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Futiles fungus

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MessageSujet: Futiles fungus Mar 3 Fév 2015 - 21:20
Dreamland est le fruit de l'imagination des rêveurs, un monde vaste, aux possibilités infinies. Regorgeant de danger, débordant d'actions pour les Voyageurs comme moi. Avec les guerres inter-Royaumes, les tueurs, les luttes de pouvoirs diverses, les rencontre palpitantes et les secrets innombrables, une splendide qui a tout pour me contenter.
Cette nuit, je suis seul, après mes aventures récentes avec Sam, instructives. Mais me voilà encore cantonné à de si insipides contrées ... Non, je suis mauvaise langue. Les Royaumes que je visite ne manquent pas, en effet, d'une certaine saveur.
Une forêt bigarré et polymorphe de champignons s'étend à mes pieds. De toutes les formes et toutes les tailles, il flotte dans l'air un léger mais tenace parfum, ainsi que quelques nuages de spores. Le tout, bien qu'assez bucolique, est loin d'avoir la suave atmosphère du Royaume des fruits, la tranquillité des Plaines, ou le cocasse du Royaume des Doutes. Quoique ...
L'endroit semble plutôt peuplé, et de nombreux rêveurs, probablement des drogués, déambulent. Les quelques Voyageurs que j'aperçois semblent du même acabit.
Oh, j'ai oublié de préciser, mais je suis en l'air, profitant pleinement de ma capacité à voler, ayant ainsi à ma disposition une vue panoramique des lieux.

Je dispose d'un pouvoir fantastique, et en savoure ici toute la magie. D'une brève impulsion, je monte plus haut, loin au dessus des chapeaux colorés, vers les nuages. Je tourbillonne, vrille, virevolte, dance avec mon aura, me plongeant avec délice dans le lien fusionnel qui nous unit, éprouvant encore une fois son étendue, poussant vers ses (et donc mes) limites. Elle bruisse, électrisée par nos acrobaties, distillant en moi son excitation; nous partageons, dans ces moments, une telle débauche endocrinienne réciproque, qu'à chaque fois je me sens comme autre, à la fois glacial et brûlant, débordant d'une énergie dévorante, croqueuse de mondes. Funambule spatial, tranchant et soyeux, disloqué et uni qui s'élance, libre et invincible. Mon esprit s'affole, comme à chaque fois. Et comme à chaque fois, mon coté réfléchi et analytique me reprend, sans diminuer mon extase mais en me donnant le recul que j'aimes tant.
Je suis seul dans le ciel. Pas de créatures volantes en ce Royaume, si ce n'est quelques spores cotonneuses, portées par le vent, qui paressent autour de moi.
Je scrute des cieux le sol, perdant de l'altitude. Voyons un peu ce que les champignons offrent.
Un petit groupe de créatures semble affairé autour d'un bosquet de beaux carpophores blancs, et jettent des coups d’œils anxieux de ci de là. Ils ne semblent cependant pas me voir, aussi passe-je mon chemin. Plus loin, un homme qui ressemble vaguement à un père noël au chômage est affalé, le visage béat et les membres mous, sur un chapeau tacheté. Son trip semble agréable, au moins ...
Une belle couleur attire mon attention; parmi des bolets d'un jaune curry et au chef de velours bleuté, j'aperçois un flamboiement roux, porté par le corps d'une Voyageuse. Je stoppe à quelques mètres, la détaille depuis mes hauteurs. Une vue d'en haut ne m'aide pas vraiment à bien voir ses traits, mais je la devine grande, assez élancée, malgré un poitrine fournie. Doucement, je descend, m'offrant ainsi à son regard. Elle pique ma curiosité; peut-être, sans doute une jeune Voyageuse, au vu de son comportement, mais je sens en elle l'éclat des perles que j'aimes à côtoyer. Et puis, elle est plutôt jolie.
Je suis à quelques pas d'elle. Je couvre donc cette distance après une petite révérence, essuyant mon œil droit, mouillé après le vol, et offrant à la splendide rousse mon plus acéré faciès, un léger sourire sur mes lèvres.

"Bonne nuit, je présume. Permet moi de m'introduire : Jean-Baptiste, Voyageur de mon état, sémillant inconnu et adepte des nouvelles rencontres. Pardon de cette indiscrétion, mais tu m'intrigues, plantée parmi les bolets, et j'aimes à discuter avec des inconnus. Point de drague, ni d'idées en moi.Mais, qui es-tu, que fais-tu, et, qui sait, puis-je t'être utile ?"

Tout en parlant, je marche vers elle, doucement, en la détaillant du regard, sans trop insister (je sais combien cela peut être dérangeant). Son visage a quelque chose d'altier, mais troublé par les marques de fortes émotions potentielles, à ce que je vois. Elle est grande, je ne lui rend que quelques centimètres, avec de longues jambes, un buste harmonieux. Et tant que nous sommes au buste, une poitrine qui représente le fantasme de beaucoup, généreuse, bien formée qui plus est, rendant par là sa silhouette voluptueuse. Mais qui me plait surtout par son coté vivace, énergique, pas du genre à prendre la voiture pour aller faire des courses, mais plutôt à y aller au pas ... de course (haha ...).
(Du temps du lycée, on me surnommait Terminator, tant je suis doué, parait-il, pour détailler rapidement et précisément un individu. On m'accusais même de posséder un talent de voyeur ...)
Mes orteils finissent leur chemin en caressant la mousse du sol. Je suis en face d'elle, à distance de paroles, mais à l'abri d'une attaque impromptue de sa part. Légèrement de biais, sans en avoir l'air, je suis prêt au combat, si nécessaire. Son attitude ne me semble néanmoins pas agressive. Je penche donc la tête vers elle, interrogatif, en finissant ma phrase.  Je plonge mes yeux d'un gris-bleu métal dans les siens, grands et profonds comme des lacs. Il est hardu de ne pas être dur, quand on est moi ... Un coup d'épée dans l'eau, l'acier des miens dans l'étendue liquide des siens, voilà ce qu'est ce regard. Espérons qu'il ne le sera pas sur tous les plans.
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MessageSujet: Re: Futiles fungus Dim 8 Fév 2015 - 22:59
Un peu plus d'une semaine... Une durée qui peut sembler bien courte mais qui en réalité m'étais apparue longue comme une vie. Pour vous expliquer pourquoi faudrait que je vous remette un peu dans le contexte : j'venais de découvrir Dreamland, la Terre onirique, depuis très peu de temps (un peu plus qu'un peu plus d'une semaine puisqu'on est dans la précision millimétrée), et la 1ére personne que j'avais rencontrée était très certainement psychopathe et sans contestations possible un dégénéré mental et m'avais vendu ce monde comme une sorte de coupe gorge géant où tout le monde voudrait m'attaquer, possiblement me tuer et surtout que je n'avais aucune chance contre aucun être vivant ici... Pour l'illustrer il m'as montré qu'il était puissant, au point de pouvoir presque littéralement m'atomiser ( "en théorie", évidement) et aussi qu'un blondinet en manteau de fourrure avec un écureuil sous caféine sur l'épaule pouvait être vachement flippant !

Et pour être flippée ça on peut dire que je l'étais pas mal ! A tel point que lorsqu'il m'avait expliqué qu'il suffisait de penser à quelque chose ou quelqu'un en s'endormant pour arriver dans un endroit correspondant sur Dreamland, m'enjoignant de passer "lui faire un petit coucou" dans son Royaume "quand je serais prête", j'avais plutôt utilisée cette information pour toujours me forcer à rester dans les plaines infinies dans lesquelles j'étais arrivée lors de ma 1ere fois dans Dreamland. Mais bon, soyons honnêtes, des kilomètres carrés d'herbe, que du plat à l'horizon, ben c'est quand même super chiant ! Alors oui on croise vite fait des chevaux (qu'on regarde uniquement de loin quand même, on sait jamais, ce monde semble tellement fou, puis un cheval m'as brouté les cheveux quand j'étais gamine, vicieuses à l'extrême ces bestioles, la prudence s'impose.), on s'amuse a marche un peu sur les mains pour faire genre on a de l'équilibre. Mais bon ne nous leurrons pas à un moment on s'emmerde, et on a soif d'AVENTURES ! Aves des majuscules partout !

Le point non-retour de l'ennui suprême a donc été atteint en très exactement... Un peu plus d'une semaine !! Ouiiiiii bravo vous avez compris le truc. Je venais donc de passer une sale poignées de nuits à me balader dans l'herbe sans voir des gens et sans réellement rencontrer et discuter avec âme qui vive, j'appréhendais réellement Dreamland, ce monde étrange plein de superpouvoirs et de créatures bizarroïdes et où le paranormal n'est rien d'autre que le simple pain quotidien. Je voulais réellement l'explorer, découvrir les merveilles qu'un monde contrôlé par les rêves de l'humanité pouvait receler et s'offrir à moi. Mais la perspective de la violence qui m'avait été contée, l'idée de rencontrer des gens qui pouvaient m'agresser et terminer mon voyage avant même qu'il ne commence réellement m'inquiétait sérieusement et me rendait nerveuse, coupant court mes motivations d'explorations diverses et variées dans des contrées phénoménales et mettant un sévère frein à une quelconque envie de profiter de cet endroit avec d'autres gens, essayer de se faire quelques amis loin des préjugés et des blocages innombrables du monde réel.

Je crois d'ailleurs que le terrain fongiforme dans lequel j'étais arrivée cette nuit là découlait surement d'un message caché de mon subconscient : depuis ma transformation en voyageuse, ma peur s'était calmée dans le monde réel, elle était toujours présente sur beaucoup de sujets, mais je commençais à comprendre qu'elle était plus reliée à l'inconnu représenté par tout ce que je m'interdisais dans la panique de devenir malade, que réellement issue de ma phobie comme à mon habitude. Et là il y avait des champignons partout. Des petits, des larges, des biscornus, des couleurs vives, ternes, pâles, à pois, des GIGANTESQUES servant d'arbres, et même des champignons avec des yeux, des bras et des jambes courant à travers cette sorte de forêt. Curieuse devant cette créature étrange je le suivis rapidement, entre deux bolets plus hauts que moi, mais le perdis de vue tout aussi vite, me laissant plantée là comme un nouille regardant partout autour de moi sans réussir à le trouver. J'avançais à légère allure scrutant partout à droite et à gauche cherchant mon champignon mobile. Là pour le coup je devais bien avouer que je croisais des gens, mais des gens allongés par terre dans une sorte de trip sous substances illicites, ressemblant à une sorte de tableau sur les anciennes fumeries d'opium d'il y a des siècles, apparemment les champignons du coin sont plus à utilité récréative qu'à balancer en émincé dans une poêle avec un peu de pommes de terres sautées et un léger filet d'huile d'olive afin de faire ressortir le goût et... Ok, j'ai faim ! Certains champignons paraissaient bizarrement appétissant mais l'idée que c'était encore la petite partie aventureuse de mon cerveau essayant de faire passer un message comme "rooooh, allllleeeeer ! Si c'est juste essayer une fois c'est pas grave, faut tenter pour dire que c'est nul, puis c'est pas de l'héroïne !" était un peu trop présente dans le reste de ma tête sobre et terre à terre.

En parlant de terre à terre, à force de me balader dans cet endroit étrange, quelque chose attira mon regard vers le ciel, une paire de jambe, flottant dans le vide, et reliée à un buste, y avait un mec là, en hauteur, EN TRAIN DE VOLER ! Là comme ça, tranquillement et s'approchant du sol, un fois posé il s'inclina légèrement et s'approcha lentement de moi. Les histoires d'attaques sanguinaires et de violence gratuite revenaient dans mon esprit, me donnant presque envie de tourner les talons et de m'enfuir. Mais le garçon marchait doucement, calmement et surtout avec un grand sourire, totalement avenant, il avait l'air vraiment gentil. il ouvrit la bouche et se présenta : Jean-Baptiste et il était bien évidement voyageur, et surtout offrait son aide à ma pauvre personne perdue ici. Nerveuse mais néanmoins polie je lui retournais un sourire, surement un peu crispé par le stress.

- Sa...Salut ! Moi c'est Abby, euh, 'fin, Abigail, et je suis une voyageuse aussi, même si j'imagine que tu l'as compris toi même. Euuh, je marchais un peu partout parce que, jeeee, je cherchais un champignon...

Je marquais une pause et rougit doucement réalisant à quel point j'étais ridicule, seigneur dieu, la socialisation c'était vraiment pas mon truc !

* Bah bravo Abby ! "Je cherche un champignon" Y A QUE CA ICI ANDOUILLE ! Fiou, il va penser que t'es une sacrée demeurée, la meilleure première impression possible ! Heureusement qu'il a bien précisé qu'il cherchait pas à me draguer, sinon il aurait été sacrément déçu le pauvre garçon *

- Un champignon VIVANT je voulais dire ! Pas n'importe lequel ici, il était petit, jaunâtre, avec des bras, des jambes, des yeux... Il avait l'air de s'enfuir et je voulais juste le voir. 'Fin, euuuh, je voulais surtout en savoir un peu plus sur cet endroit, j'y connais rien...
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MessageSujet: Re: Futiles fungus Lun 9 Fév 2015 - 12:04
Elle était tendue, gênée, mal à l'aise. Comme si elle craignait mes réactions à son égard. Peur de ce je penserais d'elle, peur de mon regard sur son être, peur du ridicule ... Je me sentis, de ce fait, un peu gêné à mon tour, d'incommoder ainsi la jeune femme. Cependant, il me semblais, au vu de son attitude, que n'importe qui obtiendrait ce résultat. La voir tenter de se démener face à moi me fis l'apprécier tout de suite; j'aimais les gens compliqués, et je semblais servi, avec elle. Abigail, s’appelait-elle, nouvelle Voyageuse, au vu de son absence de connaissances, et, comme je le pensais, un peu perdue. Je me mis donc en devoir de lui être utile. Empathique, je l'ai toujours été, mais avec les années, je suis devenu de plus en plus apte à ressentir à la place des autres, touché par l'écho des éclats de leurs humeurs qui me parvenaient, et que mon corps et mon esprit me traduisaient. Aussi son stress me touchait, par légères vagues lancinantes dans mon ventre; si elle ressentait cela, alors il était de mon devoir de la calmer. Sa tentative de sourire ne faisait que confirmer mes intuitions. J'embrassais le paysage du regard, en ouvrant les bras, un brin théâtral.  

"Dreamland est vaste, diverse, insatiable. Ici, nous sommes à Champiland, où nombre de drogués et autres hallucinés passent leur nuit, s'il ne sont pas à Weedland. Il n'y a rien excepté des champignons ici, et les autochtones sont assez farouche, puisque certains rêveurs ou Voyageurs sous l'emprise de psychotropes ont tendance à vouloir les manger. Je pense qu'il a fui de peur que tu ne l'ingère.

Je fis un nouveau pas vers elle, légèrement sur le coté, la regardant de nouveau dans les yeux. Je ne la dérange pas, c'est déjà cela, et la tension semble diminuer peu à peu. Je réfléchis en parlant.

"Une chose cependant sur ce Royaume : le trafic des fongus aux propriétés diverses et variés, mais toujours interdites dans la plupart des autres contrées, est assez important. J'ai aperçu nombre de récolteurs, aussi prudence reste de mise, malgré le calme des lieux."

Elle est ici par hasard, j'en ai bien l'impression. J'apprécierais bien de l'accompagner, le temps d'une nuit, dans ses pérégrinations entre les champignons. De plus, il s'est avéré qu'être avec quelqu'un m'a, jusqu'à présent, toujours mené à l'action. Je prend une légère pause, attentif aux sons que je perçois vaguement. la mousse du sol bruisse, contrariée par le passage de je-ne-sais quoi. Quelque chose bouge, une vingtaine de mètres derrière nous, où est-ce simplement mon stress naissant de celui d'Abigail qui me joue des tours ? Je reste de toute façon sur mes gardes, et continue à parler.

"Je suis cependant intéressé par ces petits êtres, aussi je te propose de partir à la recherche du petit jaune, ou d'un de ses congénères. Je peux voler, les trouver me sera plus facile. Mais si je te dérange, dis le moi, je préfère ne pas t’incommoder outre mesure."

*Plof*

Un objet blanchâtre et rond atterrit entre nous deux. Il à vaguement l'allure d'un lycoperdon, le genre de ceux que l'on peux exploser du pied quand ils sont bien mûrs. Exploser ?!

"Attention !"

Je plonge, mon aura sortie et mobilisant mon corps, et attrape Abigail, roule avec elle dans la mousse. Nous ne sommes pas au sol qu'une détonation un peu mouillée retentit derrière nous.

*BAMLSH*

"Désolé pour ça, mais j'ai été pressé par la situation"

En disant cela, je me relève avec elle, le plus courtoisement possible, jetant un œil vers le sol juste derrière nous. Une tache brunâtre s'étale sur la mousse, à moitié brûlée, et engluée dans des spores humides. Une arme ?! On nous a lancé une grenade-champignon ! Ma réaction a été la bonne, en tout cas ... J'espère que ma compagne d'infortune l'a compris. Je me met en garde, entre elle et la source estimée du tir; mon aura flamboie, coléreuse et impatiente. La volonté d'en découdre pulse autour de moi, crépitement bleuté. Je n'ai pas attendre longtemps. Émerge d'entres les pieds des bolets trois énergumènes. Deux sont des champignons sur pattes, l'un est le jaunâtre dont parlait sans doute Abigail, l'autre ressemble à un charbonnier (Tricholoma myomyces pour les intimes). Le troisième est différent; grand, l'allure tout ce qu'il y a de plus humanoïde, il porte cependant sur la tête un chapeau d'amanite tue-mouche. Une longue robe, de la couleur écrue du pied de la même espèce, complète son accoutrement. Il exhibe un sourire affable, les yeux dans le vague. Il a, à dire vrai, l'air complètement shooté.
Un petit aperçu:
 
Je marque un léger temps de surprise. Le trio s'approche, lentement mais surement. Les fongus semblent apeurés, et le fondu est indéchiffrable. Il ouvre la bouche, et parle.

"Bienvenue en ces aires, jeunes amis de la terre. Heureux nous sommes de vous accueillir, oui, heureux, et intrigués. Pourquoi, oui, pourquoi venir en ces lieux tranquilles, pourquoi souiller de vos misérables pas le sol de MES plantations ?!"

Au fil de ses mots, son ton s'est durci, ses traits se sont congestionnés, tordu par une fureur dont nous sommes la cause. Il se penche en avant, un filet de bave sur ses lèvres tremblantes, les mains recroquevillées en serres frémissantes.

"HEIN ? VOUS êtes ici pour me prendre mes amis, me bouffer mes champis, C'EST CA ?!! Voleurs, voleurs vous êtes, et je ne peux en tolérer plus dans mon PUTAIN DE JARDIN ! CREVEZ !!!"

Il ne m'en faut pas plus. Je me retourne, bondis et attrape Abigail au passage. Des manches du fou sont sorties les mêmes petits lycoperdons que celui qui a explosé tout à l'heure. Je ne vais pas attendre de me faire bombarder. En glissant une excuse, je soulève la rousse avec moi, dans un bond en longueur loin du maniaque. Je retombe sur mes pieds, et cours du plus vite que je peux, vers une morille grande comme un tilleul. Un petit effort (c'est à dire un gros), et j'atterris sur son chapeau crevassé, et dépose la jeune femme. Je suis épuisé, mais ne peux m'empêcher de dire

"Désolé, j'ai peur que cela devienne une habitude chez moi, mais je voulais t'éviter de te manger ses grenades, enfin ce qui en tient lieu. Excuse moi, je t'ai forcé la main ..."

J'ai parlé assez vite, mon esprit tournant à plein régime. Je suis inquiet. Le fou, j'en ai peur, ne va pas abandonner de si tôt. Nous sommes dérobés à sa vue, mais pas pour longtemps, surtout dans cette position en hauteur. Surtout, je m'en fais pour Abigail. Tout seul, je pense que j'aurais foncé, et vaincu (ou pas ...) le maniaque des champignons, mais elle ? Elle est peut-être inutile en combat, secouée par les événements, que sais-je ? Je guette une réaction de sa part. Est-elle vexée, effrayée, calme ? Seul un *POUF* accompagné d'un nuage de vapeur blanche qui me vole au visage. Elle a disparu ... Réveillée ? En tout cas, mes bras ne contenaient plus rien. Je restais quelques secondes un peu groggy. Ce n'était certes pas la première fois que cela m'arrivait, mais je ne m'y ferais sans doute jamais. Savoir que l'on se trouve dans un monde onirique d'où l'on peut être éjecté aussi vite que l'on se réveille, soit; l'expérimenter est tout autre chose. Le savoir n'a pas la même saveur que le vécu, et cependant dans ce genre de situation il acquiert une fadeur désagréable.

La chatouille de quelque spore flottant dans l'air me fis éternuer. Essuyant mon œil distraitement, je reprenais une plus grande concentration. J'étais encore loin d'être sorti d'affaire. Si le fou m'avait perdu de vue, peut-être m’oublierait-il, mais je n'y comptais pas trop. Si instable et changeant m'eut-il paru, cela n'allait pas m'être utile. Je me fléchis, me demandant pourquoi il avait soudain fait silence.

*BAMLSH*

Je sautais, un peu tard, prenant le souffle de la déflagration dans le dos. Je me reprenais plus ou moins, atténuant ma chute, l'inversant dans mon élan. Quand j'arrivais au niveau du sol, j'y pris appui pour m'élever plus vite, d'une détente vigoureuse. Dieux ! Quelle était cette puissance ?! Je me pris les pieds entre les écailles d'un chapeau sur lequel je bondissais à nouveau, pour m'envoler, et faillit me prendre une autre de ses grenades mycètes. L'impact déchira le pauvre pied-de-mouton, dont la croissance irréelle venait d'être réduite en charpies. Je pris de plus en plus d'altitude, sans regarder derrière moi. Le douloureux constat de ne pas être assez rapide me mis en rogne, mais ce n'étais pas le moment de se mortifier. Il était à mes trousses, hurlant comme le fou furieux qu'il semblait bien être. Je crus comprendre, par bribes, qu'il criait la douleur de son "frère", qu'il venait d'exploser, littéralement. Pas le moment d'être curieux, bon sang ! Si je ralentissais, me laissait distraire, j'étais bon pour finir en hachis également ! Je ne pus m'empêcher de m’arrêter, cependant, pour regarder. C'était vraiment plus fort que moi, il fallait que je vois.

Le fou était agenouillé, la robe en désordre, devant les restes malheureux du champignon. A ses cotés, les autochtones qui semblaient le suivre partout, le fixaient, l'air interdit. Poussant un autre cri de souffrance pure, il leva les mains vers le ciel, qui se contractaient convulsivement. "Mais qu'ai-je fait ?!", voulait-il dire, sans doute, mais la cohérence de se propos se perdaient dans des borborygmes sanglotant.
Je me retins de lui lancer une pique supplémentaire ou au contraire de le consoler. En l'instant, j'oscillais entre les deux, mais ma raison me dictait l'immobilité. Je restais donc, en l'air, à l'observer dans sa débauche de désespoir soudain. Quel crétin, tout de même ! Si ce qu'il était vraiment était un mystère pour moi, j'avais au moins un trait pour le caractériser.

"Non ! Non ! Pourquoi fallait-il que cela advienne ?"

Ah, non, ça me brûlait la langue ! Rien à faire, chassez le naturel, il revient au galop. En l'occurrence je sentais l'ironie mordante que j'affectionnais, surtout si c'était pour la sortir à des crétins pareils, m'envahir. Les relents de peur ne faisaient que l'attiser. Il fallait que je dise quelque chose.

"Ô rage ! Ô désespoir ! Ô bêtise ennemie ! Que n'ais-je donc tant vécu que pour cette infamie ?"

Hagard, il leva les yeux vers moi, des yeux humides, hébétés. Des yeux d'inconscient. La possibilité qu'il fut un rêveur me traversa l'esprit, mais le souffle des explosions était bien factuelle. De ce que j'avais pu constater, les manifestations des rêveurs étaient sans conséquences aucunes sur ceux qui ne l'étaient pas aussi. J'enfonçais le clou, pour qu'il comprenne ce que je voulais lui signifier.

"C'est probablement ce qu'il dirait, s'il était en moins mauvais état suite à ton assaut, n'est-ce pas ?"

Il eut l'air de comprendre, et se recroquevilla, à genoux devant les lambeaux du champignon. Eh oui, tu étais bien coupable, et pas qu'un peu ! Tu ne pensais tout de même pas que j'allais te laisser pleurer en toute quiétude la "mort" d'un spécimen si calme et impressionnant, qui ne demandait qu'à croître paisiblement, alors que tu usais de tes capacités associées à ce même Royaume pour le détruire sauvagement, sous le coup d'un fureur sans but ? Oh que non. Te faire culpabiliser était la moindre des choses. Pour m'avoir attaqué ainsi, fait montre d'une telle bêtise, d'une telle inconséquence. Le cri larmoyant qu'il poussa était un bon début pour laver l'affront. J'entendais la douleur, comme avant, mais il y avait à présent quelque chose de plus; de la colère. Et pas n'importe laquelle ! Je me doutais que ce fou allait recommencer à se mettre en rage pour rien; trouver un sujet qui n'était pas moi, c'était aussi mon but. Surtout, aurait voulu me convaincre une partie de ma conscience qui se voulait vertueuse, irréprochable. Mais je ne pouvais, je ne devais pas me cacher qu'il y avait une part de vengeance un rien mesquine là dedans.

"C'est ... C'EST MA FAUTE ! C'EST A CAUSE DE MOI ! Pourquoi , pourquoi ?! Comment ai-je pu ?"

D'une main crispée, il se tenait la poitrine, en un geste très théâtral. Bien, très bien. Cela était suffisant pour me satisfaire. Pas lui, cependant. Il repartit dans une série de hurlements et gémissements confus, qui tendaient tantôt vers la plus pure tristesse, tantôt vers une rage amère. Je me posais prudemment sur le mycélium qui constituait le sol, à une  distance confortable de l'énergumène. Je l'observais, alors qu'il continuait ses lamentations. Encore et encore. Il ne semblait pas vouloir s'arrêter, le bougre ! Même les fungus sur pattes qui l'accompagnaient semblaient gênés. Je n'osais pas tourner les talons, de peur qu'il ne remette toute sa rage sur mon dos, et me poursuive à nouveau. C'est en tout cas la raison que je me donnais. Je ne savais trop pourquoi je restais là, à vrai dire. Curiosité, certes. On mettait tout et n'importe quoi dans la "curiosité".

M'avançant d'un pas, je remarquais quelque chose, un détail qui m'avait échappé. Son "chapeau" n'en était pas un. Enfin, si, justement, mais pas tout court. C'était bien un chapeau de champignon, pas un chapeau qui le mimait. Je distinguais, à la jonction entre ses cheveux et ce qui les couvrait, des fibres épaisses, qui se perdaient dans ses mèches, s'enfonçant vers son crâne. Dans son crâne, imaginais-je sur le champ. Je pensais sur le champ aux champignons tropicaux qui opéraient ainsi sur des fourmis. Cependant un corps mort n'avait pas de sens à Dreamland, d'un rêveur ou Voyageur en tout cas ! Me faisais-je simplement des films, ou bien y avait-il vraiment quelque chose de ce genre ?

Indifférent à mes réflexions, le fou se leva soudain, les yeux noyés de larmes. Les grognements inquiets des deux Habitants, qui se reculèrent précipitamment, était de mauvais augure. Je fis de même, mettant encore plus distance. Sortant toute une flopée de ces mycètes rondes et blanches de ses manches, "Mr Mushroom" se mit à les avaler, entier, les unes après les autres, dans un empressement entrecoupé de sanglots et reniflements. Je les voyais déformer sa gorge, l'entendait s'étouffer à moitié à chaque morceau qu'il gobait avec difficulté.



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MessageSujet: Re: Futiles fungus Lun 29 Fév 2016 - 22:55
Je restais figé, ne sachant trop quoi faire, bien que j'étais déjà à une distance respectable. Que comptait-il faire ... J'étais trop curieux pour ne pas regarder, en tout cas. Il avalait des quantités pour le moins impressionnantes de mycètes (d'ailleurs j'avais du mal à comprendre où il les cachait), hoquetant sous le volume qu'il forçait à rentrer dans sa gorge. Je le soupçonnais soi de préparer quelque chose, soi d'avoir définitivement perdu les pédales, si ça pouvait vouloir dire quelque chose de la part d'un tel fou. Il souffrait réellement, c'était très audible, un peu pénible, même. Mais diablement intéressant ! De quoi assouvir ma curiosité.

Il commençait à avoir des spasmes, ne pouvant apparemment pas avaler plus. Pour moi il avait passé la limite du vraisemblable il y a un moment déjà, mais bon. Il semblait près à s'ouvrir en deux, entre son cou encore malmené et son ventre distendu, parcouru de tremblements qui semblaient douloureux. J'étais proprement fasciné, à présent. Ses jambes se dérobaient sous lui, alors que les spasmes gagnaient en intensité. C'en devenait des convulsions impressionnantes, à ce niveau-là. Les petits champignons sur pattes s'étaient tous éloignés, aussi prudents que moi, plus même. Aux bruits que l'autre produisait, entre les cris de souffrance digne de la naissance d'un xénomorphe (enfin, chestbuster, pour être plus précis) et les petits passages de régurgitation mouillée et grumeleuse, je ne regrettais pas ma prudence. Quoique, non. J'avais un peu de mal à voir exactement ce qu'il se passait, et cela ne me plaisait pas vraiment.

Ma retraite stratégique m'avais amené à une distance d'à peu près cent cinquante mètres, au niveau quelque peu surélevé de larges chapeaux plats aux écailles larges et régulières. Pas si mal, comme poste d'observation, non ? Non ... Rien à faire, j'avais bien envie d'avoir l'image et le son mieux que ça, aussi répugnante puisse cela être (ce dont je ne doutais pas, le ton était déjà donné). C'eut été sinon rater un peu trop du spectacle. Si l'on considère que cela pouvait en être un, c'est à dire qu'il n'était pas suffisamment dangereux à observer pour ... eh bien, être observé. Épineuse question ...

"Oh, et puis merde."

Au diable les question, j'en avais toujours trop, de toute manière. J'avais bien été plus proche et au sol de l'individu, et n'en était pas mort pour autant, non ? Je m'avançais donc, aussi prudemment que pouvait être faite la manœuvre. Les bruits avaient un peu changé de nature, pendant ce temps, moins de cris et plus de régurgitations. Je voyais que le fou était à genoux, hoquetant et crachant sur le sol devant lui. J'accélérais le pas,
piqué au vif de ma curiosité. Arrivé à quelque chose comme septante mètres, je vis que ses mains s'agitaient, raclant les fibres qui tapissaient le sol, les réunissant devant lui, en continuant à vomir. C'était d'ailleurs majoritairement liquide, et d'une couleur pour le moins bizarre. Ce qu'il avait ingurgité était blanchâtre, pourtant ce qu'il régurgitait était d'un rose orangé prononcé, parsemé de quelques grumeaux crèmes. Mes dieux, voilà que je me prêtais à l'analyse de ses vomissures ...

Il effectuait une drôle de chose, formant un tas pour répandre sa mixture interne. Il commençait à en être à la fin, d'ailleurs, son débit diminuant pour n'être plus que des crachotements de plus en plus espacés, et plus rouges que jamais, d'ailleurs. Je ne devais plus être qu'à vingt mètres, maintenant, et j'aurais juré que c'était en partie du sang. Très ragoûtant, comme prévu ... Mais à quoi est-ce que cela rimait ? Ce tas de mycélium onirique, arrosé d'un cocktail que j'aurais parié explosif, vu ce que les mêmes (je supposais, du moins) petite boules avaient fait lancées par ce malade; encore une autre question.

Vu qu'il ne semblait plus en état de faire attention à moi, prostré qu'il était devant son tas tout chaud (yerk), j'observais plus en détail, en me rapprochant encore un peu. En pénétrant dans les fibres du mycélium, le liquide lui avait donné, de sa couleur grisâtre initiale, une teinte bien plus sombre, tirant sur le vert. Et puis ... Le tout s'affaissait sur lui-même. Quoique non, ce n'était pas le bon mot, ça ne s'affaissait pas à proprement parler. Je n'osais pas vraiment employer le terme mais ... ça se "contractait". Mais qu'est-ce que c'était ? Le créateur de ce chef d'oeuvre n'était pas vraiment du genre à répondre poliment aux questions, en outre. Pour le moment surtout il semblait encore moins disposé, trop occupé à récupérer de son ... Je ne savais même comment qualifier ça.

"Rush boulimique, peut-être ?"

Avais-je vraiment cherché à parler à voix haute ? Difficile à dire une fois la chose faite. Ce qui fut facile à déterminer en revanche, c'est si l'autre m'avait entendu. Après un dernier crachat, il se releva en chancelant, avec l'air d'un cancéreux après une chimio, et se tourna directement vers moi. Il avait l'air encore plus timbré qu'avant, mais toute colère l'avait quitté.

"Vous ne comprenez et de comprendrez jamais, impie que vous êtes. C'est mon expiation, le fruit rédempteur de mes péchés. Il réparera le mal au prix de mon sang."

Je récupérais rapidement de la surprise causée par sa réponse à ma question (qui n'en était pas vraiment une, et me permis un petit sourire devant ses propos. Sourire qui s'effaça cependant quand le tas s'agita subitement. Dans un bruit un peu vibrant, la masse se dressait, alors que des excroissances poussaient avec vitesse et bruits fibreux. En moins d'une minute se tenait sur deux pattes  un drôle d'être, qui se mis en marche sans empressement. Fascinant ! Alors il était capable d'invoquer de tels êtres ? Je me retins de poser la question, pour ne pas avoir droit à un charabia mystique comme précédent. Puis mieux valait ne pas tenter le diable. Aucune idée de quand le fou allait redevenir dangereux. Peine perdue, il continua tout seul sur sa lancée.

"Des germes de la destruction un agent salvateur se dresse, et des ruines fumantes reconstruit un avenir ! Petit sacrifice peut avoir de grandes conséquences."

"Bonne nuit à vous aussi, oui."

Je regardais quelques secondes le petit mais affairé machin commencer à fouiller de ses appendices le sol, et tournais les talons. Autant laisser cet illuminé à son trip, j'étais manifestement de trop dans l'équation entre lui et le Royaume. Amusant, tout de même. Surtout si l'on se demande la phobie que l'homme avait, et la (ou les, soyons fous) drogue  qu'il pouvait bien prendre pour en arriver là. Dreamland avait une manière bien à elle de laisser s'exprimer les délires. Et je devais bien m'inclure dans l'équation ...

Mais qu'importe ! Je m'élevais rapidement dans l'air, savourant mon propre délire; j'étais curieux de voir ce que donnait le reste du Royaume vu du ciel, à présent. Et au moins j'éviterai les rencontres indésirables.


Je ne pus qu'admettre, en y repensant au réveil, que Champiland vu de haut avait un charme indéniable.
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MessageSujet: Re: Futiles fungus Aujourd'hui à 22:45
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Futiles fungus

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