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[Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister

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Alice Sauvebois
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MessageSujet: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Dim 27 Sep 2015 - 14:14

Elle n'avait pas mal, aucune douleur ne tordait ses membres, ni ne parvenait à ses nerfs engourdis ; elle ne sentait déjà plus grand chose, à vrai dire. Son corps était comme gelé, pétrifié tel une coquille vidée de sa substance. Elle était comme une poupée de chair, rigide et pétrifiée, incapable du moindre geste. Elle n'entendait rien, ne voyait plus, ne sentait ni l'odeur humide des marais, ni le sol spongieux et froid sous ses pieds nus, fossilisés dans la boue. Tous ses sens s'étaient tus, seules restaient le frémissement fébrile de ses émotions, ses pensées, et finalement les mâchoires de la peur les dévorant un à un, engloutissant tout ce qui lui restait pour ne laisser qu'une unique question : allait-elle mourir ?

Dans un sombre silence que les battements de son cœur même ne troubleraient plus jamais, quelque chose lui offrit une réponse. Ce n'était pas une voix qui lui répondit, ni un murmure, pas même une idée, ou alors ce n'était d'elle qu'elle venait. C'était une simple vérité, nue et crue, une évidence hideuse comme seule peut l'être un écho d'honnêteté. Les morts, eux, ont le droit aux souvenirs des vivants, à leur amour, à leurs regrets. Les morts ont le droit à l'espoir, les morts ont le droit d'exister sans jamais le savoir. De vivre à travers l'oubli délicieux dont ils sont l'éternel objet, dans le parfait silence de leur esprit à jamais éteint. Elle, elle aurait le cercueil : son tombeau de pensées. Mais pour son malheur, on lui avait offert ce don, que bien des rois ont désiré : conscience éternelle d'être et, pourtant, de ne plus jamais exister.

~

Le prix pour exister
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Nedru Etol
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Dim 27 Sep 2015 - 17:14

Un sursaut et la forme sous les draps s'agita faiblement. Le réveil avait été mauvais ou salvateur, car d'inhabituels murmures s'échappaient à travers la gorge rauque. Un corps légèrement moite s'échappa des tissus qui le couvraient, poussant un pied devant l'autre malgré les ténèbres profondes. Sa main trouva bientôt la poignée sans difficulté, appuyant faiblement dessus avant de la tirer sans un bruit.

La porte dévoila un paysage sombre, recouvert des teintes particulières que sait donner la nuit ; bleues et blanches, mais aussi de vagues relents orangés artificiels. Une faune d'objets partiellement plongés dans les ombres se tenait là, dressée dans le silence. Sa peau se hérissa le long de ses bras et de sa colonne vertébrale, avant de s'ébranler doucement dans un frisson réprimé sans mal. Ce paysage était familier et les pieds nus trouvèrent sans difficulté leur route, fixés ici et là par des tâches rouges, vertes ou bleues qui ne clignaient que rarement.
Avancer un peu, d'abord, puis tourner à gauche.

Une main secoua doucement, comme avec tendresse, les mèches de cheveux collées par une nuit difficile tandis que droit devant, encore loin et hors de son champ de vision, quelque chose s'agitait. Un mouvement naissait, une autre forme se détachait, grandissante. S'imposa bientôt. Avançait, elle aussi. La confrontation était imminente.  

Mais juste avant le choc, la lumière inonda soudain les lieux, brutalement. Comme si toute la luminosité du monde s'était trouvée emprisonnée pour s'échapper en cet instant avec fureur et brûler sans pitié la rétine de toute créature se trouvant sur son chemin.

Et dans le miroir, un reflet. Un torse nu, glabre et maigre. Les muscles abdominaux y étaient nettement visible, de même que le renflement des côtes. Mais rien d'autre que la peau blanchâtre ne venait alourdir la fine poitrine posée dessus. Ni muscle, ni graisse.
Remontant douloureusement ses yeux plissés par l'excès soudain de lumière, Nedru contempla son reflet dans le miroir de sa salle de bain, son visage tout entier froncé dans un masque grimaçant et examina sa mise. Des cernes s'épanouissaient sous des yeux aux paupières lourdes et, puisqu'elles n'avaient pas la force de maintenir le rictus taquin qu'elles affichaient constamment, ses lèvres semblaient anormalement tordues dans une expression sombre et morbide. L'ensemble n'était pas beau à voir.

Il avait fait « un mauvais rêve ». Etrange. Il s'était vraisemblablement réveillé, confronté à une situation de stress trop éprouvante.

Trop éprouvante pour un Voyageur ?

Est-ce que son corps avait pris le dessus, malgré tout ? Au point de se réveiller ? N'était-ce pas là quelque chose d'impossible ?
Car si un rêveur classique est tiré du mon des rêves lorsque l'esprit n'arrive plus à trier des informations sensorielle trop précises ou violente, cette modalité d'éveil semble exclue à partir du moment où un humain affronte une bonne fois pour toute sa phobie dans le monde des rêves. Dès lors, le Voyageur, rêveur lucide, supportera chaque nuit la douleur avec une acuité réelle, sans qu'une partie intéressée du cerveau ne fasse cesser la torture par un réveil salvateur. Les Voyageurs souffrent, pensent et sentent, sans arrêt, sans aucun répit. Si un esprit courbaturé par des rêves épuisants se réveille dans un corps courbaturé des efforts la veille, l'individu aura l'impression d'être épuisé, jour et nuit.

Ces derniers temps, Nedru était à sa limite. La possibilité de rentabiliser chaque nuit l'empêchait de ménager son esprit et indirectement, son corps. Peut être était-ce la raison pour laquelle il s'était réveillé, malgré tout. Comme si une partie de lui, insensible à ses vœux de productivité, l'avait forcé à changer de monde pour le plonger dans celui qui, à ce moment là, serait à même de lui offrir le plus de paix. Peut être... Cela restait improbable. Mais c'était sa seule idée pour l'instant.

La main droite sur le robinet, il laissa sa jumelle sinistre glisser sous l'eau fraîche, goûtant à cette sensation apaisante jusqu'à s'humecter l'avant bras. Puis, il se passa de l'eau sur le visage, avant de se le masser tout en le séchant avec une serviette duveteuse, calmement. Peut être fallait-il qu'il se repose. Qu'il change l'organisation de ses nuits et journées. Il avait surestimé ses forces et réalisait aujourd'hui que cela ne le mènerait nulle part. Enfin, il actionna à nouveau le robinet, dans le sens anti-horaire cette fois, mettant fin à son gai écoulement.


Il fallait qu'il fasse quelque chose de neuf. Surveiller l'inconscient de ses rivaux en affaire ou ceux qui pouvaient le mettre en danger, chercher des clients et des biens à offrir tout en entretenant ses sources et une réputation immaculée, voilà qui n'était pas de tout repos. Cela l'amusait souvent, oui. Il se sentait fort et grandi à chaque confrontation, à chaque fois qu'il pouvait dominer dans le monde des rêves un adversaire récalcitrant ou berner l'ensemble de Dreamland.
Mais ajoutez à cela une difficulté simple et éprouvante ; rester en vie (car tous ne rêvaient pas de choses amusantes)- tout en cumulant la responsabilité d'avoir à lutter contre un pouvoir invasif, mentalement épuisant, et vous aviez la recette pour des séries de migraines.
Et tout cela, ce n'était que la partie « rêve » de son existence.


Bientôt, l'écran de son ordinateur tenta de reproduire l'agression des ampoules de la salle de bain, sans réel succès. Nedru posa ses yeux sur les pages qu'il ouvrait et fermait au rythme du claquement de ses ongles sur le clavier. La nuit était bien avancée ; se recoucher maintenant n'aurait plus le moindre intérêt.

Il fallait qu'il fasse quelque chose de neuf. Sa santé en dépendait.

Citation :
" Hello,

Today, at Dreamland , it happened to me something terrifying . I have found someone I've known for a long time , I always knew I had to be wary , but it was a night like any other , I was not thinking when he handed me the mirror. All I really remember is that my reflection was sucking me in , as if it was pulling my spirit out of my body to put me away from everything I have.

Even go for a crazy , I have the feeling that this is not the life I dreamed of, which is at risk, but all that mattered to me one day .

I need someone to help me , anyone , I have something to thank him, for real, I mean.

Quel linguiste!.. L'effort de décryptage faillit décourager le brun, mais il se ravisa. C'était plus fort que lui.

« PetitLapinBlanc ». Le londonien sut sans mal reconnaître là du français. Cela suffisait à tirer quelques conclusions qui ne portaient pas à conséquence. Cette personne s'était vraisemblablement forcée pour venir poster son message ici. L'urgence était donc plus ou moins réelle. De cela et de la quantité suffisante d'indices laissés, on pouvait conclure que derrière l'écran, un Voyageur était présent.

Mais cela n'excluait en rien l'hypothèse du piège. La promesse de récompense « for real » était d'ailleurs tellement inattendue qu'elle en semblait suspecte.

Trois choses, cependant, étaient trop absurdes pour qu'un Voyageur Killer, même un français assez tordu pour chasser sur un territoire dans lequel il ne maîtrisait pas la langue ait pensé, légitimement, à les introduire pour parachever son piège.

La première, c'était ce miroir. Une simple accroche pour donner un air de vérité à l'ensemble, sans doute, mais cet objet était trop anodin pour attirer réellement l'attention. Si vous vouliez inspirer la pitié, il y avait beaucoup mieux à dire qu'évoquer un miroir aux allures d'aspirateur.

Ajoutez à cet élément cette abominable phrase ; « Even go for a crazy , I have the feeling that this is not the life I dreamed of, which is at risk, but all that mattered to me one day » et vous vous trouviez face à quelque chose qui dépassait de loin toutes les tentatives d'accroche minable pour dépouiller des Voyageurs que l'on pouvait trouver sur internet. L'ensemble avait quelque chose de trop dépourvu de sens tout en étant trop grand et complexe à la fois.

Enfin, la cohérence de l'ensemble. Un piège subtil, basé sur un mensonge, ne tolérait pas que l'on puisse mentir dans une langue inconnue, en écrivant un message que peu d'anglophones auraient la patience ou la force de déchiffrer. Faire « juste assez mauvais », oui, cela aurait pu passer. Mais ici, la langue était trop désastreuse pour être l'oeuvre d'un individu aussi intelligent et tordu que le brun. Et s'il existait une variable que Nedru ne considérait que très rarement, c'était bien l'idée que quelqu'un puisse posséder un intellect égal au sien.

Aider quelqu'un et être payé. Voilà qui lui changerait les idées. Et s'il était curieux d'en savoir plus sur cet étrange miroir, le fait qu'un Voyageur puisse risquer plus que sa vie onirique mais « tout ce qui a un jour compté», voilà qui était au moins relativement intriguant.

Nedru laissa son curseur clignoter un moment dans la barre de dialogue lui permettant de répondre, cherchant les mots adéquats, avant de pianoter sur son clavier.

Citation :
Dear PetitLapinBlanc, tes ennuis m'inquiètent et j'espère pouvoir te venir en aide. Si tu dors en France, la nuit, nous sommes sur le même fuseau horaire.
Cela dit, pour t'aider, je dois savoir qui tu es, qui est cette personne qui t'as tendu le miroir, l'endroit où vous vous trouviez et à quoi ressemblait ce miroir. Si tu peux m'en dire plus sur ce qui s'est passé après avoir été absorbée par le miroir, cela m'intéresse également.

Bien à toi,
GreyFox.
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Dim 27 Sep 2015 - 19:35

Assise à la table de la cuisine, sa machine à coudre vrombissait, l'aiguille mécanique pourfendait le tissu avec précision, guidée par ses doigts habiles. Ses yeux profondément cernés suivaient le mouvement avec attention, ses oreilles bourdonnaient sous le rythme soutenu d'un cœur dont les battements trop rapides ne pouvaient être calmés, pas même par l'atmosphère paisible de la maisonnée.

Son buste s'inclina, de quelques centimètres, dodelinant légèrement, puis avec plus d'insistance. Ses paupières se baissèrent un très bref instant. Le moteur cessa, sa main glissa et brusquement, reprit appui, retenant son corps dans un sursaut, la panique réveillant ses traits tirés par la fatigue. Il ne fallait pas qu'elle dorme, elle ne pouvait pas dormir, elle ne devait pas dormir. Elle ramena de nouveau le regard sur son ouvrage : évidemment, elle avait tout cousu de travers en s'assoupissant et les derniers ajouts étaient à refaire. Elle soupira, des larmes de frustration montant à ses yeux rougis. Dans un tel état de fatigue, elle ne se serait d'ordinaire jamais permis de travailler, pas plus qu'elle ne cousait dans la cuisine pour des raisons évidente de confort et de soin. Mais elle n'avait rien trouvé de mieux pour se tenir éveillée et elle ne devait même pas somnoler. Délicatement, malgré les tremblements nerveux agitant ses doigts, elle défit la fausse fourrure, observant son petit carnage en tentant de retrouver un peu de calme en s'emparant du coupe-fil.


"Ding !"

Elle sursauta, son outil chuta sur le bois dans un bruit sec ; elle rejeta le tissu au loin, manqua de renverser sa machine et se jeta sur l'ordinateur à l'autre bout de la table, le tirant vers elle avec une avidité, tremblant dans la panique. Un message. Elle sentit l'espoir lui chatouiller la gorge, les larmes lui piquer les yeux une fois de plus. En silence, elle pria pour que ce soit l'aide qu'elle avait tant attendu. Elle ne tiendrait plus très longtemps éveillée, il fallait que ce soit ça. Fébrilement, elle s'empara de la souris et cliqua sur le lien :

« Dear PetitLapinBlanc, tes ennuis m'inquiètent et j'espère pouvoir te venir en aide. Si tu dors en France, la nuit, nous sommes sur le même fuseau horaire.
Cela dit, pour t'aider, je dois savoir qui tu es, qui est cette personne qui t'as tendu le miroir, l'endroit où vous vous trouviez et à quoi ressemblait ce miroir. Si tu peux m'en dire plus sur ce qui s'est passé après avoir été absorbée par le miroir, cela m'intéresse également.

Bien à toi,
GreyFox. »



Lorsqu'elle eut lu et compris le message, écrit dans un anglais parfait, un flot de soulagement la submergea, un frisson de bonheur parcourut son échine et c'est avec peine qu'elle ne fondit pas totalement en sanglots incontrôlés. Malgré ses nerfs fragilisés, il fallait qu'elle tienne et les pleurs la fatigueraient encore d'avantage ; elle devait trouver l'énergie de répondre et ce en anglais. Elle se réinstalla dans sa chaise, ouvrit un traducteur en ligne et, sans perdre une minute, commença la rédaction de sa réponse. Peu importe qu'elle charcute la langue de Shakespeare, elle n'avait ni le temps, ni les connaissances pour parler un autre langage ce soir.

Alice n'avait pas tout de suite cherché de l'aide sur le net, elle savait, bien évidemment, qu'il y existait un réseau de voyageur assez actif. Elle y avait fait appel à l'occasion, en cherchant des réponses ou des informations sur le monde des rêves, mais elle n'avait jamais rien posté elle-même, ni établi le moindre contact avec qui que ce soit via ces forums. Cette fois, en revanche, c'était différent et elle avait vraiment besoin d'un autre voyageur capable de la sauver.

A son réveil, l'algophobe avait d'abord paniqué et son premier réflexe s'était porté vers son téléphone ; vers les seuls personnes qu'elle pouvait appeler lors d'une crise à Dreamland : les frères Thomas. Pourtant, elle avait suspendu son geste ; à ce moment il était déjà très tard (ou très tôt, cela dépendait du point de vu). De plus le problème était grave, bien plus inquiétant que ce qu'elle avait déjà affronté et aucun des deux jumeaux n'avaient de quoi faire fléchir son agresseur. Même la force brute de leur grand-père et son influence n'aurait sans doute pas pu grand chose pour elle. Les prévenir, c'était mettre au moins deux personnes en danger pour rien et sans être philanthrope, personne n'aimait pas le gâchis.

Elle avait reposé l'appareil et la tête dans ses mains, toujours trempée de sueur et grelottant dans son lit, elle avait tenté de réfléchir malgré la peur qui lui tordait les boyaux. Elle avait examiné chaque personne qu'elle avait pu rencontrer à Dreamland, chaque possibilité de fuite que lui offrait le monde des rêves. Apparaître ailleurs ? Impossible, il avait forcément pallié à cette éventualité d'une façon ou d'une autre et au mieux elle ne ferait que gagner du temps ; il la retrouverait. Combattre ? Non, il connaissait ses pouvoirs aussi bien qu'elle, voir mieux et elle savait qu'il n'y était pas sensible. En fait, elle n'avait pas la moindre idée de ce qui pouvait le blesser. Il lui fallait un autre moyen, elle devait trouver de l'aide, de l'aide qu'elle pouvait contacter dans le monde réel par les moyens que sa société mettait à sa disposition et entre autre : internet.

Elle avait sauté du lit, direction son atelier où trônait un ordinateur portable de bonnes dimensions. Se jetant sur le clavier, elle pianota frénétiquement, ses pupilles s'agitaient derrière les épais verres de ses lunettes. Des forums à propos de Dreamland, des rêves, il y en avait des tas, des plus confidentiels aux plus peuplés et tous reçurent le même message de détresse rédiger en français et en anglais (si on pouvait appeler sa traduction comme ça). En quelques heures, elle avait posté sur une dizaine de sites différents. Sa seule mission, à présent : ne pas dormir. Depuis, elle attendait dans la cuisine, pièce bruyante et peu propice au sommeil, avec un ouvrage en cours et une réserve conséquente de thé, après avoir préalablement fermé la boutique pour la journée, prévoyant l'attente longue et douloureuse qui avait abouti au message de GreyFox.

Fébrile, elle appuya sur la touche entrée de son clavier, son message s'afficha dans le fil de discussion ouvert. Alice soupira et se laissa aller dans sa chaise, fixant le plafond en frissonnant. Elle était terrorisée et le soulagement qu'elle avait ressenti face à ce message laissait doucement place à la réalité cruelle : sa garde face au sommeil s'émiettait ; elle ne tiendrait plus longtemps. Ravalant le nœud qui coinçait sa gorge, elle souleva ses lunettes et frotta ses yeux longuement avant de reprendre le coupe-fil et le tissu d'une main tremblante.

Se battre contre Morphée n'était rien, comparé à ce qui l'attendait.
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Nedru Etol
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Dim 27 Sep 2015 - 20:14

Ses yeux fins et perçants s’ouvrirent directement sur les lentes volutes de brumes qui avançaient devant lui, se perdaient à l’assaut de la nuit pour se déchirer sur les branches mortes d’arbres noirs et tordus. Au sol, les reflets des flaques froides n’offraient d’autre spectacles que des pousses d’herbes verdâtres et hérissées ou brunes et molles. Nedru fit volte-face.

Rien d’autre dans les parages. Rien que ce marécage putride et malsain, à perte de vue. Vue qui cependant se perdait vite dans ce dédale végétal et brumeux que troublaient des reflets glauques et traîtres. Si le silence avait quelque chose d’inquiétant, le jeune anglais avait appris à ne plus être impressionné par ce phénomène par trop présent dans les lieux cauchemardesques. Nedru étira son corps fatigué-provoquant un léger craquement au niveau de sa huitième vertèbre- avant de soupirer, soulagé. Il était seul.

Maintenant, ne plus bouger. Sa cible était forcément là ; les descriptions données par le petit lapin blanc correspondaient exactement. Le fait qu’il ne soit pas apparu directement à côté constituait probablement l’une des spécificités de l’endroit. Un lieu où il était facile de se perdre si l’on évoluait dans la mauvaise direction. La seule parade efficace était donc dans son cas de ne plus bouger du tout. Il s’accroupit délicatement, laissant les rangers dont on l’avait affublé s’enfoncer dans la mousse détrempée du marécage tandis que son poids se déportait sur l’avant de la semelle. Son manteau noir était parfaitement adapté pour le cacher et il portait un pantalon assorti. Et puis, les motifs du Chat Percé continuaient de l’envelopper de leur pellicule protectrice, le rendant invisible aux yeux d’un inattentif. Mais inutile de prendre des risques… Un bon chasseur doit savoir patienter plutôt que de courir partout à la recherche de sa proie. « Proie » et « chasseur » étant probablement un mauvais choix lexical dans le cas présent, pensa-t-il.

Insensible à l’humidité glaciale qui lui chatouillait la gorge et se glissait sous son manteau pour remonter le long de sa colonne vertébrale, Nedru tendit l’oreille. Il ne bougeait sa tête qu’avec une extrême lenteur pour ne pas laisser le froissement du tissu troubler son ouïe et pour laisser ses yeux percer les spectres du brouillard. Le mouvement, cependant, était régulier, méthodique. Son pouvoir décuplait chaque seconde car ces dernières transportaient toutes des dizaines de messages à déchiffrer l’un après l’autre. Etait-ce une ombre qui venait de passer ici ? Une bulle qui venait de crever la surface de l’eau ? Un froissement de vent avait-il provoqué ce frisson ? Ce craquement de branche était-il naturel ou l’action d’un pied qui piétine ? Puis venait la seconde suivante. Comme souvent lorsqu’il passait le relais à sa capacité d’analyse, le Renard perdit toute notion du temps, jusqu’à ce qu’une voix extirpe sa conscience jusqu’à la surface par un mot, une affirmation ; Ici.

Une petite silhouette relativement chétive, en robe pâle.
Il détendit brutalement ses muscles sans se soucier des brûlures de protestation, s’enfonçant un peu plus dans la vase sous la poussée avant de s’en extirper d’un bond qui le fait atterrir dans une autre flaque avec fracas. Sa trajectoire était déjà dessinée mentalement depuis longtemps et il n’avait pas à craindre de trébucher. Il vola littéralement vers sa cible tout en appelant d’un air joyeux ;


Alice !

Cette exclamation ne laissait guère plus de deux choix à l’imposteur ; prendre la fuite et griller définitivement sa couverture, ou bien jouer la comédie. Le plus évident était la fuite, bien sûr, mais diverses hypothèses laissaient croire au Gris qu’il n’en serait rien ; il ne voudra pas être pris en chasse et mis en danger, il aura envie de mentir et d’essayer de duper, la curiosité l’obligera à rester immobile, l’élément de surprise l’obligera à rester immobile, il ne voudra plus courir après avoir perdu le temps d’être immobile, choisissant par un amour propre instinctif de garder l’attitude dictée par la surprise, il ne sera peut-être pas encore habitué à la course. Etait-ce une analyse de ce qu’aurait été son propre comportement ? Il ne sous-estimait pas son adversaire...

La jeune femme blonde le vit donc se diriger vers elle d’un air vaguement méfiant d’abord, modifiant son masque à mesure qu’elle s’apercevait que le sourire du jeune homme qui venait vers elle avait l’air sincère. Il avait donné son nom, affichant qu’il savait qui elle était ; elle devrait faire semblant de le connaître.

Pourquoi donc ne souriait-elle pas en retour ? Son visage se grimait d’une attitude peinée, presque douloureuse, forçant celui qui se serait fait passer pour un ami à demander ;  


Quelque chose ne va pas ?

Mais il aurait pu se donner la réplique lui-même.

Attends je… J’ai été attaquée je suis… Je crois qu’elle a ciblé mon esprit… Je ne me souviens plus de ce que je fais là…   Un cri suivit, et elle s’attrapa la tête avec force, avant de tourner le visage vers Nedru et de prononcer, d’une voix paniquée ; Qui êtes vous ?

Grands dieux ce que c’était convaincant ! Un acteur professionnel n’aurait pas fait mieux ! Cette terreur qu’il lisait dans ses prunelles grises, et ce cri! Son cri lui avait presque glacé le sang. Le scénario quant à lui… C’était une parade bancale, mais une parade quand même. Peut-être la seule à sa disposition dans l’immédiat. Faire semblant de le connaître était trop dangereux, se risquer à affirmer qu’elle ne le connaissait pas était tout bonnement impossible. Voler l’identité de quelqu’un sans connaître chaque seconde de sa vie est une tâche des plus complexes !

Enfin, on pouvait noter l’usage du féminin pour parler du mystérieux agresseur, ce qui rendait l’hypothèse moins impersonnelle et donc plus probable. Et il présentait l’avantage d’aller au-delà, au deuxième degré, dans le cas où l’analyste aurait été au courant de ce qu’avait subi son Petit Lapin Blanc. Dans ce cas, l’agresseur laissait planer le doute ; c’était peut-être encore bel et bien Alice qui se trouvait là.
Il n’avait pas à faire à un abruti fini.

Dès lors, Nedru pouvait afficher d’y croire ou bien décréter un bas les masques. Le deuxième cas entraînerait la confrontation et le Renard n’était pas pressé de s'y risquer. Dans le doute, il jeta son pouvoir sur la jeune femme, afin d’asseoir sa pleine et entière domination psychologique dans ce duel mais… il ne recueillit pas l’écho habituel, cette voix qui l’abreuvait d’une dizaine de détail sur l’individu que chacun de ses sens enveloppait d’une pellicule possessive. Rien. Cela ne fonctionnait pas. L’anglais se garda de jurer mentalement. Il s’était habitué au côté passif de son pouvoir et tendait à considérer ce dernier comme sa propre intelligence, ses propres déductions. Quelques fois, le flot d'information était douloureux et il devait empêcher sa capacité à se déployer à l'infini sous peine de perdre le contrôle de ses pensées.
Dès lors, lorsque son pouvoir refusait de s’activer pour de bon et lui offrir toutes les connaissances qu’il demandait, il ressentait une profonde frustration, s’imaginant avoir été doté du don le plus inutile du monde onirique. Mais la chose n'était pas dépourvue de sens. Puisque son pouvoir interprétait les gestes et les apparences des individus pour en décrire la personnalité, sans doute ne fonctionnait-il guère lorsque les apparences ne collaient pas avec la personnalité habitant un corps qui n'était pas le sien?
Tant pis ! Il prit un air étonné ;


Si c’est une blague elle n’est pas drôle.

J… Aidez-moi, je vous en prie !

Ses yeux imploraient avec une sincérité à fendre une pierre. Ce n’était pas réellement de la séduction, en tout cas pas frontalement. D’ailleurs, la jeune blonde n’était certainement pas assez belle pour espérer le convaincre sur ce terrain. Mais tous les codes de la femme en détresse étaient là pour combler les lacunes de son apparence banale. Trébuchant légèrement dans le marécage, sa robe dont une bretelle tombait était légèrement souillée et elle évitait de le regardait dans les yeux, le regard dans le vague, sourcils froncés, comme cherchant à se fixer sur un point mental qu’elle ne parvenait pas à retrouver. L’imposteur espérait qu’il prenne pitié ou cherche à profiter de la situation ? Qu’il soit pourvu de tels sentiments ? Maternels ou obscènes ? La seule idée de les feindre fatiguait Nedru.

Il se força à faire comme s'il ne remarquait pas que ses gestes figés correspondaient plus à l’attitude de quelqu’un qui veut cacher quelque chose qu’à celle d’une femme soudain amnésique et paniquée lorsqu’il changea de sujet ;


Ne t’en fais pas, je vais arranger ça. Je m’appelle Louis, je ne te veux aucun mal. Est-ce que tu te souviens ce que tu fais là ? Tu as été agressée par une femme, tu te souviens de quoi elle avait l’air ?

Il lui prit le menton pour le soulever, tourner son visage et la regarder à droite et à gauche, avant de faire mine de la prendre par les épaules pour la faire pivoter. Tss, être obligé de jouer les papas poules et/ou d’entrer dans ce fameux jeu de l’obscène sauveur abusant de la situation… Mais il devait voir ce qu’on lui cachait.

Malheureusement, « Alice » fit mine de se défendre devant cette agression physique, le repoussant d’un geste avec plus de force que son corps frêle ne laissait deviner.


Désolé ! Reprends tes esprits, ça va aller…

L’imposture était parfaite. Pas un instant, le visage perdu entre ses mèches blondes affolées ne se troubla d’une autre ride que celle de la profonde perplexité teintée de peur. Mais pas la moindre colère, pas la moindre étincelle d’intelligence démontrant que l’autre avait compris le petit jeu du londonien. Pour résumer les choses sans les rendre plus claires ; le Renard Gris ne pouvait pas encore savoir s’il savait qu’il savait. Aux yeux d’un observateur distant, ce n’était là qu’une femme déboussolée que cherchait à réconforter un jeune homme maladroit.

Le fait qu’il soit engagé par la détentrice du corps qu’il avait devant lui pour chasser celui qui en avait pris possession ne serait pas venu à l’idée de grand monde.

Sauf de l’imposteur lui-même, bien sûr, qui ne pouvait que s’inquiéter de la présence inhabituelle d’un étranger sur ce territoire désolé, la nuit même où il avait accompli son forfait. Il ne pouvait admettre avoir ignoré qu’Alice avait un ami prénommé Louis, un homme assez sot pour s’endormir en pensant à elle, quitte à se trouver dans un Royaume aussi lugubre. C’était pourtant le scénario alambiqué qu’on lui proposait, et si ses soupçons étaient à deux doigts de se transformer en certitudes, il fallait bien admettre que ce Louis jouait également son rôle à merveille, non ? Nedru était persuadé que c’était ce qui traversait la tête du comédien en face de lui.

Impossible, cependant, de sonder ses émotions. Ce serait une guerre de position. Pour l’heure, ne pas avoir à se battre suffisait à Nedru. Il devait trouver l’objet évoqué par le Petit Lapin Blanc et si la jeune femme en face de lui le portait sur elle, il ne tarderait pas à mettre le doigt dessus. S’il était caché ailleurs, en revanche, il devrait obtenir cette information.

Dans un silence pesant, le temps continuait de s’écouler à son rythme gluant dans la forêt brumeuse, quand soudain la physionomie de la jeune femme changea brutalement. Son masque se fissurait ? Mais pourquoi ? Nedru n’avait rien fait. Oh, peut-être était-ce encore de la comédie, des « séquelles de son agression ». De la douleur se dessinait clairement sur ses traits, soudains tirés.
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Lun 28 Sep 2015 - 8:30

Il faisait noir, encore plus noir que noir, si seulement c'était possible. En fait, l'obscurité était si dense qu'elle semblait pleine, comme un mur d'ombre parfaitement uni, à l'intérieur duquel elle se trouvait prise. Elle ne voyait rien, n'entendait rien, ne sentait rien, ne percevait rien d'autre que le fil ténu de ses pensées paniquées. Le fait qu'elle ne suffoque pas aurait pu être rassurant, si elle ne sentait pas aussi qu'elle ne respirait tout simplement pas. En fait, elle ne faisait rien, strictement rien.

Elle avait envie de pleurer, de crier, de hurler pour que quelqu'un, quelque chose la délivre de ce cauchemar des plus angoissants. Mais rien ne viendrait, à l'exception peut-être d'une personne ; un inconnu qu'elle avait appelé à l'aide et promis tout ce qu'elle pourrait lui offrir, pourvu qu'il la sorte de là. Elle ne savait pas s'il viendrait, les promesses étaient des chaînes légères qu'aucun cadenas ne tenait et elle était consciente que rien ne poussait réellement ce providentiel bienfaiteur à l'aider. Son allié le plus sûr, si elle en avait bien un, était la curiosité de ce Grey Fox, car elle seule le pousserait à venir, plus aisément que toute l'empathie ou la cupidité du monde.

Cet espoir ténu l'apaisa quelque peu, assez pour qu'elle puisse se reprendre et réfléchir à comment s'aider elle-même. Concentrée, elle chercha à visualiser ses derniers instants, en commençant par la dernière chose qu'elle avait fait avant de s'endormir. A sa plus grande surprise, le souvenir s'afficha autour d'elle, écartant l'obscurité pour rendre une image qui n'avait jamais vraiment existé. Tout y était flou, à part quelques détails dont elle pouvait faire varier la netteté en précisant le souvenir de sa maison. Elle se vit elle-même, penchée sur son clavier, réalisant un premier virement pour remercier Grey Fox. Elle avait été si soulagée en recevant son message, elle avait tout de suite voulu lui envoyer un témoin de sa reconnaissance, de son sérieux et de l'urgence de sa situation, mais aussi un petit encouragement supplémentaire. Elle se demandait à présent si ça avait été une si bonne idée au final, mais il était un peu tard pour y penser.

Elle écarta ce regret d'une pensée, effaçant l'image avec. Elle paniqua à nouveau, un bref instant, puis se reprit, amenant à la surface le moment où elle s'était couchée. Elle avait soigneusement fermé fenêtres, volets, portes, elle avait même indiqué devant la devanture qu'elle n'ouvrirait pas la boutique demain. Rien ne devait la réveiller au milieu de son sommeil, si elle voulait se laisser autant de temps que possible. Assise sur son lit, son téléphone entre ses doigts tremblant, elle fit un dernier effort, envoyant peut-être son dernier message à Calvin :

"La prochaine fois qu'on se parlera, si le premier mot que je te dis n'est pas "Adesias", méfie-toi de moi."

Puis elle s'était couchée et malgré l'angoisse qui serrait son cœur, avait très vite sombré dans un sommeil profond.

La vision disparut et la laissa dans l'obscurité qui ne se troubla plus ; arrivée à Dreamland elle n'avait même pas ouvert les yeux. En larme, elle était restée debout, consciente de chaque instant, de la présence d'Hisèn dans son dos, de l'eau gisant autour de ses chevilles poisseuse. Sa minuscule silhouette immobile, toute vêtue de blanc, n'était troublée que par les secousses de ses sanglots étranglés. Elle avait espéré brièvement que tout soit un vrai cauchemar, comme elle en faisait jadis, mais non. Vint alors la même sensation que la première fois ; ses pensées et sa vue se troublèrent, ses sens, un à un, s'affaiblirent puis sautèrent comme des plombs de fusible. Clic dans le noir, clic dans le silence, clic les étranges odeurs du marais, clic le gout familier de sa bouche, clic le sol sous ses pieds, les vêtements sur sa peau. Clic son corps tout entier, dissout dans la sublimation d'un esprit pur, sans enveloppe, si ce n'était un tout petit miroir de poche.

L'envie de pleurer la reprit, elle la chassa aussitôt. Ce n'était pas comme si elle disposait encore d'yeux pour verser quelques larmes libératrices, ce n'était pas comme si on l'entendrait, comme si ça l'aiderait. Pourtant, Alice voulut tenter quelque chose. Elle se concentra, rappela sa propre voix à sa mémoire, ses intonations, ses tics de langage, ses mots :


"Je sortirai !"

"Je vais sortir !"

"Je PEUX sortir !"
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Lun 28 Sep 2015 - 11:13
La jeune femme manqua de tomber au sol, se prenant la tête dans une expression de confusion manifeste.
Combien de temps allait-on jouer à ce petit jeu ? De la peine se dessina sur le visage du jeune homme.


Je vais te sortir de là. Reste avec moi et il ne t’arrivera rien. Ne me lâche pas des yeux.

Il se proposait d’être un allié, une offre qui ne se refusait pas même lorsque l’on était un imposteur. Celui qui s’était emparé du corps d’Alice n’aurait probablement pas envie d’entrer immédiatement dans la confrontation, surtout face à quelqu’un dont il ignorait, à priori, tout. Autant le tirer à soi et profiter de sa crédulité pour appuyer ses propres mensonges, lorsqu’il s’agirait de les faire croire à d’autres, non ? Dreamland était un monde étrange après tout, et croire à des fables d’effaceuse de souvenirs n’était qu’un caprice comme un autre. Plus vite l’improbable était accepté, moins vite ce dernier nous tuerait.

La jeune femme hocha la tête, hésitante, avant de prendre une profonde respiration et d’emboiter le pas au jeune homme qui affichait une assurance certaine.

Le Gris n’avait qu’à jouer les idiots pour garder auprès de lui ce pastiche. Il finirait bien par trouver ce qu’il cherchait. Le lapin blanc avait parlé d’un miroir de petite taille… Caché dans ce marécage, il serait impossible de le trouver sans aide. Mais était-il seulement possible de s’en séparer ? Peut être. Etait-ce judicieux ? Pas vraiment ; si un tel objet existait, sa puissance était colossale et le monde peuplé de trop de chanceux ou de coureurs de trésors pour le laisser tomber entre de mauvaises mains.

Et puis le Renard commençait à se faire une raison, dessinant mentalement un sourire s’étirant aux extrémités de son esprit. Même si la robe blanche qu’il avait sous les yeux ne permettait pas de cacher grand-chose, une main crispée sur le visage depuis le début de leur rencontre, le coude maintenu dans un angle un peu trop rigide, trahissait l’endroit où un renflement risquait d’apparaitre.

Prétextant des manières de gentleman, il n’avait pas attardé son regard sur la jeune femme, permettant à celui qui s’était emparé de son corps de détendre son bras (non sans avoir fait le choix délibéré de se placer à sa gauche, de profil, avant de le laisser marcher devant). Nedru n’allait pas s’abaisser à couler des regards avides vers sa poitrine, mais il était plus que probable qu’un objet de petite taille soit confortablement installé sous son sein gauche.


On devrait peut être retrouver celle qui t’a fait ça. Je la ferai parler rapidement et elle pourrait annuler ce qu’elle a fait.

Ajouta-t-il avec une nuance de colère, pour la forme. Il fallait qu’elle le croie fort, trop fort pour tenter de se battre. Quoi de mieux qu’un allié stupide et puissant ?

Fidèle à son nouveau rôle, l’imposteur ne répondit pas, hochant faiblement la tête et l’obligeant à hausser les épaules. L’usurpateur jouait les indécises, comme quelqu’un curieux et méfiant même vis-à-vis de celui qui devait être son ami (rôle qu’il ne pouvait que jouer à la perfection puisque tel était son état d’esprit actuel vis-à-vis de ce brun qui n’était, à ses yeux, qu’un inconnu).

Bon. Comment faire pour attraper un objet glissé dans le soutien-gorge d’une demoiselle ? S’il lui demandait d’ôter ses vêtements, ce serait immédiatement suspect. Sauf s’il feignait d’avoir l’envie soudaine d’une étreinte amoureuse… mais les chances de consensualisme étaient plus que faibles. Il tenta une autre approche. Se tournant vers elle, il demanda ;


Tu me fais confiance ?  

… Non.

Il avait tenté de se montré séducteur, mais elle avait répondu d’un ton sec. Elle ne souhaitait pas s’éterniser avec lui. Il n’arriverait à rien de cette manière, et il manquait de temps pour laisser progresser leur relation pendant des semaines.

Enfin, il ne s’attendait pas à grand chose d’autre. Il ôta son manteau doucement avant de le poser sur les épaules de la jeune femme… C’était un geste protecteur et lent, contre lequel elle ne chercha pas à se défendre. Il était crédible, dans sa maladresse touchante ! Sauf qu’une fois à portée, il baissa carrément les bretelles et le sous-vêtement de la jeune femme d’un seul geste vif. Tant pis pour l’amitié.

Tandis que la poitrine se découvrait, un objet fin et rond sombrait vers la brume du marécage et Nedru se précipita pour l’attraper au vol.
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Lun 28 Sep 2015 - 18:56

Il y eut un temps assez long, du moins, du point de vue d'Alice, mais chaque seconde dans le noir lui semblait être une terrible éternité. Elle allait se résoudre à s'occuper autrement, quand elle crut entendre quelque chose. Elle se concentra, attentive, alerte ; un bourdonnement continu semblait se rapprocher, comme un grondement sourd qui se précisait, seconde après seconde jusqu'à devenir une voix familière, mais menaçante, clairement mécontente :

"Tais-toi !" rugit l'obscurité

Surprise, la voyageuse obtempéra, le temps pour elle de rassembler ses idées, cherchant à retrouver dans sa mémoire à qui appartenait cette voix, qui venait de lui parler. Dans un flash, l'image d'Hisèn monta à son esprit, apparaissant aussitôt sur le fond obscur. Elle s'effaroucha, prit peur et la créature disparut pour ne plus reparaître. Soulagée, elle s'apaisa ; en le voyant, elle avait cru qu'il pouvait venir jusqu'ici, mais c'était, littéralement, son imagination qui lui faisait voir des choses dans l'obscurité, rien de plus. En revanche, il ne lui semblait pas que la voix, elle, venait d'ici ou d'une quelconque par de son esprit. Elle était certaine qu'elle n'avait rien demandé et que c'était bien celle de la créature brumeuse, mais elle semblait venir de loin, de l'extérieur. Il fallait qu'elle en ait le cœur net.


"Non ! Je veux sortir et je sortirai ! Ce n'est qu'une question de temps."

Elle attendit, le cœur battant, tentant de ne pas imaginer les réponses qu'elle pouvait obtenir, de ne pas y penser, de ne pas penser. Elle devait laisser son esprit vide, attentif aux sons, aux mots qui, peut-être, viendraient.

Mais rien ; rien que le silence désolant et les ténèbres denses qui l'entouraient. Elle était pourtant si sûre de ne pas avoir imaginé l'ordre qu'elle avait reçu. Cela dit, rien que pour le principe, elle ne voulait pas y obéir et il y avait bien pire que les simples protestations dans l'échelle de l'agacement : il y avait la chanson. Pire ! La mauvaise chanson de pub, de celles qui se vissent profondément dans la tête et n'en sortent plus pendant des semaines. Celles qui deviennent encore plus insupportables quand elles sont chantées a capella par quelqu'un qui ne sait PAS chanter. Heureusement pour elle, Alice avait les capacités harmoniques d'une casserole et les mélodies qui lui revinrent facilement en mémoire étaient ce que l'humanité avait fait de mieux en matière de lavage de cerveau :


"Quand je fais - de la - purée mousseline - je suis sûre - que tout le...
- Je t'ai bien dit de te taire, non ?"

L'effet fut immédiat, à la grande joie de la voyeuse qui, sans se démonter, reprit de plus bel, hurlant mentalement :

"Pom'pote la compote ! Pom'pote sans les mains ! Pom'pote à l'envers ! Pom'pote sous l'eau !"

Elle pouvait le sentir fulminer. C'était comme un grondement qui roulait dans les profondeurs obscures du miroir et qui montait, montait, comme la lave d'un volcan, proche de l'éruption. Alice, elle, exultait, s'inquiétant très peu du courroux de la créature, alors qu'elle avait toujours tout fait pour éviter de lui déplaire. En l'enfermant ici, il lui avait fait toucher le fond. La jeune femme ne doutait pas qu'elle allait rester dans l'obscurité de ce miroir au delà de la nuit, Hisèn ne se serait pas donné tout ce mal pour quelques heures dans son corps. Il comptait le garder, peut-être se réveiller dans le monde réel. C'était en tout cas un objectif qui lui semblait bien plus digne des efforts déployés par le brumeux, mais aussi bien plus inquiétant pour elle ; elle pressentait que si elle se réveillait, alors redevenir elle-même serait bien plus difficile, impossible peut-être.

Mais en agissant ainsi, en l'enfermant dans ces sombres reflets, il lui avait aussi fait toucher le fond. La voyageuse n'imaginait pas pire situation, en cela, peut lui importer les moyens et les arguments que la créature pouvait ou pourrait déployer contre elle, aucune menace, aucune promesse, aucun mensonge ne pourrait la résoudre à lui rendre ce vol odieux plus facile. Peut-être que la créature le savait, d'où son manque d'argument, ou peut-être avait-il d'autres problèmes à résoudre au même instant.
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Lun 28 Sep 2015 - 19:03
"Pom'pote la compote ! Pom'pote sans les mains ! Pom'pote à l'envers ! Pom'pote sous l'eau !"

Qu'est ce que ? Qu'est ce que c'était que ça ? Une voix discordante s'éleva dans son esprit dès qu'il eut posé la main sur le miroir et pour son malheur, une autre voix s'éleva juste à côté de lui ;

Diva baiseuse de chèvres !

Pour orginale qu'elle fut, l'insulte l'aurait sans doute moins surpris si elle ne n'avait pas été accompagnée par une chute de gamelle, modèle acier laqué pour saint bernard, remplie de croquette, tombant avec fracas sur le sommet de son crâne. Sa prise sur le petit objet se trouva soudain bien moins assurée et lorsque des doigts agiles et forts se glissèrent dans sa paume pour lui retirer ce qu'il venait de gagner avec difficulté, il ne parvint pas à empêcher l'inévitable. Le miroir changea à nouveau de propriétaire et fort heureusement, l'épouvantable chant dans sa tête s'évanouit.

Que sa capacité d'analyse se charge de comprendre tout ce qui venait de se passer ! Lui devait réagir ; reprendre ses appuis, d'abord, puis courir après cette pimbèche qui venait de tourner les talons pour s'enfuir avec la célérité d'un félin.

La peste ! Comme si ça allait changer quoi que ce soit !

Nedru se jeta à sa poursuite sans la moindre difficulté. Contrairement à elle, il avait des bonnes chaussures et l'avance qu'elle avait sur lui contribuait à dessiner pour lui la parfaite trajectoire au travers du marécage. Malheureusement, son adversaire n'était pas aussi mauvais en calcul mental.


Au revoir !

Le brun eut à peine le temps de voir un coude se plier et l'extrémité d'un canon se braquer sur lui au dessus de l'épaule de la jeune femme. La fraction de seconde suivante, un gant de boxe massif s'écrasait lourdement à l'endroit où il aurait dû se trouver s'il n'avait pas bondi pour faire un violent écart sur la droite.

Il atterrit dans une profonde flaque de boue vaseuse. L'autre se retourna, prêt à le bombarer de gants de boxe pour l'achever mais lorsqu'il nota que Nedru était déjà en train de reprendre pied sur la berge, il se contenta de tirer un nouveau coup pour l'empêcher de sauter hors de la flaque d'un coup et gagner le temps nécessaire pour s'enfuir dans le brouillard épais du marais.

Nedru s'en sortit en pestant, trempé et ulcéré.

Mais c'était une bien tragique histoire que de chercher à fuir le Gris dans cet environnement ! L'issue était fatale ; l'endroit était trop silencieux pour qu'un fuyard puisse aller bien loin, même en prenant les milliers de précautions que prenait l'imposteur. Il chercha même à brouiller les cartes en tirant ses fameux gants de boxes au loin, pour que des bruits variés altèrent les sens du chasseur. Mais cela ne faisait, au fond, qu'aider le Renard.

L'imposteur avait cependant un avantage certain sur celui qui le suivait et il en usa plus que de raison ; il connaissait parfaitement l'endroit. Et ce n'était pas un mince avantage. Suivre une bande de terre un peu moins molle que les autres ? C'était facile et à partir de là, une route se dessinait, pour ainsi dire. Mais lorsque cette dernière disparaissait soudainement pour laisser placer à une étendue d'eau glauque de plusieurs mètres de large, il y avait de quoi perdre du terrain, littéralement.

Mais il n'y avait pas que son ouïe attentive qui l'aidait à suivre la piste d'une jeune femme courant dans un marais. On pouvait saluer l'ingéniosité et le courage de cette dernière; piétinant des buissons revêches et épineux douloueux pour ne pas laisser d'empreinte dès que possible, marchant sur des branches mortes quitte à s'érafler sur des traîtres naissances de branches mal brisées et aussi tranchantes qu'un couteau. Tout devait y passer mais malheureusement pour elle, l'oeil de Nedru était surnaturellement exercé et s'il ne trouvait pas chaque trace, il ne lui était pas difficile de déduire la suivante en utilisant la direction des pas précédents.

L'imposteur gagna du terrain pourtant, bondissant au dessus des flaques pour faire croire au Renard qu'il était tombé dans un cul de sac, en profitant de l'élan que ne pouvait pas avoir un individu plaquant son nez sur le sol. Il gagna ainsi de précieuses secondes qui, accumulées, donnaient tant d'avance à la proie que le son de ses pas précipités finit par ne plus se faire entendre, couvert par le frisson de la brume et l'insupportable -et nouveau- bourdonnement des moustiques. Pour sûr, il savait exactement où il allait, et comment rendre la poursuite infernale.

Mais le londonien se délectait. C'était probablement la première fois qu'il traquait aussi physiquement un Voyageur et il s'étonnait de ne pas craindre de tomber soudainement sur l'invocateur de gamelles et autres gants de boxes. Bizarrement, l'autre craignait la confrontation et c'était suffisant pour donner à Nedru l'envie de poursuivre.

Presque deux heures s'écoulèrent. On n'entendait plus le fuyard depuis longtemps mais ses traces étaient restés assez exploitables pour que Nedru ne se formalise pas. Et naturellement, il la trouva.

Assise au beau milieu d'un bosquet qui l'aurait dissimulée à la vue de quelqu'un de normal, la jeune femme était en train de nettoyer les blessures qu'elle avait aux pieds. Elle n'avait pas pris la peine de remonter correctement sa robe et ainsi débraillée, tâchée, déchirée, trempée, elle avait une allure de sauvageonne. Et elle ignorait que Nedru l'avait suivie aussi loin, et retrouvée.
Maintenant qu'elle ne savait plus où il se trouvait, ni s'il était dans les environs, le tatouage du Renard le couvrait de son voile de modestie protecteur, un accessoire de chasseur supplémentaire dont il ne pouvait qu'apprécier la valeur une fois de plus.

Il s'accroupit en détaillant les lieux, cherchant un plan d'attaque convenable -c'est à dire infaillible.
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Lun 28 Sep 2015 - 19:19

Enchaînant chansons agaçantes après chansons agaçantes, elle avait déjà quitté le terrain des jingles de publicité pour passer à son maigre registre de chansons paillardes et autres comptines scabreuses. Elle arrivait au bout de ses ressources et Hisèn ne parlait plus depuis un moment. Soit il s'était tout simplement fait à ce bruit de fond, soit il s'était concentré sur autre chose et faisait de son mieux pour ignorer la voyageuse prisonnière du miroir. Elle allait abandonner sur un dernier couplet du "Petit Bonhomme en Mousse" quand elle entendit la voix d'Hisèn l'interrompre.

"C'est inutile, tu peux arrêter, ton "ami" ne t'aidera pas, il n'est plus là."

Surprise, le cours de ses pensées cessa presque immédiatement, incapable de se concentrer sur les chansons, leurs paroles et leurs mélodies et sur la véracité de cette affirmation en même temps. Premièrement, ça voulait dire que quelqu'un qui la connaissait était venu, et elle ne voyait pas qui à part GreyFox. Ensuite, Hisèn aurait pu mentir pour la faire taire, oui, mais elle doutait franchement qu'elle l'agace au point de le pousser à ce genre de bassesse pour la faire cesser, ou alors il l'aurait fait avant. Pour toute réponse, elle eut cette réflexion acide :

"Ne tire pas de conclusion trop rapidement."

Elle le visualisait presque haussant nonchalamment les épaules, ses épaules à elle ; comme si, de toute façon, ça n'avait pas grand importance. Alice sentit l'inquiétude la gagner à nouveau, ses pitreries n'avaient pas eu pour seul effet d'agacer le brumeux, elle l'avait aussi occupée et distrait de son sort, en arrêtant, elle replongeait tête la première dans l'angoisse et l'attente. Elle savait que discuter avec Hisèn n'améliorerait en rien son état, mais c'était plus fort qu'elle.

"Il n'aurait pas abandonné si vite.
- Comment peux-tu le savoir ? répondit-il aussitôt, amusé. C'est un mercenaire, non ? Il ne te doit rien, peut-être même lui ai-je proposé un marché plus alléchant que le tien. Qu'en sais-tu ? Tu n'as même plus la vraie notion du temps, chère petite Alice.
- C'est faux !
- En tout cas, tu n'as pas nié que c'était un mercenaire. Ne t'en fais pas, c'était plutôt évident."

Elle fulminait, mais la peur la rongeait bien plus que la rage ou la frustration qu'il faisait naître en elle, l'alimentant comme un feu, presque à son insu. Elle lâcha une question étranglée dans les profonds ténèbres du miroir :

"Pourquoi ?"

Bref silence, nouvelle image d'un haussement d'épaule traversant son esprit.

"Pourquoi pas ? J'avais juste envie de tester quelque chose. Je m'ennuie tu sais, et les occasions de se divertir vraiment ne sont pas aussi fréquentes que tu le crois. Si tu veux savoir pourquoi "toi" alors c'est un peu différent."

Aucune réponse, elle ne tenait pas vraiment à ce qui lui dise, mais elle ne voyait pas non plus quoi faire ou comment le faire, elle pouvait tout aussi bien l'écouter, jusqu'à n'avoir plus l'énergie de rien. Se connaissant, cela ne tarderait plus.

"Ton pouvoir, d'abord. Bien que manquant un peu de subtilité, il a des avantages et un fonctionnement qui me correspond. Tes relations et liaisons, aussi, ta discrétion, ton anonymat presque total à Dreamland et dans ton monde. Pas beaucoup d'amis, encore moins de proches amis. J'avoue que l'arriver de ce Calvin aurait pu changer beaucoup de choses, mais, sans vouloir l'insulter, c'est un benêt. Alors oui, tu lui as sans doute parlé de ta situation, mais s'il n'est pas là, c'est que tu ne lui as pas dit grand chose. Or, ma chère petite Alice, je sais être convaincant, y compris dans ton rôle et peut-être qu'au fond, il ne te regrettera pas tant que ça. Les douleurs ont autant de constance que les sentiments qui en sont l'origine. Crois-moi, l'amitié n'est pas exactement le plus inébranlable des attachements. "
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Lun 28 Sep 2015 - 19:43


Une courte pause imposa l'évidence ; il n'y avait pas de plan qui soit infaillible, ici. La fausse Alice débraillée tenait dans la main le petit miroir et de l'autre, elle s'occupait à détacher les épines et autres échardes coincées dans ses chairs meurtries. Mais elle pourrait encore faire apparaître son pistolet à large canon et lui tirer dessus en un instant. Et le buisson sous lequel elle se tassait offrait une large voûte protectrice en même temps qu'un grand nombre de portes de sorties.

Il continua d'observer, en quête d'inspiration... Les jambes en tailleur, la robe était constelée d'autant de taches de sang que de boue et l'analyste devait bien admettre que le courage et la détermination de l'imposteur était louable. Mais après tout, l'entreprise qu'il visait valait bien ce genre de peines.
Voler le corps de quelqu'un dans le monde des rêves et... dans le monde réel ! C'était l'impossible qu'était censé permettre ce modeste miroir. Nul doute que bien des créatures oniriques devaient avoir le même fantasme !
Nedru doutait qu'il puisse réellement se concrétiser, mais le fait qu'il subsiste un doute était suffisant pour enquêter sur ce sujet. Si en plus on le payait pour en savoir plus...

Car de son côté, à de nombreuses reprises le Renard avait trouvé au cours de ses recherches oniriques des indices corroborant l'existence d'une âme éternelle. Les clefs des songes, les frontières d'un royaume mytique protégé par les ténèbres... Ce genre de fables récurrentes... Et après tout, il était facile de décider que c'était l'âme des Rêveurs et Voyageurs qui se projetait dans Dreamland ! Si l'on poursuivait le développement de la théorie, s'emparer complètement de l'essence d'un Voyageur revenait à s'emparer de son âme -laquelle serait également connectée au corps des humains dans leur état éveillé- et donc de son corps onirique et réel. Le pouvoir de Nedru l'informa des failles dans le raisonnement, mais le Gris s'émerveilla tout de même des nombreux consensus que son intelligence surnaturelle accordait à la théorie.

Quoiqu'il en soit, la créature sous ses yeux avait volé un corps, c'était ce qu'il avait accepté dès le départ (après tout, Dreamland permettait ce genre de facéties, sans aller jusqu'à déborder sur le monde réel) et il suffisait de l'observer attentivement pour en avoir le cœur net. Ses grimaces ne mentaient pas ; chaque fois qu'il fouillait dans ses blessures, la douleur qui tirait ses traits était accompagnée d'un masque de surprise. Ce monstre, dans sa forme onirique, ignorait très probablement tout de cette sensation. Il avait utilisé le corps de la jeune femme sans s'intéresser aux conséquences et peut être l'excitation avait-elle suffit à couvrir les blessures d'un baume tranquilisant. Désormais au repos, il payait cher les conséquences de sa course folle, alors que Nedru était resté frais et dispo (à quelques dizaines de piqures de moustiques près).

C'était, sans nul doute, un avantage tout aussi sûr que de posséder un pouvoir léthal.

Nedru se redressa et avança d'un pas mesuré vers la fausse Alice. Les effets de son tatouage s'évanouirent alors que sa proie braquait sur lui des yeux fins et meurtriers.


C'est comment, de souffrir ? Je suis déçu d'être confronté à quelqu'un d'aussi bête ; voler un corps en ignorant quelque chose aussi primordial ! Sans compter les infections à venir. Vu l'endroit, dans une heure c'est la fièvre et dans cinq, la mort. Une chance que ce ne soit que le monde des rêves...

L'autre se permit un sourire ;

Je ne suis pas surpris que ma chère petite Alice ait choisi un être aussi veule et détestable. Cela dit, pour l'intelligence, de bulot à crapaud, il y a eu progression ! Allez, au revoir jeune monsieur.

Ne soyez pas trop pressé de me revoir, votre état est plus pathétique à chaque nouvelle rencontre. Donnez moi le miroir avant que cela ne s'aggrave prématurément.

La jeune femme haussa les épaules sans lui accorder un regard, concentrée à nouveau sur ses blessures. Désormais, sa voix sonnait faux, empreinte d'une autorité qu'elle n'avait pas eu avant.

Tu es bien sot mon petit. Ce que je veux entreprendre vaut bien ma vie. Et au pire, ce n'est pas mon corps, ni mon existence qui sont en jeu. Mais ça tu le sais déjà. En revanche, je veux bien te donner le miroir, mais demain. Maintenant va-t-en je te prie.

Essayait-il d'être aimable juste après l'avoir insulté ?

Ai-je été trop courtois ? Pardon, je reformule ; donnez moi le miroir. Maintenant. La nuit est encore longue et je peux laisser votre état s'aggraver avant de vous faire la peau. Abandonnez la partie pour cette fois, vous n'aurez qu'à réessayer plus tard ? Et qui sait, si vous me payez, il est même possible que je vous aide la fois prochaine ?

Pourquoi aurais-je besoin d'un mercenaire qui ne sait rien ? Aucun intérêt, je ne marchande pas avec les enfants, les idiots et les étroits d'esprit. Demain et c'est tout.

Le ton avait encore changé, l'autorité s'était faite maternelle, aimable mais légèrement fâchée. Un exploit, quand on voyait le nombre d'insultes proférées ! Un livre tomba faiblement sur son épaule gauche, accompagné d'un cendrier en plastique. Pour un peu, Nedru s'en serait vexé mais il ne voyait là qu'un reflexe d'autodéfense complexé de celui qui a été vaincu. Et comprendre le fonctionnement du pouvoir de son adversaire était toujours ça de pris. Le Renard forca un rire, convaincant, avant d'ajouter ;

Parce que ce mercenaire vous a trouvée et contraint à vous terrer pour lécher vos plaies avant même de vous avoir corrigée ? Ce n'est pas le miroir que vous marchandez, c'est votre vie et dans l'immédiat, tout ce que vous entreprenez ou pourrez entreprendre.

Le Gris marcha en direction d'un arbre mort, non loin du bosquet, afin d'arracher une branche sèche, pas trop pourrie, dont il pourrait se servir comme arme. Il allait abréger les choses. Pendant ce temps, le sourire de l'imposteur s'était durci ;

Tu n'as pas la moindre idée de ce dont tu parles. L'arrogance s'ajoute à tes défauts cher petit "Louis".

Pff... Nedru soupira. Un craquement sec précipita une branche dans sa main, cassée dans un angle assez aigu pour en être presque tranchant. Armé de ce sabre de pacotille, Nedru entreprit de déboiser le bosquet sous lequel l'imposteur était caché. Il simula des gestes fades, faisant la moue, comme s'il s'adonnait à la tâche sans y mettre de force (qu'il exploitait en réalité au maximum). Le végétal ne résisterait certainement pas plus de trois minutes sous pareil traitement. Quoiqu'en on pense, l'analyste était vraiment devenu fort.

Mais un « Au revoir » s'annonça soudain, permettant au londonien de se mettre en garde. Un gant de boxe massif traversa le buisson, déchirant ce dernier avec une efficacité exemplaire, frôlant le brun d'un peu trop prêt. Nedru glissa en arrière pour anticiper plus précisément les suivants. La cadence était moins rapide que prévue ; chaque déflagration trouait l'air avec une violence inouïe, obligeant Alice à lutter contre la puissance du recul avant de l'ajuster à nouveau, permettant à son adversaire de se décaler sur la gauche après chaque coup. Etant donné le caractère spongieux de l'endroit, la majeure partie de sa palette d'esquives était inexploitable et le refuge de l'imposteur était encore loin d'être suffisamment déchiré. Ce plan était probablement un brin douteux...

Un gant hors rythme, tiré juste après un précédent, percuta son bas ventre avec une violence inouÏe. Cinq centimètres plus bas et c'était fini pour lui. Il devait se montrer plus prudent.
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Lun 28 Sep 2015 - 20:38

L'esprit d'Alice frémissait d'une multitude bavarde de sentiments contraires. Colère, rage, frustration, impuissance, tristesse, désespoir, détermination, indignation, douleur et tant d'autres, apportaient leur contribution, leurs couleurs et leurs symphonies à cette partition dissonante que menait sa réflexion silencieuse face à Hisèn. L'entendait-il ? Peut-être pas, mais il le savait. Elle partait toujours du principe que, d'une façon ou d'une autre, il savait toujours tout, surtout ce qu'elle pensait et ressentait. Pourtant, il lui semblait cette fois qu'il n'avait pas tout prévu. Consciemment ou non, il avait laissé beaucoup de trous dans son plan. Certes, sans son réveil inopiné, tout aurait été plus facile pour la créature. Cependant, il semblait même ignorer comment fonctionner exactement l'objet qu'il avait utilisé sur elle et sur lui-même. A la manière d'un enfant qui veut tout de suite étrenner son nouveau jouet un soir de Noël, sans mettre les piles et sans lire la notice, Hisèn agissait avec une précipitation presque candide qui ne lui ressemblait pas et qui en devenait d'autant plus inquiétante.

Une ultime pirouette sentimentale retomba lourdement face à la dernière phrase du brumeux, avant que le pesant silence de ces ténèbres oppressants ne s'écrase avec brutalité dans l'horizon à la fois proche et lointain du miroir. C'était une sensation étrange, que de sentir ses pensées se recroqueviller, se rouler en boule comme un animal blessé qui gémit en léchant des plaies qu'il est tout à fait incapable de guérir tout seul. C'est moins douloureux qu'on ne le croit, c'est calme, c'est monter, monter encore et encore, toucher le sommet, qui précède la chute dans un abrutissement total et le silence qui suit un dernier chuintement spirituel.

On ne pense pas aux autres, quand on s'apprête à disparaître. On s'enroule autour de soi-même, on laisse l'engourdissement saisir un à un chaque parasite, grésillement incertain tout au fond du cours naturel de notre réflexion constante. C'est étrange d'entendre le silence, d'en écouter sans en saisir la parfaite signification mortuaire, la peur s'inhibe et se perd avec tout le reste, plonge et se noie dans la pâte abyssale du fond du fond.

Pourtant, ce fut un autre qui pourfendit d'une main blanche les ombres gluantes qui l'entravaient. Un souvenir vivace, rappelait par nul autre qu'Hisèn. Aussi vieux et profond que le trou dans lequel elle se noyait. D'abord brouillon, les contours gagnèrent en netteté alors qu'elle se relevait. Un visage, une silhouette pâle qu'elle imaginait et rappelait à elle peu à peu. La bouée qu'elle avait laissé dans le monde réel et à Dreamland, en plus de GreyFox, mais la seule qui comptait vraiment à ses yeux : un vieux souvenir auquel s'accrocher.

Sur fond noir, son ami se tenait devant elle, oscillant entre l'enfant, l'adolescent et l'adulte qu'elle connaissait à peine. Les éléments se mélangeaient et se brouillaient de façon grotesques et absurdes, sans pour autant l'effrayer. Calvin bien que d'un an son cadet, avait toujours été beaucoup plus grand qu'elle, l'écart en taille et en poids s'était juste creusé avec les années. Il l'avait aimée comme on aime une amie d'enfance un peu plus âgée, qu'on croit aimer comme un homme aime une femme, alors qu'ils étaient à peine pubère et qu'elle-même donnait toujours cette impression juvénile d'enfant chétive.

C'était sans doute déjà un peu trop pour elle, ses discours de preux chevalier qui vous sauvent et vous suivent toute votre vie durant l'avait effrayée au plus profond de son cœur. Combien de fille aurait voulu voir cette adorable tête blonde, ces yeux verts qui hésitaient dans les frissonnement d'un corps qui grandit trop vite et rougit assez pour ne pas laisser de place au doute ? Mais pas elle. Elle voulait être seule, que surtout rien ne change ni ne bouge. Quand les sentiments évoluaient c'était toujours pour le pire, vers quelques choses de douloureux, qui ronge et détruit. Alors elle avait fui et fui, encore, toujours plus, jusqu'à Dreamland, jusqu'à y retrouver Calvin, adulte.

Boucle ironique qui s'achevait là, devant l'image blanche et finalement stable du jeune homme, faible ombre brillant dans l'obscurité, petit espoir si elle réussissait, si elle échouait. Amusant, comme elle n'aurait jamais pensé associé son ami avec l'adjectif "petit".

L'image du blond s'évapora, redevint flou, puis changea, laissant bientôt derrière elle une porte, au dessus duquel brillaient en grésillant sur fond vert les lettres "EXIT".
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Lun 28 Sep 2015 - 21:33

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on ne pouvait pas taxer son adversaire de maladresse. La précision de ses tirs et la capacité de ces derniers à viser précisément des points que Nedru n'arriverait pas à protéger rapidement ou efficacement était plus que remarquable. Cela dit, l'imposteur ignorait certainement tout du fonctionnement du pouvoir du londonien et ignorait donc que le caractère systématique de se stratégie permettait de feindre et d'anticiper avec plus de facilité que contre un tireur moins habile... Paradoxalement, c'étaient les tirs hasardeux, ratés par le puissant recul de l'arme, qui redonnait l'avantage à la jeune femme en robe, sous son dôme de branchages à demi détruit.

Et bien que le Renard Gris soit un Voyageur leste des plus difficiles à frapper -une spécialité acquise au prix d'une certaine incapacité à blesser- il n'était pas non plus infatiguable, loin s'en faut.

Finalement, vint le moment que Nedru attendait. Un tir qui ne lui avait pas fait quitter son pied d'appui -le gauche- et qu'il avait pu esquiver sans compromettre sa position. Mieux ; il pouvait attaquer dans le même temps. Tout se jouait à cet instant, dans un temps trop court pour le compter. Elle n'aurait pas le temps de tirer, pas tout de suite. Le Gris sauta littéralement sur le bosquet, les deux pieds en avant, son baton dressé et prêt à frapper. Le bois craqua sous ses pieds, l'abri de la fausse Alice s'éparpillant sur son corps meurtris en une pluie végétale.


Bonjour !

Un nouveau pistolet fit son apparition dans la main tendue de la jeune femme, tout sourire. La salope ! Un gant de boxe fila vers son plexus exposé et dans une ultime parade, le baton du londonien se brisa. Nedru se jeta sur sa proie désormais à portée de bras et lui planta sauvagement l'éclat de bois dans l'épaule.

Un cri épouvantable marqua le début d'une lutte sauvage. Les pouvoirs des deux Voyageurs étant devenus peu utiles dans cette mêlée, chacun usait de ses poings, de ses coudes ou des genoux pour frapper, gifler, griffer, tordre ou étrangler. Ils avaient utilisé la même tactique ; assaillir de coups l'adversaire sans se ménager dès le début. Mais comme les deux tinrent bon, une lutte anonante se poursuivait au milieu de la boue.

Mais la fausse Alice finirait par perdre, c'était inévitable. Elle ne pouvait pas protéger le miroir éternellement tout en luttant contre un Gris supérieur physiquement, contre la perte de sang de ses pieds et de son épaule. Et bien que dotée d'une énergie effroyable, d'une puissance et une volonté animale, après avoir brisé trois doigts du Gris dans une torsion folle, elle lâcha finalement son trophée dans un hurlement lorsque Nedru planta sa mâchoire dans son poignet, bien déterminé à lui sectionner un ou deux tendons au passage. L'autre main chercha ses yeux, les ongles prêt à crever les globes occulaire du fou qui le mordait à s'en décrocher les dents.
L'analyste sentit son œil droit se couvrit d'un voile écarlate, mais la douleur ne fut pas aussi terrible qu'escomptée ; ils étaient chacun couverts de plaies depuis un moment et leurs sensations étaient noyées dans un océan de fatigue, les cœurs battant à en rompre la cage thoracique, l'haleine courte.

Récupérant d'une main le miroir tombé à terre, Nedru parvint à se dégager d'une vague roulade accompagnée d'un coup de semelle dans les doigts tendus qui s'apprêtaient à se jeter sur lui. Cet adversaire était beaucoup trop coriace, il n'arriverait pas à l'achever pour de bon... Sans compter que ce corps était celui de la Voyageuse en théorie. Sans doute valait-il mieux éviter de la tuer... Ce choix convenait très bien au londonien qui glissa l'objet dans sa poche tout en s'échappant, titubant dans le marécage en évitant de s'exposer à des tirs de gant de boxe... Qui ne vinrent jamais.

Gagné ? Non, impossible que l'imposteur en reste là ! C'était lui qui serait traqué, désormais. Nedru savait qu'il ne devait pas s'arrêter, sous peine de ne plus jamais réussir à continuer. Il tenta de contenir le sang qui lui coulait sur le visage tout en cherchant une cadence appropriée pour jeter ses pieds l'un derrière l'autre sans tomber.

Et maintenant, il fallait qu'il trouve une solution pour libérer le PetitLapinBlanc.
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Lun 28 Sep 2015 - 22:38

Elle était blanche, chambranle gris, poignet générique en plastique recourbée jusqu'au battant. Au dessus, la signalétique d'une sortie de secours jouxtait le bras du système de fermeture automatique. Alice n'aurait pu imaginer porte plus approprié et en même temps plus laide que celle qui se dressait là.

Elle la regarda sous tous les angles, la fit pivoter, l'ouvrit, la referma. Encore et encore ce n'était que vide ; vide d'intérêt et vide de solution. Pourtant et sans qu'elle puisse se l'expliquer, elle sentait que ça fonctionnait, qu'elle tenait le problème par le bon bout. En attendant, elle savait qu'elle devait tenir sa pensée stable autour de cette sortie, la gardait nette, précise, parfaitement semblable à chaque seconde. C'était déjà une gageur en soit, mais il fallait en plus qu'elle continue de réfléchir, qu'elle continue à chercher pour trouver la prochaine étape. Il manquait autre chose, quelque chose en plus, mais quoi ?

Tenant fermement l'image de la porte dans un coin de son esprit, elle monopolisa ce qu'elle pouvait pour réfléchir. Si elle avait encore eu une tête, elle aurait sans doute pu dire que c'était douloureux, en l'occurrence la douleur n'aurait su décrire le sentiment de pure fatigue mentale qui commençait doucement à grignoter chacune de ses pensées. Dans les "faits" elle pouvait sentir l'obscurité gagner en densité, en présence autour d'elle, crépitant presque autour du rectangle claire de sa sortie. C'était comme si elle, Alice, prenait de moins en moins de place dans le miroir ou comme si elle sentait enfin le poids que représentait l'immensité compacte des ténèbres ; un gouffre immense, des abysses dont les eaux glacées pesaient sur les ailes de sa réflexion, la tirant en arrière jusqu'à l'arrêt totale.

Qu'est-ce qu'il lui fallait pour sortir ? Premièrement une ouverture ; ce qu'elle s'était constituée. Ensuite, le moyen de l'ouvrir ; ce qu'elle pouvait faire mais ne menait à rien, parce qu'il n'y avait rien derrière. A tâtons, sa raison tremblotant comme un fil tendu sous des doigts suppliciés, elle poussa plus loin l'effort : conjurant l'image du marais dans l'encadrement, aussi fidèle que dans ses souvenirs et même plus encore. Elle passa, repassa la porte, encore et encore, séquence par séquence, passant le chambranle de la sortie qui s'ouvrait sur les brumes poisseuses des marécages, mais rien n'y fit. Elle ne retrouvait que la projection fidèle des lieux qu'elle avait  quitté, pas leur réalité.

Toute son intelligence bourdonnait quand elle referma la porte, presque rageusement. Elle se sentait très mal, sans douleur aucune, mais la pression autour d'elle était plus forte que jamais, écrasante, palpable. Elle avait peur et la peur rendait la concentration encore plus difficile, elle n'avait plus d'idée et n'arrivait plus à penser comme elle le voulait, elle se battait juste pour garder assez de cohérence pour tenir la porte parfaitement stable, mais l'image glissait, glissait dans l'engourdissement fatiguée de ses idées moribondes.


"̫͉̩.̗͙̦͇.̝̩̖̯̗͉͘.̧͓̱ ̣͖̩̪̰͎C̦̲͕̰̙ͅo̡̺͎̫ṟ̜̝̮͖͢ͅp̛̘͚̥͖͍̠s̘͜.͇̱̖.̟͎̤̯̺̪̕.̩ͅ ̜̱͟R͍̺̙̝̣͉̯e̝̝̗̩̬f̨̰̙̞̼l͍̮̠̪̝͞e̯͖̫̳͕t̫̮̣.̬̦̗.̙̹͜.̯͎̦͖͡"̭̝

Elle tressaillit, manqua de perdre sa concentration, rattrapa l'image de l'ouverture au vol et tint tout son esprit en alerte, immobile. Ce n'était pas la voix d'Hisèn, c'était sûr, ce n'était même pas une voix à proprement parlé. C'était brouillé, grésillant, comme l'écho d'un contact radio à travers une myriade d'interférences, au milieu du bourdonnement constant. Mais deux mots avaient traversé le brouillard, deux mots qui nourrirent sa réflexion, lui redonnant assez de vigueur pour la sauver.

"Le miroir..."

Elle jubilait d'un espoir nouveau, apaisant ses nerfs autant que sa fatigue, elle savait où placer la sortie, où la trouvait. Peut-être que ça ne fonctionnerait, mais elle avait l'intime conviction que ça pouvait marcher et elle en arrivait au point où ça devait marcher.

"Une porte dans le miroir... Enfin, l'image, le reflet d'une ouverture. Une porte de chaque côté !"
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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Lun 28 Sep 2015 - 22:56
 
Nedru ne sentit pas que quelque chose était en train de se produire en lui. Que sa faculté d'analyse s'était lentement lovée autour d'une information nouvelle ; un grésillement, une sorte de bruit blanc qui sonnait en lui depuis qu'il avait glissé l'objet circulaire dans sa poche.

Il ne réalisa pas plus que des bribes d'images et de son permettant de former des mots avaient été soufflés à la présence habitant le miroir.

Mais il entendit une voix ; celle d'une femme qu'il reconnut comme étant celle qui chantait au moment où il avait volé l'objet à l'imposteur quelques heures plus tôt. Sauf que maintenant, les phrases prononcées étaient plus riches en sens ; « Le reflet d'une ouverture. Une porte de chaque côté. » Une chose était sûre à ses yeux ; c'était là la voix de celle dont l'esprit avait été « aspiré » par le miroir (pour reprendre les termes de son premier message).
Parfait ! C'était là le signe qu'il touchait au but. Mieux ; elle était capable de lui apporter une sorte d'aide. Est-ce que c'était un piège ? Improbable.

Quoiqu'il en soit, ce fut un miracle que le Renard soit en mesure de comprendre ce qu'elle voulait dire mais fort heureusement, son pouvoir permettait ce genre de prouesses. Il forma mentalement des phrases dans sa tête, visualisant ces dernières tout en les prononçant distinctement dans son esprit;


Ici GreyFox. Tu as besoin de ça pour sortir de là ? Qu'une porte soit dans le reflet ?

Il y eut un silence, puis il entendit à nouveau la voix dans sa tête, débordante de joie mais manifestement épuisée ; "Tu... Oh ! Merci ! Oui, oui il faut une porte des deux côtés du miroir. Pas forcément une porte bâtie, un passage, une entrée, une cavité naturelle... Ça ira ! On ne peut qu'essayer."

Parfait ! S'ils pouvaient communiquer, les choses seraient certainement bien plus simple. Tout rusé qu'il soit, Nedru ne pouvait pas deviner de but en blanc comment libérer quelqu'un de cet artefact. Pourtant, sa connaissance des maléfices et enchantements était plus développée que bon nombre de ses proches ne puissent le soupçonner ; depuis qu'il avait pris conscience qu'il existait des moyens d'immobiliser des Voyageurs ou des Rêveurs d'une nuit sur l'autre, le Renard était devenu un expert en la matière.
Pourtant, il ne savait rien de sûr concernant les miroirs et autres vols de corps. Si son instinct lui soufflait que le briser ne serait pas une bonne idée, celle proposée par Alice ne manquait pas d'intérêt. C'était toujours plus simple que de trouver un objet aux effets opposés, ou une baguette magique appropriée.

Restait à trouver une porte ou une grotte ici... S'il voulait fuir efficacement (c'est à dire rapidement), il était obligé d'emprunter le chemin inverse à celui de la traque ; c'était la seule façon d'être certain de ne pas se jeter droit dans un cul de sac spongieux. Et s'il était bien certain de quelque chose, c'était de ne pas avoir croisé la moindre trace de telles ouvertures.

Il allait falloir être inventif.Après avoir essuyé le sang sur son visage et constaté que personne ne le suivait de trop près, Nedru grimaça à la vue de ses doigts brisés... Puis s'autorisa un sourire. Avoir des idées n'était pas un problème pour lui. Il jubilait lorsqu'il demanda ;


J'ai peut être une partie de la solution ? Chère Alice, petit lapin blanc, que pensez vous de sortir d'un terrier ?

« Tout me va, je veux juste sortir ! » répondit la voix. A la bonne heure.

L'anatomie des lieux ne se prêtait guère à la présence de tels trous, mais c'était déjà nettement plus simple à trouver qu'une porte. Mieux ; s'il n'en trouvait pas, rien ne l'empêchait d'en faire un lui même. A l'aller, il avait traversé un morceau du marécage surmonté de grands pins secs et ces derniers avaient absorbé une grande partie de l'humidité du sol. Il n'aurait qu'à creuser un peu sous une racine et le tour serait joué ?
Presque. Car l'esprit d'Alice ne devait pas seulement sortir. Il fallait qu'il regagne son corps.

Le moment était on ne peut plus approprié pour recevoir une nouvelle question mentale ; « Où... où est Hisèn ? ». Et l'un dans l'autre, Nedru n'était pas certain de partager l'inquiétude qu'il percevait dans la voix de la jeune femme.

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MessageSujet: Re: [Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister Lun 28 Sep 2015 - 23:24

Quand elle l'entendit répondre, elle se sentit vibrer, frissonner, comme bondissant dans le noir, qui sembla un instant se teinter d'étoiles. Rien de spécial pourtant, au contraire, sa voix  était un peu nasillarde et, même sans le vouloir, elle sonnait sèche, tranchante comme un fin rasoir que l'on devinait effilé. Mais qu'est-ce qu'elle aima cette voix et ces mots, venu de l'ombre comme si c'était ceux du divin.

Son extase fut de courte durée cependant. D'abord parce qu'elle devait désespérément se concentrer sur sa porte. Car bien que la voyageuse puisse la restaurer d'une pensée, elle sentait que moins celle-ci changeait, plus elle faisait "vrai" et plus elle serait effectivement vraie pour le miroir quand elle devrait la passer. Ensuite parce qu'elle gardait en mémoire que si le jeune homme (elle devinait maintenant que c'en était bien un) l'avait retrouvée, Hisèn n'en resterait jamais là et s'apprêtait sans doute à en faire autant. Terrier, palais ou grotte, peu lui importait, elle devait sortir ; elle ne serait soulagée, pensait-elle, qu'une fois réveillée dans son lit, au creux du doux refuge de ses draps duveteux.

Accrochée à ce petit espoir, Alice se reprit. Il lui semblait avoir recouvert quelques forces mentales et, contemplant sa porte, elle réussit à retenir l'engourdissement qui la gagnait ; désormais, il fallait faire vite. Non seulement voulait-elle désespérément rentrer chez elle, mais elle désirait tout autant que son allier providentiel n'ait pas à payer le prix de sa propre erreur. Or, plus le temps passait, et plus ils se mettaient en danger, et si elle saurait vivre avec la culpabilité d'avoir pris, sans le vouloir, la vie d'un voyageur, elle se passerait avec joie de ce poids, à son réveil, s'il avait lieu un jour. Timidement, une question franchie le brouillard trouble de sa réflexion, résonnant dans les ténèbres du miroir en lieu de réponse :


"Et... Est-ce que toi tu vas bien ?"

Elle laissa le silence retomber, planer pendant un moment. Elle se sentait lasse et inquiète, déjà si fatiguée et son intuition lui laissait penser que ni elle, ni Greyfox, ne touchaient encore au but. La peur, l'angoisse et l'attente, que l'incertitude rendait fébrile, amenuisaient peu à peu sa volonté et son esprit combattif. Sans corps pour transmettre son malaise, c'était le peu "d'être" qui lui restait qui souffrait, flottant dans une absence de sensation, dans un état inhumain et terrifiant.

"Je suis... Vraiment désolée... Avais pas le choix." articula-t-elle avec peine

Encore un peu de temps, un peu de foi, un peu de tout ce qui lui restait ; pas grand chose en somme. En derniers mots, on avait vu mieux qu'un demi-mensonge de circonstance. Désolée, désolée ; des excuses envers qui ? Elle ou lui ? Un peu des deux, ni l'un ni l'autre ; dans ces moments, on ne ressent que pour soi-même et on ne pense qu'à soi. Comment pourrait-elle penser à autre chose ? Puisqu'elle est tout ce qui lui reste. La porte, la voix lointaine de son guide vulpin, tout cela vient d'elle et de la façon dont elle gère l'interface du miroir, l'écran qui lui permet de communiquer, avec elle-même et avec ce qui importe. Tout passe par lui : le problème, les moyens et la solution.
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[Quête : PV Nedru Etol] Le prix pour exister

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