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Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours)

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MessageSujet: Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours) Mar 26 Mai 2015 - 15:53
Le soleil brillait haut et fort dans le ciel, ce qui était courant au Royaume Agoraphobe où l’essence même des lieux se refusait au concept de l’enfermement. Dans le même ordre d’idée les vents parcourant le royaume étaient forts et stables dû à l’absence de forêts ou de montagnes. Peut-être bien que toutes ces constances météorologiques n’étaient pas dû au fait qu’ils se passaient dans le royaume représentant les grands espaces dans le sens ouvert du terme mais que ledit royaume se trouvait sous un anti-cyclone ou un autre phénomène climatique ayant le même effet. Seulement la preuve n’en sera jamais apporté car aucune carte météo (entendez là « aucune carte météo sérieuse») n’avait été faîte pour Dreamland. Clem se demandait à quel degré de folie il fallait devoir se trouver pour se lancer dans une pareille entreprise.

Habituellement, l’agoraphobe préférait penser à autre chose, quelques sujets plus valorisant pour l’esprit (parisien par essence, Clem s’intéressait à la météo locale avec autant d’intensité qu’aux chutes de météores sur Mercure: ça ne le touchait pas), seulement ces derniers temps il n’arrivait pas à se concentrer précisément ou plutôt il n’arrivait pas à se concentrer précisément depuis qu’il avait rencontré Narr et surtout, depuis que ce dernier lui avait parlé d’Hélène.

Enfin, « parlé", c’était vite dit, le voyageur l’avait certes mentionné mais à Hyldren, alors que leur peau respective était en jeu, ils n’avaient pas eu le temps d’avoir une conversation approfondie. C’était pour palier à cela que Clem avait invité le voyageur à le rejoindre dans son royaume (tout en ayant prévenu les autorités compétentes, histoire que le voyageur de la rouille ne soit pas transformé en petits cubes dès son arrivé).

Dire que l’agoraphobe était curieux d’apprendre ce que Narr aurait à lui dire tenait de l’euphémisme aux égard du sujet traité : pour Clem, Hélène était morte et enterrée, littéralement (enfin il aussi littéralement qu’il était possible avec une personne se changeant en fumée à sa mort comme tout voyageur : elle s’était tout de même pris un métro sur la tête). Mais juste avant ça, la voyageuse avait piqué une sorte de crise froide et avait tenté de le tuer et encore avant ça ladite voyageuse lui avait sauvé la vie et aidé à survivre à l’une des pires nuits que Clem avait eu à vivre à Dreamland. Son avis à propos de la morpheuse acide était donc compliqué et contradictoire à cause de ces faits et il comptait bien sur les informations de Narr pour s’en faire une nouvelle si tant est que lesdites informations seraient à même de lui faire réviser son jugement.

En théorie, Narr ne risquait rien à entrer dans le royaume agoraphobe qui n’acceptait pas habituellement le tourisme mais en tant qu’invité de Clem, tout devrait bien se passer. Le seul danger que courait le voyageur serait de croiser Héliée et alors là tout serait possible, le seigneur agoraphobique étant aussi lunatique qu’imprévisible, Clem avait préféré préciser à Narr qu’ils se retrouveraient dans la place centrale de la capitale du royaume. La cité abritant ladite place était certes immense et densément peuplé, au moins Héliée et les autres voyageurs de son armée s’y rendait rarement. L’agoraphobe s’y était rendu en hauteur, sur un des toits bordant la place afin de repérer plus facilement son invité quand il s’y rendrait. Au vu de la foule présent sur quasiment toutes les places publiques de la ville, lui et Narr auraient peu de chance de se croiser s’ils étaient tous les deux au niveau du sol. Perché comme il l’était, l’agoraphobe pouvait mieux voir et être mieux vu. Il ne restait plus qu’à attendre.

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MessageSujet: Re: Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours) Ven 29 Mai 2015 - 8:59








Au milieu de cet essaim de gens, je me sens amputé de mes jambes. Je joue des coudes et des épaules afin de me frayer un chemin à travers les nuées. Sans accorder d'importances aux regards inquisiteurs des autochtones, je progresse. Paris m'a déjà fait aux piétinements et à cette proximité outrageuse entre les manants des places publiques. Ici, il fallait l'admettre, on battait les records de densité. Soudain, une éclaircie perca cette marée humaine. Une escadrille d'hommes en armes creusait la foule comme une volée d'étourneaux. Ils patrouillaient et je ne prêtais pas plus d'attention à leur routine. J'allais reprendre mon chemin lorsque, de force, on me fit faire demi tour sur moi même.

" - Narr Rost?" S'enquérait un des chiens.

Je scrutais sa silhouette, sculptait dans mon esprit cette masse statuaire qui, avec le seul poids de sa main, me dominait. Je lui tins un regard morne, dur, dénué d'insolence. Et me débarrassait de sa main en me dérobant. Faire le singe n'est pas un de mes vices.

" - Je cherche Clem Free."
" - On nous a prévenu de votre arrivée. Il vous attend sur la place du forum." Se contenta-t-il d'expliquer avec toute la mollesse martiale que l'on attendrait de ce type de figure.

Je pu me frayer un chemin dans leur sillage. Ils m'escortèrent au lieu dit où la concentration citadine se faisait plus asphyxiante que jamais. Leur devoir accompli, ils reprirent leur tour. Je demeurais un long instant à contempler les reflux des habitants, comme un énorme manège dont je voulais à tout prix éviter la spirale. Le surnombre ne m'affectait pas d'ordinaire, mais je ne pu réprimer cette nausée qui se mit à courir le long de ma gorge, comme un chat qui gronde. A l'évidence, je ne parviendrais pas à trouver le voyageur roux dans le troupeau. Je mis plus de virulence à dégager mon chemin. Faisant abstraction des râles des masses. Je préférais me revenir aux dernières images d'Hyldren, de l'urgence avec laquelle on s'était convenu de ce rendez-vous. Quelle aubaine que ce rêve m'ait précipité à la rencontre de l'un des frères Free. Comme si quelque chose au dessus nous poussait à dépasser les limites du temps pour régler cette histoire.

Hissé sur le haut d'une fontaine, je balayais la place avec des yeux rapaces. Ce fit finalement un éclair de couleur vive tenue sur une terrasse surélevée qui retint mon attention. De là, nos regards se croisèrent. Sans plus de cérémonie, je calculais la distance qui nous séparait en sondant les sous-sols. Peu de fer ici, sauf cette imposante masse de bronze aux formes que je n'arrivais pas à bien identifier. Je m'appliquais à jouer sur l'attraction exercée par mon don. C'était encore un processus assez précaire pour moi et je sentais ma concentration encore fragile. Une fois que le site se mit à trembler, la foule réagit assez vite et chercha refuge sous des arcades. Tous ne s'étaient pas abrités quand cette statue de bronze surgit sous mes pieds. Explosant une partie de la fontaine, je jaillis avec l'eau et l'antiquité loin dans le ciel. Je décrivais une hyperbole dans l'air, droit vers les toits. Quand l'air se mit à freiner ma descente, mon coeur se mit à battre aussi vite que les ailes d'un colibri, je ne calculais rien et je manquais de m'écraser contre la rambarde. Je tâchais d'écarter les bras pour ralentir ma chute et me réceptionnais, avec un soulagement tout relatif, contre un lierre. Mes mains balbutièrent à l'instant où je dus m'emparer du large tronc. Je n'avais pas remarqué qu'une poignée de feuilles s'étaient logées dans ma bouche quand j'entamais mon escalade.

Parvenu à me hisser sur le toit, j'enjambais la barrière et retrouvais Clem.

" - Je réparerais ça plus tard."

Une fois en sûreté, je m'emparais de mon paquet de cigarette, ma main tremblait malgré moi. Je gardais mes yeux rivés sur ces dernières comme pour leur intimer le calme.

" - Mon royaume paie pas de mine comparé à celui-là... T'as déjà fais un tour à la décharge ? Vous avez rien à envier à l'accueil des locaux..."

De là, clope au bec, je tendais mon paquet au garçon. J'avais remarqué qu'on partageait ce vice à Hyldren. Une autre manière de revenir à la discussion avortée dès lors.

" - Navré, mais quand j'ai passé ton bonjour à Hélène... Elle a mimé la sourde..."


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MessageSujet: Re: Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours) Sam 30 Mai 2015 - 0:21
Assez vite, Clem repéra le voyageur de la rouille dans la foule en contrebas, non pas parce l’agoraphobe était doté d’une vision d’aigle mais parce que le voyageur de la rouille avait également eut la même idée que lui : à savoir se trouver un perchoir et s’en servir comme d’un point d’observation ; ici une fontaine. Le voyageur roux croisa le regard de Narr (roux aussi) et se demanda comment se dernier comptait faire pour le rejoindre. Un instant Clem fut tenté d’user de son pouvoir afin de réunir leurs deux positions en une seule et ainsi récupérer son invité sans coup férir mais il fut retint par la concentration apparente dudit invité. Selon toute évidence, ce dernier était en train de concentrer son pouvoir et de s’en servir afin de rejoindre rapidement l’agoraphobe sans risquer de passer par la cohue galopante.

Une tentative plus ou moins réussie de vol parabolique plus tard et les deux voyageurs étaient réunis. Un soupçon d’art moderne régnait à présent sur la grande place au même titre qu’une fontaine éventré par une statue d’airain.

" - Je réparerais ça plus tard."
Clem haussa les épaules.
-J’aime bien comme ça ; ça fait plus désordonné. L’ancienne place était un peu trop symétrique à mon goût. » De ce fait, avec cette déco un peu spécial et surtout, une foule curieusement absente de son point d’apparition, la place trouvait grâce aux yeux de l’agoraphobe. Le même phénomène trouvait un écho dans l’avis que l’agoraphobe se faisait de Narr. Le caustique mélange d’insouciance et de danger que ce dernier dégageait avait déjà suscité chez Clem un intérêt pour le voyageur de la rouille la première fois qu’il l’avait rencontré. L’agoraphobe trouvait, de façon assez curieuse, agréable le fait de côtoyer des gens radicalement différents de lui. Le saut assez fou que venait de tenter Narr ne faisait que confirmer la bonne impression qu’il avait eut à Hyldren.

" - Mon royaume paie pas de mine comparé à celui-là... T'as déjà fais un tour à la décharge ? Vous avez rien à envier à l'accueil des locaux..."

Clem accepta avec plaisir la cigarette que lui tendait le voyageur et commença à la tirer. La première bouffée était toujours la plus dégueulasse, l’agoraphobe ne fumait qu’à Dreamland et devait donc réhabituer le goût du tabac à son corps chaque nuit. L’avantage était que les chances de développer un cancer dans le monde réel rejoignaient celui du plus sobre des bédouins.

« Considère toi comme chanceux, la guerre aidant on a plutôt tendance à brûler les inconnus par ici. Naturellement j’ai donné ton signalement pour qu’on te laisse tranquille, je n’avais pas envie de te récupérer sur un bûcher. » Clem sauta l’allusion que Narr avait fait de son royaume, il en savait assez sur ce dernier pour savoir qu'il était tout sauf touristique.

" - Navré, mais quand j'ai passé ton bonjour à Hélène... Elle a mimé la sourde..."

Au point final, plusieurs alarmes dans la tête de Clem se mirent en branle. Principalement parce qu’il ne savait pas comment réagir à la dernière phrase de son interlocuteur. Soit Narr avait tenté une blague, soit il était encore trop novice à Dreamland pour comprendre à quel point sa formulation pouvait apparaître comme cryptique –si ce n’était un mélange des deux. Hélène faisant mine d’ignorer l’agoraphobe était une information pouvant être interprétée de différentes manières. Elle pouvait avoir gardé rancune contre le rouquin par rapport à leur combat dans le métro, ce que Clem expliquait difficilement dans le sens où il avait déjà du mal à expliquer pourquoi ils avaient dû s’affronter. Elle pouvait également être morte sur Dreamland et Narr avait tenté de discuter avec la rêveuse qu’elle était devenue, ce qui aboutissait très rarement à des dialogues cohérents, voir à des dialogues tout court.

Quoi qu’il en était, Clem tenta de ne pas se laisser décontenancer par cette histoire de refus de contact mais répondit tout de même d’un ton d’où on pouvait commencer à percevoir de l’inquiétude :

« Une idée du pourquoi elle a réagi comme ça ? Comment va-t-elle d’ailleurs ? »

Rétrospectivement, si Clem avait su la réponse à sa question, il l’aurait à coup sûr posé d’une autre manière. S’il avait longtemps cru Hélène morte -à Dreamland, sa rencontre avec Narr à Hyldren et le fait qu’il avait mentionné la voyageuse avait poussé l’agoraphobe à faire des recherches à son sujet. Grâce à la banque d’information dont disposait le royaume d’Héliée, il avait rapidement apprit, avec le choc que cela faisait, qu’Hélène avait survécut à leur nuit dans le métro. Assez déboussolé pour l’occasion, ses recherches l’avaient également conduit à se renseigner sur Dislok, le seigneur d’Hélène et Narr et celui-ci ne remontait pas la moyenne question seigneur cauchemar qui jouait les enculés de service. Les services de renseignement agoraphobique déconseillaient fortement tout contact avec le seigneur des déchets et les voyageurs de ce dernier étaient les personnes les plus malchanceuses que Clem connaissait ; à titre de comparaison, Héliée s’occupait de ses voyageurs même si cela leur était bénéfique de façon générale. Au cas par cas on devait parfois sortir la pelle et fermer les yeux.

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MessageSujet: Re: Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours) Mer 3 Juin 2015 - 19:07








Rassuré des précautions que Clem avait prit pour moi, je regardais d'un oeil serein la ruine qui trônait, siamoise à la fontaine. Les stridulations de la foule eurent pour don de m'éloigner de moi même. Ce que ça pouvait être puissant la rumeur. Et simplement pour montrer signe de vie dans la conversation, je me contentais d'un "Mmh." Je me doutais que Clem ne s’inquiéterait pas de mes silences prolongés. C'était une intuition avec toute la valeur que cela pouvait contenir. J'accordais peu de foi à tous mes choix, ça gardait les surprises authentiques.

T'as l'air d'avoir à peu près l'âge d'Hélene, j'en ai un de moins et j'avoue ne me sentir que très peu réduits entre vous deux, seulement par la quantité de temps qui a limé votre regard à tous les deux. Sur toi c'est plus évident encore. J'ignore tout ce qui peut nous passer dessus après plusieurs années dans Dreamland. Mais si les nuits comme à Hyldren jalonnent votre quotidien, rien ne m'étonne dans tes yeux prudents et assurés. Je prends le luxe de quelques secondes en suspend encore et tire sur ma cigarette. Une fesse posée contre la rembarde, je tourne le dos à l'agora.

" - Je vis avec elle actuellement. Un petit appartement dans Paris, ça se passait bien. " panache de fumée, tête renversée vers le ciel. " Puis l'autre nuit, je me suis trouvé à ses côtés, là bas, à la décharge. C'était plus la même. Elle allait accomplir la volonté de son patron, là, sans condition, pas de compromis, elle allait me trépasser. " Des images qui défilent et qui ne me procurent plus d'effroi désormais, aucun. Ça se sent dans ma voix taciturne. " J'ai survécu, pas elle. Dislok a voulu achever son travail... J'ai de la chance de ne jamais mettre mon portable en silencieux. Mais je n'aurais pas cru que ça aurait été pour me secourir un jour moi-même."

La fumée se fraya un chemin par mes naseaux, mes épaules s'affaissèrent. Je relevais ma nuque pour regarder l'agoraphobe. Embrasser du regard une silhouette dans sa globalité, ne pas s'ancrer sur un détail.

" - "Va chercher les Free. Tuez Dislok", c'est la seule notice qu'elle m'ait laissé."

HRP:
 


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MessageSujet: Re: Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours) Jeu 4 Juin 2015 - 11:32
Clem s’attendait à une mauvaise nouvelle, bien que la dernière phrase de Narr était cryptique, elle avait peu d’explications, et aucune ne voulait signifier une bonne chose. Il y avait aussi le fait même que le Narr tournait autour du pot : soit c’était dans sa nature, soit il le faisait volontairement car son récit n’était pas de ceux qui était facile à raconter.

" - Je vis avec elle actuellement. Un petit appartement dans Paris, ça se passait bien. "

Tout de suite, Clem notait l’usage de l’imparfait à la fin de sa phrase. N’importe qui l’aurait fait, cela ne présageait rien de bon.

" Puis l'autre nuit, je me suis trouvé à ses côtés, là bas, à la décharge. C'était plus la même. Elle allait accomplir la volonté de son patron, là, sans condition, pas de compromis, elle allait me trépasser.
J'ai survécu, pas elle. Dislok a voulu achever son travail... J'ai de la chance de ne jamais mettre mon portable en silencieux. Mais je n'aurais pas cru que ça aurait été pour me secourir un jour moi-même."


Clem écouta l’histoire sans faillir, ou presque. À la lueur des dernières phrases de Narr et de ce qu’elles signifiaient, Clem sentit sa clope se faire broyer sous dents. Devenue inutilisable, il la reprit et termina de la poudroyer avec son poing, qu’il garda fermé. Le choc causé par la nouvelle du décès d’Hélène était difficile à définir. Pour Clem, elle n’était pas une amie, à peine une connaissance. le rare temps qu’ils avaient passé ensemble, ils ne l’avaient pas utilisé à faire connaissance mais à tromper la mort côte à côte. Ce qui sertissait leur relation d’une valeur à laquelle Clem ne parvenait pas à mettre un nom. Malgré la crise que la voyageuse avait eu à la fin de leur cauchemars dans le métro, l’agoraphobe considérait qu’il devait sa vie de voyageur à Hélène. Savoir qu’elle avait perdu la sienne ne le rendait pas triste mais un sentiment brutal lui compressait les entrailles. Comme ce que pouvait ressentir un ingénue face à une injustice criante. Quelque part au fond de lui montait la conviction qu’il devait venger la mémoire d’Hélène ; ou l’honorer, ou quoi que ce soit qui puisse lui rendre justice.

Le temps d’un court moment, Clem se demanda si tuer Narr, maintenant, tout de suite, suffirait. L’agoraphobe était une peur touchant jusqu’à quatre pourcent de la population mondiale et le voyageur de la rouille était en plein milieu de son royaume onirique. Clem n’avait qu’une phrase à dire et Narr ne passerait pas la nuit. Mais l’agoraphobe ne voulait pas agir sur le moment, surtout qu’il lui manquait des informations et qu’il n’avait pas encore fini de traiter toutes celle qu’il avait. Prosaïquement, son sentiment à propos de Narr reposait sur la dernière phrase qu’il donnait à Hélène. Le fait qu’elle ait transmise ses dernières volontés au voyageur voulait dire qu’elle ne souhaitait pas le voir mourir et donc que Clem ne rendrait pas hommage à la voyageuse en l’attaquant. À moins que Narr ait anticipé l’avis de l’agoraphobe sur la question et qu’il mentait effrontément afin de sauver les apparences. Pour une raison inconnue, Clem ne voyait pas le voyageur mentir, peut-être parce que ce dernier était brut de décoffrage en ce qui concernait tous les autres aspects de sa personnalité. Clem choisissait de le croire, pour le moment. Mais il lui fallait plus de détails, il avait besoin de ça pour décider de la marche à suivre. D’un ton rendu hésitant par ces tripes empoigner par l’histoire de Narr :

« Et pourquoi aurait-elle dit ça à son… pourquoi elle t’aurais dit ça ? Qu’est-ce qui c’est passé exactement ?

Clem espérait que son changement de ton allait faire comprendre à Narr qu’il vaudrait mieux pour ce dernier de tracer droit dans sa réponse, qu’il allait comprendre que l’agoraphobe avait besoin de détail pour assimiler cet événement, pour décider comment il devrait le prendre, en bref, pour l’aider à faire le deuil.

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MessageSujet: Re: Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours) Dim 7 Juin 2015 - 11:44







Délesté du message d'Hélène, je dérobais mon regard à la pesanteur de la conversation. Je te vis broyer ta cigarette au creux de ton poing. Un geste qui me rappelait cet autre type combattu une nuit. Je doutais que Clem soit doué d'une férocité aussi dure que cette rencontre passée mais la récurrence de ce qu'on pouvait prendre comme une menace n'alla pas sans me faire effet. De donner des cigarettes systématiquement anéanties me fait me sentir de trop dans ce monde. Et de là je rebondissais sur le souvenir de cette conversation dans le métro, celle la même qui me fit cerner la vanité de Dreamland, et surtout celle de mon irruption dans ce dernier.  J'ignore tout de ce qui a motivé Hélène à m'envoyer auprès de ces deux frères et de ce qu'ils avaient pu partager avant son isolement. Le ton de la question qui tombait du bout des lèvres de l'agoraphobe ne portait pas les signes du deuil ou de quelconque tristesse. Peut-être parce l'idée de la mort n'était pas quelque chose d'aussi absolu que dans notre monde et qu'on s'y faisait mieux. Non, ça n'est pas comme ça qu'un humain manifesterait la perte de quelqu'un de cher, définitive ou pas. Un voile plus opaque encore s'invitait sur cette affaire.

" - Pourquoi elle aurait demandé ça à un type comme moi ? " Court silence. Je dévoile ma dentition étrange en ouvrant un sourire forcé par l'impuissance. " Elle l'aurait dit à n'importe qui, suspendue au dessus du vide. Elle a choisit son moment et je me trouvais là."

Ma voix retombait sur une note doucereuse. Je m'ôtais de la rambarde après avoir jeté mon mégot par dessus. Dans l'intention de partir. J'avais cru, avant que la fille ne se laisse tomber, à un moment de grâce. J'avais cru lire dans ses yeux une lucidité nouvelle, regagnée de conserve avec la liberté. Mais j'avais été naïf. Elle n'avait fait que laisser éclater un élan d'égoïsme pour tâcher de tracer des marques dans l'histoire, se faire une postérité à Dreamland. Que je sois conduis seulement par sa mémoire le jour où je rencontrerais à nouveau Dislok, avec les Free. Seul, ça n'avait pas la même résonance. Du peu que j'avais pu glaner concernant ces deux voyageurs me suffit rien que par la facilité avec laquelle ce nom là éveillait les consciences. De la fausse modestie, c'est tout ce que renfermait sa dernière volonté.

" - Ca ne fait pas beaucoup sens pour moi. Mais c'est la seule chose pour laquelle j'ai pu me rendre utile en devenant voyageur. Enfin c'est ce que je pensais jusque là. Maintenant que c'est chose faite, j'aimerais bien retrouver le sommeil..."


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MessageSujet: Re: Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours) Dim 7 Juin 2015 - 23:47
Les derniers renseignements de Narr permirent à Clem de compléter le tableau concernant l’affrontement entre Hélène et le nouveau voyageur de Dislok. Bien qu’il ne se sentait absolument pas d’humeur à reconstituer les dernières pièces de puzzle constituant la mort de la voyageuse acide, son cerveau fit l’assemblage tout seul. Il pouvait presque voir la scène maintenant. le combat à mort, la presque-chute de la voyageuse qui comprenait qu’elle vivait là sa dernière minute en tant que voyageuse et sa phrase ultime, destinée à orchestrer un derier grand coup avant de tirer sa révérence. C’était là habituellement quelque chose que l’on voyait au cinéma et qui pouvait sembler passablement incohérent étant donné le futur trépas dont fera l’objet le possesseur de la phrase mais la manœuvre faisait sens à Dreamland. Vu le dernier  ordre d’Hélène, il était facile d’imaginer les sentiments qu’elle pouvait avoir vis-à-vis de son seigneur, et si la moitié des choses que Clem avait lu sur Dislok étaient vraies, il comprenait pourquoi la voyageuse souhaiterais sa mort. Étant donné qu’un voyageur mort pouvait réapparaître dans Dreamland, que ce soit sous la forme d’un rêveur ou même d’un voyageur, perdre son statut de voyageuse n’offrait pas à Hélène une protection suffisante contre le seigneur de la Décharge.

Bien qu’elle soit toujours en vie dans le monde réel, Hélène avait perdue ses souvenirs onirique en même temps qu’elle avait décédé à Dreamland. Toute la personne qui s’était construite à travers ses aventures, ses expériences, avait disparu. De par bien des manières, cette définition était celle de la mort d’une personne. Et même si Clem avait du mal à ressentir le chagrin habituellement causé par décès en bonne et due forme, un vague-à-l’âme s’emparaissait  de lui à chaque fois qu’il pensait à la voyageuse au masque à gaz, un peu comme s’il avait déjà assimilé le deuil à grande vitesse mais tout en étant resté égratigné par lui. Sa décision était définitivement prise, il allait suivre la demande d’Hélène et tuer Dislok, ou tout du moins œuvrer un maximum dans la mort de ce dernier.

Après que Narr lui avait vite parlé de la voyageuse à Hyldren, Clem s’était attelé à rassembler un maximum d’information sur Hélène au travers du site Internet des agoraphobes qui était la représentation du monde réel de l’immense réseau d’information dont disposait le royaume. L’élément qui avait particulièrement retenu son attention était la maille qu’elle avait eu, elle et d’autres voyageurs, au royaume de la folie, notamment vis-à-vis des marques maudites récoltés par l’occasion. À la lecture de quelques symptômes décrit sur les possesseurs desdites marques et Clem pensait avoir trouvé là l’explication quand à la curieuse attaque que la voyageuse lui avait administré à la fin de leur cauchemar dans le métro ; et son retentissement qu’il pouvait exprimé envers elle vis à vis de cette épisode avait été effacé par ses renseignements nouveaux.

Avant que l’agoraphobe n’eut le temps de faire part à Narr de sa résolution ni de réagir face aux propos de ce dernier quand à son envie de quitter Dreamland, un des phalènes du royaume agoraphobe se posa sur son épaule. Clem ne savait pas grand chose à propos de ces créatures sinon qu’elles étaient les espionnes les plus furtives et les plus utilisées du royaume qui leur devait en grande partie son réseau d’information conséquent ; et qu’elles possédaient un amour immodéré pour les boissons alcoolisées. Elles servaient également de messagère au sein du royaume et c’était vraisemblablement le rôle que celle-ci venait honorer car elle était doté d’un minuscule parchemin attaché à une de ses pattes. L’inscription sur le papier ne fut lisible qu’après que l’agoraphobe eut usé de son pouvoir agrandissant les distances afin de faire apparaître les caractères dans un format usuel. le message était rapide et concis : en clair, une convocation dans le bureau de Liz, avec effet immédiat.

« Sans vouloir te commander Narr, commença Clem en voyant que son invité était sur le point de partir, tu n’atteindras jamais les frontières du royaume avant la fin de la nuit et tu n’es toléré sur ces terres que parce que tu es mon invité. Quand à moi je suis convoqué par mes supérieurs donc à moins de me suivre, tu risques d’attirer une désagréable attention sur ta présence ici. » Clem n’en ajouta pas plus, la discussion qu’ils avaient eux auparavant sur la présence un peu irrégulière du voyageur de la rouille en ces lieux avait déjà été abordé entre eux et Narr savait ce qu’il risquait.

« Si je puis me permettre, commença Clem alors qu’ils étaient en route pour la forteresse trônant au sommet de la colline qu’entourait la ville, si tu souhaites retrouver un sommeil normal, il te faudra mourir au sein de Dreamland et… dans ce monde, tu peux vivre –et tu vivras, des aventures et des expériences comme tu n’en connaîtras jamais dans le monde réel et devenir voyageur est un processus extrêmement rare donc… réfléchis-y bien. »

Ils continuèrent de marcher au milieu de l’architecture antique des lieux. Le soleil commençait à se coucher mais diffusait encore une chaude lumière bien que le paysage devenait définitivement sombre. La forteresse où trônait Héliée était construite sur et autour d’une colline maintenant caché aux yeux du monde, ce qui donnait au bâtiment une taille et une allure proprement impressionnante. Où que l’on se trouvait en ville, on avait l’impression de pouvoir rejoindre les portes de l’édifice en dix minutes de marche, ce qui n’était que rarement le cas : on voyait toujours le bâtiment sans toutefois s’en rapprocher de beaucoup ; ce qui pouvait –là encore, provoquer un sentiment agoraphobique. Tout le long du chemin, le phalène resta juché sur les épaules de Clem. Ce dernier était certain que s’il rebroussait chemin ou commençait à prendre une voie qui l’éloignerait de la forteresse, le papillon de nuit irait directement cafter son retard volontaire à la convocation.

« Pour ce qui est de Dislok… j’en suis. » L’agoraphobe ne lâcha pas plus, les conséquences de sa phrase étaient trop énormes pour qu’il puisse se lancer dans un laïus explicatif de son choix sans s’emmêler les pinceaux. Surtout que les circonvolutions mentales auquel il s’était livré n’avait pas forcément à être partagé avec le voyageur de la rouille.

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MessageSujet: Re: Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours) Mar 9 Juin 2015 - 15:02







Mon trajet se fit avorté avant que je n'ai pu faire un pas. Interrompu par un petit rien qui fila devant mes yeux et refréna mon élan. Mes yeux suivirent son chemin et je découvris, établis sur l'épaule de Clem, un papillon de nuit harnaché comme un pigeon messager. Le garçon s'emparait d'un papier n'excédant pas la taille de sa pupille. Il ne me surprit pas qu'il passe du temps à le décrypter... Mais cela ne semblait pas relever d'un défaut de vision. Le rouquin me mit aimablement en garde contre la rigueur de la politique étrangère de son royaume "natal". Je ne m'en offusquais pas. Seulement, ce ne serait pas cette nuit que je pourrais m'offrir une virée dans ces terres en dehors des circuits touristiques. C'est comme ça que je me laissais guider, sans émettre de protestation. Avec Clem, j'avais envie de rester conciliant, pour lui et non pas pour frustrer le patriotisme de ses pairs.

Soulagé d'emprunter des trottoirs plus clairsemés que l'était la place du forum, j'écoutais mon guide en jetant quelques regards distraits vers le ciel tout nu.  J'avoue être heureux qu'à chaque nuit, la palette de paysage oniriques se nuance et gagne en gamme. Je collectionne ces couleurs, m'imprègne de la singularité de chaque ambiance. Pour ça, j'entendais les propos de l'agoraphobe. Et, encore une fois, n'en dis rien. J'intègre les mots et d'accorder ma foi dans ces derniers ne se manifeste que par mon acte docile de marcher dans les pas de mon guide. On entame une ascension certaine et la ville dévoile ses toits rapetissés par notre progression. L'horizon n'est pas visible tant les bâtiments et la foule essaiment le panorama. La lumière déclinait vite. Mes yeux retombent sur l'insecte volant qui s'est ajouté à notre duo. J'aime bien les papillon de nuit, ils sont sans doute les arthropodes les moins repoussants. Comme beaucoup, je dois être sensible au duvet qui recouvre leur exosquelette. Ils ont quelque chose de moins obscène que les autres représentants de leur règne. Et la voix du garçon-perchoir survint dans le flot de mes pensées. Ses mots ne firent pas sens immédiatement tant ce fut bref. Fulgurant d'une façon, comme une comète. Et la trajectoire en était tellement certaine que je peinais à bien la voir. On descendrait le roi détritus. Encore ici, je ne voyais pas quoi y répondre. Et je trouvais le silence d'autant plus approprié dans ce genre de circonstances. Quand on doit se salir les mains, mieux valait omettre les commentaires, ne pas se risquer dans le mauvais goût. Je m'empêchais d'y penser davantage, je ne voulais pas commencer à cerner l'envergure d'un engagement comme celui là.

On franchit quelques paires de gardes jusqu'à se trouver sous le fronton d'un édifice que j'avais déjà observé aux premiers instants qui précédaient le rendez-vous. C'était pas mince et relativement orné. Toujours imprégné d'une architecture antique. A l'intérieur, on se surprend de la hauteur de plafond qu'on ne soupçonnerait pas de dehors. Aussi de la luminosité du lieu, des miroirs qui dilatent encore mieux l'espace de la pièce. Sous nos pieds, nos reflets se noient dans un marbre sans fond. Je me sens absorbé par ce néant de pierre quand une silhouette vient faire irruption dans notre duo. Quand je relève la tête, elle a déjà tourné les talons en nous priant de la suivre. Héliée nous attend à son office. Je traîne mes pieds derrière Clem et ce qui ressemble à une jeune femme, apprêtée de ce qu'on qualifierait d'élégant. Quelques marches nous séparent de la cime de la citadelle. Oui, seulement une poignée pour pouvoir embrasser la ville d'un regard portant plus loin encore, au surplomb. Je sens le vertige m'effleurer quand on franchit le porche du bureau. Mais ce dernier n'est pas que du ressort de la hauteur. Il y a autre chose. Plus palpable, une pression sur l'âme, je n'avais pas d'autres mots. Comme une onde qui rabat la conscience tout au fond de son être. L'impression est fugace mais elle tamponne l'idée que je me fais de la créature qui se tient non loin de nous, dans sa veste blanche qui accroche le crépuscule.


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MessageSujet: Re: Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours) Mer 10 Juin 2015 - 1:38
Narr garda le silence face aux conseils quand à rester sur Dreamland et il était manifeste qu’il ne réfléchissait pas à une réponse mais qu’il comptait bien absorber les paroles de l’agoraphobe sans y faire suite. Clem ne s’en offusqua pas, après une nuit avec le voyageur à Hyldren et le début de celle-ci, il avait rapidement remarqué que Narr, et ne parlait pas pour ne rien dire, et conversait parfois à coup de silence. Ici, le fait qu’il n’avait pas reniflé dédaigneusement ni fait une autre moue dubitative quand Clem s’était permit de lui donner ses conseils. Pour l’agoraphobe, cela voulait dire qu’il les avait écouté, il n’avait aucun moyen de savoir si Narr allait les suivre mais en tout cas, son silence ne vexait pas l’agoraphobe. De la même façon que, quand Clem avait déconseillé au voyageur de la rouille de s’éloigner de l’agoraphobe pour le restant de la nuit, ce dernier n’avait pipé mot, mais il était resté auprès de lui.

Pourtant, quand Clem lui avait annoncé qu’il était d’accord pour exécuter les dernières volontés d’Hélène, là encore Narr s’était tu mais l’agoraphobe soupçonnait que c’était pour les même raisons que lui ne s’était pas épanché en phrases inutiles. Ce qu’ils projetaient était trop énorme pour eux deux, les conséquences qu’aurait leur réussite étaient trop grosses pour qu’il les appréhende tout de suite. Le sujet les dépassait trop pour que Clem en fasse une logorrhée ; quand à Narr, les paroles creuses n’étaient pas sa tasse de thé, et face à un sujet comme celui là, n’importe quelle phrase semblait creuse en comparaison.

Ils arrivèrent finalement à la forteresse, bien que le terme de palais lui convenait très bien une fois arrivée à l’intérieur. En fait là encore, la nature agoraphobique du royaume avait décidé de la décoration intérieur de ce qui était son catalyseur architecturale : le bâtiment devait refléter un sentiment d’immensité, aussi bien à l’extérieur de celui-ci qu’à l’intérieur. Cela se traduisait par des salles aux dimensions massives mais aussi à l’utilisation de matériaux trompe-l’œil et réfléchissants. Encore que là ils étaient au rez-de-chaussée. certains étages s’autorisaient parfois à user de sols translucides, histoire de mieux brouiller les pistes.

Une secrétaire parvint à leur niveau et les emmena en direction du bureau de Liz –lequel jouxtait celui d’Héliée, ce qui n’irait pas sans secouer l’estomac de Clem. Ils montèrent via l’escalier principal de la forteresse. Une double volée de marche se tournant autour sans jamais se rencontrer tel un filament d’ADN. Le même type d’escalier tel qu’on en trouvait à Chambord ou, dans une version un peu moins réaliste, à Anor Londo, la cité des dieux désertée par ces derniers. Seule la fille du Dieu soleil résidait dans la plus haute tour mais elle était en vérité une illusion qui disparaissait au moindre contact. Le parallèle pouvait aisément être fait avec Héliée : avec lui aussi on prenait le risque de disparaître au moindre contact.

Liz était tout son contraire : bienveillante et stable, ce n’était pas tant le fait qu’elle était opposé au caractère d’Héliée qui en faisait sa plus parfaite collaboratrice mais il fallait également prendre en compte le fait qu’elle possédait une santé extrêmement faible qui la clouait à un lit et l’obligeait à avoir un temps de sommeil tel qu’elle était la voyageuse la plus présente à Dreamland que l’on pouvait trouver. Et si elle ne lâchait jamais aucun détail quand à sa ou ses maladies qui l’obligeait à vivre une vie onirique plus fournie que la moyenne, son crâne chauve parlait pour elle. Clem la présenta très brièvement à Narr, par des phrases lâché silencieusement pour qu’elle n’atteigne que ses oreilles, de façon très succincte : « Liz. », « Seconde du seigneur. » et « Pas méchante » fut les informations qu’il donna à son compagnon.  

Elle sourit à l’arrivée des deux voyageurs et ne manifesta aucune surprise quand à la présence de Narr aux côtés de Clem, politesse oblige mais elle oblitéra totalement le voyageur de la rouille quand elle se mit à parler avec l’agoraphobe. D’ailleurs, la façon qu’elle avait de parler sans lever les yeux de ses divers papiers étaler sur son bureau, Clem avait aussi l’impression de ne pas être dans le coup, une impression renforcé par le début de la conversation, très inattendue.

« Tu tombes bien Clem, je voulais te dire que je t’avais trouvé un emploi à Dreamland, tu commences dès la semaine prochaine. »

Face à cela, l’agoraphobe ne pu que cligner des yeux deux secondes avant d’ajouter un très pathétique : « Pardon ? ». Liz claqua la langue comme une enseignante qui s’apprêtait à donner une explication mille fois dispensé déjà ; et c’était peut-être bien le cas.

« L’ensemble des agoraphobes ne forme pas une immense armée que l’on entretient dans l’espoir de la balancer un soir contre celle des claustrophobes. Nos voyageurs ont une vie, des dépenses et nous, nous sommes un royaume qui a des multiples propriétés à travers Dreamland et parfois, nous parvenons à joindre les deux problèmes. Dans ton cas, nous t’avons trouvé un bureau de détective, Héliée et moi avons pensé que ça t’irais comme un gant. »

Cette fois, Clem réussit à rassembler suffisamment ses pensées pour produire une réponse un peu plus fourni, quoique de très peu :

-Des enquêtes, mais pourquoi moi ?

-Et bien,
répondit Liz en tirant une feuille devant elle, la Ligue des Gentlemen Onirique fait rapport de ton professionnalisme et de ton aide lors de l’incident de Carnaval Garbage. Et ici, c’est la Tour des Arts qui fait mention d’un rouquin agoraphobe qui les aurait aidé à retrouver un de leur peintre disparu…

-C’était il y a plus de 3ans ! Je n’étais même ici, comment avez-vous…

-Tu en a un sur l’épaule.


Clem échangea un regard inexpressif avec le phalène qui était perché près de sa tête.

-Mais il est énorme !

-Pas son frère. Oh, et j’ai aussi là les traces de rapport des chevaliers du Royaume de la Table Pentagonale avouant s’être fait aider par ta personne lors d’une affaire de tueur en série, enfin bref ce qu’on te propose, c’est une occasion. Libre à toi de refuser bien sûr mais un conseil, réfléchis-y bi… »


Liz interrompit sa phrase au même moment que Clem reçut une douche glacé sur sa moelle épinière. Un peu comme si un blizzard hurlait dehors et qu’un importun venait d’ouvrir une fenêtre. Sauf que là c’était une porte qui venait de s’ouvrir, celle du bureau d’Héliée. Et ce dernier ouvrait les portes comme s’il était un héros de film américain entrant dans un bar malfamé avec la ferme intention d’en découdre avec ses habitués.

« Salutations, mon brave ilote ! Tu as amené ton ami ? Ça en fait des rouquins devant mon bureau. »

Héliée se tenait sur le seuil de son bureau et tenait à son gant droit un club de golf suintant un liquide étrange dont l’odeur évoquait un mélange entre la naphtaline et le jus de carotte. Une fois de plus Clem ferma les vannes de son imaginations afin d’éviter de réfléchir à quoi Héliée pouvait faire de son temps libre. Il savait juste qu’au sein de son laboratoire se succédaient les expériences chimiques et physiques toutes plus bizarres et dangereuse les unes que les autres et que c’était bien souvent le toit de la salle qui en faisait les frais.

D’un mouvement rapide, Héliée lançait le club à travers la salle comme s’il se fichait complètement du sort de l’objet pour se concentrer sur Narr. Il s’approcha de ce dernier et lui mit ses deux mains sur l’épaule avant de l’étudier attentivement, comme un chat fixrait du regard un canari, le sourire gourmand en bonus. Clem plaignait son ami car le regard inquisiteur d’un être dégageant autant d’aura que son seigneur n’était pas facile à supporter. L’agoraphobe le savait d’expérience.

L’examen  dura moins d’une dizaine de seconde mais Clem aurait pu parier contre un chronomètre que cela avait duré plus longtemps. Héliée mit fin au contact, visuel comme physique avec le voyageur de la rouille avant de se tourner vers l’agoraphobe, un grand sourire aux lèvres.

« Je le savais, il me rappelle un vieil ami. Je l’avais senti de loin mais il fallait que je vienne vérifier. Ton camarade est promis à un avenir très intéressant mon petit Clem, je te conseille fortement de rester auprès de lui. »

Puis, de la même manière qu’il était venu, Héliée repartit vers son bureau, non sans crier à la cantonade d’un air joyeux : « C’est une chrysalide qui n’attend que le bon moment ! Non, un xanthome massif en devenir ! Ha ! »

Une fois qu’il eut refermé sa porte et qu’il fut certain qu’il n’allait pas à nouveau débouler dans la salle – dès fois qu’il aurait oublié de dire quelque chose, les deux agoraphobes se permirent de souffler.

« Ne t’en fais pas, il aime bien s’entendre parler et tu as probablement attirer son attention juste parce qu’il a bien aimé la couleur de tes yeux, dit Liz en une tentative de rassurer Narr. Quoi qu’il en soit, personne ne pourra dire qu’il ne t’a pas invité au bureau d’enquête, qu’en penses tu, Clem ? »

-En ce qui me concerne, ça me va, qu’en dirais-tu Narr ? Prêt à tenter l’aventure ?
Pour l’agoraphobe, il serait plus simple de commencer sa carrière avec un camarade, et quelque chose lui disait que le tempérament efficace de Narr pourrait être un atout dans le genre de travail que devait bien trouver un détective onirique privé.

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MessageSujet: Re: Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours) Mer 17 Juin 2015 - 10:21







J'ai cru ne pas pouvoir décoller mes pieds du sol tant le poids des mains du seigneur faisaient pression. Et ce n'était pas tant physique, mais d'autant plus ce qui en émanait qui m'affectait. A peine l'apercevait on que sa proximité m'avait électrisé, mit tous mes sens en alerte. Mais là, à l'ombre de son visage, son oeil de fournaise. Ma méfiance allait en augmentant mais le lien entre mes gestes et ma pensée, lui, rompu. Mes réflexions mêmes n'étaient plus que des boues remuant faiblement au fond de mon cortex. Il n'y avait plus que cet oeil, cette voix pénétrante dont le ton amusé n'allégeait rien. Ses mots n'aboutirent pas au bout de leurs chemins. Mon esprit rendu stérile par l'incarnation de l'agoraphobie.

Une vague me submergea. Le plis de sa cape disparut en revers et je reprenais mon souffle. La locomotive de mon coeur se remit doucement en marche. Mes mains tremblaient sous l'effet d'une nausée que je tâchais d'étouffer au plus profond et cela me demandait beaucoup plus de concentration que je ne l'aurais cru. Mon visage était livide, tiré. Si bien que je ne réalisais que tardivement que Clem était revenu m'interroger, il parlait d'aventure, je n'en saisis pas bien le sens et les enjeux, pour moi, semblaient distants et flous. Comme si j'avais la gorge sèche, je peinais à formuler des mots. Plutôt, je devais refaire le chemin de l'apprentissage de ces derniers. Et cette tentative s'acheva dans ce

"- Mmh."

Affirmatif, bredouillé, tombé du bout de mes lèvres. Comme pas fait exprès. Je vis la jeune dame qui se tenait dans notre cercle esquisser un sourire, discret certes. Qu'il eut été moqueur ou attendri, je me sentais mieux de voir ce genre de manifestation plutôt que l'inverse. Ce devaient être des choses qui arrivent. Aussi parce Clem ne s'enquerrait pas de mon état. Je ne m'en sentais pas froissé. Souhaitant juste que être en mesure de me dérober à ce genre de piège à l'avenir. Et tout ce qui se passait était gentil ici. Compressé ou étendu, c'était aimable et c'est ce pourquoi je m'étais plus senti d'acquiescer à Clem plutôt que de lui faire barrage en le faisant répéter. Fallait que ça coule, tout doux. Oui que ça caresse sans contrerépartie. Et Liz renflouait le courant, remettant un épais papier entre mes mains.

"- Clem, comme le local en question a déjà quelques prétendants sur liste d'attente, il te faudra nourrir votre candidature. Tes compétences ne sont plus tellement à prouver comme je te le disais... En revanche, ton coffre est encore un peu mince et les revenus irréguliers. Héliée jugeait bon d'y insuffler un minimum de stabilité. Il va te falloir enchainer vite. On a été contacté depuis Luxuria pour un projet public qui a été le sujet d'un appel d'offre. Seulement, ils ont émis quelques doutes à propos des investisseurs qui se sont proposés... Tu liras ça en détail en chemin."

Moi, me contentais de la regarder piper à tout va. Non pas que l'oiseau était pénible à entendre, mais tout ça allait encore vite pour le naufragé que j'étais. Mes yeux hagards se promenèrent sur les quelques alambics qui infusaient des couleurs à petit feux. Puis, comme prises dans un doux torrent, les teintes se mêlèrent les unes dans les autres jusqu'au blanc pur du plafond du salon d'Hélène.


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MessageSujet: Re: Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours) Aujourd'hui à 19:12
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Anthem Plaza (Royaume de l'Agoraphobie), avec Narr Rost (Ouverture des Crabes-Tambours)

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