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Gods, King and Baby Seal

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MessageSujet: Re: Gods, King and Baby Seal Jeu 16 Mar 2017 - 19:04
ÉPILOGUE 3/ SILVER LINING





  Il n’y avait pas eu à attendre longtemps : au bout de deux nuits après l’attaque sur Godland, les deux cent Voyageurs se tenaient devant moi, dans l’immense salle du trône du Royaume des Deux Déesses. Me voyant, ils comprenaient enfin que l’attente était terminée et que j’allais pouvoir tout leur expliquer. Jacob et Shana n’étaient pas présents à la séance, je préférais qu’ils arrivent après. D’abord, je devais les apprivoiser moi-même. Je voyais toutes ces têtes que je connaissais au moins de nom : Salomé, David, Natou, Diego, la Baltringue, Mollo, Alban, etc, etc… Ils me voyaient et je supposais que plus de la moitié d’entre eux avaient déjà compris ce qui se tramait, et qui j’étais réellement. Je me posai, debout, devant le trône, les deux bras derrière moi, en chemise noire ouverte, et je clamai :

« GODLAND !!! J’aimerais avoir votre attention ! » Une fois que ce fut fait, je remarquai mon non-charisme vu que je ne fis absolument aucun geste, mais ma présence et mon aura, enfin relâchée, devaient parler pour moi : « Si vous avez suivi l’actualité, vous vous êtes rendus compte que je nous ai tirés d’une attaque commando contre notre organisation. Et si vous êtes intelligents, alors vous avez deviné que je ne m’appelle pas vraiment Gui, mais Ed. Le Ed Free. » Il y eut de l’agitation oui, mais pas incroyable, je devinais donc qu’ils avaient compris pour la plupart (on se demandait comment, j’étais publiquement affilié à ce Royaume des Deux Déesses ; marrant qu’ils passent d’une à deux Déesses). Je m’autorisai quelques mouvements pour appuyer la suite de mes propos : « Je vous ai tous mentis, oui. Mais ne croyez pas que je vous ai infiltrés forcément pour vous détruire, j’étais là pour comprendre ce qui se passait dans cette organisation, car je suppose que personne ne savait tout ce que faisait Carnage dans votre dos. Je suis arrivé pour essayer de comprendre pourquoi mon Intendant, Fino, était dans le collimateur de Godland, et après que j’ai creusé plus profondément, quel était le fonctionnement de Godland, et pourquoi. On vous a tous mentis, vous avez été manipulés à la base. Le but de se rassembler entre Voyageurs pour se défendre, voire attaquer, les Créatures des Rêves, n’était qu’une façade pour rassembler une armée de Voyageurs, et organiser un voyage-suicide vers le Royaume d’Edenia. De plus, les chefs de Godland étaient manipulés par Carnage, qui les avait retrouvés dans le monde réel, et placés dans un coma artificiel. En démantelant l’organisation, j’ai pu sauver les malheureux encore emprisonnés de ce piège. Pour ceux qui les connaissent, voici Soy Swami, un de vos anciens chefs, qui pourra confirmer tout ce que je viens de dire – j’aurais bien voulu qu’Adrien commente à son tour, mais il est actuellement en rééducation après cet épisode infernal et difficilement joignable. » Soy était en train de marcher près de moi et salua la foule avec sa rythmique bien propre, complètement folle. Lui savait captiver les regards avec son aura sauvage.

  Il appuya mes propos pendant trois minutes, dans un petit discours improvisé mais où transpirait la bonne foi et une fois que tous étaient certain que je disais la vérité (ce qui était vrai pour une fois… Même si j’arrangeais çà et là quelques détails, innocemment). Il termina :
« Ce fils de pute nous l’a tous mis à l’envers, tous ! Et même si je sais qu’Ed était notre ennemi au début, je pense qu’il a changé de camp pour rejoindre le nôtre. Un camp sans Carnage, sans connerie. » Je repris la parole juste après :
« Vous êtes actuellement en sûreté dans le château, et j’aimerais maintenant vous faire une proposition osée, surtout après que je viens de vous révéler officiellement mon identité : intégrez le Royaume des Deux Déesses. Vous serez protégés contre les autres Royaumes qui vous accuseront votre participation à Godland, et surtout, vous serez aux premières lignes pour arrêter ce qui vous a fait vous réunir : le conflit entre les Voyageurs et les Créatures des Rêves. Je vous en dirai plus après, sachez juste que si vous n’êtes pas intéressés, ou alors que vous estimez que votre fierté serait mal placée près de la mienne, vous pouvez partir, je ne cherche à retenir personne. Pour les autres, vous avez rejoint Godland pour vous défendre contre un Dreamland qui vous était de plus en plus hostile. Vous n’ignorez pas qu’il n’y a pas si longtemps que ça, ces conflits n’avaient pas lieu d’être. Avec la puissance du Royaume des Deux Déesses et la vôtre, nous pouvons faire en sorte d’arrêter la plupart des batailles avant même qu’elles ne commencent. Avec Godland, vous n’étiez que des spectateurs bas-du-front, vous ne faisiez que réagir. Avec le Royaume des Deux Déesses, nous allons agir. Anticiper. Avec votre soutien, nous deviendrons une force qu’aucun Royaume, même Obscur, ne pourra négliger. Et nous amènerons la paix. Je vais donc vous poser le choix fatidique : vous pouvez vous retourner, sortir de ce Royaume et continuer votre vie tranquillement, essayer de survivre à Dreamland par vos propres moyens ; ou alors, vous pouvez devenir acteurs de la paix pour le Royaume des Deux Déesses, acquérir une énorme responsabilité, et agir pour faire que Dreamland ne soit pas le charnier que d’autres essaient de créer. » Je les regardais tous, autant que possible, mes yeux gris acier les transperçant ; ils étaient en train de m’écouter, c’était déjà très bon signe. Je rajoutai, avec le sourire : « De plus, ceux qui voudraient me défier pour m’apprendre à me déguiser peuvent lever la main, j’accepterai le combat. J’espère juste que vous le ferez en toute connaissance de cause, le dernier DreamMag doit être explicite sur mes capacités. » C’était un sourire carnassier, alors que je sortais le journal cité, le présentant à tous. « Partez, et on vous oubliera ! Restez… ! et on fera tous ensembles et plusieurs fois cette couverture, parce que les actes que l’on fera à l’avenir vont retentir au fin fond de la dernière zone ! »

__

  Utiliser Godland à mes propres fins, voilà qui était un parfait exemple de prendre la force de l’ennemi pour la retourner à son avantage. Cela faisait des mois que j’avais planifié ce plan extrême, grâce à l’aide de Soy notamment. On s’était captés, on avait parlé, puis on avait éliminé la partie la plus radicale de Godland pour garder les plus coulants… et les faire venir dans le Royaume des Deux Déesses au lieu de les laisser se faire emprisonner. Je n’avais pas prévu que Carnage aurait un si sombre secret sur les chefs de son organisation, mais au final, ça m’avait énormément arrangé en me donnant le rôle du gentil. Parce que je comptais aussi posséder cette armée pour des objectifs personnels. Et je pense que Jacob ne serait pas contre non plus (quoique, il avait une grille de moralité très forte). Je fis un petit feuillet particulier sur lesquelles étaient écrites nos futures destinations. Ça n’était prévu pour personne d’autre que moi, mais ça me donnait de la motivation pour les journées à venir. J’avais demandé par l’intermédiaire de Marine une interview avec Relouland… pour refaire parler de moi. Et ça allait bientôt arriver.

  Mais maintenant, on était la journée, il fallait s’occuper du Dream Dinner et lui dire au revoir d’une façon que je n’estimais pas super cool, mais qui aurait le mérite de pouvoir payer mes employés ce mois-ci ; c’était con, mais si je ne le faisais pas, certains se retrouveraient dans la grosse merde. Il y avait encore un plan simple pour trouver de l’argent, et c’était avec la concurrence qu’il faudrait voir : le Divin d’Espelette.

  Alors en fin d’après-midi, quand la température était si lourde que je suais rien qu’en marchant, les ombres n’étant pas plus accueillantes que le reste, je pénétrais dans la salle climatisée du Divin d’Espelette, où je trouvais, en train de parler avec un de ses responsables, mon fameux concurrent avec qui on se tirait la moustache depuis plusieurs mois : Lucas Lério. Il était toujours imposant dans son costard, et quand il me vit, il se leva de la chaise, me serra la main, et sans plus de sentiments, me demanda d’aller à l’arrière-salle pour aller trouver son bureau. Je constatais, en le gardant pour moi, que mon bureau était plus grand que le sien, mais en même temps, j’avais la moitié des combles : il faisait agréable chez lui, même en été, mais venez dans mon bureau, et vous vous rendrez compte que même les feuilles de papier transpiraient (j’étais bien plus en-bas depuis le début de l’été, avec les autres serveurs à faire le service depuis que j’avais Holden pour cuire à l’étage). La taille ne faisait pas tout, et son espace était plutôt bien aménagé, quoique très sombre, la lumière du soleil seule l’éclairant, au travers de volets épais. L’endroit avait une odeur de propre, parfaite (un brin de cigarette), et un ventilateur, dans un coin, s’assurait que personne ne crevait sous la température de début septembre.

« Monsieur Free, vous vouliez qu’on se voie.
_ C’est exact Monsieur Lério.
_ J’ai entendu dire que vous avez été cambriolé…
_ C’est exact aussi, et c’est pour ça que je me permets de vous voir : malheureusement, les banques ne veulent plus rien me prêter pour allonger de l’argent, et je ne peux pas payer toutes les dépenses de ce mois-ci. Je ne suis pas propriétaire du lieu, donc je ne peux pas le vendre facilement, mais je me suis arrangé avec la compagnie immobilière, les gens y sont très sympas et compréhensifs, et ils seraient d’accords pour une opération. »
Lucas posa son menton, toujours froid, et posa ses mains sur son menton :
« Je vous écoute.
_ La première fois qu’on s’est rencontrés, vous m’aviez demandé si vous pouviez avoir la salle afin d’en faire une extension. Est-ce que cette proposition est toujours d’actualité ? »
Il était surpris. Il se redressa, se posa en arrière et profita un peu du ventilo qui lui refroidit la tête. Je continuais à expliquer : « Le loyer est de loin le plus cher à payer, si je peux vous le transmettre, relativement immédiatement, ça me désencombrerait. Je peux aussi vous vendre à prix réduit tous mes stocks, nos fournisseurs sont à peu près les mêmes. » Vu que je vous en avais copié en partie. « Je peux à peu près réduire ma dette de plus de la moitié si vous acceptez, et je serais capable, avec l’aide de tiers et d’amis, de pouvoir payer tout ce que je dois.
_ Et bien… »
Il resta sans voix. Il patienta quelques instants et sembla réfléchir intensément, avant de changer complètement de sujet : « Cette proposition m’embête beaucoup. Je vous suis redevable, mais je comprends aussi le fonctionnement du marché. C’est la vie.
_ Redevable en quoi ?
_ La concurrence nous stimule toujours, elle nous pousse à être le meilleur de nous-mêmes et ne jamais laisser tomber la pression. Mais plus important encore, même si nous ne portons pas dans le cœur…
_ Vi.
_ … Vous avez été le premier à accepter ma fille parmi vous, alors qu’elle n’avait aucune expérience.
_ Votre fille ?
_ Sophie.
_ Mais son nom de famille…
_ Le divorce lui a fait garder le nom de sa mère. »
Woh, attendez… Elle ne l’avait jamais mentionné, puis…
« Elle m’espionnait à votre compte.
_ Elle profitait de l’opportunité que vous lui aviez donné »
, préféra dire Lucas en regardant vers le plafond. « Ce n’était pas très moral, mais elle m’a fait peu de rapports, je vous assure, elle s’est concentrée sur son travail ensuite. Si l’agent qu’on a envoyé…
_ Holden ?
_ Oui, Holden, incroyable que vous l’ayez gardé, mais je disais : si l’agent qu’on vous a envoyé ne vous a pas fait tomber, il n’y avait plus aucune manœuvre que je ne pouvais faire sans tomber dans l’illégalité. »
Un petit sourire de sa part. « Alors Sophie a continué à travailler pour vous, loyalement cette fois-ci, sans rien me dire de plus. » Je fis une drôle de moue, et répondis :
« Okay. » Mon manque de réaction épata carrément le bonhomme, mais je secouai mais je haussais les sourcils : c’était une belle ironie en fin de compte, non ? J’avais espionné une organisation, je me faisais épier la mienne. Sophie m’avait été plus qu’utile dans pas mal de moments, et au final, ces rapports ne m’avaient jamais trop mis en danger, alors…
« Vous le prenez bien.
_ Au point où j’en suis ces derniers jours, vous savez… »
Je décroisai mes jambes. « Alors, pour ma proposition.
_ Je refuse, bien malheureusement. »
Argh, coup dur… Merde, j’étais persuadé qu’il allait accepter, vu comment il avait embrayé sur Sophie et tout. Je me levais, je n’avais plus rien à faire là, il faudrait que je me trouve un plan B.
« Alors je vous remercie quand même, je ne vais pas gasp…
_ Combien vous faut-il exactement ? »
Pardon ?
« Euh, quoi ?
_ Monsieur Free, vous êtes un benêt, vous manquez de style et vous n’avez aucune expérience. Mais moi aussi, je n’ai pas eu d’expérience un jour, et mon premier restaurant ‘A la bonne Espelette’ a coulé parce que personne n’avait voulu m’aider quand j’en avais le plus besoin. Je suis catholique, et j’aime traiter les autres comme je voudrais qu’on me traite… ou que j’aurais voulu qu’on me traite.
_ Nan… »
Naaaaaannnn ? ATTENDEZ SERIEUX ??!! Je me rassieds de suite.
« Combien vous faut-il ? J’ai de la réserve. Vous me rembourserez quand vous pourrez, ce qui, au vu de votre succès, ne tardera pas. » Une bienveillance nouvelle se lut dans ses yeux.
« Mais… concurrence, nos deux restos…
_ Malgré votre succès cette dernière semaine, je n’ai pas désempli non plus. Ce qui veut dire que nous ne nous mangeons pas trop.
_ Je… Oui.
_ Peut-être même que nous pourrions lancer des formules en duo, être complémentaires.
_ Voui. Mais je…
_ Alors combien ? »
Et il sortit son chéquier qu’il posa sur la table d’un ton décidé. Je regardais le chéquier, la table (très jolie), le stylo, puis le visage déterminé de Lucas. Il souriait grandement – il avait l’air cool quand il souriait. Une bouffée d’amour immense pour l’espèce humaine était en train de naître, et mes yeux s’embuèrent de bonheur quand j’imaginais que le Dream Dinner allait continuer à vivre. Putain, putain, putain, putain, putain. PUTAIN DE MERDE !!!

  Après la fin de l’entretien où j’osai le prendre dans mes bras, je rentrai comme un fou annoncer la nouvelle à tous les employés très inquiiieeeets, et il n’y avait personne… Ah oui, en aprèm. Oh si, il y avait Steeve, qui nettoyait impeccablement la cuisine. Je fonçais vers lui et le serrai dans mes bras à son tour, en hurlant :

« STEEEEEEVE !!!
_ Ah patron… Alors, lé rendez-vous avéc lé connard, ça a donné qwa ? »
Je le pris par les bretelles, le soulevai et lui hurlai de colère dans la tronche :
« TU L’APPELLES PAS LE CONNARD, STEEVE !!! PLUS JAMAIS !!! CAR POUR TOUJOURS, MAINTENANT, ON L’APPELERA… » et je lui montrai avec vénération le Divin d’Espelette en-face, à travers la vitre, tout en chuchotant, les yeux dans le vide : « Maître Lério… » Steeve essaya de comprendre, et quand il ne réussit pas, balança un :
« Qué ? »

__

  Damien retrouva, au crépuscule, sa sœur sur l’énorme phare où elle avait déjà joué quand elle était gamine. Le soleil rouge éclairait la plage d’un écrin de carte postal. Il était toujours verrouillé, il fallait légèrement escalader pour monter sur le toit et faire fi des interdictions de s’approcher, mais rien n’était capable de bloquer sa sœur quand elle voulait aller quelque part. Elle était assise à contempler l’horizon, les yeux ne cherchant et ne trouvant rien, et Damien se sentait con à la voir ainsi.

  Depuis deux jours, elle parlait à peine, mangeait peu, ne sortait plus, ne souriait plus, et pleurait, même. Jeanne pleurait, ce n’était pas son style. Il l’avait entendu, le soir même de la révélation sur Ed, en train d’étouffer ses sanglots dans son oreiller. Pour certaines personnes, ce n’était peut-être pas si grave, peut-être, mais Jeanne, dans sa façon de vivre au jour le jour et son désir d’authenticité, cela revenait à un coup de poignard dans le dos. En plein dans le cœur, aussi. Elle était capable de dévorer la vie comme de la dégueuler violemment, et c’était ce qu’il se passait. Elle s’était sentie manipulée, violée même, et il suffisait d’aborder le sujet pour qu’elle en tremble de dégoût et d’effroi. Elle restait aussi courageuse que possible alors qu’on l’avait attaqué là où les gens étaient les plus sensibles. Les jours passant, c’était la tristesse pure et infinie qu’elle ressentait, et là voilà déjà mélancolique.

  Les genoux repliés contre elle, le dos contre les barres du phare, elle devait soit penser à trop de choses, soit penser à rien. Damien se posa contre elle, exactement dans la même position : il avait pris sa décision. Il ne pouvait rien dire pour la mettre de bonne humeur, mais voir sa sœur ainsi le pétrissait tant qu’il en devenait dépressif aussi. Pour elle, il allait retourner sa veste, cracher sur son honneur. Pour elle, il allait vendre son âme au diable, juste afin qu’elle soit plus heureuse.

« Toutes tes affaire sont prêtes ?
_ Oui.
_ Prête à retourner dans le train-train quotidien ?
_ Pitié oui. »
Damien leva les yeux vers le ciel rouge, et se lança :
« Je sais qu’on a craché sur sa gueule ensembles, mais en fait, je voulais te dire quelq…
_ Je m’en fous, je veux rien savoir.
_ Si, c’est important. J’ai compris ce qu’il cherchait à faire en mentant à tout le monde, et je peux le dire : il a eu raison de faire ce qu’il a fait. Du début à la fin. Il a bien fait de nous mentir, à tous les deux, malgré tout ce que ça impliquait. »
Son laïus atteignit Jeanne, mais ça ne dura pas longtemps.
« Je m’en fous, je te dis.
_ Jeanne, tu dis ça parce que ça concerne Dreamland. Mais Ed n’a pas fait ça juste pour Dreamland, il l’a fait pour sauver de vraies personnes qui étaient vraiment en danger, aux mains d’un psychopathe, dans le monde réel. »
Il tourna son regard vers elle, et lui sourit en acquiesçant du menton. Jeanne le regarda à son tour, légèrement intriguée. « Je t’ai parlé de Carnage ? Oui, tu t’en souviens. Et bah ce gars était en fait une sorte d’immonde salopard qui avait emprisonné des gens et les avait plongés dans un coma artificiel pour les forcer à lui obéir sur Dreamland. Ed a pu leur sauver la vie.
_ Non…
_ Si. Je ne l’ai pas cru tout de suite quand il m’a dit ça, mais après, j’ai fait ma petite enquête et effectivement, il avait raison. Au moins deux personnes ont retrouvé la liberté grâce à lui, et elles sont actuellement en réhabilitation.
_ J’y crois pas.
_ Et si.
_ Pourquoi il m’a pas dit ça, ce con ? »
Bonne question. Damien pensait que Ed ne se rendait pas compte que c’était de loin son exploit le plus important cette dernière semaine, au-delà d’avoir affronté et presque défoncé God Hand. Il avait sauvé des gens. C’était officiellement un héros. Mais la tête plongée qu’il avait dans ses exploits guerriers, peut-être qu’il avait senti que ce n’était pas si incroyable que ça. Damien sortit tout de même une réponse qui était peut-être vraie, mais assez belle pour redonner le sourire à sa sœur :
« Par respect pour toi. Je pense qu’il s’est scarifié lui-même en ne t’en parlant pas. Il voulait payer pour t’avoir menti. Je pense que tu lui plais tellement qu’il préfère payer ses dettes envers toi plutôt que de se cacher derrière des excuses.
_ Peut-être… »
Jeanne remit en perspective beaucoup de choses. Damien continua, sentant qu’il avait touché quelque chose en elle.
« Je sais que j’ai été dur avec lui, et je pense qu’il mérite le bâchage qu’il a eu, mais peut-être aussi… que tu pourrais lui pardonner et que vous pourriez… je sais pas…
_ Pas maintenant, Damien.
_ Pourquoi ?
_ C’est comme ça. »
Le message était passé, il se tut. Féliciter Ed quand même, alors que pour le moment, il avait juste envie de lui rentrer son poing dans la gueule.  Damien sourit, et lui passa un bras derrière l’épaule.
« On va bientôt dîner.
_ J’ai hâte. Papa est parfaitement normal et ne dépasse pas du cadre, c’est exactement ce dont j’ai besoin en ce moment. »


__

  La salle du trône du Royaume des Deux Déesses était assez bien décorée pour une fois : les lustres énormes qui pendaient au plafond avaient été allumé, près de fanions du Royaume qui tremblaient rapidement sous des courants d’air. Shana à ma droite, Jacob sur ma gauche, nous étions tous les trois assis derrière une grande table allongée, sur elle posée une nappe immense d’un bleu foncé aussi puissant que discret ; nous étions nous-mêmes en habit très chic, et même si nous aurions pu porter des vêtements plus impériaux quitte à nous donner une apparence de généraux prussiens, on avait opté pour des costards cravates (avec un tailleur magnifique pour Shana). Nous avions chacun une sorte de micro devant nous. Fino, avec un nœud papillon noir, était posé sur la table et se tenait silencieux.

  En-face de nous, il y avait Marine effacée, derrière une collègue blonde, une Créature des Rêves nommée Yoni, une rédactrice célèbre du DreamMag ; toutes deux se connaissaient de Relouland, et Marine lui promettant un scoop, une annonce importante pour la situation géo-politique de Dreamland, la journaliste s’était dépêchée de venir au Royaume nous voir.

  Une fois que tous étions tous les cinq prêts, Yoni claqua des doigts pour que sa caméra se réveille de sa torpeur, éternue, et se mette à filmer. Les micros émirent une petite lueur pour signifier qu’ils étaient prêts : maintenant, les Royaumes ayant des postes de radio ou de télé pouvaient nous entendre, et dans le pire, on serait dans un article de la prochaine édition du DreamMag. Yoni commença, en voix off, hors-champ :

« Nous sommes avec les deux rois et la reine du Royaume des Deux Déesses, qui après un recrutement massif de Voyageurs, vont faire une annonce à tout Dreamland. Je suis en direct sur place af…
_ EST-CE QUE QUELQU’UN VEUT BOUFFER MA BITE ??!! »
hurla Fino soudainement dans mon micro en faisant saturer le son. Il fut maîtrisé par Jacob aussi rapidement que le bébé phoque était intervenu, bailloné en arrière-plan et mis dans une cage (il avait été prévenu) alors que Yoni osa reprendre la parole après quelques secondes :
« … afin de reporter leur discours. Nous avons donc dans l’ordre la reine Shana Delizet, le roi Ed Free ainsi que le roi Jacob Hume. Jacob Hume, un petit mot pour nos spectateurs, vos fans attendent encore de vous une phrase pour leur donner de l’espoir. » Je rectifiai avec un sourire :
« Jacob est muet.
_ Depuis combien de temps ?
_ Depuis toujours.
_ Mais pourquoi il ne l’a pas dit plus tôt ?
_ On était là pour faire une annonce »
, intervint intelligemment Shana, et la journaliste acquiesça comme piquée par l’abeille du professionalisme, avant de nous lancer :
« Je vous écoute. Nous vous écoutons. » C’était le moment. Shana me regarda, j’eus un sourire gêné, j’essayais de me remémorer mon texte, puis je me penchais vers mon micro, comme avec un air de défi, et commença à formuler lentement, gravement :
« Le Royaume des Deux Déesses entre maintenant dans la politique de tout Dreamland. Nous sommes désormais une force neutre au service de la paix dans les conflits qui déchirent de plus en plus nos Royaumes, notamment entre les Créatures des Rêves et les Voyageurs. Je le proclame officiellement : nous nous engageons, pour chaque conflit de ce type, qu’il soit de faible ampleur ou non, à intervenir pour le camp des offensés ! Toute personne belliqueuse devra commencer une bataille ou une guerre en sachant qu’en-face de lui se dressera la Garde du Royaume des Deux Déesses ! Nous nous fichons des intentions, de la moralité ou des excuses, nous serons toujours du camp des défenseurs. Nous enverrons une équipe plus ou moins importante selon la puissance du conflit, et s’il y a litige sur qui est l’offenseur ou l’offensé, nous enverrons des enquêteurs nous dire qui a été le plus offensif, le plus provocateur, le plus coupable d’agression. Ceci est, en quelque sorte, un message de paix : si vous êtes attaqués, nous serons là pour vous. Si vous attaquez… nous serons là aussi pour vous. Malheureusement. » Je pris légèrement ma respiration, mais personne ne sembla me couper. Je continuais alors : « Le Royaume des Deux Déesses est et restera un refuge de paix pour tous ceux qui demandent asile. Mais en plus, nous assumerons la fonction officielle de redresseur de torts sur l’ensemble du territoire onirique. C’est tout ce que nous avons à dire, l’idée est simple. Pas de complication, pas de fioriture. Nos portes seront toujours ouvertes à ceux qui souhaitent nous rejoindre pour combattre les tensions.
_ C’est un scoop incroyable ! Mais pensez-vous que vous aurez les épaules pour remplir cette mission ?
_ Bien sûr. Nous nous y efforcerons du mieux que nous pourrons.
_ Si vous acceptez que n’importe qui vienne dans vos rangs, n’est-ce pas dangereux pour la sécurité de votre Royaume ?
_ On fera attention. Même mieux, on espère qu’ils viendront ainsi : de vous à moi, ça nous fera gagner du temps. »

__

« Tu as lu ce que devient le Royaume des Deux Déesses ?
_ Ouaip ?
_ Alors ?
_ Alors quoi ? »


  Au Royaume des Tropiques, Mr. Lafleur et Mr. Lacroix prenaient du bon temps, sur deux transats qui donnaient une vue superbe sur l’océan bleu turquoise. Ils étaient dans un coin où le soleil débordait d’énergie, et ils bronzaient tranquillement (pour Mr. Lafleur, cela voulait dire, brunir d’une étrange manière). D’ailleurs, la chaleur faisait que l’odeur de la momie était encore plus violente que d’habitude ; Mr. Lacroix avait le nez parfaitement bouché, mais cela faisait fuir les autres touristes, ce qui leur assumait un bon cercle d’intimité de cinquante mètres de diamètre. Mr. Lacroix souleva ses lunettes de soleil et observa son frère qui absorbait les lignes du journal et commentait en même temps avec sa bienveillance habituelle :

« Ils recherchent la paix dans tout Dreamland, entre Créature et Voyageurs. C’est tout notre credo au final.
_ C’est vrai.
_ On les rejoindra ? »
Mr. Lacroix récupéra un gros cocktail posé sur le sable et but à une des trois pailles qui flottaient dedans. « Tu n’es pas satisfait qu’Ed soit plus fort que toi.
_ Il n’est pas plus fort que moi ! »
Mr. Lafleur accepta cette réponse alors que Mr. Lacroix continua :
« Je parie que je peux le battre, y a pas de souci. Sinon, on le prend en deux contre deux, une revanche ! Frères contre frères ! Il fera moins le malin, là, avec son Clem qui traîne la patte.
_ Ils contrôlent tous les deux l’espace.
_ Nous aussi ! Enfin, l’air, mais c’est la même chose, non ? Non, parce que dans le combat, on sentait bien qu’il était fort, tu vois, mais il lui manquait quelque chose. On va dire que c’est le talent, voilà, ça manquait de talent, alors que je le collais, il se dépatouillait en improvisant sans savoir comment, alors que s’il avait frappé sur le flanc à la seconde attaque, là, tu vois, par ici… »
Mr. Lafleur attendit patiemment la fin de la diatribe de son frère, puis quand ce dernier se rendit compte qu’il parlait seul, il se radossa à son transat, étira les jambes et grogna :
« D’abord ton opération chirurgicale. Puis ensuite, on avisera. » Mr. Lafleur acquiesça. Il déposa le DreamMag et tourna la tête vers les cieux : il était fabuleusement bien.

__

« Alors les gars, ordre du jour : c’est la rentrée. Donc on risque d’avoir plus de monde qu’avant. Ou un peu moins si les gens viennent plus à Montpellier qu’ils n’en partent.
_ Fine analyse macroéconomique.
_ Merci Matthieu. En tout cas, on ne se relâche pas, on a peut-être fait du buzz qui va nous retomber dessus. La question est de savoir : comment on va réussir à tenir le coup ? Après les soirées indiennes, qu’est-ce que vous proposez ?
_ Soiwées mexicaines !
_ Soirées déguisées !
_ On sait ce que prépare le concurrent en-face ?
_ Hein ? Ah, tu veux parler de Maître Lério ? »
La table ronde se regarda gênée, personne n’était encore habitué à ce changement d’habitude de la part du patron. Holden tapota son menton avec un stylo et annonça brillamment :
« Ouvrons un Dream Dinner en Islande, et faisons-en notre siège. » Silence complet autour de la table. « C’est une question de taxes, j’ai fait un powerpoint afin de vous aider à visualiser tous les avantages financiers que nous éta…
_ Bon, les soirées mexicaines, pourquoi pas, mais pas dit que les gens soient tous fans.
_ Pourquoi ?
_ C’est pas exotique la bouffe mexicaine.
_ Celle indienne, oui, mais mexicaine, non ?
_ Parce que c’est chacun pas dans le même continent.
_ Me souviens que pour prendre du guacamole, c’est dans la section exotique justement au supermarché.
_ Où ça ?
_ Au Monoprix, tu sais ?
_ Le vwai pwobléme dé la bouffe méxicéne, cé qu’ça va nous boucher les chiôttes.
_ Moi, perso, je n’aime pas la nourriture mexicaine.
_ Personne te demande ton avis.
_ Je sais pas si la cuisine est prête à recevoir de la bouffe mexicaine.
_ Comment ça, ‘recevoir de la bouffe mexicaine’ ?
_ Bon, on passe un autre sujet : Keyman et Valentin partent, vous avez lu les dossiers de candidature, qui peut-on prendre ?
_ Deux gonzésses, y a pas assez dé filles dans les rangs.
_ C’est sexiste, boss. »
, commenta Laura alors que je me faisais la réflexion que c’était une bonne idée.
« Euh oui, tout à fait, c’est sexiste, enfoiré.
_ Il nous faut un cuisinier en béton.
_ Ça va, mais devant nos conditions de travail, il risque de faire le mur. »
La moitié de la table qui rit n’aurait pas de prime fin Septembre.
« Il nous faut maintenant un troisième candidat vu que Matthieu va nous quitter aussi subitement.
_ Qwa ? »
hurla l’intéressé très sérieusement, en ayant arrêté de rire à sa propre blague.
« Je pensais à voix haute, désolé
_ Aussi, il faut savoir des choses ! Il y a une ventilation près de l’arrière-cour qui shlonk shlonk, est-ce que je suis le seul à trouver ça bizarre ?
_ Oui.
_ Je ne pense pas que ça soit très réglementaire.
_ Demande à la commission. Fais juste attention à l’orthographe de shlonk.
_ Sinon boss, pourquoi pas faire un employé du mois ?
_ Parce qu’on n’est pas Macdo ?
_ Si c’est en termes de pourboire, je gagne !
_ Ouais, mais toi Matthieu… »
commença Sophie en hésitant sur sa phrase, puis elle sortit, pas sure : « … tu triches.
_ J’ai pas de décolleté.
_ Sophie non plus.
_ BAM !
_ Oune minoute dé silence pour lé réspéct. »
Holden réprima un rire, ce qui eut comme résultat un étrange bruit nasal qui inquiéta ses voisins.
« Bon, soyons sérieux deux minutes s’il vous plaît. » Je pouvais donner n’importe quel ordre, il serait respecté ; celui-là par contre…
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MessageSujet: Re: Gods, King and Baby Seal Jeu 16 Mar 2017 - 19:33
« Clane… J’ai bien réfléchi, tu m’as pas mal servi ces derniers temps et plusieurs fois sauvé la vie.
_ C’est vrai.
_ Je sais que c’est pas facile pour moi, puis j’ai pas mal changé avec ces épisodes. Donc, bon, ça va te surprendre un peu, mais j’ai décidé… de te rendre ta liberté. »
Fino serra les dents quand il disait ça. Clane, lui, ne comprenait pas. Il accusa le choc quelques secondes et dit :
« Vraiment ?
_ Vraiment, je veux te rendre ta liberté, pose pas plus de questions.
« Mais… »
Clane fléchit sur un obstacle : « C’est pas Jacob ou Ed qui doivent décider de ça ? » Le bébé phoque eut une voix stridente de quinquagénaire débile :
« Oooooooh noooooon ! Désooolééééé ! » Et il fit un doigt d’honneur à son serviteur avant de rentrer dans le bureau d’Ed et de refermer la porte. « Oh le con, il me fera pisser dessus de rire un de ces quatre. Hey, salut Ed ! Ton bureau est toujours aussi bien rangé !
_ J’ai rien dans mon bureau.
_ T’as compris le point. »
Fino sauta sur la chaise, puis sur le meuble en question, derrière lequel j’étais affalé.
« Germaine et toi, vous avez fait le compte des nouvelles recrues ?
_ Oh yeeaahhh… Par contre, y a Rick et Jean-Marc, ces deux-là, je les ai virés. C’est d’anciens partenaires à moi qui veulent me tuer.
_ Tu les as virés ?
_ Dix mètres sous terre. »
Très bien, je ne voulais pas en savoir plus. « Vraiment dix mètres, hein, ça a pris des heures à Clane de faire un vrai trou, mais au moins, maintenant, on n’ent…
_ A ton avis, on a assez d’hommes pour tenir nos promesses ?
_ A mon avis, quand on montre son cul à Dreamland, la première chose qu’il va faire, c’est de baisser sa braguette. »
Ce n’était pas très optimiste. Fino nota tout de même : « Reste à voir ce qu’on va provoquer dans Dreamland. Moi, perso, chuis curieux. On va tous crever, mais chuis curieux quand même. Une question : tu vas te servir de ton armée pour délivrer ta connasse de pacifiste des griffes de Pijn ?
_ Bien sûr. »
Le bébé phoque eut des lueurs de joie dans les yeux ; il s’en fichait d’Ophélia, mais il aimait le fait que j’allais utiliser les Voyageurs pour servir un dessein personnel. Il se demandait peut-être si lui aussi n’aurait alors pas le droit de faire pareil. Je continuai, pour revenir au sujet initial : « On va se trouver des alliés, on va recruter en masse. Puis surtout, Fino, on va avoir besoin de ta matière grise. Je ne sais pas si Jacob approuvera, mais on sera toujours dans le domaine de l’illégalité en intervenant ailleurs. Il faudra composer à chaque fois avec des situations de merde dans le meilleur des cas, et avec des imbroglios politiques amenant à de nombreuses guerres dans les pires. On aura besoin de quelqu’un qui sache se mouiller les pattes. Est-ce que c’est un rôle qui te conviendrait ?
_ Oui. »
Il avait dit ça sans hésitation, à peine ma phrase terminée. Et beh, il était rapide.
« T’es rapide.
_ Le choix est tout vu pour moi. J’accepte la mission, chef, je serai votre homme. »
Et en plus, il était obséquieux (relativement obséquieux).
« Tu es aussi motivé parce que je t’ai sauvé la vie ? » Fino ne cilla pas, mais il prononça d’un ton étrangement solennel venant de lui :
« Déjà, ça m’éclate. Mais nan, Ed, c’est pas parce que tu m’as sauvé la peau trouze quintillions de fois, tu me devais bien ce chiffre. Par contre, tu as fait deux choses qui ont retenu mon attention. Premièrement, tu as sauvé la raie du seul ami que j’ai, et ça, j’ai pas envie de te remercier parce qu’un seul merci serait pas plus suffisant que mille. Secondement, tu es la première personne à avoir gagné mon respect tout entier. » Ce fut l’effet d’un coup de poing sur le bide. Amical, mais percutant. « Tu me disais récemment que le monde n’était pas juste, et bien bravo, tu avais raison, un tel connard tel que moi a quand même un ange gardien qui déboîte. T’as sacrifié pas mal de choses pour aller jusqu’au bout, comme ton amie de cul, là, chais plus son nom.
_ Jeanne ? Comment tu sais ça ?
_ Cherche pas, c’est Germaine qui m’a tout dit.
_ Et comment elle, elle le sait ?
_ Ed, même si j’étais deux fois plus con que toi, je saurais qu’il faut à tout prix que j’évite de lui poser la question. En tous les cas, tu as été là pour moi, et jamais je l’oublierai. Je pensais que les personnes cons étaient juste des outils qu’on pouvait facilement manipuler. J’ai plutôt l’impression qu’en fait, les altruistes sont des dingues dans leurs têtes, et ça, ça me plaît. On sera jamais amis parce que t’es une grosse teub naïve la plupart du temps… Mais mais mais… je n’ai rien contre le fait que tu sois mon supérieur. »
Ouah… Et beh… Que Fino aille jusqu’à dire ça… J’étais plus que flatté – il était à peine honteux de déballer son sac.
« T’es pas obligé de dire tout ça, c’est vrai que c’était chaud, mais des fois, j’ai eu mes moments funs.
_ Ah bah tant mieux, ça va éviter que la Warner Bros rapplique en essayant de nous faire faire des reshots.
_ Pardon ?
_ Pas grave. Ed, moi, Fino, Intendant du Royaume des Deux Déesses, te fait serment d’obéissance. Je peux même t’appeler Votre Majesté.
_ J’ai le cul assez blanc comme ça.
_ Bonne réponse.
_ De mon côté Fino, au vu des conflits géopolitiques que nous allons tenter de résoudre et que nous allons provoquer, ainsi que de ta nouvelle position officielle, je te nomme, en tant que toi, Chevalier des Fouteurs de merde.
_ Je chiale. »
Il était heureux. Parfait, moi aussi. Avec le soutien (indéfectible) du bébé phoque, on avait toutes nos chances de résoudre nos futures nouvelles missions. « L’épine dans le cul qu’on va être, ça va être magique. Un peu comme Dumbledore.
_ Qu’est-ce qu’il vient foutre ici, lui ?
_ Bah, Dumbledore, le magicien de votre monde qui a tué Hitler. »
Est-ce que pardon de quoi ? Ah oui, j’avais oublié que Fino ne connaissait notre monde que par l’éducation qu’il en avait d’Adrien. On dirait qu’il s’était clairement foutu de sa gueule.
« Dumbledore est un personnage de fiction et n’a jamais affronté Hitler dans l’œuvre où il apparaît.
_ QWA ?!
_ La magie n’existe même pas dans notre monde.
_ AH LE SALOPARD !!! »
Et soudain, il eut peur. « Mais, euh… Churchill a vraiment existé ?
_ Ouais, lui, c’est bon.
_ Ouf, c’est déjà ça. Il va sucer mon épée Adrien, comme disait votre Aragorn.
_ Laisse-moi deviner, le roi des Francs ?
_ Ouais ! Ah yes, il est vrai lui aussi ! »
Il faudrait refaire toute son éducation historique en fait. Par contre, il y avait un petit détail qui me titilla, quelque chose que j’aurais oublié ces derniers jours… Ah merde, la Déesse ! Elle ne s’était pas libérée de l’emprise de Carnage ?

__

  La Déesse, énorme Créature sans âme et sans intelligence arpentait les limites du Royaume des Véhicules. Dans ses déplacements et se sentant agressée, elle avait déjà détruit trois buildings et personne ne savait franchement comment arrêter un monstre qui dépassait la trentaine de mètres de haut. Dans ses pérégrinations où elle avait provoqué des embouteillages mortels et piétiné des maisons, elle entendit alors, une minute avant de mourir, une jeune voix de petite fille, qui chantait lentement et sur un ton inquiétant :

« We…
Are living…
In Amerika…
Amerika… is wunderbar
We…
Are living…
In Amerika »
C’était la voix du nouveau sergent-chef de la Compagnie Panda.

__

« Je sortirai dans quatre mois, minimum », annonça fièrement Cris à Jimbo et Olivieira. Ils voltigeaient tous les deux sur une table du Royaume des Pique-Nique alors qu’un début de crépuscule envahissait le ciel d’une teinte orange, sans toutefois enlever le bleu au ciel. Cela faisait presque deux ans qu’ils n’avaient pas vu leur sœur aînée, et au moins six qu’ils ne s’étaient pas réunis tous les trois. « Pour le moment, la rééducation est difficile, mais ça ira de mieux en mieux. Dans six mois, je gambaderai comme avant. » Les trois profitèrent de cet instant, mais Cris avait un tel besoin de parler que les silences ne duraient pas plus de vingt secondes. « Olive, je suis tellement désolée… C’est à cause de moi que tu as été traquée si j’ai bien compris.
_ Mais non, mais non, on s’est bien marrés, n’est-ce pas sis’ ? »
plaisanta Jimbo, une taffe à la main. Oliveira ne répondait pas, mais elle souriait et contemplait Cris, qui avait blanchi depuis la dernière fois qu’elles s’étaient vues.
« Il va falloir que vous me racontiez tout ça, hein ? Toutes vos aventures même. Jimbo, je croyais que tu étais mort sur Dreamland !
_ C’est réciproque, merde !
_ Et maintenant, vous comptez faire quoi ? »
Oliveira et Jimbo se regardèrent, et la première répondit :
« On va peut-être rester ensembles. Puis on a été aidés par Terra, même si ça ne s’est pas toujours très bien passé, et qu’elle a un sale caractère, elle a un vrai désir de pacifier Dreamland. Alors je pense qu’on va la suivre.
_ Seulement si la paie est bonne !
_ Vous avez mûri tous les deux »
, s’amusa Cris en posant son menton dans ses deux mains, accoudées sur la table volante. « Je vous rejoindrai peut-être. Je me sens encore un peu patraque, j’ai pas envie de vivre de nouvelles aventures pour le moment, mais après… »

__

  Les deux lourdes portes de la salle du trône, grandes jusqu’au plafond à vingt mètres et épaisses comme trois murs s’ouvrirent sous la puissance du Voyageur qui entrait quasiment par effraction. Seul un Claustrophobe pouvait aller aussi loin dans le palais sans subir on ne savait quels préjudices, comme se tromper de salles, se tromper de couloirs, se tromper de quartiers, ou alors, se perdre complètement. Maze, aussi imperturbable que son trône de pierre, ses mains couvertes de bijoux posées sur les accoudoirs aussi accueillantes que de simples briques bleu noir, regarda Ed pénétrer dans sa salle sans même s’être présenté. Des gardes allèrent le cueillir, mais d’un geste de leur Seigneur, ils revinrent à leur position initiale et laissèrent le Voyageur avancer.

« Yo Big M. » Maze sourit : c’était le surnom que lui donnait Fino d’habitude. Cette insouciance et cette insolence avaient déteint sur le blondin comme sa rigueur d’esprit et sa loyauté à des causes avaient transformé le bébé phoque. Il se fichait des formalités, alors il passa outre et continua :
« Tu veux me demander quelque chose ?
_ Que tu arrêtes de considérer le Royaume des Deux Déesses comme ton territoire. »
Il le tutoyait maintenant. Maze fronça les sourcils, forçant le Voyageur à continuer : « Le Royaume des Deux Déesses ne t’appartient pas, tu n’as aucun droit de regard sur lui. La prochaine fois que je surprends un de tes soldats ou même un Voyageur, il sera traité comme un espion. Je sais que tu me surveilles, je sais que tu essaies de te rapprocher de mon armée de Voyageurs, je sai…
_ Ed, on se caaaalme. »
Maze fit un grand sourire et se posa encore mieux dans son dossier.
« Nous avons besoin que le Royaume des Deux Déesses reste neutre, publiquement. Ce n’est pas possible si tu nous envoies des gardes comme bonniches !
_ Nous entrons dans une nouvelle période, Ed, dans une période post-turbulences où les cailloux qui ont été lancé vont peu à peu se transformer en avalanches… ou pas. Tu essaies d’arrêter les cailloux, ne voudrais-tu pas plus de renforts ?
_ Pas de toi. Personne ne peut te faire confiance dès qu’on ne travaille pas pour le bien de la Claustrophobie. »


  Maze resta de marbre, mais ne perdit pas son sourire ; mais peut-être que son ton avait changé. Ed Free avait mis la main sur tellement de Voyageurs, ils étaient si proches de lui. La Claustrophobie était coincée entre l’Agoraphobie et son alliance avec une partie du Royaume Obscur. Il fallait plus de Voyageurs, toujours plus. Maze savait que les Voyageurs créaient l’histoire de Dreamland ; plus il en avait, plus il dominait les champs de bataille, plus il dominait l’avenir. Il en fallait toujours plus, toujours plus, toujours plus.

« Comme d’habitude, tu vas te retrouver dans des aventures plus grandes que toi. Tu ne peux pas donner un coup dans la ruche sans aide. Tu auras besoin de moi. Nous aurons besoin de vous. Si nous nous entraidons, nous pourrions devenir une des plus puissantes forces géopolitiques de Dreamland. » Il se radossa à son siège de pierre dans une posture tranquille et impérieuse. « Peut-être même la plus puissante.
_ C’est non.
_ Ca ne sera pas définitif. Oh non, ça ne sera pas définitif.
_ Plus d’intrusion dans MON territoire.
_ Nous ne sommes pas ennemis.
_ On pourrait très vite le devenir. »
Maze avança sa tête, mais ses lunettes de soleil empêchaient qu’on distingue clairement ses expressions du visage.
« Très bien. Il n’y aura plus d’intrusion. Je te fais confiance pour la suite, Ed. Tu peux partir maintenant, tu n’as rien à craindre de moi. »

  Le Voyageur fut surpris. Il n’avait pas cru que l’échange serait aussi calme et aussi prompt. Après quelques paroles échangées, le voilà déjà qui s’en allait par la même porte d’où il était arrivé, et il disparut tout aussi vite qu’il était apparu. Maze se surprit à sourire avec joie. Tout s’était bien déroulé.

  Attirer l’attention du Ed pour qu’il vienne, et avoir cette discussion. Maintenant, le blondin savait qu’il pouvait invoquer les Claustrophobes si leur Royaume s’opposait à un conflit trop grand pour lui. Et vu la taille de Dreamland et de ses dangers, il était persuadé qu’à un moment ou à un autre, Ed se renierait pour venir le voir. Le cœur des hommes, surtout soumis à de la pression et de la puissance, était si changeant… Il suffisait juste d’attendre la mission périlleuse, et hop… l’armée de Ed serait entre ses mains.

__

  Maze pouvait dresser tous les plans du monde, il avait un léger défaut : il ne connaissait pas du tout Jacob. Je savais parfaitement que mon Seigneur était un fondu de Voyageurs et qu’il saurait respecter le fait que j’avais une armée, tout comme il la convoiterait. Jacob, qui s’était déjà dressé contre les aides fournies (et certainement intéressées) de la Claustrophobie à notre égard, avant même que nous annoncions notre nouvelle position, serait le phare qui nous permettrait (me permettrait) de rester absolument neutres. Si nous n’étions plus neutres, notre mouvement s’écroulerait rapidement. La bulle de Jacob était moins indestructible que ses idéologies.

__

  Le soleil était extrêmement aveuglant, conservant toute sa puissance solaire estivale malgré la fin du mois de septembre ; mais la boutique de breloques et autres souvenirs de son père était soujours aussi sombre à cause des volets descendus pour éviter de cuire tous ceux qui s’y risqueraient. Emy, derrière le comptoir, ses yeux se perdant dans les dizaines d’articles cheaps autour d’elles, ses avants-bras nus dont un cuisant par les raies de lumière. Bon sang, elle parvenait à peine à voir l’extérieur. Si elle se penchait comme ça, peut-être qu’elle pourrait apercevoir le ciel.

  En attendant, il n’y avait personne… vers midi, des gens entraient et ressortaient, au moins pour demander des clopes, mais à quinze heures, c’était la pause. A ce moment-là, Emy se saisissait d’un journal, d’un livre, ou envoyait des centaines de SMS à n’importe qui tant que les réponses la faisaient patienter. Elle passait sinon son temps à se demander quand est-ce qu’elle pourrait se permettre de partir sans que son père ne le prenne mal – il le prendrait tout le temps mal de toute manière. Cela faisait combien de mois que maman était morte ? Emy se gratta la tête pour ne pas y penser, et réajusta son chouchou pour que sa natte brune passe par-dessous son épaule. D’ailleurs, regardez, un client qui arrivait.

« B’jour monsieur. » lui dit-elle d’un geste du menton avant de se relâcher légèrement… Oh, le type venait directement vers elle. Il portait une casquette rouge dont la visière cachait une paire de lunettes. C’était qui ce type ? Une célébrité ? Elle pariait qu’il était chauve sous sa casquette, d’ailleurs, elle ne savait pas pourquoi elle se sentait capable de tenir le pari. Elle fut toutefois déçu quand il la retira et qu’il se tenait en face d’elle, de l’autre côté du comptoir : il avait des cheveux blonds très courts. Voyant qu’il restait hagard, à la regarder, elle l’interpella : « Je peux vous aider ?
_ Emy ? »
Ouais, elle imaginait qu’il connaissait son nom, ce type lui disait rapidement quelque chose. Pas quelqu’un de la famille (ou presque), et pas un client régulier.
« Chuis désolé, je pense pas vous connaître par contre.
_ Ca ne m’étonne pas. On peut se tutoyer, hein. »
Emy trouvait ça bizarre que cet étranger fut aussi rapide à la familiarité malgré le fait qu’ils ne se connaissent pas. Elle tiqua tout de même :
« Ca ne t’étonne pas ? On se connaît d’où alors ?
_ Oula, ça remonte à loin, je ne pense pas que tu t’en souviennes.
_ Oui, et ? »
Il était chiant, ce type.
« Je m’appelle Ed Free.
_ Ca me dit rien. »
fit-elle d’un ton cassante. Le mec changea de stratégie :
« Quand tu auras fini, est-ce que ça te dirait que je te paie un truc ? J’ai beaucoup de choses à te dire.
_ Tu vas surtout dégager du magasin, gars. T’es super louche. »
Il changea encore une fois de stratégie, pas du tout déboussolé par son changement d’humeur :
« Tu connais quelqu’un qui s’appelle Gui ? » Elle changea légèrement d’attitude. Oui, il lui semblait que… non. « Je sais que je suis bizarre Emy, t’as raison de te méfier. Et mes sincères condoléances pour ta mère. » Emy avait l’impression de revivre une scène de son passé, une impression de déjà-vu. Elle avoua la vérité :
« Chuis désolé, mais je ne comprends rien.
_ C’est pour ça que je voulais savoir si je peux t’inviter à prendre un truc. On se pose juste à-côté, et je te dirai tout, y a vraiment vraiment pas mal de choses à dire. Sinon, une petite question : est-ce que tu as peur de quelque chose en particulier ? »


__

« CHEEEF ! ILS DEBARQUENT !!!
_ MAGNEZ LE CUL, A VOS POSITIONS !!! GO !!! GO !!! »
Dagan activa son pouvoir, et des griffes de lumière prolongèrent ses ongles pour former des lames mortelles. Tous ses hommes se dépêchèrent, armés de ce qu’il pouvait : dagues, haches, arcs, fusils… Tank aussi, tiens, pendant qu’on y était. « EMPÊCHEZ-LES DE RENTRER COUTE QUE COUTE DANS L’IMMEUBLE !!! NARSS, T’AS QUOI EN VISUEL ?!
_ Il y a une sorte de moto avec un conducteur dessus, ainsi qu’un kart, mais il est vide. Plus un hummer, mais les vitres sont teintées !
_ Ils viennent pour ma tête, alors on va resserrer le cordon autour de moi. Ouvrez la porte pour le tank, qu’il tire sur la bagnole avant qu’ils en sortent. GROUILLEZ-VOUS !!! SI ON TIENT CETTE NUIT, LES VON JACKSON NOUS PROTEGERONT !!! »


  Une porte de hangar s’ouvrit lentement, laissant entrevoir un char rouge vif à l’intérieur de petite dimension, mais un long canon prêt à tirer après quelques ajustements. Les deux nains barbus qui étaient à l’intérieur pestèrent contre toutes les machines que recouvrait l’appareil, mais parvinrent enfin à placer le boulet explosif à l’intérieur. Le tireur scruta dans sa lunette de tir le véhicule à détruire, mais il eut soudain un problème.

« Je vois que dalle ! C’est quoi ce nuage noir ?
_ Un nuage noir ? Fais voir. »
Le conducteur regarda aussi à l’extérieur du véhicule par le télescope, mais il y avait effectivement un nuage noir qui couvrait complètement leur champ de vision. C’était quoi exactement ?
« Des plumes ? »




  Peu après qu’il ait deviné la bonne réponse, le nuage de plumes fondit sur eux, passèrent à travers l’orifice du canon et les asphyxia en quelques secondes. Voilà un tank hors-service.

   Le hummer se dépêcha de foncer ainsi que la moto dans la cour de l’immeuble où des projectiles de tout poil se dépêchèrent de les assaillir. Les deux véhicules réussirent à traverser sans encombre le jardin et rentrèrent dans le bâtiment par la porte du tank tout en esquivant celui-ci.

   Ils déboulèrent directement dans un énorme hall gris au plafond haut, couvant deux étages, le rez-de-chaussée, vide de toute sinon deux escaliers au fond, menant à un chemin de ronde qui faisait le tour de la salle, et qui disposait d’une ribambelles de gardes, qui tirèrent dès que leurs ennemis sortirent du véhicule. Toutes leurs munitions et leurs carreaux furent écraséss contre une sorte de bouclier complètement invisible et apparemment indestructible.

« TIREZ PAS AVANT DE LES AVOIR PRIS A REVERS, C’EST JACOB HUME !!! » hurla Narss, le lieutenant.

  Le Voyageur à la Bulle protégeait plusieurs autres de ses camarades sans faillir, tous sortant du hummer, et un d’entre eux, avant que les soldats ne les entourent, invoqua un énorme chiton au premier étage, qui, roulant à grande vitesse, écrasa tous ses ennemis se tenant sur son passage sans leur laisser la moindre chance. L’invocateur de mollusque fit disparaître son chiton, et demanda à Ursula la pieuvre de venir fusionner avec lui : deux tentacules sortaient alors du dos de Matthieu, qui grâce à elles, monta au premier étage en se servant de ses ventouses. Il trouva Narss, un type de deux mètres cinquante, crâne rasé, peau grise et barbichette, ainsi que de deux paires de bras. Les deux se confrontèrent alors dans un duel titanesque, laissant aux autres le soin de se promener dans le reste du bâtiment.

  Marine, à l’extérieur du bâtiment, se servit de son pouvoir pour voler et aller directement sur le toit pour éviter que leur cible ne s’échappe : elle avait pris la Baltringue sous son coude, qui créa une stalactite pour défoncer la porte en acier, qui menait vers le derniers des étages. Ils se débarrassèrent rapidement de trois soldats qui se trouvaient là, d’abord en les empêchant de s’approcher grâce aux stalactites de la Baltringue, puis ensuite aux rafales de vent de Marine qui les projetèrent à travers une large fenêtre. Elle se posa alors en tailleurs et ferma les yeux pour sentir toutes les présences environnantes, comment elles avaient bougé depuis l’opération.

« Tu trouves ?
_ Chut ? »
Cinq secondes plus tard, elle sentit alors… « Oui, au troisième étage. Presque en-dessous de nous. Au second par contre, il y a une quarantaine de soldats. C’est un leurre. Tu as bien entendu ? »

  Elle avait posé cette question à une poupée de Shana qui les accompagnait, et celle-ci approuva par l’affirmative. Elle disparut d’un coup, et réapparut près de son Invocatrice, au rez-de-chaussée, où elle répéta ce que lui avait dit Marine. Shana bafouilla dans le langage des signes pour expliquer à Jacob où se trouvaient la majorité des ennemis, et celui-ci, approuvant, fonça vers une toute autre direction… avant de disparaître mystérieusement et apparaître directement au troisième étage, grâce à une porte d’Ed… qui se trouvait aussi ici, étant venu par un autre portail.

« Ils sont nombreux à cet étage », l’avertit Jacob en utilisant les signes à une belle vitesse.
« L’étage n’est pas assez grand pour qu’ils soient nombreux. », lui répondit le blond, dont les cheveux très courts laissaient encore croire qu’il était chauve. Jacob sourit, et les deux s’élancèrent pour commettre un génocide de personnages tertiaires.

  De son côté, Dagan courait avec sa troupe d’élites de cinq bonhommes dont deux Voyageurs, et ils apprirent rapidement que le rez-de-chaussée était envahi ainsi que le toit. Il restait une dernière option : passer au quatrième étage et sauter sur le toit voisin. Un des Voyageurs enleva ses doigts du front et commenta :

« Nos ennemis se baladent dans tout le bâtiment avec des portails ; je ne sais pas les distinguer, mais j’estime qu’il y en a une dizaine.
_ On fuit de toute manière, si la PJ est là, on pourra pas leur résister avec le peu d’hommes qu’on se trimballe.
_ C’est compris. »


  Les six hommes grimpèrent à l’étage supérieur… jusqu’à ce que le sol se disloque sous leurs pieds, et qu’un démon de belle taille, aussi haut que le plafond, les rejoigne dans le grand couloir. Les trois Créatures des Rêves restèrent pour l’affronter mais elles peinèrent à rivaliser avec sa puissance, laissant le chef Dagan et les deux Voyageurs continuer leur fuite.

  Cependant, Alban et Salomé sortirent de nulle part (une autre paire de portails) et leur firent face à tous les trois. Les deux Voyageurs restèrent les combattre, Dagan s’enfuyant à travers un mur après l’avoir proprement découpé avec ses griffes de lumière. Il réitéra l’opération, et trouva enfin la bonne fenêtre d’où il pourrait sauter sur le toit voisin. Il prit son élan, sauta à travers la vitre… et juste après la vitre, il se trouva dans un endroit sombre, tout autre, trop étroit vu qu’il se reçut un mur en pleine figure de toute violence.

  Le hummer se souleva massivement quand le Voyageur se mangea le toit à l’intérieur (une porte de Ed se trouvant juste après la fenêtre donnait sur un autre portail, couché contre le sol du véhicule, faisant qu’un saut amenait la personne à se manger le toit de l’intérieur). Sonné, Dagan réagit à peine quand il sentit une seringue percer sa nuque. Il put voir un conducteur qu’il ne connaissait pas, les mains sur le volant et manœuvrant déjà pour sortir du bâtiment, en criant à ses alliés que « Dagan avait été récupéré, la mission était un succès », et aussi, vision d’horreur, aux deux bords de son champ de vision, une limace à l’air blasée, tenant un stylo, et un bébé phoque avec sa seringue. Il se rendit compte que le poison que la saloperie lui avait injecté le paralysait de plus en plus, et le véhicule prenant de la vitesse, après que trois Voyageurs soient rentrés dedans, Fino lui souffla à l’oreille :

« Tu es peut-être prévisible, mais tu as beaucoup de choses à dire sur les Von Jackson, mon petit Dagan. Tu peux parler maintenant ou me laisser te torturer d’abord. Il y a une option qui me soulagerait énormément d’une semaine difficile et qui me permettrait de me débarrasser d’une caisse d’épingles qu’on a livrées à Germaine récemment. Choisis bien, je ne veux pas t’entendre te plaindre après. Mais d’abord, un pari : combien d’épingles peuvent piquer une de tes testicu…
_ Oh non, Fino ! Non, non, mais t’es sérieux ? »
hurla Marine depuis le siège passager, ce qui agaçca considérablement le bébé phoque.
« Oh ta gueule Genève ! T’aimes pas parier, c’est ça ? Pour une fois que je propose une torture expérimentale et ludique, c’est quand même non, mais c’est incroyable ! La prochaine fois qu’il faudra violer les prisonniers, il faudra les terminer à la pipe pour pas qu’ils pleurent ?! »
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MessageSujet: Re: Gods, King and Baby Seal Jeu 16 Mar 2017 - 19:55
ÉPILOGUE 4/ LE DÉPART DU ROI




  La file pour déposer nos bagages nous avait bien fait poireauter une cinquantaine de minutes entre des centaines de personne – cependant, le poids de l’attente et des valises en moins, c’était tout léger qu’on alla prendre notre déjeuner sur les tables mises à disposition (nous avions fait nos sandwichs chez nous, on n’était pas fous, on n’avait pas envie de s’endetter aussi jeunes). Les tailles d’aéroport et leur conception m’étourdissaient à chaque fois, j’avais l’impression qu’on pourrait s’y perdre même en marchant droit. Mais c’était dingue, ce monde, et de tous les horizons s’il vous plaît. Ca parlait en français, en chinois, en anglais, en espagnol, en truc de je savais pas où (donc, un pays européen nordique quelconque). C’était incroyable comme ce genre de lieux brassait autant de cultures différentes.

« Qui est l’enfoiré qui a mis de la moutarde dans mon sandwich ?
_ C’est moi »
, répondit Juju, les lèvres tristes. Clem se reprit comme il put :
« Ah… Bah c’est très bon, belle initiative.
_ Tu envoies un SMS à qui, Cartel ?
_ Mon copain. Il va venir nous rejoindre dans pas longtemps, je lui dis où on est.
_ Kim vient aussi »
, fit savoir Clem en essayant de refourguer son sandwich, mais discrétos, pour ne pas vexer la benjamine.
« Eh Cartel, tu veux donc pas nous dire son prénom ?
_ Non. Ça sera la surprise, voilà, il se présentera, vous vous présenterez… »
L’excitation du voyage nous faisait perdre toute contenance, toute patience, et toute politesse. Au bout d’une minute d’engueulade, elle avala sa salive, et céda : « Okay, okay, c’est bon. Je vais vous le dire. Depuis plus de quatre ans maintenant, je suis avec… » Puis elle se tourna vers moi : « Jacob, Ed, ton meilleur ami.
_ C’est pas vrai ?!
_ Et si… Désolé de pas l’avoir plus tôt, je pensais au début que ça ser…
_ Tu me dois cinquante balles, Clem !
_ …ait une passade, mais au fur et à mesure, c’est deven… Pardon ?
_ Merde Cartel, mais merde ! Tu pouvais pas sortir avec Matthieu ?
_ Pardon ?
_ Il avait parié pour Matthieu. Tu le connais ? Bah non, c’est bien ce que je me disais. Tu vois Clem, elle le connaissait pas, t’avais aucune chance.
_ Y a un moment, j’ai cru, pendant la soirée, ils s’étaient rapprochés discrètement et tout.
_ Cartel était bourrée, Clem. Elle se serait draguée elle-même si elle avait trouvé un miroir.
_ Donc Ed… Tu savais ?
_ J’espérais. Me suis fait cinquante balles.
_ Hey, salut les gens ! »
fit une voix peu assurée derrière nous.
« Salut Jacob ! Tu tombes bien, je te dois bien vingt euros. » La situation expliquée, ce fut Kim que Clem prit dans ses bras, et il manquait encore deux heures avant de pouvoir patienter sur les quais. Attendre d’attendre, je détestais les aéroports pour ça.

__

  Revenir à Montpellier aussi vite, Damien n’y aurait jamais pensé, et surtout pas début novembre. Le Sud de la France, c’était pour les beaux étés. Mais deux critères avaient fait changer la destination : leur père les y avait invités, il était très enthousiaste et était capable de poser ses congés pour qu’ils passent une super semaine entre eux (cet élan de sa part était inattendu et bienvenu) ; le second, plus incroyable, sa sœur avait très vite accepté la requête, et Damien avait décidé donc de ne pas la laisser seule. Ils reprenaient donc le train pour aller chez leur père, ils arriveraient en début d’après-midi quand lui ne serait disponible qu’en soirée, et l’aîné demanda à sa sœur la question fatidique :

« Tu reviens à Montpellier pour revoir Ed ? » Elle avait grogné, mais pas du tout méchamment. Ce genre de questions, de but en blanc, demandait une digestion.
« Je vais lui reparler.
_ Et après ? »
demanda-t-il sournoisement.
« Roh mais Damien, ta gueule oh. Je vais lui reparler.
_ Et après ? »
La question de Damien provoqua un choc de sentiments dans la poitrine de Jeanne, mais ils n’étaient pas du tout, malheureusement, contradictoires. Elle se respectait si peu que ça ?
« Je verrai… » fit-elle distraitement, sa tête posée contre la fenêtre où Montpellier se faisait de plus en plus proche.

  Le temps que leur père revienne de son travail, ils avaient le temps de passer au Dream Dinner voir s’il y était en tout cas, et quelques minutes de tram plus tard, ils étaient devant la fameuse enseigne. Le restaurant était impeccablement géré, toujours, et le Divin d’Espelette aussi. Ils se rendirent compte en observant les cartes posées dehors que les deux avaient des thèmes et des menus complémentaires. Un partenariat ? Et bien, les choses avaient évolué par ici.

  Ils rentrèrent, et le chauffage leur fit tout de suite du bien. Ils virent un serveur en train de nettoyer le sol, et celui-ci s’arrêta quelques instants pour leur demander s’ils avaient besoin de quelque chose. Damien le connaissait de tête, mais pour les non-Voyageurs pour Jeanne, le badge « Matthieu » était sans équivoque.

« On voudrait savoir si le patron est là, s’il vous plaît.
_ Ah nan, Laura n’est pas dispo, elle sera là demain.
_ Euh… Il n’y a personne d’autre ?
_ Sinon, y a Holden comme responsable, ou moi.
_ Et Ed Free ? »
demanda Jeanne, pour éviter de tourner encore du pot.
« Han ! Il part aux States ! Au Pérou pour être plus précis.
_ Depuis quand ?
_ Ah bah aujourd’hui. Je crois qu’il revient dans quatre mois.
_ L’avion part quand ? Il est peut-être encore chez lui ?
_ Nan, il a demandé à une amie de s’occuper de son chat, donc je pense qu’il est plus chez lui, là. On peut peut-être l’appeler si vous voulez, elle devrait avoir plus d’infos. »
Il se sécha les mains sur son tablier avant de prendre son téléphone, et appela l’amie en question.
« Eh Shani ! J’ai deux personnes qui cherchent Ed, tu peux m’aider ? » La fille répondit alors sur le ton de la méfiance :
« Demande d’abord si ce sont des Voyageurs et pourquoi ils le recherchent, ce sont peut-être des enn…
_ Chuis en haut-parleur, Shani, j’ai pas eu le réflexe, désolé. »
Shana toussa légèrement avant de se reprendre :
« Ah. Bon… désolé, les gens.
_ Y a pas de mal. On est des vieux amis, on voulait juste le voir.
_ Il part au Pérou, là, ça va être coton. Son avion part à dix-huit heures quarante pour être précis, alors selon s’il est dans les quais d’embarquement ou non, je pense que ça va être difficile.
_ Elle a une super mémoire, Shani, très sélective, très efficace. »
, fit Matthieu en la vantant.
« Merci, on va voir alors. » L’appel terminé, Damien se tourna vers Jeanne pour savoir si ça valait le coup. Elle répondit qu’elle ne savait pas trop, il lui rappela alors que c’était dans quatre mois, est-ce qu’elle pourrait attendre ? Jeanne sentait que non, en plus.
« Si vous voulez, je peux vous y amener », proposa avec gentillesse Matthieu, « J’ai une voiture pas loin.
_ Mais vous avez pas du taff ?
_ Que vaut le taff face à aider des retrouvailles ?
_ On est d’accords alors », grimaça Jeanne devant le cliché de la scène.
« La patronne est cool, elle m’en voudra pas trop pour l’écart. »


__

  On marchait tranquillement vers l’aéroport, les quais d’embarquement étaient ouverts, mais on préférait rester le plus de temps possible avec Kim et Jacob. Je parlais un peu avec le couple Cartel-Jacob, et je ressentais une pointe de satisfaction à savoir qu’ils étaient ensembles (une petite partie résidait dans de la simple lâcheté sociale : s’ils étaient en couples, mon cercle de connaissances ne s’agrandissait pas). C’était incroyable qu’ils se… enfin voilà, merde !

  L’attente fut assez longue pour que je puisse profiter de l’ambiance ; j’avais hâte de décoller et de découvrir le pays. C’était pile exactement ce qu’il me fallait, et Cartel s’était attelée avec brio à nous réunir sur les mêmes créneaux. On partait en famille, moi, Cartel, Clem et Juju, et on tiendrait sur l’économie de Cartel qui avait, je cite « largement le blé pour subvenir à nos besoins ». Elle n’avait surtout, pas le loyer à payer vu qu’on le lui offrait : son patron, qui l’adorait, avait accepté de nous filer son second appartement pour qu’on en profite. C’était l’exemple parfait de ce que Cartel appelait ‘non mais vous verrez, la mentalité est tellement pas la même, ça fait un bien fou’, phrase qu’elle avait dû copyrighter. En tout cas, ma dette envers elle se creuserait à nouveau… Dommage, j’avais commencé à la rembourser sérieusement depuis deux mois.

  Tout était bien dans le meilleur des mondes… J’allais pouvoir me reposer, retrouver des sensations fortes, découvrir le monde, la culture, tout serait tellement incroyable. J’avais hâte, j’avais hâte, j’avais hâte ! En plus, je serais dans un nouveau créneau horaire, je pourrais gérer la Garde du Royaume des Deux Déesses (qui merde, en avait bien besoin ces derniers temps) quand les autres ne seraient pas là, ça serait un super bonus. L’idée avait pris de l’ampleur au fur et à mesure des semaines, si bien que si elle ne s’était soudainement plus faite, j’aurais chialé. C’était exactement ce qu’il me fallait, c’était pile ce que je voulais.

  Je voyais alors toute la foule autour de nous qui était excitée comme tout, je voyais les murs blancs, les décors sophistiqués, toutes les petites boutiques qui coûtaient un bras (littéralement, la monnaie n’avait plus cours ici, c’était comme à Dreamland, on payait avec son corps, soit le bras, ou la peau du cul), j’écoutais toutes les annonces faites par la dame la plus calme du monde, et sinon, les discussions entre Clem et Juju :

« La prochaine fois, il faudra qu’on aille au Japon.
_ Bof. Vu la couleur de leurs cheveux, Ed et Cartel se prendraient pour des dieux là-bas.
_ Je pensais qu’ils avaient des blonds là-bas, quand même ?
_ Les rebelles peuvent se teindre en blond, oui.
_ Alors ils se feraient surtout arrêter ?
_ Hin, pas con… »
pensa Clem en plissant les yeux, reconsidérant la destination.

__

  Matthieu, au volant de sa voiture, fit fi des douze appels manqués de Laura, son portable vibrant près du tableau de bord à chaque fois qu’elle tentait de l’appeler. Lui, pépère, conduisait sans souci en dépassant les voitures (ainsi que la vitesse autorisée, il savait où se trouvaient les radars). Pour faire passer le temps, alors qu’il quittait la grande route pour rejoindre le dernier tronçon qui les amènerait à destination, il fit la discussion, un joint dans le bec :

« Vous savez, vous avez pile poil de la chance que j’ai cette voiture. C’est pas vraiment la mienne, on a confié les clefs au restaurant.
_ Le propriétaire est d’accord ?
_ J’imagine que oui, c’est quelqu’un de cool, un super pote. Y aura pas de problème. »


__

« QUI EST LE SALOPARD DE CUISTRE QUI M’A CHOURRE MA YARIS ???!!!
_ Je crois que c’est Matthieu, il est censé être ici, mais il ne répond pas… »
déplora Laura, pincée, son smartphone à la main, qui avait envie d’étrangler le serveur. Yoan était tout stressé et marchait à pas vifs dans le restaurant.
« A MORT !!! A MORT !!! »

__

  Il fallait embarquer à bord du cigare volant, c’était obligé. Un magnifique Airbus A380, immense à travers la baie vitrée (mais il était encore loin, mais on sentait bien qu’il était immense). Les gens commençaient à monter dans l’avion, on ne pouvait plus attendre ici, il fallait quitter la zone tout-confort tout-public pour se diriger dans la salle spéciale d’embarquement, et vu qu’on avait patienté ici au lieu de là-bas, directement rentrer de l’appareil.

  Ce fut à ce moment-là que j’appréciais particulièrement un des autres aspects incroyables de Dreamland – je disais peut-être au revoir à des amis que je ne verrai pas avant longtemps… mais je pourrais retrouver une grande partie d’entre eux sur Dreamland, notamment Jacob qui allait toujours me manquer, ainsi que Matthieu (qui lui de son côté, devait m’indiquer comment se portait mon gros bébé pendant mon absence). Il fallut dire au revoir à Kim (Clem prit son temps), au revoir à Jacob (et Cartel, qu’arrêtait pas de l’embrasser). Juju et moi, circonspects et cruellement délaissés, fûmes mis à l’écart, et elle en profita pour me parler, comme si elle se justifiait :

« Moi aussi, j’ai un petit copain.
_ Ah bon ? »
dis-je du ton de quelqu’un qui était ravi d’avoir acquis un fusil dernièrement, « Comment il s’appelle ? » Juju, hésitante, demanda :
« Tu vas le tuer ?
_ Mais non ma puce, c’est Cartel qui s’en chargera. »


  Une fois que les nyamoureux avaient terminé, ce fut à moi de dire good buy à Kim, et à Jacob, un câlin viril. Je lui laissai un petit bout de papier dans la main comme à un agent secret (Cartel voulut savoir ce que c’était, parce qu’elle avait remarqué ce que je lui filais, je n’étais donc pas un agent très secret), et on put passer le portail des voyageurs (ouais, je sais gérer de la mise en scène et le symbolisme), nos sacs de voyage passant aux rayons X (enfin, je croyais), grâce à l’aide de nos tickets.
Si Jacob lisait ce qu’il y avait écrit sur mon bout de papier, ce n’était que la liste de nos objectifs à accomplir, que je m’étais faite il y avait quelques semaines de ça. Ca disait :
‘ Von Jackson  Royaume du Pouvoir  Temple de Pijn  Edenia ?’
‘Ca va être facile.’


__

Une minute seulement après que la fratrie Free ait passé les portails, Matthieu appela Jacob alors qu’il s’approchait des places de parking (Ed Free n’ayant pas répondu). Sachant parfaitement qu’il était le petit ami de Cartel, il imaginait qu’ils étaient ensembles pour le départ. Les tonalités les firent patienter, et enfin :

« Ouais Matthieu ?
_ Jacob ! T’es avec Ed ?
_ Ils viennent de nous quitter, pourquoi ?
_ Parce que j’arrive avec deux vieux amis à lui qui auraient voulu le voir avant qu’ils ne partent au Pérou !
_ Ah, désolé, je ne t’aiderais que si c’est pour terminer une comédie romantique. »
Matthieu, toujours très premier degré, se retourna en dépit du bon sens et demanda à Damien et Jeanne :
« Un de vous essaie-il d’embrasser Ed avant qu’il ne parte ? Ça a l’air d’être important.
_ LA ! »
hurla Damien en pointant du doigt, « UNE PLACE !!! » Matthieu se gara à l’arrache, rapidement et comme un malpropre. Jeanne et Damien sortirent de la voiture en remerciant Matthieu, et lui, obtenant l’information recherchée, leur hurla, en essayant de se dépatouiller avec la voiture :
« IQUITOS ! ILS VONT VERS IQUITOS !!! GROUILLEZ-VOUS, ILS MONTENT DANS L’AVION !!! »

__

  Une fois à bord, il fallut se partager les places. Comme d’habitude, Cartel essaya là aussi d’être parfaite vu qu’elle eut l’intelligence, sur des rangées de deux, de ne pas mettre Clem et moi côte-à-côte. Je serai avec Juju (qui elle, serait du côté fenêtre et c’était apparemment non-négociable), et devant, il y aurait Clem et Cartel (elle aussi près de la fenêtre, et apparemment, c’était négociable, mais le prix était trop cher). Je me rappelai ensuite le nombre d’heures d’avion qu’il y aurait à faire, avec une escale s’il vous plaît à Mexico (chouette…) et je me dis que tout ça serait loooong, mais looooooong.

« T’as vu Juju, il y a du coloriage à faire.
_ Ed, j’ai quinze ans.
_ Mais il faisait du coloriage à quinze ans encore, Ed »
, dit Clem qui s’était retourné et on voyait une partie de son visage à travers l’interstice du fauteuil. J’aurais voulu frapper son siège, mais il y avait un super écran avec plein de film à l’intérieur très gratuit. Mais c’était génial ! Y avait combien de films, merde ?! Cartel, dans une conscience maternelle paranoïaque et très tardive nous demanda :
« Personne n’a rien oublié ? J’ai pas envie que vous sortiez de l’avion, c’est un coup à ce qu’il parte sans vous. » Je réfléchis… Non, je n’avais rien oublié. Par contre, en plus de l’excitation, je sentais comme un brin de stress qui me noua l’estomac, me glaça les orteils ; j’avais soudainement envie de chier et de vomir en même temps. Merde, une crise d’angoisse ?
« Excusez-moi, je vais aux toilettes, je suis pas bien. » Clem me regarda partir et lâcha pour lui, en espérant que je l’entends :
« Regardez-moi le héros onirique pisser dans son froc.
_ Clem, t’aurais pas un stylo rouge ? »
, le questionna Cartel après avoir fouillé dans son sac et n’avoir sorti qu’un stylo bleu.
« Pourquoi, c’est pour le coloriage ?
_ Oh ta gueule. C’est pour du sudoku.
_ Et pourquoi t’as gardé ton portable ? Je croyais qu’il fallait pas le prendre pour se déconnecter, ‘à la Yoan’, je cite.
_ Je travaille, idiot. J’en ai besoin, moi. »


__

  Jeanne et Damien étaient arrivés près du quai d’embarquement pour Iquitos, mais ne pouvaient pas aller plus loin. Le premier réflexe de Jeanne fut de chercher le numéro d’Ed, mais elle se rendit compte qu’elle ne l’avait plus. Oh c’était pas possible, tout ça pour ça !

« Cherche à Gui ! » Il avait raison, quelle idiote. Cependant, quand elle l’appela, le téléphone ne répondit qu’après, et c’était une voix de femme :
« Allo ?
_ Euh, c’est Jeanne à l’appareil. Qui est-ce ? Cartel ?
_ Ah non, c’est Shana, une amie à lui. Il m’a laissé son portable, là, il part au Pérou.
_ Ah merci beaucoup. »
Elle raccrocha en pétard : « Mais quel con ! » Damien s’interrogea :
« Qu’est-ce qu’on fait ? » Jeanne se rendit compte qu’elle n’avait même plus besoin de faire semblant de vouloir le voir. Elle s’approcha d’un des vigiles et lui expliqua la situation dans une détresse parfaite :
« Excusez-moi monsieur… J’ai un ami qui a oublié son sac de voyage et il vient de monter dans l’avion, est-ce que ça serait possible de pouvoir le prévenir ? Son portable ne marche plus. » L’agent ne répondit pas, mais il tourna une mollette sur son talkie et posa la question à un collègue. Il eut la réponse et revint vers la jeune fille :
« Comment s’appelle votre ami ? » Vous m’auriez posé cette question y a deux mois…
« Ed Free !
_ Très bien. »
Il donna l’information à son collègue, et une fois que la communication fut coupée, il dit très sobrement aux deux gens : « Le pilote va faire une annonce. »

__

« Messieurs Dames, une petite annonce : Monsieur Ed Free aurait oublié son sac près des quais. Monsieur Ed Free est prié de sortir de l’appareil pour venir le récupérer. Je répète… »

__

  Je sortis des toilettes (je n’avais strictement rien fait, la boule était encore là, mais elle était bien moins violente qu’avant), et quand je me rassieds, légèrement livide sur le siège, je demandais :

« Alors ? Des nouvelles ? » Clem se retourna et dit :
« Nan, absolument rien. On va pas tarder à décoller.
_ T’as jamais été dans un avion, Juju ?
_ Jamais !
_ Tu vas adorer. L’avion, c’est la vie. »
sourit Cartel en attendant impatiemment le décollage.

__

  Au bout de cinq minutes d’attente enfiévrée, alors que le timing devenait de plus en plus serré, Matthieu arriva et demanda des nouvelles aux autres, mais ils patientaient tant bien que mal. Jeanne était de plus en plus en colère. Matthieu appela Jacob, pour voir s’il serait capable de débloquer la situation (il ne le vit nulle part près d’eux, merde, il ne devait même pas être loin), et dès qu’il réussit à l’avoir :

« Ouais, Jacob, ça ne serait pas possible d’essayer d’appeler Cartel ? On ne réussit pas à le faire sortir de l’avion.
_ Comment ça ? Mais vous êtes bien sur le bon quai à Iquitos ?
_ Ouais ! Le quai P.
_ Ah nan. C’est le quatorze.
_ Euh, si tu le dis…
_ Vous êtes pas au quai P ? »
Matthieu essaya de comprendre ce qui se passait, et au bout de quelques secondes, Jacob poussa un énorme soupir, un énoooorme soupir :
« Matthieu, est-ce que tu es bien à Roissy ?
_ Quoi ? C’est où ? »
Jacob comprit alors toute la situation ; il se massa le front avec ses doigts, poussa un soupir qui aurait pu provoquer un hiver, patienta légèrement et reprit, sur un ton tout aussi glacial de quelqu’un qui n’allait pas voir sa chère et tendre et qu’en plus, on le bassinait à-côté :
« Matthieu… » Gloups. « Est-ce que tu ne serais pas en train de me péter les couilles… » Gloups gloups ; Matthieu, à cause de la bulle onirique de Jacob, avait oublié que celui-ci était capable d’être injurieux, « …pour essayer d’aller voir Ed alors que lui et ses frères et sœurs sont à Paris tandis que tu trimes comme un idiot à l’aéroport de Montpellier ?!
_ Mais Shana nous a pas prévenus !
_ Mais c’est pas possible de faire une bourde pareille, on ne peut pas faire un écart de ville comme ça !
_ Elle a mémoire super sélective !
_ Ils sont partis y a deux jours, ça aurait pu te mettre la puce à l’oreille !
_ Mais je sais pas, moi, je vais pas demander : ‘Eh, Ed, je me fiche de savoir où tu vas, moi ce que je veux savoir, c’est par quel aéroport tu vas ?! »
Matthieu vit le regard de Jeanne et déglutit, avant de lancer une dernière idée. « Est-ce que ça serait possible d’avoir au moins le numéro de Cartel ?
_ Bien sûr »
, répondit-il sans s’émouvoir outre mesure.

__

« Messieurs Dames, le décollage va bientôt avoir lieu. Nous vous demandons de vous asseoir sur votre fauteuil, de bien attacher votre ceinture et de couper vos téléphones portables.
_ Voilà. »
acheva Cartel en coupant son portable, puis en le rangeant dans la poche de son sac-à-main. « Pérou, nous voilà ! » Personne ne reprit son cri de guerre. Heureusement, j’étais là où je me rapprochais, et fis avec le sourire :
« Chuis trop content de partir avec vous ! La fratrie Free au Pérou.
_ Le nouvel album d’Hergé »
, continua Clem en prenant la voix d’un vieux connaisseur.
« Ca va être trop bien ! » fit Juju en levant les bras.
« En route pour de nouvelles aventures ! », conclus-je alors qu’on commençait doucement à reculer. L’aéroport s’éloignait de plus en plus, et je répétai mentalement dans ma tête, en pensant autant au Pérou, à l’énorme bâtiment qui s’éloignait, le bruit terrifiant des moteurs, à mon restaurant loin tout seul, qu’à Dreamland, en perdition dans d’interminables guerres, notre croisade pour lutter contre ces dernières, tous les objectifs surréalistes et légendaires qu’on avait prévus… Ouais… Le Royaume des Deux Déesses décollait, et nous aussi. En quelques secondes, l’aéroport où nous avions eu des problèmes et où nous avions dû attendre était derrière nous, il s’était transformé en ville qui rapetissait au fur et à mesure, puis ensuite, comme une récompense… le ciel bleu pur au-dessus de toute pollution. Mais ce n’était qu’une belle transition pour autre chose.
En route pour de nouvelles aventures.


THE END
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Gods, King and Baby Seal

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