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[Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister

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Nedru Etol
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Mar 29 Sep 2015 - 14:05

Le Gris répondit mentalement à la question sur son état tout en cherchant des yeux l'endroit adéquat. « Quelques doigts cassés et un œil blessé. Si je n'y touche pas, je n'aurais pas trop mal, j'ai connu pire. »

Ce qui n'était pas faux. S'il était devenu si efficace en esquive, c'est que Nedru avait commencé sa carrière de Voyageur en tant que punching-ball humain.
Il trouva finalement l'arbre idéal et s'y dirigea rapidement, peu sensible aux excuses de la jeune femme. Plutôt large, légèrement surélevé par une légère butte, ses racines sortaient de terre au niveau de son pied. La terre serait plus facile à dégager ici et s'il y avait eu dans la région un animal amateur de terrier, sans doute aurait-il jeté son dévolu sur cet endroit. C'était convenable pour le Renard. Il promena son œil valide à la ronde et, constatant que son poursuivant n'était pas encore là, s'agenouilla pour se mettre rapidement au travail.

Sous l'angle d'une racine, il empoigna des brassées de mauvaise terre avec la seule main qui ne le torturerait pas dans l'opération, jetant aussi loin que possible tout le volume extrait. Il valait mieux que l'imposteur ne se doute pas de l'emplacement -ou de l'existence- de ce trou.

Nedru creusa avec une détermination égale à sa convoitise, renforcée par l'excitation de remporter cette confrontation. Plus que l'envie réelle de sauver une Alice qu'il ne connaissait pas, il voulait battre cet imposteur et mettre la main sur ce miroir le plus vite possible. Il voulait comprendre comment fonctionnait l'artefact pour lui imposer ses propres tests, sur ses propres cobayes. Et humilier ce Hisèn présomptueux, dans la foulée. En un instant, il promena son esprit sur les points clefs de l'opération dégagées par son pouvoir.


L'esprit dans le miroir créé une porte et voit une ouverture dans le monde réel. Quid s'il sort sans que son corps soit présent ? Alice ne sera certainement pas « sauve », pleine et entière, puisque son corps n'est pas entré dans le miroir, improbable qu'il en sorte. Son corps doit se trouver aussi dans l'ouverture si elle veut le retrouver. Hisèn ne devrait plus tarder.
Hisèn sera extrait de son corps. Sera un esprit sans corps ? Entité incorporelle de base selon PetitLapinBlanc. Retrouvera son état naturel ? Danger ; état naturel puissant. Emprisonné dans le miroir ? Forte probabilité mais processus inconnu.


Le Gris solidifia une pensée destinée à la résidente du pays des merveilles ; «  Quand vous ouvrirez la porte pour y voir une sortie, ne l'empruntez pas à moins de voir votre corps. On ne pourra plus communiquer quand vous y serez, faites attention. Essayez de vous rappeler ce qui s'est produit quand vous avez été enfermée ; vous allez devoir lui faire subir ce qu'il vous à fait, sans quoi nous serions tous les deux en danger.  »

Finalement, Nedru posa délicatement le miroir contre le fond de la cavité qu'il avait creusée. Grâce à la position légèrement surélevée de l'arbre, il avait pu creuser dans une relative horizontalité ; le reflet rendu par le miroir pourrait ainsi donner sur autre chose que le ciel. En s'éloignant, Nedru vérifia qu'il pouvait continuer de voir son reflet, avant de partir définitivement.

Il chercha une branche de plus à briser pour s'en servir comme arme. Que l'imposteur ne se demande pas trop longtemps pourquoi il avait arrêté de fuir ;Nedru voulait montrer qu'il était déterminé à mettre un terme définitif à l'affrontement. Et puis, un combat serait probablement la solution de facilité pour forcer la fausse Alice à se placer face à son reflet.
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Alice Sauvebois
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Mar 29 Sep 2015 - 19:33

Quand le Renard eut fini de parler, le silence revint, plus lourd et plus profond encore. Elle prit soin de noter ses dernières informations, puis reconsidéra la porte, comme un cow-boy en fixe un autre, quelques secondes avant un duel à mort. Elle considéra la clenche de plastique blanc recourbée vers le battant, se concentrant au maximum dessus pour la faire pivoter vers le bas. Elle imagina le son, le léger claquement du loquer qui s'abaisse, le petit frottement des gonds et le mouvement, lent et doux, de l'ouverture qui s'agrandit peut à peu, s'ouvrant sur l'immensité noire du miroir.

Interdite, vaguement incrédule, Alice laissa le battant reprendre sa position originale sans bruit. Elle était sûre que c'était la bonne façon de faire, ou alors elle ne voulait pas en voir d'autre ? Non, c'était surement ça, il y avait une logique, une élégance fonctionnelle dans le procédé. C'était elle qui le faisait mal, d'une façon ou d'une autre, voila tout. De toute manière, son sauveur n'était plus là pour l'aider, elle devait se débrouiller seule ou ne rien faire et demeurer ici jusqu'à ce que Dreamland, ou l'artefact, disparaisse ; autant dire, dans très longtemps.

Elle pouvait sentir la panique qui bouillonnait en elle remonter par vague successive, de plus en plus haut, l'étouffant à chaque fois. Difficile d'expliquer comment, mais elle se sentait céder. Elle savait qu'elle laissait peu à peu plus de place à l'obscurité, moins à elle, à son essence pure au creux de ces reflets sombres.

Perdue, seule, Alice voulut néanmoins tenter quelque chose, un dernier essai qui, elle le savait, achèverait de rompre toute volonté si elle échouait. Un dernier effort d'imagination ébranlant sa vision, tandis qu'elle se concentrait sur chaque perception perdue.  Elle sentit ses cheveux battant son front, glissant dans son dos, sur ses épaules nues, la sensation diffuse de la robe blanche contre ses petits seins à peine formés, le tissu retombant sans obstacles sur son ventre, le long de ses flancs maigres. Elle présenta à son esprit le sentiment d'une respiration lente, rythmé, soulevant doucement le coton pâle de ses vêtements, faisant doucement frémir les mèches qui barraient son visage. Finalement, elle développa un sol sous ses pieds, invisible, mais net à ses orteils, parfaitement lisse, simple, ni chaud, ni froid. Ce qu'elle tirait de cet effort mental était au moins aussi grisant qu'épuisant, et si ça n'avait pas rajouté encore plus de pression sur elle, elle aurait pu sentir l'angoisse et la concentration condensées en sueur froide sur son front, dans le creux de ses reins.

Un pas, deux pas, trois pas ; elle posa sa main sur la poignée, sentit le plastique sous ses doigts fins et nerveux, couverts des cals divers et des fines cicatrices propres à son travail. Le souvenir qu'elle en avait était parfaitement retranscris ici, intact, vivant ; comme elle aurait voulu retrouver les siennes, les vraies, qui l'attendaient chez elle, serrés dans ses draps, au fond de son lit. La clenche s'abaissa, elle tira la porte, reculant d'un pas pour laisser le battant pivoter sur ses gonds lentement. Tout se passa au ralenti, comme si Alice prenait le temps d'y penser dans le moindre détail, étirant les sons, les secondes, comme des filaments de miel poisseux, pour finalement ouvrir une porte, sa porte.

Dans le cadre pâle dépassait l'ombre ; l'ombre brune d'une terre humide qui tombait en grains grossiers devant un paysage bas et gris, imbibé d'eau et d'une brume si épaisse qu'elle semblait prendre corps, comme de longs rubans diaphanes entre les troncs décharnés masquant un tiers de l'ouverture. Il y avait aussi l'ombre d'une jambe longue, fine, noire dans le contre-jour, qu'elle espéra être celle du Renard. La vision était si nette, si précise, qu'elle n'aurait pu l'imaginer. La voyageuse sentit l'émotion la gagner, chassant un peu l'angoisse, la douleur. Elle était si proche, si proche qu'elle voulut tendre le bras, sentir la boue dans sa paume, le froid mordant de ce lieu inquiétant, sentir l'eau gagner ses mollets, la terre maculée jusqu'à ses cuisses. Mais, comme un avertissement sourd, elle se rappela des derniers mots du renard et vivement, elle rétracta sa prise imaginaire sur la fenêtre vers Dreamland. Attendre, un peu, juste encore un peu...

Blanche parmi la brume pâle, parut une silhouette qui lui arracha un sentiment confus et douloureux. Cheveux longs striés de branches, de feuilles et de boues, robe autrefois claire pendant autour de ses jambes rayées de profondes coupures et ce visage tuméfié qui lui aurait arraché un cri entre la rage, la douleur et la surprise, si elle avait seulement pu crier. Elle était elle, sans être elle et même en connaissant ce corps comme si c'était le sien (c'était le sien) elle eut du mal à intégrer l'identité de la nouvelle venue. Ses yeux pâles enfiévrées d'une colère sourde et d'une malice mauvaise, machiavélique, tordait sa bouille d'enfant dans une expression que la Voyageuse ne se connaissait pas.

Secondes d'hésitation en plus (en trop) ; Alisèn s'élança sur la jambe, qui se tendit, glissa légèrement, cachant un instant la créature. La jeune femme dans le miroir paniqua, troublant la vision vers l'extérieur. Panique devint effroi quand elle perdit son contact salvateur. Frénétiquement, elle chercha son calme perdu, sa concentration, quelque chose, ajoutant encore plus de fébrilité à son état erratique. Elle devait faire vite, très vite. Coupée du monde, elle n'avait aucune notion du temps qui s'écoulait. Quand enfin le terrier reparu sous ses yeux, il n'y avait plus une, mais au moins trois jambes qui zébraient la sortie et remuaient, en laissant paraître tantôt plus, tantôt moins. Dans l'ombre et la confusion, impossible de dire à qui appartenait quoi et il n'était pas question d'hésiter encore.

Etirant les mains, elle glissa les doigts dans le cadre et les referma brusquement, avides. Ce qui se passa ensuite fut à la fois très net et très flou ; elle ne cessa pas de voir, au contraire, elle vit tout, sentit tout. Son être s'alourdit, elle vit les branches noirs, le paysage gris et pâle, tourbillonnant et s'enroulant autour d'elle, vers le ciel et encore plus haut. C'était comme remonter à la surface, respirer à nouveau ; vivre à nouveau. Elle se hissa vers la voûte brumeuse à la force de chaque pensée, s'accrochant avec les dents, avec une volonté sauvage, aux deux paires de jambes devant elle et elle monta, encore plus loin, sans pitié, sans hésiter, sans regret. Elle laissait le miroir derrière elle. Elle laissait probablement autre chose, des fragments, des bouts qu'elle avait du arracher pour pouvoir avancer, mais elle n'en avait que faire. Dans un hoquet et une inspiration profonde, elle contempla l'azur blanc, flou, zébré de ramures sans feuille. En vague successive, elle reprit conscience, de son corps (si lourd), de ses besoins (respirer), de ses douleurs (bon sang, ses pieds). Elle bascula en avant, ses genoux lâchant sous un ras-de-marais de sensations et de sentiments. Ses doigts rencontrèrent des épaules et s'accrochèrent automatiquement au tissu les recouvrant. Son corps en rencontra un autre, en face, inconnu, mais tiède, ses vêtements sentaient l'humidité, la terre et la sueur, mais il sentait le chaud, le vivant.

Elle respirait profondément, aussi rapidement qu'elle le pouvait, gobant l'air avidement comme si chaque inspiration était une bouchée dans un gâteau délicieusement addictif. Elle se releva lentement, cherchant un appui dans la vase qui baignait ses pieds trop douloureux, mais un grondement derrière elle la força à en trouver un plus vite que prévu et à se retourner brusquement. Elle chancela, se stabilisa grâce à une racine qui dépassait puis fixa la provenance du bruit. Elle aurait du hurler, elle l'aurait probablement fait, si la bête immense, atteignant sans mal le haut de son crâne au garrot, n'avait pas été celui qu'elle identifia sans mal comme étant Hisèn et si celui-ci n'avait pas l'air d'être en proie à une douleur aussi forte que la confusion qui s'affichait sur son long museau vulpin.

Mais quelque chose la dérangea. Une des caractéristique d'Hisèn, quelque soit son corps était cette apparence diaphane, légère, comme insaisissable et intangible ; à l'image de la brume qui l'entourait. Or, l'animal en face d'elle semblait bien fait de chair et d'os, parfaitement compact, malgré l'exceptionnelle blancheur de son élégante fourrure. Le bas de ses pattes griffues étaient même largement souillé par la bourbe et la brume semblait inerte autour de lui. Alice fronça les sourcils, mal à l'aise. Sans un mot, l'œil sombre de la bête, comme un troue de noires profondeurs, s'accrocha à son regard avec férocité. Ils se fixèrent un instant qui sembla s'étirer longuement. Alice ne voulait rien dire, le soulagement niché dans sa poitrine serait de courte durée si le fauve en face d'elle décidait de lui arracher la tête et elle sentait qu'il considérait l'option en même temps que son petit corps fourbue.

A sa grande surprise, lui arrachant presque un glapissement, la bête se détourna brusquement et s'éloigna dans la brume. La voyageuse déglutit péniblement, sans chercher à l'arrêter, sans exulter dans une victoire qui lui apparaissait désormais comme un douloureux sursis, octroyé gracieusement par le diabolique brumeux. Sans se tourner, elle reporta avec inquiétude son regard sur GreyFox derrière elle.
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Mar 29 Sep 2015 - 20:42
A la façon d'un fantôme de film d'épouvante, l'imposteur finit par rejoindre le bouquet d'épineux choisi par Nedru. Petite femme hirsute, mauvaise, souillée, claudicante...
Un rappel tonna dans chacun des muscles du Gris ; « danger, état naturel puissant ». La jeune femme qu'il avait en face de lui ne pouvait plus l'effrayer. Son corps meurtri criait de douleur à chaque mouvement, n'en déplaise à l'expression haineuse que lui réservait cet(te) Alice. Mais s'il libérait la bête hors de ce corps ? N'était-ce pas un risque inconsidéré ? Ne valait-il pas mieux tuer cette chose, tout compte fait ? Personne ne serait en état de lui demander des comptes s'il ne remplissait pas sa mission...

Le Gris souffrait également. Il devrait être capable d'achever celle qu'il avait poursuivi toute la nuit mais ne pouvait s'assurer la victoire contre un ennemi méconnu. Le lapin blanc lui avait donné quelques données à se mettre sous la dent, mais rien d'utile dans cette situation... Nedru passa mentalement en revue l'état de son corps, calculant ses chances de survie et celles de la Voyageuse qu'il était venu libérer si un monstre en bonne santé apparaissait face à eux...

L'opération était devenue risquée. Il avait beau avoir choisi cette situation, il avait beau connaître les risques dès la première seconde de l'assaut qu'il avait lancé, se sentir dans un tel état n'était pas la même chose que le prévoir. N'importe qui aurait reconsidéré la chose, ce n'était pas une idiotie que de prendre le temps d'attraper ses victoires, n'est ce pas ? Le brun n'en était pas à son premier pari risqué et son pouvoir d'analyse avait jusqu'ici exclu toute espèce de chance de chacune de ses victoires. Mais demandez à un parieur de se briser un doigt à chaque mise et il se mettra soudain à hésiter, même en tenant une main très convenable...
A la simple approche de ces idées, une vague de sensation, d'impressions et de pensées le rappela à l'ordre. Il devait tenir bon, s'en tenir aux décisions qu'il tenait à tête reposée. Si seulement son adversaire avait accepté de passer un marché avec lui, tout serait rentré dans l'ordre ! Il aurait trahi la Voyageuse et se serait enrichi du double, sans conséquences désastreuses...

Il fallait qu'Alice parvienne à faire ce qu'il lui avait suggéré, sans trop y croire. Qu'elle puisse lui faire subir ce qu'il lui avait fait, à elle. Qu'elle l'enferme, en tout ou partie.

Mais contre toute attente, la robe blanche se jeta sur lui. Sans un mot. Après tout, les bravades n'avaient plus lieu d'être. Après tout, tuer un Voyageur était le moyen le plus rapide de récupérer un artefact volé et en cet instant, rien ne comptait plus pour le voleur de corps que de reprendre ce qu'on lui avait pris.

Nedru accueillit la charge de plein fouet, battant le corps de la jeune blonde d'un large coup de baton. Malgré tout, son corps fut emporté et une nouvelle lutte s'engagea. Plus courte que la précédente, elle fut plus effrayante aussi. Car Nedru ne supportait pas la douleur aussi bien que son adversaire, poupée inhumaine et furieuse. Il avait constaté sa manifeste découverte de la souffrance physique sous le dôme d'épineux et pourtant, l'imposteur ne semblait plus rien ressentir de tel. Affirmer que l'habitant de ce corps soit affilié au Royaume de la douleur n'aurait pu choquer personne.

Le temps s'éternisa lorsque des mains se serrèrent autour du cou du Gris dont l'oeil valide se chargeait de points noirs. Puis un spasme intense relâcha les doigts, les tendons des mains et secoua chaque muscle de son opposant. Il avait réussi à la repousser jusque dans l'angle du terrier ? Elle avait réussi.

Ils avaient réussi !

La jeune femme lui tomba dessus, s'accrochant sur lui dans un hoquet gémissant, lui laissant tout le loisir d'apprécier la fumée blanche qu'exhalait son corps, pour matérialiser lentement... une forme animale, immense... Nedru se raidit, entièrement crispé.

C'était une bête sauvage. Mais sa posture était éloquente et à sa vue, le pouvoir de Nedru hurla de plaisir dans un assourdissant cri de joie rageuse. C'était celle d'un animal blessé et effrayé. De toute évidence, la créature vaincue n'attaquerait pas, pas immédiatement en tous cas. La conscience du Renard Gris fut submergée par une déferlante d'autosatisfaction incontrôlable, une assommante dose d'enzymes droguant brutalement son esprit. La fuite du monstre l'obligea à pousser un soupir nasal -presque un gémissement- tandis que de la chaleur se diffusait dans tout son corps, comme si l'énergie accumulée purgeait enfin les pores de sa peau blessée, évacuant sueur et sang dans un même ressac.

Lorsqu'Alice posa ses yeux sur lui, l'oeil valide de Nedru brillait d'un éclat vif. De toutes ses victoires d'une nuit, celle-ci était la plus éclatante. Brutale, certes, mais non moins éclatante.

Et comment expliquer ce sentiment ? Il avait fait quelque chose de bien ? Non seulement pour lui, mais également pour autrui. N'était-ce pas également positif ?

Son pouvoir sembla s'agiter à cette pensée, comme un grondement subtil lui rappelant qu'il n'avait fait qu'exécuter une mission contre rémunération. Mais pour faire taire ces protestations, le Gris lui réservait une dernière tâche afin de ponctuer le sauvetage de cette inconnue, l'obligeant à fouiller des bribes enfouies de mémoire. Des histoires d'archevêque de Canterbery et de couronne lui vinrent immédiatement à l'esprit, mais il rejeta les bons mots qu'il pouvait tisser avec, sachant qu'il s'adressait à une simple française. Aussi se contenta-t-il d'un simple;


Bon réveil, Alice.

Peut être aurait-il été plus héroïque qu'il s'effondra après cette courte phrase, mais le Gris n'était pas assez faible pour s'évanouir et définitivement trop amoché pour laisser son corps tomber sur le sol.
Aussi se contenta-t-il de s'asseoir correctement, concentré uniquement sur les gestes à effectuer pour ne pas bouger ses doigts ou tirer sur ses cotes. Comme il finissait de poser ses fesses au sol, il s'excusa par simple politesse, sans penser un traitre mot de ce qu'il dit ;


J'espère que vous ne souffrez pas trop, je suis désolé d'avoir dû amocher votre corps, mais en si peu de temps, je n'avais pas d'autres solutions.

Attendez... Si, il pensait ce qu'il venait de dire ? L'euphorie, sans doute. Corrigeons cela ! Il ajouta ;

Il ne reviendra pas. N'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Mar 29 Sep 2015 - 21:03

Quand elle vit le regard du jeune homme, elle ne put retenir son sourire ; tout son visage se fendit d'une expression mêlant soulagement, joie, fierté, douleur et inquiétude. Puis elle s'effondra enfin sur ses genoux, molle et fourbue, tout son corps criant au repos, aussi bien physique que moral. Elle soupira, les mains dans la vase, fermant les yeux pour ne pas poser le regard sur les blessures qu'elle pouvait sentir partout sur son corps. Elle ne voulait pas ajouter la panique à ce désordre de sentiments qui tourbillonnaient furieusement en elle, sans pourtant entamer son sourire.

"Ne vous inquiétez pas."

Sa voix était éraillée, faible, mais si calme que cela la surprit. Elle avait mal, mais elle se sentait bien, la douleur était presque enivrante, savoureuse. Aucune rancœur, aucune colère ne venait entacher l'immense reconnaissance qu'elle ressentait en cet instant précis envers cet homme et peut-être que si son corps et le sien le lui avait permis, elle lui aurait sauté au cou pour mieux savourer leur victoire. Elle soupira à nouveau, évacuant peu à peu le stress et l'angoisse qui pressait encore tout son être, jusqu'à ce que le jeune homme pose la question qui arracha une grimace à la jeune femme.

"Je... elle hésita un bref instant. Je ne sais pas. Ce n'est pas exactement le genre de personnage dont on peut prédire les actions."

Elle fixait ses mains, son sourire avait déserté ses lèvres, quand elle tenta de réfléchir aux possibilités d'Hisèn. Elle secoua finalement la tête, repoussant vivement les idées qui y bourgeonnaient, nombreuses et envahissantes. C'était inutile, autant penser à quelque chose qu'elle pouvait encore changer.

"Je vous ai déjà envoyé la moitié de ce que je vous dois dans le monde réel, je m'occuperai du reste en me réveillant. Pour ce qui est de Dreamland..."

Doucement, elle tendit la main dans laquelle reposé le petit miroir, fendu en deux.

"Vous pouvez le prendre, il est à vous, mais il est cassé, autant physiquement que... C'est difficile à expliquer, mais je peux vous assurer qu'il ne fonctionne plus et que le réparer ne sera pas une mince affaire, ni une très bonne idée."

Elle releva son visage vers le renard, y replaçant un sourire plus triste, cette fois, mais authentiquement chaleureux.

"Je ne saurais vous dire combien je vous suis reconnaissante, sachez juste..."
_________________________

Les épaisses poutres du plafond remplacèrent les arbres décharnés des marais, lorsqu'elle rouvrit les yeux dans sa chambre, chez elle, dans le vrai monde. Elle enfouit son visage dans son oreiller, emplissant ses poumons de sa propre odeur, savourant le contact des draps contre sa peau, celui des larmes sur ses joues, leur gout salé sur sa langue, entre ses dents. Que tout cela lui semblait bon et doux, dans la lumière d'une matinée tardive. Elle rit et hurla, et rit encore, pendant de longues minutes qui lui semblèrent si courtes, quand enfin elle se leva pour mieux vider son frigo en réglant ce qu'elle devait à GreyFox. C'était pas mal d'argent, mais cela lui sembla si peu comparé à ce dont il l'avait peut-être sauvée.

Elle s'affala sur la chaise, les yeux fermés. Elle se sentait parfaitement repue, un sentiment de complétude lui chauffait le cœur et les entrailles, avec un petit mal de ventre qui la fit sourire. Puis son portable vibra, la tirant de son extase momentané, pour la laisser en proie au doute et à une certaine forme de tristesse quand elle vit le message de Calvin.

En soi, le SMS n'avait strictement rien de perturbant ou d'étrange, surtout en en le comparant avec celui qu'elle lui avait envoyé avant de dormir. Mais, de la même manière que les derniers mots inquiets du britannique, ceux-ci la ramenèrent à une nouvelle question. C'était une question qu'elle ne s'était jamais vraiment posée et surtout pas à Dreamland, où son existence lui semblait, au final, encore plus insignifiante que dans le monde réel. Or, après cette nuit, elle ne pouvait l'ignorer plus longtemps. Quelle incidence avait-elle sur les autres, y compris dans le monde des rêves ? Avoir vécu seule, aussi longtemps qu'elle l'avait fait, en ignorant presque totalement le monde extérieur, l'avait aussi coupée de nombreux problèmes qu'elle n'apprenait à gérer que tardivement et c'était d'autant plus délicat pour elle.

Se relevant, elle empoigna le petite appareil électronique entre ses doigts. Elle fixait le message comme si elle avait regardé celui qui l'avait écrit. Elle se sentait mal, seule et pour une fois, cela la rendit profondément triste et pourtant, à regret :


"Voulez-vous vraiment supprimer ce message ?
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