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Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan]

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Alice Sauvebois
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MessageSujet: Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] EmptyDim 25 Nov 2012 - 23:59
Elle fixait la peluche posée sur l'établi en face d'elle. Elle y travaillait depuis une semaine, mais elle était enfin terminée et elle était magnifique. La créature tenait du griffon, du loup et du corbeau. Les yeux du rapace était d'un or pur, chaud et brillant, ses ailes d'un noir ombré d'un bleu brillant, douces et délicates, empreintes de majesté. Majesté que le corps du carnassier soutenait avec vigueur, exhibant ses proportions parfaites enveloppées d'un pelage en velours sombre et soyeux. Le bec de l'oiseau brillait d'un éclat d'obsidienne, se reflétant dans les griffes de son corps canins, à la lueur de la lampe penchée comme une fleur au dessus de sa tête. Ses doigts pâles et fins effleurèrent les tissus et les broderies ornant le corps de sa création. Cinquante centimètres de long, trente de haut, plumage façonné à la main, fil par fil, plume par plume, un tissu et un motif pour chaque marque sur le pelage, un travail de titan qu'elle achevait enfin.
Un sourire passa sur ses lèvres alors qu'elle posait la tête dans le creux de son coude, sa main passant toujours sur le dos ferme de la créature. D'épaisses cernes cerclées ses yeux clairs, soulignant d'autant plus leur pâleur. Elle dormait peu et encore moins depuis cette nuit. Cette nuit où elle avait découvert cet endroit étrange : Dreamland, et avec lui, un tas de questions ennuyeuses. Qu'allait-elle faire là bas ? Jusque là, elle s'était contentée de ne pas bouger de là où elle atterrissait. Du moins, autant que faire se peut. Il fallait dire que c'était un lieu parfois hostile et elle avait déjà du se défendre plus d'une fois, en utilisant, entre autre, ce que le monde onirique lui avait offert en cadeau de bienvenue : un pouvoir bizarre, mais efficace, dans l'art de la chasse aux nuisibles.
Elle releva la tête légèrement, levant le regard vers le plafond de l'atelier. Pouvait-elle seulement les nommer nuisible ? Elle savait à peine ce qu'ils étaient. Certains s'avéraient être des créatures locales, apparemment, et leurs diversités ne faisait aucun doute. Les autres êtres peuplant ce monde étaient des humains... Enfin, des âmes humaines plutôt. Dans ces derniers on comptait deux groupes, les rêveurs, parfaitement inoffensifs et souvent victimes collatérales des catastrophes provoquées par la deuxième catégorie : les Voyageurs. Ces dernier avaient dans leur rang une quantité absolument hallucinante de fous furieux. Donnez à un Homme une allumette, il vous cramera une forêt, donnez-lui le pouvoir de contrôler le feu sous toutes ses formes et vous obtenez un psychopathe fasciné par ses capacités et prêt à annihiler un monde entier pour en mesurer la force.
Alice appartenait désormais à cette dernière catégorie, mais elle n'avait pas encore perdu l'esprit pour autant. Pour le moment et depuis cette fameuse nuit, en réalité, elle pensait. Elle se demandait ce qu'elle allait faire de cette deuxième existence et du pouvoir qui lui avait été confié et jusque là deux choix s'étaient offerts à elle. Le premier lui conseillait de ne rien en faire, à part survivre et profiter simplement de ce vaste et merveilleux univers en toute tranquillité. Le second, au contraire, se manifestait par un impérieux besoin d'avancer. Quelque chose dans sa tête, dans tout son corps, semblait lui crier de rejoindre un point précis dans le paysage, comme si quelque chose là-bas l'appelait, et au fur et à mesure que les nuits passaient, l'appel devenait plus fort encore. Cette deuxième option, elle le savait, aurait forcément des conséquences sur la suite. Elle ne pourrait pas suivre ce puissant instinct, trouver cette chose qui le titiller tant puis retourner à sa passivité habituelle. Non, si elle avançait, si elle faisait le premier pas, il n'y aurait aucun retour possible. Elle serait inévitablement embarquée d'évènements en évènements vers un destin obscur, inconnu et incroyablement excitant.

Alors qu'elle réfléchissait, ses paupières commencèrent à se clore pour maximiser sa concentration. Quand elle les rouvrit, ce n'était plus la lumière chaude de sa lampe, ni le vieil établi devant elle, mais des taches brillante coulant sur un univers vert et feuillu. Elle secoua la tête, regardant autour d'elle avec une légère nervosité. Elle était sur une branche visiblement assez solide pour supporter son poids, contre son dos, le tronc massif d'un arbre, tout autour d'elle, ses feuilles qui bruissaient doucement sous une brise légères et parmi elles, de gros et lourds fruits à l'air juteux. Elle agita vivement la tête de gauche à droite, comme pour se réveiller, ce qui ne changea rien à sa situation, évidemment. Elle détestait la manie qu'avait ce monde de toujours la faire apparaître dans des endroits débiles et improbables. Pourquoi pas au pied de l'arbre, pourquoi sur une de ses branches ; au demeurant située suffisamment haut pour qu'elle n'ait nullement l'envie de risquer de se briser la nuque en descendant. Elle grogna, posa son dos contre le tronc et referma les yeux. Elle ne savait pas si elle pouvait dormir dans ce monde-ci, mais elle pouvait au moins se relaxer et profiter de l'atmosphère agréablement fraiche que lui offrait l'imposant végétal.
Enfin, elle aurait sans doute pu le faire plus d'une minute ou deux, sans compter sur la tendance notable des habitants de cet univers a atterrir de nul part dans les endroits les plus débiles qui puissent exister. Et un craquement sourd au dessus d'elle lui fit rouvrir les yeux et lever la tête. Elle eut à peine le temps de comprendre ce qui causait un tel raffut, que sa source vint s'écraser avec violence sur sa branche, en explosant le bout au passage avant de continuer sa chute plus bas.
Alice soupira, encore un débile. Mais alors qu'elle allait retourner à sa méditation, un léger bruit sec dans son dos l'alerta en même tant qu'elle sentit le bois sur lequel elle reposait pencher dangereusement en avant. Le con atomique qui venait de filer sous ses yeux avait endommagé les ramures qu'il avait percuté dans sa chute, et le poids de la jeune fille suffit à achevé son support, brisant sa base ; la laissant tomber, au sens propre comme au sens figuré. Un cri de rage, de frustration et d'impuissance s'échappa de ses lèvres. Quoique ce fieffé imbécile soit, si elle survivait, elle allait lui défoncer la face tellement fort qu'il devrait respirer par la gorge dorénavant !

Fort heureusement pour elle, moins pour la chose responsable de sa chute, le sol de la forêt dans laquelle se trouvait l'arbre était recouvert d'un épais tapis de mousse et de feuilles mortes qui suffit à adoucir l'atterrissage. Plus vive qu'un serpent à sonnette, la Voyageuse de la douleur se releva d'un bond, l'œil furieux et le souffle court. Elle fixait son presque assassin, ce dernier était par terre en face d'elle, ses longues ailes d'un noir de jais trainant dans les feuille de part et d'autre de son dos maigre. Ses oreilles étaient cachés sous la masse de cheveux emmêlés qui couvrait sa tête, impossible de dire ce qu'il était, mais une certitude rassurait Alice : Voyageur ou créature des rêves, peu lui importait, un type possédant un haut niveau et des ailes ne tombait pas dans les arbres, par conséquence, c'était un imbécile faible et elle allait pouvoir passer toute sa frustration sur sa gueule.


"Bonjour, enfoiré de merde..."

Trois mots sur un ton trop doux et mielleux pour être innocent, trois mots qui déclenchèrent trois fois son pouvoir alors qu'elle appuyait, avec lenteur mais fermeté, sur l'articulation d'une de ses ailes, y faisant reposer tout son poids, le bloquant à terre. Trois mots. Bonjour suffit à faire apparaître ses deux pistolets dans chacune de ses mains, l'autorisant à enfoncer doucement le froid métal d'Au revoir contre la tempe du malheureux. Enfoiré de merde, quant à lui, fit tomber dans un bruit feutré un godemiché en matière fécale fraîche à environ quelques centimètres de la tête de l'apprenti cerf volant.

"Maintenant, je te prie, petit con..."

Une fourchette sentant l'ail se planta tout près de sa main.

"... De bien vouloir me donner une bonne raison pour que je n'enfonce pas tes dents très, très, très profondément dans ta gorge. Crois-moi, je peux le faire et je le ferais, d'autant que j'en ai très, très, très envie. Alors, vas-y, je t'écoute, ou je t'assure que la prochaine insulte ne manquera pas sa cible.
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MessageSujet: Re: Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] EmptyLun 26 Nov 2012 - 11:40
Très exactement cent-quarante-sept. Voilà le nombre de branches qu'il avait percuté et rompu dans sa descente aux enfers. Un calvaire qui avait eu le mérite de lui démontrer que son corps n'était pas aussi fragile qu'il voulait bien le croire sans quoi il en serait mort. Ses ailes n'étaient pas étrangères à sa survie elles non plus, même si elles ne l'avaient pas maintenu en l'air très longtemps. Celles-ci étaient d'ailleurs en piteux état – et ce n'était pas peu dire - quand il finit par heurter le sol après cette chute interminable. Il se souvenait d'ailleurs s'être demandé avec une brève lueur d'espoir si son réveil n'allait pas sonner avant qu'il ne soit forcé de revenir sur terre de la plus brutale des manières. Ce n'avait hélas pas été le cas, même si le bilan s'avérait bien moins désastreux qu'il aurait pu le croire.

Il dénombrait moult contusions et ecchymoses, mais aucune qui nécessite des soins urgents. Les membres supplémentaires lui sortant du dos étaient sans doute ceux qui avaient le plus souffert de ce parcours d'obstacle boisé où il n'avait pu en éviter aucun. Les rétracter suffirait à ce qu'elles guérissent d'ici à ce qu'il ait à nouveau besoin d'elles. Ce n'était pas la première fois qu'il les esquintait dans sa fuite, aussi savait-il précisément quand il allait en recouvrer l'usage. Mais avant qu'il ait pu les faire disparaître, un poids qu'il n'identifiait que trop aisément à celui d'une botte qui pèse de toute sa masse se fit sentir. Ce ne pouvait pas être être le duo infernal à qui il venait de fausser compagnie – pas encore, tout du moins – aussi put-il aussitôt en tirer la conclusion qu'il n'avait fait que tomber de Charybde en Scylla.

Tomber, oui, c'était le mot. Ce trait d'humour resterait connu de lui seul, mais n'en acheva pas moins de lui miner le moral. Si lui-même se mettait à s'asséner des railleries en plus de celles qu'il devait déjà subir au quotidien, il ne faudrait pas longtemps pour qu'il considère son propre cas comme étant désespéré. Il n'est pas donné à tout le monde de choir d'une telle hauteur et d'y survivre, et il eut besoin de plusieurs minutes pour opérer la mise au point. Il était habitué à ce que l'on profère des menaces, et avait déjà connu plus convaincant. Son état second était trop avancé pour qu'il soit pleinement conscient d'être à nouveau en danger dans un si court laps de temps. D'autant plus que la raison fournie était cette fois bien moindre par rapport à ce qu'on lui annonçait d'ordinaire : elle n'avait de toute évidence pas l'intention de le tuer.

C'était suffisamment rare pour en tirer un certain soulagement – un constat accablant qui ne manqua pas de le dépiter. Le regard brumeux qu'il posait sur elle finit néanmoins par retrouver un peu de son éclat quand un discret sifflement se fit entendre au loin. Plutôt que de dévisager la jeune femme pour savoir à qui il avait affaire, il préféra donc lever les yeux au ciel et savoir ce qui causait un tel raffut. Qu'elle ne puisse l'entendre n'avait rien d'étonnant, son ouïe – ainsi que ses autres sens – s'étaient particulièrement affinés depuis son entrée dans Dreamland. S'il s'en était tout d'abord méfié, il s'était rapidement aperçu qu'il n'avait plus besoin de lunettes. Un net progrès qui aurait suffi à lui faire préférer le monde des rêves à sa triste réalité, mais là n'était pas la question.

Dans un réflexe digne des plus grands, il roula sur le côté après que cette fameuse aile grâce à laquelle elle pensait pouvoir le maintenir au sol ait cessé d'exister. S'il pouvait les faire jaillir, ce n'était guère étonnant qu'il puisse aussi s'en priver à volonté. Couvert de poussière, le garçon n'avait pas fière allure, sans parler des feuilles et brindilles qui avaient investi sa tenue de fond en comble. Mais au moins était-il en bon état état, si relatif que ce soit, ce qui ne serait plus le cas de la demoiselle si elle ne s'écartait pas très vite de ce qu'il avait estimé être un futur point de chute. L'idée de faire d'une pierre deux coups n'était pas pour lui déplaire, mais tout portait à croire qu'il en aurait encore été tenu pour responsable. Animé d'un soupçon de clémence, il ne put se résoudre à la laisser subir pareil outrage.

« Juste au-dessus de toi. » eut-il tout juste le temps de lui répondre.

Soren avait bien choisi son moment pour le lui annoncer, puisqu'il n'y eut dès lors plus besoin que d'une poignée de secondes pour que la « raison » susmentionnée tombe du ciel. C'était un coupable qu'elle voulait ? À présent, elle l'avait ! Le nuage de poussière soulevé au moment de l'impact l'empêchait d'y voir clair, aussi n'était-il pas en mesure de dire si elle s'en était sortie ou avait été écrasée sous la masse pachydermique du danger public lancé à ses trousses. Pour peu qu'elle lui en ait laissé le temps, elle aurait su qu'il ne faisait que tenter de lui échapper. La perspective de profiter de toute cette pagaille pour déguerpir était tentante, mais il doutait fort que ses jambes lui permettent d'aller assez loin que pour se dire hors de danger avant que son absence n'ait été remarquée.
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MessageSujet: Re: Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] EmptyMar 27 Nov 2012 - 15:28
Un Voyageur. Ce type était un Voyageur. Comment le savait-elle, sachant qu'il avait toujours les cheveux obstinément maintenus le long de ses tempes ? Très simple. En général c'était eux qui était capable de faire soudainement disparaître une partie de leur corps sans crier garde (ou de douleur). En l'occurrence, l'aile sur laquelle elle s'appuyait s'était brusquement volatilisée, laissant son propriétaire s'échappait d'une simple roulade sur le côté. Elle secoua la tête lentement, appuyant le geste d'un soupir indiquant qu'elle s'en fichait. Elle allait justement se retourner et partir dans le sens opposé, quand soudain, elle entendit le jeune homme s'adresser à elle :

"Juste au-dessus de toi."

Elle sursauta et, par réflexe, releva la tête vers les branchages. Avec horreur elle constata que deux ombres massives obscurcissaient encore d'avantage de le ciel. Poussant un juron fort disgracieux, elle se projeta en avant, atterrissant directement, et avec force, sur son infortuné "sauveur". Le pauvre, ce n'était vraiment pas son jour... Enfin, sa nuit. La seconde suivant l'atterrissage, un lourd et épais nuage de poussière enveloppa la zone. Alice ferma les yeux en toussotant. Elle non plus n'avait pas brillé de chance cette fois. Mais c'était plus ou moins un des commandements du Voyageur "Dans la merde chaque soir joyeusement tu te foutras, ou dans les profondeurs insondables et pleines de microbes de l'oubli tu finiras !" ou quelque chose dans le genre, certainement.

Quand la poussière retomba enfin, elle souleva à nouveau ses paupières, inspectant avec désespoir la scène s'offrant à elle. Deux types, dont un avec une sale tête de batracien, étaient totalement enchevêtrés l'un sur l'autre, comatant au sol comme deux gros mollusques bien laids. Elle fit la grimace avant de constater la deuxième part de la situation, bien plus inconfortable mentalement pour elle. En effet, elle était assise sur les genoux du voyageur aux ailes de corbeaux, pressée bien malgré elle contre son torse, qu'elle avait donc juste sous les yeux. Avec une promptitude qui la surpris, elle se releva d'un bond et recula de quelques pas, manquant de trébucher sur le tas d'immondices humains (ou pas tant que ça en fait) juste derrière elle. Ses joues étaient toutes empourprées, de rage, de honte ou de gêne, elle n'aurait su le dire et ce n'était pas vraiment son problème. Elle ne s'était jamais tenu aussi près de quelqu'un n'appartenant pas à sa famille proche, ou alors cela faisait si longtemps qu'elle était incapable de s'en souvenir. Cette proximité soudaine la troublait et ce trouble l'agaçait fortement. Elle aurait voulu le giflait, lui mettre son pied en travers de la figure, mais elle devait reconnaître une chose : il l'avait sauvée. En la prévenant de la chute impromptue des deux gros sacs, il lui avait épargné une mort douloureuse sous un tas de thons bien gras. En conséquence de quoi, elle ne pouvait pas vraiment lui casser la tête sans s'en vouloir vaguement par la suite. Elle soupira profondément, apaisant la rougeur de ses joues et retrouvant son calme, avant de poser sur le jeune homme ses yeux pâles emprunts d'une certaine quiétude, malgré l'expression farouche toujours imprimée au fond de sa pupille.


"Je te remercie, Voyageur."

Dit-elle doucement, d'une voix étrangement douce, même à son oreille. Est-ce qu'elle aurait été touchée par le geste idiot (mais tout de même gentil) de cet imbécile ? Possible, après tout, on ne pouvait pas dire que beaucoup de personnes dans sa vie, s'étaient un jour donnés cette peine pour ses beaux yeux, aussi infime et ridicule soit-elle. Elle inclina légèrement la tête pour le saluer et s'apprêta à faire volt face une nouvelle fois pour reprendre son chemin. Vers quoi ? Peu lui importait, tant que c'était loin des ennuis.
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MessageSujet: Re: Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] EmptyMer 28 Nov 2012 - 6:01
Il n'avait pas fait ça pour la sauver. Son seul but était en vérité de détourner son attention afin de pouvoir partir sans demander son reste. Les choses ne se passèrent toutefois pas aussi bien qu'il l'avait prévu dans la mesure où elle l'en remercia en se jetant littéralement dans ses bras. Une réaction inattendue de la part d'une personne qui, la seconde d'avant, projetait de le tuer dans d'horribles souffrances. Il n'eut pour sa part aucun geste à son égard, n'ayant songé qu'à ne pas être touché par cette compétition improvisée de lancer de poids lourds. Nul doute qu'ils venaient de rafler le premier prix, grand bien leur fasse. Cloué au sol, Soren eut bien du mal à s'en remettre. La jeune fille n'était pas si lourde que ça mais il manquait cruellement d'exercice physique et la soulever était au-dessus de ses moyens.

Par chance, elle finit par le faire de son plein gré et le laissa étendu au sol où il ne se remettait pas tant de ses blessures, superficielles pour la plupart, que de ses émotions. Le choc avait été rude et ne lui laissait que peu d'issues quant à la suite des événements. Au moment où elle fit mine d'incliner la tête vers lui, Soren n'était déjà plus là. Malgré le fait qu'il soit en train de ramper, il avait déjà parcouru plusieurs dizaines de mètres quand il s'aperçut que l'attention de la demoiselle était toujours tournée vers lui. Perclus de douleur qu'il était, avoir servi contre son gré de piste d'atterrissage avait manqué de l'achever. Par chance, l'instinct de conservation qui lui avait permis de rester en vie jusque là était encore intact et lui fit proférer ces quelques mots dans un râle d'agonie :

« Dois fuir... Pour survivre... »

Une réplique qui, bien que pusillanime, allait on ne peut mieux avec son état d'esprit. À défaut de pouvoir les affronter d'égal à égal, il préférait à tout prix sauver sa peau. En passant certes pour un lâche, mais pour un lâche vivant. Dreamland n'était peut-être qu'un monde imaginaire mais c'était aussi et surtout son exutoire. En être privé ne lui en laisserait aucun souvenir mais son équilibre mental serait affecté, c'était une certitude. Dans la mesure où il venait à peine de terminer son séjour en psychiatrie, il ne tenait pas à y retourner de sitôt. Sa peur était vaincue mais on ne pouvait en dire autant de ses nombreux complexes. Même s'il venait à périr, il était probable qu'une autre frayeur le ramène un jour ici pour lui faire commencer une nouvelle vie de Voyageur, sous l'égide d'un autre royaume.

Mais il n'en avait aucune envie.
Sa situation lui convenait parfaitement, à plus forte raison qu'elle lui permettait de voler – un des plus anciens rêves de l'homme, et un des siens également. Non, il n'y avait pas d'alternative. Il n'y avait ici qu'il pouvait être lui-même et se sentir vivre. Nul n'avait le droit de lui enlever ce privilège, et c'est la raison pour laquelle il luttait si obstinément pour rester en vie alors que ses détracteurs faisaient tout pour l'en empêcher. Un schéma qui se poursuivait depuis plus de six mois déjà et était tout ce temps resté inchangé. Vivre caché était le meilleur moyen de ne pas se faire repérer, mais il y perdait le droit de se servir de ses ailes. Un dilemme de chaque instant. Devait-il tenter de profiter de la vie – cette autre vie – tant bien que mal, ou se cacher pour la prolonger autant que faire se peut ?

Un choix cornélien qui n'avait jusqu'ici réussi qu'à lui porter préjudice. Les plus acharnés parmi ses poursuivants allaient même jusqu'à le guetter pour s'assurer qu'il disparaisse. Sans succès jusque là. Bénis soient les dieux de ces contrées onirique, pourvu qu'elles en aient. Sans doute était-ce le cas, ne fut-ce que dans certains royaumes qui avaient été jusqu'à établir leur propre religion. Voyager à visage découvert n'était pas envisageable et même doté d'un déguisement, il lui fallait prendre ses précautions. Malgré tout, la diversité ethnique qu'il lui avait été donné de rencontrer ce dernier semestre valait largement les risques encourus pour y arriver. Ce lieu n'avait de limites que celle que l'imagination voulait bien lui donner, et c'était là l'endroit rêvé – et c'était le cas de le dire ! - pour oublier ses tourments.

Seulement, tous ne l'entendaient pas de cette oreille. Stoppé dans sa fuite, Soren n'eut d'autre choix que de se relever non sans s'épousseter une fois de plus – en vain, au vu de la poussière qui s'était accumulée dans chaque pan de sa veste, mais c'est l'intention qui compte. Rendu à peu près présentable, il fit volte-face pour se tourner dans leur direction et avisa ce qui de son point de vue n'était rien de moins que la promesse d'une mort imminente. Trois Voyageurs qui, tous autant qu'ils étaient, avaient reçu un pouvoir de quelque Seigneur anonyme. Une capacité qu'ils maîtrisaient mieux que la sienne – ce n'était pas bien difficile – et donc apte à signer son arrêt de mort. Dans le meilleur des cas - et il doutait que celui-ci soit le bon - la fille prendrait sa défense ou se montrerait au moins assez courtoise pour ne pas le prendre pour cible.

« Ouais ouais, c'est ça. Remercie-moi si tu veux, mais moi je me casse. »

...Du moins était-ce ce qu'il aurait voulu dire, en lieu et place de quoi il prit la direction opposée pour la rejoindre. Puisqu'il le fallait, ils allaient se battre côte à côte... Ce qui se solderait par une défaite écrasante et une exécution sommaire pour peu qu'il ait vu juste. La plupart des individus lancés à ses trousses étaient en vérité des Voyageurs Killers, et il était peu probable que ces deux-là fassent exception. Juger les gens sur leur apparence n'était pas une science exacte mais avait tout de même un taux de probabilité assez surprenant pour détecter la lie de la société. Aussi pouvait-il en déduire qu'eux et leurs tronches de Néandertal n'étaient certainement pas des gentils. Rares sont les personnes qui ne reculeraient devant rien pour vous mettre la main dessus dans le seul but de vous donner une part de tarte. Tout était possible à Dreamland, mais il y avait des limites au surréalisme.

« Je suppose que c'est trop te demander de mourir à ma place pour que je puisse continuer mon petit bonhomme de chemin ? Tout ce que je te demande, c'est de te faire gentiment massacrer pendant que je file tranquillement me mettre à l'abri ! Non ? Bon... » 

Dans un réflexe qui lui aurait habituellement remis ses lunettes en place, il porta la main à son visage et en profita pour dégager ses sombres mèches de son champ de vision. Il aurait besoin de toute son acuité visuelle pour analyser la situation – de préférence dans le calme. Ce qui, à en croire les circonstances, n'était pas magné. Ce n'était pas la première fois qu'il se retrouvait confronté à une situation délicate, mais il commençait à manquer de moyens pour s'en sortir à si bon compte. Il avait épuisé toutes ses réserves d'astuces pour leur échapper jusqu'à présent et n'avait pas réellement eu le temps de se renouveler. Il lui faudrait toutefois s'en contenter, il n'avait plus guère d'autre choix que de rester. Autant tenter sa chance que d'être abattu d'une balle dans le dos en essayant de prendre la clé des champs. Ce n'était pas de gaieté de coeur qu'il vint se poster à ses côtés, mais plutôt regarder la Mort en face que de ne pas la voir venir.

Il déglutit péniblement tandis que son bras paraissait se disloquer pour muer en une puissante serre qu'il n'avait que récemment appris à maîtriser. Ce qui lui avait valu d'autres péripéties et aurait pu l'affubler d'une brûlure au dernier degré si le soleil n'avait pas filtré par la fenêtre pile au bon moment. Cette fois, il n'aurait pas cette chance. Même si la notion de temps n'était pas la même ici que dans le monde réel, il s'était couché à bout de forces et ne s'en relèverait donc pas avant plusieurs heures. Il n'avait aucune chance d'en réchapper et cette intime conviction nouait ses tripes en un élégant noeud coulant. La bravoure qu'il avait dû s'inventer pour rester ici sans trembler de tous ses membres fondait comme neige au soleil à mesure que le tandem faisait de son mieux pour se relever, empêtré dans une position compromettante qui aurait fait émettre de sérieux doutes sur leur sexualité. Se retenir d'opérer un repli stratégique mobilisait toute sa concentration.

« Dernière chance... »
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MessageSujet: Re: Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] EmptyDim 2 Déc 2012 - 16:28
Dire que durant un instant elle avait pensé du bien de lui. Alice, les bras croisés devant sa poitrine, regardait le jeune homme ramper par terre telle une grosse limace sombre, un reflet de désespoir accompagné de vague pitié dans les yeux. Il était vraiment pathétique, nul, un exemple de lâcheté et de mollesse, la honte du genre masculin. Elle soupira profondément et se prépara à partir, elle n'avait plus rien à faire ici, mais un mouvement entraperçut du coin de l'œil l'arrêta. La masse informe de gras formée par les deux gros pas beaux avait commencé à bouger, indiquant leur prochain rétablissement. Elle serra les dents, ces merdes étaient vraiment coriaces, un peu à la manière des cafards, en fait.

"Au revoir" murmura-t-elle, laissant les deux pistolets apparaître dans ses mains.

Puisque, vraiment, c'était ce qu'ils voulaient, elle allait leur casser la tronche et sans le moindre état d'âme. Un bruit de pas derrière elle l'alerta, amenant son regard à sa droite, où elle constata avec une vague surprise la présence d'une larve noire un peu poussiéreuse. Elle leva les yeux au ciel un instant avant d'opter pour l'ignorance de son existence à ses côtés et elle aurait très bien pu continuer comme ça s'il n'avait pas choisi de l'ouvrir.


"Je suppose que c'est trop te demander de mourir à ma place pour que je puisse continuer mon petit bonhomme de chemin ? Tout ce que je te demande, c'est de te faire gentiment massacrer pendant que je file tranquillement me mettre à l'abri ! Non ? Bon..."

Alice ne répondit pas. Normalement, et rien que pour ces quelques mots, elle aurait largement du lui péter les deux genoux, mais son attention fut momentanément distraite par le bras de cet allier de fortune. Sans un bruit, ce dernier venait de se muer en une serre d'oiseau sombre et manifestement acérée. il avait donc de quoi se battre après tout. C'était bon à savoir, il ne servirait pas uniquement de chair à canon ou de boulet pour ce dernier lors du combat à venir. Elle détourna son regard du voyageur, le rapportant au deux incapables qui tentaient toujours de déterminer à qui était tel membre afin de se relever proprement. Dans le même temps, elle entendit le drôle d'oiseau prononcé encore quelques mots :

"Dernière chance..."

Elle esquissa un vague sourire. Effectivement, c'était sa dernière chance, pour avoir le droit de vivre, mais aussi pour prouver qu'il était plus qu'une limace... Ou en tout cas une limace sachant se défendre (un genre d'escargot en somme). Elle leva à nouveau les yeux vers le ciel déchiqueté par les branches et les feuilles entravant sa lumière. Un soupir traversa ses lèvres fines, alors que lentement, comme au ralenti, elle leva son bras gauche, pointant le canon d'Au revoir vers les deux primates (dont un plus batracien que primate mais c'est un détail) sur le point de se relever. Elle se demanda un instant pourquoi elle ne l'avait pas fait plus tôt. Franchement, des fois elle était vraiment lente à la détente.
Un coup de tonnerre perça le silence des bois, suivi par un cri de douleur déchirant. Le projectile en forme de gant de box avait touché l'homme-crapaud au genou et ça avait du lui faire très, très mal. Ignorant les gémissements de son partenaire, l'autre poussa un hurlement de rage avant de se préparer à utiliser son propre pouvoir. Alice abaissa son bras calmement et, sans même lui jeter un regard, lança à la limace à plume :


"Je suis Alice. Je me bats presque exclusivement à distance, si tu ne veux pas te retrouver tout seul, c'est à toi de l'empêcher de m'atteindre." un sourire sadique écarta ses lèvres alors qu'elle prononçait ces mots "Bonne chance à toi, il t'en faudra."

C'est avec une force étonnante qu'elle le saisit par le col de sa veste pour l'envoyer la tête la première dans leur adversaire furieux. La diversion lui donnerait suffisamment de temps pour ajuster les tirs de Bonjour et si l'autre y passait, ce serait de sa faute, il l'avait cherché.
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MessageSujet: Re: Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] EmptyMer 5 Déc 2012 - 11:08
Soren se savait léger, mais ne pensait pas que ce soit au point de pouvoir être soulevé par une fille. Une erreur d'appréciation dont il tiendrait compte à l'avenir, à condition bien sûr de l'avoir encore devant lui. Or, il n'y avait rien de moins sûr et il apprenait lentement cette vérité. La vie s'achevait minute après minute. Au moins aurait-il la satisfaction de mourir en compagnie de la jolie demoiselle qui avait eu l'idée discutable de s'en servir comme projectile. Qui l'aurait cru ? À choisir, il aurait bien sûr préféré être épargné mais les chances que ce soit le cas étaient déjà en train de s'amenuiser – pour ne pas dire qu'elles fondaient comme neige au soleil. Tout cela, c'était de la faute de cette fille. Cette Alice. Si elle n'avait pas été là, il n'aurait eu qu'à prendre la fuite comme il avait coutume de le faire ces six derniers mois. Il se serait caché dans un coin et n'aurait plus eu qu'à attendre de se réveiller pour ne plus jamais entendre parler d'eux.

Et il avait fallu qu'elle s'en mêle et décide de les affronter de front, ce qu'il n'aurait jamais osé faire et encore moins en sachant que leur classement n'était en rien comparable au sien. Le corbeau n'était certes pas aussi médiocre que les chiffres voulaient le faire croire en raison des défaites infligées par ceux qui s'étaient succédés à ses trousses, mais n'en demeurait pas moins dans la partie basse de la Baby League. Ce qui aurait normalement dû suffire à lui assurer une paix durable, mais c'était sans compter avec les trop nombreuses méprises dont il avait fait l'objet... Mais malgré tout ce qu'il avait enduré, il y avait survécu. Penser que ce n'était que pour mieux se jeter dans la gueule du loup – et pas de son plein gré, qui plus est – lui aurait miné le moral s'il n'avait pas été motivé par la seule idée de sauver sa peau.

Il y avait peut-être encore un espoir, celui de les amener à penser – déjà un exploit en soi - qu'ils pouvaient être moins négligeables qu'ils en avaient l'air. Ce ne serait pas chose aisée, d'autant plus qu'il savait être réellement mauvais en tant que Voyageur jusqu'à maintenant. Cela valait toutefois la peine de tenter sa chance, car c'était bien la dernière qu'il leur restait. Penser ne serait-ce qu'un instant qu'ils pouvaient en sortir sains et saufs et ce en se reposant uniquement sur leurs compétences propres ne serait qu'une pure folie. L'adolescent n'était pas fait pour se battre, on prisait d'ordinaire ses qualités de tacticien. En l'occurrence ces dernières n'avaient pas même eu le temps d'entrer en application tant il ne s'était pas attendu à devenir un boulet humain. Et à la vérité, c'était une expérience qu'il aurait préféré éviter d'ajouter à ce palmarès florissant qui était le sien.

Projeté dans les airs, sans espoir de rétablir ne serait-ce qu'un semblant d'équilibre, Soren ne pouvait compter que sur sa chance pour éviter des blessures trop grave. Car faute de pouvoir s'y mouvoir à son gré, il constituait une cible parfaite, n'ayant pas eu le temps de déployer ses ailes et ne pouvant pas le faire sur une si courte distance. Aussi se contenta-t-il de croiser les bras devant son visage pour se protéger quand la langue extensible du batracophobe s'enroula autour de son poignet. Sans surprise, celui-ci chercha à le faire voltiger pour mieux l'écraser à terre, mais c'était sans compter avec l'élan que lui avait donné Alice. Propulsé à toute vitesse, il fut ramené vers son agresseur avant même d'avoir pu décrire la moindre acrobatie aérienne. Le malheureux eut la chance de pouvoir esquiver à la dernière minute mais n'en fut pas moins mûr pour une lacération en plein visage. Par un heureux hasard, l'adolescent avait déployé les bras au moment même où il le frôlait dans sa course folle.

Se refusant à mordre la poussière au sens propre, il tendit sa serre devant lui et tenta d'atterrir sur la paume. Il y parvint contre toute attente avec un certain brio et entra alors avec une curieuse variété d'engrais dont la propriété fut de le faire rebondir dans la direction du pauvre hère défiguré. Son pied le percuta à l'arrière du crâne avec une violence redoublée du fait de son essor, qui ne s'était pas encore dissipé. Par miracle, Soren réussit à ne pas échouer au sol lamentablement et même à rester debout après avoir fait étalage de cette chance insolente – celle qui lui avait permis de ne pas se faire étriller dans une ruelle sombre jusqu'ici, à n'en point douter. Quelque peu désorienté, il s'empressa néanmoins de saisir par la jambe son adversaire et de le soulever dans les airs. Sa taille n'était pas démesurée mais celle de l'intéressé défiait toute concurrence en terme de petitesse. Peut-être une conséquence liée à son pouvoir, son visage lui-même évoquant sans l'ombre d'un doute les crapauds baveux si chers à son coeur.

Cette transformation lui conférait une force sans commune mesure avec celle qu'il possédait en tant qu'homme. À son contact, il avait éprouvé une sensation nouvelle pour lui, une impression de toute-puissance. Le pauvre homme n'avait d'autre choix que de s'en remettre à son verdict, car il ne tenait qu'à lui de broyer sa jambe entre ses griffes. Pour la première fois, la force était de son côté. Lui-même n'en revenait pas. Ce n'était bien sûr que très passager mais il fut grisé par la perspective d'être seul à décider de son sort sans que nul ne puisse intervenir. À présent il comprenait un peu mieux ceux qui prenaient un malin plaisir à le persécuter, c'était là la plus dangereuse des addictions pour qui n'y prenait pas garde : celle de la violence. N'ayant aucune envie d'y céder à son tour, il s'apprêta à relâcher l'homme-crapaud mais celui-ci ne lui en avait pas laissé le temps qu'il tentait à nouveau de l'attaquer en traître.

Pris par surpris, Soren n'eut d'autre choix que d'éviter le coup de pied au visage qui lui était destiné. Idée néfaste, car sans elle, jamais il n'aurait eu le réflexe de raffermir sa prise et d'ainsi lui briser les os avant même de s'en être rendu compte. Écoeuré par le craquement sinistre qui provint de sa cheville, il s'en sépara précipitamment et se recula d'un bond pour mieux le voir tomber au sol et s'y rouler en boule en pleurant toutes les larmes de son corps. Ce n'était pourtant probablement rien à côté de ce que lui et son acolyte avaient fait subir à leurs précédentes victimes, et même s'il en eut mauvaise conscience, l'adolescent oublia bien vite toute culpabilité en se disant qu'il avait plus souvent qu'à son tour mérité ce retour de bâton. Néanmoins déconcerté d'avoir pu exercer une telle pression, il fit exécuter à ses doigts plusieurs flexions. Il lui faudrait apprendre à contrôler cette puissance ou il réduirait en miettes tout ce qu'il touche.

...Néanmoins, pour l'heure, son utilité se résuma à saisir une poire blette qui traînait non loin de là et à la lui lancer en pleine tête au moment où elle s'y attendait le moins pour lui avoir fait prendre de tels risques. Aider son prochain, tu parles d'une connerie.

« Soren. Je me bats de préférence pas. » lâcha-t-il dans un soupir.
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MessageSujet: Re: Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] EmptySam 8 Déc 2012 - 15:25
Une fois son allier de fortune envolé vers le crapaud, elle ne se préoccupa guère plus de lui. Le deuxième de ces malandrins s'était enfin dégagé et avait bondi sur le côté, évitant le missile voyageur qu'elle avait elle-même envoyé sur le duo. Elle se mordit violemment la lèvre, elle aurait préféré régler le problème d'un seul coup et là, elle allait devoir s'occuper de ce type. Un rapide coup d'œil sur le côté l'informa de la situation de son compagnon : il s'occupait avec une efficacité certaine (et une chance honteuse) de l'immonde batracien qui avait déjà la gueule en sang. Un sourire commença à se former sur ses lèvres, il se débrouillait bien mieux qu'elle ne l'aurait cru en le voyant trembler comme une feuille un peu plus tôt. Cependant, elle n'eut pas l'occasion d'approfondir ces pensées et fut soudainement interrompu par une sensation chaude et gluante sur sa main. Elle baissa les yeux et fut soudainement agressée par une odeur des plus fortes. Prise d'un haut le cœur, elle crut un instant qu'elle allait s'évanouir. La fragrance était des plus immondes, mais elle lui rappelait vaguement quelque chose, ce n'était pas un parfum inconnu, et bientôt elle compris. La substance était blanche, tiède, relativement épaisse et légèrement collante. Du fromage fondu ! Bien sûr ! Mais un de ceux qui puait vraiment beaucoup, apparemment de la catégorie coulant et collant, très collant. Son adversaire était un contrôleur de fromage ! Elle releva la tête et le fixa un instant, immobile, une lueur d'étonnement dans le regard.

"Quel pouvoir de merde..." dit-elle lentement.

Cet instant de flottement laissa plus de temps qu'il n'en faut à l'homme pour préparer sa nouvelle salve fromagère. En un instant, elle tendit son bras gauche vers lui, tentant de tirer avec Au revoir. Mais rien ne se produisit. Elle avait beau appuyé sur la gâchette, l'arme restait silencieuse. L' attaque au fromage gluant avait rendu le pistolet inutilisable, la substance poisseuse et puante empêchait d'une manière ou d'une autres les balles de partir. Un grondement sourd naquit dans sa gorge, alors qu'elle se décalait sur la droite pour esquiver les projectiles nauséabonds. Malheureusement, l'un d'entre eux effleura sa joue gauche, lui arrachant un cri de douleur. Le liquide la brulait terriblement, lui rongeant la peau. Elle tomba à genou, frottant désespérément son visage pour tenter de débarrasser son visage de cette horreur acide. Elle entendait son adversaire se rapprocher lentement d'elle, prêt à l'achever. Son œil avait était lui aussi touché et refusait désormais de s'ouvrir, elle se sentait terriblement mal et diminuée. Elle secoua la tête, tentant désespérément de chasser la douleur de son visage. Les bruits de pas se faisaient de plus en plus distincts au fur et à mesure qu'il approchait. Au prix d'un gigantesque effort elle se releva aussi vite qu'elle put, tout ça pour se prendre un fruit en plein dans la tête... Et fort en plus ! C'était la goutte d'eau !


"Connard !" hurla-t-elle, déclenchant du même coup son pouvoir.

La colère et la frustration accumulée lors du combat éclata. Faisant apparaître au dessus du contrôleur fromager une bassine gigantesque, qui s'abattit sur son crâne dans un bruit sinistre, déversant son contenu sur le corps du voyageur. Contenu dont l'odeur n'était pas loin de rivaliser avec celle de ses attaques. Elle fronça le nez de dégoût, avant de relever la tête, contemplant le visage de son sombre partenaire. Il soupira et lâcha.


"Soren. Je me bats de préférence pas."

Elle le fixait droit dans les yeux, impassible. Aucune expression ne traversa son visage, aucune émotion ne vint troubler les traits fins de son visage. Elle se contentait simplement de planter ses yeux pâles dans les iris ambrées du jeune homme. Elle hésitait. Est-ce qu'elle devait lui faire payer l'affront du fruit qu'il lui avait envoyé à la figure, ou est-ce qu'elle pouvait se permettre d'oublier ce geste malheureux et poursuivre son chemin sans demander son reste ? Elle leva la main gauche lentement, puis elle se ravisa et soupira profondément avant de tourner les talons, laissant retomber son bras le long de son corps. Sans un mot elle commença à avancer. Le mieux à faire était encore de ne rien dire et de s'éloigner de l'endroit, elle n'avait vraiment pas envie de s'attirer plus de problème, ni de se battre d'avantage. Avec son champ de vision réduit de moitié, elle n'avait aucune chance contre qui que ce soit, même contre lui. Pour le reste de la nuit, elle devrait éviter les problèmes.
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MessageSujet: Re: Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] EmptyMer 12 Déc 2012 - 16:20
Et lui qui pensait avoir tiré le gros lot... Trop occupé à abattre l'homme-crapaud, moins grâce à son talent qu'à la chance, Soren ne s'était pas rendu compte que son acolyte avait déployé son pouvoir. Et quel pouvoir ! Il avait pu en voir de nombreuses variétés à travers tous ceux qui lui voulaient du mal, mais n'avait pas souvenir d'en avoir jamais contemplé d'aussi ridicule. Même le sien semblait relativement banal en comparaison bien qu'étant source de moqueries dans le monde réel. L'alimentation de cet énergumène devait s'en trouver perturbée, ce qui expliquait l'embonpoint qu'il mettait en exergue à force de gesticuler. Se retrouver face à une capacité de cet acabit pouvait déstabiliser, et ce fut en effet le cas. Mais cela ne le sauverait pas car de son côté, la demoiselle semblait munie d'une faculté non moins surprenante mais d'une efficacité sans commune mesure. Malgré son état d'abattement quand elle l'avait plaqué au sol, il s'était bien rendu compte qu'il n'avait pas affaire à quelqu'un d'ordinaire.

La démonstration qu'elle en fit l'impressionna tant et si bien qu'il en vint à regretter de lui avoir lancé un fruit pourri - et pas seulement parce qu'elle risquait à présent de se retourner contre lui. Ses propres capacités lui semblaient bien minces en comparaison, à plus forte raison qu'il n'avait pas eu la possibilité de les développer tant il était contraint de vivre en fugitif. Ses nuits, il les passait à fuir chaque menace potentielle, chaque exécuteur lancé à ses trousses. Il n'avait pas une minute à lui pour apprendre à cerner son propre pouvoir. Jusqu'à très récemment, c'était à peine s'il arrivait à se faire pousser des ailes. Cette serre était une nouveauté qu'il ne maniait encore qu'avec une extrême maladresse et son habituelle indolence eut tôt fait de le lui rappeler. S'il n'avait pas été aussi distrait, il se serait probablement aperçu que la métamorphose ne s'était pas encore dissipée. Au lieu de cela, il voulut se passer la main sur le visage et s'en repentit dans la seconde.

Le gémissement plaintif qu'il poussa fut vraisemblablement assez audible pour la retenir avant qu'elle n'ait pu quitter les lieux. Des entailles lui zébraient à présent le visage, n'ayant épargné ses yeux que par chance, de même que le nez et la bouche. Il n'y en aurait sans doute plus la moindre trace d'ici son prochain passage dans le monde des rêves, mais cela ne les empêchait pas de lui faire un mal de chien. Sortir indemne d'un combat contre des individus qui en temps normal n'auraient fait de lui qu'une bouchée pour ensuite se mutiler lui-même... Il en vint à se demander si elle ne possédait pas en plus de son pouvoir un artefact qui lui permette de lancer des sortilèges vaudou, mais il fut forcé de se rendre à l'évidence : ces cicatrices n'étaient dues qu'à sa propre sottise. Las de n'être capable de rien par lui-même, Soren savait tout de même reconnaître ses torts. Même s'il était légitime d'avoir voulu lui rendre la monnaie de sa pièce, il lui devait la vie. Cette vie.

Peinant à se remettre de ce qu'il venait de s'infliger par accident, il s'achemina vers elle à pas lents, la main plaquée sur le visage mais néanmoins attentif à chacun de ses gestes. Qu'elle ait pu lui pardonner n'était pas encore certain et il préférait éviter tout risque de la voir lui porter le coup de grâce alors qu'il ne demandait qu'à montrer patte blanche. Aussi contourna-t-il avec la plus grande prudence les deux spécimens – ou plutôt ce qu'il en restait pour se diriger droit sur elle, non sans avoir épongé tant bien que mal le sang qui perlait de ses plaies. Au moins ne devait-il pas se soucier des risques d'infection, il doutait fort que ce genre de problème relatif à cette ennuyeuse réalité ait cours dans le monde fantastique de Dreamland. Il espérait toutefois ne pas en rester marqué à vie, d'autant plus qu'il lui serait alors difficile d'expliquer comment il avait obtenu ce stigmate sans se tourner en ridicule.

Toujours est-il qu'une fois à sa hauteur – ce qui constituait un effort suffisant pour qu'il ait besoin de reprendre son souffle – il lui tendit la main afin de lui proposer d'oublier leurs différends pour repartir du bon pied. Les discours n'étaient pas son forts, et il préféra éviter de s'y risquer tant il redoutait de jeter de l'huile sur le feu plutôt que d'en retirer les braises. C'est alors qu'il s'aperçut lui avoir présenté ses griffes et entreprit de leur faire reprendre leur forme normale, sans grand succès. Agacé par la persistance de cette transformation qui bien que très partielle semblait partie pour durer, il l'agita en tous sens dans l'espoir que cela y change quoi que ce soit... Jusqu'à se l'écraser en plein visage dans son agitation. Le nez qui avait réchappé de peu aux lacérations n'eut cette fois pas autant de chance et son propriétaire dut se retenir de verser une larme. De douleur ou de honte, nul ne le savait, pas même lui. Ce n'est qu'après cette ultime trahison que son membre accepta de reprendre son aspect initial, lui permettant d'arrêter le saignement tout en reprenant son geste conciliateur là où il l'avait laissé, un peu plus piteux qu'il ne l'était déjà à l'origine.

« Merci. Et pardon pour le fruit. Sans rancune ? »
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MessageSujet: Re: Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] EmptyDim 16 Déc 2012 - 15:16
Alors qu'elle avançait lentement, tachant d'ignorer la partie gauche de son visage qui la tiraillait encore, elle entendit un gémissement plaintif derrière elle. Elle sursauta et se retourna d'un bond, pour contempler la bêtise sous forme humaine... Enfin, globalement humaine. Ses sourcils remontèrent légèrement le long de son front, alors que de son œil encore valide elle contemplait l'ampleur de la maladresse de l'homme qui l'avait aidé. Un lourd soupir s'échappa de ses lèvres soudainement, elle secoua doucement la tête et se rapprocha de lui. Etait-ce réellement le même homme qui, quelques minutes auparavant, combattait habilement son ennemi à grand coup de griffe ? Etat-ce vraiment la même personne qui, à l'instant, venait de s'enfoncer sa propre serre dans le visage ? Elle ne pouvait s'empêcher de penser que la scène avait quelque chose de pathétique, en le voyant couiner et frotter son visage désespérément. Elle avait toute sa vie entendu des garçons dire que les hommes, les vrais ne devaient pas faire ce genre de chose. Apparemment, on lui avait menti. Ou celui-là, en particulier et pour une raison obscure, se sentait exonéré de cette règle ridicule.

Elle cessa d'avancer lorsqu'il arriva à sa hauteur, après avoir évité avec maestria les gros tas traînant sur son chemin. Elle le considéra avec étonnement : non seulement il avait une belle trace de griffure en travers de la figure, mais en plus il ahanait tel un phoque en plein désert. Elle leva les yeux au ciel, haussant les épaules en un geste empli de prière pour ce pauvre garçon, avant de soupirer profondément, tentant d'exprimer son désespoir et son incrédulité face à tant de nullité. Ce type était une loque.
Patiemment, elle attendit qu'il se remette de ses émotions, tout en le fixant de ses yeux pâles, d'un regard où l'agacement commençait doucement à poindre, juste assez pour lui faire comprendre qu'il fallait qu'il reprenne ses esprits incessamment sous peu ou bien elle finirait peut-être par s'assurer qu'il ait de bonnes raisons de couiner.

A sa surprise, il finit par lui tendre la main... Enfin, la griffe en l'occurrence. Un léger grondement impatient s'échappa de ses lèvres fines. Elle croisa lentement les bras, tapotant son index contre sa peau clair, de plus en plus contrariée par l'enchaînement de maladresse auquel elle assistait bien malgré elle. Finalement, il se rendit compte de l'erreur et tenta de la corriger en secouant le membre métamorphosé dans tous les sens. La jeune fille sursauta et recula d'un bond, protégeant comme elle le pouvait son œil encore valide. Un glapissement la poussa à rouvrir les yeux et à écarter les mains de son visage. Elle ne put retenir le long et lourd soupir qui s'échappa de sa gorge, quand elle vit le misérable spectacle face à elle. Il s'était débrouillé pour frapper à nouveau son visage et il couinait de douleur. Elle se rapprocha prudemment de lui, toujours inquiète à l'idée d'avoir à subir un sort semblable au sien. Mais, soudain, les écailles de son bras se résorbèrent peu à peu, les griffes se rétractèrent, laissant place à de fins et longs doigts que couvrait une peau claire. Il tenta d'éponger le sang avec la main qu'elle fixait désormais avec attention, puis il la lui tendit à sa plus grande surprise. Elle tressaillit légèrement, incertaine sur la conduite qu'elle devait désormais adopter. Il ouvrit doucement la bouche et d'une voix plaintive se voulant assurée il lui dit :


« Merci. Et pardon pour le fruit. Sans rancune ? »

Elle fronça les sourcils, oui, le fruit. Elle l'avait presque oublié. Mais, techniquement, sa maladresse l'avait puni sans qu'elle n'ait à lever le petit doigt. Ses yeux méfiant allaient tour à tour de sa main à son visage balafré. Lentement, hésitante, elle approcha ses doigts des siens, les effleurant doucement avant de les glisser avec prudence dans sa paume. Sa peau était chaude, légèrement humide, mais d'une grande douceur. Elle sursauta quand il serra avec une certaine fermeté sa poigne et un frisson parcourut son échine. Elle cligna des yeux plusieurs fois, fixant la poignée de main avec une sorte de curiosité et continua de regarder un instant, alors qu'ils se séparaient. Elle n'avait pas de réel avis sur ce qui venait de se passer, elle trouvait juste que la scène avait été des plus étranges.
Elle s'apprêtait à dire quelque chose, quand sa nuit à Dreamland prit soudainement fin dans un flash, suivi d'un fondu au noir. Quand ses yeux purent enfin revoir le monde autour d'elle, elle contemplait un rayon de lumière filant d'entre les rideaux jusqu'aux draps de son lit, soulignant la poussière légère qui volait dans sa chambre. Elle avait une longue journée qui l'attendait, une très longue journée.
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MessageSujet: Re: Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] Et plus dure sera la chute [PV : Soren Dragan] EmptyMer 2 Jan 2013 - 11:12
Ça va laisser une cicatrice.

Il ne le souhaitait pas mais n'avait pu empêcher son anxiété naturelle de refaire surface. Après tous ces mois passés à esquiver les coups de justesse, à se sortir de pièges inextricables et ce par dizaines, sa première blessure de guerre serait de son propre fait. On pouvait difficilement faire plus ridicule. C'était dans ce genre de situation qu'il se demandait quelle gloire pourraient tirer ses agresseurs d'avoir mis un terme à sa misérable vie. Tout du moins tenait-il en ce qui le concerne à la conserver et à profiter aussi longuement possible de l'exutoire que constituait ce monde imaginaire à ses yeux. Le pays des merveilles était enfin à portée de main, et nul ne pourrait lui confisquer son passeport – ce fameux pouvoir qui lui permettait de voler librement dans le ciel. L'éternel rêve de l'homme enfin à sa portée. Même s'il devait pour cela subir tous les malheurs du monde, il n'était nullement question d'y renoncer. Pas sans se battre. Mais s'il voulait lutter, il lui faudrait être fort. Force était de constater qu'il ne l'était pas, loin de là. Mais par chance, cela s'apprend.

Mais s'il restait seul, il ne ferait pas de vieux os. Pour arrêter de fuir, il lui faudrait avoir de son côté assez d'aplomb pour les affronter en face. Et compte tenu du retard accumulé plutôt que de développer ses capacités ainsi que du nombre de personnes l'ayant dans leur ligne de mire, il n'y arriverait pas sans aucune aide. Or, définitivement, les relations sociales n'étaient pas son fort. Il se voyait mal aborder un Voyageur et lui proposer d'emblée de faire équipe avec lui, qui n'avait rien à offrir sinon des esclandres. Au surplus, avec sa chance habituelle, tout portait à croire que ce ne serait pour lui qu'un moyen de plus de se jeter dans la gueule du loup sans en avoir conscience, entraînant ainsi sa propre déchéance. Sans compter ceux qui y consentiraient dans un premier temps pour ensuite retourner leur veste en le vendant au plus offrant si cela peut leur permettre de sauver leur peau. Si c'était pour être trahi à la première occasion mieux valait encore ne compter que sur soi-même.

Sentir sa main dans la sienne le fit frémir. Il n'était pas habitué à la chaleur humaine et encore moins au contact à proprement parler. À la manière dont il se raidit à ce moment précis, Alice pourrait aisément deviner qu'il avait failli avoir un mouvement de recul mais sans doute qu'elle mettrait cela sur le compte de sa nature craintive. Ce n'était pas totalement faux. Il préférerait qu'elle le croie, à vrai dire, et n'avoir pas à lui expliquer quoi que ce soit à ce sujet. S'il profitait tant de la vie à Dreamland et tenait tant à la préserver, c'était avant tout parce qu'il s'éloignait ainsi des vicissitudes du monde réel. S'il devait justifier ici aussi ses troubles comportementaux la réalité finirait immanquablement par le rattraper. Il n'aurait alors plus aucun moyen de s'y substituer, plus aucune échappatoire. Alors le rêve deviendrait un cauchemar. Le jeune homme s'en serait presque voulu d'avoir éprouvé du soulagement quand elle mit fin à cette poignée de main.

Soren était las. Las de vivre dans l'ombre de ceux qui ont existé avant lui. Fatigué qu'on fasse de lui une légende qu'il n'était pas. Il ne demandait pas mieux que de profiter de ses nouveaux pouvoirs en toute quiétude mais on lui refusait sans cesse ce moment de répit. Mais comment pouvait-il mettre un terme à tout cela s'il n'était même pas capable de se battre en son nom et non pas de fuir à la première difficulté ? Aujourd'hui, il avait eu de la chance mais si elle n'avait pas été là pour l'aider, sans doute y aurait-il laissé la vie. Peut-être était-ce ce qui l'incitait à lui faire confiance, alors même qu'elle aurait pu l'assassiner au même titre que ces malheureux il y a de cela quelques minutes encore. Elle ne l'avait pas fait et quand bien même l'idée lui avait traversé l'esprit, elle en était partie pour toujours. Et si elle lui tenait rigueur d'avoir été prise à parti, elle n'en laissait rien paraître. En dépit d'un caractère qu'il avait estimé pas tous les jours facile à vivre même pour elle, elle était plutôt jolie, ce qui ne gâchait rien. Peut-être pourrait-il lui proposer de faire un bout de chemin ensemble.

À peine avait-il eu le temps d'ouvrir la bouche et d'articuler le début de sa phrase d'un ton des plus hésitants qu'elle disparut. Ce fut comme si elle n'avait jamais été là. Soren tressaillit. En six mois d'existence onirique, c'était la première fois qu'il voyait un Voyageur se volatiliser sous ses yeux. Il assimila immédiatement ce phénomène au réveil bien qu'il n'y ait jamais assisté. Il connaissait la théorie, et savait maintenant à quoi s'en tenir. Un soupir franchit la barrière de ses lèvres sans qu'il n'en connaisse l'origine exacte. Était-il frustré ou déçu ? Libéré, peut-être, que cette soudaine disparition l'ait empêché de commettre ce qui pouvait se révéler une grave erreur ? Voire d'être débarrassé d'elle ? Nullement. Simplement, il doutait avoir jamais le cran de reformuler sa demande. Sans même être allé jusqu'au bout, il était presque aussi anxieux que s'il s'agissait d'une demande en mariage. Ne sachant qu'en penser, il posa le regard sur sa main gauche et en scruta la paume jusqu'à ce que ce soit à son tour de disparaître dans ce qui semblait être un nuage.

Sitôt qu'il s'éveilla, il sentit son cœur se serrer, empreint d'un profond malaise. Le regard fixé sur le plafond, il inspira longuement avant de refermer les yeux. Un jour de plus à passer dans cette inhumanité. Un jour de plus à vouloir s'en aller... Sa gorge se noua et machinalement, il envoya une main encore hésitante à la recherche du lecteur musical enfoui sous son oreiller dont les écouteurs lui étaient restés dans les oreilles au moment de trouver le sommeil. À défaut de pouvoir fuir ce monde qui n'était pas fait pour lui dans l'immédiat, au moins pouvait-il alléger sa peine en allant se réfugier dans une toute autre atmosphère. Il laissa la musique lui emplir les oreilles et s'y abandonna sans un regard par la fenêtre...

Woke up and wished that I was dead
With an aching in my head
I lay motionless in bed
I thought of you and where you'd gone
and let the world spin madly on...
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