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Le Pins du Feu [PV Mara]

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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Dim 29 Mai 2016 - 2:17
"C'est un piège."

... Non, vraiment? C'étaient leur organisation et leur nombre qui lui faisaient dire ça? À moins que ce soit le parfait sérieux de cette bande d'inconnus visiblement décidés à massacrer leur groupe? En y réfléchissant un poil plus, peut-être que les deux gros monstres du même format que celui qui l'avait coursé au début de la nuit n'y étaient pas pour rien non plus. Mais un piège de qui? Qui leur en voulait comme ça? La petite n'avait pas la moindre idée de qui aurait pu monter un truc pareil, et surtout pourquoi. Peut-être que sa panique latente avait un léger rapport avec cette absence totale d'idée.

Pour le moment, son esprit oscillait entre le vide froid et paniqué qui suppliait juste quelqu'un, n'importe qui, de lui dire quoi faire, et entre la conscience aiguë que dans un instant, on allait lui demander quoi faire. Et en quelques secondes, alors qu'elle cherchait désespérément une solution au léger problème dans lequel ils étaient fourrés, sa réflexion se retrouva polluée par les reproches qu'elle voulait balancer à la tronche du monde entier pour l'avoir fichue dans une position pareille. Ce fut sans doute ce qu'elle tenta de communiquer en lançant un regard oscillant entre la terreur, le reproche et le malaise à celui qui posa enfin la fatidique question. Finalement, ce fut un chuchotement qui traversa ses lèvres comme un cri du cœur, dépassant sa pensée:

"Bah... on fuit?"

Et comme s'ils n'avaient attendu que ça, une bonne grosse bande dévala les pentes pour se jeter dans l'arène naturelle. Sans vraiment réfléchir, la fillette n'avait même pas dégainée son épée, en brandissant toujours le fourreau comme si c'était une arme. En fait, elle s'était totalement déconnectée de la réalité. Elle manquait cruellement de temps pour réfléchir, elle n'avait pas assez observé son environnement, elle n'avait pas vu le piège potentiel, elle n'avait même pas envisagé que l'entrée n'ait pu s'effondrer par accident. Elle manquait cruellement d'expérience à Dreamland, elle était bien trop loin d'être capable d'être responsable de la survie d'un tel groupe. Elle n'était qu'une gosse à qui on demandait bien trop et elle n'avait même pas besoin de voir les autres pour sentir leurs regards pesants qui attendaient sans doute des indications. Mais arrêtez! Arrêtez d'attendre des miracles!

"Edffry, avec moi; Robin, protégez Sasha; Kirb et Tonio, restez ensemble et aidez Robin; Adrien, montez avec Gaston sur son cheval; Madame, restez au niveau du chariot et trouvez une paroi plus fragile que vous pourriez détruire."

Elle parlait machinalement, réfléchissant en second plan tandis que son moral variait comme un yoyo bourré. Tant qu'ils restaient au centre de la crevasse avec les troupes guerrières, les archers et les mages ne pourront pas trop se permettre de tirer dans le tas. S'ils se rapprochaient des parois par contre, ils étaient des cibles merveilleuses, dos au mur qui n'attendraient que la mort. Mais ils ne pouvaient pas indéfiniment rester au milieu. Même s'ils finissaient par battre tous ceux qui étaient descendus à leur niveau, les troupes à distance allaient probablement descendre aussi et ils seraient alors salement cernés. Pour l'instant, les deux gros monstres semblaient rester en retrait, sans doute car ils étaient trop violent pour se battre en équipe... mais ils allaient sévèrement compliquer leur fuite.

Le combat s'était engagé, les quatre groupe combattant de chaque côté du chariot pour le protéger. La mage qui refusait toujours de révéler son nom lançait parfois une boule de feu mais passait le plus clair de son temps à étudier les alentours. Le duo formé par le Chevalier Gaston et Sir Adrien n'était pas parfaitement efficace, elle l'avait initialement formé dans l'espoir qu'il cavale le long des bords pour tenter d'abattre quelques uns des tireurs, mais cette configuration avait été vite rendue impossible par leurs attaquants. La jeune fille avait cette terrible impression d'avoir fait une grosse erreur qu'elle allait regretter. Mais bon, vue leur situation, ça serait pas la première.

Elle enchaînait les attaques et les parades plus ou moins en mode automatique, recevant quelques coups en conséquence, jouant de son pouvoir pour leur faciliter un peu la tâche, même si la plupart de leurs agresseurs étaient trop hargneux pour y être sensibles. Qu'est-ce qui faisait un bon stratège? Qui le rendait meilleur qu'un autre? Aux Échecs, c'est la capacité d'anticipation, de se projeter plus loin que l'autre dans la partie, de voir les différentes possibilités et leurs solutions. Pouvaient-on vraiment comparer un jeu au tour par tour avec une véritable bataille, où chaque combat n'était pas nécessairement remportée par celui qui avait l'initiative, ou la fatigue devait être prise en compte? Peut-être que justement, concernant le talent du stratège... Comment être meilleure que celui d'en face? Elle ne le connaissait pas, elle n'avait aucune idée du contrôle qu'il pouvait avoir sur le cours de la bataille. Et quand on ne connaissait pas la mentalité d'un adversaire, il y avait un excellent moyen de la jauger.

Être totalement imprévisible. Dans la limite du possible.

À défaut de pouvoir fuir par les parois, elle avait un instant envisagé le ciel, mais personne ne semblait avoir les moyens de faire s'envoler le groupe, dans l'immédiat. L'idée de creuser un tunnel lui avait aussi traversé l'esprit, ne doutant pas de la capacité de la mage à exploser la roche, mais ils n'auraient pas eut le temps de fuir avec une telle méthode. Si encore il y avait eut des cavernes, mais ils n'en avaient pas trouvé pendant leur inspection. Mais du coup, une solution s'était imposée à elle. Pendant une bonne minute elle l'avait tournée et peaufinée, ne doutant pas qu'elle avait bien trop de défauts pour être viable, mais elle offrait tout de même une chance de sortir. Si la Mage était assez endurante. Et si ceux du groupe auxquels elle pensait étaient aussi faibles qu'elle l'espérait.

Repoussant rudement le guerrier qui l'affrontait, s'offrant deux secondes de concentration, elle profita du peu d'ennemis qu'il y avait pour laisser l'autre Voyageur seul un instant, reculant jusqu'au chariot pour attirer l'attention de la Magicienne, lui faisant rapidement part de son plan. D'une impulsion mentale, elle demanda à son aigle si une zone semblait moins protégée que les autres. La réponse était naturellement non, puisque même si les monstres étaient plutôt d'un côté, les archers et mages s'accumulaient plus de l'autre. Mais le choix était rapide, entre une foule et des monstruosités qu'elle doutait de pouvoir éviter, et une foule légèrement plus dense. En y repensant, elle n'était même pas sûre que les Créatures soient aussi inaccessibles, mais elle n'avait pas du tout envie de prendre le risque. Normalement, ça pouvait se jouer. Rejoignant Edffry, elle projeta une onde mentale au groupe, communiquant à ceux à qui elle pouvait parler un message très simple: Suivre le cri de l'aigle pour se repérer. Et cela fait, priant pour que le message passe, elle lança à la Mage:

"Maintenant!"

Et aussitôt, la mystérieuse inconnue dressa un bras vers les cieux, un ouvrage sous les yeux, et lança une flopée de petites boules de feu dans la foule. Des boules de feu faibles, très faibles. Mais nombreuses. Très peu touchèrent des soldats ennemis, la majorité atteignant leur véritable objectif: le sol. Au point que la poussière de roche qui le recouvrait commençait peu à peu à s'élever autour d'eux. Au point que malgré les cris de guerre qui retentissaient, plus personne ne savait qui ou même où attaquer. Mais normalement, son message avait du passer, n'est-ce pas? Quand son aigle poussa un long glapissement d'appel, elle ne réfléchit pas plus que ça et attrapa vivement l'autre Voyageur par le poignet pour fuir vers la direction indiquée. Elle entendait les roue de la carriole à côté, la rassurant un peu. Elle avait compté sur Tonio, Sasha, Adrien et le cheval de Gaston pour guider les plus forts vers leur porte de sortie, mais elle n'était jamais parfaitement sûre que son pouvoir fonctionnait sur tout le monde, surtout avec les humanoïdes...

Du coup ils courraient, le rapace criant encore tel un phare auditif pour le groupe, et la mage perchée continuait à mitrailler les environs de sorts pour maintenir le brouillard. Les projectiles commençaient à siffler autour d'eux, se plantant dans le sol avec un bruit sec, et le cœur de Mara battait la chamade en voyant son plan se mettre en oeuvre. Évidemment que les archers allaient tirer vers eux, idiote. Cette fausse brume supprimait la visibilité des mages et des archers, pas leur capacité à attaquer. L'enfant cria à Krib et Gaston de tenir le flanc gauche de la caravane, tandis que Robin et les Voyageurs s'occupaient du droit. Elle ne savait pas si les moins endurants avaient rejoins le chariot ou leurs montures. Elle ne savait pas si la magicienne allait réussir à faire suffisamment s'effondrer la paroi pour permettre aux chevaux du marchand de la gravir. Elle ne savait pas s'il y aurait assez de poussière au niveau supérieur pour maintenir leur protection. Elle ne savait pas si les tireurs allaient hésiter à tirer dans le nuage quand ils allaient passer entre eux. Elle ne savait pas à quelle vitesse les monstres allaient pouvoir rejoindre ce côté du fossé. Elle ne savait pas si tout le monde était encore en vie, s'ils ne laissaient personne derrière eux. Elle ne savait pas s'ils allaient au moins être quelques uns à s'en tirer.

Mais il y avait une chose qu'elle savait: elle était complètement terrifiée, son cœur menaçant de s'échapper par ses tempes ou par sa nuque à chaque battement. Et dans cet état, s'ils rejoignaient la luxuriante forêt de la matinée, avec toute la sympathique faune qu'elle avait entendue, elle n'était pas convaincue de pouvoir faire preuve de retenue.


____________________


Un homme, sensiblement âgé et vêtu d'un large manteau noir et mauve à capuche, regardait soucieusement son prince. Ce dernier était revenu de l'assemblée organisé par le Prince Robin dans un état particulièrement soucieux qu'il ne lui reconnaissait pas. Ainsi, tentant de comprendre les tenants et aboutissants de son état, il se contentait de l'écouter parler, le relançant par moment afin d'avoir des précisions:

"Votre Altesse, comment pouvez-vous êtes sûr qu'il s'agit bien d'elle?"

"Je n'en sais rien!" tempêta le Prince Nirsan en se massant les tempes, avant de poursuivre: "Cette gamine avait les cheveux longs, je n'ai pas pu voir le fourreau en détail, mais l'aura qu'elle dégageait... Je reconnaîtrais cette lame entre mille. Je ne sais pas comment elle s'en est saisie, mais..."

"Vous pensez vraiment que cette enfant aurait pu vaincre le meilleur guerrier de notre Royaume, mon Prince?"

"Tu m'as toi-même appris à ne pas sous-estimer ceux que je croise."

"Je sais bien, mais cela me semble si... improbable..."

Un silence s'installa entre les deux hommes, tandis qu'ils échangeaient un long regard. Le stratège détourna finalement le sien, soupirant à l'adresse de son seigneur:

"Je suppose que naturellement, vous ne reviendrez pas sur votre décision?"

"Non," lâcha le Prince des Marches de la Fêtée avec intransigeance. "Ces chiens de Merta se sont suffisamment moqués de nous, mais on est au-delà de la rancune personnelle. Si Folichon ne revient pas entre les mains de notre maison, qui sait quelle folie ces bouffons pourraient accomplir. Ils sont inconscients de son pouvoir."

Il s'autorisa un instant de silence pour reprendre sa respiration avant de se lever de sa chaise, toisant son subordonné en concluant:

"Nous allons attaquer une capitale, et mon armée a besoin du talent de son stratège."

"À vos ordres." répondit simplement l'homme, en inclinant la tête.
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Mar 31 Mai 2016 - 11:43
La bataille qui eut lieu, par son aspect dramatiquement inégalitaire, me marqua trèèèès longtemps après. Déjà parce qu’elle était dramatiquement inégalitaire, je n’allais pas vous ressortir le topo mais merde, on était encerclés, en sous-nombre, et ces enfoirés avaient même réussi à dégotter deux monstres. La partie la plus rationnelle de mon esprit, celle qui méritait de devenir expert-comptable ou conseiller en je ne savais quoi de financier, me fit dire : ‘on n’a peut-être rien trouvé dans la roche, mais ça ne veut pas dire qu’on n’a pas trouvé les monstres’. Si on survivait (voire pourquoi pas, je ne savais pas comment, mais pourquoi pas, si on gagnait), on avait une piste pour remonter à la source des maux du royaume.

Second point qui me marqua : étant toujours aussi incapable, ma vulnérabilité faisait battre mon cœur si vite que j’avais l’impression de faire une crise de tachycardie, puis que je subirais une joyeuse crise cardiaque en arrosant mon pantalon (comme pour mes débuts sur Dreamland, j’avais cet attrait non-Voyageur classe qui nuisait énormément à mon image). Non mais regardez-moi leur nombre, regardez leur positionnement, regardez les différentes unités qu’on devait se taper ! Guerriers, épéistes, archers, mages, hey, génial ! Personne voulait venir dans notre équipe, pour équilibrer un peu ? Je savais qu’on avait un impitoyable Gaston dans nos rangs, mais ils avaient deux foutus monstres en-face, et la présence du chevalier ne voulait pas dire que les plus faibles d’entre-nous (moi, en l’occurrence) allions survivre à l’affrontement.

La petite Mara, complètement paniquée, prit de courageuses décisions, non pas pour leur audace, mais parce qu’elle avait la tête assez froide pour respecter le rôle de stratège que les autres lui avaient fait endosser. Elle avait un courage cette petite, ne cherchez plus pourquoi elle avait le record de juvénilité sur Dreamland.

Je restais près d’elle tandis que la première vague arrivait et croyez-moi, heureusement que Mara était là. J’achevais à peine les types, nous n’étions plus tranquillement dans la forêt à corriger les connards les uns après les autres, elle qui frappait et moi qui terminais le travail sans une once d’honneur. Là, c’était la débandade, et je me cachais publiquement dans le dos de la fillette, car il suffisait d’un mauvais placement que mes réflexes ne sauraient corriger, et shlak, ciao Ed. La fillette au moins, pouvait réagir rapidement et saurait supporter des blessures superficielles qui moi, m’handicaperaient énormément.

Je faisais tout mon possible, attention ! Je me battais avec tout ce que j’avais, essayant de servir le plus possible, mais je ne faisais que ricaner mes adversaires (avant que Mara ne les corrige), ou alors les achever quand un coup de talon dans la pomme aurait suffi. Je fus rapidement fatigué (j’esquivai avec brio une boule de feu, à comprendre, j’esquivai par grande chance une boule de feu d’une roulade qui faillit m’assommer contre la carriole), mes attaques étaient de plus en plus futiles.
MAIS !

Au milieu du combat, alors qu’on n’arrivait clairement pas à se défaire de la nasse et que Mara était allée voir la sorcière pour préparer j’espérais, une salvatrice stratégie, quand je me défaisais d’un type qu’elle avait assez mâchouillé pour que je me permette de l’attaquer, une sorte de… quelque chose eut lieu. Quand je retirai ma lame de sa gorge, je me sentais en meilleure forme qu’en la lui plantant. Etait-ce dû au mystérieux entraînement que Gaston m’avait demandé de faire ? Difficile de savoir, mais les prochains ennemis me firent moins peur qu’avant, comme si mon corps, se souvenant de mon ancienne puissance, les appréhendait mieux. Certes, je ne fis pas grand-chose en plus que me défendre contre deux guerriers, mais… je me défendais contre deux guerriers. Quelques secondes plus tôt, j’aurais eu la frousse de m’en confronter à un seul, mais là, ils étaient deux, je parai peu et évitai beaucoup, mais ça fonctionnait !

Les prochains mouvements furent décisifs, car Mara avait mis son plan génial à exécution : la sorcière que j’avais vu hier soir créait une sorte de brume avec la poussière du sol, et celle-ci nous dissimulait temporairement à la vue de nos ennemis, ce qui était parfait pour fuir. J’entendis l’appel télépathique de Mara (je comprenais mieux pourquoi elle était stratège, si elle utilisait ce don plus souvent, on serait un commando extrêmement difficile à vaincre), mais je n’eus pas à faire des efforts pour suivre l’aigle car la Voyageuse attrapa ma main pour me tirer dans la bonne direction. On s’enfuit alors tous, j’entendais les bruits de pas, mais je compris le souci : si les archers et les mages ne nous voyaient plus, l’inverse était aussi vrai. Impossible de savoir d’où allaient venir les flèches, et si on était vraiment en sûreté tant qu’on ne serait pas visibles.

Alors on courait, on courait aussi vite qu’on le pouvait, on entendait les roues cahoter sous la vitesse et les chevaux foncer autour de nous. J’avais lâché la main de Tara, et j’essayais de grimper sur la carriole, je ne pourrais courir longtemps à ce rythme, et je n’étais pas assez rapide vu que le groupe était majoritairement monté. Des flèches faisaient s’enrouler la poussière autour de l’appel d’air, des boules de feu et de foudre nous cherchaient sans nous toucher, mais les tirs restaient timides, et au vu de ce qui se passait, on allait bientôt traverser le barrage d’hommes pour retourner dans notre super forêt.

Hin hin. Sauf que non.
Pas pour moi en tout cas.
De la foudre s’abattit sur moi, et le choc électrique fut tel que je tombais par terre et j’étais persuadé que personne ne m’avait vu blessé sur le sol. Je fis des roulés boulés, la langue tirée par les secousses, et je n’arrivais plus à bouger, sinon par spasmes, ce qui n’était pas très utile pour fuir. Je tremblais comme un dingue, et peu à peu, alors que les autres s’en allaient vite et loin en essuyant les coups comme ils le pouvaient, les défenseurs protégeant les plus faibles, je restais comme une merde, le nez dans la poussière, sans même pouvoir hurler. La poussière d’ailleurs, tombait de plus en plus et au final, je redécouvris le paysage environnant. J’étais presque grimpé à l’étage supérieur, presque. Mais pour le moment…

Des grandes bottes passèrent devant mon visage, et j’entendis une voix rustre, mais toutefois polie, qui énonçait :

« On en a eu un autre. Emmenez-le aussi.
_ Bien, Ros. »


Il y eut de la fumée noire et violette qui m’entoura, un sort de je ne savais pas quoi, puis vrrrouummm… Le grand vide. Le grand noir. Je perdis connaissance quelques secondes, puis rouvris les yeux… ailleurs, dans une grotte certainement. J’avais été téléporté dans un autre lieu. Et on m’enfilait déjà des cordes pour m’empêcher de bouger. A-côté de moi, je voyais que Tonio était lui aussi entravé pas des liens. On était loin de tout, merde ! Putain de…

__

Le reste de l’escouade réussit toutefois à passer. Mais arrivés aux premières racines, assez loin des ennemis qui les pourchassaient pour ne pas subir de coups, on se rendit rapidement compte qu’il manquait deux personnes. La sorcière cherchait Ed des yeux, et Gaston, son fils Tonio. Mais il fallait quand même progresser, car les archers les plus proches encochaient déjà leurs flèches pour leur tirer dessus. Mais la sorcière était déjà à court de flammes, elle ne pourrait plus lancer de sorts avant un moment. Et Adrien lui, manquait de flèches et de temps pour se débarrasser des adversaires. Jusqu’à ce qu’une boule de foudre frappa un des ennemis dans le ventre, le plaquant au sol, et qu’une seconde força l’autre à se cacher derrière un arbre. L’équipée pouvait continuer à avancer dans la forêt pour y trouver un peu de repos avant que le reste des ennemis ne vienne les rejoindre. Ils n’allèrent effectivement pas bien loin car Gaston était rivé dans la direction de la faille.

« Ils ont Tonio. Il faut que j’aille le sauver !
_ Mara, que doit-on faire ? »
, lui demanda Robin.

Une autre partie de l’escouade alla voir la personne qui leur avait donné un coup de main avec ses sorts de foudre. Il se trouvait que c’était une fillette, âgée d’à peine quinze ans, qui portait les mêmes vêtements que la sorcière initiale du groupe, pour sa taille cependant. Elle avait les cheveux blonds et courts, en chignon oriental, les yeux gris, l’air timide ainsi que des lunettes rondes qui lui donnaient un petit air de rat de bibliothèque, quelqu’un qui marchait les yeux vers le sol, ou lisant un livre. Quelques-uns la félicitaient pour son intervention, mais elle écoutait à peine, nerveuse comme tout, et dès que la sorcière fut sur ses deux jambes, elle fonça vers elle en hurlant :

« Maman ! » Ce qui décontenança tous les spectateurs de la scène… surtout la sorcière en question, qui ne savait comment réagir à cette fille qui lui faisait un câlin d’affection énorme. Elle essaya de balbutier qu’elle n’avait pas d’enfant, mais ça ne sembla pas tant déranger la fille que ça. La petite magicienne pleurait presque sous le coup de l’émotion, mais son étreinte fut doucement arrêtée par la sorcière.
« Je suis désolée petite, je ne suis pas ta mère.
_ Tu n’es pas Anaka ? »
Elle ouvrit grand ses yeux devant la surprise.
« Comment tu connais…
_ Et il est où Papa ?
_ Quel Papa ?
_ Mais… Ed ! »

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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Mer 1 Juin 2016 - 19:51

Elle s'était appuyée sur la carriole finalement arrêtée pour reprendre son souffle. Yeux fermés, elle avait peur de les rouvrir pour constater que la moitié de la troupe avait disparu et que l'autre était en sang. Elle avait couru à en perdre haleine, peinant à rester au niveau des chevaux qui galopaient. Même avec sa puissance de Voyageuse, elle n'aurait pas imaginé accomplir une prouesse pareille. Elle se força à déglutir malgré sa gorge sèche, histoire de pouvoir parler un minimum en cas de besoin, et ouvrit finalement les paupières.

Un grand soulagement la prit devant le spectacle qui s'offrait à elle: Sasha, indemne, soignait Gaston d'une blessure par flèche. Le chevalier était maintenu à terre par Kirb, dos à elle, et tournait la tête à droite et à gauche. Adrien s'occupait lui-même d'une brûlure en y appliquant une sorte de crème, tout en faisant quelques pas vers leur sauveuse. Oui, la moitié de la troupe n'avait pas disparu, et ceux qui lui faisaient face étaient en bon état. Mais le cri du grand chevalier résonnait toujours à ses oreilles. Un cri du cœur, sincère et terrible, qu'elle n'aurait jamais cru entendre de sa bouche. Tonio avait disparu. Un violent frisson la prit à cette idée, d'autant plus quand elle se rendit compte qu'elle était en train de le considérer comme mort. Elle repensa à son arrivée dans ce Royaume, lorsqu'elle avait frôlé la bagarre pour que les autres membres du groupe d'enterrent pas tout de suite Edffry. Est-ce qu'ils étaient en train de déteindre sur elle? À moins que ce soit juste car ils avaient été attaqués par un groupe cinq fois plus nombreux qu'eux, qui tirait à l'aveuglette, sans donner l'impression de vouloir épargner qui que ce soit.

D'ailleurs, en parlant du blond, où était-il? Recevant un nouveau pic de nervosité, elle acheva de reprendre un semblant de contenance et allant à grands pas douloureux vers la première personne à ne pas sembler particulièrement occupée, même si elle s'éloignait. Touchant le bras de la sorcière pour attirer son attention, elle lui demanda hâtivement si elle l'avait vu, mais son expression mi-inquiète mi-ennuyée se passa de réponse. Expression qui fut vite remplacée par de la surprise, quand une fille se jeta dans ses bras en appelant sa mère. La Voyageuse recula d'ailleurs d'un pas, par réflexe, sans vraiment comprendre ce qu'il se passait. Elle reconnaissait juste l'inconnue qui avait lancé l'éclair salvateur.

Au fil du bref échange qui eut lieu entre les deux, la Voyageuse faisait voler son regard de l'une à l'autre, alors que les questions s'accumulaient en elle. En fait, elle ne releva même pas qu'elle entendait le nom de la mage pour la première fois. Cette fille là, elle était plus vieille qu'elle, quel âge avait Anaka? C'était vrai qu'elles se ressemblaient un peu, mais c'était peut-être juste à cause des vêtements...

"Mais… Ed !"

La mention du nom provoqua une réaction étrange chez la femme, comme un début de rougissement qui se battait avec une soudaine pâleur. De qui parlaient-elles? La fillette ne comprenait plus rien à ce qu'il se passait d'un coup, et la Mage non plus visiblement, puisqu'elle répondit en passant ses doigts entre ses deux yeux:

"Mais comment... je... non, c'est impossible, nous... Je veux dire... déjà?"

"Maman, où est Papa?" insista la nouvelle venue, soudainement inquiète, "Il n'était pas sensé être avec vous?"

Ed... Edffry?! Mara regarda l'inconnue comme si elle la voyait pour la première fois. Elle avait les mêmes cheveux blonds. L'enfant n'était pas assez attentive pour voir une ressemblance de visage, mais ces oreilles... Elle n'étaient pas rondes bien sûr, mais beaucoup moins pointues que celles des autres Habitants des Rêves. La Voyageuse ouvrit la bouche comme pour prendre la parole, puis la referma dans un souffle, et commença à rire nerveusement, attirant involontairement l'attention de l'anonyme.

Constatant que sa stratège était complètement dépassée par les événements et que la mère supposément déclarée semblait plongée dans une intense réflexion, Robin prit les choses en mains et s'approcha de nouveau de l'adolescente, prenant gravement la parole:

"Nous te remercions pour ton aide, Mage. Je suis le Prince Robin, et tu sembles connaître quelques membres de notre équipe, même si je ne suis pas sûr de bien comprendre... Peux-tu nous dire ton nom? Et nous expliquer un peu ce qu'il se passe?"

L’intéressée regarda son interlocuteur avec une gêne renouvelée et souffla doucement:

"Ah oui... Je m'appelle Hely, mage de foudre comme vous avez pu le voir... Et pour ce que je fais ici... On m'a demandé de pas le dire..."

Elle rougissait encore plus sur ces dernières paroles, levant le regard vers sa prétendue mère qui la toisait tout en serrant son livre de sorts entre ses bras. Et la-dite prétendue mère prit finalement la parole, interrompant le silence qui s'était formé:

"J'ai peut-être une idée de ce que tu fais ici et si j'ai bon, il vaut en effet mieux pas que tu en parles. Contente-toi de suivre les conseils de celle qui t'as envoyé." Tout le monde la regarda plus ou moins bizarrement, mais elle n'en tint pas compte et continua son discours, s'adressant à Mara cette fois: "Cependant, ça veut sans doute dire qu'Ed est encore en vie, il doit y avoir un moyen de le retrouver!"

"Parfaitement!" rugit le chevalier Gaston en arrivant rageusement au niveau du groupe, "Cette bande de puterelles a dû les emprisonner, Tonio et lui, il faut les récupérer!"

Encore une fois, tous les regards étaient pointés vers Mara qui, encore une fois, ne savait pas quoi dire. Devant le silence qui se forgea, attentif à sa réaction, la petite lâcha enfin:

"Euh... Je veux bien, hein, mais... Bah déjà, on sait pas où ils sont, si on va pas avoir besoin d'affronter encore tout le monde pour les tirer de là, et puis... On a pas beaucoup de temps pour s'occuper de notre quête, non...?"

Le temps distendu de ce royaume l'empêchait d'avoir une quelconque notion de durée, et elle avait peur de se réveiller avant la fin, les laissant livrés à eux-même. Elle se sentirait quand même ultra mal. Mais Sasha intervint vivement, retirant une partie de ses doutes:

"Mais tu sais, si ça se trouve, les deux sont liés! T'as pas vu les deux monstres bizarres? C'était pas les mêmes que celui qui t'avait attaquée?"

"C'était donc ces Créatures?" intervint Kirb, "C'est vrai que si on cherche des preuves sur leur origine, il peut être intéressant de suivre cette piste."

Le regard de Robin s'affina à cette remarque, sans doute satisfait d'avoir déjà un témoin en la personne du chef des Anaks. Finalement, Sir Adrien conclut:

"Sans oublier que nous aurons sans doute l'effet de surprise. Avec celui-ci, nous pourrions tourner le terrain à notre avantage et les piéger, prenant un avantage considérable sur eux. Je ne doute pas que vos conseils nous permettront de tirer nos deux compagnons des griffes ennemies!"

La jeune fille regarda alternativement les différents membres du groupe qui l'entourait, puis le marchand qui s’assurait de la bonne santé des chevaux de trait malgré leur course. Ils étaient quoi? Trois combattants, un archer, deux mages et un soigneuse, en plus d'elle... Allaient-ils vraiment en être capable? Pouvait-elle prendre le risque de sacrifier huit vies pour en sauver une et demi? La mort d'un Voyageur était dommage, mais il lui restait le monde réel, sauf que les êtres qui vivaient à Dreamland n'avaient pas cette seconde chance. Elle repensa brusquement aux bandits qu'elle avait attaqué presque sans scrupules, et se sentit terriblement hypocrite d'essayer de compter les vies comme ça. Et puis, c'était vrai: si c'était en lien avec leur quête, refuser d'affronter cette armée revenait peut-être à condamner  l'ensemble du Royaume.

Elle eut presque du mal à parler, tant sa gorge était sèche:

"On va y aller, oui..."

Se tournant vers le chef de la Guilde des marchands qui semblait avoir fini son affaire, la petite poursuivit:

"Il faudra être prudent. Ils sont beaucoup donc doivent sans doute passer par des grosses routes et tout, nous on n'a qu'un chariot d'encombrant, on devrait pouvoir les rattraper. Vous avez pas une carte où on pourrait voir un bon chemin, ou deviner où ils feront leurs haltes? Peut-être qu'on peut anticiper un endroit pour faire une embuscade qu'on pourrait préparer..."

"Je vais regarder ça mademoiselle, mais je doute pas un instant d'avoir ce qu'il vous faut!" répondit l'homme avec un large sourire.

Mara n'aimait pas ne pas comprendre ce qu'il se passait, surtout quand c'était plus à cause d'un manque d'information qu'à cause du délire de Dreamland. Mais elle était sûre que leur aventure venait de prendre un nouveau virage, et que ça passait par le sauvetage du jeune épéiste et de l'autre Voyageur. Et ça serait encore mieux si le-dit Voyageur pouvait leur expliquer c'était quoi le truc avec Hely.

Finalement, moins d'une heure plus tard, ils étaient en route et déterminés à rattraper l'armée. Gaston avait reçu le rôle d'éclaireur grâce à sa grande mobilité, et rapporta que la cohorte était partie et avait emprunté un chemin non-indiqué sur leur plan. Ça allait être plus difficile de prévoir leur trajet mais s'ils marchaient en pleine cambrousse, sans doute n'allaient-ils pas tourner dans tous les sens. Prévoyant donc approximativement leur direction, le petit convoi se mit en route, déterminé à ne pas faire de pauses pour rejoindre leur cible le plus rapidement possible.
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Mar 7 Juin 2016 - 10:07
Au final, j’étais enfermé dans un cachot de trois mètres sur trois, la grande classe des environs, avec un lit pourrave (j’étais déjà bien assez charmant d’appeler ça un lit) avec un sceau quatre étoiles pour me soulager. Tonio était enfermé dans la cabine à-côté, et privé de ses affaires, il était redevenu un simple gamin. Je toquais les cages, autant pour tester leur solidité que pour voir si par miracle, ma force de Voyageur était revenue ; avec elle, une pichenette et je tordais l’acier. Le souci, le vrai, c’étaient les gardes. Parce que cette porte, je pouvais la traverser sans aucun souci, je me téléportai et bim, ciao la compagnie. Sauf que non. A cause des gardes en question.

  Je fis le calcul dans ma tête, mais n’étais pas sûr de pouvoir faire beaucoup plus que trois ou quatre paires de portails vu le début de la nuit et la fatigue ; vu que je n’arrivais pas du tout à les contrôler, sinon les invoquer, pour me tirer et libérer Tonio, il faudrait déjà que j’en gâche deux. De plus, je ne pourrais me balader qu’à cinquante mètres, et nous étions clairement sous terre, mais des pas au-dessus de moi, qui d’ici ne ressemblaient qu’à de régulières vibrations, semblaient dire qu’il y avait des hommes en-haut. Alors m’enfuir, oui, c’était une belle idée, mais pour aller où ? Si ces foutues cavernes étaient un tant soit peu profondes, me déplacer à cinquante mètres, à part nous perdre ou nous retrouver au milieu de nos agresseurs, serait juste un gâchis de mon pouvoir. Je les utiliserais certes en dernier recours, mais j’étais extrêmement réticent à gâcher tous mes pouvoirs à une évasion risquée. Ma vie n’était pas en danger, il suffisait que je me réveille et hop. Alors on laissait tomber les initiatives musclées et mortelles.

  Qu’est-ce que j’attendais alors ? Et bien justement, ma vie n’était pas en danger, et je voulais savoir pourquoi. C’était le genre de curiosité bien placée pour le coup. On n’encerclait pas des fous furieux pour les pilonner, puis au final, emprisonner les survivants. En tant que Voyageur, je pouvais comprendre pourquoi on me laissait en vie (peut-être qu’ils se demandaient si m’achever n’allait pas leur envoyer une bande de fous furieux avec des oreilles rondes la nuit prochaine) ; mais Tonio, qui était un guerrier, certes un peu jeune, certes un peu doué, mais qui n’avait rien de très particulier, pourquoi ? C’était une réflexion à creuser, peut-être que nous n’étions pas tant en danger que ça.
Ou peut-être que les monstres demandaient de la chair fraîche au repas. Ou qu’il en fallait pour en construire.
On se calme ma fille, tu avais toujours tes portails. Tant que j’avais mon pouvoir en tant que joker, rien ne pourrait m’arriver… à court terme.

  Rapidement, deux soldats ouvrirent la porte de ma cage sans dire un mot et m’ordonnèrent de les suivre. Vu que je n’avais rien d’autre à faire sinon compter les pierres et les moisissures sur les barreaux, j’acceptai volontiers. Comme imaginé, l’endroit était un vrai labyrinthe où les couloirs faisaient suite à d’autres couloirs, tant et si bien que foncer au hasard était une idée contre-productive. On me fit passer par une petite porte en bois, et je me retrouvai dans un endroit déjà mieux aménagé : le bois remplaçait les pierres pour chatoyer l’œil, et les lumières dansantes éclairaient agréablement la pièce. Il y avait un bureau, de la paperasse, ainsi qu’un lit et un semblant de cuisine. Un type, assis sur un coussin au sol remplissait une feuille de phrases illisibles, puis m’indiqua à m’asseoir en-face de lui. Il congédia courageusement les gardes si bien qu’on ne fut que deux dans la pièce. Je le reconnus vite : c’était le chef de l’assaut précédent, celui avec les bottes qui s’étaient empressés de nous téléporter ici. Il s’excusa d’un ton doux de continuer à écrire, et une fois qu’il eut fini, posa la feuille à-côté de lui. Le vieil homme à barbe blanche et un œil sous bandeau ouvrit doucement les bras pour lancer la formule :

« Bienvenue dans mon humble demeure. Je m’appelle Gohort. » Je fis tourner ma langue dans ma bouche sans répondre, produisant un soupir chez mon interlocuteur. Il changea de stratégie et lança un surprenant : « Vous n’êtes pas de cette région, je suis désolé que vous ayez fini prisonnier de mes barreaux. Ce conflit ne vous concerne en rien et je ne veux pas provoquer de dommages collatéraux.
_ Et mon camarade ?
_ Le gamin ?
_ Pourquoi vous ne le… ? »
Un mouvement du doigt sur la gorge avec une subtile onomatopée. Le vieux resta stupéfait :
« On ne tue pas nos prisonniers.
_ Pourquoi vous faîtes des prisonniers ?
_ Pour ne pas tuer des gens. Nous ne sommes pas des barbares.
_ Vos monstres sanguinaires approuvent. »
Le vieux chercha une réponse, ne la trouva point, et se gratta la tête. Il souffla et se lança dans une longue logorrhée.
« Comment vous faire comprendre ? Vous connaissez bien le Royaume de Merta ? Celui-ci est prospère je vous l’accorde, mais il a subi de longues guerres à cause des dirigeants de la génération précédente. Le roi et la reine étaient des monstres sans pareils qui ne pensaient qu’aux carnages et aux conquêtes. Une fois qu’ils furent morts lors d’un voyage officiel – assassinés peut-être, je vous l’accorde – ce fut un soulagement pour tout le royaume. On était prêt à souffler. Mais les régents actuels du royaume, en attendant leur mariage pour obtenir leurs titres, soit Robin et Sasha, ne sont pas les gouvernants que nous attendions.
_ Ils ont l’air pourtant réglos et sympathiques.
_ Sympathiques, peut-être, voilà leur seule qualité. Mais réglo… Ils ne recherchent pas la guerre… Ni à bien organiser Merta. Ce sont des fainéants indignes de la couronne, qui préfèrent passer leur temps à vagabonder plutôt qu'à s'occuper de nous. Et dès qu’il y a un problème dans les caisses de l’Etat ? On augmente les impôts ! Dès qu’il y a un problème de paysans ? Rasons le village. Des manifestants ? Qu’on découpe la tête des organisateurs. Les solutions sont si radicales et simples que plus personne n’ose remuer le moindre petit doigt. Et quand on leur demande s’ils veulent laisser la couronne à d’autres, oh non, ils veulent garder leur titre. Olivie se porte bien, merci. Mais les autres villes ? Les villages, les hameaux ? Robin et Sasha ont séparé totalement les sphères de leur si chère capitale aux paysans. Abandonnés, laissés aux brigands et aux catastrophes, il ne nous reste plus qu’une solution : un coup d’Etat.
_ Woh ! Attendez ! Robin et Sasha ?
_ Oui.
_ Vous êtes sérieux ?
_ Tout à fait, pourquoi ?
_ Et bien… »
Je réfléchissais à un argument. « Ils n’en ont pas l’air.
_ Ils n’ont pas l’air de dirigeants, pour commencer. »
Il marquait un point. « Si vous… enfin, si vous comptiez aider un camp… est-ce que je pourrais vous proposer de nous rejoindre dans cette lutte ? » J’étais surpris. D’un côté, il semblait sincère, de l’autre, plus gros un mensonge était, plus simple il passait. Je ne réfléchis pas longtemps, une seule chose m’obsédait.
« Un monstre m’a attaqué, je m’en suis débarrassé, mais juste après, une flèche noire m’a traversé la poitrine, et je me suis écroulé. A mon réveil, j’étais redevenu faible comme à mes premiers pas sur Dreamland, vous expliquez ça comment ?
_ Nous créons les monstres avec de la magie noire, certes… Mais une flèche pareille… Voilà qui est étrange. L’attaque ne vient pas de nous.
_ Une autre personne pourrait avoir des monstres ?
_ Oh non, je ne pense pas, vous avez été la victime de deux camps différents, voilà ma théorie. Une personne s’est servie d’un de nos monstres, qu’on laisse en liberté pour faire sortir le prince et la princesse de leur palais d’Olivie, afin de vous piéger avec un sort infernal. J’aurais du mal à vous en dire plus. Vous devez être victime de circonstances. »
Je n’étais pas satisfait par ces explications, mais elles devinrent celles officielles en attendant qu’elles fussent étayées par autre chose que des suppositions. Gohort me redemanda si je comptais les aider dans leur lutte. Je conclus, les genoux pliés, par un consensuel :
« On parlera d’abord. Tous ensembles. Si j’estime qu’effectivement, mon avis sur eux était biaisé, je vous aiderai. Si vous m’avez menti par contre… » Le seul œil visible du vieil homme s’assombrit.
« Nous ferons comme ceci, mais ce n’est qu’une perte de temps. »

__

« Mère ! » fit la princesse Emelia quand elle la vit débarquer avec plusieurs dizaines de ses troupes dans le hall du palais. Mère et fille s’entrelacèrent un court instant, avant que Noïlissima ne demande des nouvelles de sa fille chérie.

Elles se racontèrent leurs derniers histoires tout en visitant le grand palais, laissé à l’abandon par une partie des soldats et des prince(sse) héritier(e), et la reine était curieuse d’aller ici et là pour voir jusqu’où était imposant cet immense château. Tandis qu’Emelia racontait sa hâte d’épouser l’héritier de Merta, sa mère lui posa une délicate main sur les épaules.

« Ma fille, à ce propos, j’ai une grande nouvelle à t’annoncer : tu n’auras pas à être mariée ! » Emelia fut surprise, et peut-être déçue, de ce retournement de situation. Elle voulut se plaindre, mais sa mère lui expliqua : « N’oublie pas que c’était pour avoir ce château et ce pays que ton mariage a été programmé. Mais il se trouve que maintenant… ils sont à nous.
_ Mais que voulez-vous… ?
_ Le prince et son armée de fidèles nous tendent les bras. Il n’y a pas plus beau moment pour frapper. »
Emelia resta frappée de stupeur.
« Mais je l’aime !
_ Ton cœur est comme celui de ta mère autrefois Emelia : il est tendre, neuf, et prend pour miracle la première chose qu’il a croisé. Tu trouveras quelqu’un de ta trempe deux fois mieux que ce Robin. Lors de la première nuit, nous attaquerons le château de l’intérieur. Maintenant, tu peux encore aider ta vieille mère : où se trouve dans ce palais, l’emblème du feu ? »

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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Lun 13 Juin 2016 - 14:39

Le groupe progressait lentement mais surement, autant guidé par les indications de Sir Adrien qui faisait un excellent éclaireur avec le cheval de Mara, que par l'aigle de cette dernière qui offrait une vue bien plus globale de la géographie qui les entourait. Installée dans le chariot avec ceux qui n'avaient pas l'endurance de marcher, toute conversation tuée dans l’œuf à cause de la tension environnante, la Voyageuse était gênée. Les animaux sauvages qui s'approchaient un peu près n'étaient pas vraiment un problème grâce à son pouvoir, mais les rapports de l'oiseau provoquaient quelques questions en elle.
La plus importante de toutes étant: "Pourquoi est-ce que l'armée qu'ils poursuivait ne comportait rien qui ressemblait à des prisonniers, qu'ils soient à pieds ou en cage?" Et dans la mesure où ils poursuivaient cette armée pour les fameux prisonniers, c'était légèrement problématique.

Du coup, à chaque fois que le rapace revenait, elle lui demandait confirmation et chaque fois, elle l'envoyait vérifier plus en détail s'il n'avait pas raté quelque chose. Mais son espoir s'amenuisait peu à peu et elle appréhendait le moment où il faudrait annoncer à tout le monde que, bah, non, ils étaient pas là, et ils les poursuivaient pour rien. Cool. Barbeuc'?

Interrompant ses réflexions, l'archer émergea entre les arbres qui les précédaient et cala la marche de sa monture sur celle de Robin, tandis que la petite stratège passait la tête pour entendre ce qu'il se passait:

"Ils ont fait une halte au pied de la montagne, dans une sorte de clairière, nous ne sommes plus très loin d'eux. Ils ont aussi monté des tentes, ils vont sans doute passer la nuit là."

"Je vois..." répondit le Prince. "Profiter de l'ombre serait sans doute une bonne idée, nous pourrions monter un groupe pour les infiltrer et récupérer nos compagnons. Qu'en penses-tu Mara?"

La petite grimaça à cette idée, se frottant le bras sous le coup de la nervosité, et répondit:

"J'le sens moyen: déjà on sait pas si les grosses créatures vont dormir, même si elles ont défriché le passage de l'armée, j'suis pas sûr qu'elles sentent la fatigue... Puis même, on a personne qui peut infiltrer l'endroit en silence avec les gardes. Sir Adrien à la limite, mais en cas de problème, comme archer seul, il va avoir du mal. Ça fait limite suicidaire d'y aller comme ça, de laisser un groupe s'isoler à l'intérieur..."

Laissant sa phrase en suspend, elle se rendit soudain compte d'un truc, un autre détail qui avait mis du temps à faire son chemin, et elle demanda à Adrien, sourcils un peu froncés:

"Atta, des tentes? Mon oiseau n'avait pas remarqué de convois ou de sacs... Elles sortaient d'où?"

Les deux hommes ne répondirent pas, l'air perplexe, et Mara se mit à mordiller son pouce. Ils avaient déjà prévu de faire une halte là, et avait laissé des affaires? Mais non, s'ils avaient utilisé ce chemin à l'aller, il aurait déjà été dégagé... Puis des tentes pour une armée pareil, c'était pas un petit groupe à part qui allait faire des dizaines d'aller-retours pour préparer la halte de l'armée, devait y avoir des trucs plus efficaces... De toute façon, le principal problème restait que leurs deux compagnons avaient sans doute disparu, et qu'il fallait les trouver. À moins que... De la téléportation? Pour amener le matériel et récupérer les prisonniers? Mais pourquoi ne pas ramener tout le monde du coup? Peut-être une limite de puissance... Sauf que s'ils avaient carrément téléporté Tonio et Edffry, courir après l'armée servait pas à grand chose... Surtout si ladite armée finissait aussi par disparaître d'un coup.

Partageant ses réflexions avec les autres, le reste du groupe s'étant approché, Anaka trancha en notant que s'ils pouvaient envoyer le matériel à leur armée, ils n'allaient sans doute pas s'ennuyer à rapatrier tout le monde d'un coup. Robin renchérit aigrement que vu qu'ils avaient été attirés dans un piège, leurs ennemis s'étaient sans doute permis de monter l'attaque là où ça les arrangeait, soit pas trop loin d'un centre de replis. Remarque que la mage confirma, en expliquant que ce genre de téléportation n'était pas permise sur de très longues distances.

Un consensus fut finalement trouvé, et le groupe monta son camp à moins d'un kilomètre de l'objet de leur surveillance. L'aigle de la petite s'occupait de veiller sur leurs adversaires, parfois relayé par un membre du groupe, mais le but restait quand même de finir de récupérer du combat. La nuit qui venait de tomber tendait à être plutôt fraîche, donc les trois jeunes filles du groupe s'étaient vu offrir le "confort" de la charrette, tandis que les autres devaient se contenter de couvertures à même le sol, autour du feu.

________________

Robin marchait d'un pas vif mais prudent vers son camp, arrangeant sa cape sur ses épaules dans l'espoir de se protéger de la brise nocturne. Il venait de s'occuper de son tour de surveillance et avait réveillé le rapace avec une certaine méfiance, le laissant s'en occuper pendant que lui-même allait se reposer. Il était fourbu, le voyage commençait à lui peser et le soutien du chevalier Gaston lui manquait. Depuis la disparition de son fils, il était si nerveux qu'il peinait à faire les taches les plus simples, rajoutant une hargne dans chacun de ses gestes et conseils, au point d'en être parfois handicapant voir néfaste. Sans oublier l'arrivée surprise de cette jeune magicienne qui rajoutait plusieurs questions à la quantité non négligeable que Mara collectionnait déjà. Il soupira, à mi-chemin de leur chariot. Les distances semblaient longues quand on était fatigué.

Brusquement, il sentit un frissonnement et se tendit, tous les sens en alerte, la main sur son pommeau. Sourcils froncés, il cherchait l'origine de cette étrange sensation, mais ne voyait rien. De la magie? Sous le coup de l'instinct, il fit volte-face d'un coup et se figea, une épée sous la gorge. Un presque chuchotement se fit entendre, tandis qu'il distinguait deux silhouettes dans la pénombre:

"Ne faites pas le moindre mouvement brusque, Prince Robin, seul l'honneur m'empêche de vous égorger dans l'instant. Nous sommes venus discuter." Son ton changea imperceptiblement, presque moqueur: "Qui aurait cru qu'il fut si simple de vous trouver, simplement grâce à la puissance de vos artefacts."

"Nous"? Il peinait à distinguer les traits de son agresseur, ne devinant que son âge légèrement avancé et un cache-œil. Par contre, la posture de celui qui l'accompagnait et sa chevelure blonde ne laissaient que peu de doutes sur son identité et il se permit de le fixer un moment, se demandant s'il les avait trahi. Finalement il daigna ouvrir la bouche pour demander d'un ton dur mais bas, ne souhaitant pas réveiller le camp ennemi:

"Qui êtes-vous? Où se trouve Tonio?"

"Il me fallait bien une forme de garantie, je n'allais pas prendre le risque de m'exposer face à vous sans assurance. Mais il est en bonne santé, c'est tout ce que vous avez à savoir. Nous prenons soin de nos prisonniers."

La dernière phrase sonnait comme un reproche, mais Robin ne s'autorisa pas à relever. Ce n'était sans doute pas le sujet de cette entrevue et il était dans une position bien trop délicate pour se permettre de jouer à ce jeu-là. Il attendit donc en silence que ceux qui lui faisaient face n'engagent la conversation, tentant de passer outre la pointe métallique qui lui chatouillait la pomme d'Adam.

________________

Mara ouvrit difficilement les yeux, se demandant ce qui l'empêchait de dormir. Sasha était blottie contre elle et respirait profondément mais du côté de Hely, elle sentait quelque chose lui serrait douloureusement le poignet. D'ailleurs, c'était cette dernière qui la tenait, assise, regardant vers l'extérieur. Grimaçant, un peu nerveuse à cause du silence environnant, la Voyageuse quitta le plus délicatement possible la prise de la princesse pour ne pas la réveiller, et s'assit au niveau de la mage. Elle balaya le paysage du regard pour lui demander ce qui n'allait pas, mais se figea avant d'avoir pu prononcé un mot.

Trois des fameuses créatures ténébreuses les cernaient en silence, immobiles, comme pour les surveiller. Elle déglutit difficilement et se rendit compte que la fille d'Anaka, qui ne l'avait toujours pas lâché, tremblait. Et cette dernière souffla d'une voix presque inaudible, rongée par les émotions, comme si elle ne s'adressait pas vraiment à sa compagne:

"Comment... Mais c'est impossible, ils ne peuvent pas encore... pas déjà... Il doit être toujours... Non, non... C'est trop tôt..."
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Jeu 16 Juin 2016 - 16:57
  La scène était intimidante… pour Robin, je voulais dire, moi, je me sentais étrangement dans la peau d’une sorte de super-cerveau qui avait brainé tout le monde ‘éhéh, regardez-moi, je suis le super méchant’. Nan, j’étais juste un témoin, et j’étais désolé pour Robin qu’il se fasse avoir comme ça. Moi, j’aurais voulu avoir des pourparlers à l’aube, avec un soleil rouge bientôt jaune éclatant, et chaque camp d’en-face qui, après de bons paragraphes d’argumentation, se rendaient compte qu’ils n’avaient pas besoin de s’envoyer en infirmerie ou d’accuser les autres de n’importe quoi.
Sous la nuit, avec un couteau sous la gorge, c’était une autre scène. Espérons que ça se passerait aussi bien, même si je voyais mal les deux partis se serrer la main en se traitant de ‘canaillous’ en parlant d’aussi loin.

« Nous sommes là pour discuter, Robin, vraiment. Ils m’ont libéré afin qu’on voie ensemble s’il n’y a pas moyen de s’arranger. Rien ne se passera plus que des mots. » Sauf si Gohort avait raison, mais dans ce cas, il fallait se dire qu’on ne traitait pas avec les criminels, voilà, fin de la culpabilité. Je cherchai mes phrases dans un court silence, et envoyai enfin : « Robin, tu es accusé d’être un mauvais suzerain. Avec Sasha. Ne dis rien, je termine, je te répète ce qu’on m’a dit, tu pourras te défendre après, je ne suis pour personne, je reste neutre et bienveillant. Donc… Tu es accusé d’augmenter les impôts quand ça te chante, de foutre des villages à feu et à sang au moindre souci, et de ne penser qu’à l’aristocratie au détriment des plus pauvres… Tu peux parler. » Ce n’était pas très long en fait, ce que j’avais à dire. Robin botta gentiment en touche.
« N’est-il pas possible de parlementer tranquillement sans couteau à la gorge ?
_ Si Gohort t’agresse sans raison, je le termine moi-même. »
Tant que tu oubliais – et moi aussi par ailleurs – que je n’avais pas la force ou la technique pour promettre cela, Gohort malgré son âge, se dépêcherait de me mettre à terre et de recoudre en même temps les boutons que j’aurais pu lui arracher pendant la bagarre. Le prince semblait perdu, je lui énonça la question :« Alors Robin, est-ce que tu peux m’éclairer ?
_ Ecoute... La vérité est que…


__

  La princesse Emelia s’était procurée non sans souci un cheval, des provisions et une veste lourde qui la protègerait du froid même la nuit. Elle s’enfuit du palais quand la lune était reine, en direction d’une écurie non loin du palais royal dans Olivie, qui abritait en plus de chevaux, des créatures légèrement plus fantastiques. Elle loua pour un temps indéterminé, avec l’or qu’elle avait en sa possession, un pégase somptueux qu’elle dompta et rassura en quelques gestes. Elle le scella et se concentra sur tous ses gestes pour ne pas penser à ce qu’elle avait entendu entre les murs du palais.

  Sa mère voulait trahir Robin. Sa mère voulait l’Emblème du Feu. Quelles autres horreurs allait-elle entendre de celles dont elle avait oublié les caresses maternelles ? Mais elle ne pouvait pas non plus rester les bras croisés à entendre la reine dépiauter son destin au fur et à mesure de ses dires, elle ne pouvait pas la laisser poser la main sur une force aussi précieuse que l’Emblème du Feu. Elle devait agir, mais Robin avait réfléchi de manière inconsidérée en ouvrant ainsi les portes de ses villes à un autre suzerain. Il fallait qu’elle le prévienne et vite.

  Emelia sortit son pégase de la cour, elle se souvenait avec précision toutes les leçons qu’elle avait reçu quand elle était plus jeune ; elle n’avait jamais eu le vertige, et toujours une main suffisamment légère pour que sa monture lui fasse confiance. De plus, elle était de nature plutôt fine, voire même petite, faisant que son poids était tout à fait supportable pour les chevaux célestes. Elle enjamba le pégase et plaça son pied à l’étrier. Puis elle s’envola d’un claquement de langues et de talons sur les flancs, en tirant les rênes vers le haut. En quelques battements d’ailes, elle surplombait les toits, et en quelques battements de plus, elle survolait la ville, un nid de petites lumières éparses sous un château gigantesque et sombre. Dès le matin, celui-ci appartiendrait à sa mère. Il fallait toutefois toujours avertir son bien-aimé.

  Alors elle s’enfuit dans la nuit et se souvenant à peu près du chemin pris par l’escouade, elle fonça dans la nuit. Et à moins de deux heures de pégase d’ici, elle se rendit compte avec horreur qu’une autre armée, arborant des couleurs dont elle n’arrivait pas à identifier le pays, s’approchait d’Olivie. Ce n’était pas ceux de sa mère, elle pouvait reconnaître les tentes de ses soldats dans la nuit. Elle osa s’approcher en faisant attention à ne pas avoir la lune derrière elle, et se rendit compte que c’étaient des soldats des Marches de la Fêtée. Nirsan, s’appelait le Prince, non ? Elle fonça alors vers son bienaimé d’autant plus vite, ne faisant pas attention à la fatigue. Elle vérifia en plein vol que l’Emblème du Feu était toujours avec elle. Sa mère ne pourrait pas le trouver ici.

__

« La vérité est qu’il n’y aucune autre façon de bien gouverner un royaume de cette ampleur, avec des voisins aussi belliqueux ! Certes, j’ai ordonné la mise à mort de dix paysans qui m’avaient floué ! Mais combien d’entre eux seront sauvés par l’obéissance qu’ils me doivent en cas de crise ? Il faut asseoir son autorité car si la guerre approche, tous se tourneront vers moi et décideront de me suivre ou non. Et s’ils ne me suivent pas, le Royaume mourra avec leur rébellion stupide, une bataille d’égos abrutis, et jamais cela ne sera le point final de Merta ! Les impôts nous préparent aux problèmes à venir ! Les rebelles nous frappent aux chevilles et nous déséquilibrent alors que l’ennemi est à nos portes, pourquoi je ne devrais pas m’en débarrasser ?! Vous n’imaginez pas la pression qu’on a quand nos parents, tyranniques avec Sasha et moi comme avec le pays, nous frappaient et nous suppliaient de ne pas détruire Merta par un laxisme débile ! Le royaume doit être unifié ! A tout prix ! Mais quel est ce procès qu’on me fait, le procès d’actes microscopiques, quand on doit voir le tableau dans son ensemble ?! Je ne suis pas un roturier comme vous ! Je représente Merta, et mes actes se doivent de la préserver pour que tous ses habitants prospères ! Je brûlerai deux villages pour en sauver trois ! Je mettrai à sac une ville pour en nourrir deux ! »

  Le prince Robin ne s’était pas métamorphosé, il parlait toujours avec sa voix d’idéaliste de crétin charmant, mais cette fois-ci, il était non seulement en colère, et ses idéaux étaient pus vérolés qu’on n’aurait pu le croire. Surtout que son ton de voix laissait supposer que jamais il n’avait réfléchi aux conséquences de ses actes : il était persuadé qu’il avait raison. Pire : convaincu. Il se tourna vers moi et osa :

« Edfry ! Libère-moi ! Tu es capable de comprendre, tu ne viens pas d’ici, libère-moi et finissons-en avec ces idiots !
_ Voyez qui il est ! Un sale roquet ! Une main de fer aveugle, guidée encore par la voix de son père défunt !
_ NE ME PARLE PAS AINSI ! Edfry ! Avec moi ! »
Et il se calma soudainement pour rajouter : « Avec moi ou je te tue toi, et notre petite stratège. » Je m’approchai de lui, le pas décidé, les yeux en fureur, pour lui cracher :
« Dommage, je déteste les menaces. Gohort, j’ai fait mon choix, je v… »

  Gohort, interpellé par son nom ou curieux de ma réponse finale, eut une seconde d’inattention, et Robin en profita immédiatement : il réussit à frapper son agresseur à un endroit très déstabilisant, puis un autre coup, récupéra le couteau qu’il avait eu sous la gorge et le planta dans le ventre de son ancien tortionnaire. Il tira sa rapière d’un mouvement parfait, et sa pointe finit sous mon menton avant même que je ne puisse esquisser le moindre mouvement. Le prince faisait une sale gueule, c’était certain, malgré l’obscurité, puis il fit, d’un ton froid :

« Chose promise… » Puis je disparus devant ses yeux, comme si je m’enfonçais rapidement dans le sol, un léger doigt d’honneur en prime.

  Je réapparus tout proche du campement où je fonçai le plus vite possible avant que Robin ne se retourne pour me voir, sortant de ma paire de portails que j’avais créé sous mes pieds, et le plus loin possible du prince sanglant. Je courrais parmi les gens endormis en faisant le moins de bruit possible. Il n’y avait que des hommes par ici, les filles devaient être près de la charrette. Je fonçais alors vers l’arrière, et voyant que Mara y était, plus une jeune personne que je ne connaissais pas, je dis :

« Mara, on se tire d’ici ! Prends des chevaux, vite ! Robin veut notre peau ! » Voilà, résumé succinct, elle aurait les détails plus tard. Je vis la sorcière derrière, et entrepris de grimper dans la carriole pour la réveiller à son tour, en lui frottant l’épaule : elle était en danger aussi. Puis je me rendis compte que la Voyageuse plus sa nouvelle amie avaient regardé avant que je n’arrive vers une direction avec des yeux terrifiés, comme si je les avais sortis d’un cauchemar éveillé. Je me retournai, en genoux, avec Anaka qui se réveillait doucement, et vis, entre les épaules des deux jeunes filles, les monstres de ténèbres. Gohort ne m’avait pas parlé d’eux, qu’est-ce qui se passait ?
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Jeu 23 Juin 2016 - 1:38

L'enfant tressaillit devant l'apparition inopinée d'Edffry entre les arbres, déchirant d'un exclamation le silence et la pression qui maintenaient les deux filles figées. Elle se rendit enfin compte qu'elle avait commencé à serrer le bras d'Hely particulièrement fort, et le lâcha brusquement avant de risquer de blesser sa camarade. Son attention survola de nouveau la troupe d'entités toujours immobiles, qui n'avaient pas réagi, même pas frissonné, lorsque le Voyageur avait déboulé en criant presque. En criant... ce qu'il avait dit monta finalement jusqu'au cerveau de la blondinette qui bugga un instant. "Robin"? "Vouloir leur peau"?

"'ttends, qu'est-ce que..." commença-t-elle à mi-voix avant de se taire, pétrifiée à l'idée d'attirer l'attention des créatures.

Non, il fallait partir, Robin ou pas, il y avait urgence, là. Il lui expliquerait sans doute plus tard. Elle l'entendit s'agiter derrière elles, tentant sans doute de réveiller Anaka mais tout en ignorant Sasha... Ça avait un rapport avec ce qui se passait avec Robin? C'était quoi le problème, il avait été ensorcelé ou quoi? Non, sinon il aurait tenté de prévenir sa sœur... alors c'était vraiment Robin lui-même qui leur voulait du mal? Non, c'était... non, absurde. Puis soudain, elle repensait à cette histoire entre les deux Mages et le blond, maintenant qu'il était là, et elle se demanda d'un coup s'il serait capable de leur expliquer ça. Ou si, lui aussi, serait complètement perdu sur ce point. Mais elle se rappela toute seule à la réalité, en se rendant compte que l'homme aussi s'était figé. Venait-il juste de remarquer la troupe qui cernait leur camps?

Cool. Un vague espoir qui papillonnait dans un coin de sa tête, celui que le Voyageur soit venu avec un plan pour les en débarrasser, s'envola misérablement.

En tous cas, il y avait un très mince espoir que ces entités se contre-fichent en fait totalement d'eux. Et honnêtement, vu la puissance qu'elles semblaient dégager, elle ne voyait pas vraiment d'autre possibilité de survie. S'ils les empêchaient de fuir, il y avait de grandes chance que ce soit car ce qui venait ensuite n'était pas agréable. Du coup, raison de plus de tenter de partir avant, tant qu'ils semblaient... relativement inactifs.

"Qu'est-ce que... Ed?"

La voix de la femme résonna derrière la fillette qui se retourna brusquement pour lui imposer le silence en posant un doigt sur ses propres lèvres. Elle n'aurait jamais osé faire une chose pareille en temps normal, mais elle n'avait pas envie de prendre le moindre risque, et se contenta de pointer les silhouettes sombres du doigt, la laissant prendre conscience de l'ampleur de la situation.

_________________

Silence et patience, mes frères. L'heure du roi approche.

Rien ne doit perturber la cérémonie, veillons.

_________________

Ils étaient à présent quatre agenouillés dans la charrette, silencieux et à l'affût, sans oser échanger le moindre mot. Et la princesse qui continuait à dormir à côté, le sommeil visiblement bien lourd. S'il ne fallait pas la réveiller... Mara eut un pincement au cœur à cette idée et fit tomber son regard sur la tenue jaune de la fille. C'était la première personne du groupe a avoir tenté de créer un lien avec elle, et qui avait quand même relativement réussi. La laisser aux mains de ses choses... ça lui laissait un sale goût dans la gorge.

Elle reporta son attention sur la fille d'Anaka, se rendant compte que celle-ci ne cessait de trembler. Il fallait vraiment tenter quelque chose. Elle jeta un regard vers les deux adultes, qui ne semblaient pas près de faire quoi que ce soit, sans doute essayant de comprendre ce qu'il se passait... La jeune fille se concentra un peu et entreprit de repérer les auras des chevaux. Elle eut une pensée pour son aigle hors de portée, à son post de guet... Elle aurait préféré qu'il soit avec eux aussi, même s'il était peut-être moins en danger là où il était. Qui voudrait attaquer un animal sauvage comme ça? Elle se focalisa de nouveau sur les équidés, au nombre de cinq, attachés à un arbre... Sir Adrien lui avait montré les nœuds qui leur permettaient de se détacher pour fuir en cas d'urgence. Sir Adrien... Ses articulations blanchirent en serrant ses cuisses, alors qu'elle se rendait compte qu'elle était littéralement en train de voler les chevaux du groupe, condamnant les autres à la merci des monstres, sans aucun moyen de fuite. Elle sentit sa gorge de nouer douloureusement tandis qu'elle levait le regard vers Edffry, y cherchant une sorte de confirmation qu'elle avait raison de faire ça.

Une pensée étrange la traversa. Le genre de remarque absurde qui survient parfois sans raison, et de préférence au pire moment possible. Une idée toute simple. En quoi sa vie de Voyageuse valait plus que celle d'un Habitant des Rêves? Elle avait la vie réelle au pire, avec sa famille et ses amis, elle ne risquait pas réellement de mourir. Contrairement aux Créatures qui vivaient à Dreamland. La pensée partit aussi vite qu'elle était venue mais elle laissa l'enfant avec un sentiment amer dans la bouche.

Respirant profondément, elle ferma les yeux et projeta une onde de confiance vers les chevaux, déjà soumis à son influence depuis le temps du voyage. Mentalement, elle les incita à se défaire de leurs liens, et des bruits de piétinements, de claquements secs et des crissements de bois confirmèrent qu'ils avaient suivi son ordre. Elle reporta son attention sur les silhouettes ténébreuses, toujours passives, et demanda même à l'une des montures de renâcler pour s'assurer de leur absence de réaction.

À demi-sûre d'elle-même, elle fit signe au couple de passer, leur indiquant d'un geste où se trouvaient les chevaux. Mais Hely persistait dans sa terreur, agrippant son bras et refusant de la lâcher, marmonnant des trucs à propos de règne, de destruction et de retard, répétant qu'elle ne comprenait pas son erreur. Sans trop savoir quoi faire, faisant signe aux autres qu'elle les rattrapait, elle posa maladroitement sa main dans les cheveux de l'adolescente plus grande qu'elle et lui chuchotant que ça allait. Traversée par une idée qui lui sembla géniale sur le coup, elle lui dit tout bas, tentant de mettre de la confiance dans sa voix:

"Écoute, ton père, là, Edffry, il est là... Tout va bien se passer. Tu sais qu'il a déjà tué un de ces trucs en un coup? Allez, faut y aller, ok?"

La magicienne leva un regard plein de détresse vers sa cadette, qui tenta une grimace rassurante. Elle devait vraiment avoir besoin de se raccrocher à n'importe quoi, vu que la dite grimace sembla faire effet, et qu'elle se leva en tremblant pour rejoindre ses parents. Mara se sentait presque comme une intruse, mais entreprit de descendre à sa suite. Puis se figea, lançant un regard derrière elle, au dernier corps endormi. Assise au bord de la plate-forme de bois, ses émotions affrontant douloureusement sa raison et sa réflexion, elle fixait la sœur de Robin du regard. Elle n'avait aucun moyen de laisser un message aux autres pour expliquer le geste qu'elle s’apprêtait à faire. Et puis pourquoi faire ça? Pourquoi elle et pas un autre? Si Robin voulait vraiment leur mort, alors est-ce que sa sœur...? Ne valait-il pas mieux la laisser à son sort? Mais au nom de quoi, de sa propre survie? La pensée bizarre qui l'avait assaillie plus tôt revint à l'assaut dans son débat intérieur.

Pourquoi pensait-elle à tout ça? Elle n'avait que 12 ans. Elle n'avait pas à se préoccuper de choses pareilles non? Pourquoi n'avait-elle pas droit à un peu d’égoïsme, elle aussi? Pourquoi ne pourrait-elle pas sauver la personne qu'elle préférait dans un groupe?

Elle se donnait envie de vomir.

Bloquant son flux de réflexion, elle passa l'un de ses bras sous les genoux de Sasha et un autre derrière sa nuque après avoir rangé ses mains sur son ventre. Soulevant la blonde avec une facilité à laquelle elle ne s'habituait vraiment pas, elle entreprit de poser pied à terre sans l'aide de ses bras. Elle vit d'un coup d’œil soulagé que le trio l'attendait depuis l'autre côté des monstres. Elle reconnu Gaston à l'extrémité de son regard, et se demanda pendant une seconde où était Tonio, si Edffry était rentré seul. Mais encore une fois, elle s'efforça de bloquer les vannes de ses sentiments pour les empêcher de la noyer sous les dilemmes.

Elle se détestait, à faire un truc pareil, elle avait l'impression d'avoir quelque chose de terrible sur la conscience. La seule chose qui lui donna le courage de traverser la frontière menaçante, passant le plus loin possible des origines de la menace, c'était l'espoir qu'à un moment ou à un autre, elle aurait l'impression d'avoir fait le bon choix, à cet instant précis.

Elle-même trouvait cet espoir stupide. Elle avait juste l'impression de faire une terrible bêtise.

Mais elle continua, rejoignant les autres en silence, ignorant leurs regards et faisant basculer Sasha sur la monture la plus proche. Les yeux fixés sur sa tache, elle lâcha à l'homme dans un chuchotement pour cacher l'émotion de sa voix:

"T'as vraiment, vraiment intérêt à donner une super bonne explication, là..."

Escaladant ensuite le même cheval, elle cala la princesse contre elle, cette dernière à califourchon dos à la route, et saisit les rênes tandis que chacun prenait sa monture. Il y en avait une de trop, et Mara ne savait vraiment pas quoi faire. Y reconnaissant finalement la monture de Gaston, elle décida de se donner un minimum de bonne conscience, aussi aigre soit-elle, et lui indiqua de rester sur place. Elle sentit Sasha bouger dans son sommeil, et passer ses bras autour de son torse. Dans le pire des cas, si le prince voulait vraiment leur peau, peut-être la présence de sa sœur pourrait-elle l'empêcher d'agir... Mara hoqueta à cette idée, ferma les paupières et enfonça son nez dans les cheveux de son amie, disant simplement à son cheval de suivre les autres. Depuis quand pouvait elle avoir des pensés pareilles pour des êtres vivants... ?

_________________

L'Héritier de Merta baissa son épée, haletant, tandis que seul le vide lui faisait face. Qu'est-ce que...? Où était-il passé? Il serra les dents et se redressa, le cherchant du regard. Impossible, avait-il un artefact? Était-il un mage caché? Il n'aimait pas l'idée de le savoir en liberté. Quelles genre de rumeurs pourrait-il colporter? Il ferma les yeux un instant, déçu. Il avait sincèrement espéré que l'homme le comprenne et le soutienne. Edffry le connaissait, il le savait du côté du Bien et de la Justice, alors pourquoi une telle réaction...? Un effet secondaire de sa malédiction? Oui sans doute. S'il utilisait la stratège, avec qui l'autre semblait partager un lien particulier, il pourrait sans doute le contraindre à l'écouter, et il devrait ainsi pouvoir se faire comprendre... Il ne pouvait se permettre de perdre des alliés aussi stupidement. Il regrettait de s'être ainsi laissé emporter, mais il était convaincu que ce borgne, quel que soit son nom, avait mis des idées malsaines dans la tête du blond, et il ne pouvait laisser passer ça.

Il tourna sur lui même, entreprenant de retrouver le chemin jusqu'à la caravane, mais un claquement d'aile le surprit et il se plaqua à un arbre, à l’affût de l'origine du son. C'était bien trop fort pour provenir de l'aigle. Ça devait venir d'un pégase, c'était typique. La tête levée vers la voûte étoilée, il vit passer une silhouette, et un reflet... les armoiries d'Olivie! Un allié! Mais qui... un messager? Toujours son épée en main au cas où, il se démarqua un peu des troncs et se plaça sous une ouverture assez large dans les branchages. Et finalement, la créature ailée descendit entre les branches et se posa à son niveau. Elle était épuisée... Et la cavalière...

Elle lui sauta au cou et le serra de toutes ses forces. D'abord déconcerté, il reconnu enfin l'odeur de sa douce et lui rendit son étreinte d'une main en rangeant son épée de l'autre, tout en lui demandant dans le creux de l'oreille ce qu'il se passait. Il mit quelques instant à reconnaître l'Emblème de Feu dans la broche qu'elle lui fourrait entre les mains, et c'est d'une voix éreintée qu'elle lui rapporta les événements. La prise du trône par sa mère, le siège par le Royaume des Marches de la Fêtée, la situation se dégradait à chaque instant.

L'homme resta silencieux et droit, serrant toujours sa belle contre lui, mais il était effondré. Pourquoi personne ne semblait saisir sa volonté? Il se battait par lui-même pour sauver son peuple et celui de autres, et pourtant. Il serra un peu plus la princesse Emelia contre lui, et elle dut ressentir sa détresse car elle lui souffla, débordante d'un amour sincère:

"Quoiqu'il puisse survenir, mon Prince, vous pourrez toujours compter sur mon soutien."

Il se contenta d'acquiescer silencieusement et se détacha lentement d'elle avant de saisir ses mains et de plonger son regard dans le sien. D'un ton cérémonieux mais bas, il lui dit comme un serment:

"Je ferais tout pour vous protéger, vous et mon Royaume. Peu importe ce que le monde en pensera, je trouverais quelque part la force de le sauver, je chercherais n'importe où. Il n'y a pas de prix trop haut pour vous protéger ou pour maintenir l'unité de Merta. Je la libérerais, je trouverais un moyen."
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Ven 24 Juin 2016 - 0:33
  Le départ prit plus de temps que prévu, mais heureusement, Robin n’interrompit aucune manœuvre, me cherchant peut-être ailleurs ou étant contribué à une autre besogne, comme s’occuper de Gohort que je laissais derrière moi, sans vérifier s’il avait véritablement trépassé ou s’il survivait encore, les entrailles cherchant un chemin de sortie par son abdomen. Il fallut du temps pour bouger les gens de la charrette, un peu trop à mon goût, et je n’arrêtais pas de frapper dans mes mains pour que les filles s’activent un peu. Ils avaient récupéré une petiote, qui semblait être une nouvelle magicienne, et comme Anaka la préparait comme nous, je ne voyais aucune objection à ce qu’on embarque aussi. Certes, avoir des monstres-témoins gênaient considérablement l’avancée de tous, mais leur immobilité nous rassura sur la longueur.

  Ce fut de même pour Sasha. J’étais évidemment réticent à l’amener avec moi, la considérant comme à la tête de ce qui provoquait maintenant notre fuite, mais après quelques secondes de réflexion, même si le but de Mara était tout autre, je savais qu’elles s’entendaient extrêmement bien, j’imaginais qu’avoir un… otage, pourrait nous sortir de périlleuses situations dans les minutes à venir si tout venait à cafouiller. Et à long terme aussi. Je n’osais pas hausser le ton pour expliquer la situation dans laquelle on était, et les problèmes et les espoirs que Mara apportait en ramenant sous son bras la princesse de Merta, donc j’acquiesçais d’un œil vif cette décision, et allez, dépêchons-nous. Je dû un peu aider Mara, qui traînait vis-à-vis de l’urgence de la situation à défaire les nœuds qui retenaient les chevaux, et on prit quatre des cinq montures en tout. Je ne savais pas quoi faire du dernier cheval, donc Mara décida de la laisser ici, sans y toucher, et je n’y voyais aucun inconvénient. Je vis dans ma tête des pensées farouches, tel qu’un Gaston, sautant sur sa monture, pour venir nous rattraper, et je ne savais pas si on serait capable de l’arrêter, mais… on avait Sacha de notre camp. La gorge sous le poignard.

  On se pressait, allez, allez merde ! On était chacun sur une monture, j’essayais de chercher dans ma tête comment on tenait les rênes, et après retrouvé les cours de mon enfance et imiter les autres, je claquai aussi des éperons sur les flancs de la bête, et nous partîmes aussi vite que faire se pouvait. En quelques secondes, nous étions invisibles du camp, et nous partions déjà si loin qu’il était difficile de nous entendre. Tout se passait bien, tout se passait bien. C’est bon Ed, tu pouvais te calmer, et faire arrêter ton cœur de battre… Mais on n’était jamais trop prudent. Je laissais ce groupe derrière moi ; je préférais ne pas réfléchir à savoir s’il allait me manquer ou pas. Pour le moment, nous n’avions pas le choix.

__

  Krib avait toujours le sommeil lourd, c’était une de ses particularités. Cependant, il en avait une autre qui prenait le pas, et qu’on pouvait associer à l’intuition, la survie, bref, ce sentiment qui vous faisait vous réveiller avant que les problèmes ne commencent. Il papillonnait de ses lourdes paupières devant plusieurs personnes qui s’occupaient des chevaux, et reconnaissant ses alliés, il décida que tout allait bien et se retourna pour retrouver une position où le sommeil viendrait vite le faucher. Mais quand il se rendit compte que la scène était bizarre et qu’en plus, elle perdurait…

  Quand il se retourna à nouveau et se leva pour leur poser des questions, ils étaient déjà lancés. Krib voulut gueuler pour comprendre ce qu’il se passait, et peut-être prévenir les autres, mais il trouvait tout cela très étrange. La sorcière, la chiarde, la stratège, et… Ed ? Il s’était libéré ? Pourquoi dès qu’il réussissait à revenir, il emportait ses proches et des chevaux, nonobstant le reste de ses alliés ? Qu’est-ce qu’il se passait ici ? Qu’était-il arrivé ? Il se leva avant même que Robin ne revienne de sa garde, accompagné par la princesse Emelia en personne. Il avait même pris un prisonnier avec lui, qui semblait avoir une terrible blessure pansée à la va-vite avec ses propres vêtements

« Faudrait arrêter de dormir, Krib… » se chuchota-t-il en se frottant les yeux. Robin réveillait ses compagnons.
« Olivie est attaquée ! Nous nous devons de reprendre la capitale ! Levez-vous, compagnons ! » Krib dépêcha de s’armer alors que tout le campement faisait de même. Vu qu’il n’avait que peu d’affaires, il en profita pour s’approcher de Robin.
« C’est qui, le nouveau bousin ?
_ Le chef des révolutionnaires qui nous ont causé des soucis. On n’a pas le temps de s’occuper de Tonio, alors on le garde lui en otage jusque-là.
_ Et pourquoi la petiote blonde, les mages et Ed se sont enfuis ?
_ Des traîtres, tous depuis le début. »
Des traîtres, hein ?

  Krib connaissait les traîtres : les traîtres poignardaient dans le dos de leurs alliés, s’attaquaient à eux pendant leur sommeil, sabotaient les provisions, les ressources, les machines de guerre. Hors, les quatre fugitifs n’avaient rien fait de tel. Ils s’étaient contentés de s’enfuir précipitamment, alors que Robin ne courrait pas derrière eux, sans chercher à blesser n’importe lequel d’entre eux, ou à voler plus de chevaux que nécessaire. Ce n’étaient pas des traîtres, ils fuyaient tous. Et ils fuyaient quoi ? Le groupe. Des gens dans le groupe. Ou plutôt, la personne qui les appelait traître.

  Krib se disait rationnel quand les autres lui soufflaient que non. Il voyait bien qu’il y avait un souci. Jamais Mara n’aurait pu comploter contre eux, et le blond non plus ne semblait pas leur ennemi. C’est que Robin était peut-être devenu le leur. Il eut un coup de tête d’Arak (ce qui était toujours mieux que de s’en prendre une dans l’abdomen) : il décida, après qu’il ait réuni son barda, de courir à son tour. Personne ne s’y attendait, tout le monde était trop occupé sur ses tâches et la précipitation, que leurs réflexes, et la confiance qu’ils lui portaient lui laissa bien cinq secondes. Krib récupéra le dernier cheval restant en sautant dessus, il était par ailleurs déjà scellé par Gaston et tout prêt, puis il agita les rênes si vite que le cheval prit peur à son tour et se mit à galoper. Krib disparut dans les orées sans qu’on ne puisse le rattraper. Il ne le sentait pas, il ne le sentait pas...

  Robin lâcha un terrible juron.
Ce ne fut rien cependant, au vu de comment il réagit quand il remarqua la disparition de sa sœur.
Et nulle trace des monstres.

__

  L’aube se pointa juste après qu’on s’arrêta pour laisser les chevaux respirer un peu et prendre des pauses. Sasha s’était réveillée durant le trajet mais avant qu’elle ne comprenne ce qu’il se passait exactement, Anaka l’avait replongée dans le sommeil depuis sa propre monture, avec l’aide d’une incantation magique.

  Le trajet fut harassant car j’étais incroyablement concentré : j’avais peur qu’ils reviennent d’un coup et nous éliminent tous, j’avais peur d’avoir fait des conneries au vu de l’enchaînement des péripéties en l’espace de quelques heures. J’avais peur à peu près de tout, voilà, c’était aussi simple que ça, et j’étais heureux qu’Anaka plus sa compagnonne nous ait rejointes. On se sentait moins seuls, des gens du Royaume étaient avec nous, et elles avaient eu la gentillesse de ne pas poser de questions et d’avoir suivi sans souci. Mara avait été plus réticente au début, mais c’était son cheval qui galopait actuellement, pas elle. Je la surveillais quelques fois du regard pour être certain qu’elle ne ferait pas un brusque demi-tour pour retrouver nos anciens camarades.

  Et maintenant que nous étions tous posés dans une petite clairière, si loin des soucis, je pus enfin relâcher ma respiration et me remettre à vivre… Je n’avais pas envie de rester dans ce Royaume, je voulais me réveiller, tout serait plus simple une fois que je serais réveillé… Mais j’avais encore des comptes à rendre. Nous étions quatre, assis dans un grand cercle, il était temps que je leur apprenne la vérité. Je pris une grande inspiration qui ressemblait à un soupir inversé, et avouai :

« Robin et Sasha ne sont pas les personnes qu’on croyait. Enfin, si, je pense qu’elles ne nous ont rien caché, mais… Ce sont des dirigeants mauvais. Ou plutôt, de très mauvais dirigeants. Les deux, en fait. Ils assassinent leur peuple et l’appauvrissent sans pitié. J’en parlais à Robin et lui ai dit que je n’étais pas d’accord avec ses actions, et… ça a dégénéré. Trop violemment, trop rapidement. De peur qu’il s’en prenne à vous, j’ai préféré vous avertir pour qu’on puisse fuir ensembles. Avoir récupéré Sasha ici présente est une bénédiction… » dis-je en la pointant du pouce, derrière moi, alors qu’elle pionçait encore dans les bras de Morphée. Anaka resta silencieuse, regardant vers le sol, la petiote me fixait, j’attendais surtout la réponse de Mara, elle était Voyageuse comme moi, et bien plus lucide que les gamines de son âge. Dreamland avait des avantages.

  Soudainement, la petite mage se mit sur ses pattes, elle devait avoir quoi… l’adolescence ? Elle n’était pas ingrate loin de là, la peau très lisse, mimi comme tout. J’avais envie de la serrer dans mes bras. Ça ferait une nouvelle compagnie pour Mara, ça. Elle révéla alors :

_ « J’ai deux choses à vous dire, s’il vous plaît, écoutez-moi… Premièrement, et c’est pour toi… » Elle me fixa, j’eus un frisson… Puis elle se jeta sur moi en manquant de m’écrouler, pour jeter ses bras derrière moi et m’agripper comme si j’allais m’envoler. _ « … Je suis tellement contente de vous revoir, père… » Je voulais bien qu’on m’appelle pas Ed Free tout le temps et qu’on écorche mon nom, mais ça, c’était une bavure à laquelle je n’y comprenais goutte. Je la serrai dans mes bras par empathie et parce que je ne voulais pas briser ses rêves, mais… Je cherchais une des filles du regard, et tomba sur Anaka qui avait un petit sourire charmant, et qui acquiesçait du visage. Je lui répondis intelligemment, soit une bouche grande ouverte, un cœur qui se tordait dans tous les sens et cherchait une émotion à digérer, pas toutes les émotions d’un coup, et je repoussai tranquillement la fille.
« Mais comment… comment c’est possible ? » Oh putain, la boulette. J’avais fait une boulette de merde. On pouvait plus se taper des Créatures des Rêves, je retenais la leçon, c’était beaucoup trop rapide pour moi.
_ « Je suis venue du futur.
_ Ah. »
L’explication était logique. Pour Dreamland. Même si j’avais juste envie de me barrer en courant ; désolé pour les émotions et les joies de la petite famille retrouvée, je… je ne savais aucunement quoi penser. Alors je restais serein, mais bégayant. La fille reprit, après s’être présentée. Hely…
_ « Je dois vous dire quelque chose. A tous, cette fois-ci. Mon second point. Notre monde est en danger. Je suis venue dans le passé pour vous pr…
_ QUE PERSONNE NE BOUGE ! »


  Cette phrase marchait sur les civils lambdas, pas sur des guerriers avertis que le manque de sommeil rendait irritables. Anaka se leva d’un coup et prépara sa magie, j’avais dégainé une rapière que j’avais retrouvé dans la carriole, la petite aussi se tenait prête. En-face de nous ? Quatre soldats dont les habits verts ne me disaient absolument rien. Heureusement, leur esprit procédural leur fit dire :

« Vous êtes ici sur les terres d’Olivie, qui appartiennent au Seigneur des Marches de Fêtée. » Olivie ? Nous étions arrivés si proches de la capitale ?
« Les Marches se sont retournées contre leurs alliés ? » demanda Anaka sans sourciller.
« La reine Noïlissima s’est retournée contre ses alliés, vu qu’elle détient la capitale, pour le moment. Les Marches ne sont pas amies avec Merta, il n’est pas question de trahison, mais d’offensive.
_ Mara ? » s’enquit Anaka de sa stratège. Que devaient-ils faire ?
« Ne soyez pas idiots, rendez-vous immédiatement, nous sommes quatre certes, mais une vingtaine de nos camarades arriveront vite ici. Et aucun de nous n’aime les espions. Ne me faîtes point croire que vous êtes de simples voyageurs. Le Prince qui mène l'assaut contre vos envahisseurs altribes saura se montrer clément si vous vous comportez comme il se doit.
_ Mara ? » répéta Anaka, toujours aussi ferme.

  Moi, je ne réfléchissais pas, j’étais encore trop abasourdi par ce qu’il venait de m’arriver et je n’arrivais pas du tout à faire le vide dans ma tête… Une fille… Moi ? Pour une simple nuit ? Le karma était plutôt violent, niveau sexe inter-mondes… Est-ce que j’éprouvais de la répulsion envers elle ? Ou au contraire, voulais-je me sentir proche d’elle ? Les deux à la fois… Mais la répulsion, animée par la surprise, la peur et le dégoût, semblait plus forte dans mon cœur. Qu’est-ce que c’était que cette histoire encore… Pitié, que des heures passent pour que je puisse absorber l’information. Les informations… Je n’avais plus aucune initiative, je subissais cette nuit depuis le tout-début, je n’osais même plus prendre de décisions de peur qu’elles se retournent contre moi et que je provoque ma mort. Mais on était peut-être arrivés à un point de non-retour. Je ne voulais pas d’enfant.
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Ven 24 Juin 2016 - 17:57
Mara avait à moitié somnolé pendant la plus grande partie du trajet, cherchant à tous prix à s'occuper l'esprit sur ce qu'ils croisaient en chemin. Elle n'avait qu'à s'agripper à la selle et à la bride du cheval pour ne pas tomber, Sasha entre ses bras, et la monture se contentait de galoper toute seule. Mais quand ils s'arrêtèrent finalement, son malaise était toujours présent, bien que légèrement atténué. Une fois à terre, elle avait écouté presque passivement le discours du Voyageur, hésitant entre la compréhension et le déni pur et simple. Voyageur ou pas, elle avait rencontré Edffry et Robin presque en même temps, et avait eut plus souvent l'occasion de discuter avec le second que le premier, bien que ça ne soit pas allé très loin dans les deux cas. On lui reprochait souvent d'être naïve, de faire de grosses erreurs de jugement, mais là qui croire? Elle ne savait tout simplement pas quoi répondre à l'accusation contre Robin, à part qu'il ne semblait juste pas capable de faire une chose pareille. Elle ne fit donc rien d'autre que de ramener ses jambes contre elle et de passer ses bras autour, fixant le vide.

Elle releva juste la tête en voyant Hely s'approcher de son père et lui annoncer la nouvelle. Dans d'autres circonstances, elle aurait sans doute trouvé la scène marrante ou intéressante, mais elle se contenta de les laisser discuter et se leva pour se dégourdir les jambes un peu plus loin. Elle se frotta le visage, espérant que ça change quelque chose, mais rien de magique ne se produisit. L'épée dans son dos lui pesait, mais elle avait la flemme de la poser ou de l'accrocher quelque part. Elle se retourna finalement pour écouter l'annonce de la fille, haussant un sourcil presque blasé quand il fut question de "monde en danger".

Mais elle n'eut pas le temps d'en penser quoi que ce soit, puisque des gardes déboulèrent en criant au milieu de leur petite pause. Elle fit volte-face si brusquement qu'elle fut soulagée de n'être à proximité de personne qu'elle aurait pu frapper. Ils s'étaient d'ailleurs tous rapidement levés et mis en position défensive, même si les membres de l'escouade pointaient agressivement leurs lances vers eux. Cool, enfin une situation claire. Enfin, "claire". Olivie, c'était pas la capitale de Robin et Sasha? Elle vérifia d'un coup d’œil qu'ils cachaient la princesse endormie à la vue des soldats. Et tenta de comprendre la situation que leurs agresseurs résumaient. Ce qui était un peu difficile, avec des noms compliqués qu'elle avait vaguement entendu pas mal de temps plus tôt. Elle leva le regard vers Anaka qui l'appelait, sans comprendre jusqu'à ce qu'elle répète avec insistance. Elle faillit gémir de désespoir, mais son semblant de fierté l'en empêcha.

Voyant qu'ils ne paraissaient pas près à se rendre, les gardes commençaient à prendre une posture plus offensive. Pour sa part, Mara jetait des coups d’œil aux autres. Anaka semblait droite, prête à lancer un sort à tout instant, sa fille avait quitté son état de détresse précédent et semblait juste embêtée de n'avoir pu finir sa phrase, et Edffry paraissait encore perturbé par la dernière révélation. Bon quatre contre quatre, c'était parfaitement gérable, par contre les renforts le seraient moins. Il fallait qu'elle trouve une idée, mais pour trouver une idée, il fallait déjà savoir s'ils partaient sur le plan de se battre, au risque d'être submergé avec des cas de conscience en plus pour elle, s'ils fuyaient grâce au chevaux, en espérant qu'ils n'allaient pas envoyer la moitié de l'armée à leur trousse, ou même s'ils se rendaient, trouvant peut-être des informations ou des opportunités dans le camps ennemi.

"On va pas se rendre si on comprend pas c'qui se passe!" lança-t-elle d'un coup, espérant gagner du temps. "Qu'est-ce qui vous fait dire qu'on est des espions, juste comme ça? C'est injuste!"

Mais ils ne se départirent pas de leur posture, et l'un d'eux lança:

"Ne vous moquez pas de nous! Vos montures proviennent des écuries oliviennes! Et elle commence à être un peu trop connue pour continuer son petit rôle discrètement!"

Et il pointait Anaka, qui ne réagit que par un froncement de sourcils. En tous cas, ils n'avaient pas l'air prêt à leur laisser le bénéfice du doute, le combat devenait peu à peu la seule solution viable, et la jeune fille n'aimait pas ça. Surtout quand elle avait l'impression qu'énormément d'éléments, surtout les plus importants, lui échappaient totalement. Elle ne comprenait rien à la politique de cet endroit, ni même à la politique en général, elle ne comprenait pas ce qu'ils sous-entendaient par rapport à la Mage, mais tout ça sentait de moins en moins bon. Il fallait aller vite, les mettre hors d'état de nuire, et s'enfuir dans la foulée. Ils sauraient qu'il y avait des intrus, mais ils auront au moins de l'avance. Ou alors elle utilisait son pouvoir, les soldats qui leur faisaient face n'étant pas spécialement fort, mais vu leur niveau de méfiance c'était pas gagné.

Elle ne perdit pas d'avantage de temps et fit un pas en avant en projetant une brutale onde de confiance sur l'escouade, les perturbant pendant quelques secondes, suffisamment de temps pour lancer d'une voix loin d'être sûre d'elle:

"Anaka, prenez un cheval et l'aut' dormeuse, Hely, essaye de pas tuer ceux que t'attaques, Ed et moi on s'occupe des autres!"

S'ils n'avaient pas remarqué Sasha, c'était pas la peine de leur indiquer haut et fort que les fugitifs étaient avec la princesse locale. Et pour Ed, elle n'était pas la première à l'appeler comme ça, puis c'était quand même plus rapide à dire dans l'urgence, alors tant pis si ça le gênait. Elle courut brusquement vers le plus proche qui semblait encore légèrement désorienté par ses sentiments contradictoires. Peut-être aurait-il pu devenir un allié, mais c'était trop tard pour y réfléchir. Attrapant la hampe de sa lance, elle lui arracha des mains et acheva sa charge par un coup de coude dans le ventre du type, le projetant à terre. Elle-même grimaçant car son coude s'était éclatée contre l'armure du type. Mais sans perdre davantage de temps, elle shoota dans le casque de l'individu et resta quelques secondes au dessus de lui, pour s'assurer de son inconscience. Haletante, elle serra sa nouvelle arme dans sa main et constata d'un coup d’œil que deux autres étaient au sol, secoués de spasmes électrifiés, et que le Voyageur s'occupait du dernier.

Sans attendre plus que nécessaire, elle se dépêcha de rejoindre son cheval qu'elle escalada rapidement, laissant les autres prendre exemple sur elle, et rejoignit la mage pour la débarrasser du poids de Sasha tout en lui demandant rapidement:

"Ils parlaient de quoi?

"Plus tard..." souffla-t-elle simplement en l'aidant à installer la jeune fille devant elle.

Et une fois les quatre montés, ils se mirent à chevaucher entre les arbres, sans la moindre considération pour la piste qu'ils laissaient derrière eux. Il leur fallait gagner du temps, mais pour quoi? Ils n'avaient pour l'instant aucun objectif clair, à part errer loin du danger. Mais dans leur situation, le nombre de dangers se multipliait à chaque instant et ils risquaient pas mal de se retrouver la cible de plusieurs traques. Talonnant son cheval pour être au milieu des autres, Hely prit rapidement la parole, parlant assez fort pour que les autres entendent ce qu'elle disait:

"Un sorcier ancestral s'est réveillé il y a peu, et normalement il cherche un réceptacle pour recueillir son pouvoir et ainsi régner sur le monde! Il s'agit d'une personne qui sera appelée "Roi des Ombres" dans le futur, commandant directement aux Créatures ténébreuses! Je suis revenue pour empêcher son apparition, mais je ne sais pas où est-ce que j'ai raté!" Sa voix semblait nouée.

"Comment tu sais que tu as échoué?!" demanda sa mère sur le même ton, "Que devait-il se passer?!"

"Quand je vous ai sauvé, si je n'avais pas été là il y aurait eu des morts!" répondit-elle, "Quelqu'un lié à votre groupe aurait alors été envahi par la colère et les émotions négatives, et serait peu à peu devenu le réceptacle, mais normalement, ça n'a pas pu arriver, non?"

La mage acquiesça en silence, tandis que chacun écoutait en dirigeant à moitié sa monture. L'enfant du futur poursuivit:

"Pourtant, les créatures noires sont la garde rapprochée du Roi, elles étaient toujours à ses côtés pour le protéger. Personne ne sait d'où elles viennent, mais leur manière d'agir cette nuit était typique!"

Un silence ponctué des martèlements de sabots lui succéda, personne ne sachant quoi dire. Quelqu'un "lié au groupe"? Ça voulait dire que ça pouvait carrément être un membre du groupe, où quelqu'un de plus ou moins proche d'eux? La Voyageuse tentait de deviner qui aurait pu être le réceptacle en question, et l'idée la frôla que ça soit elle. Mais elle se reprit. Elle se sentait mal, mais elle n'avait pas l'impression d'être en colère... Puis elle n'était pas un élément du royaume, c'était pas comme si elle pouvait en devenir une partie intégrante. Gaston peut-être, en plus de l’enlèvement de Tonio...? À moins qu'il ne s'agisse de Robin, ce qui ferait lien avec ce que racontait Ed... Ou Sir Adrien? Il était plutôt peu expressif mais sous le coup du désespoir ça pouvait peut-être déborder? Ou le Seigneur Kirb, qui avait au contraire l'air très expressif... Voir carrément le marchand qui les accompagnait, qui n'avait sans doute pas une grande résistance aux forces ténébreuses. Elle lança à l'adolescente, serrant Sasha contre elle:

"Tu sais qui c'était?! Ce Roi des ombres?!"

"Non!" sanglotait-elle presque en secouant la tête. "On sait qu'il avait un lien avec votre groupe, mais on ne l'a jamais vu! En fait, on sait même pas si c'est un homme ou une femme! Et vu que j'ai changé le passé, je suis encore moins sûre de ce qu'il va se passer, ça pourrait tout aussi bien être moi que n'importe qui! Et je ne sais pas quoi faire pour l'empêcher!"

Mara serra les dents et replongea dans le silence. Elle sentait Sasha remuer doucement contre elle, sans doute sur le point de se réveiller.

_________________

Kirb chevauchait à toute allure, suivant la piste relativement nette des soi-disant "traîtres". Il se passait quelque chose d'étrange. Beaucoup trop d’événements en même temps. L'attaque d'un pays sans déclaration officielle, une rébellion qui prenait une telle ampleur, un groupe apparemment soudé qui se scindait en une nuit... Il n'était pas superstitieux, loin de là, mais il ne croyait pas aux coïncidences. Les coïncidences à cette échelle n'existent pas dans un monde de magie. Tout ceci ne lui plaisait pas et il voulait comprendre, afin de savoir comment mettre son peuple à l'abri.

Finalement, il déboula dans une clairière et arrêta sa monture devant le spectacle qui lui faisait face. Des arbres déracinés, de l'herbes calcinée, de la terre labourée, de larges entailles comme des griffures ici et là... Et des traces fumantes typiques de la plus noire des magies en de nombreux points. Qu'est-ce que...? Il s'approcha lentement de la scène, méfiant, et observa les quelques équipements qui traînaient au sol. Il fut légèrement soulagé en n'en reconnaissant aucun du groupe qu'il poursuivait, uniquement des équipements de l'armée des Marches de la Fêtée. Mais le nombre d'objets restants laissait supposer la présence d'une vingtaine de soldats au moins... Qui avait pu accomplir un tel massacre? Qui ou quoi?

Fronçant les sourcils, pris d'un terrible doute, il fit tourner son cheval vers la piste qui se poursuivait sur le côté et le talonna.

_________________

Les cors de guerre hurlaient, résonnant au dessus des milliers de soldats des Marches puis contre la muraille d'Olivie, dont les cloches appelaient les paysans à se mettre à l'abri à l'intérieur. Une escouade n'était pas revenue de sa mission de reconnaissance, le Prince Nirsan et son stratège avaient pressentit que s'ils ne lançaient pas l’offensive dès à présent, l'armée ennemie risquait de les cerner et de remporter une victoire si simple qu'elle en serait humiliante. Ainsi, il sonna la charge tandis que l'aube pointait à l'horizon, teintant les nuages d'un rouge source des pires présages.
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Sam 25 Juin 2016 - 22:55
La bataille qui s’en suivit fut d’une rapidité exemplaire : Mara n’avait même pas besoin de commander une stratégie particulière, il suffisait seulement de dire à l’assaut, et on fonçait s’occuper d’eux. Ils tombèrent rapidement, même sous ma lame devenue plus vive. Quatre soldats en moins, mais il fallait maintenant de nouveau fuir. Cela n’empêcha cependant ma fille de révéler les détails des problèmes qui nous accaparaient sous les galops, et qui nous plongèrent dans une terrible méditation.

Un sorcier maléfique, un roi des ombres, des créatures mystérieuses, puis juste ensuite, la fin du monde. Voilà de quoi occuper cette nuit et les prochaines jusqu’à la résolution du conflit. Quelqu’un du groupe allait péter les plombs et devenir notre ennemi juré, quelqu’un avec des émotions négatives ? Pour moi, le coupable idéal était Robin, qui semblait légèrement fêlé. Profil-type du soi-disant justicier qui tournait court car il décidait qu’il n’y avait qu’une voie pour appliquer sa vision parfaite du monde, et qu’en plus, il valait mieux être seul pour décider pour un peuple ce qui était le mieux, surtout si cette seule personne était lui. Par le plus grand des hasards… Cependant, cette histoire me faisait tiquer, alors j’en profitais pour placer :

« Je ne sais pas si tu sais, mais on m’a volé ma force. Est-ce que ça a un lien avec ton histoire et ce sorcier ou roi des ombres ? » De plus, autre question, mais avec la mère cette fois-ci : « Et on peut savoir en quoi tu es célèbre ? Comment un simple soldat de la Fêtée a pu te reconnaître ? »

Là, pour le coup, j’étais légèrement énervé, elle aurait pu me le dire, si elle était fameuse ou quoique ce soit. Non pas que les confidences sur l’oreiller devaient aboutir à toute la vie de l’autre, ça n’engageait à rien que des petits secrets qu’on avait de susurrer dans l’oreille de son compagnon parce que l’intimité physique et sentimentale allaient toujours de pair, mais si la sorcière était légèrement encline à se dévoiler, elle aurait pu me parler un peu plus de sa vie. Mais c’était vrai qu’elle avait peu parlé d’elle, avec volonté. Quand je lui avais posé la question, elle m’en avait retourné d’autres sans cacher qu’elle voulait rester un tant soit peu secrète. J’avais pris ça au début pour un jeu de séduction. Comme quoi, il y avait des subtilités qui m’échappaient encore sous les draps.

En attendant la réponse, on pouvait se rendre compte que la magie n’avait plus trop d’effet sur Sasha et qu’elle commençait doucement à se réveiller. Vu comment Anaka réagissait, c’est-à-dire, ne réagissait pas, on pouvait se dire qu'on ne pourrait plus la rendormir sur le trajet. Ça ferait au moins une personne de bien réveillé, car on commençait tous à accuser les chocs d’une nuit blanche, plus d’une longue chevauchée qui avait réduit en miettes tout fessier. Sasha papillota des yeux alors que les chevaux continuaient d’avancer dans les forêts. Heureusement qu’ils aimaient pas les pauses… Quand elle comprit enfin où elle était, avec son innocence qui la caractérisait et qui faisait trop vite oublier les crimes dont je l’accusais coupable, elle demanda ce qu’il se passait, ce à quoi je lui répondis :

« Olivie est attaquée. Robin et les autres sont en prise avec des révolutionnaires, nous, nous partons aider la capitale ; ils devraient vite nous rejoindre normalement. »

Elle avait peut-être des questions à poser, mais l’urgence nouvelle de la situation l’empêcha de se concentrer sur les détails. Elle semblait un peu affolée, mais réussit pourtant à demander :

« Mais pourquoi personne ne m’a réveillé ?!
_ Un sort, pendant le tour de garde. On n’a pas tous été affectés heureusement. »
Les limites de ma rhétorique s’arrêtaient ici, donc pitié qu’elle ne revienne pas. Ah si, elle revenait… Elle n’était pas obligée, mais je fus surpris de sa réponse.
« Il faut qu’on pénètre dans le palais, alors.
_ Pardon ?
_ Si la situation est aussi critique, on a le droit d’utiliser l’Emblème du Feu. C’est un Artefact d’une puissance sans équivalent qui permet d’accomplir des miracles. Allons au palais, récupérons-le, et voyons ce qu’on est capables d’en faire. »
Il accomplissait des miracles ? Dieu que ça semblait utile, rempli de promesse… et en même temps, il manquait le mode d’emploi, de petite notice suédoise… Je dis :
« Approchons-nous des murailles alors, je pourrais nous faire passer par une paire de portails. »

Il fallut une heure avant de sortir des bois et de retrouver Olivie… en feu. Nous n’étions pas proches du champ de bataille, celui-ci se jouait sur un versant à-côté, mais pas le nôtre, donc nous ne risquions rien et en même temps, on avait une vue splendide sur l’affrontement qui se jouait. Les Marches de la Fêtée avaient déployé des dizaines de catapultes qui enchaînaient les lancers de boules de pierres contre les murailles et les habitations, certaines boules étaient en flammes et provoquaient de nombreux incendies sur les toits en chaume de la ville, créant des marées de fumée qui noyaient les cieux d’une brume épaisse et noire. Des balistes détruisaient les centres de commandement des murailles avec des traits comme des troncs d’arbre, des centaines de soldats envahissaient les remparts avec des échelles et cognaient aux portes, des compagnons les protégeant des flèches et des projectiles avec des boucliers. Le tout se disputait joyeusement dans une journée rouge où des centaines de victimes étaient déjà à déplorer.

Sasha se mit à pleurer devant ce massacre, et je ne savais que trop comment la consoler… déjà parce que nos montures n’étaient pas proches, puis elle était dans une moralité assez ambivalente pour que je n’ose pas la toucher. Je lui insufflais juste un courage, ainsi qu’une sorte de petite consolation qui n’en était certainement pas une : les soldats qui défendaient n’étaient pas les leurs, mais ceux des Altribes vu qu’ils les avaient trahis. Pas super comme consolation, non, vous aviez raison…

Arriver au rempart était une chose, se téléporter derrière en était une autre, mais ce fut traverser la ville qui fut le cauchemar… Surtout pour Sasha. On put déjà emprunter les grandes avenues avec les montures, mais au vu des soldats qui essayaient péniblement de défendre les zones, les maisons en feu qui transmettaient le virus rouge à leurs voisines, les mouvements de foule des habitants en panique, il fallut bientôt abandonner les chevaux et se déplacer à pattes, alors que Sasha était témoin de toute l’horreur de la guerre qui emportait sa ville : corps décharnés, familles déchirées, soldats qui vomissaient, les quartiers qui s’embrasaient, les hurlements ici et là qui ne permettaient jamais le silence de s’installer, qui appartenaient à une mère ayant perdu un enfant, un soldat qui se prenait une lance, un cheval blessé hennissant tel un démon, les ordres d’un général dépassé.

Ce fut une traversée terrible qui me souleva l’estomac, personnellement, mais je réussis à conserver tous les trésors digestifs de mon estomac. Ce ne fut pas le cas de tout le monde, notamment de la petite Hely. Ayant un élan paternel, je l’attendis tandis qu’elle rendait ses tripes, et lui pris la main pour l’aider à avancer quand même. Elle me remercia et resta proches de moi, en fermant les yeux la moitié du temps.

« Je suis content de vous avoir trouvé, père. Je ne vous avais jamais vu avant.
_ Ah bon ?
_ Vous étiez partis. Vous aviez dit à mère que vous ne m’aviez pas voulue, et vous nous avez abandonné. »
Je ne savais pas quoi penser. Je restais légèrement honteux. « J’ai toujours pensé que c’était un mensonge de mère afin qu’elle reste solitaire. On a beaucoup vécu seules. »

Je préférais ne pas commenter. Je ne savais rien de ces retours dans le passé, et si c’était véridique ou non, le concept de deux mondes empêchait véritablement tout véritable retour en arrière pour les Voyageurs en tout cas, donc ce qu’elle me disait semblait un peu chiqué. Mais vrai que j’aurais certainement réagi comme ça, il était inutile de jouer l’hypocrite, surtout si cela m’enfermait la suite de mes nuits.

Le palais était complètement barricadé, et je dû utiliser une nouvelle paire de portails afin de faire rentrer les gens à l’intérieur des murs. Ce qui faisait que je n’en avais plus que deux maintenant, pour le reste de la mission, et qu’il valait mieux penser à les économiser pour les situations critiques. Mais nan, Sasha ne connaissait pas de porte secrète qui nous aurait permis de rentrer à l’intérieur, point de passage pour se faufiler sans qu’on ne nous voie et sans que je n’aie à gâcher plusieurs portes… Il faudrait faire avec… Les deux paires de portails qui me restaient étaient mes dernières chances de survie en cas de situation critique, et je pouvais même sauver le groupe entier si la situation l’exigeait.

Dans les murs du château, dont je me souvenais à peine de la géographie depuis les deux jours qu’on l’avait quitté (trois ?), mais Sasha, essayant de faire abstraction de ce qu’elle avait vu, nous guidait dans les couloirs en évitant les patrouilles de garde qui s’activaient à servir de renforts à des endroits stratégiques de la ville. Il nous fallut dix minutes entières pour circuler dans le château sans se faire voir et arriver dans la pièce que recherchait Sasha. C’était la bibliothèque royale, et elle se dépêcha de grimper à la septième rangée de livres grâce à une échelle glissante, pour activer un code secret en tirant des livres en particulier. Un tout petit pan de mur pivota sur un axe, et on s’y engouffra dès qu’elle fut redescendue de son perchoir. Cependant, quand on arriva au bout d’un couloir en pierre, vers une petite salle qui ressemblait à un tombeau sombre, mais bien décoré, Sasha émit un petit cri.

« Il n’y est plus ! L’Emblème du Feu… Il n’est plus là ! » Sérieux ? Qui l’avait alors ? Certainement pas la voix aigre qui vint de derrière nous.
« N’est-ce pas ? » Noïlissima et une troupe d’une dizaine de soldats. La situation se compliquait grandement.

__

« Prince, un de nos hommes qui a réussi à se positionner dans la ville dit avoir repéré Folichon au main d’une jeune fille blonde.
_ Il l’a intercepté, j’espère ! Folichon est éminemment importante !
_ Il a confondu la demoiselle avec notre stratège, dit-il, ce qui a fait qu’il l’a perdu de vue.
_ Tu entends ça, Mara ?
_ Oui seigneur.
_ Va récupérer ton épée, prends dix hommes de notre commando spécial. Ils sont certainement partis récupérer l’Emblème du Feu. »

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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Dim 26 Juin 2016 - 23:40
Mara pleurait, le cœur au bord des lèvres. Elle n'avait pas assez de deux bras pour tenir la main de Sasha, s'épargner la vision et le bruit de la bataille, et se soustraire à l'odeur de corps et de bois brûlés, de viscères, de sang et de tous les fluides humains qui peuvent rejoindre l'air libre en temps de guerre. Ainsi, serrant ses doigts autour de ceux de la princesse comme s'il s'agissait d'une ancre vers un monde meilleur, elle se couvrait le nez et baissait les yeux en avançant, subissant avec violence les cris humains ou animaux, fracas d'armes et crépitements qui formaient un vacarme omniprésent. Elle avait été dans des batailles depuis le début de la nuit, mais rien de comparable à l'extermination à laquelle elle assistait malgré elle. Elle n'avait pas vraiment conscience de ce qu'il se passait, peut-être même les deux camps étaient-ils à égalité, mais il était impossible d'ignorer les cadavres en devenir qui gémissaient et hurlaient et s'accumulaient. Car si les vrais morts disparaissaient, les giclures de sang demeuraient et les blessés étaient indénombrables.

Elle pleurait et contrairement à d'habitude, elle ne songeait même pas à se retenir. L'odeur salée de ses larmes permettait d'atténuer les émanations macabres, quand celles-ci n'étaient pas arrêtées par son nez bouché. Elle n'en pouvait plus, ses nerfs s’émiettaient les uns après les autres, elle tirait Sasha et fixant les pieds d'Anaka, mais elle était comme dans un état second. Elle ne se posait plus de questions, ne cherchait plus d'idée, ne voulait plus comprendre, elle voulait juste partir dans un coin calme, à l'abri et silencieux. Elle ne voulait même pas se réveiller, n'imaginait même pas passer la journée avec le souvenir de cette horreur gravée dans son crâne. Elle serra un peu plus la main de son amie.

Traversant les portails d'Ed, l'arrivée dans l'enceinte du château ne fut qu'une demi-délivrance. Même si les murs atténuaient grandement les bruits et supprimaient les odeurs, le souvenir était suffisamment vif dans l'esprit de la petite pour que sa nausée soit encore présente. Elle avait l'impression d'être sale, que toutes les fumées de l’extérieur s'étaient collées à elle. C'était la sœur de Robin qui la guidait à présent, et elle se contentait de suivre ses moindres ordres sans réfléchir, l'autre main plaquée sur sa bouche. Quand ils atteignirent finalement le tunnel de la bibliothèque, constatant que l'objet de leur recherche n'était plus là, elle s'adossa au mur et plaqua ses mains contre son visage. Ses larmes étaient presque taries, et elle commençait enfin à sangloter, ne réagissant même pas à l'arrivée des nouveaux venus. Elle voulait juste qu'on la laisse en boule dans un coin.

"Moi qui espérait que vous aviez une autre cachette ou un plan de secours, je suis déçue." lança durement la reine.

"Votre Altesse!" s'exclama Sasha, la gorge enrouée "Comment la situation a-t-elle pu dégénérer à ce point pendant notre absence? Que s'est-il passé?!"

La femme regarda sa cadette avec surprise, répondant d'un sourire moqueur:

"Je pensais que vous seriez au courant, puisque ma propre fille m'a trahie pour partir avec un pégase dans votre direction... C'est bien simple, Merta est à présent une région du domaine des Altribes. Quant à la cause de cette attaque, j'en ignore malheureusement la raison. D'ailleurs, cela m'y fait penser..." elle redressa son attention vers Anaka, qui se tendit. "Vos derniers rapports se font attendre."

Des regards se tournèrent vers la mage, alors que Sasha digérait bouche bée la nouvelle. Elle répondit finalement d'une voix basse, comme si elle peinait à desserrer les dents:

"Il y a eut de... nouveaux éléments à considérer. Mes priorités ont changé."

"... Je vois." fit tomber Noïlissima d'une voix particulièrement glaciale, "Je commence à comprendre ce qu'a pu ressentir le Prince Nirsan en apprenant que vous le trahissiez en ma faveur. C'est regrettable, vous étiez une informatrice de talent. Dommage que vous réfléchissiez autant sur les mauvaises choses."

Il y eut un silence de quelques secondes, le temps qu'elle lève la main et commence à ordonner "Tuez-l-", heureusement brusquement interrompue par un soldat hurlant que les défenses étaient sur le point d'être percées et que les troupes ennemies commençaient à s'accumuler. La reine fronça les sourcils en observant le messager, puis les prisonniers. D'une voix rendue brusque par l'urgence, elle lança:

"Combattez pour vos vies, je ne peux pas me priver stupidement de défenseurs. Je dirais à mes soldats de ne pas vous attaquer à vue, mais si vous vous enfuyez au terme de la bataille, je m'assurerais de mettre une telle prime sur chacune de vos tête qu'il faudra affamer le peuple olivien pour payer celui qui vous attrapera..."

Et elle fit volte-face sur ces paroles, partant avec sa troupe de soldats et laissant le groupe indécis derrière elle. Chacun resta silencieux, mais Hely se pencha finalement vers Mara, assise contre un mur. Posant une main sur l'un de ses genoux pour attirer son attention, elle souffla doucement, d'une voix légèrement tremblante:

"Mara... On va avoir besoin de toi... On doit combattre."

La Voyageuse lâcha un petit bruit aigu, comme un début de rire nerveux, et lâcha à mi-voix: "Non."

La main de l'adolescente tressaillit sur son genoux, et elle appuya un peu plus en continuant:

"Tu sais bien qu'on a besoin d'un stratège... Si tu ne nous guides pas, on..."

"Z'allez faire comme tous les autres, et taper sur c'qui bouge," coupa-t-elle aigrement. "Tu crois vraiment qu'y a des stratèges là? Et s'il y en a, bah suivez leurs ordres, pas les miens..."

La magicienne se fit soudain violence et releva de force la tête de l'enfant, ses mains encadrant ses joues et son menton, lançant:

"Mara, tu te souviens de ce que j'ai dit? Reprends-toi!"

"J'suis pas en colère..." tenta Mara pour rassurer la fille du futur, "J'suis juste... vide. Fatiguée. J'en peu plus. Vous pouvez pas y aller en me laissant là?"

"Mais tu pourrais mourir!"

L'enfant haussa les épaules et souffla: "Ici ou ailleurs..."
Son interlocutrice brandit la main pour la gifler, mais fut bousculée et s'arrêta dans son mouvement. Levant un regard surpris, elle vit le bout de la robe jaune de la soigneuse disparaître au coin du tunnel avant même que les autres n'aient eut le temps de l'arrêter. Anaka fut la première à réagir, se ruant à la suite de la princesse déchue, et Hely renonça à obtenir le consentement de la petite, l'attrapant violemment par le bras pour la redresser et se ruant à leur suite.

La blondinette courait derrière elle, ses jambes la propulsant par instinct, manquant de trébucher tous les trois pas. Il traversèrent la bibliothèque, remontèrent en quelques instants les couloirs qu'ils avaient mis tant de temps à parcourir discrètement... Ils traversèrent le hall principal à l'instant où l'imposante porte de bois se tordait dans un grincement sinistre, volant en éclats par endroits, blessant quelques-uns des soldats qui formaient la première ligne de défense intérieure. Mais le groupe ne s'arrêta pas, suivant les pas de Sasha et parvenant à gagner du terrain sur elle malgré le poids qu'était l'autophobe.

Les cris de guerre et les bruits métalliques commencèrent à résonner contre les murs, tandis que la bande gravissait l'escalier en colimaçon d'une tour centrale, Anaka criant vers celle qu'elle poursuivait, lui demandant ce qu'elle faisait, lui disant de s'arrêter. Cette dernière s’exécuta finalement, mais uniquement pour tenter d'ouvrir une porte. Constatant que celle-ci persistait à rester fermer, elle se contenta de donner un violent coup de pied en bas à gauche du panneau, et celui-ci s'écarta légèrement de son encadrement, permettant à la jeune fille de se ruer à l'intérieur. Remarquant que ses poursuivants étaient à présent sur ses talons, elle leur lança sèchement:

"J'ai peut-être une solution pour tout régler!"

Et sur ses mystérieuses paroles, elle pénétra dans une chambre tellement ornementée que personne ne douta qu'il s'agisse de celle du roi. Fonçant vers les bureau, elle commença à fouiller frénétiquement dans les différents tiroirs, retirant sans ménagement les dossiers qui s'y accumulaient et grattant le fond de chacun d'eux avec une insistance toute particulière, marmonnant des suppliques entre ses dents. Les autres étaient à présent autour d'elle, peinant à reprendre leur respiration après cette course effrénée, l'observant sans vraiment comprendre quoi faire.

Finalement, elle poussa un cri de joie et soulevant le faux fond de l'un des compartiments, elle brandit une sorte de minuscule clef transparente, comme faite de verre. Bousculant à moitié les autres, elle rejoignit l'autre côté de la pièce et l'objet entre les lèvres, elle entreprit de décrocher l'un des nombreux portraits d'individus royaux au regard sévère ornant les murs, celui de son grand-père en particulier. La surface derrière lui ne semblait pas se différencier du reste du mur, mais elle n'y accorda aucune importance et entreprit de passer le bout de son doigt sur l'étendue. Celui-ci s'arrêtant finalement à un endroit précis, elle prit la clef de son autre main et l'approcha doucement, l'incrustant dans une entaille presque invisible à l’œil nu, sans doute pas pour des raisons naturelles. Ouvrant soigneusement une portion du mur de la taille d'un coffre, elle révéla des rangées d'ouvrages en cuir dégageant une odeur de vieillesse presque palpable. Alors qu'elle se saisissait très soigneusement de l'un d'entre eux, elle commença à s'expliquer:

"Père avait fait mettre un système de défense magique en place dans le plus grand secret, dans le cas où Olivie risquerait d'être prise. Il s'agit de l'information la mieux cachée de la famille royale, seuls Robin et moi connaissions son existence. Nous avions décidé de ne pas même en parler à Noïlissima ou Emelia, par prudence entre autre."

Le livre était à présent posé sur le lit mais la princesse avait le bras entier enfoncé dans l'espace créé, le visage exprimant une certaine concentration alors que ses mouvements laissaient deviner qu'elle cherchait quelque chose au fond. Mara s'était pour sa part à peine remise de sa crise, et elle se contentait d'observer passivement ce qu'il se passait, puisant dans ses dernières ressources de volonté pour renoncer à son immobilisme fœtal. Finalement, un léger son retentit, suivit de bruits de mécanismes et de frottements tandis qu'une portion du mur se découvrait pour dévoiler un escalier dérobé.

"Peu importent les mensonges proférés par cette femme, je suis et je serais toujours la princesse Sasha d'Olivie, seconde héritière du trône de Merta." souffla-t-elle en empruntant le nouveau passage. "Et il est hors de question que qui que ce soit ne s'attaque au territoire sous ma protection, ou massacre ainsi mon peuple!"

La nouvelle salle était basse de plafond par rapport au reste du bâtiment, mais laissait parfaitement un homme normal s'y tenir debout. Elle était vide malgré quelques étranges reflets qui laissaient deviner des glyphes sur toutes les parois. En son centre, une sphère blanche flottait paisiblement à un mètre du sol. La soigneuse l'observa d'un air songeur, puis tout en approchant sa main, elle murmura comme pour elle-même:

"Robin approuvera... "
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Jeu 30 Juin 2016 - 1:53
« Mais moi, je n’approuve pas… » lui répondit directement une voix qui venait de derrière nous.

Ce n’était pas celle de la reine, trop prise par l’assaut pour nous consacrer du temps libre, ou bien de quelqu’un qui ne devait surtout pas être là, comme tenez, le Robin indiqué. Et pourtant, c’était une voix que je connaissais parfaitement, et je me disais que ce n’était pas si grave Mara, arrête de ruminer dans ton coin. Je ne lui dirais vraiment pas ça, la pauvre était complètement choquée et toutes mes pensées allaient vers elle, si bien qu’entre une fille non voulue, une sorte de sorcière traîtresse et une Sasha moins gentille qu’il n’y paraissait, j’étais prêt à prendre la petite Voyageuse sous le bras puis me barrer, il n’y avait pas assez pour nous retenir ici par rapport aux problèmes qu’on devait régler, surtout la petite : tout le Royaume avait décidé de la nommer stratège et responsable de plusieurs vies, et voilà que tout s’effilochait au fur et à mesure.

Cependant, comme je le disais, ce n’était pas Mara qui avait parlé, alors je me retournais pour voir une silhouette encapuchonnée, mais qui clairement, par le visage qu’on pouvait déceler sous l’habit plus la taille et les intonations, il n’y avait rien à douter. Voilà un mystère de plus car voilà une Mara en plus. Une Mara doublée, plus sûre d’elle et plus menaçante. Elle était accompagnée d’une dizaine d’hommes habillés comme des ninjas et portant tous des armes légères, et étant positionné d’une telle manière qu’on savait automatiquement que c’était des pros. Nous n’étions clairement pas de taille, nous cinq dont une personne qui ne se battait plus, et une complètement démotivée. La seconde Mara s’avança tranquillement, complètement maîtresse de la situation.

« Je ne sais pas ce que vous vous préparez à faire, mais je vous conseille d’arrêter et de m’écouter. » Sasha était perplexe face à cette nouvelle intervenante, et s’arrêta doucement, ses mains si proches de la boule de lumière.
« Mais qui êtes-vous ?
_ Mara Leros, grande stratège des Marches de la Fêtée, pour vous servir. Je ne suis pas là pour blesser quiconque, alors détendez-vous, s’il vous plaît. »
Ce faisant, elle lança un regard scintillant vers la première version d’elle avant de revenir sur Sasha. « J’ai quelque chose à vous demander, princesse, et si vous me répondez, je serai capable d’arrêter la bataille en cours. Votre peuple sera sauvé. » Sasha était maintenant toute ouïe, ce qui n’échappa pas à la stratège du camp d’en-face.
« Je sais trois choses, trois secrets que ce château renferme suite aux nombreux siècles de violence dont il a été témoin : l’Emblème du Feu, qui permet de sceller le mal absolu, ce dispositif dont je ne sais absolument rien, mais je suppose qu’il est lié au passé, et enfin… où est enfermé Grima. » Sasha émit un hoquet de surprise, et cela fit sourire la Mara maléfique.
« Grima, le Dragon des Ténèbres.
_ Je ne peux pas vous dire…
_ Allez donc ! Les Joyaux ont de bons espions, ils ne veulent pas s’occuper de notre guerre, mais ils sont venus avec leur bateau sauver le plus de civils possibles. Je pourrais vous escorter jusque là-bas le temps que j’arrête la bataille. Les vies de tout le monde ici seront sauves, ainsi que celles de vos citoyens.
_ Qui sera sauf avec Grima vivant ?! »
rétorqua Sasha, la rage entre les dents. Ce qui ne plut pas du tout à la seconde Mara, qui voyait sa proposition échouée brutalement. Elle changea rapidement de stratégie :
« Petite bornée. Soldats ? Attaquez.
_ Fuyez tous ! »
nous hurla Sasha en agrippant la boule de lumière. « Il faut que vous partiez d’ici au plus vite ! Prévenez Robin ! » Voyant qu’on ne bougeait pas, elle nous sourit : « Il ne peut plus rien m’arriver désormais, je ferai partie du château. »

Puis par sa volonté ou sa magie, je ne savais point, elle activa la boule. Celle-ci déversa une onde de choc solaire qui nous éblouit tous et qui semblait traverser les murs du palais comme s’ils n’existaient pas. Puis peu à peu, les mains de Sasha se vitrifièrent sous la puissance magique de la boule, et elle nous encouragea avec son petit sourire de princesse de nous enfuir au plus loin d’Olivie.

J’utilisai aussi rapidement et efficacement que possibles les deux paires de portail qui me restaient pour nous embarquer tous loin du château et des sbires, laissant derrière nous une Sasha qui semblait aussi solennelle que pour un sacrifice. Quand on la quitta, elle s’était déjà transformée à moitié en cristal et la seconde Mara semblait serrer les dents. Je m’occupais personnellement de tirer notre Mara à nous par la main : la fille avait reçu trop de chocs et voilà qu’elle devait en plus supporter le fait qu’on laisse une de ses amies derrière elle. Je savais qu’elle était peut-être encore plus forte que moi à ce moment-là, en tant que Voyageuse, mais mes gestes secs empêchaient toute rébellion, et je priais pour qu’elle fut encore dans cet état second qui la caractérisait depuis quelques instants.

Il fallait absolument rejoindre le port dorénavant, où nous pourrons nous enfuir de la guerre et potentiellement de la solution d’urgence ; des bateaux des îles Joyaux, c’était inespéré. On fonça loin des fronts de bataille, même si les mouvements de population étaient impitoyables et nous obligeaient à marcher ou piétiner au lieu de courir. Tout le monde sentait que des grondements parcouraient la terre et personne n’avait la curiosité de voir ce qui se passerait. Alors on se frayait le chemin, Anaka, je ne savais plus quoi penser d’elle, utilisait des boules de feu pour légèrement effrayer la population et nous permettre d’avancer plus vite, un procédé que je trouvais légèrement abject, mais que je minimisais quand je me rendis compte qu’Hely ainsi que Mara étaient deux enfants qui étaient complètement déboussolés de la situation.

Dans le port, c’était la ruée : on fut tous pressés les uns contre les autres, toute la ville essayait de s’enfuir par les navires et évidemment, ils n’étaient pas assez nombreux malgré une vingtaine de vaisseaux de belle taille. Les marins des Joyaux se dépêchaient de hurler que c’étaient les femmes et les enfants d’abord, mais c’était précisément la majorité de la grande foule qui noircissait les environs. Vu que nous avions deux gosses, certaines personnes nous laissaient passer (ou n’osaient pas protester quand nous forcions le passage), et voilà que ça hurlait, que ça se poussait, des gens tombaient, piétinés par les autres, on entendait des cris, et voilà que les grondements terrestres reprenaient, plus fort cette fois-ci, beaucoup plus menaçant.

Cela poussa peut-être les marins à n’accepter plus personne, en hurlant dans leurs deux mains ou en faisant un énorme signe de croix avec leur bras, ils n’acceptaient plus personne, ils allaient repartir. Certains navires n’avaient pas le cœur à abandonner les gens et surchargeaient les rafiots le plus possible. Nous montions déjà sur un ponton, et Anaka forçait le passage en criant :

« La stratège de Robin ! Nous avons deux enfants et la stratège du prince Robin ! Plus un guerrier de son expédition ! » Elle continuait à crier, mais les marins ne pouvaient nous prendre, non, comment pouvaient-ils nous croire. Anaka, plus désespérée que jamais, ressentant les vibrations qui venaient du sol, s’époumona à nouveau : « La stratège de Robin, et une enfant ! Laissez-nous passer, s’il vous plaît ! On a deux enfants !
_ Je suis désolé, madame, mais ce n’est pas possible, nou…
[color=#ff9900]_ MAIS LAISSEZ PASSER BON DIEU ! JE LA RECONNAIS LA LOUPIOTE ! »
hurla une grosse voix que nous, nous ne connaissions pas. Un type ventru et barbu, drapé dans du rouge pirate, ouvrit ses mains et poussa ses propres matelots pour nous faire venir d’entrer. « JE L’AI DEJA VU, CES INDIVIDUS DISENT VRAI !
_ Désolé, capitaine Herman.
_ Laissez-leur une place, vite, vite. Venez, la petite troupe. Je ne pourrais pas vous recevoir selon votre rang, mais je ne peux pas faire plus. Pommes, couvertures…
_ Ça nous ira très bien »
, déclara rapidement Anaka en grimpant sur le navire, donnant sa main à Hely. Je passai avec Mara et acquiesça. Herman commentait notre arrivée à un de ses matelots en disant que nous étions des gens de haute stature, et nous confirma que tout irait bien. Herman, Herman… j’avais entendu parler de lui, n’avait-il pas été à la réunion des grosses pontes des environs ?

On se posa tous dans un coin, s’asseyant près du bastingage en bois, alors qu’Herman hurla toutes les manœuvres pour s’enfuir du coin le plus rapidement possible, sans oser regarder la foule qu’il laissait au port. Il y eut des sifflets de ceux qui étaient restés sur la berge, et des vivats de ceux qui avaient réussi à monter dans l’arche. Peu à peu, le navire s’éloignait du port, accompagné de ses compagnons de bois, chargé à ras-bord. Il y avait à peine de roulis au vu de la taille du navire et de la tranquillité de la marée, mais je ne savais pas pourquoi, ce n’était pas du soulagement que je ressentais. De la honte peut-être, de l’incompréhension… une énorme fatigue émotionnelle et physique. Je voulais juste qu’on me laisse tranquilles. Paladin ou pas, je trouvai du réconfort en regardant la détresse et la joie de tous les passagers, quittant la guerre, mais aussi leur ville.

Nous fûmes tous témoins alors, à plusieurs kilomètres d’Olivie, du fameux dispositif de défense du château et des raisons des grondements souterrains. Doucement, la ville tremblait, puis, en créant d’immenses vagues qui cherchèrent à trébucher ceux encore débout sur le pont, Olivie, la capitale de Merta, s’envola dans les cieux dans un déchirement tectonique qu’on entendait d’ici. On put voir des milliers de rochers, à la bordure, tomber dans l’eau ou sur la terre qu’ils avaient quitté, le peu d’eau que l’îlot céleste avait embarqué se dépêchait de couler dans une magnifique cascade… Nous étions trop loin pour l’apercevoir, mais peut-être que des dizaines de personnes étaient tombées, surtout si elles étaient restées trop proches du port. Les murailles avaient été emportées, mais pas beaucoup plus loin, faisant que toute l’armée des Marches était restée sur le plancher des vaches… L’invasion était effectivement terminée, et ceux qui étaient restés sur l’île céleste allaient devoir se débrouiller sans le monde extérieur. Peut-être que d’autres mécanismes de défense avaient été activés, mais ça, impossible de le savoir…

L’île s’envolait de plus en plus haut, à une vitesse lente, mais régulière, et en quelques minutes, elle cherchait déjà à chatouiller les nuages par les plus hautes tours du palais. Je pensais que chacun ressentit à ce moment-là des sentiments complexes, allant de la contemplation à cette vision magnifique jusqu’à un sentiment d’abandon terrible d’une terre qui gravissait les escaliers pour aller vers les cieux. Olivie s’en allait, abandonnant les hommes et les guerres. Sasha était tout là-haut, et on ne la reverrait certainement plus. Moi de mon côté, je restais bouche bée, la meilleure expression quand on ne trouvait pas quoi ressentir mais qu’au moins, tout cela était bien beau. Des rayons de lumière se déversaient sur le palais et sa ville quand ils écorchèrent les nuages fragiles et sombres, et petit à petit, assommés par ce que je ressentais enfin clairement, soit un sentiment d’impuissance totale et presque rassurant quant à la culpabilité que je pouvais éprouver, on vit le château pourfendre complètement la couche de nuage, puis disparaître totalement.

Devant le trou céleste ET terrestre que laissa le château derrière lui, la lumière s’échappant du premier pour frapper le second, on resta tous stupéfaits et indécis de savoir si c’était une bonne nouvelle ou non. Les gens n’osaient plus bouger de peur de le voir retomber, ils voyaient encore ce tableau dantesque devant leurs yeux comme si la scène se rejouait, il y avait là quelque symbole qui nous touchait au fond de nous, qui trifouillait dans l’inconscient, la partie où l’on était capables de croire à des divinités surhumaines.

Et de mon côté, nous quatre assis, on observait et on se taisait. Je serrais Mara contre moi, mais peut-être par la volonté d’Hely, elle se trouvait de l’autre côté et j’avais passé mon bras par-dessus elle à son tour, tandis qu’Anaka la tenait de l’autre côté. Nous quatre ainsi, ne comprenant pas ce qu’il se passait et ne sachant plus quoi faire maintenant, allongés sur le pont d’un navire surchargé. Il n’y avait plus rien à dire. Comme pour nous rassurer sur le fait qu’on pouvait maintenant prendre du repos jusqu’à la fin, après les batailles et les chevauchées, Herman était prêt de nous, debout cependant, et nous annonça avec douceur :

« On arrivera sur Yaté dans une journée, la plus proche île des Joyaux. Demandez-moi ce que vous voulez, j’essaierai de vous aider. Voici au moins des couvertures pour la nuit. »

Quand il fut parti en nous laissant ce qu’il nous avait promis, j’avais encore dans mes yeux la vision fantastique de ce château volant qui partait à pas doux vers la conquête du ciel.
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Ven 1 Juil 2016 - 0:09

Là où se dressait auparavant la fière cité d'Olivie, ses tours dressées vers le ciel, sa riche population s'animant autour de marchés aux ressources abondantes, là où vivait et se développait le cœur du Royaume de Merta, joyau de commerce, symbole de richesse et d'aisance pour le continent, là ne se creusait à présent plus qu'un vaste cratère. Sa surface irrégulière était parsemée de rocs ayant chuté du bloc qui s'envolait, un lac commençait à se former en son centre, nourri par la rivière qui autrefois alimentait la ville... La poussière dégagée par l'arrachement du sol était à présent retombée, et le seul signe indiquant que quelque chose s'éloignait n'était plus qu'une ombre qui se faisait de moins en moins large et nette.

Nombreux étaient ceux à regarder le phénomène, partagés entre la fascination, la terreur, l'inquiétude et l'émerveillement, qu'il s’agisse de soldats, de réfugiés, où du groupe qui accompagnait le prince Robin lui-même. Ce dernier, à la lisière d'une forêt pour se camoufler, regardait sa sœur s'éloigner de lui à jamais. Son visage paraissait neutre, comme s'il ne savait quoi exprimer face à cet événement impossible. Comment en étaient-ils arrivés là? Qu'est-ce qui avait pu pousser Sasha à une telle extrémité? Était-ce à cause des traîtres? Pour se protéger d'eux? Non, ce système ne pouvait que protéger la ville, l'invasion avait-elle atteint un tel point de non-retour? Il ferma doucement les yeux, ne parvenant pas à assimiler l'idée même du deuil, puis tourna son regard vers l'armée des Marches.

Et son cœur rata un battement face au spectacle aussi violent qu'imprévisible qui s'offrit à lui. Des nuées de créatures noires, difformes, presque plus liquides ou gazeuses que solides, qui fondaient sur le camps du prince Nirsan. Dans un silence absolu. pas un cri, pas un bruit de pas ou d'acier, pas un autre froissement d'herbe ou de feuille autre que celui provoqués par la brise. Mais de là où il était, il voyait malgré tout les militaires qui tentaient de fuir ou de riposter, les éclats lumineux de magie... Il se tourna vers les autres, craignant que son émotion ne soit en train de le faire sombrer dans la folie, mais tous regardaient la scène avec horreur. Et sir Adrien rompit finalement le silence lugubre qui avait pris place dans le groupe amputé, chuchotant d'un souffle tremblant:

"Votre Altesse... C'est comme dans les contes..."

"Il nous faut fuir" trancha brusquement Gaston, le visage fermé, "Il est trop tard pour cet endroit, il nous faut fuir et nous préparer à affronter le retour des Ombres."

Le prince fixa son mentor. Après avoir perdu son fils, voici que sa femme le quittait à présent à son tour. Il chercha des paroles de réconfort, mais n'en trouva pas. Qu'il s'agisse du chevalier, de l'archer, du marchand, de sa fiancée qui marchait à présent avec eux ou de lui-même, chacun avait vraisemblablement perdu des proches à cet instant précis. Personne n'était en état de soutenir les autres, il se contenta donc d'acquiescer et s'engouffra de nouveau dans la sylve aux côtés des autres. Pourquoi ces créatures apparaissaient-elles maintenant? Pourquoi ne se déchaînaient-elles que maintenant, si c'était pour anéantir cette armée-là?!

_________________

Mara, assise contre Ed, regardait le phénomène avec une telle fascination qu'elle en oublia un instant de respirer. Le fait de se retrouver plus tôt face à un double d'elle, l'assurance et la force d'action en plus, l'avait quelque peu secouée. Mais avait en tous cas réussit à la sortir de sa bulle émotionnelle. Elle n'avait pas vraiment compris ce qu'entendait faire son amie sur le coup, mais elle-même ne parvenant même pas à imaginer la moindre solution à la situation dans laquelle ils étaient, aussi improbable soit-elle, elle ne s'était donc pas vraiment opposée à la décision de la princesse. Elle était trop perdue pour comprendre qui était gentil ou méchant, qui voulait quoi, alors si quelqu'un pouvait faire quelque chose pour sauver plein de gens d'un coup, qu'il fasse. Et ensuite, même si elle s'était sentie terriblement mal à l'aise d'être ainsi privilégiée devant des citoyens pendant la fuite, elle s'était laissée faire sans gêner les autres. Elle se sentait déjà bien assez coupable avec tous les derniers événements, elle n'allait pas empêcher ses derniers compagnons de sauver leur peau. Mais quand même elle n'aimait pas ce traitement de faveur, elle n'avait pas l'impression de le mériter.

La côté était à présent loin, et si le château avait depuis longtemps dépassé les nuages, l'enfant ne pouvait s'empêcher de penser à lui. Comment les habitants restés sur place allaient-ils se nourrir ou boire? Pourrait-il rejoindre le sol? Et Sasha, comment se débrouillait-elle? Et Noïlissima? Et les soldats ennemis qui avaient réussi à rentrer? ... Et l'autre Mara? Et n'arrivait pas à imaginer ce qui pouvait se passer là-haut, elle avait juste l'espoir que dans cette situation, ceux qui avaient été emportés s'étaient serrés les coudes par nécessité, et n'essayaient pas de se massacrer jusqu'au bout... Elle se détacha finalement d'Ed et se mit sur ses jambes, sentant avec curiosité le sol légèrement instable sous ses pieds.

Elle lança aux autres un petit sourire, comme pour les rassurer sur son état, et chancela malgré la foule jusqu'à la balustrade la plus proche, qu'elle agrippa d'un coup. La barrière de bois lui arrivant au menton, elle posa ce dernier dessus et passa ses bras autour des poteaux qui la soutenaient. Son regard se perdit dans les mouvements d'eau qui faisaient un peu tanguer le navire, elle observa les minuscules vaguelettes qui parcouraient les vagues plus grosses, elle regarda l'immense tache formée d'une multitude de points lumineux orangés, et fixa sans grande prudence le soleil couchant vers l'horizon. Elle inspira longuement l'odeur iodée de la mer, se faisant la réflexion que c'était bien la première fois qu'elle montait sur un bateau. Dommage que ce soit dans un contexte pareil, elle avait un poil de mal à profiter, là.

Elle sentit une petite pression sur son épaule et tourna la tête pour voir un homme de l'équipage, distribuant des couvertures. Souriant un peu, elle tendit la main pour la prendre en préparant un remerciement. C'était vrai qu'elle se sentait particulièrement épuisée, ce soir...

~~~~~~~~~~~~~~

"Mara, réveille-toi!"

Je me redressai en sursaut, en sueur, laissant à peine à ma mère le temps de s'écarter pour ne pas se recevoir un coup de tête involontaire. Je regardais ma chambre autour de moi, un peu perdue, remettant progressivement en place les événements de la nuit, puis de la veille. Je levai finalement un air hagard vers ma mère, sa main sur mon épaule, qui insistait:

"Tu n'as pas cours aujourd'hui? Tu n'avais pas mis ton réveil, tu ne va pas être en retard?"

Je clignai plusieurs fois des yeux vers la petite horloge à côté de mon, lit, le temps de me rappeler pourquoi je comptais sur une grasse mat' aujourd'hui, et bafouillai vaguement:

"Ah... Pas ce matin... Pas histoire... Que cet aprèm..."

Déchiffrant peu à peu ce que je voulais dire, elle s'excusa finalement d'un sourire tendre et m'embrassa le front avant de partir au travail. Je regardai de nouveau l'heure. Si j'avais eu cours à huit heures, ça aurait déjà été fichu. Bah. Je retombai sur mon oreiller, fixant mon plafond. Plus possible de dormir maintenant, surtout que mes draps étaient complètement emmêlés. Puis j'avais pas envie de retourner là-bas, pas tout de suite. Ce soir peut-être, pour finir de les aider, mais là... Là je pensais mériter au moins une pause.


La journée passa finalement assez vite, entre la matinée à la maison à écouter papa répéter son prochain concert et les quelques cours de l'après-midi, quelques étirements ayant réussi à me faire reprendre du poil de la bête après mon réveil difficile. Mais j'avais toujours les événements et la culpabilité de la nuit en tête, et je dus sans doute paraître encore plus distraite que d'habitude en cours. Après, c'est pas comme si les gens de ma classe n'avaient pas l'habitude. Mais au moins, le soir venu, j'avais un peu fait le tri. Et même si j'étais un peu morose en me roulant sous ma couette, c'est sans grandes hésitations que je pensais aux visages de Hely et d'Anaka.

~~~~~~~~~~~~~~

Mara ne réapparut pas sur le bateau qu'elle avait quitté, mais dans une chambre relativement confortable. Vérifiant son état, elle constata que sa cape avait la même forme que pour la nuit précédente et que, ô miracle, la sale bête n'était pas apparue sur elle cette nuit. Au moins ça en moins à gérer. Elle libéra un léger soupir de soulagement et se redressa d'un coup, entendant du bruit dans une salle adjacente. Passant par l'ouverture qui reliait les deux pièces, dépourvue de porte, la fillette chercha quelqu'un du regard et en voyant Hely, de dos, elle rougit brusquement. Lâchant un petit "désolé" à peine audible, elle entreprit de quitter la salle de bain, mais la magicienne en train de se rhabiller sursauta avec un petit cri en la voyant dans le miroir. Elle finit brusquement d'enfiler sa robe et prit à peine le temps de l'ajuster avant de débarquer dans la chambre pour voir la Voyageuse, toujours empourprée par la gêne. Sans sembler lui porter rancune, elle l'attrapa dans ses bras en riant. Elle avait encore les cheveux mouillés. Faisant finalement un pas en arrière, mains sur les hanches, elle observa sa cadette et s'exclama:

"C'est dingue d'apparaître et de disparaître comme ça! C'est car tu es une Voyageuse, non? Maman m'avait expliqué, pour Ed et toi! Ça commençait à faire plusieurs jours, on s'inquiétait un peu... Tu vas mieux?"

La blondinette était soulagée de ne pas avoir à tout expliquer à son amie, et surtout que cette dernière ne lui en veuille pas. Quand même plusieurs jours... C'était long... Prenant à son tour la parole, elle lâcha:

"Ouais, je vais mieux, j'ai eu le temps de réfléchir, ça va... Plusieurs jours... On est où du coup? Il s'est passé quoi?"

Histoire d'être au courant si le monde avait sombré dans le chaos en son absence, ça pouvait être utile... Hely prit un air légèrement plus sérieux, même si sa bouche était toujours souriante, et elle s'assit avec la petite sur le lit pour parler:

"On est dans la résidence de Monsieur Herman, à Yaté, il nous a laissé nous reposer ici. Il semblait sûr que vous alliez revenir tous les deux, donc il voulait qu'on ait tout le repos possible pour pouvoir vous accompagner au mieux à votre retour. Et pour ce qu'il s'est passé..." son sourire vacilla un peu. "Kirb est revenu avant-hier, épuisé et meurtri, avec des nouvelles du continents. Il avait tenté de nous suivre plutôt que Robin, doutant de lui, mais il nous avait perdu à la muraille d'Olivie, à cause des portails de papa. Apparemment... Le Roi des Ombres est bel est bien revenu. Il serait réapparu pendant l'attaque de la ville, et son armée a exterminé la quasi totalité des soldats des Marches de la Fêtée. Robin et les autres sont toujours portés disparus, donc je me demande si... Enfin, peu importe. Tout ce passe exactement comme avant, comme si mon action n'avait rigoureusement rien changé. Je ne sais plus trop quoi faire... "

Mara regarda ses épaules affaisser sous un soupir et posa une main sur l'une d'elle. Souriant un peu difficilement face à ces nouvelles, elle tenta de transmettre de un peu de son énergie à travers le contact de sa main et souffla:

"T'inquiète, on est là, on va trouver une solution. J'suis sure qu'Ed va pas tarder non plus, on trouvera bien un moyen."
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Sam 2 Juil 2016 - 0:12
Le réveil et la journée qui s’en suivit furent douloureux pour moi : malgré la tonne de travail que je devais accomplir plus les brainstormings à réaliser pour l’ouverture prochaine de mon restaurant, j’étais encore plongé dans Dreamland et la nuit dernière. Enfin débarrassé du poids des responsabilités et de l’impuissance, il ne me restait plus qu’à déterminer quel serait maintenant notre angle d’attaque pour la nuit prochaine. Il y en avait pas mal et on ne pourrait bien sûr pas tout régler, il fallait choisir les priorités. Mais avec Herman comme nouvelle alliée, et Anaka juste à-côté qui s’y connaissait malheureusement trop, on aurait peut-être suffisamment d’informations pour savoir vers quel objectif se diriger et où mettre les pieds. Ce fut l’esprit plus clair et pleine d’idées que je me couchai cette nuit-là, sans douter une seule seconde que je retrouverais Mara et les autres.

__

Ce fut avec regret que je me retrouvai dans Dreamland avec les mêmes capacités qu’auparavant, c’est-à-dire que ça commençait à venir, mais Mara pouvait encore me retourner la tête d’une gifle. Ça, c’était dommage, ça avait été mon vœu suprême de retrouver mes pouvoirs disparus sur une nuit prochaine, ça nous aiderait tellement et ça me permettrait d’être moins terrifié par les événements à venir. Malheureusement, il fallait croire que je resterais aussi faible que maintenant si je ne les retrouvais ou appliquais la recette miracle du Père Gaston. Très bien, il faudrait faire avec…

Je me rendis compte aussi que j’étais dans une pièce plutôt sombre, éclairée à peine par une lumière matinale. Anaka y dormait tranquillement, et j’avais l’impression que sa nuque était plus dégagée qu’avant. Ah oui, de façon générale, ses cheveux étaient plus courts, et légèrement teintés… Peut-être qu’elle ne désirait pas se faire reconnaître. Être une espionne qui trahissait tous les camps qu’elle connaissait, ça avait comme revers d’accumuler les ennemis.

Dans un geste étrange, au vu de notre relation que j’espérais maintenant terminée afin d’empêcher que la fille me considère véritablement comme son père, ce que je n’étais peut-être pas en fin de compte (l’espérance du lâche), j’allai lui toucher et masser doucement la nuque pour la réveiller. Créature des Rêves ou pas, elle avait une beauté épineuse et un charme bien réel. Elle émit un petit gémissement du matin, s’étira en bâillant et se retourna pour me voir. Trop fatiguée encore pour être étonnée, elle avoua tout de même, d’une voix brisée par le sommeil :

« Tu es revenu… Je ne pensais pas que tu reviendrais.
_ Me voilà pourtant.
_ C’est Hely qui avait raison. Elle ne va pas arrêter de m’embêter avec ça. »
Elle se leva sur son lit, toujours assise, et me quitta des yeux quelques instants pour s’étirer à nouveau. Je tournai ma langue, tranquillement, de peur d’aller sur des terrains d’où je ne pourrais m’extirper par la suite.
« On n’a pas parlé d’Hely.
_ Il y a quelques chose à dire ? »
rétorqua presque sèchement Anaka en poussant les draps pour s’extirper du lit confortable.
« Elle m’a rapporté que tu l’as élevée seule parce que tu lui a dis que j’étais parti, et pensait tout de même que c’était juste toi qui voulait que vous viviez à deux, sans moi.
_ Je pense qu’elle a raison sur ces deux points. »
Et je le pensais aussi, en fin de compte, j’étais obligé d’avouer. Même si ça me plaisait de savoir que je n’aurais pas la garde de la petite et qu’on ne me demandait rien sinon de ne pas être là, je me sentais quand même un peu vide… Pas parce que je ne remplissais pas mon rôle de père, je ne me sentais même pas père d’elle, elle débarquait d’un coup et faudrait que j’ouvre un gouffre aux sentiments contradictoires pour elle ? Non, mais peser si peu dans la vie de personnes aussi proches, ça me mettait toujours mal, j’avais l’impression d’être insignifiant, qu’on pouvait me laisser de côté. Je n’aimais pas ce sentiment. Quand Anaka s’habilla pour être prête pour la journée, et qu’elle voulut franchir la porte, je me mis dans une telle position qu’elle était obligée de me regarder.
« Quoi ?
_ Pourquoi tu veux pas que je sois proche d’Hely ? Tu avais prévu de me mettre à l’écart depuis le début ?
_ J’avais prévu d’avoir Hely pour moi seule depuis le début, oui »
, fit-elle en claquant la langue. « Quant à toi, sache que je suis une espionne au service de tous ceux qui ont besoin de mes services. J’ai vu assez de camps et de bassesse, ça donne une bonne leçon à retenir : je n’ai confiance en personne, encore moins aux hommes. Encore moins aux amants d’une nuit. Et encore moins aux Voyageurs. » Elle passa en manquant de me bousculer, la tête vers le bas, et après avoir ouvert la porte, moi qui n’avais pas bougé, je soufflai, le cœur en vogue :
« Ça fait plaisir, merci beaucoup. » Anaka s’arrêta au seuil de sa chambre, ce qui était déjà une marque de politesse, puis elle répondit de dos, à son tour :
« Je suis désolée. Tu ne mérites pas ça. Allons rejoindre les autres ; Hely sera contente de te voir. »

Il fallut patienter plus d’une heure afin que nous soyons tous réunis dans une vaste salle qui accueillait en ses étagères des centaines et des centaines de carte marines roulées. Il y avait Mara évidemment, à qui j’avais fait la bise, Hely qui m’avait sauté au cou et à qui j’avais rendu tout son affection, devant sa mère si c’était possible pour qu’elle n’oublie pas ça, Anaka bien sûr, mais on ne se regardait plus, Krib, que j’étais ravi de revoir et qui avait réussi à nous suivre à travers le pays et les mers, Herman lui-même, ventripotent, bruyant, mais souriant, ainsi que ses trois fils : Simons, un barbu comme son père extrêmement baraqué qui portait une armure gigantesque bleu et verte en toutes circonstances, mais qui avait hérité de sa bonne humeur, Salin, un homme de mon âge, entre la vingtaine et la trentaine, qui était un expert de la lance au vu des quelques tours qu’il fit avec en faisant patienter le temps, et enfin, le benjamin, Erik, dont je ne devinais pas les compétences guerrières mais en même temps, que vouliez-vous, il avait encore l’âge de Mara. Herman en tout cas, se posa derrière son bureau et le frappa de ses deux paumes.

« Bon, vous tous, il va être temps d’écouter. Après toutes les infos qu’on a recoupé de chacun d’entre vous et des nouvelles du continent, je peux vous dire qu’on n’est pas sorti de l’auberge ! Premièrement, il y aurait ce Roi des Ombres qui se promène avec une armée de démons et qui allume tous ceux qu’il voit. On ne sait pas encore qui c’est, on ne sait même pas encore s’il existe réellement vu que personne l’a vu. Par contre, ses démons sont bien réels, les Marches en ont trop fait les frais. Secondement, il y a un clone de notre mistinguette blonde coincée dans le château volant à la recherche de secrets perdus sur Grima, le Dragon des Ténèbres qui annonce l’Apocalypse pour tous les Royaumes. » Il claqua la langue avant de dire : « AH ! Ouais, on n’est pas sortis de l’auberge… » Un temps de silence pour que tout le monde digère. Herman annonça alors : « Pour nous sortir de ce merdier, on aura besoin de plusieurs éléments plutôt difficiles à obtenir. D’abord, pour contrer l’armée des ténèbres qui semble suivre le château dans le ciel, à quelques kilomètres en-dessous faut avouer, il nous faut une armée à nous. Il y a celle des Joyaux, mais on n’est pas vraiment une armée. Celles des Marches est décimée, la majorité des Altribes volent dans les cieux, et les Araks sont pas bien nombreux ; il en reste deux qui me viennent à l’esprit, dont une qui est déjà acquise à notre cause : celle de Merta. Malgré la trahison des Altribes, elle a plutôt été épargné par la guerre, il faut juste qu’on récupère avec nous leur leader, soit prince Robin. » Je toussai légèrement, mais la discussion avança tout de même. « La seconde armée qu’on peut rallier à nos rangs est celle de la Reine Dulle, dans les contrées du nord, à Aniamanti. Ses hommes sont robustes et d’excellents combattants.
_ Mes hommes sont aussi les vôtres, même si je doute que tous les Araks répondent à mon appel. Mais nous n’apporterons que du qualitatif j’en ai bien peur.
_ C’est tout aussi bienvenu. Cependant, Aniamanti est un Royaume coupé du monde, échoué dans la glace, ils ne viendront pas aussi aisément. Il faudra donc former une alliance, et mon petit Salin est prêt pour un mariage. »
Salin fit une courbette avec un délicieux sourire. « Voici pour affronter l’armée des ténèbres. Mais il faut aussi savoir comment grimper sur le château qui flotte et empêcher cette garce de la Fêtée d’invoquer Grima. Est-ce que quelqu’un a la moindre suggestion ? » Personne n’en avait, non, sur le coup. Herman laissa ses bras balloter et reprit : « Est-ce que quelqu’un a la moindre suggestion sur quoique ce soit ? » Plusieurs remarques se firent entendre et se perdirent, et on pouvait entendre notamment la voix d’Anaka :
« Peut-être faudrait-il qu’on se sépare en deux groupes ? » Ce qui sembla marquer des points, mais personne n’était convaincu.
[color=#993300]« Mon peuple est au nord », y répondit Krib, « sous les glaces aniamantes. Je peux aller vers Dulle et vous abandonner quand je serai près de mes steppes. Nous avons cependant deux points que nous n’avons pas abordé et qui pourraient renverser le sort de nos Royaumes, car je doute qu’ils soient venus par hasard. » Krib leva son pouce pour signifier le numéro 1 et annonça : « Il faut absolument qu’Edfry retrouve ses pouvoirs d’avant. Et qu’on lui fasse passer le Rituel. » Hoquets dans la salle. De ma part, j’étais content de cette première partie et que quelqu’un d’autre que moi s’y intéresse. Anaka demanda à Hely si elle pensait ça possible, mais elle répondit :
« Je n’ai pas de souvenir que mon père ait passé le Rituel…
_ Très bien »
, soupira sa mère, « Je pense que c’est une bonne idée.
_ Pardon, mais qu’est-ce que le rituel ?
_ Toutes les personnes qui en sont dignes peuvent passer un rituel. Cela demande un artefact sacré, mais que nous n’avons pas en main. Ils sont rares, rendant les Rituels rares à leur tour. Tu pourrais acquérir de nouveaux pouvoirs avec. »
Ah bon ?
« Chuis carrément branché, alors.
_ Second point ! »
fit Krib en levant son index, qu’il pointa alors sur Mara. « On a une stratège avec nous. Et je voudrais qu’on l’écoute tous, sur ce qu’elle peut avoir à nous proposer, car tout le monde parle avec sa grosse voix, mais je pense qu’elle a énormément à nous dire. » Et il se mit à la fixer, avec des yeux qui lui intimaient de dire tout ce qui lui passait par la tête.
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MessageSujet: Re: Le Pins du Feu [PV Mara] Sam 2 Juil 2016 - 17:48

La fillette avait déjà commencé à prendre connaissance de la carte de ce monde lorsque Ed était arrivé. À genoux sur un tabouret pour prendre un peu de hauteur par rapport à la table, qui lui arrivait à mi-torse autrement, elle avait observé avec amusement la distance qu'ils avaient parcouru la nuit précédente comparée au reste du continent, se remémorant les différents événements. Ils avaient quand même pas mal crapahuté en quelques "jours" locaux.

Elle fut en tous cas plutôt contente de voir Ed arriver avec Anaka. Elle se sentait presque comme une intruse à ne pas connaître grand monde, alors que même Hely et Kirb avaient fait la connaissance des trois garçons pendant son absence. Elle écouta le projet d'Herman en suivant ses indications sur le plan, elle-même presque étonnée de se voir si calme. En même temps, elle avait rarement l'occasion de cumuler plusieurs nuits sur une même aventure, et donc d'arriver en terrain connu dès qu'elle s'endormait. Mais elle restait cependant assise en tailleur sur son tabouret, écoutant les autres discuter et faire des remarques sans spécialement chercher à intervenir. Ils avaient l'air de faire ça très bien sans elle, et c'était pas plus mal. Mais ce qui devait arriver arriva finalement et ce fut Kirb qui attira l'attention de tout le monde sur elle pour lui demander son avis.

Baissant instinctivement les yeux, elle se força à les redresser pour planter son regard sur la carte, à défaut du visage des autres. Passant une main sous ses cheveux pour se frotter la nuque, elle émit un petit "Mmmh" pour se donner une contenance. Alors, y avait quoi à faire déjà? Ah oui:

"J'sais pas si on vous l'a dit, mais on est un poil en froid avec Robin, en fait. Du coup, j'crois qu'y vaut mieux que vous alliez le chercher, sans lui dire qu'on est dans le coup. Ou pas tout d'suite. Et du coup, nous, on pourrait aller au nord pour voir la reine Dulle avec Kirb...
Mais du coup j'ai des questions. Déjà, pour le rituel dont vous parlez, là, l'artefact que vous voulez, on va le récupérer comment, ou où? Et même question pour les pouvoirs d'Ed..."


"Pour l'artefact, vous en trouverez peut-être à Aniamanti," répondit l'ambassadeur des Joyaux. "La famille royale de ce royaume est une lignée d'érudits qui possède une certaine collection d'objets de puissance, si vous leur en montrez la nécessité, sans doute accepteront-ils de vous en céder. Mais pour ce qui est des pouvoirs, je dois dire que..."

"Je ne sais pas à quel point père était puissant," intervint Hely, "Mais peut-être qu'ils ont été utilisés par les forces obscures pour créer le Roi des ombres..."

"Ce qui ne veut pas dire qu'ils ont disparu, juste qu'ils risquent d'être particulièrement difficiles à récupérer." reprit Anaka dans un souffle.

Un petit silence répondit à cette remarque, tandis que chacun échangeait des regards entendus avec les autres. Ils allaient vraiment avoir intérêt à changer la donne, ces pouvoirs. Mara reprit finalement la parole d'un ton un peu moins sûr, tout en gardant son attention fixée sur la carte:

"Oké, et du coup concernant le château volant, j'me demandais... Y a des magies de téléportation qui existent? Mais genre, vraiment sur des longues distances? Pasqu'en fait, là, si on doit passer par Aniamanti puis essayer de le rattraper... Je sais pas à quelle vitesse y va, mais on va jamais y arriver à temps..."

"De telles magies existent mais son rares, car scellées dans des tomes à usage unique, et elles ne brillent pas par leur précision," expliqua la mage. "Et quand bien même vous parviendriez à en obtenir, je ne serais pas surprise que le système de défense qu'a activé Sasha ne prémunisse Olivie contre ces formes d'intrusions magiques. Je pense que le seul moyen de pénétrer le palais est physiquement, et que son envol est le moyen qui a été trouvé pour s'en prévenir. Même les pégases ne peuvent voler aussi haut sans difficultés."

"Ouais," lâcha la stratège. "Mais du coup, si le château va tout droit, il devrait passer au niveau de ces montagnes, non?" et elle traça une ligne sur la carte avec son doigt, s'arrêtant sur un massif montagneux particulièrement abrupt. "Si on se téléporte là, y aurait moyen de rejoindre le palais quand il passera, non? Si on a des pégases ou je sais pas quoi pour voler, on pourra atteindre l'île volante avant qu'ils soient épuisés, non?"

Elle regarda les autres observer le point de la carte qu'elle pointait en réfléchissant, craignant d'avoir dit un truc particulièrement idiot ou complètement infaisable. Finalement, ce fut Salin qui intervint après avoir posé sa lance contre un mur. Il avait une voix assez basse, comme fatiguée, contrastant un peu avec le dynamisme qu'il affichait:

"Des pégases ne pourraient pas prospérer dans un tel environnement, ils ont besoin d'herbe pour paître et de surfaces plates pour se poser. Un griffon y serait plus à l'aise, mais il s'agit de créatures rares et farouches qui seraient difficiles à fournir. Votre idée serait envisageable, bien sûr, mais repose sur un certain nombre de facteurs inconnus, qui risquent d'être assez contraignants. Trouver un tome de téléportation, arriver sur cette montagne, récupérer des montures, avoir le château qui passe à portée..."

"Oui, je sais," coupa Mara en rougissant, la tête baissée. "Mais là on a rien. Alors c'est juste une idée de base, on trouvera sans doute des moyens de l'améliorer, ou alors on improvisera sur place... Mais je suis sure que déjà, sans téléportation, on pourra rien faire."

Elle pinça ses lèvres, regardant avec un intérêt soudain une illustration de vagues au milieu de la mer sur la carte. Kirb intervint enfin:

"Je suis d'accord sur ce point, même si mon peuple n'aime pas la magie. Si les deux armées doivent traverser le nord dans la neige pour rejoindre celle des ombres, on va prendre un retard qui peut nous coûter cher. Et les frégates des Joyaux ont beau être rapides, faire un détour par la mer ne va pas nous aider."

"Je sais bien," fit Herman en se frottant pensivement la barbe. "Je suis juste ennuyé car nous n'avons pas de tels tomes ici. Mais bon, je ne doute pas que Dulle n'aura aucun problème à vous en fournir."

Un nouveau silence s'installa. Osant finalement lever la tête, la Voyageuse se rendit compte que plusieurs personnes l'observaient, attendant sans doute qu'elle continue, mais elle s'exclama précipitamment:

"Ah nan, mais c'est bon, là, j'ai plus rien à dire, j'ai plus de questions!"

Herman acquiesça donc et s'appuya sur la table, prenant la parole en illustrant ses propos du bout du doigt sur le plan:

"Donc, pour récapituler! Vous allez former un groupe qui ira vers le nord, je peux vous fournir des navires plus petits mais assez rapides qui vous déposeront sur la côte la plus proche de vos objectifs. Kirb ira convaincre les Araks, et vous autres poursuivrez vers Aniamanti pour rencontrer la Reine Dulle, lui demander des renforts, tenter d'obtenir un tome et de quoi accomplir le rituel, et récupérer des informations vis à vis d'éventuelles solutions pour nos différents problèmes. Salin vous accompagnera pour ce faire, ainsi que Weld, son mentor, qui pourra s'acquitter des démarches diplomatiques. De son côté, Simons partira à la recherche du Prince Robin à l'aide de quelques soldats. Les deux se connaissent, ça ne devrait donc pas poser trop de problèmes." Il s'interrompit pour inspirer profondément et leva les yeux vers ceux qui siégeaient autour de la table, demandant: "Cela vous convient-il?"

Chacun répondit par un "oui" ou un acquiescement. Lui même hocha la tête face à l'approbation du groupe et conclut:

"L'armée des ombres est surveillée par nos éclaireurs, et notre armée est repliée à proximité, attendant vos renforts pour attaquer. Quand vous arriverez, si vous arrivez, nous pourrons vous fournir des bêtes ou du matériel neuf pour la suite."

Mara était fascinée par l'organisation que prenait le truc, elle n'était pas habituée à ce que le plan ne tourne pas autour du sigle "yolo". Ce qui, du coup, était plutôt agréable.


Finalement, quelques heures plus tard, ils étaient au port, face à un navire d'une quinzaine de mètres de long, déjà ravitaillé et avec trois membres d'équipage pour le diriger. Le fils d'Herman qui les accompagnait avait ramené un pégase, et le groupe rencontra le fameux Weld, un lancier particulièrement grand au profil asiatique, qui donnait l'impression de toujours vouloir boire. Essentiellement car il convainquit ceux qui chargeaient l'embarcation de faire monter plusieurs bouteilles "pour sa consommation personnelle", et ce le plus discrètement possible.

Les premières présentations furent brèves, ils allaient de toute façon avoir du temps pour faire plus ample connaissance, puisque l'arrivée était prévue pour l'aube du lendemain. Et lorsque l'embarquement fut terminé et que le bateau quitta le port, les passagers finissant de saluer leur hôte resté sur le ponton, l'un des navigateur s'approcha pour les prévenir. Tout d'abord, ils risquaient fortement d'avoir un "grain", quoi que cela veuille dire, et ensuite, il risquait de vite faire assez froid.
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Le Pins du Feu [PV Mara]

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