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Stay in my memory [PV : Ed Free]

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Maraudeur des rêves
Alice Sauvebois
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MessageSujet: Stay in my memory [PV : Ed Free] Ven 28 Déc 2012 - 18:54
"Passez une très bonne soirée, au revoir et merci de votre visite !"

Dit une voix douce et chantante, alors qu'une jeune femme quittait la boutique dans un tintement de sonnette, un petit paquet à la main. L'aimable sourire sur le visage d'Alice se maintint encore quelques secondes, avant de disparaître dans un profond soupir. Elle s'effondra sur son bureau couvert de papiers cadeaux bariolés et de divers rubans dorés, la tête entre les bras. Doucement, elle releva les yeux et réajusta ses lunettes. La lampe en fonte sombre éclairait son visage fatiguée, soulignant sa pâleur, ses cernes profondes et ses traits osseux. Elle tira d'un coup sec sur le cordon en letton, éteignant la source lumineuse. Elle se releva et son dos craqua, lui arrachant un douloureux soupir.

"Moi et mes idées à la con... Bordel..." grogna-t-elle en s'approchant de la porte du magasin.

Elle tourna la clé dans la serrure et, tout en abaissant la grille, repensa à sa journée. Premier jour d'ouverture et ce, quelques semaines avant Noël. Mais à quoi avait-elle pensé en faisant une chose pareille ? Probablement à rien, elle voulait juste ouvrir le plus tôt possible, pour ne pas laisser passer ce regain de volonté et de courage offert par Dreamland. Dans un petit claquement métallique, le rideau acheva de se fermer. Dehors, les décorations festives illuminaient la rue, projetant leurs lueurs colorées jusque dans le magasin. Elle avait toujours aimé Noël, une espèce de joie spontanée lui réchauffait le cœur durant cette période. Du moins, ce fut le cas jusqu'à la mort de ses grands-parents. Elle secoua la tête et traversa la pièce à grandes enjambées, elle ne voulait pas penser à ça. D'autant plus qu'au vu de l'heure, elle n'allait plus tarder à rejoindre le monde onirique où une décision s'imposait.

Lentement, elle poussa la porte de l'arrière boutique et grimpa lentement l'escalier de bois, évitant par habitude les marches grinçante sur la pointe des pieds. Elle arriva à l'étage et poussa la porte de la salle de bain, puis appuya sur l'interrupteur. La glace au dessus du lavabo lui renvoyait son image poliment, alors qu'elle se déshabillait doucement. Son dos lui faisait mal et elle se sentait lasse, elle avait besoin d'un bain, ensuite elle irait se coucher sans plus de cérémonie. D'un coup de talon, elle envoya ses chaussure valser contre le radiateur, puis elle entreprit de retirer ses collants, en équilibre sur un pied, appuyée contre le lavabo. Lentement, elle défit la ceinture à sa taille, puis le nœud qui serrait son col et les boutons de sa tunique. Elle laissa glisser le tissu de ses épaules, le laissant chuter à ses pied. Presque nue face au miroir, elle fixait son reflet de ses yeux bien trop clairs. Elle était maigre et manquée de tenue, ses cheveux s'emmêlaient tout autour de son visage en un fouillis sadique, qu'elle passerait encore une heure à coiffer le lendemain. Elle se détourna finalement de son image et régla l'eau chaude, avant de laisser couler dans son bain un liquide moussant. Finalement, elle plongea entre les bulles, la chaleur chatouillait ses cuisses et la peau pâle de ses seins. Elle étendit ses jambes dans les profondeur savonneuse de la baignoire et renversa sa tête en arrière, les yeux clos. Elle se sentait bien, détendue, mais une pensée la tourmentait. Depuis cette mission qu'elle avait du effectuer auprès de la manieuse Lena, une question la tourmentait. Qu'est-ce qui l'avait appelé à travers les ombres et la brume du marais ? D'où venait ses murmures oppressants et ces yeux étranges et brillants qu'elle était sûre d'avoir vu à travers la brouillard ? Elle avait besoin de réponse, Dreamland les lui donnerait.

______________________________________________

Ses yeux se rouvrirent lentement, la brume dansante caressait ses membres engourdis par la fraicheur de l'endroit, entre les volutes subtiles qui courbaient leurs diaphanes corps d'eau, les ombres tordues des arbres tendaient leurs bras difformes vers des cieux invisibles. Dans l'air glauque des marécage, au loin, résonnait une voix étrange, un murmure, un écho terrifiant dans la solitude de ces lieux morbides. Alice ferma les yeux, elle s'était endormi dans son bain. C'était bête, le temps qu'elle se réveille, il n'y aurait plus de bulle. Elle soupira profondément et, d'une voix forte et claire, s'exclama dans le vide :


"Qui que vous soyez, montrez-vous !"

Soudainement, un puissant éclat de rire résonna entre les branche et une brise se leva, écartant la brume dans laquelle se dessinèrent deux yeux brillants, puis une forme curieusement féline, silencieuse, blanche et nébuleuse. Avec une grâce digne des plus grands prédateur, il s'approcha d'elle, un gigantesque corps lupin monté sur de longues pattes aux griffes puissantes, une crinière épaisse et immaculée couvrant un museau long et sombre, fendu par un sourire carnassier remontant jusqu'aux bois noirs ornant sa tête fine. Une créature des rêves telle que celle-ci, elle n'en avait jamais vu. Il respirait l'assurance, la puissance. Dans ses veines coulaient de puissants pouvoirs, même elle pouvait le sentir et ses yeux s'illuminèrent d'un éclat de méfiance.

"Qu'avons-nous là, une invocatrice au service de Pijn perdue dans les vaste contrée de la première zone ? Que fais-tu donc là, chère petite Alice ?"

La voix était profonde, douce, trop douce pour être tout à fait innocente. La créature parlait avec douceur, articulant chacun de ses mots comme si elle les savourait.

"Qui êtes-vous ?" dit-elle d'un ton cassant, sans jamais quitter le fauve de ses yeux perçant.
"Je suis Hisèn le brumeux, contrôleur de la brume murmurante, maître de la torture psychologique. J'ai bien des noms très chère, comme tu le vois."

Elle tressaillit. Maître de la torture psychologique, avait-il dit ? Elle pinça les lèvres et continua :

"Que me voulez-vous ?
- Oh ! Pourquoi tant d'empressement, chère petite ?
- Je n'aime pas perdre mon temps.
- Ce n'est pas ce que tu es en train de faire."


La réponse était vive, catégorique. C'était comme s'il parlait sans même y penser, ou plutôt, comme s'il anticipait chacune de ses réactions. Son regard brulant restait obstinément fixé sur la bête blanche.

"Je sais ce que tu recherches, chère Alice. Je sais tout ce que ton cœur désire et plus encore, je sais même ce que tu désirera demain, après demain et tous les jours qui suivront celui-ci."

Elle haussa un sourcil, intriguée. Hisèn, d'un mouvement souple et silencieux, passa soudainement dans son dos. Elle sursauta mais ne chercha ni à s'enfuir, ni à attaquer. Plongeant ses yeux brillants d'intelligence dans ceux de la jeune femme, il souffla à son oreille d'une voix langoureuse :

"Et plus que tout, je peux te l'offrir."

Puis le silence s'installa. Le sourire figé le long de son fin museau mettait la voyageuse mal à l'aise, mais son regard immaculé la fascinait étrangement. pas le moindre sentiment ne transparaissait au travers de ce monstre de prestance, si ce n'est une intelligence hors du commun, et par là même, incroyablement malsaine.

"Et qu'est-ce que cela me coutera ?" siffla l'invocatrice entre ses lèvres serrées.

Elle crut voir l'expression sur le faciès de la créature s'accentuer encore quelque peu : il savait pertinemment qu'elle poserait cette question.


"Rien, pour le moment." repondit-il avec calme.

Elle fronça les sourcils et d'une voix froide lui lança :


"Pour le moment ?
- Oui, pour le moment. Mais ne t'en fais pas, je suis un créancier raisonnable, je ne te demanderais jamais de m'offrir ce que tu ne peux payer, je connais tes limites et surtout comment les outrepasser sans te brusquer, très chère demoiselle."


Elle écarquilla les yeux, elle sentit la longue queue brumeuse du fauve effleurer sa joue et sa gueule garnie de petites dents pointues s'approcher de son oreille pour y susurrer :

"Rejoins-moi à Doppel City. Bon réveil, chère petite Alice."

__________________________________________________

Elle se réveilla brutalement et en sursaut, renversant de l'eau à peine tiède sur le sol dallé. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait au rythme de sa respiration haletante. La main posée sur son cœur le sentait battre terriblement vite et fort. Tremblante, elle constata avec tristesse que les bulles s'étaient envolées avec la chaleur de l'eau. Elle soupira et sortit du bain un peu trop rapidement, elle glissa et cogna sa tête contre le bord du lavabo. Elle poussa un cri de douleur et se replia sur elle-même, nue dans un coin de la pièce. L'accident et l'inquiétude lui arrachèrent quelques larmes qui coulèrent le long de ses joues pâles. Elle était terrorisée et ne savait plus quoi faire. Cet Hisèn, il était dangereux, elle le savait, elle le devinait, il ne le cachait même pas. Mais elle comprenait que c'était aussi ce qui faisait de lui le choix parfait pour ce qu'elle voulait : la puissance pour se suffire à elle-même et, éventuellement, pour changer, devenir une autre personne. Elle ne voulait plus être cette fille faible et soumise, cette lâche qui fuyait toujours. Elle était fatiguée des fuites perpétuelles à travers une solitude qui, finalement, lui pesait.

Elle tira une serviette sur son corps, puis essuya son visage et ses cheveux avec, ces derniers vinrent se coller en boucles brillantes sur ses joues et son menton. Elle passa le coton humide autour de ses épaules et attrapant un peigne sur une étagère, entamant la dure et pénible tâche de démêler ses cheveux. Entre deux passages des dents entre les nombreux nœuds de sa chevelure, entre deux gémissements de douleur à peine étouffés, Alice hésitait. Jusque là, c'était trop facile. Elle n'avait rien eu à faire, rien à demander. Elle pouvait remuer dans sa tête les quelques paroles échangées avec l'étrange créature autant qu'elle le voulait, elle arrivait toujours à la même conclusion : tout ça avait l'air fumeux... Pourtant, elle sentait qu'elle n'avait pas vraiment le choix. L'autre option consisterait à aller voir son véritable seigneur, ce Pijn qu'il avait brièvement évoqué. Mais, étrangement, elle avait la sensation que se rendre chez un duc obscur, seigneur de la douleur qui plus est, n'était pas vraiment la meilleure chose à faire pour sa propre tranquillité et son intégrité physique.

Elle tripotait nerveusement le peigne entre ses doigts, la tête enfouie dans ses genoux, les cheveux à moitié sec, à moitié humide, voletant autour de son visage dans un léger crépitement électrique. Elle regardait ses mains, ses toute petits mains fines, couvertes de marques diverses. Coupures, coups d'aiguille mal placés, par endroit, même, des cales durcissaient sa peau pâle. Elle les aimait bien, c'était à peu près la seule chose qu'elle appréciait chez elle. Elles étaient pratiques, ne l'avaient jamais trahie et elle trouvait à leur aspect usé et cabossé un certain charme unique.
D'un mouvement de hanche, avec l'assistance précieuse de ses jambes elle se redressa brusquement, manquant de peu une autre rencontre brutale de sa tête avec le lavabo. Elle allait y'aller, elle irait à ce rendez-vous maudit, même si c'était vraisemblablement idiot. Pourtant elle n'était pas totalement bête, même pas curieuse. Etait-ce une sorte de docilité latente ou du bon désespoir ne lui laissant guère le choix de la manœuvre ? En fait non, elle devait vraiment être stupide.
Après le rituel précédent le couché, elle se dirigea vers sa chambre et s'assit sur le lit avant de se glisser sous l'épaisse couette, remontant la couverture jusque sur son nez. Elle avait peur, elle se sentait nerveuse, pourtant, sa décision était prise et irrévocable, elle irait. Dans un long soupir anxieux, elle ferma les yeux, enfouissant la tête dans l'oreiller. Elle était si fatiguée, son corps trahissait même son inquiétude et elle s'endormit.

__________________________________________________

Doppel City, une petite ville coquette, charmante même, mais étrangement vide, presque morte. Pas âme qui vive, pas un bruit, juste un silence un peu angoissant. Alice déglutit péniblement, son estomac était noué par la crainte de ce qui allait suivre. Cela ne s'améliora pas lorsqu'une fine brume s'abattit sur les rues environnantes, suivit de près par d'horribles chuchotements cruels et des gloussements moqueurs. Il était là.


"Bien, chère petite Alice, je suis heureux de te revoir ici en cette nuit magnifique. Nous t'attendions."

Elle fronça les sourcils et se retourna vers le fauve immaculée et son inextinguible sourire narquois.

"Nous ?" souligna-t-elle
"Nous." répondit-il sur un ton de mystère qui l'exaspéra un peu plus.

D'un mouvement souple, il l'entoura de son corps étrangement froid, chatouillant ses cheveux de sa douce crinière. Alice ne nota aucune odeur dans son pelage, juste une sensation de fraicheur qui la fit frissonner.


"Puisque tu es là, jouons à un jeu.
- Un jeu ?
- Oui, un jeu. On apprend mieux quand on s'amuse. Voici les règles : dans une de ses maisons j'ai caché une clé qui te permettra d'échapper à ma brume pour le reste de la nuit, trouve-la."


Il s'arrêta un instant, laissant planer un silence dramatique. Elle tourna sa tête vers lui, plongeant son regard clair, terriblement sérieux, dans celui de la créature. Il souriait toujours, jouissant indubitablement de l'instant. Puis il poursuivit en s'éloignant d'elle.

"Cependant, la particularité de ses lieux combinée à mon pouvoir, testeront à chaque instant ton sang-froid de bien des manières, retardant ta progression et rendant chaque visite en ces demeures... Intéressante."

D'un bond, il sauta sur un lampadaire, puis sur le toit d'une bâtisse. Jamais un bruit alors qu'il se mouvait, pas un son, même pas un bruissement d'air. Son sourire s'accentua et ses yeux d'opale brillèrent d'un éclat inquiétant.

"Bonne chance et surtout, bon courage, chère petite Alice. Tu en auras besoin."

Il disparut derrière un rideau de brume épaisse, laissant la voyageuse seule au milieu de ces inquiétants murmures. Ce qu'il avait dit la tourmentait énormément, elle sentait bien que ce qu'il lui promettait était loin, très loin d'un jeu. Elle serra les dents et s'approcha de la première maison en face d'elle. Autant qu'elle se rende compte par elle-même de ce qui l'attendait. Elle posa la main sur la poignée de la porte et la tourna, celle-ci s'ouvrit sans un bruit. Prudemment, elle entra dans la demeure. Un joli petit salon coquet l'accueillit. De lourde tenture de couleur sombre couvrait à moitié les hautes fenêtre et le parquet propre était recouvert par quelques superbes tapis, rappelant les couleurs chaudes du velours des fauteuils et du canapé. Sur sa droite, un escalier en bois menait à l'étage. Le contraste entre la pièce et la tenue que Dreamland avait cru drôle de lui mettre sur le dos était flagrant, voir comique : une charmante petite robe en satin bleu canard, avec un col bateau tombant sur ses épaules couvertes par un sous-pull noir, de même que le collant opaque couvrant ses jambes et ses pieds, agréablement chaussés de mignonnes petites ballerines plates de la même teinte azurée que son haut, coloris encore une fois repris par le nœud tenant sa chevelure en un chignon néanmoins bordélique. Pour une fois, le monde onirique avait même trouvé amusant de parait son visage d'une légère touche de maquillage sombre sur ses yeux toujours aussi pâle. Son visage ce ferma dans une expression boudeuse, elle n'approuvait pas cette initiative, surtout dans une situation aussi ridicule, dans un jeu ridicule, d'une créature ridicule, qui commençait sérieusement à lui casser les pieds. Elle croisa les bras sur son torse, ronchonnant contre le monde entier, quand elle entendit les pampilles du lustre tintaient doucement en s'entrechoquant entre elle. Il y'avait quelqu'un à l'étage.

Lentement, avec précaution, elle gravit les marches une à une. Elle sentait quelques gouttes de sueur coulaient le long de sa tempe jusqu'à sa nuque. Sa gorge nouée lui faisait un peu mal et l'angoisse serrait son cœur. Ce nouveau niveau était simple, dépourvu de décoration superflue et un peu plus bas de plafond. Une fenêtre ouverte laissait entrée un vent frais faisant voler les rideaux de tulle comme de longs bras blancs au dessus d'un buffet couvert d'une nappe de dentelle. Le brouillard couvrait le sol d'une légère couche blanche et étrange, mais cette fois, le silence était total, seul le souffle saccadé de la voyageuse troubler l'atmosphère tombale du lieu.
Soudain, elle entendit son nom derrière elle et sursauta, se cognant au passage à la lampe du plafond qui clignota. Elle poussa un gémissement en se retournant. Ses yeux s'écarquillèrent et elle recula de quelques pas, sa hanche heurta le buffet disposée derrière elle, sous la fenêtre toujours ouverte.n cri ou une exclamation de surprise s'étrangla au fond de sa gorge dont il ne sortit finalement qu'un gargouillis incompréhensible. De l'autre côté du couloir, une haute silhouette la considérait de ses yeux d'un bleu profond, brillait malgré l'ombre de l'endroit et ses cheveux bruns voletaient autour d'un visage fin d'un charme certain.


"Bonjour." dit l'homme d'une voix chaude et douce
"Be... Benoit ? Qu'est-ce que tu fous ici ? Y'avait personne ici, je..."

Il s'approcha d'elle doucement, fixant son visage. Elle détourna le regard, mordant sa lèvre inférieure. C'était quoi cet endroit ? Qu'est-ce qu'il foutait dans cette baraque ? Elle tressaillit lorsqu'elle sentit son souffle près de son oreille.

"Y a moi et effectivement, y a pas grand chose d'autre."

Elle se dégagea, lui tournant le dos. Ignorant froidement sa réplique, elle répondit avec calme.

"Tu devrais partir d'ici.
- Non. Tu devrais partir."


Elle haussa un sourcil, le considérant de haut en bas sans un mot.

"Tu n'as rien à faire ici. Tu n'as rien à faire nul part. Tu sais très bien que ta présence seul a toujours été... Comment dire ? Oui, affreusement pénible, pour tout le monde. A part en élément comique peut-être, et encore."

Elle fronça légèrement le nez, elle commençait à comprendre.

"Tu te souviens quand je t'ai embrassé ?"

La question la pris au dépourvu, elle rougit et tenta vainement de bredouiller une quelconque réponse.

"Eh bien c'était répugnant."

Elle se tut, le regardant avec étonnement, puis une ombre de tristesse s'abattit sur ses yeux. Un sourire en coin étira ses lèvres.

"Je le sais, tu me l'as déjà dit.
- Non, tu sais rien. Même pour la blague c'était vraiment, vraiment immonde. J'en ai roulé des pelles à des thons naïfs comme toi, mais jamais d'être aussi... Hideux. C'est même pas ton corps, c'est tout chez toi, tu es une serpillère, tu vaux rien. Tu es une insulte et tu ferais mieux de te jeter par la fenêtre derrière toi."


Elle releva deux yeux brillants vers lui. Il ne souriait plus, tout ce que son visage affichait c'est un mépris non feint et un dégout réel.

"Va-t-en, tu me répugnes."

Elle allait redescendre par l'escalier, quand il s'interposa entre elle et la rampe.

"Non, par la fenêtre. Tu sors, par la fenêtre."

Il s'approchait, menaçant, terrible, un sourire affreux déformant son visage. Elle reculait, tétanisée. Elle sentit s'enfoncer dans son dos le rebord en métal du cadre, les rideaux effleurant doucement ses joues.

"Tu es stupides, certes. Mais que tu aies pu croire un instant que je pouvais poser sur toi le regard d'un homme sur une femme, c'est ridicule. Tu es ridicule. Même tes grands-parents, cette fois-là, dans la boutique. Même eux il savait que tu ne valais rien. Je l'ai vu dans leurs yeux, ils me l'ont même dit. Ils avaient honte de toi et il me plaignait... Non, il ne comprenait même pas que je puisse venir te voir, toi. Maintenant... Dégage !"

Elle bascula en arrière. Elle sentit son cœur palpitait. Tout autour d'elle s'emblait ralentir, jusqu'au premier coup qui vrilla ses sens : une branche frappa sa nuque, puis une seconde son estomac et elle dégringola tout en bas, atterrissant lourdement sur les pavés durs. Elle se mit péniblement à quatre patte, toussotant. Elle avait mal partout. Elle écarquilla les yeux en voyant une goutte d'eau sur sa main. Elle porta ses doigts à ses yeux et sentit les larmes chaudes en couler. Elle se redressa, prenant sa tête entre ses bras. C'était faux, tout était faux. Elle le savait, elle en était sûre. Alors pourquoi ? Pourquoi avait-il dit ça ? Elle rabattit ses genoux contre son torse en gémissant. Elle ne comprenait pas. C'était ça le jeu ? Elle n'y arriverait pas alors, elle n'y arriverait jamais, jamais. Elle n'avait jamais pu supporter ce genre de chose et pendant trop longtemps on les lui avait imposées. Ce n'était pas ce qu'elle voulait, ce n'était pas ce qu'elle avait demandé. Elle allait attendre son réveil là, ça irait, tout irait bien, il suffisait de ne pas bouger, d'oublier...
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Sam 5 Jan 2013 - 16:42
Moi, je rentrais chez moi, avec mon poids en bière comprimé difficilement dans l’estomac dont seuls quelques effluves remontaient chercher la tête. Mais il fallait plus que ça pour rendre quelqu’un d’alcoolique… ou plutôt, être alcoolique à la bière ne faisait pas danser sur la table avec sa chemise autour de la tête. Non, se rendre ivre par la bière, c’était tranquillement ronfler dans ses poils de barbe, sur sa chaise, avoir les paupières plus lourdes et l’inspiration plus pataude. J’avais l’impression d’en avoir encore dans le palais. Je glissai sur la neige devenue boue… Je détestais la neige qui arrivait à petites doses, et qui au final, ne rendait que les rues plus sales, plus laides. Mes grosses semelles appuyaient sur le sol d’un bruit spongieux désagréable à entendre et qui mouillait le bas de mon pantalon. La nuit était déjà présente au milieu de l’après-midi, et l’obscurité portée par des nuages omniprésents et bleu grisaient déjà les bâtiments vieillots de Montpellier. Et moi, je rentrais chez moi.

J’avais énormément de choses à dire sur cette journée, même si techniquement, je n’y avais rien fait. Se réveiller dans les limbes de midi et constater que quatre heures plus tard, le soleil partait en grève derrière l’horizon, ça avait de quoi faire bader quelqu’un qui voyait son temps perdu. La soirée, c’était la soirée, une extension de la journée, mais pas de quoi remplacer celui-ci. Un générique pouvait être beau, il n’était pas le film. Boire des bières entre amis était un moyen de sauver la journée, de dire : elle était pas si pourrie finalement. Montpellier m’avait manqué. Boire de la bière à Montpellier aussi. Surtout. Aller à n’importe quel endroit et y rester un mois, ma ville ne me manquerait pas, mais je n’étais pas allé n’importe où.
Paris. Ville de merde de pigeons. Un passé chiant, que j’avais découpé comme un bras, et personne ne l’avait enterré, ce qui faisait qu’à mon retour, le membre était encore bien présent, mais putréfié et sentant une odeur de charogne. Tout me manquait quand j’étais là-bas.

Je vivais dans la sorte d’immeuble qui sentait la pisse sans aucune raison valable, et dans lequel l’ascenseur était éternellement en panne. Le hall dans lequel je m’infiltrai en laissant le froid hivernal derrière moi sentait si fort que mon nez ne s’était toujours pas habitué. Je vis les marches qui craqueraient sous mes pas et je les haïssais pour ça. Je combattis l’odeur, ouvris ma veste et entrepris la longue ascension vers le sixième étage où reposait mon appartement ainsi que mon chat. Et j’avais du mal à dire qui était le plus gros entre les deux. Les vacances ne s’éterniseraient plus désormais, et elles fondaient en même temps que la neige dans la rue. Un arrière-goût désagréable m’envahissait, un arrière-goût de gâchis. Je rentrai dans mon appartement, noir, immobile.

Bourritos était tranquillement couché sous le canapé (la dernière fois qu’il avait tenté sa chance dessous, j’avais été obligé de soulever le meuble pour que le chat puisse bouger de nouveau) et oubliai consciemment de ronronner quand je me penchai pour vérifier qu’il était bien là (et accessoirement, qu’il respirait encore). Il ouvrit la bouche en bâillement et je le laissai à son bon plaisir. Il était quelle heure ? Le ciel disait qu’il était vingt heures mais pour l’horloge, c’était un peu précipité. Je n’aimais pas l’hiver pour ça. Pas d’après-midi. J’ouvris le clapet de mon ordinateur et l’allumai d’un doigt habitué. Je partis aux chiottes pour lui laisser le temps d’afficher un bureau splendide et vide. Burritos sortait de sa cachette et vint se poser sur la souris. Je fus gentil et la lui laissai, utilisant le tapis digital avec dextérité. Les pages Internet s’allumaient déjà derrière les autres tandis que le chat eut un air outré de mon manque de considération.


« Maou.
_ Mais oui, Boubouille, mais oui. »
, lui répondis-je sans le regarder. Il se frotta l’oreille avec sa papatte avant de répéter au cas où je n’aurais pas compris qu’il avait miaulé :
« Maou.
_ Yep, moi aussi.
_ Maou.
_ Tu savais qu’on bouffait les chats dans l’ancien temps ? C’est très intéressant ce qu’on faisait avant avec les animaux, je suis certain que tu aimerais.
_ Maou.
_ Et oui, tu aurais été un des clous du spectacle. Il aurait suffi qu’on te capture pour nourrir tout un banquet. »
Je consultai mes mails tandis que mon chat argumenta d’un nouveau miaulement. Je ne lui prêtais toujours pas un regard alors que je cliquai sur un message venant de Julianne, une Claustrophobe. Voilà pourquoi je détestais consulter ma boîte mail : c’était toujours par là que les mauvaises nouvelles arrivaient. Je lus à voix haute, conséquence de la solitude qui transformait un chat ou encore un fer à repasser en ami sincère et à l’écoute :
« ‘Cher Ed’, et paf, t’as vu ce qu’on m’envoie Boubouille ? Du cher. S’ils savaient. J’oublie pas, et c’est pas un truc qu’on oublie. Quel été de merde.
_ Maou.
_ Oui oui, je te lis la suite. Et bien ‘cher Ed, Maze aurait besoin de toi’, bien sûr, ça sent la tâche de merde, il aurait besoin de moi pour… vérifier que le bunker est hors-de-portée des badauds. Hin hin, je vois que c’est vital.
_ Maou.
_ Oui, je me suis bien fait enculer. Qu’ils aillent se faire foutre, tiens. Tu penses que je devrais leur répondre quoi, Boubouille ?
_ Maou.
_ Bonne idée. »
J’y réfléchis deux secondes et trouvai effectivement que c’était la réponse adéquate.

J’avais finalement accepté ; je n’allais pas me faire assassiner sur Dreamland pour un miaulement. Doppel City alors, un Royaume uniquement pour les Voyageurs, très très très peu fréquenté. Très bizarre aussi, c’étaient les souvenirs que j’en avais. Je me grattai l’oreille en ouvrant le frigo et tentai de me rappeler ce que j’avais fait là-bas. Ce foutu bunker, ce foutu scientifique, ce foutu monstre, puis finalement, eux. Enfin, tant que ce n’était pas une autre mission casse-gueule, je voulais bien accepter. Une énorme bouteille de coca me faisait de l’œil, mais pas de bouffe dans les étages. Je regardai l’heure qu’il était… ah oui, c’était vrai, il était très tôt. Je claquai la langue et pris dix euros que je fourrai dans ma poche. La supérette du coin devait être encore ouverte.

Je n’avais pas envie de dormir quand je me fourrai sous la couette double épaisseur, je n’avais pas du tout envie de dormir. Savoir que j’allais rester à Doppel City pour une nuit ne me faisait pas du bien. Il n’y avait rien là-bas, sinon rien. Et des fragments de souvenir contenus dans les maisons. Aaah, le passé. Je ne savais pas si je pourrais ouvrir cent maisons et découvrir des souvenirs qui me feraient rire que j’aurais oublié. Je préférais ne pas y penser. Bourritos réclama du rab et décida qu’il était temps de se coucher et qu’il aurait son rab une fois réveillé, ce qui serait une foutue coïncidence avec son petit-déjeuner. Il se lova contre mon dos après m’avoir léché les cheveux à trois reprises. Doppel City, hein ? Dire que j’avais prévu de couler des jours pépères dans mon propre Royaume. Une piscine, un hamac, ça avait plus de la gueule que les rues de carte postale de Doppel City. C’était une ville effrayante tout de même. Je tombai finalement dans un sommeil profond tandis que ma gorge se souvenait encore de la bière. Je maugréai et tombai à Dreamland une nouvelle fois, l’esprit noir comme vous l’avez remarqué.

__

Le passé était une chose étrange, parce que c’était du présent qui fondait. Toutefois, j’acceptai de me prendre au jeu quand je revins sur ces lieux, ce petit jeu auquel je me livrais. C’était quoi déjà, ce jeu… Ah ouais, voilà, les trois E. Ça faisait longtemps que je n’y avais pas touché à ceux-là.

Endroit : J’étais aux frontières de Doppel City, Royaume perdu des autres Royaumes. Elle me faisait toujours penser à une petite ville italienne comme on en voyait sur Google, à la différence près qu’il n’y avait personne qui hantait les lieux. Les pavés étaient les mêmes, le ciel était bleu d’un bleu qui ne se pouvait pas tandis que les habitations m’invitaient à rentre chez elle, à rentrer en moi pour une auscultation qu’un psychologue aurait payé quelques milliers d’euros le ticket de spectateur.

Egos : Normalement, Doppel City était une petite ville tranquille, sans personne autour. Peut-être qu’il y avait un Doppel City pour chaque Voyageur, comment savoir ? Le silence était inquiétant, moins que le fait que la ville était habitée, mais tout de même. Mais voilà, sauf que cette fois-ci, il y avait quelqu’un. Ou quelque chose. Quelque chose de plus qu’énorme, et j’en venais même à me demander si Julianne n’avait pas fait exprès de m’envoyer là-bas pour « ça », justement. J’ajustai mes verres magiques mais l’énergie était trop diffuse pour être perceptible. Je jurai et me dépêchai de voir ce qu’il en était, oubliant totalement le troisième E (entre nous, ce n’était pas exceptionnel, car l’Effet n’était constitué que de chaussures noires en cuir surmontées d’un jean de même couleur, et d’un polo noir sur lequel une tête minimaliste de bébé phoque vu de face siégeait fièrement. Et il fallait rajouter les lunettes de soleil de verre ovale qui tenaient sur mon nez par des branches argentées ainsi que le panneau de signalisation qui déconseillait à tout véhicule le stationnement dans la zone ; je le pris au sérieux).

J’étais un peu effrayé parce qu’il ne se passait rien à Doppel City si ce rien n’était pas mortellement dangereux. Une place forte dédiée aux Voyageurs, totalement inintéressante au point-de-vue stratégique, géopolitique, ne pouvait qu’attirer des ennuis monstres. Je réglai rapidement la sangle de mon panneau de signalisation qui s’agitait à chacun de mes pas derrière mon dos et me dirigeai vers la ville. La zone visée était tellement étendue que je n’avais pas beaucoup à faire pour la rejoindre. Une brume étirait d’impressionnantes ramifications, et mes lunettes m’indiquaient que le phénomène était magique. Sérieusement ? Quelle utilité, pensais-je en recherchant un quelconque coupable alors que je m’étais arrêté devant la brume. Si je pouvais éviter de crever sur Dreamland parce que j’avais vu une brume inquiétante et avais plongé dedans pour le fun, j’en serais heureux. Julianne n’en reviendrait pas lors du débriefing de mission que j’avais échoué à une surveillance tout conne, et Maze s’en masserait le front de désespoir pour la connerie humaine.

Mais je dû avouer que je n’eus pas à attendre trop longtemps (juste avant le temps de me questionner sur ma prochaine démarche) pour qu’une Créature des Rêves apparut. Ou plutôt sa voix. La bestiole qui parlait était invisible et mes lunettes n’y changeaient rien. Je n’aimais pas cette voix… c’était le genre de voix qui pouvait donner des bonbons aux enfants sans que ceux-ci se méfient, et je n’eus aucun mal à trouver une sorte de condescendance dans les intonations.


« Bienvenue à toi, voyageur. Ed Free, contrôleur des portails au service de Maze, c'est bien cela, hm ? Les raisons de ta présence ici n'ont que peu d'importance à mes yeux, en revanche je suis en devoir de te prévenir des risques que tu encours en poursuivant ton chemin. Au-delà de cette brume, les souvenirs qui apparaitront dans Doppel City seront... Modifiés, déformés, changés de simple éclat de mémoire et poignard de cauchemar. Si tu continues sur cette voie, de nombreuse souffrances t'attendent, cela je puis te l'assurer."

Je ne savais pas quoi lui dire, mais je me tus. C’était de la provocation ? Au pire, je pouvais trouver mon bunker en passant par des portails. J’avais autre chose à faire que de provoquer un chat de Cheshire en pénétrant dans sa brume psychologique. Par contre, j’espérais que mon bunker était pas au milieu de sa brume parce que sinon, j’allais lui dire deux mots à ma manière, et c’étaient des mots qui n’avaient pas besoin de paroles pour être exprimés et dont le mégaphone pourrait être mon panneau. Je n’aimais pas beaucoup ça, vraiment pas. Je n’aurais pas été contre l’apparition soudaine d’un de mes alliés pour m’aider dans la situation. Evan m’aurait été utile, très clairement. Mais la voix n’avait pas finie de parler, et son ton changeait. De la menace, et toujours cette condescendance qui me donnait envie de lui lancer un parpaing dans la gueule. J’avais l’impression que la scène était très forcée, comme s’il y avait une caméra quelque part qui prenait la Créature des Rêves sous son meilleur angle.

« Cependant, derrière ce brouillard est terrée une jeune voyageuse de la Ligue Baby. Une invocatrice de la douleur du nom d'Alice. Elle est seule, perdue. En proie à des tourments que tu ne peux qu'imaginer. En revanche, il te faut savoir qu'elle m'appartient déjà et que tout ce que tenteras pour elle ne la sauvera pas. Ce que tu peux faire, en revanche, c'est l'aider cette nuit. »

La dernière phrase avait été dite encore plus férocement, comme cherchant à délimiter les actions que je pourrais faire. Là, clairement, je ne l’aimais pas, et clairement, il se jouait de moi. C’était plus que de la provocation, il me filait limite les tickets d’entrée pour son nouveau jeu. Je me ressassais rapidement quelques scènes de mon passé qui pourraient me faire peur mais il n’y avait rien d’assez terrifiant, surtout sur Dreamland où mon esprit m’empêchait de trop m’en faire tant que je n’avais pas de la terre jusqu’à la nuque. Il y a quelque chose qui sentait mauvais là-dedans, y avait trop de détails pour être honnête. La Alice dont il parlait existait-elle vraiment ou s’était-il senti obligé d’inventer n’importe quelle raison afin de me faire rentrer dans sa brume ? Je lâchai une sorte de grognement devant les choix que j’avais. Je pouvais me battre contre une montagne au moins parce que je savais où frapper, mais des brumes psychédéliques, je savais pas gérer. On n’en croisait pas toutes nos nuits tout de même. Avais-je le choix ou non d’aller dans la brume ? Il fallait que j’y aille de toute façon pour aller au bunker… Et bien j’irai. Je pénétrerai dans la zone à risques, et s’il y avait matière à s’inquiéter, je fuirais en vitesse comme le lâche que j’étais, s’il ne se passait absolument rien et que la bestiole s’était foutue de moi, je continuerais sans m’inquiéter plus que ça. Et si effectivement, il y avait une petite fille Voyageuse perdue quelque part, pourquoi ne pas faire un détour et la saluer au passage ? Je répliquai tout de même à la voix, très énervé :

« T’as l’air fière de toi, salope. Comme t’as l’air de me connaître si bien, j’espère que tu sais que la nuit prochaine, je dératise la zone avec une armée de Voyageurs pour t’apprendre à jouer à Stephen King, et j’espère que t’auras bougé ton cul d’occultiste loin de là. »

Ce n’était pas une punch-line très correcte ni très utile, mais j’avais du mal avec ces gens, invisibles et aux pouvoirs douteux. Ma réplique eut au moins le mérite de me faire moins peur : elle me rappelait que me connaissant, la bête devait parfaitement connaître le Royaume qui se cachait derrière moi et la bonne puissance qu’il pouvait déployer si on le titillait. Il ne restait plus qu’à espérer que Maze m’aimerait assez pour faire bouger quelques-uns de ses Voyageurs pour bouter de la Créature des Rêves malsaine. Je me tus et entrai enfin dans la brume.

Je voyais moins que ce que je pensais à cause de mes lunettes qui n’arrêtaient pas de me montrer de l’énergie partout. Je les enlevais de mon nez et j’y verrais plus clair. Je connaissais un peu Doppel City maintenant, mais pas de quoi en tracer la carte. Le bunker n’était pas à-côté mais je ne mettrais pas plus de dix minutes à le rejoindre en marchant. Je tournai à un embranchement, toujours dans la brume. La ville dans son cocon de brouillard sonnait bizarrement. On avait l’impression que la cité était fantôme, remplie d’esprits inquiétants. Ma main, par réflexe ou par peur, cherchait à se saisir de mon panneau. Je remis mes lunettes sur mon nez et ne vis personne. Tant mieux. C’était bien ça, personne. Je continuai, alternant les passages avec lunettes et sans lunettes. Marcher sur les pavés devenait de plus en plus inquiétant, l’écho ayant disparu. Si Fino avait été sur mes épaules, il se serait tu pour mieux scruter les alentours. Ce que je fis rapidement. Mais nulle trace de Voyageuse, ni de la voix. On jouait avec mes nerfs. Mais personne ne se montrait dans les ombres mortelles du hameau. Je décidai de continuer la marche en me calmant : les souvenirs n’étaient que dans les maisons, ils ne pourraient pas sortir des murs en pierre. Une envie affreuse me tourmentait et m’invitait à entrer dans l’une d’entre elle pour voir ce qu’il en était vraiment. Je résistai à la tentation : je n’étais pas encore certain de ce qui se passerait, je n’étais nullement en confiance. Et soudain, je tournai la tête et faillis prendre peur :
Energie violette.
Voyageur.
Mon panneau vola de mon dos jusqu’à mes mains et je me mis en garde face à la forme qui se trouvait à vingt mètres de là.

Mes lunettes ne marchaient pas à cause de cette saleté de brume magique. Mais je les gardai sur mon nez et avançai discrètement vers la forme terrée près d’un mur. Je compris rapidement que la fille était en position fœtale appuyée contre une maison. Je comprenais à peu près ce qui était en train de se passer : une sorte de test, ou de torture. Mais la voix n’avait pas refusé ma présence, donc peut-être qu’il y avait autre chose encore derrière ce remue-ménage qui frappait Doppel City. J’arrêtai de m’interroger quand je fus arrivé proche de la Voyageuse.

Je n’aurais pas su dire son âge, accroupie comme ça, mais elle ne semblait pas bien grande. Je me posai des questions mais les réponses ne venant pas, je préférai hausser les épaules et continuer doucement. Je ne relâchai pas ma garde même si je fis bien semblant : mon panneau de signalisation arrêta de me barrer la poitrine et le bout se laissa choir sur le sol. Je considérai un peu la Voyageuse avant d’intervenir. Elle semblait perdue et terrifiée. Je supposai que la voix qui était derrière tout ça aurait quelque chose à en dire si on l’interrogeait. Je vérifiai qu’il n’y avait rien autour de nous, aucune bestiole qui pourrait me surprendre dans le dos. Ce fut rapide et je m’avançai près de la fille avant de m’accroupir à son niveau. Ne sachant pas comment démarrer une discussion sans qu’elle ne prenne les jambes à son cou ou qu’elle s’enferme dans son mutisme, j’avais pris le parti de la simplicité :


« Hey. Ca va bien, là-dedans ? T’as l’air perdue. »

Oui, « Hey », c’était un salut conventionnel et qui ne faisait pas peur, oui, je savais parfaitement qu’elle ne pétait pas la forme mais il fallait bien la pousser à dire quelque chose, et oui, bien sûr qu’elle semblait perdue mais elle raconterait plus de détails ainsi. Je me grattai la tête. J’avais parlé doucement pour ne pas l’effrayer et je tentai de prendre une pose neutre pour éviter de la terrifier encore plus. Je ne savais pas comment m’y prendre avec les gamines qui venaient sur Dreamland. Fallait une bonne force mentale. Même si ce n’était pas exactement à cette qualité que je voyais quand je regardais la pauvre victime de la brume.
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Dim 13 Jan 2013 - 18:39
Derrière les masque sombre de ses paupières, le vide. Alice ne pensait plus, ne disait rien. Plus un sanglot ne s'échappait de sa gorge serrée par l'angoisse et seule sa respiration faible sifflant entre les mains qui couvraient son visage, indiquait les tourments dans lesquels elle se trouvait plonger. Elle frissonnait à peine dans l'attente, l'âme à vif et les sens aux aguets. Malgré le vide des lieux et la brume silencieuse, ce brouillard cauchemardesque lui renvoyait l'écho d'un rire sardonique et victorieux : celui d'Hisèn. Inutile de l'entendre pour le savoir, il avait gagné, il l'avait brisée et elle sentait en son cœur qu'il n'avait même pas vraiment essayé. Elle n'était qu'une brindille, un fétu de paille, son esprit était une chose si faible et ténue, que la puissante créature onirique pouvait le balayer d'un simple souffle. Elle mordit furieusement l'intérieur de sa joue, envoyant une vague de douleur dans cette dernière et un gout de fer sur sa langue. Elle était misérable, pathétique, pire qu'une enfant. Son aventure avec Lena, son combat auprès de Soren, le tournoi, la quête d'Eibon, tout ceci n'était donc que du flan ? Une illusion ? Une idée fausse, engendrée par ce monde cruel pour faire naître en elle la croyance en sa force ? Foutaise ! Jamais elle ne serait forte, quelque soit le monde. Elle avait toujours été et serait à jamais un être faible, que son incapacité à réaliser quoique ce soit rendait répugnant.

les jointures de ses doigts blanchir, alors que ses ongles s'enfonçait dans la chair pâle de ses paumes. Elle serra ses bras autour de ses jambes, enfouissant encore d'avantage son visage entre ses genoux. Elle pouvait sentir des larmes de rage et d'impuissance monter jusqu'aux bords de ses yeux, mouillant ses cils. Mais malgré sa colère, elle n'arrivait plus à bouger, elle restait contre ce mur, paralysée par la peur, clouée ici, aux pieds de ses espérances, par sa propre inaptitude. Devenir quelqu'un de meilleur. Encore une de ses idées à la con. Encore une de ses désillusions infantiles et grotesques, qui ne lui servait qu'à tomber de plus haut. Elle avait passé sa vie à jouer à ce jeu ingrat et sinistre. Pourquoi atteindre Dreamland aurait-il changé quoique ce soit à son destin médiocre ? Comment avait-elle pu y croire ? Elle ne retiendrait donc jamais la leçon ? Jamais ? Dans un univers comme dans l'autre, y aurait-il toujours des gens pour lui faire croire en ce qu'elle n'était pas ? En une prétendue force qu'elle n'avait pas et ne pouvait avoir ? Un soupir de mépris s'échappa de ses lèvres, faisant tressauter ses épaules, alors qu'un sourire mesquin passait brièvement sur son visage. Elle était une poupée froide et neutre, une marionnette de chair et de sang, si facile à manier, malgré l'usure qu'elle devait à des années d'utilisation forcée.

Elle soupira encore, tremblotant de peur et de rage impuissante. Le visage de Benoit repassa dans son esprit brièvement et elle voulut rejeter sa pensée d'un vif mouvement de tête, quand quelque chose la troubla. Le souvenir de ces quelques minutes avait quelque chose d'étranges, maintenant qu'elle y repensait. C'était comme fixer la chambre qu'on connaissait depuis toujours et savoir que quelque chose avait changé, sans réussir à comprendre qu'on avait simplement remplacé les vieilles poignées vertes et moches de l'armoire. La scène souffrait d'incohérences qui n'arrivaient pas à faire surface, c'était juste une sensation diffuse d'illogique. Il n'avait rien à faire ici, dans ce lieu déserté par la vie même. Et pourquoi ne l'avait-il pas suivi dehors ? Ce n'était pas naturelle, ça ne répondait à aucune réaction rationnelle. Cependant il restait une dernière chose, un léger petit trouble qui donnait à la scène un côté irréaliste de rêve et d'illusion : un dernier détail qui lui laissait penser que Benoit n'était pas l'homme qu'il devrait être. Elle écarquilla les yeux, elle avait mis le doigt dessus. Ce n'était pas un homme qu'elle venait de voir, c'était le jeune adolescent qu'elle avait rencontré des années auparavant, au vêtement prêt. Aujourd'hui, il devait avoir 21 ans, la personne qu'elle venait de rencontrer n'en avait pas plus de 16. Ce n'était pas Benoit qu'elle venait de voir, juste le souvenir qu'elle avait de lui. Elle frémit d'horreur à cette pensée. Les souvenirs, les pensées, ils étaient des armes redoutables et dangereuse, et ici, presque aussi tangible qu'un flingue dont le canon serait posé sur votre tempe.

Un bruit déchira soudainement le silence entourant les lieux et dans la brume se découpa une forme sombre et humaine. Son corps se crispa et elle sentit la peur s'emparer de son cœur. Elle serra les dents, se recroquevillant encore d'avantage dans le vain espoir de se confondre avec le mur. Sa respiration lourde et irrégulière vibrait dans ses oreilles comme un millier de trompettes, alors que les pas se rapprochaient, lents, réguliers, tel un tambour de guerre. Elle pinça les lèvres et ferma les yeux, refusant tout ce qui viendrait de l'extérieur. Elle ne voulait plus rien entendre, plus rien voir, ni sentir, elle voulait disparaître de ces lieux. Disparaître et emmener avec elle les choses qu'elle avait depuis longtemps enterrées et qui aujourd'hui, se levaient de terre, la hantant à nouveau, pour l'emmener dans leurs bras de nécrose, vers un enfer répondant nom si ironique de Dreamland.

Les pas cessèrent juste devant elle et dans un bruit de vêtement froissés, elle devina que la personne s'accroupissait, elle sentait son souffle près d'elle, si proche. Il ne se passa pas une minute avant qu'une voix se fasse entendre, douce, avec une pointe d'hésitation, malgré un ton se voulant rassurant. Une voix d'homme jeune et qui lui disait étrangement quelque chose. Lentement, prudemment, elle releva ses yeux pâles derrière ses lunettes épaisses, posant un regard farouche de bête traquée sur celui qui lui faisait face. Il était blond, vêtu simplement de noir, il avait un visage fin que cachait en partie une paire de lunette de soleil et il lui semblait vraiment l'avoir déjà vu quelque part.

La mémoire lui revint en un flash et elle sentit sa respiration se bloquer dans sa gorge, provoquant un bruit étranglé. L'arbitre du tournoi ! Et si elle se souvenait de lui, alors il était un danger potentiel et elle devait fuir, vite, loin. Trouver un abri et s'y terrer le plus longtemps possible, disparaître à la vue de ses terribles illusions le temps d'une nuit ou mourir en essayant. Dans sa peur devenue panique, elle ne comprit même pas la folie d'un tel souhait et pas d'avantage qu'il n'était pas logique que, quand elle envoya son pied dans le visage du jeune homme, ce dernier puisse écraser dans un bruit mou la gorge d'une soi-disant illusion. Sans porter plus d'attention à sa pauvre victime, elle s'élança en avant, manquant de chuter la tête la première dans les pavés gris. Elle se mit à courir de toute la force de ses petites jambes, regrettant une fois de plus son inaptitude à la course. Ses yeux fous de peur s'agitaient dans leur orbite, en quête d'un endroit où se cacher. Sans plus réfléchir elle atteint une maison et poussa la porte qui frappa le mur dans un bruit violent. En face d'elle se déroulait un long séjour en deux parties, un petit salon et une salle à manger qu'éclairer une superbe véranda, le tout dans un style assez vétuste et simple. Les carreaux ocres et les meubles de bois sombre, couverts de nappe claires, dans un style parfaitement provençale, lui rappelèrent sa propre maison. Sur sa droite, une horloge lui imposait à chaque seconde le temps qui passait et qu'elle n'avait plus, dans un tic-tac régulier dont l'indifférence l'irrita. Elle s'élança sans plus réfléchir vers la véranda, là, elle se pétrifia instantanément.

En face d'elle, assise dans un fauteuil, une silhouette se tenait tranquille, paisible, regardant le jardin baignée de lumière chaude, donnant à la scène un côté flou et irréelle. Pendant un bref instant, l'invocatrice crut être redevenue une simple rêveuse, que tout ceci n'avait aucune réalité, aucune prise sur elle. Un rêve imprécis, flottant à la lumière de ses souvenirs, dans une atmosphère si douce qu'elle en aurait pleurer de joie. Mais Alice recula prudemment, elle était à Dreamland et elle était menacée. La tête dépassant du siège en osier clair ne s'était pas retournée et elle espéra qu'elle ne l'ait pas entendu arriver, alors peut-être pourrait-elle ressortir d'ici aussi vite qu'elle y était entrée. La pointe de son pied recula encore, se posant en silence sur le carrelage chaud, puis son torse suivit, jusqu'à ce que sa tête rencontre dans un froissement le contact dur et chaud d'un torse humain et masculin. Elle déglutit péniblement en relevant très lentement la tête, une grimace de peur déformant son visage. Mais son ancien arbitre ne la regardait pas, il ne parlait pas. En silence, il fixait la douce silhouette éthérée baignant dans la lumière et son visage n'exprimait rien. Elle détourna le regard et elle vit qu'en face d'eux, l'habitant de la maison s'était retourné et les considérait désormais avec un regard qui lui rappela celui de Benoit un peu plus tôt. Un gémissement de peur s'échappa de ses lèvres. Puis soudain, un détail la frappa de plein fouet. Cette personne assise en face d'elle, elle ne la connaissait pas et elle en était sûre. Ce n'était pas un de ses souvenirs, car jamais elle ne l'avait jamais vu et par conséquent, si ce fragment de mémoire n'était pas le sien, il appartenait à un autre. Une autre personne qui visitait la ville maudite par la brume d'Hisèn. Alice blêmit et appuya un peu plus sa tête contre la poitrine du jeune homme derrière elle, le torse ferme lui rendit sa chaleur et le frémissement de chaque muscle. Elle pâlit encore d'avantage. Les illusions n'était pas tiède comme ça, les illusions n'avaient pas de chair. Elle rougit, confuse. Les voyageurs, en revanche, disposait des deux.
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Lun 21 Jan 2013 - 1:37
Une ambiance délétère… Doppel City n’avait pas besoin de ça, de tous ces artifices brumeux pour avoir la sensation qu’une gigantesque langue vous lèche le dos. Doppel City était une ville fantôme, et ceux-ci étaient coincés dans les maisons tels des souvenirs cristallisés entre des cocons de brique. Quoi de plus chelou ? Je me doutais bien qu’il y avait des Voyageurs qui pouvaient venir ici pour le plaisir, mais je n’avais pas l’impression que ce Royaume existait pour qu’on se remémore toutes les soirées où on avait fini avec un string banane. Ce Royaume était une facette méconnue de Dreamland, certainement parce qu’elle ne concernait que les Voyageurs, et plus rarement, les autres habitants des Rêves. Même si les différents pèlerinages qui m’y avaient amené ne concernaient en aucun cas les bâtisses du passé, je m’étais déjà arrêté pour observer une scène de ma vie d’avant. Je n’avais pas aimé ça. Je préférais laisser le passé sur place, et n’emporter que des enseignements avec moi. Les charges, ça allait deux secondes. Qui était le type déjà, qui avait dit que l’homme était le seul animal qui payait plusieurs fois pour ses erreurs, rien qu’en y repensant et en se torturant une nouvelle fois avec ? Certainement une sorte de Mexicain.

La pauvre fille qui était plongée dans le grand bain ne devait pas être à l’aise, hein ? Trop d’éléments perturbateurs, et maintenant, je ramenais ma fraise. Mon panneau dans le dos, des lunettes de soleil sur le pif, je devais être aussi avenant qu’un T-Rex avec un violon. Elle resta de marbre tandis que je m’approchais un peu d’elle, et je mis quelques secondes avant de la reconnaître. Alice Sauvebois. Une des participantes du dernier Tournoi des Jeunes Talents en date. Je me souvenais d’elle, oui. Elle s’était même combattue contre le gnome, là, le type aux cheveux bleu. Et puis après… Mais attendez, qu’est-ce qu’elle foutait là ? Dreamland était plein de surprise. En fait, Dreamland était une immense surprise et chacune de ses bouchées avait une saveur différente. Je ne m’étonnais plus tant que ça des étrangetés qu’on pouvait y trouver, mais tout de même… Une sorte de truc étrange déploie un brouillard très étrange et y plonge une jeune Voyageuse la tête la première pour des motifs tout à fait étranges. Je me disais enfin que le type qui était à l’origine de tout ça devait être une personne possédant des capacités très spéciales. Et plutôt puissantes. Je devais me méfier, je n’étais pas en sécurité pour autant. Je me retournai pour voir si quelqu’un était derrière moi, mais encore une fois, le brouillard rempli de magie bloquait totalement mes lunettes. Les gens normaux voyaient une brume très dense, moi, je voyais des rideaux étincelants de perles de lumière dorée. Et ce n’était pas beau pour autant car je parlais de gouttes aveuglantes, qui obstruaient ma vision sur les cinq centimètres. C’était comme si on vous enveloppait d’une couverture qui brillait.

Je me massai la lèvre inférieure et descendis sur mes poils au menton alors que je m’interrogeais sur le pourquoi et surtout le comment de la situation. Mais je n’eus pas le temps de réfléchir plus longtemps que je reçus un coup rapide dans la gorge. J’avais été trop prêt pour esquiver l’attaque et je tombai mollement en arrière tandis que la Voyageuse s’enfuit en disparaissant dans la rue. J’avais compris qu’elle était pétrie de terreur, et je réussis à ne pas me relever tout de suite pour coller sa tête dans le béton. Sa frappe n’avait pas été puissante, ou plutôt, j’avais la peau dure maintenant, mais dans la gorge, ça n’était jamais agréable. Je contrôlai ma colère nourrie par la douleur et me relevai en grognant. Elle voulait quoi, hein ? Je courus à sa poursuite comme un dingue, allant à une vitesse d’une voiture en ville. Je suivais à peu près sa direction, mais j’avouai que seules mes lunettes me permirent de la détecter derrière une maison. Je rentrai précipitamment à l’intérieur et la retrouvai enfin dans une salle, comme pétrifiée par ce qu’elle voyait. Je me rendis compte en second lieu que j’étais chez moi. Ou plutôt, l’ancien chez-moi. Ou peu s’en fallait. Ce n’était pas exactement chez moi mais le style le rappelait. J’avais l’impression que c’était un mash-up d’ameublement, et que certains provenaient des maisons dans lesquelles j’avais habité, le tout restant en dominance l’endroit où j’avais vécu quand j’étais gosse.

Alice qui recula doucement se heurta contre moi. Je ne la fis pas partir car j’étais trop concentré sur la silhouette qui se dessinait sur un siège. Ahah… Philippe. Philippe Free. Aussi appelé Papa. Il était aussi grand que moi, mais son visage était plus carré, il avait les cheveux bruns et il était impeccablement rasé. Et pour une fois, il semblait triste. Je remarquai tout de même qu’il avait les mêmes tempes grisonnantes qu’actuellement, ce qui n’était pas une bonne nouvelle quant à la bonne santé de Doppel City. Les souvenirs n’étaient pas modifiés. Et surtout, ils ne faisaient pas attention à vous. Ils ne vous regardaient pas aussi fixement. Je déplaçai Alice tout doucement pour ne pas l’effrayer tandis que je fis face à mon père, et à tout ce qu’il représentait : une situation familiale aussi compliquée que conflictuelle.


« Ah, je t’en prie, Didi, assieds-toi sur la chaise. Papa a quelque chose d’important à te dire. »

Je connaissais cette scène, et je savais parfaitement ce qu’il allait me raconter. Intéressé par ce qui pourrait différer de la situation originale, et de pouvoir combattre mon père sur Dreamland, je m’assieds. Je n’avais pas plus de huit ans à cette époque, mais mon père semblait s’en foutre royalement de mon apparence. Je l’obéis, assis en face de lui dans la salle à manger et attendis la suite. Les mots avaient du mal à sortir mais il le fit quand même :

« Voilà. A partir de maintenant, Maman et Cartel vont vivre dans une autre maison. Et toi, moi et Clem, on restera ici.
_ Hein ? Mais pourquoi ? »
Ce n’était pas moi qui avais dit ça, mais on pourrait fortement le croire vu qu’elle venait de ma chaise.
« Parce que c’est mieux ainsi. L’appartement est étouffant, et ta mère et moi, on se fait quelques grimaces. Donc, on va vivre dans deux appartements, séparément. Les garçons ensemble, et les filles ensemble. » Là, je m’en souvenais. Je n’avais rien dit de plus quand j’étais môme, parce que je croyais que ce n’était pas important, tout simplement. Par contre, la scène qui suivit fut totalement inédite. Mon père reprit une grande inspiration et continua plus durement : « Sans te mentir, c’est parce que Maman et Papa ne s’aiment plus. » Ca, on ne me l’avait dit que deux mois plus tard. « On est tout le temps en train de s’engueuler, on ne peut plus vivre ensemble. Et je dois t’avouer, même si j’hésitais à te le dire… que la majorité de nos disputes part de toi. Tu veux faire un métier pourri. Tu n’y arrives mêmes pas. Tu te déportes jusqu’à Montpellier parce que tu es un lâche. Tu t’engueules avec ta mère et moi parce que tu es débile, tu ne comprends pas ce que c’est la vie, et elle te gifle à peine que tu t’enfuis en pleurant. Ta mère a toujours été sotte, elle te défend, mais elle n’y croit pas non plus. Tu n’as pas les yeux en face des trous. Deviens adulte, merde ! »

Je n’aimais pas ce qu’il disait. C’était normal, puisqu’il semblait que son but était de me faire chier. Mais voilà, le quelqu’un qui m’imposait cette vision (fusse-t-il le brouillard sans conscience) s’était trompé de monde pour me dire ça. Je ne complexais plus à cause de cette très mauvaise année que je passerais sous silence. Et là, j’étais sur Dreamland. Je me levai précipitamment et me mis à grimper sur la table. Mon père me regarda, haineux, mais il ne put pas m’ordonner de redescendre que je m’abaissai à son visage. Je savais que ce n’était pas mon père. Il y avait une subtile différence. Et de toute façon, j’avais envie de casser des gueules, et le masque de mon père était une cible que je ne louperais pas. Je lui dis en ruminant, même si je parlais plus à l’intelligence supérieure (ou n’importe quoi d’autre qui animait cet étrange spectacle de marionnettes) qu’au souvenir :

« C’est marrant, ce discours. Tu sais que dans pas trois ans, tu vas à nouveau te remettre avec Maman, hein ? T’es dans ma tête, tu devrais le savoir. Me fais pas pleurer, ici, t’es dans mon monde. C’est pas le souvenir de merde que tu représentes qui va me rendre dépressif. Et une dernière chose, Popa… t’as toujours été un mauvais golfeur. »

Ses prochaines paroles furent stoppées par ma main qui attrapa le visage du souvenir. Sans plus de ménagement, profitant de ma force de Voyageur, je pus l’envoyer contre le mur le plus proche. Le corps ne heurta pas le mur mais il se désagrégea en particules de poussière. Ca n’avait pas été une discussion agréable, j’en gardai un goût amer dans la bouche, que je crachai près de mes pieds. Je me demandais soudainement s’il avait raison, et si mes parents véritables étaient aussi dégoûtés de moi que ce qu’il l’avait laissé entendre. Ce père venait-il d’une partie de moi timide et inquiète, des souvenirs de mes vrais parents, ou n’était-ce que l’imagination de la brume ? Je n’en savais rien, mais j’avais peur qu’il ait raison, consciemment ou non.

Je tournai ma tête vers la Voyageuse. Je n’avais pas envie qu’elle médite sur ce qu’elle avait vu donc je me dépêchai de la voir et de l’amener vers la sortie en disant :

« On reste pas dans les maisons. C’est une mauvaise idée, y a que des conneries qui en sortent. »

Il fallait évidemment que la brume s’en mêle. Parce que dehors, on n’y voyait toujours goutte, mais les rues avaient changé : peut-être pour la première fois de son histoire, Doppel City était habitée. Des dizaines et des dizaines de passants vagabondaient dans les rues au hasard, sans nous regarder, tels des zombies, tels des spectres ignorant notre venue. Le tout était d’un glauque… Surtout que quand on y regardait bien, les gens qui défilaient dans les rues sans aucune âme n’étaient que des proches, des parents, des amis, des connaissances… Et si je ne les reconnaissais pas, nul doute qu’Alice les reconnaissait. Nos souvenirs marchaient devant nous, toutes les personnes qui étaient dans nos têtes, à différents âges, habillés différemment. Là, je commençais à m’en faire.
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Mar 19 Fév 2013 - 1:27
Alice ne dit rien quand elle sentit une main se poser sur son épaule et décaler son corps sur le côté avec douceur, mais force, comme si elle n'était qu'une toute petite plume. Une question en suspend au bout de ses lèvres à demi écartées, elle observa le jeune homme s'avançait vers son propre souvenir. Elle sursauta et leva la main pour saisir la sienne. Il n'avait pas à subir ça, il n'avait pas à affronter le jeu malsain d'Hisèn. Elle était seule fautive et responsable, c'était à elle d'assumer les conséquences. Mais ses doigts restèrent suspendus dans les airs et de sa bouche aucun son ne s'échappa. Ses yeux fixaient simplement la silhouette sombre que surlignait un rai de lumière chaude, regardant son dos comme si c'était la dernière chose à laquelle elle pouvait encore s'accrocher, un dernier espoir incertain.
Une voix qu'elle ne reconnut pas la fit soudainement sursauter. Mais le voyageur devant elle obtempéra docilement et s'assit en silence sur la chaise posée auprès de lui. D'ordinaire, Alice aurait sourit face au gentil petit nom, elle aurait ricané, elle aurait lâché une réplique cinglante et brutale. Mais rien ne lui vint, si ce n'est un horrible pincement au cœur. Immobile face à la scène qui se jouait devant elle, elle restait impuissante et silencieuse. Une spectatrice inutile auprès du jeune homme, une expression de peur et de tristesse plaquée sur son visage, comme un masque étouffant ses cris, retenant ses larmes.

Les mots suivirent enfin, et elle comprit sans mal la situation. Un père face à son fils, lui expliquant une réalité douloureuse, qui ferait que la vie ne serait plus pareil, que les choses allaient changer. Un vieux souvenir râpeux et collant, mais daté. Puis, se furent d'autres vérités qui échappèrent au paternel, des vérités sans nulle doute plus actuelles et Alice retint un grondement rageur dans sa gorge. Elle reconnaissait sans peine le changement de saveur dans le ton, le décalage de la réalité, la distorsion du passé pour y glisser les doutes présents : le début du cauchemar. Mais elle n'intervint pas d'avantage, son corps comme pétrifié, ses lèvres comme soudées l'une à l'autre, étouffant ses protestations. Elle ne parvenait même pas à se détacher de la scène pour s'enfuir, elle était prisonnière d'elle-même et une larme de frustrations roula sur sa joue, avant d'éclater sur le sol, sans un bruit.

Elle baissa la tête, honteuse, pour soudainement, la relever, le soleil soulignant ses traits tirés sur la surprise. Que faisait ce con en grimpant sur la table comme ça ? Quel était son but ? Surtout pour ensuite ramener son visage à la hauteur de l'homme assis près de lui. Quand on faisait sa taille, il n'était pas non plus nécessaire de se grandir d'avantage. Il prit la parole et les mots résonnèrent dans le crâne d'Alice. Elle y voyait du courage et beaucoup de défiance, de cette bêtise qu'ont les hommes, tirant d'eux le meilleur comme le pire. Cette candide bravoure faillit lui arracher un sourire, mais ce fut un cri qui s'échappa de ses lèvres entrouvertes, quand elle le vit littéralement éclater son père contre le mur. Ses épaules tremblaient, elle recula, le fixant, désormais seul avec elle. Il se retourna, ses lunettes sombres arrêtant son regard terrifié. Elle n'aimait pas ne pas voir ses yeux, elle n'aimait pas le fait d'être avec un voyageur dont le niveau dépassait tant le sien. S'il la rassurait en partie, il ajoutait sur ses nerfs un poids nouveau et peut-être plus tangible que celui des illusions d'Hisèn. Il s'approcha en lui parlant, elle recula, ses petits poings serrés contre sa poitrine. Elle ne voulait pas qu'il la touche, elle ne voulait pas qu'il s'approche, et pourtant...

Elle secoua la tête, rejetant ces pensées nouvelles, avant d'emboiter le pas du blond, vers l'extérieur. Là, un sanglot s'étouffa dans sa gorge alors qu'elle sentait les larmes revenir. Elle étouffait, sa respiration haletante souffrait de soubresauts incontrôlés, tandis qu'elle sentait son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine serrée par la terreur. Ils étaient là, tous, visages connus et inconnus, souvenirs revenus à la vie, silhouettes fantomatiques hantant chaque ruelle comme des zombies. Sauf qu'ils ne se nourriraient pas de leur chair au hasard, préférant fouiller dans les vieilles blessures, enfouissant leurs doigts sales et crochues dans les plaies que le temps n'avait su clore parfaitement, laissant leurs marques parfois douloureuses dans un présent chaotique et troublé. Ces charognards hideux festoieraient sur leurs dépouilles meurtries, déchiquetant leur santé mentale jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de ce qu'ils étaient, de ce qu'elle était. Elle n'avait pas peur de souffrir, elle n'avait pas peur des ombres de son passé, mais elle avait peur de savoir jusqu'où la créature derrière tout ça pouvait aller, afin de les briser tous les deux. Ne pas avoir peur ne retenait malheureusement pas la douleur ou les doutes, pas plus que la honte. Elle tituba, chancelante, avant de s'agripper au haut de son compagnon de la nuit, s'appuyant légèrement sur lui pour éviter de s'effondrer au sol. La respiration lourde, douloureuse au fond de sa poitrine. Elle se redressa finalement, tremblante, elle ne lui laisserait pas le plaisir de la voir tomber à nouveau.

Le premier pas fut difficile et ses jambes faillirent la lâcher, mais elle poursuivit obstinément, un pied devant l'autre. Un souvenir vint la frôler, elle baissa la tête, refusant de voir, refusant d'écouter, elle avancerait tout droit un point c'est tout, dans l'espoir naïf que si elle n'y prêtait pas attention, toutes ces choses partiraient d'elle-même. Elles partiraient forcément et elle devait pouvoir échapper à tout ça, il devait bien y avoir un moyen.
Soudainement, une tâche. Sur un coin de pavé, luisante et fraîche, d'un rouge de rose fraichement éclose, une marque sanguine. Elle se redressa soudainement et recula brutalement, manquant de percuter à nouveau le jeune homme. Du sang ? Les souvenirs ne saignaient pas et malgré ses bleus, l'un comme l'autre était indemne. Relevant la tête, elle aperçut d'autres tâches au sol, dessinant un chemin lugubre et inquiétant. Sa prudence aurait du la mener à fuir et c'est ce qu'elle aurait fait d'ordinaire. Mais la présence de l'autre voyageur, d'une manière ou d'une autre, semblait l'autoriser à un peu de courage. Ceci, et le vague espoir de voir un autre être vivant en ces lieux, un nouveau compagnon, une nouvelle main pour se tendre. Un soupir s'échappa de ses lèvres et elle avança, fixant la traînée rouge comme un fil d'Arianne et plus elle se rapprochait, plus cette piste devenait nette et menaçante. Les gouttes se rapprochèrent de plus en plus, s'étalant, maculant le sol gris en de sombres dessins. Qui que ce soit, il était blessé et probablement en mauvais état, à moins que ce ne soit une très grosse bête. Tout autour d'eux, la brume s'épaissit encore, plus blanche, plus opaque, plus oppressante. Il sembla à l'invocatrice y entendre comme des murmures, des gémissements, des sanglots lointains et légers. Le silence et la solitude s'était pourtant emparée des lieux et plus un seul souvenir n'était visible. Le brouillard tissant leur linceul, les enveloppant tout deux dans ses bras froids et terrifiants. Sans trop savoir, ni comprendre ce qu'elle faisait, sa main tremblante et moite vint chercher celle du blond, y trouvant une chaleur qui la rassura un peu. Il lui faisait peur, mais elle ne voulait pas le perdre. D'autant plus qu'il restait bien plus rassurant que les ombres émoussées des bâtisses encadrant la rue, penchant sur eux leurs yeux sombres et carrés.

Alice déglutit, quand elle vit à ses pied une imposante flaque écarlate. Elle l'évita avec soin, puis releva la tête lentement. Elle blêmit, recula, incrédule. Sa main se serra brutalement. Un visage se dessinait en face d'elle, un visage rougi, suspendu dans les airs, dépourvu de corps. Un visage qu'elle reconnaissait malgré le crochet planté en travers de son front, arrachant sa peau et laissant paraître la blancheur de l'os. C'était celui de sa chère grand-mère.
Ses poumons se vidèrent d'un coup en un hurlement de rage, de dégout, de peur et de détresse. Son corps parcourut de spasmes ne la soutint pas une seconde de plus et elle tomba mollement dans la flaque de sang chaud. Sa main lâcha sa prise pour rejoindre ses yeux d'où les larmes coulaient à flot sur ses joues, creusant leurs sillons en silence, roulant sur ses lèvres tremblotante. Des gémissements de douleur s'échappaient de sa gorge nouée entre deux inspirations étouffées, elle avait envie de disparaître et elle aurait voulu vomir, mais rien ne venait. Elle hurlait et criait à en perdre la tête. Perdue dans un tourbillon de sensation qui la révulsait. Elle voulait s'enfuir, mais elle restait immobile, genoux à terre, courbée, ses bras replié ramenant ses doigts sur ses yeux, pour lui cacher le spectacle grotesque. Celui d'une tête pendue à un crochet se balançant doucement, arrachée de son corps décharné gisant juste en dessous, au pied d'un mur sur lequel on lisait en lettres rouges :

"Une clé dans l'écho d'un vieux souvenir. La mort au bout de la fuite. L'errance le long de la destruction."

Puis soudain, après un dernier hurlement, le silence s'abattit à nouveau. Les sanglots de la jeune femme se turent, son visage se posa sur le sol, ses bras croisés contre son ventre. Inerte, son visage figé en une expression définitivement vide ne semblait plus capable d'afficher le moindre sentiment. Elle-même se sentait comme une porcelaine brisée, ou un vase éclatée au sol. Plus bas que sous terre, au plus profond d'abysse qu'elle n'aurait jamais soupçonné. Elle n'avait pas seulement mal, elle était malade et honteuse. Et la colère qui bouillait en elle de voir un être si cher ainsi souillé, était noyée dans la culpabilité et le sentiment d'impuissance.
Mais lentement, comme si elle n'avait jamais été là, les phrases disparurent. Le corps et sa tête mutilées se désintégrèrent en silence en quelques volutes de brume. Mais Alice ne bougea pas d'avantage. En dépit de tous ses efforts, elle ne parvenait plus à se relever. Il avait gagné, il l'avait brisée, elle ne pouvait plus avancer, elle ne voulait plus continuer. Tout autour d'elle était un flou indistinct et n'avait plus d'importance, de toute façon. Même sa méfiance à propos d'Ed avait disparu, elle s'en fichait, elle aurait pu mourir ici, dévorée par n'importe quel monstre ou détruite par un quelconque voyageur.
Ca n'avait plus d'importance.
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Sam 9 Mar 2013 - 14:24
La seule réflexion qui venait m’aider à supporter la nouvelle ambiance fantomatique et brumeuse du Royaume était que Doppel City n’était pas aussi malsaine à la base, mais que son caractère glauque était le fait de quelqu’un qui souhaitait justement nous faire peur. Savoir que la réussite de ce personnage dépendrait plus ou moins de notre bon-vouloir à se laisser attraper par l’effroi, je parvenais à me rassurer, à me calmer, devant cet étalage de visages connus dont la vision de quelques-uns, honteusement repris, élançaient tout de même ma poitrine d’une petite souffrance. Que la Créature des Rêves, ou le Seigneur Cauchemar, qui se trouvait derrière cette abomination, joue avec moi, je n’avais rien contre. En fait, si, je ne serais pas content, mais j’avais relevé de nombreux autres défis, les avais plus ou moins remportés pour la plupart, et de ce fait, étais un habitué des situations à risques. Par contre, qu’ils retournent les gens de ma famille, de mes amis, était là une idée ignoble, qui faisait plus que me déplaire. Si je retrouvais sa tête, j’en ferais une boule de bowling.

Tandis que nous commençâmes à marcher parmi les corps de nos connaissances, je me demandai quels étaient les pouvoirs qui pouvaient rendre ça possible. La Créature les créait-elle depuis notre tête, ou bien était-ce notre imaginaire qui s’occupait de la moitié du travail, et générait toute seule, sous l’impulsion de la brume ou d’une autre capacité de l’auteur de cette ignominie, nos proches qui se matérialisaient ? La seconde idée me paraissait plus que probable. Pourquoi cette hypothèse et pas l’autre ? Certainement parce que la première sous-entendait des capacités hors-norme, soit des risques de mourir plus élevés ou bien encore des nouvelles épreuves encore plus impitoyables. Et je préférais encore me dire que si je me retrouvais face à l’instigateur de cette vaste connerie, je pourrais lui faire sa peau sans qu’il ne le devine en lisant le grimoire de mes pensées.

La Voyageuse, près de moi, était encore plus terrorisée. Elle avait de quoi, je la comprenais. Elle ne disposait pas encore d’une expérience onirique qui lui permettait de relativiser toutes les situations étranges qu’était capable d’offrir Dreamland, et peut-être tout simplement qu’elle était passée beaucoup plus de temps dans la brume que moi, ou plus, la pauvre était plus fragilement atteinte par les piques psychologiques du vieux démon que moi. A ce que j’avais compris, je n’étais pas forcément invité à la petite fête, dont la principale membre (ou victime) était la Sauvebois que je connaissais par le Tournoi des Jeunes Talents. Elle était encore nouvelle, sinon, elle n’aurait jamais participé aux affrontements de Mirage Space. Que voulait la Créature derrière tout ça ? Juste s’acharner sur une Voyageuse à peine née était une idée ridicule, vraiment faible. Il avait un autre but, très certainement. J’espérais simplement que je ne faisais pas partie de son plan, sinon, ça voudrait dire qu’il avait prévu toutes les possibilités que je permettais, et l’assistance que je pouvais porter à la demoiselle.

Malheureusement, j’étais bien incapable de l’aider. J’étais premièrement un peu sonné par notre marche à travers les fantômes dont certains, pires que tout, nous suivaient d’un regard vide. Ensuite, je ne savais pas comment l’aider. Lui donner quelques paroles de courage me semblait aussi futile qu’une petite tape sur l’épaule. Le problème, c’était de sortir de ce nouveau merdier. Là, peut-être, je pourrais faire quelque chose. Mais à quoi bon tenter de la rassurer alors que je ne parviendrais pas à être sincère. Non mais sans déconner, j’étais en stress moi aussi. Un Jacob ou un Lou m’auraient fait extrêmement du bien, peut-être même l’intelligence acérée de Fino. Mais ce n’était pas à moi d’être sauvé, mais au contraire de sauver quelqu’un des griffes d’un pouvoir que je ne reconnaissais pas. Et pendant ce temps-là, alors que nous marchions tranquillement dans la brume, sans voir à plus de trois mètres, que les fantômes passaient rapidement de formes indistinctes à corps que je pouvais reconnaître dès qu’ils nous frôlaient, je priai doucement pour que rien d’autre ne se passe. La Créature avait au moins réussi cela, un point que je lui concédai : tout était malsain, glauque, il avait instauré une ambiance particulière, délétère, qui voulait doucement nous tuer. Je tentais d’aider la Voyageuse en lui soufflant quelques mots :


« Ecoute, n’ait rien à craindre. Ce n’est pas comme s’il te tuait. Les spectres disent exactement ce que tu ne veux pas entendre, ce qui est extrêmement loin de la vérité. Ne te soucie pas de les écouter, ça te ferait du mal. »

Un peu stupide, vu que les spectres en question ne cherchaient pas à nous parler, juste à naviguer dans le brouillard tel des bateaux morts. Pour le moment. Je n’escomptais qu’ils restent aussi inactifs que maintenant, il y aurait du changement. Mais en quoi ? Il aurait fallu être un bébé phoque à la bouche salie d’injures pour tenter de déjouer les stratagèmes d’un sadique psychiatre. Il y aurait évidemment une montée dans l’horreur, c’était obligé. Restait à savoir si elle surviendrait en forme de piques vexantes comme tout à l’heure, en cependant plus redoutables, plus nombreuses, ou bien quelque chose de plus matérielle que des remarques vexantes. Ce fut pour que ça qu’après avoir vu les traces de sang sur le sol, je me dis qu’il ne fallait pas aller voir. Mais comme Alice semblait suivre leur piste sans trop hésiter, je laissai faire, espérant quelque part que c’était un indice qui lui parlait pour mettre fin à l‘ambiance très désagréable. Nous continuâmes alors, et j’étais tout bonnement incapable de ne pas regarder partout. Cependant, j’arrêtai bien vite quand je remarquai qu’il y avait un cousin éloigné qui m’observait, caché derrière des rideaux plus transparents que la brume qui nous entourait.

Au moindre problème, j’utiliserais mes portails, quitte à brûler toutes mes paires, afin de quitter au plus vite cet endroit dégueulasse. J’avais déjà parcouru quelques fois les ruelles pavées de Doppel City, et je savais bien que ce n’était pas du tout un grand Royaume. Gagner environ cinq cent mètres en ligne droite avait énormément de chances de nous faire quitter la zone maudite. Mais comment savoir si le brouillard ne continuerait pas à nous suivre afin de remplir son office ? Et je ne parlais pas d’autres manipulations magiques, touchant aux neurones. Si son pouvoir influait sur mon imaginaire en le faisant déballer dans des rues vides de personne normalement, il pouvait très bien me faire perdre (encore plus) le sens de l’orientation et me faire tourner en rond en grillant tous mes portails. Tout allait bien pour moi, à relativiser cependant, mais mon humeur ne s’expliquait que parce que je possédais toutes mes portes prêtes à être déployées et écraser un adversaire ou traverser une situation quelconque. Moins j’en avais, et moins bien je me sentirais. Alice coulait déjà, il ne fallait pas que je la suive, que je garde la tête froide. Et puis…
Roh, et merde…

La piste de sang n’avait pas été très longue à suivre. Ce n’était pas Jack l’Eventreur au bout des gouttes, mais une tête. Une tête de personne âgée, que je ne connaissais pas, plantée par un crochet, mais je compris bien vite l’importance de la personne aux yeux de Alice quand celle-ci se mit à hurler de surprise, de frayeur, de terreur. Tout ça à la fois. L’incompréhension, rejointe par la terrible compréhension. Et tandis que la pauvre fille se mit à hurler devant cet odieux spectacle, j’insultai mentalement le pauvre connard qui s’amusait à jouer avec ses nerfs. Quel affreux merdeux pédant, pourri, ignoble, pouvait s’amuser à ça ? Dire qu’il en prenait peut-être plaisir… Si je le retrouvais, il passerait un sale quart d’heure. Là, j’étais furieux. Je contemplais la pauvre Alice, à genoux, ne comprenant pas ce qui se passe, se faisant fouetter par la vision atroce de cette tête découpée, arrachée de son socle. Je serrai les poings, et j’avais peur à mon tour de découvrir une vision aussi atroce me touchant. Et Alice se déconnecta, s’éteignit. Elle avait cessé de bouger, cessé de pleurer, même si ses larmes finissaient de couler sur ses joues. Et merde. Possibilité de traumatisme crânien. Je n’étais pas expert, mais ça pouvait être possible. Y avait des chances qu’elle ne se réveille pas de cet état, ou bien qu’elle ait tout oublié pendant les heures précédentes.

Et ce n’était pas tout. Les fantômes s’étaient enfin rapprochés. Ils ne marchaient plus hasard sans faire attention à nous : pire, ils se regroupaient en un cercle, le regard toujours absent, mais fixés sur nous. D’un geste protecteur, je me dépêchai de prendre Alice somnolente dans mes bras (pas très pratique ; faudrait que je la trimballe comme un sac à patates, par-dessus l’épaule). Rapidement, tous les spectres formèrent un cercle, large de dix mètres de diamètre, nous observant en silence. Je profitai de cet instant de répit pour passer ma main dans les cheveux de la Voyageuse afin de dépêcher son réveil, de la calmer :


« Allez, ma petite, on se réveille. J’ai une super nouvelle pour toi. Tu vois, ta grand-mère est encore vivante. Tu n’as rien à craindre du Monde des Rêves, oublie pas. Ils peuvent piquer toute ta famille, elle sera toujours là à ton réveil. Le petit connard qui se fout de ta gueule, ne peut rien faire contre ça.
_ Toujours aussi nul en parlotte, Ed. Tu comprends rien, mais rien, aux gens qui t’entourent. »
C’était Jacob qui avait parlé, m’accusant presque, même si son regard et sa voix étaient neutres. Je l’envoyais chier du regard. Il tenait la main de ma sœur cadette, comme deux amoureux. C’était totalement ridicule, incohérent, ça me faisait presque rire. Je ne lui répondis pas et revins sur Alice :
« Alice, y a un petit con qui veut jouer avec tes nerfs. Mais il est incapable de faire quoique ce soit d’autre. Tu m’entends, Alice ? Alice ? Je sais que ce connard se fout de toi, d’ailleurs, il reprend aussi des personnes que je connais. Mais quelque part, il leur fait dire n’importe quoi.
_ Tu sais, tu t’es jamais demandé si t’avais tué plus de personnes en cherchant à les sauver qu’à laisser faire des bandits qui n’avaient aucune intention de meurtre de toute façon ?
_ Ils sortent de nos cervelles, et ce sont nos doutes dont il nous accuse. Y a rien à craindre. Ils ne disent pas la vérité depuis tout à l’heure. Tu m’entends, Alice ? »
Je n’hésitais pas à répéter ton prénom : il y avait un pic d’activités du cerveau qui s’enclenchait quand il reconnaissait le prénom, et j’espérais un peu naïvement que ça l’aiderait à se réveiller. Un pote à moi, de la fac, continua :
« Et ta vie, t’en fais quoi ? Voyageur, ça te permet pas de vivre. Tu vas fuir, encore ?
_ T’es minable, mec. Bon, Alice, tout ceci est inventé, okay ? Ce sont que des pantins qui racontent de la merde. On en a tous les jours, dans notre monde, nan ? Ça change pas tant que ça, finalement. »


Allez, Alice, on commençait à se réveiller. Surtout que les spectres commençaient à parler tous ensemble. Ce n’était plus des phrases indépendantes qu’on nous lançait, mais une huée générale, honteuse. Je me sentais très mal, au milieu de tous ces connards. Mais pas de portails. Ils ne faisaient rien, pas de portails. Pas encore.
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Dim 31 Mar 2013 - 21:21
Tout son esprit bourdonnait comme une vieille ruche fatiguée. Ses yeux étaient ouverts, mais elle discernait à peine quelques lumières et ombres floues. Ses oreilles étaient comme pleine de coton, sourdes, étouffant les sons autour d'elle. Cet engourdissement globalisé touchait jusqu'à ses nerfs, et c'est tout juste si elle parvint à sentir les bras du jeune homme autour d'elle. Elle était molle, à peine consciente. Son crâne vide contenait un cerveau au bord du gouffre, tout prêt à basculer dans la folie. Elle allait tomber et cette idée la faisait sourire. Elle avait fait l'erreur de trop en vouloir, d'avoir des désirs la dépassant et pourquoi l'avait-elle fait ? Par orgueil ? Même pas. Juste pour tenter de trouver la force de vivre ici. Mais elle n'était pas forte, elle n'était pas volontaire ou courageuse. Elle n'avait pas sa place aux pays des rêves et des cauchemars. C'était à peine si elle avait sa place dans son propre monde, alors ici... Qu'avait-elle espéré ?

Comme elle aurait voulu retrouver le carrelage ocre baignée de lumière de son enfance. Comme elle aurait voulu s'y étendre pour regarder la poussière danser de son étonnant ballet, les rayons du soleil jouant au creux da sa main tendue dans l'or clair d'une atmosphère estivale. Où était parti ces instants de calme bonheur serein ? Où cherchait-elle la joie, la quiétude, la paix ? Elle vivait une vie désertée et solitaire et se complaisait dans une malheureuse torpeur, que rien ne venait changer. Immuable situation plus inerte qu'un mort au fond de sa tombe silencieuse. Elle appartenait plus à ses ombres froides et insensibles errant dans les rues brumeuse de Doppel City, qu'au jeune homme qui serrait sa dépouille pâle dans ses bras. Il répétait encore et encore son prénom, l'encourageait vainement. Elle le comprenait à son ton plus qu'aux mots qu'elle pouvait à peine comprendre, comme si elle les rejetait tout au fond de sa tête. Elle ne voulait pas se réveiller, elle ne voulait pas se relever. A quoi bon ? Qu'il parte et qu'il la laisse enfin seule. Qu'elle retourne à ses rêves insouciants, ses cauchemars éphémères, oubliés à chaque réveil. C'était tout ce qu'elle pouvait faire : oublier.

Alors pourquoi sentait-elle quelque chose au fond d'elle qui l'empêchait de lâcher prise ? Comme une parcelle de son âme, résistant face à sa volonté, s'accrochant désespérément à sa raison, à son instinct d'animal désirant vivre encore un peu. Un infime morceau de son être luttait avec force et désespoir, se débattant face à l'amertume et la désillusion pesant sur ses épaules lourdes. Même face à sa propre nature, elle était désespérément faible. Elle était piégée, enfermée et elle ne pouvait en vouloir à nul autre qu'à elle-même. Elle se sentit émergée, tout doucement, peu à peu, ce funeste désir de survivre la tirant hors de l'eau, saisissant sa main au plus profond des abysses, pour la ramener vers une lumière dont elle ne voulait pas. Doucement, ses sens lui revinrent. Ses membres engourdis retrouvèrent avec curiosité et étonnement la chaleur du torse du jeune homme. Puis elle put discerner son odeur, le visage enfouit comme il l'était contre le polo sombre : un parfum légèrement musqué, avec un relent de menthe poivrée, de ces senteurs un peu amères que portent les hommes. Elle ne parvint bientôt plus à ignorer les mots que sa voix angoissée lui jetait à la figure, comme une corde qu'il lui lançait pour la tirer un peu plus loin du gouffre.

Ses doigts se crispèrent sur le tissu souple, et une larme de dépit roula sur sa joue quand enfin sa vue s'ajusta à la pâle lumière des lieux, précisant les contours d'un visage jeune qu'encadrait de fins cheveux clairs. Elle fixa ses lunettes sombres et opaque avec un calme étonnant, inspectant son visage comme si elle le voyait pour la première fois, comme inscrivant chaque détail au fin fond de ses orbites, retenant chaque grain de beauté, chaque aspérité, tous les reliefs, les creux et les courbes composant l'identité de cette personne. Ce qui faisait sa beauté et son imperfection. Ed Free. Elle ne le comprenait, elle ne savait pas ce qui le motivait ou ce qui avait fait qu'il se trouvait là, mais puisqu'elle et lui s'était mis d'accord pour ne pas la laisser sombrer, alors autant qu'elle joue ce rôle imposé jusqu'au bout par ce jeu infâme et les machinations d'un destin moqueur.
Ses lèvres sèches s'écartèrent lentement, quand un soupir s'en échappa et elle prononça d'une voix rauque, le mot qu'elle aurait du formuler depuis longtemps déjà.


"Au revoir..."

Immédiatement les pistolets se formèrent dans ses mains, la crosse fermement enfoncée dans sa paume et sans plus d'hésitation, elle tira avec le plus gros des deux, éclaircissant les rangs de leurs vieux souvenirs dans la déflagration. Elle baissa sa main, tremblante, constatant avec rage et une pointe de honte, qu'elle ne parviendrait pas à se relever. Elle ne pourra pas s'enfuir ni courir au loin, alors que c'était sans nul doute la meilleure chose à faire en cet instant des plus critiques. Relevant sa tête terriblement lourde vers le jeune homme, elle le fixa d'un regard rendu brulant par la peur que lui inspirait à nouveau le lieu, maintenant qu'elle avait repris ses esprits. Puis elle détourna prestement les yeux et d'une voix alourdie par la tristesse murmura d'une voix rauque et étouffée :

"... Mes grands-parents sont morts il y a deux ans."

Elle se mordit la lèvre à l'évocation douloureuse de son plus pénible souvenir. Puis, baissant encore un peu plus le visage vers le sol, une rougeur se développant sur ses joues alors qu'elle froissait son orgueil pour reprendre la parole en bredouillant :

"Je ne sais pas quelles sont tes pouvoirs, je ne sais pas vraiment qui tu es, mais je t'en prie, partons ! S'il te plait, ne me laisse pas ici..."

Son poing serré contre le tissu un peu rêche se crispa d'avantage, sa gorge nouée par la gêne soulignait encore son expression honteuse, que confirmait la couleur très légèrement empourprée de son visage d'ordinaire si pâle. La situation lui semblait terriblement inconfortable et à tant de niveau que s'en était presque intolérable. Si elle avait pu s'enterrer immédiatement sous les pavés de Doppel City, elle l'aurait fait et sans la moindre hésitation. Disparaître aurait été une solution si pratique et si enviable en cet instant. Tout serait plus simple, si parfait, si elle pouvait juste devenir transparente, inexistante, elle le maintenait en dépit de tout ce qui lui était arrivé. En cette nuit funeste, elle avait mélangé bien des choses au plus profond d'elle-même. Ses sentiments, ses pensées, ses convictions, ce qui faisait qu'elle était la personne qu'elle croyait connaître si bien et depuis si longtemps, avait été entièrement chamboulés par l'intervention grotesque d'une créature onirique joueuse et incroyablement cruelle. Elle frissonna en repensant au sourire carnassier de la bête blanche. Hisèn. Elle avait passé un pacte avec un diable en manteau blanc, plus les secondes dans cet enfer s'écoulaient et plus cette certitude s'imposait. Elle était damnée, maudite et elle ignorait jusqu'où ce contrat honni l'emmènerait, jusqu'où il influerait sur sa vie. Après tout, comment pouvait-elle imaginer, dans son esprit étriqué, l'impossible et l'improbable ?
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Lun 22 Avr 2013 - 17:07
Le réveil d’Alice fut comme une sorte de bénédiction. Il fallut qu’elle parle pour que je la remarque et que je détourne les yeux des créatures funestes qui commençaient lentement à se rapprocher de nous, sans oublier de me lancer des piques, des fois enfantines, des fois cruelles. Cruelles si je cherchais à les écouter et les incorporer. Il ne fallait certainement pas que je me laisse aspirer par ces sables mouvants de critiques ; ne pas bouger pour ne pas accélérer la chute et l’étouffement. Je serais ralenti par le poids d’Alice si je tentais de fuir, et une peur inconnue m’empêchait de foncer au travers. Autre que leur nombre qui formait un nœud très dense à percer, je redoutais les retournements de mon esprit si je tentais de m’y enfoncer. Mon pouvoir restait la dernière solution, une très bonne solution, mais que je ne voulais pas user tant la nuit promettait d’être longue. Et coûteuse en énergie. Où était Fino quand j’avais besoin de lui ? Les fantômes ne lui faisaient pas peur, et il avait commis tellement d’actes atroces que seuls les esprits errants auraient honte en crachant son insolent casier judiciaire.

Oui, Alice s’était réveillée, et me dit tout simplement au revoir, et je la regardais sans comprendre avec une moue un peu ahurie (mais très content de ne plus être seul dans ce cauchemar). Sans plus d’explicitation, deux pistolets venaient de sortir de nulle part, et Alice faisait cracher le feu de Dieu en éclaircissant allègrement les rangs ennemis. Malheureusement, si les troupes d’esprits en face de nous étaient clairsemées, elles étaient loin d’être anéanties. Je supposais qu’elles les remerciaient pour le début de la nuit ; si elles pouvaient verser l’acompte et l’escompte maintenant... De la poussière et des cendres furent balayées partout, alors que les vieux souvenirs se dissipaient sous les balles d’Alice. Elle n’était pas rentrée dans les demi-finales du Tournoi pour rien (en omettant le seul détail comme quoi les demi-finales étaient accessibles avec une seule victoire). J’aurais bien voulu me gratter la tête qu’une des branches de mes lunettes irritait, mais je supportais toujours le poids de la Voyageuse. D’ailleurs, le recul de son arme avait fait disperser l’onde de choc jusque dans mes propres os. Je n’aimerais pas être touché par une cartouche de ce machin.

Après avoir terminé de vider son chargeur, elle expliqua rapidement que ses deux grands-parents étaient morts il y avait de cela deux ans. Je ne savais pas quoi lui répondre ; ou plutôt, j’évitais toutes les réponses qui se bousculaient à mon esprit qu’on sortait dans des situations désespérées sans même chercher à comprendre la phrase. Adieu donc les « Moi aussi », vu que c’était faux, les « Tu t’en remettras », un peu trop viril pour être masculin, ainsi que le très célèbre « Ils s’en remettront », ce qui ne me ferait pas passer pour un individu extrêmement sympathique. Je haussais les épaules discrètement, sans chercher à répondre quelque chose qui serait approprié. Même mes condoléances ne sonneraient pas bien : deux ans, j’avais loupé quelques coches. Moi aussi, j’avais deux grands-parents morts, mais je n’étais pas même pas né quand le premier était parti dans les cieux, et je n’avais même pas eu un an quand son conjoint l’avait rejoint. J’avais toujours vécu avec les grands-parents maternels, et je n’avais jamais ressenti comme un vide le fait d’en avoir moitié moins que la plupart des gens.

Mais trêves de tourments, Alice me demanda de l’aider à partir. Je la regardais à mon tour. Bon, je n’avais plus trop le choix. On partait du principe que la ville était infestée de fantômes de merde qui ne faisaient que parler, il fallait se casser parce que j’allais pas tenir le coup ; ça allait m’énerver et j’allais perdre les pédales à ma manière. Même si le plus important, c’était la pauvre Alice qui avait du mal à supporter les rires de ses travers, et qui n’avaient pas besoin de nouvelles couches de critiques. Le type qui était derrière tout ça était quelqu’un qui méritait de se faire défoncer. Je songeais qu’il avait eu sa dose de mauvais coups dans sa vie passée lui aussi, et ça me fit du bien. Alice continua et me dit de ne pas la laisser. Je levai les yeux en l’air ; objectivement, je n’allais pas laisser tomber un allié alors que j’étais dans une situation merdique, surtout quand l’aide ne coûtait rien et qu’elle se révélait dotée de deux flingues qui auraient fait calmer les ardeurs d’un Rambo. De plus, je n’étais pas une salope non plus. Je lui dis rapidement pour la rassurer :


« Ne t’inquiète pas, ce n’est pas dans mes plans. Je connais un peu l’endroit. Avec un peu de chance, on ne pourra pas nous retrouver là où on compte aller. »


Là-bas... un certain bunker qui avait servi autrefois à des expériences putrides sur des monstres qu’on lâchait en pleine nature. Le kiff total. Il était temps de dire à Alice qu’on allait avancer, et qu’on n’allait pas traîner. Je lui chuchotai rapidement à l’oreille pour éviter que l’ennemi insidieux, s’il avait besoin de nous entendre, n’écoute et n’anticipe. Et c’était rassurant de lui parler à l’oreille. Dire tout haut reviendrait à sous-estimer, d’une quelconque façon, les fantômes qui se trouvaient devant nous. Je me laissais tout de même quelques temps pour me repérer. Si j’étais venu de par là, que j’avais bougé ici puis là, et qu’on se trouvait maintenant ici, alors le bunker devait être à moins de trois minutes dans cette direction. Doppel City n’avait jamais été un très grand Royaume. Un frisson glacé me parcourut l’échine, et je vis que toutes les fenêtres des alentours sans exception laissaient apercevoir un fantôme qui nous fixait. Un décor d’une carte postale, ouais.


« Ecoute Alice, ça va être très simple. Je vais nous... télétransporter. Ensuite, tu courras, et tu courras vite. Tu gardes tes armes avec toi, il faudra peut-être dégager le passage. Il y a un bunker, une base souterraine, dans lequel on pourra se faufiler, totalement enterré. T’es prête ? Je compte jusqu’à trois. »

C’était rassurant de savoir que le plan de secours était aussi peu complexe. Il suffisait donc de compter jusqu’à trois. Il y avait de nombreuses inconnues dans le plan, et je parlais surtout de ce qu’on pourrait trouver dans le bunker. Mais il serait difficile de faire plus inhospitalier que la rue où nous étions. Je comptais jusqu’à trois du bout des lèvres, sans arrêter de regarder la foule qui se rapprochait de nous, plus en avalant les distances qu’en les parcourant avec leur pied. Dès que le chiffre trois sortit de mes lèvres, dès que j’eus créé une paire de portails dont un se trouvait près de nous, et l’autre porte le plus proche possible de notre destination, je m’élançai si vite que je faillis me faire un claquage à la cheville. J’entraînais Alice vers la porte qu’elle ne devait pas voir, et arrivé dans une rue vierge de fantômes, je courus aussi vite que je pus, n’hésitant pas à traîner Alice sur quelques pas pour ne pas qu’elle ralentisse le mouvement (je sais, j’étais un monstre).

J’enchaînai les petites rues dans le brouillard à toute vitesse et, Alice sur les talons, sans la lâcher de peur que la brume nous sépare tous deux, je débarquai dans une large allée menant à une sorte de parc. Le parc était délimité par les pavés de la ville et une large falaise. Le bunker était caché dans le sol et la falaise, nous étions donc arrivés. Surpris de l’absence totale des souvenirs ambulants, je décidais toujours de continuer. Je créai une seconde paire de portails, et en moins de deux secondes, nous étions dans le hall du bunker.

Ce hall gigantesque, rempli de cages sur les côtés, dans lesquelles reposaient des cadavres de monstres qui avaient eu le temps de pourrir et d’infester la pièce d’une odeur tellement immonde que ma gorge faillit lâcher et me faire vomir. Je me retins au dernier moment et compris enfin le véritable problème du bunker : il était entièrement plongé dans le noir. Je touchais le bras d’Alice pour ne pas la perdre, savoir qu’elle était toujours là, et que j’étais toujours là. Heureusement, la lumière fonctionnait encore dans le hall, de façon extrêmement diffuse. On avait du mal à voir à plus de dix mètres, mais ce n’était pas un caveau non plus. Par contre, la lumière ne dépassait pas cette salle, et il était impossible de rester à cause de l’odeur. Il faudrait qu’on plonge jusqu’au cou dans les ténèbres les plus complètes en s’enfonçant dans les couloirs, dont une grande partie devait être effondrée sous le coup de bombes de Claustrophobes. Fuir dans fantômes dans le noir... pas la meilleure idée que j’avais eu.

« Va falloir faire du feu par contre. On peut pas rester ici, et après, c’est l’obscurité. »
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Sam 11 Mai 2013 - 19:05
Un sourire apeuré écarta ses lèvres en l'entendant lui répondre. Il ne la laisserait pas, il ne l'abandonnerait pas et elle le crut. Elle serra son poing contre le polo et releva ses yeux vers les siens, attendant le plan qui les tirerait de là. Il glissa quelques mots à son oreille, dans un souffle chaud qui coulait dans son cou, soulevant quelques mèches de cheveux pâle à chaque syllabe. Elle frissonna et se rapprocha de lui, attentive à chaque phrase, sans pour autant quitter des yeux l'armée des ombres qui les encerclait toujours plus étroitement. Quand il eut fini, elle grimaça. Si elle avait eu le choix, elle aurait protesté, mais elle n'avait pas de meilleure idée, et la sienne avait le mérite de ne lui demander qu'une seule chose : courir. Mais est-ce qu'elle pourrait le faire ?

"1."

Il commença le décompte. Ses doigts se crispèrent un peu plus contre son torse, alors qu'elle tournait son visage vers les hordes de souvenirs qui les regardaient de leurs yeux vides. Parmi leurs rangs, des visages connus, bien sûr, des visages qu'elle aurait préféré oublier, pour la plupart et qu'autres qu'elle aurait préféré ne pas oublier.

"2."

Elle baissa ses paupières, les tenant fermement closes pour ignorer ces regards réprobateurs, moqueurs ou emplis d'une méprisante compassion. Elle respirait lentement, mais terriblement fort, dans l'espoir d'apaiser son cœur qui, au fond de sa poitrine, dansait le tango contre ses côtes. Puis, alors que les lèvres de son ancien arbitre formait le dernier chiffre, elle rouvrit lentement ses yeux, elle en aurait besoin.

"3 !"

D'un coup de talon puissant, qui lui arracha un glapissement de surprise, le blond s'élança droit devant lui. Un cri de terreur s'étrangla au fond de sa gorge, elle n'aurait jamais du lui faire confiance, ce type était aussi fou que tous les autres. Mais soudain, le décor changea, le brouillard moins dense diffusait une lumière plus chaude dans une rue vide de toute ombre. Comme promis, il les avait téléporté. Elle n'eut pas le temps de se réjouir, ni même de soupirer son soulagement, déjà ses pieds touchaient le sol, ou presque, tirée comme elle l'était par la main tenant la sienne. Il la serrait avec une force rassurante, mais presque douloureuse.

Trainée dans son dos, elle manqua de tomber un nombre incalculable de fois en trébuchant sur les pavés. Ils fonçaient dans les ruelles curieusement vides, arrivant bientôt dans une sorte de parc que surplombait une falaise et d'un coup, le noir et une odeur putride. Son horreur se coupa en un haut le cœur puissant, elle plaqua ses deux mains sur son nez, avant de remonter son col sur ce dernier, se jurant de respirer par la bouche désormais.

Emportée une nouvelle fois par le pouvoir d'Ed, elle devinait sans mal qu'ils se trouvaient à présent dans la base souterraine qu'il avait évoqué plus tôt. Mais rien ne l'avait réellement préparée à la pénombre qu'éclairait une lumière verdâtre, étendant les ombres plus qu'elle ne les résorbait, pas plus qu'à la pestilence de mort qui planait en ces lieux. Plus qu'un bunker, l'endroit faisait penser à une morgue abandonner, dans laquelle on aurait laissé lentement pourrir les milliers de cadavres.

Elle sursauta en sentant une main sur son bras, son dos parcourut d'un frisson de terreur. Tremblante, haletante, elle glissa ses doigts sur la peau, puis le long des muscles, retrouvant rapidement le contact rassurant du polo et l'assurance qu'il s'agissait bien d'Ed à ses côtés et pas d'une des silhouette monstrueuse qu'elle devinait en ces lieux. Le voyageur était toujours là et il ne pouvait imaginer à quel point elle lui en était reconnaissante.

Quand il parla enfin, sa voix résonna étrangement dans le hall gigantesque et sombre qu'il proposait d'éclairer. Alice répondit d'une grimace qu'il ne pouvait voir. Où il voulait trouver ça ? Certes, son pouvoir l'autorisait à faire apparaître n'importe quoi, mais de là à matérialiser une lampe torche ou une boite d'allumettes... Bah, elle n'avait pas trop le choix. Elle espérait juste qu'Ed se plierait un peu aux nécessités et accepte de se faire insulter jusqu'à ce qu'ils obtiennent l'objet voulu.

Elle ouvrit la bouche pour parler, quand soudain, dans un cliquetis caractéristique, les néons au plafond clignotèrent un instant, avant de s'allumer jetant une lumière verte aux alentours. Ils dessinaient les silhouettes torturées et bizarres du charnier en face d'eux, le sol jonché de cadavres monstrueux auraient fait tourné de l'œil n'importe qui et l'invocatrice aurait probablement rejoint les corps si elle ne s'était pas cramponné à l'épaule d'Ed. Blême, silencieuse, elle s'accrochait désespérément à la chaleur que diffusait son bras contre le sien, tremblante. Dans son esprit paranoïaque, elle faisait le rapprochement entre l'absence d'obstacle à l'entrée de ce sinistre caveau et le brusque allumage des plafonniers. Quelqu'un, quelque chose plutôt, voulait qu'il soit là et qu'ils progressent dans ces abysses nauséabonds, au creux même de son piège tortueux et elle savait que même l'incroyable pouvoir du blond ne les sauverait pas de ses griffes. Rien n'aurait pu les sauver, si ce n'est faire ce qu'il attendait d'eux et cette réalité l'étouffait aussi surement qu'une ceinture autour de son cou.

Soudainement une force la tira doucement en avant, ses pas entraînaient par ceux d'un autre vers les profondeur. Elle freina, crispant ses mains sur le tissu du polo pour tenter vainement de retenir l'intrépide jeune homme. Elle ouvrit la bouche pour protester d'une voix faible, rendue légèrement rauque par la peur qui serrait son ventre, le tout s'échappa comme un murmure abattu, dont le timbre frêle la surprit elle-même.


"C'est lui. Les lumières, c'est lui. Il veut qu'on soit là, il veut qu'on continue et il nous attend là-bas, au fond... C'est ce qu'il voulait depuis le début. Le reste... Ce n'était qu'un test. Le vrai jeu commence ici."

Elle fixait les verres teintés des lunettes sombre, y cherchant l'assurance que tout irait bien, qu'il savait ce qu'il faisait. Elle n'y trouva rien de plus que le reflet de son visage apeuré, sa propre peur dans ses propres yeux. Elle lâcha le bras, laissant tomber sa main le long de son corps, le regard perdu sur le sol imprégnait des effets de la mort, se résignant sans un mot à jouer le jeu d'un maître des tortures.

L'écho de leurs pas revenaient à leurs oreilles, le bruit spongieux, la sensation collante sous ses semelles, l'humidité imprégnant le collant fin. Que n'aurait-elle pas donné pour de bonnes bottes en caoutchouc ? Que n'aurait-elle pas donné pour être ailleurs en cette nuit ? Marchant dans les viscères exposés et fourmillant d'une vie nouvelle, l'invocatrice fermait son esprit à cet environnement macabre, respirant sa propre odeur à travers le col remonté sur son nez. Elle oubliait, elle devait oublier les cadavres, la puanteur, les sons et ses échos. Se concentrait sur le dos devant elle, se concentrer sur la marche, avancer... Avancer... Et ne pas apercevoir le fin filet de brume glissant sur le sol poisseux, entre les peaux grouillantes, recouvrant l'endroit d'un linceul glacé promettant l'horreur.
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Sam 18 Mai 2013 - 15:56
Peut-être n’aurais-je pas dû demander de la lumière à voix haute ? Les néons s’étaient allumés d’un coup, d’une teinte que je ne leur connaissais pas. On était loin du blanc-bleu chirurgical de la dernière fois, qui agressait les yeux si on les fixait… soit la même lumière et la même intensité que quand vous étiez couchés sur le dos, sur une table d’opération, et que vous étiez réveillés car l’anesthésie n’avait pas pénétré plus profondément votre organisme. Cette fois-ci, c’était verdâtre, dégueulasse, une sorte de couleur qu’on n’acceptait que dans les trains fantômes de mauvais goût. Tous les alentours devenaient verts, prenaient une couleur spirituelle. Les cadavres se transformaient en formes fantomatiques, et le sol poisseux de graisse brûlée et de chair mortifiée par le temps devenaient un marécage. Devant un tel spectacle, j’en oublierais presque la bonne nouvelle : pas besoin d’allumer un feu. Mon idée de prendre un fémur de monstre et de l’enrouler avec une partie de ma chemise pour en faire une torche disparut mort-née. Pour le meilleur…

Alice était toujours accrochée à mon bras ; elle y aurait certainement logée dedans si son pouvoir le lui permettait. Elle refit une petite crise de panique dans laquelle elle semblait psalmodier des phrases comme une prêtresse en folie. Même si je faisais semblant de ne pas écouter, chacune de ses paroles se grava dans mon esprit avec un fer rouge. Elle ne voulait pas aller de l’avant, c’était certain. Le monstre, le type, le chieur, celui qui nous faisait passer une nuit malsaine se trouverait en face, selon ses dires. Je ne la croyais pas, je ne faisais pas confiance à ces superstitions. Je savais qu’Alice ne crachait pas ça pour rien, et que peut-être son intuition sublimé par son instinct de survie devait la prévenir du malheur qui nous attendait si on se refusait à s’arrêter. Cependant, une partie cartésienne de mon esprit me dit plutôt qu’on n’était pas sortis de l’auberge. Dès qu’elle eut terminé de me – de nous, mettre en garde, je lui répondis d’une voix claire :


« Tais-toi. Tu te fais du mal pour rien. »

En même temps que je prononçais la phrase et que je regagnais légèrement en courage, je trouvais la solution miracle. Je ne l’utiliserais pas maintenant, car ce serait plus égoïste qu’autre chose, et que la créature pourrait se venger sur Alice juste après. Cependant, je croyais que j’avais compris comment nous tirer d’affaire. Et peut-être que l’avantage le plus net de cette solution était tout simplement d’exister.

« Ecoute Alice, tu n’es pas obligée de te faire peur. J’ai trouvé un moyen de nous tirer d’affaire qui marche à coup sûr. Mais il ne faut l’utiliser qu’en dernier recours. » Sinon, il y a des chances que tu revives la même nuit jusqu’à ce que tu parviennes à supporter les épreuves mentales de ce drôle de type, mais je me gardais bien de lui dire. « Si tu n’en peux plus, si tu penses que tu n’es pas préparée, si tu es sûre de toi, tu me dis que tu abandonnes et je me charge du reste. C’est compris ? »

En effet, c’était une bonne nouvelle que j’avais à lui apprendre et qui aurait le mérite de la calmer un peu : elle avait une porte de sortie, elle pourrait l’emprunter quand elle le désirait. Je savais que son plus grand désir devait être de sortir tout de suite de ce cauchemar. Malheureusement, je ne pouvais pas la laisser se soustraire aussi facilement aux facéties du monstre, qui pourrait recommencer son cauchemar à l’infini, cette fois sans mon aide. Il fallait qu’Alice soit forte. Dans le pire des cas, je devrais la secouer moi-même afin qu’elle ne s’enfuie pas dans les moments décisifs. Je ne savais pas si ma dernière déclaration avait un peu atténué sa terreur, si elle avait l’impression que rien ne pourrait la soustraire de ce délire infernal. Pour ma part, si, car il y avait des chances que les conséquences de mon idée me soient aussi bénéfiques. Je verrais bien sur place, si le type peut aller plus loin.

Là, de suite, sans savoir si le délire d’Alice avait un fond de véracité qu’on devait aller vérifier, je nous emmenais tous les deux dans l’immense hall recouvert de cadavres, et dont l’odeur détruisait peu à peu mes muqueuses nasales. L’odeur en devenait collante, tangible, formant des barrières qu’il fallait traverser. J’avais envie de vomir, clairement, et si ma volonté ne me l’interdisait pas, ça ferait longtemps que j’aurais rendu mon estomac. On ne pouvait pas rester ici de toute manière : ces saletés étaient en pleine décomposition et la ventilation avait sauté depuis belle lurette. L’esprit humain ne pouvait pas s’autoriser à rester ici comme il ferait fuir le corps si de la lave se mettait à couler de la porte. Tout le bunker devait sentir aussi mauvais, maintenant. En tout cas, l’air serait étouffant.

Toujours en tenant Alice pour être certain qu’elle ne disparaisse pas dans les ombres, on avança tous les deux, très prudemment. Déjà, l’obscurité n’était pas levée. Quelques néons clignaient, mais la lumière verte ne dévoilait pas tout. Il ne manquait plus qu’une musique d’ambiance, et je rendais l’âme. Perdus dans des couloirs à moitié dévastés par la bombe posée par les Claustrophobes, le bunker semblait avoir traversé une guerre nucléaire. De nombreux couloirs étaient difficilement praticables quand ils n’étaient pas obstrués. Il fallait passer dans des trous de souris à quelques endroits, et ramper sur quelques mètres n’était certainement pas l’idée du siècle dans la situation où nous étions. Il fallait souvent rebrousser chemin, ou bifurquer, sous une lumière terrifiante. Je ne reconnaissais même pas les chemins où j’allais. Ils étaient tous plongés dans la pénombre, défigurés par l’explosion et l’abandon, et toujours cette odeur de pourriture qui traînait dans tout le bunker. Alice avait raison sur un point : le gars était toujours là et il voulait nous causer la frayeur de notre vie.

Pire encore était la brume rampante qui terminait de donner un air glauque à l’endroit. Mes pieds disparaissaient presque dans les limbes de fumée traînantes. Quelques fois, je butais sur certaines pierres cachées dans le brouillard lacté, émanant lui aussi une lumière désagréable. Plus on avançait, et plus je me demandais que faire maintenant. Les lumières et la brume n’étaient certainement pas les seules manifestations physiques de la créature. Le reste allait venir bientôt. Et il vaudrait mieux que je me prépare.
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Mer 5 Juin 2013 - 23:29
L'annonce d'Ed l'avait laissée aussi incrédule que reconnaissante envers le voyageur. Ses mots rassurants étaient même parvenus à lui arracher un sourire. Mais pour toute réponse, elle ne put que lui offrir qu'un hochement de tête, sa gorge nouée ne parvenant plus à produire de sons satisfaisants. Mais elle lui était plus que jamais reconnaissante, plus qu'il ne pouvait sans doute l'imaginer. Elle en concevait d'ailleurs de l'embarras, une sorte de gêne mêlée de honte lui rappelant que ce genre de sentiment portait mieux l'habit de la discrétion. En dépit du soulagement que lui procurait ses mots, elle se sentait humiliée par la tournure des évènements : elle dépendait de lui, elle dépendait d'un autre dans une situation où elle était prisonnière des griffes d'un dernier individu aux desseins obscurs et louches. Elle s'était engluée elle-même dans une situation sordide dont elle ne pouvait qu'imaginer les conséquences déplaisantes, et elle y avait embarqué un parfait inconnu. Elle soupira, frissonnant dans un mélange de sentiments aussi contradictoires qu'hétéroclites, avançant par automatisme sur le chemin aussi glauque que tortueux.

Perdue dans ses pensées, à quatre pattes entre une poutre qui s'effritait et le sol froid et irrégulier, Alice tressaillit soudain. Contre sa cuisse à moitié perdue dans la brume, elle avait senti comme un frôlement, comme si quelque chose avait filé très rapidement en rampant contre sa jambe, avant de disparaître dans les décombres. La sensation avait été furtive, légère. En d'autres circonstances, elle aurait simplement cru à un tour de son imagination, mais étant donné la situation, elle ne pouvait pas l'ignorer, encore moins se rassurer par son habituelle indifférence. Elle ne pouvait même pas être sûre de ce qu'il s'agissait, ce pouvait très bien être une illusion d'Hisèn, ou alors autre chose, quelque chose de plus qu'un mirage, de plus "réel". Comment savoir ? Tout n'était que brouillard blanc répandu à ses pieds, comme une nappe opaque et glacée. Ses doigts se resserrèrent sur le poignet du blond, doucement, cherchant à attirer son attention. Puis, dans un chuchotant, même pas un murmure, elle se hissa jusqu'à son oreille et prononça doucement, lentement, comme hésitant sur la formulation :


"Est-ce qu'il est... C'est juste une supposition. Mais est-ce qu'il pourrait y avoir quelque chose de réelle, ici ? Je veux dire, quelque chose qui ne soit pas issu de nos souvenirs ? Quelque chose de vivant ?"

Elle abandonna soudainement le contact pourtant rassurant de sa paume contre sa peau, détournant le visage. Maintenant qu'elle avait parlé, elle trouvait que ça sonnait comme quelque chose de stupide à dire. Pourtant, elle n'arrivait pas à oublier cette sensation, ce frôlement infime contre sa cuisse.
Elle secoua la tête doucement et reprit sa marche, à quatre pattes sous les décombres, bénissant à nouveau sa petite taille qui l'autorisait à se faufiler un peu partout sans mal. De son côté, le jeune homme avait l'air de plus lutter, compte tenu de sa taille et de sa stature bien plus imposante que celle de l'invocatrice, ce n'était pas étonnant. Finalement, elle se glissa entre une poutre métallique et un tas de débris, tirant sur ses bras pour trainer son corps dans l'interstice étroit, se tortillant dans tous les sens pour trouver un angle, une prise, quelque chose, jusqu'à finalement basculer de l'autre côté, tombant au pied des décombres dans un nuage de brume et de poussière. Elle gémit de douleur, ses bras écorchés, son collant effilé laissant voir sa peau pâle, rougie par quelques griffures, sa robe bleue désormais sale. Elle se releva péniblement, frottant ses membres endoloris, avant de relever la tête. Elle n'y avait pas réfléchi avant, mais Ed ne pourrait pas passer par le chemin qu'elle venait d'emprunter, à moins qu'il utilise son pouvoir. Dans le silence pesant du bunker, elle interpela le jeune homme, juste une fois, pour le localiser, connaître ses intentions.

Elle attendit un instant, juste une seconde tout au plus, avant de se sentir saisie par la cheville et brutalement tirée en arrière. Son menton heurta le sol, empêchant un cri de surprise de s'échapper de sa gorge. Son cerveau perçut alors trois choses, la douleur de la chute, le danger et une souffrance terrible au niveau de son pied piégé et invisible dans la brume épaisse. Incapable d'y voir clair ou de constater les dégâts, Alice ne pouvait que ressentir le supplice transperçant l'os de son pied de part en part et une fois le choc et la surprise passée, elle ne put retenir le cri de douleur mêlée de terreur qui éclata dans l'air froid et silencieux du bunker.

Soudainement et dans un craquement sinistre, elle sentit sa jambe tirée à nouveau. Brutalement trainée vers les profondeur sombres et glauques. Désespérément, elle s'accrocha aux restes d'une poutre, enfonçant ses ongles dans le métal, tendant ses muscles, se concentrant sur ses forces pour tenter d'ignorer la blessure. Dans sa tête, la question d'une possible illusion ou d'un nouveau piège de la part d'Hisèn ne se posait plus.
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Mer 24 Juil 2013 - 16:11
Dire que le bunker était dans un sale état revenait à jeter une chaussette sale au milieu d’un hall d’hôtel privé et dire que la pièce toute entière était en bordel. Une bombe dans les bases de l’édifice avait permis aux temps de s’exprimer, et de transformer les débris en véritables ruines antiques. Rajoutez l’ambiance, la fumée, le personnage qui nous suivait et qui ne voulait pas du bien, ainsi qu’une fille mentalement instable et psychologiquement atteinte par le début de la nuit, et on avait un bon cocktail horrifique à ne pas mettre entre toutes les mains. Le genre de cocktail qu’on ne reprenait pas sciemment, qu’on devait vous faire avaler en vous tordant le nez. La paranoïa qui se dégageait de l’ensemble me faisait demander si la fille n’était pas non plus un élément du scénario, une « actrice », qui ferait croire à la véritable victime (ici, moi) que j’étais moins en danger qu’elle.

Etrangement, une sorte de méfiance se noua dans mon esprit, envers la fille. Laisser Alice mener la petite expédition et la laisser devant moi était finalement une bonne idée. Les poignards réussissaient toujours à s’enfoncer plus facilement dans la colonne vertébrale que dans le ventre. Je n’hésitais pas à lui demander comment elle allait, ce qui pouvait peut-être passer à ses yeux pour une sorte d’inquiétude vis-à-vis de sa personne, mais qui était en réalité une vérification qu’elle se tenait toujours là, et qu’elle avait toujours une forme humaine. Oh mon dieu Ed, arrête avec tes peurs de mes deux. Essaie de progresser, il y a bien un moment où cette nuit allait s’arrêter. La longueur du tunnel importait peu, seul comptait le temps. Il fallait juste espérer que cette nuit, le temps ne serait pas trop déformé, et qu’on ne passerait pas quinze heures dans ce bunker.

Alice me demanda alors s’il y avait des chances qu’il y ait encore quelque chose de vivant dans les environs. Je réfléchissais : tous les monstres créés par le savant fou étaient enfermés dans des cages d’acier gigantesques, avaient pu ne pas survivre aux explosions, et ceux qui avaient survécu étaient morts de faim, tout simplement. Cela faisait plus de six mois que l’endroit avait explosé, et six mois supplémentaires que le biologiste reptilien avait été capturé. S’il leur donnait à manger, c’est qu’ils devaient se nourrir, et s’ils ne se nourrissaient plus, ils devaient crever l’estomac vide, non ? Ce fut la réponse que j’allais sortir à Alice, mais dans l’obscurité ambiante, des fois éclairée sporadiquement par une ampoule encore en état de marche, clignotant dans des grésillements infects de moustique brûlé, je réussis à voir une tâche dégueulasse. Des champignons oniriques. Un endroit pouvait être affecté par des champignons, des bactéries rien qu’en laissant un peu de temps. Si des organismes vivants pouvaient survivre dans un tel fatras vide et chaotique, alors certainement une forme de vie, certes plus complexe mais amélioré génétiquement, le pouvait.


« Il y a des chances, ouais… », et parce que je devais être aussi un peu rassurant, je lui dis : « Le type qui habitait ici faisait dans le mastoc. Y a des chances que s’il y a encore une créature, on l’entendrait arriver. Normalement. » Normalement, hein ?

Maintenant qu’Alice m’en parlait, j’avais l’impression d’être dans la merde, car le silence n’était plus muet. Tout le bunker, aussi vide pouvait-on croire qu’il était, résonnait de minuscules vacarmes dont la moitié devait venir de mon cerveau. Y avait-il des rongeurs qui habitaient dans le coin maintenant qu’il était abandonné ? Ou le bruit de petites pattes grouillantes qu’on entendait résonner au loin n’était que le bruit de gouttes d’eau s’enfuyant d’une canalisation brisée ? Etait-ce le vent tordu par des petites failles qui émettaient cet autre son ? J’en voulais à la fille pour m’avoir rappelé que des créatures pouvaient se balader dans les environs. Je regardais partout, balayai entre les murs de ma vision améliorée par des verres magiquement progressifs, mais ne trouvais rien d’autre qu’uns obscurité anxiogène.

On arriva rapidement à un minuscule passage ; fallait-il tenter de passer le trou ? Alice étant assez petite pour se faufiler dedans pris son courage à demain et se mit à ramper sur le sol, entre des débris de maçonnerie et de tuyauterie pleine de rouille. Je dû la laisser faire, espérant qu’on tomberait dans un endroit vide de forme de vie, encore éclairé, et où on ne nous atteindrait pas. Ce ressemblait à une utopie, maintenant. Je dû patienter tranquillement. Une paire de portails aurait pu nous aider, mais si on pouvait juste vérifier que je ne déballais pas un de mes atouts pour rien, ça ne pourrait pas être stupide. J’attendis ainsi quelques instants, attendant qu’Alice me informe de quelque chose, je ne savais quoi.

La seule chose qu’elle confirma en fin de compte, c’est qu’il y avait quelque chose d’autre que nous qui habitait le bunker. J’entendis un cri, quelque chose de long, un hurlement de terreur. Il y avait de la surprise, de la surprise mortelle. Je dû hurler son prénom, même si elle ne pouvait pas m’entendre. Une paire de portails régla le problème de la distance, et j’apparus sur place trois secondes après le cri. Il y avait autre chose que ses hurlements, quelque chose de plus guttural. Je fonçai dans la direction pour espérer la sauver, mais le noir était complet, et seules mes lunettes de soleil, dont la vision restait largement atténuée par les alentours, me permettait d’y aller rapidement, mes mains en avant pour me prévenir d’un choc douloureux. Mais effectivement, il y avait quelque chose d’autre, quelque de chose dont une description ne pouvait être possible, pas dans mon état d’affolement et courant comme un dératé.

Mais quelques secondes plus tard, alors que je me heurtais aux murs de l’endroit, que mes jambes manquaient de tomber à cause des débris laissés sur le sol, mon pied chercha le sol mais ne le trouva point. Mon corps bascula vers l’avant, ma tête heurta lourdement le sol en pierre, et je tombai vers les ténèbres, glissai sur de la pierre ravagée, me frappait encore aux coudes, à la tête, et enfin, le sol, ici plafond, me cracha. Alors que je pensais que j’étais parti à un ou deux étages inférieurs, le monde s’assombrit une nouvelle fois, pour quelques secondes cette fois-ci. J’en trouvais une forme de fierté : dans le contexte où l’on était, nous ne nous étions pas séparés par envie. Plutôt par faute à pas de chance. Je me déconnectai quelques secondes, et oubliai l’état dans lequel pouvait se trouver Alice. J’avais très mal, mon crâne boursouflé de douleurs sourdes.
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Mar 17 Sep 2013 - 0:59

Bientôt, elle fut forcée à lâcher prise. Traînée encore sur quelques mètres, le sol rugueux écorchaient ses membres et dans de vaines tentatives pour ralentir cette course folle, ses ongles et ses doigts s'écorchaient et se blessaient. Sur ses joues rougies de blessures et noircies de crasse roulaient les larmes de peur et de douleur. Puis, dans un soubresaut d'intelligence au cœur de sa panique, elle invoqua d'un mot les deux armes qui vinrent se loger au creux de ses paumes. Elle tira sans réfléchir et dans le bruit de la détonation, elle crut entendre un rugissement de douleur, ou simplement un cri, elle ne sut pas trop. Tout ce que son cerveau embrumé par la terreur et la douleur réussit à comprendre, c'est qu'on cessa de la tirer. Elle sentit sa jambe retombait au sol, lui arrachant un faible gémissement de douleur, tandis qu'on la lâchait enfin. Au bout de quelques secondes, toutes ses forces la quittèrent et elle tomba dans un état proche de l'inconscience, la peur seule maintenait son esprit aux frontières du réel (aussi onirique soit-il).

Cet état dura un temps, elle n'aurait pu être plus précise quant à sa durée exacte. Peu à peu, ses sens lui revinrent et avec eux, la douleur à travers tout son corps. Elle hésitait à bouger, le moindre frémissement réveillant ses nerfs engourdis, envoyant une décharge de souffrance jusqu'à sa tête et décourageant le moindre mouvement. Elle haletait, respirait par saccades irrégulières, dont le souffle faible et sifflant la faisait souffrir d'avantage. Pourtant, au prix d'un effort considérable, elle parvint enfin à se mettre à quatre pattes. Ses muscles criait, ses os crissaient ; son cerveau, lui-même, lui semblait bouillant. C'est comme si la moindre action, la moindre tentative, donnait lieu à une punition immédiate et ô combien douloureuse.

Serrant les dents, bandant avec peine ses muscles et galvanisant sa faible volonté, elle repoussa le sol de ses bras, se redressa et chercha à se relever une bonne fois pour toute. Mais, alors qu'elle sentait ses jambes la poussait vers le haut, une décharge de souffrance foudroya sa cheville qui plia sous son poids, comme un morceau de papier. Alice s'effondra lourdement au sol, son visage enfoui dans la poussière.

Des larmes d'impuissance roulèrent sur ses joues, elle voulait continuer, avancer, elle devait retrouver Ed et ils devaient s'en sortir. Mais son corps lui refusait cette faveur. Elle devrait attendre ici son réveil, seule et vulnérable. En cas d'attaque, ce n'était pas le clignotement sporadique d'un vieux néon verdâtre qui la sauverait, ne laissant même pas à ses yeux, presque aveugle, le loisir de se faire à la pénombre. Pire que tout, elle était certaine qu'Hisèn ne la laisserait pas s'en tirer à si bon compte et s'il ne s'en prenait pas à elle cette nuit, ici et maintenant, ce serait la prochaine. Après tout, ce soir, il avait une autre victime à sa disposition en la personne du grand blond. Cette pensée la rassura étrangement, avant de l'horrifier au plus haut point. Comment pouvait-elle penser ça ? Certes, le jeune homme s'en sortirait probablement mieux qu'elle. Mais s'il était dans cette situation c'était de sa faute. Pourtant, ce n'est pas cette idée qui la bouleversa, mais d'avantage le fait que lui, pouvait parfaitement fuir et la laisser seule. Seule face à cette brume macabre qui rampait autour d'elle, s'enroulant autour de ses mollets inertes, comme un serpent resserrant ses anneaux sur sa proie. Elle gémit et ses sanglots redoublèrent dans l'écho funeste qui régnait sur le bunker. Elle tremblait, terrorisée, ses yeux exorbités scrutant le silence et la pénombre, que crevait de sa lueur vibrante le néon au plafond. Le temps s'était figé, chaque seconde s'étirait longuement, comme infinie et ce qui aurait du n'être qu'un bref instant se faisait plus lourd.



Amnesia OST - Basement Storage

Soudainement, sous la lumière verdâtre, au sommet d'un amas de débris, une ombre parut. Alice, immobile, paralysée, attendait en silence, sans oser le moindre mouvement. Ses lèvres tremblaient et ses yeux voyaient flou, dans la lumière incertaine et clignotante, mais cela ne l'empêcha pas de voir la petite silhouette avançait vers elle prudemment, lentement, les graviers crissant sous ses pas. Sa respiration accéléra, se faisant haletante et oppressante à son oreille. A chaque seconde, la silhouette grandissait, se rapprochait, doucement, si doucement. Son cœur battait si fort et avec une telle détresse au creux de sa poitrine qu'elle crut en devenir malade. Elle l'entendait se rapprochait plus qu'elle ne la voyait, elle la sentait proche, si proche, de plus en plus proche et enfin, dans un craquement, mortellement près, elle sut qu'elle était là.

Comme si une décharge d'adrénaline avait réveillé chaque muscle tout en apaisant son cerveau, elle sentit ses jambes la faire décoller du sol, l'envoyant en avant d'une pulsion qui la déséquilibra. Elle se rétablit, évitant la chute et détala comme jamais, la terreur dictant chaque mouvement, chaque enjambée. Elle entendit l'ombre la poursuivre, mais elle sentait qu'elle arrivait enfin à la distancer. Mais, aussi brusquement qu'elle était partie, la douleur revint, plus terrible et revancharde que jamais, la plaquant avec force contre le sol rugueux. Elle glapit, surprise, gémit sous la douleur, puis la peur se joignit au concert, réveillant les sanglots qui faisaient tressauter son torse. Pour aggraver sa situation, ses lunettes avaient glissé de son nez lorsqu'elle était tombé et le monde entier s'était changé pour elle en un flou d'ombres, de flashs et de mouvements ondoyants, dont elle ne pouvait dire si c'était ses larmes, sa vue déficiente ou quelque chose de plus inquiétant encore qui en était à l'origine.

Dans son dos, elle entendit les pas précipités de la chose se rapprocher. Elle trembla de plus belle, hoquetant et crispant ses doigts dans la poussière. Puis une voix, petite, aigüe comme celle d'un enfant, lui parvint à travers ses sanglots. Surprise, elle sursauta et releva la tête. A quelques centimètres de ses yeux, au creux d'une petite main pâle, reposées ses lunettes fendues. Hébétée, hagarde, elle saisit l'épaisse monture pour la déposer sur son nez.
Derrière les verres, un visage enfantin se dessina nettement. Une bonne bouille ronde et rose, auréolée d'une tignasse d'un blond pâle qui retombaient un peu devant deux grand yeux gris, qui la fixaient avec un semblant d'impatience, tandis qu'elle tentait tant bien que mal de remettre ses idées en place. Trop de questions à la porte de son esprit brumeux venaient obstruer le cours de ses pensées, déjà on ne peut plus chaotique. Une seule demeura finalement, lorsque cette dernière s'échappa de lèvres étrangères :


"Je cherche quelqu'un. Tu m'aides ?"

Sans réfléchir (pas comme si elle aurait pu le faire efficacement), elle répondit dans un souffle rauque :

"Oui..."

Le gamin sourit en la regardant se relever. Il ne devait pas avoir plus de huit ans, pensa-t-elle, mais cela ne l'empêchait pas de traîner dans un bunker sordide à l'accès plus que délicat, le tout dans une région de Dreamland apparemment peu fréquentée. Alice grinça des dents, tandis qu'elle suivait ce nouveau-venu aussi étrange que suspect. A ses oreilles rondes et à son attitude inhabituelle, la jeune femme pouvait supposer qu'il était soit un rêveur perdu (entièrement possible, après tout), soit un souvenir d'Ed, puisque ce petit garçon ne lui rappelait personne qu'elle ait pu connaître.
A la fois maladroit et agile, l'enfant commença à grimper sur un tas de débris, l'invitant à la suivre sans plus tarder. Inquiète, Alice appuya sur sa cheville blessée, testant prudemment sa solidité. A sa grande surprise, elle ne ressentit aucune douleur, tout juste une gêne l'invitant à ne pas trop compter sur cette jambe-ci pour un temps. Fronçant le nez en une expression d'infini méfiance, Alice emboita le pas du blondinet, suivant sa progression au travers de morceaux entiers de structure empilés en de grotesques formes, qu'éclairaient par intermittence les lueurs verdâtres de l'éclairage décadent. Bientôt, ils firent face à un boyau étroit, d'où s'échapper une vieille odeur de moisi, ainsi qu'un bruit lointain de goutte d'eau, brisant en un rythme inquiétant le silence des lieux. La petite voix aigüe d'Alice, soudainement amplifiée par l'écho, parvint enfin à formuler quelques questions :


"Hé, gamin ! Tu vas où comme ça ? Et puis, c'est quoi ton nom ?"

Il se retourna vers elle, la considérant un instant avec un sérieux qui la surpris. Il soupira tout en entrant dans le tunnel métallique, plongeant dans le noir de ces profondeurs plus sombre encore que celles qu'elle avait déjà pu explorer auparavant.

"Je te l'ai dit, on va chercher quelqu'un. Et je ne suis pas un gamin !"

Sans répondre à sa deuxième question, il disparut dans les ténèbres visqueux de l'horrible orifice. Alice frissonna, mâchant sa lèvre jusqu'au sang, le cœur serré par l'angoisse, ses mains froides agitées de spasme et de tremblement. Elle posa un pied contre la rouille humide et poisseuse de l'étroite galerie. Elle fléchit les genoux, courba le dos et s'engouffra bientôt dans une opaque obscurité, s'appuyant de la main gauche contre la paroi courbe et froide du tuyau. Le contact désagréable lui arracha un haut-le-cœur, très vite interrompue par la sensation chaude et douce de petits doigts tremblants se glissant entre les siens. Alice s'apaisa, étrangement rassurée par la présence de l'enfant, pourtant autrement plus inquiétante que quoique ce soit d'autre en ces lieux infâmes. Ensemble, main dans la main, ils avancèrent en silence.


Amnesia OST - Dark Water

Plic... Ploc...

Le son entêtant de l'eau résonnant à travers le minuscule couloir se rapprochait inexorablement, rythmant leur avancé comme un compte à rebours macabre.

Plic... Ploc... Plic...

Courbée dans le boyau, incapable de voir ne serait-ce que l'éclat des courts cheveux du garçon dans l'obscurité, Alice le suivait en aveugle, tout juste guidée par le léger bruit de pas, sa main dans la sienne, et le mur rouillé sur lequel elle s'appuyait.

Plic... Ploc... Plic... Ploc...

Soudain, le mur disparut sous ses doigts, afin de se courber brutalement sur la droite. L'enfant la tira, l'entraînant dans cette intersection qui lui sembla encore plus sombre que la précédente. Les parois exhalaient un parfum de métal, d'humidité et de moisissure, à la fois âcre, puissant et terriblement organique. Alice toussa et le son fusa en écho au travers des tuyaux métalliques, leur renvoyant un son occulte et inquiétant. Elle frémit.

Plic... Ploc... Plic... Ploc... Plic....

Le son était maintenant parfaitement clair, comme juste sous leur pied. Le garçon s'arrêta, la jeune femme en fit de même, en attente. Son cœur battait fort au fond de sa poitrine, ses tempes, humides de sueur, lui semblaient brulante. Pourtant, par dessus l'épaule du gamin, elle aperçut une lueur. Elle était ténue, faible et clignotante, mais elle était là, dessinant à leur pied un puits que longeait une échelle d'acier rongé, de laquelle s'égouttait un liquide dont elle refusait d'imaginer l'origine.

Passant en premier, le blond s'agrippa aux frêles barreaux et entama la descente. Alice déglutit, écoutant le bruit de ses pieds frappant en rythme le métal s'estompait peu à peu dans les profondeurs. Elle se retourna un instant, scrutant le vide noir derrière elle, le martellement léger de l'acier et les gouttes s'écrasant plus bas entonnant une musique d'ambiance des plus désagréables. Elle avait suivi le jeune inconnu jusqu'ici, mais maintenant elle hésitait. Diffusément, elle sentait le piège se refermant sur elle peu à peu, glissant ses chaînes autour d'elle, se resserrant dans les ombres du bunker. Depuis le début, Hisèn avait voulu les faire venir ici, d'où la présence d'Ed, elle n'y serait jamais entrée sans lui.
D'un autre côté, sans lui, elle serait toujours en train de pleurer au pied d'un mur. Ce qui n'aurait pas été plus mal, en y repensant. Et cet enfant sorti de nul part, plus elle y repensait, plus cette sensation d'imminent danger la prenait à la gorge. Ce n'était pas bon, rien n'était bon dans cette histoire. Tout ce qu'ils avaient fait, tous leurs choix avaient été inexorablement mauvais. Tout ça à cause des manipulations d'un chef d'orchestre malade, vicieux, perverti jusqu'à la moelle, dont l'esprit aussi tordu que macabre, fomentait à chaque seconde, un moyen plus pernicieux encore pour torturer sa victime : elle.

Soudain, une vibration secoua ses pieds, réveillant la blessure à sa cheville. Elle lâcha un glapissement de douleur, réalisant soudain qu'elle n'entendait plus l'étrange gamin descendre l'échelle dans son dos. Un bruit sourd retentit plus loin dans le boyau, suivit par de puissant martellement, comme si quelque chose de lourd tapait contre les épaisses parois de fonte. Un grincement métallique vrilla ses tympans et elle sentit une secousse ébranlait le tuyau, comme si on pliait sa structure. Le martellement s'accentua tout en ralentissant, augmentant en volume, comme se rapprochant. Ce qui lui avait semblé être un bruit mécanique lui apparut d'avantage comme des pas, des pas puissants et déterminés se dirigeant vers elle. L'obscurité autour d'elle lui sembla se mouvoir, rongeant le tunnel dans un crissement léger, un grattement à rendre fou.

Sa cheville la torturait, la terreur secouait tout son corps et, dans la panique, elle recula. Son pied ne rencontra que du vide, laissant son corps balançait en arrière, dévalant quelques mètres avant qu'elle ne puisse se rattrapait à un barreau, brulant ses mains et ses coudes, heurtant ses genoux avec fracas. Au dessus de sa tête, le martellement semblait à son paroxysme, agitant l'échelle à laquelle elle s'accrochait de spasme violent. Le vacarme cessa un instant, avant de s'éloigner. Tremblante, agrippée de toutes ses faibles forces à son barreau, elle était comme pétrifiée.
Un grincement, puis un craquement firent cependant vaciller son cœur, alors que la structure mécanique qui la retenait jusqu'alors, se détachait de son support pour basculer en arrière, se pliant en frappant brutalement le tuyau, ébranlant la prise de la demoiselle affaiblie, la forçant à lâcher prise pour terminer sa descente étalée sur le dos, déboussolée et endolorie, mais dans une salle relativement éclairée.
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Sam 26 Oct 2013 - 15:51
L’étrange caveau ne me disait rien, mais la mousse verdâtre qui recouvrait les murs et l’état de délabrement de ceux-ci n’aidaient pas des souvenirs vieux de plus de deux ans. La salle était vaguement circulaire, et le béton délabré donnait envie de prendre une corde et de se la fourrer autour du cou. Des tables rectangulaires se dressaient çà et là, mais comme émiettées par le temps, on aurait dit des fantômes qui ne tenaient debout que par habitude plus que par souci de la gravité. Sur ces tables étaient sagement posées quelques appareils en verre, des tubes, des ronds, des récipients, et rares étaient ceux intacts. On se croirait dans une vieille classe de chimie pour dix élèves, qui avaient très mal tournées. Cependant, ces quelques meubles emplissaient à peine l’énorme salle, et elles se laissaient oublier, sous une poussière grise, légère, et déposée en plusieurs couches successives. L’odeur sentait le renfermé, l’air vieilli et poisseux qui collait aux poumons et à la trachée à chaque bouffée, celui qui nous donnait l’impression d’être le temps d’une visite un asthmatique. En apnée.

Ma tête me faisait mal et mes deux mains tentaient de calmer la douleur en appuyant sur le crâne. Rien n’y faisait, mes dents grinçaient toujours. Je sentais aussi une douleur sourde cogner au niveau de ma hanche comme si on m’y avait jeté une pierre. J’avais à peu près mal partout, la chute avait été rude, mais techniquement et cliniquement, j’étais en bon état. Je jetais un regard circulaire à la salle dans laquelle je venais de me trouver, et si quelques épaves d’ampoule n’étaient pas présentes, j’aurais été totalement aveugle. Même mes lunettes de soleil étaient tout à fait inutiles dans ce tombeau scientifique, et les strates de terre et de béton qui m’éloignaient d’Alice ne me laissaient pas le soin de savoir comment elle allait ; morte, blessée, à l’agonie, ou si elle avait survécu.

Mais sans vouloir minimiser ses problèmes, j’étais extrêmement seul, perdu dans une salle obscure, enfoncée à des dizaines de mètres sous terre, faisant partie d’un complexe abandonné par un scientifique très porté par la création de monstres en tout genre, et malgré le fait que la lumière ait survécu pendant deux ans, vu comment elle clignotait et comme les rayons étaient faiblards, je m’attendais à ce qu’elle meure d’une seconde à l’autre, laissant l’endroit se faire engloutir par les ténèbres. Aucun son, aucun vent, un silence quasi parfait que même en marchant, je n’arrivais pas à briser. Il n’y avait pas d’écho, l’air lourd engloutissant chaque bruit que je faisais. Je m’imaginais pendant un instant un monstre encore plus discret qui me sauterait dans le dos, mais en me retournant précipitamment, aucune bête ne m’attaqua sauvagement. Puis en réponse à mon mouvement, il y eut un bruit de table contre laquelle on se cognait, et putain, je loupai de peu la crise cardiaque, mais n’oubliai pas de sursauter comme un dingue.
Je n’étais pas seul là-dedans, et ce qu’il y avait ne me voulait pas du bien.

Mes lunettes de soleil ne m’avertirent que maintenant de la présence de quelqu’un, mais l’éclat était extrêmement pâle, comme les lampes, comme un fantôme. Je distinguais la vie, ou en tout cas, l’existence de cette chose, mais à savoir ce que c’était. Je m’avançais lentement vers le bruit, et ma main se porta instinctivement à mon panneau de signalisation. Peu à peu, je passai derrière la table, et là, un autre bruit, ça avait bougé, et un docteur m’aurait prescrit des doses de médoc contre la tachycardie. J’émis une syllabe, genre « hey », et il y eut du bruit encore une fois, encore plus loin. On essayait de s’enfuir de moi. Bonne chance pour trouver une sortie, hein ? Je tentais encore de m’approcher, mais cette fois-ci, la chose prit les jambes à son cou de façon plus audacieuse et courut une dizaine de mètres avant de se cacher. Je reconnus une silhouette : c’était une petite fille, ou alors un garçon avec des cheveux longs.

Je ne cherchais plus trop à m’approcher, car je comprenais que je lui faisais peur. J’entendis un minuscule reniflement ; elle était en train de pleurer, ou tout du moins retenir des petites larmes. Sans même chercher à comprendre ce qu’elle faisait dans cet environnement hostile, je la hélai :


« Hey… Petite fille. » Je pouvais presque l’entendre frissonner, accroupie, prête à bondir si je m’avançais vers elle. « Je te veux aucun mal, je ne suis pas un monstre. Je te le promets. »

Je tentais de marcher vers elle, doucement mais assez pesamment pour ne pas la surprendre et lui faire plus peur que je n’aurais dû. Je continuais à lui parler, à lui dire quelques trucs niais, mais je n’arrêtais pas de lui promettre que je ne lui voulais aucun mal. Mais fallait pas être psy pour voir que je n’y mettais aucune volonté plus que ça : qu’une petite fille, d’où qu’elle vienne, puisse arriver ici et rester toujours vivante, on faisait difficilement plus suspect. Le savant fou qui avait créé des monstres il y avait quelques temps maintenant était un spécialiste de la saloperie et du sadisme. Y avait-il des chances qu’il crée quelque chose qui ressemble à un gamin, voire une gamine ? Ça manquait certainement de griffe, mais pas d’ingéniosité. Même si je continuais à m’avancer vers la fille tout doucement, tentant de lui inspirer confiance, ma main droite glissa tout de même derrière mon dos, rencontrant mon panneau de signalisation. Au moindre geste étrange, inattendu, et je frappai.

Cependant, je n’eus pas recours à de telles extrémités, car le gosse n’était pas pressé de me déchirer la gorge. Roulé en boule sous un des bureaux, accroupie mais en position fœtale, il fit mine de ne plus bouger. Après un examen minutieux, je pus conclure que l’enfant était une petite fille terrifiée. Je lui tendis ma main en susurrant quelque chose de gentil, mais je me demandai bien vite de quoi elle était terrifiée. Juste de moi ? Ou de quelqu’un d’autre ? Ou de quelque chose d’autre ? Mais ce n’était tout de même pas un endroit pour une petite fille. Sans réagir ne serait-ce qu’une seule fois à ma main, elle se mit à pleurer. Pas à geindre, mais bel et bien à pleurer, pas comme si elle avait peur de moi, mais pour me faire comprendre qu’elle n’aimait pas l’endroit où elle se trouvait. Je la pris par l’épaule et la sortit de sa cachette, elle ne se débattit pas mais n’hésita pas à lâcher un hoquet étranglé.


« Ça va, petite ? Qu’est-ce que tu fais ici ? » Elle renifla pour seule réponse, et je me remis à détester les gamins de cet âge : s’ils n’avaient pas envie de vous parler, il se muait en un mutisme qui signifiait clairement qu’on s’en fichait de comment c’était arrivé, le principal était de s’occuper de lui. « C’est pas un endroit pour un bébé, tu sais ?
_ Je suis pas un bébé. »
Avec un frère et deux sœurs, je savais parfaitement comment délier les langues, et un gamin ne prendra jamais la parole plus rapidement pour dire qu’il n’était pas un bébé.
« Si t’es pas un bébé, tu peux me dire ce que tu faisais ici.
_ J’attends »
, me répondit-elle presque crânement malgré les auréoles rougeâtres autour de ses yeux.
« Et tu attends qui ?
_ Tu verras. Tu ferais mieux d’attendre toi aussi. »


Je n’aimais pas beaucoup cette sorte de réplique prophétique qui n’annonçait rien de bon, comme une sorte de rituel démoniaque qui allait bientôt se dérouler. La petite fille me faisait franchement peur, pas tant devant son aspect que devant les circonstances qui l’avaient amené là. J’étais terriblement suspicieux, mais la gamine semblait parfaitement inoffensive. En fait, je compris bien vite qu’elle possédait des oreilles rondes, donc qu’elle était soit une Rêveuse égarée, soit une Voyageuse… très égarée. Cependant, je n’avais jamais vu de Rêveurs dans les environs, et je ne connaissais de mémoire aucun Voyageur qui ait vaincu sa peur en si bas âge. L’identité restait encore mystérieuse. Cependant, je remarquai très vite qu’elle…

« Tu t’appellerais pas Alice, par hasard ?
_ Hein ? Comment tu sais ça ? »
Bingo. On pouvait parfaitement reconnaître la Voyageuse dans ses traits : même couleur de cheveux, lunettes, et presque même bouille. Seules les proportions changeaient. Je répondis dans un souffle, pas si assuré que ça :
« Mon métier, c’est de tout savoir. »

Plus j’y réfléchissais et la regardais, et plus je retrouvais la jeune fille terrorisée que j’avais rencontré au début de la nuit. Et je n’aimais pas du tout cette nouvelle diablerie. Sort ? Illusion ? Ou pire encore, réalité ? Je n’aimais pas ça du tout, ça sentait très mauvais. Alice s’était faite capturer par un monstre, et je la retrouvais trois minutes plus tard sous forme de bambine. Etait-ce la même ? Je lui demandai si elle me reconnaissait, mais elle secouait la tête horizontalement sans dire un mot. Alors pourquoi m’avait-elle dit de rester ici, d’attendre. Et attendre quoi ?

Je n’eus cependant pas le temps de répondre car j’entendis clairement des tintements réguliers ; à une bonne vingtaine de mètres de là, un tuyau a plafond quasiment invisible était traversé par une échelle rouillée, et les bruits correspondaient clairement à quelqu’un qui descendait, voire plusieurs personnes, de cette échelle. J’agrippai mon panneau de signalisation des mains, car tout ça était glauque, et quitte à découvrir l’auteur de ces méfaits, autant prendre ses précautions. Un bruit plus sonore parcourut le tuyau puis la salle, j’entendis des grognements métalliques, et quelques secondes plus tard, un corps en tomba. Je reconnus de loin grâce à mes lunettes la silhouette d’Alice, la vraie. Un soupir de joie chauffa mon ventre…
Jusqu’à ce qu’une seconde personne apparut juste derrière elle, en descendant comme elle le pouvait malgré les problèmes rencontrées par l’échelle. Un autre enfant. Blond. Dont le visage tapissait de nombreux cadres photos dans ma maison d’origine.
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Maraudeur des rêves
Alice Sauvebois
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Lun 17 Mar 2014 - 0:20


Nauséeuse, douloureuse, tremblante. Ainsi pouvait-on décrire l'état d'Alice, allongée sur le dos contre un sol froid et poisseux, baigné de lueurs verdâtres. A sa cheville foulée ou brisée (difficile à dire), s'ajoutait désormais un dos en compote et une superbe bosse sanguinolente sur son front. Jamais de toute sa vie, la jeune fille n'avait été si mal en point, si démunie et si terrifiée. Elle avait terriblement envie de pleurer et d'appeler à l'aide, n'importe qui, même Hisèn, juste quelqu'un qui pourrait lui parler, éventuellement la réveiller, la sortir d'ici.

Sans se redresser, elle leva les bras, approchant ses paumes écorchées de ses yeux afin de les couvrir d'une ombre salvatrice. En pareil cas, la voyageuse ne connaissait qu'un échappatoire : la prostration et la négation. Elle aurait pu tout ignorer, jusqu'aux bruits bizarres et aux odeurs sordides, tout, sauf la tête qui apparut devant ses yeux.

C'était le visage d'un enfant, une gamine pâle à l'air poupin. Ses cheveux, ses yeux, sa peau, tout était clair, dans une teinte de beige ou de gris. Même pour son jeune âge, on pouvait dire qu'elle était une petite chose maigrichonne, l'effet étant encore accentué par les énormes lunettes qui trônaient sur son nez, donnant à ses yeux des dimensions inquiétantes.

Alice fixait l'enfant sans un mot, palissant de seconde en seconde. Puis, avec une infinie précaution, comme si c'était un monstre sanguinaire qui se tenait là, elle se releva lentement. Ceci fait, elle recula doucement, son regard inquiet parcourant l'espace autour d'elle avec angoisse. La pièce était grande, haute de plafond, jonchée de tables brisées et de débris divers, notamment ce qui avait du être des récipient en verre ou en métal. Le tout baigné dans la lumière vibrante et verdâtre qui avait investi les lieux depuis qu'elle y avait pénétré. Une odeur d'humidité et de poussière imprégnée les murs délabrés, zébrés par de multiples fissures. Mais le pire, c'était l'atmosphère. Elle n'aurait su dire quoi, mais quelque chose semblait planait au dessus d'eux, tapi dans les ombres du haut plafond. Les seules présences manifestement (ou pas) vivantes étaient la petite binoclarde, qui se tenait en face d'elle, l'enfant qu'elle avait suivi jusqu'ici se trouvait juste à sa droite, un peu plus loin et derrière lui, une silhouette plus haute et plus massive, définitivement adulte et masculine.

Les yeux d'Alice se remplirent de larmes et de soulagement en reconnaissant Ed, malgré la poussière qui recouvrait tout son corps et son visage. Bondissant malgré la douleur, claudiquant entre les gravas, elle se jeta dans les bras du jeune homme, tremblant de tout son corps, bredouillant des phrases sans queue ni tête, tentant sans grand succès de communiquer. Il était bien réel, du moins, tous ses sens et tout son corps validé ce fait là. Elle sentait l'odeur de son corps mêlait de sueur et de terre humide, ses vêtements se froisser à son contact, elle entendant le rythme de sa respiration, les gargouillis de son ventre, les battements de son cœur. Il était là, il était forcément là.

Elle dut rester au moins deux ou trois minutes, le visage enfoui dans le torse du voyageurs, avant de trouver ses mots et le courage de les prononcer entre deux reniflements et quelques hoquets, sa voix quelque peu étouffée par le polo autrefois noir du blond :


"Pourquoi nous utiliser ? Utiliser notre passé... Je veux dire, ce qu'on a été, tel qu'on a été dans le passé ? Je ne veux pas... Je... Je crois que..."

Sa voix s'étrangla au fond de sa gorge, ses yeux écarquillés par la terreur, lorsque sa propre voix, dans son dos, répondit ces quelques mots sibyllins.

"Bon... Je crois qu'on y est."
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MessageSujet: Re: Stay in my memory [PV : Ed Free] Aujourd'hui à 21:27
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Stay in my memory [PV : Ed Free]

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