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Ménage à trois [solo]

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Arpenteur des rêves
Nedru Etol
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MessageSujet: Re: Ménage à trois [solo] Lun 17 Nov 2014 - 19:13
25 février, 09h23, Londres

Laissez moi dormir encore un peu !

Tss... La tête brumeuse, Nedru consulta son réveil, réalisa qu'il l'avait coupé et que la conséquence immédiate serait une absence aux cours du matin. C'est que malgré tout... la vie continuait.

Les narines immédiatement assaillies par une odeur de brûlé insipide, il se leva de mauvaise grâce en répondant aux messages inquiets de Serena (et constata que dire « l'appartement du dessous a brûlé » n'est pas une bonne excuse pour rassurer quelqu'un et lui expliquer que l'on aura du retard) mais s'amusant à appeler le propriétaire dudit bail en cendre et lui parler de l'eventualité d'un procès. L'affaire du dealer vendu continuait de ne pas avancer... Il faudrait qu'il se déplace et Nedru avait horreur de ça. Le problème des voyous restant qu'ils ont tendance à se montrer violent quand on arrête d'être de leur côté. Le problème de Nedru, de son côté, étant qu'il n'avait pas grand chose pour répondre à la violence. S'il gardait toujours sur lui une fléchette, il n'avait pas la vanité de croire qu'il existait une seule chance pour qu'une telle arme soit efficace un jour.

Puis, comme la journée s'étalait, il emporta son bloc note, son stylo et son sac de sport, puis retrouva finalement la bande d'étudiants sérieux, gavés de bonnes notes et fiers de l'être qui constituaient son groupe « d'amis ».

Il raconta l'incendie, ce qui lui donna une bonne excuse pour se procurer des photocopies des cours ratés et passa le reste de la journée à dramatiser l'incident pour en tirer une sorte de gloire qu'il ne méritait aucunement, mais dont son entourage semblait pressé de l'auréoler, comme si cela pouvait par la même occasion rendre leur propre vie plus intéressante...

L'entraînement du soir fut un soulagement, tout en apportant son lot d'acide habituel. L'aïkido... Nedru estimait que cet art martial lui correspondait parfaitement ; pas de combats, pas de compétition, pas de prises d'attaque. Une philosophie du geste et de l'économie de force qu'il appréciait particulièrement et faisait de lui un élève appliqué, parmi les plus anciens et les meilleurs du club. Cela lui permettait d'entretenir un peu son corps trop souvent assis devant une table et Dreamland lui avait déjà prouvé l'efficacité de certaines techniques apprises dans ce dojo. Sa faible condition physique, toutefois, se faisait encore trop ressentir.
Alors, pourquoi l'acide ? Outre la référence aux réactions chimiques faisant naître les courbatures, le brun acceptait assez mal certaines autres valeurs des arts martiaux. Notamment ; perdre son temps à apprendre à des incapables. Surtout quand cela impliquait de chuter et chuter, encore et encore. Et ces abrutis faisaient mal ! Un mauvais partenaire en aïkido est l'une des pires choses qui soit. Nedru le leur rendait occasionnelement ; tandis qu'avec les meilleurs, il soignait chaque prise, chaque renversement et chaque clef de bras en accompagnant l'autre dans les chutes et en limitant au maximum les chocs ou la douleur, il réservait au moins bon des « maladresses » qui devaient leur froisser des muscles ou des tendons, à l'occasion.

Cela aurait pu suffire à rendre le cours plus supportable, sans la présence du respect de la hiérarchie imposé par le professeur et l'art martial. Plutôt serein et doux comme la plupart des maitres de cette discipline, Nedru s'était attiré son courroux en lui proposant de moderniser voire d'arrêter d'enseigner des techniques qu'il trouvait ridicules ou inapplicables en situations réelles. Certaines clefs de doigts, notamment avec saisie du pouce, demandait une force que le Gris trouvait parfaitement incompatible avec la discipline (ladite prise avait, certes, le mérite d'avoir un rendu visuel remarquable lorsque l'on imposait à son adversaire de s'agenouiller devant soi, mais cela ne lui semblait pas être une raison suffisante pour continuer de l'enseigner).

Les séances étaient donc, dans l'ensemble, une épreuve assez fatiguante mentalement. Nedru n'avait trouvé personne pour se dresser avec lui contre le professeur et être obligé de s'écraser et faire profil bas malgré le bien fondé de ses idées (que lui avaient soufflées son pouvoir une nuit) l'agaçait. Toutefois, il aurait été ridicule de quitter les entraînements pour ce différend. Apprendre seul ou avec un professeur particulier aurait été non seulement très couteux, mais aussi passablement ridicule.

Quoiqu'il en soit, ces séances lui faisaient du bien. Il pouvait se hisser en haut du panier d'une discipline sportive et cela commençait à former sur son corps gringalet de longs muscles souples. Et survivre dans Dreamland sans passer ses nuits à se battre pour apprendre, sans muscle, entraînement ou pouvoir dédié, c'était parfois suicidaire. Mais Nedru n'aurait pas ouvertement admis de faire ça uniquement pour Dreamland. La santé, la santé !

Oh, et cela lui promettait un sommeil lourd et profond. Il s'endormit de bonne heure après un repas léger et une soirée routinière sur son ordinateur.
******

Le cri des mouettes ? Nedru ouvrit les yeux, surpris. Si ses sens avaient reconnus les autres informations permettant de conclure qu'il se trouvait dans le bon Royaume, jamais il n'aurait pensé trouver Bacco ici. En compagnie d'une poignée d'hommes, le chien regardait la mer d'un air pensif. Sa physionomie avait retrouvé une apparence presque normale et Nedru s'en félicita intérieurement.   Si le chien perdait le peu de qualités qu'il avait (dont l'amour des petites gens), l'influence du Gris deviendrait de plus en plus évidente et mauvaise pour ses affaires. D'un certain côté, il semblait une fois de plus changé, comme lavé d'une partie des soucis qui le tracassaient pendant qu'il tenait en otage des espions de Lupini. Il avait connu pire et cela l'avait fait mûrir, vieillir même.


Bacco, vous semblez rétabli ! Comment vous sentez vous ?
Ca va, Renard, ça va... Je suis le seul gouverneur, désormais...

Les mots traînèrent longtemps dans l'air, comme ramenés par le bruissement des vagues sur la petite digue. Le conseiller se tourna vers Scartzi (l'un des premiers gardes de Bacco qu'il avait appris à connaitre) en le questionnant du regard mais... Le masque qu'il portait sur la tête n'aidant pas à transmettre une question muette, il n'obtint qu'un regard pareillement interrogatif. Bon. Inutile d'être clerc pour deviner ce qui tracassait  Bacco, mais Nedru activa tout de même son pouvoir pour gagner du temps.

D'abord le lieu. Bacco regardait le Fabuleux, ancré un peu plus loin en mer. Cet endroit des quais était aussi précisément celui où ils avaient tenus une discussion « à cœur ouvert » auparavant. Nostalgie, de toute évidence, mais pas seulement.
Puis le corps. Les oreilles, bien que plus lestes qu'hier, étaient légèrement tirées en arrière. Ce seul signe aurait pu suffire mais le pouvoir continua ; la queue était trop basse, légèrement courbée vers l'interieur. Son visage avait été lavé rapidement mais il portait des vêtements propre. Les mains de Bacco se tordaient l'une dans l'autre, doucement, sans force, mécaniquement. De la culpabilité mais de la volonté.
Les yeux de Leto avaient retrouvé un certain éclat confirmant cette impression. Ce n'était même pas de la peur, alors qu'il aurait légitimement pû en être transi. Mais ce n'était que l'impression d'avoir mené Guilio a la mort qui dominait. L'impression d'avoir mal agi avec Mirius même et d'avoir été la cause de ce désastre. L'impression, enfin, d'être désormais le seul gouverneur et de n'avoir rien accompli de bien pour mériter ce titre.
Son pouvoir continua a détailler sans s'arrêter, tandis que Nedru commentait ;


Vous n'y pouvez rien. Je vous aiderais du mieux possible.
Je sais... Mais je me suis trop reposé sur toi.

Cette phrase avait quelque chose d'inquiétant. Mais le pouvoir rassura les craintes du Gris ; Bacco avait l'intention de s'investir en tant que gouverneur comme il ne l'avait jamais fait. Tant mieux. Cela pourrait lui donner moins de travail, s'il continuait de suivre ses conseils.
Puisque cela ne lui coûtait rien, Nedru se fit humble.


Je comprends que vous vouliez vous occuper seul du reste. Je n'étais pas présent et... J'ai aussi ma part de responsabilité dans ce qui s'est passé. Si Dèz avait été là, ou même moi... Plus rien ne me pouss...
Non non ! Je ne te demande pas de t'en aller.

Je sais... Nedru se garda de sourire. C'était si facile ! Si follement amusant ! Les individus sont si faibles !

Nedru aurait aimé en rester au stade de la scène suivante ; touchantes déclarations de principes dictées au vent et à la mer, promesses de ne plus jamais faillir et de se montrer fort... Tout cela était bien beau...

Mais le Gris avait d'autres loups à fouetter ; Nicos devait mourir de faim et c'est aujourd'hui qu'il devait lui indiquer le plan pour s'échapper, ainsi que de quoi calmer son appetit probablement dantesque. Un peu plus tard, Bacco lui glissa qu'il pouvait prendre congé (n'était-ce pas incroyable comme ils se comprennaient aujourd'hui ?) et le jeune homme ne se fit pas prier. Empruntant de quoi faire des petites courses auprès du maître d'hôtel de Bacco, il fit quelques emplettes en promenant un rustique sac de chanvre, dans lequel il plaça bientôt des gros quartiers de viande, deux bouteilles de vin, une demi douzaine de pommes de terre et pour s'amuser, un petit pot de beurre. Nicos avait peut être le sens de l'humour après tout ?
Il glissa finalement dans le sac un mot contenant l'heure et la trajectoire de retour pour que l'assassin puisse s'enfuir du Royaume avant d'enfin se mettre en route, direction l'étrange puit. Ceci réglé, il avait prévu de recevoir en audience quelques mécontents mais Bacco avait assuré pouvoir (et vouloir) s'en charger. Il lui faudrait toutefois passer en revue les miliciens et s'assurer que tout allait bien du côté des tâches dont son gouverneur venait d'hériter, un travail quelque peu … sensible. Et déterminant. Il fallait espérer que Dèz l'aide là dessus.

Le Gris passa un certain temps à trouver l'endroit qu'il cherchait. Comme pour le plupart des déplacements qu'il voulait garder secret en ville, il devait s'assurer de semer le ou les espions qui le suivaient un peu partout. Parfois, il se contentait de les surprendre, de se diriger droit sur eux et de les prendre au collet en les sommant de dégager. D'autres fois, son pouvoir lui permettait d'élaborer des ruses. Il fallait admettre que ce Royaume, s'il n'était pas très efficace pour le meurtre et le mensonge, formait des espions assez redoutable. Notamment parce qu'ils agissaient comme des enfants ; en surprendre un ne signifiait pas qu'on pouvait le mettre à mort et il était courant que ces derniers reviennent quelques minutes après pour rententer leur chance. Les capturer permettait de faire pression sur un adversaire en l'accusant de mauvaise foi, et d'intrigue impardonnable, tout au plus. Pour certains, comme ça avait été le cas avec Lupini, cela portait ses fruits. Cette fois ci, Nedru se contenta de fixer celui qui le suivait d'un air entendu, le temps qu'il fasse demi-tour.

Ceci étant fait, il s'engagea dans l'une des ruelles menant au dédale du puit et s'amusa à noter que d'infimes griffures permettaient de suivre l'itinéraire pour retrouver l'endroit. Raison pour laquelle il se trouva rapidement dans la petite cour poussiéreuse, notant une fois de plus la configuration étrange de l'endroit. La lumière y semblait plus terne, et plus jaune à la fois, comme sur une photo délavée. On était censé pénétrer dans le vieux puit par une échelle qui pendait à l'intérieur. Une margelle aménagée indiquait que cet accès n'était pas censé être un secret.

Mais ... pourquoi ? Y avait-il des traces ici ? Sur la fine couche de terre constituant le sol de l'endroit, se détachaient assez nettemment des empreintes. Un examen un peu attentif et un pouvoir d'analyse efficace permettait de déterminer qu'il rapidement s'agissait de fines empreintes de pas d'humanoïde. Vu la taille, ce ne pouvait pas être Nicos. Et merde ! Nedru se figea, ne sachant plus que faire. Si on le trouvait là, avec l'assassin du gouverneur... D'un autre côté, les empreintes indiquaient la présence d'un seul visiteur et Nicos devait pouvoir venir à bout de n'importe qui facilement. Harcelé par deux sentiments contradictoires, le Gris ne savait plus que faire.

Pour commencer, Nedru fouilla au fond du sac puis récupéra le mot indiquant au loup la trajectoire à suivre pour s'enfuir et le glissa sous sa chemise, avant de dissimuler ses emplettes sous un tas de petit bois. Finalement, faisant confiance à ses talents de diplomate et de menteur, le Gris prit la décision d'y aller. Et puis... Nicos avait peut être besoin d'aide et la dernière chose que souhaitait le jeune homme serait de se faire l'ennemi de la Chasseuse. Aussi aggripa-t-il  les barreaux métalliques de la vieille échelle, descendant lentement au fond du gouffre aménagé aussi discrètement que possible.

Il attérit doucement au fond et laissa ses yeux s'accoutumer à la pénombre. Au fond du couloir, il savait qu'il trouverait une porte en bois couverte de champignons et de moisissure. Et derrière, Nicos et son visiteur, sans aucun doute. Le jeune homme marchait sur des oeufs, contrôlant sa respiration et les battements de son cœur. Tout était silencieux.

Lorsqu'il passa la tête par l'ouverture de la porte mal fermée...

Son corps entier se crispa. Dos à lui, les bras en l'air, un homme rabattait précautionneusement sur son visage un masque en bois ovoïde. A côté de lui gisait la dépouille du grand loup. Nedru s'écarta de l'ouverture pour calmer la vague de haine et de dépit qui venait de l'envahir, tandis que dans la pièce d'à côté, on entendait Dèz ranger un masque dans son sac.

Il n'y avait plus rien à faire. Nedru échauffauda à toute vitesse un plan, une excuse. Mais il ne pouvait pas utiliser son pouvoir si Dèz utilisait ses masques. Peut être pouvait-il le tuer, maintenant qu'il avait remis Big Smile sur son crâne ? Non non non, cela ruinerait tout ! Que pouvait-il faire ? Quelle idée stupide que de venir ici !

Finalement... Nedru entrebailla délicatement la porte.


Dèz !

L'intéressé se retourna maladroitement, en tendant ses paumes vers l'avant, avant de répondre d'un air rassuré. Nedru aurait aimé évité de le regarder de face pour empêcher son pouvoir de s'acharnet à détailler la composition de l'objet qu'il portait sur la tête, mais cela s'avéra impossible... Tant pis.

Renard ! Qu'est ce que tu fais ici ?
Je suivais la trace de l'assassin de Guilio.
Il était là...

Il désigna le corps derrière lui et Nedru feint de sursauter.

Tu l'as... tué ?
Oui... Il dormait et... C'était un criminel. Je n'aurais pas pu l'arrêter à la régulière. Je  …

Cette phrase laissée en suspend laissa la placé à un silence gêné.

Tu comptais l'affronter tout seul ?
Mon pouvoir aurait pu aider, oui.
Ce mystérieux pouvoir !.. Allons nous en si tu veux bien ?

Le marchand de masque ne semblait pas ravi d'avoir tué et il prit la route en titubant légèrement. Soit c'était un très bon acteur, soit... il était trop perturbé pour ne pas croire Nedru sur parole sans poser de question. Mais allez savoir... Le londonnien hésitait encore à le tuer lorsqu'il parvinrent en haut du puit. Saphy n'aimerait pas apprendre cette nouvelle. Elle risquait de s'en prendre à Dèz et la mort de ce dernier ferait perdre trop d'influence au Gris au sein de la ville.  

Eliminer Saphy, alors ? Plus tard, peut être. Pour l'heure, Nedru fit mine de féliciter Dèz et tous deux se congratulèrent sur l'idée qu'ils avaient eu en suivant les renseignements qu'on leur avait donné ; Nicos s'était enfui vers l'ouest en arrivant sur les quais et s'était évaporé au beau milieu de la ville. Dèz avait suivi la piste, fermement décidé à venger la vie détruite et ruinée de deux innocents.

Nedru n'avait jamais pris en compte l'idéalisme de Dèz dans son plan. Il considérait que cet être était comme lui, qu'il était un potentiel rival dans l'intrigue et un amoral par choix. Il avait même soupçonné que le marchand de masque aurait compris son plan dès l'exécution de ce dernier. La vérité était différente ; le noir était plus droit qu'il n'y semblait et moins calculateur. Après tout, ce type n'avait pas l'air méchant. Ou alors, il avait placé en la personne du Gris une confiance particulière qui l'empêchait de penser aux évidences ? De l'amitié ?

L'imbécile ! Ahah ! Dire que Nedru s'était méfié !


Tu comptes annoncer que tu l'as tué ?
Pourquoi pas ? Tu préfèrerais t'attirer cette gloire ? De la provocation, à nouveau. Ce petit se reprenait vite.
Non pas du tout ! C'est juste que... Vu la façon dont est perçu le meurtre ici... J'aimerai autant que tu ne sois pas considéré comme un criminel non plus.
On n'aurait pas pu l'arrêter ! Tu as vu la taille de Nicos ? Et il venait d'un autre Royaume ! Il jouait les idiots alors je n'ai rien soupçonné mais... Sa façon de bouger était parfois bien trop parfaite.
Sans doute, oui ! Mais j'ai besoin de toi maintenant et la peine de mort n'existe pas ici. Le meurtre de sang froid risque de... Te causer des problèmes.
Et donc à toi. Il ne perdait pas le nord... Nedru n'eut pas à jouer la comédie pour souffler d'un air agacé ;
Oh, ça va ! Je fais de mon mieux pour que les choses se passent bien c'est tout !


Dèz ne répondit pas mais hocha finalement la tête sans grande conviction. L'information mettrait du temps à fuiter, c'était déjà ça de pris. Tant que la Chasseuse ignorait le sort de Nicos, tout irait bien.

Après cela, les jeunes homme passèrent ensemble une grande partie de la journée. Dèz ne semblait pas plus heureux que ça à l'idée de devoir rester dans le Royaume toutes les nuits, mais Nedru lui assura qu'il suffisait qu'il soit là un jour sur deux, voire un jour sur trois, tant qu'il restait disponible chaque fois qu'il était nécessaire.


Il y a un moyen pour moi de te joindre dans le monde réel ?
Non. Réponse ferme et définitive.  
Ca va devenir compliqué alors...
T'auras qu'à me dire quand venir quelques nuits d'avance. Tu anticiperas.
Génial...
Excuse moi mais ! On est là depuis des mois et ce...  Royaume commence à me filer la migraine.
Mais on a fait tellement de choses ! Et maintenant, ça va continuer d'avancer, tu vas voir on va se marrer !
Parles pour toi... J'essaye de suivre toutes les petites intrigues mais... Pff, c'est pas mon truc. On a fait ce qu'on voulait non ? On a « conquis » le machin. On peut pas juster laisser la main maintenant ?
Non ! Ce Royaume est paisible et accueillant ! J'ai envie de le rendre important. Si je devais un jour marquer Dreamland, ça pourrait pas être autrement.
Aha tes rêves sont plus ennuyeux que ce que je pensais ! Nedru répondit au rire du marchand en dissimulant son mépris. Il lui répondit, presque en s'excusant ;
Pourtant, tous les enfants rêvent d'une ville idéale. Une fois adulte, les philosophes rêvent à des utopies. C'est quand même un sacré projet !
Oui, admettons. Je reste ici parce que je suis intrigué. Le jour où on s'est croisé, je me suis douté que tu ferais des choses intéressantes !


Ah ? C'était le moment idéal pour poser une question qui lui brûlait les lèvres depuis un moment. Souvent esquissée, Nedru ne l'avait jamais formulée en insistant assez pour que le marchand daigne répondre. Aujourd'hui, il était certain qu'il saurait.

Je t'ai trouvé bizarre le jour de notre rencontre d'ailleurs... Tu m'as suivi... précipitamment. Et tu m'as donné un masque qui me va bien sans me connaître. Il y a une raison à tout ça ?
Ah ! Aha, ouais... La Dead Weed. Je t'ai reconnu quand je t'ai croisé dans les plaines.

Ah ? La curiosité de Nedru s'échauffa au quintuple, au centuple même ! Qu'avait-il vu ? Est-ce qu'il tuerait Dèz, plus tard ? C'était absurde, il l'aurait éliminé depuis longtemps... Alors ?

Héhé, tu dis plus rien ! Même pas en rêve mon pote, tu sauras pas ce qu'il se passe quand je meurs ! C'est à moi, rien qu'à moi.
Aah ! Non c'est trop injuste ! Tu aurais mieux fait de te taire ; tu dois continuer maintenant ! Il jouait les effarouchées et Dèz rétorqua en riant ;
Ca t'apprendras à toujours vouloir tout savoir.

Ponpon choisit ce moment pour sortir du sac et approuver vigoureusement, d'un air hautain. Après avoir été agacé par le dédain du Voyageur vis à vis de ce qu'il entreprenait, Nedru se rappela pourquoi cet individu était captivant. S'il fit mine de rouspéter, il n'en fut pas moins satisfait intérieurement ; son règne se passerait bien.

Lorsque le canard Jerome, garde chasse de son état, croisa les deux lurons, il s'indigna dans ses bourrelets ; les Voyageurs trâmaient des choses louches, leur bonne humeur était indécente ! Nedru rectifia leur attitude et après s'être raclés la gorge, ils se comportèrent par la suite avec gravité.
Après avoir rendu visite à une grande partie des entrepôts des marchands de la ville et vérifié qu'aucun ne détenait des stocks d'essence de vie illégaux, Nedru disparut finalement dans un petit bruit caractéristique d'une bulle crevant la surface de l'eau.
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MessageSujet: Re: Ménage à trois [solo] Mar 18 Nov 2014 - 22:25
26 février, 07h, Londres

Une main sur son réveil, Nedru contemplait son plafond d'un air interrogatif tandis que son autre main lui défroissait le visage. Putain de merde ! Le masque de Dèz avait une influence trop néfaste sur la perception que Nedru se faisait de l'individu pendant la nuit. Lui faire confiance ? Il n'y avait personne de plus dangereux que lui dans le Royaume ! Et il avait tué Nicos de sang froid bordel !

Nedru alluma ses téléphones pour constater qu'il avait reçu un message de la part de Simon, l'un des suspects dans l'affaire de la balance. Il prit le temps de faire ses quelques assouplissement, de se doucher et de prendre un petit déjeuner frugal avant de lui répondre.

Il resongea à sa nuit. Et Matt dans tout ça ? Ca faisait longtemps qu'ils ne s'étaient plus vus. Nedru se doutait qu'il viendrait en aide à Ed Free, qui avait l'air plutôt dans la panade ces derniers temps... Ca devait le tenir occupé. Dommage. C'était un allié de choix, plus facile à contrôler que Dèz, tout aussi efficace, moins dangereux pour lui... Il avait peut être eu tort de le tenir éloigné de sa conquête ; il aurait sans doute fait un bon capitaine de la garde. Quant à l'autre, le Kaijin... Il ne venait plus vraiment, faute d'action et à cause de l'éparpillement des milices.

Une tasse à la main, Nedru regarda la ville qui s'éveillait. En face de lui, des points de lumières naissaient ou disparaissaient sur la facade des hauts bâtiments blancs qui masquaient le soleil levant. Certains passants couraient, souvent les même, jour après jour. D'autres se promenaient d'un pas fade et fatigué, poussant l'anonymat jusqu'au costume des robots d'aujourd'hui ; veste noire, manteaux noirs, chapeaux noirs. Jean bleu, parfois. Ceux qui osaient sortir du lot étaient tous connus du jeune homme ; cette femme dont le manteau turquoise réhaussait le surpoids qui semblait marcher sans but. Un hippie en dreadlocks, enjoué et matinal. Là bas, ce monsieur vouté, ici cette femme qui ne se couvrait jamais assez, là bas cette famille qui partait ensemble tous les matins à la même heure. Tout au bout, après le troisième croisement, le kiosque était déjà ouvert et une antique fumée s'en évadait dans la fraîcheur de l'aurore.

Le jeune homme posa sa tasse en continuant de dévorer du regard ce fourmillement. C'était sa rue, son quartier, sa ville. Oh ces gens ne lui inspiraient rien de particulier ! Chacun avait le droit à son lot de haine, de mépris, de respect ou de sympathie, des cadeaux donnés sans raison et pour le simple plaisir de donner mentalement une personnalité à un inconnu en se basant sur les trois cent mètres qu'il parcourait chaque matin devant chez lui. Mais le jeune homme aimait savoir qu'ils étaient là, que des pièces d'une grande machine s'ébranlaient consciencieusement sous son regard, vivant une vie banale ou tragique, prêts à affronter les drames de la vie ou encore le quotidien et la routine, ces pervers criminels.
Ces inconnus lui donnaient le sentiment qu'il avait l'infini sous les yeux, des multitudes d'esprits aux comportements variés dont il pourrait peut être un jour voir la déliquescence ou le providentiel changement, autant de vies à toucher, à comprendre, à modeler ou à briser. Car si ces gens ne lui inspiraient rien de concret, il n'en enviait aucun. Ils étaient comme les pièces d'un jeu ou les abeilles d'une ruche tandis que lui faisait partie de ceux qui, sortant une main du néant, disposent ces choses banales pour en extraire les fruits. Il était fait pour ça.

Comme un terrain d'entraînement ou de jeu, Dreamland lui avait montré l'étendue de ses capacités. Il pouvait contrôler la vie d'individus, ses ordres étaient respectés et ses hommes récompensés. Il pouvait tirer profit de toute cette vie, s'amuser des émotions qui les traversaient... Sans conséquence facheuse. Pas de prison, pas de perte de rang social.

Finalement, Nedru baîlla en massant sa nuque avant de tirer les rideaux et de préparer ses affaires de cours. Ce n'est qu'une fois dans la rue qu'il s'arrêta, les mains dans les poches, pour contempler les fenêtres illuminées qui le toisaient. Même d'ici, il restait supérieur. Pourquoi ?
Parce qu'il le savait. Personne n'avait jamais profité de lui sans qu'il en donne lui même l'autorisation. Il n'y avait presque aucun souvenir dont il eut pû rougir, aucune farce douloureuse dont il ne se soit vengé en centuple, aucun affront qu'il n'eut lavé, en public ou non. Ceci suffisait, à ses yeux, à la hisser au sommet. Une vie sans regret est une vie vécue parfaitement. Selon lui, sa vie était parfaite.

Il reprit sa route et se rendit, pour de bon cette fois, aux cours de la matinée.
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MessageSujet: Re: Ménage à trois [solo] Ven 5 Déc 2014 - 20:22

Et bien finalement, tout le monde s'accommodait de ce petit remaniement ! Nedru multipliait visites et entretiens pour se rendre compte que le peuple semblait avoir « remis les compteurs à zéro » pour ce qui est de compter le nombre de jour de Bacco au gouvernement. A leurs yeux, on passait d'un règne à trois à un règne au gouverneur unique, la donne était donc tout à fait différente. Le très sobrement nommé « gouvernement des Trois » avait pris fin, se plaçant en tête du classement des gouvernements les plus longs de ces dernières années. Bacco, lui, tiendrait sans doute moins longtemps, mais il s'appuyait sur des bases solides qu'il n'avait pas l'air de vouloir modifier (il avait, semble-t-il, déjà déjoué le complot d'une troupe de troubadours huppés).

Et puis, il y avait les Voyageurs n'est ce pas ? Nedru s'amusait à entendre se développer les rumeurs sur lui et son capitaine de la milice. Il est vrai qu'ils avaient invités d'autres arpenteurs de rêve à venir profiter des charmes de la cité, de temps à autre, et même qu'ils en avaient repoussés d'autres, des dégénérés qui harcelaient physiquement toutes les femmes aux apparences de chat, de lapin ou de souris. Parfois héros, parfois mécréants, s'ils inspiraient des sentiments divisés ce n'était que rarement de l'indifférence.

Ainsi la vie poursuivait-elle son cours sans que les habitants ne s'insurgent face à la monotonie de règne ; ils avaient trouvé de nouveaux jeux. Nedru était ravi de constater que, si Bacco venait à tomber malade, il lui suffirait de nommer temporairement une sorte de « régent » pour que soit considéré comme mis en place un nouveau gouvernement. Il se gardait sous le coude un certain Monastario, blaireau militaire, intelligent et tout à fait disposé à gouverner d'une main de fer sur la cité un jour ou l'autre.

Pour un peu, il se serait ennuyé... Seul amusement notable ; réguler le commerce de l'essence de vie  assez subtilement pour enrichir l'ensemble du Royaume dans sa globalité sans attirer la convoitise de quiconque. Et former des alliances, bien sûr...

Sur ce dernier point, il y avait enfin de quoi faire. Le premier enjeu ; l'alliance avec le proche Royaume des Deux Déesses que projetait de sceller Nedru et qui s'annonçait sous de ravissants hospices. Se convertir en camp de réfugiés ne conviendrait pas à la population dans un premier temps, mais les choses pouvaient changer ! Nedru voyait Bacco s'intéresser progressivement quand il évoquait les richesses voisines et il serait bientôt mûr pour lancer son Royaume vers un réel « international » onirique.

Le Royaume des chats, de son côté, continuait encore de refuser la plupart des paiements en or mais son alliance avec Kazinopolis changeait peu à peu la donne ; ils auraient bientôt des stocks assez conséquents pour profiter pleinement et appauvrir sans guère de scrupules, croyaient-ils, le Royaume du 16ème Port. Aussi les négociations se portaient-elles relativement bien.
De ce côté, le seul point noir restait Saphy. Grâce au rôle qu'il avait joué dans une certaine bataille de la Table Pentagonale, Nedru avait obtenu une audience auprès de la Lady Bottée mais celle-ci avait été ferme ; la Chasseuse ne reviendrait pas sans s'être dûment amendée et le Renard fut obligé de confirmer les renseignements qu'elle détenait ; oui, pour l'heure, elle continuait d'être mêlée à des affaires louches... Mais rien n'était prouvé ! Ne cherchant pas à se compromettre plus que nécessaire, il n'avait rien pu obtenir de plus.

Et la Chasseuse n'était pas ravie. Elle ne voulait pas se mettre à la retraite, même deux petites années, pour pouvoir bénéficier de ses anciennes grâces au palais des chats. En outre, Nicos avait disparu sans donner de nouvelles ce qui, à ses yeux, accusait le Renard. L'assassin avait peut être pu échanger quelques mots avec sa collègue avant sa dernière mission, auquel cas elle savait que Nedru était censé être responsable de son évasion ? L'un et l'autre restaient évasifs en abordant ce sujet, cherchant à obtenir de l'autre plus qu'ils ne voulaient donner. Les conséquences de la tention entre leurs relations étaient d'importance ; le Pot-au-Lait devenait peu à peu moins efficace et disponible qu'avant.

Mais les choses iraient bien, il était confiant. Bacco avait besoin de lui, et peu à peu, la ville entière avait besoin de Bacco. Distribuer si efficacement la richesse faisait de lui une sorte de suprême dealer, respecté et protégé par ceux qui en profitaient le plus. Et le mieux restait à venir !

A côté de tout cela, la visite qu'il devait faire aux Cavalis l'ennuyait quelque peu. Oh! Il s'amusait d'avance de leur déconfiture après qu'un des leurs ai tenté de l'assassiner ! Ils seraient courtois, ils avaleraient avec difficulté le venin qu'ils lui consacraient... Et lui, et bien... il s'amuserait à appuyer où cela fait mal, à abuser tranquillement de sa position dominante pour tester leurs réactions... jusqu'au point de rupture peut être ? pour finalement leur concéder la banalité qu'ils demanderaient. Une vicieuse mesquinerie, certes. Mais après tout, ne voulait-il pas les voir mourir ? Etre amusants de leur vivant était un bon point pour eux, autant qu'ils profitent de lui faire cet effet.

Malheureusement... Euk ! Des chevaux. Quel que soit l'angle par lequel il le prenait, Nedru n'arrivait pas à les trouver autre chose que parfaitement hideux et stupides. Un cheval humanisé, c'est répugnant... Et à leur contact, aujourd'hui il ne put s'empêcher de penser à sa dernière après midi passée avec Serena pendant qu'ils tentaient de faire valoir leur point sans intérêts et de le gâter veulement.
Cavalière émérite, elle avait plus ou moins forcé Nedru à assister à l'une de ses performances. Puisque c'était son hobbie... pardon, sa PASSION, il était peu probable que leur relation reste ce qu'elle était s'il lui avouait carrément n'avoir que du mépris pour ces bêtes idiotes. Elles paniquaient pour un rien, semblaient ne vivre que pour brouter de l'herbe... Comment pouvait-on avoir de la sympathie pour ces animaux ? Peut être que les cavalières confondent sympathie et pitié ? Et Nedru ne l'aurait jamais admis, mais ces machins lui faisaient parfois peur. Peut être sentaient-ils ses sentiments à leur égard ? Ils se braquaient constamment à son contact, mordaient ses doigts quand il voulait les nourrir, voir refusaient carrément de croquer ce qu'il leur tendait. Serena trouvait ça amusant. Nedru, lui...

Se tenait face à une famille de canassons qui n'était pas d'accord avec le taux dont étaient imposées leurs marchandises ! Ah ! Les misérables imbéciles. Le faire déplacer pour ça... Si c'était certes relativement injuste au regard des pratiques du secteur appliquées aux producteurs de produits similaires, la surtaxe avait été, pour le coup, décidée par Bacco. Il n'y avait pas grand chose qu'il puisse faire. Se montrer magnanime parce que le seigneur Leto avait voulu montrer l'exemple ;  « n'essayez pas de tuer mon conseiller et ami ? » et que, si le Gris changeait lui même la décrétale, les choses rentreraient dans l'ordre ?


Mais... Ôtez moi d'un doute... Vous avez bien essayer de me tuer, n'est ce pas ? Silence teinté de haine. Nedru posa sa cape sur ses épaules avant de s'en aller, prononçant d'un air entendu ; Je me demande où est le seigneur Lupini en ce moment ?Comme il doit envier ceux qui ne partagent pas son sort !..

Sentir les bouffées de haines dirigées vers lui lorsqu'il claqua la porte faillit lui arracher un léger rire. Les Cavalis l'ignoraient, mais c'était un bon point pour eux. Ils restaient encore légèrement amusants. Un roi ne l'avouera pas toujours, mais il a bien souvent cruellement besoin de boufons...
Or, à partir d'aujourd'hui, Nedru pouvait sans excentricité se considérer comme le seigneur de la ville. Cette pensée accentua son sourire, tandis qu'il retournait vers le palais d'un pas leste.
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MessageSujet: Re: Ménage à trois [solo] Ven 5 Déc 2014 - 20:42
10 mars, 19h 41, Londres

Deux semaines, voilà tout ce dont il eut besoin pour confirmer ce statut.
Nedru, enrichi par des informations vendues à un homme en prison dont il a déjà été question (et par d'autres, échangées à ceux prêts à prendre la relève de ce dernier) se hissait vers les sommets de sa gloire tant sur le royaume onirique que le monde réel. Il avait mené à bout des projets d'envergure souvent stressants et pouvait désormais souffler sans culpabiliser.

Raison pour laquelle il avait soigneusement rangé son appartement, lui laissant l'apparence d'une habitation de jeune étudiant aisé amateur de propreté. Exit les fichettes, les épingles et les croquis de créatures et Voyageurs, les arbres généalogiques et les schémas d'alliance... Il n'avait plus à se soucier de tout cela. Les choses se passaient comme il le voulait, sans heurts, comme une porte coulissante neuve et bien huilée que l'on pousse et tire à loisir, pour le plaisir de la voir fonctionner. Il donnait des ordres et ils étaient exécutés. Presque tout évoluait dans le sens qu'il avait espéré. Lentement, certes ! Le Royaume du 16ème Port n'était qu'à l'esquisse de l'âge d'or qu'il se promettait de lui offrir mais des couleurs encourageantes s'ajoutaient peu à peu sur la toile, à l'image des fortifications du côté Nord dont le début de construction n'avait soulevé ni soupçon, ni véto.

Aussi, ce soir, il n'eut pas le cœur de refuser à sa petite amie de passer visiter son appartement. Il n'y avait plus grand chose à cacher... Eteindre le répondeur et le mettre dans un tiroir pour éviter qu'elle n'entende quelque chose de déplacé, mais sinon... Voilà pourquoi ils étaient pour l'heure confortablement installés sur le canapé du brun, choisissant avec un semblant de complicité le film qu'ils regarderaient ce soir. Serena était parfaitement contre l'idée de regarder Zorro mais, Nedru insistant, elle céda finalement (plutôt par curiosité pour cette étrange et soudaine lubie).

Elle ne se priva pas pour lâcher au moment du générique un très jovial «c'était nul ! » accompagné d'un rire qui ne souffrait aucune justification. De toute façon, Nedru répondit à son sourire et approuva d'un air faussement gêné.
Ils trouvèrent plus de réconfort dans le diner, commandé et livré à domicile certes, mais choisi par la jeune femme cette fois-ci. Nedru eut beaucoup de mal à dissimuler le fait qu'il n'aimait pas la plupart des aliments  qui garnissaient son assiette, se confortant comme à son habitude dans l'idée que s'il n'aimait pas grand chose, c'était parce qu'il faisait partie d'une élite de fins gourmets. Mais il n'ignorait pas la mauvaise image que donne ce genre de comportement aussi fit-il profil bas, savourant avec plus de plaisir le vin posé entre eux, issu d'une cave française hors de prix quelconque de la connaissance de Serena.

Peut être sa garde était-elle baissée, peut être avait-il trop bu malgré lui... Il ne réalisa pas comment Serena avait fait pour sortir du frigo le dessert et s'en renverser dans la foulée la majeure partie sur elle. Lorsqu'elle sortit de la cuisine, partiellement couverte de framboisier et l'air aussi malheureux qu'un chiot que l'on gronde, il ne parvint pas à s'empêcher de sourire largement, d'un air qui affichait à la fois l'amusement et la pitié désespérée. Il ne vit pas venir l'astuce... Serena eut la bonne idée de faire la moue avant de rire d'un air qui sonnait faux et de se frotter le doigt contre l'épaule.

-Tu en veux ? dit elle en arrachant un bout de crème à sa robe.
Mais avec plaisir.

Nedru suça délicatement son doigt sans la quitter du regard, pour le plaisir de voir sa réaction. Un haussement de sourcil qu'affichent les nobles dégoûtés et elle retira sa main en se détournant. Serena avait le mérite d'être joueuse.

-Moi qui pensais que tu étais civilisé !.. Je peux emprunter ta salle de bain ?

Nedru ne refusa pas, trop content d'éviter de manger ce dessert perdu ; son ventre refuserait d'avaler  n'importe quoi d'autre. Il débarrassa la table aussi vite que possible afin de pouvoir pianoter rapidement sur son ordinateur en quête d'une nouvelle croustillante à se mettre sous la dent.

C'est dans cette position que Serena le trouva, une dizaine de minutes plus tard. Elle n'arborait plus qu'une simple serviette brune passée autour de la poitrine en guise de robe et ses pieds nus avaient étouffés le bruit de ses pas. Contrairement à son corps, ses cheveux étaient restés secs. Le jeune homme sursauta presque quand une voix dans son dos lui demanda ; "Je peux dormir ici ?"

Son cerveau réagit bien moins vite que dans le monde onirique. Alors qu'il se retournait, un brin contrarié, le spectacle qui l'attendait le laissa sans voix. Le temps qu'il réalise ce qui était en train de se passer, la serviette s'était doucement détachée, s'échappant d'une poitrine délicate avant de  glisser sur une taille fine puis de perdre toute structure au contact des hanches, basses et agréablement rondes. Tandis que le tissu finissait sa course sur le sol, Nedru sentit que son corps s'échauffait légèrement et il aurait certainement rougit si ses joues avaient été capable de produire de tels phénomènes. Son esprit, lui cherchait un moyen de sortir de ce mauvais pas.

Il n'en trouva aucun et la main de Serena qui le guidait jusqu'à la pièce d'à côté ne lui laissa aucun répit. Il lui fallu se résigner. Serena dormirait là. Il l'embrassa doucement, tout en pensant presque par vengeance aux fois où il avait croisé la blonde dans le monde des rêves et à la façon dont il avait étudié son comportement onirique pour parvenir plus aisément à la séduire. Dans un sens, il aurait dû s'attendre à un tel comportement de sa part, étant donné ce que l'absence d’inhibition pouvait déclencher chez elle. Il s'était bien trop relaché...

Serena l'empêchait désormais de s'écarter, une main passée sur sa nuque, le corps pressé contre le sien. Nedru avait glissé une main dans le dos et se rendit compte qu'elle avait la chair de poule ; il ne fait pas bon de rester trempé dans un appartement de Londres -fut il agréablement chauffé- en plein hiver. Comme pour le mettre à égalité, elle lui ôta son T-shirt, toujours en forçant ce contact, cette proximité charnelle accompagnée de baisers qu'appréciaient de moins en moins le Gris.
Jamais Don Juan, voilà une science qu'il maitrisait mal malgré quelques conquêtes passées et expériences plus ou moins enrichissantes. Voir sa petite amie si entreprenante le contrariait ; il se sentait diminué.

Elle se glissa soudain sous les draps en un éclair, laissant Nedru seul sur le pas de sa porte. Il se dirigea comme par reflexe vers ses rideaux pour les tirer d'un geste ample. S'engouffrer dans une pièce en ayant à l'esprit l'idée de faire une chose intime ne lui était pas un sentiment parfaitement étranger. Simplement, ce qu'il y faisait était différent. Il devait peut être au Royaume du 16ème Port la vigueur de tels automatismes. Nedru aurait sans doute parcouru la pièce du regard pour chercher un endroit où dissimuler des espions ou un mur tronqué s'il n'avait pas vécu si longtemps dans cet appartement. Il ferma la porte derrière lui sans la claquer, laissant l'unique rai de lumière qui passait là créer une source lumineuse ténue qu'il jugeait propice.

Ôtant son pantalon, il se glissa dans son lit pour retrouver le contact doux et chaud de la jeune femme. Cependant, son esprit était ailleurs, tandis que leurs mains s'exploraient silencieusement, rythmées par quelques claquements de lèvres marquant les baisers les plus fougueux. Il lui faudrait éviter de s'endormir la chair et l'esprit trop marquée par de tels sévices, faute de s'éveiller dans Dreamland au mauvais endroit. L'analyste du monde onirique explora le corps de Serena comme on marque la carte d'une bataille ; s'il gardait l'offensive, sa conquête ne remarquerait aucun comportement suspect.

Une obscure association d'idée lui fit songer aux Royaumes qu'il aurait peut être pu tenter de dominer et avait choisi d'ignorer. L'association se fit plus évidente alors qu'il passait en revue les lieux où règne le vice tandis que les caresses mutuelles se faisaient plus téméraires. Les respirations courtes étaient désormais entrecoupées de gémissements mal contenus et la chaleur sous les draps était étouffante. Le 16ème Port l'avait peut être habitué à tant de chaleur car il lui semblait que son corps n'était guère moite en comparaison de celui de sa partenaire. Soit ça, soit Serena appréciait l'endroit où l'avaient mené ses efforts pour ne pas avoir à croiser son regard.

Il ne chercha pas à lutter lorsqu'elle se déplaça au dessus de lui, la patience brisée. De son côté, ses pensées étaient ordonnées et son corps moins éprouvé ; la cavalière perdrait sans nul doute cette bataille. Malgré tout, sa condition physique n'était pas aussi bonne sur ce lit que dans le monde vers lequel il le faisait voyageur et Nedru eut toutes les peines du monde à accompagner les reins de Serena au rythme qu'elle imposait. Il ne dû son salut qu'aux Cavalis qui se mêlèrent à ses pensées au moment propice.

Qu'il ai gagné ou perdu, son corps ne lui laissa guère d'autre choix que de s'endormir beaucoup trop rapidement, d'abord loin de Serena en quête d'un morceau de drap frais, puis, les secondes s'écoulant, contre son corps aux veines palpitantes.
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MessageSujet: Re: Ménage à trois [solo] Sam 6 Déc 2014 - 16:11


Deux nuits ? Trois nuits du Royaume du 16ème Port mais...


Une nuit passée à l'écart de son Royaume.
Une seule de ses nuits.
Une seule petite nuit de rien du tout.
Une nuit perdue dans un Royaume décadent, à cause d'une petite amie entreprenante.

Jamais Nedru n'admettrait que la faute lui incombait. Qu'il s'était absenté par faiblesse.
Qu'il avait été imprudent surtout. Qu'il avait mal contrôlé Bacco. Qu'il n'avait pas anticipé ses réactions. Qu'il n'avait pas vu que ce bouffon puisse être rongé par une folie des grandeurs imprévisible.

Une folie, oui ! La folie.
Il n'y avait pourtant eu aucun véritable signe avant coureur. Pas d'obstination, de silences, pas de paroles proférées à des miroirs. Pas de fatigue nerveuse, pas de perte de poids, pas de regards vraiment déplacés, pas de changement flagrant dans ses habitudes.
Ce qui l'avait rongé l'avait fait doucement, s'installant en lui à la limite de son champ de conscience, jusqu'à l'envahir totalement pour enfin, d'un seul coup, en prendre pleine possession et réduire à néant son pacifisme, son immobilisme crétin pour le transformer en créature creuse, assoiffée, dont la cupidité démesurée avait provoqué la ruine. L'agneau s'était changé, non pas en loup, mais en monstre.

Comme Lupini en son temps, Bacco avait perdu l'esprit. Ceux qui l'avaient accompagné aussi. Nedru n'accepterait jamais cette évidence ; le Royaume du 16ème Port ne pouvait pas être changé. Il n'aurait pas pu l'être. Sa population avait elle-même créé la situation propice pour replonger dans sa fange originelle. Aucun de ses habitants ne pouvait supporter, mentalement, d'être à la tête d'une position aussi dominante.

La nuit que Nedru avait passé dans le Royaume du vice, Bacco l'avait passée à lancer ses troupes à l'assaut d'un Royaume voisin.

Et aujourd'hui, le 16ème Port léchait ses plaies. Bacco, destitué, humilié, ne serait bientôt plus qu'un mauvais souvenir. Les voisins, de potentiels partenaires amicaux, étaient désormais hostiles. Une réaction légitime après l'attaque qu'ils venaient de subir. Une attaque ! Par ces miliciens débiles et ce troupeau de soldats incompétents ! Qu'avaient-ils cru, bon sang ?! Qu'ils avaient la moindre chance ?

Le Royaume des Deux Déesses ne s'était pas défendu avec une égale maladresse. Leurs soldats étaient meilleurs.
Leurs éléments individuels étaient meilleurs.

Saloperie d'Ed Free !

Dire qu'il l'avait aidé ! Qu'il s'était donné du mal ! Qu'il avait pris des risques pour lui !
Et que recevait-il en échange ? La venue de l'homme au panneau de signalisation, ce preux héros du monde onirique ? Sa visite de courtoisie avait définitivement balayé les miliciens si durement rassemblés. Sa garde, chichement formée. Le signal « cédez le passage » avait brisé autant de volontés que d'os. Simples représailles, simple avertissement. Mais déjà beaucoup trop pour une ville comme celle là. Quand un Voyageur aussi célèbre et puissant vous dit « arrêtez ou je me fâche », vous n'avez pas le choix.

Le Gris, chassé de son ancien repaire par une foule en colère qui avait investi les lieux, avait été forcé de s'enfuir pour se réfugier, pour se terrer comme un déchet dans la rue la plus miteuse et déserte de la cité-Etat. Il avait fui ! Il avait essuyé de insultes bon sang ! Proférée par cette vermine qu'il contrôlait aussi facilement qu'un peintre étale la gouache sur sa palette. Ils avaient osé le moquer ! Lui donner la chasse ! Lui jeter des pierres !
Prostré, vaincu, il dirigeait lentement ses pensées, son amertume et sa haine sur les responsables de la destitution de son gouverneur. Une rengaine le tenaillait, écoeurante.


Tout ça pour ça ? Il s'était donné tout ce mal..
Pour rien ?

Cette idée lui était insupportable, Nedru ne pouvait s'empêcher de se secouer d'avant en arrière, dans un état nauséeux. C'était un cauchemar. Un horrible cauchemar. Tout ce qu'il avait tenu entre les mains s'écoulait, brisé, anéanti, comme un tas de ruines calcinées. Libérés des contraintes de la pression psychologique qu'il devait maintenir en permanence, son cerveau et son pouvoir se perdaient entre les conséquences de sa défaite et les sévices à infliger à ceux qui en étaient la cause.

Trouver Bacco, et le tuer une fois, puis une autre fois, et une autre fois encore. Noyade puis déshydratation du corps, puis incinération ? Fallait-il baigner son corps dans du sel après l'avoir tailladé ? Serait-ce seulement suffisant ? Et après ?

-K̷̭͓̮̞͇̖̘̗͚̮̗̐̅̃ͬ̐̑͠ͅi̵̵ͧ̓̅͌̆̏̄̅̓̑̃ͥ̏̌̔͂ͬ̊̉͘͝͏̘̩͉̯̟̺̪̬̯l̷̗̼͎͓̯̱̲̜̻̺̳̤͍͚͂ͣ̊ͅlͨ͐̽͊̈́̌̾͛̀̈́ͣͧͪ̂҉̡̛̳̝̪̣̫͖͓̰͙͓͚̝̤̖̳͔ ͗ͩ̋̀͋ͮ́́̀҉̻̫̥̥̩̮̦̥͙̘͍̺̳͎̰̀t̸̴͍̼͍͑̍ͤͣ̅͋͋̈́͛̀̍̋̿̌̆͛͢ͅȟ̌͒̇̆ͭͤͭ͌̀̚͝҉́͏̦̥͉ȅ̢̧̝͍̜̪͓͈͙͙̼̣̟͖͈̓ͪͪ̓ͧ̎̚͢ͅͅ ̴̴̨̨̲̟͙̰͔̞͈̹̟̰̮̤̲͓͍̱̎͗ͬ͊ͧͥͭ͌͜ͅF̨̰͇͕̥ͦͤ͂ͧͧ͗ͧ͞r̷̵̰̤̝̖͕̝͍͛̈́ͬͭ͛͒͛̆ͨ̅̾̊ͪ͂̿̀ȩ̴̖͚̯̘̭͎̖̳̻͇̖̘͇̙͈̇̃̿̒̐͒̊́̃͂̽͒̆͢͝ē̴̶͓̮͖̭̮̝͊ͮͭͫ̆ͧ͐̐ͣ͐̄ͫ̓̎̒͠.

Cette pensée avait été formulée avec une acuité sereine doublée d'une puissance inébranlable. Comme si des milliards d'idées et d'images s'étaient assemblées pour créer un réseau finement tissé, au centre duquel se tenait cette simple conclusion. Il fallait tuer Ed Free. En temps normal, peut être, l'enfant Etol aurait questionné la venue d'une telle idée et la façon dont elle s'était formulée dans son esprit. N'y avait-il pas là un forme de réflexion primitive, mécanique, quasi mathématique, qui lui était étrangère ?

Sans doute. Mais la partie de lui qui se chargeait de s'inquiéter de ce genre de débordement et de les réguler était désormais morte.

Son pouvoir avait pris le dessus.
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Ménage à trois [solo]

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