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Entretiens avec des vampires.

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Calvin Thomas
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MessageSujet: Entretiens avec des vampires. Jeu 30 Mai 2013 - 1:14
22 Mai 20XX

Wow, les choses dégénèrent ! Alice est réapparue soudainement et c'était super gênant ! Je prendrais du recul dessus pour en parler plus bas, en attendant; résumé !

Une semaine écoulée depuis mon arrivée à Dreamland, et je ne maîtrise toujours pas mon pouvoir d'un chouilla. C'est un problème apparemment, parce que si ce monde est riche de choses superbes et captivantes, il est aussi extrêmement dangereux. Les Voyageur -dont je fais maintenant parti- sont même menacés de mort à certains endroit... Drôle de monde. Enfin, c'est un peu comme si je décidais de me rendre en Corée du nord sans visa j'imagine ; l'idée ne me serait simplement jamais venue à l'esprit. Dans ce nouveau monde, je suis plus fort, je suis un inconnu, je suis déjà très bien comme ça...

Mais grand père insiste, et il a décidé hier que nous rendrions visite au Comte pour m'apprendre les ficelles. Comme l'avait prédit la fille du premier jour, mes dents ont légèrement poussées. Le moment était donc plus ou moins venu. Et puis comme tu le sais, Hobbes est là maintenant ! Un exploit d'après papi, qui est plutôt fier de lui je crois. Moi, je sais pas trop. D'ailleurs sur cette nuit là, il n'a pas vraiment brillé. Que je reprenne depuis le début...

***


Je me réveillais à côté de grand père, qui m'attendait en jouant au morpion dans le sable, avec une sorte de lézard en haut de forme. Lorsqu'il me vit arriver, il jeta sa brindille sur le sol, offrit gracieusement je ne sais quoi à son adversaire en le félicitant, puis me salua d'un air joyeux. Vraiment, se faire embrasser par son grand père dans le monde des rêves à quelque chose d'étrange...

Mais le Béhémoth est plus que mon grand père ici, même moi j'arrive à m'en rendre compte. Surtout moi sans doute. Il n'est absolument pas voûté et porte des vêtements que d'aucuns jugeraient de choquants pour quelqu'un de son âge parce qu'un un peu trop moulants. C'est gênant mais bon, il rêve , il en profite, quoi de plus normal ?
Et puis c'est notre mentor, à moi et à Hobbes, nous n'y pouvons rien, ça lui fait trop plaisir. En plus je sens à chacune de ses petites tapes dans le dos qu'il pourrait me briser en deux par maladresse. Son pouvoir est d'être particulièrement fort, et il est dans une sorte de groupe de mecs super bourrins à ce que j'ai compris. Il m'en a présenté deux trois, mais je ne les ai pas aimé et j'ai décidé de ne pas zoner avec eux. Tant qu'à me faire une nouvelle réputation ici, autant qu'elle soit propre.

Nous nous sommes alors mis en route, sous une belle nuit de pleine lune, dans une contrée que je ne connaissais pas. Pour l'instant, l'endroit était rocheux, couvert de mousse et de mauvaises herbes et la lueur bleue émise par la lune baignait le tout d'un éclat doux et morose. Un endroit paisible -et heureusement pas âme qui vive à l'horizon. J'apprendrais très vite à quel point cette expression était mal choisie.

« Pourquoi papi ne m'avait-il tout simplement pas attendu devant l'entrée du Royaume de mon Seigneur ? ». Simplement parce qu'il ne voulait pas nous mâcher le travail, apparemment... « C'est pas comme ça que je vais faire de vous les numéros un, bougez vous les fesses les moineaux! ». Ce genre de trucs réjouissants, toujours dits d'une voix infantilisante. Prononcé au singulier cette fois, puisque Hobbes travaillait et qu'il arriverait tard -s'il arrivait... Nous sommes donc partis à deux, en silence (je n'aime pas particulièrement parler pour ne rien dire et ça convient à grand père, pour la franche rigolade on repassera).

Il me laissait marcher devant, profitant de la promenade comme un jeune homme découvrant le monde, là où moi même peinait de plus en plus. J'arrivais finalement en haut d'une longue pente, pour découvrir avec horreur et à perte de vue... Des tombes. Ou plutôt, des pierres tombales par centaines, des croix, des arbres morts et des vases pleins de fleurs fanées. Putain? Papi sourit en voyant ma réaction.


-C'est le cimetière de Dreamland ça, mon garçon. Il n'y fait pas bon vivre, c'est le moins qu'on puisse dire ! Ah ah ! AH ! AHAHA !

Un rire communicatif, en d'autres circonstances. Il s'esclaffa bruyamment avant de se racler la gorge, d'essuyer les larmes qui lui perlaient aux yeux, puis de reprendre d'un ton plus sérieux ;

-Nous allons nous contenter de le longer, pour aller chez Le Comte, ne t'en fais pas. Les locaux risque de ne pas apprécier notre venue, donc autant ne pas traîner. Je te laisse tenter ta chance tout seul quand même ?

Un sourire, un défi. Le caractère de grand père puissance vingt mille dans ses rêves... Mais j'étais bien obligé de refuser l'offre. Cet endroit puait, sincèrement, et j'ai beau avoir des biceps, je ne suis pas encore assez con pour me balader dans un endroit de cauchemar en leur faisant confiance.

J'avais probablement raison car les locaux n'apprécièrent effectivement pas notre venue. Même en se gardant bien de mettre un pied entre les tombes, en se contentant de longer le cimetière sur la crête surplombant les lieux, une cavalcade se fit bientôt entendre. Je me figeais en regardant grand père, qui fit une moue typique qu'il voulait apaisante, yeux fermés et lèvres en avant. Je n'avais d'autre choix que de lui faire confiance. Mes pouvoirs... Je n'en avais pour ainsi dire aucun. Mes anciennes leçons de boxe m'avaient certes permis de casser quelques nez dans le monde réel, mais ici...

Bref ; une cavalcade, et du genre cliquetante. Et pour cause. Au détour d'un caveau, deux cavaliers montés sur des squelettes de chevaux tirèrent leur bride à l'unisson, puis galopèrent droit sur nous ! Pas des beaux squelettes aux os bien blanc plastique façon Warhammer, loin de là ! Des squelettes bien atroces comme dans un film d'horreur, dont chaque mouvement produisait un bruit épouvantable, presque douloureux, d'os s'entrechoquant. De la chair restait accrochée en lambeau sur la plupart des os et je suis sûr que des vers grouillaient dans des restes d'entrailles... Les orbites des monstres brillaient d'une lueur noire. Une image infernale, c'est le moins qu'on puisse dire. Trop occupé à paniquer, je n'eut pas le temps de me demander comment un corps sans muscle parvenait à se mouvoir (ce qui me permettait habituellement de prendre du recul sur toutes le fiction traitant de zombies), ni comment un crâne vide dépourvu de langue ou de corde vocale pouvait nous vociférer de façon on ne peut plus menaçante ;


-Que faites vous sur la terre des morts, Voyageurs ?

Bonne question tiens ! Pourquoi passer par ici, hein ? Et puis en plu... Bordel, et cette odeur ! Maintenant que les morts vivant s'étaient rapprochés, une odeur infecte vint m'agresser les narines. Qu'on comprenne bien ; je ne suis pas une petite nature, je ne crois pas. Mais cette odeur de cadavre, une espèce d'odeur (bon, je trouverai un autre mot) de souffre, de merde, de pourriture chaude dégagée par la putréfaction... J'en avais la nausée. Je redressais mon écharpe sur mon nez pour avaler une goulée d'air à l'odeur de laine -sans grand succès- pendant que le Béhémoth s'avançait, sur de lui.

-Mais je vous en prie, appelez moi Béhémoth. Je suis ici avec l'un des enfants du Comte, qui est aussi mon petit fils.Ils doivent se parler. Donc ne vous inquiétez pas, nous ne faisons que passer.

Les mâchoires des deux squelettes s'abaissèrent imperceptiblement, juste assez pour leur donner une expres​sion(oui) à mi chemin entre le cartoon et l'inquiétant. Le petit fils c'était moi, pas Le Comte, peut être n'avaient-ils pas compris non plus, sur le coup ?.. Ils s'entre regardèrent, avant de continuer d'une voix plus aimable.

Bon heum, et bien !.. Je... suppose que si vous ne faites que passer, tout va bien. Nous allons vous accompagner, afin de nous assurer que personne ne vous fasse un accueil déplaisant.

Ah ! Je m'étais préparé à me battre héroïquement aux côtés de mon ancêtre, mais c'était inutile. Quels pleutres ! De menaçants, les squelettes étaient devenus dociles. Soit le Béhémoth avait une réputation incroyable, soit le Comte avait tendance à ne pas aimer voir ses enfants se faire embêter (soit les deux). Ou alors ces derniers étaient censés être puissants. C'est vrai qu'apparemment, mes pouvoirs étaient censés faire de moi un genre de vampire, super classe et trop puissant... Inutile d'évoquer le fait qu'il n'en était rien.
Je croisais donc les bras, l'air sûr de moi et le regard dans le vague, yeux plissés, bras croisés et nez résolument tourné vers un air moins vicié. Mon écharpe choisit cet instant précis pour profiter d'une brise et claquer au vent. Le sty-le ! Evidemment, papi doucha mes ardeurs en me tapotant le dos juste assez fort pour me couper la respiration, un grand sourire aux lèvres, tandis que le duo de cavalier ouvrait la marche. Ils nous guidaient cette fois sur une route qui passait carrément au milieu des pierres tombales. Plus rapide, mais plus glauque.
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Alice Sauvebois
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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Ven 7 Juin 2013 - 23:50
La soirée était belle, chaude, accompagnée d'une brise légère caressant son visage. Alice s'était installée dans le jardin, derrière la boutique et profitait des derniers rayons du soleil, à l'ombre d'un arbre. Entre ses doigts, elle poursuivait précautionneusement son dernier ouvrage. Dans ses yeux et chacun de ses gestes se lisait la détermination, l'application et une infinie délicatesse. Elle y était depuis plusieurs jours maintenant et avait passé un temps incroyable à dessiner les patron, à choisir les tissus, les fils. Elle voulait que son cadeau soit unique, parfait en tout point. Qu'il y voit son message, ses excuses, mais aussi qu'il s'y voit lui-même, comme un reflet. De façon générale, quoiqu'il y voit, il devait être parfait.
D'un geste sec, elle tira le fil, extirpant l'aiguille du tissu épais, avant de poser son travail sur la table métallique, l'observant d'un œil critique et exigeant. C'était une peluche de taille moyenne, sans fioriture, représentant une petite créature toute de fourrure dorée. Le corps était essentiellement celui d'un coyote, à l'exception peut-être des pattes avant, plus fines, mais les cercles sur la queue touffue, le masque sombre autour des yeux et le ventre blanc, rappelait étrangement le pelage d'un raton laveur.

Elle glissa doucement son doigt sur le dos de l'hybride, caressant pensivement le velours soyeux. Elle se demandait si elle faisait bien de faire tous ces efforts. Etait-ce seulement judicieux d'offrir une peluche à un jeune homme de bientôt 20 ans, pour s'excuser de trois longues années de silence ? Probablement pas, mais elle ne savait que faire d'autre. L'idée tournait dans sa tête depuis un moment déjà et n'avait fait que prendre plus de place encore et encore depuis qu'elle était voyageuse. Elle avait réussi à recontacter ses parents, à sortir de chez elle de façon naturelle, mais ça, elle ne s'y était pas encore résolue.

Dans un soupire, elle rangea ses affaires, le soleil se couchait déjà et la lumière devenait insuffisante pour travailler. Elle jeta un dernier coup d'œil à l'étrange créature qu'elle façonnait, puis la posa finalement avec délicatesse au fond de son nécessaire à couture. Elle ferait sans doute mieux d'oublier tout ça, il n'avait probablement pas envie de la voir et certainement pas d'accepter un de ses cadeaux. Sa gorge se noua à cette pensée et ses yeux lui piquèrent un peu, alors qu'elle déposait ses outils dans l'atelier. Elle secoua la tête et frotta ses paupières doucement en grimpant les vieilles marches grinçantes de l'ancien escalier. Elle allait prendre un bain, ça la détendrait avant d'aller se coucher.

Nue, l'eau chaude fumant doucement dans la baignoire, elle s'y glissa dans un soupir de plaisir, immergeant son corps jusqu'à ses lèvres, sa pâle chevelure ondulant doucement sous l'onde transparente. Elle replia ses jambes et passa un bras autour d'elles, lentement, les serrant contre elle, se recroquevillant. Elle ferme les yeux et ses pensées reprirent leur cours, se dirigeant vers un nouveau rivage : la nuit qu'elle allait passer. Mine de rien, cela faisait longtemps, en un sens, qu'il ne s'était rien passé de notoire à Dreamland. Ses sommeils passaient et se ressemblaient tous plus ou moins. Elle n'avait plus eu de ces mésaventures folkloriques qu'elle redoutait tant, pas plus que de nouvelle d'Hisèn, cette étrange créature dont elle ne parvenait pas à distinguer les desseins mais suivait tout de même, pour Dieu sait quelle raison. Elle ne se plaignait pas de cette absence d'action, mais elle redoutait le retour de bâton, persuadée qu'elle était, qu'à un moment ou à un autre, ce monde dépourvu de sens aller lui faire payer sa relative tranquillité.

Elle soupira, envoyant de son souffle quelques bulles crever la surface plane de son bain, avant de tâcher de laver son corps lentement. Et soudain, un éclair, une lumière, une idée frappa son esprit. Comment n'y avait-elle pas pensé plus tôt ? C'était parfait ! A la fois pour enquêter et se préparer. Oui, si elle le rejoignait dans le monde onirique, qu'elle lui parlait là-bas, ce serait presque comme en vrai, mais sans conséquence, puisqu'il n'en tirerait qu'un vague souvenir. Elle, en revanche, pourrait se rappeler de tout à la perfection et elle aurait droit à autant de répétition que nécessaire. C'était parfait ! Plus que jamais, elle était impatiente de se rendre dans les contrées imaginaire de cet étrange royaume. Puis, penser à lui, ce serait facile, elle était sûre de le retrouver, pour peu qu'il s'endorme avant elle. Elle sourit et sauta hors du bain. Elle allait passer une bonne nuit.


________________________________________

Quand elle ouvrit les yeux, la surprise fut de taille. En s'endormant, elle ne s'était pas vraiment demandée où elle allait atterrir, mais elle ne s'était certainement pas attendu à ça. Elle pensa d'ailleurs à une erreur, au premier abord, avant de constater la présence recherchée à ses côtés. Mais le reste... Des tombes, des arbres torturés, une ambiance lugubre de mort, elle se trouvait dans le cimetière de Dreamland. Pire que tout, deux cavaliers chevauchaient juste devant elle. Deux cavaliers squelettique aux montures tout aussi décharnées. Elle plaqua sa main sur son nez, l'odeur était au moins aussi morbide que le reste. Mais il était là, celui qu'elle était venue chercher était juste à ses côté. A portée de main se trouvait Calvin Thomas.

Elle ne perdit pas plus de temps, d'un geste vif, elle s'empara du bras du jeune homme et le tira sans ménagement entre les pierres tombales, courant à toute allure, sans même savoir où allait. Tout ce qu'elle voulait c'était trouvé un endroit tranquille, loin de morts vivants à l'air glauqu, peu importe où ses pieds la mèneraient, tout pouvait convenir. Même une petite pelouse grisâtre et triste sous un grand arbre mort aux allures terrifiantes. Elle reprit son souffle, déglutit et finalement se retourna vers le blond, retirant prestement sa main de la sienne, gênée. Et là, elle crut un instant s'étrangler avec sa propre respiration. Une fois encore, elle n'avait pas assez réfléchi.

Le jeune homme en face d'elle était... Différent de ce dont elle se rappelait. Plus grand, nettement plus fort que l'adolescent qu'elle avait connu. Mais autre chose venait la troubler : sur son visage elle pouvait lire à la fois sa surprise, mais aussi une sorte d'assurance qu'elle ne lui connaissait pas et qui le changeait plus qu'elle n'aurait cru possible. Avait-il tant changé durant ces trois années ? Et s'il avait changé au point de n'avoir que faire d'une fille comme elle ? Elle l'avait connu timide, socialement maladroit, mais ce genre petits défauts avaient aussi tendance à s'estomper, une fois l'âge adulte atteint. Soudainement, elle se sentit honteuse, hésitante. Elle baissa les yeux, recula d'un pas, son dos rencontra le tronc rugueux du vieux végétal sombre, éveillant deux présences qu'elle aurait volontiers ignoré plus longtemps :


"Voyez-vous, Marjorie, quand je vous disais que ce roayaume n'est plus ce qu'il était !"

Alice releva brusquement la tête, foudroyant du regard l'auteur de cette phrase : un corbeau de belle taille, dont les yeux rouges et brillant relevait le lustre de son bec noir puissant. L'algophobe fronça les sourcils, un sifflement agacé franchit ses lèvres, elle s'apprêta même à parler, mais fut interrompue par un second volatile de la même espèce. Sa voix avait quelque chose de féminin, malgré les croassements, et elle supposa que ce devait être ladite Marjorie.

"Je sais, je sais, mon cher Georges. Jamais je ne vous ai contredis sur ce point. Mais tout de même, attirer des couples d'adolescent, elle soupira, comme cherchant ses mots un instant. Non, je ne pensais pas que nous étions tombés si bas."

Son confrère opina du chef tristement, ignorant totalement le courroux de la voyageuse qui, juste sous eux, fulminait. Comment pouvait-elle espérer lui dire quoique ce soit si ces piafs odieux ne se taisaient point ?

"Je croas que les voyageurs n'y sont pas pour rien. Ils se croavent tout permis, ces galapiats ! Si j'en tenais un, Marjorie, si j'en tenais un !"

Sa compagne gloussa et croassa, avant de répliquer d'un ton amusé.

"Oh ! Georges ! Vous n'êtes plus tout jeune. Ne vous frottez donc pas à ces malotrus, c'est tout bonnement inutile, vous perdriez votre précieux temps et puis...
- Ca va, là-haut ? On ne vous dérange pas ?"

La voix d'Alice claqua dans l'air froid du cimetière tel un fouet. Bras croisé, pied battant le sol mousseux, son faciès affichait désormais l'expression des mauvais jours.

"Malappris ! Comment osez-vous ? éructa la femelle de sa voix haut-perchée.
- Eh bien j'ose voila tout, baissez juste d'un ton et je vous ignorerais.
- Vous n'êtes pas ici chez vous, voayageuse ! Déguerpissez vous même ! cria le premier en gonflant son plumage.
- Je ne...
- Allez-vous en, ouste ! Du balais que diable ! poursuivit-il
- Georges, voayons, pas de ces mots ici !
- Pardonnez-moi, ma douce, mais ils me hérissent, ces voayageurs... Ces voayageurs ! Croa !"

L'invocatrice soupira et, s'emparant à nouveau de la main de Calvin, entreprit de s'éloigner, jusqu'à ce qu'un croassement grave ne la fisse tiquer :

"Vous voayez, Marjorie, il faut de la fermeté. De la fermeté je vous dis.
- Oh bordel... Vos gueules les mouettes !"

Une casserole s'abattit sur le bec odieux de ce désagréable oiseau. Dans son dos, la jeune femme l'entendit atterrir au sol dans un bruit mou et métallique, que suivirent bientôt les cris paniqués de sa compagne. Un rictus fendit son visage et elle continua sa marche, entraînant, sans le savoir, son ami dans les profondeurs de l'endroit.

C'est finalement au milieu d'un cercle composé de sept tombes qu'elle s'arrêta enfin et reprit position face à Calvin. D'un coup d'œil rapide, elle s'assura de l'absence de tout revenant ou de volatile envahissant, avant de relever les yeux vers ceux, d'un vert vif, du blond. Elle déglutit péniblement, sa gorge et sa langue lui semblaient soudainement si sèche. Elle comprenait soudain l'intérêt de parler de ce genre de chose autour d'un verre. Finalement, au prix d'un grand effort, elle ouvrit la bouche et sa voix aussi aigüe que rauque franchit ses lèvres :


"Hum... Tout d'abord bonjour... Enfin, heu, bonsoir, en fait, je suppose, ou bonne nuit en l'occurrence. Enfin ça n'a pas d'importance je... Je..."

De toute sa vie elle ne s'était jamais sentie aussi stupide, elle arracha brusquement sa main de celle du blond et se retourna, dos à lui, cherchant de l'ordre dans ce qu'elle avait à lui dire. Elle soupira :

"Pardonne-moi Calvin. En fait, j'aurais du commencer par ça, elle fit volte-face, lui présentant à nouveau son visage, sans pour autant oser le regarder. J'ai agi comme une pauvre idiote, ce jour-là, il y a trois ans. C'était pas un bon jour, je crois. Puis, globalement, j'étais stupide, à l'époque, vraiment. Enfin, ça a pas beaucoup changé... Quoique, si, beaucoup de choses ont changé depuis, sinon, je n'aurais même pas osé venir te voir, elle leva les yeux au ciel. Quoique, oser venir te voir, dans tes rêves, tu parles d'un courage. Bref, j'aimerais qu'on se revoit... En vrai je veux dire, dans une situation où tu t'en rappelleras. C'est inutile de te dire ça ici, mais j'espère que tu accepteras. Vous m'avez manqué, toi et Hobbes. Tu m'as manqué."

Sur la fin, elle sentit sa voix s'étrangler au fond de sa gorge, alors qu'elle tentait de relever les yeux pour finalement les garder bas, fixant ses pieds avec intensité. Ignorant même jusqu'aux dangers qui s'élèvaient dans son dos.
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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Lun 17 Juin 2013 - 22:22
Bon, j'ai... pris du recul. Pff, je me lance. Donc voilà le truc super gênant annoncé plus haut ;



Une fille est soudainement apparue à côté de moi et m'a tiré par le bras. J'aurais sans doute crié quelque chose si ça avait été un homme, mais une fille... D'une part elle n'avait pas l'air dangereuse et d'autre part il faut bien admettre que se faire mystérieusement attraper par le bras par une inconnue à quelque chose de palpitant (je voulais écrire excitant mais ça porte trop à confusion ).


J'ai suivi docilement, à peine détourné le regard que pour constater que personne n'avait remarqué l'intervention. De fait, papi était hors de vue et les squelettes étaient trop absorbés par une conversation chuchotante pour oser se retourner.

Cette fille... Allait-elle m'inviter à accomplir une glorieuse quête ? Sauver son peuple ? Etait-elle la princesse en fuite d'un royaume voisin ? J'étais sans doute l'élu ? Je crois bien que je me faisais toute sorte de films dans ce genre avant de réaliser qu'elle avait des oreilles rondes. Ca m'a un peu déçu je dois avouer... Je manque cruellement d'expérience, certes, mais j'ai déjà croisé des rêveurs entreprenant ; un ancien mec du lycée a voulu me cracher dessus il y a trois jours, avant de se faire éclater par papi. Puisque j'étais parti de l'idée que c'était une douce créature des rêves, je suis resté dans l'optique rêveuse plutôt que voyageuse, je crois... Elle avait peur, elle était en train de faire un mauvais rêve ; je ne pouvais pas la planter là.

Elle s'est arrêté et a levé ses yeux sur moi. Il m'a fallu un temps pour réaliser. C'était Alice, la fille dont j'avais été assez amoureux pour lui faire ma déclaration quelques années plus tôt. La petite-fille d'amis de mon grand père. Avec Hobbes, on avait passé des bonnes vacances, tous les trois, années après années. Son regard était moins fuyant qu'autrefois. Une détermination gênée s'y lisait. Elle m'avait reconnu, sans aucun doute. Les filles changent moins que les garçons, dit-on. Je ne crois pas que ce soit vrai. En tout cas ici, je la trouvais changée. Beaucoup moins petite fille (même si petite, elle le restait). Petite femme ? Je m'égare.


Un couple de volatil détourna bientôt mes pensées. J'ai bien tenté de m'excuser auprès d'eux, puisqu'apparement on les indisposaient, mais rien à faire ; j'ouvrais à peine la bouche qu'ils m'interrompaient pour radoter entre eux.

Alice fut plus directe. Là, je me suis dit que sans aucun doute, elle rêvait,. Ou plutôt je veux dire ; « que c'était une rêveuse » sur le coup. Qu'elle fantasmait quoi. Je ne me souvenais pas d'elle comme de quelqu'un capable de dire « vos gueules » ou de confondre mouettes et corbeaux. Si elle avait été une voyageuse, elle aurait gardé sa conscience et sa timidité... Bref, elle nous a mené vers un cercle de pierres tombaux (que humour hein ?! C'est pour me préparer à la suite...).

Parce que là... j'ai eu le droit à la déclaration la plus gênante de toute ma vie. Enfin je veux dire.. C'était sympa, dans l'idée. Alice m'avait fait du mal à l'époque. Je m'en suis remis vite parce que j'encaisse assez bien le fait de ne pas attirer les gens. Le fait que ça l'ait travaillée... Ce genre d'excuse était touchant, dans un sens. En spectateur, sans doute ? Et en plus je me trompais depuis le début; c'était une voyageuse bordel ! Impossible de se voiler la face plus longtemps, vu ses dernières phrases !

Je n'osais pas la regarder, évidemment... Je crois que j'ai progressivement rougi de plus en plus. Je n'avais aucune idée de ce qu'il fallait que je fasse. Comment est-ce qu'elle savait que j'étais devenu voyageur d'abord ? L'idée (soufflée plus tard par papi) selon laquelle elle me croyait encore simple rêveur ne m'a pas traversé l'esprit, à moi... Quand je disais gênant, je ne mentais pas, vraiment !


Un truc se mit à remuer au niveau de la tombe que je fixais obstinément depuis tout à l'heure. Une main sortit de terre, prit appui dessus et hissa un corps en décomposition. Un zombie ! Coup de bol, celui là ne puait pas affreusement la mort. Alice avait fini de parler, je crois. Peut être qu'elle prenait seulement son souffle. Toujours est-il que les enseignements de papi commençaient à faire leur chemin dans ma tête (une semaine passée au côté du Béhemot ne laisserai personne indifférent, c'est comme regarder un match à la télé, ça donne envie). Aussi, quand j'ai vu qu'un corps commençait a émerger, je me suis presque naturellement jeté dessus pour lui mettre mon meilleur low kick dans la tête, comme si j'avais toujours fait ça. Le truc encaissa en poussant en long gémissement caractéristique « haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan ».

Un autre à ma droite fit en échos « braiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin ». Celui là commençait déjà à sortir ses jambes de terre ! Je me déplaçais dans un long pas chassé hérité du temps de la boxe et plaçait ma meilleure gauche sous le menton de celui là. La tête partit en arrière dans un chuintement totalement dégueulasse, comme si la peau hésitait à se déchirer. Le monstre replaça pourtant sa tête dans ses gonds, vissant au passage ses orbites en décomposition dans mes prunelles. J'avais évité le contact visuel pour ne pas me faire de frayeur du genre de celle qui suivit. J'ai reculé de quelques pas, pas assez préparé a la vision que je venais de voir. Un truc affreux que je ne décrirais pas, c'est le genre d'image qu'on se sort de l'esprit. Bref.

Deus Ex Machina Behemothus. Un poing gigantesque s'abattit sur mon adversaire, le replantant d'un coup dans la terre meuble.


« -Boooon, okay, on rentre. » fit le premier d'une voix traînante. « -Mon petit Jimmy n'aura que des vers de terre au menu ce soir, encore... ». Il cherchait quoi, à m'attendrir? Que je lui prépare un menu avec mon cerveau gentiment ? Sérieusement... Je me tournais vers grand père, qui avait immédiatement repris sa forme normale.

-J'aurais pu m'en sortir tout seul.

Ma voix sonnait peut être boudeuse mais je crois avoir fait sonner le ton de défi que je voulais... Je ne sais plus, face au Dreamlandien grand-père, je redeviens un môme. Lui était redevenu un bon grand père. Il avait remarqué Alice et le manifesta plus que bruyamment. Je suis presque sûr d'avoir entendu des coups de balais frapper contre un tombe en marbre derrière moi. « C'est une ?..

-Voyageuse oui. Conclus-je.

Faut il préciser qu'un silence gêné s'installa ?
 
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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Mer 3 Juil 2013 - 1:45

Tandis qu'elle parlait, elle ne nota même pas la rougeur qui envahissait les joues du jeune homme, pas plus que le malaise qui le saisissait peu à peu. Quand bien même l'aurait-elle remarqué, cela ne voulait rien dire, n'est-ce pas ? Mais bien sûr, les choses ne se passèrent pas comme prévu et lorsqu'elle entendit un bruit de terre dans son dos, Calvin la devança et là, tout alla vite, très vite. D'un mouvement rapide, bien trop rapide et précis pour un rêveur (quoique), il fondit sur un corps à moitié décomposé, trop occupé à sortir de terre pour riposter. Puis, il se jeta sur un second déjà à moitié émergé de sa tombe, se battant avec une habileté surprenante.
Elle, elle se tenait là, immobile, la bouche à moitié entrouverte, incapable du moindre geste. Elle ne s'aperçut pas qu'elle tremblait, elle ne sentit pas ses yeux devenir humide. Tout ce qu'elle parvenait à comprendre, c'était ce sentiment qui serrait sa poitrine dans un étau de crainte et de honte, une sensation de piège se refermant sur elle et une question, suspendue au bout de ses lèvres et dont la réponse s'en échappa dans un souffle rauque :


"Calvin... Est un voyageur..."

Sa voix étranglée, le poids de cette révélation, tout pesa d'un coup sur son corps frêle, coupant le rythme de sa respiration, la rendant lourde, difficile. Son état ne la prépara pas le moins du monde au coup de théâtre qui survint alors, et tandis qu'elle reprenait ses esprits peu à peu, un poing massif les débarrassèrent sans plus de cérémonie des gêneurs et à l'autre bout, Jacques, le grand-père du jeune homme. Cette vue acheva sa pauvre volonté et elle s'effondra dans la mousse et les feuilles mortes, le regard vide, fixant le duo avec incompréhension. Le silence s'installa. De ces silences gêné, emprunt d'un malaise contagieux qui fit grimper le rouge au joue de la pauvre invocatrice. Elle baissa les yeux et sentit les larmes y remonter, mordillant sa lèvre avec acharnement, elle ne savait que faire, partagée dans un maelstrom de sentiments aussi divers que conflictuels. Peur, honte, soulagement, joie de revoir ces chers visages connus et cette tristesse qu'elle ne saisissait pas...

Chancelante, tremblante, elle se releva finalement, gardant son visage rivé sur le sol. Elle repensa un bref instant aux tous derniers moments qu'elle avait passés avec Calvin. Les derniers mots qu'elle lui avait dit. Son dernier regard, surtout. Un regard déçu, plein de haine et de mépris, de ces regards qui vous disent sans un mot "je ne veux plus jamais te revoir". Elle revoyait son visage trois années plus tard et la question fit surface dans son esprit : comment avait-elle pu ? Comment avait-elle pu détourner ses yeux des siens avec un ressentiment absurde qui ne voulait rien dire. L'idée qu'il puisse lui en vouloir encore la frappa d'un coup et elle frissonna. Jusque là, il n'avait rien dit, il n'avait même pas souri, seul son grand-père avait montré son intérêt et sa joie de la revoir. Elle serra les poings, mordit sa lèvre, goutant au sang qui finit par en perler, puis, sans un mot, tremblante comme jamais, elle avança vers lui et se jeta à son cou. Suspendue à lui, ses pieds effleurant tout juste le sol, elle frissonnait comme une fragile feuille au bout d'une branche. Pourtant, la chaleur du jeune homme qu'elle sentait diffusément au travers des couches de vêtements la rassurait, l'apaisait. Elle se sentait soudainement si bien, soulagée, libérée d'un poids depuis longtemps loger au fond de son estomac. Elle le retrouvait et même si ce n'était que pour une bref instant, elle le retrouvait.

Au milieu d'un cimetière lugubre, perdu dans un monde qui depuis le début l'effrayait tout en la fascinant, il lui semblait apercevoir un éclat, une lueur. Pour une fois depuis bien longtemps, elle ne se sentait plus seule. Elle serait avec Calvin, dans sa vie de tous les jours comme ses fantasques nuits et elle pourrait se faire pardonner, d'une manière ou d'une autre, elle effacerait ses erreurs et lui montrerait qu'elle était devenue meilleure.
Mais, une choses restée à définir. Sans le lâcher, sans même s'écarter, le visage toujours enfoui dans le cou du blond, elle demanda d'une voix timide :


"Mais... Qu'est-ce que vous faites là, au juste ?"

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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Jeu 18 Juil 2013 - 11:51

Et qu'est ce que je pouvais faire, après ? Quand elle a compris son erreur, elle s'est jetée à mon cou ! Sérieux, venir me faire des excuses dans Dreamland, trois ans après ! Une foule de sentiments m'a envahi, et parmi eux je peux au moins noter une pointe de colère. Enfin, en plus... je savais pas quoi faire ; c'était particulièrement gênant et surtout avec grand père qui regardait -je suis sûr- d'un air attendri/ heureux.

J'ai rarement tenu une fille dans mes bras dans l'intimité, alors là, ici, impossible de réagir convenablement. J'ai fini par lui frotter le dos l'air de dire quelque chose comme
 « Heu..c'est pas grave va » ,  la consoler un peu. Après tout, ça fait longtemps. Je lui avait déjà pardonné le méga vent qu'elle m'avait mis il y a longtemps, j'avais aucune raison de lui en vouloir maintenant. Elle avait l'air d'en avoir plus souffert que moi. Mais ça m'a fait un genre de pincement au cœur. Je peux l'écrire ici, pourquoi me cacher à moi même ce genre de chose ? (si quelqu'un tombe sur ce carnet, je le tue de mes mains. Hein Hobbes ? )

Toujours est-il que sa question tombait bien, pour nous rappeler à l'ordre du jour. Ce qu'on faisait là ? En route pour voir un Seigneur Cauchemar, et pas des moindres ! Alice ne pouvait pas nous accompagner. Trop dangereux. Déjà qu'elle n'avait pas vu les bouffeurs de cerveau et failli y passer... Je l'ai repoussée, peut être un peu trop brusquement, ou bien trop doucement ? Disons maladroitement. (Oui, vraiment gênant... Que je le sache en me relisant, et me corrige à l'avenir...)


-On va voir Le Comte, Seigneur du ...

C'est là que je les ai remarquées. Les lèvres d'Alice. Leur forme avait-elle toujours été si agréable ? J'ai senti un besoin impérieux de me jeter dessus, comme incontrôlable. Puis un bout de langue est passé dessus, et plus rien. Mon cœur ralentit ses battements frénétiques. Que venait-il de se passer ? Si j'avais réalisé à quel point je la fixais, je me serai détourné, mais je m'en suis pas vraiment rendu compte, alors j'ai fixé ses lèvres, à nouveau, en quête de cette sensation pour comprendre ce qui m'avait pris. Et bientôt... Une goutte de sang y perla. A nouveau, je senti l'appel, l'injonction, qui m'ordonnait d'y plonger la bouche et d'absorber le liquide écarlate, de mordre même et de fouiller la plaie avec mes lèvres pour laper toute l'hémoglobine. Là, j'ai pas fait le malin. Trop gore, rien qu'à écrire. Je me suis retourné vers papi. Ma voix devait avoir l'air suppliante quand je lui ai dit ;

-Il faut vraiment qu'on se dépêche, ça ne va pas du tout. Alice ferait mieux de rester ici. J'ai peut être même ajouté ; S'il te plaît...

Une intonation que je n'utilise pas si souvent que ça. Papi m'a regardé avec un drôle d'air, et a hoché la tête.

-On ne va pas la laisser ici Calvin, ne dit pas n'importe quoi ; c'est dangereux dans le coin. Elle a l'air contente de te revoir, elle. Mais oui, dépêchons.

Elle avait l'air contente,  »elle » ? Hey, et puis quoi encore, pourquoi pas me dire qu'il avait hâte d'avoir des petits enfants ? J'allais pas bien, moi, putain ! Je suis parti devant. Bouder, peut être, ouais ? Normal, non ? Je perdais le soutien de mon seul et inébranlable allié. Et j'avais le pressentiment que Hobbes, s'il arrivait un jour, ne prendrait pas mon parti. Impossible de leur expliquer que j'avais envie de la vider de son sang ! Et en l'embrassant, en plus. Pendant ce temps là, papi discutait joyeusement, insouciant. Qu'est ce qui aurait pu l'effrayer ici ? Sûrement pas ces tombeaux exhalant des vapeurs putrides, la brume dissimulant nos pieds mais pas les ossements et insectes charognards qui gambadaient dessous...

Pour me changer les idées, j'ai tendu les oreilles. Me changer les idées, oui ! Pas que j'avais franchement peur hein, mais juste... C'était trop calme. Les cavalier qui nous accompagnaient ? Disparus. Je doute qu'ils aient seulement remarqué notre absence, tout occupés qu'ils étaient à stresser entre eux. Ou alors ils se sont dit qu'on s'était réveillés, ont poussés un gros soupir de soulagement, et sont rentrés chez eux, un truc du genre... Bref, je tendais l'oreille pour entendre des choses intéressantes, et d'autres moins, telles que ;


« -Excuse Calvin, il sait pas y faire avec les filles. » « Tu es Voyageuse depuis quand ?» « Oh, formidable ! » « Oh, mais que oui le petit est prometteur, il est sous bonne école ! » « Hobbes est là aussi maintenant, oui ! ».

Une discussion dont je saisissais les bribes et finit par être frustré de ne pouvoir y participer. Je crois que papi faisait exprès, mais ne voulait pas lui offrir la satisfaction de céder facilement. Ce n'est que quand le décor s'est mit à changer que je me suis arrêté pour laisser les deux autres me rattraper. Aucune envie de m'aventurer là dedans tout seul, faut admettre.

D'un cimetière, on avait remonté lentement vers ce qui au loin m'avait paru être un forêt d'épineux. D'épineux, ah ! En fait d'arbres, des pals en tous genre -pieux et lances- se hissaient vers la pleine lune, eux même couverts d'épines sanguinolentes. Plus avant, on entendait des plaintes, des cris ici  et là. De douleur plutôt que de terreur. Des cris humains, qui se perdaient et se piquaient aux pieux, et paniquaient. Des rêveurs, sans aucun doute. Enfin... J'avais lu quelques trucs sur les vampires, et le décor n'était pas sans m'évoquer une certaine légende... C'est pourquoi, quand je demandais ;


- C'est par là ?

Je m'attendais à la réponse affirmative de grand père. Un peu moins à la crispation de son sourire.

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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Ven 19 Juil 2013 - 0:37

Pour toute réponse à sa question, Calvin la repoussa rapidement, comme pressé de l'écarter de lui, mais ses mains sur ses épaules la tenaient gentiment, avec douceur, en un mélange étrange, dont la subtilité échappa quelque peu à la jeune femme. Elle fixait son visage, un sourcil remontant le long de son front en une interrogation silencieuse, tandis qu'il tenter de répondre à sa question, avant de s'interrompre soudainement pour la dévisager.
Alice tiqua. Jamais personne ne l'avait regardée ainsi, elle devait bien l'admettre. Très vite, elle se sentit très mal à l'aise, une boule se forma au creux de son estomac et elle recula de trois pas en arrière. Un vague sentiment de peur et d'inquiétude remplaça très vite la surprise et la curiosité, elle bredouilla :


"Calvin ?"

Il se réveilla soudainement, provoquant un sursaut chez la demoiselle, puis il parla à son grand-père d'un ton qui accentua encore l'angoisse qui serrait son cœur. Ses mots n'aidèrent pas non plus, par ailleurs. Rester ici ? Elle ? Au milieu d'un cimetière infesté de zombies, de corbeaux et possiblement d'un nombre infini d'abominations diverses ? Et puis quoi encore ? Il pouvait lui en vouloir, elle comprendrait même très bien qu'il soit fâché contre elle et qu'il ne veuille plus jamais la revoir après cette nuit, mais delà à l'abandonner seul dans un royaume glauque... Non !

Ainsi, elle ne retint même pas son regard indigné et colérique quand elle foudroya le blond avec, pas plus qu'elle ne retint son sourire victorieux et narquois quand Jacques intervint en sa faveur. Elle remercia l'aïeul d'un grand sourire et, en voyant le blond partir en avant d'un air boudeur, visiblement mécontent de cette décision, elle hésita à lui tirer la langue. Elle se ravisa, la régression infantile ça allait bien cinq minutes, inutile d'en rajouter une couche. Puis, au fond, la réaction de Calvin lui laissa un gout amer dans la gorge et une épine dans le cœur. Avait-elle mal agi ? La détestait-il maintenant ? S'était-elle réjouie trop vite ? Elle soupira, emboitant le pas du jeune homme au côté d'un grand-père bavard et curieux. A chaque question, l'invocatrice se contentait d'une réponse polie, mais laconique et parfois d'un sourire ou d'un hochement de tête, guère plus. Elle demanda tout de même quelques nouvelle de Hobbes, le frère de Calvin, mais l'atmosphère lourde et menaçante du cimetière n'apaisait en rien son humeur et ce qui suivit ne la rassura aucunement.

En face d'eux s'étendait une forêt de pieux ensanglantés de quoi hérisser le poil de bien des braves et Alice, qui ne l'était pas, ne put retenir un frisson, suivit d'un retrait instinctif derrière la silhouette massive du vieil homme. Elle déglutit quand ils partirent en avant, hésitant un instant à les suivre. Les cris au loin n'avaient rien d'accueillant et si elle n'était plus phobique, ce genre de chose la rendait légitimement nerveuse. Elle avança malgré tout, emboitant soigneusement le pas des deux autres, silencieuse, jetant de fréquents regards apeurés tout autour d'elle, les mains crispées contre sa poitrine.

Puis, soudainement, elle poussa un cri aigüe, reculant d'un bond pour lâcher un nouveau gémissement de douleur avant de heurter le torse de Jacques qui la fixait, l'air inquiet. A deux endroit, sa robe d'un blanc immaculé s'était déchirée et teintée de la pourpre de son sang chaud, le tissu s'imprégnant de ce splendide et inquiétant coloris, à la manière d'une fleur étendant ses pétales, au creux desquelles une plaie peu profonde tenait lieu de pistil. Sa cuisse et son épaule saignaient et elle préférait pester contre les choix grotesques de ce monde imbécile, qui avait choisi cette nuit parmi tant d'autre pour lui coller une robe blanche à bretelle fine, couvrant son corps pâle d'un tissu aussi léger que délicat, évanescent, presque transparent par endroit. Le genre de tenu parfaitement adaptée à la randonnée en forêt épineuse et sanglante.
Le résultat était donc le suivant : une épine avait tranché une bretelle et une autre avait ouvert une large fente dans le tissu couvrant sa cuisse. Ses blessures avaient laissé coulé un peu de sang, que l'étoffe avait cru bon d'absorber comme si c'était un précieux nectar, ne laissant pas une goutte toucher le sol, mais créant de larges tâches rouges sur sa poitrine et le long de sa jambe. Elle foudroya Calvin du regard, comme si c'était de sa faute et reprit la marche d'un pas furieux, boitant légèrement.

Mais ses pas ralentirent très vite, avant de se stopper au beau milieu du chemin. Elle n'aurait su dire quoi exactement, mais quelque chose était en train de changer dans l'atmosphère du lieu. Tendue, en alerte, ses yeux se posèrent finalement sur une lance brunie par le sang sécher et là, sa stupeur fut telle qu'un nouveau bond la fit percuter le blond. L'hémoglobine glissait le long de la hampe, lentement, mais surement, s'enfuyant jusqu'au sol avant de déguerpir au loin. Laissant l'invocatrice bouche bée et passablement effrayée. Elle lâcha dans un souffle, sa voix rendue rauque par la peur :


"Que se passe-t-il ici ? elle fit volt face, cherchant dans les yeux des deux hommes une réponse, Sérieusement... Qu'est-ce que vous êtes venus chercher ici ? Qu'est-ce qu'il se passe ?"
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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Ven 19 Juil 2013 - 14:51

Le Béhémoth reprit vite sa contenance et afficha un sourire un peu moins flippant, avant d'acquiescer. Du coup pas le choix ; il fallait avancer a travers le décor lugubre. Ca aurait sans doute plu à des gothiques tiens, ambiance bien dark dépressif ; avec quelques corbeaux qui nous miraient d'un air gourmand, la pleine lune, une petite brise qui soufflait une note triste, les plaintes en échos, le sang sur les aiguilles dressées vers le haut... Le sang ! Quelle horreur... Vaincre sa phobie, pour devenir Voyageur, vraiment ? Il me semblait que l'hémoglobine froide collée sur ces pieux m'était toujours aussi répugnante qu'avant. Bon, peut être un peu moins sinon j'aurais trouvé une bonne excuse pour ne pas m'aventurer à l'intérieur de la forêt aux côtés de papi, Alice sur les talons. Qui d'une façon ou d'une autre, trouva le moyen de passer devant. Pour faire la courageuse, je pense ; ça se voyait qu'elle avait les foies.

Enfin, pour en revenir au sang sec-qui-me-dégoutait-encore-mais-moins-qu'avant ; au moins ce sang là ne me donnait pas envie de le boire. Heureusement... parce que vu les pulsions déclenchées par une petite goutte et vu la quantité qu'il y avait ici ! J'aurais sans doute fait une grosse connerie.

Et comme par hasard... Alice poussa un cri. Comme je tournais la tête pour vérifier que ce n'était pas si grave que ça (les filles ont toujours mal pour un rien) je constatais que ma camarade de jeux d'autrefois s'était coupée. Je sentis mon estomac se contracter de douleur tandis que ma bouche s'emplissait rapidement de salive en même temps que ma gorge devenait -m'a-t-il semblé- sèche à en crever. La vue du sang m'éveillait une envie irrationnelle et presque (béni soit ce presque) incontrôlable. Un rouge d'une splendeur inégalable embrasait une partie de la robe immaculée d'Alice dans un dégradé digne des plus grands maîtres. Le centre de la blessure, écarlate flamboyant et riche de la promesse d'une plaie fraîche, attirait toute ma convoitise. Du sang chaud, pour le coup. Ma phobie ne concernait que les poches de sang stagnant, bordel, alors pourquoi ?! Je déglutis péniblement en constatant qu'Alice me tenait pour responsable de sa maladresse ; elle fit bientôt volte face, furibonde, pour disparaître derrière la silhouette massive de grand père. Hors de ma vue ; fin de la crise.

Papi me regardait d'un air inquiet. Alors j'ai fait un sourire, pour le rassurer. Concours de sourires crispés dans la famille Thomas, ce soir ! Je pense pas avoir été convainquant le moins du monde, mais il m'a répondu par un clin d'oeil d'encouragement et a repris la route. Mon estomac me lançait comme je suivais le mouvement. J'ai ensuite fait la bêtise (mais comment aurais-je pu deviner?) de vouloir éviter l'endroit où Alice s'était coupée. Il faut dire qu'un couteau de cuisine n'aurait pas désavoué le tranchant de l'épine qui avait poussé le long de la hampe qui traînait là, et que l'inclinaison de la lame la rendait presque invisible pour la marcheur peu attentif.

Mais ce qui retint mon attention -ça semblera évident à la relecture- c'est la goutte de sang qui perlait là, au bout de la pointe, minuscule rose sur sa branche protectrice. Si seulement j'avais eu envie, simplement, d'y glisser le bout du doigt pour la cueillir sur mon index et le lécher ensuite d'un air coupable, d'accord ! Mais non, quelque chose en moi refusait d'en perdre la saveur par le contact de ma main sur ma langue. Je visualisais presque clairement dans mon esprit cette goutte de sang se faire absorber par ma langue comme de l'eau sur une éponge, et l'extase exquise qui en résulterait, se répandre à travers tout mon corps ! Quitte à me mettre à quatre pattes pour être à la bonne hauteur ; sens commun et amour propre n'étaient plus qu'un lointain souvenir lorsque cette idée m'a pris. Bon dieu ce que je me suis senti mal.

Un gros effort sur moi même plus tard et je dépassais l'obstacle, le nez dans mes chaussures et l'estomac dans les talons. Mon cœur tambourinait sa rage, comme pour me reprocher de ne pas avoir céder à l'envie (instinct?) primaire. Voir le Comte s'imposait, et vite! Marcher dans cette position était assez handicapant mais pour tout dire, je me sentais un peu nauséeux et ma cadence était largement ralentie. Que ce soit la frustration de ne pas avoir goûté au sang ou le dégoût de moi même, j'en sais rien. Mais à mesure que j'avançais, le sang sur les hampes attirait de plus en plus ma convoitise. Il était glacé, presque sec, et alors ? N'était-ce pas aussi du sang ? J'avais envie de me rabattre là dessus parce qu'il me semblait que boire le sang d'un inconnu était moins malsain. Et cette envie, cette envie ! était décuplée par le lieu où je me trouvais ; que je lève seulement les yeux et il me semblait qu'une pulsion frénétique me forcerait à me jeter sur la moindre trace d'hémoglobine traversant mon regard. C'était mais.. tellement douloureux ! Je titubais là, j'en suis presque sûr, et me coupait moi même à divers endroit pour ma plus grande indifférence. La douleur était moins insupportable que l'idée d'être devenu un porc avide d'une chose malsaine et mon propre liquide vital ne m'évoquait aucune soif. Le sang sur les hampes. Je ne devais pas le voir. Je ne devais pas le voir, absolument pas, ou ce serait un drame. Cette seule pensée accapara mon esprit pendant quelques longues minutes.

Quelque chose percuta mon torse, comme pour me réveiller. Sans même voir, l'odeur des cheveux me suffit pour identifier Alice, que j'avais cogné en avançant (ou qui m'avait cogné en reculant, pour ce que ça m'importait à cet instant..). J'étais pâle comme un mort m'a dit papi, et mes tempes laissaient couler par intervalles une goutte de sueur.

Ce qu'il se passait ? J'en avais pas la plus petite idée. Mon pouce et mon index pinçaient chacun la pointe de mes yeux (côté nez) que je tins clos, tête baissée. Par dessus tout, je ne voulais plus rien voir, ni les blessures d'Alice, ni rien autour de moi. Même la voix terrifiée ne me persuada pas d'ouvrir mes mirettes. En cas de pépin, papi ferait le nécessaire, je lui laissait totalement la gloire de s'en charger. D'ailleurs, c'est papi qui a pris la parole ;


-Il ne se passe rien ma petite, n'aie pas peur. C'est le pouvoir de Calvin. On est venus ici pour qu'il en apprenne plus à son sujet et qu'il puisse en faire bon usage. Nous sommes presque arrivés aux portes du Comte, le Seigneur désigné de mon petit fils. Il est le seigneur des vampires et il est...et bien ! Sanguinaire. Donc il y a du sang ici, c'est le « truc ». Mais il ne nous fera rien, tenez vous convenablement et tout ira bien. Par dessus tout, n'ayez pas peur. C'est Dreamland ici, vous ne ferez qu'alimenter leur force.

Sa voix chantante se forçait à paraître amusée, mais elle se forçait. Et ses propres étaient décousus. J'ignore si Alice pouvait s'en rendre compte, mais de mon côté, je connaissais trop grand père pour me faire avoir. J'entendais presque le reste de sa tirade, et ce la donnait ; « je vous protège si quelqu'un cherche à vous tuer dans son royaume de psychopathes ». Et d'ailleurs, il m'avait lui même mis en garde avant que l'on vienne, et plus ou moins expliqué -pour me rassurer- que si je fâchais le Comte, il était peu probable qu'il prenne la peine de se salir les mains pour me tuer.

Une main puissante se posa sur mon épaule, avant de décréter qu'il fallait continuer et que le manoir était visible, un peu plus loin.
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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Sam 20 Juil 2013 - 23:34

Alice fixait l'aïeul, incrédule et au fur et à mesure qu'il parlait, elle se sentit blêmir. Les pieux, le sang, le cimetière, la pleine lune, le château médiéval tout en haut d'une colline habité par un certain "Comte"... Sans être une lumière, ni une as de la déduction, pas plus qu'une fan de Twilight ou même de Nosferatu, un mot s'imposa à son esprit embrumé par la peur "Vampire". Depuis le début, elle suivait son ami d'enfance et son grand-pèr, pour rendre visite à un vampire, qui ajoutait à ce statut, déjà redoutable, celui de seigneur cauchemar et le seul conseil qu'on lui donnait c'était de ne pas avoir peur ? Mais on se foutait de sa gueule ! C'était à peu près aussi pertinent que de ne pas courir face à un T-Rex qui a la dalle.

Malgré tout, elle grinça des dents et avança, reculer seule n'était pas non plus une option et quitte à galérer, autant le faire en bonne compagnie (quoique, bonne...). Marcher vers la silhouette acérée du château, c'était tout ce qu'elle avait à faire, esquiver les pals, les lames, les pics, la tête qui pend nonchalamment au bout d'une hallebarde... La jeune femme se figea, pâlit, avant de retenir une brutale et soudaine envie de vomir. Luttant contre son estomac révulsé, elle s'écarta d'un pas chassé de ces restes humains, avant de rencontrer un nouveau cadavre, entier celui-ci, mais traversé par un pieux en bois rougi. Tremblante, elle fit volt face, chaque mouvement raidi et tendu, comme si ses articulations refusaient de fonctionner correctement. Elle ne prononça pas un mot, se refusant le luxe du moindre commentaire à propos du répugnant spectacle s'étendant devant eux.

Plus ils approchaient des tours en pierre et plus les pointes acérées se couvraient de corps, complets ou non, mort ou pas encore tout à fait, les derniers souffles rauques se mêlant aux gémissements des plus vifs en un concert à vous révulser d'horreur. Commenter n'aurait servi qu'à accentuer encore la chose et Alice n'avait pas le cœur à parler : elle anticipait avec angoisse ce qui se produirait si jamais elle ouvrait la bouche. Papi Jacques, comme à son habitude, devait très certainement tenter vainement de calmer ses jeunes compagnons, mais rien dans ce qu'il aurait pu dire n'aurait effacé ou même atténué la vision de ces cadavres pourrissant, exposant leurs viscères à l'œil unique de la lune. Calvin, lui, se tenait obstinément enfermé dans son mutisme et si l'invocatrice n'était pas trop occupé à lutter contre les réflexes de son estomac, elle aurait probablement pensé qu'il lui en voulait vraiment à mort, voir, se serait trouvéee fâchée de ce comportement puéril, ignorant les petits soucis de son ami d'enfance.

Bientôt, après quelques minutes d'incroyables efforts mentaux pour ignorer la série de brochettes humanoïdes, fraiches et sanguinolente qui bordaient nonchalamment le chemin à la manière de nain de jardin effroyablement glauque, ils arrivèrent face au château. Le mur immense de pierres sombres et légèrement luisantes par endroit, était percé en un unique endroit par une arche que barré une lourde grille. Pour y accéder, un large et solide pont enjambait des douves profondes, dont l'odeur infecte aurait découragé quiconque d'y jeter un œil, surtout après ce qu'ils venaient de traverser. Le tout donnait à la demeure du Comte un aspect aussi classique (limite cliché) qu'efficace. Jacques s'avança vers la massive herse les empêchant d'avancer plus loin et une voix rauque et grave leur parvint d'à travers les barreaux.


"Vous amenez le nouvel enfant du Comte ? C'est cela ? Vous êtes l'homme de la guilde Taurus je présume ? Hm... la voix s'arrêta dans sa phrase, comme analysant les différents membres du groupe. Cette jeune fille n'était pas prévue au programme, il me semble ? nouvelle pause avant de reprendre, une pointe de satisfaction dans la voix, Bah, je doute que le Comte soit mécontent de voir cette nouvelle et délicieuse invitée. Je dirais même que c'est gentil à vous de lui amener un si joli petit bout, il y eut comme un gloussement derrière la grille. Veuillez patienter un instant, je vous ouvre."

La herse se souleva dans un cliquetis métallique qu'accompagnait quelques chuintements extrêmement désagréable, dévoilant ce qui auparavant se cachait dans l'ombre : une créature semblable à une roussette de Malaisie, excepté que son pelage, tout comme ses yeux, luisaient d'un magnifique éclat rouge sang. Alice l'aurait presque trouvé mignonne, si la créature, dressée sur ses pattes arrière, ne dominait pas si nettement le grand-père. Alice eut un mouvement de recul qui fit sourire, lui sembla-t-il, la bête, dévoilant une magnifique rangée de dents, dont deux longues canines magnifiquement effilées. La jeune femme déglutit lentement et la voix profonde reprit, émanant de la créature ailée :

"Mademoiselle, pas d'inquiétude. Le Comte a interdit à quiconque de manger ne serait-ce qu'un membre de votre groupe, même pas de vous mordiller le cou, la chauve-souris sourit plus largement avant de reporter son attention sur le contrôleur de force. Je me présente : Cyrus, voyageur et je précise avant qu'un petit malin ne fasse la blague : même le Comte ne m'empêchera pas de vous arracher la tête si l'un de vous m'appelle ne serait-ce qu'une fois Batman. Maintenant, si tout est clair, veuillez me suivre je vous prie."
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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Lun 22 Juil 2013 - 21:48


J'ai fini la randonnée la main sur le dos de papi qui me guidait un peu comme un aveugle, en prenant le temps de faire des pauses. Je respirais difficilement, luttais contre une passion que je n'avais jamais ressentie de ma vie et contre laquelle je ne pouvais guère me défendre. Je me répétais en boucle des comptines (inefficace) , je pensais à mes fantasmes du moment (pire que mieux), à une mamie en maillot de bain (peu revigorant), la liste de course qu'il faudrait faire pour l'appartement (encore pire que mieux) pour finalement me contraindre à résoudre des équations simple de tête. J'ai beau détester ça en temps normal, c'est le mieux que j'ai pu faire. Ca m'a pas empêché d'entendre les cris d'agonies à mesure qu'on approchait et l'odeur, et tout ça...

Mes « premiers cadavres ». Je sais pas s'il y en aura d'autres, si je m'habituerais ou quoi... Mais c'est inhumain de ne pas être révulsé par ce qui se passait là. Comme mon imagination travaillait -pensais-je- trop, j'ai ouvert les yeux... Pour tomber sur un spectacle pire que ce que j'imaginais. J'ai gerbé un coup, pas beaucoup. L'idée que ce n'était pas réel, que ce n'était qu'un rêve, m'a bien aidé. Le fait que ce sang m'ouvrait l'appétit... Je sais pas si ça m'a aidé. Peut être, en y repensant ? Je sais, c'est malsain et dégueulasse, tout ça, mais je n'y peux rien !

Bref. Après ça, ma longue agonie s'est terminée. L'odeur des douves a un peu effacé le reste et on est finalement arrivé devant la porte du manoir du Comte... Un éclair aurait pu éclater tandis que je levais les yeux sur le sommet d'une tourelle décorée de petites gargouilles, terrifiantes dans leur banalité. Elles semblaient rire plus que faire la grimace. Ce cliché... A la place de la foudre, un cri de corbeau se fit entendre, le bruit d'un envol, et la lune resta seule pour baigner les pierres noires d'une lueur fantomatique. Il fallait se persuader d'être en train de rêver, ou devant un décor de cinéma pour ne pas sentir une pointe d'angoisse, faut admettre. Un vent glacé venu du cimetière me rafraîchit la nuque. Heureusement, j'étais effectivement en train de rêver et dans les rêves, faut prendre les choses en main. Et puis bon, je suis quelqu'un de plutôt courageux. J'ai déjà fait des maisons hantées et vu assez de films d'horreur ; j'allais pas me laisser impressionner comme ça. Même si je marchais plié en deux à cause des douleurs dans mon estomac, je suis sûr que j'avais quand même l'air assez digne.

La tronche du portier m'a à peine fait écarquiller les yeux. En très grand. Cinq longues secondes. Une chauve souris géante ? Rousse ? Un croisement avec d'autres trucs ? Une particularité de Dreamland ? Mes connaissances en biologie n'étant pas assez pointues, je ne savais pas vraiment si j'avais en face de moi une créature des rêves ou un Voyageur transformé en un truc qu'il avait en horreur. Quoiqu'il en soit, ce truc était bien effronté ! Ce que disait papi était vrai ; il avait envie de faire peur aux gens. En l'occurrence, à Alice. Maintenant que j'allais mieux, je constatais que la pauvre faisait tous les efforts du monde pour garder son calme. Un œil sur ses blessures me passa l'envie de m'attarder sur elle et je déglutis péniblement la salive qui m'envahissait la bouche, détournant le regard.

L'autre poursuivait ; il s'appelait Cyrius, ou Cyprien je crois... je sais plus... C'était un Voyageur en fin de compte. Il nous a dit de ne pas l'appeler Batman ; résultat j'ai adopté le surnom et j'ai oublié son vrai nom... Il m'a pas donné envie de l'aimer plus que ça. Déjà ; pourquoi il nous attendait ? Sérieux ; ce machin était resté planté là à regarder les corps sécher sur place devant les douves pendant toute la semaine qu'il avait fallu pour que mes canines décident de m'emmerder ? Un psychopathe, donc ? Et la gueule du parfait méchant avec ça. Il m'a regardé de haut en bas, façon « je te méprise même si je suis dans le corps d'un rat volant dégueu parce que je suis là depuis plus longtemps que toi».

Quoiqu'il en soit, j'ai vite trouvé que c'était un abruti. J'aurais bien aimé qu'il fasse le malin, juste pour que papi lui éclate la tête, mais non ; il s'est contenté de marcher d'une drôle de façon en nous guidant à travers des vestibules interminables, des escaliers en colimaçon engoncés dans des tours étroites uniquement décorées de meurtrières, des salles à manger obscures... Le tout dans une déco très médiévale ; des chandeliers en guise de luminaires, des miroirs recouverts d'un drap blanc (ce qui me parut stupide), des tapisseries écarlates, des vitraux en piteux états, plafond perdus dans les ténèbres ou les toiles d'araignées, quelques armes sur les murs, armures vides ici et là... Honnêtement, avec de la lumière, sans les courants d'air, les odeurs, les insectes et toiles d'araignées, ça aurait pu me plaire. Mais une impression plus oppressante encore gâchait le tout ; un air de folie, de noirceur, de cruauté, de tristesse et de ...sang ? Papi m'avait parlé des auras et j'appris plus tard que le manoir du Comte était baigné de celle du seigneur local.

Mais je m'écarte du sujet. Je trouvais que Batman avait l'air d'un abruti, disais-je, pour la simple et bonne raison que ce dernier passait son temps à pester contre tout et rien. D'abord pour lui tout seul, puis sans plus aucuns égards pour notre trio il se mit à proférer des insultes à l'égard des étrangers incapable de voler, « et que d'ailleurs on se perdait dans ce manoir en utilisant uniquement ses pattes, et que c'était mal entretenu, et que franchement c'était vraiment pas pratique toutes ses portes verrouillées et puis je vous parle pas de ses escaliers interminables »... Pour sa défense, j'étais d'accord avec lui sur le fait que ce manoir semblait avoir été construit en dépit du bon sens ; cuisines, salles à manger, latrines, vestibules, couloirs, caves, greniers ou salles de tortures ; tout cela se suivait sans aucune logique et si quelques portes bardées de fer étaient laissées ouvertes, d'autres étaient verrouillées pour d'obscures raison. Le Comte aimait entretenir les mystères, sans doute.

Toutefois, Batman remonta dans mon estime au détour d'un couloir, à ma grande honte. Se trouvait là une jeune fille, une maigrichonne d'environ dix sept ans qui gardait la bouche à moitié ouverte, tête inclinée menton vers le cou, pour regarder d'un air béat qui se voulait langoureux une sorte de bellâtre pâle et juste assez mal rasé. Les oreilles pointues de ce dernier trahissait son ascendance onirique. Le fait qu'il n'inspirait la peur d'aucune façon, en revanche, faisait très nettement tâche. J'ai oublié de préciser dans l'inventaire des lieux qu'il nous avait été donné de croiser un certain nombre de pâles apparitions décharnées, fantomatiques, bestiales, parfois plus rampantes que bipèdes tout au long de la promenade. Des vampires ou assimilés de toutes sortes qui pour la plupart s'écartaient avant même que Batman ne les morigènent. Ils avaient tous pour point commun d'être terrifiants, et j'aurais probablement paniqué si j'en avais croisé un au détour d'un couloir, tout seul. D'ailleurs, m'est avis qu'ils m'auraient sans doute pris en chasse... Mais avec papi (je lui accorde peut être trop de crédit, m'enfin) dans nos rangs, on en a pas vu tant que ça.

Celui là, donc, ne faisait pas cette impression du tout. J'eus vite la confirmation de mes craintes ;


- Oh, Edward-eeen, enfuyons nous loin d'ici-eeeen ; cet endroit me fait peuuur! Nous vivrons d'amour et d'eau fraich-eeen!

Quelque chose dans ce goût là. Rien que l'accent parisien suffit d'habitude à me hérisser le poil, alors là... Une fan de Twilight ! Batman s'est jeté sur elle et lui a gobé la tête d'un coup, refermant sa gueule sur un craquement sonore. Papi ne fit pas mine de réagir, mais je doute qu'il appréciait ce genre de comportement. Pour ma part... J'avais vaguement compris que c'était une rêveuse et moi même avait du mal à tolérer que des pouffiasses en mal d'amour osent s'inviter dans ce royaume pour y retrouver un vague fantasme. Bordel ; y foutre les pieds se méritait ! Un très bon point pour Batman, donc. La créature se sauva sans demander son reste tandis que notre portier commentait, la bouche écarlate ;

- 'En 'a de p'uch en p'uch. A cau'e du 'ivre de 'autre connache.

Précision inutile. Le corps de sa victime retomba mollement, avant de disparaître dans un petit nuage de fumée.

C'est encore loin?

Papi s'impatientait.
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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Mer 24 Juil 2013 - 17:07

Alice aurait pu hésiter, vraiment, entre attendre dehors, seule, avec les cadavres empalés et suivre la chauve-souris à l'intérieur. Certes, la présence de son ami d'enfance et de son grand-père l'apaisait bien au delà de tout ce qu'elle aurait cru possible et lui insufflait un semblant de courage, mais entre le dédale angoissant du château, son atmosphère incroyablement oppressante, ses habitants tout droit sortis des pires films d'horreur (genre qu'elle haïssait) et ce Cyrus qui rejoignait leur rang, son assurance fondait comme neige au soleil. Elle se méfiait en particulier du morpheur. Encore jeune voyageuse, elle avait néanmoins compris qu'au delà des créatures des rêves, les voyageurs étaient d'autres menaces souvent bien plus dangereuses et elle n'aimait pas du tout la manière qu'il avait de la regarder. Ses craintes se confirmèrent quand la roussette géante décapita proprement (et dans un bruit atroce) une rêveuse (elle espérait que ça en soit une). Un nouveau haut-le-cœur secoua ses entrailles, et elle dut s'appuyer un instant contre un mur, l'autre main couvrant sa bouche, pour s'éviter de vomir ici. Pendant ce temps, Cyrus avala son repas et répondit à la remarque du vieil homme :

"Honnêtement, j'en sais trop rien. Normalement non, il reprit la marche, continuant de parler. Je me ballade plus trop dans le château depuis que j'ai mes ailes, et ça remonte. Mais je reconnais l'endroit, hein ! Vous en faites pas, après cette porte c'est..."

Il poussa l'épaisse planche de bois qui grinça sur ses gonds en un bruit oppressant devenu presque banal aux oreilles de la demoiselle. Le battant s'ouvrit, dévoilant une salle immense, de forme cylindrique, le long de laquelle courait un escalier étroit, effondré par endroit. La toiture s'était affaissé, sa charpente de bois à moitié détruite, les larges trous dévoilaient le ciel obscur qu'éclairait un quart de lune, baignant l'espace sombre d'une lumière pâle. Elle aurait presque cru voir la chauve-souris pâlir sous sa fourrure et si elle n'avait pas craint de subir le même sort que la rêveuse plus tôt, Alice se serait probablement offrit le luxe d'écraser sa main sur son front.

Cyrus, lui, restait immobile, silencieux. Définitivement, ce n'était pas le bon chemin et quand bien même ce serait le cas, l'escalier était dans un tel état qu'il était inutile d'espérer qu'une de ces créatures viscéralement terrestre puisse le franchir, surtout le plus gros du trio. S'en était trop, il était arrivé au bout de sa patience (déjà très limitée) :


"D'accord, c'est bon, j'en ai ras-le-bol de ce château qui tombe en ruine ! J'ai les pattes en cassoulet et les ailes qui me grattent ! Alors même si je dois crever en portant le vieux on va rejoindre le Comte en volant ! Qui monte le premier ?"

Dos au groupe, il fléchit les jambes et se baissa, son cou touchant presque le sol, il écarta ses ailes de peau semi-translucide, dans ses yeux, une lueur impatiente. Alice recula, peu emballée à l'idée d'une ballade à dos de mammifère volant surdimensionné. A sa plus grande surprise, Calvin sortit de son mutisme pour grimper sur le cou du morpheur, juste devant les ailes de l'immense roussette :

"Accroche-toi bien le nouveau, le Comte le prendrait mal si je t'amenais à lui en pièces détachées. Et on ne tire pas sur les poils !"

Battant des ailes vigoureusement, l'immense renard volant s'éleva dans les airs avant de disparaître dans la noirceur des cieux. Alice et Jacques demeurèrent seul dans l'étrange salle cylindrique. La jeune femme s'assit sur une marche, silencieuse. Elle se sentait un peu à côté de la plaque et peut-être même légèrement déprimée ou fatiguée, à ce niveau elle ne savait plus trop où elle en était. Elle aurait voulu que la nuit se finisse vite, qu'elle se réveille au creux de sa drap, chez elle, pour entamer une journée paisible dans la boutique. Même les sales morveux turbulents, même les mères qui roulaient des yeux devant les prix de certains de ses articles, même les grand-mères trop bavardes et même les bandes d'adolescentes gloussantes comme une basse-cour, tout lui aurait semblait bien plus doux que cette nuit en cet instant précis. Dire qu'elle aurait pu retrouver Calvin au Royaume des Fruits ou des Sucreries ou dans les Plaines, alors pourquoi ici ? Pourquoi juste le jour où il devait rendre visite à son seigneur ? Elle ne se sentait pas très fine.

Le morpheur ne mit que quelques minutes à faire l'aller-retour, tout au plus un petit quart d'heure et c'est donc en se posant doucement sur le sol de pierres inégales qu'il tira la jeune femme de ses pensées. Il s'ébroua légèrement, bailla et considéra les deux voyageurs restant d'un œil critique :


"Aller, petit bout, c'est ton tour."

A nouveau, il rapprocha sa tête du sol, sans doute encore plus qu'avec Calvin. Alice ne sut pas si elle devait se sentir flattée de l'attention ou vexée. Elle posa ses mains sur la nuque poilu, empoignant doucement la fourrure rousse de la chauve-souris pour se hisser sur son encolure tant bien que mal, gigotant en tout sens pour trouver une position correcte et stable. Cyrus grogna, se redressa et sans plus de cérémonie, se propulsa du sol en battant de ses larges ailes. Alice ravala un cris de surprise, plaquée contre le cou de Cyrus, les doigts enfouis dans le pelage, elle ferma les yeux, les maintenant clos de toutes ces forces pendant toute l'ascension.

L'air frais, presque froid de la nuit heurta son visage alors que Cyrus passé le toit. Elle ouvrit les yeux prudemment et se trouva entourée de tourelles multiples, en face d'elle la forêt de pals semblaient déjà lointaine et le cimetière n'était plus qu'une ligne de pierre à l'horizon. Avaient-ils tant marché que cela depuis le début de la nuit ? La réponse n'eut pas le temps de se faire dans son esprit que la chauve-souris géante entamait un piqué entre les tours, les frôlant presque du bout de ses ailes. Alice glapit et se plaqua contre le poil épais du morpheur, fermant les yeux pour mieux ordonner à son estomac de conserver encore un peu son contenu. Et dire qu'elle avait toujours détesté tout ce qui rapportait de près ou de loin à un parc d'attraction, pour le cou elle était servie. Cyrus ne la ménageait pas le moins du monde et même avec les yeux fermés elle sentait au creux de son ventre chaque looping, soubresaut et pirouette effectués par le rongeur volant. Elle en était si retournée qu'il lui sembla qu'elle volait encore, alors même que l'immense renard ailé la jetait un peu brutalement sur le sol et repartit aussi sec dans un soupir déprimé.

Alice, elle, demeurait immobile, étendue sur le dos contre les pierres humides, visiblement peu pressée de se relever. Elle finit néanmoins par ouvrir les yeux. Elle se trouvait dans une sorte de long couloir large, à tapis rouge, lourdes armures vides et miroirs drapés. Rien de neuf, donc, si ce n'était l'immense porte noire tout au bout qui dégageait une aura si dense qu'elle semblait presque visible. Alice déglutit et frissonna, avant de se relever. Elle ne se sentait pas fière, la peur lui rongeait l'estomac douloureusement. Mais Calvin, assis près d'elle, semblait souffrir le martyr.

Elle passa sa main sur sa nuque, soudainement gênée et ne sachant que faire ou que dire, elle s'installa à ses côtés. Bien qu'elle sentait ses lèvres tremblaient, elle tenta un sourire rassurant. Ce fut à cet instant que Cyrus revint, s'écrasant littéralement contre le dallage, laissant l'aïeul roulait un peu plus loin. L'invocatrice se leva d'un bond pour aider le grand-père à se relever. Pendant ce temps, la chauve-souris pestait en haletant :


"Ce qu'il... Est... Lourd... Le vieux... Ah... Ah... J'en peux plus... Laissez-moi... Une seconde..."

Alice se retourna brusquement, fronçant les sourcils d'un air désapprobateur, qui se changea aussitôt en air surpris, puis en air surpris et gêné et très rouge. Effectivement, en lieu et place d'une chauve-souris se dressait désormais un homme très dénudé. La jeune femme détourna brutalement la tête, pinçant ses lèvres, avant d'éclater de rage :

"Mais bordel ! Les fringues c'est pas pour les chiens !
- C'est pas pour les chauve-souris non plus, hein.
- Rien à foutre !
- Rah ! Ca va, je comptais pas aller voir le Comte à poil non plus. C'est pas vrai les filles pudibondes comme ça...
- Je vous emmerde, batman !"

Cyrus aurait certainement répliqué si une épaisse boucle de ceinture à l'effigie du célèbre héros de comics ne lui était pas violemment tombée sur le crâne. Ceci ne l'aurait sans doute pas arrêter non plus, cela dit, si Jacques n'avait pas appuyé cette chute inopinée d'un regard signifiant clairement "Tu la touches, je te bouffe.". Il se contenta donc de grogner en enfilant un jean et une chemise blanche. Une fois habillé, il s'approcha de la porte, même lui ne semblait pas très à l'aise.

"Avant d'ouvrir, quelques recommandation. On s'incline en saluant le Comte, même si ça semble superflu et on évite les mots de travers. Quand à obéir... son visage se fendit d'un sourire presque carnassier. Disons que si ça en vient là, désobéir ne sera pas une option."

La porte s'ouvrit dans un nouveau grincement qui sembla, cette fois, étouffé par la noirceur de l'aura émanant de la pièce qui les attendait.
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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Jeu 25 Juil 2013 - 17:24


Après l'épisode de la rêveuse, j'ai pris plus de plaisir à déambuler dans le château puisqu'il était clair que Batman n'était pas qu'un guignol. On s'amuse pas à bouffer la tête de quelqu'un avec autant de nonchalance devant trois Voyageurs si on craint quoi que ce soit.
Oh, et non, la mort de la rêveuse ne m'affectait pas, même après, en y repensant. Dans mes rêves, je me suis souvent battu (comme dans le monde réel) et dans ces rêves, j'avais expulsé des gens dans des gouffres sans fond, vu des gens se faire emporter par des raz de marées et des dizaines de trucs insensés dans ce goût là... Les rêveurs n'ont pas vraiment plus de valeur à mes yeux qu'un bot dans un jeu d'ordinateur, au moment où j'écris ces lignes. Même les Voyageurs à la limite ; jveux dire ; on est que des touristes dans ce monde et c'est pas un privant quelqu'un de faire des rêves lucides qu'on va détruire sa vie. Alors que pourrir la vie d'un local de Dreamland, là ouais, ça craint. En me relisant je constate que j'ai la mentalité des pires ordures de seigneurs cauchemars contre qui on m'a mis en garde, mais bon... Ce n'est que mon avis du moment.

Bref, la visite non-guidée a continué un moment, jusqu'à ce que monsieur chauve-souris se perde une fois de plus et pète son câble. Encore la faute à notre absence d'ailes ; putain de bonne excuse quand on a aucun sens de l'orientation ! Cela dit, c'est clair que le manoir était construit comme un labyrinthe. Un peu de compassion pour Batman? Ouais, peut être... Un peu plus permissif à son égard, disons. Je respecte les mecs relativement puissants et puis, on était de la même bande. En cela au moins, je suis sur la même longueur d'onde de mon Seigneur (j'y reviendrai) ... Mais j'arrête pas de m'égarer.

En gros, comme il arrêtait pas de se perdre à pied, il a proposé de nous prendre sur son dos pour y aller en volant ! J'aurais peut être dû me montrer inquiet, en y repensant, mais sur le coup je me suis directement avancé. Super fier d'avoir repensé au casse tête avec le loup, le mouton et le choux, sur le coup. Enfin en gros, l'idée, c'est que si Alice partait en dernière ou en première, ça l'obligerait à rester seule en attendant le retour de Batman, et je me suis dit que c'était pas possible. J'ai grimpé sur le cou de Batman, sans trop savoir quel endroit était optimisé vu sa morphologie. Sans perdre de temps, lui, il a écarté ses ailes dans un glissement assez stylé et s'est jeté en l'air d'un coup ! Quelques secondes plus tard, je réalisait qu'on volait ! Comme j'aurais aimé avoir ce pouvoir (en devenant un truc moins laid). C'est pas mon genre, de faire ce type de commentaires, mais là j'ai pas pu m'empêcher ;


-C'est la classe !..

Le paysage aidait. Vu d'en bas, c'était uniquement effrayant et horriblement glauque, mais d'ici... On avait plus de recul. D'en haut, le manoir inspirait toujours la terreur, mais pas une terreur imminente, plutôt comme un truc où l'on a pas envie d'aller tout en sachant (en ce qui me concerne en tout cas) qu'on y couperait pas. Mais le cimetière plus bas au loin, n'avait plus l'air si terrible. Quant à la forêt ; on n'y voyait pas assez bien les détails pour prendre la mesure de l'horreur. De toute façon, j'ai tourné mon regard sur l'horizon, de l'autre côté, pour admirer la vue. J'ai pas eu le temps en fait ; d'un seul coup, un piqué ! Je me suis cramponné comme je pouvais tandis que des larmes se mettaient à me troubler la vue (à cause du vent). Je pense que ça lui avait fait plaisir, ma remarque précédente, parce que Batman m'a dit ;  

-A ta place, je serrerai plus les jambes.

Et là il s'est déchaîné. Piqués, remontées ahurissantes (je pense que dans le monde réel, mes organes internes auraient explosés sous la pression) , tonneaux !.. Ce type était un grand malade. Je suis sûr qu'il attendait uniquement que je lâche pour avoir le plaisir de me rattraper au vol et me faire passer pour le naze de newbie de service. J'ai failli à un moment, mais on était en piqué et je me suis écrasé sur lui en remontant. Heureusement. Bref.  J'ai presque jamais eu aussi peur de ma vie, mais cette adrénaline, ce bonheur ! J'ai perdu mon écharpe dans la bataille, mais pas de regret sachant qu'elle reviendrai la nuit suivante. Et puis il s'est dirigé vers le fond, à l'opposée de la forêt. Là, je crois avoir remarqué que le manoir était posé sur une sorte d'à-pic vertigineux. Des couloirs-ponts étaient perchés dans le vide, reliant des endroits trop sombre pour que l'on distingue quelles pièces elles renfermaient. J'ai quand même aperçu un cercueil sur la laque duquel la lune faisait jouer un reflet (même si j'en serai jamais sûr, ça ne me semble pas improbable, étant donné qu'une silhouette pâle, vêtue de noir, a plongé ses yeux morts dans les miens quelques secondes après). L'endroit était gardé, malgré les apparences. Une descente dans un trou du plafond, et j'étais rendu dans un couloir aussi immense que sombre. La lune ne parvenait pas à éclairer jusqu'à l'intérieur à cause de la falaise, au dessus. Quelques torches brûlaient bien à intervalles régulier, mais celles à proximité du trou, justement, étaient éteintes.

Avant qu'il reparte, je l'ai remercié presque de la façon la plus joviale que je sache faire ; celle que je réserve aux amis de Hobbes. Puis je lui ai dit d'emporter Alice (puisque c'était dans la continuité de mon organisation dont j'étais si fier) et je me suis dirigé vers une armure, en attendant. J'aurais aimé décrocher l'épée qu'il tenait entre les mains pour la garder, mais je n'ai pas réussi. Grand père m'a dit de ne pas m'encombrer d'armes, soit disant que je ne serais jamais aussi bon qu'un manieur, mais... avoir une épée, c'est quand même trop la classe ! Une prochaine fois peut être.

La porte, au fond, je n'étais pas pressé de dirigé mon attention de ce coté là... Alice est finalement arrivée à mon grand soulagement, pour se reposer d'un air épuisé sur les dalles au sol. J'ai pas pu la regarder de trop près ; j'avais envie de lui parler mais ses blessures me mettaient inconfortable. Trop inconfortable ! Tout le temps qu'il a fallu à papi pour arriver fut un horrible moment. Alice était petite, fragile, seule (pensais-je confusément) et sa robe autrefois blanche était une invitation éhontée. J'ai eu toutes les peines du monde à me concentrer sur quelque chose d'autre, pour finir par porter mon attention sur la seule autre chose digne d'un véritable intérêt ; la double porte ouvragée, au fond. Mon Seigneur était derrière. Je suis sûr qu'il pouvait me sentir. Peut être sentit-il ce que je pensais en cet instant...

Puis papi est « arrivé », enfin. Et il y a eu cette sorte de drame quand Batman s'est foutu à poil, mais ça n'a pas dégénéré. Au moins, Alice manifestait des signes de vie encourageants, même si j'avais du mal à prendre sa défense sur ce coup là... Batman s'est rapidement habillé avec des vêtements qu'il avait accroché à sa taille. Je comprend pas pourquoi il restait transformé en chauve souris. Le teint halé, ses favoris, sa bonne tignasse, une musculature puissante ; le type en imposait. Jacques a posé une main sur mon épaule -et aussi sur celle d'Alice, je crois, pour nous rassurer.


-C'est votre grand moment, les jeunes. Vous vous habituerez peut être à rencontrer des gens aussi puissants, à force. Pour le ce soir, faites bonne figure ça va bien se passer.

Et les portes se sont ouvertes sur une salle d'un noir insondable. Quelque chose de terrifiant y était tapi, cela se ressentait jusque dans mes os. Une série de bougies se sont allumées sur des chandeliers, ici et là, mais les murs de la pièce n'étaient toujours pas visible. Ce qui l'était, en revanche, c'était la silhouette qui trônait, au centre. Assis sur un trône de bois sobre se tenait Le Comte, légèrement voûté, la tête inclinée, posée sur le bout de ses doigts gantés. Je n'ai pas osé croiser son regard, ou regarder autre chose que mes pieds, jusqu'à ce que Batman s'arrête. Alors,  nous nous sommes inclinés.

-Vous pouvez vous redresser.

Il avait à peine chuchoté, mais j'avais la sensation que sa voix grave aurait pu soulever une montagne. Ma propre voix, pourtant grave, paraissait aigrelette à côté. J'ai levé les yeux sur lui, pour croiser son regard. Mon courage ressemble parfois à de la folie, quand j'y pense. Les pupilles rouges, fendues, Le Comte me toisait d'un regard glacé, mortel, à fendre une pierre en deux. Mais son ses lèvres cachaient l'ombre d'un sourire. Je baissais les yeux, trop impressionné pour oser soutenir son oeil.

-Voici le nouveau Voyageur de votre Royaume. Il est venu suite à votre invitation et n'a pas posé de problème. Le Béhémoth l'accompagne, ainsi que... Une fille.

Il a jeté ces derniers mots sans aucune forme de respect, contrairement au reste. J'espérais que ça ne porterait pas préjudice à Alice. Le Comte ne tolérait que les gens qu'il jugeait intéressants (donc puissants) dans son royaume, et il passait pour n'avoir aucune pitié pour les autres. Mes craintes furent cependant apaisée un instant lorsqu'il dit ;

-J'ai vu... Merci Cyrus, tu peux disposer.  Un temps. Que me vaut cette agréable visite ?

Un coup de coude de papi me rappela mon rôle dans cette équipée. J'ai levé les yeux à nouveau, pour répondre, l'air le plus détendu que je pouvais :

-Mes dents ont poussées, alors j'ai répondu à votre invitation. J'aimerai maîtriser ce pouvoir...
-CE pouvoir, oui. Mon pouvoir. Eléonore m'a parlé de toi. Tu n'es pas prometteur, d'après elle. Mon pouvoir, entre tes mains...

Je croisais son regard pour comprendre le sens de ses mots. Aucun sourire, malgré l'amusement qui tintait sa voix. S'il était moqueur, il pouvait être tout aussi bien ouvertement méprisant. C'était le moment de faire mes preuves.

-Je ne suis pas un faible ! Je n'avais pas peur du sang lui même avant de « vaincre cette peur », seulement du sang froid. Mais j'ai senti un changement en venant ici ; le sang normal m'affecte. J'ai besoin d'entraînement, c'est tout. J'aimerai accéder à votre...citerne où je suis devenu Voyageur, pour me perfectionner.
-Hm ? Mais pourquoi ne pas simplement profiter du sang quand il s'offre à toi ? Il t'affecte maintenant, disais-tu ?

Sa voix était devenue douce, paternelle. Et son regard glacé quitta mes propres pupilles pour se diriger à ma droite. Sur Alice. Un malaise profond s'installa. Je sentais papi bander ses muscles, à gauche. J'ai réagi comme je pouvais. J'avais vu papi à l'oeuvre et la déférence n'était pas son fort. Je ne voulais pas le voir faire de bêtise pour nous.

-Je ne ferai de mal qu'à ceux qui le méritent ; je ne vais pas la blesser par simple curiosité.
-Oh.. ? Mais qui parle de faire du mal ? N'est-ce pas plutôt ton amie qui t'as fait souffrir ? Crois moi mon garçon; ni l'un ni l'autre ne souffrirez d'un baiser de Nosferatu.

Sa voix montrait de la patience. « Mon garçon ». J'avais fait bonne impression ? Il n'avait plus l'air moqueur, pas dans sa voix. Mais son sourire devint véritable, dévoilant une rangée de dent effrayante. Je sentis néanmoins papi se calmer un peu. Quant à Alice... Je suppose qu'elle devait se sentir aussi bien que moi... Elle ne m'avait pas fait Vraiment du mal. Simplement... la vue de ses blessures m'imposait une rigueur sur moi même dont je n'avais pas l'habitude. Un baiser de vampire, cela voulait dire ; mordre son cou et lui boire du sang. N'était-ce pas dangereux ? Le Comte continua comme s'il lisait dans mes pensées.

-Ne vous inquiétez pas, Béhémoth. Votre petit-fils ne pourrait pas tuer la fille par un simple baiser.

Etait-ce un compliment pour elle, ou une critique à mon égard ? Quoiqu'il en soit, cela me rassura assez pour que je tourne la tête vers Alice. Après tout, je n'allais pas faire ça sans son accord. Je cherchais dans son regard une approbation, tout en faisant la moue. J'étais désolé, sincèrement, et mal à l'aise aussi. Mais si elle ne craignait rien... C'était plus sûr que de refuser un ordre si direct du Comte, face à lui... N'était-ce pas exactement le genre de désobéissance dont on nous avait mis en garde avant d'entrer ?

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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Ven 26 Juil 2013 - 1:04

Alice se figea, chaque articulation, chaque muscle semblait comme glacé. Elle avait l'habitude de l'aura d'Hisèn et de sa présence incroyablement malsaine, qui imbibait jusqu'au moindre recoin de son hideux marais. Mais même ce bourreau drapé de brume n'aurait pu la préparer à ce qu'était un véritable seigneur cauchemar, et le Comte n'était rien de moins que l'un d'entre eux : le roi des vampires, le prince de la nuit, régnant sur ses horreurs comme autant de fidèles sujets.

Elle sentit sa respiration s'alourdir tandis qu'ils approchaient, son souffle franchissant ses lèvres sèches dans un sifflement rauque. Quand ils s'arrêtèrent, un violent frisson parcourut son échine. Dans la panique, elle s'inclina un peu trop vite et manqua de basculer en avant. Elle avait peur, réellement. Ce n'était pas qu'un simple malaise ou ces paniques aussi subites que viscérales qui vous prenait aux trippes face à un danger. Non, c'était un sentiment à la fois plus subtil et léger, mais aussi plus profond, plus primaire. Une émotion poisseuse, qui collait à son cœur en retenant douloureusement les battements, glaçant ses entrailles, brisant sa respiration.

Ce ne fut pas la voix du Comte qui brisa son état de pauvre souris paralytique, bien au contraire, mais celle de Cyrus. Elle ne comprit pas tout de suite ce qu'un simple mot éveilla en elle, quand il la présenta, ce n'est que lorsqu'il quitta la pièce qu'elle s'aperçut de la colère qui scellait ses lèvres en une moue douloureuse. Ses poings se serrèrent, enfonçant les ongles dans sa peau pâle. Elle se sentait impuissante, étrangère, lointaine, face à la scène qui se déroulait devant elle. Douloureuse réalité que de voir ceux qu'elle avait attendu et, entre elle et eux, ce mur transparent et froid. Sa faiblesse était-elle donc une maladie dont elle ne pourrait se guérir ? Une frontière infranchissable à passer malgré ce ?
Seulement, Alice ne se voyait pas dans la détermination de Calvin, pas plus que dans sa quête de pouvoir. Cela n'aurait pas dérangée l'invocatrice, si seulement elle ne s'était pas sentie si étrangère face à lui. Elle avait cru le retrouver à l'aube de la nuit, mais en la sentant venir à son terme, elle le voyait plus inatteignable que jamais. Aurait-elle à demeurer seule auprès d'Hisèn, aussi longtemps que durerait son existence de voyageuse ? Elle ne reniait pas son mentor onirique, mais elle se sentait envieuse de ce qu'elle voyait comme le bonheur de ceux qui parcouraient leurs rêves ensemble, pleinement conscient de leur joie.

Un frisson la tira de ses pensées et elle releva un instant les yeux pour croiser les fentes noirs, ourlées de rouge du Comte. Elle retint sa respiration et rebaissa la tête aussitôt, détournant son regard pour échapper à ces pupilles infernales. Elle tremblait malgré elle et son cœur battait si fort qu'elle crut sentir ses jambes se dérobaient sous elle. Malgré ses lunettes, elle voyait flou, comme si des larmes perlaient à ses yeux, mais rien ne venait. Même sa colère c'était apaisé au profit d'une sensation plus vide, plus neutre, de peur mêlé du respect que l'aura de la créature imposait.

Mais pire que tout, ce furent les mots du Comte qui la choquèrent. Elle releva son visage et se retourna vivement vers Calvin, l'incrédulité et la surprise masquant la honte et la pointe de tristesse qui percèrent son cœur quand elle comprit. Ses épaules s'affaissèrent tandis qu'elle exhalait un souffle étranglé. Ses bras tombèrent le long de ses hanches, un doigt effleurant la plaie à sa cuisse. Elle mordit sa lèvre et ferma les yeux, elle avait agit sans considération aucune pour son ami et elle aurait voulu s'enterrer ici et maintenant pour disparaître. Mais non seulement cela lui était impossible, mais en plus on lui demandait d'offrir son sang à un garçon qu'elle connaissait depuis toujours et n'avait plus revu depuis trois longues années.

Le rouge aux joues, les yeux brillants de tristesse, une excuse silencieuse dans le regard, elle se tourna vers le blond. Ils se fixèrent un instant, mais elle ne dit rien, elle ne savait que répondre. Elle avait peur et elle se méfiait, mais c'était Calvin et elle avait au moins confiance en lui. L'idée aurait du l'horrifier, elle aurait du craindre qu'on la vide de son sang. Mais elle s'en fichait. Cela lui était égal. Elle pouvait bien mourir, si elle endormait sa conscience de Dreamland ici, de cette manière, elle n'en garderait pas de regret, de toute manière, elle oublierait. Mais Calvin, lui, se souviendrait, ça compenserait sans doute un peu.

Lentement, elle se rapprocha, son nez effleurant presque le torse du jeune homme. Elle prit une grande inspiration et, sans détourner son visage, elle murmura :


"Je ne le fais pas parce qu'il me le demande. Je le fais parce que c'est toi."

Enfin, ses paupières se baissèrent, elle pencha la tête sur le côté et écarta délicatement les mèches pâles de son cou clair, où l'on pouvoir voir palpiter vivement une veine chaude gorgée de sang. Offrant ce dernier au jeune homme, elle laissa tomber ses bras le long de son corps et attendit, anxieuse mais plus calme qu'elle ne l'aurait cru. Elle frissonna, sursautant presque quand elle sentit enfin un souffle chaud passé sur la peau fine et sensible. Elle fronça les sourcils, forçant obstinément ses paupières à rester baissées, s'enfermant dans une obscurité qu'elle voulait rassurante, tandis que deux lèvres chatouillaient sa jugulaire tendue. Elle déglutit et se sentit trembler doucement contre lui.
Silencieusement, sans rien laisser paraître, elle se demanda si ce serait douloureux, si ce serait long. Puis la bouche se referma sur la peau, les dents se posèrent sur le derme opalescent et tout ce qu'Alice sentit, fut un léger tiraillement, puis plus rien, juste Calvin tout près d'elle et ses lèvres lovées dans son cou. Elle ouvrit lentement les yeux, apercevant entre quelques formes flous, les boucles dorés du jeune homme qui rebiquaient et se courbaient au grés de leurs humeurs. Le col un peu froissé de son haut faisait parvenir à ses narines une odeur mêlée de sueur et de menthe. Elle soupira doucement et remonta la main, saisissant entre son pouce et ses doigts repliés, un coin de sa veste. Puis elle attendit sans bouger.
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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Lun 29 Juil 2013 - 21:12


J'aurais aimé pouvoir trouver dans l'expression de papi une sorte d'encouragement, ou au moins savoir ce qu'il pensait, mais c'était trop tard. Je n'allais pas me retourner et tourner le dos à Alice maintenant. Elle s'est rapprochée et m'a murmuré quelque chose, en se collant contre moi (sensation plutôt agréable sur laquelle je ne m'étendrais pas). Qu'elle faisait ça pour moi, pas pour mon seigneur. De mon côté... Sûr que je ne faisais pas ça pour elle. Et pour moi ?.. j'en étais plus vraiment sûr. Sous mes yeux, dans mes bras, Alice semblait comme offerte, (en sacrifice?). Je n'aurais jamais pu faire un geste de plus, prendre une décision utile, si elle n'avait pas elle même écarté les mèches qui lui tombaient sur le cou.

Si je vais prendre soin de tout détailler ici alors que je suis presque sûr que j'aurais du mal à oublier ce rêve dans les grandes lignes, j'aimerai ne pas m'embrouiller ou remixer mes souvenirs quand j'y repenserai. D'abord, son cou pâle ne m'a pas donné envie d'y plonger les dents. J'en suis presque certain ; j'avais autant envie de la mutiler que tout être sain d'esprit a envie de blesser quelqu'un qui n'a rien demandé à personne. La jugulaire ne m'a pas donné envie l'envie sauvage d'y plonger les crocs, alors que j'ai déjà assez détaillé le fait que du sang versé me donnait une envie monstre. J'ai pensé à cette veine comme un conteneur de sang et, à ma grande surprise... Cette idée a éveillé une sensation nouvelle en moi.

Je n'ai pas pu m'empêcher de poser ma bouche dessus (à vrai dire, j'avais envie d'en finir le plus vite possible) mais j'avoue que je n'avais aucune idée de la façon d'aborder la chose. Le contact chaud m'a fait un effet étrange, à la fois bon et peu familier. J'ai peut être pensé à berner Le Comte en restant comme ça, sans rien faire, mais pas plus d'une seconde. J'avais d'abord posé mes lèvres sur le cou, indécis. Parce que mes canines avaient grandies, légèrement, mais étaient surtout devenues terriblement effilées ; je sentais en permanence ces espèces de crocs tenter de percer ma lèvre inférieure. C'est pour cette raison que j'hésitais ; je n'avais pas envie d'arracher comme un vulgaire monstre le cou de mon ancienne amie, ce fragile cou d'ivoire que je sentais maintenant frissonner. J'ai ouvert la bouche en grand et me suis contenté de planter mes canines, là où j'estimais que ce serait efficace. Je m'attendais à devoir les retirer mais -surprise! Dans un réflexe, j'ai simplement aspiré, là, sans changer ma prise d'un centimètre. Et j'ai senti le sang sur ma langue, pour une raison que j'ignore.

Bon, voilà le deuxième truc qu'il faut que je détaille même si j'ai envie de m'enterrer rien que d'y repenser... Le sang dans ma bouche avait un goût d'une richesse incroyable, je sentais sur ma langue des arômes inconnus et enivrants, délicieux. Je dirais... le goût de la vie elle même. C'est mal exprimé, mais il n'y a pas de mot pour décrire ça. Puis, j'ai fait couler dans ma gorge le sang aspiré et ici, un mot existe pour décrire ce que j'ai ressenti. Un orgasme, purement et simplement. Aucune autre manifestation physique que, à la limite, un léger tremblement. Mais dans ma tête... C'était bien plus bon que se sentir heureux du sourire d'une inconnue, bien plus jouissif qu'avoir une idée brillante après avoir passé des heures à chercher, plus délectable que de l'eau après une journée torride, meilleur qu'un plat fondant sous la langue quand on est affamé, une douceur plus délicieuse que l'ivresse... Je ne peux décrire que par des sentiments, parce que le goût semblait lui même directement composé d'heurs. Mon corps n'était plus qu'un lointain souvenir, mais la sensation ne fut que trop brève. Je réitérai donc l'opération, sentant le sang affluer sous mon palais. Sa richesse m'en sembla encore plus grande, et je bus sans perdre le temps d'un battement de cœur, m'apprêtant à tirer plus de fluide vital en même temps, si possible. Le choc fut le même, sinon plus grand encore.

Je l'écris a ma grande honte ; ce n'est pas l'idée de blesser Alice qui retint ma soif en cet instant, mais bien la satisfaction d'être repu, instantanée, qui m'assaillit alors. Je retirais ma bouche, glissant mes lèvres, avides malgré moi, sur les plaies qui auraient dû se trouver là, et saigner. Je ne sentis rien d'autre en passant la langue sur mes lèvres, et j'en ressenti une intense déception, teintée de ce qui me sembla être de la haine. Une pulsion qui s'évanouit aussi vite qu'elle était apparue.

Je repoussais Alice aussi délicatement que possible, mais mes gestes manquaient d'assurance. Sur son cou, la trace de ma morsure apparaissait, bien visible. D'une envie d'y plonger à peine les pointes, j'avais planté les dents bien plus profondément qu'il m'avait semblé. Des étoiles dansaient devant mes yeux.

Je restait là un moment, tenant Alice par les épaules, autant pour la soutenir que pour l'écarter de moi. J'essayais de m'excuser d'un regard et de la remercier en même temps ; une expression peu glorieuse pour un moment dont j'ai, de toute façon, encore honte. Le Comte ne disait rien, mais j'ai su ensuite qu'il ouvrait des yeux brillant d'une malice et d'une joie mauvaise, et aussi de curiosité. Il avait espéré tirer cette réaction de ma part. Mais peut être attendait-il quelque chose de plus, puisque sa voix imposante était teintée d'un soupçon de déception lorsqu'elle perça l'air  ;


- Bienvenu parmi nous, Calvin.

S'il me toisait de haut, d'un regard aussi pénétrant et amusé que l'instant d'avant, son sourire était moins carnassier. S'il avait été composé d'autre chose que de terreur pure, j'aurais dit ; presque amical. J'en ai ressenti une profonde joie, et une grande bouffée d'orgueil. Comme dirait l'autre ; « c'est bon de se trouver sous l'aile d'un dragon, c'est plus chaud qu'on ne croit. » La terreur que je pouvais ressentir se fit un tout petit peu moins présente.

-Les « citernes » ne sont pas loin, puisque c'est ce que vous cherchez... Vous pouvez prendre congé. Votre visite était tout à fait divertissante.

Il fit un infime geste de la main, un salut du bout des doigts ressemblant plus à la façon dont on chasse une poussière, puis posa à nouveau ses tempes dessus, retrouvant l'expression qu'il avait lorsque nous l'avions trouvé, jusqu'à fermer les yeux. En me retournant, j'ai regardé papi, qui me fit un demi sourire mi-figue mi-raisin, avant de me désigner du menton Alice, derrière moi.

Je ne pouvais rien faire de mieux que lui tendre la main pour la guider vers la sortie, après ce qu'elle venait de faire pour moi... Je me promis de lui rendre la pareille aussi vite que possible.
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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Jeu 17 Oct 2013 - 18:23

Pas un frémissement n'ébranla sa silhouette pâlissante. Pas un soupir, pas un murmure, juste le mouvement régulier et parfaitement calme de sa respiration. Toute angoisse, toute inquiétude avait disparu de son esprit. Ce dernier était comme vide, allégé. Elle avait la sensation de voir la scène d'un point de vu extérieur, neutre. Ses yeux s'étaient perdus dans les boucles blondes de Calvin, elle se sentait molle, fatiguée. Elle était sur le point de sombrer dans un délicieux sommeil et ne comptait pas lutter ce dernier, quand elle sentit quelque chose dans son cou. C'était désagréable sans être douloureux, une petite sensation de tiraillement et de démangeaison. Elle grimaça, porta la main à son cou, pour finalement se figer dans un brusque frisson. La sensation d'une langue dans son cou la pris de court. Cette dernière laissa une fine trainée humide en passant sur ce qui devait être ses plaies et elle déglutit en fronçant les sourcils, à la fois dégoutée, mais aussi troublée. Son corps, lui, n'avait pas trouvé le contact aussi répugnant.

Elle recula quand il la repoussa, ne désirant pas plus que lui restait dans une position aussi intime qu'inconfortable. Cependant, elle ne quitta pas tout à fait le support de ses bras, sentant ses jambes agitées de légers tremblements. Elle s'étonnait même de ne pas encore s'être laisser tomber au sol, tant son corps lui semblait lourd de fatigue.

La voix profonde du Comte la fit sursauter, lorsqu'elle résonna à nouveau dans l'immense salle. Quand cet homme ouvrait la bouche, cela lui faisait l'effet d'une douche glacée, elle pouvait sentir les gouttes froides glissant sur son échine, s'insinuant entre ses omoplate, caressant le derme chaud de doigts cruellement gelés. Elle détestait la sensation, tout comme elle détestait cet endroit et l'ambiance qui y régnait. Elle voulait sortir, fuir loin de l'obscur domaine du seigneur cauchemar et son vœu fut à moitié exaucé lorsque Calvin lui tendit la main, l'entrainant sans un mot à l'extérieur. Elle le suivit et passa même devant, empressée qu'elle était de quitter cette salle et son inquiétant occupant.

Une fois Jacques avec eux dans le couloir, les lourdes portes noires grincèrent avant de claquer dans un bruit sec qui résonna dans le silence. La jeune femme soupira profondément et se laissa choir mollement au sol, cherchant son souffle et un peu de sérénité. C'était sans compter sur une improbable créature créature se tenant juste devant ses genoux : une sorte de crapaud cornu à la peau rouge marqué de noir sur le dos et les membres, parfaitement lisse et blanchâtre sur le ventre. Le batracien la fixait de ses énormes yeux vitreux, parfaitement calme face à l'incrédulité marquant le visage de la femme assise devant lui et c'est donc tout naturellement qu'il ouvrit une gueule aux crocs effilés afin de leur croasser quelques mots :


"Je suis Veinard. A partir de maintenant, c'est moi qui vais vous guider jusqu'aux "citernes". Parce que je suis un peu la personne la mieux placée dans tout le château pour ça ! Eh oui !"

En quelques bonds et sans attendre que qui que ce soit, et surtout Alice, se remette du choc, la bête à sang-froid s'engouffra dans un couloir, bifurqua sur la droite et disparut un bref instant, avant de faire à nouveau glisser sa tête visqueuse dans l'angle. Dans les orbes globuleuse qui ornaient son museau gluant, elle crut percevoir de l'agacement, mais c'était dur à dire :

"Alors Mam'zelle ? On bouge ses fesses et on suit. Hop ! Hop ! Hop !"

A nouveau, il disparut. Alice, les yeux écarquillés se leva sans mot dire, épousseta prestement sa robe, malgré son pitoyable état et suivit le groupe dans un escalier en colimaçon, aussi étroit que raide. Un nouveau grognement, cette fois bien plus exaspérée, franchit ses lèvres alors qu'elle entamait l'infernale périple vers de nouveaux abîmes, l'idée de devoir remonter ces marches lui donnant d'avance un affreux point de côté.

La descente dura longtemps, du moins de son point de vue, ce fut long. Quelque soit ces citernes, elles devaient être bien en dessous de la demeure du seigneur, celui-là même qui leur avait dit que ce qu'ils cherchaient n'étaient pas bien loin. Quoiqu'en tombant de la tour peut-être ou alors avec un ascenseur qui n'existait pas. Mais à pieds, ce n'était pas spécialement vrai.
C'est donc après un bon quart d'heure qu'ils sortirent enfin de cette enfer tournoyant de marches en pierre. Alice titubait, elle voyait flou et c'est sans surprise qu'elle trébucha une fois sortie de là, avant de tombait dans un liquide tiède et poisseux dont l'odeur âcre ne lui était pas inconnu : celle du sang. Les "citernes" étaient en fait plus proche d'un immense réservoir sombre et vouté, qui rappellerait aux connaisseurs l'ancienne basilique inondée d'Istanbul. Sauf qu'au lieu d'eau clair et bleuté, les quelques bougies renvoyaient l'onde rougeoyante de l'hémoglobine. Alice glapit de surprise et recula aussi vite qu'elle le put sur la berge, haletante. Elle aurait du se doutait de la nature des lieux.

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MessageSujet: Re: Entretiens avec des vampires. Lun 6 Jan 2014 - 18:08


Je me tournais vers mon amie d'enfance. Alice n'avait pas l'air bien du tout, « comme quelqu'un qui a vu un fantôme », peu ou prou. Je l'aidais à mettre un pied devant l'autre en direction de la sortie, puis elle a rapidement pris le pas, allongeant ses enjambées pour sortir le plus rapidement possible. On ne pouvait pas lui en vouloir pour ça.

La porte a grincé une nouvelle fois avant de se fermer dans un bruit formidable derrière nous. L'air est redevenu respirable une fois la porte fermée. Savoir le Comte seul derrière, dans cette salle, ça m'inspirait des sentiments contradictoires. Ce seigneur avait la classe et j'imagine que n'importe qui aurait préféré être accueilli dans son manoir en ami plutôt qu'être considéré comme un intrus... Je crois que je décidais à cet instant qu'il me fallait l'impressionner d'une façon ou d'une autre.

Mais voir Alice s'affaler m'a rappelé à l'ordre. La quête de pouvoir ne devait pas me monter à la tête. Cet endroit était séduisant, mais c'était un peu trop tentant, un peu trop « côté obscur ». Il fallait que je reste moi-même. Je me suis tourné vers elle pour lui apporter mon aide, mais j'ai eu l'impression que ça sonnait faux ;


-Je suis désolé, j'espère que je ne t'ai pas f...

Voilà qu'un drôle de monstre se tenait devant elle! Le temps que je bande ma jambe droite pour lui envoyer un bon low-kick entre les yeux, l'espèce de grenouille démoniaque avait pris la parole d'un ton familier, se désignant comme notre guide vers les « citernes »(chaque fois que quelqu'un prononçait ce mot, il marquait un temps avant, comme pour indiquer que ce n'était pas vraiment le terme adéquat mais qu'une convention régnait à son propos)... Bref, ce truc n'était pas un adversaire.

C'était même... un guide ? Et Batman alors ? Les touristes n'étaient vraiment pas choyés dans le coin ! Et puis ce nom... Veinard ? Quel abruti avait bien pu trouver ça ?

Mes envies de me plaindre furent stoppées par l'attitude de papi. Le Behemoth, lui, n'avait pas l'air d'être plus dérangé que ça et s'était mis en route d'un pas égal en se massant négligemment l'épaule gauche. Sérieusement ? Dans ce cas, plus le choix... J'ai suivi, ne me rendant compte que j'avais laissé Alice derrière que lorsque notre nouveau guide s'arrêta pour lui faire une remarque. Un autre que moi, je l'aurais insulté ! Je me suis donc attelé à cette tâche mentalement tandis que je me plaçais juste devant Alice pour surveiller ses pas dans l'escalier.

Interminable ! Je ne sais pas combien de fois j'ai dit
« Attention  » ou «  ça glisse ici  » avant que l'on arrive en bas. Les mots sortaient tous seul, à force, privés de sens par l'absence de réponse et le ton de ma voix qui devenait de plus en plus monocorde à ce constat. Il faudrait vraiment que je me rachète... L'inviter à aller au cinéma avec Hobbes, quelque chose comme ça.

Finalement, la descente a pris fin... Avec le recul, je pense que rien que ça, ça fait un bon exercice ; monter et descendre ce foutu escalier. Mais le clou du spectacle était en bas. Sous les colonnes et arches de pierre se trouvait le lac de sang dont j'avais rêvé la nuit où je suis devenu Voyageur. Putain, ce que ce truc aurait dû être écœurant ! Le sang inspire la mort et la souffrance à tout le monde. Et cette odeur ferreuse ! Alice eut un mouvement de recul et je remarquais avec un brin d'indignation que papi ne sourcilla pas une seconde devant l'horreur de la chose. Avant de me rappeler qu'il m'avait tiré de là pendant plusieurs nuits d'affilée, pour m'aider à devenir Voyageur.

Veinard, lui, avait bondit joyeusement jusqu'à la source de sang et avait disparut en plongeant à l'intérieur. Quant à moi, j'étais partagé. Ce sang ne me donnait pas envie d'être bu comme celui qui coulait dans les veines d'Alice et j'approuvais à son égard une fascination/répulsion. Le fait d'avoir bu du sang m'avait profondément changé. Plus tôt dans la journée, les pieux ensanglantés m'asséchaient le gorge mais maintenant, cette envie était beaucoup plus lointaine.

Et puis... Bon, j'étais là. Et après ?

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