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Le Pins du Feu [PV Mara]

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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Dim 13 Nov 2016 - 20:34
  La bataille dans la ville fut dantesque, je tenais à vous le dire, de vous à moi. Il fallait que ça soit dit justement car vous, vous n’aviez pas combattu de dragon. La frappe du poing que je mis à Hely fut si brusque que ce fut plusieurs centaines de kilos qui virèrent vers une autre habitation quitte à la démolir, et je me disais que les dragons étaient si mythiques qu’un combat contre eux, longs ou court, haletant, inégaux, resteraient épiques. Si en plus, c’était ma fille…

  Son nouveau corps ne lui permettait pas d’attaquer une cible aussi petite comme elle l’aurait voulu, et parions qu’elle ne savait pas encore parfaitement s’en servir ; face à mes nouvelles capacités physiques, j’étais une menace sérieuse pour elle, et mes mains contre ces écailles ne me dérangeaient pas trop. Je n’avais pas le choix, je devrais la vaincre pour sauver ce monde, mais je sentais que c’était parfaitement en mon pouvoir. Elle avait du mal à riposter dans cette forme gargantuesque, et j’évitais avec prestance ses griffes, sa gueule et sa queue. Elle réussit à ne me blesser que durant une charge, où je dû éviter de serrer les dents pour éviter de les péter, et on détruisit notre quota de pâté de maisons.

  Comprenant que je dominais le sol, elle déploya ses ailes pour s’emparer du ciel, et de là-haut, m’envoyer des flammes si puissantes qu’elles atomisaient tout ce qu’elles touchaient. Je réussis à les esquiver dans un saut gigantesque qui m’envoya dans une autre rue, et je profitais qu’elle fut en l’air pour me cacher entre les bâtiments, là où elle aurait du mal à me voir. Et dès que je le sentis, je sautai jusqu’à sa hauteur pour la faire redescendre d’un crochet vers le bas. Mes poings commençaient à devenir rouges, ses écailles étaient vraiment, vraiment résistantes, mais je préférais donner des coups que d’en recevoir.

  Après une minute d’affrontement, Hely abandonna sa forme draconique et revint dans sa position humaine : elle en profita pour parer mon coup de coude avec l’Emblème du Feu, et là, ce fut moi qui eut mal. Le machin était quasiment indestructible, et je reçus le contrecoup de ma force. Elle en profita pour me frapper avec, ce qui me souleva le menton (putain, shit, elle avait de la force la canaille), et de tracer dans l’air un sort. Une boule de feu surpuissante ravagea la zone où je me trouvais. C’est vrai que c’était une excellente magicienne.

__

  Sur les plaines continuait la grande bataille contre les liches draconiques, mais elles striaient si bien les cieux que le désespoir était palpable dans le camp des humains. Ils en avaient eu un, oui, mais les blessés étaient plus nombreux du côté des humains. Rapidement, un second dragon fut abattu en sacrifiant un pégase, puis un troisième tout aussi rapidement, ou une des perles se trouvait. L’espoir les gagnait à peine tant les énormes reptiles les forçaient à terre dans un combat qu’on pourrait qualifier d’injuste, et bien évidemment, ils n’étaient pas sujets aux tremblements de terre fréquents qui témoignaient du réveil prochain du dragon gigantesque.

  Erdoan réussit à cibler une autre des perles sacrées, et le dragon se défendit vaillamment quelques temps face aux assauts avant de succomber à son tour face aux coups surpuissants de Robin. Ils avaient deux perles, plus que trois, sans compter qu’il fallait récupérer l’Emblème lui-même.

__

  Le Tonio du présent et du futur fixèrent longtemps le cadavre de l’ancien chevalier le plus puissant de tout Merta… Mais leurs réactions furent sensiblement différentes. Si le futur gardait une mine sombre, le parricide n’étant pas quelque chose de facile à assumer, celui du présent, toujours campé sur son cheval, grinça des dents :

« Emparez-vous de Tonio.
_ Pardon ? »
Les bêtes sombres qui formaient l’arène se mirent à tressaillir. Le Tonio adulte joua de son épée pour considérer un moment toutes les bestioles ténébreuses qui avaient assiégé une armée composée de plusieurs nations. Il tenta une défense plus argumentée : « Oula, du calme Tonio, tu ne sais pas de quoi notre père est responsable du futur dont je viens !
_ Nous ne sommes pas dans ton futur, et moi, je sais de quoi tu es responsable. Minions, saisissez-vous de lui enfermez-le dans nos cages.
_ Tonio, ne te laisse pas aveugler par la colère, écoute-moi, je t’ai lib…
_ MINIONS ! J’AI DIT ! EMPAREZ-VOUS DE LUI !!! »


  Mais étrangement, surprenant aussi bien un Tonio que l’autre, les grandes bêtes noires ne firent pas un mouvement. Toute la foule des monstres resta silencieuse, obligeant leur commandant à répéter son ordre, d’abord furieux, puis de plus en plus paniqué. Même le Tonio du futur ne comprenait très bien ce qu’il se passait, et se demandait toutes les conséquences d’une révolution. Mais d’où sortirait-elle ?

« Ils ne sont plus sous mon contrôle… » se lamenta le leader noir. « Pourquoi ils n’obéissent pas ? »

  Les prisonniers étaient les premiers spectateurs de ce qui se passait, et un en particulier était très attentif à ce qu’il se passait. Si Weld ne pouvait s’empêcher de se rendre compte des mimiques du visage d’Anaka, c’est parce qu’elle-même était plongée très loin d’ici : elle avait senti des auras surpuissantes, absolument mauvaises, à des kilomètres de là entre les cols. Et les tremblements de terre tout autour d’elles. Elle connaissait la légende comme quoi Grima serait tombé il y a des millénaires et aurait formé cette chaîne de montagnes, mais évidemment, c’était une légende. Et bien il fallait croire qu’elles avaient toutes un fond de vérité.

  Si les auras terribles de là-bas étaient liés aux tremblements de terre qui secouaient toutes les vallées et tous les cols et tous les pics… Alors peut-être qu’actuellement, leurs ennemis cherchaient à invoquer Grima… Et dans ce cas, les deux personnes en-face, se targuant d’être la même personne, n’étaient pas dans le même camp que le dragon de ténèbres vu qu’ils ne comprenaient ni l’un ni l’autre ce qui se passait. Anaka était une analyste et les coïncidences pareilles ne l’illusionnaient à peine. Il y avait un souci, et si les deux Tonio n’étaient même pas dans le même camp mais étaient tout de même surpris… Si les bêtes ténébreuses qui les entouraient venaient encore d’un autre camp… Tous les hommes ici étaient dans la panade jusqu’au cou, qu’ils viennent du futur ou non. Elle s’avança à peine (une créature lui posa sa lourde patte sur l’épaule, la menaçant de l’écraser contre le sol de son poids si elle continuait), mais elle s’arrêta vite et hurla aux deux :

« GRIMA ! IL PREND POSSESSION DES TENEBRES !!! » Son intervention choqua les deux hommes. Elle espéra être claire : quand elle parlait des ténèbres, ce n’était qu’une métonymie pour signifier ‘magie de ténèbres’. L’adulte sembla dire :
« C’est impossible… » dans le ton de quelqu’un qui se rendait compte que non, ça ne l’était pas tant que ça, mais que pour le moment, il lui était surtout impossible d’y croire. « Grima est censé être mort, nous invoquons juste des dragons…
_ Il y a des auras malveillantes au-delà des monts qui sont apparues ! C’est impossible que ça soit des dragons ! Grima vous a tendus un piège ! »


  Elle disait en partie cela au hasard, elle voyait bien qu’un des chefs ennemis n’était pas du tout un prêtre quelconque de Grima. Son intuition toucha juste, et l’agitation des monstres aux alentours semblait aller dans le sens de la magicienne, alors même que le jeune Tonio, défiguré par le mal, cherchait à les apaiser.

  Puis tout d’un coup, comme si on l’avait tué, Tonio, sur son cheval, se tut et arrêta brusquement de donner des ordres et de bouger. Même son cheval de fumée noire était devenu immobile. A cette vue presque surnaturelle, surgirent des traits magiques et une nouvelle aura… Anaka se demanda alors si c’était véritablement Tonio maintenant, ou si lui aussi, flirtant trop hardiment avec les ténèbres, n’avait pas vu sa conscience absorbée par le dragon noir. Juste après, un des monstres, sans avoir besoin qu’on ne lui donne un ordre, déchira la gorge d’un soldat blessé sous sa garde. Tonio adulte en tout cas, hurla à tout le monde :

« HUMAINS ! IL Y A UN PORTAIL A DEUX CENT METRES !!! VENEZ TOUS AVEC MOI !!! » Mais la densité des monstres, le fait que beaucoup d’hommes étaient déjà entourés des bestioles et même parfois sans leurs armes, semblait vouer l’opération de sauvetage improvisée au massacre total.
« C’est complètement impossible… » marmonna Weld alors que le cri de ralliement de Tonio avait agité tant et si bien les bestioles qu’elles se mettaient à attaquer comme elles le pouvaient, même si leur taille les empêchait de se battre comme elles l’entendaient.
« Je vais vous couvrir… » souffla Anaka qui sortit un dernier grimoire d’une couleur bleu clair. Weld prit la sorcière sous le bras et l’amena à un coin, anciennement le centre de l’arène, où les prisonniers se retrouvaient pour se défaire des premiers assauts des monstres.
« Ne dîtes pas de bêtises, vous êtes dans un tel état que vous en mourriez. » Anaka se souvint de la première fois qu’elle avait rencontré ce groupe d’aventuriers, ce moment qui, elle l’avait senti, avait été un tournant dans sa vie : elle s’était faite passer pour une personne exubérante, et leur avait dit, pour se vendre, qu’elle avait une belle quantité de grimoires. Comme c’était ironique avec la situation actuelle : elle allait utiliser son plus puissant grimoire, et être effectivement très exubérante.  Venir aux portails alors que des centaines de monstre les entouraient semblait être une idée complètement farfelue. Ce qui n’empêcha pas Anaka de crier :
« ON NE POURRA PAS LES TUER ! MAIS VOUS ALLEZ VOUS FRAYER UN CHEMIN ! ET JE VAIS VOUS COUVRIR ! » C’était la dernière chose dont elle était capable. Mais elle y laisserait la peau. Elle préférait ne pas réfléchir au nom de quoi elle sacrifiait sa vie, ça semblait tellement normal. Il suffirait qu’elle lance deux ou trois Fimbulvetr pour y passer.

__

  Hely était bien plus à l’aise avec son corps d’humaine, mais aussi plus vulnérable. Et donc bien moins agressive. J’avais tout de même remarqué que des écailles avaient poussé sur sa peau, et la belle se battait comme un diable. C’était tellement étrange de l’affronter, déjà parce que je n’avais pas du tout une impression de combattre ma fille. J’avais été brûlé à quelques endroits, mais la pauvre s’était mangé deux ou trois pains qui l’avaient sévèrement calmés. Elle essayait d’utiliser sa transformation en dragon pour prendre des formes semi-hybrides, ne serait-ce pour voler, cracher des flammes ou même agrandir un de ses bras pour me cogner violemment. Mais rapidement, alors que la bataille s’éternisait, moi attaquant et elle défendant et esquivant (généralement, c’était l’inverse dans mes galères, j’en profitais), un dialogue s’établit… Des fois, on a vraiment envie de parler à la personne. Qui pouvait bien vouloir d’invoquer un monstre qui détruirait tous les Royaumes des environs ?

« Tu as trahi combien de personnes ?
_ Moins qu’on ne m’a trahi, moi ! »
Ca sembla la perturber, car sa garde baissa, et je lui décalquai si fort la gueule qu’elle s’envola à travers un bâtiment pour se rapprocher… dangereusement du vide. Allant plus calmement alors qu’elle crachait du sang et subissait mon coup de poing, elle me chercha du regard :
« A commencer par toi ! » Elle me sauta dessus, mais la fillette devint dragon et là, je fis moins le mariole. Je fus plaqué au sol. « A commencer par ma mère ! » Ses crocs voulurent me bouffer la tête, mais je repoussais tout le corps du dragon avec mes pieds, les crocs claquant si près. Je me dégageai vite fait, demandant :
« Anaka ?
_ Oui ! »
Puis elle se retransforma en petite fille ; le contraste avec sa forme draconique faisait peine à voir : elle semblait si fragile maintenant, blessée, tremblante de fureur, la haine suintant de tous les pores de sa peau. Elle ne semblait plus vouloir se battre avant d’avoir vomi sa bile : « J’ai grandi seule, père ! ABSOLUMENT SEULE ! Mère m’empêchait de fréquenter d’autres enfants, d’autres personnes. Elle était si occupée d’échapper aux royaumes qu’elle avait trahi, si occupée de nous cacher dans les bois, de nous faire voyager des semaines entières sur des routes… Et elle m’empêchait d’entreprendre quoique ce soit, et dès que je fuguais, de peur qu’on m’utilise contre elle, elle se dépêchait de me retrouver avec ses sorts ! On ne faisait pas de marchandage, on prenait avec ce que la forêt nous donnait ! Je ne pouvais pas aller à l’école, elle m’apprenait tout ! Je suis prisonnière depuis que je suis née ! Et quand je vois les royaumes pour lesquels elle fuit, pour lesquels elle travaille qui se détruisent de toute manière, en partie à cause d’elle, à provoquer des casus belli ou les rechercher, comment je dois me sentir ?! » Là, elle se mettait à pleurer, la pauvre chose. Je restais sur mes gardes, mais de toute manière, voir quelqu’un d’aussi jeune qu’elle se perdre en sanglots était déchirant. « J’ai passé ma vie avec ce que je considère être comme la pire criminelle du royaume. Je n’ai rien pu faire, et les voyages ne m’ont permis que de voir l’ampleur de la destruction et de la folie des têtes couronnées. Tu vois comment est mère ? Tu crois qu’elle m’a donné de l’amour ? Elle n’a même pas été plus expansive quand je l’ai retrouvée dans ce segment temporel ! J’ai aimé personne et personne ne m’a aimé… » se lamenta-t-elle comme une conclusion. Puis après un silence (gênant pour ma part), elle reprit :« Et toi, tu étais où ? » Pas besoin de faire un gros effort de pensée pour savoir où mon autre moi aurait pu aller. Je fis un haussement d’épaules, et répondis, même si je savais que ce n’était pas un argument :
« Je suis un Voyageur… J’ai voyagé.
_ J’aurais préféré être avec toi. »
, se plaignit-elle alors, avec le même ton qu’un enfant qui n’était pas satisfait de la garde partagée de ses deux parents divorcés. « Je pensais que tu n’étais qu’un lâche au début, mais quand je t’ai retrouvé ici, quand je t’ai vu rester pour sauver les habitants de ce Royaume, j’ai compris que tu n’étais pas aussi mauvais que je voulais le croire. Tu penses aux autres, au moins, toi. » Bon, il était temps de sortir un joker alors. Je lui tends ma main, même si elle était trop loin de cinq mètres pour la prendre, et je lui sortis, clément, confiant, calmement :
« Bah viens… On n’a qu’à partir ensembles. » Trois secondes de blanc, mais Hely ne bougea pas… Par contre, elle se mit à rire très fort. Elle était déglinguée la pauvre, épuisée mentalement.
« Je suis allée trop loin, père. Grima est allée trop loin dans mon esprit… Et qui dans ce monde réussirait à me pardonner ?
_ Bah moi… Perso, je m’en fous, tu sais, j’en ai tellement vu. »
Puis, ce n’était pas comme si c’était mon véritable monde. Est-ce que j’étais capable de tenir ma promesse ? Oula, je pariais que non, mais je ne préférais pas réfléchir, je n’avais pas la place pour réfléchir. J'étais en tout cas dans l'incapacité totale de savoir ce qui se passait dans sa tête.
« Je suis contre le monde entier, père. C’est terminé pour moi.
_ Ah ouais ? »
Une paire de portails fut créée, et ma main tendue la réceptionna au col, puis je la tirai subitement vers moi, malgré la distance. Je rajoutai, fermement : « Soit tu le penses sincèrement, que t’es une raclure, et tu crèves, soit tu as envie de vivre, je t’emmène dans Dreamland, et tu survis. »

  Ce n’était pas une morale, contrairement à ce qu’elle aurait pu penser aux premiers abords : juste une instruction. Parce que d’un mouvement sec, je la balançai par-dessus le vide de la falaise, qui permettait une belle chute de quelques centaines de mètres avant un sol peu empathique. On s’échangea nos derniers regards avant qu’elle ne disparaisse dans sa chute. Elle se rendit compte alors que je l’avais prise contre moi, que j’avais récupéré l’Emblème du Feu. Encore une fois, je me fermais à toute émotion, je ne voulais pas savoir ce qui allait lui arriver… Le plus urgent était d’aider les autres en proie à tous les dragons faméliques. Cyao Hely, peut-être à plus.

  Je courus rejoindre le grand champ de bataille, et y arrivai en même temps que des renforts imprévus : Weld et consorts, Garh et ses vikings, et encore d’autres qui déboulaient de nulle part (dont j’avais oublié les noms, parce que j’étais une quiche à ça). Je me dépêchais de les rejoindre pour leur résumer la situation, alors qu’on fonçait vers les dragons (ah ça, fallait avoir des bonnes paires de couille) et conclure d’un :

« Mettez-vous sous le commandement de Mara dès que vous la voyez ! Pour ceux qui peuvent encore se battre en tout cas.
_ Edfry il faut que je te dise ! Avant qu’on ne détruise le portail, le Roi des Ombres l’a emprunté à son tour, il est derrière nous et il est contenu par quelques-uns de nos soldats.
_ On va s’occuper de ça, pas de souci.
_ Et Edfry… »
Oulà. J’étais fatigué, irrité qu’on me retienne si longtemps alors qu’il fallait continuer de se battre, allez, merde ! donc je répondis un méchant :
« Quoi ?
_ Anaka n’a pas survécu. Elle est restée là-bas. »
Anaka… Je revoyais sa fille (notre fille) que j’avais poussé dans le vide, je ne savais pas pourquoi. C’était maintenant devenu trop difficile de ne pas y penser. J'avais l'impression de perdre toutes mes sensations. Je ne dis rien, et on continua.
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Dim 4 Déc 2016 - 18:09

La menace volante continuait à tourner au dessus de leurs têtes, de plus en plus énervée, de plus en plus réveillée au fil des dragons qui tombaient. Leurs rugissements se faisaient plus menaçants, plus nombreux, et finalement même le souvenir du premier abattu semblait bien loin et bien simple comparé aux suivants. Mara volait sur sa wyvern, laissant le pilote les diriger et jouant de la lance qu'elle avait récupéré pour attaquer ici et là. Elle avait déjà tenté la technique à la Robin en sautant sur le dos de certain ennemis, mais la première fois elle avait raté son coup et seuls ses réflexes de Voyageuse lui avaient permis de ne pas tomber plus bas; et elle avait trouvé le moyen de se tordre la cheville entre des côtes la seconde fois.

Elle voyait souvent passer sa double, qui se battait avec bien plus d'intensité qu'elle. Elle avait choisi d'accompagner un pégase, profitant de l'agilité de la monture pour attaquer brutalement tout ce qui passait à côté, quand bien même son épée ne lui offrait pas la meilleure portée possible. Les deux perles qu'ils avaient réussi à récupérer étaient à présent entre ses mains, ornant Folichon et semblant la rendre plus puissante, plus tranchante. Elle se tenait presque plus accroupie qu'assise sur la croupe de la créature équestre, prête à faire virevolter sa larme avec cris et violence. Elle devait être l'une des rares personnes à ne pas voir son moral en prendre un coup face à l'ampleur de la tâche.

Mais déjà, l'attention de Mara était attirée par son conducteur: alors que l'ensemble des troupes se focalisaient sur le porteur potentiel de la troisième perle, de nouveaux soldats étaient arrivés de... quelque part. Il lui sembla reconnaître au loin des troupes d'Aniamante entre autres, la guerre de l'autre côté était finie? Et ils s'en étaient sortis, tant mieux... Pendant quelques instants, une partie d'elle se dit qu'elle aurait dû remarquer quelque chose, mais cette semi-réflexion se volatilisa sous le passage d'un dragon juste au dessus d'elle, qui la frôla de si près avec ses griffes que son manteau s'arracha.

Il voleta avec un claquement sec, disparaissant presque immédiatement de son champs auditif, et la fillette à présent soumis au froid ne prit pas la peine de se retourner. Elle avait remarqué les nombreuses flèches sur le ventre du dragon et son vol moins régulier que celui des autres. Il ne s'agissait pas vraiment de sens de l'observation, mais plutôt d'instinct. Ils étaient plongés dans une bataille où le seul moyen de vaincre un adversaire était de se jeter tous à l'unisson dessus, afin de le vaincre avant qu'il ne redouble de rage, en bon animal acculé. C'était pourquoi, sans perdre de temps à réfléchir, la Voyageuse prit appui sur sa monture et attrapa la queue remuante du reptile volant.

Ballottée, tenue par un bras en roulé autour de l'appendice tandis que l'autre tenait fermement son arme, elle parvint grâce à sa force dreamlandienne à se hisser dessus à califourchon. Allongée sur les os sertis de quelques écailles coupantes, grimaçant autant à cause du contact de ces dernières sur sa peau qu'à cause du vent qui se dressait contre elle, elle envisagea un instant de prendre sa lance entre ses dents mais son bon sens lui fit renoncer. Finalement, affermissant sa prise et utilisant sa main non disponible pour se caler, elle commença à remonter le seul chemin possible tout en laissant son adrénaline masquer la petite voix qui lui hurlait qu'elle faisait la pire bêtise du monde.

Le dragon n'étant pas au meilleur de sa forme, il ne pouvait pas trop secouer sa queue pour l'éjecter, mais l'enfant devinait bien que les hurlements stridents qu'il générait devaient en partie être à son attention... Mais elle poursuivit quand même, elle n'avait pas vraiment de moyens de fuir sous les yeux et elle était certainement pas dans la meilleur configuration pour regarder autour d'elle. Finalement, elle parvint jusqu'à son dos et l’ascension se vit en quelque sorte simplifiée à présent qu'elle était sur une zone plus large et stable, même si les trous d'air créés par les battements d'aile du monstre étaient loin d'être agréables, de même que les cris dont elle approchait la source. Mais finalement, accroupie entre deux pic dorsaux, les pieds appuyés contre des côtes découvertes, elle abattit sa lance contre la base d'une aile avec un cri qui se perdit dans les rafales de vent.

Le vol de la créature était déséquilibré et elle commençait déjà à perdre de l'altitude, mais la Stratège dut s'acharner en se penchant pour vraiment abîmer l'articulation. Et ce fut quand le vol chaotique se mua en chute libre à peine ralentie par les ailes déployée du cadavre animé, que Mara recommença à s'inquiéter de sa survie immédiate.

~~~~~~~~~~~~~

La double de l'autophobe continuait à se battre avec tant de rage que cette dernière devait couler dans ses veines. Le chevalier pégase qui dirigeait leur monture s'était résolu à se cantonner à cette tâche, dirigeant expertement la bête pour offrir un maximum d'opportunités à sa furie de passagère, frôlant les immenses entités et les harcelant sans cesse. Folichon, sertie déjà de deux gemmes, s'enfonçait sans la moindre difficulté dans l'ossature des ennemis, affrontant le mal avec une efficacité redoutable.

Mais dire que la clone ne se focalisait que sur son combat serait une erreur. Elle jetait des coups d’œil réguliers et inquiets à la chaîne de montagne, n'ayant pas conscience des séismes depuis sa position dans le ciel, et donc du degré d'éveil de Grima. C'est d'ailleurs durant l'un de ces regards envoyés à la va-vite qu'elle aperçu son original sur le dos de l'une des bêtes. Grinçant des dents face à son imprudence, elle dit à son compagnon de combat d'aller dans sa direction. Et elle fit bien, car elle put ainsi la saisir brutalement par le bras alors que le lézard était à une quinzaine de mètres de se crasher. Jurant sous la douleur qui se propagea dans son épaule sous le poids soudain de la fille, elle grimaça et parvint à la hisser sur la croupe du pégase, derrière elle. Elle l'aurait bien noyée sous les reproches, mais la brusque sensation d'avoir un incendie qui se propageait dans la cage thoracique ne lui permit que d'indiquer au cavalier de descendre à terre.

Ce dernier atterrit à l'abri d'un des nombreux squelettes géants, et la seconde Mara fut la première à poser un pied à terre, chancelant jusqu'à une côte sur laquelle elle s'adossa, utilisant son épée comme une canne. L'autre blonde descendit aussi, l'air inquiet. Elle aurait voulu la remercier de son aide, mais le teint blafard et brillant de transpiration de la manieuse de l'arme sacré lui semblait bien plus urgent. Elle s'approcha donc sous le regard curieux du chevalier qui flattait sa monture, et souffla doucement:

- Dis, ça va? Y a un problème? T'es blessée?

- Non,
mentit sèchement l'autre. C'est juste l'utilisation excessive de Folichon qui m'épuise.

Foutue marque, elle ne pouvait même pas sauver directement une personne sans frôler l'état de loque! Elle articula un "merde" inaudible, grimaçant d'un coup à cause d'un spasme douloureux. Se forçant à respirer profondément, elle parvint à dire d'un ton un peu rauque:

- Faut juste que je me repose un peu... vous allez avoir besoin que je sois en forme pour Grima. Parfait, un peu d’égoïsme pour laisser les autres dans leurs emmerdes devrait pouvoir aider. Elle baissa son regard sur son interlocutrice, et articula: j'ai vu des renforts arriver, par contre, faudrait que tu t'en occupes rapidement...

- Ah, oui, oké... Repose-toi, hein? J'dirais aux autres de t'apporter les perles...

- Fait-donc ça...
grogna doucement la clone avant de glisser pour s'asseoir par terre.

Après un autre regard inquiet à son attention, Mara laissa sa jumelle sur place et remonta sur le pégase, qui repartit vers les cieux d'un battement d'aile. La création de Dreamland resta immobile en soupirant, et frotta son torse de la main gauche. Elle commençait à regretter de ne pas avoir pris la forme puissante plus tôt, elle espérait que son état n'empêcherait pas la transformation...

~~~~~~~~~~~~~

La bataille se poursuivait, inlassablement. La Stratège avait indiqué la tactique aux combattants qui venaient d'arriver, toujours avec cette impression que quelque chose lui échappait, mais toujours incapable de mettre le doigt dessus dans l'action. Ces renforts étaient surtout constitués d'unités terrestres, mais ils étaient toujours les bienvenus. En effet, entre les piqués des dragons pour tenter des protéger leurs camarades à terre et ceux qui faisaient s'effondrer les squelettes, cette partie de l'armée de Merta commençait vraiment à souffrir. Sans oublier que certains ennemis avaient décidé de combattre avec une efficacité ravageuse à même le sol, même s'ils étaient plus exposés aux humains. Personne ne pensait à la fin, personne ne pouvait se le permettre, seul l'instant présent et la survie immédiate comptaient.

Le dragon abattu par l'imprudente autophobe contenait une perle, qu'un soldat se dépêcha d'apporter à la porteuse de Folichon, et Erdoan avait localisé les deux dernières. Le moral des troupes oscillait, mais il n'était pas à zéro: ils voyaient la fin de leur premier objectif approcher. Il ne fallait juste pas penser à ce qui allait arriver quand les cinq perles seront réunies et que les plus forts partirons sceller de nouveau Grima...

~~~~~~~~~~~~~

Une conscience qui s'éveille et s'étend
Une menace bien antérieure à ces temps
Coulant sur le monde telle une marée noire
Corrompant, absorbant toute source d'espoir

Une entité déchue ayant détruit des empires
Entité de rage qui chaque instant empire
Une entité à la conscience vagabonde
Entité dont la force a brûlé des mondes

Un frisson de terre qui arpente les sols
Une simple brèche qui sur les monts s'envole
Une roche brisée, monts de moins en moins stables
Un immense séisme d'une force incomparable


~~~~~~~~~~~~~

L'armée venait de récupérer la quatrième gemme lorsqu'un tremblement de terre surpuissant se déclencha, sans commune mesure avec les secousses précédentes. Dans un craquement infernal des brèches se creusèrent soudainement, avalant deux dragons assommés par leur chute et une vingtaine de soldats que les pégases ne purent sauver. Plusieurs squelettes s'effondrèrent sur ceux qui s'étaient réfugiés dessous, ensevelissant ceux qui n'avaient pas réussi à fuir, et l'agitation de la terre se répercuta dans les airs, créant des perturbations menant presque à la collision de deux dragons.

Si la catastrophe eut de nombreuses conséquence du côté humain, au moins avait-elle incité les monstres à reporter leurs assauts, puisque ceux-ci prenaient de l'altitude et se contentait de se tourner autour. À moins que le nuage menaçant composé de la vingtaine de dragons restants ne soit au contraire calculé et un très mauvais signe, mais il valait sans doute mieux ne pas y penser. Car sous les yeux ahuris des mortels qui appréhendaient les conséquences de cette pauvre condition, la titanesque chaîne de montagne avait bougé. Elle s'était dégagé du sol de quelques mètres, et si ces quelques mètres paraissaient négligeables de loin, ceux à proximité voyaient clairement l'absurdité de cette déformation: un mur s'était élevé du sol, supportant les dents rocheuses. Et au fur et à mesure des éboulements des monts malmenés, ceux qui montaient wyverns et pégases en passant à côté purent voir avec horreur des crevasses donnant sur un noir épais et absolu, bien loin de ce que serait une simple absence de lumière.

Et soudain, lentement puis de plus en plus fort, un grondement monta. Il avait déjà retentit auparavant, mais ce n'était pas comparable avec le rugissement présent: cette fois, il était moins... étouffé. Et il fit trembler les airs, générant une onde de choc qui fit ployer les hommes et les paysages. Il appelait les fidèles, menaçait toute forme de vie par ce simple cri. Il annonçait son retour, négligeant cette fine et éphémère couche minérale qui le séparait de son Royaume. Il arrivait.

L'un des dragons-liches tomba, frappé de plein fouet par un sort noir désespéré du grand Erik qui sentait sa magie commencer à lui échapper. Le porteur de la dernière gemme percuta ainsi le sol en soulevant un immense nuage de poussière et les combattants les plus proches se ruèrent vers lui, malgré leur éreintement, pour s'assurer de sa mort. L'un deux trouva l'ultime perle, celle des Araks, et commença à peine à se tourner vers les autres pour montrer sa trouvaille qu'une main lui saisit le bras.

Il fit brusquement volte-face et fut à peine rassuré de voir la copie de leur Stratège tendre sa main pour obtenir le trésor. Trop fatigué pour faire autre chose qu'obéir, il la lui remit sans un mot et la blonde tourna la lame de Folichon vers elle, le regard plongé dans le dernier emplacement vide. Ils ne pouvaient plus perdre de temps. Son propre épuisement s'ajoutait à ses blessures et aux agressions de son tatouage. Elle ne pouvait plus se permettre de perdre du temps, alors que Grima était sur le point de recouvrer sa puissance. Il fallait qu'elle trouve et protège Mara. Et surtout, il fallait qu'elle trouve Ed et l'Emblème de Feu. D'un geste sec et maîtrisé, elle enfonça la pierre magique dans Folichon.
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Mer 28 Déc 2016 - 20:00
  Je donnai l’Emblème du Feu à la seconde Mara une bonne minute après avoir senti ce tremblement de terre… même si le mot était très éloigné de la réalité, car on aurait plutôt dit qu’une chose immense venait de se réveiller de sous la chaîne de montagnes, qui n’était alors qu’une simple couverture froissée par le réveil, et qui se décomposerait sans souci une fois que l’Entité se lèverait pour de bon. Sa taille absurde ne me fit même pas tiquer : elle était bien trop démesurée pour que je lui attache une quelconque importance sans tomber dans la pure déprime. Je préférais ne pas y réfléchir, travailler à la vaincre, et me pisser dessus de frousse au réveil… Maintenant, je n’étais rien d’autre qu’un outil avec une volonté propre, mais sans plus de sentiment, voire même d’émotion. On verra ça plus tard, je n’avais plus aucun luxe… Surtout alors que je regardais les précipices qui nous entouraient, et montraient à quel point mes portails étaient dérisoires alors qu’ils me permettaient de me déplacer d’une centaine de mètres environ. S’ils pouvaient me déplacer d’un kilomètre, dix fois plus, ils seraient toujours aussi futiles…

  La Seconde Mara, Folichon sertie des Gemmes, ne se fit pas prier pour lancer un rituel magique de lumière dont je ne compris pas grand-chose, sinon que le bouclier qu’était l’Emblème du Feu ainsi que l’épée fusionnèrent dans des arcs magiques si beaux à voir qu’on en oublierait presque que quelque chose d’énorme se préparait sous nos patounes… et que vingt dragons encore bien présents de crasse et de magie noire nous survolaient, comme répondant passivement à l’appel de leur dieu. A la toute fin du rituel, l’Emblème du Feu était devenu un trident à cinq branches dorées, brillant d’un éclat qui aurait pu rendre jaloux le soleil lui-même. Cette arme surpuissante captiva tous les hommes, et sa seule lueur fit reculer les dragons démoniaques plus hauts encore dans les cieux. C’était rassurant quant à la capacité ultime de l’Emblème du Feu : il suffisait de s’approcher pour comprendre pourquoi tout le monde lui tournait autour. Haut de plus de deux mètres soixante, même Mara, un peu plus âgée, était obligée de le tenir droit, la hampe posée sur le sol. Mara en tout cas, s’écria :

« NOUS N’AVONS PLUS BEAUCOUP DE TEMPS ! ECOUTEZ-MOI BIEN, SOLDATS ! » Un grondement aussi déchirant que le premier, créant son lot d’éboulements (de montagnes entières), de déformations titanesques de terrain, d’avalanches et d’incendie, emportant une dizaine d’hommes dans des fossés monstres, interrompit le discours, forçant la Mara à grincer des dents avant qu’elle ne puisse hurler à nouveau à tous les survivants paniqués : « JE VAIS SCELLER GRIMA, MAIS J’AURAIS BESOIN D’ASSISTANCE FACE A SES DEFENSES !!! » Un coup d’œil explicite nous fit comprendre que même si les dragons actuellement battaient tranquillement leurs ailes au-dessus de nous, ils vaincraient sans souci leur peur de l’Emblème si celui-ci venait à s’approcher trop près de leur maître suprême. « NOUS N’AVONS PLUS QUE DEUX PEGASES ET UNE WYVERNE ! J’AURAIS BESOIN DE SAVOIR QUI SE RISQUERAIT DANS CETTE MISSION SUICIDE POUR SAUVER VOTRE MONDE !!! JE M’OCCUPERAI PERSONNELLEMENT DE PORTER MARA LA STRATEGE !!! JE VOUS LAISSE TROIS MINUTES, ET NOUS PARTIRONS DERECHEF !!! »

  Laissant les hommes parler pour savoir qui iraient (ou surtout, qui n’iraient pas), comprenant que deux hommes pouvaient tenir les montures volantes, faisant que la seconde Mara demandait actuellement six hommes, voilà que cette dernière se baigna dans un sort tout aussi lumineux et impressionnant que celui qui avait servi à compléter l’Emblème du feu.

  Après quelques secondes, devant des dizaines d’homme qui étaient partagés entre la fatigue, la lassitude la plus extrême contre la bordée de monstres qu’ils avaient affrontée, ainsi que la stupéfaction de ce nouvel élément, en lieu et place de la seconde Mara âgée, voici que se tenait un dragon aux écailles dorées et lumineuses, de taille modeste. La finesse de ses traits et sa gueule montraient parfaitement la puissance sous-jacente… Le trident de lumière était coincé entre ses griffes, mais gardait toute son aura de majesté. Je comprenais bien mieux pourquoi elle avait dit qu’elle transporterait Mara. Je dû m’empêcher de m’incliner devant cette bestiole… face à une maestria pareille, des yeux empreints de sagesse, je me sentais encore plus comme un petit tas de muscles fatigués emprisonnés dans des chiffons sales.

  Quelques secondes en tout cas et on se rendait compte du drame qui se jouait partout : entre ceux qui voulaient y aller, ceux qui tentaient de les dissuader, ceux qui priaient maintenant pour ne pas être choisi, ceux qui se trouvaient de nouvelles blessures, ceux martyrisés par leurs responsabilités, d’autres par leur lâcheté, les rois qui voulaient foncer pour le bien commun et les généraux qui voulaient qu’ils renoncent pour l’intérêt de ce même bien commun, et se lançant alors dans des débats qui devraient être réfléchis bien plus longtemps que les rares minutes accordées par la dragonne céleste, le tout se trouvait être un bordel inimaginable, et malgré mes observations, je peinais à distinguer un véritable représentant qui ne serait tiré en arrière par ses poulains. Je me rappelais comment j’étais capable de puncher, et me dis avec un bref sourire las que je n’allais pas y couper.

  Une ombre en tout cas se rapprocha de moi depuis les cieux, et pensant d’abord à une attaque du cercle des dracoliches, je me mis en garde, mais je fus très très agréablement surpris par ce nouvel arrivant… Et surpris, vraiment.
Hely. Sous sa forme dracoïde. Ne regardant rien ni personne d’autre que moi, évitant certainement de regarder ne serait-ce qu’une des Mara, elle s’inclina vers moi pour me parler, tristement, me fixant des yeux.

« J’accepte de venir avec vous, père. » La détermination dans sa voix fatiguée semblait puissante. Je ne pensais même pas ce à quoi ressemblerait demain, même si j’avais hâte qu’il vienne, mais j’eus un petit sourire. Vu le carnage des alentours, Hely était finalement la bonne nouvelle dont j’avais besoin… enfin.
« Pas de souci. Mais déjà, on s’occupe de Grima. » Je lui expliquai plus en détail le plan, et vu qu’elle acceptait de me prendre et qu’on référa au dragon cette nouvelle, nous étions déjà les deux Voyageurs à nous en aller. Même si elle approuvait ça, on n’alla pas plus vite quant aux autres participants, et la grande Mara hurla alors à l’attention de tous, de sa voix nouvelle amplifiée par son cou diabolique :
« VU QUE VOUS N’AVEZ AUCUN CANDIDAT, C’EST VOTRE STRATEGE QUI CHOISIRA POUR VOUS LES SIX GUERRIERS QU’ELLE JUGERA LES PLUS QUALIFIES POUR SAUVER LE MONDE !!! » Je m’y attendais, malheureusement…

  A cette annonce, on voyait déjà le grand Erik qui se dépêchait de s’avancer vers la petite Mara, qui ne faisait pas ses treize ans, et il osa s’incliner devant elle :

« Je vous prie de m’accepter dans votre groupe… Je suis le principal fautif de cette escalade de ténèbres, je dois absolument y mettre fin. » Mais toutes les voix derrière lui disaient que ce n’était qu’un traître voué à Grima et que ça serait une erreur de le prendre avec nous.
Ce fut ensuite à Robin de venir :
« En tant que prince-régent… enfin, en tant que roi du grand Royaume de Merta, je vous prie de me laisser défendre mon peuple. » Evidemment, ses généraux et ses connaissances le trouvaient trop importants pour se sacrifier ainsi… Ce fut tout de même Emelia qui se débattait le plus pour le retenir. Le spectacle était assez terrible… Mais Mara était la stratège, et donc comme une sorte de déesse pour eux.
Ceux qui vont mourir la saluaient en tout cas.
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Jeu 29 Déc 2016 - 2:51
La fillette regarda la foule qui lui faisait face. Comment décrire son état présent ? Difficile à dire. Depuis le début de la nuit dernière, les locaux avaient pris l'habitude de lui mettre entre les mains les décisions les plus importantes. Toujours avec plus de personnes impliquées, toujours avec plus de conséquences. Si on lui avait demandé de prendre cette décision ne serait-ce que quelques heures plus tôt, avant même qu'elle ne rejoigne l'île volante d'Olivie, elle se serait probablement effondrée. Présentement, ses inquiétudes et sa terreur tournoyaient en elle, formant un maelstrom d'émotions dans son cœur. Dans un sens, cette tempête d'émotion était si violente, si hors de contrôle, qu'il était tout simplement vain d'y ajouter un semblant de réflexion. Elle n'arrivait plus à réfléchir à ce qui la préoccupait ou à ce qui lui faisait peur, toutes ces pensées étaient réunies en un point illisible de son esprit. Si bien que malgré les tremblements qui agitaient ses membres, malgré sa vision trouble, malgré son besoin de s'adosser au dragon blanc qu'était devenu sa clone, elle fut capable de répondre.

- Erik vient.

Était-ce l'adrénaline qui lui permettait de ne pas se contraindre au chuchotement, de comprendre ce qui se passait autour d'elle, de peser le pour et le contre ? Difficile à dire, elle n'était pas particulièrement fébrile.

- Mais Stratège, il y a à peine une heure il prenait en otage l'ensemble d'Olivie, il pourrait trahir, s'exclama vivement un soldat, dont le respect hiérarchique s'était perdu avec l'urgence.

Pour revenir à la jeune Voyageuse, peut-être que le dernier recours de son esprit pour la préserver avait été de la distancier de la situation. Elle devenait spectatrice, comme une joueuse devant un jeux-vidéo. Elle ne s'inquiétait plus vraiment de sa vie, elle voulait juste finir avec tout ça. Du moins, elle essayait, mais la peur ne partait pas comme ça. Ce fut peut-être pour ça qu'elle répondit si sèchement:

- En attendant, c'est lui qui a choppé la dernière perle, et c'est le seul a avoir essayé ! Il avait pas besoin d'attendre maintenant pour trahir ! Ça t'pose un problème ?

- Mais il utilise la magie noire, contre Grima c'est... tenta une autre voix perdu dans la masse de visages anonymes et méconnaissables.

- La magie noire est la plus destructrice, mais j'en ai d'autre en réserve, tenta d'apaiser le sorcier. De toute façon, Grima a absorbé toutes les magies sombres, et je ne me serais pas proposé sans arme.

La fillette posa sa main sur son front. Elle le trouva brûlant. Elle lança tout aussi brutalement:

- Robin vient aussi, et elle haussa la voix pour couvrir les protestation: il est le SEUL ici à avoir une arme anti-ombre ! Vous préférez quoi, un roi mort ou un roi mort et vous avec ? Puis sérieux, vous avez Sasha, les enfants de Robin, là...

- Mais c'est impossible, Dame Sasha n'est pas prête ! Et les deux autres... Pourquoi toutes ces voix insistaient...?

- Bah débrouillez-vous ! cria-t-elle. Je sais pas, apprenez-lui ! Puis les deux autres sont là, on a pas l'temps d'réfléchir à qui a le droit au trône ou quoi ! Puis si ça vous gêne trop, bah faites une foutue république et passez à autre chose !

- Je viens, ok, c'était qui cette voix déjà? Erdoan et moi avons eu une éducation royale mais il est bien plus apte à diriger que moi, qui suis une combattante. S'il faut reconstruire un pays, il sera plus utile auprès de Sasha et de Mère.

- Marine... non... donc avant c'était Marine, et là ça devait être Emelia...

Peu importait. Qu'ils gèrent ça entre eux, mais puisque que dans ce pays on accordait un droit de direction divin à une gosse de douze ans, elle savait au moins qu'elle avait deux des six personnes nécessaires. Elle se sentait de plus en plus mal, elle voulait juste mettre fin à ça. Elle faisait défiler les têtes des gens dont elle se souvenait, rejetant automatiquement les dirigeants, ignorant les voix qui s'élevaient autour d'elle, tantôt pour craindre une trahison, tantôt pour supplier de ne pas emmener telle ou telle personne.

- Valeau vient, et on aura besoin de Gaston, aussi...

Elle se sentait perdue, le brouhaha l'empêchait de bien réfléchir. Et au fond, elle trouvait ça horrible, elle avait le pouvoir de faire taire toutes les protestations à la seule force de ses choix. Comment l'empêcher de faire une erreur ? Elle devait forcément en avoir déjà fait.

- Comment ça, impossible ? Il est blessé ? Bah dans ce cas on prend le général guerrier-loup, ouais, Karim...

Ses actes n'avaient pas pu être parfaits, il avait dû y avoir des pertes, à un moment ou à un autre. Où avait-elle déjà échoué durant ces deux nuits ? Sans doute en prenant la plupart des grosses pointures vers Olivie, il avait dû y avoir des pertes sur le champs de bataille contre les Ombres... Mais au moins les soldats étaient venus de ce côté des montagnes, ils ne s'en étaient pas si mal sortis...

- Anaka n'a pas besoin de venir, marmonna-t-elle, Erik est déjà un bon mage et il faut des gens pour gérer les dragons ici... Je sais pas...

Elle avait quoi là ? Deux Dragons, deux Voyageurs, un mage, un archer, une chevalier-pégase, un épéiste, un chevalier- non, un homme-bête...

- Je sais pas, le fils de Dulle, avec sa wyverne ? Nan il a mené l'assaut de la bataille, il doit être crevé...

- Je viens aussi, fit une voix dans la masse que la fillette cru reconnaître. Et complètement lessivée, elle se contenta de lâcher un "ok".

- C'est un traître ! s'exclama encore un soldat quelconque. Il avait trahi leurs Majestés pour rejoindre le groupe du futur !

- Je veux changer le système, pas anéantir le monde, espèce d'abruti ! rétorqua celui qui s'avérait être Salim. Et tandis que le soldat commençait à répondre quelque chose, Mara cria de nouveau:

- QUOI ? Tu veux venir à sa place ? Pasqu'en attendant il peut te rétamer d'une main alors si t'as pas d'autre idée, je le prends !

Tellement mal à la tête...

Le brouhaha s'était un peu calmé, les élus prenaient chacun une monture, ceux n'étant pas habitués à les diriger comptant sur leur dressage pour qu'elles suivent celles qui étaient devant. Mara, pour sa part, monta sur le dos de la dragonne blanche. Elle ne réfléchissait plus, tout était confus en elle, avec toujours ce petit détail dans un coin de la tête qui la perturbait depuis un moment, et dont elle ne parvenait pas à savoir si elle voulait mettre le doigt dessus ou l'ignorer. Elle s'attelait juste à prolonger le contact avec les écailles tièdes qui étaient à présent sous ses mains. Ils allaient au-devant d'un dragon qui faisait la taille d'une chaîne de montagne. Ça n'allait pas être un affrontement, n'est-ce pas ? Ça ne pouvait pas en être un, ce n'était pas possible, question d'échelle. Ils étaient juste un commando pour tenter de le resceller. Non pour le resceller. Ils avaient une chance de s'en sortir, ils pourraient... n'est-ce pas ? Elle sentit son intestin être attiré par le bas tandis que sa monture prenait son envol, et elle s'agrippa à la fourrure qui apparaissait ici et là. Elle avait envie de pleurer. Elle ne voulait pas mourir. Elle voulait juste se réveiller toute seule avant de mourir. Elle voyait du coin de l’œil que ledit commando ne volait d'ailleurs pas très haut, pour éviter d'attirer l'attention de la nuée draconique qui attendait toujours.

Mara.

Elle entendit sa voix dans sa tête, mais ce n'était pas elle qui l'avait commandée. Elle fut déboussolée quelques instants, ne comprenant pas si c'était important ou si elle commençait juste à glisser vers la folie. À moins qu'elle n'ait déjà sauté à pieds joints dedans depuis longtemps... ?

Mara, c'est moi, ta clone. Je communique mentalement, ça serait impossible de parler à voix haute avec le vent. Il faut que je te dises quelque chose d'important.

- Quoi ?

Pas la peine de répondre en parlant, contente-toi de formuler tes pensées par des phrases. Je ne suis pas sure d'avoir d'autres occasions de te parler de ça.


... Quoi ?

Je suis désolée de t'imposer ça aussi, mais vois ça comme un espoir sincère que tu t'en sortes. Je veux te prévenir de quelque chose, pour plus tard.

... Tu me fais peur.

Comme je l'ai dit, je suis désolée, mais je n'ai pas le temps de te passer de la pommade. En ce moment même, quelque chose est en train de ronger mon coeur de l'intérieur, je ne vais pas tenir longtemps.

Je peux faire quelque chose pour t'aider ? Dis-moi ! Ne meurs pas !

Je sais ce que c'est, et je ne peux rien faire contre, simplement t'éviter mon sort. J'ai un tatouage sur mon coeur, un tatouage fait par Lord Crazy. Ce que je te cachais sur ma nuque, c'était sa signature de connard prétentieux. Si tu n'as jamais entendu parler de lui, ça ne saurait tarder : c'est le plus grand tatoueur de Dreamland, ses œuvres ont des effets incroyables sur leurs porteurs, selon l'encre qu'il utilise. Sauf que celle qu'il a utilisé pour moi est la pire qui soit, elle est faite pour distordre la personnalité d'une personne "bonne".

Je ne comprends pas.

Tout ce que je fais pour le bien d'autrui se retourne contre moi, excite cette encre infernale qui ronge peu à peu mon cœur, le détruit à chaque acte empathique, me forçant à faire du mal à autrui pour espérer pouvoir reprendre contenance.

... C'est...

Je pense que l'Épée me l'a imposée pour que j'ai la force d'agir selon son souhait, et quelque part, ça a réussit, puisque nous en sommes là. Mais je suis devenue quelqu'un que je n'aurais jamais voulu être, avec des pensées que tu ne pourrais même pas envisager. Alors Mara, pour ton bien, jure-moi que tu feras attention, que tu ne feras pas l'erreur que Dreamland m'a imposée, d'accord ?

... Oui.

Merci. Courage, nous y sommes presque.
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Lun 9 Jan 2017 - 20:58
La scène qui suivit, désolé si le style aérien prévaut alors, resta plaquée dans ma mémoire tel un marbre étrange : cela faisait longtemps sur Dreamland que je n’avais pas éprouvé de l’adrénaline, et retrouver mon ancienne came comme ça me déboussola autant qu’un jeunot sans expérience qui affrontait pour la première fois un chat-cauchemar onirique.

Tout commença par la préparation, mais dieu merci, je détestais ces moments habituellement mais l’urgence nous précipitait, et à peine eut-on le temps, avec deux pégases, deux dragons et une wyverne, de se mettre en ligne au bord du précipice, que d’un coup, nous nous envolâmes sous le hurlement d’encouragement de Mara-dragonne. Enfin, nous envolâmes… Mettons plutôt que les cinq montures déployèrent leurs ailes, se laissèrent tomber dans le vide le plus abrupt pour gagner en vitesse, le tout sur plusieurs centaines de mètres alors qu’on tenait comme on pouvait, puis au milieu de la chute, profitant certainement d’un courant que j’étais bien capable d’imaginer, les ailes remontèrent et nous dix remontions, la vitesse accumulée nous faisant foncer vers la chaîne de montagne là-bas, où la déchirure semblait la plus visible, comme si sous la montagne, il y avait une forme sombre qu’on ne pouvait identifier mais qui cherchait à tout prix à se débarrasser de cette couverture rocailleuse.

Les vingt dragons abimés par la magie obscure environ qui restaient furent sur nous très rapidement, oblitérant complètement le groupe qui était resté derrière. Allant à une vitesse qui ne semblait absolument pas naturelle, ils suivirent à peu près la même trajectoire que nous avant de fondre en essaims dans nos gueules. Peut-être était-il désespéré, peut-être que sa transformation lui donnait le sang chaud, peut-être pour des dizaines d’autres raison, mais en tout cas, Karim, l’homme-bête, devenu un gigantesque loup-garou, boosté au Sacralis, avait sauté de la wyverne afin d’éviter que cette dernière ne reçoive un coup fatal, et emporta avec lui, comme une prise de catch surréaliste, deux dragons par le coup, avec ses énormes bras. Sa puissance les fit tomber tous les trois vers le sol, un ou deux kilomètres plus bas.

Ce premier mort, si rapide, si facile, si désordonné même, nous fit nous rendre compte que nous étions dans la plus mortelle des course-poursuites, et qu’abattre les dragons n’était nullement l’objectif : il fallait rejoindre cette terrible déchirure qui nous attendait là-bas et y lancer l’Emblème du Feu. Mais les dragons étaient plus rapides que nous, assez en tout cas pour qu’on ne puisse les esquiver, et la lutte était acharnée alors que nous faisions tout pour ne jamais ralentir : il fallait faire attention aux côtés, défendre l’arrière et les flancs, et les montures et les conducteurs devaient esquiver tout ce qui passait devant eux. Mon panneau virevoltait et frappait dur tous les enfoirés qui approchaient, protégeant Hely du mieux que je le pouvais.

Erik, commandant la wyverne, se battait comme un beau diable mais on sentait qu’il allait rapidement s’épuiser et qu’il allait mourir… ça se voyait à sa façon de se battre, il allait bientôt clamser. En attendant, Valeau, presque gratuitement, après qu’il eut touché un des yeux d’une des saloperies, fut emporté par un coup de griffe, et tomba à son tour dans le vide, peut-être déjà mort, laissant un Salim esseulé sur son pégase qui ne pouvait plus qu’esquiver les coups, se défendant comme il le pouvait avec ses couteaux. Alors évidemment, les dragons se dépêchèrent d’attaquer le pégase, et il fallut d’abord un léger coup de pattes dans les côtes, puis un beaucoup plus violent de l’autre côté, d’une mâchoire terrible qui emporta une aile. Comprenant qu’il était perdu, il était trop loin pour sauter sur une autre monture, il se mit debout sur son pégase, sortit deux dagues, et sauta vers un dragon qui voulait le dévorer. Il lui planta deux dagues dans les yeux, esquiva les dents qui se rétractèrent de douleur, courut sur le dos de la bestiole volante (qui se mettait à tomber) tout en dégainant deux autres couteaux, se prépara à réitérer le même mouvement sur un reptile qui l’avait trouvé, puis… fut happé violemment par un dragon venant de sa gauche.

Alors qu’on passait sous un col, les tremblements de terre furent soudainement violents, et la montagne juste à-côté… s’écroula… comme si c’était une griffe de Grima qui s’était enfin débarrassée de sa gangue rocheuse. En tout cas, les débris de plusieurs tonnes ensevelirent un dragon sans aucun problème, nos montures à nous esquivant le tout avec une grâce incomparable, slalomant entre les gravats énormes qui venaient éclater la terre en contrebas. Cependant, un des rochers, les plus petits, les plus vicieux, explosa le crâne de Marine, qui tenait les rênes du second pégase. Elle ne hurla pas, et assommée, ou morte, elle tomba de sa monture avant même que son père, trop occupé à trancher avec une certaine efficacité les assaillants, ne puissent la récupérer. Il hurla son nom, horriblement, et récupéra les rênes, cette fois-ci en cherchant à attaquer les dragons plutôt qu’à les contourner.

On arrivait maintenant au niveau du sol, en vol rase-mottes, alors que nous n’étions plus que six, mais ce fut à ce moment-là qu’Erik réalisa la prédiction que j’eus pour lui : il finit par s’épuiser, et alors qu’il cherchait à lever son bras pour mettre un terre un des dracoliches, il perdit celui-ci. Sa stupéfaction, peut-être de ne pas avoir mal, l’empêcha de manœuvrer correctement sa wyverne, et cette dernière fut écrasée par un dragon venant du dessus. Je pense qu’Erik était sous une des pattes.

Nous approchions de plus en plus de la déchirure, alors que je me battais comme je le pouvais pour éviter qu’il ne touche à Hely, qui manœuvrait comme elle le pouvait, et crachait des flammes violettes pour aveugler ses opposants. Sur notre gauche, vers l’arrière, Robin ne pouvait plus tenir en étant aussi agressif, et après avoir, dans un mouvement incroyable, décapiter en un coup un dragon, il se reçut un jet de flammes vertes brûlantes qui incendia son pégase en quelques secondes. Il avait paré le coup avec son arme, et si les parties de son armure les plus sensibles avaient fondu, tout ce qui était tissu aussi, il était encore vivant bien que la moitié de son visage souffrait de brûlures terribles. Malheureusement, le pégase n’en pouvait plus, il brûlait encore, et Robin ne pouvait rester plus longtemps. Je demandais à Hely de se rapprocher, ce qu’elle fit, Robin nous vit, il sauta dans les airs dans un bond, il allait pouvoir s’agripper à ma main… et un dragon le happa derechef dans les cieux… l’épée de lumière de Robin tomba seule.

A trente secondes de la crevasse des ténèbres, qui faisait bouger les montagnes au-dessus, dévoilant même un œil sur lesquels on aurait pu construire une ville avec palais, les dragons n’étaient plus notre problème : ils s’étaient détachés de nous car Grima allait s’occuper personnellement de nous. Des centaines de pics de ténèbres, avoisinant la taille d’une lance, sortirent de l’œil terrible pour venir nous cueillir dans les cieux, avec une vitesse dépassant l’imagination. Je me mis à plat sur le dos d’Hely pour en esquiver la plupart, et lui hurlai de faire attention à toutes ces épines décochées. Je me préparai à faire une paire de portes pour la protéger en partie, mais tchack, ce fut trop tard. Je fermais les yeux et m’insultai terriblement. Trop lent.

Elle n’eut même pas le temps de dire quelque chose, elle commençait déjà à tomber. Mon cœur se glaça alors qu’elle tournait sa tête pour me voir. Je lui fis un dernier regard avant de sauter de son dos à la dernière monture, la Mara-Dragonne, en m’aidant pour cela d’une paire de portails. La pauvre était déjà atteinte de trois pics, mais continuait son vol de toutes ses forces, et je lui fis le bouclier que je n’avais pas eu le temps de faire pour ma fille, posant un portail cent mètres plus loin, pas loin du niveau de l’œil qui renvoya instantanément les attaques plus loin.

Les dernières secondes, je compris que Mara adulte n’allait pas lancer l’Emblème du Feu. Elle allait le planter. Elle nous demanda de sauter, en hurlant, alors que les épines de ténèbres se plantaient de plus en plus en elle alors qu’on avait dépassé ma paire de portails. Je pris la petite blonde sous le bras, et ne me fis pas prier plus longtemps : nous étions arrivés de toute manière. Au ralenti, la dragonne, souffrant bien plus que ses épines ne le laissaient deviner, tenait l’Emblème du Feu comme un trident divin, et s’apprêtai à le planter dans la pupille du monstre aux dimensions inimaginables ; je sautai vers l’arrière, l’œil dans mon dos, Mara sous le bras, alors que le choc allait avoir lieu entre la Lumière et les Ténèbres, dans moins de deux mètres cinquante.

Ma dernière paire de portails servit à rendre l’atterrissage moins rude à elle et moi. Puis nous n’étions pas posés sur le sol qu’un hurlement grondant, planétaire, nous recouvrit, une explosion de lumière tel un second soleil nous aveugla alors que pourtant, on lui tournait le dos, un tremblement de terre nous secoua, enfin, plutôt, c’était une danse de plaque tectonique, et le tout dura une quarantaine de secondes où le cerveau se déconnectait face au gigantisme de la scène.

Après ce chambardement cataclysmique, alors que la lumière naturelle perça, que les nuages rouges avaient disparu et laissaient place à un début d’après-midi extrêmement chaleureux, la montagne près de nous commença à s’effondrer… plus sur elle-même qu’autre chose, donc on courait peu de risques, même si des éclats de roche de quelques dizaines de tonne s’écrasaient à quelques mètres de là. Je pris la petite Mara sous moi, pour l’encourager à marcher, je n’imaginais pas dans quel état elle devait être. Un ou deux petits traumatismes ?

« Allez, on marche ma petiote… On rentre. » Je ne savais même pas où on allait. Je n’avais pas de revenir voir l’armée qui allait être partagée entre l’exultation de la victoire, et la tristesse des pertes royales. En tout cas, je la fis marcher. Attendre ici ne ferait que nous replonger dans l’horreur que nous venions de vivre ; marcher, c’était aller de l’avant.
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Sam 14 Jan 2017 - 16:53

Pendant les quelques instants que Mara passa à quatre pattes sur le sol qui tremblait, ses yeux n'avaient pas quitté la source de lumière, qui s'était peu à peu atténuée. Elle l'avait attendue. Elle l'avait cherchée, la silhouette blanche aux grandes ailes qui aurait dû en sortir. Mais elle ne savait plus vraiment pourquoi. Elle avait encore l'impression de sentir le brusque contact qui lui avait saisi les côtes un instant avant qu'elle ne se retrouve à terre, là, mais elle n'arrivait pas à se souvenir. Que faisait-elle, quelques instants plus tôt ? Elle avait l'impression que son ouïe était un peu... anesthésiée, sans doute à cause du vent qui avait martelé ses oreilles en vol. Oui, quelques instants plus tôt, elle était en train de voler. Elle était sur le dos de sa double transformée en dragon. Elle aurait déjà dû sortir de l'explosion, non ? C'était fini là, non ?

La lumière du soleil revenait sur cette scène de montagne qui s'écroulait légèrement par endroits. C'était grand, proche. C'était tellement ridicule. Son cœur semblait vouloir jaillir de sa poitrine, mais elle n'arrivait pas, ou peut-être ne cherchait-elle pas, à savoir pourquoi. Alors qu'elle entendait une voix lointaine juste à côté d'elle, elle se rendit compte qu'elle était assise alors qu'elle était convaincue d'être debout.

Elle parvint à se relever et à marcher, s'accrochant de toutes ses forces à ce qui devait être la manche de celui qui l'accompagnait, luttant pour empêcher ses jambes tremblantes de se dérober sous son poids. Pourquoi devaient-ils avancer ? Le bruit des blocs rocheux aurait pu lui fournir une réponse si elle avait accordé un tant soit peu d'attention au monde extérieur. Elle était secouée de tremblements, tandis que la terre frissonnait sous ses pas, percutée par les fragments de montagne. Il faisait beau et clair, elle était en vie. Quelque part, au fond d'elle, elle finit par se rendre compte que c'était terminé, qu'il n'y avait plus rien à craindre, qu'il ne restait plus cet infime doute qui était souvent signe que les ennuis ne faisaient que commencer.

L'instant présent n'avait plus besoin de toute son attention, les souvenirs n'avaient plus besoin d'attendre leur tour.

En clignant des yeux, elle se remémora peu à peu les éclats de la scène qui s'était jouée plus tôt, elle remettait certaines pièces en place. Pourquoi se souvenait-elle si précisément de cette silhouette solitaire sur son pégase, noyée d'un halo ardent vert ? Pourtant, elle ne se souvenait pas de ses cris, simplement du vent qui hurlait à ses oreilles. Le vent, rien que le vent. À peine quelques images, car elle était lâchement restée prostré sur le dos de l'autre Mara, qui parvenait à se débarrasser des dragons les plus entreprenants sans son aide. Pourquoi n'avait-elle rien fait ? Elle avait pourtant pris une lance en partant, presque négligemment, peut-être même la lui avait-on donnée. Un autre souvenir, tout aussi précis, d'un dragon qui s'approchait, gueule ouverte, et dans laquelle elle enfonçait son arme. Cette dernière lui avait échappé des mains tandis que le monstre s'en était allé en hurlant. Elle ne pourrait même pas dire si cette intervention avait été un tant soit peu utile.

Le sol qui défilait sous ses yeux était un peu flou, sa respiration un peu haletante, ses doigts serraient un peu plus le bras de celui qui la tenait debout. Qui était-ce ? Ça devait sans doute être Ed, qui d'autre ? Oui, qui d'autre était là ? Non, qui d'autre aurait dû être là ? Elle se souvenait du brouhaha avant le départ, de gens qui réclamaient, qui refusaient. Elle avait dû choisir... elle avait choisi qui ? Combien de personnes ? Trop ? Pas assez ? Elle n'arrivait pas à les compter. Ou étaient-elles ? Alors même que la pensée se formulait dans son esprit, un énième frisson la parcouru et sa voix sembla s'animer d'elle-même, enrouée, comme dans un souffle :

- Ed... ?

Ils n'étaient pas nombreux, il n'y avait pas beaucoup de montures. Il y avait Hely qui était venue, ça l'avait marquée, et un peu soulagée. Il y avait l'autre Mara, qui n'était toujours pas revenue. Comme Hely, du coup. Des visages commençaient à lui revenir, elle n'avait choisi que des gens qu'elle connaissait un peu, ou qui étaient en tout cas assez puissants. Ils n'étaient pas revenus non plus.

- ... Où sont les autres ?

Elle n'attendait pas vraiment de réponse, elle ne se rendait même pas vraiment compte qu'elle parlait, comme si son corps agissait à sa place, bougeant un pied après l'autre sans lui demander son accord. Mais son esprit recommençait à prendre possession des lieux, et sa respiration se fit plus vive, plus tremblante, une immense boule dans sa gorge essaya de bloquer sa respiration, et sa tête la brûlait, tandis qu'elle serrait encore sa prise sur le bras.

Elle les avait tués.

Quelque part, elle n'avait jamais pensé qu'il s'en sortirait, elle n'avait jamais pensé à l'après, simplement à l'urgence. L'urgence dans laquelle elle avait décidé, du haut de ses douze ans, que ces six personnes allaient mourir. Non, même pas six, huit. Elle avait tous leurs noms maintenant. Noms qui tournaient dans sa tête, encore et encore. Elle avait décidé de leur sort, et elle ne savait même pas comment chacun était mort. Elle ne savait même pas qui était cette silhouette qui gesticulait dans ce jet de flammes, sur son pégase. Elle avait été inutile, elle les avait laissés mourir tandis que sa double la protégeait.

Elle plaqua brusquement l'une de ses mains contre ses yeux pour repousser les larmes qui commençaient à couler, et un sursaut de douleur lui tira un gémissement, qui se mua en un sanglot qu'elle-même trouvait tellement pitoyable. Elle concentra difficilement sa vision sur son poignet, boursouflé, mauve, se rendant seulement compte qu'elle n'arrivait plus à bouger ses doigts. Comment s'était-elle fait ça ? Un vague souvenir d'un dragon qui avait agrippé les épaules de sa clone transformée, et elle qui avait tenté de bloquer un coup de mâchoire à sa seule et minable petite force. À part se casser le poignet, elle ne savait pas trop ce que cette intervention avait pu changer, il lui semblait que la menace avait été définitivement évacuée par un coup de queue de la grande Mara.

Un pied devant l'autre, elle avançait, vivante, alors qu'elle devait être la personne qui le méritait le moins. Et peu à peu, poussée par la culpabilité, elle se rendit compte de ce qui l'avait perturbée durant ces derniers moments. Depuis que l'armée était revenue depuis l'autre côté des montagnes. "L'armée", ils étaient à peine cent ou deux cents. Elle n'avait même pas remarqué que l'immense majorité de l'armée dont on lui avait confié la survie avait disparu. Elle ne s'en rendait compte que maintenant. Elle était partie, les avait laissés livré à eux-mêmes. Elle ne se souvenait même plus de ce qu'on lui avait dit, elle n'était même pas sure qu'on lui ait dit qu'ils avaient vaincu l'autre front. Elle ne se souvenait même pas avoir vu Gaston ou Anaka, alors qu'elle était presque sure d'avoir croisé Weld.

- Qu'est-ce que j'ai fait... ? plus un souffle qu'un chuchotement, sa voix se manifestait à peine par un petit bruit aigu.

Comme si le tremblement de ses propres mot avait été le dernier déclencheur, un sanglot lui échappa, puis un autre et finalement les larmes. Renonçant à les retenir, elle s'agrippa aux côtes du Voyageur, sa tête plaquée contre lui et pleura et cria, de tout son cœur, de toute sa détresse, comme jamais elle ne l'avait jamais fait depuis des années. Elle se fichait de ce qui se passait autour d'elle, elle n'arrivait plus à réfléchir, son corps entier la brûlait et elle peinait à respirer à cause de son nez bouché. Elle ne savait pas si elle voulait s'excuser ou être punie, des mots semblaient tellement ridicules face à l'ampleur de ce qu'elle avait fait. Elle aurait pu faire une liste de toutes les complications qu'elle avait causés par sa simple présence. Elle essaya vaguement de dire quelque chose, mais chaque début de mot finissait noyé dans ses émotions. Elle se détestait de pleurer comme ça, d'avoir causé les événements de la nuit, de n'avoir jamais fait attention à cette petite voix qui lui disait que tôt ou tard, Dreamland se retournerait contre elle. Elle haïssait tous les gens qui ne l'avaient pas empêché d'en arriver là, qui n'avaient pas empêché ses erreurs. Elle haïssait ce ciel éclatant, ce temps doux et chaud qui semblait vouloir faire comme si tout s'était bien terminé. Elle se haïssait, d'être aussi méprisable.

Elle tenta vainement, pour la énième fois, d'articuler quelque chose sans vraiment savoir elle-même ce que c'était, mais disparut dans un nuage de fumée.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

- Mara ! Ça va ?

J'avais incroyablement mal aux bras, comme si chacun d'eux subissait plusieurs crampes en même temps. C'était peut-être même le cas, pour peu que ce soit possible. Je mis plusieurs secondes à me rendre compte que j'étais réveillée, et que je pleurais et gémissais toujours. Je sentais une paume contre ma joue, qui repoussait mes cheveux de mon visage, je sentais que j'étais trempée de sueur, j'avais mal à la tête et je mourrais de chaud alors que ma couette était à moitié repoussée.

- Mara !

Je tentai de plaquer mes paumes sur mes yeux, peut-être pour forcer mes larmes à rentrer, peut-être pour me faire mal, mais les mains de Maman les repoussa et je la sentis redresser mon buste pour m'appuyer contre elle. Mon visage enfoncé contre son haut de pyjama malgré mon nez qui coulait, je laissais son odeur envahir ma bouche tout en me laissant totalement aller, criant tout en agrippant le tissu qui la couvrait de toutes mes forces. Je sentais l'une de ses mains masser ma nuque tandis qui l'autre était appuyée sur mon dos, je me sentais trembler contre elle. Je l'entendis murmurer à mon oreille que tout allait bien se passer, que tout ça n'était qu'un rêve, que ce n'était rien. "Un rêve". Un rêve qui avait tué plusieurs centaines, voir peut-être des milliers de gens, qui eux ne pouvaient pas se réveiller. J'étais un monstre, j'en avais la nausée. En voyant ma main plaquée contre ma bouche et mes hoquets silencieux, elle dut comprendre le problème et appela Papa, qui arriva peu de temps après avec une bassine, dans laquelle je rendais une bile douloureuse.

- Tes cauchemars ont repris ? me demanda-t-il d'un ton inquiet, avant de poser sa main contre mon front et de murmurer que j'étais brûlante.

Assise, la bassine sur mes genoux, je parvins à secouer la tête malgré mes sanglots qui se calmaient. J'en étais à me demander si je ne les aurais pas préféré, ces cauchemars. Il paraît qu'on oublie tout en mourant à Dreamland, mais est-ce qu'on retrouve son ancienne phobie ? Un autre sanglot un peu fort m'échappa, presque comme un rire. Il faudrait que j'essaye, un de ces jours.
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Le Pins du Feu [PV Mara]

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