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Meilleur Méchant Machiavélique

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Ed Free
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MessageSujet: Re: Meilleur Méchant Machiavélique Meilleur Méchant Machiavélique - Page 4 EmptySam 24 Mai 2014 - 1:10
THIS IS NOT THE END




  Derrière la prison, encore une fois. Jamais je ne me foutais dans de beaux draps sans qu’à un moment ou à un autre, je ne finisse en taule. C’était là que le MMM avait commencé, c’était là qu’il terminait. Je n’étais pas le MMM et il avait tenté de me tuer ; Fino le savait aussi, mais il préférait largement me faire croupir dans une prison. En attendant qu’un verdict ne fut prononcé, je faisais des exercices musculaires et m’interrogeait à nouveau sur la personne qui avait fait tout ça, qui avait invoqué le MMM. Parce qu’il y en avait une, les propos du Seigneur avaient été très clairs là-dessus. Qui était-ce, ensuite, personne ne savait. Les Voyageurs du Temps ne devaient pas être légions, ou alors ils savaient garder les secrets comme personne. Même Relouland ne pouvait leur mettre la main dessus, une position très rare partagée avec extrêmement peu de territoires comme le Royaume Obscur ou celui de l’Oubli.

  Bon, j’avais assez attendu, il était temps d’utiliser mon petit joker qui enculerait Fino à sec. Je demandais à voir le Grand Juge afin de lui parler seul à seul. Même si la loi était rigide, elle ne l’était pas autant que chez nous, et je ne doutais pas qu’il débarquerait. D’accord, le premier messager m’avait dit que Mago ne souhaitait pas voir l’Agresseur et le Défendeur en-dehors des procès pour ne pas se laisser acheter ou influencer, mais je lui dis que c’était pour apporter des éclaircissements à l’affaire, et quand l’estafette revient me voir, il me promit que le Grand Juge viendrait me voir mais que j’avais intérêt à garder ma langue et d’éventuelles propositions étranges si je ne voulais pas finir décapité. Il n’arriva qu’une demi-heure plus tard, tout l’art de se faire attendre, et il se positionna devant moi avec un air très sérieux ; je lui retournais son regard, et seuls des barreaux nous séparaient.

« Mr. Free, vous vouliez me dire quelque chose.
_ Oui. Je suis désolé de vous importuner avec ça, mais vous êtes en plein débat avec vos congénères, non ?
_ C’est tout à fait exact. D’ailleurs, voilà des cacahuètes si ça vous dit. »
Je piochais dans le petit bol qu’il me tendit et je le remerciais. Mago n’était pas un méchant gars.
« Fino disait que le voyage dans le temps était une arme et que ça devait être tout le temps, tout le temps condamné. Je n’ai pas été d’accord. Je vais vous révéler un secret qui vous fera réfléchir. D’après des extraits du journal de bord que vous n’avez pas lus… malheureusement à cause de Fino qui a arraché pas mal des pages pour les transporter plus facilement avec lui, le MMM parlait d’un fait marrant. Il était absolument habillé en rose et il se baladait dans les rues, tranquillement, sans sembler savoir où il allait. MAIS, à un moment, il sauva quelqu’un qui traversait la rue et qui allait se faire tuer par une calèche. Ce quelqu’un, c’était Berty la Moustache, votre mère. Elle vous a d’ailleurs certainement parlé de ce passage. » Mago ne semblait pas aimer le tournant de la discussion, mais il grogna :
« Oui, je m’en souviens. Où voulez-vous en venir ?
_ Le MMM était bien dans les environs pour sauver votre mère ; il semblerait qu’il connaisse parfaitement le futur, consciemment ou inconsciemment, impossible de savoir, mais il savait que votre mère allait se faire tuer. Et il a décidé de la sauver. En portant une tenue rose pour se faire repérer et pour que vous n’oubliez pas.
_ Hein ? Et pourquoi faire ?
_ Certainement parce qu’il se douterait que ça pourrait être utile dans un procès.
_ Est-ce que par hasard, »
, demanda-t-il, « vous essayeriez de me faire chanter avec ça ?
_ Pas du tout, Grand Juge, pas du tout. Le but, c’était juste de vous faire réfléchir. Il a pu le faire, donc il l’a fait. Parce qu’il le voulait, parce qu’il le pouvait. Imaginez si vous racontiez l’histoire à votre mère ; je suis persuadé qu’elle ne dirait pas non au voyage dans le temps si ça pouvait sauver des vies aussi simplement. »
Oui, je faisais carrément manipulateur, et Mago n’était pas du genre à se faire avoir par un tel chantage. Avant qu’il ne m’envoie chier, je réussis à calmer le jeu avec une sorte de blague dont j’espérais qu’il la prendrait très au sérieux : « Et si vous hésitez encore, il y a un seul moyen de ne pas me punir trop sévèrement et d’être certain que le MMM ne réapparaitra jamais : me coller une peine en sursis. » Je trouvais ma blague très drôle.

__

  Je pourris deux nuits dans mes geôles, à ne rien faire sinon à m’entraîner. Je restais aimable avec mes gardiens, avec les gens qui venaient me poser quelques questions pour éclaircir tel ou tel point de l’affaire ; de toute façon, je n’avais rien à me reprocher. Les véritables questions pour les Juges, sur laquelle ils devaient trancher, c’était de savoir si moi et le MMM étaient considérés comme une seule personne physique ou deux entités totalement différentes, puis ensuite de déterminer si l’original du présent devait être incarcéré pour les fautes de son copier-coller imparfait futur. J’espérais juste que les Juges me relâcheraient rapidement et sans bavures. Ensuite, coup de pied dans le cul de Fino et je lui ferais bouffer son nœud par le cul si profondément qu’il devra le chier par la gueule.

  Mon attente ne fut pas si extraordinaire que ça ; j’étais d’un calme olympien, je ne prévoyais rien, mais je savais que les Juges avançaient et qu’ils auraient beaucoup de mal à m’envoyer à la décapitation vu que je n’avais techniquement rien fait, ni rien demandé. Le seul léger coup de stress que j’eus, tout de même, ce fut lorsque les Juges me libérèrent, et sous bonne garde, me firent aller dans leur bureau. Là, le Grand Juge croisa les mains et me regarda avec insistance :

« A la vue exceptionnelle de l’affaire, de tous les débats que nous avons relevé… » Je jetai un œil à un des Juges qui avait abusé de la cacahuète, bleu au niveau des joues, « nous avons décidé de vous reconnaître coupable, mais seulement partiellement. Votre être entier a été choisi par Dreamland car il savait que vous en seriez capables, mais ces circonstances ne dépendaient pas de vous à l’instant présent, et peut-être jamais vu que le MMM a traversé une vie différente de la vôtre, ne le rendant pas entièrement vous. Nous allons donc vous condamner à la prison à perpétuité avec sursis », léger sourire de ma part, « mais une caution à payer pour votre libération, exceptionnellement hausse, et vous resterez cinq ans en prison si vous ne les avez pas ou si d’autres personnes refusent de payer la caution.
_ La caution est à…
_ Cinquante mille EV.
_ Hm, je devrais pouvoir trouver cet argent. »


__

  Trois heures plus tard, j’ajustai ma cravate et sortis avec mes différents Artefacts retrouvés. Avant de partir du bâtiment, je récupérai Fino qui lisait le DreamMag à l’entrée, et on sortit tous les deux à l’air libre. Je poussai un soupir de soulagement tandis que le phoque finissait la dernière ligne de son article, et jeta le journal sur la vieille dame la plus proche. Le bébé phoque tenta d’insidieuses manœuvres dans mon oreille :

« Le pauvre Ed n’a plus son argent ? Tout l’argent récolté du loto est parti dans l’amende.
_ C’était ce que le MMM avait prévu de toute manière. Je n’étais pas censé gagner au loto pour profiter de ma richesse. Puis je n’ai payé qu’une partie de l’amende, j’ai un ami qui a réglé le reste.
_ Ah bon ? Quel est ce trouduc ?
_ Toi. »
Fino devint encore plus blanc qu’il ne l’était déjà, il faillit avoir une crise cardiaque et tomber de mon épaule. Il bégaya des trucs incompréhensibles ; dans quelques secondes, il péterait des plombs et tenterait de m’arracher la gorge. Je lui expliquai calmement, sans faire attention à lui : « On a passé tous nos EV à Monsieur Portal afin que personne ne s’étonne de notre nouvelle richesse et après enquête, se rende compte que le MMM nous a laissés une petite récompense. Genre, comme un paradis fiscal humain. Je lui ai gentiment demandé de rester près du bâtiment le temps du procès afin qu’il puisse payer la caution. Toutes les saloperies que tu m’as faites valent dix fois moins que ce que tu as perdu aujourd’hui, mais ne t’inquiète pas, je considère qu’on est quittes maintenant. Merci qui ?
_ DEPOTOIR A BITES !!! SALOPE DE LUXURIA !!! JUIF ROUX !!! ENCULE DE PUTAIN DE SA MERE DE SA RACE QUI SUCE DES QUEUES EN OR DEGUEULASSES DE PUTAIN DE MERDE !!!
_ Fino, on se calme, tu vas effrayer des gens, oublie pas qu’on est près d’un tribunal.
_ ET C’EST GENIAL !!! JE VAIS POUVOIR TE FOUTRE UN NOUVEAU PROCES, ET JE TE JURE QU’AVANT JE VAIS PENDRE CE CLOWN DE PORTAL AVANT QU’IL NE SORTE UNE AUTRE MALLETTE AVEC MON FRIC A L’INTERIEUR !!! TU M’AS PRIS POUR TON PUTAIN DE COMPTE EN BANQUE ??!! SI TU ME RENDS PAS TON POGNON, JE VAIS DEMOLIR TOUTES TES PREUVES, JE TE RECOLLE UN PROCES, JE VAIS FAIRE REAPPARAITRE LE MMM AVEC UN POTE, TU VAS VOIR QUE LES PRISONS ONIRIQUES SONT PAS AUSSI COOLS QU’ON PEUT LE CROIRE !!! TU FAIS UN PLAN DIABOLIQUE DE MERDE POUR SERRER UNE MEUF ET T’ES INFOUTUE D’EN FAIRE QUELQUE CHOSE !!! MAIS C’EST PAS VRAI !!! JE SAIS PAS CE QUI ME RETIENT DE TE BUTER COMME LA DHIARREE QUE T’ES !!!
_ Le fait que tu sois qu’un bébé phoque ? »


  Je lui décochai une petite pichenette et il tomba de mon épaule. Je pénétrai dans la ville, avec le bébé phoque à mes trousses, me lançant des absurdités injurieuses les unes après les autres en essayant de suivre mon allure. Toutes les têtes se tournaient vers lui, de plus en plus rouge, et ses insultes devenaient de plus en plus imagées, et je sentais qu’il s’étranglait. Vive la liberté.

__

  Je supprimais tout ce que mon téléphone avait à me dire ; je n’avais pas envie de lire tout ce que Cartel et compagnie avait à me dire, ou voir le nombre de messages vocaux ou écrits qui m’étaient destinés. La culpabilité me rongeait toujours, mais j’étais bientôt arrivé à la fin de mon périple, et peut-être, de mon ermitage. Je tentais de ne pas trop me haïr comme je l’avais fait ces quatre derniers jours, mais c’était difficile. Ce soir, grâce à Maze, j’allais pouvoir aller au Temple de la Douleur et parler à Pijn afin qu’il me redonne Ophélia. Je ne savais pas du tout comment ça allait se passer, mais j’étais prêt à mourir, ce qui pourrait ne pas faire plaisir à Maze et le tenir hors du complot. Une grosse perte pour Pijn ; il avait d’autres alliés, mais la Claustrophobie restait un bon paquet.

  Tandis que j’attendais le soir avec une grande impatience, je supportais les miaulements de mon chat qui était plutôt content de me revoir. Je supposais que son esclave de remplacement l’avait bien traité, mais les chats détestaient le changement. Vu leur vie pépère, je pouvais comprendre pourquoi. En tous les cas, une heure après que j’eus ouvert mon téléphone, celui-ci sonna. Je faillis ne pas décrocher, mais quand je vis que c’était Fred qui tentait de me joindre, je pris une grande inspiration, fermai les yeux, et acceptai l’appel.

« Oui ?
_ Allo, Ed ? C’est ton faux grand-père à l’appareil. Tu te portes bien ? »
Sa voix était chevrotante, il n’allait pas aussi bien qu’il voulait le faire croire. Il s’inquiétait trop pour moi.
« Je suis pas au milieu de ma forme, Fred. Peut-être que demain, ça se résoudra bien, je t’en parlerai.
_ Très bien, très bien… »
, murmura-t-il. Il n’allait pas bien du tout, non, j’avais l’impression que c’était lui qui recherchait du réconfort.
« Fred, si c’est pour ta chemise, je l’ai laissé chez Cartel, je ne l’ai pas emporté.
_ Ma chemise… ? Ah oui… Tu aurais pu la garder, tu sais ? Mais bon… »
, il renifla, « Ed, tout s’est si mal passé que ça pour que tu repartes ainsi ?
_ Oui, Fred. Je me trouve débile moi-même sur le coup, mais j’en avais besoin.
_ Il s’est passé quoi ?
_ Je t’en parlerai peut-être demain. »
Fred était de plus en plus triste, ce qui était très étrange. Il se mit presque à pleurer la prochaine fois qu’il prit la parole :
« Oh, Ed, je suis si désolé, si désolé.
_ Ce n’est pas de ta faute, Fred.
_ Oh si, c’est la mienne. Je m’excuse.
_ Y a pas de quoi, alors. »
Je ne cherchais pas à comprendre, il avait ses moments des fois… Je lui fis un sourire très pâlot : « Tu te fais sénile, tu sais ? Je vais tenter d’arranger les choses, tout est de ma faute, pas de la tienne.
_ Me dis pas que je deviens sénile. Tu sais bien que j’ai horreur de ça. Vieillir, ça fait chier. »
Il avait retrouvé un peu de poil de la bête, puis il la perdit rapidement. Il semblait désemparé. « Bon, je te laisse, mon petit Ed. Je prie pour toi.
_ Bisous, Fred. Bonne journée.
_ Bonne journée, oui. »


__

 Le Seigneur du Temps récupéra le miroir que lui avait volé un Voyageur et le reposa tranquillement dans la grande salle au trésor du temple en poussant un énorme soupir. Quelle trahison, quelle trahison... Et pourtant, il avait fait confiance à ce vieux bonhomme. Mais tout le monde a une faiblesse et Fred Free n'y faisait pas exception. Le Seigneur du temps ferma les yeux en tenant le miroir, et remonta ainsi pour voir les images du passé.

  Fred n'avait jamais eu d'enfants ; son épouse l'avait quitté avant de lui en donner, et comme il l'avait aimé éperdument, avait mis beaucoup de temps avant de surmonter son drame. L'idée d'en avoir fut peu à peu atténuée quand il se mit à voyager beaucoup pour compenser, et il était devenu vieux sans s’en rendre compte. Son affection paternelle, il l'avait donnée à ses trois petits-neveux. Mais trop éloigné d'eux, il n'avait jamais pu trop leur témoigner son amour. Quand il avait appris que non pas un, mais deux de ses petits-neveux étaient sur Dreamland, Fred s'était empressé d'utiliser le miroir du probable futur pour voir à quoi ressemblerait potentiellement leur avenir, il avait découvert un Ed Free dépressif et ravagé. Les deux se mirent à parler longtemps, et le reflet de son petit-neveu lui demanda de le libérer et de l'invoquer sur Dreamland. Fred céda une semaine plus tard, voulant éviter l'image désastreuse qu'il voyait du blond, et après maintes discussions, en utilisant tous ses pouvoirs, réussit à rendre réelle l'apparition du mémoire. Il y avait un Ed Free du futur dans le présent. Pour le meilleur et pour le pire.

  Mais Fred, dans son aveuglément, n'avait pas vu ce qu'était vraiment devenu son neveu qui lui promettait de rétablir lui-même son passé. Ils avaient fui ensemble en tout cas, emmenant Fred et son péché loin de la sentence qui s'abattrait sur sa tête s'il restait au Royaume. Personne n'interférait dans le cours (artificiel) du temps. Et peu à peu, le MMM avait éloigné Fred de lui, et l'avait même emprisonné en lui disant que c'était pour empêcher qu'on le voie de mèche avec eux si des adversaires arrivaient. Fred avait douté, énormément douté sur ce qu'il avait fait, et sur ce qu'accomplissait le MMM, mais il avait prié pour que tout s'arrange. Mais il avait été aux premières loges d’une externalité qu’il n’avait pas prévu : en changeant le présent d’Ed, il modifiait son futur, bref, lui-même. Mais en pire. Et le pire avait failli se dérouler. Dès que Fred était ressorti de prison, il avait désinvoqué le MMM, l'avait renvoyé dans le miroir, puis était revenu dans son Royaume pour rendre l'Artefact et pour y perdre la vie et effacer les dernières preuves de l'existence du MMM. La boucle était bouclée. Comme toujours quand on traitait avec le Temps. Le Seigneur reposa le miroir et s'en alla avec une dernière pensée pour Fred.

__

  La première fois que j'étais passé dans ces couloir sombres, dégoulinants de ténèbres et d'horreur, je n'en avais pas mené large et il y avait Maze qui me protégeait du noir profond des Temples Obscur ; c'était la troisième fois que j'y allais, et toutes les ténèbres autour de moi ne cherchaient pas à refroidir mes ardeurs. J'avais l'impression de me tirer de sables mouvants, les dents serrées de colère. J'étais inarrêtable, furieux, prêt à foncer sur Pijn ; un couloir où il n'y avait pas de lumière était le moindre de mes soucis. Je pénétrai dans le grand amphithéâtre du Temple comme si j'avais fracassé un mur. Je voyais Pijn qui était assis à sa table, et son sourire aurait pu m'avaler tout entier. Il semblait bouffer la souffrance que je ressentais. J'étais prêt à mourir ; Dreamland ne me semblait plus aussi attrayant qu'avant, et n'en avais-je pas fait la promesse à Ophélia ? C'était mon dernier baroud d'honneur ; j'en avais soupé de Dreamland.

« Bienvenue, Ed, on ne m'a pas prévenu de ton arrivée, mais je t'attendais tout...
_ FERME TA GUEULE !!! »


  Tout le poison qui me parcourait les veines, mes sentiments cruels que je m'étais infligé distillés en moi pendant les quatre derniers jours, tout ça m'animait et je le recrachai sur Pijn. J'étais encore plus furieux car je voyais Ophélia adossée contre un mur et qui semblait ne pas vraiment s'intéresser à moi. Le Seigneur de la Douleur se leva en faisant craquer sa nuque et me dit :

« Je te conseille d'être plus poli, Ed.
_ RENDS-LA MOI !!!
_ Non. »


  Il y avait tellement de puissance dans cette syllabe que je décidai d'arrêter les négociations direct et de foncer sur lui en descendant les escaliers à la vitesse de l'éclair. Il fit un signe de la main, et la Mort Silencieuse s'envola et me plaqua contre terre avec une sauvagerie impitoyable. On roula sur les escaliers, et je finis aux pieds de Pijn, déjà blessé. Il m'envoya un coup dans le visage qui me fit m'envoler et m'écraser sur une chaise où j'y restai assis, les bras ballants. Je pus à peine faire le moindre mouvement que soudain, la douleur qui me parcourut s'intensifia si fort que j'en eus les larmes aux yeux, que je grattais le siège de pierre et mon corps fut agité de spasmes comme un prisonnier sur la chaise électrique. Dès que je hurlai, incapable de retenir la souffrance en moi, Pijn arrêta la douleur aussi rapidement qu'elle était venue, la supprimant de tout mon être. La respiration haletante, ne sachant plus quoi faire, je tournais la tête. Je sentais mon nez et mes lèvres saignées, mais ça ne me faisait pas plus d'effet que si c'était de la morve.

« Voilà, tu es calmé, Ed ? » Je ne répondis rien, et la douleur réapparut, fulgurante, et je compris qu'il devenait le maître du jeu entre deux éclairs de douleur pure. « Je répète ma question.
_ D'accord, ça va. »
Le manque total de douleur ne m'empêcha pas de haïr le personnage en-face de moi, qui passa une mains rapidement dans les cheveux de la Mort Silencieuse. Celle-ci ne sembla pas apprécier le contact, mais réussit à ne rien dire.
« Alors parlons comme des gens civilisés, maintenant. Que veux-tu ?
_ Ophélia. Vous pouvez ôter la part de douleur en elle qui l'enferme.
_ Mais si je fais ça, ce n'est plus une combattante et elle sera inutile pour mon armée. Or, j'ai terriblement besoin d'elle. »
Quel connard.
« Vous n'avez aucun droit sur elle !
_ Ophélia est la Mort Silencieuse, donc elle accepte d'être à mes ordres, n'est-ce pas ?
_ Ouais »
, répondit-elle en se dégageant de la main de Pijn qui voulait la caresser comme on caresse un objet de sa collection particulièrement rare. Celui-ci s'esclaffa :
« Une vraie chatte sauvage. Donc, Ed, tu es venu dans mon Royaume et tu étais persuadé que je te laisserais repartir avec mon meilleur élément alors qu'une guerre approchait ? Tu es un peu stupide. A moins que tu n'aies tenté de donner ta vie, hum ?
_ Laissez-moi au moins la combattre.
_ Tu perdrais lamentablement. Avec ses ailes, elle peut approcher du niveau d'un Voyageur de la Ligue S.
_ Alors je peux me suicider »
, avouais-je d'une voix convaincue, « Et si je me suicide, c'en est fini de l'alliance entre vous et les Claustrophobes. Maze ne vous croira jamais que j’aurais fait ça de mon plein gré. Je vous propose donc votre alliance contre Ophélia. » Pijn ne parut pas du tout démonté. Il secoua la tête et ce fut avec une vois profondément insidieuse qu'il s'approcha de moi et me chuchota presque :
« Mon pauvre Ed, mon pauvre, pauvre Ed. Je suis le roi de la douleur et de la souffrance, et je sais parfaitement ce qui te ronge l'estomac : une culpabilité mortelle. » Il continua, se sachant maître : « Si tu meurs, tu laisseras à tout jamais la Mort Silencieuse entre mes griffes, et tu ne voudrais pas ça, n'est-ce pas ? Alors ne joue pas au plus con, jamais tu ne pourrais te suicider en sachant que tu ne pourras plus venir la récupérer. »

  Je ne m'étais pas rendu compte que j'avais extrêmement peur de lui et du pouvoir qu'il détenait sur moi et sur Ophélia. Pijn se recula tranquillement, et je sentais la pression retomber. Je me relevai docilement, tremblant. Je n'avais jamais trouvé le Seigneur particulièrement intelligent. Rusé, malsain, certes. Mais il était très simple à décrypter et s'énervait facilement. Vu à quel point il semblait jovial, je pouvais d'ors et déjà deviner que j'avais perdu la partie. Pire, je me sentais comme ferré. Pijn continua avec sa voix habituelle :

« Tu ne supportes plus Dreamland, n'est-ce pas ? En même temps, enchaîner les bêtises comme tu le fais doit être lassant. Mais j'ai bien peur que tu vas devoir y rester, que tu vas devoir continuer à chercher les emmerdes. Je te propose un marché, Ed, un marché dont tu ne pourras pas choisir les termes, mais qui me semble ma foi extrêmement généreux de ma part, tu n'auras pas à te plaindre. Soit tu te suicides comme tu l'avais demandé, et tu peux croiser les doigts pour que Maze me boude, et tirer une croix sur Ophélia, comme le salopard que tu pourrais être. Soit tu restes en vie sur Dreamland et tu acceptes ma proposition. La voici : si je deviens le nouveau Seigneur Obscur, je te le promets, je le coucherai sur papier et ça sera ratifié par Maze, je te rendrais Ophélia. Vivante. Sans aile. Et je ferais disparaître à jamais la Mort Silencieuse de son existence. Elle sera enfin heureuse avec elle-même. Mais à seule condition que mon complot réussisse. Je devine que tu bloques mon alliance avec Maze et que ta voix est plutôt importante. Et bien vote pour la guerre maintenant, et entraîne la part d'indécision de Maze avec toi. Deviens un Voyageur redoutable, entraîne-toi, affronte Dreamland, deviens aussi puissant qu'un Seigneur Cauchemar, un Duc Obscur, voire plus si tu le peux. Plus tu seras fort et motivé, plus j'ai de chances de remporter le complot. Finalement, je te propose juste d'être ce que tu as toujours voulu être, en t'offrant l'opportunité de briller en plus. Deviens puissant, Ed Free. La guerre qui va t'engloutir demande que tu le sois. » Il frappa dans ses mains. « Maintenant, dégage de mon Royaume. Tu peux contempler ta chère une dernière fois si tu le désires. Qu'est-ce qui vous empêche de sortir ensemble encore une fois ? »

  Je refusais de lui répondre, je refusais de la regarder. Ce n'était pas Ophélia de toute manière. Quelque part au fond de moi, je savais que ça se passerait ainsi. Pire, je ne me voyais pas faire autre chose que d'obéir maintenant : j'allais devoir affronter le Royaume Obscur pour réparer mes innombrables conneries. Totalement piégé. Jamais je ne m'étais senti aussi désespéré qu'à cet instant-là, jamais. Et pourtant, j'en étais passé par des phases. Ce fut piteusement que je remontais les marches de l'amphithéâtre, mécaniquement aussi, incapable de comprendre tous les tenants et aboutissants, de me dire que j'allais me condamner ainsi que des dizaines d'autres Claustrophobes... Toutes mes pensées étaient vides de sens, immobiles tels des flocons de neige qui fondraient avant même de toucher le sol. Plus j'avançais, plus je me sentais lourd, moins je trouvais de solutions sur ce qui m'arrivait. Je quittais la pièce, j'étais pris dans un piège, et je n'avais pas le droit de le fuir. J'étais emprisonné à Dreamland et destiné à partir dans une vraie guerre meurtrière. Cependant, ma motivation ne flanchait pas. Je n'avais plus qu'à devenir le meilleur pour sauver Ophélia de son carcan que je lui avais imposé. Je n'avais pas le choix. Je devais passer à la vitesse supérieure. Courir beaucoup plus vite.

__

  Dès qu'Ed disparut du Temple, Pijn se mit à s'esclaffer bruyamment. Les Voyageurs étaient si simples à manipuler ! Il se frotta les mains, et il ne perdit pas de sa contenance même quand la Mort Silencieuse lui dit qu'elle n'était pas d'accord sur la récompense d'Ed et qu’elle ne voulait pas disparaître. Elle fut surprise quand son Seigneur lui raconta que pour une fois, il devrait tenir ses promesses et qu'il ne renierait pas sa parole.

« Même si je ne devais pas l'avouer à Ed, lâcher Sarah était une idée de Maze afin que tu puisses revenir vers moi, et motiver Ed pour la guerre et le transformer en grand combattant. Ça s'est passé exactement comme on l'espérait. Maze décrétait qu'il nous fallait trouver des moyens de combattre les Ducs Obscurs à arme égale et ainsi les empêcher de ravager notre armée. Et qu’il avait une idée pour en occuper un, voire deux : te faire revenir et obliger Ed à rechercher de la puissance. Il faut maintenant que je prévienne ce chauve de Maze. Il pourra me remercier, j’ai failli avouer à Ed que c’était lui qui avait envoyé Sarah. »

  Il sentit qu'Ed partait maintenant des souterrains du Royaume et retrouvait l'air libre. Il espérait qu'il avait bien apprécié sa dernière visite, car Ed Free serait obligé de retourner au Royaume Obscur un jour. Pour y mener son ultime bataille.


THIS IS NOT THE END



Merci pour votre lecture patiente !
Spécial remerciement à Clem pour sa foi inébranlable au fait que j'arrêterais de le faire chier s'il restait mon meilleur lecteur alpha, et qu'à la fin, il battrait le MMM.
Spécial remerciement à Khildar qui n'a pas fait que prendre de l'avance sur ton travail de staffeux et qui a amélioré énormément de points rien qu'en posant le doigt dessus.
Spécial remerciement à tous ceux qui apparaissent dans ma quête en tant que guest et qui ont rectifié certains passages afin de rendre la quête plus réaliste.
Spécial remerciement à Matthieu pour m'avoir prêté Germaine sans son autorisation.
J'aimerais remercier aussi spécialement chacun d'entre vous avec la sincérité que vous méritez, mais ça réduirait à néant ma première phrase de ce générique.

Ceci était ma dernière quête solo. Non pas parce que ça m'ennuyait, mais parce que j'ai maintenant envie de passer à la vitesse supérieure avec un roman.
Une page facebook ainsi qu'un blog "pro" sont créés et en cours de travaux afin de suivre l'élaboration de mon futur livre, dévoiler en avant-première l'intrigue et des extraits, et de pouvoir vous dévoiler mes anciens écrits.
Ceci était de la pub gratuite.

En attendant, je vais continuer à faire mon swag-pleurnicahard-man et à vous remercier pour avoir lu ce que j'ai fait. J'ai un gouffre au cœur que vous comblez ; ça ne veut rien dire, mais c'est ce que je ressens très profondément, et pleinement.
Je suis joyeux d'avoir terminé ça et de me rendre compte que des gens ont lu, mais je suis aussi triste parce que non seulement, je ne pourrais plus faire bouger Ed & Co. aussi librement qu'avant dans ces quêtes solos et que finalement, c'est un peu comme si je lui disais un petit adieu, mais aussi parce que j'aurais voulu vous montrer quelque chose d'encore mieux lors de ces trois quêtes solos - une première moins RPique, une seconde moins éparpillée, et une troisième moins poussive.
Ne venez pas me dire après que c'est déjà très bien, ce n'est pas pour ça que je vous en parle.
C'est pour vous dire que je vais faire mieux, bien mieux, et c'est en grande partie grâce à vous et à vos remarques.

Je vous fais de la bise énorme.

PS : Désolé de m'être donné assez d'importance pour faire un tel générique.
PSS : Et pour les idiots au fond de la salle, je suis pas en train d'annoncer mon départ, mais maintenant, l'histoire de Ed va continuer à travers les RP et les Events.
PSSS : Putain de point final de merde
.
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