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La gardienne (quête solo]

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Calvin Thomas
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MessageSujet: La gardienne (quête solo] Lun 17 Nov - 19:59
Le 12 novembre 20XX


Journal journal, cher journal,

Plus que jamais, voici un rêve qui va te donner toute ta valeur stéréotypée de « truc de fille ». Le rêve de cette nuit était... Très... onirique ?

Pour commencer, je reviens sur la journée qui a précédé cette nuit. Peut être que cela me permettra plus tard de comprendre pourquoi ou comment je me suis retrouvé, dans Dreamland, là où je suis effectivement apparu.

J'avais lu un peu de Lovecraft, pour faire ma culture, comme ça. La nouvelle qui s'appelle les chiens de Tendalof (Tendaloss ? Le livre est à moins de 3 mètres mais je suis sous ma couette et n'ai pas envie de me lever). Bref. Lovecraft.

Même sans être un grand lecteur, le genre à se « plonger » dans les livres et à m'imaginer dedans, même sans être particulièrement peureux, je n'ai pas osé m'endormir en restant sur cette idée. Ma vie de Voyageur m'est trop précieuse pour me retrouver dans un royaume où des créatures qui traversent le temps viennent vous manger. Quand j'y repense, regarder des films d'horreur ou des choses terrifiantes avant de se coucher devient presque suicidaire pour un Voyageur... Dreamland conditionnerait nos vies par nos rêves, à la longue ? Enfin bon, là n'est pas le sujet.

Je me suis donc concentré sur des choses paisibles. Quand je pense paisible, la première image qui me vient en tête, c'est un saule pleureur au dessus d'un étang sur lequel se reflète un paysage forestier.

Et Dreamland m'y a fait apparaître.

Le truc en plus, c'était l'automne ; le paysage était baigné dans cette odeurs de feuilles aux tons chauds ; l'odeur du roux et du jaune, de la rosée qui n'arrive pas à s'évaporer totalement et laisse les sous-bois humides. Ciel gris-blanc, lumière assez douce.

Ce n'est pas exactement un endroit de « rêve » pour moi (je veux dire ; l'automne et la mélancolie, on fait plus sympa dans Dreamland) mais au moins ça ne ressemblait pas à un cauchemar.

Et en guise de transition, cette belle citation qui me vient de je ne sais plus où -mais sans doute d'un jeu vidéo ; « pourquoi faut-il toujours qu'il y ait une fille ? »

Je me suis relu pas mal de fois depuis que je tiens ce carnet et je sais que j'ai du mal avec les filles. Ca me chagrine, oui, mais avec le recul, je crois que si c'est un coup au moral, mes aventures onirique me retapent facilement après. Et je me dis que cette façon que j'ai de trouver n'importe qui « charmante » traduit forcément le côté artificiel de la chose, que ce n'était pas une trop grande perte...

Cette fois, je crois que c'est différent. Peut être que je me rendrais compte plus tard que je me trompe encore, mais au moment où j'écris ça, j'ai une drôle de sensation, les « papillons dans l'estomac », ce genre de truc. Je n'ai qu'une seule envie ; me rendormir. Ma chambre, le carnet, tout ça me semble moins important. Papi m'avait mis en garde, il appelle ça « le mal de Dreamland ». C'est pour ça qu'on ne doit que s'amuser dans le monde des rêves selon lui. C'est pour ça qu'il passe ses nuits à aller à l'aventure avec ses copains.
Je me demande s'il a totalement raison ou totalement tort maintenant. J'aurais sans doute dû passer à côté sans rien faire. J'aurais peut être dû ne pas la voir ?


J'ai regardé autour de moi – évidemment hein, je ne me promène pas en aveugle. Un bon point déjà, que ce journal. Je réalise que c'était, en quelque sorte, inévitable. Si j'étais romantique, je dirais que c'était le destin.

On va dire que c'était le destin.

Je n'ai pas envie de la décrire trop précisément ici, des fois que l'envie de l'oublier deviendrait trop obsédante. Mais c'était une asiatique, assise et adossée, les genoux légèrement remontés devant elle, et qui semblait dormir.

Je ne sais pas si elle m'a vu, ou entendu, ou même senti. Elle a levé le visage, sur lequel pendaient ses cheveux, l'a doucement secoué pour qu'ils cessent de lui cacher la vue, et a ouvert ses yeux. Quoiqu'elle ait vu sur moi, ça l'a fait sourire. Un demi sourire, un peu triste, un peu forcé, mais presque touché. Puis elle a fermé les yeux et retrouvé sa position initiale.

Aaah, voilà. Papillons dans le ventre rien que d'y penser. Sur le coup, tout a disparu. Enfin non, je ne vais pas m'étendre, je trouve ça idiot de chercher à décrire ce sentiment. Je me suis retrouvé là, bien gêné, et c'est tout ce qu'il y a à comprendre réellement.

Et qu'aurais-je pu faire ? La draguer comme un alcoolique de métro ? Comme un jolicoeur de boîte de nuit ?

Elle avait fermé les yeux. M'avait souri oui, puis signifié qu'elle ne désirait pas me parler, me regarder, ou m'entendre. J'ai passé mon chemin. J'ai continué ma route, sans me retourner. En marchant lentement. De plus en plus lentement. Je voulais qu'elle me rappelle, qu'elle change d'avis, qu'elle cherche un peu de compagnie dans ce paysage silencieux et désert. Chaque pas devenait plus dur à poser devant le précédent.

Jusqu'à ….

Jusqu'à ce que je me fasse une raison. J'étais trop loin d'elle maintenant. Des dizaines de troncs de chênes et de bouleaux nous séparaient. Elle ne m'avait pas rappellé. Je me suis laissé tomber le dos contre un arbre. J'ai profité du couvert pour regarder derrière moi...

Disparue, bien sûr. J'avais marché trop vite, ou à trop longues enjambées. Enfin, lentement ou vite, ça n'aurait rien changé ; elle ne m'aurait pas demandé de m'arrêter, à mon avis.

Mais bon ! N'est pas héros qui veut ! Je suis resté là un moment, un peu tétanisé, un peu indécis. Il fallait que j'agisse, bien sûr. Il n'y avait rien dans cet endroit, rien qui semblait intéressant, de prêt ou de loin. Le silence ne me permettait pas de me guider à l'oreille vers un autre lieu plus intéressant.

Je dois préciser encore ; c'était un de ces nuits où je n'ai pas soif. Je n'ai pas fait demi tour tiraillé par l'envie de la mordre. Je l'ai fait parce que je suis courageux et c'est tout. Ca n'a rien de ridicule ; c'est une épreuve difficile, beaucoup plus qu'on ne le croit ! Enfin bref. La retrouver n'a pas été difficile et il ne m'a fallu qu'une ou deux minutes pour retourner à mon point de départ.


Elle était encore là, dans la même position. A nouveau, elle a levé les yeux, mais son sourire avait quelque chose d'un peu plus forcé, d'un peu moins tendre. Je me suis senti mal à l'aise. Est-ce que je l'indisposais ?


-Excuse moi... Je ne sais pas par où je dois aller pour... sortir de la forêt.

Elle n'a pas répondu tout de suite et je ne sais pas si elle pesait mes mots ou les siens. Finalement, elle a prononcé distinctement ;

-Nous sommes au centre, je crois. Tu peux partir en marchant dans n'importe quelle direction pendant assez longtemps, tant que tu marches droit.

La bonne affaire. J'ai bien failli être sûr quelle voulait que je parte. Mais bon, ma décision était prise, et je sais être têtu que j'en ai envie.

Je peux rester ? Ou tu attends quelqu'un ?

Elle a sursauté. A la fin de ma phrase je crois. Enfin son visage doux a changé un instant, pour se froncer dans une expression concentrée. Et puis ;

-Oui, si tu veux, tu peux rester.

Un début pas vraiment encourageant, mais un début quand même.

Ce début a duré un moment. Je me suis assis contre un arbre, en imitant sa position, le bas du visage caché dans le col de mon manteau, faisant mine d'avoir les yeux dans le vague pour me permettre de la contempler quand j'en avais envie.

Je dois dire que je n'ai pas abusé de ce petit pouvoir. Déjà, au cas où elle l'aurait « senti » (les gens dans Dreamland sont parfois plus balaises qu'on ne le croit), ce qui m'aurait fait passer pour le plus gros des obsédés. Ensuite, parce que l'ensemble était tout aussi joli que son seul corps plié et vaguement endormi. J'avais l'impression que, si je la regardais trop, elle finirait pas disparaître. A la place, je pouvais laisser errer mon regard et mes pensées, me demander qui elle était, ce qu'elle faisait là. Et puis la regarder à nouveau, une seconde ou deux, pour m'assurer qu'elle n'avait pas bougé, que cette frêle statue restait inaltérée, pour me permettre de poser mes yeux ailleurs, et de rêver, encore.

Le temps m'a paru à la fois long et court. Avec le recul, ça m'a semblé être un instant. Mais je sais qu'en réalité, des crampes m'ont tiraillées, de même que l'envie de parler. Mais j'ai « tenu bon », en quelque sorte. Je ne voulais pas être le prochain à parler. Il fallait qu'elle fasse, elle aussi, un geste en ma direction. Et s'il ne venait pas ? Tant pis, je n'aurais rien à me reprocher. Je la laisserai tranquille, si c'était ce qu'elle désirait, et me serait réveillé avec des regrets, mais rien d'autre.

Mais...


-Pourras-tu rêver de cet endroit encore, demain ? Et garder l'épée ?
-L'épée ?

Elle s'est levée délicatement, me laissant le loisir d'apercevoir ce sur quoi elle était adossée depuis tout ce temps.

J'avais pensé à un rocher, comme le laissait suggérer la pierre dissimulée sous une fine couche de mousse derrière elle.
Et il y avait un rocher, oui. Sauf qu'une épée était plantée dedans. Classique ? Sans doute.

Je n'ai jamais vraiment eu le temps d'en parler en racontant mes rêves, mais je fais de l'escrime médiévale dans un club, ici à Marseille. Et je sais reconnaître une claymore quand j'en vois une. La garde, imposante, nécessitait d'être tenue à deux mains. Couverte de lanières de cuir finement ciselées, elle se terminait par un pommeau arrondi ouvragé dont le motif restait indéchiffrable.

Mais le plus impressionnant, c'était la lame. Etincelante malgré l'absence de trait de lumière tombant dessus, elle semblait avoir été polie et lustrée le jour même. L'arme dégageait à elle seule une impression de grandeuret de noblesse.

Je n'arriverai pas à restranscrire la discussion qui a suivi, tant j'étais captivé. Mais en substance, voilà ce que la fille m'a dit ;


-Je dois surveiller cette arme. Seulement, je ne peux la surveiller qu'un bout de journée. A en juger à l'heure à laquelle tu es apparu ici et à... ton apparence, tu dois être européen ? Si nous pouvions alterner la garde de l'épée, je serai un peu plus certaine de sa sécurité et mes journées en seraient... Apaisées.

Quelque chose comme ça. Enfin, j'en retenais trois choses ;
D'abord, cette fille avait besoin de moi dans Dreamland.
Ensuite, l'impact de mon aide dans Dreamland pouvait rendre ses journées éveillées meilleures.
Enfin, cette fille avait engagé la conversation d'elle même, semblait me faire confiance et rendait possible mon espoir un peu fou.

Voilà, c'est à peu prêt tout ce qu'il y a savoir. Tout ça pour en arriver là.

Elle a rejeté toutes mes tentatives d'en savoir plus, ou sur elle, ou sur l'épée, ou la raison pour laquelle il fallait la garder. « Nous verrons cela plus tard, si je te croise à nouveau ».

Et puis, nous nous sommes rassis en silences. Elle n'a pas tardé à disparaître, et j'ai passé le reste de ma nuit à côté de l'épée, à la contempler et à me promener autour en ruminant des questions. Passer mes nuits ici, à ne rien faire ? Inacceptable, bien sûr. Mais la revoir ?

Et bien, je verrais bien ce soir...
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Mer 26 Nov - 22:55
Le 13 novembre 20XX


J'y suis retourné.

Et je ne l'ai pas vue cette nuit. Je me sens... Vachement triste en fait et c'est dur à admettre.

J'ai cherché des animaux ou n'importe quelle forme de vie pour discuter avec eux, mais je n'ai rien réussi à approcher qui semble « civilisé ».

En touchant la lame, je m'y suis coupé. J'ai voulu boire mon sang pour apaiser un début de soif, une légère gorge sèche vampirique, mais ça n'a rien donné de concluant. Mon sang a un goût de fer, un goût de sang normal. Rien à voir avec le sang d'Alice, ou d'autres.

C'était une mauvaise nuit mais l'endroit était calme et j'en ai profité pour penser à des choses et d'autre. C'est bizarre, je trouve que le temps n'a pas été si long, alors que j'ai dormi prêt de 10 heures...

Le 14 novembre 20XX



Victoire ! Je me suis couché plus tôt et j'ai pu la revoir ! Cette fois, point de roupillon du côté de May !

May, c'est son nom. Un nom magnifique, je trouve, très sincèrement. J'ai demandé à Hobbes juste avant qu'il aille en cours et il m'a confirmé « oui c'est joli ». C'est dire ! Bref.

Je l'ai interrompue au beau milieu de ce qui semblait être une séance de Tai-Chi, ou de kata d'un art martial exécuté très lentement. Son visage concentré n'en était que plus beau. Même marqué par l'effort, un peu moit, ses traits dégageaient une forme de pureté et de sérénité... Je ne la décrirai pas, encore une fois. Plus que pour m'en protéger, cela pourrait peut être, même, la protéger elle. Des fois que mon carnet tombe entre les mains de n'importe qui -ce que je n'espère pas, mais bon.

Bon dieu, on dirait un jeune premier, je vais me calmer (mais en même temps, je m'applique à écrire bien, alors autant faire de jolies descriptions aussi. Elle le mérite !).

Nous avons discuté cette fois, en marchant dans la forêt. Marcher à côté, à quelques mètres de distance... Plus d'émotions que je ne l'aurais cru ! Je ne pouvais pas me risquer à la regarder directement à moins de tourner directement le visage, risque que je n'aurais jamais osé prendre. Nous nous sommes éloignés, relativement, sans qu'elle semble s'inquiéter aucunement de l'objet de notre garde commune. Cette promenade, circulaire, j'imagine qu'elle en connait les moindres détails. Pour ma part, je me noyais entre la brise et les odeurs automnales et la timbre léger et doux de sa voix.

Nous n'avont pas énormément parlé, parce qu'elle s'est réveillée bien avant moi et parce que... Son rythme de discussion est très lent. Ce qui me convient parfaitement. Parler pour ne rien dire ? Je n'oserai pas même y penser en sa présence. Marcher était bien suffisant.

Je sais donc que May, vit au Japon, elle sait que je vis en France (et elle a trouvé ça très chouette, j'étais ravi et je crois avoir rougi, mais je ne pense pas qu'elle l'ait vu). Si on dort chacun environ 9 heures par nuit et qu'on passe une heure ensemble, ça fait que l'épée reste sans surveillance pendant 8 heures. Ca reste beaucoup, mais May m'a assurée dormir beaucoup plus que ça. C'est presque inquiétant, qu'elle s'inquiète autant pour cette épée mais... Ca ne me regarde pas, j'allais dire.

Mais... Si, maintenant, si.

Pourquoi se donner tant de mal ? A ce sujet, elle est d'abord restée évasive et puis... Comprenant que de toute évidence, il m'en fallait plus pour rester, elle s'est finalement confiée.


-Quelqu'un doit venir chercher cette épée. Une dizaine de pas, les froissements des feuilles mortes pour ponctuations et puis ; Je l'attends.
- Et s'il vient pendant que c'est moi qui monte la garde ?
-Je ne pense pas que tu pourrais l'empêcher de s'en emparer, mais... Dis lui que May attends ici depuis bientôt six mois. Alors, il restera bien jusqu'à ce que je m'endorme !

Son sourire m'a fendu le cœur. Bientôt six mois ! A sacrifier ses nuits, jour après jour ? Pour rester auprès d'une épée ? Pour quelqu'un ?  Qui ?

Je n'ai pas osé m'insurger et remettre en question ses convictions. May n'avait pas l'air folle. Dans ses yeux brillaient une lumière d'intelligence et de volonté inébranlable, bien loin de l'image que je me fais de quelqu'un d'obsédé par une idée absurde, ou imaginaire. Il y avait une raison derrière cela, et celle qui avait conçue cette raison ne l'avait pas fait sur un coup de tête.

Mes questions restaient, cependant. Si c'était un Voyageur ou une Voyageuse, pourquoi ne pas s'endormir en pensant à elle ou lui ? Il semblait que l'idée de revoir cette personne dominait, plus que la garde stricte de l'épée. Alors quoi ? Un habitant des rêves ?

Et d'ailleurs, la garde contre quoi ? Il n'y avait pas un chat dans les environs. Cette dernière question, toutefois, je n'ai pas pu m'empêcher de la poser.


- Pourquoi garder l'épée ? A part pour rencontrer cette personne qui viendra la chercher ?
-Parfois, des Voyageurs arrivent jusqu'ici. C'est une histoire qui...


Pouf. Disparue. Réveil. Je garderai le reste de mes questions pour la nuit suivante.

Six mois ici !

Six mois... Et moi, combien de temps encore vais-je rester ? Plus qu'une jolie fille, toute cette histoire m'intrigue trop pour que je l'abandonne et retourne vagabonder auprès de souris volantes et de godemichets aguicheurs. Je resterai au moins jusqu'à avoir le fin mot de cette histoire. Et tant pis si je dois passer mes nuits seul ici. Je m'entrainerais contre la nature ! Musashi faisait bien ça, lui.

Et la solitude, j'en connais un rayon.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Jeu 27 Nov - 23:12
Le 15 novembre 20XX


Si on continue à se voir un jour sur deux, je vais finir par trouver ça moyennement drôle. D'autant qu'elle n'a pas pu m'expliquer le fin mot de l'histoire !

Je m'endors en pensant à l'épée, et pas à elle. Histoire d'éviter de me retrouver n'importe où si elle n'est pas à Dreamland quand je m'endors.. Mais les conséquences sont que voilà, je ne l'ai pas vue.

Comme je l'écrivais hier, j'ai passé une partie de cette nuit à m'entraîner. Malheureusement, donner des coups de poings dans les arbres fait quand même relativement mal, même dans Dreamland... Au programme donc ; manipulation du sang sec sur ma cape, pompes, assouplissements et frappes diverses (en grande partie dans le vide). J'ignore si ces exercices auront une influence sur mes capacités physiques de la nuit prochaines, étant donné que mon état est « réinitialisé » chaque matin. Mais le Béhémoth m'a dit de ne pas négliger l'exercice dans le monde des rêves... alors pourquoi pas.

Je contrôle ce sang sec très facilement, je dois dire. Dommage que ce ne soit que de la poussière. Quand je décide de le faire bouger, il commencer par tirer le tissu avec lui, mais fini toujours par s'en détacher. Ensuite, impossible de l'y « recoller ». J'ai voulu utiliser les petites plaies sur mes phalanges, du sang un peu plus « mou » pour y attacher un peu de fixant, mais ça n'a pas fonctionné. Dommage.

(Quand je pense à ce que j'écris... Ca m'aurait révulsé, il n'y a pas si longtemps).

Enfin, voilà. Au moins, je peux passer mes nuits à mettre au point des techniques tranquillement, disons. C'est pas si mal.

Le 16 novembre 20XX

J'ai eu beaucoup trop de mal à m'endormir. Toujours pas de trace de ma mystérieuse asiatique, forcément, elle a dû se réveiller bien plus tôt. Je me demande si elle se demande où je suis.

Bon, je n'ai pas vraiment envie de décrire cette nuit.
Pour toute question, voir plus haut.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Ven 28 Nov - 18:03
Le 16 novembre 20XX, plus tard

J'ai fait une sieste pour la voir ! Ca a marché mais...

Je ne m'attendais pas à ça... Je ne comprends pas encore tout. J'espère qu'écrire ravivera ma mémoire et qu'avec ça, je pourrais tirer des conclusions dans la journée, à tête reposée. J'en saurai peut être plus cette nuit... bon, bref ;

May était au milieu d'une clairière, non loin de l'épée. Tendue comme la corde d'un arc, elle a failli me trancher en deux lorsque je suis apparu ; l'air a soudain vibré et elle a dégagé une puissance similaire à celle de papi, c'est à dire ; extraordinaire. Le katana qu'elle tenait entre ses doigts s'est levé puis abaissé d'un coup, tandis qu'elle reculait latéralement pour lui permettre de me fendre le crâne à la bonne distance. Son coup est parti, mais elle a suspendu son geste à un cheveux de moi, littéralement.

Elle m'a reconnu et son visage c'est crispé dans un masque féroce ;


-Enfuis toi ! Loin d'ici ! VITE !

Je suis resté les bras ballant, avant de reculer prudemment. Je me suis demandé si elle n'était pas vraiment folle, pour finir. Et puis après un autre de ses ordres hurlé, j'ai tourné les talons et j'ai couru me mettre à couvert.

Je n'ai pas passé de beaucoup la bordure d'arbre qui marquait la limite de la clairière. May avait l'air en danger. Même si de toute évidence je n'étais pas capable de la protéger, je n'allais pas tout simplement me cacher dans un trou et attendre. Deux valent mieux qu'un, non ?

Erreur de calcul il faut croire.

Quoique. Puisque c'est deux types qui sont apparus dans la clairière. Un asiatique et un autre mec, un européen avec des tâches de rousseur. L'un portait un grand bâton et avait les cheveux coiffé dans tous les sens comme ils font parfois au pays du soleil levant ; un mélange entre le punk et l'émo. Le deuxième avait un bonnet noir. Le reste de leur style vestimentaire reste trop étrange pour que j'arrive à le décrire parfaitement. Un genre de mix entre le hipster baba cool pour l'européen, du punk-émo-japonais pour l'autre.

Le sabre de May a vibré mais ils ont disparu pour apparaître derrière elle. Elle a pivoté avant même qu'ils ne réapparaissent. L'instinct ? Pouvait elle les voir ? Nouveau froissement d'air. Celui au bâton avait levé sa canne en bois et la vague d'air s'est ébréchée sur une sorte de bouclier invisible.


-Un ami à toi, May ? Et me. va.. forêt ?

Seule la provocation a été prononcée assez fort pour me parvenir, et je n'ai pas entendu distinctement la suite. En guise de réponse, May s'est jetée sur eux en envoyant à nouveau son sabre dans leur direction. L'émo-punk a riposté en levant à nouveau son bâton, parant le coup à la façon d'un magicien. Celui au bonnet s'est enfui derrière lui. Et s'il ne se dirigeait pas directement dans ma direction, peut être pourrait-il tout de même m'apercevoir.

Etant donné sa capacité à disparaître pour réapparaitre plus loin, je me suis tassé sur moi même. Avec succès, je crois. Avec ma cape, je me fondais plutôt bien dans le décor. Même ma couleur de cheveux ne tranchait pas avec le jaune d'une partie du tapis végétal.

Je pense qu'il ne m'aurait jamais vu, sans l'intervention de son copain. Un bon réflexe, quand j'y repense. Pas très noble, mais bon... Ca ne posait pas de préjudice à May, alors pourquoi pas ?


Sauf qu'un arbre a fleuri, soudainement ; alors que jusque là elles étaient d'un rouge éclatant, ses feuilles sont tombées puis ont bourgeonné dans l'instant pour en faire éclore de magnifiques autres, d'un vert explosif. Juste devant moi. Ceci, accompagné d'un cri ; « Ici ! » et mon sort était réglé.

Nouveau bon réflexe ; j'ai frappé mon poing contre l'écorce de l'arbre avant de le laisser traîner contre le bois, entaillant légèrement ma peau. Pas de quoi déclencher une hémorragie, mais étant donné que je n'ai pas d'autre pouvoir... Je peux me vanter de ce genre de petits « trucs » ici, puisque ça n'est destiné qu'à moi (hein ? ).

Ceci étant fait, j'ai pris mes jambes à mon cou.  

Mais c'était peine perdue. La course poursuite a presque cessé instantanément. Le type au bonnet est apparu devant moi, les bras écartés et a lâché d'un air dégueulasse ;


-Salut toi ! Tu me montre ton calebut et je te laisse partir !

Une proposition stupide, hein ? Digne d'un mec qui s'affiche clairement comme le méchant de l'histoire. Cet espèce d'enfoiré... J'espère pouvoir me venger !


Toujours est-il que j'ai mis de l'eau dans mon vin, niveau héroïsme, et que je dois sans doute ma vie à un petit stratagème. Mine de rien, j'apprends à survivre en territoire hostile !

Le sang sur ma main avait déjà séché. C'est l'avantage d'une telle quantité de sang ; ça n'est pas très utile et je ne peux rien lier, mais au moins, je peux la manipuler rapidement et sans aucune difficulté. Ainsi, tandis que je levais mes mains vers le haut pour montrer mes dispositions pacifiques, je décrochais la fine pellicule de poussière de sang sous mon auriculaire et le dispersais dans l'air, assez pour le rendre invisible.


-Pas la peine de lever les mains, lève ton manteau et ta chemise et ça ira !

Je me suis raproché et j'ai rassemblé toute la poussière au niveau de l'oeil de ce sale type. Je lui ai envoyé droit dans l'oeil . Le sang ne file pas vite, mais ça a dû faire un petit peu mal. En même temps, je lui ai flanqué mon meilleur direct sous le menton.

Il l'a senti passer, ouais !

Un peu.

Comme quand un enfant frappe un adulte quoi. Je reste persuadé que la poussière dans l'oeil a été le truc le plus efficace de la manœuvre.

En échange, il a envoyé le tranchant de la main droit dans ma mâchoire, dans un geste trop rapide pour moi. Il avait pas vraiment besoin d'y voir clair ; j'étais là l'instant d'avant et il allait très vite. Je sais même pas si c'était à cause de son pouvoir, mais j'ai à peine vu le coup. En revanche, je l'ai senti. Je ne sais pas combien de dents ont sauté, mais je suis tombé à la renverse avec elles.

Points noirs devant les yeux. Mes oreilles se sont mises à siffler. Je crachais des morceaux de dents et -surprise!- un peu de sang. Sèchera vite, sèchera pas ? J'avais d'autres préoccupations pour le moment. Ou plutôt ; je n'arrivais pas à savoir quelles étaient mes préoccupations. Le K.O technique pointait le bout de son nez.

Heureusement, une pellicule de poussière dans l'oeil, ça fait un peu chier. Juste assez pour avoir envie de l'enlever avant d'en finir. Maintenant que j'y repense ; coup de chance, je ne l'avais pas rassemblé en une petite boule facile à enlever. Malgré ça, la paupière ne tarderait pas à jouer son rôle et dans la position dans laquelle je me trouvais, je n'allait pas pouvoir parer quoi que ce soit.

Mais -miracle- je n'ai pas eu à me défendre.

Je n'ai pas encore bien compris pourquoi. Le type au bonnet a soudain disparu. Je me suis réveillé après, et je crois que j'ai perdu connaissance dans la foulée.


Et me voilà. Je m'en souviens encore, donc je ne crois pas être mort. A priori, j'ai juste mangé une sacré baffe... J'espère voir May dans d'autres circonstances cette nuit. Je me coucherai tôt. Même si pour le moment, je ne suis plus vraiment fatigué.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Sam 29 Nov - 10:45
Entre le 16 et le 17 novembre 20XX


Impossible de dormir putain ! Il faut que j'achète des somnifères, des calmants, quelque chose ! Merde ! J'espère que May n'a rien ! Plus je réfléchis, plus je veux dormir, et moins j'y arrive ! Fais chiiiii *amas de ratures* !!


le 17 novembre 20XX



Au moins, je suis encore un Voyageur.

Je me suis réveillé dans un monde ennuyeux, couvert de lits et de machins pour bébés. Des modules voilà le bon mot. Mes efforts pour m'endormir en me persuadant de penser à des choses calmes semblent m'avoir mené là... De toute façon, j'aurais manqué May. J'ai à peine eu le temps de discuter avec un groupe d'adulte.

Ils gardaient leurs enfants. Les « Toons », ils se font appeler. D'abord agressifs, ils m'ont semblé un peu illuminés et sur-protecteurs (ils veillent sur les songes de leurs bambins en bas âge, voyez l'idée... C'est pire qu'une mère qui fouille dans votre chambre. J'espère qu'ils arrêteront quand leurs enfants auront vieilli). J'ai passé un petit moment à bavarder avec eux, à regarder leurs maaagnifiques enfants, et me suis réveillé.

Tôt. Heureusement. Bénie soit l'alarme de mon téléphone portable.

Je vais essayer de me calmer pour la nuit prochaine et tout ira mieux.

le 18 novembre 20XX

May n'était pas là cette nuit.

J'en ai profité pour me familiariser avec les environs. J'ai retrouvé la clairière où se sont déroulés le combats en remontant le long du cours d'eau qui passe derrière le rocher de l'épée. Sans conviction, j'ai cherché des traces, mais évidemment, il n'en restait aucune. L'arbre qui avait fleuri la fois dernière a retrouvé son état d'origine ; rouge, aux feuilles sèches et tombantes. Et les cadavres des Voyageurs ne souillent pas le monde des rêves.

Cela dit, j'ai continué ma promenade en observant un peu plus mon environnement. Et là, surprise ! Peut être que je me fais des idées, mais ici et là, les arbres portent des stigmates... Comme s'ils avaient été tranchés.

Par May ? Peut être s'entraîne-t-elle ici ? Mais dans ce cas... Pourquoi les arbres restent marqués par son sabre, alors que les effets du pouvoir du mec au baton (disons ; le magicien émo-punk) a disparu d'une nuit sur l'autre ? Enfin, peut être que le pouvoir de ce type est temporaire... Je garde ça en tête, des fois qu'il faudrait le combattre une fois de plus.

Et puis, qui étaient ces types ? Ils la connaissaient. Trop de questions !

Je n'ai pas vu la nuit-journée passer.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Dim 30 Nov - 16:26
le 21 novembre 20XX

Toujours pas de trace de ma mystérieuse asiatique... Elle ne m'a pas laissé de message non plus. Je ne sais pas s'il est possible de laisser des messages, d'ailleurs... Si j'avais laisssé un morceau de ma cape accroché à la garde de l'épée hier, ce morceau avait disparu aujourd'hui. Non pas que quelqu'un s'en soit emparé ; il avait retrouvé sa place initial, au bout de mon manteau déchiré. Je suppose même qu'il a disparu dès l'instant où je me suis réveillé...

J'aurais bien demandé l'aide de Hobbes, mais j'ai le sentiment que ça doit rester personnel. Et puis... On se ressemble trop. Je n'aurais pas envie qu'il découvre l'existence d'une si jolie fille.

J'espère qu'elle est encore en vie, qu'elle est encore une Voyageuse. Si je n'ai plus de nouvelle d'elle d'ici une ou deux semaines, j'arrêterai de passer mes nuits ici.

Je veux la revoir. Je dois la revoir, même si c'est une rêveuse...

Mais plus question de faire des siestes pour ça, c'est trop dangereux si je retombe sur les deux types... Je demanderai bien de l'aide à papi, mais je ne sais pas s'il m'aidera. Il est protecteur, oui, mais il n'exécutera pas de « mission » pour moi. C'est contre ses principes oniriques.

C'est peut être pas plus mal.
le 22 novembre 20XX

Pas grand chose à ajouter dans le journal aujourd'hui.

C'est dur d'écrire dans le journal, vu ce que je fais de mes journées. Rater May me déprime plus profondément que je ne l'aurais cru. Je veux la voir, je dois la voir. Je vais penser à elle toute la journée encore et m'endormir frustré. D'autres réveils comme celui là, je m'en passerait...

J'ai tenté d'arracher l'épée de son socle et je n'ai pas réussi. C'était comme si j'étais vidé de mes forces à chaque fois que l'envie me prenait de tirer dessus. Quand j'ai renoncé, tout allait bien, à nouveau.

L'épée est donc bien magique, comme on pouvait s'y attendre. Je ne sais pas quelles sont ses autres particularités.

Mais ce n'est pas garder l'épée qui intéresse May. C'est retrouver celui (celle?) qui viendra la chercher, lui communiquer un message. De la même manière qu'en ce moment, je reste auprès de l'épée pour la revoir, elle... Peut être qu'elle reste là pour une raison semblable.
Et si demain, quelqu'un apparaît alors que je somnole à côté de la lame, est-ce que je lui dirai de rester là, autant que possible, et de me prévenir s'il la voit ?

Peut être.

M'enfin, six mois quoi !.. Et contrairement à May, je n'aurais sans doute jamais l'air aussi... Il y a quelque chose dans son regard et dans son attitude de... résigné. Moi, je dirais que je suis inquiet, anxieux à la limite... Mais rien à voir avec ce qu'elle semble ressentir.
Je sais pas trop...


Quoiqu'il en soit, l'avantage de ces nuits solitaires, c'est que j'apprends à lutter contre ma soif ! Habituellement, les nuits où je me réveillais affamé (ou assoiffé), j'avais l'impression d'être aussi faible qu'un nourrisson. Cette nuit, j'ai tenté de lutter, je me suis un peu mis des coups de pied aux fesses et ça allait à peu près, je crois. J'ai pu enchaîner environ cinq séries de quarante pompes, c'est très raisonnable. Peu pour Dreamland à mon avis, mais ça reste honorable.

Je dois devenir plus fort pour mettre une raclée aux deux abrutis si je les revois.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Mar 2 Déc - 18:50
le 23 novembre 20XX



Je l'ai vue !

Je suis apparu non loin de l'épée et me suis dirigé en sa direction, suivant un chemin déjà connu, respectant ce que l'on pourait qualifier d'habitude. Quelque chose était différent. Si les bois silencieux sont à chaque fois une invitation au repos et à la méditation, les lieux étaient encore plus emprunts de sérénité cette fois.

Elle était là, dressée à l'endroit où je l'avais trouvée la première fois. Nos regards se sont croisés et son regard s'est littéralement illuminé. Un sourire aussi radieux... Comment résister à ça ? Je crois que la moitié de mes organes ont décidé de commencer un cycle de destruction et reconstruction pendant la dizaine de seconde qui a suivi. Mon sourire n'égalait pas le sien -rien au monde n'aurait pu, d'ailleurs- mais j'ai fait mon possible pour lui rendre une expression égale.


-Tu es en vie !

De l'écrire, mon cœur se serre à nouveau. C'est une phrase simple pourtant, que l'on lit souvent, souvent utilisée dans les jeux vidéos, les films, les romans. Mais qunand elle est prononcée pour vous, avec sincérité... Jamais je n'ai eu l'impression que ma vie avait autant de valeur qu'à cet instant. J'aurais balayé des villes entières pour avoir la chance d'entendre à nouveau cette phrase et cette intonation, pour voir le soulagement qu'exprimait son visage. Je me serai damné pour elle et il ne me coûte rien de dire que je le ferai encore maintenant, puisque jamais elle ne m'aurait demandé quelque chose de la sorte.

Rêver de cet endroit ? Naturellement ! C'est la moindre des choses, une chose parfaitement ridicule, même !


-Qu'est ce qu'il s'est passé, l'autre jour ?

-Tu as disparu et j'ai cru que tu étais mort ... Cela fait des jours et tu n'étais pas là ! Comme je devais me lever tôt, j'avais gardé espoir mais...

-Mais pourquoi ces types t'ont attaquée ? Je crois que c'est la seule fois que je lui ai coupé la parole. Je m'en suis presque voulu. Elle s'est arrêtée, presque étonnée, avant de se reprendre.

-Oh... ça.

Levant les doigts de ses deux mains sur son front, elle a fait couler des mèches brunes entre ses doigts nacrés, avant de jeter sa chevelure en arrière.

-Oui, je te dois bien une explication. Ce sont des chasseurs de trésor. J'aurais préféré qu'ils ne te voient jamais, tu es en danger maintenant. Tu les a revu ?

-Non, jamais.

-Tant mieux. Vu l'heure à laquelle ils t'ont croisé, ils doivent te croire du même fuseau horaire. Mais ça ne durera pas. Ils sont bien informés...

- Des chasseurs de trésor ?

-Oui, ni plus ni moins. Je ne les ai pas eus. Je n'arrive jamais à les arrêter définitivement. Eux non plus n'arrivent pas et ce n'est pas faute d'essayer.

- Ils veulent l'épée ?

Une hésitation.

-C'est... plus compliqué que ça. Moi vivante, ils n'auront jamais l'épée. Même s'ils arrivaient à l'ôter du rocher par la ruse, ils savent que les nuits suivantes, c'est moi qui les traquerait. Ils s'enfuiraient bien sûr, ils s'enfuient toujours... Mais en les attaquant l'un après l'autre, en l'absence d'Aymerick, ils mourraient l'un après l'autre... Ils ne peuvent pas risquer ça. Alors ils me laissent la paix, pendant quelques temps, ils s'entraînent, chassent d'autres objets. Puis ils reviennent.

-Aymerick ?

-Tu l'as vu de près ; c'est celui qui te poursuivait. Il peut apparaître auprès des personnes de son choix et transporter ceux dont il a vu les sous vêtement. C'est lui qui les emmène ici et il les ramène dès qu'ils faiblissent.

(Quel pouvoir à la con hein ?... Enfin, ça explique ça question de l'autre nuit.) Bref, j'ai continué)

-Et il y en a d'autre ?

-C'est un petit groupe. J'ai... tué l'un des leurs, une fois. Depuis, seulement Aymerick et Kuro osent s'attaquer à moi. Mais ils sont sans doute au moins trois fois plus nombreux.

Cela faisait beaucoup d'information à mâcher, mais j'avais trop de questions pour me satisfaire de cela. Chaque réponse apportait de nouvelles interrogations et May a eu la patience de m'écouter et de me répondre honnêtement.

-[color=darkred] Tu connais leurs noms, eux connaissent le tiens... Vous... Vous vous connaissez plus que ça ?

-Et bien, cela fait... Un moment qu'ils veulent cet objet. Ils ont essayé la diplomatie avant de passer par les armes. Et maintenant... Je n'arrive pas à leur en vouloir. Ils me tiennent compagnie, en quelque sorte. Je comprends que l'on chercher à s'approprier un trésor, dans Dreamland.
Seulement, c'est mon trésor.

Elle avait prononcé cela sur le ton de la plaisanterie. Sûre d'elle. Il y avait quelque chose de beau dans ce qu'elle disait, et d'effrayant à la fois.

- Ils veulent te tuer.
-Tu n'en sais rien.
- Te faire du mal ! Tu l'as dit, non ?
-Nous voulons nous éliminer. Kuro et moi possédons chacun une technique qui peut rendre l'autre... Inoffensif.

Elle n'en a pas dit plus. Mystère des grands de ce monde. Je ne savais plus si je voulais encore des réponses à mes questions. Cette histoire me dépassait, de trop loin. Toutefois, restait un problème ;

- Et s'ils me retrouvent ? Je ne pense pas pouvoir les affronter.
-Pas tous, mais peut être quelques uns. Si tu dois te battre, ne les tues pas... Ta force suffira à les dissuader. A part ça, ce ne sont pas des assassins... Je n'aurais pas dû t'impliquer. Je ne pensais pas que tu aurais à les voir...
- C'est comme ça...

Un coup de vent se chargea de meubler le silence qui a suivi. J'ai regardé ses cheveux s'égarer sur son visage, tandis qu'elle cherchait quoi me dire, ses yeux levés vers les miens. Elle ne s'est pas détournée pour dire ;

-Tu devrais arrêter de venir ici.

Elle voulait voir ma réaction. Un étrange regard. Ce n'était pas du chantage affectif, ou quelque chose comme ça. C'était à la fois un test tout en étant la démonstration de sa propre force. Je n'étais pas obligé de répondre ce que j'ai répondu. Au contraire même, je me sentais comme un enfant qu'on écarte.

- Je resterai, mais j'aimerai comprendre une dernière chose avant. Eux peuvent m'éliminer facilement. En tout cas, ce Kuro, et Aymerick le peuvent.
A quoi je sers, à coté de l'épée ?

- Tu es là pour me dire si la personne qui doit venir chercher l'épée vient, non ? Tu n'es pas obligé de défendre l'épée contre eux. Si elle venait à se faire enlever, je viendrai la récupérer moi même, si possible. Ce que tu fais, c'est déjà énorme.

Je ne saurais décrire combien ces paroles m'ont fait plaisir, et pourtant, il a fallu que j'ajoute quelque chose du genre «  Noble rôle..  ». C'est l'impression que j'ai encore, en écrivant cela, d'ailleurs, donc je ne le regrette pas. La suite m'a encore plus fait rougir, je crois ;

- Et bien je trouve que... Oui. Un service désintéressé n'a pas besoin d'être plus noble encore. Ce que tu fais est suffisant.

Jamais je n'ai rencontré de fille comme ça. Peut être que c'est typiquement japonais, mais elle ne parlait pas du tout pour me faire plaisir. Et pourtant, j'avais envie de lui faire plaisir, moi. Parce que d'un certain côté, j'avais l'impression qu'elle disait que j'étais un concierge. D'un autre, que j'étais essentiel, même en tant que pauvre individu faible. J'avais l'impression de lui être agréable, d'être exceptionnel. Je lui rendais service. Elle a même ajouté, comme pour me rassurer ;

-Et puis, tu n'es pas si faible. Les épées attirent toute sorte de personnes, pas forcément les chasseurs de trésors que je connais, ni les voyageurs les plus puissants. J'ai eu l'occasion de chasser des créatures, des ambitieux inexpérimentés... Des rêveurs me...


Ce sont ses derniers mots de la nuit. Cette fois, elle n'a pas été coupée au milieu d'une phrase trop importante, mais tout de même, ça devient une mauvaise habitude. Une bien longue conversation, tout de même ! Et enrichissante.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Jeu 11 Déc - 15:36
le 27 novembre 20XX

Je n'ai pas écrit les 2 dernières nuits dans le journal, étant donné que je n'ai pas croisé celle qui donne de l'intérêt à mes rêves et que le temps que je passe à écrire, c'est du temps que je perd en révisions.Ce qui n'es n'est pas très raisonnable, comme me le rappelle bien souvent mon jumeau.

Je vais quand même écrire ce qu'il s'est passé cette nuit, pour ne pas perdre l'habitude et parce qu'il est arrivé une chose toute nouvelle pour moi.

Je suis apparu à côté de l'épée. Comme souvent quand je m'endormais en pensant à elle, elle se trouvait à deux mètres de mes pieds, face à moi, offerte dans toute sa splendeur. Des feuilles mortes pouvaient couvrir son rocher ou pas, cela n'avaient pas le moindre influence sur l'impression de grandeur, de mystique sérénité de cet objet. Peut être était-ce réellement Excalibur. Alors, May.... Non, je ne crois pas qu'elle attendait une sorte d'Arthur.

C'était une « simple » épée (quoique belle et étrange) que l'on avait planté dans un rocher. J'imagine que dans Dreamland, il y a beaucoup d'épée plantées dans des rochers. On doit trouver plus facilement des épées dans un rocher que dans des fourreaux. Ca me fait d'ailleurs penser que je n'ai que rarement vu des armes, depuis que je suis là. Au Cimetière et au Manoir, et c'est tout. En même temps, je ne me suis jamais vraiment écarté du centre de Dreamland. C'est beaucoup trop rapidement dangereux, plus loin... Mais bref ! Voilà pourquoi je perd du temps quand j'écris ce carnet, il faut que j'arrête de digresser...

J'ai sauté du rocher sur le sol, puis j'ai commencé doucement mon footing. Footing dans Dreamland oui et pourquoi pas ? Ca me fait du bien et ça me permet de ne pas avoir à en faire dans le monde réel ! Bon, c'est pas un grand tour, parce que je ne m'éloigne pas trop de ce que j'ai promis de protéger l'épée, mais l'idée reste que je ne passe pas mes nuits les fesses posées par terre. Je cours en faisant une boucle, de manière à revenir rapidement sur mes pas, comme des tours de stade. Ca m'oblige à sauter par dessus la rivière deux fois, mais je connais maintenant les passages où elle est pile assez étroite pour me le permettre. Et ça me permet de m'habituer à ma cape ; ce gros manteau est un peu gênant parfois pour se déplacer.

J'étais donc à mon six ou septième tour quand quelque chose m'a interpellé. Une présence, dans la forêt. Je me suis arrêté immédiatement, en alerte, avant de m'accroupir. Mes cuisses m'ont rappelée à l'ordre, mais qu'importe ! On est plus fort quand on rêve.
A travers les branches, dissimulé derrière un tronc, j'observais... Il y avait bien quelqu'un, là bas, prêt à s'emparer de la lame magique !

J'ai couru droit sur lui à petite foulée voûtées, afin de ne pas me faire entendre. Mais pas la peine d'être trop discret ; celui que je « pistais » n'était rien de plus qu'un gamin. Un petit garçon, oui ! Je ne voyais aucune oreille pointue s'échapper de ses boucles brunes/châtain foncé et j'estimais qu'il s'agissait sans doute d'un rêveur. Parce que oui, qu'on ne se fasse pas d'illusion ; je n'ai jamais croisé de Voyageur de cet âge là et je doute qu'il en existe.

Il avait moins de 10 ans le petit ! Tout mignon dans son pyjama/armure, il n'a pas semblé s'intéresser à moi une seule seconde, même quand j'ai ralenti mon rythme et que je me suis mis à avancer vers lui lentement, à travers le sous bois et sans faire attention au bruit que faisaient mes pas sur la couche de feuilles sèches et autres bouts de boits craquants qui traînaient là.

Il était fasciné, captivé par l'épée. Il a tourné longtemps autour, prononçant des discours qui avaient peut être du sens pour lui mais n'était, à mes oreilles, qu'un amas de mots compliqués jetés l'un après l'autre sans aucune cohérence.

Un rêveur, c'était sûr et certain.

J'ai sauté pour saisir une branche basse, histoire de me hisser dans l'un des érables du coin (il y a des érables oui, je crois ne pas l'avoir précisé avant. Mes connaissances en biologie ou mon sens de l'observation ont progressé depuis) et je me suis assis là, sur son écorce, en observant ce petit garçon avec un mélange de curiosité et d'amusement. Les enfants sont toujours amusant à voir dans Dreamland ; ils dégagent une énergie et une volonté inimaginable. Je suppose que Hobbes pourrait en tirer de grandes choses, mais j'espère qu'il ne sera jamais réduit à manipuler de pauvres enfants.

Toujours est-il que là, il s'est passé quelque chose de complètement... Enfin... De très fort ! J'aurais beaucoup de mal à le décrire alors je vais le faire assez simplement, même si j'aimerai que ce carnet devienne quelque chose de plus littéraire à terme...

Quoiqu'il en soit, tout d'abord, l'enfant se mit à parler. Des mots compliqués, dépourvus de sens si on les collaient les uns à côté des autres, comme je le disait. Mais plus important ; l'enfant parlait seul, oui, mais pas pour lui même. D'après ses intonations, il parlait, très clairement, à d'autres interlocuteurs. C'était assez marrant à regarder. Il se prenait vachement au sérieux.

Mais ! C'est là que quelque chose d'un peu plus bouleversant s'est produit ; alors que le minot s'amusait à parler tout seul, des silhouettes ont commencé à se dessiner, comme un auditoire fantôme, attentif. Puis les formes se muèrent en une véritable assemblée, une foule ! Des caricatures de paysans qui bavardaient en chuchotant (et que je pouvais entendre ! ) tandis que l'un d'entre eux mettait en doute les qualités de l'enfant à retirer Excalibur.

L'enfant, lui, n'en démordait pas ; il retirerait l'épée. J'observais la scène, attentivement. Personnellement, je n'avais pas réussi à faire bouger l'épée d'un millimètre, mais il paraît que certaines personnes deviennent des Voyageurs en trouvant des objets magiques dans Dreamland. Serait-ce le cas pour cet enfant ?

Cas de conscience. Fallait-il que je l'empêche de faire son numéro et de tenter son show pour devenir le futur « roi d'Angleterre » ?
Je n'y arrivais pas. Après tout, ce n'était qu'un enfant ; j'aurais eu trop mauvaise conscience à briser son rêve. S'il retirait l'épée, il suffisait d'en avertir May, ou de la récupérer en lui offrant quelque chose d'autre. Pas la peine de le « réveiller ».

M'enfin de toute façon... Je ne crois pas que Dreamland soit un monde adapté aux enfants. Il y a du beau dans le monde des rêves, oui, beaucoup de belles choses ! Mais les frustrations, les peurs et les envies secrètes donnent naissances à des créatures ou Royaumes beaucoup trop malsaines pour un petit garçon. A mon avis hein !.. Enfin bref.

Je regardais ce petit homme finir son discours sans queue ni tête, et prendre en main la garde de l'épée. Et forcer dessus. Forcer, forcer ! à en devenir rouge ! Jusqu'à ce que finalement, dans un dernier cri, l'enfant disparaisse « pouf », en laissant derrière lui un petit nuage de fumée. Réveil. Trop de frustration. Je laissais s'échapper un petit rire, mi peiné, mi amusé. Pauvre gosse ! Et fin de mon épisode de gardien aussi ; l'épée ne craignait plus grand chose.

Mais mais mais mais mais ! Ce n'est pas tout ! Car la foule qui était là n'a pas disparu avec lui ! Ils sont restés autour de l'épée, ont continué de s'esclaffer (ils avaient commencé à rire à partir du moment où le petit garçon avait commencé à devenir rouge) puis se sont progressivement dissipés, ont retrouvé leur statut d'ombres, avant de disparaître pour de bon, comme des nuages de fumée...

Et plus important ; ils avaient tous les oreilles pointues.
J'en tire les conclusions qui s'imposent.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Ven 12 Déc - 14:38
le 28 novembre 20XX


Putain ! J'ai réussi !



Apparition, épée, rocher, flexions, pompes. Un début de routine se met en place et j'ai commencé ma nuit sans manifestations étranges. C'est pendant ma phase de repos que la chose est arrivée.

Quelqu'un d'autre est apparu. Un asiatique, plutôt grand par rapport à May ou le magicien chercheur de trésor (mais quand même plus petit que moi) et surtout ; il était gros. Ses cheveux lissés tombaient sur un visage ingrat au nez retroussé et aux petits yeux qui donnaient à l'ensemble un air vaguement porcin.

Pourtant, il n'avait pas l'air mauvais tout de suite. Souriant même, il a paru très heureux de me voir. Je me suis d'abord demandé s'il s'agissait de la personne que May attendait mais... Quelque chose me soufflait que ce ne pouvait pas être le cas. Cet individu était souriant, oui, mais il restait déplaisant. Sa façon de se déplacer, ses manières un peu « précieuses », sa façon de regarder où il mettait les pieds avant de les poser, de marcher en levant un peu les bras, comme si salir ses chaussures et glisser sur la terre ou les feuilles mortes constituait un objectif vital.



-Salut salut, tu es un ami de May, c'est ça ?
- Et toi tu es du genre à montrer ton caleçon à tes potes, je me trompe ?

Quand on ne me reproche pas de me taire, souvent, on me reproche de parler. En l'écrivant, je comprends à peu près pourquoi. Quelqu'un de normal se serait probablement énervé rapidement, mais pas lui. Il s'est contenté de pouffer en hochant la tête d'un air affirmatif.

-Je suis Oba. Rassure toi, Aymerick doit être réveillé depuis un moment... On n'a pas compris tout de suite que tu dormais pendant la journée ! C'était très malin.
- Je dors la nuit, rassurez vous je ...
-Oui oui, bon, peu importe !.. Il m'avait coupé la parole, mais conservait son agaçant sourire. Nous aimerions savoir pourquoi tu aides May ? Enfin, pourquoi tu crois aider May, plutôt.

Je m'étais redressé entre temps et nous nous faisions face, à distance raisonnable... Il suffisait de nous voir pour comprendre que cette conversation banale n'en était pas une. Même si nous affichions des postures pacifiques ; main sur les poches pour lui et bras croisés pour moi, l'espace qui nous séparait était précisément celui que laissent entre eux les Voyageurs de mon niveau entre deux passes d'armes. Il suffisait que je me lance avec assez de puissance pour que mon poing atteigne son vilain visage.

Dans ces circonstances, chaque mouvement était calculé soit pour effrayer, soit pour montrer qu'on ne l'était pas. Malgré cela et la tension palpable entre nous, il n'a pas réagi lorsque j'ai appuyé dans le sol derrière moi avec ma jambe gauche, ma jambe d'appui, sur laquelle il me suffisait de pousser pour lui refaire le portrait. Sa dernière question m'avait encore plus irrité que son sourire.


- Parce que j'aide ceux qui me demandent de l'aide et qu'elle est seule contre vous tous.
-Ah ! Et si je te demandais de nous aider ?
- C'est pas la peine d'essayer.
-Tu vois, tu n'aide pas ceux qui demandent de l'aide ! Il prit un air déçu, parodique. Tête à claque.
- Vous n'êtes pas en infériorité numérique, je crois.

A son tour de bouger le bras, pour prendre un air pensif. Je ne sursautais pas, mais délaçait mes mains pour en lever les paumes dans une attitude faussement désolée. Sa posture commençait à ressembler à une garde. Ma jambe droite était prête à me jeter vers l'arrière. Impossible qu'un petit gros me prenne de vitesse. Attention hein, les gros cognent fort, je le sais. Mais ça fait un moment que la taille de mes biceps a dépassé celle qu'un type obtient sans faire plus d'efforts que lever sa graisse pour porter une fourchette au niveau de sa bouche. Et niveau vitesse, fluidité, je restais supérieur... J'étais confiant.

-Donc, tu ne veux pas nous aider. Mais ça ne réponds pas vraiment à ma question. Qu'est ce que tu crois apporter à May, concrètement ?
- Je protège l'épée pour elle.
-Ouais et contre son propriétaire légitime, au passage !.. Elle t'a proposé de l'argent, ou c'est pour faire le preux chevalier ? Parce que la méchante dans cette histoire, c'est elle, tu sais ?


Ce connard a failli m'avoir à ce moment là. Est-ce qu'il avait raison ? Je suis sûr que non. Maintenant que je l'écris, j'ai presque un doute, étant donné que la conversation n'a pas duré beaucoup plus longtemps. Enfin sur le coup j'ai réfléchis un moment, sous son sourire narquois, avant de riposter sur la défensive ;

- Une fille qui reste à côté d'une épée pour empêcher que d'autres ne s'en emparent, c'est pas la méchante de l'histoire. Ton histoire ne colle pas, trouduc.

Un gros mot, ouais, c'est moi qui ai craqué en premier. Je n'ai pas de patience face à ce genre de type. Il a éclaté de rire.

Puis s'est jeté sur moi. Dans un sens, on a tous les deux craqué en premier du coup.

Mais je m'y attendais et son crochet s'est perdu au dessus de ma tête (drôle d'idée de viser ma tête, soit dit en passant), pendant que je ripostais avec un coup similaire, en visant son foie. J'ai fait mouche et il a encaissé en poussant un cri étonné, comme si je lui coupais le souffle. Celui là n'était pas invincible. Mais il ne m'a pas laissé l'occasion de poursuivre avec un uppercut ; son genoux s'est jeté vers mon visage avec une vitesse que je ne soupçonnais pas et j'ai paré le coup au prix d'une vilaine douleur à l'avant bras avant de me redresser.

A environ quarante centimètres de moi, sa garde ressemblait à celle d'un boxeur maladroit. Probablement pas vraiment pire que la mienne, mais assez pour que je teste la température par quelques feintes. J'envoyais mes poings boxer le vide sans les envoyer réellement, et il réagissait comme je m'y attendais ; il se protégeait par réflexe, sans réussir à différencier une feinte d'un coup porté.

J'envoyais ma gauche à travers le boulevard qu'il m'ouvrit bientôt, direction le nez. Autant dire que je n'ai pas vu venir la claque qui m'a explosé l'oreille gauche. J'encaissais le coup en reprenant ma garde, tandis qu'il faisait de même, un genre de sourire satisfait collé sur son gros visage.

L'enfoiré ! Pas moyen qu'il ai réussi ce tour de force ! Il avait été plus rapide que moi ? Sa main, si loin de son visage et du miens, avait atteint mon oreille avant que mon poing en ligne droite ne l'atteigne ? Et son coup m'avait drôlement sonné putain !

Changement de plan ; option jeu de jambe. Fatiguer les lourds, ça fonctionne généralement bien. Je tournais autour de lui en enchaînant les feintes. Il esquiva deux directs consécutifs, je lui retournais cette politesse. On était de force égale ? Alors qu'il était en surpoids et plus petit que moi ? Mais non bordel !

Et puis, ce que je redoutais est arrivé. Le mieux qu'il pouvait faire et que je pensais avoir théoriquement anticipé. C'est la force des petits gros, avec leur centre de gravité plus bas et une bonne force passive ; ne les laissez jamais vous attraper. J'ai déjà fait cette erreur et je suis sûr que mon radiologue s'en souvient encore.

Voyant que le statut-quo commençait à s'installer et que ses coups maladroits ne passaient pas, il ne s'y est pas trompé. Tête baissé, il s'est jeté sur moi pour m'agripper sous les aisselles et me bourrer les côtes de coups de coude et le plexus de coups de tête tandis que ses genoux cherchaient des points sensibles du côté de mes cuisses. Et puis, il a commencé à baisser son propre centre de gravité en plantant ses jambes dans le sol et j'ai paniqué.

Si chaque fracas de ses os contre les miens m'ébréchait une bonne partie du squelette, il manquait de technique et en a pris pour son grade ; je me suis abîmé les phalanges sur sa mâchoire et mon genoux a rejoint son entrejambe dans une entrée fracassante. Heureusement qu'il n'a pas eu le temps de m'agripper réellement pour me secouer comme un prunier. Je crois que je n'aurais pas pu lutter... A la place, il m'a lâché non sans réussir à me rentrer un bon coup au menton, qui m'a salement sonné.

Nouvelles gardes façon boxeurs. On s'est tourné autour. Mon cerveau a finalement retrouvé sa place dans ma boîte crânienne. De son côté, son sourire avait disparu et il affichait maintenant une expression mauvaise, comme un petit garçon énervé qui fait la grimace et fronce toute sa frimousse. Sur un adolescent, l'effet est légèrement plus effrayant. Surtout qu'il n'avait pas l'air... Si mal en point que ça. J'avais fendu sa lèvre, son visage était rouge et son arcade gauche menaçait de céder, mais de mon côté...

Je m'étonnais d'avoir autant de mal à tenir debout. Putain, ce que j'avais mal ! Le souffle déjà court, j'avais une jambe ruinée et respirer commençait à devenir douloureux. C'est moi qui l'avait défoncé pourtant ! Mais je devais me résoudre à l'évidence ; ce gros lard était plus fort que moi.

Nouveau coup du sort. Son expression a encore changé, mais je n'ai pas compris ce qu'il trafiquait. Il a fait un geste dans le vide en ma direction, en ouvrant la main.
J'ai pris ça pour une sorte de feinte et je me suis retrouvé avec je ne sais pas quoi (sur le coup hein) dans les yeux, du sable, ou quelque chose dans le genre. Je n'ai pas eu le temps d'éternuer pour me rendre compte de mon erreur ; c'était de la poussière, assez pour me déconcentrer. Assez pour me prendre une droite majestueuse qui a brisé aussi sec mon nez en me propulsant à terre. Ce sale con avait un pouvoir, bien sûr...

Mais mon nez n'est pas la seule chose à avoir craqué dans l'opération ; cet abruti s'était pété l'auriculaire dans le mouvement (classique) il et a perdu l'occasion de m'enchaîner pour se secouer la main dans le vide en jurant. Pas un habitué des bagarre le gros.

De mon côté, j'ai décidé qu'il était temps de mettre un peu plus de distance entre lui et moi. Je saignais et j'avais encore ma cape. De quoi me venger en utilisant ma capacité de contrôle du sang un peu, mais... Pas assez pour me permettre de faire quelque chose d'efficace avec. Il a crié, derrière moi ;


-Tu sais, je viens de m'endormir, on en a encore pour un moment !

J'avais dans l'idée de le semer. Il me suffisait de faire la boucle que je fais quand je cours. La rivière serait sans doute dure à passer pour lui et il était fort probable qu'il se perde, ou qu'il me perde. Je serrais les dents et jetais mes mains devant moi pour donner plus de force à mon sprint. Mais à peine avais-je fait une cinquantaine de mètres en zigzaguant entre les arbres qu'un truc mou m'est rentré dans les jambes et m'a déséquilibré, achevant de froisser un muscle déjà salement amoché.
Au sol, à nouveau ! Les choses se présentaient mal. Je me retournais en grimaçant pour voir ce qu'il me fallait affronter et vis...

Un animal ? Posé sur quatre pattes, composé de cheveux, de tas de poussière agglutinés ou de miettes, j'avais sous les yeux la représentation fidèle d'un mouton de poussière. Deux billes semblables à des bonbons à moitié sucés puis crachés lui faisaient office d'oeils. L'ensemble avait la taille d'un vrai mouton. Cette sale bête s'est jetée sur moi une fois encore, mais je la repoussais sans mal d'un coup de pied. Taper dedans faisait l'effet de shooter un sac de frappe. Ou un oreiller très sale, qu'on aurait bourré de sable fin. Le mouton a volé sur deux mètres, dans un grand nuage de poussière, et j'en profitais pour me redresser et reprendre ma course en boitant.

Putain de merde, ce que je hais mon pouvoir dans ces moments là ! Je pourrais pas faire comme ces enfoirés et faire apparaître une bonne lampée de sang, non ? Juste de quoi faire un bon nœud coulant, et on en parle plus ! Ils m'emmerdent ces magiciens là, à faire poper des machins de n'importe où !

Une chance tout de même ; les moutons de poussière n'étaient pas aussi fortiches que leur maitre. Malgré cela, ils étaient maintenant deux et restaient sur mes talons, assez pour indiquer ma présence et me rentrer dedans sans pitié au moindre écart.

La rivière. La rivière ! Il fallait que je saute avant eux, et le tour était joué ! La calme étendue d'eau ruisselait paisiblement sur ma gauche, étincelant entre deux buissons ocres. Reconnaissant bientôt ma sortie, je bifurquais brutalement, en manquant de me faire rentrer dedans par les moutons. Mon virage leur avait fait gagner du terrain. Ils le perdirent la seconde d'après, en réalisant qu'il leur fallait changer brutalement le sens de leur course.

Jambe gauche, tout va bien. Jambe droite, douleur intense. Gauche, puissance, droite, claudiquement. La jambe droite, ma jambe d'appui. Le saut serait compliqué.
Droite. Gauche. Parfait. Continuer comme ça, garder ma jambe gauche en impulsion. Calculer les distances. Ne pas mélanger mes pinceaux. Si je sautais en m'appuyant sur la droite, je tombais à l'eau. Si je me trompais et était forcé d'ajouter une minuscule foulée pour changer de point d'appuis, je tombais aussi. Gauche, droite. Combien de foulée me restait-il ? Trois ? Quatre ? Je boitais ; trois.

Gauche.
Droite.
Gauche ! Parfait !

Je m'élançais du haut de ce léger promontoire que j'utilise à chaque fois pour affronter les trois ou quatre mètres qui séparent chaque rive. Pied droit à la réception ?
Bin ouais, pas le choix.

Ma jambe affaiblie ne me permit pas poursuivre, de lancer mon corps en avant pour continuer ma course. Tandis que ma semelle touchait le sol, le choc se répercuta dans mon corps et je sentis mon muscle se secouer dans un grand tremblement, puis mon genoux chancela en menaçant un instant de céder et finalement, je tombais à la renverse, sur l'épaisse couche d'herbe grasse qui bordait l'autre côté de la rivière.
J'étais passé.

Et pas question de perdre une seconde. Je roulais sur moi même, laissant mon dos apprécier la douceur du coussin végétal pour voir que mes poursuivants de poussière comptaient bien tenter le même exercice.

A peu de chose près pourtant ; ils s'étaient légèrement déporté vers l'aval et de là où ils partaient, leur point d'arrivée serait un peu plus compliqué, car plus haut. Bêtement, ils avaient sauté ensemble, dans un même élan. Je ne comptais pas leur laisser le temps de méditer cette erreur.

Sur une commande mentale à laquelle je donnais plus de force en dressant le bras, le sang sec qui tapissait une partie de mon manteau s'échappa de sous mon dos comme une nuée d'insectes furieux pour s'élancer vers les moutons, sang auquel je mêlais délicatement celui qui s'était échappé de mon nez. C'est ce sang encore gluant qui servit de point d'accroche, pour se coller dans le remugle de poils et de saleté qui composaient la toison des animaux. Deux petits points de colle, longs d'un peu moins d'un centimètre, pour deux millimètres de diamètre de mon sang.

J'y ajoutais le liquide écarlate issu de mon manteau et formait une ligne avec l'ensemble liant l'un à l'autre.

Je fermais le poing.

Création du lien ! Le sang se solidifia pour former une mince ficelle entre les animaux. Sa solidité était suffisante pour ce que j'espérais d'elle puisque quand je transforme mon propre sang en lien, il ne se brise généralement pas (jamais testé trop de trucs pour le couper, mais bon, voilà l'idée). Le sang du manteau, lui, avait la force d'une corde de chanvre classique et étant donné sa minceur, il était possible que l'ensemble cède facilement. Il fallait que j'arrive à tenir l'ensemble dans son état solide jusqu'au bout.

Le premier mouton atterrit sur la berge de justesse ; ses pattes avant étaient arrivées à bon port, tandis que les deux autres menaçaient de sombrer dans les flots. Il remonterait vite, cependant. C'est le second qui, comme je l'espérais, mena son collègue à leurs pertes communes.

Le meilleur point d'atterrissage étant occupé par son homologue, celui-ci ne trouva rien de mieux à faire que butter contre la paroi de terre pour rebondir puis glisser vers l'eau. L'accroche que j'avais créée tint bon, pour les quelques minuscules seconde que dura sa chute. Tiré vers le bas, le premier sauteur sombra dans la rivière à la suite de son compère tandis que mon lien s'évanouissait, les sangs se mêlant aux immondices de poussière dispersés par l'eau fraîche, calme mais vive. J'entendis un dernier « abruti ! », « toi abruti ! » et leurs yeux en bonbon sale sombrèrent dans les flots.

Je crachais enfin ma respiration, soulagé. Créer des liens n'est déjà pas forcément reposant en temps normal mais dans cette situation, l'effort de rapidité et de précision m'avait demandé une concentration qui me flanqua un grand contrecoup sur l'avant du crâne ! Belle invention que l'adrénaline.

C'est elle encore, qui me permit de me relever pour m'enfuir à cloche-pied. Surtout, ne pas lui laisser le temps de s'estomper. Parce qu'alors la fine vis de souffrance que mon nez envoyait vers mon cerveau deviendrait aussi grande qu'une vilaine fourchette plantée en plein dans mon visage et ma jambe droite refuserait tout bonnement de bouger.

Je ne sais pas vraiment comment j'ai réussi à continuer pendant une centaine de mètres mais une chose était certaine ; je ne traverserai pas à nouveau. Bloqué à nouveau par l'obstacle végétal, j'ai longé l'eau jusqu'à avoir devant moi l'épée dans son rocher.

Elle n'avait pas bougé. Malheureusement...


-Tiens, salut ! Je t'attendais ! Puis, d'un air contrarié ; Qu'est ce que tu as fait de mes moutons ?

Je ne pris pas la peine de répondre. S'il souhaitait garder l'offensive, il était désavantagé. Je crois qu'on a tous vu star wars et les conseils d'Obi-Wan à son disciple quand il gagne avant lui la rive, dans l'épisode 3.
Là, pareil (en un peu moins épique, je le concède) ; s'il sautait sur moi, il serait largement désavantagé et je n'aurais plus eu qu'à l'attendre à la réception pour lui proposer ce que j'avais de mieux à la carte.

Et pourtant...

Ce gros con a sauté. Sans doute pour affronter mon silence. Peut être parce qu'il voyait que j'étais mal en point. Contrairement à ce que j'avais pensé eut état de sa corpulence, il a franchit la distance qui nous séparait avec plus de facilité que moi.

Malheureusement pour lui, il ne pouvait pas tout faire à la fois. J'ai sauté, piteusement certes, mais j'ai sauté à sa rencontre, en choisissant un angle qui lui empêcherait de se défendre convenablement, en frappant sur le côté. Tranchant de la main dans le cou, ça dit quoi ?

Rien de bon pour lui Jeannine ! Il a pris mon cou avec un nouveau hoquet, de douleur autant que de surprise, puis nous sommes tombés dans l'eau.

Et malgré moi, j'avais trouvé une nouvelle stratégie impeccable. Son avantage de puissance était largement diminué ici. Et fini les invocations de mouton. Nous n'avions pas tout à fait pied, le courant nous fauchait les jambes en obligeant la nage et Oba commença immédiatement par boire la tasse, pressé qu'il était de retrouver son souffle après mon mauvais cou.

C'était ma chance et je l'ai saisie. Je me suis jeté sur lui avec la force d'un possédé. Ses bras battaient l'eau, remuaient pour m'empêcher d'avancer, mais c'était trop tard pour m'arrêter. Même ma cape, mon long manteau gonflé d'eau qui me poussait vers l'arrière n'arrivait plus à m'empêcher de me jeter sur lui. Une idée terrible venait de traverser mon esprit et j'avais dans les yeux des éclairs de folie. Je l'ai vu, à son expression, gagnée par une peur subite.

Je lui ai saisit la tête bien que ses gros doigts boudinés se soient comprimés sur mes poignets pour les broyer. Sans les bras ou assez de force dans les jambes pour nous maintenir à la surface, nous avons coulé. Mais même sous l'eau, j'avançais inexorablement vers mon objectif. Une idée venue dans notre dernier assaut.

Son cou !

Ma bouche se jeta sur lui avec une sauvagerie animale et, en apnée, j'enfonçais à pleine dent mes canines dans ce point faible offert. Cadeau de mon seigneur, mes dents sont assez aiguisées pour plonger dans de la chair sans grande difficulté. Alors, certes, je sais que cela ne fait pas mal. Mais je pouvais le vider d'une partie de son sang.

J'utilisait toutes mes ressources, tout l'oxygène en moi pour absorber avec une force et une soif inépuisable la moindre goutte de sang qui pouvait se trouver à proximité. Pendant ce temps lui, après avoir tenté d'écarter mon visage de son cou mais constatant qu'il ne ressentait aucune douleur (j'imagine), avait cesser de se débattre contre moi pour maintenir sa tête hors de l'eau.

Quand il a pu avaler une gorgée d'air et me repousser c'était trop tard pour lui.

Je ne lui avais pas enlevé beaucoup de sang. Pas plus qu'une grosse poche infâme qui balotte dans les camions de la croix rouge. Mais c'était assez. Je suis remonté à la surface, ragaillardi par son fluide vital (quoique j'en dise, son sang avait un arôme délicat et riche que j'avais englouti sans même y penser) et j'ai pu prendre une bouffée d'air avant qu'il ne tente de me faire boire la tasse.

Mais il avait perdu trop de force. Son organisme commençait à réaliser qu'il venait d'être amputé d'un carburant essentiel pour se battre et je pense que des points noirs se sont mis à danser devant ses yeux tandis qu'il lâchait prise. La peur posée sur ses traits l'instant d'avant devint de la panique.

De mon côté, je me permet de faire le malin, mais je n'étais pas en meilleure position. La fatigue, le courant et le poids de mon manteau avaient eu raison de ma rage, rendant difficile chaque brasse vers la surface, où je peinais à prendre de trop courtes respirations avant de rechuter pour un temps, épuisé.

Nous avons dérivés, à quelques mètres l'un de l'autre, comme des fétus de paille en toussant, crachant, geignant, des débris qui ne cherchaient plus qu'un endroit où s'échouer.

Le premier virage me posa contre une berge.

Les gerbes d'eau projetée par des bras qui ne voulaient pas me rejoindre m'avertirent par avance qu'un corps froid et mou n'allait pas tarder à me rejoindre. Il me rentra dedans sans force, me déplaçant un peu pour s'installer lui même sur le bord de la rivière. Sans vigueur, il chercha à me frapper. Avec une force égale, je m'écartais de lui avant de me laisser tomber plus loin pour reprendre mon souffle.

L'adrénaline avait fini ses œuvres et j'en payais le prix.

A quelques mètres de distance, deux paires de poumons s'activaient comme des soufflets de forges dans des corps presque immobiles, secoués par des respirations profondes et irrégulières. Nous n'avions plus la force de bouger, et plus l'envie de nous battre.
Manquer de mourir noyé dans une rivière à cause d'une bagarre provoquée par une insulte, ça vous calme un homme !

Une idée saugrenue m'a passé par la tête et j'ai ris intérieurement. Puis, après avoir repris assez de souffle pour me permettre de parler, j'ai jeté ;


- Et dire que tu venais de t'endormir, j'espère que tu n'en as pas encore pour trop longtemps !

Mais je n'ai pas eu la force de rire et lui n'a pas répondu.

Mon réveil m'a finalement sorti de là, m'évitant la pneumonie onirique et je dois dire que l'un dans l'autre, je suis plutôt fier de moi.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Mar 16 Déc - 21:19

le 29 novembre 20XX



Je m'attendais à des représailles.

Mon éveil a été celui d'un Voyageurs aux abois ; je m'attendais à une attaque sournoise d'un instant à l'autre. C'est le problème de Dreamland ; les gens apparaissent à côté de vous en s'endormant. La chasse à l'homme n'a jamais été si facile... Je crois que mettre des masque résous le problème, mais j'en suis pas sûr.

Je ne sais pas si c'est une solution, mais cette nuit, j'ai grimpé dans un arbre jusqu'à trouver une branche assez solide et ayant la forme idéale pour que je puisse y poser les fesses et le dos sans avoir peur de tomber.

Après quelques essais, j'ai finalement trouvé la frondaison parfaite ; une branche s'échappait du tronc de l'arbre choisi dans un angle assez proche de celui d'une chaise longue, mi allongée, mi droite. Et une autre branche passait juste devant mon ventre, me permettant d'y poser les bras. Ca impliquait d'avoir du bois dans la raie des fesses, ce qui n'a peut être pas l'air très confortable mais c'est devenu très supportable après avoir roulé mon manteau dessus.

Et puis, j'ai attendu. Je m'estimais plutôt bien caché, en hauteur et habillé dans des tons d'automne ; il fallait réellement lever les yeux sur moi pour me trouver.


Je ne saisis pas comment fonctionne le temps dans Dreamland, alors j'aurais du mal à quantifier ici. Je n'ai pas bougé pendant un temps assez long pour me calmer, pour que l'inquiétude s'échappe, évaporée par la douceur des lieux. Assez pour fermer les yeux et laisser mes pensées dériver. Les souvenirs du combat d'hier étaient comme oubliés. Qui aurait cru que je me sois trouvé là quelques heures plus tôt, à échanger des coups de poings, à barboter dans de l'eau proche de la noyade, à mordre à pleine dent dans un cou grassouillet ?

Les seules brises qui me secouaient doucement étaient chaudes, les odeurs qui me montaient au nez étaient agréables. Mes pensées étaient dirigées vers May. Je décidais de la voir demain, de me coucher un peu plus tôt, afin d'être sûr de ne pas la rater. Pas de soirée prévue, comme d'habitude. Ca ne poserait pas de problème.

Je voulais la voir à tout prix, lui dire que j'avais affronté cet Oba, lui parler de lui. Lui dire que j'avais gagné. Voir sa réaction, créer un sourire, faire briller ses yeux l'impressionner ! Ah, de l'imaginer, j'en meurs d'envie.

Ma nuit s'est terminée sur ce genre de pensées, au milieu d'une légère somnolence, sans que je m'en rende compte.

le 30 novembre 20XX
Chose dite, chose faite !


Je ne saurai que dire. Par par manque de mots mais à cause de leur abondance ! J'ai l'impression que ça fait des semaines que je ne l'ai pas vue. A chaque fois, c'est une redécouverte. Ses cheveux, la perfection de ses gestes, la façon qu'elle a de s'intégrer parfaitement à cet endroit. Et ses yeux.

Tout le reste ne serait rien sans ses yeux. Ils me transpercèrent une fois encore, fouillèrent en moi avec douceur, dissipant en un instant l'appétit de sang qui me tenaillait, caressant délicatement mon cœur avant de s'illuminer légèrement, de s'élargir sous une impulsion qui m'était inconnue. Parce qu'elle m'avait reconnue ? Parce qu'elle était heureuse de me voir ? Parce qu'elle était satisfaite de ce qu'elle voyait en moi, sur moi, inscrit sur mes traits ?


-Calvin !

Et cette pudeur dans son exclamation ! Je sentais des larmes de bonheur me picoter les yeux. J'essayais de lui répondre sur un ton semblable, mais venu de moi, cela sonnait faux. Je me retenais, je tentais de ne rien laisser paraître. J'aurais voulu me jeter sur elle et la prendre dans mes bras, discuter paisiblement avec elle pendant le peu de temps qui nous était accordé, j'aurais aimé qu'elle pose sa tête sur mes jambes pour pouvoir s'assoupir pour de bon plutôt que de rester dans son état de veille contemplative. Caresser ses cheveux et sentir son souffle chaud, sa respiration régulière contre moi. Mais...

- May ! Ca fait longtemps !

Je ne pouvais pas faire ça. Nous sommes restés l'un à côté de l'autre, avec chacun un sourire sur les lèvres ; franc et droit pour elle, niais pour moi. Ah ! La conversation allait-elle s'arrêter ici, dans un silence gêné ? Je ne l'aurais pas permis ! Tandis qu'elle hochait la tête pour confirmer ma dernière observation, j'ai poursuivi ;

- Un certain Oba est venu m'attaquer hier. Je cherchais une réaction et trouvait une sorte de moue étonnée, comme une interrogation silencieuse qu'elle ne formula pas. Je m'étais attendu à un peu de crainte, espérant qu'elle s'inquiète pour le plaisir de la rassurer. Mais elle était comme au dessus de ça.

-Je connais beaucoup d'Oba mais... aucun Voyageur qui porte ce nom, je crois.
- Il était plutôt grand, assez gros. Pas très fort.
-Mince !.. Alors ils savent pour toi et tes nuits décallée... Et comment est-ce que ça s'est terminé ?

Je lui racontais à peu près tout. Les tentatives du gros de me convaincre qu'elle était la méchante, notre combat. Les moutons, la rivière. Je passais sur l'épisode de la morsure et concluais ; «  Je crois que je suis devenu un bon gardien, non?  ». Elle n'a pas eu le temps de me répondre autre chose que ;

-Oui ! Merci...

Dans un sourire reconnaissant, doux et élégant. Pas une once de séduction, enfin je ne crois pas. J'avais l'impression d'être un enfant à ses yeux, alors même que je le dépassais de bien plus d'une tête. Elle a disparu comme ça, dans un nuage de fumée caractéristique, dans lequel j'ai passé mes doigts tandis qu'il se dissipait.

Et voilà.

Je me sentais vide.

La foulée lourde, je retournais devant l'épée et me laissait tomber à ses côtés. Je n'avais plus le cœur à faire des pompes, ni courir. Je repensais à chacun de ses gestes, à ses intonations. La façon dont elle avait presque crié mon nom, avec joie et retenue.

A la sensation d'être un enfant à ses yeux. Pour lequel, pourtant, elle ne s'inquiétait pas puisque la mention d'Oba n'avait allumé aucune peur dans son regard. Qu'étais-je, vraiment ? Un gardien ? Seulement un nouveau gardien, le compagnon d'une quête commune ?

Et bien ça me suffisait.

C'est avec ce genre de pensées que l'envie de devenir plus fort est devenue un peu plus pressante. Je devais devenir fort, comme elle. Un protecteur si puissant que les pillards ne cherchaient même plus à s'emparer du trésor gardé, de peur d'être poursuivi nuit après nuit.


Ma force physique comptait, bien sûr, mais ce n'était pas la seule chose à prendre en compte. Oba m'avait presque fichu une rouste, sans parler d'Aymerick, intouchable. Il fallait au moins que je maîtrise mieux mon pouvoir. Que je puisse mobiliser plus de sang, le manipuler plus facilement, lui donner des formes plus complexes.

Je dégraffais mon manteau et le posais contre un arbre. Mentalement, j'appelais à moi tout le liquide qui l'imprégnait et le disposait en l'air, autour de moi. Une partie de ce sang était sec et poussiéreux, mais certaines tâches ne venaient qu'au prix d'un effort plus grand ; ce sang là épongé par les mailles épaisses du tissu, était un peu plus liquide. Certes, mais...

Et maintenant quoi ?

Je pouvais créer un lien. Disposant tout ce sang en longueur, je savais pouvoir en tirer une cordelette d'un mètre soixante dix. Pas la peine d'essayer à nouveau, je m'y étais déjà échiné. Alors ?

Je tentais de disposer l'hémoglobine différemment, de lui donner d'autres formes. Quelque chose de tranchant ? Lui en donner l'air était aisé mais... Impossible d'unifier le sang pour donner à ces formes un aspect solide. Je n'arrivais à former ni épée courte, ni même une dague ou un fleuret ; chaque fois que ma main se serrait sur la garde formait, la sensation était aussi agréable qu'attraper de l'eau granuleuse.

Je ne saurais dire si cet exercice m'épuisait mentalement. Faire léviter le sang ne me demande guère d'effort et il semblait que mes tentatives de solidification ne me fatiguait pas, sans doute parce qu'elles ne fonctionnaient pas. Il y avait, toutefois, quelque chose de décourageant là dedans et je me sentais de plus en plus las.

Je rassemblais tout le sang pour en former une boule compacte, que je posais dans la paume de ma main.
Et là, j'ai eu un déclic. Et si ?

Je fis tourner le sang sur lui même, cherchant à lui donner de la vitesse. Comme dans Naruto, ouais ! Un rasengan de sang, l'idée a de quoi séduire non ?!
Au moins une heure s'est écoulée ainsi ; moi aussi, une main pour soutenir mon bras lourd, au bout duquel, dans ma paume ouverte, un orbe de sang tournait sur lui même. Mais quels que soient mes efforts, je n'arrivais pas à accélérer le mouvement. J'ai tout essayé pourtant ; dans le sens des aiguilles d'une montre puis dans l'autre sens, en donnant à l'ensemble la forme d'un disque, puis d'un globe...

Mais rien de concluant. L'ensemble tournait sur lui même oui, et rapidement. Mais je ne sentais rien de plus, rien d'autre, rien de transcendant. Pour finir, je me suis levé, gardant l'ensemble dans ma main et j'ai frappé de la paume de la main le premier arbre venu.

Aucun résultat.

Sauf que maintenant, l'écorce était pleine de sang. Et que j'avais mal à la paume.

Tant pis.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Mer 17 Déc - 18:28
le 1er décembre 20XX


Cette fois je n'ai pas perdu de temps !

J'ai eu cette idée pendant la journée et il fallait que je la mette à exécution immédiatement. Je me suis dirigé vers la rivière et j'ai accroché mon manteau à une branche afin d'en extraire efficacement chaque goutte de sang.

Sang que j'ai ensuite délicatement fait léviter à la surface de l'eau afin qu'il s'humidifie légèrement (je le trouve plus malléable et agréable à contrôler comme ça).

Et puis, j'ai formé une ligne avec, qui partait de ma main pour se prolonger jusqu'au bout... Bout que j'ai cherché à élargir, mais sans lui donner autre chose que la forme d'une corde. Pour résumer, c'était une corde qui devenait de plus en plus fine, pour ensuite s'élargir légèrement au bout.

Je fermé le poing sur le sang dans ma paume tout en solidifiant mentalement l'ensemble.

ET VICTOIRE !

Je tenais entre mes mains une arme ! Un fouet !

Malheureusement, le temps que je le fasse claquer, il avait déjà perdu sa solidité et s'est répandu sur le sol, ce qui a eu pour effet de « corrompre » un peu de sang (quand il se mélanger à de la terre ou trop d'eau, il devient inutile, à moins de faire une sorte de « tri » ce qui me demande pas mal d'efforts).


Mais j'avoue tout le temps que je voulais.

Je me suis exercé, encore et encore. Je donnais la forme adéquate au sang, le maintenant dans le bon angle derrière moi, déjà plié, puis le solidifiait en même temps que je fermais mon poing et abattais mon bras.


A la fin de la nuit, je savais faire claquer mon fouet avec assez d'efficacité pour fendre une feuille en deux. Et je crois que j'arrive à le maintenir sous sa forme solide de plus en plus longtemps.

Ca n'a peut être pas l'air d'être grand chose, mais pour moi c'est énorme ! J'ignore si ça me servira à quelque chose de concluant en situation de combat contre autre chose que des feuilles accrochées à un arbre, mais c'est tout de même une nette amélioration !

le 2 décembre 20XX

Manoir...

J'ai passé la nuit dans un autre Royaume que celui de May (« Celui de May » ça sonne un peu bizarre) et je m'en sens un peu confus, comme si je n'avais pas respecté mon marché. Ce n'est pourtant pas ma faute ; je ne sais pas ce qui m'a poussé à me réveiller dans la citerne du Comte, sans doute l'envie de perfectionner mon fouet ou de m'entraîner...

Mais je me sens nul d'être parti. Je n'ai pas envie d'écrire cette nuit, le cœur n'y est pas. Disons juste que j'ai discuté avec Veinard , découvert qu'il avait une famille et que j'ai effectivement perfectionné mon fouet.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Sam 20 Déc - 17:11
le 3 décembre 20XX

J'ai senti dès le début que quelque chose n'allait pas.

En me réveillant, May était là, devant le rocher et l'épée, mais elle était dressée et la tête levée presque le nez en l'air, à l'affût. Les doigts de sa main droite étaient délicatement serrés autour de la garde de son katana et l'ensemble donnait l'image d'un animal sauvage en chasse, dans le moment qui précède la préparation de l'assaut. Elle semblait avoir flairé quelque chose. Malgré l'urgence qui se dégageait d'elle, je ne pouvais m'empêcher d'être heureux de la voir.


- May ?
-Ils arrivent.
- Ils?
-Aymerick et sa bande. Prie pour que Kuro ait conservé l'habitude de ne pas sécher l'école. S'il ne s'est pas réveillé...

Elle tourna la tête vers moi et une fois encore, j'ai senti ses prunelles me découper lentement. Cette fois pourtant, nulle caresse. Maintenant, je sais qu'elle était inquiète mais en cet instant, je n'ai vu que le jugement d'une femme qui ne m'estimait pas à la hauteur.

-Eloigne toi d'ici s'il te plait. Pas trop loin.

Je pense que je me suis décomposé et qu'elle l'a vu, puisqu'elle a légèrement plissé les lèvres dans une moue qui signifiait je ne sais quoi.


Mais elle n'ajouterait rien. Et bien tant pis, pas de problème.

J'ai tourné les talons pour trouver un endroit convenable pour me battre. Si possible, conserver la rivière à proximité. L'idéal pour moi était de trouver un endroit boisé. Une quarantaine de mètres plus loin, je trouvais l'endroit parfait et détachait les sangles de mon manteau afin de n'en laisser qu'une seule accrochée. Pour l'enlever rapidement, en cas de besoin... J'ôtais l'écharpe brune qui m'avait accompagnée au réveil et la laissait pendre sur un arbre, avant de faire jouer les muscles sous mon pull. Mes cuisses subirent un traitement identique.

J'étais échauffé. Il suffisait de ne pas se laisser refroidir ; travaillant sur mon souffle et mes mains, je conservais mon corps dans l'état adéquat. J'ignore si ça sert à quelque chose.


Ce fut un craquement sonore suivit du bruit caractéristique d'une branche qui tombe qui stoppa sur le champ mes préparatif.

Ca avait commencé ! Me tournant en direction du bruit, j'apercevais du mouvement au travers des végétaux. Impossible de déterminer leur nombre. Etaient-ils deux, trois ? Je distinguais May et ses coups de sabre, inévitablement suivis de la chute d'une branche. Comme elle me l'avait demandé, je priais pour que Kuro ne soit pas là.

Ce procédé dégagea peu à peu le paysage, juste assez pour me permettre de voir Aymerick, qui se déplaçait à une vitesse impossible. Il se téléportait sans répit, comme un clignotement furieux qui ne laissait pas une seconde à May, la harcelant sans cesse, toujours dans son dos, l'obligeant à tourner sur elle même pour contre-attaquer, sans relâche.

Je ne sais pas qui était le meilleur des deux. Pour se battre contre un sabre, le Voyageur au bonnet était à la fois expérimenté et talentueux, en plus d'avoir un sacré courage. Mais son pouvoir était indubitablement une aide prodigieuse et May luttait, avec la seule puissance de ses jambes et de ses bras, contre une vitesse instantanée. Il ne se contentait pas de se trouver dans son dos ; parfois au sol, parfois en l'air, parfois sur la gauche ou la droite, ses attaques étaient assez diversifiées pour l'empêcher de trouver une parade appropriée et mécanique. Elle devait sans cesse trouver le bon contre-pieds, le bon mouvement, pour éviter de subir un coup féroce, jeté à bras le corps.


Ce spectacle m'a fasciné comme une flamme hypnotise un papillon. Un bruit sur la gauche m'a tiré de cet enchantement morbide, mais trop tard. Je tournais la tête pour voir un gros poing s'abattre en plein sur mon œil. J'ai volé sur un bon mètre avant de tomber, l'arcade fendue nette. Quand je me suis relevé, j'étais au milieu d'un nuage de poussière suffoquant, irrespirable. Je me suis mis à tousser comme si ma vie en dépendait et un nouveau poing serviable s'est chargé de vider l'air de mes poumons d'un coup.

Putain, c'était mal parti.

Je griffais l'air de mes mains pour empêcher Oba de s'approcher et allez savoir pourquoi, il n'a pas poursuivi son assaut. S'il s'était contenté de m'enchaîner, ça aurait pu se terminer rapidement. Tant pis pour lui. J'ai retrouvé mon souffle au bout d'une demie minute, marchant vers l'arrière tout en l'observant.

Il avait l'air fier de lui. Ses deux moutons l'encadraient et, sincèrement, il n'avait pas l'air de craindre quoi que ce soit. J'étais obligé de lui donner raison. Pourquoi m'aurait-il enchaîné ? Il pouvait prendre son temps de toute façon, je n'avais pas les moyens de l'en empêcher.

Du moins, c'est ce qu'il croyait. Il ne faut pas sous-estimer ma férocité !

Il a jeté ses moutons sur moi avant de me charger à leur suite. Mais au lieu de me défendre, position que je n'aurais pas pu conserver sous une pluie d'attaque et avec un filet contenu de sang me barrant la vue, je me suis jeté en avant. Mon genoux gauche à rencontré le museau d'un mouton, pliant sa tête vers le haut dans un angle disgracieux, tandis que me main droite se jetait sur le poing tendu d'Oba.

Ma main gauche, elle, était pour ses yeux et je tenais mes doigts comme une serre prête à ne lui faire aucun cadeau. Et si le deuxième mouton m'a fauché la jambe droite, il n'a pas modifié ma trajectoire. M'a fait un peu mal, oui, mais pas plus que ça.

Ce qui s'est passé ensuite, c'est donc que mon poignet droit, celui qui servait à parer le coup, s'est plus ou moins brisé. J'avais été con de faire ça, mais au moins mon visage n'a rien eu à subir de plus. Cela dit, je suis tombé sur Oba et mon autre main a serré son visage avec la ferme intention de déchirer tout le gras de ses joues rebondies. Mon coude gauche a trouvé sa tempe et avant qu'il ne m'envoie valser j'avais jeté mon genoux dans ses roubignoles avec la conviction d'un train en marche.

Le temps qu'il se remette de ça, c'était tout ce dont j'avais besoin pour m'occuper de ses animaux. J'aurais aimé sourire, mais j'ai pas pu. Mais sincèrement, j'étais déjà au bout, je ne voyais pas trop comment finir ce combat en un seul morceau. Ma semelle stoppa la charge d'un amas de poussière chevelu, mais sans lui faire le moindre mal. S'ils ne me faisaient pas franchement mal quand ils me percutaient, ils me le rendaient bien à chaque fois que je les cognais. Essayer mon fouet sur eux ? Une idée lamentable ; je voyais bien que cela n'aurait pas fonctionné. Quant à les attacher, je ne trouvais aucune opportunité.

Mais Oba se relevait déjà et là, je réalisais que j'étais vraiment dans la merde. Il fit pleuvoir de la poussière sur moi, m'obligeant à me jeter en arrière et à perdre l'offensive que j'avais conservé sur les moutons.

Et puis Aymerick est apparu devant moi et j'ai senti que tout était définitivement perdu. Mais au lieu de m'achever d'un coup, il s'est contenté d'enrouler Oba dans un bras avant de les faire disparaître tous deux. Les deux moutons qui chargeaient tombèrent à mes pieds, fendus en deux.

Je me retournais pour voir May, à bout de souffle, le visage crispé dans une expression de colère et de concentration pure. Ses vêtements déchirés par endroit, lui collaient à la peau. Je suis resté pantelant j'imagine, une seconde ou deux soit ; un peu trop longtemps.


-CE N'EST PAS FINI !

Elle me cracha ses mots avec une violence inouïe. Car oui, le combat continuait, le combat n'avait jamais cessé.

Je ne sais pas trop ce qui s'est passé après. J'imagine qu'Aymerick est apparu au dessus de moi. Quelque chose d'immensément lourd m'a fracassé le crâne en me jetant contre le sol. Je suppose que je peux remercier ma solide constitution ou mes neurones déjà bien endommagés, puisque je ne suis pas mort sur le coup. Peut être simplement qu'Aymerick voulait prendre son temps.

Comme un objet flasque, je me suis répandu par terre de tout mon long et j'aurais probablement rebondi si le sol n'avait pas été si tendre. Peut-être que c'est ce qui m'a sauvé, aussi. Une immense vague de douleur m'a traversé, dans toute ma fibre, au bout de chaque nerf, comme une explosion fulgurante qui s'est soudain retiré. Le silence de sensation qui suivit me terrorisa. Un instant, j'ai cru que j'allais mourir. Je ne sentais plus rien.
Et puis la douleur est revenue en même temps que l'air s'insinuait dans mes poumons et j'ai hurlé comme un nouveau né.

Je me suis rendu compte que l'air sifflait autour de moi. Si j'avais pu lever la tête pour ouvrir les yeux, j'aurais vu Aymerick apparaître autour de moi et le sabre de May faucher ses trajectoires possibles, me recouvrant d'une bulle d'acier mortelle qu'il était impossible de traverser. La terre elle même, tout autour, portait les stigmates d'attaques qui ne se contentaient pas de fendre l'air physiquement, mais obligeait le vide à s'ouvrir en deux et à revenir sur ses pas avec une force telle qu'il se mettait lui même à trancher tout ce qui le traversait.

Je me suis mis à ramper malgré tout, ce qui a provoqué une acalmie.

Dans le silence, des branches continuaient de tomber avec une lenteur assourdissante. Puis une voix d'homme a jailli ;


-Tu ne pourras pas le protéger éternellement. L'épée, lui... Quoi d'autre May ? Tu compte ne plus t'arrêter de dormir ?

Alors voilà pourquoi il avait fait disparaître Oba ? Pour que ce dernier ne subisse pas le sort qu'on me réservait ; être un otage pathétique ? Avec une lucidité étrange, je mettais les mots dans l'ordre et en tirait la substance, mettait du sens derrière l'ensemble. Et... Depuis combien de temps est-ce que j'étais réveillé ? May aurait dû disparaître depuis longtemps. Pourquoi est-ce qu'elle était encore là ? Est-ce qu'elle savait qu'ils allaient m'attaquer ? Qu'elle avait préparé sa journée pour ça, quitte à ne pas dormir de la nuit ?

Je trouvais soudain sa présence intolérable. De quel droit pouvais-je l'obliger à sacrifier non pas ses nuits (comme je le fais pour elle) mais ses journées pour me protéger ? Cela revenait à modifier l'ensemble de sa vie ! Avec une force égale, sa voix a répondu, cristalline et mortelle ;


-Alors je suppose que je dois arrêter de jouer avec vous.
-Allons... Tu n'es pas en état de dire ça. Tu ne m'as pas touché une seule fois et tu le sais. Comment va ton épaule ? Ton sabre doit te sembler lourd, non ? Tu devrais simplement abandonner, May... Laisse nous l'épée et tout rentrera dans l'ordre.

Le silence lui répondit. De mon côté, j'avais continué de ramper et me trouvais désormais adossé à un arbre. Une feuille avait eu la bonne idée de se coller sur le sang poisseux de mon visage, stoppant l'écoulement sanguin. Je ne pouvais pas ouvrir mon oeil gonflé pour autant, mais c'était déjà ça.
Je tournais la tête vers May. Une blessure à l'épaule, que je distinguais à travers ses vêtements déchirés.

Intolérable.

Intolérable ! Tout mon corps se mit à bouillir. Je prélevais délicatement le liquide qui souillait le corps de May comme la caresse d'un amant tout en faisant subir le même sort à mon propre sang, à celui que j'avais sur les mains (j'avais du sang sur les mains?), sur le visage et à tout ce que mon manteau pouvait contenir. Tout, jusqu'à la moindre goutte. L'ensemble se mit à léviter autour de moi, tandis que j'ôtais la feuille collé sur mon front et libérait le sang de ma tempe. Pas de chichis (même si cet héroïsme ne servirait à rien).


- Ton petit copain s'amuse bien ?

Je continuais à me concentrer, à trouver la bonne idée parmi celles qui se bousculaient avec fureur sous mon crâne. Devant moi luisait le sang de May et je ne le permettais pas. Aymerick apparut devant moi en envoyait son pied dans ma direction mais il disparut avant que son coup porte et j'ai senti une bourrasque passer sous mon nez.
Elle s'était approchée de moi pour me défendre et avait anticipé admirablement. Mieux que moi. Aymerick profita de ce que son attention était portée devant elle pour l'attaquer dans le dos et elle sabra l'air deux fois de suite, sans même regarder et en bougeant à peine ; derrière elle et devant moi, empêchant toute contre attaque déplacée.

J'avais trouvé ma bonne idée.

En l'air, je disposais tout ce que je venais de récolter en une ligne verticale, à quelques centimètres de mon corps. Le sang s'agitait faiblement devant moi, comme un tube d'hémoglobine de soixante centimètres de haut pour un diamètre suffisant, et tremblait à chaque coup, fendu par l'air que projetaient les attaques que May envoyait devant moi.

Aymerick harcela ma protectrice, se désintéressant de moi pour continuer à la frapper, à ses glisser sous sa garde, à lui infliger quelques tourments qui décideraient de l'issue de la bataille.

Je ne regardait pas. C'était une feinte, nous en étions tous conscients. Il reviendrait me frapper dès qu'il le jugerait bon, dès que May serait lasse de doubler chacun de ses coups par une frappe dans ma direction pour trancher l'air devant moi et faire barrage. Quand sa douleur au bras l'emporterait sur sa détermination, quand la fatigue l'emporterait sur sa volonté de me protéger. May le savait et je le savais. Elle ne tiendrait pas, ce n'était plus qu'une question de temps.

Ce qu'elle ignorait, c'est que j'étais prêt.
Ses efforts pour me défendre me fendaient d'autant plus le cœur qu'ils n'étaient plus vraiment nécessaire. Si elle avait sû ce que je préparais, elle aurait arrêté bien avant, mais elle continua de lutter pendant une éternité. Aymercik brisait le rythme de temps en temps, il s'accordait des pauses avant de revenir à l'assaut, inlassablement.

Je n'avais pas besoin de la voir pour savoir qu'elle était à bout de force. Ses frappes devant moi étaient plus espacées, plus lentes, moins précises. Chacun de ses coups devait être assez rigoureux pour me protéger sans me trancher en deux, une performance qu'elle ne pouvait pas reproduire à l'infini.

Et finalement, elle céda.


-Je suis désolée !

J'entendis distinctement sa voix, qu'étranglait un sanglot. Aymerick ne s'y trompa pas. Il vint devant moi avant de disparaître, pour voir. Aucun coup n'avait précédé sa venue. May ne blufait pas.

Il revint moins de deux secondes plus tard et j'étais prêt. A peine son pied était-il apparu que je fermais mon poing, solidifiant le lien qui se tenait devant moi et que j'avais prolongé, en un mince fil presque invisible agrémenté d'une partie plus large au bout pour servir de contrepoids. Sur ces dernières parties, j'avais utilisé le précieux sang de May (que j'estimais indestructible sans autre raison que mon intuition).
La force de la frappe d'Aymerick fit s'enrouler la partie supérieure de la corde et du fil autour de sa cheville, tandis que son pied trouvait mon épaule.

Mais il n'avait pas frappé assez fort pour m'achever. Peut être était-il lui même épuisé, sous ses grands airs ? Personne ne peut utiliser un pouvoir à l'infini sans se fatiguer. Peut être qu'il jubilait et qu'il voulait prendre son temps ? Peut être qu'il m'estimait bien plus faible. Mais je suppose qu'il voulait me briser en morceaux et forcer May à se rendre, plutôt que de me tuer et de l'enrager. Erreur de calcul.

Il m'a projeté, oui, et le lien que j'avais enroulé autour de mon poignet s'est serré brutalement tandis que je volais. Légèrement fixé autour de sa cheville par l'inertie du contrepoids et solidement attachée à mon bras par quatre tours solides, la corde s'est tendue, emportant la jambe d'Aymerick dans ma chute. J'estimais mon poignet brisé et ne sentit guère la douleur de l'étau qui se contractait sur ma chair.


J'aurais aimé voir ses yeux s'écarquiller alors qu'il tombait par terre en voyait May se jeter sur lui, lui qui se trouvait soudain incapable de se téléporter. J'aurais aimé, mais je ne pouvais plus, je n'étais en cet instant qu'une boule de douleur voltigeant dans un sous bois automnal, à la limite de la perte de conscience. Même si j'avais pu garder les yeux ouverts, sans doute n'aurais-je rien vu d'autre qu'un barrage rouge et sanglant qui m'obstruait la vue.

Aymerick a forcément paniqué en réalisant que mon lien était autour de lui et ne le lâcherait pas. Je venais de gagner mon pari; nous étions attachés l'un à l'autre or, je tenais de May qu'il ne pouvait pas se téléporter avec moi à moins d'avoir vu mes sous vêtements. Et il n'avait pas vu mes sous vêtements.

La lame de May nous a séparé définitivement ; tranchant en deux sa jambe au milieu de la cuisse.

Oh, comme il a hurlé ! Le cri a lacéré une dernière fois les lieux, et tandis que mon lien disparaissait en tombant sur le sol, Aymerick a disparu en entraînant avec lui sa rage et sa douleur.


Et soudain, plus rien.

May ne bougeait plus, je ne bougeais plus. Tout s'est arrêté. Les arbres nous encerclaient de leurs ombres paisibles, secouant leurs feuilles colorées avec indolence. Même épuisée, la gardienne se tenait prête à abattre sa lame à nouveau, comme un tigre devant sa portée.

J'ai levé mon visage ankylosé avec difficulté. Devant moi se tenait de l'EV, sous sa forme la plus naturelle, posée sur les feuilles mortes là où aurait dû se trouver le membre tranché.

Comme pour rompre le silence ou répondre à ma question muette May s'est mise à parler. Pour évacuer la pression aussi je pense et sans doute pour déculpabiliser. Son débit était rapide, son souffle court, sa voix blanche.


-C'est le pouvoir de mon épée. « Il apporte la richesse » et les membres tranchés des Voyageurs sont considérés comme de l'essence de vie donnée de façon consentie. Les blessures infligées ne guérissent pas, à moins de récupérer l'Essence. Faute de souffle, elle s'arrêta. Elle en profita vraisemblablement pour réfléchir et se calmer, puis ajouta ;
-Tu peux garder celles-là en dédommagement.

J'ai appuyé sur mon bras encore valide pour me relever et saisir le cadeau.

-Reste là ! Tu es blessé, ne bouge plus !

Sur le coup, je crois que je me suis immobilisé. Le temps que ça monte au cerveau et que je décide si elle était sérieuse ou pas, si je devais lui obéir ou non. Et puis quoi encore ? J'allais pas rester allongé là comme un moins que rien ! Un pied devant l'autre, je me suis relevé. A part pour un bras et ma tête, j'étais opérationnel !

Enfin je veux dire, j'avais mal oui, mais je pouvais marcher. Et contrairement à la nuit avec Oba, me lever ne signifiait pas l'obligation de poursuivre le combat.
Plus important encore, il fallait que je me lève. Je ne pouvais pas passer pour encore plus faible que je n'étais devant May. C'était obligatoire, presque une question de vie ou de mort. Ma fierté n'aurait jamais supporté de me voir rester à terre et en plus, c'était ma seule chance pour attirer son attention, pour la marquer, peut être la séduire.

Si j'étais une fille, je dirais que c'est mon côté stupide et viril, mais les filles ne comprennent rien. Quique c'est bizarre d'écrire ça au fond. Si elles disent ça et qu'elles le pensent, alors c'est peut être pas une bonne technique de séduction. M'enfin elles le disent sans doute sans le penser.

J'ai attrapé l'EV et l'ai glissé dans ma poche. Chaque geste était une torture mais je n'avais pas le droit de grincer des dents.


- Ca va aller. Ils ne vont pas revenir se venger ?

Elle a soupiré et baissé sa lame, laquelle s'est évaporée sans que je ne m'en rende compte.

-Kuro n'est pas taillé pour le combat et ça ne l'intéresse pas.  Il peut me bloquer, tout au plus. J'imagine qu'ils vont chasser d'autres trésors maintenant. Quant à Aymerick, j'aurais... J'aurais pu le tuer une centaine de fois.

C'est parce qu'elle n'a pas continué de parler que j'ai réalisé la portée de ses mots. Si elle s'était contentée de me dire ; « je suis la plus forte et ils ont eu leur compte », j'aurais compris et accepté. Mais ce silence me disait qu'il y avait quelque chose d'autre, quelque chose qu'elle voulait que je réalise.

Elle n'avait pas tué Aymerick mais à la fin, elle l'avait laissé me porter son coup en sachant qu'il était possible que je meurs ? Je me suis senti me fissurer mais restais incapable d'y croire. La fatigue m'est tombée dessus d'un coup. Mes jambes se dérobèrent sous moi et je tombais assis sur le sol. Mais je ne pouvais pas y croire. Il fallait qu'elle me confirme que j'avais... mal compris ?


- Alors tu savais qu'il ne me tuerait pas ?
- A ce moment là, c'était trop tard. J'ai dit que j'étais désolée parce que j'aurais pu l'en empêcher dès le début. Je ne voulais pas le tuer, juste le blesser mais ça s'est éternisé et je me suis épuisée ! Tu dois me croire !

Je la croyais sur parole, d'autant plus que je ne désirais rien d'autre que la croire. Mon rythme cardiaque est reparti à peu près normalement. Elle pouvait me mentir, je l'accepterait mieux que la vérité ; cette illusion m'était trop chère, je ne voulais pas croire qu'elle ait pu me condamner à mort tout en laissant l'un de ses ennemis vivre. Croire que j'avais si peu d'importance.

- Bien sûr que je te crois.

Si elle me soutenait cela, je la croyais.
Même en plaquant ses yeux dans les miens pour me dire; « tu ne vaux rien », je ne l'aurais plus accepté.

Mais le temps a continué de s'écouler et May n'a pas voulu en rester là;


-Je vais sans doute me réveiller avant toi, même si je me suis couchée tard. Ne m'en veux pas. Et ne fais rien d'inconsidéré ; tu es mal en point.
- May ! Ca va aller, arrête de me prendre pour en enfant ! Tu vois bien que je suis fort non ?

Je me suis relevé pour la dominer, au moins physiquement, ce qui l'a fait sourire faiblement, avant de prononcer d'un air professoral ;

-Ecoute les conseils de ceux qui sont encore plus forts que toi !

Voilà qui était mieux !

Nous sommes retournés devant l'épée afin de trouver un endroit à l'assise confortable. Nous étions côte à côté. J'étais bien. Je n'avais pas besoin de parler, et elle ne parlait pas.

Je ne sais pas si je me suis assoupi.

Il me semble que ma nuit s'est achevée comme ça, dans la sérénité, aussi n'ajouterais-je rien, ça fait déjà trop longtemps que j'écris. Je garde donc en moi mes doutes et mes espoirs pour aujourd'hui. J'imagine que les mots que écrits au dessus suffisent à se faire une idée de mon état d'esprit actuel.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Lun 29 Déc - 1:18
le 4 décembre 20XX

Evidemment je ne l'ai pas revue cette nuit.

Ni personne d'autre, heureusement !

Je dois être le seul à ne pas avoir modifié l'heure de mon réveil hier donc ma nuit s'est passée comme un charme. J'ai repris ma routine autour de l'épée plantée dans le rocher, pompes, flexions, course, repos.


le 8 décembre 20XX

Je n'ai rien écrit de plus dans le journal ses derniers jours puisqu'il ne s'est rien passé de neuf. Ca ne me donne rien de nouveau à décrire, mis à part mes pensées, peut être, ce qui n'était pas vraiment censé être le but de ce journal. Mais pour ne pas perdre le main, je vais combler le manque de matière « neuve » à écrire pour parler un peu de ce que je pense de tout ça.

Premièrement, ne pas revoir May commence à m'angoisser. Pas de représailles sur moi, d'accord, je le conçois ; c'est compliqué pour eux. Mais contre elle ?

Je relis ce que j'ai écris en transcrivant du mieux possible ses paroles de la nuit du 3 décembre, celles qui disent que Kuro ne peut pas lui faire de mal, mais je n'arrive pas à être parfaitement rassuré. Aymerick est hors d'état de nuire, c'est sûr, mais peut être qu'elle présume un peu trop de ses forces ?

Cela dit, je ne ferai pas exprès de me coucher de bonne heure pour la voir. Peut être une sieste si ça continue, mais rien de plus.

le 9 décembre 20XX

Demain, peut être que je ferai cette sieste.

Les arbres tranchés par May ont partiellement repoussés ; des branches neuves ont remplacé les amputations d'il y a quelques jours. Observer ces mutation m'a occupé l'esprit. J'ai noté quelques endroits où les arbres sont blessés pour voir s'ils auront repoussé à la prochaine nuit.

le 10 décembre 20XX

Toujours rien de nouveau même si cette nuit des rêveurs se sont approchés de l'épée, l'un d'eux avec l'idée de la retirer. Ils me divertissent. J'ai été content de les voir, même si je n'ai pas réellement discuté avec eux. Trois jeunes garçons qui se chamaillaient, c'est amusant. Ils sont finalement partis « à l'aventure » et je les ai suivi un moment.

Puis, c'est à regret que j'ai rebroussé chemin. Suivre des rêveurs, ça se fait pas trop et puis... Je dois rester dans le coin.

le 11 décembre 20XX

Ma sieste n'a rien donné. Je me suis endormi en pensant à l'épée. Peut être que May n'était pas à côté de l'épée à ce moment là. Peut être qu'elle ne dormait pas ? Qu'un coïncidence nous a séparé ?

Hobbes a dit qu'il me trouvait bizarre et triste. Je refuse de laisser mes rêves m'influencer comme ça.

Je ne dois pas refaire de sieste. Je crois. Mais je suis inquiet.

Et je veux la revoir bon sang, je veux tellement la revoir !

le 12 décembre 20XX

Papi est venu me parler !

Dès le début je n'ai pas supporté de le voir apparaître ici. Mais c'était pour me faire la morale en plus ! Il n'a pas arrêté de me demander ce que je faisais ces dernières nuits, que Hobbes était inquiet.

Il a vu l'épée et m'a questionné à son sujet, je me suis énervé. Je ne peux pas réécrire toute cette nuit, je n'ai pas envie de me plonger dans mes souvenirs. Je ne sais plus tout ce que j'ai dit ou qu'il a dit. Il croit qu'il a tellement raison ! Si je savais mieux dire ce que je pense je lui aurais fermé son clapet.

JE VIS MES RÊVES ! Il me demande de vivre mes rêves pour moi, et ba c'est ce que je fais !

Merde, il n'en sait rien de ce que je veux rêver. De quel droit il me dit ce que je dois faire ou ne pas faire ? Il a menacé de me tuer en tant que Voyageur si je continuais ! Non mais... est-ce qu'il réalise ce qu'il dit ? Il croit qu'il réalise mais putain mais c'est n'importe quoi ! Salut, je vais te tuer pour ton bien ?

Et puis bon, je ne voulais pas lui en parler. Lui dire que c'était pour une fille. Plus notre discussion devenait une dispute et moins je pouvais lui en parler. J'avais peur qu'il se mette à éclater de rire et parte d'un air rassuré, comme si ça n'avait pas la moindre importance finalement et que je n'étais qu'un jeune premier enamouré et stupide.

Finalement, j'ai arrêté de lui répondre et il est parti. On est un peu fâché je pense. Il semblait un peu triste. Mais ça ne le regarde pas putain  !


le 13 décembre 20XX

Progression géniale ; au moins personne n'est pas venu me faire chier cette nuit. J'ai été de mauvaise humeur toute la journée d'hier et si c'est à cause de mes rêves, c'est surtout à cause de papi. Fais chier, j'ai pas envie de ça.

Je veux juste revoir May et tout rentrera dans l'ordre.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo] Sam 10 Jan - 12:42
le 14 décembre 20XX

Elle n'est toujours pas dans son Royaume. Je l'ai cherchée partout. Je commence à perdre espoir.


le 20 décembre 20XX

Noël approche et toujours rien. Je me suis concentré sur la vie réelle ces derniers temps. C'est fou non ? J'ai besoin de la vie réelle pour faire des pauses entre mes nuits et pas l'inverse.

Des problèmes divers font que je vais abandonner la fac. Et sans doute partir de là, de Marseille, de cet appart'. Changer d'air.

Aujourd'hui, je ferai ma troisième sieste pour tenter de trouver May. J'espère ne pas faire choux blanc une fois encore.


le 20décembre 20XX, plus tard
Je me suis retrouvé au Royaume des Doutes quoi !.. Sérieusement... Et May n'y était pas bien sûr. Voir mes questions mentales s'écrire sur les pierres du Royaume m'a profondément emmerdé je dois dire et j'aurais cassé la gueule d'une créature locale un peu trop moqueuse si je n'étais pas quelqu'un de calme.


le 22 décembre 20XX

L'automne doux du Royaume s'est métamorphosé en un hiver glacial. Je n'en ai pas cru mes yeux et au début, j'ai pensé que je m'étais trompé d'endroit.

Les arbres ne portent plus aucune feuille et brillent d'éclats de givre. La rivière est complètement gelée et dissimulée sous une fine couche de neige qui a recouvert tout le paysage.

J'aurais aimé que ce changement provoque en moi autre chose qu'une très profonde tristesse mais je n'ai pas pu m'en empêcher en voyant l'épée couverte de neige, qui me confirmait que je n'étais pas subitement dans un royaume festif où je croiserait peut être des petits lutins et un gros monsieur en manteau rouge. Si possible pas couvert de sang.

Papi veut que l'on se retrouve tous les trois, avec Hobbes, la nuit du 24... Je ne sais pas si je dois accepter. Je ne veux plus être ici. Je crois que... Enfin je ne sais pas. Je n'écris même plus ce que je fais dans ce journal. Je fais plus grand chose, faut dire...


le 26 décembre 20XX
[justify] Je n'ai pas écrit ce qu'il s'est passé avec papi hier, parce que je me suis relu et je constate que mes dernières entrées dans le journal sont beaucoup trop déprimantes. En comparaison, la nuit du réveillon m'a permis de concrétiser des semaines de frustration. Je me suis amusé, j'ai discuté, j'ai croisé des inconnus avec lesquels je me suis lié d'amitié, j'ai ris et j'ai joué. J'écrirais tout ça ailleurs.

Papi avait raison et Hobbes avait raison aussi. J'ai été idiot.

Que cela me serve de leçon ! Une peine de cœur pour retrouver des rêves agréables !

Et avec ceci, ma décision est prise. Je vais quitter Marseille et me balader un peu. Changer d'air me fera du bien ; je me suis enfermé dans Marseille comme je m'enfermais dans le Royaume de May alors que le monde est vaste. J'ai une mauvaise réputation en ville ? Et bien je peux changer de ville. Je ferai des efforts pour ne plus me battre et être un peu plus social. J'essaierai de prendre exemple sur ce que je tente d'être dans Dreamland.

C'est une bonne résolution avant la nouvelle année, ouais ! Un nouveau Calvin va naître !


(Les entrées suivantes n'ont rien à voir avec la présente histoire)

Jusqu'à ce que...



le 3 janvier 20XX

Je n'aurais pas du revenir .

J'ai voulu y retourner, pourtant. Après une courte aventure au royaume des fleurs, j'ai décidé que j'avais passé le pas et que... Que je pourrais revenir ici sans me faire « contaminer ».

C'était à la fois vrai et faux je suppose. Bon. Je respire un bon coup. Je me lance.

[i] Il n'y a pas grand chose à dire pourtant. Je me suis réveillé dans ce Royaume, maintenant recouvert d'un long manteau de neige. Pas de May. Je pouvais le sentir dès mon arrivée sur place. Tant pis. Mon cœur s'est un peu serré mais je m'étais préparé.

J'ai donc commencé à me promener en quête d'un autre changement ou d'une trace de pas, que je devais ne jamais trouver. Mes semelles s'enfonçaient en craquant et je trouvais ce bruit amusant et agréable. On a pas souvent de la neige sur la Méditerranée, je ne connais pas trop ça. J'ai marché en suivant mon chemin habituel et pas question de courir cette fois. Je n'avais pas besoin de ça pour me changer les idées ; j'étais plein de projets de sac à dos, d'économies et de billets de train.

Traverser la rivière acheva de changer la donne puisque j'y trouvais une glace solide et compacte, tout à fait capable de soutenir mon poids. Comme ça glissait là dessus ! Je décidais de voir jusqu'à où je pouvais slider en prenant de l'élan. La poudreuse amassée sur la glace volait à chaque passage, rendant mes grands moments d'équilibriste franchement stylés.

Mais il y a quelque chose d'étrange à s'amuser de cette manière tout seul. Ca sonne un peu faux. J'aurais aimé que Hobbes soit là.

Finalement lassé, je suis donc remonté pour finir ma boucle. Mais arrivé à l'endroit où le rocher de l'épée devient visible de l'autre côté de la rivière, je me suis rendu compte que... Quelque chose n'allait pas.

Cette forme ne m'était pas familière.

Mon corps qui l'instant d'avant brûlait encore des mes glissades s'est soudain pétrifié de froid. Ma sueur était un glaçon que l'on vous fait couler dans le dos, dans la nuque, sur le ventre et les oreilles.

Il n'y avait pas d'épée dans le rocher.

Mais il y avait un sabre. Je n'ai pas tout de suite réalisé que je courais sur la rivière gelée pour traverser et m'approcher. M'assurer de ce que je ne voulais pas croire.

Arrivé derrière la pierre, le doute n'était plus permis ; c'était bien le sabre de May qui était planté là, la lame fichée à moitié dans un angle léger. Etait-ce vraiment celui de May ? C'était un katana oui mais pour ce que j'en sais ! Je n'avais jamais bien regardé la lame ou même la garde de son arme...

Enfin, inutile de se faire des idées. Qui d'autre aurait été planter un katana ici ?

Pris d'une frénésie subite, j'essayais de retirer la lame de toute mes forces. Elle ne bougea pas d'un millimètre. Est-ce que je me suis senti plus faible en essayer de tirer ? Peut être, je n'en sais rien ; je n'y prenais plus garde. Je devais tirer ! Plus fort ! De toute mes forces !
Je hurlais. Mais rien. La garde se balançait doucement d'un air goguenard quand je lâchais, les lames orientales étant légèrement plus flexibles et souples que les épées droites classiques...

Un instant, j'ai voulu taper, la tordre pour la briser. Pour que ça s'arrête. Qu'est ce que cela signifiait ? May était morte ? Ou bien est-ce qu'elle me laissait un message ? Ou alors, étaient-ce ses assassins ? Des pensées funestes me venaient à l'esprit et avec elle, la culpabilité.

C'était ma faute puisque j'étais parti. Et pourquoi l'épée droite avait-elle disparue ? Est ce que son propriétaire était venu et l'avait trouvée ? Et que May, l'ayant croisé, avait laissé ici sa lame ? Pour moi ? Ou une lame pour une lame ? Et d'abord, est-ce qu'elle pouvait laisser la lame ici sans mourir ? C'était son pouvoir de faire apparaître son katana !

Je m'étonnais de constater que j'étais assis là, l'air absent. Depuis quand avais-je cesser de lutter contre l'acier et la pierre ? La notion du temps avait disparu. Peut être une heure, peut être deux. Une profonde lassitude m'a envahi et je me suis levé avec difficulté avant de me détourner.

Je n'aurais pas dû revenir ici.

Parce que maintenant, je n'aurais plus de répit avant d'avoir trouvé des réponses.
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MessageSujet: Re: La gardienne (quête solo]
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La gardienne (quête solo]

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