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Imaginaerum [PV Alan Kesey - Rennes]

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MessageSujet: Imaginaerum [PV Alan Kesey - Rennes] Imaginaerum [PV Alan Kesey - Rennes] EmptyLun 17 Déc 2012 - 20:17
Tous les matins, six heures sonnaient et les yeux d’Evey Luce papillonnaient, les yeux pas encore agressés par les rayons du soleil, la pénombre hivernale encore bien installée dans son cocon nommé Rennes. Un lieu parfait pour elle, loin du chaos parisien et pas trop éloigné pour regagner ses terres et retrouver les siens. Le charme de cette ville l’avait sublimée, le climat n’était ni trop chaud ni trop froid pour elle et ses ruelles intimes loin de la foule lui avaient montré son prochain nid : une petite boutique d’un ancien antiquaire et au-dessus, un petit appartement.

En un mot : idéal. D’un naturel patient, Evey avait fini la partie paperasse dont la France raffolait pour elle ne savait quelle raison.

En quelques allers et retours entre Paris et son nouveau coup de cœur, le bail signé, la chambre des commerces mise sens dessus dessous pour sa boutique, enfin, Imaginaerum, magasin de décoration, réparation et antiquaire avait enfin ouvert ses portes.

Début décembre, l’anglaise avait déjà fait entendre parler d’elle surtout pour son habileté à réparer de vieux mécanismes, les montres à gousset existaient encore, chéris comme des trésors de famille. Son challenge favori était les petites horloges ouvragés avec des mécanismes à figurines animés et heureusement, Noël approchant, un jeune couple était venu lui demander ses talents justement pour une petite horloge dont les petites ballerines ne dansaient plus.

Evey avait beaucoup travaillé sur ce projet et une fois à Dreamland, elle profita du calme des Plaines pour se ressourcer et profiter de la vue sur les rêveurs épris de liberté. N’étant pas dupe, elle savait que beaucoup de créatures voyaient en les voyageurs des graines de chaos voire de violence gratuites. Plus d’une fois, elle surprit les chevaux l’épier et agréablement pour le faire de rester calme et paisible comme cet endroit. Evey était la première heureuse de voir qu’une région de Dreamland ressemblait à quelque chose de réel mais qui l’aidait à réfléchir ou au contraire, se vider de toutes ses journées de labeur.

Les voyageurs… Evey évitaient le contact avec eux mais ne se privait pas d’accueillir parfois quelques nouveaux venus dans le royaume des doutes. Elle ne savait pas grand-chose mais sa douceur faisait que la confusion qui reflétait les pierres s’estompait vite. Les autochtones n’avaient non plus rien à lui reprocher. Le Dreamag n’avait aucune ligne à lui consacrer. Une voyageuse sans histoire qui gardait bien à l’abri ses pouvoirs hormis les rares dangers qui pouvaient pointer le bout de leur nez.

Ce matin, Evey était heureuse. Une nuit sans histoire et surtout, la réparation de l’horloge était achevée.

Encore dans sa nuisette blanche, elle flânait en lisant un peu du Jane Austen avec pour compagnie des toasts beurrés, de la marmelade et une tasse de thé.

Ayant fini un chapitre, Evey finit son petit-déjeuner et fila droit dans sa salle de bains pour se débarrasser des dernières brumes de sommeil, la condensation envahit rapidement la pièce et se savonna le corps svelte, sa peau devenue douce avec le temps, parsemée de ses petites imperfections qui arrivaient à la faire sourire. Chacune avait son histoire et souvent était le résultat d’un combat pour les siens, une maladresse. Oui, elle souriait même aux souvenirs les plus douloureux. Un entraînement dur mais efficace pour profiter de la vie.

Enfin, elle coupa l’eau et ne se dérangea pas le moins du monde pour le froid qui l’enveloppait. Rapidement, elle épongea son corps à l’aide de sa petite serviette rouge et le mit au sale pour la lessive à faire le soir.

Sept heures sonnaient, plus qu’une heure pour l’ouverture mais se réservait la première demi-heure pour tout ranger et préparer ses habits faits par ses petites mains : un joli corset blanc aux motifs fleuris gris foncé et argent et pour cacher sa poitrine et couvrir ses bras, elle sortit une petite chemise écru aux manches évasées sobres. Pour la jupe, Evey était hésitante mais s’offrit la fantaisie d’une jupe noire mi longue et fendue pour lui permettre d’être libre de ses mouvements, des bottes fines couvrant ses cuisses et dans sa recherche, elle trouva une paire de collant blanc cassé.

Ses cheveux étaient secs, certaines boucles domptées par quelques barrettes argentées, sa queue de cheval rehaussée, Evey Luce était parfaite pour ce jour important : remettre sa commande en pensant à l’heureux propriétaire de ce bijou restitué dans sa grandeur passée. Si tout était voué à l’oubli, l’anglaise était persuadée qu’un sursis était appréciable pour tous.

Sept heures et demi, Evey s’engagea dans l’escalier conduisant vers son atelier en arrière-boutique en s’accrochant à la rampe, méfiante envers sa maladresse surprenante. Sur un établi, l’horloge dormait derrière une petite housse protectrice qu’elle ôta du bout des doigts tandis que son autre main trouva l’interrupteur pour éclairer la pièce. La robe du bois poli et laqué scintillait timidement, puis, Evey se saisit de la clef à remonter la pendule faisant résonner une petite musique brève pour la demi sonnée et s’endormi en attendant les huit heures tant attendues pour montrer que les petits rats de l’opéra vivaient toujours.

Joyeusement, la petite commerçante prépara un peu son étalage de création et alluma les décorations de Noël. La ruelle était si tranquille qu’elle ne pouvait se refuser de lire un livre purement français, du Voltaire.

Au contact de la couverture en cuir du livre, une impulsion lui prit sans comprendre d’où elle venait : Evey s’avança lentement vers l’entrée de son magasin et ouvrit le loquet en tournant sa pancarte signalant que c’était ouvert.

Normalement, personne n’entrait à cette heure. En silence, derrière sa caisse faisant jonction à l’arrière-boutique, Evey se plongea dans l’univers de Micromégas.
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MessageSujet: Re: Imaginaerum [PV Alan Kesey - Rennes] Imaginaerum [PV Alan Kesey - Rennes] EmptyMar 18 Déc 2012 - 3:03
Le jour était bien loin de se lever quand, au prix d’une violente grimace, Alan ouvris les yeux. Il n’émergea réellement qu’une poignée de minutes plus tard, alors que son esprit cherchait à faire le lien entre les différents évènements auxquels il était confronté. D’abord, quelque chose lui couvrait le visage et le jeune homme manqua de s’étouffer en s’imaginant enterré vivant. Une des peurs primaires commune à tout être humain et dont il est impossible de se débarrasser. Ensuite, il y avait cette lumière inondant la pièce, brûlante et qui n’avait aucune raison d’être là. A ce stade, Alan était assez perturbé pour que des sueurs froides coulent le long de son échine. Et en plus de ça, ce bruit assourdissant aux origines indiscernables. Un genre de musique incompréhensible et à la tonalité épouvantable. Sa gorge se serra comme prise dans un étau, son cœur s’emballa et il vit défiler le générique de fin de son existence. Un casting ridicule, des dialogues pathétiques et une fin… Oh, mieux vaux ne pas mentionner cette fin tout juste risible par son niveau d’insignifiance.

Mais soudain, la bande s’enraya et l’image se figea sur les bêtisiers de ce court métrage interminable et fastidieux - tout fait en une seule prise s’il vous plait. Le générique avait pris fin, les rares spectateurs encore présents étaient désormais comateux ou décédés, sinon pire. Du visage de notre lamentable héros, un livre glissa doucement. (« Le croque-mort à la vie dure » disponible aux éditions Points et recommandé par votre libraire adoré. « Hitchcock Sewell, le croque-mort le plus sexy de Baltimore. ») De chaudes larmes coulèrent sur un coussin déjà humide de salive quand Alan sentit que la vie s’insufflait à nouveau en lui. Une véritable résurrection. Un miracle ! Et alors que le jeune homme se relevait d’un bond, les écouteurs de son mp3 tombèrent de ses oreilles et enfin Ultra Vomit cessa de gerber un flot d’insanités sataniques. Alan regarda autour de lui, retrouvant ses marques, ses repères et son calme, tandis que son cerveau se débarrassait peu à peu du coton dans lequel il s’était embourbé.
Le réveil n’affichait que cinq heure et demie. Le prix à payer quand on s’endort en lisant, philosopha un Alan dépité, débité. A l’aveugle, il débarrassa son lit de tout ce qui l’encombrait, à savoir une boite de cookies – éternelle compagne – une bouteille de coca – son illustre bras droit – son livre, son baladeur et une paire de chaussettes. Le tout tomba lamentablement aux pieds du lit où trônait déjà une impressionnante collection de boites vides. Le régime alimentaire d’Alan ? On ne peut moins sain… Alors certes, son lit ressemblait moins à un padoque, mais avec toutes ces péripéties, le jeune homme ne voyait pas Morphée lui ouvre les bras chaleureusement. Et bien soit, au moins, aucun risque d’être en retard, positiva Alan. Non, c’est une blague. Un test pour voir si me suivez, après tout Alan est positif, nous ne sommes pas loin de l’ultime oxymore. A la place, il resta fidèle à lui-même et grogna, ronchonna, bouda, jésus (le narrateur s’excuse), et marmonna en puisant dans toutes les maigres forces qui lui restaient encore pour se hisser sur ses deux jambes. A sa défense, il s’était endormis vers quatre heure seulement, une heure c’est sommes toutes assez peu pour prétendre à quoi que ce soit de constructif. Même à quoi que ce soit tout court.

Alan se traina misérablement jusqu’à la douche dans laquelle il fit tomber un puissant jet d’eau brûlante. Fort heureusement, son corps amorphe ne réagit pas et après s’être savonné avec l’énergie d’un paresseux en pleine période post hibernale, il sortit et s’avachit sur son canapé sans même prendre le temps de se sécher. Il dégoulinait partout, mais, honnêtement, il n’en avait vraiment rien à foutre. Après un moment qui sembla durer une éternité, Alan daigna enfiler un caleçon – à l’endroit ! – et rampa plus ou moins jusqu’au frigo pour y échouer gracieusement. Le zombis se saisit alors d’une bouteille de jus de fruit coincée entre six litres de coca et porta le goulot à ses lèvres avant d’en avaler le contenu d’une traite. Traitement de choc oblige. Célibataire accomplis, Alan écrasa le carton et le projeta au fond de la pièce, à plus d’un mètre de la poubelle ciblée.

- Fait chier bordel de merde, se gargarisa-t-il pour commencer la journée sur de bonnes bases.

Il frissonna alors et pris la décision salutaire de poursuivre sa quête de la décence. Trois essais infructueux plus tard, Alan parvint à enfiler un pantalon. Dix minutes plus tard, ce fut au tour du t-shirt gris de circonstance. Et après un laborieux combat contre lui-même, un copieux petit déjeuné composé exclusivement de cookies et une danse de la victoire que le Narrateur passera sous silence, Alan était fin prêt pour une nouvelle aventure en librairie, avec pour compagnie des clients plus débiles à mesure que Noël avançait. Une sorte de calcule mathématique, une courbe vertigineuse. Une descente au Tartare…

Avec la joie qui caractérise un apprenti libraire, Alan déambula à travers les rues pour rejoindre son lieu de travail situé à quelques dix minutes de chez lui. Fort heureusement, le jeune homme avait pris en compte l’énorme poids des valises qu’il trainait sous ses yeux et calcula avec une marge d’une heure. Il commençait à dix heure, donc tout semblait allez merveilleusement bien dans le meilleur des mondes.

- Putain de bordel de couilles ! On est mercredi ! Je boss pas le mercredi !!!! éructa Alan sous le regard médusés des rares passants qui purent le contempler jeter rageusement un chapeau imaginaire au sol avant de le piétiner avec férocité.

Cette illumination, il l’avait eu à peine trop tard. A seulement deux cents mètres de la librairie. Mercredi Alan, ton jour de repos, oui… De repos. Ce dont tu as l’air de manquer cruellement. Cruellement pour nous à qui tu imposes ton comportement de sauvage ! Véritable monstre de foire, Alan s’en alla sous les regards lapidaires de ceux qu’il avait osé troubler. Une fourbe plaque de verglas se glissa entre le sol et son pied et força le jeune homme à se contorsionner dans une position telle que Dame Nature en eu l’estomac retourné. Le jeune homme marqua mentalement un nouveau palier en terme de douleur tandis qu’il se remettait de ce grand écart imposé.

Cela dit, il était inconcevable pour l’égo d’Alan d’admettre une erreur totale et il ne s’était pas habillé pour rien ! Pour être précis, Alan avait oublié de mettre une veste malgré la température négative, mais c’est un détail technique qui réclame une certaine indulgence. Ainsi donc, Alan prétexta une commission de la plus haute importance et pénétra dans la première boutique qui s’offrait à lui. Dans la mesure où sa démonstration de colère l’avait quelque peu égaré dans de petites ruelles sordides, son choix était fort limité.

Le carillon résonna gaiement lorsqu’Alan poussa la porte de la petite boutique. Un son cristallin rapidement écrasé par l’aura ténébreuse qui entourait le démon. En tout cas, c’est ainsi que cela se passa dans son esprit embrumé. Il y avait un nombre incroyable de choses ici, jugea ce dernier en sentant une migraine se pointer insidieusement. Mais migraine n’était pas venue seule, il y avait avec elle une armée de maux qui se jouaient déjà du corps qu’on leur jetait en pâture dans l’arène. A Rennes.

- Ave Caesar, morituri te salute ! lâcha Alan, perdu dans ses pensées obscures.
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MessageSujet: Re: Imaginaerum [PV Alan Kesey - Rennes] Imaginaerum [PV Alan Kesey - Rennes] EmptyDim 23 Déc 2012 - 0:23
Micromégas. Sans doute aux yeux d’Evey une des premières œuvres de science-fiction que le Siècle des Lumières ait pu porter à l’esprit humain. Plus que de la philosophie, de l’aventure, l’image de fiction cachant la vérité révélée seulement aux initiés : ceux qui savaient non seulement lire mais aussi interpréter et comprendre, digérer et assimiler.

En un mot : s’éclairer.

Le temps passait si vite pourtant. Toujours aucun client. Les étoffes, les poupées fragiles, les boîtes à malice, les mobiles pendant au plafond scintillaient de reflets dorés puis argentés des menus décorations qu’Evey s’était motivée à mettre en place. Elle n’aimait pas les éclairages fantaisies agressifs mais ceux-ci étaient enchanteurs et pour une fois, elle consommait pour son plaisir personnel. Le pieux se met toujours à pêcher de temps en temps, et que Dieu lui pardonne après confession.

Alors que le Seigneur pardonne mon envie de couvrir mon monde d’or et d’argent pour mon prochain, pensa-t-elle en fermant le livre en mettant le ruban à la dernière page lue.

Elle s’étira puis réajusta tranquillement ses manches évasés couvrant bien ses poignets fins, son col était un peu serré et l’air dans la pièce était doux, assez pour oser céder deux boutons nacrés ne découvrait que sa gorge. Toujours armée de son livre fétiche, l’anglaise décida qu’il était temps d’une tasse de thé, un thé russe pour se réveiller était parfait en cet instant.

La magie de l’eau chaude, du thé noir aromatisé au zeste d’agrumes… Un régal pour les sens. Dans l’arrière-boutique, elle mit la bouilloire en marche et entendit sonner les neuf heures dans un ballet enchanteur, le mécanisme fonctionnait à la perfection. Il ne fallait que quelques avertissements pour les propriétaires et un peu d’huile pour que les entrailles de cette merveille ne se grippent plus.

Les remous éclaboussèrent joyeusement et Evey prépara sa tasse en porcelaine bleue au bord argenté, prit sans même regarder la boîte de thé russe, se souvenant parfaitement que chaque chose était à sa place et armée d’une petite cuillère, son filtre universel à la taille de la tasse et versa la dose juste.
Les aromes vinrent rapidement chatouiller son nez dès la rencontre sublime entre l’eau et les feuilles séchées mais un tintamarre interrompit rapidement l’orchestre sensoriel et Evey, comme à son habitude, soupira avec le sourire sans se décourager et ceci porta ses fruits : la clochette de la porte tintinabula.

Enfin, son premier client.

Toute contente, toujours les mains encombrés, Evey sortit rapidement de l’arrière-boutique faisant claquer ses bottes contre le parquet. Elle sourit, heureuse de l’accueillir.

- Bienvenue cher…Kiaaaaaa !!

Oui, un client mais imaginez juste Evey devant par surprise devant une créature amorphe, l’œil vide rehaussé de lourdes valises, ceci sans veste à la taille normale mais plus imposante que notre chère amie ? Cette dernière et ne put contenir son cri de surprise face à l’aura écrasante de son hôte, ni son manque d’équilibre à ce moment précis. La tasse de thé de la main droite et le recueil de Voltaire de l’autre, ses pieds s’emmêlaient, la faisant tomber à plat ventre vers la caisse, les fesses bien à l’évidence mais l’attention de la tenancière allait droit vers la tasse encore en suspens dans l’air et la rattrapa de justesse…laissant le contenu chaud se déverser sur sa main.

- Oh my… grimaça Evey, ses racines revenant au galop à l’appel de la douleur.

Son visage derrière son rideau de cheveux dorés cachait heureusement son mal, ses lèvres happant le plus rapidement de l’air comme si cela l’aidait pour reprendre ses esprits. Et pourtant, sauver la face à ce moment était impossible : ses fesses étaient bombées, révélant ses jambes heureusement voilées, les deux malheureux boutons cédés à l’aide traitre de son corset laissant une petite fenêtre sur sa poitrine alors qu’elle essayait de se relever.

- Ex…excusez-moi, arriva-t-elle à articuler, chassant la première mauvaise image de son hôte.
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MessageSujet: Re: Imaginaerum [PV Alan Kesey - Rennes] Imaginaerum [PV Alan Kesey - Rennes] EmptyMar 25 Déc 2012 - 3:54
Une heure de sommeil en moins, c’est une poignée de neurones arrachée au scalp encore à vif d’un Alan passablement contrarié. De la même façon, c’était un ton en moins à la couleur spectrale de sa peau. Son cerveau, trahis par la fatigue, filtrait toutes activités constructibles ou encore susceptibles de conduire vers une conversation un tant sois peu intelligente. De fait, outre des grognements éloquents et des grossièretés non moins fleuries, Alan n’était guère en mesure de s’exprimer avec le brio qu’on lui connait. Pour être exact, il se différenciait tout juste du primate sous-développé qui le répugne tant. Hagard, presque vaporeux, Alan observa les lieux autour de lui. Il ne savait pas trop ce qui le poussait à rester ici, et d’un autre côté il n’avait aucune raison de sortir. Dans la rue, le vent se ruait sur les passants, se jetant sur eux comme un vampire pour pomper leur énergie vitale jusqu’à n’en laisser que des loques à moitiés humaines. Voilà l’excuse expliquant son état de léthargie proche de la mort cérébrale. Le sommeil, c’est pour les gamins. Mais face à la puissance dévastatrice de l’hiver rennais, nous sommes tous égaux.

A travers la brume, le jeune homme ne voyait que des formes étranges, des formes biscornues. C’était comme entrer dans la caverne d’Ali Baba après que les Quarante Voleurs se soient offert une orgie bestiale. En tout cas, Alan le voyait ainsi. Pourtant, à n’en pas douter et malgré la perspective que ce soient déroulés ici des abominations, c’était un lieu très agréable. L’atmosphère était légère, onirique. Il y avait une douce odeur qui flottait, à peine discernable, mais qui apaisait la migraine du libraire. Plein d’espoir, il chercha un sofa, un fauteuil ou une quelconque place où s’installer, où fermer un instant les yeux et recouvrer toute sa force. En vain. Cela dit, le parquet était très attrayant en lui-même. Fort heureusement pour l’Amour-propre, la Raison se rappela à Alan et le maintint dans une position d’homo erectus. Nous progressons dans l’évolution. Si Darwin voyait ça, ça lui trouerait sans doute le cul. Et si l’on poursuit dans cette voix, et selon des calculs très aléatoires, notre jeune libraire devrait atteindre le palier d’homo sapiens-sapiens à minuit moins une minute sur le calendrier de l’apocalypse. S’il y a un lien entre ces deux événements d’égale importance, votre estimé Narrateur est au regret de vous annoncer qu’il n’en sait foutrement rien.

Pour en finir avec la digression dont, vous l’aurez compris, votre Narrateur dévoué est si friand, revenons-en au dilemme d’Alan. A vrai dire, le choix n’avait rien de cornélien, mais le jeune homme était bien peine alors de répondre à une question à choix unique. De facto, les tenants et aboutissants de la décision de quitter les lieux – ou d’y rester – le menaient droit vers de la flagellation psychique. Les efforts combinés d’une profonde réflexion et d’un bâillement remontant à l’antéchrist déformèrent son visage dans une expression mêlant stupéfaction et effroi. Seulement, qu’elle soit bénie du ciel de nous épargner plus longtemps cette vision d’horreur, quelqu’un vint y mettre un terme définitif. Tout d’abord, par le biais d’un martellement d’une paire de talons contre un parquet. Une mélopée qui manqua de terrasser notre intrépide libraire d’un seul coup. Imitant la grâce du hibou, Alan pivota sur lui-même pour déceler l’origine de cette violente agression, ses yeux injectés de sangs ouverts comme deux soucoupes sondant la terre avec un rayon laser destructeur. Votre zélé Narrateur aime la science-fiction et ne se prive pas de quelques références disséminées ici et là.

- Bienvenu cher…

En dépit de l’état de délabrement avancé qu’Alan affichait présentement, la jeune femme qui venait d’arriver termina son accueil chaleureux par un hurlement strident qui porta le coup de grâce à l’innocente créature qui s’effondra au sol, recroquevillée en position fœtale et prête à essuyer une tornade de violence. Non, Alan n’est pas une chiffe-molle. Alan est simplement très fatigué. Les nerfs à fleur de peau, il en fallait très peu pour le surprendre. Et ce cri l’avait traversé de pars en pars, sans égard pour sa petite personne.

Le plus cocasse dans cette histoire, si l’on peut dire, c’est la réaction de la jeune femme susnommée. Manifestement aussi effrayée qu’Alan de l’intrusion d’un homme en sa demeure, elle aussi se vautra au sol. L’idée d’avoir pénétré dans un appartement privé effleura alors seulement l’esprit d’Alan qui s’imaginait dors et déjà en cavale, une armée de policier à ses trousses, un chien dégoulinant de salive et s’appliquant à mâchonner un bout de fesse préalablement arraché, ivre de sang et prêt à le dévorer entièrement. Une lueur brilla dans son regard. Celle que voient les condamnés dans le couloir de la mort.

Réflexes ninjas à l’appui, Alan se releva en premier et se mit en garde en observant l’assaillant avec méfiance. C’était visiblement une jeune fille un peu moins grande que lui et qui, dans sa position actuelle, n’avait rien d’effrayant. Mais, c’était peut-être là une nouvelle fourberie ! Car, comme de par hasard, la chute l’avait conduite à quatre pattes. Une position qui offrait à notre célibataire endurcis un aperçu du Nirvana. Rape me, rape me my friend…

- Avec plaisir, ne pouvait s’empêcher de penser le jeune homme.

Toutefois, il en fallait plus pour venir à bout du libraire. Il ne se démonta pas pour autant et essuya discrètement un filet de salive coulant le long de son menton du revers de sa main. Dans son regard, il chercha à placer un missile Singler air/sol mais ce n’était pas gagné. Surtout quand il fut contré par deux obus. Ainsi donc, la jeune femme n’avait pas qu’une arme à sa ceinture… Tout était dans la suggestion, le non-dit. L’évoqué. Tu as des armes ? Regarde, moi aussi ! Bref, une course à l’armement digne de l’URSS et des Etats-Unis pendant la Guerre Froide. Entre projet Manhattan et conquête spatiale, Alan se perdit dans d’énièmes divagations. La jeune femme bombarda Cuba la première :

- Ex… Excusez-moi…

Alan se demanda s’il avait affaire à une personne incapable de finir une phrase ou s’il s’agissait à nouveau d’une mesquinerie. Une chose, en plus, lui avait échappé. L’expression de frustration de son hôte qui s’était alors trahis. Seulement, l’expression banalisée n’heurta pas les sens émoussés du jeune homme. Nul doute qu’il n’aurait pas remarqué d’avantage une expression allemande, russe ou espagnole. Avec tout le respect que le Narrateur doit à Alan, vous êtes en droit de douter sérieusement de ses facultés à remarquer l’explosion d’Ivy King à ses pieds.

Spoutnik à échelle relationnelle, le libraire se lança dans le territoire inconnu d’une discussion claire :

- Bon… Bon, bon, bon…

Ce n’était pas gagné, n’est-ce pas ?

- Pourriez-vous me dire l’heure qu’il est, s’il vous plait ? Dressant son poignet nu, Alan indiqua son désarroi temporel. Il n’y avait qu’à espérer que cet endroit était bien une boutique… D’ailleurs, si en plus de cela il vous semble possible de m’informer sur l’endroit où nous nous trouvons, je vous en serais grès.

Voilà, un effort de concentration intense – pour s’exprimer clairement bien sûr – lui valut une perte de sang. De sa narine en effet s’écoulait un mince trait rouge. Pourtant, figé dans une sorte de sourire, Alan fit de son mieux pour paraître avenant et sans danger. Parfois, il faut savoir reconnaitre sa défaite avant la bataille et une guerre contre cette jeune femme, qu’il étudia plus longuement de la tête aux pieds, ne pouvait s’avérer fructueuse.

- Bonjour au fait ! cria-t-il presque enfin, ultime preuve de son savoir-vivre.
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