève petit à petit en profitant du spectacle qu'est ce bâtiment. Une spirale infinie qui grandit en s'enroulant sur elle-même. J'imagine que chaque pièce correspond à un rêveur et que celles qui se vident en montant finissent par disparaître. Un système intéressant pour gagner de la place, comme ci l'imaginaire commun de se royaume n'était qu'une boucle se recommençant continuellement.

Le spectacle finie par me désintéresser et je me décide à reprendre ma route en me dirigeant vers le patchwork servant de jardin que j'ai pu voir tout à l'heure.

"Vi.... ens...."

Je passe d'un carré à l'autre, en ayant presque l'impression de voyager de royaume en royaume tellement les environnements sont variés. Les surfaces ne font pas plus de 5 mètres sur 5, mais cela est suffisant pour que l'on y croit. En sortant d'un buisson un peu plus haut que les autres je mets le pied sur ce qui aurait dû être un nouveau bloc de terre, de pierre ou quelque chose de compact en tout cas. J'ai d'abord l'impression d'avoir comme une grosse pierre arrondie sous le pied qui n'est pas calé et bouge quand je m'appuie dessus. Comme si mon cerveau marchait au ralentit, mon envie de reculer n'est pas prise en compte par mon corps et je m'appuie de tout mon poids sur la surface instable invisible. Pendant une fraction de seconde j'ai l'impression de léviter avant de me mettre à glisser le long d'une grande cavité en pierre.

Plus je descends, plus la pierre semble finement taillée. Des dessins et des structures se précisent aux murs, dans un style assez sombre et torturé. J'arrive finalement sur une plateforme au bas d'un escalier, mélange de marbre, de pierres brutes et parfois une pierre rouge que je ne suis pas sûr d'identifier. Il y a des statues aux traits tirés et aux expressions angoissées. Des anges pleureurs par endroit qui ont le don de me mettre mal à l'aise. Faire demi-tour pour remonter semble inutilement risqué et compliqué, il ne me reste que la direction d'une entrée peu hospitalière. Comme d'habitude j'ai envie de dire, c'est toujours cette direction là qui est prise, à Dreamland plus qu'ailleurs...

La vingtaine de marches qui me sépare de l'entrée est vite franchie. Une épaisse porte en pierre s'ouvre à mon approche, un peu plus à chacun de mes pas, comme pour m'aspirer à l'intérieur et lorsque je m'enfonce dans la pénombre de cet antre aux airs de prison souterraine, la pierre glisse et se referme derrière moi. J'enfile lentement mes gants qui étaient jusqu'ici glissés dans ma poche et continue ma progression. Des lueurs bleues, froides comme la mort et sorties de je ne sais où, répandent leur faible lumière ça et là. J'arrive à une porte en bois qui donne sur une petite pièce meublée d'une table et de chaises. Rien d'autre ne m'attire le regard et je fais demi-tour, avant d'esquiver en sautant en arrière. Une ombre en armure tient une lance en position d'estoque en me regardant avec des yeux vides. Il porte une sorte d'uniforme aux couleurs sombres.
Une seconde attaque s'enchaîne, je saute sur le côté et repars immédiatement sur lui, main ouverte en tendant le bras pour lui attraper le crâne et l'écraser contre l'encadrement de la porte. Le coup ne porte pas et il m'empoigne en lâchant sa lance. Il m'attrape le col et de sa main libre sort une dague qu'il me colle sous la gorge, prête à trancher.

- Pas... Bou... Ger…

Les syllabes sortent par souffles avec difficulté de sa gorge enrayé qui n'est apparemment pas habitué à parler.

- Mais oui, bien-sûr !

Ma main gauche remonte à son poignet qui tient la lame pour la bloquer dans toute tentative de trancher dans le vif alors que je lui balance une droite armée de Cloud dans le nez. Sa tête part en arrière d'un coup sec et un bruit de rupture résonne dans la pièce. Mon col est libéré de son emprise, je fais tourner le bras que je retenais pour lui faire lâcher la lame puis le corps reste quelques secondes inerte, comme figé dans le temps. Puis c'est la dissolution, le corps du garde se désagrège en créant une sorte de fumée mauve peu engageante. Les vêtements suivent les os, puis viennent les armes jusqu'à ce qu'il ne reste sur le sol qu'un squelette.

Les miasmes mauves stagnent dans l'ouverture de la porte un instant avant de retourner dans la salle principale. Lorsqu'elle sort de mon champs de vision je tente de la suivre et tombe nez à nez avec trois lances en tournant à gauche. Venant de l'entrée des lieux, dans mon dos, un quatrième m'attrape les poignets et les bloque avec deux bracelets métalliques reliés par une chaîne d'une dizaine de centimètres. Cloud pourrait me mettre dans la brume pour que je passe derrière celui qui vient de me menotter, lui tordre le cou et m'en servir comme bouclier contre les trois autres, mais une petite flamme en moi me dit de ne pas bouger. Les lances se pointent vers le plafond en voyant que je ne bouge pas, une main dans mon dos me pousse à m'enfoncer dans un couloir.

Nous avançons dans le dédale sans qu'aucun de ces cadavres ambulants ne tente de dire quoi que ce soit. Ils ont globalement la même apparence que le premier, le teint pâle et un uniforme avec une sorte de cotte de maille. Sur les côtés du couloir que nous traversons il y a des cellules aux barreaux épais. Parfois un tas d'os est toujours dedans à attendre qu'on lui ouvre la porte vers la liberté. La progression est rapide, nous traversons plusieurs couloirs plus ou moins identiques en descendant un escalier en colimaçon ce qui indique que toutes ces geôles sont les une en-dessous des autres. Nous arrivons finalement à un niveau moins long que les autres. La pièce est plus large et il n'y a qu'une seule cellule et une voix caverneuse qui résonne subitement.

-Bonjour petit... J'avais justement besoin de l'aide d'un voyageur. Tu vois, cela fait maintenant de nombreuses années que je suis enfermé en ces lieux. Abreuvée et maintenue en vie par les regrets des rêveurs du royaume qui surplombe cette prison de pierre. Vois-tu, il paraît que j'étais un trop gros danger pour certains voyageurs qui sont parties avec la clef de cette cellule. Serrure magique bien-sûr, car utiliser ces gardes pour la briser ou même user de mes pouvoirs aurait été trop simple.

Pendant que la voix continue son explication j'essaye de me trouver un talent pour la nyctalopie au milieu de l'obscurité de sa cellule, mais en vain.

- Si vous êtes si puissant que pourrais-je faire face à plusieurs voyageurs qui ont réussi à vous confiner en ces lieux ?

- Ne t'en fais pas, je ne te demande pas de me venger, tu en serais sûrement incapable et ils sont peut-être même déjà morts depuis le temps. Faibles mortels. Mais tout ce qu'il faut c'est retrouver la clef qui doit encore se promener dans Dreamland.

- Et pourquoi j'accepterais de vous aider ?

- Parce que tu n'es pas en position de négocier. Des lames d'un côté, mais ne t'y fît pas, je suis bien le danger le plus important ici. Disons que je peux rendre tes nuits quelque peu... Désagréables. Cette prison m'a laissé à portée de mains tout le nécessaire pour t'obliger à revenir ici pour les revivre encore et encore.

Ma vue se trouble, je ferme et ré-ouvre les yeux à plusieurs reprises pour essayer d'y voir plus clair. En soulevant les paupières je me vois moi. Moi dans un décor fabuleux. Une plaine verdoyante au bord d'une falaise donnant sur la mer. Je suis là, avec une paire de lunettes, un sac à dos et une tenue de marche. Puis je détourne la tête de ce magnifique panorama pour me regarder, moi, le moi spectateur. D'un mouvement, les lunettes sautent et j'aperçois des yeux mauves à la pupille fendue.

- Vraiment dommage de rater se spectacle en étant assis devant un bureau tu ne trouves pas ?

Nouveau clignement des yeux et le décor a changé. Je marche avec Lucy à mes côté, je reconnais la tenue qu'elle portait aujourd'hui et je m'arrête pour l'embrasser, je lui parle un instant, nous discutons et elle fini par me sauter au cou. Elle tire cet autre moi qui réussi tout vers l'avant et alors qu'ils me passent tout les deux à côté, le temps se fige et je me regarde une nouvelle fois dans les yeux.

- Voilà ce qu'il aurait fallu faire. Pourquoi ne pas se battre pour la garder au lieu d'être une chiffe molle ? Tu veux voir les moments où tu n'oses pas embrasser la petite demoiselle ? Hein ? Aller, je suis sûr que ça peut-être marrant.

Le sourire qui me fait face, ne fait pas partie des miens, il est carnassier et satisfait de voir de la souffrance. Je cligne des yeux et me voici devant les marches avec Chloé. Elle commence à descendre les marches et je la tire vers moi avant de l'embrasser.
Puis tout s'estompe, tout part en éclat et je suis de retour devant la cellule qui pourrait bien devenir ma prison. Je sens des larmes couler sur mes joues alors que je me sens vide. Cette démonstration à réussi à me toucher, pas forcément par sa violence, mais par la capacité de cette chose à déchiffrer mes penser et à me faire effleurer un monde meilleur... Et aussi parce que je ne veux pas imaginer que cela puisse recommencer chaque nuit.

- Maintenant que nous sommes d'accord, tends moi ta main.

Je perçois le sourire satisfait de cette chose dans sa seule phrase, mais je retire tout de même mon gant droit et approche ma main des barreaux. Mon regard ne veut même plus chercher à comprendre ce qu'est cette chose alors que ma main plonge dans les ombres qui me mordent la main douloureusement.
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Sam 13 Jan 2018 - 18:05
Deuxième jour

Très mauvaise nuit... Très très mauvaise... Mais au moins a-t-elle eu pour effet de me choquer au niveaux du nombre de choses que je pouvais regretter et des choix que j'ai pu faire... Sans pour autant y apporter de réponses. Le réveil a était brutal, je ne me souviens pas m'être réveillé aussi brutalement très souvent depuis que je suis devenu voyageur. Il est d'ailleurs tôt, je n'ai pas eu besoin de mon réveil et les actions de cette créature, pour moi, cauchemardesque y sont pour beaucoup.

Je me lève, bien que je ne sache pas bien ce que je pourrais avoir à faire aujourd'hui et commence par une douche pour me remettre les idées en place. Personne dans l'appartement, les parents sont de sortie. Je prend mon temps dans la douche et me demande ce que je peux faire à propos de Lucy et ce que je devrais faire. La musique est en route jusqu'à ce qu'une notification de message la coupe un instant. Séchant ma main sur la serviette la plus proche je prend le téléphone et lis le message qui me demande de venir ouvrir la porte. La réponse est positive alors que je me sèche rapidement, enfile un boxer et un jeans en oubliant le t-shirt mais en gardant la serviette sur l'épaule.

En parcourant l'appartement de nouvelles questions me viennent et je ne sais plus comment je vais réagir. La porte s'ouvre laissant apparaître Lucy sur le pas de la porte. En lui disant bonjour je ne sais si je dois lui tendre la joue ou mes lèvres et ne bouge donc même pas. Elle semble aussi gêné que moi jusqu'à ce que je lui propose de rentrer en m'effaçant du passage. La porte se referme derrière elle alors qu'elle me dit vouloir me parler.

Sans trop savoir où se mettre nous sommes dans le salon et je me calle sur le rebord de la table de salle à manger face à elle.

- Qu'est ce que tu voulais me dire ? Je crois ne pas arriver à masquer une certaine rancune et tristesse qui imprègne ma voix.

- Juste que je ne voulais pas en arriver là hier... Que je veux qu'on reste ensemble... Que je sais que c'est dur pour toi et qu'on peut traverser ça ensemble. En disant cela elle s'approche et tend une main vers ma joue, je ne peux m'empêcher de saisir pour la poser moi même sur ma joue. Nous nous regardons un instant avant que je rompe le silence.

- Tu as bien fait hier... J'aurais dû t'en parler, me confier ou je ne sais quoi d'autre... Mais pour l'instant j'ai trop de questions en tête, j'arrive même pas moi-même à comprendre ce qui ne va pas réellement. J'ai l'impression d'être le seul problème... Je retire sa main de ma joue en la gardant dans la mienne alors que je viens d'être traversé par un éclair. Pour une semaine, je vais bouger, je ne sais pas encore ce que je vais faire, mais je vais partir... Je n'aurais pas forcément de réponse en revenant, mais jusque là tu veux bien supporter mon égoïsme ?

Elle s'approche de moi en passant sa main dans mes cheveux pour me faire tourner la tête et poser un baiser sur ma joue avant de m'enlacer. Nous sommes joue contre joue quand elle me souffle à l'oreille qu'elle peut faire ça. Elle s'écarte de moi sans que le contact de nos yeux se brise puis elle fait demi-tour et retourne vers la porte d'entrée, jusqu'où je la suis. En fermant la porte derrière elle je ressens ce qui me semble être un profond soulagement. Au final, je ne lui aurais même pas parlé de ma soirée d'hier soir. Je pars vers ma chambre en prenant une paire d'oreillettes que je branche à mon téléphone et commence une série d'appels. Pendant ce temps je remplis une valise. En soit, je prend une semaine de vacances d'avance par rapport à mon école. Semaine que je ne vais même pas prendre la peine d'excuser.

J'ai rarement passé autant de coups de fils à la volé. Mes stages m'ont permis de mettre un peu d'argent de côté, ne suis pas réellement partie en vacances depuis un petit moment, du coups j'ai du temps à rattraper. Les parents sont prévenus de mon départ, je check des billets de train et une location pas trop cher. Adrien saute sur ma proposition alors qu'il cherchait un truc à faire en ce moment, il me dit qu'il va passer chez le médecin avant de partir pour se faire porter pâle et je me tâte un instant à changer d'avis, ce que je fais en prenant rendez-vous moi aussi. La journée passe à cent à l'heure. Je fais ma valise avant d'aller au médecin, mon ami et moi nous retrouvons pour faire rapidement quelques achats et nous repassons chacun chez nous pour reprendre nos valises respectives avant de nous retrouver à Gare de Lyon. Une valise, ma guitare dans sa pochette en bandoulière et nos tickets, tout justes sorties de la borne, en main.

J'attends Adrien devant le quai, puis nous grimpons tout les deux pour trouver une place dans les wagons. Un compartiment de six places est vide et nous nous y mettons contre la fenêtre jusqu'à ce que le train démarre pour finalement nous étaler et nous occuper pour les 7h de trajet qui nous attendent. Nous n'arriverons pas avant les 21h et il nous reste donc du temps à combler jusqu'à notre arrivée et je commence par lu expliquer les raisons de ce départ précipité. Il secoue la tête et met ses écouteurs en me disant juste qu'il m'avait prévenu. Je lui fait une grimace en secouant la tête et nous éclatons de rire avant de nous plonger, lui dans sa musique et moi dans mes pensées.

J'hésite à faire une sieste et puis finalement je me dis que je dois bien pouvoir déjà entamer les recherches. Et c'est dans cette optique que je pose mon casque sur les oreilles et m'endors.



Me voilà loin de l'obscurité de la prison de cette nuit. Je suis au milieu d'un désert. Cloud me protège de l'impact de la des rayons lumineux pendant que j'avance au milieu d'un grand rien en regardant ma main. La même qui a traversé l'obscurité la nuit dernière se retrouve affublée d'une marque sombre. Une sorte de flèche stylisé.

- Bon retour parmi nous jeune homme.

Je fais des tours sur moi-même avec un air effaré qui en ferait rire plus d'un et je manque de trébucher dans le sable quand la voix reprend, provenant directement de mon crâne.

- Tu croyais être débarrassé de moi ? Je n'allais pas laisser mon poulain partir vadrouiller sans garder un oeil sur lui ? Il ne faudrait pas que tu oublies mes cauchemars ou bien la recherche de la clef. Depuis le temps que je côtoie mes barreaux j'ai créé un certain lien avec l'énergie qui les habitent et qui est la même qui doit circuler dans la clef. La marque sur ta main réagira si tu ne te dirige pas dans une direction qui réduit la distance entre toi et la clef et ce à partir deee... Maintenant !

Je pousse un cri de douleur incontrôlable et me stop net en tombant à genoux alors que la sensation de feux qui me parcourt les veines s'estompe très lentement.

- J'aurais peut-être dû te dire de t'arrêter... Pardon.

J'ai l'impression de voir un sourire carnassier s'afficher dans mon crâne lorsque la voix prononce le dernier mot de sa phrase. Assied sur le sable au milieu d'une dune alors que mes veines se sont calmées je tend le bras dans toutes les directions en espérant avoir un signe. Chose qui arrive finalement. Jusque là les traits de la marque n'étaient pas nets, comme si l'encre d'un tatouage avait bavé, même si, ici j'ai plus l'impression qu'il s'agit de venin. Finalement les bords s'affinent et semblent se fixer sur une seule et même direction. C'est donc celle que je prend pour ne pas me retrouver une nouvelle fois à ne plus pouvoir marcher.

Depuis que la marque c'est activée, la voix ne s'est plus manifestée, ce qui me dérange le moins du monde pendant que je marche en montant et descendant des montagnes de sable. Alors que j'avance depuis un petit moment maintenant, j'ai l'impression que les variations de hauteurs diminuent et que je gagne de la hauteur avant d'arriver sur un plateau qui ne sait apparemment pas si il doit être rocailleux ou sablonneux. Cette surface semble s'étendre sur une centaine de mètres jusqu'à ce qu'une entaille dans le sol ne fasse mentir cette première impression. Large d'une vingtaine de mètres aux endroits les plus espacés. Les parois sont lisses comme si l'ensemble avait été tranché au couteau à une profondeur qui m'empêche de voir le fond alors même que le soleil est positionné pour en révéler des secrets.

La désescalade et l'escalade n'est pas une solution, les parois sont bien trop lisses et même sans cela j'ai des doutes sur mes capacités à escalader une surface aussi haute. En tendant le bras vers la clef je change de direction et tente de marcher le long de la faille pour la contourner, mais la douleur me relance.

- Putain de con ! Comment tu veux que je fasses ça si je peux même pas avoir un minimum de liberté dans mes mouvements !

Aucune réponse alors que je m'assoie sur le sable, les pieds dans le vide à écouter un air de musique qui me trotte dans la tête... Et puis en me fixant dessus je me rend compte que les musiques changent dans un ordre que je connais et que j'identifie comme étant ma playlist de favoris. Je n'avais jamais fait l'expérience mais là je peux presque l'entendre distinctement qui sort de mon casque. Me voilà dans une nouvelle situation qui m'arrive assez peu depuis que je suis voyageur. Sentir réellement que je suis entre le sommeil et le réveil est fascinant lorsque l'on est conscient de ses rêves. J'ai la sensation de basculer d'avant en arrière au rythme de la musique comme si j'étais sur un fil entre les mondes. Une main sur mon épaule rompt le charme et me tire vers l'avant...


Adrien vient de me réveiller et me demande les billets que j'ai toujours dans la poche de ma veste. Le contrôleur fait son travail, poinçonne nos tickets et continue sa traversée. Pas vraiment motivés pour nous rendormir nous commençons à discuter du programme de la semaine après avoir remarquer qu'il ne reste déjà que trois petites heures de trajet. Nous regardons par la fenêtre et pouvons admirer les montagnes qui commencent à se dessiner petit à petit. Tracées en pointillé avec les lumières des maisons on commence à sentir la blancheur des choses dans l'obscurité avec la lune et les éclairages qui reflètent la neige jusqu'à nos yeux de parisiens émerveillés par trois flocons un hiver sur deux.

Pour le coup, j'ai eu du bol de me souvenir de cette connaissance qu'avait mes grands-parents, une personne dans leurs âges qui finance sa retraite en louant des appartements pour vacanciers à Montpellier en été surtout et à la montagne le reste de l'année, même si les plus sportifs viennent faire de la descente à vélo ici en été. Toujours est-il qu'une fois où nous étions à l'apéro chez lui je lui avais raconté que cela faisait un moment que je n'étais pas partie en vacances. Il m'avait dit que si ça me tentait je pouvais l'appeler pour réserver à prix réduit. D'où cette petite virée miracle au débotté.

Quand nous sortons de la gare il nous attend avec un 4x4 type Land Rover qui semble paré à tout affronter. Il nous emmène jusqu'au chalet qui est en fait une grande bâtisse dans laquelle une partie du rez-de-chaussée seulement leur est réservé, l'autre partie servant de local à ski et d'entrée pour les locataires. Locataires qui eux logent dans les deux étages, le premier comprenant un grand salon salle à manger tout ouvert avec une grande baie vitrée donnant une superbe vue sur la vallée.

Mais cela nous ne le découvrirons qu'un peu plus tard, pour le moment, Martine et Roger Humbert nous invitent à dîner pour nous présenter les lieux, faire connaissance avec Adrien et manger un bout avant d'aller nous coucher. On apprend qu'ils ont des prix avec une boutique de location de ski du village et qu'on est directement au niveau des pistes ou presque, ce qui facilitera l'achat des forfaits demain.

Avant d'aller nous coucher on nous explique qu'il reste une chambre de libre avec des lits superposés. Le chalet est loué en ce moment par quatre jeunes qui ont acceptés de partager la location car deux des leurs n'ont pas pu venir, ça leur permet de ne pas payer la totalité, c'est parfait pour tout le monde. Nous prenons donc nos affaires et les grimpons dans notre chambre. Adrien étant passé devant exprès pour poser ses affaires en haut je me retrouve avec le lit du dessous. Nous posons tout et redescendons visiter un peu le salon vide alors qu'il n'est que 23h. Couché tôt pour des vacanciers dites donc. Adrien ouvre une bouteille sortie de son sac pendant que je prend des verres dans le placard. On se met sur la terrasse qui est accessible depuis la baie vitrée du salon et nous profitons de la vie depuis le salon de jardin.

La musique de mon portable sert de bruit de fond à notre conversation centrée sur tout et rien, de la famille aux cours en passant par les jeux vidéos. Des moments entre potes qu'on a moins pris le temps de faire depuis la sortie du lycée même si on se voyait encore pour des soirées et d'autres virées avec des amis. Puis vers 23h45 on entend une porte qui claque et des discussions assourdies par la vitre qui nous sépare du salon. Ils nous voient quand on ouvre la porte fenêtre pour signifier notre présence et les saluer après que j'ai baissé le volume de la musique. En répondant à notre bonsoir ils annoncent qu'ils vont se coucher en s'excusant qu'ils ont trop bu et qu'ils eu de la route et ils sont morts. Nous acquiesçons en souriant et leurs souhaitons une bonne nuit. Avec Adrien nous nous regardons et vidons le font de nos verres en une levée de coude et nous montons nous coucher après les avoir lavés.
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Dim 14 Jan 2018 - 19:52
Deuxième nuit

Le soleil tape encore sur ce royaume désertique. Pas l'ombre d'un nuage autre que Cloud à l'horizon, et je suis arrivé de l'autre côté de la faille qui me bloquait le passage dans l'après-midi. Au moins ça c'est fait et mon abandon dû à la démotivation m'a permis de ne pas m'épuiser pour rien tout à l'heure... Et surtout de risquer ma peau à descendre là-dedans. Je suis arrivé à quelques mètres de cette coupure béante au milieu du désert et je reprend ma route en faisant attention à ne pas faire réagir la marque qui m'est gravé sous la peau et donc à suivre le chemin qui mène à la clef. Cloud reste fixé au dessus de ma tête et me protège des rayons ardents pendant que je progresse dans le sable à un rythme soutenu. Je suis arrivé avec des tongs et mes pieds glissent tranquillement dans le sable en me laissant profiter de la chaleur de ce dernier.

Les nuits que l'on passe à Dreamland pour aller d'un royaume à l'autre sont très souvent ennuyantes et monotones car on peut passer un certain temps sans croiser personne. Le métro n'est pas une expérience que je suis pressé d'expérimenter à nouveau, que ce soit pour les rencontres que l'on peut y faire ou pour les monstres qui y vivent. De toute façon dans l'état actuel des choses, une mauvaise direction des rails ou quoi que ce soit pourrait me mettre K.O. pour la nuit. Depuis que j'y passe mes nuits ce monde a été une horreur ou une merveille, une source d'étonnements et de peurs, d'apaisement ou de stress. Aujourd'hui je me dis qu'à cause d'une créature je risque ma seconde vie, une vie qui est parfois la part la plus intéressante de ma journée. Je me dirige vers un objet qui pourrait causer ma perte. Loin de moi l'idée de penser que mes actions jusqu'ici étaient sans risque. Avec Shad, avec Dan ou même Nassib il y'a peut en sauvant noël. Mais cette fois je suis seul… Et en y pensant j'aurais pu demander de l'aide. Crier au secours et peut-être que Dan serait venu m'aider, que Shad et ses accolites auraient pu me préter mains forte. Possible. Seulement je ne veux embarquer personne là-dedans. Parce que peut-être qu'à deux nous y arriverions. Mais on pourrait tout autant y passer.

Je ne sais pas où va me mener ma marche. Une progression lente dans un paysage vide au passé qui s'efface avec le temps et aux lignes des dunes qui changent au gré avec le vent. Mon passé ne s'est pas effacé. Il est juste de côté, ne reste plus que ce que m'ont apporté ces expériences. Aujourd'hui je me suis lancé dans quelque chose qui me dépasse surement. Moi le voyageur qui prend son temps à Dreamland. Encore incapable de se servir comme il le souhaite de son pouvoir ou en tout cas d'en faire ressortir tout le potentiel. Pendant ce temps des gens comme Corey Cole prennent de l'ampleur. Encore une nuit et une rencontre qui me placent face à mes faiblesses avec un voyageur de la lumière au parcour et à la progression fulgurante.

Tout en continuer de ruminer mes pensées qui s'enchevêtrent les unes les autres je continue de progresser en regardant parfois le dos de ma main. Je n'arrive pas à définir ce que représente cette marque, mais alors que je lui cherche une signification je lève la tête et m'aperçois qu'une forêt pousse à l'horizon. De la verdure et ce qui ressemble à des montagnes. Une sorte de jungle touffue qui grandi au fur et à mesure que je me rapproche. Les vents chauds me soufflent dans le dos alors que je descend entre deux dunes, ce qui fait sortir la végétation en approche de mon champ de vision. En remontant de l'autre coulé de sable m'embarque le pied puis la jambe qui s'enfonce dans le sable et me fait tomber face à la pente. Deux secondes de réactions et je sens un mouvement tout proche qui n'est pas un minuscule grain de quoi que ce soit. Une gerbe de sable s'élève et je vois une paire de globes noirs qui sont à moins de trente centimètres de moi.

L'attaque est rapide et j'ai juste le temps de rouler tant bien que mal sur le côté alors qu'un crochet se plante dans le sable, exactement à l'endroit où je me trouvais. C'est une queue brune tirant sur l'orange qui se relève pour préparer une nouvelle attaque alors qu'une pince me claque tout près de la tête. La forme se discerne maintenant clairement. C'est une sorte de scorpion difforme de la taille d'un rottweiler avec une queue peut-être plus longue que mon bras. Les pinces, elles semblent pouvoir me trancher ce même bras en une pression. Cette fois-ci je pousse sur le sable de mes deux mains et me pousse vers l'arrière pour revenir sur mes pieds pour voir venir le prochain assault. Le pique que je soupçonne d'être empoisonnée file dans ma direction alors que les pinces s'enfoncent dans le sol pour stabiliser la bête qui attaque à la chaîne. Cloud au bout des poings pour bloquer au cas où la pointe les toucherait je dévi les coups et bloque de mon mieux ceux qui passent.

Un coup dans l'enchaînement est plus bas que les autres et me passe juste à côté des côtes. Cloud quitte mes mains instantanément, je sers mon bras contre la queue qui est donc bloqué contre mon flanc. Sans attendre que le scorpion approche pour me trancher un membre avec ses pinces, je fais deux tours sur moi-même en l'entraînant avec moi. Au premier il frotte le sol et tente de se maintenir debout. Au second il n'a plus aucun contact terrestre et je le lâche pour qu'il dévale la pente. En arrivant en bas, comme si il avait déclenché des pièges, deux autres scorpion sortent du sol pendant que le premier se remet sur ses pattes et que sans demander mon reste je fuis à toutes jambes vers la jungle qui me semble encore très loin. Trop loin. Je descends la dune suivante en glissant à moitié pour aller plus vite sans me casser la gueule dans le sable. Ma tête pivote un instant avant que je commence l'ascension du flanc opposé et les scorpions sont déjà en train de foncer sur moi, leur pattes fines et rapides donnent une impression de glisse surréaliste.

La course poursuite continue alors qu'arrivant de nouveau en haut des dunes je me rend compte que la végétation fournie n'est plus qu'à quelques escalades de là. Seulement je n'ai pas le temps de m'en réjouir alors que des claquements de pinces résonnent comme si elles étaient juste derrière mes oreilles. Nouvelles descente qui se termine par une chute. Ma sandale s'est prise dans le sable et ce dernier l'englouti, elle et mon pied, me faisant faire un arc de cercle vers l'avant, avant de les libérer. La chaussure quitte mes orteils, je n'en ai plus qu'une pour courir dans le sable. Je ne saurais dire si je suis plus ou moins rapide, je sais juste que le sable me brûle la voute plantaire. En arrivant en haut du monticule de roches minifiées une pince manque de chopper ma cheville. La retirant in-extremis en pivotant sur moi même, Cloud a tout juste le temps de me recouvrir le poing quand il part pour le cueillir dans ce qui doit être des mandibules.

Pas le temps de m'assurer que je lui ai bien fait dévaler la pente ou si il a entraîné ses camarades avec lui, je reprend ma descente sans me poser de questions. Mais alors que je suis dans le creux avant d'entamer une nouvelle montée je sens le plotons qui me colle au train. Sans me ménager alors qu'ils perdent du temps et de la vitesse à essayer de m'attaquer je continue quand même ma progression. Arrivé en haut, le sable bouge et quelque chose tente d'hémerger du sable. Pensant qu'il s'agit encore d'une de ses bestioles je profite de cet appuie solide alors que différentes partie semblent se séparer des autres comme si cela s'ouvrait. Visant le plus haut possible de la dune suivante pour atterrir j'arrive à mi-hauteur et reprend ma course en entendant un craquement et une sorte de feulement de douleur. Plus je me rapproche de la forêt plus il y a de buissons, d'arbistes et les dunes deviennent de simples ondulations.

Un regard derrière moi et j'observe observe une sorte de champs de fleurs plus ou moins ouvertes qui n'étaient pas là avant. Un dernier scorpion cours vers moi jusqu'à ce qu'une de ses tueuses ne plonge sur lui et le dévore laissant échapper quelques pétales qui donnent à la scène un certain romantisme macabre. Un frisson me parcourt la colonne alors que je tourne le dos au spectacle et commence à désespérer de ce qui m'attend à l'intérieur de cette forêt. De grands arbres aux lianes qui pourraient servir à de la construction vu leur épaisseur, à quoi exactement je ne sais pas, mais elles semblent particulièrement solides. Cependant ce qui est le plus impressionnant ici c'est la capacité des choses à se mouvoir. Alors que je progresses dans l'obscurité des sous-bois je peux percevoir des bruissements, des cris d'oiseaux et d'autres bestioles moins amicales à mes oreilles alors que les oiseaux que j'imagine ont déjà des serres longues comme des couteaux de chefs cuistots et un bec assez effilé pour me bouffer les yeux avant que j'ai le temps de souffrir ma mère et de me réveiller en ne me souvenant plus de Dreamland. Mais ni pensons pas, il n'y a pas de raison que cela existe, j'ai l'imagination plus vaste que le subconscient collectif. Oui, ça doit être ça.

En retirant mon gant je remarque que la marque bouge et les traits déjà plus nets que cet après-midi se sont resserré pour dessiner quelque chose que je ne visualise pas encore. Une sorte de triangle vide aux traits ondulants qui forme une sorte de flèche se formant et se déformant si je suis ou non dans la bonne direction. Sachant que je pars du principe que lorsque l'encre s'élargit comme si elle se répandait dans mes veines ce n'est pas vraiment une bonne nouvelle. Et c'est comme cela que je progresse entre les arbres en restant a l'affut des bruits et en jetant un regard au dos de ma main pour m'assurer que je suis bien dans la bonne direction. Finalement en arrivant face à un grand arbre je me rends compte en le contournant que je ne suis plus limité ou attaqué par le venin de la créature emprisonné. Plus qu'au détour d'un arbre, c'est en tombant nez avec une sorte de grande autruche aux dents de carnivore que je fais cette découverte.

Trois pas en arrière avant de me stopper net pour ne pas me faire paralyser par la douleur qui aurait déjà dû se faire sentir et je n'ai pas le temps de vérifier ma main. Les trois doigts griffus qu'elle a au bout de ailes et les coques protectrices qu'elle a aux articulation, sous le ventre et sur le dessus du cranes retiennent toute mon attention. Le regard de la bête me fait comprendre que je pourrais lui servir de casse-croute et sans réfléchir je prend mes jambes à mon cou en passant entre les pattes de la créature, qui doivent à elle seule faire ma taille. À grande vitesse elle a dû faire demi-tour alors que je tente de m'éloigner et m'attrape par le haut de la veste avec une force que je ne lui soupçonnais pas malgré sa taille. D'un mouvement du cou elle m'envoie voler quatre mètres au dessus de sa tête et elle ouvre grand son b...sa gueule. Prête à me réceptionner. Les bras battants l'air, je me vois me faire bouffer et bloquer au milieu de sa gorge étroite, mais avec le peu de lucidité que j'ai en criant à m'époumoner je tend le bras vers le bas et Cloud s'étend immédiatement, bloquant la mâchoire grande ouverte. L'élargissant même dans un angle qui semble la déranger à peu.

Bloqué en travers de sa gorge je me sens descendre petit à petit alors qu'elle déglutit et essaye d'avaler Cloud tout rond. En réfléchissant à toute vitesse je laisse tomber mes pieds après avoir balancé mes jambes pour qu'elles prennent de l'élan. Le tout prend la direction du cou du volatile lorsque je plie mon bras pour descendre encore un peu plus bas. L'ensemble pli et Cloud se vaporise. En retombant à terre je retente de passer sous les pattes et frappe les genoux de chaque cotés en faisant flancher les articulations sur les côtés. Je plonge vers l'avant pour que sa masse ne m'écrase pas et ne pas bêtement me faire écraser. Pas de chichi, je continue sur ma lancé et fonce droit entre la végétation avec une foulée soutenue en traçant la voie et en sautant entre les arbres lorsque le passage est bloqué. Des branches craquent, des grognements résonnent, des coups percutent des arbres et des cris retentissent après mon passage. Jusqu'à ce qu'une patte sorte d'un feuillage et me fasse rater la saisie d'un feuillage en me griffant l'épaule profondément.

La chute se termine au même endroit que la forêt alors que je roule au sol en sortant d'un buisson dont les aiguilles me déchirent le débardeur et la peau. Pas le temps de niaiser comme dirait l'autre, ce qui m'importe le plus c'est de m'éloigner de ce qui vient de me planter avec des griffes que je ne suis pas pressé de voir de plus près. C'est donc en marchant en arrière pour m'assurer que je ne suis pas suivie sûr quelques mètres que je reprend ma progression. En me tournant face à ma route je remarque tout de suite que les lieux semblent tout de suite plus civilisés. Au milieu de cette clairière des chemins se rejoignent et deux d'entre eux donnent directement dans la jungle. Je n'aurais pas pu arriver par là au lieu de tailler à travers bois comme un con ?! Ba.. Non. J'y vais à l'aveugle comme un con et je me fait déchicter le bras. Enfin, le chemin aurait aussi bien pû être pire que ma randonnée improvisée, même si je vois dificilement comment.

Le troisième chemin grimpe petit à petit vers une sorte de village. La route qui y mène est plus large. Pas comme si on y faisait circuler quelque chose mais l'ensemble paraît aplati, piétiné et démoli. Des arbres entiers avec des racines qui n'auraient jamais quitté le sol naturellement ou à cause de la foudre ou même à cause d'un camion sont en train de pourrir sur le bord de la route. Les plus tenaces ont leur racines qui se refraient un chemin dans le sol et ils survivent tant bien que mal comme en essayant continuellement de se remettre droit pour profiter du soleil. Mais pour l'instant il n'y en a aucun qui a réussi car c'est une bordure d'arbre sans interruption qui encadre le chemin. Un panneau d'intersection m'indique qu'il s'agit du village des hunters. L'un des chemin mène aux "vagues sèchent", un nom qui me laisse perplexe, mais vu sa direction doit mener au désert d'où je viens. L'autre direction est la "pine de la Riamo" qui ne me dit rien du tout. Cependant le sceau de l'entité des regrets indique le village et c'est tout ce qui m'intéresse.

En empruntant la haie d'honneur des arbres déchue de leur position verticale je détail la marque qui c'est affiné. Les traits se sont divisés et tendus alors que l'ensemble du dessin n'est maintenant composé que de polygones qui forment un renard. Deux triangles forment le museau et la truffe à l'intérieur du premier. Cinqs autres triangles forment la tête, les oreilles qui suivent parfaitement l'alignement du museau et l'intérieur de ces extrémitées sensorielles. A l'intérieur de la tête, deux triangles forment des yeux. Le tout est totalement lié, donnant au tatouage un aspect assez moderne. Sauf qu'étant donné que je ne sais pas comment il va réagir lorsque je vais m'approcher de la clef je le recouvre avec mon gant pour ne pas attirer l'attention.

Sur la route il y a de nombreux pics avec des cranes, des membres et même quelques corps, qui me font vite comprendre le nom du lieu. Si les habitants sont aussi engageants que le chemin qui mène à eux je vais surement passer de bons moments ici. Ce qui doit expliquer mon expression de constipé devant ce spectacle, mais il va falloir que je me ressaisisse sinon vaudrait mieux que je me suicide plutôt que de supporter les tortures de l'autre emprisonné. Sauf qu'il ne faut pas partir perdant et présentement, c'est un village qui me fait face, pas un géant ou je ne sais quel troupeau de bêtes carnivores... Rien d'insurmontable donc.

Le village m'ouvre ses bras. Composé de huttes en bois, en os, en foin ou d'autres matériaux que je n'identifie pas. Elles ne sont jamais de la même tailles et sont toutes faites d'une façon plus ou moins différentes sans vraiment de cohérence, mis à part le besoin de mettre en avant les cadavres des hommes ou des bêtes que l'on a capturé ou plus simplement exterminé. Chacun a, au-dessus de sa porte, un crâne ou un petit quelque chose pour prouver sa réussite. Au milieu du village il y a une grande baraque aux portes grandes ouvertes d'où sort un raffut de taverne reconnaissable de loin. Dans les rues, les gens que je croise sont tous armés : des armes à feux, des armes blanches et même des objets magiques difformes. Des armures de cuir, de plates ou de bois (sans déconner…) et les faces sont renfrognés, argneuses, arrogantes et très souvent balafrées. Certains discutent et rient de leurs réussitent en récupérant des parties interressantes des créatures qu'ils ont achevé lors de leurs chasses.

Les regards que je croise ne s'attardent pas sur moi ou alors se marrent en voyant mon état et celui de mes fringues. C'est sûr que je ne suis pas dans la meilleure des formes avec des éraflures de partout et la grosse entaille au milieu du bras. Certains me balancent des vannes du haut de leurs deux mètres de haut en me demandant ce qu'un maigrichon comme moi vient foutre ici ou d'autre moqueries que j'ignore. Non pas que ça me passe réellement au-dessus et que je me fiche de ce qu'on peut bien me dire, mais je ne connais pas le niveau de ces mecs. Tout ce que je sais c'est que les créatures que j'ai rencontré dans la jungle leurs servent de petit dèj. Rien de très rassurant donc quand à ma capacité à survivre si ils cherchent à engager un combat.

C'est donc sans vraiment adresser la parole à qui que ce soit que je rentre dans ce qui est au final une sorte d'auberge servant aussi de taverne. Des gaillards sont attablés devant leurs verres à raconter des conneries et à rire grassement. Je me dirige vers le tavernier qui me regarde à peine, juste un hochement de tête quand nos yeux se croisent pour me demander ce que je veux. Pas le temps de boire, mais si je veux des infos il va bien falloir que je prenne quelque chose et je commande donc une pinte. Quand il pose le verre sur la table je me décide à commencer à poser des questions. Plutôt agée et baraqué, ce type intime le respect et ses grandes mains y sont surement pour quelque chose. J'imagine assez facilement ce vioc reconverti après avoir exercé le métier de tueur ou chasseur, qui reste proche de la profession en tenant sa . Ce qui lui permet de ne pas tenir une affaire qui se ferait mettre à sac par des combats débiles déclarés par une bande de bougres au sang chaud.

- Dites voir… Sans parler trop fort pour ne pas attirer l'attention, j'essaye de montrer une certaine assurance pour ne pas être pris pour un rigolo. Pas simple avec ma carrure dans un bled comme celui-ci. Si je cherche un objet magique, y'a une personne en particulier à qui je peux m'adresser ?

-Et qu'est ce que tu cherches petit ? Une arme, des accessoires, de l'équipement ?

- C'est plus de l'objet de collection je dirais. Il doit venir d'un royaume souterrain.

- Ho tu sais, on est tous un peu collectionneurs dans ce village. Mais pour les trucs inutiles, vas voir près de la baraque d'Indi. Tout ce qui est récupération de babioles d'autres royaumes c'est lui qu'il faut aller voir.

- Merci du tuyau. Et vous savez pas où…

-Y'a pas marqué "bureau des informations". Me lance-t-il en pointant son front avec son doigt. Démerde toi.

Pas commode ni très commerçant, mais je peut pas lui en vouloir de me dire d'aller me faire foutre (en fait si, je pourrais complètement, mais le montrer, surement pas). Sans rajouter un mot je plonge le nez dans ma bière et jette un oeil à l'assemblée réunie dans la pénombre de l'endroit à moitié éclairé. Quand je croise un regard je fais mine de montrer un certain intérêt pour mon litron de bière (ou de pisse, je sais pas trop). Seulement il y en a deux qui ne me lâchent pas du regard et dès qu'ils se trouvent dans mon champs de visions, ils sont tournés vers moi. Je le sens mal, comme une petite voix au fond de moi qui me dit qu'on en a après moi. Faut dire qu'il n'y a pas besoin d'être devin. Je fais tâche dans le décors, c'est clair et net… Sauf que mon litron terminé je remercie le patron en lachant les EV qu'il me demande et mes craintes se vérifient. Quelques mètres parcourues après être sortie de l'établissement j'entend les battants de la porte tourner sur leurs gonds et une voix pleine d'une certaine supériorité me hèle.

- Hey le voyageur ! Tu cherches quelque chose ? On peut peut-être t'aider.

Un quart de tours sur moi-même et je ne cherche pas à leur faire face, juste les avoir en visuel pour les cerner. Rien que le ton qu'il a utilisé suffit à me faire comprendre que son aide me coûterait la vie ou bien me mettrait juste en danger. Et le visuel que j'ai de ces deux mecs me confirme cette impression. Un grand maigre qui souris, emmitouflé dans une sorte de grande veste en cuir noué à sa ceinture qui s'ouvre sur les jambes pour laisser toute la mobilité dont on peu avoir besoin. Des ceintures de cuirs lésardes ses jambes et soutiennent différents outils ou gadgets à porté de mains du gaillard. Ses traits sont fermes, son sourire celui d'un prédateur, similaire à celui de son molosse. Un croisement entre un pitbull et un démon. Sur son corps les poils sont rabattues et forment des écailles qui protègent une musculature noueuse que je constate même à plusieurs mètres de là. Sa machoîre aux longs crocs éffilés n'est pas rassurante du tout alors qu'il semble afficher un sourire narquois sur sa gueule de canidé.

- Nan. Merci je vais me débrouiller. Sympa de vous proposer.

Sans plus de cérémonie je fait mine de reprendre ma route, sachant très bien dans leur attitude qu'ils ne vont pas me laisser tranquille. C'est donc en me préparant à courir que je tombe nez à nez avec un gros type hyper barraqué qui me bouche le passage. Fait chier… Comment j'ai pu zapper qu'ils étaient deux les types qui me fixaient dans le bar ? Quel con ! Bordel… Plus grand que moi de deux bonnes têtes et large comme deux catcheurs pro, il a un certain air con avec sa bouche entre ouverte et les yeux fixés sur moi. Il ne se serait pas léché les babines quand nos regards se sont croisés j'aurais cru qu'il allait me proposer un rencard.

- Dommage, Gruntus voulait se faire un nouveau pote.

Immédiatement la main du dénommé Gruntus se lève pour me saisir par la tête comme une pince de fête foraine. Le voyant venir je m'appuie sur son bide et propulse en arrière. Si les trois se jettent sur moi je suis mort, ils n'ont pas l'air d'être des petites frappes. Cloud me tombe dessus et le stratus empli l'espace alors que je fais maintenant face au tavernier. Le gros n'a pas était recouvert, j'ai réussi à sauter assez loin. Tout proche à ma gauche une maison me protège un angle complet. Je ne dois plus être qu'à une dizaine de mètres du grand au manteau. Avec un second brouillard en sortant de celui-ci combiné à un Arcus je dois pouvoir le prendre au visage. En retombant je peux peut-être limiter les actions du cabot. Mon plan d'action me paraît bancale, mais je ne vois rien d'autre alors que je cours vers l'extérieur de Cloud en me préparant à bondir.

- Tutut… Pas la peine de s'énerver.

Ni l'animal, ni son maître n'ont bougé ne serait-ce que d'un milimètre. Pendant une fraction de seconde j'ai l'impression que le temps s'arrête. Je suis en l'air, mais je n'avance plus, j'ai presque l'impression de planer, mais ma cheville me lance d'un seul coups et je revient à la réalité en me fracassant au sol. La main de la montagne m'a attrapé en plein vol alors que Cloud auraît dû lu boucher complètement la vue. Je ne suis surement pas le voyageur le plus rapide, mais tout de même, il m'a cueilli avec une telle simplicité. Pas de mouvement brusque pour le moment alors qu'il me soulève par la jambe.

La tête en bas, les bras ballants et le bas du t-shirt qui me descend jusqu'au cou je cherche une échappatoire alors que ses camarades se radinent. Cloud se divise pour me recouvrir les poings qui ne sont qu'à une dizaine de centimètres du sol. Mes bras remontent le long de mon corps et redescendent dans un même geste. Le double Arcus me soulève avec force et je profite de l'élan que j'ai pour abattre ma jambe libre sur le crâne du gorille. Il me lâche et je touche terre en faisant face au chasseur armé d'une barre métallique avec une sorte de crochet au bout. A ma gauche le molosse montre les crocs et se met à grogner. L'autre géant m'empêche de reculer et la maison qui était jusque là un avantage se retrouve à me faire prisonnier.

Deux grandes paluches me maintiennent les bras dans le dos quand la griffe d'acier se plante dans mon pectoral gauche. Elle fouille l'intérieur de mon torse quelques instant puis elle est retiré d'un coup sec qui me fait lâcher un cri de douleur.

- Voilà… Avec ça on va très vite se revoir.
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Lun 15 Jan 2018 - 1:09
Troisième jour

La phrase du chasseur s'est enchaînée par un trou noir de vide total. D'un certain côté je me dis que je me suis peut-être tout simplement réveillé, mais la sensation n'était pas la même. Je suis presque sûr qu'ils m'ont assommés, mais qu'est ce qu'ils ont foutu de mon corps après ça ? Ça pu… Ca pu grave… Et ca ne vient pas seulement de l'odeur d'oeufs cramés qui m'arrive de la cuisine. Adrien s'est mis en tête de préparer une partie du petit dèj, mais la cuisine n'a pas l'air d'être l'un de ses talents cachés. De la fumée dans l'appartement dès le matin ça réveil, pas le temps d'avoir la tête dans le cul. En descendant les escaliers quatre à quatre je me rend compte qu'il y a déjà quelqu'un qui est venu à la rescousse des oeufs au plat. Une jeune femme brune, sûrement notre ainée d'un an ou deux le regarde avec un air moqueur le sourcil droit relevé qui interroge mon camarade sur comment il a fait ça. Dans d'autres circonstances Adrien se serait énervé contre tout le monde parce qu'il avait fait de la merde et sa fierté lui aurait intimé que cela ne pouvait pas être de sa faute, mais pas cette fois.

À moitié grimpé sur le plan de travail il est sous le charme, à force de le cotoyer je sais quand ça lui arrive. Sa tête fait des allers retour entre la poêle, parce que la demoiselle lui donne un cours et la demoiselle elle-même qu'il scan plus ou moins discrètement de haut en bas. Et je le comprends un peu pour le coup. Elle ne doit pas dépasser le mètre soixante-dix,  possède des rondeurs que sa robe de chambre ouverte et son pyjama mettent en valeur plus qu'ils ne les cachent quasiment pas. Un corps fin qui avec sa taille donne l'impression qu'elle est une de ses jeunes gymnastes dont le sport a altéré la croissance. Le pire ce sont ses yeux. Un vert pétillant qui fait buller Adrien, mais il est temps que je le sorte de son compte de fée. Une tape sur l'arrière de la tête pour signaler ma présence et je commence à charrier mon ami tout en entamant les salutations.

- Préviens la prochaine fois que tu touches à la cuisine, qu'on sorte les extincteurs… Bonjour, moi c'est Tommy !

- Élise, enchanté.

Elle me répond pendant qu'on se fait la bise et nous commençons à blaguer gentiment sur l'échec d'Adrien avec le petit déj. Sympa en plus, le courant passe bien, elle est sympa et cuisine plutôt pas mal, ou en tout cas, elle sait faire cuire des œufs. Finalement je remonte chercher un manteau et une écharpe et je sors après avoir enfilé mes baskets. Le soleil de la montagne est vraiment agréable, même de bon matin. D'après les indications de nos proprios je ne met pas longtemps à trouver une boulangerie pour prendre des croissants et des pains au chocolat pour six personnes.

Quand je rentre en ayant profité un peu de la blancheur et de la fraîcheur du village, tout le monde est levé et installé autour de la table. Avant de retirer mon manteau j'envoie un sachet de viênnoiseries faire un baptème de l'air avant d'être réceptionné par Adrien. Un bol rempli de café je viens me poser sur une chaise vide en attrapant un croissant au passage. Entre deux bouchés nous nous posons des questions sur qui fait quoi, d'où ils viennent et surtout comment chacun s'appelle. On apprend donc qu'au départ c'était un groupe de quatre nanas qui se font des virées entre amies de temps en temps pendant les vacances. Le troisième mec présent, Dimitri, est le petit copain d'Irina, une grande blonde d'un mètre quatre-vingt alors que lui fait déjà un bon mètre quatre-vingt-dix, deux mètres. Ils sont étudiants en psycho et forment un couple sympa avec elle qui est dynamique et lui plutôt posé. La dernière présente après Élise qu'on a déjà vu c'est Marine, une étudiante en commerce avec les cheveux chatains noués en chignon sur le haut de la tête et un air sérieux derrière ses lunettes carrés. Élise, elle, fait du marketing, mais ça Adrien a déjà l'info. Il est à fond ce con.

On fini par sortir du chalet après s'être tous préparé dans l'idée d'aller glisser le plus vite possible. Nous allons d'abord acheter les forfaits pour ne pas trimballer le matosse pour rien. Tout se passe tranquille, tout le monde en a déjà fait et on est tous plus ou moins habitué à la descente, donc pas besoin de cours pour qui que ce soit. Tout les six j'ai l'impression qu'on est potes depuis un bail. Sans se concerter, ou sans nous concerter surtout, on a été intégré à la bande et on est tous partie du principe qu'on passerait la quasi totalité de la semaine tous ensemble. Au final ce n'est pas plus mal, on ne sera jamais seul si Adrien ou moi n'avons pas envie de skier. La semaine promet étant donné qu'ils ont commencé comme nous la semaine de vacance en buvant une certaine quantité d'alcool. Nous allons bien nous entendre.

Le location ne prend pas longtemps, nous avons quatres skieurs et deux surfeurs, Marine est la seule avec moi à prendre une planche. Nous prenons ensuite la direction des piste, chaussés et prêt à faire notre première descente, nous fixons nos attaches et faisons connaissance avec la neige. Une sensation agréable que je n'avais pas ressenti depuis longtemps et qui commençait à me manquer. Passer d'un quart de la planche à l'autre pour prendre de la vitesse en faisant des virages courts. Télésiège dès le départ, aucun d'entre nous n'a soumis l'hypothèse de prendre un tire-fesses pour commencer par une verte et se mettre en jambe. J'aurais peut-être préféré. Nous sommes par trois sur le télésiège, je discute tranquillement avec le couple qui trouve que notre arrivée est tout bénef. Ils rencontrent des gens sympa et ils paient moins chère le logement. Je leurs demande si ils skient souvent. Irina me répond que chaque année depuis 4ans elles alternent été et hiver pour partir au moins à quatres filles et donc le ski remonte à deux ans pour elle. Dimitri lui a de la famille en suisse chez qui il va souvent et en profite pour skier dès qu'il le peut. Il y est d'ailleurs allé à Noël.

Nous arrivons au sommet, c'est là que la journée commence vraiment. Les trois autres nous ont attendus et arborent tous un sourire jubilatoire. Marine a déjà reverrouillé son pied de poussé sur sa board et je me dépêche dans faire de même en me jetant à moitié dans la neige. Tout le monde m'attends en faisant des commentaire sur la neige a l'air au top. L'excitation grimpe chaque seconde un peu plus et au lieu de me relever je me met dans le sens de la piste et commence déjà à glisser.

- Alors on y va !?! Grand sourire aux lèvres, je suis descendu d'une vingtaine de mètres au bord de la piste.

Ils pivotent tous vers moi et se mettent tous en mouvement. Je suis dos à la piste en leur souriant à pleine dents et fait un petit saut pour me placer quand ils se rapprochent et je m'élance à mon tours.

- Le dernier arrivé fait la vaisselle !!

Faire la course dès la première descente ? Pas vraiment la bonne idée, mais bon… L'échauffement se transforme en compête et je m'agenouille à moitié en zigzaguant sur la neige. En passant d'un quart à l'autre, la vitesse augmente vite et je sème Élise  Adrien est en schuss et nous garde la tête pour le moment. Marine est devant moi, mains dans le dos et semble extrêmement sereine alors qu'on prend de la vitesse. Ses mouvements sont propres et sans accros, c'est super préçis et badant. Depuis que j'ai 13 ans à chaque fois que je viens à la montagne c'est pour faire du snow. Déprimant… Si elle me dit que ça ne fait pas longtemps qu'elle en fait je pars me perdre en montagne…

Irina est juste à côté de Marine et a comme la première une technique précise qui sans être extrèmement rapide, est gracieuse et fluide. Je n'arrive en tout cas pas à les rattraper elles ou encore Dimitri qui colle au train d'Adrien qui n'en démord pas. Une bosse va faire toute la différence dans la course. Le premier ne la voit pas arriver, décolle de plusieurs centimètres et l'atterrissage le destabilise. Il manque de se casser la gueule mais se rattrape d'un planté du bâton, se foutant sur le côté en dérappant. Le suisse était trop proche et a perdu en vitesse au moment du saut, mais aussi après car il s'assure qu'il n'y a rien de cassé. Les deux filles devant moi ralentissent pour prendre des nouvelles alors qu'il repart quand moi je me plis sur ma planche pour prendre de la vitesse. Et gueule à mon ami sans aucune crainte pour son état de santé.

- J'en connais un qui va être de corvée de vaisselle !

Dans mon élan je double Dimitri qui n'est pas encore repartie à fond et je lui fait un coucou de la main en passant à côté. Le grand sourire que j'affiche à ce moment là s'efface quand Élise passe entre nous et nous double sans vergogne. Sans se regarder on se penche tout les deux un peu plus en position de schuss. La dernière centaine de mètres qui nous sépare du bas de la piste ne subit pas de changement entre nous trois. Dimitri ne ratrappe pas Élise alors que je le suis tant bien que mal pour finalement arriver quasiment en même temps que les trois qui arrivent derrière nous. On éclate tous de rire devant notre connerie collective et on se tape les mains entre nous pour nous féliciter de cette première descente à toute berzingue.

- Ça va Adri, plus de peur que de mal ?

- Ouai t’inquiète je suis pas en sucre. Me lance-t-il en riant et en commençant à avancer vers le télésiège suivant.

Puis les descentes s'enchaînent sans accros, nous montons et descendons à toute allure ou plus calmement en profitant des paysages. Le repas du midi se compose d'un sandwich pour la plupart car nous sommes tous pressé de continuer à découvrir les pistes de la station. La neige est très agréable sur la majorité des pistes, ni trop gelée, ni trop molle à cause du soleil. Sous le casque je commence à avoir chaud et les jours suivants il restera sûrement au châlet remplacé par un bonnet. À part ça, rien de notable à part que Marine ne fait du snow que depuis 3ans et que jusque là elle faisait du ski... Heureusement que je fais pas tout ce que je dis sinon je serais déjà loin dans les montagnes.

Au final nous rentrons après une première journée de ski qui est tout de même douloureuse pour les articulations et nous ne faisons pas long feux. Skier jusqu'à la fermeture nous a claqué. Pas de sortie ou de resto ce soir pour ne pas se coucher trop tard. Nous ne sommes que quatre à prendre un verre sur la terrasse, les deux dernières étant parties se coucher. Téléphone en main j'écoute les conversations d'assez loin après m'être demandé si je devais ou non envoyer un message à Chloé. Ils font un état des lieux pour savoir qui est en couple au sein du groupe, ils sont un peu trop alcoolisé là je crois, mais la discussion me fait sourire.

Marine annonce être célibataire avec un sourire qui en dit long, d'ailleurs elle est loin la première impression de la première de la classe… Après le petit déj les lunettes ont sautées et le chignon aussi, ce qui laisse une nana plutôt mignonne faire de l'œil à Adrien. Après une énième gorgée Dimitri se sent obligé de rappeler qu'il sort avec Irina et Adrien qui fait semblant de ne pas voir les regards de la demoiselle annonce être libre comme l'air. Finalement, et logiquement, le tour de table se termine par moi et sans trop réfléchir je lâche que je suis célibataire. Sans préciser que c'est depuis deux jours ou bien qu'il s'agit d'un break, juste que je suis seul. Pour ne pas croiser le regard d'Adrien je me re-penche sur mon tel.

N'ayant finalement pas envoyé de message, je pense à autre chose. En rapport avec Dreamland cette fois. Je me connecte au site des voyageurs pour chopper des infos. Voir si il y a déjà eu des cas de voyageurs pris en otage par une créature enfermé je ne sais où ou si on avait un moyen de se défaire de marques comme celles là. Sans grand succès… J'ai du mal à croire que je suis le seul dans cette situation, mais bon… Il ne sont surement pas nombreux ceux qui veulent bien dire au monde entier qu'ils se sont fait mettre ne PLS par une créature cauchemars (ou des rêves on ne sait jamais). D'ailleurs, je n'ouvre même pas de topic pour demander des conseils… Fierté de voyageur surement…

A côté de moi la conversation bat son plein, je relève la tête de temps en temps en buvant une gorgée du whisky qui a été servie et choppe une phrase ou deux au passage. Ils ne sont plus sur des sujets couples, loin de là, ils sont sur de la psychologie. Un sujet qui semble faire sautiller Dimitri sur place, j'y vois là un étudiant qui est content de la voie qu'il a choisi et ça fait plaisir à voir. Dieu, la création, l'état de l'homme, l'âme, la conscience et voilà qu'il est déjà minuit. Ils sont lancés comme pas possible, mais même moi qui n'ai pas particulièrement participé au débat j'ai apprécié les écouter débattre. L'un créationniste, l'une chrétienne alors qu'Adrien est hâté, c'était assez drôle a écouter. Je pose mon verre près de l'évier après avoir topé les trois autres et je monte me coucher.

Étonnamment, je suis claqué, mais n'ais aucune envie de traverser le miroir…
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Mar 16 Jan 2018 - 1:33
Troisième nuit

- RASCASSE AMÈNE TOI ! LE ROUQUIN EST DE RETOUR !

J'ai l'impression d'être dans le gaz, mes yeux ne veulent pas s'ouvrir et me paupières sont lourdes ce qui me crée un genre de voile devant les yeux. Ma poitrine me fait mal, j'ai l'impression que chaque respiration pourrait la faire exploser en morceaux. Et la voix rauque qui gueule à mon arrivée me ferait presque mal à la tête. Assied sur le sol je suis adossé à ce qui me semble être des barreaux et en levant la main je peux toucher le plafond. Un cage d'à peine un mètre de haut donc, c'est bon y a pas de doute, le truc dans ma poitrine m'a fait revenir exactement au même endroit que là où ils m'ont surement jeté la nuit dernière. Mon voile devant les yeux se dégrade petit à petit et j'y vois un peu plus clair.

Une hutte  dont les murs intérieurs sont quasiment les mêmes que ceux extérieur dans le village la nuit dernière, je n'ai pas trop bougé au moins. Au mur sont accrochés des peaux, des armes, des os et certains éléments sont sous vitrines, certainement des trophées de chasse ou d'affrontement. La cage dans laquelle je me trouve est effectivement plutôt petite et tout en acier, ou dans un matériau qui lui ressemble. Mis à part d'autre caisses vides comme la mienne il n'y a pas grand chose dans la pièce. Quelques meubles servants de support pour tout un tas de babioles ou de sacs et d'autres contenants qui masquent leur contenance. La pièce est éclairé par deux ouvertures dans les murs sur les côtés et en face de moi il y a une peau laissé à pendre comme un rideau pour séparer deux pièces. Ce qui me met le plus mal à l'aise c'est le regard du molosse pointé sur moi en retroussant ses babines.

- Bien passé la journée l'rouquin ? Me lance-t-il avec une certaine teinte de mépris dans la voix et un rictus derrière ses crocs.

Derrière le chien qui m'adresse la parole une main soulève la toile en peau et c'est le grand mec d'hier soir. Sa veste n'est pas sur ses épaules, mais il n'est pas difficile à identifier, tant dans sa stature que dans son expression faciale. Le même sourire sur la face. Il entre dans la pièce en replaçant son holster qui soutient une sorte de pistolet au canon très large et certainement de gros calibre. Sont pas est léger et assuré sur le sol en pierre de la cabane. Qui fait ça ? Mettre des dalles de pierre aux formes irrégulières au sol pour une cabane en bois, c'est pas très esthétique en plus, mais bon. M'attarder sur tout ces petits détails me permet de chercher à comprendre ce que je fait ici et pourquoi je suis là, mais surtout cela me fait oublier que je suis emprisonné face à un type armé. La mâchoire de le n'autre canidé, n'est pas plus rassurante.

- Salut gamin. Bienvenu chez nous ! La chambre n'est pas trop étroite j'espère ?

Je ne répond rien et me contente de le regarder un instant, avant de poser mes propres questions.

- Qu'est-ce que vous me voulez ? Vous tuez du voyageur pour rien ?


- Effectivement, ça nous arrive, mais le plus souvent on les revend à l'aide de ces petites merveilles de cages. Mais Gruntus t'as trouvé marrant. Il voudrait jouer avec toi et j'avoue qu'il n'est pas le seul. Hein Blob ?

Le chien aboie un coup comme si c'était une façon pour lui de rire et il affirme être intéressé lui aussi alors que sa langue fait le tour de ses babines en signe d'appétit.

- Donc on va te proposer un jeux.

- Proposer ?! Lancé au tac au tac ma réflexion lui élargie le sourire.

- Et bien oui, tu as le choix de refuser et de mourir. Rien que ton nuage peut nous rapporter une petite fortune. Et voyant l'étonnement sur mon visage il éclate de rire avant de reprendre. Il ne te quitte pas pendant ton sommeil mais si tu devais mourir tu crois vraiment qu'il va disparaître. L'arrogance des voyageurs est vraiment incroyable. Après vous, la fin du monde hein ?

Certe, encore une créature qui me mouche en me mettant face à la réalité des choses. C'en ai déprimant de savoir qu'on peut si facilement nous donner le mauvais rôle, mais on ne correspond pas tous à la description qu'il fait de nous.

- Que tu crois… J'ai surement tué moins de créatures, même cauchemards, que tu n'as tué de voyageurs. Qui est la pourriture entre nous deux ?

- C'est qu'il a du répondant le gosse. Mon regard se pointe vers le molosse qui se met à grogner alors que l'on s'affronte du regard pendant un instant.

- Que veux-tu, c'est mon boulot. Toujours ce même rictus plein de fierté. Mais revenons aux choses sérieuses. Nous sommes trois chasseurs et aimons chasser du voyageurs, sauf que ça fait quelques semaines qu'on en a pas croisé. On était occupé ailleurs par une affaire qui nous a rapporté gros. Donc pour nous éclater et nous remettre en jambe,... Il s'arrête une seconde pour se baisser et être à ma hauteur. C'est toi que nous allons chasser. Tu vas fuir et courir autant de nuits que cela nous amusera car ce qui se trouve dans ta poitrine est lié à cette cage et t'y ramènera toutes les nuits. Donc si on ne te trouve pas, tu seras là. Si on t'amoche trop et que tu ne peux plus courir, tu seras là le lendemain pour courir encore plus. On essayera de pas te buter promis. Et quand on en aura marre, on te vendra.

À ces mots une autre voix fait son irruption dans la conversation, mais dans ma tête seulement.

- Gamin. J'espère que tu ne compte pas essayer de fuir ou de te laisser capturer. Si tu ne trouves pas un moyen de quitter se royaume libre et avec la clef. Crois moi que je te briserais avant que tu n'ais le temps d'avoir des regrets. Prends garde.

FUCK ! YOU ! ALL ! Je vais finir par les haïr ces créatures de merde.

- J'accepte.

- Bien, très bien gamin.

Les barreaux qui nous séparent remontent à la verticale et le chien me saute à moitié dessus en aboyant deux fois, pour finalement sourire en montrant ses dents en me fixant toujours plus intensément.

- Ne tente rien avant de sortir du village. Tu le regretterais fortement.

Ils s'écartent tout les deux de devant l'ouverture de la cage et j'en sors calmement sans leur adresser un seul regard. J'époussette ma veste en simili cuir noire et tire sur ses deux pans pour la déplisser. En dessous d'elle un t-shirt blanc avec un imprimé de barreaux me met mal à l'aise tellement il représente bien ma situation et mon pantalon sombre est élastique et me laisse libre de mes mouvements. Avant d'ouvrir la bouche je tape mes baskets montantes au sol avec le talon et la pointe du pied pour être sûr qu'elles ne me gênent pas.

- Combien de temps d'avance ?

- Mh… 20min ça te va ?

- Tu ferais mieux de courir vite car je risque pas de te perdre, t'empeste le voyageur.

Sur ces bonnes paroles je traverse la pièce et son ouverture pour me diriger vers la sortie. Je m'étire en traversant la pièce principale, à la fois pour me déstresser et pour me préparer à la suite des évènements. En passant je vois Gruntus à une table en train de manger un énorme morceau de viande avec les mains. Il me regarde et me fait un salut de la main en souriant à pleines dents. Etonné, je lui rend son salut, ne m'attarde pas plus longtemps et ferme la porte derrière moi sans la claquer. De nouveau dans le village je me calme une seconde et respire un grand coup, puis sans plus attendre je trace entre les maisons.

Quelques gars se retournent en m'entendant arriver, mais je crois ne pas réussir à décoller, ma peur collé au visage car j'avoue flipper ma race pour le moment. Certains se foutent de ma gueule en rigolant et d'autre m'encouragent à courir plus vite pour me charrier. Slalomant entre ceux qui reviennent d'une chasse fructueuse avec leur proie sur l'épaule ou dans leur sac je manque de tomber à plusieurs reprises et puis je sors finalement du village par là où j'y suis rentré la nuit dernière. Sans jamais ralentir ma course et focalisé sur le besoin de fuir.

Mes réflexions vont aussi vite que mes jambes pendant que je cherche une stratégie pour augmenter ma durer de vie. Les différentes possibilités défilent comme les arbres dans mon champs de vision. Je peux m'élancer sur le côté immédiatement et tailler à travers bois pour me planquer au milieu de nul part entre les arbres, les branches et les monstres qui s'y baladent. Ou bien je retourne au croisement et je prend l'une des deux autres direction, mais dans ce cas là si le clebs réussi vraiment à me pister ils pourront me retrouver et se déplacer en toute simplicité. Gruntus a montré qu'il était rapide, je peux difficilement lui faciliter les choses en utilisant un chemin ouvert et bien dégagé. C'est sur cette idée que je fais mon choix et tourne quasiment en angle droit.

D'un bond je sautes par dessus le tronc d'arbre qui borde le chemin et je m'engouffre dans la forêt. Toujours aussi massifs les arbres laissent un certains espaces les uns entre les autres pour ne pas se marcher dessus, mais entre eux il y a des arbustes qui tentent de se faire une place tant bien que mal, des buissons et des rochers parfois in-sautables ou in-escaladables. Ceux là me forcent à faire un détour ou à trouver un autre passage. Je cours à perdre haleine au hasard sans savoir où je vais, mon seul but étant de mettre le plus de distance entre eux et moi. Cela doit à peine faire cinq minutes que je sprint sans me retourner et j'ai constamment l'impression qu'ils sont dans mon dos. Un fossé devant moi et je fais un saut pour le traverser d'une traite, mais quelque chose m'attrape la jambe.

Mes poumons sont compressés contre ma cage thoracique alors qu'on me fait tournoyer à toute vitesse et je ne peux même pas lâcher un souffle. J'ai l'impression d'asphyxier quand cela s'arrête avant un dernier arc de cercle, à la verticale celui-ci et je m'écrase contre le sol. La prise sur ma cheville s'évapore et c'est le dos de ma veste qui se fait agripper alors que je suis face contre terre à essayer de me remettre du choc. On me soulève nonchalamment alors que le dessus de mes pieds est toujours au sol à traîner dans la verdure. On me fait tourner pour que je sois face à ce qui m'a agressé et je me force à ouvrir les yeux.

Un gorille, ou bien un singe extrêmement balèze. Il me renifle précautionneusement, laissant mon visage à quelques centimètres d'une mâchoire avec des canines beaucoup trop longues pour un herbivore. Alors que je me préparais à prendre appuie sur le sol pour me balancer vers l'avant  et lui mettre mon genoux où je le pourrais, il saute en m'emmenant avec lui. Un choc et il me lâche, je dégringole et me prend plusieurs branches que je n'arrive pas à attraper. Sur le dos, étalé au sol, après un atterrissage douloureux je regarde ce qui se passe au dessus de moi alors que des gouttes de sang commencent à couler à côté de moi. Une sorte de plante piranha pendu à une branche ressort ses crocs du corps qu'ils viennent de tuer et elle commence à l'engloutir. Le filet rouge s'amenuise pour finalement disparaître et ne laisser qu'une flaque pourpre au sol. Je me relève du mieux que je peux et reprend ma route sans plus m'attarder. Ma seule espérance c'est que je ne leur fonce pas dessus.

Il doit rester quelques minutes avant que mes trois poursuivants ne partent en chasse et je veux profiter de chaque secondes. La nuit va être longue à courir et à m'acharner dans tous les sens pour fuir des mecs dont je ne connais ni les capacités, ni la force. Rien d'insurmontable on me répondrait sûrement, je fais ça à chaque affrontement, à foncer dans le tas tête baissé sans chercher à obtenir des infos sur mes adversaires. Et on aurait pas vraiment tord. Mais il y a une différence entre la situation d'aujourd'hui et foncer dans le tas délibérément ou se faire agresser par surprise. Les deux camps ne savent rien l'un de l'autre le plus souvent et on se découvre petit à petit au fil des échanges... Il faudrait peut-être que je change ma façon d'agir et réfléchisse un peu si je ne veux pas mourir bêtement.

C'est tout de même un grand paradoxe de Dreamland. Un monde qui nous offre les pouvoirs et la liberté d'arpenter ses terres, mais qui risque de nous reprendre son cadeau à tout instant. Une épée de Damoclès constante, qui, allié à l'impression de liberté et de puissance qui nous pousse à en faire toujours plus, se trouve d'autant plus proche du moment où la lame nous tranchera la nuque. Certe la mort ici ne nous fera pas mourir dans la réalité, ce n'est qu'une fin parmi d'autres, mais je pense que revenir à des rêves basiques après les aventures de Dreamland doit quand même laisser un vide.

C'est fou ce que divaguer et penser à tout comme cela me permet de me calmer et de faire le tri dans mes idées. Finalement une idée s'immisce dans mon crâne et se fait de plus en plus insistante. Peut-être peux tu les battre. Tu n'as pas survécu à Dreamland pour finir esclave ou mort sous les coups de quelques chasseurs qui souhaitent se divertir. Je me force à ne pas réfuter cette théorie ce qui me donne un peu l'impression de devenir schizophrène. Vous les connaissez ces petites voix qui discutent dans votre tête quand vous réfléchissez et que deux idées incompatibles se rencontrent et tente de faire plier l'autre. D'habitude on finit pas choisir un camp ou ne pas choisir du tout avant de penser à autre chose. Sauf que cette fois j'ai besoin que tout le monde soit d'accord dans mon crâne de piaf.

Quoi de mieux qu'une petite chute dans le vide pour remettre en place les idées de tout le monde. Ce qui se produit quand à avoir grimpé  une zone de pierre et de terre un peu plus haute que la précédente. Le chemin s'arrête net et en dessous, 6-7 mètres plus bas il y a un bassin d'eau. Alors oui c'est sûrement risqué, mais toutes mes petites idées se sont mises d'accord sur le fait que le plus important c'est la survie et avec un animal à l'odorat bien développé c'est la meilleure idée que j'ai et surtout la seule En recroquevillant mes jambes devant mon torse avec mes bras les encerclant je limite le choque que je subis en percutant l'eau. L'eau n'est pas vraiment froide, je profite de la sensation de calme qu'on ressent à moitié en apesanteur dans un liquide. Je dois être à plusieurs mètres sous l'eau et je n'ai pas touché le fond, mais je reprend conscience d'où je suis et du risque que je prend à rester ici. Tant au niveau de ce qui me cours après que de ce qui pourrait se trouver dans l'eau. Sans attendre je commence une brasse rapide pour remonter droit vers la surface jusqu'à ce que je puisse prendre une grande bouffée d'air.

Après avoir rapidement secoué la tête pour me débarrasser du surplus d'eau qui me coule des cheveux jusqu'aux yeux, j'entame un crawl soutenu et me rapproche très rapidement de la rive. Pas le temps de penser à me sécher, je fait de allers-retours machinaux sur l'axe de mon cou et choisi la direction qui semble être la plus éloignée du village en commençant à courir. Un parfum de regret imprègne ma salive et mon esprit est focalisé sur une seule chose, une vision qui me fait sortir de la forêt avant de tomber à genoux, de l'écume au lèvre pour finalement disparaître dans un nuage. La vision est accompagnée d'une douleur sourde et le mélange des deux fait lâcher mes jambes qui me laissent tomber réellement à terre cette fois. L'esprit clair, il ne reste dans mon crâne que le sourire carnassier de la créature du royaume des regrets. Le message est passé, je cherche le chemin qui me rapprochera le plus village pour reprendre une nouvelle fois ma course après avoir lâché un juron.

Les cris de prédateurs affamés ou en rut (je ne suis pas un spécialiste), continuent de me donner mal au crâne après l'intrusion de l'autre encagé et je commence à fatiguer de courir comme ça. Les coups du singe de tout à l'heure me font mal à chaque foulée et m'obligent après une dizaine de minutes de course supplémentaires de m'arrêter. Posant une main sur un arbre et l'autre sur mon genoux pour respirer une seconde avant de me mettre à marcher plus tranquillement toujours dans la même direction. Le fond de couleur sur lequel sont plantés les arbres est la seule chose qui change petit à petit. Un gris sombre s'impose petit à petit entre le marron des troncs, un mur gigantesque de granite qui me surplombe littéralement. Et surtout qui m'empêche d'avancer.

Bien... Ça doit être ça qu'on appelle être pied au mur. Pourtant c'est pas faute de l'avoir devant mon nez. Ce qui ne m'avance pas plus car je ne sais toujours pas qu'elle route je ferais mieux de prendre. Gauche ou droite, aucune idée, mais en attendant je m'adosse à la parois pour finir de reprendre mon souffle. La tête levé vers les hauteurs, l'idée d'escalader me vient et repart aussi vite quand j'entends un bruit. Un coup de tonnerre qui déchire la forêt et se répercute en écho contre la pierre. Les animaux qui le peuvent s'envolent, d'autres crient et comme si c'était contagieux je me retrouve moi aussi à courir le long de la paroi pour m'éloigner le plus possible, autant que mes jambes me le permettent en tout cas. À un rythme irrégulier de nouveaux cris d'animaux se font entendre, ne sont plus annonciateurs de peur ou de fuite. Je me calme et décide de continuer à contourner la montagne en marchant car je sens que je ne supporterais pas un affrontement si je dois me battre.

Ma progression est stoppée par une cascade qui tombe de la montagne pour rapidement se transformer en torrent complètement impraticable pour moi. Je longe les rapides en espérant trouver un gué et de nouveaux s'élèvent entre les arbres. Des bruits de courses et de pas particulièrement lourds. Après une rapide analyse de la situation je saute sur un rocher pour prendre de la hauteur et appui sur un arbre pour rebondir sur un autre. J'atterris sur une branche plutôt large et je m'y bloque pour ne plus bouger Le contact avec l'humidité de la végétation me fait remarquer que j'ai plutôt bien séché après la tête que j'ai piqué tout à l'heure. En-dessous de moi sur le sol passe en courant la silhouette massive de la grosse brute. Sa tête pivote sans arrêt de droite à gauche, à ma recherche je suppose, mais il continue sa route au fil de l'eau. Un peu plus d'une minute plus tard arrivent à un rythme souple les deux autres membres du trio.

D'abord à un rythme soutenu, puis le chien ralenti et je me retiens de cracher un juron. Il aboie avant de dire quelque chose à son maître qui a continué sur quelques mètres avant de se tourner vers son camarade à quatre pattes. Il se mettent à scruter les environs ainsi que la rive opposée avant que le grand siffle un puissamment entre ses doigts. Sans bouger sur ma branche je les observe, inquiet d'être caché à moins d'une dizaine de mètres d'eux. Je ne pense pas avoir donné l'impression d'être le genre de type à faire de l'escalade sauvage, mais je pris pour qu'ils n'aient pas l'idée de regarder en l'air. Sauf que pendant ce temps là, je ne fais pas gaffe à d'autres dangers car le plus gros risque dans mon esprit, est en dessous de moi. C'est sans compter sur un sifflement qui retenti au-dessus de moi. Au départ murmure inexistant je finis pas lui accorder mon intérêt et tourne la tête doucement pour bêtement pousser un cri. Sérieusement, je me serais foutue une baffe si j'avais que ça à faire.

Enroulé autour une branche en amont de la mienne, à trois mètres à peine une sorte de cobra de la taille d'un anaconda se rapproche en me fixant. Ses pupilles fendues et sa langue qui surgit par accoues entre ses crocs me font flipper. Dos à la branche après avoir manqué de tomber de mon perchoir, l'animal a toute mon attention alors que je m'écartes du tronc vers le vide. Son corps sur la branche bouge à peine alors qu'il s'étend au-dessus du vide dans ma direction. J'essaye de réfléchir à des réactions possibles, à des façons de sauver ma peau. Avec l'Arcus, au mieux je pourrais bloquer un coup de mâchoire, mais je ne supporterais pas sa masse qui va me faire tomber ou m'écraser. C'est peut-être même la branche qui va craquer. Le brouillard ne mènera nul-part, il me semble que ces bêtes là... Ho et puis merde !

Rapidement redressé pour mettre les pieds sur la branche je ne cherche pas longtemps à me stabiliser et saute en direction du reptile. Sa ma mâchoire s'ouvre et sa tête recule comme un élastique qui se prépare à partir dans la direction opposée. Cloud s'allonge sous sa forme cylindrique au moment où l'élastique lâche et les crocs me foncent dessus. Le nuage tient le danger à distance avant de se faire aplatir sous la pression des mâchoires. J'attrape le corps de l'animal à l'endroit où il quitte la branche qui était au-dessus de  Un coup de feux retentie mais semble ricocher sur  l'animal qui tourne la tête vers le tireur. Sans attendre je saisis la branche alors que le serpent se déroule et commence à descendre vers le sol. Un grand cri et des aboiements quand Gruntus surgit dans mon champs de vision et choppe l'animal à la tête. Mais pas le temps de regarder le match, en plus je n'ai pas de pop-corn et je saute sur la prochaine branche avant de recommencer et ainsi de suite pour fuir.

Un nouveau coup de pistolet, de l'écorce qui craque et saute, mon pied qui glisse, ma main rate sa prise et je descend d'un étage en me mangeant la branche dans le bide. Le souffle coupé mes bras se crispent autour de la branche pour ne pas tomber. Me relevant petit à petit j'entends le chasseur atterrir sur une branche du même niveau que la mienne. Plein d'assurance, son arme est baissée et il me regarde avec ce regard de fierté typique de celui qui se voit déjà vainqueur avant même le premier échange. Réaction qui a le don de m'énerver, surtout dans une situation comme celle-ci où je me trouve à fleur de peau après avoir été pris en chasse pendant je ne sais plus combien de temps. Sauf que pour le coup, je me vois mal me faire pourchasser dans les arbres en terrain inconnu par mec équipé d'arme à feux.

Sans plus attendre je saute sur une branche qui m'éloigne du chasseur et je recommence une nouvelle fois. Un coup d'oeil derrière et je m'assure qu'il me suive bien. La troisième fois à l'atterrissage je plis les jambes et les détend immédiatement pour retourner sur la branche que je viens de quitter. Son arme n'est déjà plus dans sa main et nous commençons à enchaîner les coups et les parades. Un crochet que je pars avec mon avant bras droit qui repart directement en direction de sa mâchoire. Vivace, il se décale et m'attrape le bras. D'un saut vers l'arrière je me retrouve à l'horizontale dans les airs et il semble tout déconfit quand la gravité fait son effet en l'entraînant dans ma chute. Il me soulève d'un seul coup sans me lâcher. À bout de bras au dessus du vide il me donne le mouvement de balancier qui me permet de lui envoyer mon tibia en plein visage ce qui lui fait lâcher prise. Un cri de colère et il trouve une nouvelle prise en m'attrapant par le cou en plein vol alors que j'allais commencer à tomber.

Il ne rigole plus quand il crache le sang que sa gencive blessée laisse couler et son regard de vainqueur a disparue pour laisser placer à celui du tueur touché dans sa fierté. Cette dureté dans le regard associé à cette flamme de haine qui lui brûle la pupille quand il me regarde dans les yeux. Sens de la vision que je suis en train de perdre à force de me faire étrangler, ce qui me fait hésiter à retransformer Cloud en Arcus pour le forcer à me lâcher et pouvoir m'éloigner de lui. Actuellement sous la fome Lenticularis le nuage n'a plus besoin que d'un coup pour me permettre d'utiliser sa foudre. Sa prise se desserre autour de ma gorge et je prend une grande bouffée d'air avant de me prendre un... Deux... Trois coups de poings dans le ventre pour finalement être à moitié assommé dans l'incapacité immédiate de réagir. Il m'approche de sa bouche pour me lancer je ne sais qu'elles insultes ou sarcasmes que je n'arrives pas à comprendre alors qu'un sifflement augmente doucement au niveau de mes tympans.

N'ayant plus vraiment d'autres idées et le peu qui restent étant trop troubles pour mener à quelque chose d'intelligent je relâche toute l'énergie qu'a emmagasiné Cloud. Un coup de tonnerre claque et une décharge électrique me parcourt les artères et me stimule un instant durant lequel je me frappe la poitrine au moment où je sens les picotements me glisser jusqu'au bout des doigts. Le choc fait mal, mais j'ai au moins l'impression d'être quelque chose de consistant et non pas un simple blob sans nerfs ou le moindre muscle. De l'autre main je lui attrape l'épaule et je frappe tant que j'en ai la force. La charge quitte mes doigts et doit parcourir ses dents quand ces dernières s'entrechoquent. Ses yeux s'écarquillent et ses doigts desserrent leur étreinte sous la surprise et se crispent ensuite. Il reste paralysé comme cela un instant et alors que j'ai eu le temps de me libérer j'attrape son arme à sa ceinture pour la retourner contre lui. Essoufflé et haletant je me force à rester debout pour garder l'arme pointée sur son torse quand il redevient maître de ses mouvements. Nos yeux ne se quittent pas et c'est de la joie qui me fusille du regard. Il commence à rire, ce genre de rire qui oscille entre la nervosité et la supériorité.

- Bien joué gamin. Tu te démerdes pas si mal que ça, on a bien fait de te prendre comme distraction, mais je voudrais pas être le seul à m'amuser.

Il siffle un grand coup et saute vers l'arrière pour presque se coller au tronc. Profitant de l'occasion je saute sur une autre branche et reprend ma fuite. Un arbre puis un autre, un atterrissage raté je me récupère tant bien que mal avec mes bras autour du bois. L'arme encore dans ma main la quitte pour rejoindre le sol. Derrière moi il y a des craquements et des secousses qui proviennent de là où j'étais précédemment. En remontant sur le bois, un coup d’œil m'apprend que monsieur muscle a réussi à monter jusqu'ici et qu'il me poursuit bien entendu.

Alors qu'il se prépare à sauter sur ma branche je lâche prise en me concentrant totalement sur Cloud. "Je sais que tu peux le faire mon vieux, allez !". Je tente de le déformer, de changer sa densité de façon à pouvoir le saisir sans trop l'alourdir, mais le sol se rapproche dangereusement. Sur le moment il me ralenti une seconde, je tente de lui faire changer de direction, mais il s'agit du souhait de trop. Toute sa surface se cristallise et l'intérieur semble faire de même car il me semble qu'il s'alourdit rapidement et devient une masse qui m'entraîne vers les racines de la forêt. Je n'ai même pas le temps de rétablir sa structure ou de chercher à le maîtriser. Il explose en un mélange de neige et de glace.

Mais pas le temps de pleurer sur les restes de Cloud. Une tripotée de crocs me foncent dessus en courant et la force de leur possesseurs n'a pas besoin d'être démontré j'ai l'impression qu'il pourrait me briser le bras comme on briserait une brindille. En me concentrant je tente de créer un Arcus, mais rien y fait, la glace reste inerte entre le molosse et moi. Tentant le tout pour le tout je saute le premier pour me rapprocher du monticule de nuage solidifié. C'est d'ailleurs en le piétinant que je passe mon avant bras sous la gorge du chien de chasse pour empêcher un claquement sourd se se transformer en claquement sanglant. Son haleine m'agresse presque autant que son poids, ce qui me motive d'autant plus à le repousser aussi fort et rapidement que je le peux. Tout en essayant de faire revenir Cloud à la normal j'arrive à le faire reculer et à me mettre en garde avant d'essuyer un nouvel assaut qui atteint sa cible et me saisie à l'épaule. En nous laissant basculer vers l'arrière je pousse avec mes bras pour le faire passer par dessus moi, mais même en faisant ça il ne lâche pas prise avant que nous touchions terre. Un grognement de douleur et de rage sort de nos gorges respectives. Pas le temps de préparer une nouvelle confrontation alors que nous nous remettons rapidement debout. Un grand bruit nous surprend tout les deux et même lui recule quand il voit arriver son camarade surdimensionné.

Dans un dernier effort avant l'impact je réussi à reformer Cloud et à frapper. Malgré que je sois plus petit que lui j'arrive à le feinter en me rapprochant de lui et à le frapper grâce à l'allonge que me procure l'Arcus. Je l'atteins au menton quand son poing se fige dans le sol. Quasiment collé à lui j'utilise un deuxième Arcus pour créer un épais brouillard qui nous recouvre en quelques secondes. Il s'agit plus de savoir ce que font les deux compagnons de massacre de ce géant plutôt que de chercher à fuir. Mais l'alternative ne veut pourtant pas se faire la malle. Pendant le court lapse de temps où Cloud s'allonge le dénommé Gruntus relève son poing du sol et avec son autre bras commence à faire de grands gestes la main ouverte tenter de me saisir. L'acuité que me procure le nuage dans ce genre de situation me permet sans problème d'esquiver ses battements de membres sans queue ni tête. Son bras inactif est armé pour pouvoir frapper dès qu'il m'aura attrapé et mon pas chassé pour me mettre hors de porté m'en rapproche. Arcus au bras je fais un bond pour lui mettre mon poing blanchâtre en plein dans son profil.

- LA TÊTE GRUNTUS !

Son bras cesse de secouer l'air et en un éclair sa main se retrouve entre sa joue et Cloud. J'utilise l'extension de l'Arcus pour me mettre hors de porté de son autre bras qui entamait un uppercut. Ce dernier touche Cloud avant de le saisir. Avec l'élan et les deux prises qu'il a sur le nuage il le soulève comme pour me faire faire un arc de cercle et m'écraser au sol. J'ai comme une impression de déjà vu avec la façon de faire du gorille de tout à l'heure. Mais Cloud change la donne.

Au travers du Stratus j'ai l'impression d'assister à un spectacle de cirque. Un duo d'équilibre dont le plus fort des deux soulèverait une poutre sur laquelle le second ferait un poirié. Pour descendre il laisse basculer ses pieds dans le vide qui prennent de la vitesse quand tout à coup, la poutre disparaît. Le second, c'est moi bien entendu et en descendant de cette poutre qui viens juste de disparaître selon ma décision, je prévois d'envoyer mes deux pieds en pleine face de mon adversaire. Une nouvelle fois on gueule que je vise la tête et cela commence à me saouler. Je percute violemment le nez et la mâchoire avec mes talons puis en le piétinant de toute ma semelle je pli les jambes avant de bondir pour rester hors de porter de ses bras. Un aboiement et juste avant que j'atterrisse le molosse entre dans la brume alors que de l'autre côté Gruntus cherche la sortie en gardant un bras tendu devant lui.

Le chien donne l'impression de savoir où je suis car il me fonce droit dessus, mais quand il saute pour me bouffer j'ai déjà le bras tenduUn second tire  une sphère d'Arcus au bout du bras. Les crocs se plantent et je pivote sur moi même en profitant de l'élan de son assaut. Après avoir fait un tour sur moi-même Cloud se dissipe et le chien s'envole en passant à côté du Géant qui sort à peine du brouillard. Plus personne n'étant à l'intérieur le Stratus change de forme et se place autour de ma main. C'est ainsi armé que je jette un oeil alentour pour savoir où est le dernier membre du trio. Un coup de feux, un aboiement et un cri de rage.

- N'oublie jamais qui est le chasseur. Qui pose les pièges et dépèce sa proie. Tu n'as jamais eu la moindre chance.

Un second tire se fiche dans le sol, prêt de moi alors que je n'ai même pas eu le réflexe de reculer ou de m'écarter, je me tiens juste en garde. Une fumée s'échappe de l'impact du dernier tire, sûrement une balle spéciale, mais quand je relève la tête Gruntus me fonce dessus, du sang au visage et une carrure qui a doublé de volume. Les yeux grands ouverts et les bras tendu vers moi je saute sur le côté au dernier moment en pivotant pour rester face à lui. C'était sans compter sur le cabot qui est déjà sur moi et plante les couteaux qui lui servent de dents dans l'épaule. Même lorsque je tombe à la renverse il reste accroché et gagne même en profondeur. Sans retenir un crie de douleur je me débat pour le détacher de moi, mais sans succès. En tout cas jusqu'à ce qu'il se détache de lui-même avant qu'un étau ne m'enserre la jambe. C'est la poigne du géant qui me presse le genoux. Dans un grognement et une seule pression de sa main je sens mon genoux craquer, un seul bruit, sec, qui produit une vibration de douleur qui me parcourt tout le corps.

Il soulève ma carcasse que j'arrive à peine à bouger, avant de m'attraper le bras gauche de sa main libre. Cette nouvelle prise me provoque une très forte monté d'adrénaline qui me permet de me débattre du mieux que je peux, mais en vain. Ma jambe que je pense brisée est inutilisable et la prise sur mon bras gauche est bien trop forte. De mon bras et ma jambe libre je bat l'air et la peau de ce Gruntus qui n'est qu'un énorme muscle visant à me mettre en pièce. Il lâche sa première prise et me laisse pendre au bout de son poing alors qu'il me tiens au niveau du poignet. C'est aussi l'épaule qui a été attaqué par le molosse qui doit soutenir tout mon poids et bordel, qu'est ce que je suis lourd... La douleur me fait passer un voile noir devant les yeux et j'ai l'impression d'être déchiré en deux... Nouveau craquement mais cette fois mon crie n'est qu'un souffle muet qui me vide les poumons de l'air qui y restait. Le voile noir revient, mais pour de bon cette fois.

Des discussions, de l'air frais et ma propre souffrance, c'est ce que je perçois en reprenant mes esprits. Je suis trainé au sol sur ce qui me semble être la monté qui mène au village que j'ai descendu un peu plus tôt. Bouger n'est pas une possibilité alors que mes yeux ont déjà du mal à s'ouvrir. Ils se marrent et se foutent de ma gueule, c'est tout ce que j'arrive à vraiment discerner alors que le sol me gratte les genoux à la recherche de plaies à ouvrir.

Rapidement nous arrivons dans le village et d'autres gens se marrent et les félicitent. Plus je ferais le mort, moins je pense pouvoir être à nouveau une cible, même si ils doivent bien savoir que je suis hors jeux. Finalement nous arrivons dans la hutte qui leur sert de repère où ils me jettent dans leur cage. Ce pourrait il que ne pas être dans leur cage à la fin de ma nuit me permette de réapparaître n'importe où ?... Je ne sais plus ce que le chef m'a dit quand je suis arrivé, mais ce serait bien trop simple si cela suffisait, j'en ai bien peur. Ils retournent dans ce qui doit être la pièce à vivre alors que je suis dans la salle des trophées à commater. Jusqu'à ce qu'un certain connard se décide à venir me parler.

- Il va falloir faire mieux que ça la nuit prochaine gamin. Mais peut-être que je vais juste te laisser mourir ici au lieu de gaspiller mes forces à te torturer... Ce sera moins fatiguant.

Pendant un instant j'ai l'espoir que la marque sur ma main disparaisse mais il n'en est rien, il me semble donc logique que ce truc soit encore là. En tout cas, plutôt que de me torturer pour ça je préfère fermer les yeux et attendre mon réveil qui ne tarde pas.
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Mer 17 Jan 2018 - 1:56
Quatrième jour

Le réveil est plutôt facile car l'envie de dormir n'est plus trop là, laissant place à l'envie de se dépenser pour le plaisir. C'est donc levé une demi-heure avant la sonnerie de mon alarme que je me lève. Un jean enfilé et un t-shirt passé je traverse le couloir et descend les escaliers en espérant ne réveiller personne, mais le chalet grince assez peu malgré le bois un peu partout. Arrivé dans la cuisine je lance la cafetière après avoir rempli les différents compartiments et je sors tout ce qui peu être utile au petit déj. Des brioches, des confitures et autres trucs sucrés. Tout ce qui est salé pour un petit déj à l'anglaise on le sortira en déjeunant tous ensemble, en attendant, il est à peine 7h du mat' et personne ne semble bouger pendant que j'enfile une veste et mes chaussures. En revenant chercher mon téléphone posé sur la table j'entends un grognement de narcoleptique et une voix endormie monte du canapé.

- T'en fais un boucan... Me lance Élise en se frottant l'œil avec son poing avant de continuer dans un bâillement. Qu'elle heure il-est ?

Je mets deux secondes à chercher à comprendre comment j'ai pu rester dans le salon un bon quart d'heure et ne pas la remarquer, ce qui marque un temps d'arrêt dans ce début de conversation.

- Il est 7h et je vais chercher les croissants. Qu'est ce que tu fais à dormir là ?

- En se levant elle baille une nouvelle fois. Je t'expliquerais. Je viens avec toi, tu m'attends ?

Elle se lève du canapé en parlant et le contourne pour prendre la direction de l'escalier. En marchant elle s'étire et se réveil petit à petit pendant que je la regarde avancer dans son ba de pyjama qui laisse bien apparaître ses jambes et en haut, un t-shirt ample dont l'une des manches tombe sur son bras en dénudant son épaule ce qui crée au passage un décolleté plus qu'attraillant. Sa démarche d'ensommeillée a un petit quelque chose de drôle, comme un petit sketch de la vie de tout les jours. En m'asseyant à moitié sur le dossier du canapé je la regarde de face monter les escaliers à la rampe très largement trouée. Toujours en train de la regarder alors qu'elle est à la moitié de son ascension elle s'arrête, se penche par dessus la rambarde et me regarde en souriant.

- Hé ho. On ne mate pas. Lance-t-elle avec un air faussement sérieux, le ton de sa phrase et son sourire en coin ne pouvant masquer son amusement.

Mais je ne me démonte pas pour autant et lui répond en lui rendant son sourire.

- Je ne mate pas, je profite.

- Elle lâche un petit rire et se remet à monter les escaliers. Bon ba ça va alors. Puis elle disparaît à l'étage.

Mon téléphone vibre et je regarde en appréhendant le fait qu'il s'agisse Lucy ou de Chloé, mais non, il s'agit d'un mail du forum de voyageurs. Je me connecte sur le site pour voir les news où une nouvelle réponse a été ajoutée au sujet "Dream'mag". J'ai découvert ça il y a peu sur le site, un trio de voyageurs ont pris pour habitude à chaque nouvelle sortie du magazine onirique de lire les articles et faires des résumés des sujets les plus importants. Ils parlent d'ajouter les ligues un de ces cartes, mais vue la quantité de personnes à traiter cela me semble plutôt compromis, donc pour le moment je me contente de lire les dernières nouveautés de Dreamland. Le lire à Dreamland n'est pas toujours simple avec les merdes qui peuvent nous tomber dessus et puis il faut être en ville ou sur le chemin d'un livreur sinon on est bon pour louper des choses.

Rien de vraiment nouveau, ils ont toujours des dizaines de conflits à droite et à gauche de Dreamland avec notamment un groupe de voyageurs qui prônent notre supériorité en tant qu'humains voyageurs mettent des villages à feux et à sang sans raison autre que de semer le chaos. Parfois je comprends vraiment cette haine que l'on peut avoir envers nous, même si je n'ai pas attendu Dreamland pour me rendre compte d'à quel point l'humain est imbue de lui-même. La différence en fait avec le monde réel c'est que nous n'avons à faire qu'à des animaux sans conscience ou tout du moins dénués de parole pour pouvoir nous le faire savoir. Là-bas c'est différent, on se confronte à d'autres êtres que l'homme doués de conscience, ce qui nous empêche pas de chercher une nouvelle fois à nous approrier un monde qui, d'une certaine façon, est déjà le notre puisqu'on participe tous au travers de notre imaginaire à sa création et à son renouvellement.

Mais l'instant philosophie se termine vite quand Élise redescend les escaliers, habillée et presque prête. Un pull et un jean par dessus lesquels elle enfile son manteau avant de glisser dans ses boots et nous sommes en marche. Nous commençons à discuter du fait qu'il s'agit vraiment d'un super bled, mais nous en revenons rapidement au fait le plus intéressant, c'est à dire la cause de son réveil dans le salon. Elle m'explique que vers minuit et demie sa colocatrice est rentrée brillamment dans leur chambre et l'a réveillé en s'excusant, mais le problème c'est qu'elle n'était pas toute seule. En effet j'arrive avant qu'elle ne me le dise à voir venir ce qui va suivre. Adrien était avec le demoiselle et ils ont trouvés bon de se bécoter dans un lit superposé alors que l'autre niveau était occupé. Après cela il n'a pas fallu longtemps pour qu'Elise ne se lève pour aller se pieuter en bas, à la fois énervée et amusée par la situation.

On ne peut s'empêcher de rire en s'imaginant ce que va donner le reste du séjour avec un couple qui se forme au bout de seulement une journée. Une fois ce moment de fou rire passé nous nous mettons à découvrir la ville et tout ce qu'elle peut avoir à nous offrir pour la semaine. Le chemin et le décor sont bien plus intéressants qu'hier matin, mais sont pourtant bien les même. À croire que je n'étais pas dans le bon esprit. Toujours est-il que nous marchons tranquillement en évitant les plaques de verglas et en croisant des courageux déjà en route pour rejoindre les pistes. Nous regardons avec attentions les menus des restaurants, les vitrines des boutiques et les décorations qui ont parfois été oublié là depuis les fêtes. Le jour est là, mais quelques teintes de rouge dû à sont levé sont toujours présentes et donnent de belles couleurs à cette petite station de montagne.

De l'autre côté de la rue de la boulangerie trône une place qui doit être plutôt spacieuse en d'autres saisons car actuellement elle est occupé par une grande piste de glace entrenue servant de patinoire. Après avoir acheté les viennoiseries Élise m'entraîne au bord de la piste glacée pour voir les horaires et les tarifs. Cette découverte semble la ravire et lorsque je lui demande les causes de sa joie elle m'explique que la patinoire c'est une discipline qu'elle adore, mais n'a jamais l'opportunité de pratiquer. Ce qui explique le fait qu'elle soit en train de prévoir un aprem ou une soirée ici étant donné qu'ils font nocturne le mardi soir. Une fois ces informations collectées, nous pouvons prendre le chemin du retour alors que la demoiselle à côté de moi danse à moitié tel une enfant le jour de son anniversaire. Sauf que tout part en vrille lorsque nous approchons de notre chalet et de son jardin neigeux juste devant.

Sans crier gare une boule de neige m'est projeté en pleine tête. Plus que bouche bée je reste une dizaine de secondes sans bouger à sentir la neige me dégouliner sur le visage. Un rire franc et féminin se déclenche alors que rien ne bouge autour de moi. J'aurais aimer me dire qu'il s'agit de d'Adrien, mais le projectile venait de derrière moi. Mais pour jouer le jeux, je ne dis rien, me passe la main sur la joue et prend un air renfrogné avant de marcher vers la porte d'un pas soutenue. Rapidement j'entends les bruits de pas derrière moi qui se rapprochent et des balbutiements d'excuse sans vraiment savoir comment réagir à une réaction exagérée par rapport à la situation. Mais une fois à deux mètres du perron j'y lance plus ou moins délicatement le sac de victuailles avant de me baisser vers la neige. Je plonge les deux mains dedans et commence à agglomérer de la neige, avant de me relever en me tournant vers Élise.

- Je tire pas sur les gens désarmés. Cours.

Et nous voilà parties dans une petite session de bataille de boules de neige. Il doit y avoir une quinzaine de centimètres de cristaux blancs devant la maison mis à part sur le chemin qui mène de la porte à la rue et le reste du jardin est donc un parfait terrain de jeux. On plonge dans la neige, on s'attaque par surprise quand l'autre est en train de refaire des munitions et sommes presque constamment mort de rire ce qui provoque forcément le réveil des derniers dormeurs de la maison et attire l'attention des déjà levés. Il n'en faut pas plus pour que marine, à moitié réveillé, ouvre la porte pour voir ce qui se trame dehors. Après un regard complice entre Élise et moi elle fait montre d'une réactivité extraordinaire car nous avons tout deux tenté de lui tirer dessus et d'après la neige qui glisse sur la porte fermée, nous aurions sûrement fait mouche. Après avoir échangé quelques tires supplémentaires, nous rentrons finalement à l'intérieur pour nous sécher et nous réchauffer.

Une serviette sur les cheveux et un autre t-shirt sur le dos nous redescendons prendre le petit déj alors que Dimitri et marine ont presque déjà fini. Adrien a mal aux cheveux car ils ont un peu trop bu hier soir, moi je fais mine de ne rien savoir sur la nuit dernière et quand je lui demande ce qu'ils ont fait hier soir pour se murger il me répond qu'ils n'ont rien fait de spécial et soulève presque complètement son bol devant lui. Ba alors mon vieux, on assume pas. Cela me fait sourire car à l'autre bout de la table Marine rougie avant de ramasser sa vaisselle sale pour aller la nettoyer. Le sujet n'est pas encore bon à aborder apparemment, mais bon on a toute la journée pour remédier à ça. Nous discutons encore de tout et de rien en attendant qu'Irina se lève pour venir prendre son petit déj. C'est toute rayonnante qu'elle nous rejoint en annonçant qu'elle a dormi comme un bébé, le plus drôle étant qu'elle est bien la seule à avoir vraiment bien dormi. Chacun ses petits problèmes de sommeil, Dimitri le quatrième veilleur d'hier soir semble lui aussi avoir les yeux fatigués par l'alcool.

Mais tout le monde est chaud et semble bien déterminé à retourner découvrir les pistes aujourd'hui. Il serait dommage de déclarer forfait si tôt après tout. C'est ainsi qu'une heure plus tard nous sommes sur les pistes, à monter et descendre en profitant de la poudreuse, des bosses et du hors-piste. Adrien a fixé sa caméra, oubliée le jours précédent, sur son casque et tente de chopper les meilleurs moments. Nous arrêtant parfois pour prendre de l'avance après avoir deviné une bosse ou un dénivelé intéressant il nous fait jouer devant l'objectif alors que l'on fait les malins, tentant des sauts ou tout simplement de faire peur au caméraman en dérapant juste devant lui. C'est d'ailleurs le plus souvent un bonhomme de neige qui se relève les quelques fois où il joue son petit rôle de réalisateur. Mais toujours avec le sourire et content de son joujou.

La journée passe trop vite, mais nous terminons la session de ski assez tôt pour ne pas refaire la même erreur qu'hier et se fatiguer. On rentre donc assez tôt au chalet histoire d'avoir le temps de faire des courses pour le repas du soir. Marine a un problème avec son snow, depuis le début de l'aprem sans raison visible. Avec Irina qui l'accompagne, elle vont faire un tour à la boutique de location pour qu'ils voient ce qu'ils peuvent faire. C'est donc à quatre que nous partont à la recherche de différents fromages et charcuteries local pour nous organiser une bonne fondue savoyarde. La soirée se passe savoureusement. À 19h30 nous entamons l'apéro en débouchant quelques bouteilles et moins d'une heure plus tard nous sommes les pieds sous la table devant le caquelon de fromage fondu qui nous attendait. Puis la soirée suis son cours après que je sois allé chercher ma guitare pour qu'on voit si il y a des chanteurs dans la troupe. J'enchaîne quelques accords pour réaccorder l'instrument et je me lance avec Adrien à la batterie qui tape des mains ou bien ses doigts contre la table.

Tout les répertoires y passent alors que la batterie tape le rythme de mémoire et qu'Irina, Marine et Élise le micro (une télécommande) pour chanter ensemble ou en solo. Les doigts en feux par l'absence de médiator et le manque de mémoire me font lâcher la gratte et petit à petit on parle d'aller se coucher. C'est d'abord Irina qui monte se coucher avec Dimitri qui s'endormait à moitié et lorsque je me lève pour aller faire la vaisselle c'est Marine qui monte les escaliers en saluant l'assemblée. Adrien vient m'aider à nettoyer et essuyer pendant qu'Élise jette les bouteilles et autres déchets de la soirée avant de grimper se coucher. Adrien me dit qu'il monte se coucher mais avant ça je lui demande une clope, ce à quoi il me répond qu'il va le chercher dans la chambre. Pas vraiment fumeurs quotidien on a presque toujours, l'un ou l'autre un paquet sur nous surtout si on sait qu'on va se voir.

Pendant qu'il est en train de fouiller, Élise réapparait en haut de l'escalier. Les sourcils à moitié froncés, même si elle l'efface en levant les yeux au ciel et en secouant la tête. Je pense avoir compris ce qui se passe et je l'invite à venir prendre l'air. Adrien passe deux seconde en nous souhaitant bonne pour me lancer le paquet que j'attrape avant de me diriger vers la terrasse.

- Alors, on a réquisitionné ta chambre ? dis-je en allumant ma clope.

- Mouai...

- Tu devrais pas aller chercher tes affaires ?

- Elle va à la douche j'ai le temps.

- Ils ont pas été si drôle que ça aujourd'hui c'est nul...

- Je ne te le fais pas dire. Tu me file une taffe ?

- En lui tendant la clope après une expiration de fumée, tu veux prendre le lit d'Adrien ? Tu seras mieux que dans le canapé. Y a aussi mon lit si tu veux, mais on va être serrés.

- Hey, clamos, me fait-elle en me tapant l'épaule. Fait gaffe ou je te rebalance de la neige.

- C'est comme ça qu'on est remercié quand on t'offre l'hospitalité ? Je suis déçus.

- Mouai, reprend plutôt ta clope, je vais chercher mes affaires, me lance-t-elle avec un sourire en coin.

- Chef, oui chef.

Elle remonte et pendant deux expirations lentes je profite de la lune et des étoiles qui éclairent la vallée et les montagnes en face de la terrasse. Cette cigarette me fait repenser à un camarade voyageur qui m'a refait savourer des clopes, mais rien ne vaut une clope à Dreamland. Petite pause au milieu d'un combat, récompense après une victoire ou simple excuse pour profiter du décor qui s'offre à perte de vue. Dans le monde réel c'est juste une petite dose d'addiction qui détend ou qui clos bien une bonne journée. Toujours est-il que je rentre, fais le tour des portes (donc une plus la baie vitrée) et je grimpe les marches menant aux chambre. Sur le palier je retrouve Élise qui arrive de la salle de bain en pyjama avec son oreiller serré contre elle.

Il n'y a pas de bruit autre que le léger grincement de la porte quand j'ouvre cette dernière, l'étage est aussi calme que si il n'y avait de couple dans aucune des chambres. Mais je ne me plaint pas qu'il ne nous fassent pas profiter et propose donc à Élise de s'installer pendant que je vais à la salle de bain. Une dizaine de minutes plus tard quand je reviens la jeune femme est sur son téléphone dans le lit qu'occupait Adrien le premier soir. Peu de temps après que je me sois glissé sous ma couette elle me souhaite une bonne nuit et la lumière de son téléphone disparaît. C'est en pensant à elle que je glisse doucement dans les bras de morphée.
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Jeu 18 Jan 2018 - 0:35
Quatrième nuit

Mais c'est surtout avec déception que je me retrouve une nouvelle fois derrière les barreaux. Cette cage exigu m'énerve déjà au plus haut point, symbole d'une captivité idiote provoquée par un besoin sordide de chasse et de souffrance. La bêtise et la soif de sang et quelque chose de commun à Dreamland, mais aujourd'hui elle me saute à la gueule comme un nouveau-né alien sortant de son œuf. En fait, ce qui me dérange n'est plus vraiment la cage elle même, mais plutôt le fait que j'aurais voulu être où je le souhaite dans ce monde sans limite, pas coincé à réapparaître derrière des barreaux. Repenser à ce moment là à mon sort si je fini par ne plus être un amusement pour mes geôliers n'est pas pour me réconforter. Plus qu'une prison, j'ai l'impression d'être déjà enchaîné dans un monde où je n'ai connu que liberté.

Sauf une fois. Sale nuit dans un royaume d'esclavigistes avec Kezeno, un gars qui fume comme un pompier sortant des flammes. On était tombé sur une mine où des créatures et des rêveurs de tout âges passaient leur temps à creuser pour remplir les poches de je ne sais quel seigneur. Pas des tueurs ou pas en majorité, mais des innocents qui voyaient leur vie relégué à celle d'un outil affamé et fatigué. Cette nuit là nous avons fait de notre mieux pour sortir autant de monde que nous le pouvions de cet enfer et aujourd'hui... Aujourd'hui je m'y vois déjà. Un collier autour du cou à venir piocher inlassablement la pierre. Mais un bruit de drap qui bouge me sort de mes pensées et je lève la tête en direction du dénommé Rascasse.

- En voilà un regard intéressant. T'as l'air remonté à bloc, c'est bien, on va peut-être te prendre au sérieux aujourd'hui. La partie de chasse d'hier était finalement plutôt sympathique, on va sûrement pouvoir s'amuser plus longtemps que prévu.

Je ne dis rien alors qu'il défait le cadenas de la cage et ouvre la porte. Sa veste est reculé le long de son holster de façon à ce que je puisse voir le pistolet à sa ceinture et ne tente pas une inconsciente tentative d'évasion. De toute façon je ne sais pas comment rompre le lien qui me relie à cette structure métallique. C'est la pensée qui me traverse l'esprit quand je me relève et sort par l'ouverture pour me tenir droit comme i. À côté de moi, le chasseur se redresse un sourire au lèvre alors que je tourne la tête vers lui.

- Aujourd'hui on a pas envie de courir à tes trousses trop longtemps donc on ne va te laisser que dix minutes d'avance.

Je détourne le regard et vois le cabot au crocs saillants qui me regarde depuis l'ouverture. Son regard est posé sur moi comme sur un bout de viande fraîche.

- Ton odeur a changé petit. Moins de peur et plus de hargne, on dirait un tueur en devenir.

- Et toi tu refoules toujours autant le chien mouillé.

- Haha, on verra ça quand j'aurais mes crocs plantés dans ta gorge.

Et sur cet échange il se recule pour me laisser avancer vers la sortie.

- Et top ! Tu n'as plus que dix minutes. À tout à l'heure.

Sans plus attendre je m'élance vers la sortie sans porter plus d'attention au reste de la hutte. Un courant d'air frais m'accueille et le sentiment de liberté qui en découle me fait un bien fou. Sentir le vent sur mes bras, soulever mon t-shirt et faire frémir ma capuche me donne l'impression que tout est faisable. Le sentiment que dans ce monde plus que dans le notre, les créatures font partie d'un tout. Je ne sais pas d'où cela me vient exactement. Peut-être que l'enchainement des évènements en est la cause. Passer d'une déprime amoureuse à la recherche d'un objet magique pour le compte d'une créature prisonnière et finalement être moi aussi enchaîné ici.

Mais je n'ai pas de temps à perdre, je m'éloigne en marchant de la hutte en réfléchissant à comment je pourrais venir à bout de trois adversaires. L'affrontement d'hier n'a vraiment pas été une réussite. Le flair de l'autre canidé, les tirs de Rascasse et la force brute de l'autre géant sont vraiment un problème. Surtout que face à une telle brute je ne peux me permettre d'encaisser des coups. Les trois qu'il me faudrait subir suffiraient à me mettre hors-jeux ou plus simplement à me tuer.

De plus la voix qui annonçait mes coups à l'avance et mon emplacement dans le brouillard est gênant. J'imagine qu'il s'agit d'une faculté du chien qui peut me repérer à l'odeur, mais de là à prédire mes mouvements. Au moins ais-je pu voir un ébauche de leur technique et cela nous rapproche un peu car je leur ai moi même montré tout ce dont je suis capable. En même temps retenir mes coups dans une situation pareil...

En repensant au combat je me refait le film de son déroulement dans ma tête. Du mon ascension dans les arbres au face à face au bord de la rivière. C'est cette derrière qui retient mon attention. Je l'ai longé un bon moment avant qu'ils me retrouvent et ce depuis le flanc de la montagne. Ce sur quoi je me trouve actuellement quand j'y pense et au lieu de m'éloigner je me met à courir vers une extrémité du village et à longer le vide.

Le pied de la montagne doit se trouver quelques centaine de mètres et d'ici je ne discerne la plupart du temps qu'un tapis de verdure. La forêt à perte de vue qui s'étend sur une distance que je n'arrive pas à appréhender. Finalement ma course me permet belle est bien de discerner le courant d'eau qui tranche cette jungle épaisse comme un coup de lame. Un filet bleu qui serpente doucement vers l'inconnu et dont la source est actuellement sous mes pieds. Un très large lac crée par cette cascade que j'ai pu admirer d'en bas.

Cloud flotte autour de moi alors que je réfléchie à ce que je cherchais au final en trouvant ce point d'eau. De cette hauteur un plongeon serait du suicide, mais une coupure directe de la trace que je peux laisser derrière moi avec mon odeur. Et lorsque Cloud me passe devant les yeux je repense à mes veines tentatives de l'utiliser pour me flotter ou voler. Qu'est ce que je perd à essayer une fois de plus ? Dans tout les cas, ma peau est en jeux depuis deux nuits et continuera de l'être si je ne fais rien.

C'est avec cette pensée que je tente de modeler Cloud en une plate-forme pouvant me supporter et me permettrait de le diriger en amortissant une chute. Il n'en faut pas plus pour que dans ma cervelle de vacancier se dessine une planche de snow, ce qui agit immédiatement sur le cumulonimbus. Il s'étend et s'aplatit pour ne plus former qu'une plaque brumeuse qui se place au-dessus du vide, prête à partir. La moitié du temps de fuite doit déjà être écoulé, mais je me tâte encore à tenter ce grand saut vers le vide. C'est pourtant bien ce que je vais devoir faire car je n'ai plus le temps de faire marche arrière.

- C'est partie !

Me voilà lancé dans le vide alors que j'atterris en douceur sur Cloud. Le pied gauche à l'avant pour le maintient et le pied droit à l'arrière pour la direction. Il maintient la position stationnaire jusqu'à ce que je place mon poids sur le pied avant pour donner l'impulsion du départ. Le changement est radical et je tombe littéralement alors que la planche se place à la verticale contre la paroi. Je ne contrôle quasiment rien dans cette descente et prend rapidement de la vitesse. Cloud lui-même ne tient pas vraiment le coups et la planche qu'il forme actuellement s'effrite sous la friction de l'air. Cloud part en lambeau et je peine à changer la direction pour éviter les rochers qui jonchent la paroi rocheuse.

Il n'y a rapidement que sous mes pieds que Cloud persiste à former une masse nuageuse pour essayer de continuer à me soutenir. Sachant pertinemment que je ne peux plus me mouvoir le long de cette piste grise de roche et de terre, je prend donc un dernier appuie sur Cloud pour m'en éloigner. Le nuage se reforme sous moi en formant un ovale mal assuré à cause de notre vitesse et je le gonfle autant que je peux en comptant sur son flottement pour me ralentir. Faible, mais présent le résultat me ralentis assez pour que je puisse bouger sans être paralysé par la pression de l'air. Je remonte mes jambes et tend mes bras vers l'avant en priant une dernière fois pour sortir indemne de cette folie.

Je crois avoir aperçu Cloud exploser complètement au contact de l'eau alors que je fermais les yeux pour la plongée. Le choc est violent, mais j'ai la chance que le lac soit profond. Je n'aurais pas eu à m'éloigner de la paroi j'aurais peut-être pu plonger directement dans la cascade et profiter du courant pour ne pas encaisser trop lourdement l'atterrissage. Mais non je suis entrain de supporter le poids d'une quantité faramineuse d'eau et je recrache violemment une pleine bouffée d'air qui remonte à toute vitesse à la surface.

Après avoir encaissé le coups j'ouvre les yeux et me met à nager furieusement vers la surface pour ne pas finir bêtement noyé. J'enchaîne les brasses et les battements de jambe sans retenu avec pour seule objectif la surface bleue clair où se reflètent les rayons du soleil. Le poids que je ressens sur tout mon corps me donne pourtant l'impression que ce but est inatteignable et c'est un poids de plus qui m'attire vers le fond. Je sens que je suis à ma limite et que je n'ai plus d'air que ma main traverse la surface en projetant des éclaboussures dans tout les sens.

Ma tête suit une seconde plus tard à la recherche d'air pour éviter de suffoquer et cela n'est pas chose aisée. Je ne peux m'empêcher de tousser et je n'arrive pas à discerner grand chose avec l'eau qui me recouvre les yeux à chaque fois que mon flottement m'attire vers le bas. Je met une bonne minute à reprendre pleinement conscience de ce qui se passe autour de moi, mais je me dirige immédiatement vers la rive. Un crawl effréné vers la terre ferme pour reposer mes jambes épuisées par mes battements de survie.

Mon premier contact avec la terre se fait à la manière d'un foque alors que mes bras ne veulent plus me supporter et que c'est en soulevant mon torse que je me sors de l'eau. Une fois complètement sortie de cette piscine à ciel ouvert je me retourne, dos contre terre et je respire comme un affamé. Un fou rire profond commence à me chatouiller l'estomac. J'ai à peine le temps d'ouvrir les yeux pour regarder la hauteur de ma chute qu'il m'est déjà remonté jusqu'aux mâchoire et que j'éclate de rire. C'est cette sensation de soulagement que l'on ressent quand on fait une attraction à sensation forte pour la première fois. Après m'être calmé, je me relève et je commence à marcher sous le couvert des bois aux cas où mes poursuivants seraient capable de m'apercevoir à cette distance pour tenter le même saut que moi.

Je marche plusieurs minutes en retirant mon t-shirt et en l'essorant car je commence à avoir froid. Cette jungle garnit n'a pas changé depuis la nuit dernière, même si ce n'est pas si étonnant que ça au final et je ne retrouve pas l'endroit ou nous nous sommes affrontés. Tout ce que je retrouve ce sont des cris de bêtes qui retentissent de façon irrégulière en provenance des entrailles de la forêt. Les créatures (probablement hostiles) se répondent comme si elles étaient constamment à couteaux tirés et cela ne doit pas être loin de la vérité. Si l'état d'esprit entier dans se royaume est la chasse et la survie je n'ai pas envie de croiser de lapins. Bébés ou adultes.

Toujours en train de progresser en suivant le courant, un bruit d'arbre et de branches qui craques attire mon attention. Inconsciemment je me met en garde sans vraiment savoir à quoi m'attendre, mais les hautes herbes commencent à frémir comme-ci un animal sauvage se préparait à surgir. Mentalement je fais le tour des créatures qui peuvent faire plier un arbre sans broncher et je n'en cite pas beaucoup. Un ours peut-être, un animal type rhinocéros en moins végétarien, un éléphant... Mais comme pour répondre à mes interrogations une tête allongée sort progressivement de l'ombre des bois. Rapidement suivie par un corps qui se redresse. La totalité de son corps est recouvert d'écailles, ses pattes arrières me rappellent celles d'un espèce de Dinosaures d'un film dont on a même pas besoin de citer le nom. Cependant ses pattes avant son différentes du film. Au lieu d'être de petits membres griffus elles ressemblent à ses membres inférieurs. Comme-ci l'espèce ne se déplaçait que depuis peu sur deux pattes au lieu de quatre, transition au milieu d'un processus d'évolution de l'espèce.

J'aurais aimé avoir le temps de me pencher plus avant sur les théories d'évolution dans un royaume dont le credo est la mort à tout instant, mais ce n'est pas vraiment le bon moment. Vu le regard de cette créature elle applique à la lettre ce que lui a enseigné une vie dans un monde de chasseurs et de chassés. Il me semble qu'elle est plus souvent dans le premier rôle que dans le second. À l'inverse de moi qui détale comme un lapin, en plus gros et en plus difficile à cacher. À mes trousses je ressens les lourds pas du reptiles qui frappent et tapent le sol pour me rattraper.

Pas assez rapide et sûrement pas assez fort je jauge le terrain et tente de trouver un moyen de me débarrasser de cette créature qui je n'en doute pas doit avoir un certain mordant. Sauf que tout ce qu'il y a à proximité c'est le courant d'eau et une forêt dont les arbres sont assez espacés pour que ce reptile version jurassique puisse s'y déplacer sans trop de difficultés. Rien de bien intéressant ou plutôt, rien d'utile à ma survie alors que je n'ai pas besoin de me retourner pour sentir qu'il se rapproche dangereusement de moi. Réaction folle et profondément idiote, je me laisse tomber au sol en pivotant sur moi-même pour retomber sur le dos. Les bras tendus en direction de tueur à sang froid Cloud est déjà au bout de ces derniers, si bien que lorsque le mon agresseur passe au dessus de moi, je n'ai qu'à allonger le nuage pour qu'avec son propre élan qui l'entraîne j'arrive à le soulever en le poussant au niveau de l'abdomen.

Mes coudes sont plaqués au sol et je me force à maintenir mes avants bras dans la direction du reptile pour réussir à le soulever et le déstabiliser vraiment. Ses pieds quittent le sol en battant l'air à la recherche d'un appuie alors que son cou est complètement plié le long de son corps pour tenter de me croquer, ce qu'il rate uniquement parce que son cou n'est pas assez long. Je peux entendre ses dents claquer juste avant que je pousse un cri qui accompagne mon effort pour l'éloigner de moi. Cloud est allongé au maximum et je me force à soulever mes coudes du sol pour donner l'impulsion qui pourrait me sauver la vie.

Le carnivore tombe sur le flanc, son poids m'a empêché de faire mieux et quand je me relève il est lui aussi déjà debout, prêt à en démordre. Ce qui ne me laisse pas le temps de souffler ou de passer à un moyen de fuir car j'esquive des coups de tête, bloque des morsures avec l'Arcus et tente de rendre les coups en frappant sous sa mâchoire. Ses pattes avant font de larges mouvements verticaux pour essayer de m'écraser ou de me saisir avec leurs griffes. Je me vois tenir le rythme plusieurs minutes sans trouver aucun moyen de sauver ma peau, rien qui ne me permette avec sertitude de survivre à une fuite ou plus simplement à ce combat. Chaque attaque est plus compliquée à bloquer et les coups de plus en plus difficile à rendre.

Et le moment vient où j'aisusurpr l'impression que je vais être transformé en pâté pour dino. J'évite un coup de griffe en sautant sur le côté sans que l'animal ne me quitte des yeux et une nouvelle variable fait son apparition. Ho elle était déjà sur le ring, ce ne sont pas mes poursuivants ou un autre prédateur, nan... Il s'agit de la queue du reptile. Il ne l'avait pas utilisé jusqu'ici, mais lorsqu'il le fait je n'arrive pas à réagir. D'abord à cause de la surprise, mais aussi et surtout parce que je suis complètement pris de court. La bête pivote sur elle-même et l'extrémité du membre dessine un arc de cercle dans l'air pour me percuter au niveau des côtes. Ce qui revient selon moi à se prendre un coups de barre à mine et les barres en fonte ça ne fait pas du bien.

Dès l'instant où la queue du reptile entre en contact avec mon estomac j'ai l'impression d'être éjecté. Comme-ci le sol lui même ne voulait plus de moi et s'était arrangé pour que je ne puisse plus le fouler de mes semelles.En quelques secondes je prends de la vitesse. Les yeux fermés par la douleur, je ne les ouvre que lorsque je percute quelque chose. Sûrement un arbre. Face à moi il y a toujours le dinosaure, mais plus important, il y a maintenant une rivière entre nous. Son coups, ma projeté sur une bonne trentaine de mètre, mais au moins je ne suis plus en danger de mort immédiat. J'essaye de m'en persuader en tout cas alors que la douleur me trouble la vue et me fait papillonner.

Au milieux de la jungle retentie une interjection de douleur et l'arbre sur lequel je suis adossé ce met à trembler. Des paroles suivent et lorsque je recligne des yeux je suis affalé sur le côté, la tête posé sur mon oreiller.



Pendant plusieurs secondes je suis bloqué, paralysé par la peur que ce coups m'est tué. Est-ce que j'aurais fini ma vie de voyageur comme une proie ? Pourchassé par des créatures et tué par une autre qui aurait voulu ma peau pour le déjeuner ? Non, ce n'est pas possible, il s'est passé quelque chose qui m'a réveillé c'est impensable autrement. Scrutant l'obscurité je cherche je ne sais quoi du regard sans rien trouvé, mais en allumant mon téléphone posé par terre j'éclaire la pièce et découvre Élise, assise par terre qui frotte le bras. Soulagé je m'assoie sur le bord du lit en me frottant le visage puis nos regards se croisent. Elle m'adresse une moue blasé pleine de malice.

- J'aime pas les lits en hauteurs...

- Je vois ça. Tu t'es pas fait mal ?

- Le bras un peu, mais rien de grave.

Suite à son annonce je me lève et lui tends ma main pour l'aider à se relever alors que je dis que je vais boire un coups et je l'invite en faire autant alors que je sors de la chambre en premier en laissant la porte ouverte au cas où elle déciderait de me suivre, après tout elle ne doit pas être descendu du lit pour rien. Je descends donc les escaliers en quête de quelque chose à boire car cette première partie de nuit m'a un peu... Énervé ou éreinté, je ne saurais pas trop le définir. En tout cas ça ne m'a pas vraiment donné envie d'y retourner de suite. Arrivé das la cuisine je ressors deux verres et prend deux bouteilles, l'une à l'étiquette rouge et aux bulles alors que la seconde est presque couleur miel.

Avec tout ça dans les mains je vais m'affaler sur le canapé après avoir tout posé sur la table. À moitié allongé sur les coussins je débouche les bouteilles et dose normalement mon verre. J'attends qu'Elise soit la pour lui en servir un. Alors que je regarde la montagne en pleine nuit par la baie vitrée en sirotant tranquillement mon ruhm coca j'entends les bruits de pas dans le couloir et l'escalier. Ne réalisant pas si l'on peut me voir de là où je suis je lève mon verre pour me signaler. Mais apparemment ce qu'elle retient de mon geste c'est surtout le liquide à l'intérieur du conteneur transparent.

- Tu m'en as servi un ?

- Pas encore, mais ça ne saurait tarder.

Ni une ni deux je pose mon verre et lui en sert un comme le mien pendant qu'elle s'assoie elle aussi sur le canapé.

- Merci pour le réveil.

Elle lève les yeux au ciel en soupirant puis me répond en s'avancant pour attraper sa boisson.

- Merci pour le verre, conclue-t-elle en me tirant la langue.

Le pire étant que je ne déconne même pas car son réveil m'a potentiellement sauvé la mise. Toujours est-il que nous discutons de tout et de rien en buvant tranquillement. Je suis complètement allongé sur ma partie du canapé à regarder le plafond en l'écoutant. Ce sont des anecdotes Lycée que l'on peut avoir sur nos amis respectifs qui ressortent. Nous rions sans vergogne sur le dos de nos camarades qui dorment juste au-dessus et au détours des sujets on donne des details sûr nous-mêmes. J'apprends qu'elle aime le rock, qu'elle vie seule sur Paris, même depuis le lycée et que ses parents sont séparés. Suite à l'une de ses histoires je dénigre un chouilla un film qu'elle a l'air d'apprécier. Bon d'accord, je ne suis pas très objectif étant donné que je ne supporte pas l'acteur principale, mais cela n'empêche que je me prend un coussin en pleine face. Je sursaute littéralement à cause de l'étonnement et manque de lâcher mon verre. Nous partons dans un éclat de rire incontrôlé parce qu'elle m'a coupé avant même que je finisse ma phrase.

J'attrape la bouteille de rhum pour me servir avant de me rendre compte que nous lui avons déjà fait ça fête. Elle devait déjà être entamée, mais pas proche d'être terminée, ce qui explique que j'ai un peu mal aux yeux quand je me redresse. Sur cette découverte du cadavre de bouteille je me lève pendant que la demoiselle s'étire et je récupère les verres pour les emmener dans l'évier. Quand je reviens vers le canapé Élise est à moitié endormie sur le dossier de son lit de la nuit dernière, mais je la secoue en douceur pour pas qu'elle repasse une nuit là et elle me suit vers les escaliers. Sauf qu'en chemin je me sans comme investi d'un poids quand ses bras passent autour de mon cou et qu'en atterri sur mon dos. Je manque de tomber en arrière, puis en avant mais j'arrive à me stabiliser tant birn que mal, le plus gênant étant l'élan qu'elle a pris pour me sauter dessus plutôt que son poids car elle est super légère.

- T'aurais pas un peu trop bu toi ?


- Mmh... C'est possible si, en attendant, j'ai la flemme de marcher...

Alors que je m'apprête à lui dire qu'elle n'y arrive juste pas, elle pose ses lèvres sur ma joue et après un léger bruit de succion elle laisse tomber sa tête sur mon bras et me remercie d'un ton jovial et fatigué. Je ne suis pas sûr de savoir si elle me fait tourner en bourrique ou si elle est naturelle. Ça pourrait même être les deux en même temps. Il n'empêche que je grimpe l'escalier avec précaution pour ne pas faire de faux pas. Ce n'est pas tous les jours que l'on a un poids mort sur le dos car même si elle n'est pas bien lourde je ne ferais pas des kilomètres comme ça. J'arrive tout de même assez rapidement devant la porte qu'elle avait laissée ouverte et je rentre dans la chambre pour la déposer sur mon lit, je me vois mal la remettre dans celui d'Adrien.

- Je te laisse là histoire que tu te refasses pas mal en descendant du lit.

- Tu veux pas me rejoindre pendant que tu...

J'attrape son oreiller sur le lit du dessus et le lui lance à la figure ce qui la fait éclater de rire.

- C'est possible si, mais en attendant, tu es bourrée.


J'attrape mon oreiller sur lequel elle ne s'est pas encore allongé et je le jette sur le lit du dessus avant de regarder l'heure sur mon téléphone et finalement monter moi aussi me coucher. On continue d'échanger quelques conneries au travers du matelas et je finis tout de même par m'endormir en pensant à l'heure et au peu de temps qu'il va me rester pour essayer de m'échapper. Il est déjà presque 4h.


Je rouvre les yeux sur la cage pour la seconde fois cette nuit. J'avais complétement oublié ce détail. Je n'allais pas me retrouver n'importe où dans le royaume, mais toujours au même point. Comment ais-je fait pour oublier ça ? C'est pourtant ma chance. Ils n'ont pas refermé la cellule, ils espéraient sûrement pouvoir m'y remettre après m'avoir capturé pendant la nuit. J'en sors en trombe pour fouiller la hutte et chopper quelques objets précieux, après tout il va me falloir des informations sauf qu'ici je ne pense pas les obtenir gratuitement. Je tombe sur quelques outils ou pièges je ne sais pas, deux statuettes particulièrement répugnantes, j'attrape un baluchon dans lequel je glisse le tout et serre la bandoulière pour sortir d'ici.

Dehors je me retrouve un petit peu perdu car je ne me souviens plus de l'information que m'avait donné le tenancier de la taverne. Je me souviens qu'il m'avait donné le nom d'un type, mais impossible de m'en souvenir. L'horloge jouant contre moi, je ne perds pas plus de temps et je repars à la recherche du bar de ma première nuit dans ce village de fous. Je slalom donc entre les baraques à la recherche de celle qui, un peu plus grande que les autre, va accueillir un comité d'alcoolique non-anonymes. Ce sont finalement des bruits de chants bourrins et de choppes qui s'entrechoquent qui m'attirent et me donnent la bonne direction à prendre pour me mener devant la taverne et son entrée plutôt large.

En passant le seuil je profite de l'ambiance réchauffée aux vapeurs d'alcools et aux remous de conflits, de discussions mouvementées ou jeux qui peuvent tourner au vinaigre. Une virilité crasse qui se compte en litres de sueur, en kilos de poils et en longueur de cicatrices. Sans m'attarder réellement sur les différentes créatures réunies ici je m'avance jusqu'au comptoir sans bouger le sac toujours sur mon épaule. Sans sourciller face aux masses qui me passent sous le nez, les mouvements de bras ou de buste qui manquent de me percuter je progresse en m'arrêtant net pour laisser passer un ivrogne qui titube dangereusement en manquant de s'effondrer sur moi.

- Une pinte patron. Le nombre d'EV du godet est indiqué sur un gros panneaux en bois et je sors la somme pour la poser sur le zinc. Zinc en bois d'ailleurs, ce qui n'est pas très étonnant en effet.

- Toujours vivant gamin. Qu'est-ce tu fais encore dans les parages ?

- J'ai pas vraiment pu pousser ma recherche à cause de certains habitants du coins et j'ai malheureusement oublié le nom du type que tu m'avais conseillé d'aller voir.

- Pour ta babiole ? C'était Indi non ?

- Merci du rappel. Et pour là où je peux le trouver ? Avant qu'il n'ouvre la bouche en pointant son front avec son doigt je pose une poignée d'EVs devant lui sans le quitter du regard. Il me regarde en souriant et sa main tombe sur le comptoir et sur mon argent.

- Il a de la suite dans les idées le petit. C'est la baraque avec une arche en pierre devant l'entrée.

- Merci de l'info. Je pose ma pinte vide sur le bar et je fais demi-tour pour repartir vers l'extérieur.

Ne sachant pas combien de temps il me reste avant que le trio revienne au village et que le cabot ne flaire ma piste, je presse le pas, de nouveau à la recherche d'une baraque particulière. Rien qu'en ne m'étant déplacé deux ou trois fois au sein même du village il me semble avoir entre-vue cette maison car bon, ce n'est pas vraiment en accord avec les codes esthétique du lieux. Même si parler de "code esthétique" est un peu fort, vu qu'il doit plutôt s'agir d'un accord tacite selon lequel chacun peut faire ce qu'il veut tant qu'il ne masque pas les trophées de son voisin. Rien que d'y penser j'imagine déjà des conflits stupides entre de pseudo architectes bourrins qui règlent leurs désaccord à coups de poings ou de briques.

Un fou rire intérieur plus tard je suis sur le pas de la porte grande ouverte. Je frappe cette dernière de mes deux phalanges non-couvertes par mes gants et j'appel.

- Excusez-moi ? Je suis bien chez Indi ?


- C'est lui-même gamin, me répond une voix sortant de je ne sais où. Entre, entre.

Je fais deux pas à l'intérieur et un personnage sort sans prévenir d'une ouverture dans le plafond en s'accrochant au bord a à deux mains. Mon pied droit recule et s'aligne alors que je lâche mon baluchon qui s'écrase au sol dans un brouhaha de métaux qui s'entrechoquent. Je suis en garde avec Cloud au bout des poings avec une réactivité qui m'énerve un peu à chaque fois qu'elle prend le pas sur mon temps de décision. La créature ne fais pourtant aucun geste menaçant, si ce n'est qu'elle apparaît par surprise une nuit où je préfèrerais gembader dans les plaines pour tout voir venir... De très loin parfois, et je parle d'expérience. Un petit personnage vieillissant avec une tignasse grise aux reflets bleus accompagné d'un boucs entretenue lui donnent une mine énergique et sa gestuelle est en accord avec cela.

- Faut pas flipper comme ça, je vais pas te bouffer. Lance-t-il en souriant à pleine dents.

Il lâche sa prise et retombe tout en souplesse sur le sol, me laissant voir qu'il est légèrement vouté et cela ne semble être que par le poids des années. L'ensemble de son corps, même si il n'en est pas disproportionné, est musclé et entretenue, ce qui me fait un léger pincement. On dirait un vieux maître. Il commence par me demander ce que je cherche en venant ici et nerveusement je jette un coups d'œil par-dessus mon épaule avant de lui répondre.

- Je suis à la recherche d'une clef qui viendrait du royaume des regrets, je sais que l'objet se trouve dans ce royaume, mais impossible de savoir où exactement. On m'a dis que vous étiez LE collectionneur du village.

- Chasseur de trésor gamin, utilises les bons mots, je tiens à ma réputation tout de même.

Je soupire en souriant et hoche la tête pour signifier mon approbation, moment qui me fait me rendre compte que je suis toujours en garde, ce qui n'est vraiment une position dédié à la discussion civilisé. Je me remet droit comme un i face à lui avant de reprendre mon explication.

- Vous êtes donc, Le chasseur de trésor du village. Et il est possible que je sois à la recherche de l'un deux.

- Et tu sais qu'elle tête elle a cette clef.

- Aucune idée, non. Mais j'ai mieux pour le retrouver.

Liant le geste à la parole je retire mon gant droit et lui montre le dessus de ma main. Le symbole est de mieux en mieux dessiné. On dirait des queues d'animal qui se mêlent et se démêlent comme une flamme dont les extrémités sont toutes dirigées vers les phalanges de mon majeur. La couleur sombre semble se refléter avec les rayons de soleil qui pénètrent la bâtisse. Les yeux du briscard sont traversés par un éclair d'excitation lorsqu'il commence à examiner ma peau et la marque qui s'y trouve.

- Elle réagi à l'approche de la clef ?

- Ouai et elle crée une sorte de lien entre moi et la créature qui l'a créée. Vous pensez avoir un objet qui correspondrait à ce que je cherche ?

- Possible petit, mais je n'ai obtenu aucun de mes trophées gratuitement tu sais. Qu'est ce que tu me proposes ?

- Pour le moment je suis coincé dans ce royaume de toute façon. Vous savez comment on a pu me lier à une cage pour que j'y réapparaisse chaque nuit ?

- Houla... T'enchaînes les emmerdes dis donc.

- Je ne vous le fait pas dire... Vous pouvez m'aider ? Je vous rembourserais comme je le peux. J'ai déjà quelques babioles volés chez mes geôliers. Je sors les pièges qui n'ont pas l'air de l'intéresser, puis les statuettes qui elles semblent bien plus captivantes.

- Pour cette statuette je t'aides à trouver ce qui te ramène ici chaque nuit. Et si je trouve des trucs sympa dans la hutte de tes tortionnaires je te file la clef.

- On fait l'inverse ? Vous prenez la statuette et je prend la clef. Je me débarrasse d'eux et si vous ne trouvez rien qui vous plaise je reviendrais chaque nuit jusqu'à ce que vous décidiez de me libérer. Je ne peux pas prendre le risque de ne pas récupérer la clef si j'en ai l'occasion, la créature qui m'envoie ne me le pardonnera pas... Après... Nan... J'ai une autre idée. Je veux juste m'assurer que vous avez bien la clef que je cherche.

- Je ne sais pas quel est ton plan gamin, mais tu as l'air sûr de toi et ton histoire m'intrigue. Suis moi.

Sa hutte est assez peu éclairée, mais semble fortement décorée. Les murs sont recouverts de biblots en tout genre accrochés différemment les un des autres, parfois en appuie contre la paroi, parfois retenu par une corde ou bien cloué au mur, sauf qu'il ne se dirige vers rien de tout ça. Je tend la main, paume face au mur, en regardant la marque par acquis de conscience, mais il n'y a aucune réaction. Il ne semble pas y avoir la moindre trace de clef dans ce bric à brac de babioles en tous genre.

Arrivé au centre de la pièce il saute, attrape les bords d'une nouvelle trappe et disparait dans le plafond. Prenant son silence et ses bruits de pas au-dessus de moi comme une invitation je me lance à sa suite et bondit dans l'ouverture. Une poussée sur mes bras plus tard je suis dans une grande pièce meublée d'une bonne trentaine d'étagères de presque deux mètres. Alignés les unes devant les autres elles créent des sortent de rayonnages dont chacun de leurs plateau est rempli de statuettes, de plaquettes et d'objets en tout genre, bien alignés et espacés. Comme si il avait été distribués là avant d'être classés et répertorié lors de fouilles archéologique.

- Whaou... C'est...

- Oui je sais, c'est plus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ça fait souvent cet effet là la première fois.
Rigole le chasseur de trésor en avançant dans un rayonnage.

Il progresse avec assurance alors que je me presse à sa suite entre les différentes reliques. Des armes parfois brisées, ce qui me semble être des ustensiles de cuisines ou même un crâne de verre, ils sont tous posés là à attendre que je ne sais quoi se produise.

- Chacun de ses objets est magique ?


- Dans l'ensemble je pense que oui, mais ils ne le sont pas tous. Parfois ce sont de simples babioles auxquelles étaient vouées un culte dans le royaume où je les ais récupéré. Enfin... Voilà.

Le dernier mot est prononcé avec satisfaction ce qui me focus sur ce que regarde mon interlocuteur. Je suis légèrement pressé de découvrir ce qu'il a sous les yeux, mais sa position m'empêche de voir et de lui passer à côté dans l'étroit couloir créé par deux étagères. Il finie par se retourner en tenant fièrement un trousseau qui ne contient pas que des clefs. Il y a des broches, quelques lames, parfois des sortes de sceaux et même quelques crochets.

- Tu devrais trouver ton bonheur là dedans.

J'approche ma main de cet amalgame de trouvailles, mais rien ne se passe. Pas de mouvement, d'émanation de lumière ou quoi que ce soit. Rien que le silence et nos respirations. En tendant les doigts j'effleure du bout des phalanges chacun des composants. Lorsque je les pousse et qu'ils reviennent en place ils émettent un léger cliquetis ou bien un son plus cristallin. Je vais lentement en m'attardant sur chacun de ces grigris dans l'espoir d'une réaction. Sans succès. J'arrive au bout du trousseau alors que le vieux expire d'ennuie et me le jette, comme un dessinateur lance ses brouillons dans la corbeille.

Je bégaie un instant en battant des mains avant de les joindre pour attraper l'objet. Pendant ce temps je regarde le vioc farfouiller sur des étagères à la recherche de nouveaux objets à me faire essayer. Il en soulève certains, en secoue d'autres avant de changer d'étagère et de recommencer. De mon côté je recherche l'emplacement du trousseau pour le remettre à sa place. Une fois trouvé je lève la main pour le poser et voir que ma main scintille d'un éclat violet malsain. En posant le trousseau pour vérifier que s'en ai bien la source je suis pris d'un fulgurant mal de crâne et un voile noir me passe devant les yeux.

- D'où te débarrasses tu de ma liberté comme ça ?!

La voix criarde me défonce le crâne alors que j'essaye de m'orienter face à elle dans l'obscurité.

- De toute façon, je ne sais pas si je vais pouvoir te le ramener donc laisse moi gérer au lieu de me mettre k.o . T'oublies un peu que tu as besoin de moi en état ! T'as bien vue que j'ai pas prévu de fuir non ?!

Le décor s'éclaire un peu et je vois le canapé du chalet. Se relevant dans l'obscurité, Élise se lève, un verre à la main qu'elle vide d'un trait avant de s'avancer vers moi. Son t-shirt s'arrête en-dessous de la poitrine et en haut il laisse ses épaules dénudées. Elle me tend son verre à nouveau plein en s'approchant de moi. Sans rechigner je le prends, mais intérieurement je suis en ébullition, bien conscient que c'est la créature qui croît me menacer. Une fois sa main vide, la fausse Élise rapproche sa main de ma joue pendant que je lève mon verre pour le lui verser sur le crâne. Les yeux jusqu'ici réalistes virent au violet.

- Tu peux faire mieux que ça non ? Sinon je ne risque pas grand chose à ne pas te ramener la clef. Sache que je ne regrette pas tout mes choix avec les nanas. Vas au diable.

- Fais le malin gamin... Je peux faire bien pire.

Sur la fin de sa phrase, sa voix devient métallique, presque robotique et le décors change complètement. Sa main descend de ma joue à mon cou et je ne peux presque plus respirer, coincé par une poigne de fer qui me soulève à plusieurs centimètres du sol. Comme si une caméra imaginaire changeait de plan il me tourne autour sans desserrer sa prise. Cest un robot que j'ai rencontré une nuit de mésaventure et il n'a pas vraiment été mon allié, ce qui ne me rassure pas de le savoir dans mon dos. Toute la pièce est éclairé d'une légère lumière bleue qui tamise de sa clarté les murs d'aciers qui montent et montent encore.

Je n'ai jamais vécu ça... Où l'entité est-elle allez chercher tout ça, mais cette pensée est effacée quand une tige métallique m'est enfoncé dans le dos, bientôt rejointe par une jumelle et plusieurs suivante. Un mécanisme s'active, comme si elles pompaient tout ce qui pouvait sortir de mes plaies. La prise autour de mon cou disparaît et je me retrouve suspendu par ces sortes de cables que j'aperçois en levant la tête. Ils produisent eux aussi une clarté bleuâtre qui se perd dans les hauteurs. Et j'en prend aussi la direction car comme soulevé par un treuil je prend de l'altitude, maintenue uniquement par les broches qui me transpercent la chaire.

En montant, je remarque qu'il y a d'autres sources de lumière et qu'on doit être en train de me ramener à leur niveau. Bien plus faibles que la lueur de mes cables, je ne les distingue parfaitement qu'une fois que je suis à leur hauteur. Mais même sans ça, le spectacle m'horrifie. Ce sont deux corps cadavériques maintenue de la même façon que moi qui pendent lamentablement dans le vide. Ils semblent respirer avec difficulté et lèvent lentement la tête en entendant les câbles me stopper à leur niveau. Les voir comme cela me crée une boule de malaise qui me retourne l'estomac, jusqu'à ce qu'ils ouvrent la bouche pour me parler d'une voix rouillée.

- Tu... Nous aa... Laissé crever ici...

- On... S'inquiétait pou...r toi...

Les voix et les regards fatigués me font perdre pieds.... Ce n'est pas possible, ça ne peut pas s'être terminé comme ça... Ça ne peut pas être eux... et pourtant je reconnaîtrais ce regard plein de colère et de haine entre milles... Dan et le voyageur de la lumière... Ça ne peut pas s'être passé ainsi... Ils sont vivants ! C'est obligé. Et autour de moi une voix prend le pas sur mon raisonnement.

- Qu'est ce que tu en sais ? Tu as eu des infos sur eux ? As-tu seulement cherché à reprendre contact ? Si tu avais été là, vous auriez peut-être trouvé une solution et ils gambaderaient encore tranquillement au lieu de rester prisonniers de cette boîte de conserve ambulante...

- Mais je... Je pouvais pas...

- Non, tu ne pouvais pas te salir les mains pour que vous puissiez partir tous ensemble. Tu as préférés laisser tomber et fuir...

Je le sais au fond de moi que je n'ai aucune preuve de ce que j'ai sous les yeux... Ce n'est peut-être que le résultat d'un mix entre mes souvenirs et mes appréhension pour me faire flancher, mais même en le sachant... Faire remonter à la surface des craintes enfouies du mieux qu'on le peut ne met pas vraiment dans de bonnes conditions pour passer une bonne nuit. J'ai l'impression de vivre un cauchemars comme si je n'étais qu'un simple rêveur. La voix continue de me mettre des coups au moral comme si j'étais un punching-ball. À tel point que je finis par ne plus l'entendre, me laissant complètement happer par le précipice sous mes pieds et la noirceur de mes pensées.

Un câble lâche dans mon dos sans que je ne bouge, suivie par tout les autres, un par un et me voilà en train de me diriger vers le sol. Le choc a lieu et je reprends conscience au milieu des linéaires de trouvailles en tout genre. Étalé sur le sol, je me relève tant bien que mal pour m'asseoir et m'adosser contre l'une des étagères. Ma tête produit un bourdonnement sourd qui me vrille les neuronnes jusqu'à ce que la voix de la créature surgisse à nouveau.

- Maintenant que nous sommes de nouveau sur la même longueur d'onde, récupère cette clef et ramène la moi.

Je n'arrive pas à l'articuler, mais qu'est-ce que j'aimerais l'insulter et lui conseiller de se carrer les fémurs de ses gardiens macabres où je pense. Mais je ne dis rien. Peut-être lit-elle dans mais pensée et n'a juste pas relevée, mais le vrombissement s'estompe et je peux de nouveau réfléchir clairement. J'en viens à me demander où se trouve mon hôte et ce sont des voix au-dessus de cette réserve qui m'indiquent sa position. Les voix sont étouffées comme si il y avait une certaine quantité de matière qui me séparait d'eux... Mais il ne devrait y avoir qu'un toit au-dessus de moi. Deviendrais-je fou ? Possible. Toujours est-il que je tend l'oreille en restant aussi silencieux que possible.

- Le voyageur ? Oui, il est passé. Il cherchait un objet, mais a fini par se carapater car il avait les miquettes que je ne sais pas qui, vous sûrement, ne le retrouve. J'aurais su que c'était vous, je l'aurais retenu ici un peu plus longtemps.

- Mouai... Étrange... Mon flair ne me trompe pas et sa piste s'arrête ici.

- Qu'est-ce tu veux que je te dise ? Il est passé et il est repartie, droit vers la sortie du village.

- Indi, tu ferais pas la connerie de nous le cacher quand même ?


- Bande d'emmerdeurs... Vous voulez rentrer fouiller ? Amusés vous.

Et merde... Ça pu un peu tout ça... Il aura essayé, mais si ils me trouvent ça pu un peu la merde pour tout son bazar, mais vue que je ne sais pas trop où aller et qu'il essaye de me planquer, je préfère ne pas bouger. Faire du bruit ou remuer mon odeur dans l'air pourrait nous foutre tout les deux dans la merde et je reste donc là à regarder le trousseau tombé par terre au moment de ma chute. J'en profite pour examiner ce qui doit être "la clef". Une sorte d'anneau de fer gravé de rainures variées qui tracent des lignes droites entrecoupées d'angles droits. L'anneau n'est pas complet et laisse penser qu'il a un espace vide qui permettrait d'écarter plus ou moins la forme faite d'un seul tenant.

- Rien. Je sais pas comment ça se fait, ni comment c'est possible, mais y a rien dans cette baraque de merde... Et pourtant ça pue le voyageur ! Tu lui aurais pas vendu un truc pour camoufler son odeur ?

- Ho, tu m'as pris pour un épicier ? Je suis chasseur de trésor, pas sauveur de miches.

- Ouai c'est bon, on sait. Allez les gars, on se casse. Non gruntus ! Le cogne pas ! Réserve ça pour le cas où il aurait aidé le rouquin.


Les pas déjà très assourdis par les parois s'éloignent vite, à la recherche de quelqu'un qui a disparu de leur radar. Je n'aurais pas cru croiser un sauveur dans ce royaume et je le remercie en silence quand il remonte de la trappe une gourde à la main. Il s'approche rapidement avec une large sourire qui lui fend le visage. Il prend bien garde à refermer l'ouverture derrière lui, chose qu'il n'avait pas fait jusqu'ici, puis il s'approche de moi en me tenant ce qui doit être un liquide.

- Ça va ? Tu te remets ?

- Merci, dis-je en attrapant la gourde avant de continuer en dévissant le bouchon, ça peut aller. Plus important, comment vous avez fait pour me masquer comme ça ? Et je termine en levant machinalement le coude pour boire.

- Le secret c'est les trappes. Elles sont des liens vers d'autres lieux. Je m'étouffe à moitié avec la boisson alcoolisée qui m'a cramé la gorge vue le dosage et il attends quelques instants que j'arrive à respirer pour continuer. Quand elles sont fermés, rien ne passe d'un lieu à l'autre. Grâce à ça, j'ai une vue sur les plus beaux trésors oubliés de Dreamland sans jamais leurs avoir fait quitter leurs temples, leurs sépultures ou simplement leur royaume. Ici, c'est plus simple à faire, on est juste en dessous de chez moi. Une cave que j'ai aménagé et dont j'ai bloqué les accès quand j'ai découvert ce système de liens il y a de nombreuses années. Enfin bref... C'est pas jojo ce que t'as au cul. Rascasse et ses deux larrons ce ne sont pas des tendres.

- Mouai... Et joueurs avec ça, ces connards...

- Surtout trop fiers de leurs réussites. Ils sont rares les villageois qui connaissent la capacité de mes trappes, mais presque tous peuvent te dire comment Rascasse marque ses victimes.

- Sérieux ?? Et vous savez comment faire sauter ça ?

- Sans problème oui. Il se lève et ressort de la pièce.

Il referme la trappe sans m'indiquer de le suivre donc je ne bouge pas de là. En espérant qu'il n'ai pas changé d'avis pour me donner et gagner je ne sais quoi au près de mes poursuivants. Heureusement, ou apparemment, il revient seul dans sa cave et se rapproche avec une sorte de longue seringue dont l'extrémité de l'aiguille est équipée d'une petite ventouse. Je ne sais pas encore en quoi consiste exactement ce qu'il a prévu, mais je l'appréhende moins que si cela avait été une simple aiguille ou une piqûre qui me retirerais le lien.

- Parlons peu, parlons bien. La nuit avant que tu réapparaisse dans la cage pour la première fois, est-ce que tu t'es fait tirer dessus ?

Je réfléchis un instant en me palpant le corps à la recherche d'un souvenir ou de quelque chose d'anormal et dans le doute je retire mon t-shirt pour vérifier. Le déclic est quasi immédiat quand je vois des veines rougeâtres qui partent du centre de ma poitrine. La première nuit juste avant que je ne perde conscience, c'est forcément à ce moment là.

- C'est pas beau à voir dis-donc, mais t'inquiète on va régler ça.

Ni une ni deux, il pose son pied sur une étagère à hauteur de ma tête. Toujours assies par terre, je ne cherche pas vraiment à me défendre quand il plaque la ventouse sur la blessure avant de tirer le piston de la seringue. Cependant, je saisis l'aiguille car avoir pour seul protection contre ce pique métallique une simple ventouse en plastique ne me rassure pas. Rapidement le vieux se retrouve à devoir forcer pour pouvoir ouvrir le piston plus grand et de mon côté j'ai l'impression que ma peau va se déchirer en se décollant méticuleusement de ma chaire. Dans le réservoir de la seringue, rien ne semble venir, mais il continue de forcer. Alors que le piston n'est tiré qu'à moitié il force encore plus en me disant de tenir le réservoir de la seringue. J'attrape le réceptacle en verre alors qu'il ne tient plus que la poignée du piston en plaçant son deuxième pied comme le premier. On croirait un gymnaste en plein entrainement, mais je n'ai pas le temps de rire de ça que j'entends un craquement et qu'une douleur aiguë me coupe la respiration.

- Encore un petit effort !
Lance la créature toujours crispé sur le piston.

J'aurais aimé pouvoir lui répondre qu'il n'y a pas de problème et que tout va bien, mais ce n'est pas vraiment le cas et je ne peux surtout juste pas lui répondre. Je vois une sorte de résidu rouge qui entre dans le réservoir de la seringue sous la forme d'une sorte de liquide compact qui ressemble à de la gelée. Je remet mes observations pour plus tard quand un nouveau craquement survient, cette fois-ci suivie pas un cliquetis de verre et d'acier dans le réservoir. Pendant que je repousse la seringue le vieux remet pieds à terre et me félicite d'avoir tenu le coups.

Je lui demande si il a déjà fait ça à quelqu'un et il me répond nonchalamment que non, mais que pour retirer quelque chose de fourré dans le corps de quelqu'un c'est l'une des meilleurs façons de faire. Pendant que nous discutons il est occupé à récupérer mes EVs et ce qui m'avait été tiré dessus. Finalement, c'est une sorte de pierre ou de balle ovale sur laquelle est gravé un symbole. Une suite de traits peu gracieux qui dessinent une forme géométrique... Comment dire... Étrange.

- Le noyau de la balle diffuse une marque dans le corps du voyageur à partir de la gravure. Il suffit de déposer un noyau jumeau dans n'importe quoi et boum ! Un voyageur prisonnier.

- Ho... Pas vraiment sympa... Donc je suis tranquille là ?

- Ça serait trop facile ça, dis-t-il en rigolant. La marque a eu le temps de se propager et je pense qu'il y en a assez pour que tu sois contraint à revenir ici la nuit prochaine.

- Arf... C'est pas si grave... Dans tout les cas j'ai prévu de rendre la monnaie de leur pièce à ces enfoirés.

- Et puis, il te faut toujours la clef.

J'avoue que pendant un instant, j'ai imaginé pouvoir la récupérer tranquillement et partir avec, mais c'était en oubliant dans quel royaume je me trouve. Même si le fait de vouloir quelque chose en échange d'autre chose n'est pas spécifique à ce royaume bien au contraire... Ici c'est plutôt qu'il ne faut pas essayer de duper les gens ou bien à ses risques et périls, mais ça aussi, ce n'est pas vraiment spécifique. En tout cas, rien sans rien, baston, récupération, échange et délivrance. Un programme un peu corsé, mais que je me vois mal accomplir en étant pas complet. Face à moi, le débrouillard joue fièrement avec les EVs qui devraient se trouver sur le dessus de ma poitrine  fait actuellement une tête pas possible.

- Que voulez vous en échange ?

- Qu'en cas de pépin je puisse compter sur toi.


- Heu... Comment on fait ça ? Si ça comprend une marque similaire la réponse est non.

- Mais non t'inquiète... C'est plutôt, mh.. un contrat.


Son sourire en coin et ses yeux qui pétillent ne me disent rien qui vaille, mais que puis-je vraiment faire à part accepter ? Au moins pour cette nuit. Ce serait me planter une épine dans le pied de lui refuser ça et ce n'est pas comme si j'en avais pas déjà qui me chatouillent l'os. Je lâche finalement un soupir avant de lui répondre

- J'accepte. En attendant, on a un deal pour la clef, mais j’apprécierais de récupérer les EVs qu'il me manque, dis-je en pointant le creux de ma peau.

- Ho ça ? Ça n'irait pas chercher bien loin de toute façon, tiens.

Il me lance les quelques billes sans intérêt et retourne à des occupations en dansant à moitié. Qu'ais-je fait ?... C'est peut-être pire que ce que je vie actuellement... Enfin bon, j'aurais peut-être la possibilité de refuser le moment venue. En attendant je n'ai même pas eu le temps d'attraper, ma chaire ou ma graisse je ne sais pas, qu'elle est immédiatement allé se coller à sa place pour combler le vide. Une fois reconstitué, je déambule dans les travées en faisant fonctionner mes méninges pour trouver une façon de me débarrasser de ces saloperies de chasseurs. Courir à nouveau dans la forêt : trop fatiguant et aucune chance de prendre l'avantage. Sauter dans le vide : la fuite ne me permettra pas de récupérer la clef chez mon hôte. Attaquer en sortant de la cage : stupide. Attendre encore une nuit pour ne plus jamais revenir : l'autre encagé va me casser les burnes. Rha... Quel casse tête.
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Sam 20 Jan 2018 - 17:43
Cinquième jour

Réveil en douceur avec la lumière du soleil qui pointe le bout de son nez à travers les volets et la lumière du couloir qui passe sous la porte. Des voix dans le couloir, des bruits de pas, de l'eau qui coule, l'ambiance est calme et légère. Je pourrais rester là des heures sous ma couette pour le plaisir simple de profiter de ma couette. Sans dormir. Juste pour profiter de cette atmosphère chaude et rassurante que j'ai passé une partie de la nuit à préparer pour ne plus vouloir l'abandonner si tôt. Mais vue que j'y vois si clair, j'imagine qu'il doit être plus tard que ce à quoi je me suis habitué ces deux derniers jours. En récupérant mon téléphone au pied du double lit je remarque qu'effectivement l'horloge indique déjà 8h30.

Je me relève et remarque du coin de l'œil l'ombre de ma colocataire encore endormie. L'envie de secouer la structure me traverse l'esprit en manquant de peu de me convaincre, mais je me ravise et fait demi-tour pour me diriger vers la porte. En ouvrant la porte j'entends le lit grincer et une fraction de seconde plus tard un oreiller me percute la nuque. Lorsque que je me retourne vers la coupable, cette dernière fait semblant de dormir et je l'imagine bien, planquée sous sa couette à attendre ma réaction. Je ramasse l'oreiller et le relance au niveau de sa tête.

- Debout, t'auras plus de café.

- Hein ?... Quoi ?... Pourquoi tu me... Elle baille à s'en décrocher la mâchoire en se redressant sur son matelas. ...réveilles comme ça ? Puis elle se lève en se frottant les yeux pour rejoindre l'ouverture de la pièce.

Je me colle à la porte pour la laisser passer en mimant le gentleman qui laisse passer une dame en lui tenant la porte. Alors qu'elle passe devant moi le teint frais et la mine réjouie je la suis vers les escaliers pendant que nous descendons, doucement, mais sûrement, vers la salle à manger où tout le reste de la bande est déjà réuni. Quelques viennoiseries, du pain grillé et tout ce qu'il faut pour le garnir, encore un petit déj bien servi et je ne sais qui m'a remplacé pour passer à la boulangerie. Arrivé au bas de l'escalier nous nous dirigeons l'un et l'autre vers les chaises encore vides autour de la table et entamons les banalités du matin en trempant, pour ma part une tartine de pain grillé à la confiture de fraise dans ma tasse de café. Les discussions vont bon train, on spécule sur les découvertes de la journée ou sur les pistes que l'on souhaite parcourir durant la matinée.

Dernières tartines englouties et cafés descendus nous sommes les deux derniers à nous lever pour aller nous équiper contre le froid. La douche rapide et presque froide en étant le dernier à y passer finie de me réveiller alors qu'à peine sortie on me crie de me presser car les autres sont déjà prêts. Sont sympa eux tiens. J'enfile un t-shirt et un veste en polaire, un pantalon de ski et je suis en quelques minutes en bas de l'escalier, presque surpris que tout le monde m'ai attendu bien gentiment devant la porte. J'enfile mes chaussures, mes gants et attrape ma planche alors que la troupe se met en marche. Effectivement, ils ont tous l'air d'êtres plus énergiques encore qu'hier. Nous courrons à moitié vers le bord des pistes jusqu'à ce que nous puissions finir de nous équiper. Quelques instants plus tard nous sommes au télésiège le plus proche à prendre de l'altitude.

Nous avons visiblement trouvés notre rythme de descente car nous descendons sans nous distancer, sans vraiment former une file indienne, mais en restant simplement à l'écoute les uns des autres. Nous ne descendons plus au pif, mais choisissons rapidement une suite de pistes à enchaîner jusqu'à notre prochaine remontée mécanique. Certaines zones de hors-piste et autres champs de bosses sont des exceptions à cette nouvelle règle. Le plus souvent c'est celui qui se trouve en tête qui s'arrête un instant en battant des bras pour proposer un chemin alternatif. Nous jaugeons rapidement les risque de la descente et nous engageons en lançant une blague ou deux à ceux qui ne sentent pas la traversée et préfèrent rester sur les chemins balisés.

Au final et comme à chaque fois que l'on passe de bons moments, la mâtinée passe à une vitesse folle. L'heure du repas arrive rapidement sans qu'il n'y ai eu d'incidents notables mis à part deux ou trois chutes sans conséquence au milieu d'un champ de bosses. Nous nous déchaussons, tombons les bâtons et les masques avant de nous attabler à la terrasse d'un restaurant d'altitude en profitant du soleil. Nous passons quelques minutes à nous émerveiller devant la vue avant de crier au bonheur en profitant du vin ou de la bière que nous savourons après avoir trinqué. La commande passée, un petit quart d'heure de discussion plus tard, nous laissons une demi-heure nous filer entre les doigts sans que personne ne fronce les sourcils. La seconde tournée y est sûrement pour quelque chose puisque nous arrivons à nous satisfaire du choix du restaurant lorsque nous commençons à déguster nos plats déjà presque froids.

Réaliser tout cela me fait sourire car même en le sachant je n'ai pas envie de me plaindre. Nous profitons tous de la présence des autres et l'impression persistante que nous pourrions nous connaître depuis toujours crée en moi une sensation de satisfaction. Tout ce qu'il faut pour que j'hésite à me décider entre ce qui me plaît le plus pendant ces vacances : Les descentes et la neige ou bien notre groupe et ses échanges. De si bons échanges que nous partageons et recommandons à plusieurs reprises des bouteilles qui accumulées entre elles commencent à représenter une certaine quantité d'alcool, même à 6. Sauf qu'après le dessert, alors qu'il est presque 15 heures, nous prenons un digestif et cette fois les verres de Chartreuse ne tardent pas à se poser sur la table et nous les dégustons tranquillement. Nous commençons à peine à penser au départ et nous sentons déjà que la chose ne va pas être simple car peut-être pas bourrés, mais déjà plus très frais. Certains, pour ne pas dire tous, ont du mal à se souvenir d'où nous avons laissé nos ski et pour le coups j'en fait partie...

À quoi ressemble ma planche d'ailleurs ? Une bande verte, un logo rouge, un fond bleu et une vague blanche ? Nan, c'est un peu moche et elle me plaisait bien... Un damier bleu et blanc sur une partie de la planche et l'autre partie unicolore ? Ha non, ça c'est les toilettes du chalet... D'ailleurs j'ai envie de pisser... Allez go. J'entre dans le restaurant en marchant aussi droit que possible et apprend avec effrois que les toilettes sont au sous-sol, je prend donc les escaliers avec mes bottes de surf, lourdes et imbibés d'alcool, ce qui me rend la descente peu aisée. J'arrive cependant indemne au pas de la porte des toilettes et ouvre en manquant de glisser sur la marre d'eau qui se forme souvent sur ce genre de carrelage dans les stations de montagne. Une fois stabilisé je vais soulager ma vessie, me lave les mains avant de me gifler gentiment les joues pour me remettre. L'effet étant minime je remonte tant bien que mal les marches qui mènent à la sortie et part à la recherche du groupe, qui... Qui... A laissé ma planche toute seule là où nous avions laissé nos affaires.

Pendant plusieurs secondes j'ai l'impression d'être un enfant dont la mère a changé de rayon trop vite et reste perdu entre le rayon des casseroles et celui des jouets où il est resté trop longtemps à rêvasser. Reprenant un minimum conscience de la réalité et de mon incapacité à reprendre la neige dans mon état je me pose sur une bute proche du restaurant après y avoir planté ma board. L'idée étant de décuver tranquillement avant de rentrer à la location. Cependant, les vertiges de l'alcool arrivent à me tenir éveillé alors même que je me tiens bien allongé sur le dos. Un petit quart d'heure plus tard mon téléphone vibre dans ma poche et m'oblige à bouger.

- Yep ?

- On vient de se rendre compte qu'il manquait un poivrot à la tignasse rouge. Ça te dit quelque chose ?

- Yep, il s'est planté dans la neige pour fermenter. Vous faites quoi du coups ?

- On est mort, on rentre au chalet. Tu fais quoi toi ?

- Je vais rester là un petit peu, la neige est bonne, mais j'ai pas envie d'y planter mes dents.

- Bonne idée. Atta... Élise me dit qu'elle remonte te chercher. "Un pour tous et tous rentrés" qu'elle dit.#

- Ok, je bouge pas de toute façon.

- Okay, à tout' mec.

Je ferme les yeux en rangeant le téléphone dans la poche intérieure de ma veste et les rouvre en pensant aux lunettes de soleil coincés sur le haut de mon cranes jusqu'ici. M'endormir n'a pas l'air au programme et ce n'est pas pour me déplaire... Je n'ai pas vraiment envie de devoir affronter les trois connards sans être maître de mes sens, car même si je ne vais pas arriver à Délirium j'ai peur des effets de l'alcool sur mes capacités... J'en suis donc réduit à profiter du paysage et du défilé constant qu'offrent les skieurs arrivant et partant pour des pistes variées. Les casques farfelues et les bonnets en tout genre me font sourire bêtement alors que j'observe les techniques de chacun, skieurs comme snowboardeurs. Un passe temps très sympa car on discerne vite ceux qui se la jouent sans en avoir les moyens, ceux qui maîtrisent vraiment en se montrant, les gens plus techniques qui skient simplement pour le plaisir, ceux qui flippent et les débutants. Un patchwork de niveaux, d'âges et de vitesses.

- T'as l'air bien là tiens... Fais gaffe, un peu plus et tu vas alcooliser la neige...

- Pas ma faute si j'aime le trou normand.

- T'en as pas finis avec les digestifs ?

Je laisse tomber ma tête en arrière et tombe nez à nez avec une paire de skis, accessoirement accompagnés d'une jeune demoiselle qui me sourit à pleine dent. Elle se déchausse à l'aide de ses bâtons et plante son matériel à côté du miens avant de venir se poser à côté de moi.

- Pourquoi tu t'es embêté à revenir ?

- Trois choses : Primo, "on ne laisse personne". Deuzio, j'avais pas envie de rentrer. Tercio, je reste pas avec deux couples comme ceux-là​... Et du coups, tu plantes ta tente là ? Le chalet ne te plaît plus ?

- Mmh... Ça doit pouvoir redescendre ouai, de toute façon faut pas que je dorme donc autant se bouger pour oxygéner tout ça. Tout en parlant, je commence à me redresser sur les coudes pour me relever.

- Pourquoi est ce qu'il ne faut pas que tu dormes ? Je tourne la tête vers elle, accueillis par un regard étonné.

- Hum... Rien, t'inquiète, juste que je vais être crevé toute la soirée si je dors maintenant. Bon on y va ?

Une fois redressé sur mes deux pieds je lui tend la main pour l'aider à se redresser, mais au lieu de ça elle fait semblant de prendre appuie sur moi au niveau des abdos (Que je contracte bêtement) et elle pousse sur moi pour se relever. Avec mon équilibre de tonneau mal rempli je perd vite l'équilibre et me retiens tant bien que mal à son bras. J'ai juste assez de maintiens pour reculer ma jambe arrière et poser mon genoux au sol. Me voilà agenouillé devant elle, même si par le plus grand des hasards je n'ai pas de bague en main, la scène doit être plutôt comique ou mignonne, à voir de loin.

- Élise... Acceptes tu de me laisser décuver tranquille ?

- Mmhh... Fait-elle, étonnée, avant d'éclater de rire. Idiot va... D'accord, mais t'es en état pour le patin à glace ce soir. D'ac ?

- Ça me semble être un bon deal.

- Cool, allez, on rentre. Et sur ce, elle m'aide à me relever avant que nous rattachions nos pieds à leurs planches respectives.

Je fais de larges paraboles dans un sens puis dans un autre en descendant les pistes sans vraiment en profiter. Je passe trop de temps à m'assurer que personne ne m'arrive dessus et que moi je n'arrive sur personne. De son côté ma camarade entraîne sa godille, sûrement motivé par la qualité de celle de Marine et elle me distance gentiment en prenant de la vitesse. M'attendant au bas de chaque piste je me démerde pour essayer de ne pas la perdre de vue, même si dans tous les cas nous allons au même endroit, mais des zigs et les tags d'inattention me rappellent qu'elle m'attend pour venir m'aider si jamais je me casse la gueule dans la neige. Je sens d'ailleurs que j'ai mon équilibre dans le dos avec les fautes de quart que je manque de faire lorsque j'en change. Tellement de concentration en moi à chacun de mes virages, j'ai l'impression de réapprendre à surfer, mais ma vitesse est toujours là et j'arrive en bas sans trop faire attendre la demoiselle.

- Allez ! Plus qu'une piste.

J’acquiesce et enchaîne sans faire de pause, ce qui prend Élise de cours car elle devait s'attendre à me voir me laisser tomber sur la neige pour récupérer de l'effort et du décuvage accéléré. Sauf que p'asseoir maintenant c'est prendre le risque de ne plus me relever avant un petit quart d'heure, autant enchaîner jusqu'au bout. Sur cette pensée, je prend une bouffée d'air pour oxygéner tout ça et prend la piste suivante en longeant le bord pour me préparer à chopper notre sortie. Le souffle de la vitesse me caresse les joues et fait voler mes mèches rougeâtres en tout sens alors que les sapins défilent sur les côtés. En faisant dos aux autres skieurs je prends un risque de ne pas vraiment les voir, mais je serais plus à l'aise pour garder ma vitesse et continuer d'avancer sur un chemin qui commence déjà à s’aplatir avant d'inverser la pente un peu plus loin. Je plis les genoux, me baisse sur ma planche pour qu'elle soit en contact complet avec la neige et je prend toute la vitesse possible avant de me pencher sur le quart droit de ma planche.

L'inclinaison me tire lentement à droite alors que ma vitesse tente de m'embarquer de l'autre côté. C'est à ce moment là que je sais qu'il faut que j'aille me reposer. La faute de quart que je fait à cet instant n'aurait jamais eu lieu dans une situation normale. Le sol est plat, bien tassé, presque givré grâce aux ombres de grands arbres qui balisent le chemin. Ma planche glisse nonchalamment sans que je ne la guide vraiment sur ce chemin droit, presque sans dénivelé. Une bosse me surprend et soulève la droite de ma planche me faisant partir en arrière pour embarquer la board avec moi vers la gauche. Réflexe con, mais humain, je balance mon poids sur le quart opposé pour repartir en ligne droite. C'est à ce moment que j'ai merdé. La lame droite de ma board se plante dans la neige et je pars vers l'avant alors que je sent le poids à mes pieds qui, entraîné par mon élan, passe au-dessus de moi et va s'abattre dans la neige au même moment que mon dos. La tête suit juste après et finit de me choquer alors que je gis maintenant au sol en plein milieu du chemin.

Après quelques secondes qui s'égrainent comme des heures dans ma caboche traumatisée je vois une ombre passer dans mon champs de vision et une voix. On me demande si je vais bien, puis si je l'entends et aussi si j'ai mal quelques part. Les réponses, "joker", "oui" et "à la tête" ne veulent pas passer le bord de mes lèvres car je n'arrive à rien articuler. J'ai les yeux grands ouverts à regarder le ciel alors que je sens qu'on me détache les pieds de ma board. Ma main ne répond plus vraiment à mes ordre ou alors il fait juste trop froid, mais j'avoue avoir un peu de mal à ne pas paniquer... Ce n'est pas tout les jours que la totalité de votre corps vous cri que vous avez merdé.

Les secondes passent et la douleur se précise, me laissant reprendre le contrôle de mon corps. Je respire normalement, je peux même commencer à répondre aux questions que ma camarade me pause et à la rassurer sur mon état de santé. Les bras reviennent ensuite et je commence à pouvoir essayer de me relever, même si les premiers essais ne sont pas vraiment très fructueux. Au final il ne reste bientôt que le crâne et le dos qui continuent de me lancer alors que nous repartons à pieds. Pour la tête, Élise m'explique qu'elle n'est pas passé loin de ma board et que ça aurait pu être pire. Mon dos lui est la première chose qui a touché le sol et cela ne s'est pas fait en douceur. Ce qui explique que la plupart de mes mouvements me fassent mal. Je vais bien mériter quelques étirements une fois que nous serons rentrés. Marcher est douloureux, porter ma planche est douloureux, respirer même combat et ma tête résonne encore.

- Je sais pas si je vais monter sur les patins ce soir...

- M'étonnerais ouai...

Nous arrivons au chalet et tout le monde est là à discuter et à boire un verre dans le salon. Je pose mes affaires dans le local prévu à cet effet avant de monter virer mon pantalon de combinaison et enfiler un jean. Je me rend compte seulement ensuite qu'une douche ne me ferait pas de mal pour finir de m'éclaircir les idées. Petit manque de pot, pour moi, la salle de bain est prise et gros pour Élise, qui a oublié de fermer la porte à clef. En sous-vêtements de sport elle continue d'être ravissante, mais je n'ai pas le temps d'en profiter car elle me fusille du regard. Étonnant. Et je referme donc en vitesse la porte, ne lâchant qu'un "Oups... Désolé" en souriant et en baissant les yeux. Je vais poser mes affaires dans ma chambre en attendant que la salle de bain soit libre et je redescend dans le salon. Je n'en suis pas à boiter, mais je limite les mouvements de mon dos et grimace des que je fais un mouvement un peu trop rapide. Les questions commencent à fuser et je leur raconte donc cette dernière descente.

Le récit terminé, Adrien se fout de ma gueule gentiment et les trois autres compatissent en me demander si je vais pouvoir finir la semaine. Pas vraiment convaincu, mais motivé à le faire, je leur assure que ça va le faire. Il va juste falloir que je ne fasse pas le con ce soir et tout devrait bien se passer. Une dose d'antidouleur, une bonne nuit de sommeil et pouf le tour est joué. Ce va aussi m'obliger à me limiter sur l'alcool même si j'en ai déjà ingurgité assez pour m'en dégoutter jusqu'à demain. La douche terminée et rhabillée, Élise descend les marches et vient se joindre à nous pour organiser la suite et la fin de la soirée. La patinoire est ce qui revient le plus rapidement dans la conversation mais quand je leur annonce que ce sera sans moi pour aller glisser sur la glace ils pensent à annuler. Je leur rétorque que dans tout les cas je vais aller me coucher tôt donc autant qu'ils profitent de leur soirée.

Après qu'ils aient décider de manger une crêpe ou une connerie du genre sur la place proche de la patinoire ils prennent leurs affaires et quittent le chalet. De mon côté je monte me prendre une douche, me fait quelques étirements et je vais me coucher en réfléchissant à une stratégie. Le trio ne va pas me laisser fuir aussi simplement, surtout vu que j'ai déjà réussi à leur échapper la nuit dernière. Vont-ils seulement me faire sortir de la cage ? Si ce n'est pas le cas je ne m'en sortirais surement pas avant la nuit prochaine où je serais libre de toutes entrave. J'aimerais au moins leur rendre la monnaie de leur pièce, mais il me manque quelque chose...
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Lun 5 Fév 2018 - 14:52
Cinquième nuit

Quelque chose qui me fait arriver dans la cage le sourire aux lèvres. Je viens d'avoir une idée qui me dit que je vais avoir ma séance de patin cette nuit. Sans les mouffles car un débardeur à capuche se trouve sur mes épaules et j'ai un pantalon type treillis pour le bas, même si je le voulais je n'aurais pas froid. La pièce est toujours la même avec ses biblots et autres trophées agglomérés sur des étagères et des meubles variés. Personnes ne m'attends. Aucun des trois lascars ne patiente devant ma cage, mais cette dernière est belle et bien fermée à double-tour. Assie sur le sol en acier je force avec mes jambes sur les barreaux de la porte, mais rien n'y fait. Adossé à la face opposée je met toutes mes forces pour essayer de faire sauter cette prison qui commence à me taper sur le système. Cloud, séparé en deux nuages identiques, s'approche de mes mains alors que mes coudes posés contre la paroi me servent aussi d'appuis. Les deux sphères brumeuses me recouvrent les poings et je me prépare à faire du bruit et donc à potentiellement attiré l'attention.

Les deux arcus qui masquent mes poings s'étendent et frappent les bords du cadre de la porte. En forçant ainsi, autant sur les gonds que sur la serrure je devrais pouvoir faire quelque chose. Les coups recommencent à deux reprisent. Pour chaque coups, un "bong" sourd se fait entendre et augmente la force de pression de mes jambes sur l'ouverture. Au troisième coups la structure commence à plier et j'entends un grincement anormal. Je ne m'arrête pas en si bon chemin, même quand j'entends des voix en provenance de l'autre pièce. Avec ma concentration et la contraction de tout ce que je peux avoir de musculeux, je ne comprends même pas ce qu'ils se disent, mais ils semblent agités. Je vais leur en donner une, de raison de s'agiter, tu vas voir. Nouveau choc des nuages contre le métal et je sens une résistance qui vient de céder. Là comme ça, je la situerais au niveau des gonds et je n'ai pas le temps de me poser plus de questions car le drap en face de moi se soulève.

- Haaa, revoilà notre voyageur préffouuuargg !!

Il a suffit d'une dernière extension de Cloud pour faire lacher la structure. Les gonds ont sautés, la serrure a craqué et la porte tout entière c'est envolée en direction de l'entrée en embarquant le drap de séparation et le chef au passage. Le tout retombe quasi immédiatement avec Rascasse au sol qui se débat pour se débarrasser de ces objets qui le gênent, l'un par son poids et l'autre par son opacité. Il jure dans tout les sens quand je suis dans l'encadrement de la porte à courir vers la sortie de la pièce. Je saute sur la porte qui aplatie un peu plus le chasseur. En passant, je jette un œil pour voir où se trouvent les deux autres et quelles sont leurs réactions. Le molosse semble avoir bondit sur ses pattes et est en position d'intimidation, ce qui m'indique qu'il a bien été surpris et qu'il ne sait pas trop comment attaquer. Mais sa confusion est courte...

- Gruntus ! La por... Non !! Moi !!

Je viens de rebondir sur la porte comme si j'avais utilisé un trempoline et je pars dans les airs en direction de la sortie, mais quand j'entend le caniche de merde gueuler mon objectif, il est automatiquement devenue ma cible prioritaire. C'est à ce moment que je met l'idée du patin à glasse en action. Cloud passe de mes poings à mes semelles en un instant alors que je vrille en plein vol pour me rattraper pendant que je dérape sur les dalles en pierres. Je ralentis à peine. La couche de nuage sous mes pieds fait en sorte qu'il n'y ai aucune friction avec le sol. Un tel gain de vitesse fait que je peux juste ignorer le coups du grand Gruntus qui s'est placé en plein sur ma route vers l'extérieur, un coups de poing déjà armé. Pas de chance pour lui, je ne drift pas assez longtemps pour que sa main me percute au lieu de défoncer le dallage. Sans ménagement et après un virage à quatre-vingts dix degrés je fonce droit sur le chien et me force à penser dans tout les sens. "Il va sauter et donc je peux le kicker." "Il va partir à droite et là je le choppe à la gorge." "Si il part à droite j'attrape une chaise et la lui fracasse sur le dos." "Je boufferais bien un burger." "Ils sont tous gays dans ce village j'ai vu que des mecs ici." "Si il lit dans les pensées je vais peut-être l'embrouiller."

Mon véritable but étant de le chopper au cou ou je ne sais où pour l'envoyer percuter le mur en bois qui devrait sûrement rompre sous cette charge. Pas moyen, il ne bouge pas d'un pousse jusqu'au moment où ma main manque de le toucher et qu'il saute en arrière. Par pur réflexe j'amorce une nouvelle impulsion sur Cloud pour essayer de le saisir dans sa fuite, mais à cette vitesse je ne contrôle plus rien et j'ai juste le temps de croiser les bras devant mon visage quand je percute les planches en bois. Le choc me paraît moins rude que lorsque je me suis rétamé cet après-midi, sûrement car de la neige tassée ne romp pas sous mon poids. Ici, il y a un premier craquement, immédiatement suivie par d'autres et je me sens passer au travers, comme si le mur n'était plus une matière solide, mais un espace vide que je peux traverser. Au prix de nombreuses égratignures et d'échardes dans la peau certes, mais au moins nous ne sommes plus coincé chez eux, ils vont bien être obligés de sortir.

L'atterrissage se fait dans une roulade à moitié contrôlée qui m'étourdit un peu et m'envoie contre la maison adjacente. À peine me suis-je arrêté dans ma course que j'entends un fracas de bois qui s'arrache violemment. En levant la tête j'ai juste le temps de voir Gruntus me foncer dessus sans faire attention au fait qu'il y ai une paroi en travers de sa route, mais quand c'est lui qui traverse le mur, ce dernier est à moitié détruit, il n'y a pas juste trois ou quatres planches dèclouées. Toujours est-il que le colosse fait fît de l'obstacle en bois et ne ralentis pas sa course pour m'exploser. Mon pied gauche tendu en arrière et la droite pliée pour préparer une impulsion, j'attends qu'il ne soit qu'à un mètre pour passer sous son bras s'abattant devant lui et arriver sous son menton. Cloud au bout du poing, je frappe.

La mâchoire fait de la résistance sur le moment car elle semble refuser de bouger d'un millimètre, mais lorsque le nuage s'étend au bout de mon bras il fini par ne plus pouvoir résister. Son menton se lève et son torse bascule en arrière, mais je ne m'écartes pas assez vite. Le bras qui n'a pas touché le sol est le premier à se refermer sur moi, le second ne tarde pas à l'imiter et je me retrouve complètement étreint. Bloqué entre ses bras qui sont de véritables étaux, je sais qu'il va vite falloir que je trouve une solution car ça ne va pas le faire. Je lance mes deux jambes en arrière alors qu'il me tient au-dessus du sol et j'envoie mes deux pieds directement dans ses genoux qui flanchent quasi immédiatement. Il a un instant de relâchement et avec un Arcus plaqué contre son torse j'arrive à m'extraire de son étreinte. À l'aide de mes jambes appuyés sur son estomac je prend vite de la distance même si celle-ci se limite à un mètre ou deux car je tombe dos au mur de la maison voisine.

Le molosse sort de la baraque en aboyant alors que l'autre gros écarte les bras pour m'éclater entre ses deux paluches. L'Arcus quitte mes poings pour rejoindre une nouvelle fois mes semelles. Je me plis quasiment en deux et la claque me passe à quelques centimètre. Je lève la main pour prendre appuie sur le bras massif du colosse mentalement limité et m'élance à la rencontre du dénommé Blob. Arrivé à un mètre je saute sur le vide avec l'aide de Cloud avant qu'une coupole de brume ne se forme au-dessus de moi. Decidé à encaisser, le Lenticularis pourra faire son office. L'assaut est inévitable et je ne cherche pas l'esquiver, je place juste mon bras devant moi et c'est là dessus que se referment les crocs de l'animal. De mon autre main je bloque la mâchoire inférieur pour ne pas être bloqué sous l'emprise de sa mâchoire puissante. Un premier coups de tonnerre survient quand je me met à forcer pour lui écarter les mâchoires. Nos regards sont plongés l'un dans l'autre. Je tente du mieux que je peux de lui rendre son regard carnassier et de ne pas broncher alors que j'arrive avec beaucoup de mal à me libérer de son emprise. Mon bras retiré, je le remplace par ma main de façon à lui bloquer la gueule grande ouverte.

Il essaye de reculer pour se défaire de la pression anormale que je lui inflige, mais bien sûr, je ne suis pas vraiment d'accord pour le relâcher. Je fais un pas sur le côté pour pivoter sur moi-même de sorte à regarder mon premier adversaire dont j'entendais les pas se rapprocher alors qu'il fonce sur nous. Dans l'élan de ma rotation je tire mes bras en avant sans jamais lâcher prise pour lui balancer Blob à la figure. Ce dernier tente d'articuler quelque chose du genre de "WRUNTUFFF, HAHÉTE !!!", mais son abruti de camarade ne l'entends pas de cette oreille, voir pas du tout. Son poing massif percute de plein fouet l'arrière-train du canidé. Le choc et le bruit de craquement sont tels que je ferme les yeux de dégout et lâche immédiatement prise. Le corps de la créature tombe inerte au sol. Assommé par la douleur, je l'espère ou bien mort, je le redoute...

Hébété par le coup qu'il vient de mettre à son camarade, la brute se fige un instant ne laissant que son visage exprimer ce qu'il ressent. Ainsi affiche-t-il une peur intense un court instant, avant de passer à une détresse qui se transforme vite en une rage pure. Il est déjà prêt à la retourner contre moi. Sa main grande ouverte fonce vers ma tête à toute allure, mais en sautant sur place et en étendant l'Arcus d'un seul coups j'arrive à me propulser moi-même vers l'arrière de façon à être en sécurité pour voir venir son prochain coups. En trois pas il est déjà sur moi et me fauche au niveau de l'estomac. Ma bouche s'ouvre, l'air et la salive sont expulsés dans un soupir de souffrance et j'ai soudain l'impression de voler, même si je ne fais que planer. Je parcours une bonne dizaine de mètres sans toucher terre avant de percuter la roche qui me ralentie, mais en la percutant je me retrouve juste à rouler-bouler sur les flanc, voyant un instant le ciel avant de sentir les cailloux m'égratigner le visage.

Cloud a belle et bien tonné même si je ne l'ai pas entendu et l'inverse m'attristerait au vue du coups que je viens de manger. Je ne me retrouve pas au top quand j'essaye de me relever, ma vue se trouble quelques instants, mon équilibre me lâche et je vacille, mais je finis tout de même par me remettre en garde. L'action est folle et j'y risque mon poing, alors que Gruntus est déjà sur moi. Je lance mon poing à la rencontre du sien. Obligé de sauter pour être à la bonne hauteur et tenter le tout pour le tout. Nos phalanges se percutent, au moins l'une des miennes craque et Cloud en fait autant, un premier éclair le quitte, m'hérisse les cheveux, traverse ma mâchoire tendu par le stress et je le dirige ensuite droit sur mes jambes. En profitant de la force que mon adversaire impose à mon bras droit, je laisse ce dernier suivre le mouvement qui m'entraîne dans une rotation à toute vitesse. Mon bras droit est donc repoussé vers l'arrière et je lance mon bras gauche vers l'avant. Je lance ma jambe droite tendu vers l'arrière pour accompagner le mouvement. Je me propulse vers le haut avec ma jambe gauche avant de la replier et la gravité n'existe plus.

Pendant un instant j'ai l'impression de flotter littéralement dans le vide, comme si rien ne pouvait m'échapper. Ma jambe serait capable d'atteindre un oiseau en plein vol, sans même que je n'ai à sauter, ou bien elle detruirait le sommet d'un pic rocheux. Puis je reviens à la réalité et assène mon coups. Mon talon percute l'arrière du crâne de ce colosse et l'électricité parcourt mes muscles avant de claquer dans un coups de tonnerre pour frapper mon adversaire. Le frisson électrostatique quittant mon corps, allié à celui de l'excitation du combat, je suis dans un état que je me suis rarement vue. Mon sourire est en décalage total avec la situation, car je dois avoir une banane qui me remonte jusqu'aux oreilles. Cette sensation je l'ai déjà ressentie, mais aussi intensément, jamais. Le sang qui vous monte aux oreilles, la peur d'un combat à mort, le doute sur l'impact de ses coups, mais avec une envie insensé que cela dur un peu plus longtemps.

J'atterrie finalement sur le sol après l'impact et je vois le dernier chasseur sortir de sa tanière, la main gauche maintenant son bras droit contre son corps. Il est facilement à une dizaine de mètres et je ne peux pas l'atteindre en un seul mouvement, surtout avec le pistolet qu'il a dans la main droite. Cette dernière se lève pour viser et est directement pointé sur moi sans aucune hésitation, pas un seul coups d'œil à ses camarades blessés ou même une légère perte d'assurance. Son regard est certe celui de quelqu'un d'énervé, mais certainement pas celui de quelqu'un qui pense perdre un affrontement. Mais pourquoi ne tire-t-il pas ? C'est un grognement derrière moi qui me donne la réponse. Une réponse qui prend la forme d'un coups de poing, très proche d'un coups de massue.

Le choc me prend par surprise juste derrière la nuque. Je tombe, genoux à terre, le visage face aux grains de poussières qui jonchent le sol et me font penser à ma colonne vertébrale à cette instant. Je réussi à garder conscience et peux voir l'ombre de Gruntus qui relève son poing pour frapper une nouvelle fois. Cloud éclate une seconde fois avant de s'évaporer.
Je pousse de mes mains sur le sol de façon à me jeter en arrière et retomber sur les dos, les jambes repliées sur le ventre. Nouveau craquement, une vertèbre doit s'être remise en place. De là je fais une extension en replaçant mes mains près de mes oreilles. Bras tendus, jambes droite lancée vers le ciel je vise l'entre-jambe de mon assaillant. Le courant survolté me parcourt l'épiderme jusqu'à rejoindre ma voute plantaire qui se rapproche de sa cible.

Je bascule encore vers l'arrière emporté cette fois par une force aérienne inconnue. Retombé à plat ventre je me relève en vitesse en remarquant à ma cheville une sorte de corde tissée en croix dont les quatres tentacules ont un poids accroché à leur extrémité. L'ensemble ne doit pas peser plus d'un kilo et je devine que c'est une entrave envoyée par le meneur qui se joint au combat. À plat ventre derrière l'autre qui vient de rater son attaque je me relève avec se fils à la patte et décide d'un repli stratégique. Le cabot qui pouvait me flérer est hors-jeux pour quelque temps encore, il faut que j'en profite. Je longe la maison la plus proche à toute allure en me focalisant sur Cloud qui finie de se reconstituer en recouvrant directement mes semelles. Je me met à glisser en évitant un coups de Gruntus qui est déjà à ma poursuite.

La vitesse qui augmente me permet cette fois au moins de le tenir loin de moi. Il est toujours aussi rapide et je dois me démener pour qu'il ne regagne pas du terrain sur moi. Le semer ne va pas être simple, par contre je n'ai pas entendu de nouveau coups de feux ou assaut de Rascasse, ça ne sent pas bon. Derrière moi les râles de rage de Gruntus me poursuivent avec vigueur alors que j'ai une petite idée qui germe au milieu de ma concentration tournée sur la fuite. De mémoire je prend la direction du bar qui doit comme les nuits précédentes être bondé. J'accélère encore quand j'en vois la porte battante au détour d'une casa rustique. L'autre me poursuit toujours sans s'essoufler et je croise les doigts pour qu'il fonce tête baissée dans mon piège, mais rien n'est moins sûr.

Je pivote, place mes pieds dans la direction oposée à mon élan de façon à ralentir. Je parcours cinq mètres en perdant très peu de vitesse, trop peu, je ne contrôle pas encore bien l'adhérence. En cherchant à le rapprocher de moi je voulais l'obliger à attaquer et à me suivre à l'intérieur pour déclencher une bagarre. Mais une nouvelle idée me vient à l'esprit. Douloureuse cette fois. Je fais disparaitre Cloud de sous mes pieds et ceux-ci se plantent dans le sol presque instantanément. Emporté par mon élan je pars immédiatement à la renverse et entame un enchainement de roulades incontrôlées qui me font traverser les ventaux de l'entrée. La première table sur ma route ne suffit pas à m'arrêter et elle s'envole à ma suite après que j'ai rebondi sur son plateau. Je termine ma course en percutant le comptoir et n'entendant qu'une seule chose alors que le silence se fait dans la salle. Les cris de rage et les bruits de pas de Gruntus résonnent comme une course de taureau sur le sol rigide de la montagne. Le dos contre le bar et le corps quasiment à l'horizontale, ma tête se balance au bout de mon cou. Je me secoue pour reprendre mes esprits et faire tomber ma capuche sur mon crâne avant de m'adresser à l'assemblée en relevant la tête. Un ton en dessous de ma voix habituelle.

- Ce mec est complètement taré ! Il a tabassé son clebs et a défoncé sa propre baraque ! Faut le calmer !

Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que les battants de la porte éclatent littéralement. Les traits de Gruntus sont méconnaissables avec cette rage qui les serre et les exacerbe. Des gaillards sont déjà en train de se lever. Certains ont gardé leur pinte en main, d'autre récupèrent une arme à leur ceinture ou sous la table, pendant que les plus proches se jettent déjà sur monsieur muscle. Les gars qui sont ici savent se battre et réussissent à l'empêcher d'avancer. Ses bras battent l'air à la recherche d'un corps ou d'une tête à saisir, mais lorsqu'il y arrive on le saisit et il n'a pas le temps de s'en servir comme d'une arme. En faisant craquer quelques articulations je me redresse en prenant appuie sur le bar. Le patron semble me balance une insulte pour m'envoyer crever ailleurs au lieu de semer la merde, mais je ne peux me concentrer sur rien d'autre que sur ce que je considère encore comme mon combat. Maintenant qu'il est contenu et maintenu, seulement maintenu car je n'ai pas entendu de coups de feux. Les créatures ici ont, il semblerait, un appriori quand au fait de s'en prendre à l'un de leurs semblables. Même les chasseurs rechignent à chasser l'un des leurs.

Je m'élance avec Cloud au poings et en un instant je suis assez près pour sauter. Placés sur les côtés, les clients qui se sont interposés ne sont pas particulièrement sur mon chemin, mais dans le doute, je leur lance un conseil pour prendre leurs distances alors que je m'apprête à frapper. Ils ne lâchent pas prise pour autant, ne s'imaginant sûrement pas que je puisse faire quoi que ce soit avec ma carrure de crevette. Mais le coups part tout de même et percute Gruntus en pleine face. Son corps, bloqué et restreint, décolle quand j'allonge le nuage et embarque avec lui certains lascars qui le tenaient trop fermement. Tout ce petit monde passe par l'ouverture et se retrouve à l'extérieur. Je me prépare à sauter pour asséner un nouveau coups à mon adversaire qui ne semble pas vouloir sortir de sa rage meurtrière, mais un mouvement à une dizaine de mètres de l'entrée, me fait me raviser.

En effet, Rascasse vient d'entrer dans mon champ de vision avec un pistolet en main et une tête qui en dit long sur son énervement. Son bras gauche sert de soutient à l'autre bras qui est pointé vers moi, prêt à tirer. Ce qu'il ne tarde pas à faire. La déflagration n'est pas énorme, sûrement une arme étudiée pour la chasse et ne pas faire fuir trop facilement une proie. J'ai l'impression de voir le projectile arriver et fait pivoter tout le haut de mon corps en me décalant vers la droite. Il me semble qu'il ne s'agit pas d'une balle comme il y en a plein, cela ressemble plutôt à une fléchette. Derrière moi il y a un cri et un son lourd. Sentant arriver un second tire qui ne se fait pas prier, je bondis à l'intérieur de la taverne en me planquant derrière le mur le plus proche de mon adversaire. Je profite de cet abri pour respirer une seconde et jeter un oeil à la victime du chasseur qui s'est écroulé sur lui-même comme si ses muscles avaient tous disparus. Est-il mort ? Aucune idée, mais je vois clairement la fléchette qui s'est fiché dans son pectoral droit. Elle n'a pas dû s'enfoncer de beaucoup, ce n'est pas une simple flèche, elle doit avoir des effets néfastes. Quand je veux m'élancer c'est la cohue à l'intérieur. Trois gars s'approchent de la sortie. Des armures de cuirs, de peaux et de fourrures avec quelques plaques d'acier. Des armes complètent leur équipement de chasse, des lances, flèches et des pièges semble-t-il. Un nouveau coups de feux et ils pressent le pas jusqu'à l'ouverture alors que derrière eux une dizaine de gars se tiennent debout prêt à prendre la suite.

J'ai l'impression qu'ici quand on se bat on respect un code qui est, au moins, de ne se battre qu'avec son équipe de chasse. Ça ne va pas être simple... On irait tellement plus vite en les calmant une bonne fois pour toute, mais Rascasse n'a pas l'air d'avoir dis son dernier mot. Aux pieds des trois nouveaux arrivants vient d'exploser une grenade fumigène. Je suis englobé dans le champs d'action de la purée de pois et ne peux me fier qu'à mes oreilles. Je déclenche tout de même Cloud pour ma sécurité pour être moins attrapable, puis je me concentre. Un cri, trois foulées qui font trembler le sol et le son de plusieurs coups amorties par de la chaire ainsi que quelques os. Le reste du spectacle sonore vient de l'intérieur de la salle où il me semble entendre une table craquer et des gens soupirer de stupéfaction. Le trio n'a pas l'air d'avoir fait long feux. Je fais disparaître Cloud en me préparant à le faire glisser sous mes semelles et longe le coin du mur accroupie pour ne pas attirer l'attention de Gruntus et une fois que j'aperçois l'ombre du chasseur je m'élance. Baissé pour me rapprocher du sol je profite de ma mobilité pour slalomer. Chaque poussée en appuie sur un pieds me fait me décaler d'un à trois mètres du côté opposé.

Du coin de l'œil j'aperçois tout juste Gruntus qui semble métamorphosé. Plus imposant, plus enragé avec des veines glonflée presque noir qui se dessinent le long de ses tempes, de son cou ou de ses poings. Il vient d'abaisser le bras et ce droit être un corps que j'entends se fracasser au sol. Des armes tombent à terre dans un bruit métallique. De l'autre côté Rascasse raccroche une  sorte d'arbalette à sa ceinture. Il ne me semble pas l'avoir vue utiliser ça jusqu'à maintenant. Serait-ce la cause du changement de son camarade ? Pas le temps d'y penser. Il faut que je le couche pour voir passer à Gruntus.

Il change d'arme, je n'ai que quelques secondes avant qu'il ne tire à nouveau et je les met à profit pour me rapprocher autant que possible. Le calibre qu'il vient de sortir ne fait pas du tout arme de chasse, mais plutôt arme de guerre. On dechiquete sa proie avec ce qu'il vient de sortir, on lui explose le flanc et on la laisse se vider. Le trou du canon doit faire trois fois le diamètre de mon pouce. Rien de bien rassurant quand je décide de placer Cloud sur mon poing gauche pour armer un Arcus, même si je ne sais pas ce que ça peut donner face à ce type d'armes. Cinq mètres nous séparent, je sens que lui aussi est tendu et se retient de tirer à tout va et quand je saute en avant, l'épaule gauche reculée de façon à armer mon coups, lui bondit vers l'arrière. Il presse la détente, je relâche le nuage qui s'allonge jusqu'à rencontrer une résistance. Pendant une fraction de seconde j'ai l'impression que ma main est resté figé dans l'air alors que je retouche terre et profite de l'appuie pour foncer. L'Arcus explose en morceaux blanchâtres à la surface parfois rougeoyantes.

Mon poing droit est balancé de toute ma force et de toute ma rage, amplifié par cette douleur qui me pousse à ne rien lâcher. Quand il a posé le pied à terre pour bondir sur la gauche il s'est penché sur le coté. Mon poing dessine un arc de cercle et le cueille à la joue pour l'éclater au sol. Pris dans son élan il n'a pas le temps de réagir. Une fois ici je ne lui laisse pas le temps de souffler et les coups s'enchaînent de mon poings droit. Mon bras gauche avec sa main éclatée et sanguinolente plaque son torse au sol. Premier coups, il tourne la tête en fermant les yeux. Au deuxième il laisse échapper une gerbe de sang et au troisième, sa mâchoire craque. J'aurais aimé continuer, mais je sens derrière moi un pas lourd qui s'approche et je me dépêche de chopper le pistolet à seringue de tout à l'heure. Celui avec lequel il a essayé de me tirer dessus et je vise à moins de trois mètres de ma cible. La première cartouche ne semble pas le calmer, même tirée en plein torax. Il continue de s'approcher et je suis toujours au sol. Je remonte mon canon et tire une nouvelle fois. La fléchette se plante dans sa gorge et il se fige une seconde. Il fait un pas en avant en me regardant, le fond des yeux injectés de sang. Il vacille et s'affale lourdement sur le sol, à côté de son partenaire.

Mes bras tombent le long de mon corps et je pousse un soupir de soulagement en laissant l'arme tomber sur le sol.


Je suis quelques minutes plus tard... Et me suis éloigné de la taverne. On s'est foutue de ma gueule de ne pas les avoir achevés. Gruntus va dormir un petit moment normalement et Rascasse a une mâchoire cassée. Je ne sais pas ou ils les ont emmenés et je m'en fous. J'ai arraché le bas de mon t-shirt pour en faire un garrot et me le suis attaché sur ce qu'il me reste de main gauche. Je ne sais pas ce qu'engendre de la perte de sang à Dreamland, mais j'imagine que ce n'est pas joyeux. Sans m'arrêter je me dirige rapidement vers la maison d'Indi car je n'ai pas vraiment de temps à perdre, même si je ne pense pas me réveiller tout de suite. Ma main intacte et son tatouage me lancent, comme si la créature dans sa cellule trepignait d'impatience de savoir la clef prochainement en ma possession. En marchant je ressasse la nuit. Cette nouvelle utilisation de Cloud qui me sera bien pratique, trois salopards dont j'ai réussi à me débarrasser, une créature dont je vais me libérer la nuit prochaine et malheureusement, une dette envers quelqu'un. Ça ne pouvait pas être un sans faute...

J'arrive devant la maison du collectionneur et frappe à la porte. Je me prend à m'imaginer frapper de la main gauche, mais mon tier de main restant ne pourrait même pas servir à ça. Il ne me reste que mon pouce et une phalange de l'index, les autres doigts ont été pulvérisés il me semble... En tout cas je n'en ai pas retrouvé sur le sol près du lieu du combat. Même la paume a bien été attaqué, me créant une sorte de spatule à la place de la main. C'est à ce moment que mes pensées sont interrompues par l'ouverture de la porte. Face à moi, le même vieillard au grand sourire et à l’œil pétillant de malice. Il a la mine de ceux qui viennent de réaliser une bonne affaire.

- Salut petit ! Alors ? Enfin libre ? Tu leur as mis une bonne raclée ?

- Pas encore tout à fait libre, dis-je en lui montrant le dos de ma main droite qui projette une légère lueur mauve. Et pour ce qui est de Rascasse et ça bande, je leur ai rendu la monnaie de leur pièce, mais ça n'a pas été sans accroc. Je termine cette fois en montrant mon autre main.

- Ça ne serait pas drôle sinon. Lâche-t-il après avoir rit un instant.

D'une certaine façon, au fond de moi, je sais qu'il n'a pas totalement tort, mais je préfère ne pas relever sachant ce que je vais bientôt faire. Je ramène d'ailleurs le sujet sur la table.

- Pourrais-t-on s'occuper de notre affaire s'il vous plaît ? J'aimerais ne pas avoir à revenir ici à cause d'un réveil intempestif...

- Oui... Sinon cela pourrait mal se passer... Lance un prisonnier derrière ses barreaux en faisant chauffer la marque sous ma peau.

- Sans problème gamin, expédions ça, tu as raison. Lance-t-il en pivotant pour s'enfoncer dans son antre.

À sa suite, il me dirige vers une alcôve où se trouve une table ronde avec une banquette circulaire. Sur le plateau je discerne quelques éléments posés là. D'abord la clef, qui fait immédiatement réagir l'autre enragé.

- Tues le ! Prend la clef ! TUES-LE !

"Je. Ne. Tuerais. Pas. Pour. Toi !"

Sa voix grogne quelques instant puis se calme. De l'autre côté de la table se trouve une feuille et un couteau. Il s'assoit devant le premier objet et m'invite à prendre place devant les deux derniers. Il me regarde et m'incite à lire ce qui est écrit sur la feuille.

" Moi .........................................,
me met de mon plein grès au service du dénommé Inor Dism. Ce contrat, met en place un droit d'invocation sans cadre d'activité spécifique.
L'invoqué accepte de mettre sa vie en jeux pour les besoins de l'invocateur.
L'invoqué sera libéré de toute obligation en cas de disparition ou de rupture de contrat de l'invocateur.
Le contrat ne pourra être cédé, transmis ou vendu à un tiers.
L'invoqué pourra être révoqué et être renvoyé à l'endroit exacte d'où elle est partie lorsque l'invocateur en décidera ainsi.

Partie spécifique en cas d'invoqué voyageur :
Si l'invocateur émet le besoin de faire venir son invocation alors que celle-ci n'est pas à Dreamland, ce dernier apparaitra sur le lieu de l'invocation dès son arrivée.

Invocateur
J'atteste avoir pris conscience du contrat et y apposer ma marque de mon plein grès.




Invoqué
J'atteste avoir pris conscience du contrat et y apposer ma marque de mon plein grès.




"

Sous les termes du contrat, dans la partie réservée à l'invocateur se trouve déjà l'empreinte rouge de l'index du dénommé Inor. Je relève la tête du papier et regarde la créature à l'air joyeux. Son âge et sa carrure frêle sont sûrement ce qui lui a fait imaginer l'idée de se trouver un garde du corps... Ou bien a-t-il juste une idée derrière la tête. On me dira que quand on en a pas assez dans les bras il faut soit en avoir des la caboche, soit bien s'entourer... Et les pires ce sont ceux qui arrivent à faire ces deux dernière chose. Enfin... Pour ne pas perdre plus de temps je place le côté non tranché du couteau entre la première phalange de mes doigts et la paume de ma main avant de faire glisser mon pouce sur le fils de la lame. L'entaille est étrangement plus net que sur mes autres blessures de la nuit. Je passe le bout de mon index sur le sang qui j'allie lentement et fait en sorte de bien recouvrir mon empreinte. Je n'avais jamais imaginé signer un pacte de ce genre un jour...

La créature me fixe du regard et c'est en se regardant dans le blanc des yeux que nous remplissons notre part du contrat. Pendant que j'appose mon empreinte sur le contrat, de son côté il pousse gentiment la clef vers moi. Le bracelet d'acier gravé glisse sur le plateau de la table en faisant du bruit. Je finis d'appuyer mon doigt sur le papier épais alors que mon nom s'inscrit tout en haut de la page. Le papier semble se nourrir du sang des signataires. Un reflet rouge passe sur les lettre comme si elle faisaient une hola pour saluer notre pacte avant de noircir et prendre la même teinte noir que le reste du texte. Mon regard se pose enfin sur la clef et ma main la rejoint presque automatiquement. La marque a quitté mon poignet et s'est étendue sur mes phalanges comme pour caresser l'énergie magique de l'objet. Je passe mes doigts dans le cercle de métal et le fait glisser jusqu'à à mon avant bras. La marque le suit durant son trajet contre ma peau et semble se lover contre lui lorsqu'il ne bouge plus.

- Et voilà de bonnes choses de faites ! Lance Inor en me tendant sa main.

Je lui rend son geste et lui serre la main. Il me dit juste que je n'ai pas à m'inquiéter il n'aura surement pas besoin de moi avant un moment, mais que cela viendra bien assez tôt. Il n'en faut apparemment pas plus pour me rév...
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Dim 11 Fév 2018 - 20:56
Sixième jour

Je reste perplexe un instant le temps d'appréhender la situation. Je suis allongé dans le lit une place, presque collé contre le mur, ma main droite bat l'air au-dessus du vide alors que mon bras passe sous un oreiller. Lourd cet oreiller d'ailleurs. Je crois qu'il y a une tête dessus, accompagnée par une respiration calme tournée de mon côté. C'est Élise qui dort tranquillement à côté de moi alors que je dois sûrement prendre des couleurs. Je n'ose pas vraiment bouger de peur de la réveiller. Elle était encore bourrée hier soir ? Pourquoi n'a t-elle pas dormi en haut ? À merde ouai... La chute de la nuit dernière... Et à tout les coups c'est moi qui n'ai pas fait gaffe avec mon dos et me suis couché dans le premier lit venu... Toujours est-il que ça n'a pas l'air de la déranger plus que ça étant donné qu'elle dort comme une marmotte.

J'avoue profiter légèrement de l'occasion pour détailler les traits de son visage et ses formes qu'un pyjama trop large dénude légèrement. Un bonbon pour les yeux cette jeune femme au corps de gymnaste. Mais par habitude en me disant cela je revois Lucy. Mignonne aussi pour milles raisons. Peu sportive, mais avec cette spécificité innée à ne pas réellement prendre de poids, même pendant les fêtes. Les cheveux attachés de façon stricte quand elle est à l'école ou au travail, pour les laisser vivre et répendre leurs reflets blond dans son temps libre. Toujours une forte tête qui n'a pas besoin de hausser le ton pour se faire entendre ou comprendre des gens. Dynamique, elle ne s'arrête jamais et c'est en partie ce qui m'avait captivé au lycée... Dire que ça fait plus de cinq ans que nous sommes ensemble et je n'ai pas hésité à partir sans vraiment m'expliquer. Une semaine sans que je n'ai au final vraiment réfléchis à la situation dans laquelle on se trouve...

Peut être que c'est ça la réponse que je cherchais au final... Savoir si ça devenait une question existentielle pour moi de savoir ce que je ressent pour elle ou non. Le problème c'est que la réponse ne me plaît pas... À pas avoir eu de célibat pendant cinq ans ça fait peur de se dire qu'on va y replonger la tête la première. Sauf que je ne peux pas faire autrement... Je ne peux pas dire que je ne l'aime plus, loin de là, mais je peux pas lui mentir en lui disant que c'est comme au premier jour et que ça ira mieux maintenant. J'ai pas réglé les autres problèmes qui m'encombrent l'esprit et il faut peut être mieux qu'on en reste là. C'est à cette pensée que je me dis que ça fait un peu mec coupable de penser à ça alors que j'ai une superbe demoiselle qui dort juste à côté de moi. D'ailleurs, il serait peut être temps qu'on se lève, j'entends du bruit en bas et il y a de la lumière qui traverse les volets.

Si j'essaye de passer au-dessus d'elle et qu'elle se réveille, j'ai peur de passer un mauvais quart d'heure, donc il va falloir la jouer stratégique.

- Je lui souffle doucement près de l'oreille. On se réveil la belle au bois dormant.

- huumm... C'est pas comme ça qu'on la réveille celle-là...

Merde... Le con... Je sens le sang me monter à la tête une nouvelle fois. Son visage s'étire légèrement alors que suis sur le coude et qu'elle a la tête et le corps légèrement tournée vers moi. J'ai l'impression qu'on me défi d'agir et j'avoue que les barrières qui m'en auraient empêchés il y a une semaine ont quasiment toute sautée. À non, elles ont toutes sautées. En même temps que j'ai pris ma décision. Elle s'apprête à ouvrir la bouche pour parler, toujours les yeux fermés dans son sommeil presque feint. Je me penche doucement sur elle et pose mes lèvres sur les siennes. Il me semble qu'elle hésite un instant et après un frémissement de surprise me rend mon baiser. Que nous faisons durer alors qu'elle pose sa main sur mon bras gauche et le serre doucement. Ce même bras se déplace en survolant les draps jusqu'à ce que ma main se pose sur le bord du lit pour me maintenir. Cela me fait me pencher un peu plus sur elle et je fatigue moins avec mon bras droit.

J'ai l'impression que c'est interminable, bien que ce ne soit pas pour me déplaire. Nous nous séparons un instant, le temps de plonger dans le regard de l'autre, avant de souder nos lèvres à nouveau. J'ai l'impression d'être sur un nuage avec cet instant de douceur et de sensualité. Comme si Cloud n'était pas resté à Dreamland et avait décidé de me suivre jusqu'ici. Ses lèvres m'envoûtent et sa langue mène le bal dans un rythme suave dont chacun des mouvements invite à continuer. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et je rompt le charme en m'écartant millimètre par millimètre jusqu'à déposer un dernier baiser sur ces lèvres. J'ai l'impression que ça a duré des heures dans cette bulles de douceur, mais cela n'a pas dû durer plus d'une minute. On se regarde simplement alors que je me laisse redescendre de mon côté du lit et qu'elle laisse tomber sa tête vers moi. Je ne sais plus comment réagir et je préfère tourner la chose légèrement à la dérision.

- C'est plus approprié comme réveil ?

- Effectivement. Sa donne la pêche au réveil ! Par contre ça sonne pas envie de se lever...

Intérieurement je tic. Non, merci, pas besoin de plus de culpabilité pour le moment, désolé. Je me relève un peu en rigolant et soulève mon oreiller pour le lui laisser tomber sur le visage.

- Moi je suis d'accord, mais mon estomac aspire malheureusement à autre chose.

Esquive maladroite, mais qui fait effet, elle se lève toute guillerette en riant et nous descendons après nous être habillé un peu plus. C'est encore la joie ici apparemment, ça blague, ça échange et ça chahute. Tiens, une tartine volante. Nous nous ajoutons à la tablée et mangeons tranquillement en participant à ce qui se passe. Adrien vient de me faire renverser le verre de jus d'orange que je me servais. Ce matin ça discute des exploits de la veille et notamment de la soirée qui a été mouvementée de ce que je comprends. Des parties de chat en faisant du patin à glace et de bonnes crêpes bien garnies qui étaient tout de même trop cher. Mince, Adrien vient d'essayer de manger une biscotte tartinée de fraise par le front, comme c'est dommage. Ho merde... Il a l'air énervé. Pas de chance pour lui, c'est l'égalité et l'heure d'y aller.

Après avoir finis nos assiettes nous rejoignions nos chambres. Adrien à toujours ses affaires dans la mienne, du coups Élise retourne elle aussi dans la sienne. On rit de nos conneries à table et moi je fais quelques étirements ainsi que des échauffements. Mon dos me lance un peu, mais la douleur n'est pas trop violente, même si je pense qu'il va falloir que j'aille chez l'osthéo dès que je rentre, ça devrait aller pour les derni... Houla ça va peut être pas le faire finalement. Je fais un dernier étirement et j'ai le son sec de quelque chose qui reprend ça place dans les environs de ma colonne. Cela me fait serrer les dents, mais j'arrive enfin à bouger sans que ça me fasse mal. Aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi, mais je crois que je vais remettre mon casque.

Des habits chauds enfilés et le Matos récupéré nous partons pour les pistes et une nouvelle matinée de descente de déroule dans la bonne humeur. Avec Élise, je ne peux pas dire qu'on fasse comme si rien ne s'est passé, nous prenons souvent les remontées tout les deux. Même si nous sommes rarement seul. J'avoue vouloir repasser un peu de temps en contact avec ses lèvres, mais je ne me rapproche pas trop pour autant... Finalement c'est ce qui s'est passé ce matin qui me fait le plus penser à Lucy. Mais c'est surtout à la façon dont il faut que je fasse ce que j'ai à faire qui me fait me poser des question, plus de savoir ce que je dois faire. Car si une chose est sûr, c'est que je ne peux pas rester avec elle, je ne suis plus dans notre couple et je vais juste lui faire du mal. Même si je ne suis pas un exemple en général à ce niveau je trouverais ça très immature, même venant de moi.

Toujours est-il que nous discutons et rions de bon cœur, tout les deux ou avec les autres. Le problème c'est qu'au fur et à mesure des pistes je sens mon dos me lancer. Cela ne va apparemment pas en s'améliorant. Mais je continue de suivre, au moins jusqu'au repas de midi qui se passe tranquillement. Nous nous limitons la consommation d'alcool pour ne pas répéter les mêmes erreurs, mais le temps n'a pas l'être en notre faveur aujourd'hui. Les nuages commencent à se faire plus imposants et il fait moins clair que le matin. Rien de particulièrement bon pour annoncer une bonne après-midi de descente, mais si il neige, demain matin sera un vrai bonheur avec de la neige fraîche. On a à peine terminé le plat principale qu'il se met à neiger assez fortement. La visibilité commence petit à petit à se restreindre alors que la chute des flocons et les bourrasques s'intensifient.

Sur une concertation rapide on décide de reprendre le matos et de se tirer vite fait avant que ça ne devienne in-skiable. Nous réglons chacun notre addition et remontons sur notre matériel pour repartir quasiment en file indienne. Nous nous suivons tous à distance raisonnable et prenons garde à ce que ceux qui sont derrière nous suivent bien. Et nous arrivons tous en un seul morceau au bord de la piste où nous nous déchaussons avant de marcher tranquillement jusqu'au chalet, mais plus le temps passe plus la neige tombe, entraînant avec elle la visibilité. Nous ouvrons la porte et pouvons enfin nous réchauffer alors qu'il est presque 15h. Nous n'avons pas fait gaffe, mais on a ralentie l'allure à tel point qu'on a mis plus d'une heure à descendre. Tout le monde quitte ses vêtements trop chaude pour l'intérieur et on parle de trouver un jeu de société à la con tout en décapsulant quelques bières.

L'idée me tente bien, mais quand j'arrive dans ma chambre je suis au ralenti. Je me met à repenser à ce matin en voyant le lit et je m'asseois sur le rebord avant de me laisser tomber en arrière. Les mains derrière la tête amortissent le choc quand mon crâne aurait dû percuter le mur. Je reste comme ça à laisser défiler dans mon crâne les différents scénarios d'une scène de rupture avec Lucy. Les scénarios qui se déroulent par messages ou par sms ne font pas partie des plus intéressant, je le éjecte immédiatement. Viennent ensuite ceux où on s'engueule. Parfois je me prend même une gifle. Elle fini en larme parce que je m'éternise et ne veut juste pas m'en aller et la laisser dans sa tristesse. Que de moments larmoyants. Le pire c'est que je ne sais même pas comment elle va réagir. On s'est déjà pris la tête mais le plus souvent pour des conneries et avec ses t lents de diplomate ça ne prenait jamais de proportions extravagantes...

On frappe à la porte avant d'ouvrir sans plus de cérémonie. C'est Adrien qui rentre avec une bière dans chaque main. Il s'approche du lit en me tendant l'une alors que je me redresse pour l'attraper et le remercier. Il s'appuie sur l'échelle du lit avant d'entamer la discussion.

- Ba alors qu'est ce t'as vieux ? Ça travail là dedans ?

- Yep, ça m'arrive des fois... Je... Je vais rompre avec Lucy je crois. Je sais juste pas comment je vais le lui dire.

Je termine en descendant une gorgée, le regard perdu dans le vide à regarder le mur.

- Ha... T'as pris ta décision ? Pas simple j'imagine. Ça commençait à faire un moment avec elle en plus... Vous parliez pas d'emménager ensemble ?

- Si... J'englouti une nouvelle gorgée. Mais je suis pas prêt à ça... Surtout que je l'aime plus... Ou pas comme je devrais pour rester avec elle... Je crois que j'ai surtout envie de profiter. Je suis pas prêt à me caser définitivement...

- C'est Élise qui te fait tourner la tête ? Elle t'as réveillée en pleine nuit ?

Il me regarde avec un sourire qui en dit long sur ce qu'il imagine.

- J'en suis pas à coucher avec quelqu'un d'autre pendant un break avec ma copine. Mais on s'est embrassé et j'ai capté qu'il y avait quelque chose qu'allait plus. La bouteille remonte jusqu'à mes lèvres et je la fini presque avant de soupirer longuement. Enfin bref... Il y a quoi de prévu en bas ?

- Time's up à 3 contre 3. Filles contre mecs. J'ai besoin de toi pour les persos de fiction.

- Bon ba go alors. Il y a assez de bières ?

- Au pire on passera à plus fort, t'inquiète.

Sur ces paroles, je me lèves et nous rejoignons tout le monde dans le salon alors que ça discute gentiment. Après quelques minutes de préparation nous commençons à jouer et les parties s'enchaînent ensuite assez rapidement, tout comme les bouteilles. Le temps passe vite dans cet état et quand la faim nous prend nous préférons commandeur une pizza, plutôt que perdre du temps à cuisiner. À 19h nous sommes biens mûres et les pizza servent plus à éponger qu'à réellement nous nourrir. Une fois que je sais mon stade bien monté je préfère arrêter de boire et remplace même quelques verres de vodka par de l'eau, je n'ai pas vraiment envie de devoir nettoyer. Au final, après moult parties, des bouteilles à volo et journée crevante, ils montent de coucher deux par deux. Je m'apprête à faire pareil quand je me rend compte que je ne suis pas deux.

La suite est vague car j'ai l'impression d'avoir cligné des yeux avant de me retrouver à Delirium City. Où j'ai étrangement dessoûlé très vite car la marque brûlante sur ma main est la seule chose dont j'ai une image claire avant de me réveiller. Sur le canapé, à moitié nu, le pantalon en bas des chevilles, mais le boxer en place. Je fonce me chercher un verre d'eau avant de venir me rasseoir en me tenant la tête entre les mains. Je ne suis pas seul, j'entends une respiration et en levant la tête sur l'autre angle du canapé j'aperçois Élise bien entendu. Nos verres sont encore sur le bord de la table. Je croise les doigts pour qu'on ai fait que boire... Je n'aurais soit pas de réponse, soit pas de réponse avant demain. Autant dormir.

Je monte dans la chambre récupérer des couvertures que j'installe sur elle et sur moi avant de me recoucher dans l'une des longueurs du canapé. Entre deux remontées d'alcool et des descentes de verres d'eau, j'arrive à retrouver le sommeil. Bizarrement, je n'ai pas de mal à me focaliser sur la créature et le royaume des regrets...
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Jeu 15 Fév 2018 - 0:56
Sixième nuit

Sans difficulté je reconnais le style de la pyramide inversée qui me fait face. Une sorte de gigantesque spirale tourbillonnante qui grimpe vers le ciel dans un mouvement lent et ininterrompu. Ce serpent de salles héberge cette nuit encore des dizaines, peut-être des centaines de rêveurs qui ont fait, ont raté ou bien n'ont pas bougé et le regrettent aujourd'hui, peut-être autant ici que dans leur vie de tous les jours. Être ici en capacité de choisir, où j'arrive et à quoi je passe mes nuits, c'est tout ce qui me différencie d'eux. Si ça n'avait pas été le cas j'aurais sûrement passé la semaine ici et en relativisant, je ne sais pas si je préfère être esclave de mon inconscient ou bien servir de coursier pour une créature onirique qui provient de l'inconscient collectif. Aussi mal aimable soit cette chose.

- Enfin de retour gamin ?

- Ba je passais pas une nuit très tranquille à Délirium,mais je me suis réveillé, donc autant que je viennes te dire bonjour.

Une décharge de douleur passe par mon poignet avant de remonter jusqu'à mon épaule en m'engourdissant tout le bras.

- C'est bon, c'est bon ! On se calme. Tu vas pas me griller si près du but.

- Certes. Mais je suis enfermé ici depuis trop longtemps pour supporter les traits d'humour idiots d'un voyageur.

- C'est ça... Allez, j'arrive.

J'avance d'un pas peu pressé en direction du coeur du royaume en cherchant un passage entre les murs extérieurs qui pourraient délimiter l'entrée d'un temple japonais avec leur deux mètres cinquante de haut et la courbe que forme la toiture présente au sommet de chacun. À chaque coins, l'angle semble prendre vie en essayant de remonter vers le ciel. Sauf que je ne trouve pas d'entrée, même pas de portail. Ils doivent bien avoir une entrée pour leur propre structure, j'ai vue des gens dans les jardins la dernière fois. Peu inspiré à l'idée de faire des rondes au pied du mur je m'étire une seconde avant de sauter pour saisir l'arête supérieur du mur. Un pied sur le mur, une poussée des bras et je suis passé de l'autre côté sans trop de difficulté. Un coups d'oeil à gauche et à droite pour voir si qui que ce soit essaye de me dire quelque chose ou juste me remarque, mais la sécurité n'a pas l'air très importante.

Cloud passe sous mes pieds et je glisse tranquillement entre les carrés de verdure pour m'habituer à la sensation de ce nouveau mode de locomotion. Hors des combats c'est tout de même agréable d'avoir une telle fluidité de mouvement. Passer d'un sol rocailleux à un jardin asiatique avec son sable sculpté ne change rien et il n'y a même pas besoin de repasser un coups de râteau. Cela donne vraiment l'impression d'être en harmonie avec ce qui m'entoure. Ce qui après coups me fait me poser des questions étant donné que je crois me trouver au royaume des regrets, être un osmose avec ce lieux n'est pas forcément l'un de mes buts premiers. Cependant je fais avec car je me sens bien, comme si le décor paisible ici présent avait pour fonction d'apaiser les esprits tourmentés. Un royaume cauchemar qui aurait de la peine ou de la compassion pour les rêveurs qu'il torture. Concept étrange, mais tout est possible.

Je me perds entre les arbustes et les bosquets de fleurs, ne sachant pas exactement où se trouve l'ouverture qui m'avait emmené jusqu'à la prison. Au fur et à mesure je ressent l'impatience de la créature qui se dessine autour de la clef, ce n'est pas comme d'habitude. J'ai juste l'impression de ressentir sa présence. En regardant l'objet au bout de mon bras je ne vois rien de spécial. La marque est toujours la à suivre le bracelet comme si elle essayait de devenir son ombre. Tout en marchant je garde ma concentration sur cette présence. Cette énergie si particulière qui m'a torturée ces dernières nuits et j'essaye de la retrouver elle. Cette créature qui attend impatiemment dans l'ombre de sa geôle. Je me vois redescendre les escaliers froids et humides qui s'enfoncent à la lueur de quelques torches pâles. Pendant un instant j'ai l'impression de visualiser le passage, de voir ce souterrain oublié.

Une légère décharge me sort de mes réflexions alors que je ne faisais plus attention à ce qui m'entourait. Plus calme que d'habitude, mais avec ce ton de mépris que l'on peut avoir avec quelqu'un qui n'est pas assez attentif à notre goût, la créature me rappelle à l'ordre.

- C'est là.

- Ha.... Heu... Ouai ! Merci.

De retour à la réalité, je pose le pied sur la pierre intangible de la dernière fois et mon pied repasse au travers comme si il n'avait jamais rien eu. Sûrement une sécurité pour empêcher n'importe qui se tomber dessus par hasard. Quoi que... Je suis bien tombé dessus par hasard moi...

- Bien sûr que non.

- Qu... Comment ça ?

- J'ai senti la présence d'un voyageur, pas trop puissant et tourmenté par ses regrets. Ça n'a pas été bien compliqué de te manipuler pour te donner envie de venir ici au lieu de déambuler dans la tour. Pourquoi aurais-tu fais demi-tour de façon aussi subite sinon ?

- Ha... Donc c'était toi...

- Évidemment.

- Hum...

Le fait qu'elle lise mon esprit me sort de l'esprit trop facilement... Heureusement que cela ne va plus durer longtemps car c'est assez désagréable comme sensation. Cependant je me focalise sur ma descente plutôt que la-dessus pour me changer les idées. Avec Cloud aux pieds la descente est bien moins abrupte que la première fois. À l'atterrissage mes talons frottent légèrement la pierre, mais je peux continuer sans difficulté jusqu'aux escaliers et leurs larges colonnades. À ce stade là je laisse Cloud me voler librement autour, je me vois mal me déplacer à l'intérieur avec ça alors que je ne suis pas certain du chemin à emprunter. Mais au-lieu de me poser des questions inutiles je poses mes deux mais sur la porte pour pousser les dieux battants à l'unisson. Ceux-ci frottent à peine la pierre intérieur et se séparent pour me laisser passer.

La première chose que je remarque dans la pénombre c'est un squelette adossé à un mur, avachie sur le sol avec une torche frémissant dans la main. Posée sur son genoux je m'en approche et la lui retire avant de m'engouffrer dans l'obscurité de la structure. Celle-ci n'est pas très difficile à descendre et je n'ai pas trop besoin de me fouler pour retrouver mon chemin étant donné que je sais la geôle de la créature située au plus bas. La lumière de ma torche de répercute sur les parois froides et humides de l'endroit. Même savoir que je ne vais pas tomber sur un squelette qui ne cherche à me trucider ne me rassure pas dans ce genre d'endroits. Mais coups de chance, c'est la dernière nuit où j'aurais besoin d'y revenir, heureusement car le royaume des regrets n'est pas particulièrement accueillant, ni un camps de vacances très réputé.

Après ces quelques pérégrinations dans cet enchevêtrement de couloirs et d'escaliers qui descendent toujours plus profondément je finis par arriver au dernier sous-sol de la prison. Des gouttes d'humidité parlent du plafond et tombent à intervalle régulier sur le sol des cellules. Une autre carcasse de squelette semble avoir été jeté là, abandonné à son triste sort alors que je sens une paire d'yeux se ficher sur moi. Deux pierres précieuses violettes qui brillent en reflétant la lumière de ma torche. Ils palpitent au rythme de la flamme et ne cessent de me suivre. Quasiment à hauteur de mon torse, cette chose doit faire une tête de moins que moi et s'écarte des barreaux quand je m'approche, comme pour rester dans la pénombre. J'accroche la source de lumière en face de la cellule sur un portant servant à cela, puis le tourne face aux barreaux. Sa silhouette se découpe difficilement à la faible lueur diffusée dans le couloir. Je lève légèrement l'avant bras droit pour faire glisser le bracelet à mon poignet et ressent l'énergie de la créature qui le suit au moment où je le retire, comme si ce qui restait de lien s'était accroché à la clef.

- Enfin...

La créature se rapproche de la paroi métallique en laissant glisser des doigts le long des barres métalliques. Je discerne clairement sa forme cette fois. Comme une jeune femme à la taille d'une enfant. Sur la peau une sorte de cartilage osseux au niveau des articulations. Sa tête est fine avec deux cornes rabattues sur le sommet de son crâne, ses longs cheveux rabattus en arrière deux part et d'autres des deux excroissances pointues. Mais ce qui m'attire le plus l'oeil, ce sont ses mains. Des phalanges rachitiques aux ongles crochus. Même ses poignets semblent presques cadavériques.

- Ce royaume n'est pas des plus nourrissant.

- Qu... Qu'e...

- Ce que je suis ? Peut être te l'apprendrais-je si tu m'ouvre finalement cette porte.

Mon regard se perd dans son regard de reptile plein de détermination. Ses pupilles fendues ne me quittent pas quand je place la clef dans l'espace prévu à cet effet. Une rainure circulaire qui accueil parfaitement l'objet avec faire qu'un cercle lumineux ne se mette à pulsée au centre de la serrure. Avant qu'elle n'ouvre la bouche pour m'expliquer j'appuie comme si il s'agissait d'un bouton du mon réel. Sauf qu'il me suffit de la toucher pour qu'un trait lumineux parte du bracelet et serpente sur les barreaux en les passant un à un en revue avant que retentisse le son d'un loquet qui s'ouvre. La clef ressort juste assez pour qu'on puisse la reprendre et la lumière s'éteint avant que le silence ne reprenne ses droits. Admirant jusqu'ici le mécanisme se mettre en place, je me reconcentre sur elle qui ne semble pas m'avoir lâché du regard. Elle fait un pas sur la gauche pour se rapprocher de la porte, les mains toujours sur les barreaux pour en saisir un juste au-dessus de la serrure et fait coulisser ce qui sert de porte.

D'abord doucement, puis d'un grand coups sec elle pousse la structure qui percute violemment le mur. Au même instant elle se jette sur moi en tendant la une main griffue vers ma gorge. In extremis j'arrive à pivoter et à la laisser me passer sur la droite. Je fais un pas sur le côté en finissant mon demi tour et dois reculer pour esquiver un nouvel assaut. Mon regard fait tout le tour de sa sature pour savoir ou frapper. J'avoue ne pas être très chaud à l'idée de m'en prendre à quelqu'un que je viens de libérer...

- Moi ça ne me pose aucun problème !

Tombant dos à la porte de la cellule j'ai tout juste le temps de lui saisir le poignet droit qui allait me percer la gorge et le gauche qui se préparait à se planter dans mon front. Dans cette position, elle doit obligatoirement prendre de la hauteur si elle veut garder l'ascendant, et c'est ce qu'elle fait. D'un bond un pose ses pieds... Ses trucs ! Car ce ne sont pas des jambes mais sortes de longues pattes effilées d'insecte qui se terminent par des sortes de plats. Elle a tout de même de la force alors qu'elle force sur mes bras pour me planter elle reprend la parole et je sens son pouvoir tenter de rentrer une nouvelle fois dans mon crâne.

- Tu voulais savoir ce que je suis ?! Voilà pourquoi je suis enfermé !!

Dans ma tête, des images défilent, des flashs d'information auxquels j'essaye en partie de résister pour ne pas replonger dans son monde. Elle en profiterait pour m'égorger net.

- Voici ce que je regrette le plus de ma vie d'avant !

Je vois des images de batailles. Des camps. Des groupes armés. Une taverne vue depuis la pénombre. Mais certaines reviennent plus que d'autre. Cette créature, devant une plaine de flamme, des corps qui se consumes et des râles de souffrance. Elle, avec une flamme à la main, une tache de sang sur la joue, la peau brune tirant sur l'orangé et de légères protection au niveau de la poitrine et des hanches. Un détail m'attire l'œil  c'est la clef qu'elle porte au poignet comme je le faisait jusqu'à lors. Nouveau flash et elle devient bleu, habillée d'une fourrure légère, aux côté d'un voyageur qui crée une colonne de glace. Malgré le froid mordant qui semble régner il ne porte qu'une qu'un t-shirt et semble faire équipe avec la créature. Cette fois, c'est lui qui porte la clef.

Nouvelle séquence et j'aperçois le royaume des regrets au loin. Les deux compagnons sont en train de se battre, la créature semblant prise d'une folie meurtrière. Derrière le voyageur, des habitants des rêves terrorisés qui se protègent. La scène change et ils sont dans la même pièce qu'ici. Le voyageur dit quelque chose à la créature en la déposant dans la geôle. Sur ses joues coulent des larmes qui font fondre la couche de glace qui s'y était formée. Il lui jette un dernier regard et insère le bracelet dans la porte pour la sceller.

- Tu peux bien savoir, car tu vas mourir ici ! Dreamland ne retiendra rien de ton passage pendant que je raserais des royaume ! Duper un voyageur avec un pouvoir puissant est tellement simple !

- Parce que je vais me laisser faire aussi connement ?!

Je relâche ma prise et la passe dans mon dos jusqu'à la serrure.

- Tu sous-estimes trop les voyageurs !

Alors que sa mains gauche me perce les tempes je prend appuie sur la grille et balance tout mon corps vers le sol. Agrippé comme elle-est, elle n'arrive pas à s'écarter et nous nous retrouvons au sol. Ma main tendue sur la porte quitte sa place et se porte devant ses yeux qui prennent une lueur enragée.

- Tu vas avoir besoin de ça pour sortir, non ?! Ton pouvoir est lié à lui comme à un voyageur !

- Elle pousse un cri sûr aiguë. Lâche ça ! Tu ne sais rien ! Tu ne sais pas ce que tu fais !

- Lâ-Lâche moi ou je l'explose !

- Rhaa !

Elle desserre son étreinte de mon crâne et me repousse avec ses pattes en poussant sur ma cage thoracique à m'en couper la respiration. Sans en demander plus je m'écarte d'elle et me met en garde. La main droite qui tient le clef le plus loin possible d'elle.

- Qu'est ce que tu crois faire ?! Je vais te tuer, reprendre ça et retrouver ma liberté !

- Je vais pas libérer une créature qui va semer la terreur, j'en ferais des cauchemars même en re-devenant rêveur.

Elle fait un pas vers moi pour essayer de se rapprocher, mais je recule au même rythme qu'elle.

- "Duper un voyageur est tellement facile."... T'as besoin de ça pour leur voler leurs pouvoirs ?

- Et alors ! Je me nourris d'énergie et celle des voyageurs est tellement plus concentrée, elle évolue si vite.

- Et on ne s'en prend pas à son repas pas vrai ?

- Qu'est-ce que...

Repensant à ce que j'ai cru entendre des paroles du voyageur dans son souvenir, j'inverse les paroles et enfile le bracelet une nouvelle fois.

- Par ce lien, je te partage mon pouvoir !

- Espèce de petit... NNOOOONNNNN ! Tu es trop faible !

D'un coups net elle explose en un nuage de fumée qui se jette sur mon poignet et semble pénétrer mes veines avec une atroce douleur. Je me plie au sol en serrant les dents alors que ma tête s'embrume.

- Tu l'auras voulu. Tu aurais mieux fait de fuir ou me laisser te tuer.

- C'était ça ou libérer une entité assoiffée de sang, mais tu vas vite déchanter.

- Mais... Nan... Attends... Cloud c'est ton..

- Objet. Je ne sais pas si tu va aimer ça comme source de pouvoir.

- Je te.... !

Je l'entends cracher, tousser et s'étouffer dans mon crâne avant de moi-même me mettre à cracher une sorte de sale liquide violacé qui coule difficilement de ma gorge jusqu'au sol. Ça me brûle la gorge et me donne l'impression d'avoir les poumons complètements noyés. C'est assez insupportable, mais je me force à rester conscient, ne sachant pas à quoi m'en tenir si je devais lui laisser le contrôle ou quoi que ce soit. Il faut que je supporte ça et je me plis à nouveau douleur quand une nouvelle vague de mucus tombe au sol. Je dois passer quelques dix minutes comme ça à me tordre de douleur sur le sol. Dans ma tête, la créature semble en faire de même tout en essayant de m'injurier entre deux vague de douleur.

Une demie heure plus tard je suis adossé contre le mur, sous la torche que j'ai laissé là. Cela fait plusieurs minutes que je comate là sans bouger. Plus un bruit dans ma tête, si ce n'est peut-être un souffle de colère retenue. Je ne sais pas ce que je peux dire. Cette créature a fait des choses atroces, mais je n'arrive pas à savoir si cela vient juste du fait d'être nourrit par les pouvoirs de voyageurs. C'est peut-être la cause de sa soif de sang. Finalement c'est un peu ce qui nous arrive aussi à nous, même si on assouvie pas tous notre soif de puissance par des massacres.

- Au fait... Tu as un nom ?

- Laisse moi me reposer. Avec ta faiblesse, je ne suis pas prête de pouvoir prendre forme avant un moment, j'ai besoin de récupérer.

- Très bien, Ilm...

- ....

Et sans plus essayer de parler, je reste là, à admirer l'obscurité ambiante, en essayant presque de ne pas penser trop fort pour ne pas la déranger. Je ne sais pas si je pourrais lui faire changer sa façon de voir le monde, mais tant que je serais là, je pourrais faire en sorte qu'elle ne fasse pas de dégâts inutiles. Sans pouvoir m'en faire la promesse, j'aurais au moins essayé.
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MessageSujet: Re: [Quête solo] Requiem for travelers Jeu 15 Fév 2018 - 0:59
Septième jour

Je me réveille avec les rayons du soleil qui frappent le salon en traversant la baie vitrée. Sur l'autre angle du canapé Élise en fait de même, les yeux encore perdus dans une brume de fatigue. En relevant la tête nous tombons nez à nez et admirons une demi secondes nos visages endormis et nos cheveux ébouriffés avant d'éclater de rire. Elle retombe face contre le coussin comme pour masquer son fou-rire alors que je roule sur le dos en m'enfonçant dans le canapé. Ce réveil cocasse et cette nuit où je me suis débarrassé d'un problème plus que gênant vont me mettre de bonne humeur. Et ce n'est apparemment pas fini car la brune de rapproche en plaçant sa tête au-dessus de la mienne pour m'embrasser. Baiser que je lui rend avec plaisir et dont nous profitons pleinement. Elle pose une main sur mon torse couvert pas un t-shirt alors que je passe ma main dans ses cheveux un peu fous.

Je ne sais plus jusqu'où nous sommes allez la nuit dernière, je croise les doigts pour ne pas avoir fait de conneries, mais j'avoue ne pas penser immédiatement au fait que je sois encore avec Lucy. C'est plutôt une capote que je chercherais du regard si je n'étais pas obnubilé par la belle. Finalement, elle s'éloigne en douceur avant d'accrocher mon regard avec un sourire pincé et le rouge aux joues.

- Bon.. On a dit "pas plus" du coups... On a tout les deux des choses à régler de notre côté...

- Apparemment ouai.

Je lui lâche un clin d’œil et un sourire pour garder une contenance quand je réalise ce qui a dû se passer. Elle doit être dans la même situation que moi et l'un de nous deux à dû cracher le morceau avant qu'on ne passe à l'acte... Merde alors... Bon ba au moins, pas besoin de chercher de capote, on sait où on en est l'un par rapport l'autre. Nous sommes les premiers levés pour le coups et nous nous habillons pour aller à la boulangerie. À plusieurs reprises nos mains se frôlent ou se cherchent sans jamais tenter plus, le pire étant à l'approche du chalet où nous prenons presque nos distances.

Durant les trois jours qui suivent il ne se passe rien de particulier. Élise et moi ne nous rapprochons pas plus que ce que nous sommes déjà et nous profitons d'un temps superbe tout du long. La bande semble soudée, on parle de se revoir une fois de retour à Paname, ce qui semble couler de source pour Adrien et Marine qui ne se lâchent plus. Lorsqu'ils en parlent je ne peux m'empêcher de sourire et de vider mon verre d'un cul sec. Pas de regrets, juste cette envie de mettre les choses au clair pour ne plu être le connard de l'histoire. J'ai envoyé un message à Lucy, lui disant que je vais bien et que je rentre samedi. Je n'ai pas besoin de lui poser la question pour recevoir quelques minutes plus tard un "J'y serais" accompagné d'un cœur. Il me faut immédiatement une cigarette que j'allume avec hâte. J'ai froid aux mains et une larme me coule sur la joue. J'ai envie de m'excuser milles fois, de m'enterrer, de partir à l'autre bout du monde. Mais non, Samedi je vais devoir l'affronter.

À Dreamland les choses sont revenues à la normal. Enfin presque. Inor m'a invoqué une fois pour voir si le contrat fonctionnait, mais il n'avait rien de spécial à me faire faire. Je suis resté chez lui à me balader entre ses rayonnages et à discuter tranquillement avec lui. Sinon les nuits étaient plutôt calmes, je me suis promené dans des royaumes sans trop d'animation. Pas une seule fois je n'ai entendu ou ressentie la présence d'Ilm alors que le bracelet est toujours là... Sans vraiment le regretter je me demande ce qu'elle va dire ou penser du fait de s'être faite avoir comme ça. Je crois que j'ai hâte de pouvoir discuter un peu avec elle au final... Qu'est ce qui l'a mené là, combien de formes elle a pris... Et j'ai aussi envie de voir à quoi elle va ressembler nourrit par Cloud. Cela n'aura peut-être pas été une mauvaise chose pour moi. Pour elle, peut-être pas...

Le samedi après-midi, le matos et le chalet sont rendus et nous prenons une navette pour prendre le train. Le trajet est aussi sympathique que le séjour. Nous jouons aux cartes, faisons les cons et discutons de tout et de rien. Nous nous séparons à Gare de Lyon et chacun repart de son côté. Dans le métro je discute un peu avec ma mère qui me demande quand j'arrive et si je mange avec eux, mais je lui répond que je suis fatigué, je vais voir Lucy et aller me coucher. Juste avant, je passe à l'appartement pour déposer mes affaires puis je vais chercher la demoiselle.

Nous passons deux bonnes heures emmitouflés dans nos écharpes à marcher en discutant. Le résultat est le même et finalement elle n'est pas en désaccord avec moi. Quelque chose ne va plus entre nous et il est peut-être temps d'en rester là. C'est sans se prendre la tête que nous retournons chacun chez nos parents comme des adolescent. Comme si rien n'avait changé, alors que nous nous séparons en nous faisant la bise.
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[Quête solo] Requiem for travelers

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