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Roses et Rouges

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Jacob Hume
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Arpenteur des cauchemars
Jacob Hume
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MessageSujet: Re: Roses et Rouges Roses et Rouges - Page 3 EmptyMer 26 Nov 2014 - 22:52
4/ La nuit des Veilleurs, première partie, l’attaque.

Les dés étaient lancés et Agathe avaient pris la tête des opérations par l’intermédiaire de son micro. On avait donné à tout le monde un talkie-walkie et une fréquence sur laquelle émettre afin de pouvoir lui répondre, hélas, pour Jacob, c’était quelque peu superflu. Il était accompagné par deux autres voyageurs, le dénommé Anabert et une autre fille qui avait été une prostituée et qu’il ne connaissait pas. Ils se déplaçaient à pied dans le quartier qui bordait l’avenue centrale, là où l’Ellis ne se trouvait pas, du côté de l’hôtel de police. L’agoraphobe avait pris ses responsabilités très au sérieux et leur avait donné un objectif plutôt précis : répondre à tous les appels d’urgence qu’on lancerait ce soir. Elle avait demandé à ce que les hôtels se passent le mot : quelqu’un répondrait et veillerait à ce que tous les crimes signalés soient punis par les volontaires.

C’était un objectif ambitieux, mais ils étaient tous motivés pour le faire et Camille leur avait assuré que si chacun faisait sa part, il n’y aurait pas de problème. Afin de l’atteindre, Agathe avait donc divisé ses troupes en petites patrouilles et les avaient réparties dans les différents quartiers afin de mieux couvrir la ville. Ils étaient tenus d’intervenir le plus vite possible et avec le plus d’efficacité possible, quitte à se montrer un peu plus violents qu’ils ne le devraient avec ceux qui ne coopéraient pas. Ils n’avaient pas le choix, le moindre délai pourrait laisser place à un chaos plus grand encore et ils se devaient d’intervenir partout. Ce n’était pas tant une bataille rangée qu’une bataille d’esprit. S’ils parvenaient à prouver au monde que quelqu’un veillait sur la ville et que le crime n’y avait pas sa place, alors ils auraient gagné. Et pour cela, ils se devaient d’être intransigeants envers ceux qui profitaient du désavantage des forces de polices. Des petites équipes motorisées feraient des allers-retours pour récupérer les délinquants arrêtés par les patrouilles et les mettre derrière les barreaux, quitte à ce que les prisons de la ville soient rapidement complètes.

Dès les premiers instants de la chasse, ils avaient compris que ce ne serait pas une partie de plaisir et qu’ils n’auraient probablement pas une minute de répit. Jacob, Anabert et la jeune femme, qui s’appelait Jennifer, avaient été appelés pour s’occuper de deux voyageurs qui s’étaient provoqués au cœur d’une rue passante afin de régler un vieux compte sans être dérangés. Jacob s’était occupé du premier, tandis que ses deux camarades avaient maîtrisés le second avec un peu plus de difficultés. Ils les avaient remis à l’une des voitures de police et avaient dû filer pour répondre à une tentative de pillage dans un hôtel voisin. Les choses s’accélérèrent et au pillard s’ajouta un voyageur à moitié fou qui espérait faire un carnage au milieu d’une rue, puis un client qui ne voulait pas payer sous prétexte qu’on ne pouvait rien faire contre lui, la ville était ouverte. Tout ce petit monde fut expédié le plus rapidement possible vers les cellules qui commençaient déjà à se peupler dangereusement. Tous ceux qu’ils arrêtaient étaient surpris par leur intervention, d’autant plus étonnés de voir des voitures de police débarquer pour les emmener au poste. On ne s’attendait pas à ce que des volontaires aient pris le relais de Miraz.

Alors même qu’ils venaient de donner un nouveau client aux ramasseurs attitrés – un simple idiot qui avait un peu trop bu au mauvais endroit – la voix d’Agathe résonna à nouveau dans leurs esprits.


« On signale une demi-douzaine de marins dans votre secteur, ils essaient de racketter les hôtels de la ville apparemment. » expliqua-t-elle. « Ils forcent à payer ou promettent qu’on passera plus tard pour détruire l’endroit. Ils laissent des marques sur les mauvais payeurs. »

« Pas de problème, petite, on s’en charge. » répondit Anabert à travers son talkie-walkie.

Il lança un regard à Jennifer et Jacob, qui approuvèrent tous les deux l’idée. Ils n’auraient pas besoin de renforts. L’intouchable étaient avec eux. Un tel groupe ne leur faisait pas peur. Elle leur donna l’adresse et ils commencèrent à filer dans la direction indiquée. A un pas de course maîtrisé, ils remontèrent un long trottoir bien éclairé par les différentes enseignes et les lampadaires. Il y avait du monde sur l’avenue et ils durent se frayer un chemin à travers la foule. Jacob poussa un long soupir agacé lorsqu’il vit qu’un bus s’était garé quelques instants auparavant devant un hôtel et déposait plusieurs clients avec d’imposants bagages. Un obstacle de plus sur leur route et hors de question de voler pour l’éviter, ils pousseraient un peu ces rêveurs, quitte à recevoir quelques réprimandes. Il arriva à leur niveau et, hélas incapable de leur demander quoi que ce soit, joua des épaules pour passer. Anabert et Jennifer suivirent le sillage qu’il créait en s’excusant pour lui.


« Jacob ? » fit une voix à côté, qu’il ne repéra pas, mais que les deux autres entendirent distinctement. « Oh, oh ! Jacob ! »

Anabert s’arrêta en attrapant le bras du sourd, afin de lui signaler l’appel. Il montra une jeune femme aux cheveux clairs qui lui faisait des gestes tout en traînant une valise rouge derrière elle. Jennifer cessa d’avancer à son tour. Ils venaient à peine de passer le groupe de rêveurs et en les voyant face à face, les deux voyageurs reconnurent sans mal qu’il existait un lien de parenté entre les deux.

« Oh Jacob ! » fit la jeune femme. « Tu es venue me chercher finalement ? Ça ne te dérange vraiment pas que je dorme chez toi ? Je croyais que tu voulais être un peu seul avec Cartel… »

Naturellement, l’intouchable n’entendit rien de ce petit discours. Il ne s’était pas attendu à ce que sa sœur débarque dans la ville. Cela ne lui était jamais arrivé jusqu’à présent, de croiser des membres de sa famille dans leurs songes, en partie parce qu’il évitait de les y retrouver en général, craignant un peu de découvrir leurs fantasmes débridés. Raison pour laquelle il n’avait jamais essayé de déranger le sommeil de Cartel non plus. Nathalie avait vraiment choisi sa nuit pour venir lui rendre visite. Un peu gêné par cette intrusion, il regarda aux alentours, comme s’il pouvait trouver quelque chose qui pourrait l’aider à se tirer de là. Il remarqua ses deux acolytes, intrigués et leur écrivit un petit mot d’explication.

« C’est ma petite sœur, Nathalie. »

Les deux autres acquiescèrent tout en l’interrogeant du regard. Pouvaient-ils continuer ? Peu importait qu’ils traînent un boulet derrière eux ou qu’ils l’abandonnent ici pour continuer leurs interventions. Ils avaient un rôle à jouer et ce délai n’était pas bienvenu. Il allait leur demander d’expliquer à sa sœur qu’il avait quelque chose d’important à faire, qu’elle devrait bien s’amuser à l’hôtel sans lui, ou quelque chose dans le genre, quand une peur s’empara de lui. En balayant la rue du regard, il lui semblait qu’il avait repéré quelque chose.

Il se tourna vers leur destination à nouveau et comprit immédiatement le problème. Parmi la foule se trouvait un visage étrangement familier : celui de Patrick. Pire, le violeur lui souriait avec un air de défi.


« Oh, regardez, c’est monsieur Rillon ! » s’exclama alors Nathalie à côté d’eux. « C’est mon prof de français. Il est un peu bizarre, mais gentil. Lui aussi il vient te voir ? Ça alors ! »

Jacob n’attendit pas une seconde de plus, il se lança vers l’avant, en laissant sa plume expliquer aux autres la situation.

« Violeur de rêveuses. » furent les seuls mots qui leur parvinrent et ils eurent tous les deux l’air le plus choqué du monde.

« Jacob ! » s’écria soudain la voix d’Agathe. « Ça y est ! On a repéré Sandman, il est au niveau du Teenage Hotel ! Vas-y immédiatement, j’envoie une autre patrouille pour aider les deux autres. »

L’intouchable s’arrêta. Patrick avait compris ce qu’il voulait faire et décampait déjà. Il allait bientôt disparaître de sa vue s’il n’y allait pas maintenant. Et Nathalie qui semblait l’avoir reconnu. Ce monstre la connaissait-il ? Ce sourire… Il était plus que probable qu’il soit là pour elle, pour se venger de lui. L’horreur de cette perspective commençait à ternir ses priorités. Il ne pouvait pas abandonner sa sœur, il ne pouvait pas la laisser entre les mains de ce voyageur ignoble. Il allait détruire sa vie, il allait… Il ne pouvait même pas y penser, il fallait qu’il l’arrête. Il ignora l’ordre d’Agathe et courut en direction du fuyard.

« Agathe ! » intervint Anabert avec son talkie-walkie. « On a un problème. Il y a la sœur de l’intouchable avec nous et apparemment, un violeur est dans les parages. Il est parti à sa poursuite. »

Il y eut un juron.

« Pourquoi il s’en vont ? » s’inquiéta un peu Nathalie en voyant ces deux visages familiers s’éloigner à toute jambe.

On l’ignora superbement.


« Que l’un de vous prenne un véhicule et escorte sa sœur jusqu’à l’hôtel de police, on la protègera. » ordonna Agathe. « L’autre poursuit le violeur, oubliez les marins, j’envoie deux autres patrouilles sur eux. Je m’occupe de Jacob. »

« Ok. » répondit l’activiste en remettant le micro à sa ceinture.

« Je la ramène, vas-y. » imposa Jennifer en prenant Nathalie par le bras en la forçant à remonter dans le bus au moment où le chauffeur remontait.

Anabert fila comme une flèche à la poursuite des deux autres. Les ordres étaient donnés. Le conducteur du bus protesta un peu, mais Jennifer n’eut aucun mal à le menacer pour qu’il change son itinéraire de base et les ramène au plus vite au poste de police.


« Jacob, il faut que tu ailles voir Sandman ! » répéta l’agoraphobe avec gravité. « Il faut absolument qu’on le capture ! On s’occupe de ta sœur ! Fais-nous confiance ! On va la protéger ! »

Jacob ne réagit pas tout de suite. Il jeta un œil vers l’arrière et vit Anabert gagner doucement du terrain. Devant, Patrick courait sans chercher spécialement à le semer, comme s’il faisait attention à ne pas perdre sa victime de vue.

« On ne le laissera pas s’approcher ! » insista Agathe. « Vas-y maintenant avant que Sandman disparaisse ! »

L’intouchable hurla dans sa bulle comme jamais il n’avait hurlé. Son cri ne passa pas l’impénétrable muraille invisible qui l’entourait, mais cela ne le dérangea pas. Il envoya un bras invisible vers son adversaire qui fut touché mais trébucha à peine avant de reprendre. Puis, il s’envola vers le Teenage Hotel, à une bonne vingtaine de rues d’ici. Il eut juste le temps de voir Anabert percuter de plein fouet le violeur, qui s’était cru libre un instant.

---

Camille et Ben s’occupaient d’une autre patrouille avec Olivia et Carlos. Comme tous les autres, ils étaient loin d’avoir chômé. Le quartier dont il s’occupait se trouvait de l’autre côté du boulevard. Eux avaient déjà eu à faire à plusieurs marins occupés à faire le tour des hôtels pour demander une rançon en échange d’un droit à survivre. Ils avaient maîtrisé le petit groupe grâce à un nuage toxique de Ben et les avait remis au poste de police aussi vite qu’ils l’avaient pu. Ils avaient aussi arrêté un sanguinaire qui essayait d’attraper des créatures des rêves pour les tabasser à mort et quelques autres qui s’étaient mis en tête de saccager un hôtel luxueux. Ils étaient arrivés un peu tard là-bas, mais heureusement, ils avaient eu l’appui d’un autre voyageur, simple client écoeuré par leur attitude et qui avait rejoint leur petite équipée aussitôt qu’il avait su ce qu’ils faisaient.

L’homme s’appelait Henrique, un portugais qui s’était couché plus de deux heures après eux, plutôt efficace en tant que combattant. Ils en étaient à pourchasser deux pillards sans envergure lorsque la conversation entre Anabert et Agathe résonna dans leurs appareils. Camille s’arrêta net dans sa course. Olivia et Ben s’arrêtèrent avec elle tandis que les deux autres hommes continuaient à courir après les délinquants – qu’ils n’eurent aucun mal à rattraper et maîtriser. Les deux la regardèrent sans comprendre sa réaction. Une boule remonta dans sa gorge et elle inspira à fond pour la ravaler. Elle eut un frisson d’horreur alors que la scène lui revenait. Mais elle parvint à transformer l’effroi en colère. Elle ne se laisserait pas abattre, elle ne le laisserait pas devenir sa crainte. Elle allait lui faire payer son ignominie, personnellement. Ce serait le meilleur remède, le voir dans une position de faiblesse misérable serait le meilleur moyen de mettre un terme à son cauchemar.


« Je dois y aller, continuez de votre côté. » lança-t-elle seulement avant de quitter le trottoir pour se planter au milieu de la route.

Ben et Olivia se regardèrent. La jeune femme s’inquiéta soudain pour sa protectrice et Ben chercha instinctivement à la rassurer et à se rassurer lui-même. Il lui fit signe de continuer avec les deux autres avant d’emboîter le pas au leader de cette épopée.

Camille écarta les bras pour être bien visible et força ainsi une voiture à s’arrêter. C’était un coupé sport de luxe qui faisait régulièrement fantasmer les rêveurs : le genre de voitures qu’ils n’avaient pas l’occasion de conduire pendant la journée. Elle fit signe au conducteur d’ouvrir sa portière et celui-ci obtempéra, surpris.


« Police ! » déclara-t-elle. « Je réquisitionne votre véhicule ! »

« Vous devez vous tromper, je suis déjà en retard à mon rendez-vous. » répondit le rêveur, un peu confus.

Elle n’avait pas le temps pour ces conneries, elle le tira brutalement de son siège et monta immédiatement à sa place. Comment se conduisait une voiture à Dreamland ? Etait-ce la même chose que dans le monde réel ? Apparemment, oui, tout en étant cent fois plus intuitif. Elle trouva la clé pour enclencher le moteur que l’autre avait éteint sans même avoir à le chercher. La portière du passager s’ouvrit à son tour et Ben entra dans le véhicule. Elle jeta un regard sombre dans sa direction mais ne fit pas de commentaire. Elle appuya sur l’accélérateur et le véhicule fila à pleine allure dans la rue, abandonnant sur place un rêveur étonné qui se demanda bien comment il arriverait à l’heure à son rendez-vous maintenant – il passa une nuit étrange à faire tout son possible pour arriver à destination, sans jamais trouver le moyen d’y parvenir.

Tenant le volant d’une main, s’étant un peu faite à l’idée que ce bolide était cent fois plus maniable qu’un véhicule du monde éveillé, Camille s’empara de son talkie-walkie.


« Agathe, donne-moi la position de cet enculé. » lança-t-elle sur ce ton qui n’acceptait aucune répartie. « Ben et moi on va filer à un coup de main à la sœur de Jacob. »

---

Ils devaient être une dizaine, en bordure de la ville. Parmi eux, il y avait au moins trois voyageurs, des petites frappes qui s’extasiaient de participer à cette grande aventure nocturne. Ils étaient encadrés par des créatures des rêves, principalement des marins à la solde de Kerouan. Le plan qu’ils suivaient était simple. Plusieurs groupes étaient partis en avance expliquer à tous les hôtels qu’ils croiseraient qu’ils devaient payer une taxe ou être détruits plus tard. Le gros des troupes passait ensuite, repérait les marques que les premiers avaient laissées pour ceux qui osaient résister et avait pour objectif de poser une deuxième fois la question. Si la réponse était toujours négative, ils devaient brûler l’hôtel ou le saccager complètement. Les bénéfices de cette petite entreprise seraient partagés entre les participants une fois qu’ils se seraient bien amusés. Un moyen facile de se faire de l’argent, il n’y avait plus de flics pour les en empêcher.

Ceux-là commençaient par un quartier relativement pauvre, une rue qui ne respirait déjà pas le grand luxe à l’origine. Armés d’objets trouvés et de leurs seuls pouvoirs, ils passaient çà et là en violentant ceux qui se trouvaient sur leur passage ou en lançant quelques projectiles sur les enseignes, ne respectant rien et s’amusant du malheur des autres, ivres de leur propre supériorité sur le moment. On s’écartait devant eux, on se cachait en espérant qu’ils ne les remarqueraient pas, on les évitait comme la peste et c’était très amusant.


« Là ! Une marque ! » s’exclama soudain l’un d’eux, tout excité.

Tout le groupe hurla sa joie et se précipita dans la direction de cet hôtel qui avait eu le malheur de tenir tête à leurs visiteurs. La porte était close et ils frappèrent dessus quelques instants, en appelant les propriétaires à se manifester.


« Hey ! » fit le voyageur le plus costaud du groupe, un certain Yohann. « On se réveille là-dedans ! On a une question à vous poser ! Une question trèèèès importante ! »

« Ouais ! » fit le type à côté de lui, un Greg plus ou moins anonyme. « Des friandises ou une farce ? »

Les deux voyageurs explosèrent de rire alors que les créatures des rêves s’étonnèrent de la remarque, incompréhensible pour eux. Aucune réponse ne venait, les volets étaient tous fermés et les empêchaient de passer par une fenêtre. Du moins, c’était le cas au niveau du rez-de-chaussée. Yohann s’écarta un peu du bâtiment, enfoncer une porte pouvait peut-être être évité. Les fenêtres du premier étage n’avaient pas de volets et il était certain de pouvoir les atteindre en grimpant. Il lui suffisait d’un projectile assez lourd pour ouvrir la voie avant de tenter l’escalade. Plusieurs visages inquiets les fixaient depuis l’intérieur, ce qui le fit se marrer encore plus. Des gens à terroriser, il adorait ça. Il se tourna vers l’un des marins.

« Hey, toi, là ! » le désigna-t-il. « File-moi ta barre de fer. »

L’autre la lui donna sans hésiter et Yohann ne chercha même pas à le remercier. Ces créatures des rêves semblaient être programmées pour obéir à quelqu’un et il n’allait pas se priver pour leur donner des ordres comme il en aurait donné à ses deux chiens. Ce soir, c’était sa soirée, son moment d’éclate. Il arma son bras et visa la fenêtre comme il l’aurait fait avec un javelot. Il allait lancer lorsqu’un puissant frisson le parcourut.

Toute la rue était devenue silencieuse. Ses camarades ne riaient plus, ils étaient blêmes. Lui-même sentait que quelque chose n’allait pas. Une présence venait d’apparaître, une présence qui faisait froid dans le dos. Une personne était arrivée dans leur rue et à l’aura de celle-ci, il conclut que c’était le genre de personne qu’il ne fallait surtout pas contrarier. Il déglutit, il n’avait jamais ressenti une telle puissance, elle l’écrasait complètement.


« Tu ne veux pas faire ça, crois-moi. » commenta froidement une voix au timbre pénétrant qui sonnait presque lugubre dans une situation pareille.

Yohann se tourna en direction de celle-ci et remarqua un homme, un géant à la peau sombre qui le fixait avec intensité et colère. L’aura émanait de lui, ou plutôt irradiait de sa personne pour les englober tous et leur faire comprendre qui menait la danse par ici. C’était un voyageur, l’un de ceux dont on parlait dans les journaux, capables de raser des villes entières si ça leur chanter. Yohann avait vu un membre de la ligue S à l’œuvre une fois, l’une des têtes de celle-ci, et il savait qu’il n’avait aucune chance de résister à ce genre de type. Même tout son groupe n’avait pas la moindre chance de l’érafler. Il lança un sourire nerveux à l’arrivant et baissa lentement le bras qui tenait encore la barre de fer, les autres restaient paralysés par la terreur et il ne pouvait que les comprendre.


« Je vous laisse cinq seconde pour déguerpir avant que je ne commence à m’énerver. » fit le Pacificateur avec un calme qui n’en était que plus effrayant encore. « 5. »

La réaction fut immédiate, toute la bande se dispersa aux quatre vents sans demander son reste, personne ici n’avait envie de tenter sa chance contre ça. Seul Yohann, toujours sous le choc de cette rencontre inattendue avait du mal à ne serait-ce que reculer.

« 4. » prononça l’autre en ne le quittant pas des yeux.

Le voyageur n’attendit pas davantage, il envoya un dernier sourire au mastodonte et fila. La rue devint déserte et Noah poussa un petit soupir de soulagement. C’était la troisième fois qu’il intervenait de cette manière et effrayait des idiots qui manquaient de conviction. Il doutait cependant de pouvoir le faire toute sa soirée. A un moment ou à un autre, quelqu’un se rendrait bien compte qu’il n’avait attaqué personne. Il fallait croiser les doigts et insister. Le temps que ça durerait permettrait aux autres de faire leur part du travail.


« Effacez cette marque ! » conseilla-t-il aux visages qui l’observaient depuis l’hôtel, reprenant juste pour lui-même : « Je ne peux pas être partout. »

Puis, il disparut à nouveau dans la nuit afin d’aller surprendre d’autres idiots.

---

Le bus n’allait pas assez vite. Jennifer jura lorsqu’il fut à nouveau forcé de s’arrêter derrière plusieurs véhicules au ralentit. L’hôtel de police était encore à plusieurs rues de là et ils avançaient par à coup. Ils auraient presque été plus vite à pied. Elle voulut presser le chauffeur, mais celui-ci se plaignait déjà du trafic, il ne pouvait pas y faire grand-chose. La rêveuse s’était assise sur un siège et la regardait d’un air étrange. Elle ne se doutait évidemment de rien.

« Vous m’emmenez où ? » demanda-t-elle pour la cinquième fois.

« Au poste de police. » répondit mécaniquement Jennifer en surveillant la rue.

« Mais pourquoi ? » s’inquiéta l’adolescente. « Je suis venu voir mon frère. »

« Il nous rejoindra là-bas. » insista la voyageuse, de plus en plus nerveuse alors que le bouchon s’intensifiait devant le bus.

« Ah bon ? » s’étonna alors Nathalie. « Il travaille là-bas ? »

Les conversations avec les rêveurs étaient toujours plus ou moins limitées par leurs délires. Si la jeune femme s’était mise en tête qu’elle verrait son frère ce soir, elle insisterait pour le voir jusqu’à ce qu’elle se réveille. Inutile de lui répondre, elle était déjà suffisamment confuse comme cela.

Il y eut un bruit sourd, comme un choc à l’arrière du véhicule. Jennifer se retourna, son cœur s’était arrêté subitement. De l’autre côté du bus, accroché au véhicule, le violeur était arrivé. Il avait reçu un coup sur la pommette, mais il avait toujours un regard malsain. Il commença à frapper la vitre avec un objet en métal qu’il avait dû récupérer quelque part, probablement pour frapper Anabert. Le chauffeur jura et commença à klaxonner furieusement. Les rêveurs à l’intérieur du bus commencèrent à prendre peur et à pousser des cris de panique. La vitre fut brisée bien plus vite que Jennifer ne l’aurait cru possible. L’homme n’était pas un voyageur de pacotille non plus. Il sauta à l’intérieur et avança dans l’allée centrale.

La voyageuse le détesta dès qu’elle le vit approcher. Du peu qu’elle savait de lui et de l’expression qu’il avait sur son visage, elle crut revoir un bon nombre de salauds avec qui elle avait été obligé de coucher ces dernières semaines. Pour une fois, elle pouvait rendre les coups. Elle se mit immédiatement en avant, pour couvrir Nathalie et se concentra pour utiliser son pouvoir. Rapidement, elle invoqua une araignée qui se dressa entre eux et menaça l’homme avec sa taille imposante : l’immondice faisait la taille d’un gros chien. Tout le monde se mit à hurler dans le véhicule. Nathalie elle-même s’agrippa à Jennifer pour être mieux protégée de la créature.


« T’en fais pas, celle-ci est avec nous. » murmura l’invocatrice.

« Monsieur Rillon, faites attention, elle vient sur vous ! » prévint inutilement la rêveuse.

Visiblement, elle n’allait pas être d’une grande aide. Le violeur ricana face à la créature et leva ses mains qui commencèrent à grésiller et à être parcourus de petits éclairs bleus. Lui n’avait pas peur du monstre à huit pattes. Il donna un coup de poing dans la créature qui recula pour éviter les éclairs. Néanmoins, l’invocation avait de multiples avantages naturels qui en faisaient un ennemi redoutable. Evitant, un second coup de poing électrique, elle grimpa sur les bords du véhicule afin de dominer sa proie, provoquant plus de hurlements encore chez les passagers. Avec la force de ses huit pattes, elle parvint au plafond en une demi-seconde et sauta sur le voyageur pour le mordre. Il fut contraint de se protéger avec ses bras, n’ayant aucune difficulté à comprendre qu’un poison l’attendait s’il se laissait toucher. Ses mains se posèrent sur la peau désagréable du monstre et lâchèrent une puissante décharge. La créature supporta très mal l’attaque et retomba mollement sur un siège inoccupé, à côté d’un rêveur qui paniqua complètement et gesticula dans tous les sens, se croyant prisonnier sur sa place entre une araignée et le double vitrage du bus.

Patrick, heureux de sa victoire facile, revint à la voyageuse avec un sourire. Il se prit immédiatement un coup de pied dans le ventre et tomba à la renverse sous la surprise. Il se mit à rire. Son adversaire se tenait maintenant au centre du bus et levait les poings pour se défendre. Elle n’avait vraiment pas d’autre créature à sa disposition ? C’était dommage, parce qu’elle ne frappait pas très fort. S’il n’avait pas déjà eu une victime à l’esprit, il n’aurait pas hésité à montrer à celle-là comment il s’amusait à Dreamland. Il se releva et fit grésiller de nouveaux éclairs dans ses poings.

Jennifer recula et déglutit. Le bus n’avançait plus et gênait à présent plus la circulation qu’autre chose. Elle était la seule à pouvoir retenir ce pervers, l’empêcher d’atteindre la sœur de l’intouchable. Hélas, il était beaucoup plus expérimenté qu’elle en la matière et avait une force bien plus grande. Elle avait passé ses premiers temps de voyageuse à autre chose qu’à s’entraîner à se battre contre d’autres voyageurs, hélas. Il avait battu sa première invocation et elle ne voulait pas utiliser la deuxième, sauf en cas d’absolue nécessité. Ils n’étaient qu’au début de cette nuit.

Un peu plus loin, des pneus crissèrent bruyamment et l’attention du violeur fut temporairement accaparée. Elle voulut en profiter pour frapper, mais il revint à elle à temps et lui attrapa le poignet. La décharge fut immédiate et elle se sentit parcourue de douleurs atroces. Il lui fallut toute son énergie et toute sa volonté pour se dégager. Et là encore, elle ne put que se traîner sur le sol. Son corps était complètement engourdi. Elle gémit comme elle put en tentant de s’éloigner du voyageur qui avançait en ricanant.

Il y eut un petit choc et la tête de Patrick semblait l’avoir subie. Un pomme retomba à ses pieds et il se frotta l’arrière du crâne, intrigué. Anabert, dans un saut élégant, pénétra dans le bus de la même façon que lui, par la vitre arrière. Il avait une pomme dans chaque main et son expression était dure. Le violeur pesta, il croyait l’avoir semé un peu plus tôt. Les cheveux blancs hérissés de l’ex-soixante-huitard témoignaient de la décharge qu’il avait reçue à cette occasion. Les choses se compliquaient, mais ce nouvel adversaire n’était pas hors de sa portée non plus. Déterminé, il revint sur ses pas pour faire face à l’activiste. Il était prêt à se battre lorsque quelqu’un frappa à la porte du bus.

Ils se tournèrent tous vers l’avant du véhicule ou Camille venait d’arriver. Elle montrait son brassard et ordonnait au chauffeur de lui ouvrir. Patrick eut un petit rictus nerveux et chercha des yeux le géant noir qui l’accompagnait ou Jacob Hume. Aucun des deux n’était ici, apparemment du moins. Il ne les avaient pas vus venir la dernière fois. Deux contre un, trois même si l’invocatrice d’araignées parvenait à se relever un jour, il avait peu de chances de l’emporter. Il fallait qu’il trouve une échappatoire.

Le chauffeur obtempéra à l’ordre de Camille et la porte fut ouverte au moyen d’un levier. Cela ouvrit cependant les deux portes du bus et la seconde était au niveau de Patrick. Il saisit sa chance et fila vers la rue. Il reviendrait plus tard dans la nuit. Sa course s’arrêta aussi nettement qu’elle avait commencé alors qu’il fut heurté par le front de Ben qui grimpait à cet instant. Le coup de boule fut tel qu’il l’envoya à moitié dans les roses à moitié dans les pattes du monstre inanimé à huit pattes. Le temps qu’il se soit libéré de la bête et qu’il se soit relevé, le voyageurs aux cigarettes était juste devant lui.


« Tu vas quelque part ? » demanda le chef de la sécurité de l’Ellis d’un air nonchalant.

« Pas touche, Ben, il est à moi celui-là. » ordonna froidement Camille en avançant dans le couloir.

Elle prit soin de vérifier que Jennifer allait bien au passage. La voyageuse hocha la tête malgré ses douleurs et la jeune femme en polo blanc alla directement s’occuper de Patrick. Celui-ci chercha à invoquer de nouvelles décharges, mais il reçut immédiatement un poing dans la tempe et s’écrasa lamentablement contre un fauteuil.


« Même pas en rêve. » commenta Ben.

L’instant d’après, Camille lui attrapait les cheveux et lui donna un grand coup dans le visage. Suivi d’un autre, puis d’un autre. Plusieurs coups de pieds partirent aussi dans les côtes de sa victime, sous les yeux ébahis de tous les autres. Patrick était déjà trop sonné pour réagir, mais elle continua à le frapper. Elle tira même son rouge à lèvre de sa sacoche et commença à l’appliquer sur la peau du professeur. Il se mit à hurler et à implorer la pitié de celle qui l’agressait. Au bout d’une minute de torture intense, Camille se rendit même compte que sa colère était passée. C’était donc cet homme qui l’avait ainsi tant effrayée, tant bouleversée ? Cette petite chose pathétique qui pleurait pour sa vie ? C’était la dernière fois qu’il touchait une femme de sa vie. Elle inspira en chassant ses souvenirs beaucoup plus facilement qu’avant. Elle se sentait libérée d’un poids, soulagée même. Sa vengeance était totale et l’idée que ce porc allait passer le restant de ses nuits dans une cellule froide suffisait à la faire sourire. Néanmoins, elle eut envie de signer cet acte qu’elle venait d’accomplir. Il avait beau avoir eu ce qu’il mérité, elle n’eut aucun scrupule à aller plus loin.


« Ben, t’aurais pas une clope ? » fit-elle en tendant une main vers lui.

Il hésita un instant. Etait-ce bien raisonnable ? Elle venait déjà de tabasser un homme au point d’en avoir des tâches de sang sur son haut. Cet homme était maîtrisé, prêt à être emporté jusqu’au poste de police pour recevoir sa sentence. Néanmoins, il la connaissait assez maintenant pour savoir qu’il y avait quelque chose de personnel dans cette arrestation. Il tira une cigarette de son paquet, ainsi que son briquet et les lui donna. Parfois, on avait besoin de décompresser en allumant une cigarette et l’appliquant ensuite sur les yeux de quelqu’un.

---

Lucien se pavanait au milieu de la rue. Il n’y avait pas d’autre endroit où être lorsque l’on cherchait à se faire remarquer. Ce n’était pas le boulevard principal, mais cela restait une avenue plutôt large, avec des hôtels assez imposants sur les côtés. Le Teenage Hotel était l’auberge de jeunesse la plus cossue de la ville et où tous les rêveurs qui se prenaient pour des globetrotteurs s’arrêtaient. C’était une bonne occasion de faire du grabuge. Cette ville avait besoin d’un peu de grabuge. En réalité, toutes les villes du monde en auraient eu besoin.

Ce soir, c’était son soir. Le plus grand coup de sa carrière. Le point culminant de sa vie de voyageur. Enfin, un nouvel exploit remarquable venait s’ajouter à la liste de ses méfaits. Il n’avait peut-être pas détruit le Granica lui-même, mais il avait fait beaucoup mieux en profitant ainsi de la situation. Après ce soir, il ne serait plus seulement le fou qui avait détruit un casino pour mettre un terme à une prise d’otage, quitte à tuer des centaines de personnes dans la foulée. Maintenant il serait aussi le voyageur qui avait semé le trouble à Resting City. Il n’était pas impossible qu’on ajoute même qu’il était celui qui avait fait mettre la ville à sac et l’avait transformée en cauchemar. Tout dépendait de la défense que ces volontaires mettraient en place. Serait-elle vraiment efficace ? Il n’en savait rien et s’en fichait. Il le découvrirait bien assez tôt. Tout ce qui lui importait ce soir, c’était de s’amuser en faisant n’importe quoi. Car à partir de maintenant, on ne pourrait plus se tromper, tout le monde le considèrerait comme le faiseur de chaos qu’il était. Et on le craindrait, on le respecterait pour ça.

Son grand jeu du moment était donc de s’en prendre au Teenage Hotel, en se servant des rêveurs qui passaient par là. Il arrêtait les voitures, surtout les plus belles et expliquait gentiment aux conducteurs qu’il fallait qu’ils foncent vers le bâtiment. Trois carcasses déglinguées jonchaient déjà le trottoir au pied de l’immeuble. Stéphanie et lui avaient ce petit pari. Combien de véhicules faudrait-il avant le fronton de l’établissement ne cède ? Il se doutait que cela prendrait un moment, mais il avait toute la nuit. Et s’il se lassait, tant pis, il s’en irait s’amuser ailleurs. Telle était sa règle, sa seule règle : faire ce qui lui plaisait.

Ceux qui n’obtempéraient à ses ordres étaient exécutés sur place sans ménagement. Une créature des rêves avait refusé de foncer dans un mur avec une limousine, il lui avait enfoncé le crâne avec son marteau. Un rêveur avait essayé de ne pas s’arrêter et de poursuivre sa route vers la rue voisine. Il avait sauté sur le capot et avait complètement enfoncé le toit de l’engin avec son marteau. Le cadavre du véhicule encombrait encore la rue, sans personne pour le conduire. Une voiture aux vitres teintées, de type officiel, apparut alors. Il sourit, c’était exactement le genre de choses qu’il cherchait. Tout ce qui sonnait un tant soit peu officiel ou qui semblait appartenir à une autorité quelconque lui donnait des envies de meurtre.

Il se plaça juste devant le trajet du véhicule. Plutôt que de s’arrêter, le conducteur accéléra en klaxonnant. Une bonne façon de dire qu’il n’en avait rien à faire de ce gringalet blond en costume de ville au milieu dans la route. Hélas pour lui, Lucien n’eut qu’à agrandir son marteau et à l’alourdir au maximum pour lui offrir, un accident du tonnerre. Tout l’avant de la voiture fut complètement enfoncé. Sandman récupéra son marteau et alla vérifier l’état du pilote réticent. Le problème avec les vitres teintées, c’était qu’on ne pouvait jamais savoir s’il y avait des victimes ou non. Alors qu’il s’approchait, une portière arrière s’ouvrit et un rêveur dont le visage essuyait plusieurs traînées de sang s’en échappa, avant de partir à toute jambe vers l’autre bout de la rue. Lucien soupira face à cette réaction.

Un autre mouvement attira son attention. Il se retourna d’un bloc et vit arriver un autre voyageur, par la voie des airs.

Il fallait reconnaître que cette entrée avait du chien. L’intouchable était venu en volant et il se posa délicatement devant lui, l’air de dire qu’il n’était plus l’heure de jouer maintenant. Les choses sérieuses allaient commencer et naturellement, on lui avait envoyé ce qu’on avait de mieux. C’était une bonne chose, car Lucien n’estimait pas que Jacob Hume soit hors de sa portée. S’il le battait lui et qu’il n’y avait personne pour être à sa hauteur, alors cette nuit serait jouée d’avance, ainsi que les prochaines.

Il prit son marteau, lui redonna une taille un peu plus normale pour une arme et le posa sur son épaule pour faire face au nouvel arrivant.


« Bien le bonsoir, monsieur Hume. » lança-t-il en souriant.



HUME
NATHALIE

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Roses et Rouges - Page 3 341864Nathalie

    Age : 16 ans.
    Ville : Pézenas (France).
    Activité : Lycéenne.
    Dreamland : Rêveuse peu dégourdie.
    Objet magique : Aucun.
    Aime : Le chant, la danse, Shaka Ponk, faire du vélo ou de la moto, être indépendante, manger des pâtes crues.
    Déteste : Avoir ses parents ou ses profs sur le dos, ne pas avoir de temps libre, courir partout, Mme Bovary.
    Surnom : Naty.

    Le saviez-vous ?
    Nathalie ne conçoit pas que les personnes qu’elle connaît puissent être mauvaises. Les méchants, ça n’existe qu’à la télévision


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Jacob Hume
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Jacob Hume
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MessageSujet: Re: Roses et Rouges Roses et Rouges - Page 3 EmptyJeu 27 Nov 2014 - 1:10
5/ La nuit des Veilleurs, deuxième partie, la contre-attaque.

« Wouuuuuuhouuuuu ! » cria Camille avec un grand sourire emprunt à une joie démentielle.

Ben s’agrippa un peu plus fermement à son siège et au tableau de bord, avant de serrer une nouvelle fois les dents. Un instant, il se dit que c’était stupide et qu’il risquait de se briser le bras en cas d’accident, mais il convint rapidement que c’était toujours mieux que de dégobiller devant Camille en essayant de mettre sa ceinture. Malgré son appréhension quant à la vitesse employée par leur véhicule, il ne pouvait s’empêcher de sourire en la voyant aussi éclatante et enthousiaste qu’à cet instant. Elle prenait un plaisir évident à conduire ce bolide sportif à pleine vitesse à travers la ville, cependant, il savait que ce n’était pas que cela, il y avait plus.

Depuis qu’ils étaient sortis du bus et qu’ils avaient laissé Jennifer et Anabert disposer du contrôleur d’électricité, Camille s’était montrée beaucoup plus enthousiaste qu’elle ne l’avait été jusqu’à présent. Avant, elle avait été déterminée à accomplir son devoir, à présent, elle brûlait d’envie de se défouler, de bouger, de rire, de conduire une voiture à plus de deux-cent kilomètres à l’heure en pleine ville si c’était possible. C’était une joie intense qui l’animait maintenant, une joie qui venait d’un grand soulagement, d’un poids atroce qu’on avait retiré de sa poitrine. Il n’était pas dupe et savait faire le lien avec la façon cruelle dont elle avait corrigé ce voyageur, il pouvait même deviner très facilement – un peu trop peut-être – ce qu’il s’était passé entre eux pour qu’elle en arrive là. Pourtant, il n’avait fait aucun commentaire, cela aurait sûrement terni ce sourire et s’il ne se trompait pas, elle avait mérité ce moment d’éclate impulsif. Sa joie était tellement communicative qu’il se sentait lui-même entraîné dans le délire de sa coéquipière, il ne voulait surtout pas briser cela.

Etrange, songea-t-il en regardant à nouveau la belle jeune femme qui s’extasiait à chaque fois qu’elle slalomait entre deux véhicules un peu trop rapprochés. Il était là, à s’accrocher désespérément à ce qu’il pouvait en priant pour qu’elle soit aussi bonne conductrice que ses prises de risque le suggéraient, refusant de mettre sa ceinture pour éviter de se ridiculiser devant elle. Il avait envie de lui plaire, de paraître aussi fort et aussi fier qu’il le pouvait, quelle que soient les circonstances. Une envie qui entrait en pleine contradiction avec la colère revancharde qu’il éprouvait à son égard. Une part de lui-même aspirait toujours à se venger de l’humiliation inutile qu’elle lui avait fait subir, pesant comme un poids sur sa poitrine à chaque fois qu’il la regardait. Comment pouvait-il à ce point désirer la voir sourire alors que son esprit imaginait des stratagèmes pour la faire souffrir dont la perspective lui semblait si plaisante ?

Pour lors néanmoins, à la lumière de ce qu’il venait de comprendre, il décida qu’elle avait tout à fait mérité d’exulter sans qu’il ne cherche à lui nuire d’une quelconque manière. Plus tard, se jura-t-il, plus tard.

Soudain, Ben sentit une force puissante l’attirer vers la voyageuse, physiquement. Mais cela n’avait rien à voir avec l’affection qu’il avait pour elle. Brutalement, Camille venait de tourner le volant pour les entraîner dans une rue moins large, à droite. Il banda tous ses muscles au maximum et ferma les yeux en se mordant la lèvre pour s’empêcher de gémir de peur, s’accrochant plus fort que jamais à ce qu’il pouvait. Elle-même se contenta de s’esclaffer quand les pneus crissèrent sous l’effet du dérapage.

Elle ralentit un peu pour avancer dans cette rue plus étroite. Elle n’était pas assez folle pour les mettre plus en danger que nécessaire. Il commença à respirer un peu plus. L’impression de vitesse n’avait pas disparu, puisque les circonstances avaient changé, mais il reconnaissait l’endroit et savait qu’ils étaient tout proches de leur destination. Des yeux, il commença à chercher l’enseigne de l’hôtel qu’une bande de bagarreurs s’étaient mis en tête de vandaliser.

Depuis un moment déjà, ils arpentaient la ville pour prêter main forte aux quartiers qui en avaient le plus besoin, profitant du véhicule qu’ils avaient réquisitionné. Agathe n’avait pas eu besoin de les renvoyer dans leur zone initiale, où le taux de criminalité semblait être un peu redescendu. Ils avaient donc arrêté des délinquants aux quatre coins de Resting City, sans jamais s’arrêter. Ben évitait d’utiliser ses cigarettes. La nuit s’annonçait de plus en plus longue à mesure que les événements se précisaient et il ne voulait pas tomber à sec trop vite. Camille, de son côté, ne disposait pas de pouvoir offensif, ce qui rendait leur duo beaucoup moins efficace que d’autres ne l’étaient ce soir. Une fois de plus, on les avait appelés dans un nouveau quartier et la jeune femme s’était fait un devoir de battre plusieurs records de vitesse pour y arriver.

Elle ralentit presque avec douceur lorsqu’elle vit l’hôtel et le petit groupe qui s’agitait devant. Plusieurs employés s’étaient mis en tête de défendre leur établissement en allant plus ou moins faire front ensemble sur le trottoir. Ils avaient été rejoints par une bande de clients mécontents, des rêveurs qui exigeaient d’être remboursés ou qu’on les laisse dormir en paix. En retour, les marins et leurs acolytes les brutalisaient et se moquaient d’eux, menaçant sans jamais aller au bout de la démarche.

Camille et Ben sortirent du véhicule et se montrèrent aux yeux de tous avant que la moindre bagarre véritable ne se déclenche. En les voyant, toute la bande de criminels changea immédiatement d’attitude. Avec les brassards qu’ils portaient, impossible de se tromper, ils faisaient partie des volontaires qui défendaient la ville. Les brutes les invectivèrent un instant, se désintéressant totalement de l’hôtel. Les deux voyageurs s’avancèrent pour les combattre. Leurs ennemis étaient six, mais ils restaient confiant. Ils avaient arrêtés plus d’un marin à présent et ceux-ci n’étaient pas aussi bons bagarreurs qu’ils le prétendaient, ni aussi forts que leurs muscles le laissaient supposer. Quant à ceux qui les accompagnaient, ils n’avaient pas l’air très dégourdis non plus.

Mais à l’instant, où ils allaient les attaquer, tous les membres du groupe prirent la fuite, empruntant autant de directions différentes qu’ils le pouvaient. Surpris par cette réaction – c’était la première fois qu’ils voyaient leurs cibles réagir ainsi cette nuit –, les deux s’arrêtèrent à mi-chemin et se lancèrent des regards circonspects. Cette nouveauté ne leur plaisait pas du tout. Camille prit immédiatement son talkie-walkie et le porta à sa bouche.


« Agathe ? » appela-t-elle. « On a un problème. Les types se sont enfuis. On fait quoi, on les poursuit ou on va ailleurs ? »

« Poursuivez-les. » trancha immédiatement l’agoraphobe de l’autre côté de la ligne. « On a promis de tous les punir. »

Camille apprécia la démarche. Ils ne pourraient évidemment pas attraper les six, cependant, l’idée de répondre à la promesse qu’elle avait elle-même faîte lui plaisait énormément. Elle aurait dû y penser plus tôt elle-même. Sans attendre, elle se mit à courir avec Ben à la poursuite de deux des marins qui s’étaient éclipsé du même côté et qu’ils avaient toujours dans leur champ de vision. Ils avaient pris un peu de retard, mais ils couraient aussi tous les deux plus vite que leurs proies. En quelques secondes, ils commençaient déjà à regagner le terrain qu’ils avaient perdu. La rue défilait de plus en plus rapidement sous leurs yeux lorsque Ben, à un mètre derrière elle, hurla : « Attention ! »

Trop tard, sortant d’une ruelle adjacente, quelque chose la percuta de plein fouet et la fit douloureusement tomber sur le bitume. Elle poussa un petit cri de surprise mêlé à la douleur et roula pour se le relever. Une créature des rêves à la peau verte, féminine, plutôt jolie, venait de la heurter et se jetait à nouveau sur elle avec une expression neutre. Camille se mit immédiatement en position défensive et sur la pointe des pieds pour mieux esquiver, reprenant les réflexes de boxeuse qui étaient les siens. Mais ce fut inutile, Ben vint à son secours en un bond et tomba sur celle qui l’avait agressée, sans lui laisser une seule chance de lui résister.

Camille voulut se détendre avant que son instinct ne lui dicte de faire un petit saut sur le côté. Elle esquiva ainsi le coup d’une autre femme, une voyageuse cette fois, dont l’air était tout aussi neutre que la précédente. La jeune femme jura. Ben était occupé à maîtriser la créature des rêves qui, malgré l’évidence de sa défaite, semblait déterminée à se relever. La voyageuse qu’elle combattait disposait de gants étranges dont elle n’avait aucune envie de tester les effets. Celle-ci l’attaqua encore deux fois avant qu’elle ne réussisse à trouver le bon rythme et à passer sa défense avec un direct du gauche. Ensuite, ce fut très facile, avec un autre coup dans le flanc et une balayette, elle mit son ennemie au sol. Tout comme pour Ben, elle n’eut plus qu’à la maîtriser une fois victorieuse.


« Putain ! » lança-t-elle, toujours sous le coup de la surprise. « C’est quoi leur problème à celles-là ? »

« Regarde le tatouage Camille. » répondit Ben d’un ton grave.

Elle fit un peu plus attention à la victime qu’elle venait de maîtriser et écarquilla les yeux en repérant la marque sur le bras. La même marque que celle qu’avait eue Olivia lorsqu’elle l’avait rencontrée. La marque de la maquerelle. L’expression de la jeune femme changea du tout au tout, sa joie se transforma en colère sombre et elle poussa un grognement de haine.


« Cette fois, je vais lui faire payer. » promit-elle à son camarade, avant de prendre son talkie afin d’appeler une voiture pour récupérer leur deux nouvelles prises.

Une fois de plus, elle fut interrompue.


« La voilà ! » fit une voix derrière elle.

La voyageuse se retourna et vit deux marins s’approcher en montrant bien leurs muscles. Il lui fallut un petit temps avant de reconnaître Brad et Pitt tant ils ressemblaient à leurs camarades. Elle jura encore une fois. Ils avaient clairement l’intention de l’attaquer et ses deux mains étaient occupées à maîtriser la voyageuse. Il fallait qu’elle tente une autre tactique cette fois.


« Salut mes chéris ! » leur fit elle avec un sourire ravi. « Vous êtes venus pour profiter un peu plus de ma compagnie ? J’ai l’impression qu’un peu d’amusement vous ferait le plus grand bien… »

Son ton suave fut suffisant pour convaincre ces deux-là qu’elle avait effectivement une petite idée derrière la tête les concernant. Ils arrêtèrent d’avancer pour échanger un regard, puis secouèrent la tête.

« Désolé Camille. » fit Brad, vraiment navré. « Mais on a des ordres. »

« Ouais. » ajouta Pitt. « Le capitaine nous a spécialement demandé de te ramener. »

« Il faut que tu comprennes. » tenta d’expliquer son camarade. « Il est vraiment très en colère. »

Ben profita de leur distraction pour leur sauter dessus. Il envoya son pied dans la joue du premier, qui s’étala aussitôt sur le sol et son poing rencontra le ventre du second, lui coupant le souffle aussi net. Le temps que l’autre se relève, il s’acharna sur Pitt et lui asséna plusieurs coups qui l’amochèrent assez salement.

Hélas, cette action désespérée ne fit que libérer la créature des rêves verte, qui se redressa et se précipita aussitôt sur la voyageuse aux chaussures noires. Camille maudit la situation. Elle tenait toujours le talkie-walkie dans sa main. Il fallait qu’elle s’en serve.


« Agathe ! » cria-t-elle. « On a besoin de renforts immédiats dans notre secteur ! »

Elle n’eut pas le temps d’attendre une réponse. Elle dû se relever, lâcher l’autre voyageuse pour esquiver une nouvelle attaque. Elle hésita un instant à répliquer. Après tout, ces deux femmes n’étaient que de nouvelles victimes du marqueur de la maquerelle. Elles ne méritaient pas d’être battues alors qu’elles étaient seulement contraintes par la magie de suivre les ordres de quelqu’un d’autre. Hélas, elles ne lui laissèrent très vite pas le choix. Dès que la femme aux gants fut debout, il s’avéra très vite qu’esquiver les coups en permanence deviendrait de plus en plus délicat. Elle se devait de répliquer pour ne pas être elle-même vaincue.

Elle envoya donc quelques poing vers ces deux adversaires qui commencèrent à reculer une à une, tout en revenant toujours doucement à la charge. Elle n’était pas assez forte pour les aligner toutes les deux aussi efficacement que Ben venait de le faire avec Brad et Pitt. A la longue, elle pourrait les vaincre néanmoins et son but était davantage de résister jusqu’à l’arrivée des renforts qu’autre chose. Elle jeta un œil à Ben, pour voir s’il en avait bientôt fini avec les deux idiots. Hélas, il était aussi en mauvaise posture, deux autres marins étaient arrivés en renfort et il avait même sorti une cigarette pour se tirer de là.


« Tiens-toi prête. » lui glissa-t-il alors qu’ils se retrouvaient encerclés et dos à dos. « A mon signal, inspire un grand coup et retiens ta respiration. »

Elle hocha la tête. Il avait raison, c’était le meilleur moyen de tous les maîtriser. Il alluma son briquet, prêt à faire feu, lorsqu’une énorme main vint percuter l’un des marins et briser le cercle. Sans réfléchir, Camille et Ben réagirent immédiatement, profitant de la surprise de leurs adversaires pour tenter de les repousser. En un instant, ils étaient rejoints par Carlos, Olivia et Henrique, dont la main géant les avait quelque peu sauvés.

« Un coup de main ? » tenta le portugais avec un petit sourire, ce qui ne fit cependant rire que lui ; les autres étaient trop concentrés sur le combat pour faire attention à sa réplique.

La situation avait été changée une nouvelle fois et à présent, les trois groupes se faisaient face avec appréhension. Les marins n’avaient plus l’avantage du nombre, mais ils étaient implicitement alliés aux deux femmes esclaves. Les volontaires de Camille, eux, avaient toutes leurs chances de faire une arrestation conséquente à présent, sans avoir à user d’une cigarette de Ben.

« Ben ! » hurla alors une voix dans l’appareil du concerné, prenant tout le monde court. « Ben ! Putain, réponds ! »

Le voyageur s’empara immédiatement de l’objet et appuya sur le bouton.

« Quoi, qu’est-ce qu’il y a ? » lança, sans lâcher leurs ennemis des yeux.

« L’Ellis est attaqué ! » criait la voix de Maxime. « Des femmes. Je peux pas les maîtriser seul ! Elles s’en sont pris au boss ! »

Ben ne répondit pas. Il chercha Camille du regard. Elle hocha la tête. Ils devinaient tous deux de quoi il retournait. Un problème de plus à régler ce soir. Ceux-ci commençaient dangereusement à s’accumuler et ils seraient rapidement débordés si les choses continuaient ainsi.

« Allez-y ! » lança Henrique. « On peut les avoir ! Foncez ! »

Ils n’hésitèrent pas plus longtemps. Camille et Ben filèrent jusqu’à la voiture qu’ils avaient laissée ouverte en abandonnant à leurs camarades le soin d’arrêter leurs agresseurs. Les deux femmes tentèrent de les poursuivre, ignorant la menace que représentaient leurs amis. Carlos se mit en travers de leur chemin pour permettre aux deux voyageurs de s’enfuir.

---

Ils étaient des dizaines à s’entasser dans des cellules prévues pour une demi-douzaine de personnes à la base. D’autres allaient venir et elle n’avait aucune idée de l’endroit où elle allait pouvoir les mettre. A force de les pousser derrière les barreaux, ils n’auraient bientôt même plus assez d’espace pour faire un geste sans heurter quelqu’un. Ils avaient beau être des criminels, des délinquants, ils ne méritaient pas d’être traités comme du bétail. Il fallait qu’elle trouve une solution à ce problème et rapidement.

L’intervention des volontaires était beaucoup plus efficace qu’on aurait pu l’imaginer. Ils étaient plus d’une cinquantaine à courir les rues et à attraper ceux qui osaient troubler l’ordre public. Cela faisait maintenant plus de deux heures qu’ils avaient commencé et ils avaient arrêtés plus de monde que Miraz ne l’avait fait en un an. La plupart d’entre eux n’étaient coupable que d’infractions mineures que l’on pouvait aisément pardonner au vu des circonstances, rien qui ne vaille plus de quelques nuits à réfléchir à ses actes dans une petite cellule. En réalité, l’essentiel de ces prisonniers était choqué d’avoir été pris et semblait regretter amèrement d’avoir agi ainsi. Ils se rendaient compte de la stupidité de leurs actions et des conséquences de celles-ci maintenant qu’ils étaient enfermés. D’autres, comme les quelques marins qu’ils avaient réussis à prendre, continuaient de faire les fiers malgré leur position inconfortable. Ils invectivaient les volontaires et les hommes de Lucar chaque fois qu’ils passaient devant eux.

Agathe en étaient à espérer que certains des voyageurs qu’ils avaient pris commencent à se réveiller, car d’autres n’allaient pas tarder à arriver. Ils avaient tous été tatoués de toute manière, ils reviendraient en cellule dès la nuit suivante. Hélas, ce n’était pas non plus sa priorité absolue. Elle devait d’abord gérer les différentes patrouilles dont elle disposait afin de mettre un terme au chaos qui régnait en ville.

C’était Lucar qui recevait les appels des citoyens et qui lui indiquait sur la carte où les délits et les crimes avaient lieu, tandis qu’elle-même tenait à jour la position de ses petites équipes de volontaires. Globalement, elle couvrait bien la ville et on s’occupait de l’essentiel des appels. Néanmoins, certains continuaient à passer entre les mailles du filet. Il fallait plusieurs minutes aux voyageurs pour intervenir et il arrivait parfois qu’ils parviennent un peu trop tard sur les lieux. Une ou deux fois, des criminels avaient réussi à échapper à leurs poursuivants. C’était une grande ville et elle manquait cruellement d’effectif pour faire les choses aussi bien qu’elle l’aurait souhaité. Pour l’instant, personne ne s’occupait vraiment de tout ce qui sonnait moins urgent que le reste, toutes les enquêtes étaient suspendues et les délits les moins flagrants, les moins immédiats, ne recevaient pas la moindre attention. C’était un défaut auquel elle s’était même interdit de penser. D’abord, elle devait s’assurer que les rues étaient de nouveau sûres.

Elle jeta un œil à Miraz, dans l’infirmerie. Il s’était endormi, cassé par la douleur et les médicaments. Elle ne pourrait obtenir aucune aide de lui. Il lui avait donné quelques conseils au début, mais à présent, Lucar et elle étaient bien seuls. Pourtant, elle était confiante dans l’issue de cette nuit. Malgré les difficultés, ils étaient en bonne voie. Ceux sur le terrain ne s’en rendaient peut-être pas encore compte, mais on signalait de moins en moins de criminels. Doucement mais sûrement, l’ordre revenait. De fait, la nouvelle de leur action s’était répandue et beaucoup devaient maintenant y réfléchir à deux fois avant de mettre à sac un bâtiment ou d’agresser des passants pour s’amuser. Plus encore, avec autant de criminels derrière les barreaux, la réserve de délinquant de la ville commençait clairement à s’amenuiser. Il en arrivait toujours de nouveaux, évidemment, mais plutôt que de s’ajouter à ceux qui étaient déjà là et d’accentuer le problème, ils ne faisaient que les remplacer, et encore. Les arrestations allaient plus vite que les délits.


« Agathe ! » lança la voix de Roberto à travers un talkie-walkie qui traînait sur la carte devant elle. « Ils s’enfuient ! Qu’est-ce qu’on fait ? On va au Picadilly Hotel maintenant ou on les poursuit ? »

« Poursuivez ! » répondit-elle immédiatement.

C’était la troisième fois qu’elle entendait la question en quelques minutes et trois fois, cela avait concerné une bande de casseurs où les hommes du capitaine Kerouan étaient légion. Elle fronça les sourcils, quelque chose n’allait pas. Elle n’avait personne à envoyer au Picadilly pour l’instant, ce qui l’inquiétait un peu. Elle espérait que dans la minute qui allait suivre, une équipe allait l’appeler pour lui dire qu’elle était disponible. Cependant, elle doutait que les choses aillent si vite. Elle pesta, encore un crime qui resterai probablement impuni ce soir.

La porte de l’hôtel de police s’ouvrit soudain. Elle leva les yeux dans cette direction et vit Lucar porter la main à son arme de poing par réflexe. Cinq voyageurs et créatures des rêves venaient d’entrer et les observait tous les deux. Agathe évalua un peu ce groupe d’intrus et pria pour qu’il ne s’agisse pas d’ennemis venus achever le travail ou libérer tous les prisonniers. Il y avait trois femmes et deux hommes dans ce groupe et tous avaient l’air de combattants expérimentés et puissants. Elle ne serait pas sentit capable d’affronter un seul d’entre eux, même avec l’aide de Lucar. Les cinq en même temps pourraient l’écraser sans le moindre problème.


« Il paraît qu’un groupe de volontaires défend la ville. » fit l’homme qui se trouvait en tête, une créature des rêves plutôt élancée. « On nous a dit de venir ici pour les trouver. »

« C’est nous. » annonça Agathe avec un air de défi. « Qu’est-ce que vous voulez ? »

L’homme s’inclina un peu, par politesse.

« Nous sommes envoyés par la Ligue des Gentlemen Oniriques. » expliqua-t-il sur un ton plus agréable. « Nous venons vous aider. »

Lucar se détendit immédiatement et lâcha son arme. Agathe haussa un sourcil surpris. Elle connaissait l’organisation par les histoires que lui avait racontées Ann. En somme, un groupe de justiciers plutôt puissant qui se prenait pour la police de Dreamland. Elle se demanda un instant ce qu’ils avaient espéré faire avec seulement cinq individus, si puissants soient-ils, mais préféra accepter l’aide sans discuter, elle en avait trop besoin.

« C’est très aimable à vous, on en a bien besoin. » avoua-t-elle au bout d’un moment. « J’ai justement une mission pour l’un d’entre vous, il y a un hôtel qui est en train d’être attaqué et… »

Elle s’arrêta d’elle-même, ce qui lui valut des regards intrigués de la part de tous les autres. Elle plissa les yeux alors qu’un détail lui revenait en tête.

« Dîtes, la Ligue n’est pas censée gérer des prisons quelque part ? » demanda-t-elle.

« Si. » confirma la créature des rêves. « Nous avons des accords avec presque toutes les autres. »

« Parfait. » sourit Agathe. « Vous allez pouvoir nous sauver alors. »

L’homme la regarda intensément, sans comprendre vraiment ce dont elle parlait. Elle lui fit signe de le suivre jusqu’aux cellules.

---

Une chose était certaine, Lucien Sandman frappait fort et frappait bien. Avec son marteau en main et son étonnante capacité à en changer la taille ou les proportions, il parvenait à repousser les attaques de Jacob sans trop de difficulté. Cela faisait un moment maintenant qu’ils avaient quitté la rue du Teenage Hotel. Sandman, exultant comme un forcené, s’était mis à courir pour lui échapper, en n’oubliant pas d’écarter brutalement ceux qui se trouvaient sur son passage. Jacob s’était lancé à sa poursuite sans grande difficulté. Le fou ne cherchait pas tant à s’échapper qu’à s’assurer que le combat se prolonge sur autant de rues que possible, afin de créer le plus grand désordre.

Mais l’intouchable était prudent. Il connaissait l’importance de sa mission et ne voulait rien laisser au hasard cette fois. Que leur duel s’étende sur toute la ville ne le gênait pas. Pour lors, il avait surtout besoin de connaître son adversaire, d’évaluer ses capacités. Il ne voulait pas réitérer l’épisode de la A-Team et subir une cuisante défaite simplement parce qu’il s’était jeté trop vite dans la bataille. Il n’était pas invincible, malgré l’impénétrabilité de sa bulle. Son adversaire disposait de capacités étonnantes et d’un comportement lunatique, mieux valait prendre des précautions.

Sa bulle, justement, l’aidait à se concentrer. Elle le plongeait en permanence dans le silence et lui permettait d’ignorer tous les bruits alentours, notamment les invectives puériles de Sandman ou son rire de dément. Depuis le début de la rencontre, Jacob observait, à la recherche d’une faille exploitable chez son adversaire. Il avait tenté plusieurs petites approches et avait à chaque fois fait l’expérience des coups de marteau imprévisibles qui le repoussaient de quelques mètres. Il les encaissait à présent sans problème, laissant sa protection en forme de sphère pour ne pas avoir à ressentir les ondes de choc. Toute la force du voyageur blond reposait dans ces attaques surprenantes qui semblaient surgir de nulle part et qui étaient assez dangereuses. Son pouvoir consistait essentiellement à maîtriser l’imprévisible, pourtant, malgré toute sa volonté, il restait humain et son imagination avait quelques limites. Jacob commençait déjà à repérer quelques mécanismes redondants dans sa façon de faire.

Déjà, son ennemi visait toujours avant de faire ses agrandissements. Il perdait une petite demi-seconde à préparer son attaque et on pouvait ainsi deviner si elle serait circulaire ou directe. En prenant bien le rythme, on pouvait aisément l’approcher pour le frapper. La question était, comment réagissait-il lorsqu’un adversaire arrivait directement au corps à corps ?

Lucien tourna une dernière fois arriva sur une place ronde où une affluence particulière de rêveurs était à noter. Deux hôtels se faisaient face, d’un côté et de l’autre de la route, semblant lancés dans une concurrence impitoyable auxquels les clients participaient de façon plus ou moins active. Il y avait une circulation assez importante et lorsque le contrôleur du chaos lança son marteau pour percuter une voiture de plein fouet et l’écarter de son chemin, on entendit une vague de cris surpris. La foule se tourna tout entière vers le personnage. Celui-ci se retourna pour voir où l’intouchable en était et remarqua que ce dernier s’était mis à voler dans sa direction.

Il visa, tête métallique vers l’avant. Jacob sourit, il n’eut qu’une pirouette aérienne à faire pour esquiver ce coup et la moitié de la distance fut avalée avant que l’autre ne se rende compte de son erreur. Lucien remballa immédiatement son marteau et s’empara du manche à deux mains. Voyant l’attaque circulaire se préparer, l’intouchable n’éprouva aucune difficulté à l’esquiver. Il s’éleva au dernier moment et retomba à moins d’un mètre du blond. Lucien en perdit immédiatement son sourire et paniqua un peu, il n’avait pas l’air à l’aise lorsque ses ennemis arrivaient si près de lui. Il amorça un nouveau coup avec son marteau, mais Jacob lui attrapa le poignet et l’écarta, l’empêchant ainsi d’user de son arme. Puis, il envoya un coup de boule dans le nez du monstre. C’était si facile que cela ? Il suffisait de l’approcher pour l’éliminer ? Son marteau était-il la seule chose dont il pouvait se servir pour se défendre ? Dans le doute, il fallait qu’il le lui retire avant d’essayer de le maîtriser complètement.

Il commença à serrer le poignet du criminel avec force et arma son bras pour frapper le ventre de Lucien. Plus les coups pleuvraient, plus il lâcherait vite. Sandman tenta de répliquer en lui donnant des petits coups sur les jambes ou sur les côtés, mais ce n’était pas grand-chose pour un homme disposant d’une protection comme la bulle. Il allait frapper lorsqu’une main inconnue lui attrapa le bras et l’empêcha de donner son coup. Surpris, Jacob se tourna vers l’origine du problème. Il eut à peine le temps de voir une jeune femme rousse en robe de soirée que celle-ci lui asséna un coup dans l’abdomen et un autre dans le menton.

Il dû lâcher Lucien et reculer d’un ou deux pas sous la surprise. Elle frappait plus fort que son camarade. Il remarqua instant suivant qu’elle n’avait toujours pas libéré son bras et qu’elle tentait à présent une prise d’aïkido pour le lui bloquer. Ayant vaguement pratiqué l’art martial une fois ou deux dans sa jeunesse, Jacob se souvint de l’efficacité d’un tel mouvement et changea immédiatement sa bulle en ballon pour la repousser. Juste à temps d’ailleurs. Le marteau de Lucien s’écrasa sur le toit de sa protection avec une violence inouïe. Mais malgré la force utilisée, la protection de l’intouchable resta parfaitement indemne.

Les trois personnages se firent face un instant. L’intervention de cette femme était une chose qu’il n’avait absolument pas prévu. Si Lucien paraissait parfaitement désemparé chaque fois qu’on l’approchait au corps à corps, elle compensait parfaitement cette faiblesse. En réalité, il aurait même été préférable d’éviter de trop l’approcher tant elle paraissait savoir ce qu’elle faisait de ce côté. Il les toisa un instant et Lucien essaya à nouveau de briser sa protection, sans plus de succès, ce qui le fit un peu rager. Le problème était toujours le même. Contre l’essentiel des adversaires, Jacob pouvait se protéger sans même craindre une égratignure. Mais cela ne lui permettait pas pour autant de donner une correction à qui que ce soit. Au mieux pouvait-il charger quelqu’un avec sa bulle pour seule arme.

C’est ce qu’il décida de faire. Il fonça sur la jeune inconnue, qui représentait le plus gros obstacle à ses yeux et qu’il fallait éliminer pour atteindre sa véritable cible. Il la percuta de plein fouet et elle s’étala sur le sol malgré la parade qu’elle avait prévue. Une roulade et elle s’était relevée, n’ayant pas beaucoup souffert de l’agression. Il lui envoya un bras invisible et elle accusa à nouveau le coup sans trop pouvoir réagir. Cependant, elle encaissa assez bien pour lui faire comprendre que cette méthode prendrait un temps fou à parvenir à ses fins et lui demanderait sûrement beaucoup d’énergie. Un temps et de l’énergie qu’il n’avait pas nécessairement à cause de la vitesse à laquelle sa bulle drainait ses forces dans une telle situation. Il chargea à nouveau, mais cette fois, le marteau de Lucien l’intercepta, le percutant violemment pour l’envoyer sur le côté.

Jacob se remit en position. Les deux jouaient de concert, évidemment. Il ne pouvait s’occuper de l’un ou de l’autre, il fallait qu’il les surveille tous les deux pour l’emporter. Lucien avait retrouvé son sourire face à la difficulté que l’intouchable éprouvait à présent et la foule alentour n’avait plus d’yeux que pour eux. Ils avaient créé un bouchon de plusieurs dizaines de véhicules en bloquant ainsi le carrefour. Jacob décida de s’adapter.

Une fois de plus, il fonça pour percuter la jeune femme, qui se prépara mieux que la première fois à recevoir l’attaque. Une fois de plus, Sandman intervint. Cependant, l’intouchable le surveillait, il le vit viser et put modifier sa course en conséquence. En plongeant sur le côté, il parvint au niveau de la jeune femme qui s’apprêtait à être renversé par une paroi invisible. Il n’en fut rien, il avait changé la forme de sa bulle au dernier moment et parvint à la surprendre en lui donnant un coup dans le flanc. Il enchaîna en essayant de lui attraper le bras. Elle esquiva, un coup de marteau lui rentra dans les côtes et un coup de pied d’origine inconnue l’envoya sur le sol.

L’instant suivant, deux mains essayaient à nouveau de lui faire une prise pour l’immobiliser, tandis que la jeune femme revenait à la charge pour le frapper. Il envoya un coup invisible sur celle qui s’approchait et se tourna vers la troisième personne qui l’attaquait. C’était exactement la même jeune femme, portant exactement les mêmes vêtements, avec exactement la même coupe de cheveux. Comprenant qu’elle était capable de créer des répliques d’elle-même, il ne se laissa pas abattre par l’information. Il s’éleva aussitôt dans le ciel. La tactique fonctionna et on le lâcha immédiatement pour ne pas risquer une chute de plusieurs mètres. Un autre coup de marteau vint le trouver. Il l’esquiva à moitié cependant et les dégâts furent minimaux.

Jacob, de par sa position surélevée remarqua alors que Lucien s’était un peu éloigné des deux femmes pour éviter les coups. Suffisamment même pour être isolé. L’intouchable ne leur laissa pas le temps de se regrouper, il n’avait qu’une seule cible ce soir et ce n’était pas cette voyageuse rousse. Il fila vers le contrôleur du chaos à pleine vitesse, esquiva une attaque un peu trop prévisible de son adversaire et l’atteignit alors même que ses deux aides courraient pour le rejoindre et l’aider. Jacob attrapa immédiatement le fou par les vêtements et le souleva sans ménagement. Il dut encaisser un ou deux coups de marteau avant que l’autre ne se rende compte que c’était une très mauvaise idée que d’essayer. Si Jacob le laissait tomber, il risquait de ne pas apprécier la chute.

Les deux clones féminins se mirent à courir après eux dans la rue, incapable de les rejoindre. L’intouchable sourit, ravi que son plan ait fonctionné. Néanmoins, la réaction de son ennemi, fut particulière et digne de ses agissements ordinaires. Il se mit à agrandir son marteau et à l’alourdir à tout va, le faisant se balancer dans le vide pour déstabiliser Jacob autant que pour frapper tout ce qui passait sous leur chemin. Plusieurs vites furent brisée, un mur se fêla, une voiture fut écrasée quelques personnes tombèrent et un balcon s’écroula. L’intouchable fut contraint de cesser son manège aérien et alla se poser sur le toit d’un hôtel proche, avec son coli. Celui-ci s’étala un peu, mais se releva aussitôt et lui fit immédiatement face.

Jacob se posa devant lui et se prépara au combat. Il avait l’avantage à présent que l’amie de Sandman n’était plus là. Et celui-ci le savait. Malgré le sourire qu’il affichait toujours, l’employé de la SDC le sentait plus anxieux qu’auparavant. Il s’apprêta à l’attaquer lorsqu’un détail l’intrigua. Il y avait comme une colonne de fumée un peu plus loin en ville, accompagnée de grandes flammes. Il plissa les yeux pour savoir de quoi il retournait, mais son adversaire eut moins d’état d’âme que lui. Il frappa à nouveau avec son marteau pour le faire tomber, avant d’aller courir pour passer de toit en toit. Jacob voulut le poursuivre, mais une jeune femme surgie de nulle part lui fit un croche-patte.

Il jura, c’était sans fin.


---

Henrique acheva de plaquer le marin sur le sol en la calant sous l’un de ses poings géants. Il s’autorisa enfin à souffler et observa le travail accompli. Le quadragénaire espagnol avait reçu quelques coups, dont un qui lui avait obscurci l’œil droit. Mais il était tout de même parvenu à maîtriser les deux femmes seul. De fait, celles-ci avaient plus cherché à s’échapper qu’autre chose. Il les maintenait au sol en faisant rouler sa mâchoire encore douloureuse pour en évacuer l’engourdissement. L’italienne menaçait un marin bien amoché avec sa lame de rasoir et ce dernier se montrait plutôt docile. Un troisième bagarreur était assommé sur le sol. Le tout dernier membre du groupe avait fui à l’arrivée de ce voyageur à la peau noire et dont l’aura avait jeté un froid sur la scène.

Ça avait été le combat le plus difficile de la soirée et pourtant, ce n’était encore que le début de la nuit, il en était bien conscient. Tout s’était passé assez vite cependant. Une fois que la lutte avait commencée, il s’était avéré que les marins n’étaient pas de taille à lutter contre deux voyageurs, notamment lorsque l’un d’eux était aussi expérimenté que lui. Ils avaient été braves, sans aucun doute, mais la lutte était resté parfaitement vaine. Ils lui avaient demandé plus d’effort que tous les autres criminels qu’ils avaient arrêtés jusqu’à présent, mais ne lui avaient assénés que de rares coups sans conséquence ou presque.

Puis, Noah était arrivé pour leur prêter main forte en imposant sa présence monstrueuse au groupe. Henrique, qui ne le connaissait pas, avait bien failli déguerpir en croyant à un ennemi, mais lorsqu’il avait vu ce marin décamper à pleine vitesse, il avait compris qu’il n’en était rien. L’aura du colosse s’était dissipé aussitôt après et le portugais avait pu s’occuper de l’adversaire contre lequel il se battait à cet instant. Ils avaient vaincu et il était temps d’appeler une voiture – ou deux – pour récupérer tout ce petit monde et le mettre derrière des barreaux.

Le voyageur, ainsi que ses camarades allaient apprécier un peu de repos le temps que les véhicules arrive.


« Tu es le Pacificateur, n’est-ce pas ? » fit Henrique en regardant Noah.

L’intéressé hocha la tête sans prononcer un mot sur la question. Il ne le montrait pas, mais en réalité, il commençait à fatiguer d’avoir couru dans toute la ville pour apparaître là où l’on avait besoin de lui. Il voyait bien que les trois autres avaient la situation bien en main et qu’il pouvait à nouveau repartir en chasse. Hélas, ses jambes et ses poumons appréciaient l’excuse qu’ils lui offraient d’attendre qu’on embarque ce petit groupe. De toute manière, ses petites interventions étaient de moins en moins efficaces. Ce n’était pas tant qu’on avait découvert la supercherie de son aura ou ses véritables intentions quant aux menaces qu’il proférait. C’était surtout qu’à ce qu’il avait compris, à présent, les criminels se mettaient à fuir les volontaires plutôt que de chercher à les affronter. Et comme les poursuivre était exclu pour lui, il était peut-être temps qu’il rende service autrement.

Henrique allait relancer la conversation, lorsqu’une voiture de police arriva, conduite par deux hommes de Lucar. Ils avaient de la place pour trois captifs et une seconde voiture était en chemin. Ils commencèrent à caler les deux femmes et le marin qu’Olivia avait maîtrisé. Une agitation étrange naquit dans la rue. Plusieurs personnes couraient dans une direction et une rumeur s’élevait, emprunte à un choc terrible. Quelque chose se passait à quelques rues d’ici, quelque chose d’assez anormal pour affoler des rêveurs.

Les deux policiers fermèrent leur véhicule et prirent en joug les deux derniers marins.


« Allez-y ! » fit l’une des deux créatures des rêves. « On les a. »

Les voyageurs acquiescèrent et d’un même mouvement, se précipitèrent vers l’origine du phénomène. Ils n’eurent pas à aller bien loin. L’odeur de brûlé et la colonne de fumée noire furent la première chose qu’ils remarquèrent. Puis, deux croisements plus loin, ils virent le problème. Le Picadilly était en flammes.

---

Camille freina brutalement à deux pas de l’Ellis. Elle ne chercha même pas à se garer. La rue n’était jamais le cadre d’une grande circulation, ils ne gênaient presque personne de toute manière et il y avait urgence. Ben fut le premier dehors et elle peina à le suivre et à le rattraper. La porte d’entrée du bâtiment était ouverte, ils s’y engouffrèrent tous deux et se trouvèrent bientôt au niveau du restaurant.

Apparemment, la tempête était passée. Une table était renversée, il y avait quelques verres brisés sur le sol et des clients plutôt mécontents ou choqués, mais rien de dramatique. Bob, qui semblait avoir reçu un coup, s’occupait déjà de tout remettre en place, deux de ses quatre bras étant toujours occupés à essuyer un verre. Il les vit et leur fit un signe vers les étages où l’on entendait effectivement de l’agitation. Ben poussa Camille dans cette direction et ils grimpèrent le premier escalier en toute hâte. Plusieurs voix s’élevaient et se rapprochaient. L’une d’elle était celle de Maxime qui se débattait. Il y eut cependant comme un bruit sec et ses protestations cessèrent pour se transformer en gémissements étourdis. Ben se prépara immédiatement au combat, un air haineux sur le visage. Mais Camille le poussa immédiatement dans l’alcôve d’une porte et se cala contre lui pour l’empêcher de se montrer.

Surpris par cette intervention, il la regarda en se demandant exactement quelles étaient ces intentions en cet instant. Elle sentit son regard et y répondit avec sérieux.


« Attends. » ordonna-t-elle simplement.

Un moment plus tard, trois femmes passaient d’un pas rapide en traînant un Maxime à moitié inerte vers le rez-de-chaussée. Ben chercha à s’élancer, mais une fois de plus Camille le lui interdit en le poussant carrément à l’intérieur de la pièce devant laquelle ils se cachaient. Les trois femmes disparurent vers l’étage inférieur.


« Qu’est-ce que tu fous ? » s’emporta un peu le chef de la sécurité des lieux.

« Elles n’ont pas l’artefact. » fit remarquer la voyageuse. « Elles l’emmènent à celle qui l’a. On va les suivre. »

Peut-être parce que c’était elle qui le proposait ou parce qu’elle l’avait dit avec ce ton si autoritaire qu’on ne voulait surtout pas la contredire, mais il approuva l’idée très facilement. Elles étaient clairement venues pour capturer le voyageur, il y avait des chances qu’elles cherchent effectivement à l’amener là où on pourrait le tatouer et en faire ainsi un esclave. Il ne chercha pas à remettre son idée en question et ce même si la dernière fois qu’il avait rencontré la propriétaire de l’artefact, les choses s’était plutôt mal passées pour eux.

Ils n’eurent pas à aller bien loin. A quatre rues de là, environ, les trois femmes et leur captif, qui reprenait doucement ses esprits, s’arrêtèrent devant une ruelle, callée entre deux hôtels, et y pénétrèrent. Là se tenait déjà trois autres personnages féminins. L’endroit était plongé dans un semblant d’ombre, mais on pouvait néanmoins clairement distinguer les différentes personnes qui s’y trouvaient. Ben s’interrogea vaguement sur l’ironie de la situation. Voilà que pour une fois, c’était Maxime que l’on traînait dans une ruelle comme celle-ci pour lui infliger une correction. Il se devait de le sauver. Malgré ses défauts, c’était un bon élément et un employé loyal. Il méritait d’être protégé. Camille de son côté, semblait plus hésitante. A deux contre six, ils risquaient d’avoir plus de difficultés qu’auparavant. Elle prit à nouveau son talkie-walkie.


« Agathe ? » fit-elle presque en murmurant de peur d’éveiller l’attention de celles qu’elle observait.

« Oui, Camille ? » répondit la voix de son amie.

« Tu n’aurais pas une équipe sous la main ? »

« Je peux me débrouiller pour en trouver une, tu es où ? »

« Dans la ruelle entre le Nécro Palace et le Taylor Suite. » indiqua la jeune femme. « On a peut-être repéré l’artefact. »

« Compte sur moi. »

Impossible de savoir quand les renforts risquaient d’arriver. Néanmoins, ils ne pouvaient pas vraiment rester là à attendre que Maxime devienne un esclave de plus dans cette petite armée. Elle fit signe à Ben qu’elle était prête. Il avait déjà allumé une cigarette et se contenta de l’envoyer dans la ruelle. Toutes les silhouettes se tournèrent vers la petite source de lumière et on vit Maxime faire un effort pour retenir sa respiration. La seconde suivante, tout l’endroit était envahi par la fumée et les toux se déclenchèrent. Ils attendirent quelques secondes et le nuage commença à se dissiper.

« C’est bon. » informa Ben en s’avançant vers le groupe de victimes.

Camille se précipita à sa suite. Ils n’avaient que quelques minutes pour maîtriser tout le monde et trouver l’artefact. Elle entra dans la ruelle et sa vue se précisa. Une demi-douzaine de femmes tatouées était là, ainsi que Maxime, à tousser et à cracher de la cendre. Apparemment, l’agent de sécurité avait mal géré son coup, mais il semblait tout de même en meilleur état que les autres. Aucune des victimes de l’explosion n’avait l’artefact. La jeune femme poussa un juron, avant de se rendre compte qu’il restait deux silhouettes, un peu plus enfoncées dans l’ombre, qui n’avaient rien subi de l’attaque. Deux silhouettes très familières. La première était celle de Vigorio Ellis et la seconde était celle de la voyageuse aux menottes qui l’avait traînée jusqu’à la maquerelle la dernière fois. C’était elle qui tenait l’artefact entre ses mains. Les deux étaient hostiles.

Ben se montra plus qu’en colère en voyant qu’il était arrivé trop tard pour sauver son patron. Pire, il était maintenant contraint de le combattre. Cette nuit n’était vraiment pas pour lui plaire. Il ragea et se mit en garde. Il faudrait faire vite ou leur ennemi disposerait du renfort de six filles endoctrinées. Ils attaquèrent tous au même moment. Camille se jeta sur Alicia et l’ex-prostituée fit de même. Ben se précipita sur son employeur, avec la ferme intention de mettre un terme à son calvaire.

Camille tenta de donner un coup de poing à la femme, qui esquiva en reculant simplement la tête, puis répliqua avec ses artefacts. Dans sa main droite, elle avait la paire de menottes, dans sa main gauche, elle avait le tatoueur. Camille n’avait pas le droit à l’erreur. Encaisser un coup reviendrait à devenir captive. Elle sauta en arrière avec agilité et commença à tourner atour d’Alicia. Tentant à plusieurs reprises de la toucher, sans succès. Elle sentait la haine dans le regard de son adversaire et cela la déstabilisait un peu. Qu’avait-elle fait pour mériter cela ? Camille tenta à nouveau de frapper, mais cette fois, l’autre réagit avec plus d’agressivité. Changeant de tactique, cette dernière lui balaya les jambes et la fit tomber à la renverse.

Camille reçut un coup dans les côtes qui l’empêcha de se relever. Elle parvint néanmoins à donner un coup de pied dans l’artefact pour l’éloigner d’elle.


« J’arrive Camille ! » lança alors Ben, qui venait d’assommer proprement Vigorio.

Jusqu’à présent, l’homme avait fait attention à ne pas trop amocher son supérieur. Hélas, en voyant la difficulté de Camille, il s’était résolu à franchir le pas en espérant que son employeur le lui pardonnerait. Il se rua sur Alicia, mais celle-ci jeta ses menottes dans sa direction. L’un des anneaux duvetés s’accrocha à sa main et l’entraîna vers l’arrière, l’autre s’accrocha à un tuyau à quelque mètres d’elles. Ben essaya de forcer sur l’artefact, sans succès. Très aisément prisonnier avant même d’avoir pu faire quoi que ce soit.

Camille saisit sa chance et frappa Alicia au ventre. Celle-ci accusa le coup, recula et la jeune femme put se relever. Son ennemie n’attendit pas plus longtemps et revint à la charge avec le tatoueur, de plus en plus hargneuse. Camille fit de son mieux pour esquiver et tenta à plusieurs reprises de tourner autour de celle qui l’agressait, sans y parvenir une seule fois. On la poussait vers le fond de la ruelle et bientôt, elle serait piégée. Pire, le temps passait les toux derrière son adversaire devenaient déjà beaucoup moins graves.

Une cloche sonna. Une cloche comme jamais Camille n’en avait entendu. Un son aussi imposant que si elle s’était trouvée juste au-dessous, dans le clocher d’une église. Elle en fut sonnée et troublée, mais Alicia aussi. Cette dernière se retourna et vit Maxime, qui s’était relevé malgré ses difficultés à respirer et qui tenait une petite clochette dans la main. Camille profita de sa distraction et envoya un grand coup de pied dans l’artefact qui échappa au contrôle de son adversaire et glissa jusqu’à Ben.

Alicia poussa un petit cri de panique et se jeta sur l’objet, mais le voyageur donna un coup de pied et l’envoya dans les pieds de Camille, qui le récupéra aussitôt. La jeune femme ne réfléchit pas à la suite, elle avait une arme et une adversaire à vaincre le plus rapidement possible. Elle se jeta sur son ennemi et apposa le tatouage au niveau de sa cuisse. Puis, elle se releva et s’écarta instinctivement de deux pas. Cela avait-il fonctionné ? Ben la regardait, un peu inquiet de savoir ce qui allait se passer ensuite, toujours accroché à son tuyau.


« Lève-toi. » ordonna alors Camille.

Et Alicia s’exécuta immédiatement avec des gestes fluides. Camille respira enfin, elle avait réussi.


« Libère-le. » poursuivit-elle en désignant Ben.

Un instant plus tard, il était libéré et se massait le poignet en la remerciant. Il était temps de retirer le tatouage à toutes les autres filles et à Vigorio, puis de détruire l’objet, à jamais.

Anaklor et deux autres voyageurs arrivèrent en trombe à leur tour, un peu trop tard cependant. Ils semblèrent soulagés de voir que tout le monde allait relativement bien ici. Ils demeuraient plutôt affolés cependant.


« Quelqu’un vient de mettre le feu au Picadilly. » expliqua Anaklor.

---

Agathe resta silencieuse un moment. Non, ce n’était pas possible ! Elle était effrayée à l’idée que quelqu’un ait réussi à commettre un tel crime sous sa garde. Autant l’idée même des victimes probables que celle de son propre échec s’emparèrent d’elle. L’agoraphobe menaça de céder à la panique et aux larmes, à nouveau. Comment cela s’était-il produit ? Où s’étaient-ils trompés ? Elle accusait le coup, plutôt difficilement même. Ce fut Lucar qui vint à son secours et posant une main sur son épaule sans qu’elle l’ait entendu s’approcher.

« C’est pas votre faute. » expliqua-t-il. « Vous avez fait tout ce que vous avez pu, vous n’aviez juste plus d’équipe disponible. »

C’était faux, elle en avait eu trois dans le secteur, toutes occupées à pourchasser des délinquants en fuite. Il aurait suffi qu’elle dise à l’une de ces patrouilles de lâcher prise et de s’occuper de cet autre groupe de marins et cela ne serait pas arrivé. Si on venait l’accuser en lui disant que la police avait mis trop longtemps à arriver, elle n’aurait pas pu nier sa responsabilité. Pourtant, le regard de l’officier la poussa à se reprendre et à passer outre sa culpabilité. Ce n’était pas tant ce qu’il lui avait dit que ce qu’il n’avait pas dit qui lui fit prendre conscience qu’on avait besoin d’elle.

Elle avait fait une erreur, soit. Mais dans le fond, elle était novice à ce jeu et elle avait su, dès qu’elle avait accepté le rôle, que cela pouvait arriver. Son plan initial montrait à présent ses défauts et il ne lui fallut pas plus d’une minute de réflexion pour comprendre qu’on s’en servait même contre elle. Tous les groupes qui avaient fui appartenaient à la même faction, celle du capitaine sans navire. C’était lui qui tirait les ficelles. Lui qui avait envoyé ses hommes faire du grabuge en plusieurs endroit pour la forcer à intervenir ailleurs et afin de pouvoir frapper en toute impunité sa véritable cible. Si elle continuait comme ça, même en ordonnant à ses troupes de ne pas poursuivre les pillards, il l’emporterait. Il brûlerait assez d’hôtels pour que toute la ville cède devant lui et toute l’opération initiée par Camille deviendrait alors obsolète, ils perdraient cette partie. Il fallait qu’elle change de stratégie. Elle demanda à Lucar de la remplacer un instant pour répartir les équipes, en lui demandant simplement de se concentrer sur aider les hôtels ayant refusé de payer la taxe des marins.

Elle réfléchit. Ses cellules avaient été à moitié vidées par les membres de la Ligue. Deux d’entre eux avaient réquisitionnés un bus et avaient éloigné les plus dangereux captifs de la ville, ne laissant qu’une troupe de petits malfrats sans envergure un peu trop choquée d’avoir été prise pour représenter le moindre danger. Elle avait entendu dire que le transport avait été attaqué à la sortie de la ville, mais que les combattants de la Ligue s’étaient chargés de leurs ennemis sans problème. Les trois autres membres étaient partis prêter main forte ailleurs. Une demi-douzaine d’autres volontaires s’étaient ajoutés à ses troupes au fur et à mesure que la nuit avait avancé et elle avait le sentiment que d’autres viendrait sûrement. Globalement, les troubles commençaient même à refluer. On comprenait sans mal que quelqu’un assurait le maintien de l’ordre en ville et ceux qui osaient risquer leur liberté étaient de moins en moins nombreux. Il en arrivait toujours, bien sûr, mais la tendance était en train de s’inverser.

Le seul véritable problème était l’armée que le capitaine avait réunie autour de lui. Elle comptait peut-être deux centaines de membres et ils n’en avaient arrêté qu’une vingtaine. Pire, ils coordonnaient leurs attaques et étendaient leur influence sur la ville, malgré leurs efforts. La véritable bataille se jouait contre eux à présent. Elle devait trouver un moyen de les arrêter. Mais s’ils fuyaient à chaque fois que les patrouilles arrivaient, cela risquait de leur poser de sérieux problèmes. Surtout si quelqu’un se servait d’eux pour créer d’autres problèmes, beaucoup plus grave. La priorité était donc de décapiter cette organisation et si possible, d’éliminer un maximum des soldats dans la manœuvre.

Un plan commença à naître dans son esprit. Un plan risqué, osé et qui demanderait certains sacrifices. Pourtant, il était réalisable. Il suffisait d’avoir le cran de le mettre en place. Et si Camille l’avait, elle pouvait bien l’avoir aussi. Elle savait même dans quel quartier trouver Kerouan à présent. Tout était possible. Elle revint vers Lucar et reprit son micro.


« Très, bien changement de plan. » annonça-t-elle. « On ne répond plus aux appels dans le quartier du Picadilly. »

Lucar la regarda soudain avec effroi, comme si elle était devenue complètement folle.

« Je vais dire aux patrouilles qui s’y trouvent d’aller ailleurs. » continua-t-elle, sûre de ce qu’elle avançait. « On va créer un blocus tout autour. Une fois qu’on sera prêts, on ira là-bas avec la moitié de nos effectifs et on arrêtera tout ce qui ressemble de près ou de loin à un suspect, en resserrant l’étau au fur et à mesure. »

Il déglutit, comprenant où elle voulait en venir.

« Vous en faites pas, je vais laisser quelqu’un sur place pour prévenir d’autres incendies, mais pas plus. »

Il acquiesça et l’observa donner ses ordres sans faire plus de commentaire. Avec le cœur un peu plus lourd qu’elle ne l’avait laissé paraître, Agathe amorça une manœuvre qui transformerait bientôt tout un quartier de Resting City en champ de bataille.



DA SILVA
HENRIQUE

Personnage

Roses et Rouges - Page 3 393415Henrique

    Age : 29 ans.
    Ville : Lisbonne (Portugal).
    Activité : Autoentrepreneur dans le secteur du mariage, s’occupe d’organiser les réceptions.
    Dreamland : Morpheur des disproportions, peut agrandir certaines parties de son anatomie… et oui.
    Objet magique : Aucun.
    Aime : S’occuper de tout, manger sur son balcon quand il fait beau, se baigner, les petites figurines de porcelaine, la politique, sa fille de 6 ans.
    Déteste : Lorsque les choses dérapent, les catholiques intégristes, les gens bourrés, son ex-femme.
    Surnom : Lucky Guy.

    Le saviez-vous ?
    Henrique réformera son pays un jour.


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Jacob Hume
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MessageSujet: Re: Roses et Rouges Roses et Rouges - Page 3 EmptyJeu 27 Nov 2014 - 2:27
6/ La nuit des Veilleurs, troisième partie, le champ de bataille.

Jacob courait sur le toit sans quitter son ennemi des yeux. Cela faisait un long moment qu’il se battait et il sentait clairement sa bulle lui faire passer le revers de tous ces efforts auxquels il avait consentis. Ses jambes manquaient de force, ses paupières étaient lourdes et il avait de plus en plus de mal à respirer normalement. Lorsqu’il y faisait un peu attention, une envie de vomir le prenait et la faim le tenaillait atrocement. Lucien n’était pas dans un état parfait non plus, il était parvenu à lui mettre quelques coups sérieux. Néanmoins, lui ne voyait pas ses forces le fuir à chaque pas qu’il faisait. Il s’épuisait, oui, comme n’importe qui. Mais il n’avait pas le désavantage d’un artefact magique qui l’emprisonnait plus qu’il ne le protégeait, une bulle qui drainait son énergie pour mieux le faire souffrir. Jacob savait que si ce combat durait trop longtemps, il perdrait par la force des choses et Sandman lui échapperai. Il serra les dents accéléra.

Ils étaient sur les toits. Lucien n’avait pas encore eu l’idée de les quitter. Il s’amusait apparemment beaucoup à passer d’un hôtel à l’autre, utilisant parfois son marteau pour enjamber les espaces, sautant le plus souvent. Pour économiser ses forces, l’intouchable ne volait que lorsque c’était nécessaire. L’utilisation abusive de son pouvoir serait tout aussi efficace pour le vaincre que les coups de marteau lorsqu’il ne s’y attendait pas. Derrière eux, les trois clones continuaient d’avancer et de menacer la victoire du membre de la SDC. Jacob commençait à gagner du terrain, mais même s’il rattrapait son adversaire, il ne disposerait que d’une fenêtre très réduite. Si la femme intervenait, il ne pouvait rien faire, elle était trop talentueuse pour lui, et surtout, elle disposait de six bras pour l’immobiliser et le frapper. Elle l’avait déjà fait deux fois au cours de la course poursuite et chaque fois, il ne s’en était tiré qu’en changeant la forme de sa bulle et en s’envolant jusqu’au bâtiment suivant.

Lucien parvint enfin au bout de sa course. Il était arrivé sur le toit d’un hôtel dédié aux sports d’hivers, qui était à moitié recouvert de neige et taillé en pointe. Sur trois côtés, de larges avenues empêchaient le fou d’aller plus loin et les bâtiments étaient trop hauts pour qu’il puisse espérer user de son marteau pour descendre. La dernière voie disponible impliquait de vaincre Jacob et celui-ci n’avait aucune intention de se laisser faire. Le groupe de jeunes femmes avait pris un peu de retard et pour un court instant, ils se retrouvaient tous deux face à face.

Le contrôleur du chaos chercha à gagner du temps. Il avait compris depuis longtemps qu’il ne pouvait pas vaincre cet ennemi seul et il avait besoin de l’aide de Stéphanie pour parvenir à ses fins. Il se mit à viser l’intouchable et agrandit drastiquement son arme. Une fois de plus, avec une pirouette calculée, Jacob évita l’attaque et passa l’arme. Lucien fit alors pivoter le manche de son marteau pour que la tête tombe sur le côté. Il augmenta la taille de la pièce de métal et réduisit aussitôt celle du manche. A très grande vitesse, la masse de métal revint vers lui en suivant la course de Jacob. Celui-ci tenta de sauter pour l’esquiver, mais son bassin fut pris par cette attaque et il fit un tour sur lui-même dans les airs. Sandman en profita pour placer un troisième coup direct et l’éloigner de quelques mètres.

L’intouchable encaissa l’attaque, retomba sur le sol et revint à la charge. Il ne disposait plus que de quelques instants pour vaincre Lucien ; les jeunes femmes n’étaient plus très loin. Cette fois, l’instigateur de toute cette agitation leva son arme au-dessus de sa tête pour un grand coup vers le bas. Jacob changea immédiatement la forme de sa bulle en ballon pour mieux encaisser le choc. Lui-même n’eut aucun problème lorsque l’ennemi heurta sa protection invisible. En revanche, le toit boisé de l’hôtel céda presque immédiatement sous l’impact et Jacob se retrouva à moitié enfoncé dans le grenier. Sa bulle s’était coincée dans la construction en creusant un trou béant sous ses pieds. Il maudit l’artefact, changea la forme de celui-ci pour qu’elle lui colle au corps et s’éleva dans les airs pour reprendre sa course. Lucien tenta de l’attaquer par le flanc, mais cette fois, l’intouchable créa un mur, tout en longueur et fit en sorte que celui-ci campe sur ses positions.

Il se retrouva avec un couloir de quelques mètres, très difficile à ébranler. Le marteau ennemi frappa à deux reprise la bulle avant de constater qu’il existait un chemin impénétrable qui menait jusqu’à lui. Il voulut s’échapper en partant un peu sur le côté, mais Jacob était déjà là, sur lui. Lucien chercha à se défendre en plaçant son marteau entre eux, pour l’agrandir ensuite. Hélas, l’intouchable avait déjà anticipé cela et écarté l’arme de son chemin. Le contrôleur du chaos donna un coup de pied aussi fort qu’il le put dans le genou de Jacob, sans parvenir à le ralentir outre mesure. Les mains du justicier silencieux se posèrent sur le bras de l’ennemi de la ville et le forcèrent bientôt à lâcher son arme. Un coup de coude fit ensuite reculer le blond de quelques pas. Si proche du bord qu’il faillit tomber.

Désarmé, Lucien était plutôt paniqué. Il reculait en lançant des regards plaintifs vers son marteau, qui conservait la même taille et le même poids qu’un instant plus tôt. Jacob sourit, comprenant que son adversaire ne pouvait pas contrôler son arme tant qu’il ne la touchait pas. En le désarmant, il avait gagné la partie bien plus facilement qu’il ne s’y était attendu. Hélas, il restait un obstacle entre lui et la victoire. Trois jeunes femmes rousses en robe de soirée déchirées et aux pieds nus venaient de se mettre entre lui et sa proie, cherchant déjà le contact.

A son tour, Jacob recula, pour mieux appréhender cette rencontre. Comment vaincre une personne si doué pour le combat rapproché et qui disposait de deux doubles pour l’aider ? Il était seul et n’avait pas été très offensif. Pourtant, il ne croyait pas que Stéphanie soit plus forte que lui. Il avait davantage l’impression qu’elle réagissait simplement mieux à la situation qu’il ne le faisait, qu’elle utilisait plus facilement les éléments dont elle disposait, s’adaptait mieux à son adversaire. Il réalisa alors qu’il avait besoin d’une arme, pour que ces coups soient décisifs, et qu’il y en avait une à ses pieds. Sans attendre, il s’empara du marteau de Lucien Sandman et fit face à ses trois opposantes.

Le marteau était étrange. Son manche devait faire un bon mètre à présent, peut-être un peu plus et la tête de métal faisait la taille d’un fer à repasser. Il était étonnamment lourd, même pour cette taille plus grande que la normale. Il devait faire dix kilos de trop par rapport à ses proportions. Mais cela n’arrêta pas Jacob, il usait davantage de la force de sa bulle que celle de ses muscles et pouvait donc soulever l’objet et le manier sans handicap ou presque. Les trois filles arrivèrent sur lui en coordonnant leur attaque pour essayer de l’immobiliser. Il ne savait même pas comment faire pour s’en sortir. S’il essayait d’en frapper une, les deux autres l’auraient et la distance entre elles était calculée pour qu’il ne puisse pas les frapper toutes en même temps. Il préféra employer les grands moyens pour en finir au plus vite. Il s’envola en assénant le plus gros coup dont il était capable dans la tête de celle qui se trouvait au centre.

L’attaque fut beaucoup plus efficace qu’il ne s’y était attendu. Le clone fut assommé sur le coup et s’étala sur les planches du toit, inerte. Il retomba derrière les deux autres. Il avait espéré pouvoir placer une autre intervention avant qu’elles ne puissent réagir, mais les deux s’étaient déjà retournés et l’attaquaient à nouveau, cherchant à se rapprocher au maximum, à lui attraper les poignets ou les bras pour mieux l’immobiliser. Sans faire quoi que ce soit pour esquiver la seconde, il frappa la première au ventre et la poussa dans le trou que Lucien avait créé quelques instants plus tôt. Elle se rattrapa à la dernière minute, du bout des doigts, hors-jeu pour un court instant.

Le troisième clone était parvenu à s’emparer de son bras gauche et lui asséna un coup juste derrière la rotule. Sans qu’il n’ait le temps de comprendre ce qui lui était arrivé, Jacob était à genou et avait un bras immobilisé, plaqué contre son dos. La seconde suivante, il réalisa qu’il ne pouvait pas vraiment voir ou atteindre son ennemie sans se démettre une épaule. Elle lui flanqua un coup de pied dans les reins et il grogna de douleur. C’en était assez, il fallait qu’il prenne une mesure drastique. Il fit vriller un peu sa bulle pour faire perdre sa prise à son adversaire, puis il éleva sa bulle vers l’arrière pour la faire tomber. Le haut de son crâne heurta le menton de la jeune femme qui tomba à la renverse.

Jacob se retourna, marteau en main, pour lui faire face. Elle n’était déjà plus là. Etonné par sa disparition, il chercha du regard et se rendit compte qu’il était en réalité juste au bord du toit et qu’elle était simplement tombée. Son cœur se serra immédiatement sous l’effet du remord. Il jeta un œil vers le bas et découvrit qu’effectivement, le corps s’était écrasé sur le bitume, bien trop rudement. Deux articulations étaient dans le mauvais sens et une grande giclée de sang accompagnait le corps. Il l’avait tuée, tout simplement. Ce n’était peut-être qu’une invocation, mais cette révélation lui fit comme un choc, qui ajouta à son état de fatigue. C’était un accident, bien sûr. Néanmoins, le résultat était là et il ne pouvait ignorer toute la portée de son acte. Un frisson glacial parcourut son estomac. Il y penserait plus tard.

Il se retourna à l’instant où la dernière réplique encore en course de la jeune femme se hissait hors du trou. Elle était momentanément sans défense et il en profita pour lui envoyer un coup de marteau qui la fit retomber un étage au-dessus. Il ne chercha pas à savoir si son attaque l’avait définitivement mise hors-jeu ou non. Ses yeux cherchèrent immédiatement Lucien, sa véritable cible. Plus aucun obstacle ne se présentait sur sa route à présent. Son adversaire était désarmé et n’avait plus d’allié aux alentours. Le contrôleur du chaos courait à toute vitesse sur un toit voisin. Il se dirigeait comme une flèche vers la porte qui menait aux étages inférieurs.

Jacob lâcha le marteau et courut à sa poursuite. Il était temps d’en finir.


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Emet était plus ou moins traîné par trois membres de l’armée du capitaine Kerouan, l’un de ces marins inutiles et deux voyageurs plutôt costauds qui l’avaient rejoint dès le début de la nuit. Il ne montrait pas vraiment de résistance et affichait même un petit sourire satisfait à ceux qui l’amenaient vers le chef de cette bande. Ils avaient mis du temps à le capturer, bien plus qu’il ne l’avait imaginé. Il avait bien failli choisir de leur faciliter les choses au bout d’un moment, mais s’était ravisé. Il comprenait le plan de la petite brune et il respectait assez l’audace dont elle avait fait preuve pour ne pas chercher à lui mettre des bâtons dans les roues.

Sa mission avait été simple, tenir le quartier du Picadilly pendant que les autres se positionnaient tout autour. C’était là qu’on trouvait la plus grande concentration d’ennemis et là qu’on essayait vraiment de brûler des hôtels. Elle lui avait demandé d’attaquer ceux qui essayaient et il n’y était pas allé de main morte. Le chasseur de prime en avait blessé plus d’un dans la manœuvre et ne le regrettait pas. On pourrait bien l’accuser d’abus dans l’usage de la force, il s’en fichait. Il n’était pas policier et si on l’avait choisi pour cette mission, ce n’était pas pour rien. A lui seul, il avait réussi à faire croire à Kerouan qu’il y avait encore du monde dans le quartier, il lui avait démontré aussi qu’on avait compris sa technique et qu’on ne mordrait plus à l’hameçon. Le capitaine avait été forcé de changer de tactique et d’ordonner à ses hommes d’attraper les volontaires qu’ils trouvaient.


« Capitaine ! » lança le marin à l’intention d’un homme qui se tenait un peu plus loin dans la rue, entièrement occupée par les hommes de l’interpellé. « On en a eu un ! »

Emet ne put s’empêcher de sourire encore davantage. Ils croyaient qu’il y en avait d’autres à attraper, il prenait cela pour un compliment : il avait accompli sa mission et même mieux. Le chasseur de prime jeta un coup d’œil à l’hôtel en flamme qui formait l’épicentre de la zone désignée par Agathe. Tous les autres ou presque avaient cédé à la taxe, surtout maintenant que les volontaires de Miraz semblaient avoir disparus. Mais c’était plutôt une bonne chose pour les alliés d’Emet. Le groupe de Kerouan était maintenant occupé à récolter son argent plutôt qu’à s’intéresser aux raisons pour lesquelles on les laissait tranquille.

Le capitaine s’avança dans son long manteau sombre et le toisa à travers sa barbe et sa pipe. Emet, qui n’était pas du tout sensible à son charisme de vieux loup de mer, continua de sourire avec insolence.


« Tu es avec eux ? » demanda l’homme.

« Oui, on peut dire ça comme ça. » admit le chasseur de prime, très amusé par la question.

« Tu as agressé plusieurs de mes hommes. » commenta le chef de troupe. « Tu croyais vraiment que vous alliez pouvoir m’empêcher de m’emparer de cette ville ? J’ai quatre fois plus de troupes que vous. »

Emet haussa les épaules. « Rien n’est encore joué. »

« Peut-être, mais pour toi, les dés sont jetés. » ricana Kerouan.

« Je ne crois pas non. » sourit le chasseur de prime.

« Ravale ta fierté. » réprimanda l’autre. « Tu es seul ici, au milieu de mes hommes, désarmé. Et tes amis t’ont visiblement abandonné derrière toi. Tu n’impressionnes personne avec ton sourire idiot. »

C’était vrai qu’il ne devait pas paraître de grand-chose dans cette situation. Mais il avait un avantage sur eux, un avantage considérable. Il savait parfaitement ce qui allait venir et cela valait tout l’or du monde.

« Mes amis ne m’ont pas abandonné. » lâcha-t-il.

Peut-être quelque chose dans le ton qu’il avait employé retint l’attention du capitaine, il ne parvint pas à déterminer l’origine de la petite lueur dans ce regard appuyé par les rides. Néanmoins, cela l’encouragea à continuer, à se pavaner.


« Vous ne vous êtes pas demandé pourquoi plus personne n’essayait de vous arrêter dans les parages alors qu’on continue à le faire dans le reste de la ville ? »

Kerouan fronça les sourcils et s’approcha un peu plus de lui. Exactement la réaction qu’il espérait.

« Tu as quelque chose à dire ? » menaça le capitaine.

Emet s’approcha à son tour et montra son sourire le plus cruel.


« Ils t’ont piégé. » expliqua-t-il d’une voix doucereuse. « Ils t’ont cloîtré ici, ils t’ont encerclé et maintenant… ils vont attaquer. »

Kerouan le dévisagea un moment, comme s’il cherchait à savoir s’il disait ou non la vérité. Un silence s’installa dans le groupe d’escorte d’Emet. Tous purent entendre les pas d’un de leur camarade se précipiter vers eux.

« Capitaine ! Capitaine ! » lançait Brad en agitant les bras. « Il faut partir vite, ils arrivent ! »

Un instant plus tard, deux autres marins arrivaient de directions différentes pour faire des annonces similaires. La bataille pour Resting City commençait enfin et Emet fut le premier à frapper, tirant une lame de sa manche.

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Ben commençait vraiment à fatiguer. Il avait couru dans toute la ville, combattu à chaque coin de rue ou presque, utilisé plusieurs de ses cigarettes et ce n’était pas fini. Il était à bout de force, mais il savait qu’ils approchaient du but. Il y avait encore beaucoup à faire et les combats se poursuivraient sûrement jusqu’à l’aube et même au-delà. Pourtant, la donne avait grandement changé depuis le début des hostilités. A présent, les volontaires n’étaient plus aux abois. Même s’ils étaient encore contraints de parcourir la ville pour empêcher des crimes ou des délits, le plus dur était fait. Les appels d’urgence s’espaçaient et certaines patrouilles devenaient même plus préventives que punitives. Seul le capitaine Kerouan et ses sbires pouvaient encore espérer changer la donne. Tout allait se jouer sur ce combat décisif. S’ils perdaient ici, les marins allaient pouvoir agir impunément et attaquer le reste des volontaires avant même qu’ils ne puissent se réorganiser. S’ils l’emportaient, en revanche, il ne resterait plus en ville que des petits délinquants isolés et sans envergure dont les équipes formées par Agathe savaient très bien se charger.

Alors Ben courait à nouveau. Il devait continuer d’apporter sa contribution, jusqu’à ce qu’on ait plus besoin de lui ou qu’il n’en puisse plus. Il avait une nouvelle mission à accomplir et il n’allait pas se désister maintenant. A ses côtés, ce n’était plus Camille qui courait avec lui, c’était Anabert. Le vieil activiste semblait au moins aussi épuisé que lui. Il avait reçu plus de coups que le voyageur aux cigarettes et avait sûrement participé à autant de combat. Mais comme lui, il comptait aller jusqu’au bout de la démarche. Derrière eux, six autres voyageurs, dont Anaklor et Olivia couraient aussi. Deux membres de leur groupe étaient fraîchement arrivés et avaient encore suffisamment la pêche pour en imposer. De toute manière, ceux d’en face s’étaient aussi agités toute la nuit, ils ne risquaient pas d’être beaucoup plus en forme.

Ils débouchèrent sur une rue relativement banale, où toute circulation avait disparue. Cela faisait plusieurs minutes qu’on avait empêché les voiture de rouler par ici et s’il subsistait quelques rêveurs pour contrevenir à cet ordre, ils ne se trouvaient pas dans les parages. Tous les hôtels étaient fermés pour l’occasion. Tous les volets avaient été redescendus et scellés, un silence étrange régnait sur l’endroit. Ben fut attristé de voir un quartier de sa ville ainsi transformé par les événements. Il savait que ce n’était que temporaire, mais l’image faisait tout de même peine à voir. Voilà pourquoi il se battait, pour que la ville retrouve son aspect ordinaire, ses lumières et sa joie naturelle. Camille avait raison, c’était un crime que de vouloir l’en priver.


« C’est ici ? » demanda Anabert en soufflant un peu bruyamment.

« Oui. » répondit Ben sur un ton neutre, faisant de son mieux pour cacher sa propre faiblesse.

« Tant mieux, j’en pouvais plus de courir. » avoua l’anarchiste.

« C’est pas fini. » commenta son voisin.

« Je sais, je sais. Mais, c’est pas pareil. C’est mes jambes qu’en peuvent plus. »

Ben comprenait très bien ce qu’il voulait dire. Maintenant qu’il était là, son énergie lui revenait un peu. Il n’aurait pas pu courir davantage, mais il était néanmoins prêt à se battre.

« Commençons à nous préparer. » fit-il en tirant son paquet de clope de sa poche.

Anabert lui lança un regard en biais.


« T’en veux ? » proposa Ben en montrant les cigarettes.

L’autre hésita un instant, puis fit non de la tête.


« Je préfère les roulées. » dit-il avant de se concentrer pour faire appel à son pouvoir.

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Kerouan appliquait le tissu sur son œil en continu à présent, grommelant dans sa barbe à chaque fois qu’il voyait le rouge sur le mouchoir. Cet abruti l’avait manqué de peu, un centimètre de plus et il se serait retrouvé borgne. Ce chasseur de prime les avait bluffés depuis le début. Il s’était laissé capturer et avait continué à parler pour pouvoir l’atteindre. Cela devait sûrement faire partie de l’attaque ennemie. Il était content d’avoir pu déjouer au moins cette phase du plan grâce à ses réflexes. Son assaillant s’était enfui après avoir blessé deux hommes de plus, mais au moins n’avait-il pas réussi à le neutraliser lui. Il pouvait toujours commander à ses troupes.

Hélas, les choses se passaient plutôt mal. Dans un premier temps, il avait voulu tenir les rues et les avenues. Il avait ordonné à ses hommes d’assurer le contrôle du territoire. C’était stupide, il avait divisé ses forces tout autour du quartier et les voyageurs n’avaient pas mis dix minutes avant de faire une percée. Ils avaient placé quelques personnes çà et là pour montrer qu’ils étaient présents partout, mais ils n’avaient vraiment attaqué qu’en deux endroits différents, en force. Ses gars avaient rapidement été débordés et il avait fallu se replier trois rues plus loin. Les volontaires avaient utilisé la même tactique, avec autant de succès. Ils avaient capturé près de deux dizaines de ces hommes dans la foulée, en les entassant dans un car.

Kerouan avait alors rappelé ses troupes. Divisées, elles n’étaient pas aussi efficaces que regroupées. Il avait l’avantage du nombre, mais pas d’autant qu’il l’aurait souhaité. A peine la moitié de ses hommes avaient été piégés avec lui dans ce quartier et il en avait perdu une partie à cause de sa mauvaise stratégie. Les volontaires qui l’assaillaient étaient forts, plus forts que ses marins bagarreurs aux muscles saillants. Ils avaient des pouvoirs et de l’expérience. Lui-même ne disposait plus que d’une douzaine de voyageurs avec lui pour riposter et ce n’était pas en les divisant qu’il parviendrait à égaliser les rapports de force. A nombre égal, le camp d’en face l’écrasait. A un contre deux, ils le battaient en y mettant un peu du leur. Il était tout naturel, dans ces conditions, qu’ils aient percés ses lignes éparses. Dix hommes contre sept ou huit voyageurs chevronnés n’avaient aucune chance.

Mais en rassemblant tout le monde, il faisait retomber l’ennemi à un contre trois, voire même quatre. Dans ces conditions, il avait des chances de l’emporter. Ils se trouvaient maintenant tous là, dans la rue où l’incendie qui rongeait le Picadilly Hotel commençait à mourir peu à peu. Certains de ses hommes avaient pris des coups plus tôt dans la soirée, mais l’essentiel était en état de se battre.


« Très bien ! » lança-t-il à l’attention de tous. « C’est maintenant ou jamais les enfants ! Si on les arrête maintenant, si on les bat ici, alors la ville est à nous ! »

Plusieurs acclamations et approbations grimpèrent dans la petite foule qui l’entourait. Ils formaient un corps de guerriers particulièrement menaçants, pourtant, tous craignaient un peu ce qui allait suivre. Certains voyageurs avaient déserté son armée lorsqu’ils avaient appris qu’ils étaient encerclés. Ils s’étaient terrés çà et là en attendant que les combats prennent fin, quitte à se rendre pacifiquement. En fait, ils ne savaient même pas par où les volontaires allaient attaquer. Ils attendaient tous en espérant pouvoir vaincre cet ennemi facilement, sans quoi, leur volonté s’effondrerait.

Puis, les voyageurs commencèrent à apparaître. Ils n’étaient qu’une vingtaine. Kerouan sourit, c’était bien moins que ce qu’il avait craint. Peut-être que tout s’arrangerait finalement.


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Camille était en tête du cortège. Elle marchait avec la même détermination qui l’avait saisie au début de la nuit. On pouvait immédiatement voir qu’elle s’était battue et qu’elle avait couru toute la nuit, comme les autres. Ses cheveux étaient salis, il y avait quelques trous dans son polo, son jean avait gardé quelques marques et son visage souffrait d’une ou deux égratignures. Pourtant, elle était toujours la même et en menant ceux qui avaient décidé de la suivre au combat, elle forçait leur admiration et accentuait leur désir de l’emporter.

Ils étaient sur la bonne voie. Les préliminaires de cette bataille s’étaient bien déroulés, ils avaient capturé beaucoup d’ennemis et avaient forcé le capitaine à se regrouper en un seul et même endroit. Ils pouvaient enfin frapper un grand coup et réclamer la ville sans conteste. Juste derrière elle, les trois membres de la Ligue des Gentlemen Onirique, les plus puissants guerriers de leur attroupement formaient comme une garde rapproché avec le géant Noah, toujours prêt à faire corps entre elle et le danger. Après, Henrique, Roberto, Anarito et bien d’autres encore étaient venus faire front avec elle. Agathe lui avait confié les meilleurs combattants, ainsi que les plus frais des volontaires. En face, le groupe de marin semblait solide, mais cette nuit avait prouvé que ces adversaires n’avaient qu’un seul véritable point fort : ils étaient nombreux. Quelques voyageurs et créatures des rêves s’étaient cependant ajoutés au cortège de Kerouan et représentaient le réel danger ici. Elle espérait qu’aucun d’eux ne soit suffisamment fort pour renverser le cours des événements.

Elle s’arrêta à une bonne vingtaine de mètre des ennemis et tous ses soldats firent de même. Les deux armées se toisèrent l’espace d’un instant. Chacune se montrant plus confiante que sa rivale. Elle s’avança de quelques pas, pour montrer à tous qui commandait et peut-être appeler le capitaine à venir capituler devant eux. Mais personne ne se détacha du groupe d’en face. Elle attendit quelques secondes avant d’accepter le fait qu’il n’y aurait aucune négociation.


« Très bien. » fit-elle, plutôt heureuse d’y échapper finalement.

Elle se tourna vers sa troupe.


« Allez ! » lança-t-elle, assez fort pour que tout le monde l’entende. « On a une rue à nettoyer ! »

Quelques-uns répondirent par des encouragements. Mais elle ne leur laissa pas le temps d’aller plus loin. Elle se retourna d’un bloc et se mit à courir en hurlant vers le groupe de Kerouan. Aussitôt, les volontaires suivirent en hurlant à leur tour. Puis, tous les marins et leurs aides firent de même.

Le cœur de Camille commença à battre beaucoup plus fort qu’il n’aurait dû. Elle était bien plus exposée au danger qu’elle ne l’avait souhaité et espérait sincèrement que le choc ne serait pas trop sévère. Elle vit la ligne de ses adversaires s’approcher, s’approcher, elle choisit l’une des créatures des rêves et essaya de s’arranger pour la percuter de plein fouet. Elle accéléra pour être certaine de son coup et au dernier moment sauta avec le pied vers l’avant. Elle percuta le marin en plein ventre et bien que le choc fut extrêmement rude pour elle aussi, elle le vit s’étaler sur le sol dans un état pitoyable. Un instant, elle sentit un étau se resserrer sur elle, mais le choc des deux groupes entiers intervint au bon moment et il y eut bientôt assez de guerriers autour d’elle pour qu’on ne cherche pas à s’en prendre à elle particulièrement. Elle envoya un coup de pied dans le visage de sa victime pour l’assommer et fonça sur un deuxième marin, tout proche.

Elle n’était pas dupe, en tant que combattante, elle n’était pas exceptionnelle. Sa pratique de la boxe était la seule expérience sur laquelle elle pouvait se baser et encore. Cela suffisait peut-être pour faire face à un seul matelot à la fois – ils n’étaient vraiment pas très dégourdis – et guère plus. Les autres, qui l’accompagnaient, avaient beaucoup plus de chance de faire du dégât. Elle était davantage venue pour motiver ses troupes que pour espérer faire la différence ici. S’attaquer à des bagarreurs isolés était sa seule chance de tenir jusqu’au bout.

Le second ennemi qu’elle vainquit lui donna plus de fil à retordre, elle dû esquiver un ou deux coups avant de placer les siens, avec plus d’adresse et d’efficacité. Il lui fallut tout de même quatre ou cinq coups de poings puissants pour mettre son adversaire hors d’état de lui nuire. Elle sentit ensuite qu’on s’attaquait à elle, qu’on essayait de l’atteindre, mais l’une des voyageuses de la Ligue s’interposa aussitôt et brisa l’assaillant d’un seul coup. Camille en profita pour évaluer un peu la situation. Il était encore trop tôt pour décider cependant. Les marins ne faisaient clairement pas le poids, mais ils étaient encore nombreux et certains s’engageaient avec retard dans les combats, ils pouvaient peut-être encore faire pencher la balance. Elle repéra Kerouan, qui essayait d’organiser un peu ceux qui l’entouraient directement en aboyant des ordres. Il avait un pansement sur l’œil et cela la fit sourire. Emet avait réussi à le toucher au moins.

Henrique se trouvait non loin, aux prises avec deux ennemis, deux matelots un peu plus déterminés que leurs camarades. Elle décida d’aller lui prêtait main forte. Elle fonça et profita que leur attention soit détournée pour aller mettre un coup dans les côtes du premier. Celui-ci, surpris, poussa un petit cri de douleur. Elle poursuivit en lui frappant le genou pour le déséquilibrer, puis en s’attaquant à sa mâchoire. Elle n’eut même pas le temps de l’achever. Son intervention avait permis à Henrique d’éliminer l’autre adversaire et il vint achever de sonner le sien la seconde qui suivit.

Un jet d’acide fut lancé vers eux et Henrique dut agrandir ses mains pour les protéger de cette pluie. Un voyageur les attaquait, plus déterminé que jamais à s’occuper d’eux. Le portugais s’était cependant blessé en les protégeant et n’était plus d’une grande utilité. Elle-même sentait qu’elle n’avait pas la moindre chance. Ils commencèrent à reculer, jusqu’au moment où la voyageuse de la Ligue surgit à nouveau pour s’occuper personnellement de ce danger. Rassurée, Camille se tourna vers Henrique.


« Ça va ? » demanda-t-elle en criant.

« Oui, ça ira ! » assura-t-il. « Je peux encore me battre un peu ! »

Elle acquiesça et ils retournèrent tous deux à d’autres adversaires. Tout était devenu chaotique. Un certain nombre de blessés étaient étalés sur le sol à présent. On se battait de tous les côtés, le plus souvent contre trois ennemis en même temps. Il n’y avait plus de ligne de front, les deux camps s’étaient complètement mêlés. Impossible de savoir qui l’emportait. Elle fonça sur un autre marin qui harcelait Roberto avant d’être elle-même agressée par d’autres ennemis.

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La bataille ne dura pas très longtemps. Une dizaine de minutes au maximum. Les combats étaient nombreux et violents, mais ils étaient aussi brouillons et se réglaient généralement en quelques coups rapides. Au plus grand plaisir de Kerouan, au moins cinq des voyageurs ennemis étaient allés au tapis. Personne n’avait pris la peine de les achever cependant. C’était une perte de temps lorsque l’on ne disposait pas d’armes pour cela. Néanmoins, il lui fallut rapidement reconnaître que cela ne suffirait pas.

Sa troupe était toujours la plus nombreuse, pourtant, cela n’avait plus d’importance. Les voyageurs étaient peut-être attaqués par des groupes deux fois plus grands que les leurs, ils parvenaient tout de même à faire front et à tenir lorsqu’il le fallait. Ceux qui étaient tombés devaient être les moins compétents ou les plus épuisés. Car rapidement, il s’était avéré qu’ils tenaient tous debout, même lorsqu’ils étaient acculés. Et à cela s’ajoutait le fait que certains, un petit nombre d’entre eux, trois ou quatre pas plus, parvenaient à vaincre tous ceux qui se dressaient sur leur chemin. Une fois qu’ils étaient libres, ces combattants experts allaient prêter main forte à d’autres. S’il ne réagissait pas vite, bientôt, les voyageurs reprendraient l’avantage.

Il essaya de rassembler quelques-uns de ses hommes et de les concentrer sur ceux qu’il estimait être les maillons faibles de l’ennemi. Pourtant, cette tactique ne lui permit d’éliminer que deux voyageurs de plus lorsque ses adversaires venaient de se débarrasser de neuf des siens. L’imminence de sa défaite se fit de plus en plus certaine et il lui fallut bientôt admettre qu’il avait perdu la partie. Il voyait encore Camille, dos à dos avec l’un des patrons de l’hôtel du Voyageur qui tenait bon et qu’une autre voyageuse, beaucoup plus forte, vint sauver. Il songea un instant à foncer et à prendre sa vengeance ici et maintenant, quitte à perdre le reste de ses troupes et à être arrêté ensuite par ceux qui entouraient son ennemie. Hélas, il n’eut même pas le courage de cette action quelque peu héroïque et préféra tenter sa chance pour fuir et échapper à la justice qui était venue le chercher ici.


« On se replie ! » ordonna-t-il. « C’est terminé ! On se replie ! »

Et il se mit à courir dans la direction opposée à celle par laquelle les forces de l’ordre étaient arrivées. Un grand nombre de ses soldats de le suivirent, tandis que les quelques alliés qu’il avait rassemblés paniquèrent, abandonné par ce leader qui leur avait tant promis quelques heures plus tôt. Néanmoins, certains restèrent pour continuer à se battre, diminuant ainsi les chances de poursuite.

Plusieurs options s’offraient à lui et à ses hommes pour s’échapper. Il y eut tout d’abord une rue sur la droite. Il s’y engouffra sans réfléchir, mais n’alla pas loin. Plusieurs véhicules de police arrivaient dans cette direction, sirènes allumées. Il jura, repartit dans la rue du Picadilly pour continuer tout droit. Une fois de plus, des voitures surgirent pour lui bloquer la route, ne lui laissant plus qu’une seule voie de fuite : une rue plus petite à gauche qui l’enfonçait un peu plus dans la ville. Il n’avait pas le choix cependant et engagea ses hommes dans cette direction.

Il s’arrêta néanmoins, une troisième fois. Il y avait de la fumée sur la chaussée et le trottoir. Un nuage opaque qui montait jusqu’aux genoux. Et au bout de la rue, deux silhouettes de voyageurs le défiaient d’avancer. C’était un piège, ou quelque chose de très semblable. La sale garce avait prévu de couper ses voies de fuite avant même d’arriver. Etait-il contraint de combattre ? S’il devait forcer son passage, autant qu’il essaie du côté où il y avait le moins de monde. Il désigna les deux voyageurs au bout de la rue enfumée.


« Ils ne sont que deux, allons par-là ! » déclara-t-il.

Puis, lui et ses hommes chargèrent les deux silhouettes. Ils coururent à toute jambe et en criant pour être le plus impressionnant possible. Hélas, l’effet ne dura qu’un instant. Tous les membres de sa troupe se mirent à trébucher les uns après les autres, à s’étaler lamentablement sur le sol, dans la fumée peu accueillante. Le capitaine lui-même posa son pied sur quelque chose qui roula et le fit trébucher. Il tomba douloureusement et avala un peu du nuage, qui lui donna aussitôt l’impression d’avoir respiré un désagréable poison pâteux. Il toussa un peu, mais sentit surtout sa tête tourner. C’est à cet instant qu’il remarqua qu’il avait glissé sur une pomme. Toute la rue en était couverte.

Six autres voyageurs surgirent à leur tour de cachettes discrètes, tandis que les officiers dans les voitures vinrent refermer l’étau. Avec tous ses hommes à terre et affaiblis, Kerouan n’eut aucune chance.


---

Jacob poussa Lucien vers l’avant une fois de plus, davantage pour le déséquilibrer que pour lui demander d’accélérer. Il était exténué et sentait que si jamais il lui venait l’idée de s’asseoir, il ne pourrait plus se relever. Pourtant, il avait tout de même décidé de traverser la ville à pied, avec Sandman marchant devant lui comme un trophée de chasse. Il lui avait attaché les mains dans le dos et tenait le bout de la corde pour qu’il ne tente pas de s’échapper malgré tout.

Lucien en avait pris pour son grade. Son visage était à moitié rouge de sang et on ne comptait plus les bleus qui le déformaient. Il boitait à chaque pas et son costume était lamentablement déchiré en plusieurs endroits. Dans ces conditions, n’importe qui aurait pu l’achever d’une pichenette. Malgré tout, le fou au marteau continuait de montrer sa colère et de défier ceux qui osaient le regarder de travers. Il supportait très mal l’idée de la défaite et l’humiliation que lui faisait subir son victorieux adversaire. L’intouchable le traînait sur le boulevard central, à la vue de tous, afin de s’assurer que le message s’imprimerait dans l’esprit de tout le monde. Lucien Sandman, l’instigateur de toute cette mascarade avait été vaincu et capturé. Plus encore il était pathétique et à essayer de prétendre qu’il était toujours dangereux lorsque tout le monde pouvait voir qu’il ne marchait même plus droit.

Tout autour d’eux, les citadins étaient venus admirer le spectacle. Il y en avait qui sifflaient pour exprimer leur joie, d’autres applaudissaient et certains allèrent même jusqu’à scander le nom de l’intouchable. Beaucoup se moquaient de celui qui avait bien failli transformer leurs rues adorées en chaos sans nom. Certains volontaires en voiture firent un détour pour venir voir d’eux-mêmes le phénomène et crier leur joie en klaxonnant. Le cortège continua ainsi jusqu’à ce qu’ils arrivent à l’hôtel de police. La victoire était sur toutes les lèvres à présent. Jacob le poussa à l’intérieur et aussitôt plusieurs applaudissements s’élevèrent.

Il y avait un peu plus de monde à présent dans le poste de police. Un certain nombre de blessés légers occupaient à présent les lieux après la bataille avec les marins. Plusieurs cars avaient emportés la petite armée de Kerouan vers des prisons lointaines tandis que le capitaine avait été placé ici-même, derrière les barreaux de Miraz lui-même, afin d’être jugé par la ville. Les patrouilles tournaient encore dans les rues et intervenait toujours sur ceux qui continuaient à commettre leurs méfaits. Mais dans l’ensemble, la situation s’était calmée et les rues retrouvaient un semblant de normalité. Un certain nombre de nouvelles recrues étaient arrivées au fil des heures. Les premiers volontaires à s’être réveillés, avaient immédiatement postés sur le site internet pour expliquer ce qu’il se passait ici et l’aide dont on avait besoin, cela avait immédiatement créé l’événement et les créneaux horaires suivants venaient participer à la défense de la ville, pour l’essentiel des gens qui ne l’avaient même jamais visitée. Les tous premiers membres de cette force assemblée à la va-vite par Camille purent enfin se reposer et laisser leur place aux autres. Un véritable roulement s’installait pour veiller sur la cité.

Jacob remit comme promis Lucien à Emet. On tatoua néanmoins le voyageur par précaution, si jamais il se réveillait en plein trajet par exemple. Le chasseur de prime eut un malin plaisir à imiter l’intouchable pour l’escorter jusqu’à Kazinopolis. Le membre de la SDC s’écroula sur une chaise et mit peu de temps avant de sombrer dans l’inconscience.

Camille accueillit les volontaires suivants jusqu’à son réveil, infatigable dans la dévotion qu’elle mettait à rétablir l’ordre en ville. Elle ne le savait pas encore, mais plusieurs retranscriptions plus ou moins fidèles de son discours parcouraient déjà la toile. Noah avait été blessé lors de la bataille. On lui avait cassé la jambe. Il encaissait néanmoins très bien la douleur et discutait à présent avec un Ben au bord de l’évanouissement mais ravi et un Anabert franchement drôle. Ils riaient ensemble de leurs exploits et se racontaient de vieilles histoires de galère. Agathe, qui s’était épuisée à mener la barque dans les moments difficiles, finit par laisser sa place à Henrique pour aller se reposer pour le restant de la nuit. Tout le monde la félicita et Miraz en personne fit l’effort d’aller la voir pour la remercier d’avoir sauvé sa ville. Elle rougit beaucoup et resta ensuite un peu absente jusqu’à la fin de la nuit.

Puis tous finirent par se réveiller, avec la certitude que la ville était vaillamment protégée par d’autres à présent. Il y eut d’autres moments de crise dans les heures qui suivirent leur départ, on vit apparaître quelques autres grands dangers, d’autres héros émerger. Néanmoins, le mouvement était initié et il surmonta tous les obstacles que l’on dressa sur sa route.


---

Emet venait de sortir de la ville, quittant enfin le grand boulevard pour rejoindre la route qui menait à Kazinopolis, où il pourrait toucher sa prime. Une voiture gracieusement offerte par les autorités l’attendait là. Elle avait été amenée par l’un des volontaires, à sa demande. Traîner Sandman devant lui quand il y avait du monde pour humilier ce dernier, c’était une chose, le faire sur des kilomètres de désert, très peu pour lui. Lucien s’était fermé dans un silence particulièrement pesant à présent, trop fatigué pour répondre aux insultes qu’on lui lançait.

« Allez, réjouis-toi ! » se moqua Emet. « On va aller beaucoup plus vite maintenant. Une petite heure ou deux de route et tu auras fait de moi un homme riche. »

Lucien lui envoya un regard noir qui n’impressionnait personne et se laissa guider jusqu’à la voiture. Le chasseur de prime ricana de sa réaction. Il ouvrit la portière arrière et poussa le voyageur à l’intérieur. L’autre ne résista pas et s’assit sur la banquette sans un mot. Emet referma la porte et alla vers l’avant du véhicule. Il allait ouvrir sa porte lorsque ses sens le prévinrent qu’une aura était tout proche. Il se retourna en faisant surgir une lame de son barda et se retrouva face à une jeune voyageuse rousse engoncée dans une robe de soirée en très mauvais état. Celle-ci réagit plus vite que lui et attrapa son poignet pour le désarmer et le tordre. Surpris, Emet se laissa faire. Il connaissait quelques parades à ce genre de technique et s’apprêta à les mettre à exécution. Il commença à tourner sur lui-même pour cela, mais croisa alors le regard d’une autre demoiselle, parfaitement identique. Celle-là tenait un gros marteau entre ses mains et lui asséna un coup puissant dans la tempe au moyen de cette arme.

Sa conscience s’évapora un instant et lorsqu’il la retrouva, une jeune femme entrait à la place du conducteur dans la voiture et démarrait en trombe. Il eut tout juste le temps de voir le sourire cruel de Lucien avant de retomber, évanoui.




MONIN
ALBERT

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    Age : 75 ans.
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    Activité : Retraité, professeur d’art plastique.
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    Aime : L’engagement personnel, l’activisme anti-social, les joints et les roulées, Jean-Luc Mélanchon et Christophe Alévêque, le fromage, le vin, les one-man-shows et les comédies d’Albert Dupontel.
    Déteste : Le président de la République (par principe), les essais des politiques, l’odeur de la poussière, ne pas pouvoir voir ses petits enfants qui habitent au Japon.
    Surnom : Pompapy, Anabert.

    Le saviez-vous ?
    Albert fait de merveilleuses imitations de Barbossa ou de la sorcière dans Blanche Neige.


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MessageSujet: Re: Roses et Rouges Roses et Rouges - Page 3 EmptyJeu 27 Nov 2014 - 3:02
7/ Les Veilleurs de Nuit.

Resting City retrouvait nuit après nuit ses couleurs d’antan. La ville n’avait pas été si agréable à vivre depuis plus d’un an à présent et on s’attendait même à ce qu’elle le devienne encore plus. A nouveau, les enseignes d’hôtellerie vantaient fièrement leurs mérites et les lumières illuminait cette nuit éternelle avec plus de gaieté qu’elles ne l’avaient jamais fait. Les rêveurs affluaient pour profiter des suites présidentielles de toutes les sortes, de la plus luxueuse à la plus loufoque. Les festivités organisées un peu partout pour célébrer le sauvetage de la ville semblaient ne plus vouloir en finir et l’on trouvait des rues entières transformées en pistes de danse et des bars qui offraient leurs tournées à chaque fois qu’une nouvelle heure passait. Le crime était parti et le bonheur retrouvé des habitants risquait de durer.

Le crime était parti, oui, mais il avait laissé des traces. On voyait encore çà et là des travaux avancer lentement pour réparer les dégâts qu’avaient causés les combats, et bien que les ouvriers y mettent beaucoup de cœur et de plaisir, il faudrait encore du temps pour la ville retrouve son apparence ordinaire, ou pour que les profits reviennent de façon régulière. Plusieurs procès publics allaient bientôt avoir lieu pour décider du sort de ceux qui avaient osé menacer la cité, un certain nombre d’amis, de collègues ou de voisins manquaient à l’appel. Même si les forces de police avaient commencé à se reconstituer, plusieurs volontaires munis de brassards arpentaient toujours les rues pour remplacer les absents. Et bien sûr, tous les criminels n’avaient pas été capturés. La maquerelle, notamment, avait totalement disparu de la circulation, la A-Team arpentait toujours impunément Dreamland et l’on cherchait encore des cambrioleurs talentueux.

Le véritable coup dur avait été d’apprendre qu’au final, Lucien Sandman s’était échappé. Emet avait été retrouvé inconscient sur la route et s’était excusé platement de l’avoir perdu si facilement. Il s’était à nouveau lancé à sa poursuite à travers Dreamland. Le voyageur avait effectivement volé l’un des tatoueurs de la police lorsqu’il avait attaqué le poste, ayant ainsi pris des précautions au cas où il serait capturé. Naturellement, ni lui ni la jeune femme qui l’accompagnait risquaient de revenir de si tôt, tout le monde ici connaissait son visage et le détestait assez pour tirer à vue. Néanmoins, il courait toujours et aurait probablement l’occasion de créer d’autres désordres tels que celui-ci.

Camille, Agathe, Ben, Jacob et Noah avaient été condamnés à seize heures de travaux d’intérêt général par Miraz, pour avoir provoqué la A-Team et donc participé à la destruction du Granica. Ils avaient tous accepté la sentence avec plaisir et participaient actuellement à la construction d’une nouvelle tour qui remplacerait bientôt l’hôtel écroulé en attendant de pouvoir reprendre le cours de leurs aventures. La plupart des délinquants qui avaient été arrêtés pendant cette fameuse nuit, que tout le monde appelait maintenant « Nuit des Veilleurs », avaient eux-mêmes été condamnés à de tels travaux. L’essentiel d’entre eux répondait parfaitement bien à ce petit programme de responsabilisation. Ils se rendaient compte de la stupidité de leurs actes et les regrettaient, promettaient de ne plus jamais s’aventurer sur de tels sentiers. Beaucoup se montraient même séduits par l’idée de rejoindre le mouvement que Camille avait initié ce soir-là, afin de participer à d’autres opérations de lutte contre le crime onirique.

Car oui, le discours de la jeune femme avait eu plus de portée qu’elle ne s’y était attendue. Elle qui avait seulement cherché à défendre une ville dans le besoin à la base, se retrouvait à présent fondatrice d’un mouvement de voyageurs déterminés à appliquer ses principes de façon plus générale. Ils n’étaient que quelques dizaines pour l’instant, à parler de créer officiellement un groupe de cette sorte, mais le projet devenait de plus en plus réel à mesure que des réunions s’organisaient pour discuter de cette possibilité.

Camille elle-même évitait clairement de s’impliquer dans le processus. Elle ne savait pas vraiment quoi penser de la façon dont certaines personnes reprenaient son programme pour en faire un cheval de bataille. Elle n’avait jamais eu que la sensation de faire son devoir pour réparer ses fautes, mais maintenant qu’il était accompli, elle n’avait pas spécialement envie de poursuivre la lutte ailleurs. L’idée de passer son existence onirique à batailler pour le bien de l’humanité était plutôt lassant en réalité, elle préférait amplement consacrer ses nuits à user et abuser des plaisirs de Dreamland à présent. De même, elle n’était pas très à l’aise avec la façon dont les membres du mouvement la considéraient, faisant d’elle le prochain Martin Luther King, rôle qu’elle n’avait aucune envie d’embrasser.

Trois nuits après la bataille, une fois leurs heures de travail écoulées, Camille, Noah, Agathe et Jacob allèrent se détendre un peu au bar du Dancing Club où ils disposaient tous d’un droit d’entrée illimité, ainsi qu’à des consommations gratuites. S’ils l’avaient pu, ils seraient allés à l’hôtel du Voyageur, mais celui-ci risquait de mettre un temps à être reconstruit. Les trois propriétaires travaillaient seuls – ils avaient insisté sur ce point – et à leur rythme, ce qui ne garantissait pas qu’ils finissent un jour. En attendant, le comptoir et l’immense piste de danse du Dancing Club leur offraient largement assez d’occasions de se détendre pour qu’ils n’aillent pas chercher ailleurs.

Comme chaque soir, l’endroit était bondé, peuplé d’une horde de rêveurs et d’autres fêtards en tout genre. La musique était forte et les lumières dansaient sans relâche pour assombrir la salle plus que pour l’éclairer. Ils s’installèrent à une petite table légèrement à l’écart de la piste de danse où la musique était moins forte et où les lumières étaient plus fixes. On leur servit immédiatement quelques boissons et Jacob fut assez poli pour ne pas faire de commentaire sur le verre qu’on venait inutilement de poser devant lui.


« Il était où Ben cette nuit ? » demanda Agathe.

Les autres haussèrent les épaules. Il n’était pas venu accomplir ses heures de travail d’intérêt général cette nuit, ce qu’il avait fait les deux précédentes sans rechigner. Il n’avait pas été aussi enthousiaste qu’eux à l’idée de cette condamnation, mais il leur avait semblé qu’il l’avait tout de même acceptée.


« Il a peut-être eu un contre temps. » proposa Camille. « Il m’a donné son adresse dans le monde éveillé. C’’est pas loin de chez moi. J’irai lui parler demain. »

Les autres approuvèrent l’idée sans faire plus de commentaire.

« Alors, tu t’es décidée ? » demanda Agathe à Camille. « Pour la proposition d’Henrique ? »

Camille lui envoya un regard mi-figue mi-raisin. Henrique était celui qui avait repris le flambeau et qui cherchait le plus à créer ce mouvement. Il leur avait naturellement proposé à toutes les deux d’êtres nommées leaders permanents. Il n’avait pas prononcé le mot « prophétesses », mais elles l’avaient tout de même entendu à un moment ou à un autre dans la conversation.

« Et toi ? » rétorqua la jeune femme aux cheveux clairs.

« Je crois que je vais le faire. » avoua Agathe.

Camille détourna le regard.


« Quoi ? » se défendit la brune. « C’est une bonne idée je trouve. Et puis, il a l’air de savoir ce qu’il fait. »

Sa camarade haussa les épaules. « Nan, c’est pas un mauvais gars. Mais il a un peu tendance à faire une montagne de tout ça. C’était sympa, mais bon… Je sais pas, vous ne trouvez pas qu’il en fait un peu trop les gars ? »

« J’ai rejoint le mouvement. » déclara solennellement Noah.

Jacob eut une expression désolée, l’air de dire qu’il l’avait fait lui aussi.


« Sérieusement ? » s’étonna Camille, se sentant un peu seule tout à coup.

« Il a raison Camille. » tenta d’expliquer Agathe. « Ce que tu as dit ne compte pas que pour Resting City et il y a beaucoup à faire à Dreamland. Je veux dire, c’est ton idée à la base. Tu n’es pas un peu contente qu’il y ait des gens pour la poursuivre ? »

« Nan mais attend, je suis parfaitement d’accord avec tout ce que j’ai dit ce soir-là. » insista la jeune femme. « C’est bien que des gens se disent qu’il faut y faire quelque chose, mais de là à accepter de devenir grand gourou pour une bande de justiciers excités, il y a de la marge. Et puis, sérieusement, ‘Les Veilleurs de Nuit’, c’est quoi ce nom à la con ? On sera quoi du coup nous, des veilleuses ? »

Les autres rirent de bon cœur à sa remarque et elle poussa un long soupir désabusée.

« J’y réfléchirai sérieusement, je vous promets. » conclut-elle. « Mais après mes concours. »

Ils acceptèrent sans mal l’idée. Puis, d’un seul coup, Agathe parut frappé par une révélation. Elle écarquilla les yeux et inspira un grand coup. Ce qui surprit un peu tout le monde.

« Attendez-moi ici, je reviens. » déclara-t-elle avant de se lever et de se précipiter vers le comptoir.

Ils l’observèrent un instant discuter avec un serveur, le remercier, puis quitter le Dancing Club en pressant le pas. Ils échangèrent une série de regards intrigués, puis haussèrent les épaules. Elle leur expliquerait sûrement plus tard, lorsqu’ils le lui demanderaient. Rapidement, la conversation reprit et ils parlèrent un peu de tout et de rien, de ce qu’ils allaient faire après, du dernier film qu’ils avaient vu. Jacob tenta en quelques mots rapides de leur expliquer son histoire avec Cartel, ou la façon dont Ed et lui avaient conquis le royaume des Deux Déesses. Il les invita à venir lui rendre visite là-bas, ce qu’ils promirent de faire avec plaisir. La soirée avança doucement au rythme de leurs rires et des histoires qu’ils avaient à conter. Jusqu’à ce qu’Agathe revienne, les bras chargés d’un immense bouquet de roses rouges fraîchement cueillies.

Camille et Noah écarquillèrent les yeux et Jacob dut se retenir pour ne pas éclater de rire. Agathe se tourna vers son amie et eut un petit sourire gêné.


« Bon, Camille… » commença-t-elle en rougissant presque. « Avec tout ça, j’ai un peu oublié, je suis désolée. Et puis, je me suis dit que ça ne servirait à rien de te le donner vu que… Mais bon. Au final, c’est à toi de décider. »

La jeune femme aux chaussures noires chercha vaguement le regard des garçons pour la soutenir, mais ils ne furent d’aucune aide. Noah fronçait les sourcils et Jacob se mordait la lèvre en pouffant dans sa bulle.

« Donc voilà. » poursuivit Agathe. « Camille, l’un de tes admirateurs t’offre ce bouquet de roses pour exprimer son admiration. Il nous a payé, Jacob et moi, pour te retrouver et pour te le remettre en main propre dans l’espoir que tu acceptes son invitation. Et je crois que tu le mérites effectivement. Alors, voici. »

Elle lui tendit fièrement le bouquet et Camille le prit, un peu surprise et intimidée par ce cadeau auquel elle ne s’attendait pas.

« De la part du gentleman qui est assis là-bas. » ajouta Agathe en désignant Antonin, qui la regardait d’un peu plus loin et qui leva son verre pour la saluer.

Camille resta un moment interdite à regarder successivement les fleurs et l’homme qui les lui avait offertes. Agathe se rassit à la table en n’oubliant pas de mettre un coup dans les côtes de Jacob pour qu’il cesse de rire. Puis, une idée traversa l’esprit de la jeune femme au rouge à lèvre et un sourire se dessina immédiatement sur son visage.


« Excusez-moi. » dit-elle simplement avant de partir avec son bouquet jusqu’aux toilettes.

Elle ressorti quelques minutes plus tard habillée d’une superbe robe de soirée violette, maquillée et coiffée pour participer à un gala. Elle tenait encore le bouquet entre ses mains et inspira à fond. Elle était prête à retrouver ses nuits et ses plaisirs. D’un pas élégant et sensuel, elle alla jusqu’à la table du rêveur et engagea immédiatement la conversation avec lui. L’un des deux invita presque immédiatement l’autre à danser et ils se rendirent sur la piste, pour partager un moment ensemble. Les trois autres les observèrent un moment parler et rire tout en suivant les pas d’un rock démodé. Jacob ne riait plus, il était stupéfié par la réaction de la jeune femme, il ne s’était pas du tout attendu à cela. Agathe, elle, regardait la robe magnifique que Camille portait avec tant d’élégance. On aurait dit une actrice sur les marches de Cannes, ou une princesse.


« Cette robe est sublime. » lâcha-t-elle au bout d’un moment.

« C’est moi qui lui ait offerte. » avoua Noah avec une voix étrangement faible.

Ils se tournèrent tous les deux vers lui, inquiets. Il continuait de fixer Camille, incapable de se défaire de cette vision, comme si tout ce qui l’entourait avait disparu. Dans sa main, son verre tremblait légèrement.




MANHELL
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    Activité : Trader.
    Dreamland : Rêveur amoureux.
    Objet magique : Aucun.
    Aime : Les soirées calmes, tout ce qui touche à l’interprétation des rêves, son métier, se promener sur les quais, les histoires d’aventure ou d’amour.
    Déteste : Le vide dans son lit, se réveiller au beau milieu d’un rêve, avoir mal au cœur dans le train.
    Surnom : Aucun.

    Le saviez-vous ?
    Antonin amasse beaucoup d’argent, mais ne sait absolument pas quoi en faire.


Fin de la cinquième partie.
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MessageSujet: Re: Roses et Rouges Roses et Rouges - Page 3 EmptyJeu 27 Nov 2014 - 4:14
Conclusion :
Tous les quatre, matin.

La salle était plutôt exiguë et basse de plafond, surtout pour quelqu’un de la taille de Noah. Il ne devait pas non plus se baisser, mais il sentait le plafond peser non loin de son crâne et c’était une impression très inconfortable. Il ne chercha pourtant pas à s’en plaindre et resta aussi sérieux qu’on l’exigeait de lui. Le gardien à sa droite, qui l’avait accompagné jusqu’ici, lui fit signe de s’asseoir sur l’une des deux chaises qui se trouvaient de ce côté-ci du bureau. L’une d’elle était effectivement vide, laissée ainsi à son intention. Docilement, il avança jusqu’à celle-ci en essayant de ne pas répondre au regard inquisiteur de la juge.

Il avait l’habitude d’être examiné ainsi, pour toutes sortes de raisons. Sa couleur de peau, sa condition de prisonnier, son passé de criminel ou même ce silence dans lequel il se murait généralement. Mais il sentit que la juge, qui avait l’habitude de voir toutes ces qualités chez ceux qui venaient dans son bureau, réagissait surtout à sa taille et à sa musculature. Quelque part, elle devait penser que s’il décidait de les étrangler tous, il le pourrait, et ce n’était pas ce gardien juvénile qui allait pouvoir l’en empêcher. Néanmoins, pour éviter de la froisser, il tenta de paraître moins impressionnant qu’il ne l’était et la salua poliment d’un signe de tête auquel elle ne répondit pas.

Le bureau en lui-même était terne et sans âme. Une démonstration parfaite de l’inhumanité administrative. Des murs aux ampoules, tout ici sonnait gris. Et ce n’était pas les dossiers que la juge avait installés sur la table qui allait y changer grand-chose. Il essaya d’en lire quelques lignes discrètement, mais il savait déjà de quoi ils retournaient. C’était sa vie, son passé et son présent, peut-être même son avenir qui étaient exposés là, devant lui. Sur la chaise de gauche, son avocat – commis d’office, le troisième depuis son arrestation – lui fit un petit sourire confiant. Il accepta cet encouragement et revint à la juge.


« Bien. » fit la juge en toussotant pour signifier qu’ils pouvaient commencer. « Monsieur Noah Suriamane, vous avez été condamné le 12 janvier 2009 pour les crimes suivants : agression à main armée, vol, par effraction et à main armée, de particuliers, recèle et tentative de meurtre sur l’un de vos associés. C’est bien ça ? »

Noah ne réagit pas immédiatement. Ils prenaient souvent un malin plaisir à lui rappeler ce qu’il avait fait avant d’arriver ici, comme une litanie destinée à lui rappeler qu’il n’était rien de plus qu’un monstre.

« Oui, madame. » confirma-t-il après un court silence.

« Vous avez été condamné à douze ans de prison ferme et huit avec sursis. » continua la femme pour être bien sûre de l’enfoncer au maximum, elle fit mine de vérifier quelque chose dans son dossier. « Vous avez plaidé coupable lors de votre procès. Je vois même que vous avez revendiqué l’ensemble de vos crimes. C’est bien le cas ? »

« Oui, madame. »

Dans ces situations-là, il valait mieux ne pas parler plus que cela. Son avocat, à côté, hochait la tête doucement, l’air de dire que ce n’était que des formalités.

« Et vous avez demandé cette audience aujourd’hui pour recevoir une autorisation qui vous permettrait de sortir une fois par semaine. » résuma la juge. « Pourquoi ? »

« Pour commencer ma réinsertion. » répondit le colosse, ce qui sembla plaire à son avocat.

La juge s’enfonça dans son siège et le fixa un moment sans rien dire.


« Selon votre dossier, vous voulez obtenir l’autorisation de rejoindre les forces de police. »

L’avocat faillit s’étrangler et Noah dut faire un effort pour ne pas se moquer de sa réaction. Evidemment qu’il ne lui avait pas dit, il ne comprendrait jamais et n’aurait pas approuvé ce projet.

« Oui, madame, c’est bien ça. » dit-il simplement.

Elle ignora superbement l’avocat qui faisait à présent la tête et imposa un nouveau silence, plus court cette fois.


« Selon vos gardiens, » reprit-elle, « vous êtes un prisonnier exemplaire. Vous suivez tous les ateliers, vous ne vous impliquez jamais dans le moindre problème et vous passez l’essentiel de votre temps libre à lire en silence. Vous avez été suivi pendant quelques temps par un psychologue qui a déclaré que vous vous étiez sincèrement repenti de vos crimes passés. Votre avocat a beaucoup insisté sur votre bonne conduite et l’amabilité dont vous faites preuve. On dit même que vous aidez d’autres prisonniers à se calmer lorsque vous en avez l’occasion et que vous avez une très bonne influence sur vos camarades. »

Elle marqua une pause en le dévisageant, comme si elle voulait percer à jour ce modèle de bonne conduite, retrouver en lui le criminel violent et cruel qu’il avait été. Mais ce n’était pas le cas, naturellement. Il était bien devenu cette personne exemplaire dont parlait le dossier. Le monstre du passé était bien mort lors de son arrestation, ou plutôt, lorsqu’il avait essayé d’éliminer l’un de ses associés qui menaçait de le dénoncer, à coups de couteaux. C’était à cet instant qu’il s’était rendu compte de ce qu’il était devenu. D’autres auraient dit que Dreamland l’avait changé, mais il savait que ce n’était pas le cas. Il s’était lui-même mis dans cette situation, il avait lui-même cédé à l’ivresse de son pouvoir et à la violence du monde onirique. Il avait commencé par les rêves et avait fini par repousser les limites de sa moralité jusque dans le monde réel, cédant aux facilités que proposait la vie de criminel. Il avait lui-même constitué son groupe de braqueurs, une chose que le dossier ne disait pas. Il le faisait bien à Dreamland, pourquoi pas ici ? On l’avait appelé le Pacificateur à cette période. Le surnom se référait avec ironie à la façon plus que brutale avec laquelle il traitait tous ceux qui s’opposaient à lui. Il les « pacifiait » et ils ne revenaient jamais lui faire obstacle. Parfois même, ils ne revenaient jamais, tout simplement.

Mais en regardant le corps par trois fois poignardé de Jérémie, il avait réalisé qu’il n’avait plus de limite, qu’il était allé trop loin et sans raison. Heureusement, Jérémie avait survécu, mais uniquement parce qu’il avait eu le réflexe d’appeler les secours. Il était devenu un monstre. Pourquoi ? Peut-être parce qu’à Dreamland, on trouvait toujours des gens pour porter ces exploits en chapitres héroïques. Noah estimait surtout qu’il avait été faible, qu’il avait cédé à sa colère et à cette liberté débridée un peu trop facilement. Il aurait dû comprendre, alors, qu’il n’était qu’un homme et que ses victimes l’étaient aussi. Il s’était cru invincible. Et il s’était dit que tuer Jérémie, son ami, était une bonne façon de se débarrasser d’un problème.

Il s’était laissé arrêter, sans même chercher à fuir. Il avait tout avoué et il avait plaidé coupable, sans même donner signe qu’il regrettait ses actes. A Dreamland, il s’était caché, il avait disparu quelques mois de la circulation avant qu’un autre voyageur ne vienne le trouver et estime qu’il était préférable de ne pas laisser un tel monstre arpenter les rêves des autres. Il avait eu de la chance, à cette époque, Noah était d’accord avec cette analyse. Libéré de sa vie de voyageur, mais toujours marqué par ses propres erreurs qu’il regrettait amèrement, il était petit à petit devenu l’homme qui l’était à présent. Et le fait de redevenir voyageur l’avait probablement aidé. Mais il savait que c’était à la dévotion de Camille qu’il devait le courage qui avait été nécessaire à sa réussite.

La juge soupira, quittant le jeu d’acteur qu’elle essayait de mettre en place pour devenir sincère avec lui.


« Vu votre dossier et le nombre de recommandations qu’on m’a faites, » expliqua-t-elle, « je ne vois aucune raison de vous refuser ces sorties hebdomadaires, tant qu’elles sont effectivement destinées à votre réinsertion. Néanmoins, vu la gravité de vos crimes passé, je ne peux évidemment pas accepter que vous essayiez de rejoindre les forces de police. Vous devrez trouver un autre emploi. »

Son avocat fut très satisfait de la réponse. Noah, un peu moins, il s’y attendait, bien sûr. Mais il avait espéré être l’exception quelque part. Elle vit immédiatement que sa motivation venait de disparaître. Elle soupira.

« Ne vous en faîtes pas. » lui assura-t-elle en refermant l’un de ses dossiers. « Il existe d’autres moyens de servir la communauté si c’est ce qui vous intéresse. »

Il hocha la tête, sans être convaincu toutefois. Au moins pourrait-il sortir d’ici une fois par semaine à présent.

---

Agathe fourra le chargeur de son portable dans son sac et se mordit la lèvre inférieure en réfléchissant. Elle espérait ne pas avoir oublié quoi que ce soit. Elle détestait arriver chez son père ou chez sa mère et se rendre compte qu’elle avait oublié quelque chose. Même si ce n’était pas quelque chose d’important, même s’il était probable qu’elle n’en ait pas l’utilité, elle se sentait lésée quelque part. Elle essaya de penser à tout ce dont elle pourrait avoir besoin et qu’elle n’avait pas encore empaqueté. Mais elle ne trouva rien. Dans le doute, elle commença à faire le tour de sa chambre en se rappelant ce qu’il y avait dans chaque placard, dans chaque tiroir.

Son téléphone sonna et la musique qu’elle réservait à ses collègues de la SDC s’imposa dans la pièce – le tube des Eurythmics, évidemment. Elle se dirigea vers le bureau où il était posé et vit que c’était Ann qui l’appelait. Elle décrocha immédiatement, espérant qu’il ne s’agissait pas d’une nouvelle mission.


« Allô ? » fit-elle.

« Allô, Agathe ? » répondit Ann avec son accent. « C’est Ann. Tu vas bien ? »

« Oui, oui, et toi ? » continua Agathe en reprenant la fouille méthodique de sa chambre.

« Très bien aussi. » assura sa patronne. « Je t’appelai parce que tu n’as toujours pas fait le compte rendu de mission. »

« Oui, oui, désolée. » se défendit immédiatement la jeune femme. « Je comptais le faire ce soir. »

C’était vrai, pour une fois.

« Ce n’est pas grave, je te fais confiance. » laissa couler l’anglaise. « En fait, c’était surtout parce que j’ai entendu parler vos petits exploits, à Jacob et à toi. »

Le ton de la voix d’Ann laissait penser qu’il y avait quelque chose comme un reproche à faire quelque part. Agathe eut un rictus d’enfant pris sur le fait.

« Ah, tu as entendu parler de ça ? » fit-elle d’une petite voix.

« Tu te moques de moi ? » se moqua gentiment son employeuse. « C’est partout sur le site Internet et ça a même fait la une du DreamMag. »

Si Agathe savait effectivement que l’événement faisait un peu le buzz sur le site ces derniers jours, elle ignorait en revanche le coup du DreamMag. Elle avait néanmoins senti l’amusement de sa supérieure et cela la rassura.

« Vraiment ? »

« Oh oui ! » s’esclaffa Ann en entendant sa surprise. « Ta copine est très mignonne d’ailleurs. »

C’était un sarcasme de plus, mais elle faillit bien répondre qu’elle avait parfaitement raison. Heureusement, la voix de sa mère l’interrompit à temps.

« Agathe ! Ton père est arrivé ! »

« Oui maman ! » cria la jeune femme en plaçant sa main sur le micro de son smartphone. « Je suis au téléphone, j’arrive ! »

Elle revint à Ann.

« Excuse-moi, c’était ma mère. » expliqua-t-elle rapidement, en se demandant sur le coup si cela intéressait vraiment son interlocutrice.

« Enfin, vous nous avez fait de la publicité en tout cas. » ajouta Ann. « Vous avez de la chance, c’était de la bonne publicité. Mais à l’avenir, quand vous êtes en mission, évitez de trop faire d’émule. Ou alors prévenez-moi. »

« D’accord, on fera attention. » concéda Agathe, comprenant très bien le problème.

« Sinon, en ce qui concerne la mission, je ne suis pas totalement sûre ce que vous avez fait, mais le client a l’air satisfait. »

« Ah ? » s’étonna la jeune femme, se demandant bien comment il avait pu l’être.

Effectivement, Camille était allée lui parler finalement, mais jamais elle n’aurait pu…


« Oui, il nous a payé les quatre mille euros supplémentaire ce matin et a assuré qu’il nous recommanderait si jamais l’occasion de se présentait. » raconta Ann, apparemment, assez surprise elle aussi par ce tour que prenaient les événements. « Enfin, voilà, je voulais vous prévenir que tout était réglé et vous féliciter. Vous avez l’air d’avoir géré tout cela très bien. »

« Merci. »

Elles allaient mettre un terme à la conversation, lorsqu’Agathe se souvint d’une question qu’elle voulait poser.

« Oh, Ann ? »

« Oui ? »

« Je voulais savoir… » commença-t-elle, avant de se rendre compte de l’énormité qu’elle allait dire, puis en décidant de se lancer tout de même. « Est-ce que… est-ce que ça te dérangerait si je finissais par quitter la SDC ? »

« Quoi ? »

La voix d’Ann avait changée radicalement. Elle était clairement inquiète.

« Non, non, je veux dire pas tout de suite ! » tenta de se rattraper Agathe. « Mais à un moment, dans quelques années. C’est que… voilà, je fais des études maintenant et c’est très pratique comme travail, mais… Mais un jour, je voudrais faire un autre métier alors… »

« Ah. » fit la voix de sa patronne, apparemment un peu déçue, mais tout de même rassurée. « Non, bien sûr, c’est ton droit… Je… Je comprends très bien. Tu as raison d’ailleurs, il faut que tu fasses ce que tu veux dans la vie. Il faudra juste que je trouve un autre téléporteur. Et si possible une fille, pour ne pas être constamment entourée d’hommes. »

Elles rirent toutes deux de la remarque.

« Mais, je comprends tout à fait. » conlcut Ann. « Tu as parfaitement raison et je suis même contente que tu m’en aies parlé. Préviens-moi juste un peu à l’avance, que je puisse m’organiser. »

« Merci, Ann. » répondit Agathe, soulagée par sa réaction.

« De rien Agathe. Allez, il faut que j’aille réprimander Jacob maintenant. N’oublie pas le compte rendu de mission. »

« Compte sur moi ! »

Et elles raccrochèrent toutes deux. Agathe conserva un petit sourire pendant quelques instants avant de se rendre compte que son père et sa mère l’attendaient en bas et tout ce que cela impliquait. Ils étaient sûrement l’un devant l’autre, à se regarder dans le blanc des yeux et à faire semblant d’être aimables. Peut-être même parlaient-ils de choses importantes la concernant. Elle détestait cela. Cela finissait toujours mal. Ils s’engueulaient ou tombaient d’accord et en venaient à lui imposer des choses qui ne lui plaisaient pas. Et cette fois serait sûrement pire que toutes les autres. Déjà parce qu’elle n’avait trouvé aucun travail et que sa mère allait insister pour son père reprenne le flambeau de l’oppression sur le sujet. Ensuite parce qu’elle avait quelque chose d’important à leur dire et qu’elle savait qu’il fallait qu’elle le fasse maintenant. C’était la seule occasion pour les avoir tous les deux et si elle n’en parlait pas tout de suite, elle ne pourrait pas mettre en place son projet. Pourtant, au premier abord, cela n’allait pas leur plaire.

Elle prit son sac, inspira à fond et alla pour descendre l’escalier. Elle entendit leurs voix, plutôt calmes – signes qu’ils s’entendaient sûrement au sujet d’une chose qu’ils voulaient lui imposer – et vit ensuite son père dans l’encadrement de la porte qui la regardait arriver. Elle alla immédiatement l’embrasser et il lui fit un grand sourire ravi. Sa mère, fit mine de vouloir parler, mais Agathe prit les devants.


« Au fait, papa, maman, j’ai un truc à vous annoncer. » déclara-t-elle avec un petit sourire qui manquait de confiance. « Je veux arrêter le droit. »

Ses parents la regardèrent aussitôt avec de gros yeux. Ils s’y attendaient, c’était évident, mais ils avaient besoin d’entendre la suite avant de trouver que c’était une bonne nouvelle qu’elle ait ainsi perdu un an de sa vie.

« Je veux monter sur Paris pour faire des études de management associatif. » continua-t-elle en essayant de rester le plus naturel possible. « Je veux travailler dans des ONG. Mais ne vous inquiétez pas, je paierai moi-même l’appartement. »
« Pardon ? » firent-ils d’une même voix.

---

Jacob raccrocha et rit encore un peu. A côté de lui, Julien, un homme d’une trentaine d’année, le regarda un peu de travers.

« C’était ma patronne. » expliqua l’intouchable pour évacuer le sujet. « C’est bon, on peut y aller. »

L’autre acquiesça et ils traversèrent tous les deux la rue. Devant eux, l’entrée d’un lycée se dessinait et on voyait clairement un grand nombre d’élèves en sortir pour la pause déjeuner. Les conversations allaient bon train et plusieurs fumeurs étaient venus ici profiter du soleil et de leurs cigarettes. L’entrée était ouverte à tout le monde et n’importe qui pouvait entrer dans l’établissement à condition de ne pas paraître trop louche et de ne pas porter d’arme. Une gardienne, dans une salle vitrée non loin du grillage, surveillait vaguement les allées et venues tout en s’assurant de l’accueil des visiteurs. Jacob, ancien élève apprécié, la salua et elle lui sourit avec plaisir. Elle le laissa passer sans rien dire et revint au livre qu’elle lisait.

« Tu connais le lycée ? » s’étonna Julien.

« Oui, c’était le mien avant. » répondit Jacob. « La moitié des profs et des pions que j’ai eu travaillent encore ici. »

Julien ne fit pas de commentaire sur cette révélation. Après tout, il aurait dû s’y attendre. Sinon, comment l’intouchable aurait pu connaître l’adresse ? Ils pénétrèrent dans la cour et une jeune femme les interpela immédiatement.

« Oh ! Jacob ! »

« Hey ! Naty ! » répondit le jeune homme avec le plus grand des sourires.

Sa petite sœur, Nathalie, vint immédiatement à sa rencontre, abandonnant les deux amies avec qui elle parlait jusqu’à présent.


« Qu’est-ce que tu fais ici ? » l’interrogea-t-elle. « Tu passes à la maison ? »

« Oui, je suis là pour quelques jours. » confirma-t-il. « Je suis juste venu ici dire bonjour à quelques-uns de mes anciens profs. »

« D’accord. » accepta-t-elle sans poser de question, elle savait combien les professeurs l’appréciaient en général. « Oh, d’ailleurs, mon prof de français remplaçant, monsieur Rillon, il a dit qu’il te connaissait. »

« Vraiment ? » s’étonna Jacob en mentant très bien. « Il est là ? Je passerai lui dire bonjour aussi alors. »

Nathalie lança un regard à Julien, qui était resté en retrait, intriguée.

« Oh, oui, désolé. » intervint immédiatement son grand frère. « Je te présente Julien, un ami. Julien, voici ma sœur Nathalie. »

« Enchanté. » fit l’homme en serrant la main de l’adolescente.

« Dis, Jacob… » fit alors sa sœur en l’implorant du regard. « J’ai deux heures pour manger, tu m’invites au resto ? »

« Désolé Naty, mais je suis pris ce midi. » avoua-t-il en faisant une moue déçue. « Mais on se voit ce soir de toute manière. »

« D’accord, à ce soir alors. » consentit sa sœur. « Cartel a intérêt à être là. »

« C’est ça oui. » sourit-il en s’éloignant.

Sa sœur revint à ses amies et Julien s’approcha de lui.


« Cartel ? » demanda-t-il avec une pointe de curiosité.

« Ma copine. » informa l’intouchable. « Ça fait des mois que ma famille me tanne pour qu’elle vienne dîner chez eux. »

Julien hocha la tête, comprenant de quoi il retournait. Il reprit sur un ton un peu plus grave.

« Et monsieur Rillon ? »

« Oui, c’est lui. » confirma Jacob en redevenant sérieux à son tour.

Ils entrèrent dans le bâtiment principal où se trouvaient les salles des professeurs de français. Ils espéraient le trouver ici, en train de ranger ses affaires, car l’idée de devoir passer par la salle des professeurs ou de le traquer dans tout le lycée ne servirait pas bien l’objet de leur visite. Les élèves étaient déjà tous sortis de classe et le couloir était presque vide de tout passage. Patrick Rillon était effectivement là, occupé à refermer la porte de sa classe d’un geste peu enthousiaste. Il ne les avait pas vus pour l’instant. Il commença à marcher vers l’escalier dont ils venaient. Ils avancèrent normalement, pour s’approcher le plus possible sans l’alerter. Il mit une bonne vingtaine de secondes avant de repérer leurs silhouettes.

Le professeur blêmit en les voyants. Il reconnut immédiatement Jacob et se douta que l’autre était avec lui à la façon dont il le regardait. Il paniqua complètement, lâcha sa sacoche et se mit à courir dans l’autre sens pour leur échapper. Ils se lancèrent à sa poursuite en priant pour qu’aucun élève ou professeur ne décide de surgir à cet instant. Ils le rattrapèrent très vite. Julien l’attrapa et le poussa sans ménagement dans l’une des classes heureusement vide du couloir. L’homme poussa le professeur contre le mur et Jacob referma la porte.

L’intouchable vint alors prendre le relais de son acolyte et plaqua violemment le violeur contre le mur en l’attrapant par le col. Il pouvait lire l’effroi du professeur qui gémissait entre ses mains.


« Ecoute-moi bien, sale porc. » grogna Jacob entre ses dents. « Je suis venu ici pour te donner un avertissement. Comme tu peux le constater, on t’a eu à Dremaland et on peut t’avoir ici aussi. Alors, fais bien gaffe. Mon pote ici présent est flic dans les environs. C’est un voyageur aussi et je lui ai expliqué ta situation. A partir de maintenant, il va garder un œil sur toi. Au moindre problème, à la moindre rumeur, au moindre doute, et on s’arrange pour te coffrer dans ce monde-là aussi. Compris ? »

Patrick acquiesça immédiatement, trop effrayé pour leur refuser quoi que ce soit. Julien avait sorti sa plaque et une expression des plus froides.

« Je te surveille, sale con. » répéta Jacob en resserrant sa prise. « Je reste chez mes parents jusqu’aux vacances pour être sûr que t’aies bien compris. Et, Patrick ? Tu approches de ma sœur et je te balance par la fenêtre. »

L’homme hocha la tête. C’était un miracle qu’il ne se soit pas uriné dessus. Jacob remit sa chemise en place et fit signe à Julien de le suivre. Ils sortirent de la classe comme si de rien était. Patrick s’effondra sur le sol en pleurant.

---

Le train arriva en gare et Camille sortit de sa rêverie. Cela faisait un moment qu’il contemplait le paysage sans y faire attention, mais il reconnaissait la station et sut qu’il était temps de descendre. Il se leva de son siège et alla jusqu’aux portes pour attendre de pouvoir en actionner l’ouverture.

Dans le monde éveillé, Camille ne ressemblait en rien à ce qu’il pouvait être à Dreamland. C’était un jeune homme plutôt petit et maigrelet malgré ses muscles. Il portait un jean très ordinaire et un t-shirt noir aux couleurs des Rolling Stone. Une besace pendait au niveau de sa hanche, il trimbalait l’essentiel de sa vie là-dedans. Il était imberbe et disposait d’un visage légèrement efféminé, seul signe de l’anomalie génétique qui l’avait traumatisé tout au cours de son adolescence. Néanmoins, pour le reste, il ressemblait à beaucoup d’autres garçons de son âge. Il avait de jolis traits, suffisamment pour qu’on le trouve charmant ou mignon, et il conservait évidemment son attitude dynamique dans les deux mondes.

Pourtant, son aura ne ressemblait en rien à celui qu’il avait à Dreamland. Ici, les gens ne le remarquaient même pas. Parfois, il croyait voir une fille le regarder de loin, mais c’était plutôt rare. Cette différence était tout à fait normale. Il plaisait toujours plus sous son apparence féminine. Le mélange de ses habitudes masculines et de sa féminité perfectionnée par la magie des rêves faisait de lui une créature plus que désirable, admirable même, fascinante lui avait-on dit. Cela tenait aussi au rouge à lèvre qu’il portait en permanence, évidemment. Ce maquillage n’était pas magique pour rien et il n’avait aucun scrupule à en faire usage, tant pour se protéger que pour parvenir à ses fins.

Devenir voyageur l’avait complètement changé. En brisant sa peur, il s’était libéré. Mieux, il s’était accepté lui-même et avait pu se lancer dans la découverte de nouveaux horizons. Ses fantasmes les plus enfouis s’étaient réveillés et il les avait tous essayés. Il adorait sa vie onirique et tout ce qu’elle lui permettait de faire, n’en déplaise à Noah. Il l’adorait à ce point qu’il prenait peur à l’idée de la perdre. Que serait-il devenu sans la magie de Dreamland pour lui permettre de s’amuser et de décompresser comme il le faisait ? Il avait eu très peur ces derniers temps. Il avait eu peur d’être complètement brisé par ce monstre de Patrick. Encore maintenant, en y songeant, une boule indescriptible lui remontait dans la gorge et lui faisait monter les larmes aux yeux. Il y résista et préféra se rappeler la nuit qu’il venait de passer.

Passer la soirée à séduire et à satisfaire Antonin avait été une excellente idée. Il avait pu retrouver les joies du sexe onirique et s’était même complètement rassuré. Il était toujours le même et il était toujours capable de s’amuser. C’était l’essentiel. Il aurait préféré effacer le reste de sa mémoire, mais le souvenir du visage défoncé du violeur suffisait à présent à chasser la boule de sa gorge. Se remémorer la façon dont il s’était défoulé sur lui l’aidait beaucoup, le calmait dans ses moments de panique. Sa vie pouvait à présent reprendre son cours normal.

Le train s’arrêta et il ouvrit les portes avec un geste d’habitué. Il sauta sur le quai et se dirigea vers les tourniquets. Sa carte ne lui permettait pas vraiment de passer à cette station, mais s’en fichait un peu. Il connaissait quelques combines pour se tirer des amendes et il doutait clairement de trouver des contrôleurs dans les parages à cette heure de la journée et par cette chaleur. Il sauta l’obstacle et s’aventura dans les souterrains de la gare. Tous les autres passagers ignorèrent sa fraude sans commentaire, à peine surpris par son attitude, l’encourageant presque à chaque fois qu’ils devaient payer un ticket ou renouveler leur abandonnement.

Le trajet dans les rues de Meudon ne fut pas très long. Il s’était repéré au préalable sur internet et de toute manière, Ben ne vivait pas très loin de la gare. L’immeuble en lui-même était d’ailleurs assez sympathique. Bien entretenu, dans un blanc cassé agréable, avec des balcons pour chaque appartement, tous verdoyants. Rien à avoir avec ces monuments de pierres grises qu’on appelait des maisons dans la région, mais qui ressemblaient à ses yeux à des manoirs un peu ternes. Il y avait un interphone à l’entrée, pour forcer les visiteurs à avoir un résident pour leur ouvrir. Néanmoins, Camille joua de chance et quelqu’un sortit à cet instant. Sans se méfier du jeune homme, la femme en question lui tint la porte ouverte et il entra en la remerciant.

En réalité, c’était mieux ainsi. Il préférait voir la tête de Ben lorsqu’il apparaîtrait devant lui sous son apparence ordinaire. Bien entendu, il l’avait déjà vu en homme, mais il ne se doutait pas encore qu’il était né sous cette forme. Il le reconnaîtrait et pourtant, cela lui ferait un choc grandiose, il en était certain. Il grimpa jusqu’au premier étage. Le chef de la sécurité de l’Ellis avait été assez précis quant à son lieu de vie. Ils en avaient parlé un petit moment aussi. Camille n’était pas sûr, mais il avait eu l’impression qu’il attendait qu’il lui rende une visite surprise. Ou plutôt qu’elle lui rende une visite surprise. Si c’était le cas, il allait être sensiblement déçu.

Il arriva devant la porte, vérifia que le nom de Ben se trouvait bien là et sonna. Il n’y eut aucune réponse dans un premier temps et il réessaya. Au bout de la troisième fois, il commença à toquer, de plus en plus fort. Mais personne ne lui répondait. Il lui avait pourtant semblé que c’était le jour de congé du locataire. Il insista encore, en appelant cette fois.


« Ben ? Ben ! C’est Camille ! Répond ! »

Il n’entendit même pas un mouvement à l’intérieur. Il était peut-être sorti après tout. Par acquis de conscience, il essaya la poignée. La porte s’ouvrit, sans même grincer.

« Ben ? » appela-t-il encore une fois.

Il poussa la porte et l’ouvrit complètement. Elle donnait sur un couloir agréable, peu décoré, mais un avec de la moquette, un porte manteau renversé et le cadavre de Ben au milieu. Il poussa un cri sans même s’en rendre compte et porta la main à sa bouche. L’homme gisait là, au milieu d’une mare de sang séché. Il était torse nu, mais portait encore un pantalon. On l’avait frappé au couteau à trois endroits, deux fois au ventre et une fois à la gorge. Le jeune homme ne put déterminer s’il avait ne serait-ce qu’essayé de se défendre.

Il s’écroula sur le côté, utilisant le mur pour éviter de se faire mal. Il lui fallut un long moment avant de se rendre compte qu’il devait prévenir quelqu’un de sa découverte. Il composa le numéro de la police, ne s’en rappelant qu’au bout de la troisième fois. Il avait du mal à respirer.

Une heure plus tard, tout l’immeuble était en ébullition. La police avait interdit l’accès du couloir et s’agitait pour récupérer tous les détails qu’elle pouvait, prendre des photos, des notes et des témoignages.

Un officier se chargeait de prendre la déposition de Camille, notant tout sur un calepin. Il l’avait emmené dans l’escalier pour lui épargner plus longtemps la vision de son ami assassiné. Les questions pleuvaient et Camille y répondait mécaniquement, faisant des efforts pour cacher les informations qui n’avaient rien à faire dans une enquête de police du monde éveillé, surmontant du mieux qu’il pouvait la nouvelle. Qui était-il ? Camille Servin. Que faisait-il ici ? Ils avaient rendez-vous, Ben n’était pas venu, il était allé chez lui, voir si tout allait bien. D’où se connaissaient-ils ? D’un site internet. L’avait-il vu auparavant ? Non, jamais, seulement en photo. Les questions continuèrent pendant un bon moment et le policier, en remarquant son état troublé, ne fit aucun commentaire sur les réponses apportées. Lorsqu’il eut fini, il le remercia et lui posa une main sur l’épaule, pour le réconforter.


« T’en fais pas gamin. » fit l’officier. « On va attraper le salaud qu’a fait ça. Une voisine nous a dit qu’hier, elle a vu quelqu’un d’autre sortir de l’appartement en refermant la porte. Elle va nous faire un portrait-robot rapidement. Ça coïncide avec l’heure du meurtre. Un type un peu plus vieux que toi, plutôt petit, maigre et blond. Ça te dit quelque chose ? »

Camille eut la force de faire non de la tête. L’officier haussa les épaules.

« Je peux appeler un ami ? » demanda le jeune homme d’une petite voix. « Je dois prévenir… »

« Oui, vas-y, j’en ai fini. » accorda l’homme. « Reste juste dans les parages le temps que le lieutenant arrive. »

Camille acquiesça et l’autre le laissa un peu tranquille. Le jeune homme tremblait lorsqu’il tira son portable de sa poche et composa le numéro. Il entendit, sonner une fois, deux fois, et finalement, quelqu’un décrocha. Un grand soulagement s’empara de lui sans qu’il ne sache pourquoi.

« Jacob ? » dit-il en murmurant pour éviter que la police ne surprenne la conversation. « On a un problème. »

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Roses et Rouges

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