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Le voleur de couleur [Quête PV Ed Free]

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Lulei O'Malley
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MessageSujet: Le voleur de couleur [Quête PV Ed Free] Jeu 16 Jan 2014 - 15:44
Il y a ceux qui appellent à la moindre occasion, ceux qui ne le font qu'en cas de nécessité, ceux qui se limitent à l'envoi de sms ou encore ceux qui n'ont pas de portable. Mais il y a une autre catégorie : Celle des angoissés, des névrosés, ou des simples timides qui se contentent d'observer leur téléphone pendant plusieurs minutes en espérant recevoir la preuve qu'ils appartiennent encore à ce monde. Ainsi, à la moindre esquisse de son provenant de l'engin, ils se précipitent dessus, tâtant avidement l'appareil, retardant leur délivrance par la moiteur et les tremblements de leurs mains incapables de contenir l'effusion de joie qui traverse leur corps. Bien souvent, la déception est grande. Ce qui devait être un joyeux anniversaire, des nouvelles ou des renseignements, ne s'avérait n'être que le cri d'agonie d'une batterie trop faible ou l'acharnement incessant des publicités que l'on supprime avant même de les avoir lut. Mais il arrive quelques fois que leurs souhaits soient exhaussés, alors, le souffle saccadé, un sourire niait sur les lèvres, ils relèvent la tête et remercient le ciel. Puis, la corde est rangée et des doigts s'agitent frénétiquement au-dessus de l'écran : Le challenge est relevé et répondre à l'expéditeur devient la première des priorités. Mais écrire un simple message peut s'avérer bien compliqué. Son ton, ses smileys, sa longueur, ses fautes d'orthographe et sa syntaxe sont autant de données à prendre en compte dans sa rédaction. Alors les mots s'enchainent, disparaissent, sont remplacés par d'autres, reviennent et finalement rien n'est envoyé, le portable est délicatement déposé sur un coussin et ne sera repris que lorsque les irritables notes du réveil pousseront son propriétaire à le faire taire.

Lulei n'en était pas encore arrivée là. Pour le moment elle se contentait de regarder l'instrument, cherchant une faille, une échappatoire qui lui ôterait la nécessité de prendre une décision. Car entre se lancer dans la périlleuse rédaction d'une réponse et perdre l'occasion de sortir de son isolement social, le choix était rude. D'autant plus que chacune des parties y allait de ses arguments. La première s'amusant à titiller son esprit au sujet de l'avenir qu'elle était trop faible pour s'offrir, lui rappelant ses devoirs, les exigences sociales, le temps qu'elle avait déjà gâché et sa persistante immaturité. Tandis que la seconde usait de sa faiblesse morale, de son manque de volonté, prenant un malin plaisir à lui rappeler ses précédents échecs, à quel point elle était ridicule perdue dans ses baffouillements, ses piètres tentatives d'humour et son orgueil démesuré qui la poussait à exposer des théories cosmologiques plus stupides les unes que les autres. Mais il ne s'agissait que de la réponse à une question, ces extrémités n'étaient pas censées apparaître dans ce type de conversation. Alors la suppliciée réquisitionna tout son courage, serra des dents et s'empara de l'objet de sa souffrance. Au diable les conventions, adieu les fausses apparences. Les lettres s'alignaient dans le petit encadré blanc tandis que sa raison l'abandonnait. Ainsi son esprit avait laissé libre place à ses sentiments et oubliant les craintes d'un avenir hypothétique, elle laissa à ses doigts le soin de les exprimer. Pour la première fois son portable devenait un véritable instrument de communication. Lorsque finalement sa tâche fut achevée, la jeune fille prit une inspiration et, un œil fermé et l'autre à moitié ouvert, appuya sur la touche « envoyer ». Un soupir s'échappa de sa bouche à l'instant même où un poids quittait ses épaules. C'était fait. Maintenant ses parents étaient enfin au courant qu'elle aurait préféré manger une pizza plutôt que de la soupe le lendemain soir. Ce fût donc avec la délicieuse sensation d'avoir accompli quelque chose pendant sa journée que l'anxieuse se glissa sous ses couvertures pour rejoindre le merveilleux pays des rêves.

L'air étouffant de la petite chambre où elle s'était endormie avait laissé la place à un délicat zéphyr survolant une spectaculaire prairie. Ici, nulle allée bétonnée, point de klaxons assourdissants ou de relents d'égouts qui vous poussent à vous retrancher le plus rapidement possible dans votre appartement, mais une myriade de fleurs plus colorées les unes que les autres dont l'union des senteurs est à l'origine du plus onirique des parfums . Lulei retira son pied de la lavande sur laquelle il s'était posé. Si il y en avait eu une plus grande proportion et quelques rosiers supplémentaires, elle aurait sans problème pu se croire dans le jardin de sa grand-mère. Mais dans la splendeur qui s'étendait devant ses yeux, il n'y avait ni rose, ni camélia. Narcisses, violettes, genêts et surtout coquelicots avaient en revanche reçus le privilège de composer le paysage. Leurs couleurs s'entremêlaient de telle sorte que même le plus insouciant des enfants ne puisse oser s'attaquer au tableau courageusement exposé devant ses yeux et ce malgré la tentation évidente qui vous incite à recueillir quelques-unes de ces plantes ne fut-ce que pour la joie de pouvoir concocter la plus exceptionnelle des potions ou plus simplement, un joli bouquet. N'ayant, pour une raison qui lui était inconnue, que très rarement eue l'occasion de pouvoir les observer, l'adolescente se pencha au dessus d'une des fleurs rouges étonnements abondantes en comparaison de leurs sœurs. Rien de particulier ne ressortait de l'égérie de Kenzo si ce n'était la disposition pour le moins étrange de ses pistils. Étonnamment, ces derniers ne s'étaient pas répartis de manière égale et circulaire comme à l'accoutumée, mais de façon à former par leur configuration chacune des lettres de l'alphabet. La jeune fille n'avait même pas encore eu le temps de tenter de déchiffrer un potentiel message, qu'une nouvelle curiosité se glissait sous ses yeux. À quelques mètres sur sa droite, la palette de couleurs que composaient les plantes s'arrêtait brusquement. Pourtant, chacune d'entre elles était encore complète : de la racine aux pétales, tout paraissait naturel. Ou du moins, à un détail près : Du gris, du noir et parfois du blanc s'étaient subtilisés aux précédentes teintes, réduisant le paysage anciennement guilleret à une simple et immense étendue morne. Elle s'agenouillait devant l'une de ces étrangetés quand un raclement de gorge interrompit son observation.


- Bien le bonjour. Je peux voir à votre prestance et votre impavidité que vous n'êtes pas l'un de ces imprudents rêveurs qui folâtrent sur mes terres.


Prestance, pourquoi pas. À son humble avis c'était loin d'être le cas, mais dans cette adorable paire de chaussures oranges dont Dreamland l'avait doté, même le plus immonde des babouins aurait put paraître poli et raffiné. Pour l'impavidité, c'était déjà plus étonnant (bien que le fait qu'elle en saisisse la signification le soit plus encore), en quoi un champ de fleur pouvait-il bien être effrayant ? Il était étrange certes, mais pas non plus affolant. Un regard sur son interlocuteur lui indiqua qu'il ne fallait peut être tout simplement pas chercher à comprendre. Les yeux d'un bleu extrêmement clairs, ses cheveux blancs ébouriffés et son tic à l'œil gauche lui donnaient l'apparence stéréotypée du savant fou. D'ailleurs elle l'aurait surement pris pour tel si il n'y avait pas ces traces d'encre sur sa chemise multicolore. Non pas qu'à ses yeux un scientifique ne soit pas sujet à ce genre d'accidents, seulement, bercée dans une famille où la science prônait avant les arts, il ne lui paraissait pas concevable qu'un spécialiste en médecine, mathématique ou même physique, soit suffisamment impoli pour venir s'adresser à une inconnue sans porter de vêtements propres. Mais la puinée avait été bien éduquée et respectait les différences quel qu'elles soient. Aussi, elle se redressa, passa rapidement la main sur son tee-shirt pour en ôter les plis et fit face au sexagénaire. À première vue celui-ci n'était pas bien méchant, il ne lui coutait donc rien de le saluer et éventuellement d'engager la conversation. En réalité, la voyageuse avait bien envie de se lier d'amitié avec ce vieil habitant des rêves. Contrairement aux enfants, adultes ou aux jeunes de son âge auxquels elle n'osait pas adresser la parole, le contact s'établissait généralement bien avec les personnes âgées qu'elle affectionnait tout particulièrement. Avec leur générosité sans limite, leurs nombreuses histoires à raconter, leur sagesse et bons conseils, ils agissaient sur son moral de la même manière qu'un doudou réconforte son propriétaire. Mais l'inconnu l'a pris de court, poursuivant sans même lui laisser le temps d'échanger de banales formules de politesse.

- Pardonnez moi si par là j'ai manqué de subtilité, mais je n'ai pu m'empêcher d'observer votre alacrité face à l'acmé de l'esthétisme dont ce lieu est doté. Une fulguration a alors traversé mon esprit, révélant la solution à mon tourment, m'indiquant que vous seriez peut être amène de me délivrer de ma géhenne.
Je me doute que vous l'ayez déjà remarqué, mais un être abominable à commis un crime effroyable. Mes coquelicots qui jadis étaient si beaux sont désormais tout aussi ternes qu'un seau d'eau. Non content d'abâtardir mon jardin par ses immondes stigmates, cet infâme spoliateur a su s'enhardir, diffamant le travail des plus exquises pattes. Désistant ainsi de sa sublimité la meilleure de leurs œuvres, se faisant de l'onirique terre le plus détestable des voleurs. J'en suis tout aigri et j'aimerais agir, malheureusement je suis né sans nul autre talent que ma verve exceptionnelle qui elle-même tombe en pleine désuétude par l'écueil de la relève. Je vous en prie m'amie partez sans ambages à la recherche de celui que j'abhorre, récupérez notre apanage et faites lui une admonestation digne de ses tors, vous en serez fort bien stipendiée, je puis vous l'assurer.


Ainsi Lulei apprit qu'elle était ignare. Toutefois, dans le charabia que l'on venait de lui conter, l'important lui était parvenu. La monochromie du décor qui l'entourait était l’œuvre d'un bandit qu'il lui demandait de retrouver. Elle avait du mal à percevoir comment un vol de couleur était possible, mais après tout, ils se trouvaient en plein rêve. Jusqu'à présent, bouleversée par un tel ébranlement de ses certitudes, la manieuse avait eu le mauvais rôle. Succombant à son orgueil, son ignorance et son avarice, elle avait provoqué plusieurs accidents qu'elle regrettait, si ce n'est amèrement, au moins suffisamment pour souhaiter se racheter. Saisie par le malheur de l'homme et désireuse d'alléger sa conscience, celle qui avait été sollicité accepta la mission qu'on lui confiait. S'en suivit alors une longue conversation où Salva lui révéla non seulement son nom mais également les indices auxquels son enquête personnelle avait aboutie. D'après lui, le criminel, qui par ses ignobles actions s'était fait haïr par de nombreux individus, se trouvait actuellement à Park of Game, le royaume des jeux. Comme celui-ci se trouvait fort loin, les compères continuèrent à discutailler jusqu'à ce que la plus jeune des deux disparaisse dans un écran de fumée.

Debout au centre de la pièce, l'héroïne en devenir entortillait ses doigts pendant que son pied dessinait de petits ronds sur le sol. Ce lieu l'intimidait. Sa forme circulaire et ses murs gris l'angoissaient au point qu'elle n'osait même pas s'adresser à l'une des créatures qui patrouillaient autour d'elle. Non, c'était faux. Même si la salle avait été carrée avec des murs blancs, l'étrangère serait restée plantée sur place incapable de choisir une direction. C'était ridicule, elle était en train de dormir et n'avait aucune raison d'être poursuivie jusque dans ses rêves par sa timidité maladive. D'autant plus que jusqu'à présent celle-ci l'avait laissée tranquille une fois endormie. Alors pourquoi tout d'un coup aujourd'hui, son problème la reprenait ? Dans le monde réel ça avait plutôt tendance à être l'inverse. Polie et réservée envers et contre tous jusqu'au moment où, sans aucune raison particulière, elle se mettait à débiter un flot impressionnant de paroles. Victime de sa logorrhée, la jeune fille se trouvait alors abandonnée par ceux qui avait eu, jusque là, le courage de la supporter. Prise d'un improbable élan de bravoure, elle avança son pied gauche vers l'une des personnes qui se trouvait là, entrouvrit la bouche et fit un mouvement de la main. L'inconnu poursuivit sa route sans même la regarder. L'ignorée reprit donc sa pose initiale et continua à entrelacer ses doigts. Quand son employeur lui avait expliqué comment se rendre dans un royaume de Dreamland, elle s'était imaginée que sa besogne aurait déjà été à moitié accomplie. À présent, elle prenait conscience que pour vaincre le voleur, il fallait déjà le trouver. Épuisée, mais pas encore suffisamment effrayée pour s'asseoir par terre, l'adolescente se lança donc dans une observation périphérique du lieu dans lequel elle se trouvait. Il s'agissait uniquement de s'occuper en attendant une intervention divine, mais celle-ci sembla justement se manifester à ce moment-là. Sur l'une des flèches aux lumières clignotantes, certaines lettres ne s'illuminaient plus, restant ainsi confinées dans un gris maussade et inhabituel comparativement aux couleurs criardes qui les encadraient. Il s'agissait surement d'un simple dysfonctionnement, mais lassée de perdre son temps, l'apprentie détective fit appel à ses tripes et suivit la direction de la pancarte.

L'angoissant hall avait laissé la place à un angoissant couloir. Étroit et froid, les pierres grises qui le composaient luisaient sous l'effet de l'humidité. Sincèrement, ils auraient pu faire un effort. Dans ce monde où il est parfaitement normal de trouver un poney amoureux d'un pétunia, de converser avec les nuages et de considérer son corps comme une monnaie d'échange, personne ne leur en aurait tenu rigueur d'avoir construit un château en mousse avec des briques vertes parfumées à la menthe qui dégagent des bouffées d'air chaud quand on leur donne un petit coup de poing. Mais non, à la place de ça, Lulei se trouvait coincée entre des murs vraiment trop rapprochés, dont les aspérités ne perdaient pas la moindre occasion d'écorcher sa peau. Pour palier à ce désagrément, elle rentra ses bras à l'intérieur de son tee-shirt avant de les glisser dans les poches de son jean, ce n'était pas pratique pour marcher, mais au moins son adversaire ne la découvrirait pas à moitié morte. La geignarde avait de la chance dans son malheur, le corridor était libre. Enfin, il l'était jusqu'à ce que quelqu'un décide d'ajouter un peu de piment à la situation. Allez cocotte, rentre ton ventre, serre les fesses et fais jalouser les contorsionnistes.
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MessageSujet: Re: Le voleur de couleur [Quête PV Ed Free] Jeu 23 Jan 2014 - 20:19
  L’affaire avait atterri dans mon oreille alors que je me prélassais tranquillement dans mon bureau du Royaume des Deux Déesses et que la lumière chatoyait la pièce en passant par les vitres. Epuisé de ne rien faire, je me reposais comme je le pouvais, les pieds nonchalamment jetés sur le bureau, la tête rejetée en arrière pour m’aider à m’assoupir et les lunettes de soleil qui traçaient une cicatrice transversale mais parvenaient tout de même à empêcher les rayons de ruiner ma sieste. Des dossiers et des feuilles de papier à ranger sous la catégorie « Administration » étaient précisément posés pour qu’en cas de visite impromptue, il me suffisait de plier les jambes et de m’adosser au dossier afin de faire croire que j’étais en plein travail et que mon rôle de roitelet ne consistait pas qu’à sourire aux gens, agiter main et éviter ses responsabilités en partant pourchasser quelques inconnus. Quand il n’y avait rien à faire dans Dreamland, je revenais dans le Royaume, et généralement, il n’y avait pas non plus foule d’actions à réaliser, sauf quand Fino avait rapporté de la dynamite et hésitait où la placer pour faire le plus de dégâts possibles. Et encore, ça ne prenait que dix minutes de mon temps.

  Des petits bruits de pas dans le couloir, et j’ouvris un œil. En moins d’une demi-seconde, j’étais en train de remplir des dossiers d’un crayonné furieux, prêt à abattre une montagne de dossiers ô combien intéressants en un temps record, et Shana se permit d’entrer dans la pièce après avoir toqué trois fois. Elle jeta un drôle de regard à la scène (Ed Free en train de s’occuper de papelards administratifs ? Il allait bientôt se mettre à manger des légumes chaque jour) et j’espérais qu’elle ne s’attarderait pas trop longtemps à mes lunettes qui pendaient, maintenues par une seule oreille. Shana plaça une mèche de ses longs cheveux derrière un de ses lobes avant de m’indiquer la raison de sa présence :

« Une vieille habitante des Plaines est venue nous demander notre aide. C’est au sujet de couleurs disparues. » Hin, une affaire parfaitement banale, comme d’habitude. Je demandais des précisions :
« C’est-à-dire ?
_ Les couleurs sont volées, et les endroits où il a opéré sont blanc, gris et noir.
_ Le gris est pas une couleur maintenant ? »

  Le regard qu’elle m‘adressa était assez explicite pour se passer de mots, et je fis une grimace discrète pour garder bonne mesure et lui faire savoir que j’avais compris la leçon : les questions stupides passeraient après le briefing et le choc de la situation passée. Je réfléchis deux secondes à la situation et à ce que je pourrais y faire, et Shana rajouta des informations complémentaires, dont la plus importante était l’identité du voleur en question. Je levais les yeux et fis bouger ma mâchoire, comme si je goûtais un mauvais vin. Je crachai donc la réponse :

« Dis-lui gentiment que ce n’est pas notre affaire. On accueille les réfugiés, on n’est pas un bureau de plaintes inter-Royaumes. »

  Ni un organisme de mercenaires dont l’administration était gérée d’une main de maître par Shana et Germaine, un parallèle souvent repris et jamais totalement faux. Il y avait les deux citées précédemment qui restaient toujours dans le Royaume et lui donnaient un semblant de cohérence, puis Jacob et moi qui nous aventurions dans des contrées sauvages de Dreamland ou à la rencontre de gens qui avaient des problèmes (voire directement les problèmes) et qui retournions dans le Royaume quand il était temps de faire une petite pause. Avant de repartir frais comme des gardons pour d’autres allers retours de ce genre. Mais s’enfoncer dans la léthargie calme des environs était aussi délétère que de se jeter dans la gueule d’un troll et rester dans son estomac. Ce n’était pas tant par paresse que j’avais refusé l’affaire, c’est que je ne me sentais pas concerné par un voleur de couleurs qui frappait dans un Royaume de la Zone 1. Même si j’étais légèrement intéressé par voir un Royaume qui avait perdu de sa couleur, et ce n’était pas vraiment ce que les victimes recherchaient de l’enquêteur qui s’attelait à de leur problème, me déplacer pour un petit con avec un pouvoir légèrement particulier ne m’emballait pas. Quand on avait roulé sa bosse, quand on avait vaincu des adversaires coriaces, trouvé des trésors, résolu des enquêtes et autres énigmes importantes, quand on avait un Tatouage dans le dos, des cicatrices (fallait les imaginer parce qu’elles disparaissaient d’une nuit sur l’autre), relevé des épreuves ardues, laissé à moitié mort dans les égouts plusieurs fois, que ça faisait plus de trois, non quatre, ans que vous fonciez dans tous les sens, et qu’on mettait sous le nez une affaire comme un gentil voleur de couleurs qui transformaient les coquelicots en gris foncé, on réfléchissait posément sur les chances qu’il avait de se faire attraper et le nombre de gens qui pourraient intervenir sur l’affaire, on se gaussait et on laissait à d’autres le soin de gérer. Je ne voyais pas des coins de Dreamland restés gris à jamais, ça ne collait pas. Soit les couleurs allaient revenir d’elles-mêmes (je ne faisais que supposer gentiment parce que finalement, le comportement des couleurs oniriques était un sujet de réflexion qui ne m’avait pas encore effleuré), soit quelqu’un irait dire deux mots au voleur après l’avoir retrouvé, et tout reviendrait dans la normale, qu’il ait accepté ou non de coopérer au départ (au départ seulement, ensuite, il se prendrait des gnons).

  Shana repassa la tête par la porte pour m’indiquer la réponse de la Créature :


« Elle voulait te dire qu’elle s’attendait à ta réponse et qu’elle demanderait à des Voyageurs avec de plus grosses couilles. »

__

  Park of Game était un endroit fabuleux.
Quand on était un gamin.
Quand on était un gamin jeté.

  Je n’y avait passé qu’une seule nuit, mais j’avais rapidement compris qu’en plus d’attirer des tonnes de Voyageurs noobs sur ces terres, Park of Game était une sorte de Dreamland dans Dreamland, ce qui enlevait encore plus du crédit à vos actions, et donc moins de culpabilité. J’étais persuadé que des petits cons avaient déjà saigné un de leurs adversaires et se retournaient pour s’expliquer, attendez… on jouait à un jeu… dans un monde onirique. Voilà le monde dans lequel on vivait : l’entertaining était au-dessus de tout et pouvait passer toutes les frontières morales. Mettez-le à grande échelle, et soit vous obteniez des GN de gros nerds boutonneux, soit vous obteniez ces idiots de noobs qui vous regardaient innocemment, tandis qu’un petit « Voyageur Kill : + 500 pts » jaune naissaient au-dessus de sa tête avant de s’évaporer.

  Mais maintenant que j’y étais, j’y étais, et on me délogerait pas du Royaume jusqu’à ce que je mette le grappin à ce type. On m’avait donné toutes les coordonnées dont on disposait, et c’était à moi d’obtenir les résultats. Déjà, le voleur se cachait dans le coin et il s’appelait Martin, puis le type qui s’était assez senti victime pour proposer une récompense proposait une récompense, ce qui n’était jamais mauvais quand on effectuait une tâche que vous n’aviez pas envie de faire à la base. Et finalement que je n’étais pas seul sur le coup, qu’il avait quelqu’un d’autre, et que ce quelqu’un, d’après les propres mots du directeur cités par la Créature des rêves était un Voyageur redoutable doté d’un esprit tranchant comme l’épée. Je ne fus pas tant intéressé par ses capacités que par le fait que la mission serait terminée en un clin d’œil. Ce type avait un nom trop badass, que je n’avais pas bien retenu, mais qui devait ressembler à Loup-Leï. J’avais des lunettes qui détectaient les auras, mon panneau de signalisation qui me barrait le dos (« Attention aux enfants »), et j’avais entendu parler de cet endroit même si je n’y avais jamais les pieds. Tous les jeux de société se trouvaient en une seule place déguisée en châteaux-forts, et j’avais cru comprendre qu’à la place des pions, c’étaient les joueurs qui devaient s’investir physiquement dans les parties. Je n’avais juste pas envie de dormir dans un hôtel de Rue de la Paix, mais je ne voyais pas ce qui serait assez dangereux pour me faire frémir. Pas une mission trop hardcore, non, ou alors je sous-estimais la dangerosité de « Allez les escargots ».

  Je traversai rapidement un couloir plutôt serré, jamais pratique avec quelque chose d’aussi encombrant qu’un panneau de signalisation dans le dos, et tandis que j’essayais de passer alors qu’une autre Voyageuse venait en face, j’entendis un grondement sourd qui montait. En moins d’une seconde, des murs nous bloquèrent de toutes parts, comme si ces derniers, ainsi que le sol, avaient bougé. Bloqué sur trois mètres carrés avec une Voyageuse, je me souvins vaguement d’un jeu de mon enfance nommé « Labyrinthes » dans lequel le terrain se modifiait constamment. Il fallait juste prendre son mal en patience le temps qu’une nouvelle voie s’ouvre à nous. Je me plaquai dos au mur devant la Voyageuse, et puisque je n’avais rien à faire, lui dit tranquillement mes soupçons :


« Faut juste attendre. Les murs devraient rebouger bientôt. » Sans trop la regarder non plus pour ne pas qu’elle me prenne pour un violeur qui tenterait de profiter de la situation, je me dis que je n’avais rien à perdre à lui poser une ou deux questions : « Je cherche un dénommé Martin. Il est soupçonné d’avoir volé des couleurs. Tu ne l’aurais pas vu dans le coin récemment ? Ou alors Loup-Leï. C’est un puissant Voyageur qui est à sa poursuite. »
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MessageSujet: Re: Le voleur de couleur [Quête PV Ed Free] Ven 7 Fév 2014 - 2:53
Ce fut un tout petit frôlement, presque imperceptible. Une caresse trop délicate pour être considérée comme un contact. Pourtant, de la même manière qu'une simple brise peut vous faire atteindre les sommets de l'euphorie alors que votre corps fond sous l'oppression d'une chaleur trop agressive, cet aérien effleurement l'avait ébranlé au plus profond de son être. La respiration qui s'était brusquement arrêtée repris alors que ses narines humaient la délicate fragrance qui se dégageait de cette explosion de lumière. Une odeur suave, légèrement poivrée. Une odeur d'homme mâture. Une odeur de responsabilités. Une odeur qui la faisait chavirer. Devant l'inconnu qui lui faisait face, pas la moindre pensée ne parvenait à percer la carcasse de son crâne. Non, elle ne songeait à rien. Se contentant d'être aveuglée par la radiance que reflétaient ces cheveux blonds, offrant un sourire à la brulure de ses yeux avant que ceux-ci ne s'humidifient sous l'influence de la magnificence que la chance avait bien voulu placer sur son chemin.

Ce n'était pas de l'amour. L'amour, elle avait cru le croiser deux ou trois fois avant qu'il ne parte à l'assaut de sa raison pour finalement prendre possession de son cœur et le briser sans le moindre remords. Pour sa défense, pas une seule des animatrices n'avait su résister à ces 85 kilos de muscles qui, tout en empathie et altruisme, les guidaient à travers le flot d'adolescents qu'elles étaient sensées encadrés. La lutte avait été terrible, mais Lulei n'était pas parvenue à la remporter. Pénalisé par sa naïveté et son manque d'expérience, elle avait dû s'incliner. Cependant par ce malheureux souvenir, de nouvelles compétences étaient venues s'ajouter à sa maigre collection comme, par exemple, la capacité de repérer instantanément qu'un mâle fut âgé de 23 ans même si, bien sur, il lui arrivait parfois de se tromper. Ç’aurait été avec grand plaisir que ses sens auraient poursuivit leur analyse si tout d'un coup, les murs qui l’oppressait depuis plusieurs minutes ne s'étaient pas mus, stoppant net cet instant à la fois de bonheur et de torture.

Désormais totalement enfermés, mais à bonne distance, les deux promeneurs s'observaient. Tandis que le plus âgé s'adossait aux pierres grises, la seconde retrouvait peu à peu ses esprits contrairement à sa salive. Sa bouche était plus sèche que pâteuse et, pendant un instant, elle s'arracha à sa contemplation pour tenter de trouver un antidote à la brûlure qui grandissait dans le fond de sa gorge. Dreamland n'avait pas jugé bon de la doter d'une bouteille d'eau et il était inconcevable d'en demander à celui qui promenait à présent son regard aux frontières de son être. Pour ne rien arranger à la situation, sa nouvelle pose lui conférait un bonus indéniable en charisme. Cette pertinente observation ne fit qu'ajouter à son malaise et la timorée se retrouva face à un nouveau dilemme : abandonner sa façade inexpressive (du moins il s'agissait actuellement de son souhait le plus cher) ou alors attendre de pouvoir recommencer à baver. C'est naturellement la dernière option qui fut retenue et oubliant la tentation de remuer sa langue pour arranger un peu les choses, elle préféra déclencher son processus de salivation. D'ordinaire, cette tâche ne lui requerrait pas trop d'effort, mais songer à de la nourriture lorsqu'un soleil anthropomorphique se tient en face de vous c'est déjà tout une affaire. Alors, l'angoissée oublia l'idée de faire preuve de volonté et succomba à sa faiblesse, braquant son regard sur son idole, détaillant chacun des traits de son éblouissant physique tout en essayant de minimiser leur impact sur sa conscience en les comparants à des plats, certes, moins valorisants, mais appétissants. Ainsi, cette mèche blonde devenait la pâte dorée d'un kouign-amann, tandis que ses yeux, qui n'éprouvaient aucune difficulté à traverser la chemise qu'il portait pour masquer sa suprême corpulence, devinaient sans peine les quelques tablettes de chocolat qui constituaient ses abdominaux. La comparaison du panneau de signalisation avec une sucette à la fraise finit de lui mettre l'eau à la bouche juste à temps pour pouvoir se concentrer sur les quelques mots qu'il lui offrait.


- Faut juste attendre. Les murs devraient rebouger bientôt.


Comme on pouvait l'espérer de la part d'un tel être. Son instinct ne l'avait pas trompé, il s'agissait bien d'un homme respectable dans tous les domaines. Après tout, sa phrase n'avait-elle pas pour objectif de la rassurer ? Et même si ce poteau dans son dos ne suffisait pas à révéler toute la grandeur de son âme, il donnait tout de même certaines indications quant à l'envergure de cette dernière. Un individu comme on en croise peu. Un héro de ceux qui donnent sans rien attendre en retour. Une âme pure, généreuse, sublime. Et puis il y avait sa voix. Une voix parfaitement dosée dans son intonation, une voix au timbre à la fois chatoyant et discret, une voix qui n'atteint pas seulement vos oreilles, mais qui vous marque au plus profond de votre être. L'extraordinaire accumulation de tant de qualités commençait à creuser en son sein une cicatrice que l'ébahie savait perpétuelle et alors qu'elle savourait pleinement sa création, l'inconnu lui fit l'honneur de pouvoir apprécier une fois encore le doux produit de ses cordes vocales. Paradoxalement, l'adolescente avait du mal à se concentrer sur ce qu'il lui disait. Peu lui importait Martin, Dreamland et les passants du coin, mais si cela lui permettait de continuer à discuter, elle les aimait volontiers. Sa raison l'avait abandonné au profit du plaisir et ce qui lui l'aurait ravie, ça aurait été de pouvoir boire ces paroles à la source, de s'en imprégner et de les garder captives au fond d'un petit compartiment de son cœur. Malheureusement ça n'était pas dans ses capacités et lorsque finalement les mots trouvèrent le chemin du labyrinthe de ses sentiments pour venir combler le vide qui remplissait son crâne, la vérité qui s'exposait à elle la foudroya sans lui laisser la moindre chance de se défendre. L'idée qu'il existe plusieurs voleurs de couleurs lui parut saugrenue et l'interrogée en déduisit immédiatement qu'ils étaient tous les deux à la recherche du même criminel. En revanche, un doute subsistait concernant le voyageur qu'il recherchait. Il lui avait semblé discerner son propre nom, mais sa puissance n'avait d'égal que son état d'homme. Aussi, il lui semblait que la meilleure solution consistait à se contenter de répéter ce que Salva lui avait dit, bien que cela ne lui donne pas beaucoup de matière à répondre. De toute façon, elle se voyait mal adresser la parole à quelqu'un tel que lui. Soudain, un élan de courage. Lulei ne lui laissa pas le temps de s'échapper et saisit cette occasion inespérée.

- B-Bonjour, enfin bonne nuit, je veux dire enchantée. M-Ma-Martin, enfin le voleur, je suis également à sa recherche quant-à Lulei,


Mon dieu elle bégayait. Pouvait-il exister plus grande honte que celle qui lui enserrait actuellement le myocarde ? Comme s'il pouvait percevoir sa souffrance, le royaume choisit ce moment pour les séparer. Coupant court à son supplice, les briques qui les encerclaient changèrent de nouveau de place pour former deux couloirs distincts. Interrompue au beau milieu de sa douloureuse tirade, la timide était restée immobile, paralysée par le choc des récents événements. Finalement, après quelques secondes à gober les mouches, elle s'ébroua et colla son oreille contre les pierres humides. C'était désagréable au possible, mais ça lui paraissait indispensable. Aucun son ne traversa l'obstacle et tandis qu'elle usait du bas de son tee-shirt pour s'essuyer le coté gauche du visage, la jeune femme se trouvait assaillie par tout un flot de questions. Qui était ce garçon ? Comment l'avait-il perçu ? Combien de temps avant que le terrain ne se modifie à nouveau ? Le roi soleil se portait-il bien ? Allait-elle le revoir ? Est-ce qu'elle avait envie de le revoir ? Cette brusque interruption était-elle une chance ou son contraire ? Une seule certitude substituait : Elle était curieuse et flemmarde. Alors, plutôt que de chercher des réponses, ce qui lui aurait certainement valu une superbe migraine, la voyageuse préféra se concentrer sur l'instant présent et continuer à avancer à travers le corridor. Mais errer sans le moindre but à travers le dédale des allées froides et angoissantes d'un château peux s'avérer bien plus ennuyeux que ça ne le paraît aux premiers abords et puisque de toute façon, on n'oublie pas si facilement un miracle, ses pensées ne tardèrent pas à retourner vers son bel inconnu. C'est peut-être à cause de cette préoccupation que, sans réfléchir, ses doigts se fléchirent autour de la poignée d'une porte pour la pousser.

Une vague se fracassa contre la coque du navire et une multitude de gouttelettes vinrent s'abattre sur la tête des courageux matelots qui s'affairaient sur le pont. Un ordre fut aboyé et les moteurs stoppés. Pourtant, le temps était radieux et se prêtait volontiers aux manœuvres maritimes. Seulement, ils n'étaient pas en voyage, mais à l'aube d'une guerre. L'ancre fut jetée par-dessus bord et une bonne partie des soldats s'affaira vérifier l'état des torpilles tandis que le reste retournait à la salle de controle. Le capitaine ne profitait pas de l'air marin. Laissant toute sa confiance à ses subordonnés, il tortillait une mèche de ses cheveux fourchus tandis que sa main tremblante survolait une carte. Il fallait avouer que se retrouver encerclé par la mer, le crâne coiffé d'un petit chapeau et une vareuse surplombant une magnifique marinière, alors qu'à peine une seconde auparavant on poussait un lourd battant sans serrure après avoir déambulé parmi de dangereux couloirs, avait un coté perturbant. Mais le choc passé, l'adolescente s'était immédiatement investit dans son rôle de responsable et avait communiqué à son second les différentes positions de sa flotte. Le touché-coulé, un jeu auquel elle avait rarement participé et dont certaines règles lui paraissaient obscures. Toutefois, il lui était impossible de refuser cette partie, le passage par lequel s'était effectuée son entrée ayant soudainement disparu. Par conséquent, plutôt que de se morfondre sur son sort, l'égarée s'était investie dans son rôle, privilégiant sa sécurité avant la résolution d'une quelconque mission. Son index s'arrêta sur une ultime case et elle s'affaissa dans son fauteuil. Le lieutenant l'avait informé du déroulement de la partie et que celle-ci ne débuterait que lorsque son adversaire serait prêt. Il ne restait donc plus qu'à attendre. Profitant de l'occasion, la manieuse tourna la tête vers celui qui se tenait à ses côtés.


- Dis moi, je recherche un voleur de couleur qui se nommerait Martin ? Tu n'en aurais pas entendu parler par hasard ? N'importe quel indice serait le bienvenu. Oh et au passage, comment tu t'appelles ?

Le marin avait à peine ouvert la bouche pour lui répondre que déjà, un remous les bousculait, renversant dans le même temps le sublime mobilier qui avait été mis à sa disposition. Sans plus attendre, elle se précipita dehors pour pouvoir observer de ses propres yeux l'origine du phénomène. Un immense écran était apparu (ou plutôt tombé) en face de son bateau et tandis que son visage s'affichait sur la moitié gauche, un décompte occupait la droite. Dans 5, non, 4 secondes, elle allait découvrir l'identité de son opposant.
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MessageSujet: Re: Le voleur de couleur [Quête PV Ed Free] Mer 12 Fév 2014 - 21:04
La fille à qui j'avais parlé avait décidé de jouer la stratégie très intéressante de l'autruche-qui-mettait-sa-tête-dans-un-trou-et-faisait-le-mort-en-même-temps-tout-en-essayant-de-parler. Je n'étais pas tombé sur la bonne personne à interroger même si je percevais des éclat d'affirmation à ce qu'elle me disait, notamment qu'elle était aussi à la recherche de Martin. Je tentais de froncer les sourcils en espérant que la compréhension de ses propos seraient plus claire mais c'était peine perdue. Je me satisfais tout de même de sa réponse, et avant qu'elle ne put terminer sa phrase à cause d'un bégaiement moins rapide que le plateau de jeu (à moins qu'elle n'avait vraiment terminé), les murs se déformèrent encore et nous séparèrent l'un de l'autre. Elle aussi recherchait le voleur de couleurs ? C'était dommage que le labyrinthe ne nous aide pas à communiquer. Comme à mon habitude, je me dis qu'user d'une paire de portails m'aiderait à retrouver la fille afin qu'on fasse front commun dans cet univers dangereux et vaste, et encore une fois, une nature consciencieuse, perfectionniste et tout simplement paranoïaque de mon esprit me chuchota que des portails usés maintenant seraient des portails dont je manquerais par la suite. Je grimaçai et m'en tins là.

A la place, je regardais le labyrinthe qui s'était déformé et me laissait un plein couloir pour me balader. Je recherchais d'autres issues pour rejoindre la fille, n'en trouvait pas, et me décidai alors à m'avancer vers ses portes. Peut-être que j'y retrouverais ce terrible Loup-Leï, qui savait ? Je voyais bien la tronche du Voyageur qui s'appelait ainsi : un type plus musclé que moi, longue jambe, pectoral déployé, le swag au visage, peut-être une canine qui dépassait de là pour avoir un trait de ressemblance avec l'animal éponyme (à moitié), une fougue instoppable, un entrain qui nous aspirait et une puissance terrifiante ; une sorte de petite légende comme l'étaient tous les meilleurs Voyageurs pour les jeunots de la Baby. Je pourrais pas me louper, je le reconnaîtrai bien dès que je le verrais. La fille en avait faite mention avant qu'on ne soit coupés, mais elle avait semblé hésitante. Elle ne devait pas le connaître, ce qui était dommage. Si elle l'avait croisé et qu'elle m'avait dit qu'il serait dans les environs, je n'aurais pas hésité à sacrifier une paire de portails pour le rejoindre. Mais trêves d'hypothèse et d'espoir, passons à la pratique, ouvrons cette porte et...


" OOOOOOOOOoooooooh... ! "
Qué ?
" La vie d'un pirate,
Sur une frégate,
C'est la plus belle des vie ! "
Pourquoi moi ?

Autour de moi, la mer, l'océan, autour de moi mais plus proche, un navire pirate dont j'avais la barre entre les mains, des voiles dressées, accueillant le vent en leur toile épaisse et tendue, des pirates qui passaient par tous les stéréotypes vivants possibles (perroquet par-ci, jambe de bois par-là, quelques bandeaux, quelques foulards, quelques mousses avec un tee-shirt rayé, une figure de proue sur le navire d'une sirène aux seins nus, un crochet, des chapeaux, des pistolets d'époque, tout le tintouin de la piraterie avec l'originalité d'une classe de gosses qui devait dessiner un équipage). Oubliant mes habits, j'étais moi-même revêtu d'une grande veste rouge qui descendait jusqu'aux mollets, un chapeau avec une plume affriolante, et une rapière à mes côtés. De grosses bottes me montaient aux mollets.


" Hey ! Capitaine ! "
Puisque je me savais dans une situation de merde un sixième sens développé par l'expérience, je savais que le rôle du capitaine n'était endossé par personne d'autre que moi. Je répliquai :
" Moussaillon ?
_ Combien de coffres au trésor prend-on ?
_ Hurm... Le plus possible !
_ Mais si on fait ça, on n'aura plus de canon. "
, déplora-t-il sans vouloir donner trop l'impression qu'il contestait mes ordres.

Un éclair de génie me traversa et je compris le jeu auquel j'étais en train de jouer : Pirates. Oui, peut-être que vous étiez éblouis par l'originalité du titre, mais le problème n'était pas là. J'y avais joué quelques parties avec mon frère et ma sœur : le but du jeu consistait à aller piller des forteresses, ou les autres joueurs, d'amasser des trésors et les faire revenir à bon port, parce que Dieu savait que les trésors des pirates étaient toujours acceptés dans les banques populaires. Le fonctionnement du jeu, très simple, était le suivant : vous aviez six cases sur votre navire, sachant que vous pouviez y mettre des canons pour affronter les autres (un dé par engin), des marins pour vous déplacer (une case de déplacement par marin), et dès que vous en aviez, les trésors. Je tentai alors de rester concentrer pour trouver la bonne solution, et je lui demandai le nombre d'hommes à bord et de canon. Il me répondit trente et trois. Les marins fonctionnaient par dizaine. Sans réfléchir, je leur dis qu'on resterait équilibré au cas où on se ferait attaquer par d'autres pirates, et qu'on prendrait vingt marins, deux canons, et deux trésors. Avant que mon second ne s'en aille, je lui demandai s'il connaissait un dénommé Martin, voleur de couleurs de son état. Sans que je ne m'y attende, il me dit que oui. J'écarquillai les yeux, et il m'expliqua qu'il devait être au port, peut-être. La bonne nouvelle du jour. Je le remerciais. Et exultais.

Même si je trouvais ça ridicule, je me sentais plutôt fier d'être dans la peau d'un capitaine pirate. Je bombais le torse, étais inutile sinon à beugler sur mes subordonnées. Je les voyais hocher la tête quant aux directives données par mon second, et tout le monde se mit au travail. Encore une fois, je me sentis déboussolé. D'un côté, on avait les pirates qui arrivèrent pour déposer des trésors dégoulinant de pièces d'or à faire frémir n'importe quel épicurien, puis de l'autre, des hommes qui s'activaient à ramener une énorme pièce de canon de cale. Ils s'y mirent à dix pour soulever l'énorme engin en fonte, puis à le faire précipiter par-dessus bord. Avant que je ne m'interroge par la stupidité de leur oeuvre, je vis dix marins qui plongèrent dans l'eau. En me penchant, je pouvais les voir par-dessus le bastingage barboter dans l'eau aux couleurs tropicales. Je leur dis qu'ils pouvaient rester, parce que y aurait assez de place pour eux, deux canons et deux trésors, mais ils me regardèrent comme si j'étais en train de leur dire que la terre était ronde et tournait autour du soleil à cause de la gravité, que le Soleil était une petite étoile dans notre galaxie qu'était la Voie Lactée et que la gravité pouvait créer des trous noirs qui absorbaient la lumière et déformaient le temps parce qu'E=MC2 et autres trucs. J'étais pas physicien. Mais eux, encore moins.

J'explorai rapidement les cartes tandis qu'on était partis en profitant de la marée haute et d'un vent favorable, et quand j'avais dessiné du doigt notre trajet, le second s'était gratté la tête d'un air grognon. Je levais mes yeux vers le plafond : j'étais capitaine, c'était l'orgasme, et je me faisais rembarrer deux fois de suite par le mec. Il m'expliqua :


" Cette zone est dangereuse, Capitaine. Y a plein de navires de fer qui se tirent dessus, c'est un véritable champ de mines.
_ Il y a d'autres pirates qui voudraient notre butin, non ?
_ Oui, certainement.
_ Alors peut-être qu'on peut traverser une zone apparemment dangereuse, où on ne nous attendrait pas, afin de rejoindre rapidement le port et en étant relativement en sécurité. "


Il ne contesta pas mes ordres et on s'en fut. Le trajet aurait pu durer des semaines, mais comme nous étions sur un jeu de plateau gigantesque et diablement interactif, on arriva à la zone dangereuse en moins de cinq minutes. Les vagues étaient plus houleuses et le soleil était faible comparé aux tropiques. Les matelots commençaient à s'éparpiller sur le pont et dans les voiles pour donner plus de mou à certains endroits. Au loin, je vis rapidement qu'un obus avait perforé l'eau en soulevant une germe impressionnante, visible à des centaines de mètres. Si on s'en prenait un, on était foutus.

Cinq minutes plus tard, et on croisa quatre autres missiles qui tambourinaient à la surface de l'océan. Le dernier avait été celui qui avait frappé le plus proche : certaines personnes à la rambarde avaient reçu des gouttelettes. Les glottes commençaient à faire du bruit ; j'allais pas me taper une mutinerie direct ? Le courage de chacun tint tout de même bon, et on trouva alors un des navires de fer dont on m'avait parlé. Le touché-coulé avait des règles implacables, et le bateau ne se mettrait certainement pas à couler avec non canons : il devrait certainement se prendre quelques obus d'autres navires de sa taille pour se mettre à sombrer. Je me rendis compte que le courant nous emportait subtilement vers lui. Les pirates commençaient à s'agiter nerveusement, mais pas par crainte : par soif de sang. Je me mis à me ronger les lèvres, car je n'étais pas certain qu'attaquer un bâtiment comme un croiseur de guerre nous serait très favorable. On avait deux canons, ils en avaient une cinquantaine. Leur navire était légèrement plus grand que le nôtre (au moins quinze fois). Mais les pirates s'agitaient tous, et le second s'effraya qu'ils veuillent piquer nos trésors avant de nous couler par le fond afin de se reconstruire. Ça, ce n'était pas con du tout. Qui savait les enfoirés qui devaient se trouver à l'intérieur ?


" Préparez-vous, on va attaquer. "


Et tous les pirates, afin de n'oublier aucun cliché hurlèrent je-ne-savais-trop-quoi et se dépêchèrent d'imiter leurs homologues astérixiens en se collant à la rambarde comme des diables déchaînés. On se rapprochait de plus en plus de nos adversaires, de plus en plus... Je serrai les dents. Les canons étaient prêts à tirer, et je tentais tant bien que mal de leur dire que si on ne faisait aucun mort, ça serait bien aussi.
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MessageSujet: Re: Le voleur de couleur [Quête PV Ed Free] Aujourd'hui à 22:46
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Le voleur de couleur [Quête PV Ed Free]

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