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Recueil de scènes de Shad Howl

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Shad Howl
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MessageSujet: Recueil de scènes de Shad Howl Mar 31 Mai 2016 - 21:08
Bonjour ! Voici un nouveau sujet qui, je l'espère, vous plaira. Il s'agit de scènes particulières que j'ai eues en tête et que j'écris principalement pour me détendre ! Mais je les partage, parce que j'aime ça aussi !

1.0001 : Le Seigneur des Saintes-Glaces

Le Seigneur des Saintes-Glaces était assis sur son trône, pensif. Sa garde était en train de surveiller les préparatifs du banquet qui allait se tenir à l’autre bout de cette salle. Bientôt, plus de quarante personnes seraient attablées devant lui et il les regarderaient ripailler avec les mets qu’il aura spécialement choisies pour cette occasion.

Le Seigneur étudiait les préparatifs avec une grande attention. Beaucoup d’invités paieraient attention à ces détails. Rien ne devait être laissé au hasard, rien. Des Seigneurs de royaumes bien plus puissants que le sien seraient invités, il ne devait pas les décevoir.

Le royaume des Saintes-Glaces, au cours de son Histoire, avait eu vraiment mauvaise réputation. Les peaux-de-glace étaient connus pour leur manque d’hospitalité et leur côté belliqueux. Leur seigneur actuel comptait bien changer tout cela. Alors il surveillait la disposition, les mets, sa famille, ses soldats, absolument tout.

le capitaine de la garde vint à la rencontre du Seigneur. Il avait une peau semblable à la glace et un regard froid comme le plus féroce des hivers. Son casque sous le bras, il posa un genou à terre et informa son souverain de ceci :

- Mon Seigneur. Nous avons capturé trois marauds. L’un essayait d’empoisonner la nourriture, l’autre a voulu s’en prendre à votre fille et le troisième vous a traité de noms honteux, comme “faux souverain” et de “traître”.

Le Seigneur regarda son garde avec un air froid au bleu glacial. Il regarda les préparatifs un peu partout dans la salle… il réfléchissait à ce qu’il allait faire de ces trois individus. Il pencha un peu la tête sur le côté et ordonna :

- Ces trois personnes, amenez-les moi.

- Bien, sire. Approuva son capitaine de garde.

Les trois dissidents furent tirés de leurs cellules et traînés dans la salle du trône comme des sacs de provision. Le Seigneur les regarda dans les yeux tour à tour, ils ne semblaient pas effrayés du tout. Le regard froid les animait tous. Le Seigneur se leva de son trône et s’approcha de ses trois sujets. Il demanda :

- Lequel a proféré les insultes ?

Le capitaine de la garde pointa son épée en acier glacial sur celui tout à droite. Le Seigneur s’en approcha et l’étudia sous tous les angles. Il finit par déclarer :

- Relâchez-le. Je ne vais pas faire quoi que ce soit pour des insultes, après tout.

- Mais sire… tenta de discuter son capitaine, avant que le regarde pesant de son souverain le fasse taire.

- Je pense que si je devais enfermer tous ceux qui m’insultaient, je n’aurais rapidement plus de place dans mes cachots pour les y mettre.

À contrecoeur, le capitaine alla détacher le premier des trois et l’accompagna vers la sortie. Le Seignuer déclara alors :

- Vous deux, en revanche, pour avoir tenté d’empoisonner mes invités et attenté à la vie de ma fille, je vous condamne à mort. Gardes, exécutez-les dans leur cellule.

Des gardes vinrent emmener les deux peaux-de-glace restants pour aller leur trancher la tête dans les cachots. Le Seigneur des Saintes-Glaces sentait que la soirée allait être longue.


1.0002 : Le banquet des Saintes-Glaces

Le Seigneur des Saintes-Glaces était à nouveau sur son trône depuis plusieurs dizaines de minutes alors que les invités découvraient la salle décorée. Il y avait des portions aux couleurs de chaque famille invitée, plus un pan de mur nu devant lequel s’assiérait sa fille le moment venu.

La Dame de Doth, splendide femme habillée de rouge, vint se poster non loin du trône. Elle toisait le Seigneur des Saintes-Glaces. Elle était la mère du Roi actuel de leur royaume et ne cachait pas sa désapprobation de sa venue en ces lieux. Elle méprisait les peaux-de-glace au plus haut point et voudrait les voir tous morts. Cela non plus, elle ne le cachait pas.

Le Seigneur soutint son regard haineux de son regard de glace. La Dame de Doth savait que s’il voulait leur tendre un piège, il le ferait. Elle ne pouvait faire confiance à ces créatures. Pendant plus de cent-vingt secondes, le regard fut soutenu par les deux partis, avant que la Dame ne doive cligner des yeux et se retourner pour aller à sa place choisie. Elle était accompagnée du Roi qui avait insisté pour venir, malgré les recommandations inverses de sa mère. Si le Roi ne venait pas au banquet, qui pourrait prouver sa foi en le nouveau souverain des Saintes-Glaces.

Ce dernier se souvenait avoir vu le Roi alors qu’il n’était alors qu’un jeune prince. Il avait été envoyé en mission par son père pour assassiner toute la famille royale et imposer la suprématie des peaux-de-glace, mais le désormais Seigneur avait juste demandé un détachement de soldat de la capitale pour l’aider à renverser son belliqueux de père. C’est pourquoi il était autant détesté du peuple.

Mais les humains n’oubliaient pas si aisément. Et le Seigneur a trahi pour arriver sur son trône. Rien ne disait qu’il n’allait pas trahir encore une fois assez puissant.

Alors le banquet commença. Les premières entrés furent servies. Des plats froids seraient servis tout au long du repas. C’était annoncé. Les peaux-de-glace ont peur du feu, pas question de cuire quoi que ce soit. Le Seigneur, lui, restait sur son trône, à les regarder hésiter à entamer les festivités.

C’est alors que, habillée des habits les plus riches du fief, grand, mince et bleue, la fille du Seigneur pénétra dans la salle du repas. Elle avait peur des gens, alors elle avançait lentement. Elle ne le montrait pas, pour ne pas offenser. Elle s’assit sans attendre et annonça de sa voix glaciale mais claire :

- Mangeons, chers invités.

- Pourquoi vot’ Seigneur, y mange pas ? Demanda le chef de la maison Thorren, un homme bourru et n’ayant pas sa langue dans sa poche. P’tet que c’est empoisonné ?

- Sire Thorren, annonça de vive voix la fille du Seigneur des Saintes-Glaces, si vous ne voulez pas manger votre part, je serais ravie de vous la prendre. La faim me tiraille depuis une semaine, vous savez.

Le Seigneur ferma les yeux un instant. Rappeler que les peaux-de-glace peuvent ne manger qu’une fois par semaine n’était pas l’idée la plus judicieuse. Mais Thorren poussa un soupir et commença à manger, ce qui fit commencer d’autres personnes.  La progéniture du Seigneur des peaux-de-glace commençait à manger avec les formes. On ne le verrait jamais du point de vue d’un humain, mais son père savait que ses yeux pétillaient car la nourriture était bonne.

Au moment de la viande, froide, le chef de Thorren rouspéta à nouveau :

- De la viande froide ? Maudits peaux-de-glace et leur peur du feu. Et vot’ seigneur n’a toujours pas commencé à manger. Nous nous sentons insulté, quand même. Pas vrai, les gars ?

Ses subordonnés approuvèrent ainsi que quelques autres hommes dans la salle. La Dame de Doth gloussa discrètement. Comment le Seigneur allait justifier qu’il ne prenne pas part à ses propres festivités ?

Alors il se leva de son trône et avança. Tous les regards étaient rivés sur le Seigneur des Saintes Glaces, sauf celui de sa fille, qui avait confiance en lui, la seule à table.

Arrivant à peu près au milieu de la table en U, il s’arrêta. Peu après, il rompit le pesant silence qui planait sur la salle :

- Je ne mange pas parce qu’un mort n’a plus besoin de manger, voilà tout.

La salle fut choquée d’apprendre qu’en plus d’être un peau-de-glace, le souverain était aussi un non-mort. La Dame de Doth ne manqua pas de le souligner :

- Nous mangeons à la table d’un non-mort ? Et voilà, les gens, je savais qu’on n’aurait pas du venir ! Il va tous nous transformer en non-mort !

- C’est délicieux !

Celui qui avait prononcé ces mots était le Roi en personne. Cela ramena le calme sur la tablée… du moins, pour le moment.


1.0003 : L’attaque de Doth

Il tombait de la neige, ce soir-là, sur la ville de Doth. Les Dothis n’avaient pas vraiment l’habitude de la neige, aussi loin dans le Sud. Une petite fille n’avait pas été du tout préparée à cela, assise dans une petite ruelle, grelottant de froid. Les fesses entourées de neige tenace, elle se demandait si elle allait passer la nuit. Cela faisait des mois qu’elle n’avait plus de toit ni aucun autre endroit où aller. Il y avait bien la chapelle, mais la petite fille ne savait pas du tout comment faire pour s’y rendre.

Soudain, le tocsin se mit à retentir dans la ville. Une sonnerie, le retour du Roi ? Deux sonneries… des pillards ? Trois sonneries, des dragons ? Mais qu’est-ce que quatre sonneries voulait bien dire ? La jeune fille commença à paniquer. Mais encore plus que tout à l’heure, où pouvait-elle aller ?

Elle entendait du grabuge, non loin. Des corps tranchés et des gorges percées, des cris étouffés par le sang. Qu’est-ce que cela pouvait bien être ? Qu’est-ce qui méritait ainsi quatre sonneries, soit un cran de dangerosité de plus que les dragons ? Un dragon seul pouvait détruire aisément une ville, qu’était-il plus dangereux que cela ? La petite fille ne tarderait pas à le savoir, étant donné qu’il y avait désormais quelque chose à proximité d’elle.

Elle sentait son aura malfaisante, elle n’avait pas besoin de le voir ni de l’entendre pour savoir qu’il était là. Un peau-de-glace ? Le froid était leur allié, c’était fort probable. Mais il ne se serait jamais engagé seul dans une ruelle aussi étroite… À moins qu’il pensait ne rien y trouver. Mais ce n’était pas un peau-de-glace. Car la jeune fille ne tremblait plus de froid. De peur, toujours, mais l’air s’était réchauffé de manière drastique. Jamais un peau-de-glace ne réchaufferait l’air autour de lui. Peut-être un sang-de-feu ? Non, il l’aurait brûlée depuis longtemps en étant si proche. Elle ne savait pas ce que c’était, mais c’était effrayant.

- OÙ SE TROUVE LE ROI ?

Une voix avait retentit dans la ruelle, autoritaire, cruelle et dont le son retournait les entrailles. La fillette n’avait jamais entendu telle voix. Ce n’était assurément pas quelque chose d’humain. Elle baissa la tête et avoua :

- Je ne sais pas…

- MENTEUSE ! Tonna à nouveau la voix.

Elle ne mentait pas, elle ne savait vraiment pas. Mais la créature semblait croire que tout un chacun savait où se trouvait le Roi. Elle avait de plus en plus peur. Elle ne pouvait accéder à la requête de la créature, elle ne lui serait d’aucune utilité. Allait-elle mourir , Son coeur s’emballa, elle ne voulait pas mourir ici, dans cette petite ruelle crasseuse. Méritait-elle autre chose, elle qui avait mendié toute sa vie ? Elle en était convaincue.

- QUE FAIS-TU ICI ? C’EST MA PROIE !

Puis, la présence néfaste s’éclipsa avec une vitesse rare. Des morceaux heurtèrent le sol, venait-on de tuer cette chose ? Pourquoi ? L’avait-on sauvée ? Elle en doutait, la créature avait parlé de proie, peut-être une autre créature voulait simplement piquer la proie. Le silence, pesant, presque mortel. La petite fille se releva alors. Elle tendit les mains droit devant elle et toucha quelque chose. Etait-ce de la pierre ? Trop mou. Mais ce n’était pas chaud, froid comme la pierre.

Mais elle sentait quelque chose circuler derrière cette épaisse peau semblable à la pierre. Elle serra ses poings et les décolla de la peau. Ce qu’elle avait touché ne lui faisait pas peur, c’était même apaisant. Alors elle poussa un très long soupir de soulagement contenu et demanda :

- Qu’êtes-vous ? Que se passe-t-il ? Pourquoi m’avoir sauvée ?

Elle savait qu’elle n’aurait sûrement pas de réponse à ses questions, mais elle n’entendait plus de cri, de boyaux qui sortent ou de tête qui tombent. Peut-être était-ce terminé ?


1.0004 : Soixante

Soixante était son nom. Cet esclave de la famille Hygrell. Soixante était grand et fort, beau et loyal, roux aux cheveux longs, la peau pâle et des yeux bleus comme le ciel. Toute la famille Hygrell était en voyage en ce moment. Toute, sauf la bâtarde prénommé Estaf. Le père, la mère et les trois frères et soeurs d’Estaf étaient à un banquet tenu par les peaux-de-glace, ils n’étaient plus que seize esclaves et Estaf. La garde les avait accompagné. Estaf ne se sentait pas tranquille car, même si elle traitait bien les esclaves, ce n’était pas du tout le cas du père.

Soixante peignait les cheveux noirs d’Estaf. Il y prêtait une grande attention, étant donné que c’était sa tache actuelle. Il mettait un point d’honneur à exécuter la moindre de ses taches avec un soin particulier. On pouvait lui demander n’importe quoi, il l’exécutait toujours. Estaf appréciait Soixante et le soin qu’il lui apportait. Elle n’avait jamais eu à se plaindre de lui, c’était un bon esclave. Oui, un très bon esclave.

Estaf se laissait faire, elle avait une grande confiance aux compétences de Soixante en matière de peignage de cheveux. Si Soixante avait eu un jour l’intention de défaire ses maîtres, il aurait pu le faire sans effort. Mais Soixante était loyal. Estaf fredonnait gaiement une mélodie guerrière passée dans le folklore de la ville de Fuyumi.

- J’aime bien cette chanson, déclara alors Estaf, est-ce que tu aimes cette chanson ?

Soixante détestait cette chanson, c’est celle que chantaient à tue-tête les guerriers du Namuri lorsqu’ils ont mit à sac son village. Soixante était le chef du village, il n’oublierait jamais au grand jamais le nombre de ses citoyens massacrés ce jour-là. Mais il ne devait pas avoir l’air contrarié, dégoûté ou revanchard. Il n’en avait pas reçu l’ordre. Il prit une légère inspiration lui laissant le temps de réfléchir, puis répondit à Estaf :

- Que voulez-vous que je réponde, maîtresse ?

- Ce que tu veux, la vérité, ce que tu penses vraiment. Assura-t-elle.

Il ne pouvait pas dire la vérité. Cela blesserait la fierté qu’avait Estaf en la patrie. Elle était très patriotique, trop peut-être. Il devait réfléchir, mais Estaf n’était pas du genre patiente. Elle tenta de se retourner pour le sommer de répondre, mais Soixante lui bloqua la tête en disant :

- Attention, maîtresse, sinon, je risque de vous faire mal en vous coiffant.

- Réponds à la question, alors, Soixante.

Estaf avait dit cela avec un inhabituel ton autoritaire. Normalement, elle aurait dit quelque chose se rapprochant d’une capitulation, mais pas aujourd’hui. Soixante s’en inquiétait, c’était trop étrange. Mais Estaf revint à la charge :

- Tu viens du continent de l’est n’est-ce pas ? Je veux dire, tu es un esclave, nous ne faisons pas d’esclaves de nos concitoyens et aucun d’eux n’a de chevelure de feu. Si tu me parlais de là d’où tu viens, Soixante.

Soixante resta silencieux un moment, avec de capituler à son tour, ayant fini de la peigner :

- Très bien, maîtresse. J’ignore exactement le pays d’où je viens, je n’ai jamais eu de relations avec une administration quelconque. Je viens d’un village où j’en étais le chef. Il y avait exactement cent six villageois dedans…

Soixante repensait à Naosta, la jeune femme belle comme le jour qu’il aurait dû marier la semaine suivant le massacre. Il avait repensé à son visage déchiqueté par une masse d’arme à pointes qu’il tenait dans ses bras, hurlant à la mort qui la lui avait prise. Tout autour de lui, il n’y avait que des cadavres dans le même état. Estaf ne savait pas tout ça, mais Soixante devrait le lui dire si elle le demandait. Il poursuivit :

- Il y avait, tout autour du village, de vastes étendues d’herbe verte et un ruisseau qui venait de la montagne juste à côté traversait le village de part en part. On avait un moulin, un quarantaine de maisons, un petit marché, mais pas de chapelle. On n’avait pas besoin de fioriture pour prier nos dieux.

- Parlez-moi du jour où vous avez été fait esclave, Soixante.

Soixante redoutait cet ordre. Il ne voulait pas cracher sur ses maîtres, mais y serait obligé car on le lui avait demandé. Il prit une grande inspiration et regarda dehors. Des oiseaux gazouillaient sur le cerisier en fleur le plus proche. Estaf retourna la chaise pour faire face à son esclave. Soixante avoua :

- C’était un massacre. Il faisait beau, comme aujourd’hui. Les oiseaux voletaient dans le ciel par dizaines, comme aujourd’hui. Les arbres étaient en fleur, comme… Enfin, c’était une journée normale. Naosta, qui m’était promise le semaine d’après, s’occupait de nettoyer la maison pendant que je coupais les bûches de bois. Sammy venait m’aider, comme à son habitude…

Soixante avait du mal à en parler. La blessure était trop profonde pour un jour se refermer. Il mordit sa lèvre inférieure, il n’avait pas envie de se meurtrir à nouveau. Estaf lui pria de continuer par un mouvement de la main, ce qu’il fit :

- Sammy fut le premier à mourir. Un flèche dans la poitrine. Le reste s’enchaîna très vite. Les cavaliers de votre père furent les premiers soldats du Namuri à arriver sur place, armés de leurs longues masses à deux mains. J’essayais de protéger du mieux que je pouvais mes villageois… Je n’ai pas réussi à tuer un seul de ces valeureux soldats. Eux… ont détruit tous les villageois.

- Pourquoi êtes-vous le seul survivant, alors ? S’enquit Estaf. Les cavaliers de mon père ne font pas de prisonnier habituellement.

- Haha… Si je n’ai pas réussi à tuer un seul des cavaliers… Eux non plus n’ont pas réussi à me tuer. Ce n’était pas faute d’essayer, pourtant. Je suis resté vivant car j’avais assez d’expérience pour ne pas mourir dans un combat.

- Ou pour ne pas mourir du tout, Soixante.

L’esclave écarquilla les yeux. Estaf avait deviné aisément. En même temps, les cavaliers auraient simplement attendu que Soixante arrête d’esquiver au moins une fois pour le tuer. Mais c’était impossible. Il avait été frappé à de très nombreuses reprises, mais les cavaliers se rendirent vite compte que Soixante ne pouvait mourir, ni même être égratigné. Soixante regarda Estaf avec un air désolé, mais celle-ci lui coupa la parole avant qu’il ne puisse articuler quoi que ce soit :

- J’ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi.


1.0005 : Organisme étranger

La petite fille aveugle marchait à côté de la créature silencieuse qui l’avait sauvée. Du moins, elle l’espérait. Elle n’en savait rien, étant donné qu’elle ne faisait pas de bruit dans cette neige fraîche. L’enfant ne savait pas trop où aller, mais elle y allait.

Soudain, elle buta sur quelque chose de mou. C’était mou et froid et, en tâtant, elle se rendit compte que c’était le corps d’un défunt. Elle prit alors pas mal de temps pour étudier le corps… qui n’avait pas de tête. Elle recula alors et décida de s’en éloigner.

Elle continua de marcher un petit moment, descendant et montant des escaliers ; elle avait du mal à se faire une carte mentale des lieux. d’autant que d’autres corps jonchant le sol traçaient une route faite de zig-zag. Mais qu’avait-il bien pu se passer ici ?

- PETITE UNE HUMAINE ?

Une voix grasse et grave venait de retentir d’assez haut, ce qui venait de le prononcer cette phrase alambiquée devait être grand… ou bien sur un piédestal. La petite fille aveugle avança un petit peu et toucha quelque chose de très chaud à s’en brûler les mains, mou, visqueux et inconnu. La petite n’avait jamais touché quelque chose de semblable de sa vie. Ayant depuis longtemps retiré ses mains, elle les avait essuyées pour enlever cette espèce de colle brûlante. Elle entendit un rire alors.

- CHAUD. PETITE DOIT ATTENTION.

La chose qui venait de prononcer ça, car la fillette en était désormais sûre, était vraiment grande. Elle recula encore un peu mais se prit les pieds dans un cadavre et chuta sur son fessier. Un autre rire gras se fit entendre. Du mouvement huilé se fit ressentir, avant que la joue de la petite fille ne reçoive la visite d’un tentacule mouillé. Alors elle retira son visage de là, avant que la créature ne déclare :

- REINE SILENCE. AVEUGLE ?

“Reine silence” ? Cela expliquerait le fait qu’elle ne puisse rien entendre de ce qu’elle avait senti tantôt. La chose grasse demandait sûrement si la petite fille était aveugle, ou alors peut-être reprochait-elle à “reine silence” d’avoir été aveugle… mais c’était fort peu probable. Alors la fillette voulut répondre à la place de la créature qui lui avait sauvé la vie, se doutant que cette dernière ne le ferait sûrement pas :

- Je suis aveugle, monsieur… madame ? Chose ?

- AH ! S’exclama la créature en retour. PLUS CAUSANT REINE SILENCE. MAUVAIS TA LANGUE, PETITE. REINE SILENCE, POURQUOI ÉPARGNER PETITE ?

Le silence suivit alors cette question. Mais la petite en était sûre, elle n’aurait, en réalité, pas dû être en train de vivre à ce moment précis. La chose bougeait beaucoup devant elle, cela s’entendait. C’était vraiment stressant de savoir qu’une deuxième créature était là sans savoir la percevoir du tout.

La fillette déglutit, cette absence de son derrière elle était vraiment pesant. Si tant est qu’elle fusse encore derrière elle, elle ne le savait pas. Une grande main vint se poser très délicatement sur son épaule… mais cela ne suffit pas à l’empêcher de la faire sursauter. La présence de la main était autant étrange qu’apaisante. L’angoisse qui l’habitait précédemment commençait à s’estomper progressivement.

Alors du bruit se fit entendre derrière le corps de reine silence, qui ne semblait pas très imposant. On venait. On venait en nombre. Mais la petite fut ceinturée par des bras couverts de différentes peaux et d’excroissances molles qui appartenaient sans doute à reine silence. Le silence relatif fut brisé par une voix grave et monstrueuse comme celle d’une personne forçant sur ses cordes vocale :

- MA REINE, REINE DU SILENCE. NOUS AVONS NETTOYÉ LA VILLE DE FOND EN COMBLE. IL NE RESTE PLUS AUCUN SURVIVANT… MISE À PART LA PETITE FILLE QUE VOUS TENEZ DANS VOS BRAS.

Le cœur de la petite fille se mit alors à battre la chamade malgré les vagues d’apaisement qu’elle recevait en continu. Elle était la dernière survivante de Doth ? Pourquoi ? Pourquoi elle ? Pourquoi cette attaque ? Pourquoi avoir massacré tout le monde, y compris les innocents ? La petite fille se mit à avoir des larmes qui lui coulaient des yeux. Elle ne connaissait personne, mais rien que d’imaginer l’emplissait de tristesse.

- REINE DU SILENCE, enchaîna une seconde voix désagréable, LE ROI N'ÉTAIT PAS LÀ. NOUS AVONS CHERCHE PARTOUT, TOUT DÉTRUIT, RIEN À FAIRE.

- Reine du Silence, majesté… tenta alors la fillette pour comprendre, pourquoi m’avoir épargnée alors que visiblement, tous y sont passés ?

Pour seule réponse, elle reçut une forte dose d’apaisement, si bien que ses membres furent lourds au point de s’endormir sur place.

_______

Sa vision perpétuellement noire prit des couleurs. Des couleurs ? La petite fille sursauta en s’en rendant compte. Elle plaça une main devant son visage parce que la soudaine lumière lui faisait mal. Lui avait-on donné une vue ? Pourquoi ?

Mais elle avait bien d’autres questions, à ce moment-là. Était-ce le ciel, qu’elle voyait là ? Étaient-ce les restes des murs qu’elle apercevait sur le côté de son nouveau champ de vision ? Tant de choses à découvrir au moment où elle se redressa sans un bruit.

Ceci était le sol, ceci étaient des corps le jonchant, ceci étaient des cadavres de ses concitoyens, ceci était du sang… ceci étaient les créatures qui avaient attaqué Doth. Quelles choses horribles. L’une d’elles s’avança vers elle. Elle n’avait pas peur, étrangement. Baissant son regard sur la créature qui se prosternait, suivie de toutes les autres, elle remarqua… son corps nu fait de plusieurs peaux différentes de couleur brunes et violette, couvert de diverses excroissances molles. Ce n’était pas son corps, mais il lui appartenait.

Regardant les mains et les pieds qu’elle contrôlait, la fillette n’en revenait pas. Elle avait sans doute été fusionnée avec la Reine du Silence. Quelle ineptie ! Mais c’était pourtant la vérité.

- Reine du Silence ! Quels sont vos ordres ?

La fillette eut une poussée d’adrénaline à l’idée d’être la souveraine de ces choses.
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MessageSujet: Re: Recueil de scènes de Shad Howl Dim 28 Aoû 2016 - 20:54
Vous l'attendiez ? (... On peut rêver... Very Happy) La voici : La suite du recueil de scènes !


1.0006 : La bête

Figaro était entré dans un très vieux temple avec sa plus jeune soeur Wana. Tous deux exploraient avec le plus grand émerveillement cette architecture ancienne encore debout. Ils admiraient les bas-reliefs muraux et les mosaïques au plafond. Il y avait de la mousse recouvrant nombreuses parties des parois et des racines qui dépassaient des fissures. Ils ne savaient pas du tout à quoi servait ce temple si reculé, mais ils pensaient trouver des trésors cachés depuis des années.

Ils ouvraient toutes les portes qu’ils croisaient pour explorer la totalité des salles, mais rien de différent de la pierre moussue ne pouvait être remarqué. Ils rebroussèrent alors chemin une fois arrivé dans la dernière salle, déçus. Le point positif était que le temple n’était pas piégé, contrairement à ceux des légendes.

Mais alors que les deux jeunes personnes allaient sortir bredouille de l’édifice, une créature hideuse y pénétra. Retenant la marche de Wana, Figaro eut le coeur qui battait la chamade. Le temple devait être le repère de cette bête quadrupède. Elle avait de longs poils beiges et une queue glabre en forme de fouet. Ce qui la rendait hideuse était sa tête dont le crâne était apparent avec des dents acérées, des yeux vitreux et de la salive de feu lui coulant entre les dents.

La jeune fille avait vu la bête, elle aussi. Moins paniquée que son frère, elle le tira par la manche pour retourner dans les profondeurs du temple. De temps en temps, des petits bruits inquiétants se faisaient entendre derrière eux. La créature les avait peut-être déjà repéré et était sur leurs pas, il fallait agir vite.

Tous deux savaient que le temple offrait une sorte de labyrinthe de salles, Wana avait recommandé de contourner la bête après l’avoir entraînée dans les profondeurs du temple. Ils bifurquèrent à droite, puis à gauche, en faisant en sorte de ne pas boucler trop tôt Figaro avait bien sa machette et sa soeur une dague… mais la taille de la chose leur suggérait de ne pas l’attaquer de front.

Les bruits étranges, semblables à des rires tassés, se faisaient un peu plus intenses de secondes en secondes. Figaro, de plus en plus paniqué, commençait à s’essouffler en marchant vite, si bien qu’il chuta lorsqu’une de ses jambes lui fit défaut. Wana s’arrêta net et tenta de relever son couard de frère, lui glissant qu’ils devaient faire vite. Mais le corps du jeune homme était bien trop terrifié pour bouger. Il avait toujours été pleutre, mais avait le rêve de visiter tous les temples du monde pour en découvrir les merveilles. Ce n’était que leur deuxième temple, le garçon n’avait pas assez d’expérience.

C’est alors que derrière Figaro, à l’autre bout de la salle dans laquelle ils venaient de pénétrer, la bête commença à se montrer, le bruit glaçant le sang l’accompagnant, plus intense que jamais. Wana tira sur le bras de son frère pour le relever et tous deux se mirent à courir. Comme elle était juste derrière, ce n’était plus là peine d’être discret, il serait plus facile de la contourner en courant. Portes ouvertes, Wana ferma les portes derrière elle pour mettre le plus d’obstacles entre eux et la bête… Figaro cria alors :

- Attends, soeurette ! C’est un cul-de-sac !

Wana se retourna lentement vers Figaro à qui les forces le quittaient à nouveau. Il regardait le détour du coin de la salle avec une horreur certaine. La jeune femme s’éloigna de la porte pour constater avec stupéfaction qu’en effet, le couloir était effondré. Mais le temps qu’elle réalise qu’il y avait un fin espace pour passer dans un coin de l’éboulement, les portes s’ouvrirent dans un vacarme épouvantable, déséquilibrant l’exploratrice au point de la faire tomber. Tous deux tremblaient, tandis que la bête, dans une position majestueuse, pénétrait dans la salle.

La créature quadrupède regardait Wana et Figaro à tour de rôle. La jeune fille s’était relevée, la dague dans les mains, presque prête à s’en servir. Mais une voix aux ascendants divins sortit de la bouche de la bête :

- Des humains...

Alors que Figaro était en train de se couvrir d’urine, sa soeur trouvait presque rassurant que le monstre soit doué de parole. Peut-être cela leur viendrait en aide de discuter avec pour qu’elle les épargne. Car elle avait jusque là tablé que tous deux serviraient de proie à cette bête.

Puis, la créature majestueuse avança vers le jeune homme avec la grâce d’une biche dont elle semblait être tirée. Elle s’arrêta juste à ses pieds alors qu’il était à deux doigts de s’évanouir. Elle se baissa, forçant Wana à s’approcher et à resserrer le poing autour de sa dague. La jeune fille ne lui laisserait pas faire du mal à son petit frère. La bête se tourna alors soudainement vers la jeune blonde et déclara :

- J’adore les humains, ils sont si mignons. Ces deux spécimens le sont particulièrement !

Wana ne se détendit pas vraiment, cette fois-ci, car la créature était encore trop proche de son frère bien aimé, celle-ci pourrait le blesser à tout instant. Figaro, lui, commençait à se relever ; il n’était visiblement plus assez effrayé pour rester au sol.


1.0007 : Le Seigneur Noir

Dans une salle sans lumière, il méditait. Celui qui se faisait appeler le Seigneur Noir était stoïque. Dans cette pièce du château des ombres, on ne pouvait pas dire à quoi il ressemblait ni s’il y avait quelque chose, au final, à l’intérieur. L’obscurité était si forte que même avec une torche, tout un chacun n’aurait pu y voir quoi que ce soit.

Tout à coup, le Seigneur Noir ouvrit les lourdes portes qui fermaient la salle, laissant pénétrer la lumière des torches fixées au mur du couloir. Il avait fini de méditer et s’était redressé du haut de ses trois mètres soixante. Son corps était plus noir que la nuit, mais on pouvait deviner les volumes d’une musculature importante, recouverte d’une armure qui ne reflétait rien.

Le souverain sombre avançait, mais il était étonné du nombre et de l’intensité des torches. Dans son souvenir, il n’y en avait aucune. Le château avait-il été envahi d’indésirables ? Une voix vint de derrière l’être des ténèbres :

- Vous êtes sorti… Je suis si heureuse…

Il se trouvait une très vieille femme décrépite, assise contre le mur joignant la salle au couloir. Elle avait un sourire très ridé et presque plus de dents. Chétive, elle était vraiment au bout de sa vie. Le Seigneur Noir la regarda avec étonnement, ce qui ne put se lire sur son visage sans détail, mais que la centenaire devinait sans peine. Elle l’informa :

- Je suis la petite Gwendoline, mon Seigneur…

Alors le maître des ombres regarda autour de lui, s’attardant sur les torches, puis revenant sur la vieille dame. Gwendoline… D’après ses souvenirs, c’était une enfant effrontée d’environ douze ans, qui sautait partout et qu’il avait dû sauver de nombreuses fois. Ce qu’il voyait devant lui… était un spectacle désolant, navrant. Combien de temps était-il resté dans cette salle ? Trop longtemps, à vrai dire. De tous ses sujets, celle-ci était la plus jeune ; les autres devaient simplement être mort.

Le Seigneur Noir s’approcha de son compagnon de route d’autrefois et se baissa pour serrer dans ses bras celle pour qui il avait une affection d’innocence. Prenant une grande respiration douloureuse mais pleine de bonheur, l’ancêtre lui glissa :

- Je vous ai attendu pendant quatre-vingt-douze ans, mon seigneur… Mes enfants vous serviront avec le plus grand bonheur… Maintenant, j’ai fini de vous attendre, je vais pouvoir m’en aller l’esprit tranquille.

À ces mots, tout le tonus qui restait dans le corps de la vieille dame s’émoussa jusqu’à disparaître. Elle était morte. L’être des ténèbres souleva son corps sans vie et commença à marcher le long du couloir menant à la partie habitable du château en la portant dans ses bras. Ouvrant le passage sans le toucher, le souverain sombre entra dans la salle à manger dans laquelle le plat principal du repas était en train d’être servi.

Tous se tournèrent vers la nouvelle apparition, presque dans une sorte de chorégraphie. Le silence planait sur l’assemblée, avant qu’une dame ne se lève de table, en fasse le tour et vienne s’enquérir du cadavre de Gwendoline. Elle posa sa main sur le front de celle-ci, puis regarda là où devait se trouver la tête du maître des ombres, avant de déclarer :

- Confiez-la nous, mon seigneur. Nous allons nous charger de l’enterrer dans le parc.

Le Seigneur Noir s’abaissa afin de permettre à l’homme le plus musclé de reprendre le corps et d’aller le conduire dans le parc, dans le cercueil qui avait été préparé à l’avance. La grande ombre regarda la tablée. Il y avait de vieux adultes, des adultes plus jeunes et des enfants. Il y avait trois générations aux pieds de l’être ténébreux. L’un des enfants était en train de se retenir de pleurer. Alors le maître des ombres s’approcha de lui et s’accroupit à côté pour lui frotter la tête gentiment ; cela déclencha les sanglots. Après avoir déposé un baiser sur le front de l’enfant, le grand être se redressa et s’adressa à toutes les personnes présentes :

- Les choses sont en train de changer de part le monde. Il était temps que je revienne parmi vous.


1.0008 : Les trois combattantes de Gantesque

Hilda, Trista et Sophia étaient trois adolescentes issues de la famille de Gantesque. Soeurs, elles partageaient un lien fort de confiance et de complicité au-delà de leur simple lien de sang. Elles ne faisaient rien les unes sans les autres, inséparables.

Hilda était la plus fougueuse des trois, elle ne laissait pas sa langue dans sa poche et ne tolérait pas qu’on leur manque de respect. Elle répondait pratiquement toujours avec violence et ne lésinait pas à insulter tout ce qu’elle pouvait lors de ses prises de parole. Cette fille était adepte de l’épée à deux mains et de l’armure lourde grâce à la force colossale qu’elle possédait. Elle n’avait jamais perdu un seul de ses combats.

Trista était l’aînée des trois, mais pas forcément la plus sage. Discrète, elle préférait laisser ses deux autres soeurs parler à sa place. Elle n’appréciait que la compagnie de ses deux camarades et retient une réelle aversion pour les gens. Cette fille préférait prendre ses adversaires par surprise avec sa discrétion et son agilité. Elle faisait aussi office d’éclaireuse pour ses camarades. Elle portait une armure légère que son père lui avait offert récemment.

Sophia, la plus jeune et la plus petite des trois était une fière mage entraînée pour le combat. Elle était la plus gentille, la plus calme et intelligente. C’est elle qui donnait la marche à suivre aux deux autres lors des combats. Habillée avec une armure de cuir et des vêtements amples par-dessus, elle essayait de cacher sa fragilité.

Les trois jeunes filles étaient en train de parcourir le territoire de leur père, rentrant d’une mission de plusieurs mois. Elles étaient exténuées et n’avaient qu’une seule hâte, rentrer chez elles. Elles marchaient en file avec Trista en tête, sondant le terrain pour détecter des éventuels pièges. Il y avait toujours des pièges à loup ou ours dans les environs, par exemple. Il n’était pas rare qu’un badaud se retrouve avec la jambe arrachée par l’un des pièges.

Fort heureusement pour les trois soeurs, il n’y avait rien à signaler. Rien, jusqu’à ce qu’elles se retrouvent au creux d’une colline couverte de verdure. Venant de se réveiller de derrière un tas de pierres, un ours pierreux les regardait droit dans les yeux à tour de rôle. Trista était juste à côté, alors elle ne bougeait pas. Ne pas pousser l’animal à l’attaquer… en tout cas tant que Hilda ne l’aurait pas rejoint.

Mais l’animal ne comptait pas l’entendre de cette oreille, il savait qu’il ne fallait pas que les trois humaines ne se réunissent, s’il voulait en croquer une. Alors l’ours à la peau dure comme la pierre donna un gros coup de patte en direction du visage de la jeune éclaireuse. Celle-ci eut le réflexe de sauter en arrière pour éviter le coup fatal, mais l’appui à la réception était bancal, alors et glissa et se retrouva le flanc contre l’herbe.

La bête vit arriver une autre proie, avec dans ses mains une épée à deux mains, bien décidée à l’affronter. Sophia lui avait crié de ne pas l’affronter de face, pourtant, mais Hilda était bien trop enragée d’avoir laissé sa soeur seule face à cet ursidé. Elle commença par un coup ascendant afin de lui trancher une de ses dangereuse pattes. C’était sans compter sur la dureté de la peau de cette créature qui appuya sur l’épée avec ton son poids pour l’enfoncer dans le sol. Juste après, il traça une crevasse dans le visage de la combattante avec sa solide griffe la plus longue, l’envoyant glisser en bas de la colline.

Sophia fit jaillir un peu d’eau dans le visage de la bête, comme pour le distraire… ou l’énerver encore plus. Se redressant sur ses pattes postérieures avec toute sa colère, l’animal était bien décidé à toutes les transformer en proies. Il avait vu qu’elle n’étaient pas si terribles que cela, alors il en profiterait. Mais soudain, il se vit propulsé à des dizaines de mètres du sol, sans comprendre. En réalité, le jet d’eau avait été là pour préparer le terrain. Un geyser l’avait envoyé en l’air. L’ours savait que la chute lui serait fatale, cela ne manqua pas.

La mage se dirigea alors vers Hilda, la balafre qu’elle avait sur le visage était profonde et inesthétique. Sophia regarda de près cette plaie, puis y posa ses deux mains avant d’entreprendre de guérir avec sa magie. Trista s’approchait de ses deux soeurs et plaisanta entre deux cris de la guerrière :

- Heureusement que tu es là, Sophia ma soeur.

Celle-ci se contenta de lui lancer un regard bienveillant, toute sourire. Après avoir fini de soigner Hilda, la guérisseuse se dirigea vers la troisième et massa sa cheville pour voir si elle n’avait pas une entorse. Après s’en être assurée, elle déclara d’un ton de légère réprimande :

- Il faut faire plus attention, Trista. Tu es celle qui est censée détecter ce genre de choses aussi. Et toi, Hilda, il faut vraiment que tu apprennes à ne pas laisser la colère aveugler tes sens. Tu aurais pu largement trancher la patte de cet ours, j’en suis convaincue.

Puis, les trois jeunes filles se mirent à rire sous l’effet de la pression qui retombait. Pourtant, non loin d’elles, quelque chose les regardait, tapi dans l’ombre d’un arbre.


1.0009 : L’épreuve pour devenir guerrière

La grande Shanya était désormais prête.  gée de désormais quinze ans depuis deux jours, tout son village était derrière elle pour lui souhaiter bon courage quant à l’épreuve à venir. Étant la fille d’une guerrière de renom, qui avait réussi l’épreuve haut la main, une forte pression reposait sur ses épaules. Mais Shanya était forte.

L’épreuve était simple en explications : Il fallait entrer dans la forêt des Petites Divinités, en trouver une et lui prouver sa valeur pour en obtenir les pouvoirs. Il est dit que c’était la divinité qui te choisissait et non l’inverse, mais il était bon de croire alors qu’on pouvait toujours viser plus haut… À ses risques et périls.

Shanya s’était fait peindre l’ensemble du corps par le vieux Maître Fust, comme le voulait la tradition depuis au moins une centaine d’années. Elle avait choisi le bleu comme couleur dominante selon ses propres goûts, son visage comportait une vraie oeuvre d’art. Il était important autant pour Shanya et Maître Fust d’impressionner les divinités ne serait-ce que par le maquillage, qui durera au moins un mois.

Après avoir reçu la bénédiction du Maître, elle empoigna son vieil arc fétiche et son carquoi et pénétra dans les cavernes la séparant de la forêt. La première partie de l’épreuve était facile : Il fallait trouver l’entrée de la forêt. Shanya sait se repérer aisément, ce fut en quelques minutes qu’elle traversa le dédale rocheux afin de trouver l’orée du vaste bois qui s’offrait désormais à elle.

Mais dès qu’elle fit un pas dans la forêt, elle se sentit très mal à l’aise. Elle avait toujours confiance en elle, ce n’était pas son soucis… L’ambiance n’était pas celle qu’elle avait espéré. Il y avait un silence de plomb, comme s’il n’y avait pas de vie aux alentours. Il y avait bien les arbres, mais même ceux-ci étaient silencieux. Faisant quelques pas de plus dans la forêt, Shanya se dit que ce n’était pas normal, quelque chose n’allait pas. Les Petites Divinités grouillent dans cette forêt, la majorité étant des divinités pacifiques ne souhaitant pas participer aux épreuves. La jeune fille n’en trouvait pas une seule alors qu’elle avait traversé un bon kilomètre du sentier principal. Elle décida alors de longer les arbres.

C’est alors qu’elle s’aperçut que les arbres en question n’étaient pas seulement silencieux… ils étaient aussi malades, ou bien même morts. Leurs feuilles tombaient de plus en plus, donnant au paysage un aspect de plus en plus funèbre. Shanya ne savait pas quoi faire. Elle se disait qu’elle ne pouvait pas retourner maintenant vers les siens, sans avoir passé l’épreuve… mais reste qu’elle avait désormais peur de ce qui pouvait se trouver plus loin dans la forêt, caché.

La jeune fille remarqua alors quelque chose bouger, derrière un buisson mort et presque nu. Sans se poser de question, mais la peur au ventre, elle décida de s’en approcher. Elle put confirmer qu’il y avait bien quelque chose qui s’enfuit en la voyant, sans que Shanya ne puisse vraiment distinguer ce que c’était. Ni une, ni deux, elle poursuivit la chose.

Une vision d’horreur vint emplir la jeune guerrière d’une terreur qu’elle n’avait jamais connu jusqu’alors. Son coeur battant la chamade, elle détailla ce tas de tentacules qui s’offrait à sa vision devant elle. Gris et violet, cet amas de bras mous était gigantesque ; l’épaisseur de certains membres atteignait les deux mètres de diamètre. Autant dire que Shanya paraissait toute petite à côté. Ce truc respirait, il sentait aussi la mort… massive.

Il était trop tard pour faire demi-tour, se disait Shanya. Alors, elle encocha une flèche et visa le tas de tentacules. Après quelques secondes à trembler comme une feuille face au vent, elle relâcha la pression, sans faire partir de flèche. À quoi avait-elle pensé ? Avait-elle espéré à un moment donné que sa flèche fasse quoi que ce soit ? Qui ne tente rien n’a rien… mais n’est pas non plus tué inutilement.

Avant que la jeune fille ne puisse faire quoi que ce soit d’autre, deux tentacules jaillirent du milieu du tas et vinrent saisir Shanya aux jambes, l’emportant dans les airs comme un fétu de paille. Elle ne put s’empêcher de hurler de surprise et d’effroi, avant que les deux bras de mollusque ne s’écartent violemment, tirant sur ses jambes de chaque côtés. N’étant pas des plus souples, cela lui faisait extrêmement mal. Elle hurlait à qui pouvait bien l’entendre, ses adducteurs n’allaient pas tarder à se rompre.

La pression retomba un peu, mais Shanya n’était pas tirée d’affaire. Les deux tentacules l’agitaient dans tous les sens comme un enfant jouait. Ils cognèrent la jeunette contre un arbre à plusieurs reprises, avant de s’interrompre, comme s’il ne voulait pas la tuer tout de suite, seulement la torturer encore. Impuissante, la jeune guerrière dépourvue de son arme laissa retomber son corps, cessant de lutter.

Les membres mous la portèrent alors tout au-dessus du tas et l’y firent glisser. Shanya se voyait déjà dévorée comme une crudité par le monstre à mesure qu’elle glissait de plus en plus vers le centre. Mais cela ne vint pas, elle s’arrêta dans une sorte de cave entourée de tentacules. Elle tenta alors de se relever, mais ses jambes la faisaient bien trop souffrir.

C’est alors qu’une jeune fille, rousse, sortit du milieu du bas de la cave, un petit sourire aux lèvres. Cette vision marquerait Shanya à jamais.


1.0010 : La nouvelle servante de Gantesque

La petite Kimberley était aussi heureuse qu’anxieuse. Elle allait commencer son nouveau travail dès aujourd’hui. Elle était désormais une servante au manoir de Gatesque, le seigneur du fief de Vitris. Sans que la fillette ne sache vraiment quand, on lui avait préparé sa tenue de travail sur une chaise de la chambre du bâtiment réservé aux servants.

Après s’être lavée dans la grande bassine d’eau chaude mise à sa disposition, elle enfila son uniforme avec délicatesse et passa au moins dix minutes, devant le miroir disponible dans un coin, à retoucher la disposition de ses vêtements pour paraître la plus propre et ordonnée possible.

Satisfaite, elle sortit de la chambre et se dirigea vers le réfectoire des servants pour prendre son petit-déjeuner. En chemin, elle ne croisa personne ; Ce qui lui sembla étrange pour un bâtiment de cette taille.

Dans la petite salle qui servait de réfectoire, il y avait un plat fumant qui l’attendait déjà. Kimberley se demandait s’il était pour elle. Un seul plat au milieu de la pièce pour elle-ne-savait combien de servants, c’était étrange. Elle s’en approcha et put lire son prénom sur un petit bout de papier. C’était donc pour elle ?

Elle regarda aux alentours pour essayer de voir qui lui avait préparé ce petit met fait d’une pièce de porc avec beaucoup de laitue et deux rondelles de tomate. Contrairement à ce qu’elle pensait, non, elle ne mangerait pas la bouillie réservée aux servantes. Dubitative, elle s’installa à table, bougeant la lourde chaise bruyamment.

C’était le plat le plus sophistiqué qu’elle ait eue depuis énormément de temps. Le porc fondait dans la bouche et les tomates étaient bien mûres, mais pas trop. Cela changeait certainement des pommes et poires volées à l’étalage.

Pendant le repas, la petite fille se demandait tout de même quelle heure il pouvait bien être. En effet, elle ne savait pas du tout lire l’heure sur la position du soleil et elle ne pouvait demander à personne vu qu’elle était seule dans cette petite salle. Peut-être les autres servants étaient dans le bâtiment principal à faire leur travail, pendant qu’elle se goinfrait ?

Ayant de toute façon fini son plat au moment où elle se sentait coupable, elle s’éloigna de la table avant de se lever. Elle ne savait pas du tout où mettre son assiette et ses couverts en bois ; dans le doute, elle laissa tout là. Peut-être que celui qui l’avait mit là débarrasserait aussi.

Alors Kimberly se dirigea vers l’entrée, enfila les chaussures qui étaient interdites à l’intérieur du bâtiment, puis se dirigea vers le manoir. D’ici, ce dernier avait l’air encore plus impressionnant. Elle descendit les petites marches qui la séparaient de l’entrée des servants, puis pénétra à l’intérieur de ce qui ressemblait à une cave à vin. Elle ignora totalement les fûts inintéressants et se déchaussa afin de les mettre dans un casier prévu à cet effet. Dans ces casiers, il n’y avait qu’une seule autre paire. Chouette ! Se disait-elle, cela devait sans doute être celui qui lui avait tout préparé ! Sans vraiment remarquer que deux paires, pour la taille du manoir, c’était peu, au final.

Pieds nus sur la pierre polie de la cave, elle slaloma entre les fûts pour trouver la porte qui la mènerait vers les couloirs du manoir. Une fois celle-ci atteinte, elle actionna le mécanisme d’ouverture de la porte et la poussa. Cette fermeture d’accès en bois était relativement lourd, pour elle ; elle se dit qu’il ne faudrait pas qu’elle passe par ici trop souvent dans la journée. Dès sa sortie dans le couloir, une voix retentit sur sa gauche :

- Ah ! Te voici.

Celui qui avait prononcé ces mots n’était autre que le bel homme blond avec qui Kimberley avait passé cette sorte d’entretien d’embauche, il y avait deux jours. Sans la saluer étant donné la différence de rang entre le fils du seigneur de Vitris et cette simple servante. La petite fille lui sourit au moment où le bel homme allait prendre la parole :

- Mon père est rentré il y a à peine une heure. Vas le voir pour voir s’il n’a besoin de rien. Moi, je vais aller rédiger une lettre. Tu trouveras mon père dans la salle de réception.

Et la fillette, toute guillerette, alla en se dandinant, vers la salle de réception. Elle était impossible à manquer étant donné qu’elle était au centre du manoir. Toutes les portes y menant étaient ouvertes, alors Kimberley n’eut qu’à prendre la plus proche pour y entrer. Elle y vit Monsieur de Gantesque. C’était la première fois qu’elle le voyait d’aussi près. Le coeur battant la chamade, elle ne put s’empêcher de le détailler.

C’était un très vieil homme, proche d’être nonagénaire, avec des cheveux longs épars sur son crâne. Ses rides creusaient son visage, ses yeux étaient fatigués et son air était patibulaire. Il était assez laid, son fils ne lui ressemblait pas du tout. Lorsqu’il remarqua l’entrée de la petite, il plissa les yeux, avant de tourner sa tête dans plusieurs directions. Il n’arrivait pas à la discerner.

Alors elle s’approcha de son maître et souverain afin d’être mieux visible, à la lueur des bougies. Monsieur de Gantesque lui fit signe d’approcher d’un mouvement de tête avant de lui tendre une lettre. Il lui expliqua d’une voix lasse :

- Tu dois être la nouvelle de mes servantes que mon idiot de fils a recruté. Bah ! Tiens. Mes yeux sont fatigués, je n’arrive pas à lire cette lettre écrite avec des pattes de mouche.

Alors Kimberley saisit doucement le papier officiel du Roi des mains du vieillard. Fort heureusement, elle savait lire et avait toujours aimé ça. Alors elle entreprit de lire au moins le premier paragraphe en silence pour s’habituer à l’écriture vraiment pas évidente à déchiffrer. Peu après, elle lut donc :

“Monsieur de Gantesque, seigneur de Vitris. Mon Oncle.

Moi, Guillaume Ier, seigneur de Doth et actuel Roi de Sasganne, vous informe que le fief de Doth a été victime d’une attaque massive et implacable. Cela s’est produit pendant que nous assistions tous au banquet organisé par le Seigneur des Saintes-Glaces.

Il ne reste plus aucun habitant vivant à Doth, devenue ruine. Nous avons découvert le massacre à notre retour. Les attaquants sont repartis sans laisser de trace apparente sur leur origine. Cependant, Hémordin, notre sage, a relevé des traces d’une magie pourrie et malfaisante partout dans la capitale. Il est formel : Bien que nous ne sachions pas exactement ce dont il s’agit, nos ennemis ne seraient pas originaires de notre monde.

J’ai eu énormément de mal à croire le sage, mais il faut se rendre à l’évidence. Aucune armée du monde n’aurait pu prendre et détruire Doth, massacrer tous les valeureux soldats et habitants jusqu’au dernier et repartir en ne laissant que des traces magiques de leur nature sur leur passage ; le tout en l’espace d’une nuit.

Je souhaiterai réquisitionner une partie de vos troupes afin de protéger les fiefs juxtaposant Doth. Nous ne savons pas qui ils sont, ni à quel point ils sont puissants, ni quand ils vont à nouveau frapper. Mon Oncle, nous sommes en guerre.”
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