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Les amis sont là pour ça. (Terminé)

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Jacob Hume
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MessageSujet: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Sam 24 Mai 2014 - 21:41
[Message : Ceci fait suite à la quête solo "Meilleur Méchant Machiavélique". Bref, à ne pas lire sous risque de spoil violent.]


Que faire lorsqu’un ami vous faisait clairement comprendre qu’il était à ce point malheureux qu’il ne voulait plus vous parler ? Comment réagir lorsque celui-ci se mettait en tête de devenir un loup solitaire après le pire coup dur possible, une situation devant laquelle on se sentait plus qu’impuissant ? Fallait-il sérieusement songer à laisser couler, à attendre que l’autre se rende compte de lui-même que la solitude n’était pas la solution ? Monsieur Jacob Hume, membre des Private Jokes, employé de la SDC, amant de Cartel Free et meilleur ami d’Ed Free avait sa propre réponse à la question et elle incluait quelque chose comme un grand coup de pied dans la gueule de l’intéressé. Pour lui, hors de propos de rester dans son coin et d’attendre que ça se passe en croisant les doigts pour que son prochain ne fasse pas une connerie. Il n’était pas devenu un membre honorable de la communauté bénévole pour rien. Il n’avait pas baissé les bras lorsqu’il s’était agi de conquérir le cœur de la belle blonde de sœur du blondinet à lunette et ne s’était pas encombré de demander l’avis de celui-ci. Il avait clairement fait comprendre à son actuelle employeuse qu’au moindre pet de travers dans son éthique commerciale et il irait personnellement lui emboutir l’arrière train. Rester les bras croiser en secouant la tête l’air de dire qu’il avait raison depuis le début ? C’était le genre d’attitude qui pouvait avoir son sens lorsque les conséquences étaient ridicules, à la limite de l’inexistant ou lorsqu’on espérait que l’autre apprendrait de ses erreurs comme un enfant apprenant à marcher, tombant, et se relevant sans comprendre qu’il avait eu mal. Mais lorsque des vies, des avenirs étaient en jeu, Jacob était prêt à intervenir et à imposer des dictats plus salauds que le traité de Versailles.

En voyant Ed quitter la rue en moto et partir vers le sud dans un moment de pur détresse et sans vouloir s’expliquer, il avait hoché la tête et était rentré retrouver Cartel et Marine, évidemment plus qu’inquiètes. Déjà, une détermination froide et calculait s’emparait de lui et une manière de remettre son camarade dans le droit chemin lui était venue. L’air songeur, il était entré dans l’appartement de sa copine qui avait un regard rempli de questions et d’espoirs. Sur un ton neutre, il lui avait fait comprendre qu’il s’occupait de tout, qu’elle n’avait pas à s’inquiéter. Certes, il savait comment réveiller les sens de son ami pour le forcer à faire face à l’un de ses problèmes : arrêter de jouer au con en pensant qu’on est seul au monde et revenir demander l’aide de ceux qui l’aiment. Il y avait un temps pour les sautes d’humeur et un autre pour les actions censées. Cependant, il devait s’assurer de certaines choses avant d’agir, disposer des informations nécessaires pour appréhender la situation dans son ensemble. Le MMM était-il vaincu ? Qu’est-ce qui avait mis Ed dans cet état alors qu’ils auraient pu créer victoire pour avoir empêché leur ennemi de détruire un royaume de plus ? Il le connaissait assez bien et l’avait assez écouté parler de ses problèmes ces derniers jours pour faire quelques liens dérangeants. Il avait clairement suffit de les vérifier. Une fois l’information obtenue que la Mort Silencieuse avait fait son retour à Dreamland, il avait faire le lien avec l’ange noir de Sarah et ce qu’on lui avait dit sur la question. Il était allé à l’hôpital, avait confirmé ses soupçons et pris une décision radicale. Déjà, lorsqu’Ed lui avait parlé des exactions de Maze, Jacob avait nourri ce projet, puis l’avait laissé dormir dans un coin de son esprit alors que la situation s’était calmée et qu’il avait commencé à trouver un rythme onirique confortable. Mais il était clair, à présent, que toute question de position confortable était révoquée. L’heure était à la guerre, l’intouchable repartirait en chasse et cette fois, il n’irait pas seul.

Il était rentré à Montpellier après avoir fêté l’anniversaire de Cartel, ruminant son plan aussi longtemps qu’il le faudrait. Jacob avait beau ne pas laisser les difficultés l’abattre et vouloir réduire les obstacles qui se dressaient sur son chemin en poussière, il n’était pas homme à foncer tête baisser et il avait la patience de faire les choses bien. Peu importait qu’une idée ne devienne réalité qu’au bout de trois ans au lieu des six mois envisagé en premier lieu, tant que le résultat était là. Ceux qui se précipitaient et s’imposaient d’inutiles délais prenaient trop souvent le risque d’échouer. Et il ne fallait pas confondre sa capacité à attendre le moment opportun avec de la procrastination : Jacob n’oubliait jamais une promesse, une offense à venger, un crime à juger. Il n’était pas lent à la détente, il ne tenait simplement pas compte des attentes des autres et exécrait toute forme de sur-réactivité. A son avis, les politiques d’aujourd’hui, qui faisaient des déclarations à chaque événements et s’agitaient comme des mouches autour du moindre fait divers ne faisaient ainsi que témoigner de leur incompétence et de leur surestimation des bienfaits de la communication : ils en devenaient des pitres, de simple clowns qui agitaient les bras dans le vide pour attirer l’attention du public. Et pour ramener Ed à la raison, il fallait qu’il puisse le voir en tête à tête, qu’ils parlent face à face, s’engueulent, se menacent et se confrontent de vive voix. Impossible de le faire correctement à Dreamland à cause de sa propre condition et même si Ed pouvait user de portails, il n’était pas question de lui laisser la possibilité de mettre un terme à la conversation lorsqu’il l’entendait en révoquant ceux-ci. Il espérait qu’il comprendrait et qu’ils n’en viendraient pas aux mains, mais on ne faisait pas d’omelettes sans casser des œufs et il y aurait peut-être une certaine dose de violence contenue à expier quelque part, cela restait à voir et ne lui faisait pas peur.

Alors, comment attirer monsieur Free dans ses rets et le forcer à sortir de sa tanière ? La solution était beaucoup plus simple qu’on aurait pu l’imaginer. Puisqu’il jouait au con et allait se terrer dans un coin fortifié, puisqu’il essayait d’échapper à ses amis pour ne pas affronter une partie de ses problèmes, autant jouer au con en retour et lui faire comprendre ce que signifiait abandonner ses responsabilités envers ses proches. La concrétisation de cela avait un nom tout à fait répandu : le coup d’Etat. Jacob n’avait eu aucun scrupule à le faire, notamment en s’étant renseigné auprès de certains de la façon dont les événements s’étaient passés au Royaume des Deux Déesses pendant qu’ils se battaient dans le vaisseau du MMM. Sous la protection de Maze ? Un allié de la claustrophobie ? Vraiment ? Après l’asile accordé au SMB sans son avis et la mise en danger du royaume pour attirer leur ennemi alors même qu’il était encore plein d’habitants innocents, il y avait des limites à dépasser même pour l’esprit compréhensif et ouvert de l’intouchable. Ed Free faisait un mauvais roi, parfaitement irrespectueux des lois qu’ils avaient eux-mêmes imposés aux Deux Déesses lorsqu’ils l’avaient conquis, il était parfaitement légitime de l’envoyer chier et de lui retirer son trône. Il avait simplement eut à expliquer à Shana qu’il s’agissait seulement d’un moyen de faire réagir leur partenaire – ce qui n’était pas faux – pour qu’elle accepte la manœuvre politique. Depuis des mois, il commandait à la garde, même si pour eux, Ed Free était un héros et un monarque puissant, il n’était pas leur patron préféré et restait trop lointain pour qu’ils puissent vraiment se plaindre de son départ forcé. Quant à Fino, personne ne pouvait vraiment le porter en son cœur et Clane en personne se ferait une joie de le renvoyer en orbite s’il osait se représenter aux portes. Car oui, Jacob n’avait pas fait dans la demi-mesure et savait très bien qu’impliquer Fino dans le camp des vaincus réveillerai Ed d’une manière ou d’une autre. Autant dire que le décret destituant Ed Free en tant que roi des Deux Déesses était passé sans difficulté.

Alors que le procès du contrôleur des portails s’achevait et que la sentence était prononcée, Jacob faisait passer à Ed un autre jugement, qui manquait clairement de procédure démocratique. Pour avoir menacé la paix sacrée du royaume, Ed Free était condamné à l’exil jusqu’à nouvel ordre et tous les gardes des Deux Déesses reçurent l’ordre formel de ne pas le laisser entrer. Pour été son principal lieutenant dans l’affaire, Fino était lui-même condamné à une sentence similaire et leurs deux charges avaient simplement été temporairement supprimées. A voir si on redonnerait un jour la seconde au petit phoque. Clane avait reçu l’ordre de ne plus obéir à la moindre parole de Fino et de le jeter en prison s’il osait ravenir. A toutes les entrées du royaume, les gardes avaient l’obligation formelle de ne pas laisser Ed entrer jusqu’à ce que le roi Jacob ait aboli le décret l’expulsant des terres. Certes, concrètement, personne ne pouvait vraiment l’empêcher de foncer dans le tas et de passer par la force pour entrer en trombe dans le palais. Mais l’intouchable n’avait pas attendu la fin du procès inutilement et sa patience avait été récompensé. Même si le claustrophobe voulait forcer les portes du royaume avec une armée d’alliés, chacun avait ordre de lui rappeler, Clane le premier, qu’il était sous le coup d’un sursis et qu’il valait mieux qu’il ne soit pas accusé une fois de plus d’avoir mis en péril l’équilibre d’un royaume. Jacob lui laissait cependant une chance : il l’attendrait tous les jours, à 15h30 précises dans un parc de Montpellier qu’ils connaissaient tous deux. Les gardes devaient lui transmettre le message et Fino aussi s’il décidait de pointer son nez non loin des Deux Déesses. Jacob était patient, peu importait le temps qu’Ed prendrait pour comprendre le message, il ne répondrait pas plus à ses appels qu’il ne l’avait fait et se présenterait tous les jours à la même heure dans le parc, sur le banc promis, jusqu’à ce que son compagnon accepte la confrontation nécessaire.

Et c’est donc ainsi qu’une fois de plus, muni d’un roman pour tromper l’attente, Jacob se rendit au parc en question et s’installa sur le banc, l’un de ceux qui étaient le plus isolé du parc, et attendit une fois de plus. Ce jour-là, il faisait beau, mais la chaleur n’était pas tout à fait de mise encore, malgré le climat méditerranéen dont profitait la ville. Les passants qui arpentaient les allées végétales à peine fleuries ne se doutaient pas de ce qui allait se jouer ici.
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Lun 26 Mai 2014 - 0:14
Ces derniers jours n’avaient pas été mes préférés de toute ma vie ; quand je pensais d’ailleurs à derniers, je ne faisais pas seulement référence aux six derniers jours que j’avais passé chez moi, mais aussi à ceux d’encore avant qui avaient provoqué ce repli dans mon studio. Quand j’ouvris un œil, ce ne fut pas avec toute la patience du monde que je reçus ce nouveau matin, flamboyant sur l’échec total qu’était ma vie actuelle. Je préférais rester quelques dizaines de minutes de plus dans le lit, ressassant ma défaite avec un goût âcre dans la gueule, la sensation de vouloir vomir de la bile tapissée dans mon œsophage. Ce fut comme d’habitude le chat qui provoqua mon réveil complet, et une fois celui-ci rassasié, je pus m’étaler sur une chaise sans rien prendre à déjeuner. Je ne voulais pas manger de tartine, le goût du pain et du beurre m’horripilait, je ne voulais pas toucher aux céréales, que je savais presque rassis, je ne voulais pas prendre d’éventuels restes. En fait, je n’avais pas faim. En fait, tout ce que je mangerais serait de la cendre. Comme d’habitude.

J’avais perdu deux kilos depuis que j’étais rentré à Montpellier, et comme il y avait déjà peu à ponctionner à la base, mon apparence en était quelque peu altérée : j’étais passé de maigre à maigre, vous me direz, pas de différence, mais peut-être, en tout cas, quand je me regardais dans le miroir de la salle de bain avec l’éclairage branlant, que j’avais les joues plus creusées que d’habitude. Je ne me sentais aucune envie de suicide pourtant, ni de boulimie-anorexie… Juste que je n’avais pas faim, et que mon ventre pouvait protester quand même, j’étais totalement sourd. Au final, dès que je devais nourrir le chat, ma tête tournait et il fallait que je me repose contre un meuble une vingtaine de secondes avant de pouvoir retrouver mon équilibre et ma vision. J’étais pathétique au final, tellement pathétique que je me donnais envie de chialer non pas pour ce que j’avais fait, mais en contemplant le spectre que j’étais devenu.

Fabuleux contraste avec Dreamland d’ailleurs, où jamais je n’avais été autant déchaîné. Ces dernières nuits, hormis celle où j’appris l’adorable putsch de Jacob, je les avais passées au Royaume de la Claustrophobie. A m’entraîner. Ceux qui savaient pourquoi j’étais dans un tel état devineraient sans aucun problème pourquoi. Il fallait que je devienne plus fort, plus puissant, plus rapide, plus dangereux. Il fallait que je me batte contre des adversaires d’une puissance supérieure à la mienne, et même Julianne au bout d’un moment ne parvint plus à me contenir. On était maintenant quasiment au même niveau et je pouvais presque la mettre à terre quand j’étais réellement concentré. D’autres fois, c’était Maze lui-même qui m’entraînait, et je devais dire qu’il semblait plutôt satisfait par les efforts que je mettais dans mon entraînement acharné. Je récoltais plus de fruits ici que dans le monde réel, où ma mauvaise condition physique réduisait à néant mes meilleurs efforts. Le Seigneur était cependant plus déçu par mon peu d’entrain à travailler avec les autres, pour les stratégies. Je n’avais pas touché à son « playbook », et je tentais du mieux que je pus à esquiver les phases d’entraînement à quinze. Je me sentais vraiment bête de ne pas avoir gardé l’Artefact ultime des Claustrophobes avec moi, mais il était maintenant plongé dans la quatrième dimension onirique, là où personne ne pourrait le trouver. Une autre mauvaise décision.

Aujourd’hui cependant, je pris une grande résolution : répondre à l’appel de Jacob dans le parc. Je ne voulais pas m’expliquer avec lui, je n’en avais rien à foutre de ses remontrances, j’allais juste lui dire de ne pas rester assis sur son banc à m’attendre. Je n’avais pas envie de traiter avec lui, et d’ailleurs, son procès me faisait plus de mal que je ne le voulais l’admettre, et j’adorais me complaire sur le fait que mes derniers fils étaient ruinés. Et c’était comme ça qu’on devenait comme Henri Bourdeaux, pensais-je avec une pointe d’ironie dans la voix.

Après un déjeuner composé d’un yaourt et d’un verre d’eau, je pris ma veste longue (j’étais devenu frileux ces derniers temps, malgré la température qui tentait de remonter). Dehors, les rues puaient, je méprisais tous les gens qui passaient à-côté de moi, tous ces connards dans leur vie si tranquille dont le seul problème venait de la borne Internet. Je me mettais à détester tout le monde, ou à les utiliser comme spectre pour mieux me haïr, moi. Attention, ne prenez pas ma violence envers moi comme puissante… Depuis le temps, c’était juste devenu une ritournelle sinistre, un poison longtemps mâché qui avait perdu son goût, mais pas son arrière-goût. Je me détestais doucement, mais tout le temps.

Je ne souhaitais pas arriver devant Jacob. Je ne savais pas pourquoi, histoire de ne pas faire comme il le désirait, et je pris un détour de cinq minutes afin de me retrouver derrière lui, au loin, à 15h40, en train de lire un livre. Je n’avais pas répondu à ses textos, ni à ses appels ; en tout cas, je ne savais même pas s’il avait tenté de me joindre, mon téléphone portable étant éteint depuis quelques temps déjà. Et je le retrouvais, et une foule d’émotions se déversa en moi. Il était en colère. Pas moi. Ou en tout cas, pas contre lui.

Je pris mon courage à deux mains, m’avançai vers lui et l’appelai par son prénom. Je ne préférai pas lire dans ses yeux tous les sentiments qui devaient le traverser en me voyant. Je lui dis directement :

« J’ai été vexé pour ton petit putsch. Mais finalement, je suis content que ça se soit passé comme ça. Je ne reviendrai pas au Royaume demander grâce ou autre avant un long moment. Vaut mieux que je sois plus là. » Un roulement de langue dans la bouche… « Sinon, t’avais quelque chose à me dire, à part me forcer à venir te voir ? » Oh ouais, il en avait. Et je savais déjà que je serais de mauvaise foi. Pour le coup, c’était un problème intime.
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Lun 26 Mai 2014 - 14:38
Une voix l’interpela et il détourna son attention de l’aventure littéraire qu’il ne suivait de toute façon qu’à moitié. Son regard se posa sur son acolyte et n’afficha qu’une vague surprise teintée d’ennui. Non pas d’ennui par faute d’activité, mais d’ennui face à tout ce qui allait suivre. Il savait qu’il devait le faire, pourtant, maintenant qu’il était en face de lui, il se rappelait à quel point il aurait préféré s’en foutre et passer son temps à autre chose. Ed n’allait pas bien et c’était tellement évident que ça lui faisait de la peine. Il voyait l’un de ses plus proche amis se décomposer tranquillement, perdre toute volonté, toute vigueur. Ed avait maigri et il était bien plus pâle qu’à la normale. Toute joie avait quitté son visage et on sentait apparaître sur lui les traces de la négligence qui étaient habituellement réservé à Nicolas. Il en serait tombé malade qu’il n’aurait probablement pas beaucoup réagit et c’était justement ce qui inquiétait le plus Jacob. Ce genre de comportement avait un nom, dépression. Mais l’homme n’en était pas encore tout à fait au fond et il était heureux, en un sens, de pouvoir le saisir à la gorge aujourd’hui et de le relever complètement. C’était à lui qu’incombait cette lourde tâche et il savait comment s’y prendre. Malheureusement, il allait probablement y passer la journée.

Doucement, Jacob plaça le marque page à l’endroit où il s’était arrêté, se demandant si cela servait à quelque chose. Lorsque l’on lisait en réfléchissant à quelque chose, on oubliait un peu le texte et ce qu’il racontait. Il n’y prêta pas vraiment attention sur le moment au vu de la situation qui s’annonçait, mais il était certain qu’ils devraient reprendre quelques pages en amont lorsque l’envie lui prendrait. Comme Ed ne s’asseyait pas, il se leva pour lui faire face. Jacob avait toujours fait une tête de moins que son compagnon, mais dans la situation actuelle, il le domina largement. Il était le modèle type d’un jeune homme bien portant, plein d’avenir et sûr de lui. On ne pouvait pas en dire autant de son camarade, brisé par une suite d’événements qui auraient achevé n’importe qui d’autre. Cette constatation ne fit que renforcer la désillusion de l’intouchable. Tout cela était bien trop douloureux même pour lui. Voir un ami dans cet état, c’était difficile pour tout le monde, prendre la responsabilité de le remettre sur pied à coup de cruautés malsaines, c’était une étape de plus que peu osaient franchir. Jacob n’avait pas peur, il n’aimait simplement pas ce qu’il allait faire et avait une terrible envie de passer au résultat directement, lorsqu’ils auraient commencé à parler d’avenir, l’air de dire que personne ne pourrait jamais les arrêter.

Ed mentionna le coup d’Etat et ce qu’il en pensait. C’était bien pire que ce que l’intouchable avait imaginé. Toute volonté semblait avoir échappé au jeune homme, il ne reconnaissait même plus le sens de l’humiliation et de l’indignation. S’il se contentait d’hausser les épaules lorsque son meilleur ami le chassait de son propre palais et le faisait accuser de trahison publiquement, c’était qu’il était vraiment tombé bien bas. Le Ed qu’il connaissait aurait dégueulé cette information et tenté de forcer les portes du royaume en insultant Jacob. Finalement, une autre altercation onirique, comme ils en avaient déjà connu quelques unes, était beaucoup plus saine pour eux qu’une résignation aussi rapide. Même l’emploi du mot « vexé » semblait trop léger comme émotion pour un type qui avait un taureau en charge tatoué sur le torse. Pourtant, il était venu et tout espoir n’était pas perdu, il fallait juste réveiller l’homme qui dormait sous cette carcasse vide. Oui, la vie était difficile et il fallait l’affronter quotidiennement. Pire, Dreamland rendait les choses plus complexes que jamais, doublait les problèmes et les culpabilités, les ressentiments que l’on pouvait avoir. Cette boule dans la gorge qui montait de temps à autres quand on pensait aux erreurs qu’on avait faite était vraiment bien cruelle à présent. Il ne pouvait lui en vouloir, il savait ce qu’il traversait. Néanmoins, on ne changeait pas sa situation en cédant ainsi. Jacob n’aurait aucun scrupule, même si devenir le pire ennemi d’Ed était la seule solution pour le tirer de ce mauvais pas, il n’aurait pas hésité une seule seconde.


« Les médecins disent que l’état d’Ophélia s’est stabilisé. » annonça-t-il de but en blanc, histoire de bien enfoncer le couteau dans la plaie et de frapper là où ça ferait nécessairement mal. « Mais ils ne sont pas très optimiste sur ses possibilités de réveil. Ils disent que cela ressemble trop au cas de Sarah pour être gérable. »

Il marqua une pause. Il avait dit tout cela d’un ton neutre. Comme s’il énonçait un bulletin radio ennuyeux. Néanmoins, c’était certainement l’absence d’émotion qu’il mettait dans sa voix qui était cruel. Comme s’il s’en fichait, comme s’il était spécialement venu pour lui parler de choses douloureuses.

« Ed ? » finit-il par dire, toujours sur le même temps. « Dis-moi, sincèrement, tu l’aimes vraiment cette fille ? »

S’il ne réagissait pas à ça, un poing dans sa gueule ferait sûrement l’affaire.
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Mar 27 Mai 2014 - 3:25
Allez mec, lève-toi, commence ta confrontation. Je savais que m’asseoir aurait été plus agréable, surtout si Jacob voulait me sermonner et ça me prendrait du temps : j’avais une liste longue comme le bras et lui était un philosophe, donc il digresserait sur chaque point jusqu’à ce qu’on soit d’accord avec lui. Mais la position assise manquait d’une grande qualité : on ne pouvait pas fuir rapidement. Je me devais d’être honnête avec moi-même, un brin d’introspection me disait que rester debout ne promettait pas une discussion longue comme se poser près de lui, puis je ne pourrais pas décamper en marche rapide si Jacob s’aventurait dans des terrains glissants…

Pfff, des terrains glissants, quels terrains glissants, Ed ?! Pauvre con ! Y avait pas de terrain glissant, parce que je n’attendais qu’une seule chose : qu’il m’en parle. Qu’il m’en libère. Qu’il me dise que je pouvais tout arranger, que ce n’était pas entièrement ma faute, que tout serait bien, dans un futur pas si éloigné, que je n’étais pas un connard, que je n’avais pas à m’infliger ça.
Que je n’étais pas seul.
Mais non. Je ne voulais pas qu’il vienne, je ne le méritais pas. Je préférais endurer ma peine jusqu’au bout. Jacob n’avait rien à voir là-dedans, ça devait continuer ainsi. C’était un combat que je devais faire contre moi-même, comme d’habitude, prisonnier et geôlier. Crachez-moi que je faisais du mélodrame, foutez-vous à ma place, érigez un truc immense, puis inversez vos valeurs d’un coup sec en sacrifiant au passage un être chéri. Six jours plus tard, vous comprendrez pourquoi vous étiez contents que votre plus grande action de la journée fut juste de nourrir votre chat.

En fait, je voulais juste savoir ce que me voulait Jacob, et lui dire que ce n’était pas la peine de se faire chier pour moi. Le seul objectif que je me voyais maintenant sur Dreamland, c’était bouger lors de la guerre. Et abattre Pijn. Je n’aurais plus de repos dans les deux mondes tant que ça n’aurait pas été fait. Je voulais m’entraîner le jour et la nuit, et perfectionner mon piège. Sur Dreamland, je vous en avais déjà parlé, mais ici, dans le monde réel, là où je perdais pied, je me reconstituerais bien vite, je triplerais mon entraînement quotidien et irais dans trois salles de sport différentes, deux fois par semaine : musculation, close-combat, aïkido. Tout mon corps et tout mon temps seraient sollicités pour mener ma mission à bien. Je n’aurais pas d’autre objectif, pas d’autre désir. Je mettrais toutes les chances de mon côté, et je me déploierais à la toute-fin pour me venger. Et je tuerais Pijn. Je le tuerais avec une violence que j’imaginais froidement, avec du recul, avec un sang-froid imparable.

Mais en attendant, la discussion avec Jacob était une obligation que je devais surmonter. Et lui n’apparaissait pas dans ma ligne de mire ; peut-être qu’à un moment, je lui demanderais de m’aider, mais je sentais qu’il n’était pas là pour me proposer son aide sur Dreamland afin de tuer quelqu’un. J’éviterais de lui en parler d’ailleurs, si je le pouvais. Les terrains glissants, ouais… Mais que lui emprunta sans détour en me plantant directement un pic à glace dans le cœur : Ophélia.

Mon cœur se mit à battre plus vite en une seconde. Je ne pensais même pas à haïr Jacob pour frapper directement dans la plaie béante. Son état s’était stabilisé ? J’étais presque content de l’apprendre… Presque. Je savais que son état se stabiliserait : elle avait pris la place de Sarah au final. Et moi, celle d’Ophélia qui devait la sauver car c’était ma responsabilité. Je m’en fichais que Jacob ait eut l’information, j’imaginais qu’il était allé se renseigner comme un petit fouineur. Enfin, en tout cas, il ne m’apprit rien que je ne savais déjà ou que j’aurais pu deviner, et en retour, pour lui faire comprendre que ça ne m’intéressait pas, je ne lui répondis rien, les deux mains dans les poches, le targuant en attendant qu’il déballe quelque chose qui attendait ma présence. Je considérais toujours, même à ce stade, malgré ce qu’il savait, que ce n’étaient pas ses affaires.

Heureusement, il passa rapidement à la vitesse supérieure et je fus très surpris de sa prochaine phrase. Je le regardais comme si je ne comprenais pas sa question, retins un « quoi » de stupéfaction avant qu’il ne sorte et me refreinai aussitôt. Je ne soutins pas son regard, j’en étais proprement incapable, et même si je rêvais de lui mentir histoire qu’il sache à quel point je déprimais, je tentais un nouveau travail d’introspection afin de lui lâcher la vérité simple. Parce que j’étais aussi intéressé que lui de connaître la réponse.

Je la revoyais souriante, dans un bal, souriante à Hollywood Dream Boulevard, souriante en Espagne, souriante au bord de l’eau, souriante en maillot de bain, souriante à Paris, souriante où que je la trouve, souriante dans la chambre de Cartel, nous deux, emmitouflés dans un sac de couchage, et j’eus l’impression que je fondais en miel et en larmes. Est-ce que ça voulait dire que j’étais amoureux ? Est-ce que je sacralisais trop ces moments ? Est-ce que j’étais juste attiré par elle parce que je lui trouvais du charme, de l’esprit ? Ou parce que je sentais que je ne la méritais pas et donc que je pourrais me trouver meilleur si quelqu’un comme elle s’intéressait à moi ? Qu’est-ce que vous vouliez répondre à une question pareille ? Ma voix était hésitante comme si je n’étais pas certain des réponses que j’avais trouvées au fond de mon esprit :

« Ouais, Jacob… Je crois que je l’étais. » Je reconnus directement le passé dans ma phrase qui tranchait avec son présent, comme si je ne pouvais plus me permettre de l’aimer après ma stupidité. J’enchaînais rapidement : « Oui, Jacob. Si tu veux une réponse, c’est oui. » Et direct, l’acide surgit en transformant ma voix en quelque chose de plus rauque : « Et ça t’avance à quoi de le savoir ? Est-ce que ça change quelque chose à l’horreur que j’ai faite ? Hein ? Qu’est-ce que ça peut te foutre que je l’aime ou non ? Qu’est-ce que tu me veux, Jacob ? »
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Mar 27 Mai 2014 - 13:58
Jacob croisa les bras pour mieux toiser son ami, le livre callé contre sa poitrine. Il n’avait pas spécialement envie de les mettre dans ses poches et les laisser ballantes le long de son corps n’avait jamais été agréable selon lui. Une petite voix lui rappelait toujours qu’elles étaient là, à traîner sur ses côtés, inutiles et ridicules, aussi avait-il pris l’habitude d’en faire quelque chose en permanence. Certes, il se montrait peut-être un peu plus sévère ou un peu plus ennuyé dans cette position, mais il n’avait jamais été du genre à se soucier de ce que son attitude témoignait. Ed n’avait pas fui, il n’avait pas cherché à l’envoyer se faire mettre et à tourner les talons pour éviter la confrontation. Il ne s’était pas vraiment énervé de la façon à laquelle Jacob s’était attendu. Il ne s’était pas emporté contre lui avec déraison pour lui dire de la fermer, qu’il ne comprenait rien et que c’était trop dur. Non, il s’était contenté d’une certaine surprise indignée lorsqu’il avait posé sa question et d’un hochement de tête significatif un peu plus tôt. Il n’était pas parti et avait préféré rester silencieux un moment, si bien que l’intouchable crut qu’il n’allait pas vraiment réagir. En un sens, qu’il n’explose pas de chagrin était une bonne chose, cela prouvait peut-être qu’il lui restait plus de raison qu’on aurait pu l’imaginer. Pourtant, cette apathie l’inquiéta un peu. Il fallait qu’il réagisse, qu’il donne plus de grain à moudre à Jacob, qu’il essaie de lui renvoyer la balle ou quelque chose, sans quoi son ami commencerait sérieusement à s’inquiéter sur sa capacité à l’aider. Comment tirer quelqu’un du fond du puits lorsque cette personne ne s’intéressait même pas à ce qui l’avait fait s’y cacher la première fois ?

Heureusement, il se tira bien vite de son mutisme et Jacob, qui avait inconsciemment retenu sa respiration expira à nouveau, doucement. La question n’avait été que pure rhétorique, il connaissait déjà la réponse. Lorsqu’on connaissait assez bien Ed, on pouvait sentir ce genre de chose, les personnes à qui il tenait et qu’il portait en admiration ou même davantage. Pendant les jours qui avaient précédé l’attaque, il lui avait trop parlé de ses soucis pour qu’il n’en saisisse pas aujourd’hui toutes les subtilités. Certains détails lui échappaient, mais il avait vu son camarade lors du dîner, il l’avait vu après l’officialisation de leur relation. Si Ed lui avait dit qu’il n’aimait pas Ophélia, il lui aurait ri au nez et lui aurait fait un petit cours d’introspection sur ses sentiments, quitte à l’enchaîner au banc pour le forcer à réfléchir. Néanmoins, son ami avait eu la décence de ne pas lui mentir et c’était un bon début. Cette constatation fait l’entraîna d’ailleurs vers d’autres horizons que Jacob n’avait fait qu’essayer de deviner jusqu’à présent. Il n’était pas omniscient non plus et s’était demandé si le choc du changement soudain d’état de la jeune femme était la seule raison de sa dégradation soudaine. Il s’était douté qu’il y avait eu quelque chose de plus, un autre sentiment pour l’accabler davantage et celui-ci venait d’apparaître au détour d’une phrase qui aurait pu paraître anodine pour Ed, mais qui ne l’était pas pour Jacob. Ses soupçons se confirmaient et il savait à présent que le blond s’estimait pleinement responsable pour le malheur de son amante. Pourquoi, c’était justement ce qu’il faudrait découvrir à présent. Une fois toutes les clés, toutes les informations en main, il pourrait commencer à l’attaquer sérieusement et à le redresser brutalement jusqu’aux sommets qui avaient fait sa gloire.

Jacob ignora sciemment les questions qu’on lui posait. Ed avait perdu le droit de lui en poser en s’enfermant dans sa chambre comme un gamin et en l’éjectant de sa route ce jour-là dans l’escalier. S’ils avaient discuté à cet instant, peut-être tout aurait été beaucoup plus simple, peut-être auraient-ils gueulé et pleuré, mais peut-être son compagnon ne se serait-il pas muré contre l’ensemble de sa famille et de ses amis. Comment savoir si les choses se seraient mieux passées et si, au lieu d’être ici, ils ne se seraient pas déjà mis en route vers le sauvetage le plus épique que Dreamland ait jamais connu ? Ed voulait peut-être se contenter de savoir les raisons pour lesquelles on l’avait amené ici, mais il n’était pas encore prêt. Si Jacob lui disait tout maintenant, alors qu’une partie des événements lui échappaient encore, alors que le contrôleur des portails se trouvait encore trop ancré dans son défaitisme, il risquait de se heurter à un mur. Ed lui aurait dit quelque chose comme : « Merci, mais non merci, c’est mon problème. » et il serait parti en refusant la proposition. C’était un risque Jacob ne voulait pas prendre car son projet tenait énormément au fait qu’ils se réconcilient réellement.


« Si tu l’aimes vraiment, pourquoi tu l’as envoyée dans les bras de Pijn ? » lança-t-il avec une pointe de reproche dans le regard.

C’était une insulte à tous les principes moraux que de faire ça à son ami, néanmoins, c’était une façon de le faire sortir de ses gonds, du moins espérait-il. Il ne croyait pas une seule seconde qu’il était coupable du sort d’Ophélia, jamais Ed n’aurait voulu en faire un monstre sanguinaire, un jouet pour un seigneur cauchemar ou quoi que ce soit du genre, il l’aimait trop pour lui vouloir du mal. L’intouchable le savait déjà, mais la réponse tenait en ce qu’on avait laissé que des options très limités à Ed et il était même certain qu’il avait fait le bon choix, ou celui qu’il croyait être le meilleur pour elle. Il se disait qu’en provoquant ainsi l’ire de son compagnon onirique, il le forcerait à se réveiller sur ses propres sentiments, à se défendre d’une manière ou d’une autre, à justifier sa culpabilité quelque part, et ainsi lui apprendre les raisons qui avaient provoqué cet incident. Au pire, s’il se doutait que Jacob n’avait en réalité aucune intention de l’accuser de quoi que ce soit, il pourrait réaliser qu’il n’était pas vraiment responsable du problème. Qu’il était absurde de penser qu’il l’aurait envoyé souffrir sans une bonne raison. Néanmoins, Jacob se sentit étonnamment incertain après avoir posé cette question, il avait peur comme un écolier qui attendait sa copie. Tout ce qu’il entreprenait aujourd’hui était invariablement dangereux et pouvait amener à un conflit ouvert entre eux.

Mais même s’il lui faudrait des mois pour le convaincre qu’il n’était pas coupable, Jacob ne lâcherait pas prise.
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Mer 28 Mai 2014 - 1:09
Jacob avait un objectif, il n'était aucunement ici pour me parler. Je le perçus parce qu'il ne voulait pas dialoguer et qu'il continuait son chemin comme s'il avait un guide d'entretien minutieusement préparé. Avant de continuer, je voudrais mettre les points sur les "i" : je ne voulais pas de l'aide de Jacob comme je ne voulais aucunement de ses remarques, et rentrer dans son petit jeu était exactement ce qu'il voulait que je fasse afin que je me prenne soit son aide, soit sa critique en plein dans l'estomac. Cette discussion me fatiguait énormément, je ne la sentais pas utile, je ne voyais pas ce qu'il pouvait arriver de bon dans l'intrusion de Jacob dans cette période, non, cette étape de ma vie. Dans le meilleur des cas, j'aurais perdu mon temps.

Pourtant, je n'avais pas la force de l'envoyer paître, et peut-être pas l'envie non plus. Le fait que je sois tourné vers un nouvel objectif vengeur obscurcissait tout le reste ; la moindre fibre, la moindre pensée étaient tournées vers ma nouvelle mission, et sa réalisation. Je ne voulais rien d'autre, je ne voulais pas le reste, que le reste du monde dégage et revienne dans quelques semaines, quelques mois, une année je ne savais pas, quand je serais libéré de ma mission, par la victoire ou par la mort onirique. Jacob était un frein à l'exécution de ma mission et pourrait peut-être se révéler être un obstacle. Mais pétri de mes anciennes habitudes, je restais là à subir son dialogue à une voix en espérant qu'il trouve quelque chose, une sorte de formule magique, un claquement de doigts, un rien qui me permettrait de me sentir mieux, de m'obliger à me mettre à nu. Je ne savais pas encore si je voulais qu'on me juge ou qu'on m'aide ; cela devait dépendre de la couche d'hypocrisie qu'on observait. Mais Jacob cherchait quelque chose, peut-être simplement la vérité, et l'envie de l'enfoncer sous des mensonges était tellement tentant...

Mais voilà, il me demanda pourquoi j'avais envoyé Ophélia dans les bras de Pijn.
Il est dit qu'on avait un zombie dans le corps, qu'on pouvait considérer comme la manifestation physique de notre inconscient avant même une étape de réflexion. C'était ce qui nous prodiguait des réflexes sans même qu'on ait besoin d'avertir le cerveau et qu'après décision mûrement réfléchie - comptez une ou deux secondes, il se décide d'agir parce que vous étiez tous les deux d'accords. Quand on vous lançait un truc en plein dans la gueule, vous ne vous disiez pas comment l'éviter, vous le faisiez directement, sans réfléchir ; c'était ça, le zombie. Et bien dans le cas présent, mon zombie était prêt à agripper le col de Jacob et lui hurler dessus, mais je fus assez rapide pour bloquer toute velléité ; à part un regard furieux, allumé d'un brasier colérique, et de mes deux poings qui se serraient dans la poche de ma veste, je restai parfaitement immobile. Ma respiration se fit plus brusque, comme un taureau avant la charge qui observe la poupée qu'il allait faire envoler en-dehors de l'orbite terrestre. Jacob me cherchait carrément, et plus que le sujet de la provocation, c'était toujours le désir qui le lançait qui me piquait. Il me voulait quoi, sérieux ?

Encore une fois cependant, je ne pouvais pas juste l'envoyer dans les roses ; il me proposait de me confesser dans cette église qu'était ce parc triste, et c'était la seule chose que je demandais, que je puisse m'expliquer. Mais encore une fois, je me dis qu'il ne fallait le mêler en rien à mon affaire, à mon histoire, et la première phrase qui sortit fut crachée avec un arrière-goût d'ironie qui me correspondait :

"Mais pour le fun, Jacob ! Parce que sur le coup, je trouvais que c'était une idée super drôle !"

Voix plus forte que prévue, je me détournais de lui et avançai de quelques pas comme si je voulais m'en aller. Mais je recherchais juste un peu d'air avant de continuer, d'une voix accusatrice. Accusatrice contre qui ? J'avais pas besoin de vous le dire. Je revenais vers Jacob.

"Ce n'était pas de Pijn que je voulais la défendre. C'était contre son amertume d'elle-même. Elle se détestait à cause de ce connard de Pijn et était persuadée que c'était de sa faute, toutes les horreurs qu'elle a commises quand elle était la Mort Silencieuse. Soit elle se suicidait et s'en voudrait à elle-même le reste de sa vie, soit elle se battait. J'ai choisi pour elle. Comment j'aurais pu deviner que ça la mettrait dans le coma ?" Oh, attendez, je m'en sortais trop bien, je me répondis à moi-même à voix haute, regard plongé vers le sol, voix sinistre : "Mais bien sûr que si, j'aurais dû le deviner ! C'était à cause de ses ailes qu'elle était dans le coma, et je décide de les lui donner ! Et je m'étonne qu'elle est à l'hosto maintenant !"

Ah ouais, Ed, et la vraie raison dans tout ça ?

J'aurais pu rajouter que j'avais vu qu'Ophélia avait peur, que sa défaite était inéluctable, et de toutes les manières, pouvait très bien être de zéro pour cent quelle que fut sa volonté. J'avais cru quoi, hein ? Jacob, je savais déjà ce qu'il serait capable de dire : c'était la faute de Pijn, c'était lui le mal dans tout ça. Oui, mais ce n'était pas Pijn qui avait choisi pour Ophélia ; il lui avait imposé un choix dans lequel se cachait une bonne solution, qu'il n'avait peut-être pas anticipé, mais c'était bel et bien moi qui y avais répondu. Et jamais au grand jamais je n'avais pris auparavant une aussi mauvaise décision. J'en subissais encore les ravages et je ne voyais pas un futur où je ne serais pas encore accablé. Je ne sus pourquoi, peut-être parce que je voulais que Jacob comprenne à quel point tout cela était ma faute, je décidai de lui dire une vérité cruelle, peut-être la pire :

"Ce que je viens de te dire, ça ressemble à une vraie bonne excuse, hein ? Quand je me suis dit qu'elle m'oublierait et que notre couple ne serait plus que de la fumée si elle mourrait, ça m'est soudainement apparu comme la vérité pure. Je ne voulais pas qu'elle meure. Sur le coup, ça me paraissait la solution idéale... Tu parles, ouais !"

Je me refis la scène dans la tête, je la fis défiler et je m'insultai d'avoir aussi mal réagi. Comme la réponse était évidente ! Comment j'avais pu oser laisser mes sentiments interférer dans les siens pour les forcer ? Pourquoi j'avais été aussi idiot ? Comment j'avais pu être aussi idiot ?
Il n'y avait plus de rédemption vengeresse flamboyante, plus d'ultime épreuve du grand héros. Je devais juste sauver les meubles maintenant.
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Mer 28 Mai 2014 - 14:49
Jacob n’aurait pas pu être davantage satisfait par la réaction d’Ed. Non seulement, celui-ci avait réagi, ce qui signifiait qu’il avait visé juste dans ses remarques désobligeantes, mais mieux encore, son ami n’était pas vraiment parti dans la crise de colère à laquelle il s’était attendu et n’avait pas complètement fondu en larme. Il s’était contenté de serrer les poings et de tout lui déballer d’une traite, quitte à commencer par une remarque sarcastique. Connaissant le loustique, qui était du genre à jouer du panneau à la moindre remarque désobligeante et à foncer sur ses ennemis sans trop de ménagement, on aurait pu s’inquiéter de son inertie du moment. Pourtant, cela témoignait surtout de son état trop accablé. Il avait payé assez cher, dernièrement, ces sautes d’humeurs incontrôlées et il devait sûrement tenter d’éviter ce genre d’altercations à l’avenir, surtout dans le monde réel. C’était un bon point, car il apprenait enfin à faire la part des choses et à ne pas céder à ses pulsions dévastatrices. Et si ce n’était que le fruit de son désespoir sapant sa volonté, c’était déjà ça. Au moins, Jacob avait évité le combat. Il savait qu’Ed était plus doué que lui, surtout sans leurs pouvoirs. Mais il aurait tout de même été capable de répondre. Traîner à Dreamland et fracasser le crâne d’ennemis avait une certaine tendance à les rendre plus efficace en terme de combat. De la même manière, il n’avait pas pleuré, n’avait pas complètement abandonné sa volonté lorsque son meilleur ami était venu lui reprocher quelque chose de plus. Peut-être n’y croyait-il pas. Mais cela prouvait au moins qu’il était assez censé sur pour le voir, qu’il n’était pas fragile au point de craquer à la moindre remarque. Il venait de prouver à Jacob qu’il était encore habité par une certaine détermination, qu’il était sous le coup d’une volonté peut-être bien mieux dirigée qu’auparavant.

Et Ed lui avoua ce qu’il en était, les informations qu’il lui manquait pour compléter le tableau. Comme ça, simplement parce qu’on l’avait provoqué, parce qu’on avait invoqué ses sentiments pour faire marcher sa culpabilité. Il n’y avait pas à dire, la méthode était cruelle, mais elle se montrait efficace. Impassible devant le sarcasme, l’intouchable écouta le reste des paroles sans montrer la moindre réaction, analysant chaque nouvelle donnée, jugeant le discours et les justifications d’Ed. Celles-ci étaient un peu confuses, mais on pouvait en tirer quelque chose en démêlant les fils de ses sentiments contradictoires. Il voulait se défendre de l’accusation, tout en montrant que c’était tout de même de sa faute. Selon lui, le résultat était le même, mais les raisons changeaient. Sans qu’il n’y paraisse, le contrôleur des portails venait de lui apprendre énormément sur lui-même, son état d’esprit et la situation qu’il fallait affronter.

Tout d’abord, la première chose à noter était qu’Ed regrettait amèrement la situation. Qu’il n’appréciait pas de voir la Mort Silencieuse s’emparer de l’esprit d’Ophélia et qu’il exécrait le fait qu’elle soit dans le coma. Cela signifiait aussi, qu’il était prêt à faire quelque chose à ce sujet, peut-être même y travaillait-il déjà, bien qu’il n’en ait pas fait mention. Toute action héroïque pour la tirer de là aurait donc été la bienvenue et c’était déjà un bon point. Il serait ainsi beaucoup plus réceptif à ce que Jacob allait lui proposer. Ensuite, comme il le soupçonnait, Pijn avait laissé un choix horrible à Ophélia, qui consistait à se laisser tuer par son amie, mourir avec elle ou prendre sa place en la tuant. Le dégoût prononcé qu’il éprouvait pour ce personnage n’en fut que renforcé. C’était un monstre sadique et il ne méritait pas de vivre ou de continuer. Il était clairement l’ennemi dans cette situation et jamais Ed n’aurait pu être coupable de quoi que ce soit dans une situation pareille. Il n’y avait pas de bon choix dans ces moments là, car tous servaient les plans de l’antagoniste et en faire un était déjà une preuve de courage. D’autre part, élément assez nouveau et plutôt imprévu, c’était à Ed qu’on avait demandé de faire ce choix. Ophélia, probablement incapable de prendre une décision sur le moment, ou de faire face à l’opposition de son petit ami, avait laissé celui-ci décider pour elle. Ce n’était pas tant cruel que lâche, mais Jacob n’était pas là pour la juger elle. Il n’aurait pas vraiment su comment réagir s’il avait été à sa place et se serait sûrement complait dans le suicide s’il avait été seul. Laisser choisir un ami, reporter le dilemme sur quelqu’un autre, c’était tout à fait naturel et même complètement justifié. Le véritable problème de toute cette histoire, c’était qu’Ed avait été la personne désignée pour faire ce choix et qu’il avait eu les couilles de prendre une décision. Et comme toutes les décisions étaient mauvaises et avaient des conséquences dramatiques, il était maintenant piégé dans une situation amère de culpabilité, qui n’aurait pas été très différente, quel que soit le choix fait. De plus, Ed avait choisi pour des raisons un peu égoïstes, du moins croyait-il. C’était parce qu’il aimait cette fille et qu’il ne voulait pas la perdre qu’il l’avait mise dans cette situation-là plutôt que de la laisser partir. Si on avait demandé à Jacob de sacrifier sa relation avec Cartel pour son bien alors qu’ils avaient toutes les raisons d’être ensemble, l’aurait-il fait ? Non, probablement pas. Mais Jacob était Jacob et il ne cédait pas aux menaces, ne répondait pas aux choix sadiques et oeuvrait pour faire comprendre à tous les connards de l’univers qu’il était incorruptible. Selon lui, il y avait toujours une solution, toujours une possibilité qu’on n’envisageait pas au premier abord et qui pourtant, était la seule bonne idée possible. Et mieux valait prendre cette autre voie cachée, quitte à en crever ou à subir tous les dommages collatéraux à cause d’un échec que de prendre sur soi la responsabilité du crime d’un autre. Encore une fois, cependant, Jacob était Jacob et il ne pouvait pas attendre d’Ed qu’il réagisse aussi pragmatiquement, surtout concernant la femme de sa vie. Son ami avait toujours été un sanguin, sujet à ses émotions plutôt qu’à sa raison, il ne le croyait pas capable d’aller dire merde à une tragédie grecque et d’imposer sa volonté plutôt que de suivre celle du méchant de l’histoire. Iphigénie sacrifiée pour une histoire de vent ? Que dalle, aurait dit Jacob, j’irai en ramant jusqu’à Troie.

Enfin, et c’était le plus important, malgré tout ce qu’il pouvait croire, Ed avait fait le bon choix. Selon Jacob, ce n’était que ça, ou laisser la situation en suspend jusqu’à trouver la fameuse autre voie à laquelle il croyait dur comme le fer. S’il résumait bien la situation, les choses s’étaient présentées ainsi. Ophélia avait été le jouet de Pijn et s’était défait une fois de son emprise, ce qui avait plus ou moins créé la colère de ce dernier. En rétribution de cette révolte, il avait capturée sa meilleure amie, l’avait plongée dans le coma et l’avait chanté des années durant. Puis, soudain, il s’était mis en tête d’envoyer son nouveau jouet sur son ancien, afin de récupérer l’un ou l’autre ou de se débarrasser des deux, ses intentions n’étaient pas claires sur la question, mais cela n’avait pas d’importance. Ophélia s’était donc retrouvée dans la situation atroce suivante. Ou elle acceptait de laisser son amie devenir le fer de lance d’un sale type et de continuer à être son jouet, alors qu’elle-même n’était plus à même de savoir pourquoi, et donc incapable de l’aider. Ou elle emportait les deux vers l’oubli, tout en conservant le poids amer d’une défaite totale face à celui qu’on aurait souhaité voir mourir plusieurs fois. Ou elle acceptait de redevenir le jouet ignoble du salaud, mais en libérant enfin son amie de son joug. Dans tous les cas, Pijn aurait gagné. Il se serait soit débarrassé d’une ennemie tout en conservant un atout de poids, soit débarrassé d’une ennemie tout court, soit aurait transformé cette ennemie en argument pour sa propre cause. L’indécision à elle seule aurait forcé Ophélia à ne s’occuper que de Sarah et à ne pas chercher sa destruction. Le pire des choix était évidemment le premier, où Pijn n’aurait même pas en tête le goût amer d’une petite déception. Le second choix pouvait paraître le meilleur, car il privait au moins Pijn d’un agent. Néanmoins, c’était le pire pour les deux femmes. Comme disait Ed, il fallait la protéger de son amertume d’elle-même. Ophélia n’était coupable de rien et il était temps qu’elle se relève complètement de cette situation. La laisser partir dans cet état aurait gâché sa vie entière, sans lui laisser l’espoir de s’en sortir réellement. Quant au troisième choix, il pouvait paraître horrible et parfait pour le seigneur de la douleur. Mais c’était une illusion, là où il croyait posséder à nouveau son meilleur élément et ne plus avoir d’ennemi dans la nature, il se retrouvait avec un couteau dans le dos en permanence. Ophélia avait déjà vaincu la Mort Silencieuse et pourrait sûrement le refaire. Pire, elle disposait à présent de soutiens pour aller la libérer au besoin. Et pour comble le tout, il perdait le seule moyen de pression qu’il avait jamais eu sur la volonté de sa prisonnière. Pragmatiquement, c’était le meilleur choix, celui qui visait sur le long terme et non sur une apparente victoire.

Le problème, c’était qu’Ed n’était pas là pour écouter un discours bien trempé sur le fait qu’il n’avait pas le choix et qu’il s’en était même beaucoup mieux tiré qu’il ne le pensait. Jacob ne trouvait pas égoïste sa volonté de rendre heureuse la femme qu’il aimait bien au contraire. Il admirait même la passion qu’il devinait à vouloir réparer les choses d’une manière ou d’une autre. En réalité, il comptait lui aussi mettre toute son énergie dans la bataille, même ses visées étaient plus grandes et ne se limitaient pas à sauver Ophélia. Il fallait commencer par lui faire comprendre que faire cavalier seul était précisément le genre de conneries qui le mènerait à être à son tour sujet à de telles manipulations immorales. Il avait des amis, il avait des soutiens, il avait des aides. Croire qu’il pourrait réussir seul était peut-être la plus grosse erreur qu’il ferait jamais. Combien répondraient pour aller péter la gueule à ce connard de Pijn ? Un certain nombre, sans le moindre doute. Et le premier d’entre eux était Jacob Hume. Il fallait donc continuer de le provoquer, de le pousser à bout, pour le réveiller.


« Oh, je vois ! » lança l’intouchable, peu convaincu par la résolution que son ami affichait. « Tu viens de faire la plus grosse connerie de ta vie, de condamner la femme que tu aimes et… quoi ? Tu restes à pleurer dans ta chambre sans manger pendant qu’il couche avec elle ? »

Et cette fois, c’était le mépris qu’il affichait lorsqu’il regardait son acolyte.
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Ven 30 Mai 2014 - 19:49
J’attendais le glas, j’attendais le ton désapprobateur de Jacob, mais ça ne vint pas. Celui-ci s’en fichait comme d’une guigne de ce que je racontais, il s’en fichait éperdument de comment ça s’était passé. Ce n’était pas ça qu’il visait depuis le début. Je le sus dès sa prochaine réplique, arrogante au possible, un fer rouge sur ma conscience que je venais de lui présenter en retirant un morceau de chair et d’os vers le cœur. Il me tritura d’une sorte de question rhétorique, horrible au possible. Je pensai sur le coup qu’il voulait me faire le plus mal possible, me punir de lui avoir tourné le dos, d’avoir tourné le dos sur quelques journées à la vie, me montrer que mon comportement était ridicule. Je ne sus pas ce qu'il voulait de moi, mais malheureusement pour lui, ses accusations étaient si grossières que je ne les pris pas pour moi. Et je ne m’énervai pas.

Enfin, si, bien sûr que je commençai à voir rouge, mais encore une fois, non pas tant par le sujet de la provocation que le désir de provocation, et j’en étais à me demander ce que me voulait Jacob, pourquoi il voulait m’infliger ça. J’étais dans la pire période de ma vie, et ce que faisait mon meilleur ami était de rajouter du charbon gris à ma dépression. Je décidai rapidement que je ne voulais plus avoir à faire avec lui, m’extirper de son étrange dialogue et cette rancune tenace sortie de nulle part. J’avais autre chose à faire. Préparer mon plan, par ailleurs.

D’ailleurs, ce fut peut-être pour cela aussi qu’il ne récolta pas une bonne insulte et un poing dans sa gueule ou dans le bide : car les faits dont il m’accusait ne tenaient qu’à sa propre ignorance. J’avais déjà lancé mon entraînement, ou en tout cas, je l’avais prévu. Sur Dreamland par contre, j’étais revenu dans le Royaume de la Claustrophobie et je fonçais maintenant dans tous les exercices qu’il y avait à faire, et même quand il fallait se calmer, j’y arrivais et je prenais mon temps. Je ne cherchais pas à aller le plus rapidement possible, mais à le faire le plus efficacement. Mais je n’étais pas ici pour lui montrer que je me préparais : il ne se mêlerait pas à mes conneries.

Pourtant, je détestais qu’il croie que je reste là, les mains dans les poches, à attendre que les heures se déroulent tranquillement, alors que chaque jour qui passait était un jour de perdu dans la vie d’Ophélia, coincée sur Dreamland et asservie par le plus gros connard que je connaissais dans les deux mondes. Pijn était passé numéro 1 dans ma liste, et il n’y descendrait que quand je l’aurais descendu. Toujours les mains dans les poches, toisant Jacob sans honte maintenant, le menton haut, je lui répondis :

« Je reste à pleurer, Jacob, ouais. Tu me connais. »

Puis je lui tournai le dos, prêt à partir. J’étais réellement prêt cette fois-ci ; j’avais peur des vérités que Jacob découvrirait à mon sujet s’il me disséquait à coups de questions/réponses, des vérités que j’ignorais en moi-même et que je préférais laisser dans un coin ignorant de mon être. Jacob me cherchait, alors il fallait qu’il me perde pour que je sois tranquille. Je savais parfaitement que si je rentrais dans son jeu, je détruisais aussi toutes les raisons pour lesquelles je m’étais laissé aller. Cependant, quand je rentrerais dans mon appart’, juste pour le faire chier, je redeviendrais moi-même et finaliserais mes inscriptions à mes salles de sport. Et je pourrais réellement dangereux. Fino voulait que je sois badass ? Je pensais que je pourrais le devenir si j’arrêtais de me morfondre, mais je comprenais bien pourquoi jamais je ne l’avais été : je restais quelqu’un de profondément normal. Il fallut attendre un bouleversement extraordinaire pour que je change ma façon de penser et que je puisse me décaler de la masse des individus. Pas de la bonne façon, remarquez… Je continuai trois secondes après ma précédente réplique :

« Je veux la délivrer chaque minute de ma putain de vie, CHAQUE minute de ma PUTAIN de vie. Si tu crois que je passe mon temps à renifler dans mes mouchoirs journée et soir, tu fais comme tu veux. Maintenant, vu que tu veux juste me péter les burnes, je me casse. » Et j’engageai mes premiers pas.
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Ven 30 Mai 2014 - 20:47
Ed ne s’énerva pas, il avait saisi la nuance, il avait compris ce qu’il cherchait à faire. Il n’y avait pas de véritable accusation dans ses paroles et il le connaissait trop bien pour croire qu’il pourrait dire quelque chose comme ça. Jacob n’était pas homme à être vindicatif, il n’irait pas chercher à le mettre en colère sans raison et il n’était pas assez dupe pour tomber dans le piège qu’on lui tendait, le leurre était trop gros pour être vrai. Ce fut une petite déception pour l’intouchable, qui avait espéré pouvoir continuer à mener les débats et à pousser son ami à bout pour le faire sortir de sa léthargie. Mais bien entendu, il savait parfaitement que celle-ci n’avait rien à voir avec une véritable passivité. Il s’était évidemment douté que son partenaire préparait quelque chose pour sortir sa bien-aimée de là, qu’il focalisait toute son attention sur la question d’une manière ou d’une autre. En entendant le commentaire sarcastique qu’il lui servit une fois des plus, Jacob fut presque soulagé d’apprendre qu’il était effectivement en train de faire quelque chose, malgré son état peu engageant. Hélas, il savait déjà que ce n’était pas la bonne solution qu’Ed avait choisie, car elle le coupait trop de ses amis et de ses proches pour réussir. On ne gagnait rien à s’isoler et surtout pas la force de vaincre des ennemis cent fois plus puissant que soit et entourés d’une armée surentraînée. Si Jacob avait bien appris une chose de toute l’expérience de sa vie, c’était qu’on ne changeait pas le monde en restant seul dans son coin. Il n’y avait bien qu’une seule chose pour faire la différence : l’union. Ed avait des relations, des amis, des gens prêts à l’aider et s’il ne réalisait pas cela très vite, il mourrait des mains d’un des plus grands sadiques de Dreamland.

Il lui tourna le dos et lança une dernière réplique pour confirmer tout ce que l’intouchable savait déjà et commença à s’en aller, faisant les premiers pas vers sa libération vis-à-vis de cette conversation peu plaisante. Le problème, c’était justement que Jacob n’avait pas fini et qu’il ne se laisserait pas dicter sa conduite par des conventions sociales, des promeneurs plus ou moins lointains ou même un Ed Free blessé dans son cœur et son âme. Il y avait un temps pour les explications pacifiques et un temps pour les vraies engueulades à poings fermés. L’intouchable avait passé le cap des remarques sans subtilités et des provocations puériles. Jamais personne ne l’avait autant énervé de toute sa vie que cet ami buté et pour une fois, ce fut à lui de sortir complètement de ses gonds.


« Don’t you run away from me ! » cracha-t-il en oubliant sans propre langue maternelle sans trop le vouloir, sûrement trop habitué à ses conversations avec Ann.

Puis, il se jeta vers l’avant. Le problème, naturellement, était que l’un comme l’autre s’étaient grandement améliorés en matière de combats. Grâce à Dreamland, ils avaient tous deux développés des capacités impressionnantes pour attaquer et contrer leurs adversaires. Leurs réflexes étaient bien meilleurs qu’avant en la matière et ils avaient appris les mille façon de venir à bout d’un adversaire. Ce qui aurait dû ressembler à une bagarre brouillonne et tournant court rapidement risquait de se transformer en confrontation beaucoup plus difficile. Ils n’étaient peut-être pas des champions de judo ou des professionnels de l’armée, mais ils sauraient donner du spectacles aux tranquilles visiteurs du parc. La preuve en fut l’attaque de Jacob, aussi vive que précise, aussi tordue qu’adaptée à la situation. Sans prévenir et lâchant son livre sans même s’en soucier, il fit un premier bond qui amena son pied droit sur le banc où il avait été assis quelques instants plus tôt. Puis, se servant de cet appui, il tomba de tout son poids sur Ed, le propulsant sur le côté et le faisant tomber dans l’herbe. Il avait disposé d’une série d’avantages non négligeables en réalité. Son adversaire lui tournait le dos, était dans un état physique déplorable, il pesait lui-même beaucoup plus lourd. Enfin, jamais Ed n’avait vu son compagnon partir aussi vite et aussi brutalement contre qui que ce soit. Jacob était calme, réfléchit posé, il était du genre à encaisser, pas à déborder de la sorte. La surprise fut telle que même l’intouchable se demanda comment il venait de plaquer son ami dans l’herbe. Qu’à cela ne tienne, il en était là, autant continuer. Il l’agrippa par les vêtements et commença à le secouer sans plus se soucier de rien de ce qui l’entourait.


« Et tu comptes le faire tout seul pauvre con ! » vociféra-t-il avec une colère qui ne lui était pas, mais pas du tout habituelle et qui effraya quelques badauds alentours. « Tu vas faire quoi, dit ? Tu vas aller provoquer Pijn en duel ? C’est ça ? Tu veux lui planter ton panneau dans le cul ? TU CROIS SINCEREMENT QUE TU AS UNE CHANCE DE TE LE FAIRE COMME CA ?! Putain, Ed, sors-toi les doigts du cul. Arrête de t’enfermer dans ta bulle pour une fois ! Arrête de te prendre pour le seul et l’unique ! T’es pas l’élu bordel ! T’es pas le messie ! Et surtout t’es pas tout seul ! »

Il le fixa un instant sans rien faire, le regard plein d’une rage totale.

« Tu crois que moi, je veux pas la sauver à minute de ma putain de journée peut-être ? »
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Lun 23 Juin 2014 - 16:36
Que je m’attende à ce que Jacob me frappe le dos et me plaque contre l’herbe, brisant toutes les conventions sociales du monde réel, m’affrontant sans plus de retenue que si on était sur Dreamland… ? Nan, pas vraiment. En fait, mon esprit était trop vide et concentré telle une pique sur un sujet pour s’attarder sur de l’anticipation comportementale. Quelque part en moi, je savais que Jacob n’abandonnerait pas aussi facilement, mais en arriver à cette extrémité restait une nouveauté. Surpris, assailli dans le dos, je m’affalai lourdement et ce fut mon menton qui dégusta le sol du parc, m’envoyant une douleur électrique qui me bloqua les membres pendant quelques secondes. Je ne fus qu’une poupée de chiffon quand il me retourna et qu’il se posa sur moi pour me secouer comme un prunier. La pensée que j’eus entre deux craquements de nuques fut s’il avait bien parlé en anglais juste avant ou non.

Le petit fou qu’il était, hein… Putain, qu’il faisait mal, là, il me dominait totalement, posé sur moi en train d’envoyer valdinguer ma caboche, et que je restais immobile, essayant de me nourrir de chacun de ces mots pour y trouver à haïr Pijn, ou moi-même, trouvant du réconfort dans ses crachats et dans sa brutalité, me persuadant que je la méritais et la mériterais encore. Quelqu’un avait dit, un précepte d’un pays latino-américain qui m’échappait, que l’être humain était le seul être qui payait ses fautes plusieurs fois ; il n’avait jamais compris que des fois, c’était par le bon-vouloir de la victime.

Il m’accusait, quoi, il m’accusait de les mettre tous hors-jeu, de refuser de me laisser les aider, de ne pas l’inclure dans mon plan. Et que la défaite serait inévitable s’il n’était pas là ou si je ne décidais pas à m’ouvrir un peu. Avec du recul, j’aurais pu jouer le stéréotypé et me mettre à rire comme un dément, fou de désespoir, mais dans la vraie vie, à cet instant présent avec mon meilleur ami qui me faisait mal, je n’avais pas envie de rire. Juste de répondre à la violence par la violence, lui exploser sa gueule comme il le faisait avec moi, juste lui faire du mal, me défouler. J’en étais capable. Se battre sur Dreamland ne nous apprenait pas forcément à mieux nous battre (en tout cas, je n’avais pas de panneau de signalisation à aller chercher dans mon dos), mais il donnait des réflexes, de l’expérience, et le plus important, l’habitude. Quand la peur vous saisissait, au lieu de vous pétrifier, vous ripostiez. Ce que je fis.

Mes deux bras rentraient dans l’intérieur des siens, vifs comme des serpents, et je les décalai fortement vers leur extérieur en profitant de la surprise pour qu’ils lâchent prise. En même temps, j’en profitai pour me hisser et lui rentrer mon visage dans le sien puissamment (visage, menton, nez, front, gorge, je ne savais pas mais ça percuta violemment). Je me dépêchai de me relever, aussi maladroitement que possible, mais je ne me sentais pas me combattre ; je n’étais pas dans la bonne disposition, je me sentais squelette quand Jacob était tout à fait normal, sac de chair, de sang, et d’énergie. Je le sentais pas, donc je tentais pas ; cependant, il pourrait toujours tenter de me frapper s’il le voulait, au moins j’étais prêt (mains en paume ouverte, l’une derrière l’autre). Ce fut avec mes mots que je me défendis principalement, d’un ton railleur et méchant :

« Et ton plan, Jacob, c’est quoi ? Qu’on y aille tous entre amis ? Tu vois Shana dans le Royaume Obscur ? Ou Matt ? Ou même toi ? La lumière passe à travers ta bulle, je peux te garantir que l’obscurité fera de même ! A part me boucher un couloir et rien entendre, tu me seras totalement inutile ! »

Là, j’entrais dans le compliqué. Parce que bien sûr que je voudrais de son aide, mais ce n’était pas possible me concernant ; allez savoir si c’était une excuse pour ne plus mêler mes amis à mes problèmes ou bien si ma raison était parfaitement valable, mais mon plan était d’assassiner Pijn quand on luttera ensemble contre le Royaume Obscur, dans le chaos de la bataille. Un plan extrêmement risqué, peut-être encore plus que contre le MMM, car je n’avais rien prévu à partir de là. On serait certainement enfoncés dans plusieurs kilomètres de tunnel, dans le noir complet, à lutter contre des créatures dantesques, voire directement des Ducs Obscurs. Je savais qu’il faudrait que j’attende la confrontation de Pijn contre un de ses Ducs pour lui chercher des noises déjà. Par contre, lier Jacob à mon plan semblait très difficile ; non pas que Maze serait contre une recrue de choix supplémentaire, cependant, c’est Pijn qui allait juste un peu se méfier. Il savait parfaitement que dès qu’il m’avait mis face à mon dilemme, il ne pouvait plus me faire confiance. Jacob n’allait pas peser dans la guerre ; mais dans l’assassinat de Pijn, si.

Je ne pouvais pas le mêler à un plan qui n’était pas encore construit, il y avait encore bien trop de variables qui m’échappaient et que je ne parvenais pas à contrôler : Pijn était aussi puissant que Maze. Rien que ça devrait me faire comprendre que même dans le chaos le plus total et affaibli, Pijn était trop puissant. Je devais attendre plus de détails sur le plan d’attaque avant d’entreprendre quoique ce soit. Il y avait tout de même moyen de réussir d’implanter Jacob dans nos rangs, mais je n’allais pas sacrifier sa vie sans un plan valable. Et surtout, si Pijn était contre, il pourrait se mettre à tuer Jacob juste avant la bataille, ou pousser Maze à l’assassiner quelques jours avant s’ils le soupçonnaient de connaître notre plan. Je ne connaissais rien, alors je ne l’incluais pas et je ne lui en parlais pas ; ça pourrait le mettre en danger.

« Quand j’te dis que je prépare un truc, c’est que je vais pas foncer et le provoquer. Je t’en parlerai dès que j’aurais plus de détails, et en attendant, t’as qu’à finir ton bouquin. » Et chiotte ! « Ce que je peux te dire, c’est que Pijn va tenter une rébellion contre le Royaume Obscur et qu’il va entraîner les Claustrophobes là-dedans ; c’est le seul moment où il sera vulnérable. »
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Lun 23 Juin 2014 - 18:48
Le coup s’enfonça dans sa mâchoire et le força à reculer, puis à être roulé sur le côté pour perdre sa prise sur Ed. La douleur était puissante, mais rien n’était pas brisé et il se demandait même comment son ami s’en était sorti en entrant aussi violemment son front dans un menton. Quoi qu’il en soit, le jeu était à nouveau calmé. Aucun des deux n’avait vraiment envie de frapper l’autre jusqu’à une victoire franche ou l’épuisement total – voire jusqu’à ce qu’on vienne les mettre en taule afin qu’ils passent une nuit en cellule à se rafraîchir les idées. Leurs éclats de voix et de violence avaient attirés les regards, mais sans plus. La fureur aussitôt calmée, les passants se contentaient à présent de les regarder du coin de l’œil en se demandant si c’était vraiment à eux d’intervenir. Dans ces cas-là, qui se mêlait des affaires des autres ? L’essentiel des personnes se contentaient de se dire que cela ne les regardait pas, que c’était à la police d’intervenir ou encore que quelqu’un d’autre s’était sûrement déjà occupé d’appeler cette dernière. Aucun danger imminent sur leur personne ? Mieux valait rester à l’écart n’est-ce pas. En comprenant cela, Jacob aurait presque préféré passer une nuit en cellule pour son geste inconsidéré. Il n’avait jamais vraiment eu l’occasion de croiser une telle situation dans le monde réel, et il espérait franchement qu’il aurait eu les couilles qu’il avait dans le monde onirique et qu’il serait intervenu, quitte à se tromper. Il se serait haï s’il était resté statique.

Il se reconcentra aussitôt sur Ed, qui s’était relevé et qui lui parlait à présent. Plutôt que de lui tourner le dos ou de faire son dépressif anonyme désireux qu’on lui lâche la grappe, il s’était enfin décidé à lui parler et même à lui révéler des informations dont il n’aurait sûrement jamais du parler à personne. On avait beau l’accuser de ne servir à rien, il ne voyait pas en quoi Ed serait plus utile que lui à quoi que ce soit et bien au contraire de ce que la situation désespérée laissait entendre, il se mit à sourire. Il avait réussi. Il avait réussi à réveiller Ed de sa torpeur, à le pousser à l’inclure d’une manière ou d’une autre dans ses plans. Et finalement, Jacob n’en demandant pas beaucoup plus. Lui aussi appréciait Ophélia et avait le sentiment qu’il se devait de la sauver, peut-être parce qu’il la connaissait justement. Mais il voyait plus large que son ami sur la question, Ophélia n’était pas la seule à devoir être sauvée. Ils étaient nombreux à subir les affres de personnalités aussi cruelles que Pijn, qui considéraient les voyageurs comme leurs jouets. Cette attitude le rendait malade et déjà, les récits de la guerre entre l’agoraphobie et la claustrophobie avait fait naître son plan, bien avant qu’il entende parler d’ailes noires et de Mort Silencieuse ressuscitée. Toujours à moitié allongé et la mâchoire douloureuse, Jacob se mit à rire avec plaisir, un rire de victoire qu’il ne put empêcher. Doucement, il se releva et fit à nouveau face à son compagnon onirique.


« Parce que tu penses que tes lunettes te protègeront mieux que ma bulle ? » s’enquit le manieur en lançant un regard moqueur à son ami. « Vraiment Ed, je suis pas con. Ni toi ni moi ne sommes à la hauteur pour affronter un connard comme Pijn de front et en plein au milieu de son palais. Et même ensemble on ne pourrait pas faire grand-chose. Quant à Shana, n’y pense même pas, elle en déjà vu plus qu’il ne fallait dernièrement. »

D’une main nonchalante, il écarta jusqu’à l’idée de cette implication et ramassa le bouquin qu’il avait fait tomber.

« On est loin d’être assez fort pour faire quoi que ce soit maintenant. » poursuivit-il. « Mais on est loin d’être n’importe qui et tu le sais. Réfléchit un peu à ce que tu viens de me dire et à ce que tu sais. Une rébellion au royaume Obscur ? Et puis quoi encore ? J’imagine que Maze serait très content d’avoir le soutien des Ducs contre Héliée. A la seconde où ce plan réussira, il fera voler en éclat la gentille petite paix que tu as installée. Oh, et je suis sûr qu’il sera ravi lorsqu’il apprendra que tu as tué son soutien principal pour récupérer ta copine ! Non vraiment Ed, même avec un plan et une situation d’enfer, Pijn n’est pas ton seul ennemi. Et tout seul ou avec moi, ou même avec les autres, je ne sais pas ce que tu comptes faire, mais ça ne marchera pas dans l’état actuel des choses. Fous toi ça dans le crâne, pour le moment, tu as aucune chance, j’ai aucune chance, on a aucune chance. »

Il releva alors un peu le menton et afficha un sourire radieux.

« Mais tu sais très bien que c’est pas la première fois qu’on rencontre des difficultés. Et franchement, tu nous as vus échouer quelque part ? On n’est pas prêt pour l’instant ? On le sera le moment venu. Mais on le sera ensemble Ed. Pas chacun de notre côté. C’est stupide. Il faudra du temps, mais Pijn attendra et Ophélia est plus forte qu’il y paraît à ce que j’ai compris. Reviens au royaume et rejoins-moi. Fini d’aller chacun de son côté. C’est ensemble qu’on va gérer, tes problèmes, mes problèmes et même ceux des autres si ça nous chante. Ouvre les yeux Ed, on est des as, on est des tueurs, on est des monstres… On est les Private Jokes et on a à peine effleuré notre potentiel. Reviens avec moi, on a du pain sur la planche. Il y a une famille de trou du cul qui a mis un prix sur nos tête pour commencer. Un connard qui a juré la perte de notre royaume et encore d’autres crétins un peu partout. Tu sais quoi ? On va s’en faire des casse-croutes histoire de se rôder. Histoire de devenir plus fort. Et le moment venu, on partira en chasse, peu importe le moment, peu importe le lieu. On sera invincible et on sera prêt. Et on chassera du seigneur cauchemar. Pour Ophélia et pour tous les autres. Qu’est-ce que t’en dis ? Toi et moi en duo de choc à nouveau ? On a conquis un royaume Ed, quand on l’aura décidé, rien ne nous arrêtera. »

Et il plaça ses mains sur ses hanches. Il était sûr de la réponse de son ami. Aujourd’hui ou plus tard, c’était ce qu’il se passerait. Dans son esprit ne subsistait aucun doute. Ed et Jacob seraient à nouveau réunis et ils commenceraient à chier des briques comme personne n’en avait jamais chié. Machinalement, il fit rouler sa mâchoire pour tenter d'en chasser la douleur, ce qui ne fit que la relancer.

« Putain, tu m'as pas loupé salaud. » dit-il avec bonne humeur.
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Mer 25 Juin 2014 - 0:06
Jacob me cracha tout, d’une phase, d’un sourire, d’une logorrhée où les mots se bousculaient à foison tant ils avaient de sortir, et ça déclencha en moi quelque chose qui voulait y répondre d’une poignée de main franche sans suite logique à notre brève querelle. On avait un peu glandé dans notre Royaume, on avait joué chacun de notre côté, mais ça faisait longtemps que les Private Jokes, ou en tout cas, le duo que nous formions, n’avait pas écumé Dreamland à la recherche d’enfoirés à botter le cul puis à envoyer en taule d’un claquement de doigts (dans le plus simple des cas). La bonne vieille époque, le bon vieux temps où on était encore jeune et con, de nouveau qu’il me proposait.

Je tentais de ne pas être d’accord avec ce plan, mais il me changerait tellement les idées et fermerait tant d’histoires qu’on avait ouvertes, lui et moi, quand les Von Jackson nous avaient meublé les couilles avec des sommes d’EV à tout va… Je pensais à mon entraînement, mais j’en avais déjà soupé de frapper dans du newbie ou d’éviter les responsabilités. Julianne, le bras droit de Maze, était la seule adversaire contre qui je pouvais frapper sans crainte mais une seule cible qu’on parcourait de long en large empêchait de connaître les autres ; il me fallait du nouveau, de l’entraînement, que je maîtrise tous les pouvoirs qui étaient à ma portée, et c’était pas par les pompes que j’arriverais à les décrocher. Nan, son plan avait tout bon, quoique j’en dise. J’aurais voulu me tirer de là sans dire oui en espérant qu’il comprenne, mais Jacob ne voulait pas de ça. Je fis tout mon possible pour pas montrer ma joie, je savais pas pourquoi, j’y verrais comme une faiblesse. Je roulai mes épaules, comme si je chauffais mes bras pour frapper un Von Jackson, puis je levai la main avec trois doigts levés :

« Trois conditions alors. La première, c’est que tu me laisses cinq jours. Que je reprenne du poil de la bête. Que je structure encore ma vie et le reste. Puis seconde condition, quand y aura la guerre dans le Royaume Obscur, prêt ou pas, j’irais. C’est la seule occasion tangible de pouvoir inquiéter Pijn en le frappant dans le dos parce que sinon, faudra la jouer mano a mano face à tout le Royaume Obscur pour l’approcher et ça sera impossible de lui retirer Ophélia, même si on gravissait la S ; je prendrais pas le risque que ce bâtard survive pendant l’affrontement, il mourra pas si je l’y aide pas. Et enfin, je vois notre future épopée comme un entraînement, et si je veux ravager quelqu’un seul, t’interviens franchement que si je manque de crever, sinon, tu me le laisses en entier. »

Des caprices, mais je profitais de ma position pour pouvoir lui demander ce qu’il aurait été capable de m’accorder même en plein dans l’action. Maintenant que j’étais rassuré de pouvoir combiner une renaissance avec un entraînement pour la guerre, mes pensées partaient plus vite, s’employaient à sortir de ma léthargie et des plans d’action se dressaient déjà. J’avais déjà mes premières victimes dans la tête, mais ce n’était pas le bon moment pour parler à Jacob ; j’avais dit à dans cinq jours, histoire que je puisse être seul et me préparer pour de nouveaux périples.
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MessageSujet: Re: Les amis sont là pour ça. (Terminé) Mer 25 Juin 2014 - 1:46
Jacob souriait. Contrairement à Ed qui essayait de contenir sa joie, lui la montrait sans la moindre hésitation. Ils étaient de retour, il avait réussi ! Leur duo de choc allait à nouveau casser la baraque en mode sévère. Les Private Jokes venaient de signer un nouveau contrat pour un bon moment, ils renflouaient pour de nouvelles aventures. S’ils avaient été les héros d’une série de films, les fans auraient sûrement dit qu’après plusieurs épisodes un peu décevants, la suite promise par cette nouvelle scène risquait fort de renouer avec les anciens codes et de relancer complètement l’audimat. Personnellement, il était juste heureux de pouvoir repartir vraiment à l’aventure. Ses petites escapades avec la SDC, ou ses occupations au royaume, même leur petit intermède avec la course de kart n’avait pas été aussi rafraichissantes que leurs anciennes aventures. C’était un retour aux sources, un nouveau départ et ils allaient l’embrasser comme des connards.

Les trois conditions qu’il mentionna le firent presque sourire. Ce n’était pas vraiment des conditions dans la mesure où il les avait déjà acceptés auparavant. Lui laisser un peu de délais pour se remettre en forme et régler ses affaires. Parfait, tant qu’il renouait un peu avec sa famille, au moins Cartel– il n’allait pas vraiment lui demander de créer des ponts avec Marine, même s’il pensait que ce serait une bonne chose. Pour l’intouchable, ils avaient tout leur temps et n’étaient pas à cela prêt. Dès cette nuit, il lèverait l’ordre du coup d’Etat et réintègrerait son ami dans ses fonctions normales, à supposer qu’il veuille les reprendre réellement un jour comme lui-même l’avait fait. Quant à cette affaire de Pijn, il était d’accord. Même s’il doutait que le plan marche et qu’il ferait sûrement tout son possible pour retarder cette échéance, il sentait lui aussi que c’était le meilleur moyen d’abattre un seigneur cauchemar, lorsque celui-ci s’exposerait de lui-même. Il serait là pour l’aider le moment venu. Enfin, en ce qui concernait le dernier arrangement, il pinça un peu les lèvres. C’était une condition compréhensible vu la façon dont ils comptaient gérer ces prochaines aventures. Le seul problème était que lui aussi avait bien envie de s’entraîner un peu. La solution au problème apparu immédiatement.


« Pas de soucis pour tes conditions. » sourit-il à son ami, ignorant la douleur qui animait toujours sa mâchoire. « Mais alors j’en pose trois à mon tour. La première, c’est que pendant ces cinq jours, tu appelles ta sœur. Elle s’inquiète beaucoup pour toi et je lui ai promis que tu le ferais. Pas besoin de t’épandre en explications, donne lui juste un peu de tes nouvelles pour qu’elle arrête de s’inquiéter. Ensuite, la deuxième, c’est que quand cette guerre éclatera, tu m’appelleras. Je veux t’aider à niquer Pijn. Peu importe le danger, c’est ensemble qu’on défoncera ce connard. Enfin, dernière chose. Tu veux t’entraîner, très bien. Mais moi aussi. Alors si tu dois affronter des adversaires seul pour ça, ben je vais faire la même chose. Et comme pour toi, tu devras rester à l’écart à moins que ce soit absolument nécessaire de venir m’aider. »

Il faillit rire en avance à ce qu’il allait sortir ensuite.

« Et pour pas qu’on se batte sur les adversaires à niquer, on va établir un code. » fit-il avant de frapper sa paume avec son poing. « Quand on fera ça, ça voudra dire ‘preum’s’. Et celui qui l’a dit en premier a le droit de combattre le type avant l’autre. Ça marche ? »

Bien sûr que ça marchait. Et même que ça allait mettre du piment dans cette aventure et renouveler leur ancienne rivalité. Ils viseraient pas les mêmes poissons, du moins pas au début. Mais rapidement, la compétition entre eux transcenderait le classement SMB lui-même, il en était certain.
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