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L'âme sûre ruse mal (rencontre avec un fou)

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MessageSujet: L'âme sûre ruse mal (rencontre avec un fou) L'âme sûre ruse mal (rencontre avec un fou) EmptyDim 11 Jan 2015 - 12:19
"Me revoilà en ce lieu ..."

Comme mes premières nuits, je me retrouve au Royaume des Doutes. Génial ... Je pense qu'encore une nuit de plus, et je fais partie du paysage ... Je ne m'étonne même plus des rochers et de leurs inscriptions, ni des jeunes voyageurs hébétés qui déambulent, gênés autant par l'inconnu du lieu que par l’indiscrétion due aux rochers qui, sans états d'âmes, affichent les nôtres, de préférence les plus secrets et indisposant. J'ai arrêté de me déplacer en l'air dès ma seconde nuit, quand je me suis rendu compte que les nuages avaient la même propriété que les rochers au sol, sauf qu'ils étaient visible aux quatre coins du royaume. Aussi impitoyable que leurs homologues au sol donc, peut-être même pire. Cacher mes pensées ? Je ne le veux ni ne le souhaite, mais les exhiber ainsi, très peu pour moi.
Les démarcheurs divers et variés des guildes et autres groupes de Voyageurs ne m'interpellent même plus, ils me connaissent tous à présent ... Celle d'onirion ne peut s'empêcher de me railler à chaque fois qu'elle me voit; mon refus lui est resté en travers de la gorge, manifestement. D'autant que vu que, charitable, je renseigne les nouveaux dès qu'ils osent m'accoster, elle semble s'être persuadée que je m'efforçais de priver sa guilde de nouveaux effectifs en lui faisant de la mauvaise pub ...
Enfin, le royaume est grand, et je peux me retrouver seul pour réfléchir en paix, parfois. Souvent, je l'admet, je vais tout simplement au Métro.

"C'est d'ailleurs ce que je vais faire, je crois"

Inspiration, lente et profonde. Je mobilise chacune de mes fibres oniriques, ouvre les bras, ferme les yeux. Je la sens qui arrive, convoqué par ma volonté. Elle sort de mes os, mes muscles, doucement, en une marée chaude et fraîche à la fois, elle s'exfiltre par mes pores, timidement, dans l'attente de mes injonctions.
J'expire. Mes yeux s'ouvrent, simultanément au léger crépitement de mon aura. Elle est là, autour de moi, feulant d'excitation alors qu'elle m'électrise de son énergie vive. Un peu de concentration,et je la sens plus légère et plus présente à la fois, prête pour la course.
Je prend rapidement de la vitesse, alors que mes foulées s'allongent, et bientôt je fend la bise comme un sprinter professionnel. Dreamland est vraiment génial; toute contrainte physique s'envole, l'infini nous tend les bras. Comme à chaque fois, je suis pénétré par la puissance qui est la mienne. Elle est pourtant dérisoire si on la compare à celle d'un Voyageur avec un minimum d'expérience, mais tout de même !
D'ailleurs, quel est mon classement ? A quoi tient-il, au fait, ce classement ? Peut-être au

*Boum*

Une jambe surgit de je-ne-sais-où me percute violemment les tibias. Je tombe en avant, sur le point de rouler sur le sable. Je reprend le contrôle avec mon aura, pose la main droite au sol, pivote sur cet appui, tout en me freinant à l'aide de mon pouvoir. Je fais volte face en roulant/tournant, et me reçoit fléchi, prêt à me défendre de cet agresseur.
Une chose me surprend tout de suite : les rochers qui, normalement, affichent les pensées des êtres à leur proximité sont ... surchargés. Les inscriptions sont instables, s'entremêlent, se chevauchent et s'effacent sans cesse, en un bouillonnement de couleurs et de formes désordonnées. J'entend presque les pierres grincer.

"Qu'est que ..." Je me murmure, mais pas le temps d'en penser plus.

Quelqu'un surgit de derrière le plus proche des rochers, et s'avance d'un pas chancelant mais énergique, comme si son corps peinait à contenir un trop plein de tensions.
Je le scanne rapidement du regard, de la tête aux pieds. Un torse musclé et nu, couvert de tatouages brouillons, plus un méli-mélo de traits et de couleurs qu'autre chose. Un pantalon treillis, des rangos, des mitaines militaires, et un masque à gaz futuriste, avec des peintures rouges, qui lui couvre le visage, masquant ses traits. J'aperçois ses yeux, d'un vert qui serait beau sans la lueur que je reconnais pour l'avoir vu bien des fois : ce mec est fou. Je fais rapidement le rapport avec les rochers; si ça bouillonne comme ça dans sa tête, ses réactions sont aussi imprévisibles que changeantes. Je suis dans de sales draps ...
Ce mec à l'air fort, bien plus que moi, et je n'ai pas vu son coup partir; je l'ai en revanche bien senti. J'espère que mon bon contact avec les schizos ne va pas me faire défaut.

"Eh, où tu cours comme ça, toi ?!"

Sa voix est éraillé mais puissante, avec des consonances rauques; le masque lui ajoute un étrange écho étouffé. Son ton est coléreux, chargé d'une haine que je devine aussi volatile que violente. Ses poings se crispent convulsivement, ses muscles se bandent. Aïe, il faut que je me sorte de cette mauvaise passe, d'une manière ou d'une autre.
L'expérience me l'a montré : rien ne sert de raisonner un fou. Plutôt que s'opposer à leur délire, il faut l'accompagner, y rentrer, et l'en sortir en douceur. Les fous sont des rivières déchaînées; on se fait broyer si on la contre de front. Il faut le fendre, ne faire qu'un avec le courant.
Jugulant ma peur, je me fend d'une révérence outrancière, le visage impassible. Puis je relève les yeux, constate que le fou s'est arrêté devant moi, à à peine un mètre. Je le regarde dans les yeux.

"Où je vais ? Au Métro, sémillant inconnu, mais tu m'as coupé dans mon élan."

Il me toise, les yeux plissés par le soupçon.

"Et celle qui t'accompagne ?"

Pas un instant d'hésitation. Les fous n'ont pas la même sensibilité. Qu'il devine que mon pouvoir est distinct de moi, et que je la considère féminine, ne m'étonne qu'une fraction de seconde.

"Partout où je vais, elle va. Nous sommes inséparables, liés par le corps et l'esprit."

Oula, j'en ai peut-être trop fait.
Il ... éclate de rire ?!
Il tombe au sol, en se tenant les côtes, ses pieds remuant la poussière. Je ne peux m'empêcher de rire à mon tour; ma tension retombe, tandis que j'appréhende la suite. Ses gloussements s'espacent peu à peu, puis cessent. Il se relève alors d'un bond, pose sa main gauche sur mon épaule, et plante ses yeux dans les miens.

"C'est sérieux, n'est-ce pas ? C'est plaisant de voir ça dans ce monde de merde. Vous irez loin, tous les deux, Psycho te l'assure."

Je lui renvoie son expression grave, et répond

"Merci à toi, je n’oublierais pas tes paroles."

Comme si l'entretien était clos, il se retourne, et s'éloigne d'un pas lent et mesuré, comme si quelqu'un dormait et qu'il fallait éviter de le réveiller.
Prudent, je ne le quittes pas des yeux, attentif à un possible retournement des choses. Rien n'est jamais fini avec un fou, surtout de cette envergure. L'absence soudaine de toute inscription sur les rochers m'interpelle alors. Le calme avant la tempête ? Je préfère ne pas être là pour vérifier.

"A une prochaine fois, Psycho !"

Je m'apprête à décamper quand sa voix retentit

"Attend ! Je ne connais même pas ton nom, ne m'abandonne pas comme ça ..."

Il a des accents geignards, désespérés. Le temps de me retourner et il est déjà à nouveau en face de moi, les mains jointes devant lui.
Mon aura m'aide à évacuer la tension qui s'empare de moi, et mon ton, quand je lui parle, est dégagé, chaleureux, presque paternel.

"Je suis Jean-Baptiste Dubois, à ton service."

Il me jette un œil complice, et susurre

"Et elle ?"

Après quoi il s'affaisse brusquement, les bras ballant, le dos voûté. Impassiblement, je répond

"Elle possède autant de noms que l'on peut lui en trouver, mais je l'appelle Mare. Elle est 'the mare of my night', l'amante de mes nuits. Longtemps, je l'ai combattu, avant de l'accepter en moi, tandis qu'elle m'acceptait en elle."

Ma tirade semble le toucher, je vois ses yeux qui s'humidifient, alors qu'il lève la tête. Il est sur le point de sangloter ? Brusquement, il redresse son buste, lève le menton, et lâche avec un regard chargé de dédain

"J-B, huh ? Je m'en rappellerai, avec respect et joie"

Le ton qu'il emploieest en totale contradiction avec ses paroles, c'en est presque comique. Je ne relève pas, et lui se fige dans cette position, alors que les rochers, autour de nous, clignotent plus vite et fort que jamais de pensées désordonnées, les siennes, et de quelques unes des miennes.
Reste sur le qui-vive, pas de bourde, surtout ! Je fais flamboyer mon aura, en guise de fin de discussion, me retourne calmement après l'avoir salué une seconde fois, et d'une détente me propulse dans les airs. Je me retourne et vois Psycho qui saute loin de moi, retombe sur le sol en roulant, se relève comme un chat enragé et hurle en se ruant vers l'intérieur du royaume, comme le fou furieux qu'il est. Il disparaît soudainement, ce qui me surprend tellement que je manque de tomber.

"Il s'est réveillé, c'est ça ?"

Je pousse un soupir tremblant de soulagement. Cette rencontre était la plus dangereuse que j'ai jamais faite, ce Psycho est complètement insane. S'il ne s'était pas réveillé, aurait-il été massacrer du gnome, ou aurait-il fait volte-face avant de me défoncer ? Je ne me fais pas d'illusion, je n'aurais pas eu la moindre chance.

"Le danger est écarté, c'est ce qui compte ..."

Le Métro ne m'attendra pas, autant faire vite. Je plonge à 45° vers le sol, freine ma chute tout en la canalisant vers l'avant, et sprinte entre les rochers, qui semblent aussi soulagés que moi du départ de Psycho.

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