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Coup de bluff à Notting Hill

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Nayki Shin
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MessageSujet: Coup de bluff à Notting Hill Coup de bluff à Notting Hill EmptyJeu 22 Mar 2012 - 18:38
Un éclair de lumière fuse à travers le noir, c'est suffisant pour distinguer une silhouette qui court, jetant des regards apeurés derrière elle. Sur ses traces des ombres s'élancent et volent à travers la ruelle étroite, de temps à autre un fin raie de lumière éclairé par l'un des lampadaires placés de ci de là met en valeur un couteau ou un sabre. L'homme devant court toujours, sur son visage se lit une frayeur sans non. Dans un élan de désespoir, il gravit une échelle placée sur un côté espérant pouvoir échapper à ses poursuivants. Une main gantée lui saisit le pied.

-

Le réveil sonne en continu depuis deux bonnes minutes, allongé dans mon lit je me frotte les yeux n'arrivant pas à émerger. Je finis par me redresser, attrape le réveil et le lance à travers la pièce, il atterrit dans le bac à vêtements sales et le bruit est légèrement étouffé. Je souris, rien ne vaut un petit plaisir comme celui-ci dès le matin. Aujourd'hui je n'ai rien de prévu du tout, une journée complète de repos si tout se passe bien. Comme un con j'ai oublié de couper le réveil et me voilà debout à huit heure du mat' sans rien à faire en pleines vacances. Je réussis à me lever et à m'approcher de la fenêtre. Je relève le velux et reste pendant quelques minutes à observer le ciel noir, un ciel d'orage. Pas étonnant que j'ai eu si chaud cette nuit, il fait tellement lourd... Je me laisse tomber en arrière, les bras écartés, m'étalant de tout mon long sur le lit. Mon portable rebondit et s'envole au moment ou je m'enfonce dans le matelas. Je le saisis au vol, décide de l'allumer, ça fait trois jours qu'il est éteint, j'en avais plus qu'assez de recevoir des appels ou des messages inutiles... Il s'allume et je reste pendant deux minutes à la regarder sans bouger, il ne vibre pas, ne m'indique pas que j'ai reçu des messages ou des appels manqués, rien de rien, Nada de nada! Soudain un message s'affiche, suivi d'un autre, et ainsi de suite, c'est la cohue pour être le premier à s'afficher. Je lâche un juron et repose mon portable là où il était puis me lève et sors de ma chambre.

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Saisissant de toutes ses forces les froids barreaux de métal il se tracte avant de se laisser retomber sur la main. Son possesseur pousse un cri de douleur et lâche sa prise. L'homme continue de monter et atteint enfin le sommet. Le regard qu'il jette en bas ne semble pas le rassurer car les dernières couleurs restantes sur son visage s'évanouissent pour de bon. Il se redresse et se met à donner des coups de pieds répétés dans l'échelle pour la faire tomber et bloquer cet accès. Le premier coup est sans effet tout comme les trois suivants mais le poursuivi ne se décourage pas et s'obstine. Au coup suivant l'échelle se met à trembler. Fort de cette maigre victoire l'homme poursuit sa tâche avec une énergie nouvelle, l'un des côtés de l'échelle craque et elle n'est plus rattachée que par un flanc. Le coup suivant fait encore plus tangué la structure qui, enfin, s'effondre dans un craquement effroyable. La pression du jeune homme retombe en même temps que l'ensemble de métal. Il pose ses mains sur ses genoux pour reprendre son souffle avant de se redresser. La lune éclaire son visage encore jeune tandis que ses cheveux bruns volent au vent. Malgré cette poursuite ses yeux sombres n'ont rien perdus de leur fougue habituelle et il affiche un sourire satisfait mais aussi effrayé. N'y tenant plus il se laisse tomber au sol, inspire et expire de longues bouffées d'air frais. Pour son époque il est assez mince et musclé, faisant approximativement un mètre quatre-vingt.

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Je dévale tranquillement l'escalier et m'installe dans la cuisine. Personne n'est encore réveillé, je me prépare donc un déjeuner en silence, fouillant les placards à la recherche de quelque chose de sympa à me mettre sous la dent. Je finis par tomber sur un paquet de croissant, ce sera parfait! Je l'ouvre et commence à en dévorer quelques uns. Je remonte à l'étage, prends une bonne douche bien froide pour me réveiller et décide d'aller au dojo m'entraîner un peu. Me bouger les muscles me fera du bien. Après avoir revêtu un pantalon noir souple, un T-shirt et une paire de basket je m'élance en courant vers le centre ville.

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Il tourne soudain la tête vers la droite, un bruit de pas vient d'attirer son attention, l'une des silhouettes en noir est montée, Dieu seul sait comment, sur le toit alors qu'il n'y avait plus une seule entrée possible. Un éclair fend le ciel et révèle un visage barré d'une longue cicatrice qui passe entre deux yeux remplis de folie. Sautant sur ses pieds le jeune homme se remet debout et tourne la tête dans toutes les directions à la recherche d'un échappatoire. Il semble trouver ce qu'il cherche car il prend son élan et court à toute vitesse, tête baissée, en poussant un cri titanesque. L'homme en noir est d'abord surpris mais il se reprend vite et des objets noirs filent entre les gouttes d'eau. La chance permet à l'homme de s'en sortir indemne et il prend appui sur le rebord de l'immeuble avant de s'élancer dans le vide. La distance est facilement franchissable en conditions normales mais de nuit, sous la pluie, la peur au ventre et à une telle hauteur le saut paraît irréalisable. Le poursuivi réussit malgré tout à saisir la corniche d'une main, sa deuxième venant vite aider. Il se hisse à toute hâte sur le bâtiment et tombe à plat ventre, la respiration haletante et irrégulière. Une énorme main le saisit dans le dos et le redresse sans mal.

-

Au bout d'une demi-heure je suis déjà trempé, autant par la fine pluie qui tombe que par la transpiration mais j'arrive enfin devant le bâtiment, tout simple d'extérieur c'est en fait un grand dojo avec des gradins en hauteur qui entourent le tatami, des nouveaux sac de frappes ont été installés il y a peu en prévision du stage départemental qui va avoir lieu. Je me change rapidement et enfile mon kimono puis commence à m'échauffer dans la grande salle vide. Tout les bruits sont absorbés, on entend que le flot incessant d'eau qui se déverse sur le toit.
Une fois que je suis prêt je commence à donner des coups dans le vide puis j'enchaîne toutes les frappes en shadow boxing, c'est à dire en imaginant être face à un adversaire et en frappant et réagissant comme s'il avait une conscience propre, Combat qui peut souvent s'avérer dur et même perdu d'avance mais qui permet de progresser. Focalisé dans mon combat je n'entends pas les bruits de pas derrière moi.
« Hey! »

-

Il se retrouve face à un colosse qui le domine d'une tête et demi. Sans attendre le jeune homme se défait de la prise en tournant sur lui-même puis profite de son élan pour frapper dans le genou, sur le côté. Un crac sonore retentit mais par une volonté impressionnante le second homme en noir ne tombe pas au sol et réussit à donner dans la foulée un coup de poing direct en direction du nez. Le jeune homme se baisse et bloque avec l'avant-bras puis donne un uppercut au plexus. Son poing se heurte à une plaque de métal et il s'y défonce un doigt. Les poursuivants sont vêtus de plastron en fer, résistant aux balles... Fier de son petit effet de surprise le titan rigole et frappe de sa deuxième main, cette fois le coup fait mouche et le poursuivi est projeté dans les airs tandis que tout l'air contenu dans ses poumons est comme aspiré vers l'extérieur. Il chute et rebondit au sol, sa tête heurte le toit du bâtiment et ses yeux se troublent un instant. Il réussit néanmoins à reprendre le contrôle de lui même et à se redresser. Dans un excès de courage ou de folie le jeune homme se rue sur son adversaire, prend appui sur le genou et donne un coup avec le sien dans le nez de l'homme en noir qui tombe en arrière et s'écrase dans un bruit sourd. Le toit craque sous l'impact puis c'est le silence totale avant la catastrophe. Les poutres qui soutiennent le toit se fendent les unes après les autres et le tout s'effondre dans un bruit assourdissant. Un rideau de fumée s'élève.

-

Je me retourne d'un coup encore en garde et me retrouve face à Mike, un gars qui fréquente la salle de boxe voisine, il est réputé pour être violent et pour ne pas retenir ses coups. Il semble décider à me montrer que ma victoire de la dernière fois n'était que le fruit du hasard. Il porte un survêtement gris, sweat à capuche. Il monte sur le tatami et se met également en garde, ses poings sont recouverts de deux gros gants de boxe, il fait une bonne tête de plus que moi et ses épaules sont bien plus large. Mes expressions passent de la surprise à la concentration, je ne compte pas me faire mettre à mal sans réagir.
Mon regard suit ses déplacements, il bondit de gauche à droite dans des petits sauts réguliers. J'essaye de comprendre le rythme qu'il prend pour l'utiliser contre lui. Ses poings fendent l'air encore hors de portée. Il ne cherche qu'à me provoquer et me pousser à attaquer n'importe comment. Plutôt que de rentrer dans son jeu je recule un peu ma jambe arrière et met une main devant mon nez, à moitié ouverte, l'autre fermée mais pas serrée à une vingtaine de centimètres de la première.

-

Lorsque la fumée disparaît on aperçoit deux personnes collées l'une à l'autre, les deux plaquées au sol. L'un est plus petit et il a réussit à tomber sur le grand. Il se relève, un peu sonné par ce qui vient de se passer puis reprend ses esprits et sort en courant par la porte ou du moins pas l'une des maintenant nombreuses entrées du bâtiment en ruine. Le choc a été d'une rare violence et nul doute que le jeune homme serait mort s'il n'avait pas eu le corps de l'autre homme pour amortir sa chute, bien que plus dure qu'un corps normal à cause de l'armure cela reste quand même mieux que rien. Se retrouvant à nouveau dans l'obscurité de la ville, la tête entre ses mains l'homme court d'une démarche titubante. Ses pas le mènent cependant sur une route qu'il a l'air de connaître et d'emprunter souvent. Derrière lui des cris et des tirs se font entendre mais il ne ralentit pas, ou plutôt il n'en semble pas conscient, trop sonné par ce qui vient de lui arriver.

-

Il attaque le premier; sans attendre je me fends sur le côté, place une main sur son épaule et passe dans son dos, espérant pouvoir l'y frapper. Mais il réagit vite et je me retrouve à nouveau face à lui. J'avance ma jambe gauche, rapproche l'autre et lève mon pied pour frapper dans l'estomac. Il ne bouge pas et encaisse sans broncher, j'enchaîne les coups de pieds en continu, mawashi-geri, le coup de pied circulaire à gauche et à droite, permettant ainsi de gagner en l'amplitude et donc en force. C'est une technique courante contre les adversaires qui n'ont pas l'habitude de pratiquer la saisie, ils ne peuvent qu'esquiver ou encaisser des coups qui deviennent de plus en plus forts. A l'inverse si ils décident de réduire la distance pour éviter les coups c'est moi qui passerait en saisie, les empêchant ainsi de frapper. Seulement il ne réagit pas du tout comme je l'escomptais et se saisit de ma jambe en la bloquant avec ses deux bras. Il se met à tourner sur lui-même et je suis obligé de suivre tant bien que mal le mouvement. Il me lâche au moment où je décolle du sol et je me retrouve propulsé dans les airs. Je touche le sol avec les épaules et réussis à rouler puis à me relever, je lève les yeux et aperçois mon adversaire qui me fonce déjà dessus poing levé pour donner un crochet du droit, plus le temps de reculer pour esquiver, va falloir réagir.

-

Au loin, un portail donne sur une grande maison encore éclairée qui semble être la destination finale du jeune homme. Seulement la distance est encore importante et les chances qu'il l'atteigne sont extrêmement mince et diminuent à mesure que les poursuivants gagnent du terrain. Un tir retentit et un fin cylindre sombre rase la tête de l'homme, lui laissant une entaille dans la joue, le sang coule et se mélange à la boue et à l'eau qui recouvre son corps. Le jeune homme tourne la tête pour voir ses poursuivants, ses yeux qui avaient toujours été le reflet de son égo presque démesuré ne révèlent plus maintenant que la peur de la mort qui le poursuit, les pupilles sont dilatées, les larmes coulent à flot le long sur son visage, ses cheveux bruns sont recouverts de boue et de poussière. Il n'a plus rien à voir avec le garçon de bonne famille qu'il était il y a seulement quelques jours.

-

Je saisis sa manche près du poignet avec la main gauche et pose mon autre main sur son avant-bras, au niveau du creux du coude, mon bras est dans le prolongement du sien. Pendant ce temps je fais un demi-tour en arc de cercle au sol et finis en Tai-Otoshi, un fauchage du judo qui est plus qu'efficace quand l'autre est déséquilibré. Je finis le mouvement en tournant les épaules et il s'effondre au sol. Je ne lâche pas son bras et profite de sa surprise, visiblement il ne s'attendait pas à tomber, pour placer mon mollet contre sa gorge et l'autre jambe sur son torse. Puis je me laisse tomber au sol et le maintient en clé, Juji-gatamé, la clé caricaturale du judo.
Il n'a cependant pas envie de me laisser le dominer aussi facilement et par un effort de volonté parvient à se redresser et à me soulever du sol à la seule force de ses bras, l'un auquel je suis accroché, l'autre main placée au niveau de ma garde. Je préfère lâcher plutôt que de me retrouver projeter comme tout à l'heure.
Me voyant au sol juste à côté de lui il tente de me mettre un coup de pied dans l'estomac que j'évite en roulant sur moi même. Je parviens à rouler un peu plus loin et à me relever. Marre de la jouer enfant de chœur, c'est partit pour la baston.

-

Ses pieds se rencontrent et le jeune homme tombe au sol, s'étalant de tout son long sur la route, il s'écorche les bras mais ne s'en soucie pas et réussit à se relever et reprendre sa course, les hommes derrière lui ne sont plus qu'à quelques mètres quand il arrive enfin au grand portail de la demeure familiale. Il tente de l'ouvrir mais celui-ci est fermé à clé, sans attendre il s'élance et l'escalade. Lorsqu'il atteint le sommet une balle vient lui perforer le mollet et il hurle de douleur en lâchant prise, il tombe alors dans le jardin en se prenant la jambe entre les mains. Aidé de l'énergie du désespoir il se met à ramper, puis parvient à se lever et à boiter vers la maison. Derrière lui les hommes en noir lui hurlent après et secouent le portail pour l'ouvrir, les lourdes armures les empêchant de grimper.

-

Je me rue sur lui, les jambes un peu fléchies les mains remontées au niveau du visage, il décide de frapper mais son coup manque de vigueur, comme s'il se doute que je vais esquiver, au contraire je m'approche encore, encaisse le coup dans l'estomac mais en profite pour lui coller un direct au visage. Il ramène de suite son poing et frappe avec l'autre main en direction de mon nez, je me déplace et penche la tête, la main me rase de peu et j'en profite pour enchaîner trois coups dans le ventre, mes coups semblent sans effet contre une masse comme lui. Je me rends compte trop tard qu'il n'a pas ramener sa main je tente de me déplacer mais il parvient à me saisir le cou par derrière et je vois son autre main filer droit vers ma tête. J'interpose mes mains croisées devant mon visage mais le coup est rude et je sens la douleur se répandre en même temps qu'un liquide rouge coule sur mon visage depuis mon nez. Surpris de me voir saigner il reste en position une seconde, une de trop, je saisis son bras et passe une main dans son dos puis le balance au sol, O-goshi. Je l'accompagne au sol et je sens l'air se vider de ses poumons au moment où je lui tombe dessus. J'en profite pour le frapper dans l'estomac d'un coup de coude avant de m'écarter de lui.
Il se relève et semble indemne, quel monstre! Seule sa respiration est plus haletante, de mon côté c'est pareil mais le coup au visage m'a quelque peu sonné, je vais devoir abréger car je ne pourrais pas l'avoir sur la longue durée, il est clair qu'il est plus endurant que moi. Seulement je vois bien que c'est aussi son intention, il commence à se lasser du combat. Il se lance vers moi et j'en fais de même. J'esquive sans mal le coup et parviens à le frapper en uppercut au menton. Mais je ne me rends compte que trop tard que sa première main cachait un second coup et c'est pour ça que j'ai si facilement percé sa garde. Je me mange un crochet en pleine mâchoire qui m'envoie rouler au sol alors que lui reste debout. J'essaye de me relever mais rien à faire, le coup m'a complètement anéantit. J'ai juste la force de tourner la tête vers lui. Comment peut-il encore tenir debout après ça?

-

Le jeune homme parvient enfin jusqu'à la maison et il voit la lumière et la porte ouverte, ses larmes de peur se transforme en larmes de joie et il sourit de toutes ses dents. Il touche les briques de la maison et reste un instant à l'entrée de la maison. Un vieil homme le regarde avec des yeux stupéfaits, il en laisse tomber son cigare qui touche le sol en provocant des petites étincelles. Le jeune homme ouvre la bouche et prononce quelques mots:
« Père.... Aidez-m... »

Un énorme bang retentit et une balle sombre traverse la poitrine du garçon, une gerbe de sang vole et se repend au sol. Le jeune homme reste malgré tout debout et de son sourire figé se met à couler le liquide contenu dans ses veines. Il commence à glisser au sol, tombe à genou puis s'effondre, ses yeux troubles expriment une surprise sans nom...

-

Je le regarde dans les yeux, il fixe quelque chose droit devant lui puis me regarde et lâche un « Woh ». L'énorme masse commence soudain à glisser en arrière et il s'écroule au sol. Je m'inquiète un peu pour lui, une telle chute peut être dangereuse, surtout si la tête a touché le sol. Il avait l'air vachement sonné. Je m'éclaircis la gorge et lui lance:
« Hey, ca va? »

Pas un bruit pendant de longues secondes puis une réponse se fait entendre:
« Ouais t'inquiètes il en faut plus pour m'avoir... » Il marque un temps d'attente puis continue « Tu te débrouilles pas mal pour un débutant malgré tout! Hé hé »

Je roule sur le dos et fixe le plafond puis lui répond: « Te la joues pas avec moi, on est tout les deux dans un état pitoyable, pas mieux l'un que l'autre. Mais à part ça je te retourne le compliment. »

Finalement nous restons là pendant de longues minutes à discuter de tout et de rien en fixant ce toit et en écoutant la pluie qui tombe...

-

J'émerge dans un monde étrange, je suis dans une grande ville au plein milieu d'une foule de gens habillés selon une mode assez ancienne. Les femmes sont pour la plupart vêtues de robes très serrées au buste et amples en dessous du bassin. Les hommes au contraire ont plutôt tendance à porter des vestes assez longues et des redingotes, avec en-dessous des chemises aux manches bouffantes, des pantalons très serrés et des bottes, bien entendu le chapeau et la canne semblent de rigueur. Je n'échappe d'ailleurs pas à la règle et c'est la première fois que je me retrouve à Dreamland dans une autre tenue. Je porte une redingote noire, d'une propreté impressionnante, les boutons sont en or et j'enfonce mon ongle dans l'un c'est du vrai or et pas du plaqué. Sous ma veste je porte une chemise blanche qui bouffe légèrement au niveau des poignets mais sans pour autant que ce soit trop ou gênant. J'ai un pantalon aussi noir que ma veste et des bottes de la même couleur, j'ai moi aussi droit à l'un des chapeaux haut de forme comme ceux des gens qui m'entourent. Je me fonds dans la foule en me glissant entre les gens qui avancent trop lentement pour moi. Je suis tellement entouré que je ne vois même pas où je vais et je finis par déboucher en plein milieu de la route, j'ai juste le temps de bondir en arrière pour éviter un carrosse lancé à pleine vitesse.

En reculant je percute quelques personnes et des grognements s'élèvent, je préfère faire profil bas et retourner parmi les gens en gardant le chapeau baissé. Je sors mon paquet de carte et envois les cartes d'une main à l'autre pour m'occuper. Au bout d'un moment j'arrive sur une place et les cris de nombreux enfants parviennent à mes oreilles « Demandez le''Temps d'une nuit''! Vingt cinq E.V. Seulement! Attentat dans la maison Guile! Le fils héritié est-il mort?! La folie du jeu aura-t-elle eu raison de lui?! Demandez le ''Temps d'une nuit''! » De tout côté des jeunes enfants portant des guenilles sont là, à crier en tout sens. Soudain quelqu'un me percute de plein fouet et la plupart des cartes que je tiens entre mes mains tombent au sol. Je me retourne vers celui qui a fait le coup pour lui apprendre à me percuter comme ça quand j'aperçois son expression, il est livide, comme si tout le sang avait reflué de sa tête, ses yeux expriment surprise et incompréhension. Il me saisit le bras et commence à me tirer sans m'accorder la moindre attention et chuchote pour lui même:
« Mais ce n'est pas possible... Je l'ai moi-même vu, il est mort... »

D'un mouvement de bras je me libère et il se retourne me regardant sans comprendre, je prends la parole:
« Monsieur, je ne sais pas qui vous êtes ni ce que vous me voulez mais croyez moi que je ne vous suivrais pas sans de bonnes explications, soyez-en certain!
- Mais, tu ne... Vous... Enfin, tu te moques de moi? » Répond-t-il d'une voix emplis d'une grande peur.

Je ramasse mes cartes, me redresse et décide de fausser compagnie à cet hurluberlu qui croit me connaître, je suis arrivé à Dreamland il y a assez peu de temps pour savoir reconnaître les gens que je connais ou non et il n'en fait assurément pas parti! Je commence à reculer pour me fondre dans la foule et m'esquiver mais il me poursuit tant bien que mal et se met à me crier:
« Non, ne pars pas! Tiens j'ai une idée, rejoins-moi à la marmite bleue dans une demi-heure, je t'expliquerais tout sur les Guile. Tu entends? Une demi-heure à la marmite bleue! »

Pendant qu'il continue de crier je m'écarte en reculant puis fais demi-tour et m'enfonce tandis qu'il continue de s'égosiller la voix, je n'ai absolument pas l'intention de me rendre à cet endroit que ce soit maintenant ou plus tard. Un nom retient cependant mon attention, Guile, je suis sur et certain de l'avoir déjà entendu quelque part... Mais ou? Je retraverse la place en colère, moi qui était plutôt discret pour l'instant, de nombreuses personnes ont remarqué ma présence et ce n'est pas dans mes habitudes de m'afficher publiquement ainsi. Je tourne la tête derrière moi pour voir s'il me suit et pousse un soupir de soulagement quand je suis sur que ce n'est pas le cas. Un choc à l'avant me surprend. Un garçon est au sol et tout ses journaux sont tombés. Encore une collision... Je crois que ca va finir par devenir une habitude. Je me penche et l'aide à ramasser son gagne-pain avant que celui-ci soit piétiné ou mouillé, il marmonne un petit « merci » en se hâtant de tout récupérer.

Je saisis l'un des journaux et la une attire mon regard, oubliant tout ce qui m'entoure je me relève sans plus prêter gare au garçon et reste à fixer la photo sans dire un mot. Une photo me représentant est en première de couverture, une photo de moi en tenue d'époque, livrée bleue claire, chemise blanche. Seul le haut du corps est visible. Cette photo est extraite d'un livret de famille car on voit des parties de corps de différentes personnes autour mais aucun autre visage, juste mon visage. Je suis pourtant sur de n'avoir jamais porté de tels vêtements ni d'avoir pris part à un rassemblement de ce genre, le nom écrit en gros au-dessus de la photo n'est d'ailleurs pas le mien mais la ressemblance porte fortement à confusion. Le garçon à mes pieds se relève et me lance:
« Hey, c'est vingt-cinq essences de vie si tu veux lire! » Il marque un court temps d'arrêt puis s'exclame: « Mais, nom d'une vierge mal baisée, t'es Gavin Guile! Celui que tout le monde croit mort! Oh putain c'est le scoop du siècle! »
Des gens commencent à se retourner pour voir ce qui provoque un tel déchainement d'émotion. Je saisis le gamin par l'épaule et plaque mon autre main sur sa bouche pour le faire taire tout en souriant d'un air idiot au gens. Ils me regardent un instant puis la plupart haussent les épaules avant de reprendre leur marche sans plus se soucier de moi ni du gamin. Je le saisis d'un main en lui écrasant les joues et pointe mon doigt vers son visage:
« Si tu parles tu es mort, si je suis bien Gavin Guile alors je saurais envoyer des gens pour s'occuper de toi et si je ne le suis pas alors je n'aurai aucun remords pour venir te trouver en personne et ainsi te tuer de mes propres mains. »

Je le vois blêmir sans savoir si c'est dû à la pression que j'exerce sur sa peau ou à la peur de ma menace. Je ne connais pas du tout le mode de vie de Gavin mais je suppose que pour qu'on en parle comme ca il doit être plutôt connu ou au moins issu d'une famille aisée. Pour vraiment motiver le gamin a se taire je le lâche en donnant un violent coup vers le bas qui le fait tituber puis me redresse et me retourne en fendant la foule, je ne suis pas un adepte de ce genre de menace mais avec tout qui se cumule je ferais mieux de ne pas me faire repérer de si tôt. En m'essuyant le front où coule un mélange de sueur froide et d'eau je me rends compte que j'ai gardé le journal du jeune vendeur qui ne semble pas presser de le récupérer. J'économise ainsi quelques essences de vie ce qui m'arrange quelque peu. Repérant un immeuble qui semble plutôt tranquille je m'avance dans une ruelle sombre et escalade une échelle en prenant soin de ne pas salir mes vêtements, de là je m'assoies sur la corniche à l'abri du bruit et des regards et commence la lecture:

« La nuit dernière Gavin Guile, fils de la prestigieuse famille Guile aurait été pris pour cible par de dangereuses personnes, de nombreux témoins l'ont vu courir dans la rue, en sang, une lueur apeurée luisant au creux de ses pupilles. Pour l'instant rien est sur et nous n'avons pas acquis la certitude que le jeune homme a péri de ses blessures. Cet accident serait également lié à l'effondrement de la bibliothèque du quartier qui était, heureusement, vide. Les enquêteurs se rendront en soirée chez la famille Guile pour mener une enquête plus approfondie. Tout laisse à supposer qu'il aurait été tué à cause de sa célèbre folie du jeu et de ses nombreuses dettes présumées impayées »

Je referme le journal en poussant un soupir de lassitude, cet article n'apprend rien de concret, du début à la fin ce ne sont que suppositions qui n'ont que peu de fondement. Comment pourrais-je faire pour en savoir plus... Dans ma tête s'impose immédiatement le visage de l'homme qui m'a abordé tout à l'heure mais je tente tant bien que mal de le repousser. Posant un pied contre le la barre verticale de l'échelle et entourant ma main d'un gant de trèfle pour la protéger des coupures je me laisse glisser jusqu'en bas et j'arrive en fléchissant sur mes jambes pour amortir la chute. Je fais disparaître les cartes et retourne dans la foule. Je suis sur que je pourrai en apprendre en feuilletant différents journaux ou en me rendant dans la demeure même de la famille. Seulement pour être intégrer plus facilement il serait préférable de rencontrer directement quelqu'un qui m'expliquera en détail la situation sans que j'ai besoin de m'impliquer dans l'affaire. Cependant l'homme en question m'a fait une impression si désagréable que je refuse d'aller le voir. Pendant que je réfléchis mes pas me mènent de petites rues en petites rues, suivant les gens autour de moi et lorsque je relève la tête je suis juste à côté de la marmite bleue... Je lâche un juron et rentre dans la bâtisse tête baissée, le chapeau enfoncé sur le crâne, j'en ai plus qu'assez de cette histoire et le meilleur moyen d'en être débarrassée sera de tirer ca au clair.

Je pousse la porte et une odeur de bière mêlée à du thé à la menthe m'emplit les narines. Je ne retiens pas une grimace de dégoût et lève la tête. Les murs sont sombres et semblent rayonnés d'une étrange lueur bleue. Le barman arbore une belle moustache bien taillée, il est majoritairement chauve et porte un veston rouge avec, en dessous, une chemise blanche. Il est bien entendu en train d'essuyer un verre avec un torchon. Derrière lui s'étendent, à gauche, des dizaines de milliers de bouteilles dont des alcools que je n'ai jamais vu et que je n'aurai jamais cru qu'ils pouvaient exister. Cela va de la liqueur de groseille à celle de frelon, de la vodka simple à une boisson indiquée à cent-vingt degrés. Je ne préfère même pas imaginer le goût qu'elle doit avoir... De l'autre côté, à droite donc, s'étendent un nombre incalculable de boite portant chacune le nom d'un thé d'un goût différent, certains sont similaires: je doute de pouvoir faire la distinction entre un thé aux cerises nordiques d'été et un aux cerises sudistes de printemps. Je regarde les gens dans la salle, certains ont l'air plus que louche d'autres semblent venus ici juste pour savourer une boisson introuvable ailleurs. Je repère enfin mon étrange interlocuteur qui est assis au fond et qui me fait des signes d'une discrétion affolante. C'est à dire qu'il a les mains autour de son verre et que de temps en temps il agite l'un des bras comme s'il tentait de chasser une mouche particulièrement collante tout en me fixant dans les yeux.

Je secoue la tête et vais à sa rencontre, en passant devant le barman je commande une pinte, autant ne pas venir ici pour rien. Il est satisfait que je sois venu. Je m'installe et en profite pour le détailler rapidement, il a des favoris comme beaucoup de gens ici, les cheveux poivre-sel. Il a une redingote verte foncée tout comme le reste de ses vêtements. L'homme est un peu enveloppé, voir même assez rond et il a un chapeau melon. De temps à autre il s'essuie le front duquel coule abondamment de la sueur. Il jette un regard derrière moi à gauche, puis à droite, il veut être sur et certain que personne ne peut l'entendre, il soupire un instant, puis recommence à scruter autour de lui en hésitant. C'est bon, il a réussis à me mettre à bout, je sors le journal, le pose sur la table et pointe mon visage, enfin le visage du garçon qui me ressemble à s'y tromper et lui lance:
« Je veux des explications, immédiatement.
-Hum, tu as du lire l'article et à tête reposée (si ce sont les trois verres vides alignés à côté de lui qui le font dire ca ce n'est pas forcément rassurant) je peux dire que tu n'es pas Gavin. Il es certain que tu es son portrait craché, en tout point vous êtes identiques mais il a une façon de parler, une posture et une attitude que tu ne possèdes pas...
-... Je ne vous ai pas demandé de me justifier que je ne suis pas lui, ca je le sais assez bien moi même, je veux savoir toute la vérité sur cette affaire et sur ce fameux Gavin dont les journaux parlent! »

J'ai peut-être parlé un peu fort et le coup sur la table donné après ma tirade semble être de trop, les gens se tournent vers nous et je sens leur regard se poser sur moi. Je préfère ne pas tourner la tête pour éviter qu'ils ne me reconnaissent. L'homme en face de moi a définitivement perdu le peu de couleur qu'il restait sur son visage. Lorsque je sens que les choses et les discussions ont repris leur cours normal je lâche un discret:
« Alors? »

l'homme s'essuie à nouveau le front, s'éclaircit la voix puis se lance:
« Depuis quelques temps, Gavin Guile, fils de Dazen Guile et héritier direct de la grande famille Guile, passait un peu trop de temps dans certains endroits douteux. Il a ainsi attiré la méfiance et la colère de nombreuses personnes, à vrai dire de trop nombreuses personnes. Son père, mon employeur, est le premier à ne pas accepter une telle conduite. Personnellement je pensais que ca lui passerait avec l'âge et que ce n'était qu'une expérience de jeunesse (il sourit maladroitement et se met à faire tourner nerveusement son verre entre ses mains). Gavin a toujours été un gentil garçon, il adorait jouer au carte avec ses petits amis, il avait d'ailleurs un véritable don pour sentir le jeu! C'en était...
- Les faits!
- Désolé monsieur (tiens il me sert du monsieur maintenant, il doit être vraiment perdu...). Ou en étais-je? Ah oui, donc à force de trop jouer il s'est endetté de façon colossale et ne s'est rendu compte que trop tard de son erreur. Il a alors décidé de tout arrêter sur un coup de tête et de partir habité à Hollywood Dream Boulevard dans le but de devenir acteur! Seulement les gens n'ont pas vu ce départ d'un si bon œil et il s'est attiré les foudres de nombreuses personnes haut placées. J'ai reçu une lettre anonyme, Oh monsieur! C'est une honte d'écrire de telles choses entre gens civilisés! Hier soir les choses ont pris une autre tournure. Je dormais tranquillement dans ma chambre au troisième étage de la maison quand j'ai été réveillé par d'étranges coups de tonnerre à répétition. J'ai dévalé les escaliers et qu'elle ne fut ma surprise quand j'ai vu le cadavre de Monsieur Gavin étendu en travers de l'entrée! Du sang coulait partout sur le beau tapis, le garçon avait les yeux ouverts mais vides d'expression, vous auriez vu ca, c'en était bouleversant. Monsieur Dazen a renvoyé tout le monde à l'étage en hurlant de colère. Je ne l'avais jamais vu comme ca par le passé. Le lendemain tout était à nouveau en état, plus une seule tâche de sang sur le tapis, pas une goutte sur les meubles et pas la moindre trace de Gavin ou que ce soit. J'ai alors cru qu'il ne s'agissait que d'un mauvais rêve jusqu'à ce que je lise ces journaux. Puis je suis tombé sur vous, j'en aurais pleuré de joie si vous aviez été Monsieur Gavin. Malheureusement ce n'est pas le cas... Hélas... »

Il marque un petit temps de pause puis reprend d'une voix plus assurée comme s'il venait d'avoir une illumination:
« Mais Monsieur! Il faut que vous rencontriez Monsieur Guile! Je suis sur que ce pourrait être une solution à tout ces problèmes! »

Ces derniers mots sont presque prononcés en criant. Les gens se retournent encore et quelques uns commencent même à trouver cela carrément dérangeant. Le barman arrive, dépose ma boisson et, se penchant sur la table, demande:
« Gentlemen, pourriez-vous, je vous prie, baisser d'un ton. Ce capharnaüm importune les autres clients.
- Je ne comptais de toute façon pas m'attarder, ce monsieur se chargera de l'addition puisqu'il m'a si aimablement invité. Sur ce, bonne journée messieurs. »

L'homme au chapeau melon marque un petit temps d'attente, le temps nécessaire pour qu'il comprenne que je n'ai rien à faire de sa proposition de rencontrer son employeur. Il se reprend vite et se redresse, mains sur la table en même temps que je me lève.
« Mais! Vous ne pouvez pas! Enfin monsieur comprenez-moi! »

Remettant mon chapeau sur ma tête je sors du bar avec toute la classe possible pour quelqu'un qui vient de se faire remarquer en dérangent tout le monde. Une dernière phrase, lancée sur le coup de la colère me force presque à me retourner pour le planter sur place:
« Si vous ne venez pas de gré nous viendrons vous cherchez de force! Votre simple présence nuit à la grande famille Guile! »

Mais je retiens mes pulsions, habillé en gentilhomme je me dois de me comporter comme tel. Je jette un regard à droite puis à gauche et me rend compte que, même si j'ai appris quelques informations intéressantes, je ne suis pas plus avancé. Je ne sais pas du tout où aller et encore moins qui voir. Deux choses sont sures, je ne compte pas m'impliquer trop profondément dans le meurtre de mon sosie, j'ai déjà bien assez de mal tout seul dans une ville aussi peuplée et je suis maintenant sous la menace d'une famille qui a l'air plus que puissante, je comprends soudain la peur du gosse que j'ai menacé. Je prends sur la gauche et m'avance en marchant à contre-courant, jouant un peu des épaules. Les gens poussent des petits cris d'indignation mais je n'en ai que très peu à faire. J'ai besoin de passer mes nerfs sur quelqu'un ou quelque chose. A force de marcher j'arrive dans une sorte de marché couvert, des stands de toutes sortes s'étendent de part et d'autres, vendant des produits apportés de chaque coin de Dreamland. Les gens crient de toutes part, hurlant toujours plus forts que leur voisin et créant un brouhaha ambiant assez... Original.

Un stand semble cependant avoir bien plus de succès que tout les autres, un homme crie dans un mégaphone des phrases que je ne comprends pas et les gens sont tous tournés vers lui, sur le visage de chacune des personnes se lit une sorte d'admiration mêlée à de la peur. Je décide de fendre la foule pour savoir ce qui se passe. Seulement à force d'avancer les gens derrière moi se mettent à me pousser vers l'avant alors que ceux de devant n'en ont pas envie, je me retrouve comprimé entre différents groupe quand soudain quelqu'un devant moi s'écarte pour me laisser passer. Surpris je me retrouve encore plus propulsé vers le centre pour finir au beau milieu du cercle. C'est suffisant pour créer l'émotion parmi la foule et la joie du présentateur qui se lance:
« Et voici un nouveau concurrent prêt à croiser le fer pour s'opposer à Tony, notre champion du fleuret! Mesdames et Messieurs, on l'applaudit bien fort... »

Pendant qu'il continue son beau discours je tente de sortir du cercle mais les gens se sont resserrés et ils me repoussent vers le milieu en rigolant dès que tente de m'esquiver. Je lâche un soupir et me retourne, juste à temps pour voir une lame fondre vers moi. Me jetant en avant, j'effectue une roulade de fortune et me relève sous les « Ooooh » du public. Mon adversaire est un chat cauchemar très maigre, une longue cicatrice part de son oreille droite jusqu'à la base de son cou et il porte un béret vert. Le reste de ses vêtements sont en morceaux, raccommodés du mieux possible mais sans réel résultat. Il s'amuse à lécher la lame de son sabre d'escrime en me jetant des regards amusés. Je me rends compte à temps que le bout de la lame n'est pas pointue, on l'a recouverte d'un petit cube ressemblant à un bouchon de bouteille. Bon c'est une bonne nouvelle, au moins je ne risque pas ma peau dans ce jeu stupide. Je me retourne et saisis un sabre au hasard. Les gens poussent alors de viva et le commentateur repart de plus belle:
« Mesdemoiselles, je vous prierai de bien vouloir ne pas vous évanouir à la vue du sang. Notre nouveau challenger a choisit l'arme sans protection, s'il gagne il remporte donc le double de la mise indiquée! »

Je regarde mon arme sans comprendre puis me rends compte qu'il a bel et bien raison. Cette nuit c'est vraiment la totale... Je crois que c'est la première fois que j'enchaîne comme ca... Le chat retire lui aussi l'espèce de bouchon et le lance dans le public puis se met en garde. Il tient son arme de la main droite, moi de la gauche. Il parait que ca peut aider. Mais je n'ai jamais été un adepte du sabre, et encore moins des conventions de l'escrime, leur préférant les armes à feu ou le combat à main nue. J'imite cependant sa posture et effectue le salut dans les règles. Immédiatement après il me charge en donnant un coup d'estoc. Je réagis d'instinct, fais un pas de côté sur la gauche et pose mon épaule droite sur la sienne avant de rouler sur son dos pour me retrouver derrière lui. Les gens hurlent autour de moi et je commence à me prendre au jeu, faisant une révérence pour saluer le public.
Le chat ridiculisé se retourne et enchaîne des coups de tout les côtés. Je me contente de parer mais je vois bien qu'il a bien plus d'expérience que moi et il me fait reculer, je n'arrive pas à prévoir et suis forcé de réagir à chaque fois au dernier instant. Il finit par glisser sa lame dans la garde de mon sabre puis d'un mouvement sec vers le haut l'envoie dans les airs. Mais pas là où il l'aurait voulu on dirait. Je lève les yeux pour suivre la trajectoire de l'arme, puis les baisse pour regarder mon opposant qui croise aussi mon regard, nous arrivons à la même conclusion, si je n'attrape pas l'arme pour X raison, je suis mort. Dans un même mouvement nous nous lançons vers l'épée, il court plus vite que moi mais je suis un peu plus proche. Lorsque je crois pouvoir l'attraper je plonge en avant et arrive à quelques millimètres de l'arme.
Sauf qu'un poids me tombe sur le dos et je m'écroule au sol avant d'enchaîner avec une jolie glissade jusque dans les pieds de la foule en délire. Je me redresse et époussette mes vêtements, le chat me regarde, une arme dans chaque main, ce qui peut s'avérer assez dangereux car avec une il était déjà bien assez agressif. Je me met en garde de boxe, les jambes juste un peu fléchies pour pouvoir bondir et esquiver. Il me charge en donnant un coup descendant en diagonale. Je fais un pas en arrière, met mon pied sur l'arme pour l'empêcher de reculer et donne un coup de genou dans le ventre. Il fait un pas en arrière et l'arme au sol glisse sous mon pied. Elle est trop fine et souple pour que je la retienne. Il prend une posture d'escrimeur, une main au-dessus la tête, tenant l'une des lames, l'autre en avant, les jambes bien fléchies. Il donne un coup d'estoc que j'évite de peu en tournant sur moi même, immédiatement je me baisse pour éviter le second coup, me retrouvant accroupi à côté de lui.
Il donne un coup de pied pas très conforme aux règles de l'escrime (mais je ne peux pas trop lui en vouloir n'appliquant moi-même pas ces règles) en direction de mon bas-ventre, dans la position où je suis je ne peux que me laisser tomber en arrière pour éviter le coup et effectue une petite roulade qui me permet de me retrouver debout. Sans attendre qu'il se remette en garde je me lance sur lui, passant dans son dos. Je pose une main sur son épaule gauche et mettant mon pied droit en cuillère je provoque un mouvement de balancier qui le projette au sol. Il s'y étale de tout son long en laissant échapper un hoquet de surprise.
L'une des armes quitte sa main et s'envole. Je parviens tout juste à la récupérer lorsqu'elle redescend et la pointe sur sa gorge. Le public resté silencieux pendant toute la scène se met à crier de joie et les applaudissements fusent. Seulement au centre du cercle l'atmosphère est bien différente, le chat et le présentateur craignent tout les deux pour la vie du champion, car selon les règles je peux faire à peu près ce que je veux pendant ce combat, y compris m'occuper du chat et lui régler son compte. Je n'en ai cependant pas l'envie et je lâche l'épée puis lui tends la main qu'il saisit sans hésiter, heureux de rester en vie. Certains spectateurs crient leur déception mais je n'en ai pas grand chose à faire. Le présentateur reprends après son long silence:
« Mesdames et Messieurs, on applaudit bien fort le grand gagnant qui empoche la fantastique somme de... quatre cent essences de vie! Choisira-t-il de s'arrêter là et de partir avec les gains ou prendra-t-il la place de l'ancien champion et décidera-t-il de tout remiser après? Chaque victoire lui rapportant cinquante E.V! »

Je n'ai cependant même pas le temps de faire mon choix que trois hommes débarque au centre du cercle. Le chat ne se fait pas prier et fend la foule me laissant seul face à ces gars. OK on peut donc supposer que ce ne sont pas des enfants de chœur. L'un est immense mais le regard vide, il se contente de faire craquer ses doigts en riant bêtement, le second est, disons, plus normal du moins il fait une taille normale et il n'a pas l'air plus bête que la moyenne des gens. Enfin le dernier a un regard intéressant, il regarde partout, semble rechercher le moindre détail, il a une musculature assez développée et s'habille avec une classe certaine bien que ces vêtements restent modestes. Il ne fait quasiment aucun doute qu'il est le meneur du petit groupe et que ce groupe en a après moi pour une raison que j'ignore.
Sans un mot ils se répartissent autour de moi afin de m'encercler puis ils se mettent à me tourner autour en rond. D'un coup le gars moyen, pas le chef ni la grosse brute, me fonce dessus par la droite. Je lui saisis le col et d'un mouvement sec vers le bas l'envoie au tapis. Pas le temps d'attendre le colosse me donne un coup de poing direct en direction du visage, je me baisse, saisis le bras et le tord dans son dos, le maintenant en clé. Il pousse des petits beuglements de douleur, je n'ai cependant pas le temps de l'envoyer au sol qu'un « Attention! » lancé par une demoiselle dans le public me prend par surprise. Je fais demi-tour sans lâcher ma prise, forçant ainsi le colosse à tourner avec moi. Le gars que j'avais envoyé au tapis frappe de toute ses forces l'endroit où je me trouvais, soit désormais le plexus de son compagnon qui expire tout l'air contenu dans ses poumons. Je lâche la clé et pousse le monstre qui se heurte à son partenaire.
L'instant d'après ils sont à nouveau debout et le moyen a pris un des sabres qui était au sol, tout fier de son acquisition il sourit à pleine dent et me fonce dessus en donnant un coup d'estoc. Il semble avoir encore moins l'habitude de manier le sabre que moi car son coup est prévisible au possible. Je pivote sur moi même en posant une main sur la partie non tranchante de la lame puis donne un coup de pied dans son dos lorsqu'il me dépasse, il continue sa course qui ne s'arrête que quand il percute la foule.

Je me retrouve donc face au géant, le dernier membre du groupe ne semble pas décider à intervenir de si tôt. Le gars me fonce dessus, mains ouvertes, pour m'attraper. Au dernier moment son genou droit se tourne vers l'intérieur. C'est l'instant précis pour esquiver car il ne peut plus modifier sa trajectoire et il va baisser les mains. Sans attendre je fais un bond en arrière avant de me relancer en avant et de le percuter épaule la première. C'est suffisant pour arrêter net sa course et il reste immobile, le choc ne lui a rien fait. Moi de mon côté le contact a été suffisant pour me broyer l'épaule et je recule en me mordant la lèvre pour retenir un cri de douleur, putain mais c'est pas possible d'être aussi dur!
De son regard vide, l'autre m'observe sans comprendre ce qu'il m'arrive. Je fais un rond de bras pour vérifier que je ne me suis rien démis puis me lance sur la tour de muscle qui n'a pas bougé d'un millimètre. Prenant appuis sur son genou je vais placé ma main sur son épaule et me propulse au-dessus de lui. De là je saisis son col et me laisse tomber dans son dos, l'entraînant à grande vitesse vers le sol. Il s'explose par terre, rebondit une fois puis arrête de bouger. La foule se met à crier de joie et les applaudissements fusent. Déconcentré un instant je me met à saluer de façon théâtrale sans apercevoir l'homme qui se déplace dans mon dos. Un choc sur ma tête me prend par surprise et je m'effondre au sol. Je ne tombe pas de suite dans les pommes même si ma vision se trouble. Je regarde l'auteur de cet acte et croise le regard satisfait du meneur qui tient à la main un des sabres. Il a sans doute du me frapper avec la garde... Quel con...
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Nayki Shin
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MessageSujet: Re: Coup de bluff à Notting Hill Coup de bluff à Notting Hill EmptyVen 23 Mar 2012 - 21:40
Une grosse quantité d'eau me tombe sur le crane et je me redresse d'un coup en prenant une grande inspiration, les yeux grands ouverts. Puis la lumière de la pièce me frappe et je baisse la tête, la prenant entre mes deux mains et cachant mes yeux avec mes paumes. J'ai un mal de tête atroce comme si quelqu'un m'avait martelé le crâne pendant plusieurs heures à coup de batte de base-ball... Une seconde, que s'est-il passé déjà et comment se fait-il que je me retrouve là. Je fais un peu travailler ma mémoire qui a du mal à se mettre en route mais qui déverse toute une flopée de souvenirs plus ou moins agréables sans queue ni tête. Pendant que je ressasse mon passé, je commence à ouvrir timidement les yeux et n'aperçois que des formes floues, des mouvements, des couleurs assez chaudes comme du jaune mais pour l'instant rien d'autre. C'est bon je me souviens de tout! En particulier du dernier coup sur le crâne à l'aide de la garde d'un sabre...
En même temps je distingue de plus en plus nettement quelqu'un, l'homme du bar, lorsque ma vue se stabilise je baisse la tête, pose mes mains sur mon lit puis me propulse en avant poing levé pour frapper, je suis sur à plus de cent pour cent qu'il est impliqué dans cette histoire. L'employé de la famille Guile recule de quelques pas et met sa main devant son visage pour se protéger. Une main puissante m'attrape dans le dos alors que je ne suis plus qu'à quelques centimètres de lui, elle me tire en arrière et me ramène sur le lit où j'étais installé. Je tourne la tête et aperçois les trois gars qui se sont chargés de m'amener ici. Je commence à avoir une petite idée de ce qui se trame ici mais le mal de crâne n'aide vraiment pas à la réflexion. Une voix se fait entendre tandis qu'un homme entre dans la pièce:
« Eh bien, eh bien, eh bien! Quelle façon de traiter ses hôtes, si c'est là toute l'éducation que tu as alors nous ne sommes pas sortis de l'auberge mon garçon. »

L'homme en question est assez vieux, il a lui aussi des favoris mais ses cheveux sont blancs, d'un blanc pur et d'une couleur uniforme qui contraste avec sa peau parcheminée. Il porte un simple veston et une chemise. Le pantalon sombre assorti au veston. Il est mince, très mince, je dirais même maigre, de plus il porte à la bouche une pipe qui laisse échapper une odeur forte et agressive. Nul doute qu'il s'agit là de Dazen Guile dont m'a parlé l'employé. Pour le deviner il suffit de regarder l'attitude des autres personnes dans la pièce. Les trois gars derrière moi ne disent plus un mot et me fixent pour m'empêcher de faire une bêtise tandis que l'employé à la redingote verte baisse les yeux et se tient bien droit, les mains dans le dos, jambes serrées. Je ne m'étais pas trompé, cette famille est vraiment puissante, ca ne fait maintenant plus aucun doute. Il me trouve insolent? Je ne vois pas pourquoi je le contrarierai dans cette idée. M'affalant sur le lit, un pied posé sur le matelas et en appuis sur un coude je lui rétorque:
« Monsieur Guile (l'appeler pas son nom le fait tilter et il lance un regard assez significatif à son majordome qui blêmit). Je ne sais pas pourquoi vous m'avez amené ici bien que ma ressemblance avec votre fils doit y être pour quelque chose mais je peux vous assurer que si vous n'avez pas d'arguments assez convaincants pour me garder je me ferais un plaisir de vous fausser compagnie, à vous et aux trois rigolos derrière moi qui croient pouvoir me retenir. »

J'entends un poing se fermer et un mouvement sec effectué pour retenir l'un des gars qui me surveille. Dazen semble légèrement irrité de mon attitude, il doit avoir l'habitude de tout obtenir sur un simple claquement de doigt et ma réaction doit le contrarier lui et ses plans. J'ai deux gros avantages sur eux, d'une part ils ont besoin de moi, moi pas, de l'autre il me reste encore une carte à jouer... Ou pour être précis cinquante-quatre et ca ils n'en savent rien, je ne suis pas encore assez connu dans le monde des voyageurs pour que des habitants des rêves soient au courant de mon existence. Un petit sourire apparaît cependant sur le visage du noble qui sort une liasse de feuilles assez conséquente:
« Nayki Shin, voyageur manieur, il a en sa possession le pack of cards, arrivé depuis.... Oh bravo, un an depuis peu ! Félicitation ! Il a rencontré quelques voyageurs mais aucun de renom. C'est la deuxième fois qu'il vient au royaume de la table pentagonal mais la première qu'il le visite. Difficilement contrôlable car ne possédant que peu de lien avec les gens, il semble avoir tendance à s'engager pleinement dans une action lorsqu'il l'entreprend de son plein gré... Je continue ou c'est suffisant pour te prouver que je sais tout de toi? »

Il marque un instant de silence et je détourne le regard, ok je lui l'accorde il gagne le point haut la main. Mais il subsiste encore deux lacunes dans son plan et il les connaît aussi bien que moi, la première comment retenir un voyageur, la seconde comment motiver un voyageur à bosser pour lui. Plutôt que de lui rappeler la première, pour laquelle je suis sur qu'il a trouvé une solution aussi sadique pour moi que jouissive pour lui, j'attaque sur le deuxième problème:
« Avant de m'expliquer ce que je devrai faire pour vous.... Si, bien sur, j'en venais à travailler pour vous, qu'est ce qui pourrait me donner envie ou me forcer à le faire?
- Je pourrais te dire qu'il y a eu un meurtre, le meurtre de mon fils bien-aimé et que je ferais tout ce qui est en mon possible pour trouver le coupable afin de l'éliminer mais je doute que tu acceptes pour si peu, dit-il en souriant
- Non vous avez tout à fait raison, je ne travaillerai en aucun cas de plein gré avec quelqu'un qui m'a assommé et kidnappé parce que je ressemble à son fils.
- Je m'en doutais... Une autre source de motivation pourrait être l'argent. Je vous promet tellement d'essences de vie que vous pourrez vivre heureux pendant des millénaires! J'en ai les moyens, vous pouvez me croire! »

Je n'en doute pas un seul instant car les hommes derrière moi salivent presque à l'idée de tant d'argent entre leurs mains. Néanmoins je n'en ai absolument rien à faire et je ne me gène pas pour le faire savoir:
«  Aucune chance, raison suivante (il se mord un peu la lèvre de dépit, il semblait pas mal compter sur cet argument pour me retenir et peu enclin à dévoiler le dernier argument).
- La dernière raison est que j'ai réussis à récolter de nombreuses informations sur un endroit, introuvable pour celui qui ne le cherche pas où seraient cachées des informations et même plus sur ton précieux paquet de cartes. Il paraîtrait que ce serait là où il reposait avant que tu n'arrives et certains écrits disent que celui qui y arrivera gagnera un pouvoir inimaginable! »

Le vieil homme s'emporte lorsqu'il dit ca et je vois briller au fond de ses yeux une lueur de cupidité mêlée à de la démence. Dans les deux cas ce n'est absolument pas rassurant car rien ne me dit qu'il me donnera bel et bien ces informations une fois que l'affaire sera résolue, second point noir pourquoi ne va-t-il pas lui même récupérer l'objet? Je pourrai obtenir ces informations plus tard pas la peine de brusquer les choses et de laisser filer des possibles données sur mes cartes... Dans ma poche les cartes tressautent et battent une cadence étonnante. Elles semblent désireuses d'en savoir plus et leur impatience est contagieuse. Je me rends soudain compte que ca fait une bonne minute qu'il a finit de parler et qu'il attend une réponse. Je m'éclaircis la voix, le regarde droit dans les yeux, il ne sait pas du tout ce que je vais répondre et il en pâlit. Je vais jouer sur la corde sensible:
« Je suppose donc que mon ''travail'' consistera à remplacer votre fils, n'est-ce-pas?
- En effet, c'est exactement ca l'idée, mais à vrai dire ce n'est pas tout, pour rester le plus discret possible et ne permettre aucune fuite compromettante je vous demanderai également de mener l'enquête pour découvrir qui a assassiné Gavin, je ne peux bien sur pas me permettre d'employer un quelconque détective qui risquerait de se faire repérer et qui, pire encore, mettrait des années à boucler cette enquête, alors? me répond-t-il en souriant faiblement, il attend ma réponse et se retient de me forcer à la dire ou de me la demander directement.
- Donc je risquerai de me faire agresser et même tuer aussi bien si je joue parfaitement le rôle de votre fils que si je me fais démasquer... On est toujours d'accord?
- Ou... Oui c'est bien ca, il commence légèrement à suer et son sourire a disparu.
- Bon ok j'accepte, mais je veux toutes les informations que vous aurez trouver dès la fin de l'enquête. De plus je vous impose d'accentuer encore la collecte d'info pendant que je serais sous couverture. (il se met à sourire et retrouve peu à peu quelques couleurs, il sort un mouchoir et s'éponge le visage) Maintenant il faut s'occuper du dernier détail et pas des moindres... Je ne suis pas Gavin, il est peut être mon portrait créché sur le plan physique mais il doit y avoir des différences comportementales flagrantes entre nous. Votre cher employé ici présent c'est d'ailleurs fait une joie de me le faire remarquer. »

Un sourire ravi apparaît sur le visage de mon nouvel employeur, je vois briller dans son regard un petit reflet de vengeance. Il reprend la conversation en main et s'en réjouit:
« Oh mais ne vous inquiétez pas Monsieur Shin, ou devrais-je dire Gavin, tout à été prévu pour que vous deveniez mon défunt fils dans les plus brefs délais. »

Une goutte glacée coule dans mon cou... Je le sens très mal ce coup-là. Je ne préfère même pas imaginer ce qu'ils ont prévus pour moi... Le gars derrière moi me prend par le col et me met sur mes pieds d'une seule main. Puis ils se mettent tous en route et je suis le mouvement. Le trio qui s'est occupé de mon enlèvement sur la place public (je me demande comment ils ont fait pour ne pas faire d'ébullitions avec un enlèvement en pleine rue et devant autant de monde) se positionne autour de moi de façon à me forcer à suivre leur employeur. Ils n'ont pas encore confiance en moi et ils n'ont pas tout à fait tord, à la moindre occasion je me ferais un plaisir de les laisser en plan. Tandis que nous avançons j'observe un peu la maison tout en écoutant d'une oreille distraite les commentaires et idées farfelues de mon employeur.
Partout où mon regard se pose je ne vois que luxe et objets de valeur, le vieil homme a des goûts hors de prix et il aime le faire savoir aux gens qui visitent sa demeure. La plupart du temps la tapisserie est d'une couleur jaune-or assez tape à l'œil avec des motifs rouges sur le bas. La maison est éclairée par d'énormes lustres en hauteur qui sont allumés avec des ampoules en quantité affolante. Les vitres des fenêtres ont quant à elles des formes originales et toutes plus différentes les unes que les autres. Il y a cependant une certaine continuité car la plupart ont la forme d'oiseaux qui sont facilement identifiables aux couleurs donnés par les vitraux par exemple une magnifique pie aux couleurs noires et blanches est représentée en train de voler vers le ciel, les ailes dépliées.
« … Voilà en quoi consistera ton éducation. Tu es prêt? »

Et merde... Il a justement expliqué ce que je cherchais à savoir et me voilà comme un abruti obligé d'acquiescer pour ne pas paraître idiot. Je regarde autour de moi, nous sommes maintenant dans une grande pièce équipée de nombreux miroirs. Au centre trône une estrade sur-élevée d'une vingtaine de centimètres et un fauteuil luxueux de velours rouge est placé non loin. Mon ''père'' s'installe dedans et me désigne l'estrade sur laquelle je monte, faisant preuve de quelques réticences. Une porte s'ouvre et un homme faisant un mètre tout au plus entre, il arbore une moustache finement enroulée et des cheveux plaqués avec une quantité de laque impressionnante. Autre particularité physique, il est presque aussi large que haut et son costume noir semble avoir du mal à tenir en place. Il s'avance en faisant de petits pas rapides puis s'arrête juste à côté de moi, un bras en travers du ventre l'autre en appuis dessus, la main sous le menton. Il hoche la tête de droite à gauche. Il se met ensuite à tourner autour de moi et me fait fréquemment signe de ne pas bouger. Il tousse un peu puis s'exprime pour la première fois:
« Enlève-moi tout ca. »

Plus personne ne parle dans la pièce. Je le regarde en détail, le dévisageant légèrement puis réponds:
« Pardon?
- Oui oui, mets toi nu, pour corriger toutes les différences entre toi et Gavin je dois te voir sous toutes les coutures et avec tes vêtements ce n'est pas possible. Aller, aller! »

Je regarde encore le petit bonhomme, lève la tête vers Dazen qui reste impartial même si je sens dans son regard qu'il s'amuse beaucoup de ses petits effets. Derrière lui, le trio se retient tant bien que mal de rigoler, pouffant régulièrement. Mal à l'aises je retire ma veste et déboutonne ma chemise. Puis je l'enlève ainsi que mon pantalon, me retrouvant en caleçon, bien décidé à ne pas en enlever plus, je croise les bras sur ma poitrine. Au moins le hasard des vêtements aura été clément avec moi et mon caleçon est d'un noir profond, simple. Le petit homme me regarde des pieds à la tête et lorsqu'il comprend que je ne compte rien enlever de plus il me fixe dans les yeux. Il hoche la tête de haut en bas, je hoche la mienne de gauche à droite. Le nouveau venu s'enflamme alors et se met à rouspéter en tout sens tandis que je lui oppose mon non catégorique. Il est hors de question que je me mette nu devant six hommes, je suis prêt à beaucoup pour élucider ce meurtre mais ca pas. La conversation commence à tourner court Dazen le sent bien car il hurle:
« Assez!
- Mais monsieur! » Rétorque d'une petite voix celui qui m'observe sous toutes les coutures, il n'a cependant pas le temps d'en dire plus car Dazen poursuit:
«  C'est bien suffisant ainsi, le dénuder plus n'apportera rien même si j'espère pour ce jeune homme qu'il n'a pas été aussi mal servi par la nature que mon défunt fils, réplique-t-il avec un regard tout à fait significatif que je ne relève même pas, il poursuit avec le sourire aux lèvres. Je te laisse vérifier qu'il est identique dans les moindres détails... Et de son côté je laisse le soin à notre invité de nous donner sa parole qu'il se retiendra d'enlever ce bas en toutes occasions au cas où il y aurait des différences. »

Pour le coup je lui aurais volontiers claquer le clapet mais je préfère garder le silence au risque de me retrouver plus dévêtu encore. Le petit bonhomme est rouge de colère, il monte sur l'estrade, chausse une paire de lorgnons et commence à inspecter toutes les parties visibles de mon corps, allant de l'observation minutieuse de la couleur des yeux à la longueur des orteils. Je dois bien avouer que ce passage est assez pénible mais il peut s'avérer nécessaire. De temps en temps, il sort un petit carnet et en prends quelques notes d'une écriture totalement intraduisible pour une personne non-expérimentée. Lorsqu'il semble satisfait de son observation il recule, me regarde de loin et se tourne vers le maître de maison puis liste en lisant son carnet sans se soucier le moins du monde de ma présence:
« Il est plus petit que Gavin de un centimètre et demi, ses yeux sont un peu plus sombres. La couleur des cheveux est la même jusqu'à la racine donc aucun changement de ce côté là ni aucun autre sur le visage. Il est un peu plus musclé que l'était votre fils mais rien de choquant ni de facilement remarquable. Les proportions sont les mêmes en tout point ceci dit. Pour les plus petits détails Gavin a un grain de beauté au coude et trois sur la cuisse gauche ainsi qu'une tache de naissance en T sur la jambe droite tandis que Nayki l'a sur la gauche. C'est tout pour les détails physiques. Pour ce qui est des oreilles, la malformation génétique qui a donné à votre fils des oreilles aux bouts ronds nous arrange é-nor-mé-ment ! C'est vraiment un cas extraordinaire monsieur, vous êtes certain qu'ils n'ont aucun lien de parentés? »


Dazen relève la tête, me regarde dans les yeux et je lui réponds avec une lueur de défi, il flanche le premier et répond à l'employé:
« Certain, je le saurais si j'avais eu un tel bâtard... »

Le petit homme semble se rendre compte que le sujet peut assez vite partir dans des extrêmes non souhaités car il enchaîne à toute vitesse:
« Hum, donc pour les yeux je propose des lentilles tout simplement, il ne devra juste pas cligner des yeux trop vite pour éviter qu'elles ne bougent et que la différence se remarque, pour la taille il lui suffira de porter des talonnettes tandis que pour les grains de beauté ou les tâches de naissance j'ai là un produit tout à fait extraordinaire qui tient plusieurs jours durant, il ne craint que l'eau dans laquelle il peut disparaître en quelques secondes s'il est exposé directement.
- Dans ce cas vous reviendrez chaque jour l'appliquer. Ce jeune homme (il me fixe dans les yeux lorsqu'il prononce ces mots) se lavera bien sur chaque soir et sans protestations possibles, il aura donc besoin d'une nouvelle couche le matin.
- ... Bien monsieur. »

C'est une façon de me dire que mon nom, qu'il n'a pas cité une seule fois de toute la conversation, ainsi que mon statut de voyageur sont deux secrets à garder en toutes circonstances. Sur ce point je ne peux que le remercier même si ce ne doit pas être le but premier, je garde ainsi un avantage en cas d'agression qui tournerait mal. D'un claquement de doigt Dazen ordonne au géant d'aller chercher une chaise sur laquelle je m'installe. Sans attendre, mon changeur d'apparence se met à l'ouvrage et m'applique une crème sur la jambe gauche pour faire disparaître ma tache de naissance puis une autre avec un pinceau sur les endroits marquants des différences, il me tend ensuite une paire de lentille et m'explique rapidement comment les enfiler, je ne me fais pas prier et les met sur le champ. Ça pique au début mais je garde l'œil ouvert le temps qu'il m'a été ordonné puis cligne des yeux lentement. Il n'y a aucune différence de couleur pour moi mais quand je me regarde dans l'un des innombrables miroirs je m'aperçois que mes yeux se sont bel et bien éclaircies. Pendant ce temps le petit homme finit de faire le choix entre différentes tenues et il me demande de les enfiler. La chemise est la même que celle que je portais mais la veste est plus courte et bleue, d'un bleu profond dans lequel on se perd, le pantalon est de la même couleur et je passe à ma taille une ceinture blanche aux reliefs dorés, à mes poignets des boutons de manchettes dorés à l'effigie de l'emblème de la famille, une pie noire et blanche, le noir fait en jais et le blanc en diamant.

Cela pourrait laisser croire que c'est une famille de voleur et je ne doute pas que les membres de cette famille doivent avoir une sacré réponse pour pallier à ce stéréotype. Mes chaussures sont bleues elles aussi, forcément car on ne met pas de noir avec du bleu foncé, mais elles brillent, reflétant les lumières qui se posent dessus. J'enfile enfin deux gants blancs, souples, en cuir qui me vont parfaitement, tel une deuxième peau. Lorsque je me lève je me sens un peu plus grand mais sans que ce soit vraiment déstabilisant ou dérangeant pour la posture ou la démarche. Je jette un coup d'œil à Dazen qui a légèrement pâli, ses rides ressortent encore plus. Est-ce lié à la souffrance d'avoir perdu son fils qu'il retrouve sous ses yeux? Ou juste de se retrouver face à un fantôme vengeur? En tout cas ce n'est rien à côté du majordome qui a fondu en larme dès que je me suis redressé. Seul le trio reste impassible et le meneur lâche même un hoquet de dédain. Lui il peut être sur que je saurais m'en rappeler quand il devra faire semblant d'être sous mes ordres. Dazen fait un signe de la main et demande à poursuivre:
« La suite, Tonio. »

Le petit homme tressaute, pris en flagrant délit à observer son chef-d'œuvre enchaîne:
« Tu va maintenant devoir tout connaître de Gavin, ou au moins suffisamment pour pouvoir te coller au personnage le temps que durera le déguisement. Voilà l'histoire dans les grandes lignes, né le treize septembre 2004, (Il est vrai qu'à Dreamland les créatures des rêves vieillissent trois fois plus vite que les humains, il n'est donc pas étonnant que nous ayons l'air d'avoir le même âge) il a toujours vécu chez son père. Fils ainé puis unique à la mort de son petit frère il y a huit ans il s'est peu à peu renfermé sur lui même, ne faisant plus confiance à personne. Il n'a donc pas de vrais amis ou de proches confidents ce qui le rend plus facile à jouer. Il a toujours eu une passion pour le jeu qui s'est accru ces dernières années au point d'en devenir le centre de son univers. Trainant d'endroits louches en endroits peu fréquentables, il ne s'est pas fait que des amis, il paraitrait que malgré ses dettes importantes il est plutôt doué et adepte du bluff. Il a plusieurs fois été arrêté pour vol, majoritairement des bijoux. Il y a un mois il a décidé de quitter le milieu du jeu pour partir à Hollywood Dreams Boulevard, des personnes qui avaient pris en charge ses dettes ne l'ont pas vu d'un si bon œil et il s'est fait encore plus d'ennemis.
Passant les nuits hors de la maison, ne rentrant qu'aux petites lueurs du matin sans donner d'explications à personnes il reste enfermé dans sa chambre toute la journée. Passons maintenant aux détails quotidiens, il adore prendre de la vodka pure et il tient assez bien l'alcool, il est un grand amateur de plats épicés sans que ce soit non plus des véritables, pardonnez-moi l'expression, arraches-gueules. Il porte rarement des couleurs claires sauf en certaines occasions où elles sont de vigueur, peu enclin à discuter il paraît souvent distant et ne cherche pas la compagnie des autres, il a d'ailleurs la pique facile, selon moi il a une très haute estime de lui-même, peut être trop.
Ce qui peut lui jouer des tours peu... agréable dirons-nous. Je pense par exemple à la fois où il a provoqué le fils bagarreur des Donovas... Ça a faillit tourner à la catastrophe entre les deux familles sans l'intervention de Monsieur Guile. Ils sont depuis en froid et chacun cherche habilement à provoquer l'autre. Vous vous en rendrez très vite compte. Ah et accessoirement il n'en a cure des filles... Comme des hommes d'ailleurs, il préfère de loin rester seul. On m'a dit que vous aviez l'habitude de vous battre, il vous sera donc bon de savoir qu'il pratique la boxe anglaise depuis tout jeune ainsi que l'escrime et le tir au pistolet dans lequel il excelle. »

Il marque une petite pause avant de continuer, le temps de boire le contenu d'une petite fiole qui doit sans doute contenir un alcool fort au vu de ses paumettes qui rosissent immédiatement après avoir avalé le contenu, pendant ce temps je me dis que je n'ai aucune idée précise du passé du garçon et que sans plus de détails je devrai éviter ou au moins esquiver du mieux que je le pourrais les questions sur le passé de Gavin, ce qui ne va pas être simple car si certaines personnes me prennent pour un imposteur je risque d'être assaillit de ce genre de phrases. Tonio reprend:
« Bien passons maintenant à la posture, aux gestes, mimiques, bref aux habitudes corporelles de Gavin. Il utilise souvent une canne lors de ses déplacements dont il se sert pour montrer les choses ou les personnes. Celle-ci est un peu trop courte et il prend appuis dessus en se penchant largement dessus, tenue de la main droite il met l'autre sur sa hanche. Il porte le chapeau légèrement de travers, penché à gauche.
Quel que soit le lieu, sa tenue ou la situation il ne se défait jamais, et je dis bien jamais de son haut de forme noir, retenez le bien! Il a dans le regard un mélange de provocation pure et de dédain, regard que vous n'avez malheureusement pas. Il lève souvent un sourcil, le gauche dès que quelque chose retient son attention, cette habitude est à prendre d'urgence. Il se tient bien droit lorsqu'il n'est pas appuyé sur sa canne. Lorsqu'il commence une partie de poker il a la particularité de craquer ses doigts. Enfin il est droitier et fait tout de cette main... Y compris donner des coups (il appuie bien sur ce dernier mot pour me marquer, cette faille et ce tic ne passera pas inaperçu en combat. Au moins je suis sur que mes opposants joueront sur ce détail pour me piéger et je pourrais m'en servir, un mal pour un bien en résumé). Bien passons à la pratique, tout d'abord marcher. »

Il me dit de faire quelques pas vers lui et se met à reculer à mesure que j'avance. De temps en temps il penche la tête sur le côté ou s'arrête, me demande de mettre les épaules en arrière, ou de pencher un peu la tête sur le côté, d'allonger ma démarche de quelques centimètres, toutes sortes de détails insignifiants qui lui paraissent ô combien significatifs. Lorsqu'il semble satisfait il part à nouveau en courant, ou du moins en faisant ses séries de petits pas rapides. Je fais encore quelques pas puis m'arrête attendant son retour. Il ne tarde pas, un objet sombre entre les mains. Il s'arrête à un mètre de moi, me regarde puis s'exclame:
« Le dos un peu plus droit je vous prie (je m'exécute immédiatement et il continue); Bien voici la canne de Monsieur Gavin, elle fait un mètre, la poignée en forme arrondie et adaptée à la main est en plaqué or tout comme le sont les motifs qui se trouvent tout le long de la canne. Maintenant regardez bien, si je redresse la poignée tout en tirant sur le bois, une tige de métal sors de la base de la poignée et le bois s'enlève, révélant un authentique sabre d'escrime. C'est sans doute pour cela que Gavin gardait souvent sa canne sous le coude, une sécurité à tout instant qui ne lui aura malheureusement pas servi suffisamment. Bref, entrainez-vous donc à marcher avec (il me lance la canne et je me met à faire quelques pas avec); Bien voilà, c'est ca, envoyez-la le plus loin possible puis prenez appuis dessus. »

Il me demande ensuite de m'arrêter et de prendre la pose tant redoutée. J'essaye tant bien que mal mais rien à faire, je bloque. Il vient, corrige ma posture, seulement celle-ci est tellement inhabituelle que je ne parviens pas à la tenir plus de quelques secondes et encore il doit à chaque fois me remettre dans la bonne position que je ne trouve pas tout seul. Au bout d'une quinzaine de minutes le mouvement commence à rentrer mais tout le monde se l'avoue, je suis loin de le faire de façon naturelle. Tonio décide de passer à la suite plutôt que de s'attarder, trop de travail restant selon lui, la prochaine étape... Les règles de bienséances.
Cinq minutes plus tard je me retrouve assis à une table, un livre sous chaque bras avec interdiction de les faire tomber et devant moi assez de couteaux et de fourchettes pour tuer dix hommes. Dazen, Tonio, le majordome et moi sommes installés à une longue table recouverte d'une nappe blanche pour un repas. Mon professeur est à ma gauche et m'explique à chaque étape comment réagir ou plutôt comment réagirait Gavin car ce garçon est encore une fois en opposition avec les règles de la société, changeant de couteaux à des moments jugés inopportuns, buvant lorsque ce n'est pas demandé, ne se rinçant jamais les doigts et pleins d'autres manies de ce genre-là qui me posent légèrement problèmes, je ne peux même pas imiter les gestes de mes voisins de table. De temps à autre l'une des personnes de la table engage la conversation avec moi et je dois répondre comme si j'étais mon sosie. Cette situation atteint son apogée lorsqu'on sert le plat de résistance et que Dazen se lance:
« Alors mon fils il paraît que tu as encore passé une soirée à perdre de l'argent.
-Père, ne soyez pas si mauvaise langue, mes pertes ont franchement diminuées, à ce rythme vous ne serez plus ruiné que dans trois petites semaines (cet argument est d'ailleurs l'une des raisons qui me pousse à considérer le père comme l'un des principales suspects de cette histoire)... Et puis vous savez mieux vaut perdre en visant un glorieux avenir plutôt que de rester enfermer à pleurer sur les ruines de son passé.
-Le dos plus droit, pointes les gens du couteau quant tu lances une pique, n'oublies pas le sourire en coin, intervient l'homme à ma droite qui semble déjà avoir bien assez de mal pour voir au-dessus la table malgré ses trois coussins posés sur sa chaise.
-Petit insolent, c'est comme ca que tu traites celui qui t'a tout donné... Tu me coupes l'appétit. »

C'est le moment rêvé pour relancer une pique avec un événement du passé, je n'en ai cependant aucun sous la main, connaissant encore trop peu mon personnage et je suis obligé de me rabattre sur une boutade:
« Voyons père ne dites pas ca, au prix que vous a couté un repas de si mauvaise qualité ce serait dommage de le gâcher! (Piqué au vif alors qu'il sait pourtant que je ne fais que jouer un rôle, Dazen se lève de table et sors de la salle, je prends ce départ pour un compliment et souris en mordant dans un morceau de viande)
-Tiens si tu me parlais de ce qui t'ai arrivé hier soir, les gens se posent beaucoup de questions à ce sujet entame le majordome, cela fait trois fois qu'ils me posent la question mais mon histoire doit être parfaite et sans la moindre faille.
-Plante ton couteau dans la viande et fais le tourner sur lui-même pendant que tu expliques, n'oublies pas de raconter ca comme si de rien était. »

Le repas se continue ainsi, poursuivant sur des parties de poker que je suis censé avoir joué ou des duels d'escrime gagnés ou perdus pour voir comment je réagis. Petit à petit je réussis à m'infiltrer dans le mode de pensée de Gavin, et parviens à jouer sur des souvenirs que l'on vient de me donner pour en créer d'autres que je n'ai pas, sachant le commencement et le dénouement je peux deviner ses réactions qui ne paraissent plus si originales une fois que l'on rentre dans le personnage. Lorsque l'un des valets vient récupérer la tasse de thé placée devant moi Dazen revient dans la pièce, il est évident qu'il a suivit la conversation dans les moindres détails et même si son visage reste sérieux, ses yeux, eux, montre qu'il est plutôt satisfait du résultat bien que ce se soit en parti passer à ses dépends. Je lève un sourcil en essuyant ma bouche avec la serviette, Gavin ne laisserait pas passer une opportunité de se moquer de son père:
« Eh bien père, vous voudrez bien vous joindre à nous pour clôturer ce délicieux repas loin de votre compagnie? »

L'amusement disparaît du regard de mon faux-père puis il comprend que je ne faisais que sur-jouer le personnage pour le faire réagir. Fort de son erreur, il s'installe à la table un sourire gêné aux lèvres. Depuis trois petites minutes j'ai le bonheur de ne plus avoir le moindre commentaire de mon petit voisin. Je ne l'ai pas encore regarder mais j'espère intérieurement qu'il s'est étouffé dans son gâteau pour que les leçons s'arrêtent. Un bref regard m'apprend qu'il me fixe avec attention sans dire un mot et j'en déduis qu'il est à la recherche de quelque chose à me reprocher. Ce silence est mon second compliment, à nouveau silencieux, du repas. Tout le monde se lève de table dans un même mouvement, moi avec un léger temps de retard et le majordome prend de l'avance pour me montrer le passage de la main. Je n'ai aucune idée de l'endroit où ils ont pu dénicher un tel employé mais je dois bien avouer que, passer notre rencontre que nous mettrons sur le coup de la surprise, il s'avère apte à remplir toutes les fonctions qui lui sont demandées sans broncher. Sa posture toujours parfaite et ses gestes toujours contrôlés font qu'on ne le remarque pas forcément au premier abord mais que son absence, elle, peut se faire sentir.

Mes prédécesseurs me font descendre une longue série d'escalier après avoir passer une lourde porte d'une dizaine de centimètres d'épaisseur et la décoration change peu à peu, s'assombrissant jusqu'au moment où il n'y a plus de tapisserie et que seules les pierres nous séparent de l'extérieur. La lumière a également faibli et je ne sais pas si c'est pour créer une atmosphère de peur ou juste parce qu'ils ne voyaient pas l'utilité de tapisser les murs mais en tout cas le résultat final me rappelle mon premier contact avec Lost Shadow et je dois bien avouer que ce n'est pas le plus doux des souvenirs que j'ai eu ici. Ils finissent par s'arrêter, je ne sais pas du tout où nous sommes mais je sais à combien de pas je suis de la sortie, petit réflexe lorsque je suis mené quelque part. Devant moi il n'y a rien, à part du noir en quantité affolante, derrière moi la lumière provenant des escaliers. Quelqu'un appuie sur un bouton et je préfère faire un pas en arrière le plus discrètement possible. Ce n'est pas parce qu'ils ont besoin de moi que je leur suis indispensable et je ne compte pas l'oublier. Seulement ce n'est pas un quelconque piège qui se déclenche mais une série de lumières qui s'allument les unes après les autres, éclairant une longue pièce au bout de laquelle se trouve des cibles. Je comprends alors mieux pourquoi nous sommes descendus, il est évident que pour des raisons sonores une telle pièce mérite de se trouver sous le sol et entourée de pierre pour stopper le son.

Dazen s'approche de moi et d'un mouvement sec lève un objet brillant qu'il pointe sur mon front sans que j'ai le temps de réagir. Je fais immédiatement un pas sur le côté en regardant l'objet, un revolver mais pas n'importe quel arme qu'on peut trouver dans le commerce, il s'agit d'un six-coups de toute beauté, le canon fait une trentaine de centimètres mais à la posture de son porteur il semble parfaitement équilibré. Lâchant la crosse de l'arme et ne le retenant plus que par la gâchette, l'arme pivote vers l'avant et il me la tend. Je saisis l'arme et me met à l'observer minutieusement, la crosse a une forme est optimisée pour une meilleure prise en main par son possesseur légitime et elle se moule parfaitement dans la mienne lorsque je la prends. Celle-ci est d'ailleurs entièrement faite en ivoire avec dessiné de chaque côté la pie familiale, Gavin semblait peut être désireux de couper les ponts avec sa famille mais il affichait partout qu'il en faisait parti. Le reste de l'arme est parfait, d'après le peu de connaissances que j'ai des armes il s'agit là d'un Smith&Wesson à six-coups mais je suis incapable de dire de quelle version il s'agit. Je fais doucement tourner le barillet, cinq des chambres sont chargée et le dernier est remplis d'un billet de cinq dollars hollywoodien selon la vieille tradition des cow-boys qui justement ne remplissaient pas l'une des chambres pour ne pas se tirer une balle dans le pied et qui mettaient à la place un billet de cinq dollars au cas où ils mourraient au cours d'un duel. Dazen m'explique rapidement:
« Il s'agit d'un Smith&Wesson Model 29 que j'ai fais venir d'un film américain de Hollywood Dream Boulevard, il m'a couté une petite fortune alors fais-y attention. Gavin l'aimait beaucoup et il considérait qu'il lui portait chance. La nuit dernière il l'a pourtant laissé dans sa chambre pour une raison que nous ignorons encore, ce n'est pas dans ses habitudes. Je te laisse l'essayer, tu dois être capable de toucher toutes les cibles d'affilées sans la moindre erreur. Il est assez... Puissant, capable d'atteindre avec une précision relative une cible à cinquante mètres, tu ne devrais donc pas avoir de problèmes pour en atteindre à vingt. »

Je m'approche de la ligne blanche au sol, enlève ma veste, mon chapeau, pose ma canne et me met en position, la jambe arrière en barrage pour éviter le recul de l'arme, la main droite sous la crosse pour soutenir la main gauche. Les deux mains pour l'instant le long du corps je les lève soudain, vise pendant une courte seconde et tire dans la cible en face de moi. Le recul est cependant plus fort que ce à quoi je m'attendais et mes deux mains se lèvent de concert. Je jette un regard à la cible, je l'ai ratée, mais de peu et ma balle est à une dizaine de centimètres du cercle extérieur. En temps normal j'aurai tiré avec la main gauche et j'aurai sûrement réussis à atteindre la partie extérieur de la cible mais là je dois changer toutes mes habitudes et les résultats ne sont pas au rendez-vous...
De plus l'arme est assez ancienne et sa précision est de loin inférieure aux armes à poing avec lesquels j'ai l'habitude de tirer. Je réarme le chien, relève les mains et tire un second coup, beaucoup plus proche du cercle extérieur cette fois mais ce n'est pas encore ca. Je tire ensuite plusieurs coups d'affilés, parvenant par deux fois à atteindre le cercle extérieur mais jamais la partie centrale de la cible. Je n'imagine même pas ce que ce sera si je dois enchaîner ainsi cinq cibles, et encore là les cibles sont assez proches, si je dois toucher quelque chose de beaucoup plus éloigné ca va devenir très vite une catastrophe. Avec une carte je serais sur de l'atteindre pourtant... Et pourquoi pas d'ailleurs, en tant que joueur de poker les gens comprendront le design original de mes balles et cela passera plutôt inaperçu. Je me tourne vers le majordome sans accorder un regard à Dazen qui jubile de me voir échouer à un tir qu'il considère comme simple, je demande:
« C'est possible d'avoir une lime pour le canon?
-Hum oui, je crois, je vous apporte ca tout de suite monsieur, répond le premier homme que j'ai rencontré parmi les gens ici présents.
-Qu'est ce que tu veux faire avec une lime? si tu enlève les spirales à l'intérieur la balle va flotter à l'intérieur du canon et tu va perdre en puissance et en précision, c'est ridicule, intervient mon employeur.
-Plutôt que me donner des conseils, passer moi ce que je demande et apportez moi cinq balles neuves. »

Je ne donne pas plus d'explications et attend qu'on m'apporte ce que j'ai demandé assis dans un coin en sifflotant, lorsqu'on m'apporte le matériel je commence par enlever les anciennes balles en les tirant n'importe où et de préférence hors des cibles puis je me met à lisser les bords intérieurs du canon qui, même s'ils permettent de faire vriller la balle et d'augmenter sa vitesse l’abîment également et ce n'est pas ce que je veux. A l'aide d'une lime je finis par obtenir un canon lisse correspondant pile à la taille souhaitée. Le canon est ainsi plus grand qu'avant, je m'occupe ensuite d'augmenter légèrement la taille des chambres en les limant également pour qu'ils soient à la même taille que le canon. Je récupère ensuite les cinq balles, puis sors cinq cartes, des trèfles.
Je les rétrécie jusqu'à ce qu'elles atteignent la largeur des balles et les enroulent autour en les collant du mieux possible. Les balles sont donc plus larges qu'avant et elles passent parfaitement dans la chambre et le canon. Je me redresse, vise la cible la plus à gauche et tire, à peine la balle est-elle partie que je tire dans la cible suivante et ainsi de suite jusqu'à la cible au bout de la rangée. De façon imperceptible, je modifie la trajectoire de la balle afin qu'elle atteigne le centre mais je vise suffisamment de moi même pour que ce ne soit qu'une petite correction et que les gens n'y voient que du feu. Une fois que je suis sur que mes balles ont fait mouche je souffle dans le canon de l'arme, fais tourner l'arme autour de mon doigt et me retourne, satisfait de ma performance, vers mes observateurs. Deux d'entre eux sont bouche bée, le majordome et le petit Tonio tandis que Dazen semble satisfait du résultat, il ne semble même pas étonner et sa connaissance des capacités de mon jeu de carte commence légèrement à me poser problème... Sans attendre de commentaires de leur part je vais chercher mes balles et retire les cartes qui les entourent avant de les laisser tomber au sol. Je retourne ensuite les voir et attends un commentaire, c'est le petit homme qui prends la parole:
« Reprends donc une fois la pose avec la canne. (je vais chercher mon chapeau et la canne puis m'exécute) Un peu plus penché, voilà c'est ca (il hoche deux-trois fois la tête). C'est pas mal, c'est bon monsieur Guile, pour moi il est prêt! »

Dazen hésite un instant, me regarde de haut en bas comme s'il me regardait pour la première fois puis hoche la tête et déclare:
« Pour moi aussi ce sera suffisant, je pensais que tu te débrouillerais mieux que ca au revolver mais bon... N'oublies cependant pas de préparer tes balles à l'avance. Ce serait bête d'être à court et de te mettre à tirer comme un manche.
-Tiens voici de quoi attacher ton arme à ton buste, il sera ainsi invisible aux yeux des autres tant que tu ne te mettras pas en chemise et il reste facilement accessible. Si nous ne te donnons pas de leçons d'escrime c'est parce que d'après certains qui ont pu t'observer tu sembles prêt et tu as un style tellement différent de celui de Gavin que nous ne pourrons y remédier. » Intervient Tonio.

Je me saisis de l'objet qu'il me tend, semblable à ceux que les policiers portent, l'ensemble de sangle se noue par-dessus une épaule puis passe en dessous le bras gauche. Une seconde sangle fait un tour autour de l'épaule gauche. Les deux se rejoignent au niveau d'une poche pour ranger mon arme. Une fois que j'ai installé ce système j'y glisse le Smith&Wesson et remet ma veste. Je fais quelques mouvements, à part un poids supplémentaire sur le côté gauche, je ne sens presque pas la présence de l'arme et j'ai encore toute ma liberté de mouvement. Une fois que je suis de nouveau habillé le petit comité prend la route vers la sortie et je m'efforce de marcher en adoptant la démarche de Gavin, en envoyant la canne bien loin et en allongeant mes pas. Arrivés en haut, Tonio me tire sa révérence ainsi qu'aux autres membres du groupe puis récupère ses affaires et s'en va. En quelques heures ce petit homme a fait de moi le sosie d'un mort en tout point et à vrai dire, même moi je n'aurais pas cru atteindre un tel niveau de ressemblance en si peu de temps. Bien maintenant que tout ces soucis de conformité sont réglés je vais pouvoir m'adonner entièrement à l'enquête, premièrement le lieu du crime.
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Nayki Shin
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MessageSujet: Re: Coup de bluff à Notting Hill Coup de bluff à Notting Hill EmptySam 24 Mar 2012 - 10:43
Faussant aussi discrètement que possible compagnie aux cinq hommes je me dirige vers l'entrée pour voir s'il n'y a pas des traces de sang. A ce qu'on m'a dit il s'est pris une balle, si celle-ci lui a été collée par son père alors il y a des chances qu'il y ai eu des projections de sang dehors si la balle a traversé son corps, au contraire s'il a été tué par derrière alors on peut croire que le meurtrier direct du fils n'est pas le père. Je pose la main sur la poignée de la porte et l'ouvre pour avoir une meilleure vue d'ensemble. Je tombe alors sur deux policiers, tout deux vêtus des traditionnelles tenues d'officiers londoniens, l'un s'apprêtait à l'instant à frapper à la porte et il reste un instant à me regarder le poing levé, la surprise de voir la porte s'ouvrir à cédé la place à la surprise de se retrouver face à un présumé mort. Le casque noir arrondi sur le sommet, un insigne indiquant leur fonction à l'avant, ils portent une cape noire fermée devant par quelques boutons et ont en dessous un costume, noir également, que pourrait envier de nombreuses personnes. A leur ceinture pend une matraque, ils me montrent leur insigne et l'un tousse un peu puis demande après s'être remis de sa petite frayeur:
« Officiers de fonction Patt et Damon, nous aurions quelques questions à vous poser au sujet de ce qui s'est passé hier. »

Réagissant au quart de tour, tellement habitué à répéter cette partie de mon rôle je m'écarte en leur montrant l'intérieur de la main:
« Bien sur officiers, mais nous n'allons pas discuter sous la pluie, entrez donc.
-Merci bien, je dois bien vous avouer que nous ne nous attendions pas vraiment à vous voir ici, des mauvaises langues auront racontés que vous êtes mort.
-Mort? (Je hausse un sourcil) Il est probable que je passe trop peu de temps sous notre beau soleil (je pointe du doigt les gros nuages noirs desquels se déversent des torrents d'eau) et que je sois un peu pâle mais en aucun cas je n'ai passé l'arme à gauche. Merci de vous en inquiéter, officiers. »

Légèrement gênés de la tournure des évènements et par la façon dévalorisante dont je prononce mon dernier mot, ils entrent sans ajouter un mot. Je referme la porte derrière eux et appelle le majordome pour qu'il s'occupe d'eux pendant que je me dirige vers le salon. Pièce devant laquelle je suis passé sans qu'on me la montre directement, le premier contact avec des visiteurs ne devait sans doute pas être pour si tôt. Désireux de coller au caractère de Gavin je me laisse tomber au milieu d'un grand canapé et pose un pied en travers du genou, bloquant ainsi tout le canapé. Ils arrivent en même temps, s'installent dans deux autres fauteuils puis me demandent d'expliquer ma version des faits, je m'éclaircis légèrement la voix et me lance:
« Bien, par où commencer, je dois bien avouer que j'ai été légèrement surpris par ce qui c'est passé et je ferais mon possible pour me venger... Tout d'ab...
- Laissez-moi vous expliquer, mon fils à été marqué par les événements et je ne crois pas qu'il soit encore prêt à replonger dans ces mauvais souvenirs, intervient Dazen qui vient juste de rentrer dans la pièce en me jetant un regard noir, cet homme n'a pas l'air d'apprécier les initiatives.
- Oh si vous insistez monsieur Guile, expliquez-nous.
- Non non messieurs, je me sens la force de vous expliquer, Père peut bien comprendre ma volonté d'extérioriser mes démons pour mieux les tuer... (Je marque un silence en souriant de façon provocante à Dazen qui ne prononce pas un mot) Bien, je dois d'abord vous dire que j'ai très peu de souvenirs de ce qui s'est passé pour l'instant. Toutes les idées se heurtent et s'entrechoquent dans ma tête et jusqu'à ce soir je ne pouvais même pas quitter mon lit. Je me souviens que tout avait commencé normalement, j'étais descendu dans un café boire un petit peu puis je suis surement allé rejoindre quelques personnes, rien de bien méchant à vrai dire... Et juste après le trou noir, mes souvenirs me reviennent lorsque je cours dans la rue, affolé comme jamais et poursuivi par d'étranges silhouettes... Je me souviens de leur violence, de la douleur que j'ai ressenti... J'ai couru jusqu'à chez moi, les balles volaient à mes oreilles et ont bien failli me toucher plus d'une fois, je suis ensuite monté le long du portail parce qu'il était fermé et je pensais ainsi leur échapper, les balles ont continués de voler mais aucune ne m'a atteint et j'ai pu m'en sortir indemne, lorsque j'ai atteint la maison je me suis écroulé et on m'a porté dans ma chambre... Je suis désolé je ne me souviens de rien d'autre... »

Tout ces souvenirs sont créés ou modifiés de façon à coller avec les faits des témoins, la fin est quant elle grandement modifiée pour expliquer mon absence totale de blessures. A vrai dire ils avaient au début prévu de me faire de fausses blessures et de fausses cicatrices mais je les ai convaincu que ce serait encore plus troublant pour les suspects de me voir intact et plus crédible car on ne cicatrise pas aussi vite. L'un des policiers a prit en note tout ce que j'ai dit, il relit une ou deux fois ce qu'il a écrit puis me regarde et demande:
« Avez-vous pu identifier ou repérer certains traits de caractères de vos agresseurs? »

Je laisse volontairement s'installer un silence tandis que mes yeux se fixent en bas à gauche, je plisse les yeux de temps en temps comme si j'étais à la recherche de ces fameuses particularités physiques que je compte bien découvrir sous peu puis finis par soupirer, le regarder et hocher la tête de droite à gauche. Il raye une ligne sur sa feuille puis continue ses questions:
« Bien, et vous rappelez vous s'il y a un lien entre votre agression et l'accident de la bibliothèque ? Nous allons aller la visiter demain pour essayer de comprendre ce qui s'y ai passé mais votre avis nous permettrait peut-être de fournir bon nombres d'informations. »

Je marque à nouveau un temps de pause puis répond, plus vite cette fois mais d'un ton mal assuré:
« Non... Je ne me souviens que de ma fuite à pied et s'il y a un lien de peu ou de prou avec la bibliothèque alors je ne pourrai vous le dire que quand j'aurais retrouver la mémoire... Mais je vous donne ma parole que vous serez les premiers avertis si des souvenirs me reviennent! Soyez-en certain, officiers! »

De toute façon il ne risque pas de me revenir des souvenirs donc c'est une promesse que je pourrai tenir sans trop de difficultés même si j'aimerai bien découvrir certains de ces ''souvenirs'' en allant fouiner un peu plutôt que de rester bloquer avec des policiers. Et puis pourquoi pas après tout! Je me prends soudain la tête entre les mains et me plie en deux sur le fauteuil, le majordome réagit au quart de tour et vient se positionner à mes côtés, une main sur mon épaule, faisant semblant d'être inquiet pour moi. Je me redresse un peu et affiche un visage décomposé par la douleur d'un mal de crâne, les policiers me regardent et je sens que mon tour a marché à l'inquiétude qui se lit dans leurs yeux, je reprends:
« Je suis navré mais je vous prierai de bien vouloir m'excuser, je suis fatigué et toutes ces réflexions ont épuisé mes dernières ressources, je suis certain que Père se chargera de répondre à toutes vos questions.
- Aucun soucis monsieur, voulez-vous que nous vous aidions à aller dans votre chambre?
- Sans façon, notre majordome s'en chargera très bien. Au revoir officiers »


Ce départ et cette façon de se défiler paraîtront peut être suspects aux yeux des policiers mais c'est sûrement ainsi qu'agirait Gavin. Je me lève et sors en prenant appuis sur la porte puis je conserve une démarche titubante jusqu'à atteindre l'escalier et être sur qu'ils ne me surveillent plus. De là je me redresse et commence à monter l'escalier en jetant un regard au majordome qui, sans un mot, me montre d'un regard qu'il considère que je remplis parfaitement mon rôle. Il m'indique ensuite de la main la chambre de mon personnage et je gravis le reste des marches puis pousse la porte. La pièce est plongée dans le noir et je ne distingue rien d'autre que le reflet de quelques objets qui brillent dans le noir, parmi ces derniers une lampe, je m'approche et l'allume. Elle ne diffuse qu'un faible halo lumineux mais c'est suffisant pour fermer la porte et m'en contenter. J'entrouvre ensuite le volet qui semble d'apparence ne pas avoir été ouvert depuis longtemps. Contrairement à mon premier avis il s'ouvre sans difficultés, comme si Gavin avait l'habitude d'ouvrir en grand sa fenêtre. La lumière pénètre en force dans la pièce et éclaire un désordre assez inimaginable. Je jette un regard dehors, pas de trace de points d'observation ni de moyen de sortir, je pose ensuite la main sous le rebord de la fenêtre et sens qu'une partie de la poussière qui était censée se trouver là n'y est pas, comme si quelqu'un posait là un objet et ce assez fréquemment.
Une fois cette brève observation faite je me retourne et lorgne sur le long travail qui m'attend, c'est à dire apprendre le plus de choses possibles sur Gavin, ses activités, les lieux où il avait l'habitude d'aller et peut être même des contacts et des noms qui pourraient m'éclairer. Je m'approche du lit et me laisse choir dessus, un léger crac se fait entendre et je me redresse en vitesse puis balance les couvertures qui le recouvrait dans un coin. Sous mes yeux s'étalent des dizaines de milliers de stratégies de poker en tout genre, des études poussées sur les victoires et les défaites d'un nombre de joueur incalculable et des fiches de probabilités en tout genre. J'ajoute un nouveau tiret sur ma liste de caractères définissant Gavin, il était plus qu'investi dans le poker, il s'y plongeait entièrement. Par passion ou par obligation? Ces fiches sont-elles de lui ou lui ont-elles été fournies? Ce n'est pour l'instant pas définissable mais il vivait dedans, c'est certain. L'objet que j'ai cassé est une boite en verre contenant un jeu de cartes, et pas n'importe quel jeu de carte à vrai dire, le dos de celles-ci sont similaires dans les moindres détails au miennes, encore un point commun entre nous. Je nettoie rapidement le verre et glisse les cartes dans la poche intérieure de mon veston.

Je me retourne, j'étudierai toutes ces fiches plus tard et de préférences après avoir rencontré des gens de façon à ne retenir et ne me concentrer que sur l'essentiel. Le reste de la pièce est recouverte de choses en tout genre allant des vêtements entassés en un énorme tas dans un coin de la pièce à des bouteilles d'alcools variés, vides pour la plupart, disposées dans tout les coins. On dirait vraiment qu'il cherchait à faire fuir ou à dissuader quiconque entrerait dans la pièce. Je pousse du pied les bouteilles et les vêtements dans le but de trouver quelque chose d'intéressant. Ce qui n'est malheureusement pas le cas, venant de quelqu'un d'aussi discret cela m'aurait un peu étonné quand même. J'ouvre le placard et tombe sur des piles de vêtements mal rangés. Sans considération aucune pour ces derniers je les éjectes au sol parmi toutes les autres affaires. Et tombe sur une petite boite remplie de cartes de bars avec sur chacune écrit un mot qui n'a aucun sens apparent. Parfois on trouve plusieurs cartes d'un même bar mais avec un mot différent, voir à côté en petit une date.
Lançant une carte en l'air puis la rattrapant je réfléchis à la signification des mots, je sais qu'il était un joueur de poker, sûrement même un joueur de poker illégal, on peut donc supposer que les mots écrits sur les cartes sont des codes ou des mots de passe pour accéder à ces réseaux clandestins, la date la plus récente devant certainement indiquer le mot de passe de vigueur actuellement. Je range, ou du moins entasse, les vêtements que j'ai fais tombé afin de cacher un peu les cartes. Je referme ensuite le placard en le claquant mais ce geste résonne beaucoup plus que ce que n'escomptais et je crains soudain que cela attire les policiers à venir voir ce qui se passe. J'attends un instant sans faire de bruits, à l’affût du moindre son. Rien. Saisissant l'un des côtés de l'armoire je force pour la déplacer mais j'ai beau me pencher, m'appuyer de tout mon poids dessus, elle ne bouge pas d'un millimètre, j'essaye ensuite de la tirer mais là aussi elle reste fixée au sol.
Bon si la force ne marche pas alors essayons en réfléchissant, je m'accroupis et effleure le plancher du doigt, rien de ce côté là. Je passe ensuite de l'autre côté de l'armoire et écarte tout un tas de vêtements. Cette fois on aperçoit des traits au plancher mais il faut savoir qu'ils sont là pour les repérer. Je me baisse, il y a deux lignes, chacune de la même épaisseur, parallèles au mur et commençant au niveau des pieds de l'armoire puis se prolongeant sur un bon mètre cinquante, soit la largeur de l'armoire. Motivé par cette découverte, je rouvre l'armoire et jette tout ce qu'elle contient au sol pour l'alléger et pour trouver un mécanisme quelconque, les vêtements, affaires et objets de toute sorte volent dans la pièce. Lorsqu'elle est complètement vide je tâtonne à la recherche d'un bouton, d'un objet à pousser mais rien à faire. Je me remets ensuite sur le côté de l'armoire et tente à nouveau de la pousser mais là encore rien à faire. Je donne un coup de pied de rage dans l'armoire et la range à nouveau.

Je suis soudain pris d'un tournis incontrôlé, je fais quelques pas en arrière, réussis à me maintenir debout un instant puis me met à glisser. Je m'effondre sur le lit, bras écartés, sans plus pouvoir bouger, j'essaye pourtant de me relever, de rester là, au moins le temps d'achever cette enquête! Je ne sais pas si je pourrais revenir ici de si tôt, Dreamland me révèle trop de surprise. Putain reste éveillé foutu corps! - Ou endormi ca dépend de la façon dont on voit les choses - La tête me tourne, mes yeux se ferment sans que je puisse lutter...

-

Je rouvre les yeux dans ma chambre, là où je me suis endormi, il ne s'est écoulé qu'une nuit, qu'une courte nuit de rien du tout mais pourtant une partie de mon univers onirique vient d'être chamboulé par le début d'une enquête qui promet d'être la plus longue et la plus intense de mes aventures à Dreamland. Je me redresse, de toute façon je ne pourrais m'endormir avant bien longtemps alors à quoi bon rester là, maintenant que je suis éveillé autant faire des recherches constructives au sujet de l'enquête bien que rien ne peut encore me laisser croire que des concordances entre le poker illégal du dix-neuvième siècle réel et celui du monde onirique existent. Cependant il n'est pas non plus question de se tourner les pouces en attendant que la nuit vienne. Je sais au moins que Gavin est un joueur de poker qui se sert surtout du bluff, ce qui colle parfaitement à sa personnalité, moi je suis plutôt semi-bluffeur et je vais devoir faire plus qu'attention pour que mes habitudes de jeu ne reprennent pas le dessus pendant la nuit. Je m'installe à mon bureau et sors un carnet d'un tiroir, celui-ci contient tout un paquet de techniques, stratégies ou réaction typiquement adoptées lorsqu'on joue avec tel ou tel jeu. En tentant de faire croire que l'on est en la possession de main dites moyennes, le bluffeur a plutôt tendance à s'afficher clairement comme tel pour jouer certaines mains qu'il possède vraiment jusqu'au bout et ainsi emporter de grosses sommes d'argent ou alors faire croire que l'on possède une main géniale et suivre et relancer comme un dingue. J'étudie encore pendant une bonne heure toutes ces informations puis me lève et me rends dans la bibliothèque. En attendant que l'ordinateur s'allume je vais chercher un livre sur le dix-neuvième.

Après l'avoir feuilleté rapidement je confirme mes doutes, le poker se jouait en Draw. C'est à dire le poker fermé, je relis les règles pour être sur de ne pas faire d'erreurs stupides en partie. Chaque joueur reçoit cinq cartes au début du tour après avoir versé l'Ante, la mise de départ, ensuite il a le choix entre se coucher et mettre la mise indiquée. S'il fait le second choix il a la possibilité de changer jusqu'à quatre cartes s'il le souhaite en se défaussant d'un certain nombre puis en piochant sur le dessus du paquet autant de cartes qu'il a jeté. Le bluff est ainsi beaucoup plus facile à faire mais peut aussi être beaucoup moins crédible... Il peut y avoir autant de relances que l'on veut avant les changements de cartes ainsi qu'après.
Ah aussi règle importante, on peut dire ce que l'on veut au cours de la partie, y compris annoncer son jeu ouvertement pour semer la zizanie chez les autres joueurs. Je referme le livre et m'approche de l'ordinateur puis me lance dans une série de recherches, une feuille à la main pour noter les informations qui me semble importantes. J'apprends ainsi que les joueurs sont généralement parrainés par une sorte de sponsor parfois uniquement connu du joueur lui même. Ce sponsor a une marge de décision importante sur son poulain qui augmente lorsque la dette contractée par le joueur augmente. Les jeux se déroulent majoritairement dans des bars mais il arrive aussi, assez souvent même, que ceux-ci aient lieux ailleurs pour déjouer la vigilance des policiers. Seulement il arrive aussi souvent que les policiers soient payés pour ne pas déranger des parties importantes. Quelques exemples me font sourire, notamment quelques parties où la célèbre police anglaise, Scotland Yard, a subtilement accepté quelques pots-de-vin qui ont vite été découverts par la presse, leur causant des tords plus ou moins graves.

Bon maintenant que j'ai récolté des informations sur ce milieu je me lance dans une recherche plus poussée sur les sponsors, rarement vus ils sont d'anciens joueurs ayant abandonnés le milieu ou des membres respectables de familles ne voulant pas se révéler comme joueurs pour éviter des menaces et surtout pour pouvoir décrocher vite, laissant le pauvre joueur seul avec de nombreux problèmes financiers sur les bras et dans l'obligation de se trouver un autre sponsor au plus vite qui épongera ses dettes. Je me laisse choir sur mon fauteuil, un crayon dans la bouche, les yeux dans le vague. Je me demande bien à quoi peut ressembler mon sponsor et s'il a une forte influence sur les parties auxquels je vais participer. Je crois avoir fait assez de recherche comme ca, il est maintenant midi et je n'ai pas l'intention de passer la journée enfermé à faire des recherches. Mais je me connais suffisamment pour savoir que je ne pourrai me détacher de cette enquête, elle continuera de me trotter dans la tête tant qu'elle ne sera pas résolue comme un fauve reste focalisé sur sa proie tant qu'il ne l'a pas attrapé.
Je dévale les escaliers, imperceptiblement l'idée de savoir comment occuper ma journée me met de bonne humeur, pour aller manger un morceau et tombe sur l'un des paniers contenant les anciennes cannes de mon père. Je n'y avais jamais porté la moindre attention jusqu'à aujourd'hui, un sourire se dessine sur mon visage. Je fouille rapidement à la recherche d'une canne dont le pommeau ressemble à celui de ma canne onirique. Je déniche rapidement la perle d'or et la sors du lot. Elle n'est pas faite dans le même bois - l'objet que je tiens entre mes mains est fait d'une matière qui semble plus précieuse et bien plus chère que celle de Dreamland - mais la forme est là. Je commence à faire quelques pas avec et me rends vite compte que quelque chose ne colle pas avec la démarche que je devrai adopter. Je regarde l'objet sous tout ses angles et me rend compte qu'elle est trop longue, je souris de plus belle, qui m'en voudra si je la raccourcis, à ma connaissance personne n'en a plus l'utilité. Je bondis dans la cuisine, la pièce la plus proche, me saisis d'un des énormes couteaux sous les yeux incompréhensifs de la cuisinière, j'estime ensuite la longueur souhaitée pour la canne et me met à couper. Une fois le tout cisaillé je teste la canne, j'ai enfin cette démarche déséquilibrée propre à Gavin. Je fais un clin d'œil à ma spectatrice qui reste bouche bée et je sors de la pièce en marchant comme on me l'a appris. De temps en temps je m'efforce de prendre la pose tant redoutée qui le devient de moins en moins à mesure que les heures s'écoulent. Je continue ainsi de faire de recherches, de m'entraîner à la canne et de réviser mon style de jeu pendant toute la journée, ne m'interrompant qu'une fois pour grignoter quelque chose.

Je suis en train de lire des informations récoltées sur les bluffeurs quand je me rends compte que ma lecture se fait de moins en moins rapide, que les lettres sous mes yeux me paraissent floues. Je secoue la tête rapidement tandis que sonne dans le lointain une pendule qui marque onze coups. Je tente encore une fois de me reconcentrer sur mon texte mais ma tête se balance peu à peu en avant et finis par cogner sur la table. Je me laisse finalement aller, m'endormant parmi mes notes.

-

J'émerge à l'endroit même où je me suis réveillé, c'est à dire allongé sur le lit, fixant le plafond. La lumière est faible en raison du jour décroissant. Plusieurs questions me viennent naturellement en tête, certaines facilement résolvables, d'autres sont plus compliquées à élucider dans la situation présente, combien de temps c'est écoulé pendant que je retournais dans le monde réel, que s'est-t-il passé pendant ce laps de temps, qu'est ce que je suis censé faire ce soir et enfin qu'est ce qui me rentre dans le dos depuis que je suis arrivé. Je me relève et enlève les draps et couvertures du lit, il ne s'agissait que d'une plume pour écrire tout ce qu'il y a de plus banal. Je laisse les affaires que j'ai projeté là où elles sont, et regarde un instant les vêtements que je porte. Ma tenue bleue foncée a laissé place à une seconde, entièrement noire, chemise comprise, hormis ce détail c'est exactement le même accoutrement qu'au cours de la nuit dernière. Bien, il est l'heure maintenant de tenter de résoudre la première question avant de faire quoi que ce soit d'autre.
Je descends l'escalier sans faire de bruit, ma canne à la main, ne pas faire me faire remarquer me permettra de jouir d'une liberté d'action beaucoup plus importante que celle obtenue en mettant au courant Dazen de mes agissements. Je m'avance vers le salon, reste un instant à la porte, écoutant les bruits qui s'en échappent pour être sur qu'il n'y a personne puis pénètre dans la pièce. Un journal est posé sur la table, parfait, je saurais ainsi quel jour on est... Je l'attrape et m'apprête à ressortir quand un bruit de pas se fait entendre. Réagissant au quart de tour je me jette derrière une armoire où je m'y colle tant bien que mal, restant immobile. J'ai toujours pensé qu'il était intéressant d'épier les personnes en qui on a pas confiance... Cela permet d'apprendre des choses qui peuvent s'avérer capitales. Une personne entre, au rythme où elle marche et aux bruits faits par les chaussures j'estime qu'il doit s'agir de mon employeur, les autres occupants de la maison que j'ai pour l'instant rencontré ont surtout des chaussures qui ne font que peu de bruit pendant qu'ils se déplacent. Une voix s'élève :
« Monsieur, Je viens d'aller vérifier, le voyageur n'est toujours pas revenu dans sa chambre.
- Je ne comprends pas, je suis pourtant certain qu'il ne s'est pas aperçu de la présence du fixe-rêve... Et s'il ne s'en débarrasse pas alors il reviendra inévitablement dans sa chambre. Retourne vérifier s'il n'y est pas.
- Bien monsieur. »

La première voix n'est autre que celle du majordome que je n'ai même pas entendu rentrer, la seconde est évidemment celle de Dazen qui semble assez agacé de ne pas maîtriser les événements comme il le souhaiterait. Je souris légèrement, mon intuition était bonne, j'ai bel et bien découvert des informations. En clair je viens d'apprendre qu'ils ont placés sur moi un objet qui me ramène forcément ici sans m'en parler. Je vais donc pouvoir le chercher et si possible m'en séparer à leur dépend. Ensuite si je réussis à sortir sans qu'ils me voient ou m'entendent, comme je cherchais déjà à le faire, puis à faire parler de moi d'une façon ou d'une autre, je les amènerai à croire que j'agis indépendamment de leur volonté et peut être même que j'ai mené mon enquête de mon côté.
Ce dernier point n'étant pas totalement faux car j'ai passé la journée à faire des recherches avec le peu que j'avais. J'ai là une raison de plus d'être discret dans un premier temps. J'entends quelqu'un se lever et sortir du salon sans que je parvienne à identifier la personne au bruit des pas, n'ayant pas entendu le majordome entrer je suppose qu'il en aura été de même pour sa sortie, celui qui s'éclipse doit donc être le patron. Bien, avec un peu de chance il n'y a plus personne dans le salon. Je vérifie d'un bref coup d’œil puis sors de ma cachette, journal à la main.
Je quitte ensuite la pièce et vérifiant toujours que je n'ai pas été repéré j'entrouvre la porte et sors dans le jardin. Je referme l'énorme morceau de bois qui ne laisse échapper qu'un léger grincement. Un frisson de crainte me parcourt l'échine tandis que je ferme la porte. Je jette un œil au journal et me rends compte combien j'ai été stupide, je ne connais pas la date où je suis arrivé. La dernière fois j'étais tellement focalisé par l'article avec ma photo que j'ai complètement omis de regarder la date dont je n'avais rien à faire sur le moment. Je lâche un petit soupir et garde le journal en main même si je n'en ai plus besoin, si je le laisse ici ils se poseront forcément des questions.

Je me retourne et observe le jardin. Bon avec les fenêtres réparties partout sur la façade avant de la maison je vais inévitablement me retrouver à découvert au début de ma course. Ce sera donc juste un coup de poker qui décidera de ma liberté d'action cette nuit. Je respire un coup et m'élance traversant la grande allée vers l'arbre le plus proche. Je parcours les cinq mètres qui me séparent de lui et l’atteins. Restant immobile pendant quelques minutes je guette le moindre bruit qui m'indiquerait que je suis repéré. Rien, ma tenue sombre et la lumière décroissante m'auront peut être aidé à ne pas être vu. Je me remet à avancer lentement, profitant de la présence de l'arbre qui me dissimule à la vue des habitants de la maison, de temps à autre je passe de l'ombre d'un arbre à celle d'un autre et progresse ainsi vers le portail. J'arrive enfin non loin de l'entrée, je jette un regard à droite et à gauche. Ne voyant rien je me prépare à courir quand un mouvement soudain attire mon attention. Je m’immobilise immédiatement et observe ce qui m'a arrêté.
Un garde est placé à l'entrée, il surveille l'extérieur mais se tourne de temps en temps pour voir si personne ne s'apprête à sortir. Je ne l'aurais pas vu s'il ne s'était pas retourné car l'entrée est assez sombre à cause des murs qui masquent le soleil. Les lumières au milieu de l'allée m'empêchent cependant de m'approcher de lui en ligne droite. Mais pas de ne pas m'approcher du tout. Repérant un arbre parfaitement adapté à mes désirs non loin je m'en rapproche discrètement. Il est énorme et ses branches dépourvues de feuilles étendent leurs ombres jusqu'au garde. De plus il n'y a aucune lumière derrière l'arbre, l'idéal. Je me glisse dans son ombre puis me met à avancer, épousant du corps les ombres des branches pour progresser. Deux fois le garde tourne sa tête dans ma direction et je m’immobilise, n'osant même plus respirer. A chaque fois il retourne à sa surveillance sans me voir. Pour un observateur placé sous n'importe quel autre angle, je serais aisément repérable car je ne serais plus dans l'axe des ombres mais le garde lui ne voit que du noir sur du noir et tant que ne serais pas trop proche de lui il ne verra rien de plus. Je finis par poser ma main sur le mur juste à côté du portail. Un coup d’œil en haut m'indique que je ne peux pas escalader le mur car le haut est couvert de barbelé. Il fait environ trois mètres, je ne peux donc pas non plus grimper jusqu'au barbelé puis me déplacer horizontalement pour ensuite passer par dessus le portail, cela manquerait cruellement de discrétion...

Il ne me reste plus que la bonne vieille technique du lancé de caillou. Je m'accroupis lentement les mains le long du corps et attrape l'une des pierres au sol. C'est une forme de quitte ou double car une fois que je l'aurais lancé il ne fait aucun doute que le garde sera beaucoup plus vigilant et me repérera dans l'ombre si je n'agis pas très vite. Je me redresse et lance la pierre que j'ai en main derrière un arbre dans l'allée. Lorsqu'elle retombe elle ricoche et fait plus de bruit encore que ce que j'avais prévu, tant mieux. Le garde se retourne d'un coup et fixe l'endroit où est tombé la pierre. Il fait quelques pas dans cette direction. Je ne bouge d'abord pas et comme je m'y attendais il tourne de façon saccadée la tête à droite et à gauche. Une fois qu'il l'a fait je m'élance le plus vite et, le plus silencieusement possible, pose mon pieds sur le bas du portail et me jette en hauteur, me servant de mes mains pour me projeter encore plus haut. Arrivé au sommet je bondis dans l'ombre du mur, provocant un grincement du portail. J'entends le garde se retourner et courir au portail. Je me décale un peu et me tapis encore dans l'ombre sans bouger. Il s'arrête près du portail regarde à droite et à gauche puis lâche à voix basse :
« Brrr sale soirée »

Je ne peux acquiescer, pour moi aussi cette soirée risque d'être assez mouvementée. Il s'écarte un peu et je m'avance en suivant le chemin sans pour autant m'aventurer dessus pour rester invisible. Au bout d'une cinquantaine de mètres je me permet de retourner sur le chemin seulement éclairé de temps à autre par quelques lampadaires. Je lance le journal dans les buissons sur le bas-côté. Des traces de pas et de roues plus ou moins récentes marquent le terrain, j'ai cru comprendre que Gavin est passé par là, j'essaye donc de repérer des traces récentes pouvant me donner des informations. Seulement je dois reconstituer l'histoire en partant de la fin ce qui est bien moins pratique. D'un côté je distingue une série de pas faites par le poursuivi, il possède les même semelles que moi, et autour d'elle des traces de bottes, toutes les mêmes, seule varie la taille des traces et la profondeur. J'estime ainsi qu'ils sont quatre. Seulement un détail cloche.
Ils ne repartent pas, par contre des séries de roues à peu près aussi vieilles viennent et repartent de la demeure. Je pense que Gavin devait être sacrément épuisé, il fait de tout petits pas, ses foulées sont irrégulières. En continuant de remonter je finis par tomber sur une coupure dans sa série de pas, il doit être tombé à cet endroit là. Du sang encore humide mais mélangé à de la boue et de la pluie tapisse le sol. Je me baisse et sors un mouchoir avec lequel je récupère le sang au sol, il devient rapidement rouge, je le glisse ensuite dans l'une des poches de mes vestes. Ce n'est pas là une méthode efficace pour conserver des indices, mais c'est mieux que le laisser là. Je continue de remonter la piste et à mesure que j'avance les pas de mon sosie se font plus long et plus régulier. Bien qu'il est indéniable qu'il ne marche pas droit pour une raison que j'ignore encore. Je finis par atteindre la ville, les chaussures recouvertes de boues et d'eau, la nuit est maintenant complètement tombée. Je lève la tête, m'arrêtant, les étoiles brillent d'une lueur étrange et ont une organisation que je n'ai jamais vu formant de nouvelles constellations. La lune est rouge, pleine elle brille dans l'obscurité diffusant son sanglant halo partout dans la ville. Je baisse la tête, prends une grande inspiration et m'engage dans la grande ville, c'est parti pour le plus grand rôle de ma vie.

A partir de maintenant je ne peux plus suivre les traces de pas, les routes de la ville sont bien trop fréquentées pour cela. Un bâtiment en ruine attire mon attention et je devine qu'il s'agit de la fameuse bibliothèque. La zone a été balisée, j'en déduis donc que les policiers sont passés là et que nous sommes au minimum deux jours après le meurtre. Je m'en approche et essaye de reconstituer l'histoire sans entrer dans le périmètre. Des traces de pas indiquent qu'une personne est sortie en direction de la maison des Guile, une autre personne est ensuite partie, beaucoup plus massive, ses traces s'arrêtent net à la sortie de la bibliothèque en ruine. Il a du monter dans un véhicule quelconque. Une voix m'empêche de continuer mes recherches :
« Sale accident hein ? (Je garde le silence, ne tournant même pas la tête, s'il avait voulu m’agresser il l'aurait fait tandis que j'ignorais sa présence, je sens cependant une certaine ironie dans sa voix) Je ne pensais pas que tu viendrais, pour moi tu étais mort et certains disent que tu aurais du le rester. Le patron avait prévu de te remplacer quand il a entendu parler du rapport de police »

Je garde à nouveau le silence et il s'approche, s'appuie sur un pan de mur cassé. Il fait ma taille, porte des vêtements foncés, il a des favoris et un grand sourire. Je sens dans son regard qu'il a l'habitude de traîner dans des embrouilles et mais que pour autant il n'a pas choisit de finir dans ce milieu, comme si un concours de circonstances le force à demeurer ici contre son gré. Je viens d'apprendre que tout le monde me croyait mort, ce que d'une certaine façon je suis, mais surtout que le fameux sponsor est suffisamment puissant pour avoir accès aux informations des policiers peu de temps après leur parution. Car même si je ne sais pas combien de temps s'est écoulé depuis ma dernière venue, je suis sur que cela ne date pas de très longtemps, le bâtiment devant moi en témoigne par l'absence de traces de pas.. Il poursuit d'une voix un peu gênée :
« Aller viens Gavin, on va pas rester là, et puis tu as une partie importante à jouer ce soir et tu sais aussi bien que moi que tu ne peux pas la louper cette fois. »


Il s'écarte en renfonçant son chapeau sur son crâne, seul son sourire demeure éclairé par les lumières des bâtiments en face. Je me retourne et le suis. Décryptant sa dernière phrase. De un il me connaît, me connaît même bien. Ce gars n'est pas mon sponsor mais il a tout l'air de travailler pour lui. Ensuite il va me mener à la partie de poker, ce qui m'arrange grandement, enfin il a dit ''Cette fois'', ça veut donc dire que pour une raison que j'ignore Gavin a loupé une partie de poker et il s'agit sûrement de la toute dernière à avoir eu lieu donc celle qui a précédé son meurtre. Le gars qui me guide se dirige d'un pas assuré vers un des bâtiments éclairés qui se dressent devant nous. A mesure que nous avançons je le distingue peu à peu. L’extérieur de la battisse est sombre, semblable à du bois verni mais quand même parsemé de lignes dorées. Il y a une terrasse extérieure avec des petites tables rondes.
Un portier se tient devant l'entrée et ouvre la porte sur un signe de tête de mon mystérieux guide dès que nous arrivons. Je le suis, ne jetant même pas un regard au portier aussi bien pour coller à mon personnage que parce que l'intérieur force l'admiration. Moi qui m'attendais à un petit bar ou du moins à un lieu discret pour une partie illégale je me retrouve plongé dans un restaurant de luxe bondé de gens. Les rires des personnes regroupées ici et l'activité qui y règne me surprennent mais je réussis à me reprendre vite et à ne hausser qu'un sourcil. L'homme qui me devance s'est arrêté et je peux maintenant le détailler plus précisément. Il porte une tenue marron, chemise blanche, sur sa main droite se trouve un tatouage en forme de revolver dont le canon se prolonge sur l'index et le majeur. Ce tatouage se prolonge en des motifs variés et remonte le long de sa manche. Son visage est assez long, son sourire ressort. Il a les yeux gris, gris métalliques, dans ceux-ci luit une étrange lueur, une lueur de danger, il me fixe droit dans les yeux comme pour me juger, je m'approche de lui et demande à voix basse :
« J'aurai cru que notre affaire se déroulerait dans un endroit plus... Discret. »

Je tente ma chance sur ce coup, rien ne me dit que tout n'était pas déjà prévu et que Gavin n'était pas au courant depuis bien longtemps de l'affaire mais en cas d'erreur je pourrai feindre que mes aventures récentes m'ont un peu malmené. Je reste quand même assez confiant car la présence de quelqu'un venu me chercher me laisse penser que le lieu n'était que peu connu. L'homme sourit encore et me répond sans chercher à être discret :
« Ouais on a dû tout changer à la dernière minute. Une taupe a fait un peu trop de bruit. »

Une intuition me dit que le problème a été réglé et je ne préfère même pas imaginer l'état de la taupe en question... Il reprend sa marche traversant la salle en direction de la cuisine. Je le suis, ne jetant que de brefs regards à ceux qui m'entourent. Les vêtements des gens ici tout comme les plats posés sur les tables m'indiquent qu'ils sont tous issus de bonnes familles, pourtant personne ne semble me remarquer ni moi ni celui qui est devant moi. Et je serais prêt à parier qu'ils nous ignorent par crainte de représailles plus que par politesse. L'homme en marron pousse les portes battantes de la cuisine entre lesquels je m'engouffre avant quelles ne se referment en pivotant légèrement. Il dévale sans attendre les escaliers à droite, nous emmenant dans une cave où sont stockées des quantités faramineuses de nourritures. Le silence règne dans ce lieu où il n'y a personne. Il s'adosse à une énorme caisse sur laquelle est indiqué qu'elle contient des bouteilles de vin. Il me regarde et sans que je puisse réagir sort un pistolet qu'il me pointe sur la tempe, il me fixe dans les yeux, tout amusement a disparu de ses yeux :
« Mot de passe »

Ces trois mots suffisent à me faire trembler de peur. Je sens une goutte de sueur glacée couler le long de mon cou. Pris par le temps je n'ai pas pu apprendre les mots de passe de chaque endroit où peuvent avoir lieux les parties. Et même si le lieu est différent le mot passe est peut être celui du lieu prévu initialement. Tandis que mon cerveau carbure à deux cent à l'heure ses yeux s'agrandissent et il se met à sourire. Pas le temps de réfléchir pour savoir si c'est dû à sadisme ou s'il se moque de moi. Il appuie sur la gâchette mais rien ne part. Je soupire de soulagement alors que lui explose de rire, se tordant en deux. Pour le coup qu'il vient de me faire je refrène une envie de le frapper, mais malheureusement ça ferait mauvais genre pour l'instant, cependant je compte bien le lui rendre quand l'opportunité se présentera. Il se redresse, des larmes plein les yeux puis articule entre deux éclats de rire :
« J'y crois pas que tu marches encore après tout ce temps ! Tu.... pfff, tu aurais vu ta tête ! Je crois que c'est la première fois que tu marches aussi bien !
-Tu comprendras qu'après ce qui vient de m'arriver je stresse un peu plus facilement »

Il arrête immédiatement de rire et me répond en laissant échapper une pointe de colère :
« Tu sais très bien pourquoi c'est arrivé, et tu ne peux t'en prendre qu'à toi même. Même moi je n'ai rien pu faire pour empêcher ca. »

Justement j'aimerai bien savoir qui a commandité la mort de Gavin et pourquoi, je sens que je m'approche du but de mes recherches mais je vais éviter de lui demander, ça pourrait tout gâcher avant même le début de mon intégration dans ce milieu. Juste après avoir fini sa petite réplique il se retourne et se met à pousser l'énorme boite qui dévoile une échelle. Je ne sais pas où cela mène mais des voix, des cris et des rires s'élèvent du passage. Il semble avoir du mal à pousser seul l'énorme bloc mais le caractère de Gavin me convainc de le laisser se débrouiller seul. Il me jette un regard légèrement vexé mais ne dit rien et s'engage dans le passage lorsqu'il a suffisamment poussé la caisse.
Sans se servir de l'échelle il saute en bas et je le suis mais en me servant de l'échelle. Au moment où je touche le sol quelqu'un remet la caisse à sa place initiale et je ne peux que regarder sans réagir ma seule issue de secours connue disparaître. Je m'engage dans le long couloir à la suite de mon guide, retenant bien chaque tournant pour être sur de pouvoir revenir à l'entrée sans mal. Au fur et à mesure les bruits se font de plus en plus importants et j'arrive même à comprendre certains mots, ils parlent de paris, je crois qu'ils évoquent des nombres croissants avec plus ou moins d'excitation, mais je n'arrive pas encore à déterminer plus précisément le sujet.

Finalement nous débouchons dans une salle circulaire d'où s'élèvent tout les bruits. Une bonne centaine de chaises occupées sont installées en cercle autour d'une table pourvue de six chaises, il n'en reste que deux de vide. L'une d'entre elles est occupée par un croupier qui mélange un paquet de cartes sans se soucier de l'agitation qui règne autour de lui. Partout dans la salle, des hommes portant des plateaux sur lesquels s'entassent des sommes faramineuses d'argent avancent entre les rang en criant. Ils récupèrent de l'argent en échange de petits bouts de papiers marqués d'un tampon, des Bookmakers. Je lève la tête et aperçois accrochée au mur une énorme pancarte où figurent différents noms, dont celui de Gavin, associés à un certain nombre. Je possède le plus élevé, j'en conclus que pour la salle je suis donné perdant et les seuls qui parieront sur moi seront des adeptes du risque. Cependant ce n'est pas si étonnant car Gavin n'est pas venu ou à quitté la salle en pleine partie la dernière fois et peu de personnes ont envie de perdre leur argent aussi bêtement et en plus le bluff n'est pas un style de jeu qui marche très bien sur la longue durée. L'homme aux yeux de métal me fait traverser la salle et les discussions se taisent presque immédiatement quand je fais mon entrée dans la salle. Les gens me dévisagent, il est clair qu'ils ne s'attendaient pas à me voir et j'en conclus que le rapport de police n'a bel et bien pas été communiqué pour l'instant. Sans accorder un regard à la foule je vais m’asseoir à la place indiquée par mon guide. Il se penche ensuite vers moi et me murmure à l'oreille d'une voix entre la menace et la volonté sincère de m'éviter des malheurs, tout en déposant sur la table les jetons dont je dispose:
« Souviens toi, ne quitte pas la table sinon... »

Il lève sa main droite et tend l'index, le majeur et le pouce. Je me retrouve avec un tatouage de pistolet collé contre la tempe tandis qu'il chuchote un « Boum » dans le creux de mon oreille. Il se redresse, s'écarte et va s’asseoir sur une chaise juste derrière moi en faisant partir d'un geste de la main celui qui y était assis. Même là je ne peux m'empêcher de me dire qu'il ne m'a pas demandé de gagner, mais de ne pas quitter la table. Est-ce qu'il sait déjà que je n'ai aucune chance de gagner? Ou est-ce qu'il considère que tenter de gagner est induit?... Il ne reste maintenant plus qu'une chaise vide et le public commence à s'impatienter. Les Bookmakers ont finis leur travail et se sont retirés dans une autre pièce. Comme je n'ai rien à faire pour l'instant j'observe mes adversaires. Le premier homme doit avoir la quarantaine, il est rond et commence à se dégarnir, il porte une tenue toute simple, assez légère mais pourtant il sue à grosses gouttes. Il sort fréquemment un mouchoir pour s'éponger le front, c'est celui qui possède le plus petit tapis. Le second homme est beaucoup plus petit, très fin, il a un regard mesquin qui passe d'une personne à l'autre à la recherche de détails.
Il a un nez aquilin et la noirceur de ses vêtements et de ses cheveux contraste avec la pâleur de sa peau. Il a à peu près le même tapis que moi. La dernière personne est un jeune homme qui semble fraichement arrivé dans le monde du poker. Il passe son temps à regarder autour de lui en faisant des mouvements de tête très saccadés. Il n'est pas à l'aise dans une si grande salle et les bruits derrière lui l'affolent assez facilement. Il doit avoir dix huit ans et porte une tenue bleue claire recousue en certains points. Je serais prêt à parier qu'il a plongé dans le poker pour éponger des dettes et que malheureusement pour lui il a eu trop de talent, s'est fait remarqué et ne peut désormais plus quitter le milieu. Bien maintenant que j'ai observé tout les joueurs il ne me reste plus qu'à détailler la dernière personne installée à la table, le croupier, âgé de quarante ans environ il fait bouger ses cartes à un rythme qui montre son expérience.
Avec un tel niveau, il est certain que s'il triche, personne ne s'en rendra compte. Seulement pour atteindre un tel âge dans un milieu aussi dangereux je doute que ce soit le cas. Ou alors seulement pour des personnes extrêmement haut-placées qui le protégeront. Il lève les yeux et croise mon regard, je tente de rester impartial et de ne rien laisser paraître qui pourrait me compromettre. Mais maintenant je suis sur qu'il ne triche pas, derrière son apparence dure il cache un regard assez noble, fier de sa profession et je suis certain que s'il a été pris pour une partie où il y a autant de spectateurs, ce n'est pas pour rien. Les parties illégales sont généralement très fermées et il n'y a que peu de visiteurs or là c'est plutôt le contraire. En plus le gars au tatouage derrière moi m'a même rappelé son importance. Je baisse la tête vers mes jetons et sourit faiblement. Pour un visiteur extérieur on pourrait croire que je souris à la vue d'une telle quantité d'argent mais en fait je souris de savoir que j'ai au moins un partenaire fiable aujourd'hui, et celui-ci est en face de moi.

Soudain les discussions s'interrompent et je n'entends plus que des chuchotements occasionnels. Je regarde les autres joueurs qui fixent tous un point derrière moi. Je me retourne et vois arriver un homme. Il est tout d'abord dans l'ombre et je ne distingue pas son visage. Seulement son magnifique costume noir, chemise blanche immaculée. Il porte une cravate rouge. Contrairement à toutes les personnes rassemblées dans la pièce il ne porte pas une tenue qui colle avec l'époque mais un smoking dépourvu du moindre pli. Il avance dans la salle, fondant les rangs, seul. Je distingue peu à peu son visage. Celui-ci est très fermé, le menton carré, une bouche mince et sévère. Mais ce sont surtout ses yeux qui marquent, semblables à deux perles noires et profondes dans lesquels on pourrait se perdre dedans. Ils ressortent d'autant plus que ses cheveux, de la même couleur, semblent absorber la lumière autour de lui. Sans un mot il s'installe à côté de moi et dépose sur la table une valise en métal. Il l'ouvre, sors ses jetons et je distingue ses boutons de manchette, blancs et noirs représentant le Yin et le Yang. Il sort ensuite une paire de lunettes noires et les enfile, cachant totalement ses yeux pourtant déjà impénétrables. Un présentateur sort de la salle où se trouvent les bookmakers en courant. Il tend la main en direction du panneau où sont écrits les noms:
« Et voici le dernier arrivant Monsieur .... Mattern! Le grand favori tellement doué qu'il joue sans sponsor! A sa gauche, fraîchement arrivé voici le jeune Mathew... Lacay troisième au tableau. De l'autre côté du croupier nous avons le docteur qui ne vit que dans la folie du jeu, James... Bradson! À côté de lui il est peut être petit mais joue comme un grand, second au tableau c'est Chris Oooooo'Connors et enfin le dernier membre de cette table, Gavin... Guile, le revenant! Qui seront les deux joueurs à accéder à la finale de ce grand tournoi? Personne ne peut encore le savoir, alors accrochez vous à vos sièges, c'est partit! »
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Nayki Shin
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MessageSujet: Re: Coup de bluff à Notting Hill Coup de bluff à Notting Hill EmptyDim 25 Mar 2012 - 19:42
Sur ces mots il repart en courant dans la salle annexe. Au moment où la porte claque les joueurs mettent l'Ante au milieu comme s'il s'agissait là d'un signal pré-convenu. L'ante est pour l'instant fixée à cinquante. Je ne sais pas à combien correspondent ces cinquante jetons mais si un jeton vaut une livre alors j'ai entre les mains une vraie fortune. Je décide de commencer à jouer doucement pour étudier les jeux adverses. Une fois toutes les mises rassemblées, le croupier se met à distribuer les cartes. Les cartes volent en direction des mains de chaque joueur jusqu'à ce que chacun en ai cinq. Je regarde mes cartes, un sept de pique, un huit de cœur, une dame de cœur, un as de carreau et un neuf de cœur. Rien de particulier, une possibilité de suite et une de couleur mais si je choisis de garder la couleur je sacrifie la suite et vice versa. En conclusion rien du tout. Je regarde les autres joueurs, James sue toujours autant et jette de fréquents regards inquiets à son jeu, les autres joueurs semblent plus sereins. En particulier Mathew qui est rentré dans le jeu et s'isole complètement.
En tant que bluffeur j'ai plusieurs possibilités, soit je commence par bluffer à de nombreuses reprises, laissant les autres voir cette façon de jouer puis à un moment où j'ai un beau jeu je me renfloue soit je décide d'attendre un peu. Je vais plutôt faire la seconde solution même si la réputation de Gavin risque de me poser problème. Les mises commencent à grimper mais je me couche immédiatement, sans changer ma main. Pour l'instant, c'est Chris qui effectue les plus grosses relances, tentant de semer ses adversaires s'il bluffe ou de les inciter à suivre s'il a un bon jeu. Je serais prêt à parier qu'il a un jeu potable mais pas hors norme et qu'il mise tout sur les cartes qui vont lui arriver en main. Je suis pour l'instant le seul à m'être couché, tout les autres suivent. Mattern semble assez confiant mais il ne laisse rien transparaître, ni excitation ni peur. Là aussi c'est sans trop de crainte que je parie qu'il va remporter cette manche. Les mises se stabilisent à cinq cent chacun et les joueurs déposent les cartes qu'ils veulent changer au centre. Une pour Mattern et pour Chris, deux pour les autres joueurs. Chris pousse un petit grognement de colère lorsqu'il aperçoit sa carte. Les autres joueurs ne laissent rien paraître du tout à la vue de leur cartes sauf un petit sourire pour le docteur mais celui-ci disparaît immédiatement, ruse ou erreur? D'un coup Chris entame la conversation:
« Tiens vous êtes au courant qu'il ne va pas tarder à y avoir des embrouilles à Lost Shadow? On a pas beaucoup de détails mais il y a des chances que ca fasse des étincelles. Je suis impatient de voir ça. Ça ne te rappelle pas des souvenirs Greg? (en disant cela il relance de cinquante et se met à rigoler)
- Si tu tiens à me rappeler que j'ai passé du temps en prison ce n'est pas nécessaire. Pas besoin de toi pour m'en souvenir. Mais si tu veux on peut s'arranger pour que je t'y amène voir quelques bons amis à moi » réplique d'un ton glacial l'homme à côté de moi, jetant un froid et coupant court aux discussions.

Je regarde les jetons s'accumuler, la somme centrale s'élève environ à deux mille cinq cent. James se couche en lançant ses cartes au milieu de la table d'un geste rageur. Il devait avoir une bonne main de départ mais les cartes ne lui ont rien donné et il considère que c'est trop peu pour suivre. Au premier abord je dirais qu'il joue surtout serré. En voyant cela Chris sourit puis effectue une dernière relance que tout les joueurs égalisent. Ils dévoilent tous leurs cartes. Le petit homme pose ses cartes avec un sourire carnassier, il nous montre un brelan de dames, une belle main. Matthew pose ses cartes sans leur accorder un regard, il semble dépité, une paire de roi et une de valet, je comprends qu'il est suivi mais c'est pas de chances.
A mon avis il devait déjà avoir une paire avant de changer ses cartes. Chris semble aux anges mais son sourire se fige de stupeur quand il aperçois le brelan d'as de Mattern. Ses petits yeux s'agrandissent de surprise et il lâche un juron. Chris devait posséder lui aussi son jeu avant de changer de main et il est resté confiant toute la partie. D'un geste de la main l'homme en noir ramène à lui tout ses gains qui augmentent encore son considérable tapis. Je me retrouve avec le deuxième tapis le plus important, pas mal pour une partie à laquelle je n'ai pas participé, mais je suis suivi de près par Mathew et Chris tandis que le docteur peine à la fin. Il va devoir remonter très vite au score et dans un jeu où l'on est obligé de miser avant de voir ses cartes il va faire tapis très tôt. Je redonne l'Ante et passe à nouveau mon tour, à part une paire de trois je n'ai rien. Ce qui ne semble pas être le cas de tout les joueurs car la plupart font de grosses relances. Mon voisin de gauche, Mattern, sourit et me lance:
« Eh bien, on va finir par croire que tu n'es là que pour faire figuration. Toujours pas remis de ce qui t'ai arrivé?
-Bien sur que si mais j'attends juste d'avoir un jeu fantastique pour me lancer. Après ce qu'il m'est arrivé autant partir sur des bonnes bases non? Lui réponds-je en le fixant droit dans les yeux que je devine derrière ses lunettes.
-Oh oh tu commences à te prendre pour un grand, mon garçon. Fais juste attention à ce que je ne tire pas dans tes ailes pendant ton ascension, la chute serait rude.
-C'est une menace ou un défi? Dans le premier cas nous avons les armes dans le deuxième les cartes, choisissez bien Monsieur Mattern. »

Il explose de rire et fait une grosse relance dans la foulée, il se contente de répondre:
« On a le goût du risque mon garçon. (il arrête de rire et continue d'une voix assez glaciale) Continuons déjà cette partie, on avisera après. »


J'ai préféré repartir de façon agressive après sa provocation mais je me demande maintenant si c'était la meilleure solution. En tout cas ca m'aura permis de décréter que ce Monsieur Greg Mattern fait désormais parti de la liste des suspects pour un mobile encore non fixé. Peut être parce qu'il voulait gagner une partie, ce serait tout à fait plausible. Il faudrait que je me renseigne sur les parties que Gavin a joué avec ce nouveau personnage. Ce dernier domine avec de grosses relances jusqu'à la stabilisation des mises, en tant que Cheapleader il peut amplement se le permettre. Il ne demande qu'une carte tandis que les autres en demandent trois excepté Mathew qui s'est couché peu après moi. Cette fois-ci personne ne laisse rien transparaître, même pas le docteur, il se maitrise mieux soit parce qu'il a un jeu qui peut faire des étincelles soit parce qu'il s'est rendu compte qu'il était un peu prévisible à la partie précédente.
Pourtant il se garde bien de faire une grosse relance, préférant conserver le peu de tapis qu'il lui reste. Comme deux chats jouant avec une sourie les deux autres joueurs font de petites relances chacun leur tour en échangeant des banalités, restant en-dessous du tapis de James qui ne peut plus se coucher, il y perdrait trop. Les cartes finissent par se dévoiler. Greg possède deux paires, valet et rois, qu'il laisse glisser sur la table, à sa façon d'agir il sait déjà qu'il a perdu. Le docteur dévoile ses cartes, un sourire d'espoir aux lèvres, brelan de dames, il tend la main pour récupérer les jetons quand Chris se met à tapoter la table avec ses cartes attirant l'attention sur sa main, sur son brelan d'as pour être précis. Au vu des cartes que chacun ont demandés je suis sur que Mattern possédait son jeu avant de changer ses cartes et que les deux autres joueurs avaient déjà une paire en main au début du tour. Rien de bien étonnant à les avoir vu monter ainsi, se méfiant les uns des autres mais cherchant à les faire se coucher.. James donne un coup de poing dans la table avant de s'essuyer une énième fois le front.

Le croupier récupère les cartes en même temps que Chris s'approprie ses jetons avec un sourire cupide aux lèvres. Il a le deuxième plus gros tapis. Encore une fois nous remettons l'Ante et le croupier donne les cartes d'une main experte. Je reçois un valet de carreau, un trois de trèfle, une dame de trèfle et un deux et un huit de cœur. Rien d'extraordinaire mais je vais tenter un coup de bluff en stop and go. Jusqu'au changement de carte je ne fais que suivre en égalisant les mises puis je demande une carte. Moins cela serait trop visible, plus ce serait faire preuve d'un jeu pas si fantastique. Tapotant le dos de mes cartes avec un air nerveux je regarde les joueurs tour à tour c'est le premier tour que je fais dans cette partie et ils me regardent en cherchant à savoir ce que je fais. Pour les mettre encore moins à l'aise je ne fais que suivre. Si j'avais fait une grosse relance immédiatement ils auraient cru à du bluff sur le coup alors que là c'est une façon d'inciter les autres à miser pour les ruiner si l'on possède une bonne main. Le docteur se couche tout comme Chris et je me retrouve face à deux adversaires que je dois coucher au plus vite.
Directement je fais une grosse relance qui suffit à coucher Mathew, me laissant en tête à tête avec Greg, la mise centrale est la moins élevée des trois manches qui ont eu lieu mais pour nous c'est plus une guerre des nerfs. Si je remporte la manche en l'emmenant jusqu'au bout avec un beau jeu il s'en voudra, s'il se couche avant et que je n'ai fais que bluffer il s'en voudra encore plus. De mon côté si je me couche alors j'avoue avoir bluffer par contre si je suis et qu'il ne se couche pas alors j'y perds beaucoup. Il faut donc que je lui mette suffisamment la pression pour qu'il décide de se coucher en considérant que cette manche n'en vaut pas la peine. Le fixant en plein dans les lunettes je pousse de la main un petit monticule de jetons sans même en regarder la valeur. Il reste un instant immobile, ne laissant pas paraître les doutes et questions qui lui traversent l'esprit. De mon côté je ne fais qu'afficher un odieux sourire satisfait. Il pose la main sur ses jetons, commence à les pousser vers le centre du tapis, il y en a autant que moi, s'il les met j'ai perdu à coup sur. Finalement il les ramène à lui et jette ses cartes sur la table en soupirant. Je m'adosse sur ma chaise en souriant et lance mes cartes, face découvertes. Ils découvrent tous mon jeu, ou plutôt mon absence de jeu et certains le prennent plutôt mal tandis que d'autre semblent trouver que je fais honneur à ma réputation. Je ramène à moi tout mes jetons, re-dépassant à nouveau Chris par le nombre de jetons.

Je n'ai désormais pas le choix, pour la prochaine manche à laquelle je participerais ils croiront tous que je bluffe, quel que soit mon attitude ou ma façon de faire des relances. Il va donc falloir avoir un bon jeu et les forcer à monter très haut. Mais j'ai encore le temps car je ne jouerais que quand ma main sera vraiment excellente. A nouveau je remet l'Ante au centre comme tout les joueurs de la table, le docteur n'a plus qu'un petit tapis et je suis certain qu'il fera tapis lors de cette manche s'il suit ne serait-ce qu'un peu. Raison de plus pour espérer avoir une bonne main car les autres participants vont suivre dans l'espoir d'avoir le plaisir d'éliminer le premier joueur. Je reçois mes cartes. Brelan de dame, un valet, un as. Une main hors norme, une main qui vaut le coût d'être jouée jusqu'au bout quel que soit la situation. Je fais une relance conséquente et les joueurs suivent tous puis Mattern relance à son tour forçant James à faire tapis.
Nous égalisons tous à la hauteur de son tapis, je demande deux cartes et reçoit deux as, full house. Ce n'est pas la main que j'espérais mais c'est déjà une main splendide. Les autres joueurs ont tous pris deux cartes sauf Greg qui n'en a pris qu'une et qui semble satisfait de sa main. Je fais une relance, suivit par la plupart des joueurs sauf Chris qui surenchérit, un sourire au lèvre, je refais exactement le même coup que la dernière fois, le regardant dans les yeux puis poussant mes jetons. Chris égalise, tout comme Matthew mais Mattern décide de se coucher. Je le regarde et je comprends qu'il a réussit à percer mon jeu. Nous dévoilons nos cartes et je remporte la manche sous les yeux dépités des autres joueurs qui pensaient à nouveau que je bluffais. Mattern me montre son jeu, rien ne l'obligeait à le faire mais il y tient juste, une couleur. Il perdait la manche mais pour autant bien peu de joueurs auraient choisi de se coucher avec une main comme ca. Je ne laisse rien paraître mais sur ce coup là il est clair que le vrai gagnant c'est lui et s'il a su lire aussi clairement dans mon jeu alors je commence à avoir peur pour les manches suivantes...

Le docteur se lève de la table sous les cris de la foule qui avait parié sur lui. D'une démarche lente, il se dirige vers une porte que je n'avais pas encore repéré au fond, à l'opposé du passage par lequel je suis arrivé. Sans plus lui porter attention les autres joueurs ont déjà mis l'Ante au centre du tapis et ils n'attendent plus que ma réaction. Je la met aussi et reçois mes cartes, rien de bien intéressant, je préfère passer, ce qui frustre légèrement les autres joueurs, surtout Chris, qui sentait voir une opportunité de me rendre la monnaie de ma pièce. Je souris, m'adosse confortablement et regarde la partie se jouer. Les trois joueurs semblent posséder un jeu pas mal car ils font tous de fortes relances même si celles de Mathew sont moins importantes. Il semble essayer de se maintenir la tête hors de l'eau mais son tapis fond et ils n'ont pas encore changer leurs cartes. Ils finissent par égaliser avec au centre une somme égale au tapis du jeune homme.
Il ne demande qu'une carte, Chris et Mattern en prennent deux chacun. Chris semble confiant dans son jeu, il affiche un regard sur de lui, peut être trop. Le joueur à ma gauche décide de se coucher juste après avoir reçu ses cartes et la manche se poursuit en face à face. D'un côté Chris effectue de grosses relances alors que Mathew n'en fait que de petites visant à ne pas stopper le jeu. A ce stade de la partie, à la place du joueur au jeu très agressif, je me serais posé des questions mais fort de son jeu il continue jusqu'à ce que Mathew égalise et dévoile sa main: Couleur, Chris baisse la sienne avec rage une suite, une suite royale même. Ce coup permet au jeune homme de se renflouer et de se retrouver avec le troisième plus gros tapis mais talonné de peu par le petit homme. Celui-ci commence à s'énerver et je serais prêt à parier qu'il jouera en semi-bluff la prochaine partie, c'est à dire que s'il a une main potable, même de peu, il la jouera jusqu'au bout en faisant croire qu'elle est fantastique. Un détail attire mon attention, encore une fois Mattern a su lire dans le jeu de façon tout à fait habile, il s'est couché juste après le changement de cartes, à un moment où je ne m'étais pas encore rendu compte que Mathew possédait un si beau jeu. Soit il a déjà joué avec tout ces joueurs à de nombreuses reprises et il connaît leurs tics tout comme leur façon de jouer à la perfection soit il y a autre chose... Bien décidé à forcer Chris à jouer comme je l'entends je lui lance en jouant avec mes jetons:
« Eh bien Chris, ca ne va pas fort. Parfois il faut savoir se coucher tu sais. C'est plus prudent quand on enchaîne les mauvaises mains...
-Te la joues pas avec moi Guile, tu m'arrives pas à la cheville et la chance va revenir, je le sens (il donne l'Ante et récupère ses cartes). Bingo! Voilà une main splendide, si je peux vous donner un conseil en parfait ami, vous feriez mieux de vous coucher.
-Lorsqu'on bluffe il faut être crédible sinon ca ne marche pas... Aller laisse tomber c'est plus ton époque, tu es dépassé là... »

Il me regarde et je sens une lueur de folie poindre dans ses yeux. Il s'arrête cependant là et se concentre dans le jeu. Je ne le connais pas assez pour savoir s'il bluffe ou pas et c'est assez problématique. La plupart des joueurs de la table vont réagir en fonction de son attitude général et ils auront sûrement raison. Peu de joueurs choisissent de rompre avec leurs habitudes au cours de parties importantes et ceux qui le font sont plutôt des bluffeurs. Or d'après ce que j'ai vu depuis le début, Chris suit à beaucoup de manches avec beaucoup de mains mais il a toujours du jeu quand il le fait. Et une fois il s'est couché mais je ne pense pas qu'il n'avait rien. En fait cette manche dépendra de ma main, soit j'ai quelque chose de suffisant pour m'opposer à lui soit je me couche. Un rapide coup d'œil m'informe que j'ai un as, une dame, un valet et un dix couplés à un huit, tous de la même couleur, du pique, sauf le huit. Je regarde mes cartes et lève la tête en souriant avant d'effectuer une grosse relance. Mathew se couche, influencé par le petit homme, et Mattern suit mais sans faire de relances. Seulement ce n'est pas le cas de tout le monde et le plus pâle des joueurs effectue une énorme relance qui me confirme dans mes soupçons, il ne reste que deux possibilités, soit il bluffe, soit il fait croire qu'il bluffe. Je décide de suivre tandis que l'homme en smoking se couche. Il a toujours su lire dans le jeu des joueurs, est-ce que je m'enfonce dans une énorme erreur?
Qu'importe, le goût du jeu prédomine, je m'en voudrais de me coucher après qu'on m'aie provoqué... Je demande une carte, le neuf de cœur, je n'ai absolument rien. Je m'adosse sur ma chaise, tapote mes cartes en souriant. Chris choisit de refaire une grosse relance, il me fixe droit dans les yeux, les cartes posées sur la table. Je souris et pousse le double de jeton. S'il ne bluffe pas alors il devrait ouvrir ses yeux un peu plus, réaction cupide à la vue de tant d'argent qui va lui revenir, sauf s'il sait se maitriser. Je ne décerne rien du tout et il refait encore une fois une relance, de peu cette fois. Je refais une très grosse relance de près d'un quart de mon tapis, au final les trois quart de mon tapis sont au centre de la table. Il me regarde, puis son regard vole de ma main aux mises placées au centre. Il se met à jouer nerveusement avec des jetons, les faisant passer les uns sur les autres. Son regard vole peu à peu du jeu à sa main. Il pose les doigts sur ses jetons puis sur ses cartes et d'un geste brusque les fait glisser au centre du tapis. Je me retiens de laisser échapper un soupir de soulagement et me contente d'afficher un sourire satisfait en ramenant mes jetons à moi. J'envoie mon jeu au croupier sans le retourner, ne laissant pas voir si je bluffais ou pas.

Le croupier attend un instant que chacun est remis l'Ante et il se remet à distribuer, faisant filer les cartes sur la table à toute vitesse. Je suis à la fois surpris et satisfait de voir que la tricherie ne semble pas être de mise ici, les parties sont peut être illégales et les joueurs qui y participent aussi mais ils ne semblent pas tricher et cette mentalité me plaît. Pas besoin de surveiller les manches des joueurs, il n'y a qu'à se concentrer sur la partie elle-même. Je regarde mes cartes: as de pique, valet de pique, huit de cœur, huit de carreau, neuf de trèfle. Pour coller au style de jeu de Gavin, je devrai bluffer cette partie pour ainsi mettre vraiment le doute dans l'esprit des autres joueurs, mais il me faut la gagner sinon la partie va se compliquer sévèrement. Je fais directement une grosse relance qui est, malheureusement, égalisée par tout le monde sans qu'il y ai la moindre surenchère. Je change deux cartes, plus ce serait montrer que je n'ai pas de jeu même s'il serait en fait intéressant d'en changer trois pour augmenter mes chances de récupérer un huit.
Je n'obtiens rien, ni paire supplémentaire ni brelan. Je fais cependant une relance moyenne, pas trop forte pour l'instant, Chris en fait de même tandis que Mathew se couche encore une fois. Mattern égalise mais je décide de relancer à nouveau, pas non plus trop fort encore une fois. Le petit homme fait à nouveau comme moi et Mattern relance encore par dessus. Je lance alors la machine à bluff et fais une relance équivalente à la moitié de mon tapis et au trois quart de celui de Chris. Ce dernier choisit de se coucher, abandonnant la partie à Mattern et moi. Il fait une relance que je surenchéris mettant les deux tiers de mon tapis en jeu. Il me regarde en souriant et je crois deviner que je suis percé à jour par un procédé que j'ignore encore.
Il pousse devant lui une somme de jeton égale à celle que j'ai mis. Nous nous regardons, attendant chacun que l'autre dévoile ses cartes. Je finis par montrer les miennes en les faisant glisser sur la table, paire de huit. Il continue de sourire et pose ses cartes unes à une: huit de carreau, trois de cœur, trois de trèfle, as de cœur et trois de carreau. D'un geste habile il les envoie au croupier et récupère ses gains. Je me retrouve troisième, entre Mathew et Chris. Cet échec est de trop, si j'avais gagné cette partie je passais en tête et j'avais ainsi de bonnes chances de continuer jusqu'au bout mais là il me place loin derrière et la remontée va être rude, surtout que mes feintes commencent à se faire connaître. Plus une partie s'éternise et moins un bluffeur devient fort, ses coups et ses tics sont plus facilement repérables pour les joueurs de la table.

Je remet l'Ante au milieu et récupère mes cartes, une paire de quatre. Dans la salle l'excitation monte, les gens semblent sentir que l'un des joueurs ne va pas tarder à quitter la salle et ils espèrent tous que ce n'est pas leur poulain. Je décide de suivre en observant le jeu. Seulement, dès le début du tour je sens que l'ambiance a changé, Mattern fait de grosses relances et force les autres joueurs à le suivre. Seulement en étant cheapleader il possède un tapis bien plus considérable que celui de chacun d'entre nous et là où des sommes ne sont rien pour lui elles représentent le tiers de notre tapis, il peut donc se permettre de perdre cette manche sans trop de problèmes, par contre s'il gagne il va éliminer la plupart des joueurs. Lorsque Chris finit par se retrouver tapis avant même le changement de cartes, je décide de me coucher. Je suis quasiment sûr que l'homme aux lunettes possède un jeu hors du commun et ce n'est pas avec ma petite main que je vais l'avoir.
S'il bluffe alors tant pis j'aurai raté mon coup par contre si mon intuition est bonne je connais deux joueurs qui vont avoir du mal à s'en sortir. Mathew égalise et récupère deux cartes tout comme Chris tandis que Mattern n'en prend qu'une. A l'aide de petites relances l'homme en smoking finit par mettre Mathew tapis à son tour. Je vois soudain poindre sur le visage de mon voisin de gauche un sourire que je n'avais encore jamais vu en partie, mon intuition était bonne il a bel et bien une main hors paire. Mathew dévoile sa main, un brelan, Chris baisse à son tour la sienne, deux paires. Encore une fois Mattern fait son petit jeu en dévoilant les cartes une à une. Les deux premières à tomber sont une paire de huit, puis un as, un autre as. S'il n'a que deux paires alors c'est Mathew qui l'emporte mais la dernière carte commence à se retourner...
« CONTROLE DE POLICE ! NE BOUGEZ PLUS »

Dans la salle des cris de stupeurs s'élèvent et une partie des gens se retournent pour guetter l'endroit d'où viennent les voix tandis que l'autre moitié se lève, paniquée, et part en courant. Certains des spectateurs se lèvent et sortent leur arme ainsi que leur insigne de polices. Mathew devient pâle comme un linge et il part en courant en direction de l'une des sorties, je me lève et regarde autour de moi, toutes les entrées sont bloquées par des officiers qui n'attendent qu'une chose, qu'on se lance sur eux. Mattern se lève comme moi et je lui indique d'un regard mon désir de connaître la carte qu'il allait retourner. Il sourit à pleine dent et me la lance avant de partir se mêler à la foule la valise en main. Je regarde la carte en question, as de carreau. Bien joué, belle partie tout du long, il y a pas à dire j'aimerai vraiment refaire une partie contre un joueur de sa trempe un de ces jours, et si possible avec un croupier aussi bon que celui qu'on avait là. Pour autant je n'ai pas le temps de m'attarder moi non plus il faut que je trouve un moyen de sortir. Je jette des regards autour de moi et tombe sur celui qui m'a mené ici. Il s'apprête à se mêler aux autres fuyard.
Je ne peux pas le laisser s'enfuir comme ca, il pourrait me mener plus vite que prévu à mon mystérieux sponsor. Fondant la foule en jouant des épaules tout en le suivant du regard, j'arrive vite devant l'une des sorties, face à moi un policier vient de mettre à terre l'un des spectateurs et il s'apprête à passer au suivant. Il me fixe du regard et me bloque le passage quand je tente de passer à côté de lui. Je vois l'homme aux yeux d'acier prendre de l'avance sans pouvoir le rattraper. D'une poigne forte le policier me bloque et me plaque contre un mur. Mes chances d'atteindre l'homme en marron chutent à toute vitesse tandis que je me débats tant bien que mal. Il finit par lâcher une main en plaquant son coude contre ma gorge le temps d'attraper une paire de menottes, saisissant le poignet et poussant sur le coude avec l'autre main je réussis à mettre son bras en extension. Il est en mauvaise situation et s'en rend compte tout seul, d'un geste je peux lui briser sans mal le bras. Le policier lève vers moi un visage apeuré. J'appuie un peu plus fort sur le bras, le faisant baisser les yeux puis je le frappe d'un coup de pied au visage et reprends ma course. J'ai complètement perdu de vu ma cible et j'ai beau me dresser sur mes pieds rien à faire. Je finis par déboucher dans un autre restaurant que celui par lequel je suis venu, il est beaucoup moins grand et l'échelle se trouvait juste derrière le comptoir. Toutes les tables et autres meubles ont été renversés sur le passage, les gens n'ayant aucune considération pour le mobilier.
Sur les côtés des tables ont été renversées, voir cassées et une chaise a dû servir d'arme à un des fuyards car un policier git dessous, écrasé sous les restes. Poussé par les gens derrière moi je finis dehors, l'air est frais et un coup d'œil au ciel m'indique qu'il reste encore un bon moment avant que le jour ne se lève. Bien, cela me permettra de me cacher ou au moins de rentrer chez les Guile plus discrètement. Des tirs de pistolets se font entendre un peu partout, les policiers ont ouverts le feu. Je ne sais pas si c'est en réponse aux tirs de la foule mais en tout cas la situation se complique. Je regarde à droite et à gauche, des carrosses démarrent un peu partout embarquant les plus riches des poursuivis. Où que je regarde je n'arrive pas à repérer l'homme aux yeux d'argent, il semble avoir disparu de la circulation, je me met à courir en cherchant dans tous les coins mais rien à faire. Alors que je m'apprête à abandonner une tache marron s'enfonce dans une diligence et je repère le visage si remarquable de mon guide. La porte se referme juste derrière lui et l'engin démarre au quart de tour. Je me lance derrière, puisant dans mes dernières ressources mais plus j'avance et plus la distance entre nous augmente. Lâchant un juron je m'arrête et sors mon arme. M'isolant, ne me concentrant plus que sur ma cible je vise et appuie sur la détente. La balle part et décrit une courbe avant d'aller se planter dans une planche de bois sur le bas de la diligence. Je souris, un tir parfait. Je peux maintenant partir tranquillement à la recherche de l'homme à la veste marron, tant que la distance ne sera pas trop importante ma carte m'indiquera l'endroit où se trouve la diligence et donc ses occupants. Seulement il faut que je règle ce problème dans la nuit, au delà de ce délai ma carte réapparaitra avec moi lorsque je retournerai à Dreamland. Pas de temps à perdre.

Je range mon arme et me retourne, un groupe de policiers vient de sortir du restaurant et se jette à la poursuite de ceux encore sur les lieux. A voir leurs visages ils semblent plutôt décidés à faire un beau massacre en frappant d'abord et en cherchant à savoir qui est coupable après. Sans hésiter un instant je m'élance dans une des rues adjacentes à la recherche d'un endroit plus calme. Une ruelle sombre attire mon attention et je m'y cache en attendant que l'agitation cesse, il me reste encore deux choses à régler ce soir, la première concerne ce qui se trouve dans ma poche, la deuxième se trouve dans le véhicule où est fichée ma balle. Je vais d'abord chercher à résoudre le premier mystère, pour cela il me faut trouver un laboratoire... Ou au moins une pharmacie mais y en a-t-il beaucoup dans une ville comme celle-ci? Tout en réfléchissant je me hisse le long du mur en me servant des prises les plus aisées pour arriver sur le toit d'un gros bâtiment adjacent à la rue où règne l'agitation. Je me penche légèrement par dessus le rebord, ne laissant voir que ma tête d'en bas. Les policiers courent toujours mais la grande majorité des poursuivis sont sortis et sont soit loin, soit menottés au sol.
Le temps qu'ils embarquent tout ce beau monde il fera sûrement déjà jour, pas le temps de patienter ici. Un cri m'interpelle, je regarde d'où vient la voix et tombe sur un policier qui vient de me repérer, j'étais trop occupé à regarder et je n'ai pas pris la peine de me cacher suffisamment, il me pointe du doigt en hurlant à ses camarades de m'attraper. Ces derniers se jettent à l'assaut des murs à la recherche d'un endroit où monter. Bon voilà qui va accélérer mon départ. Je me redresse, peu soucieux de me faire remarquer puis estime la distance me séparant de la battisse à côté à seulement deux mètres. Je prends mon élan et me jette dans le vide. Je réussis à me rattraper mais sous mon pied la pierre craque et je me retrouve un instant en chute libre avant de réussir à me raccrocher avec une main, par pur réflexe. Sans réfléchir je me balance et accroche la deuxième main puis accentuant le mouvement de balancier je réussis à hisser une jambe et à pousser pour rouler sur le toit. Un policier qui était sur le toit où je me trouvais précédemment reproduit le même saut que moi mais son atterrissage est encore moins réussis car je lui saisis le visage et le repousse suffisamment en arrière pour le faire tomber dans le vide. Il s'écrase sur l'un de ses compagnons et c'est suffisant pour refroidir un instant ses autres acolytes qui s'apprêtaient à me poursuivre. Je profite de cet instant de répit pour continuer ma course et je saute sur le toit suivant sans difficulté.

Au bout de trois toits j'ai pris assez d'avance pour descendre, je me penche au-dessus du vide et me prépare à bondir en me saisissant du rebord quand des bruits de sabots attirent mon attention. Un carrosse avance dans la rue avançant à un rythme assez soutenu, le cocher semble au courant de l'agitation et il est bien décidé à quitter les lieux au plus vite. Ce sera parfait. Je me recule un peu, souffle un grand coup puis m'élance et bondis du toit. Je me réceptionne par bonheur sur le toit sans me faire mal et sans attirer l'attention de l'homme devant qui est trop obnubilé par les claquements de son fouet et les hennissements des chevaux. La fenêtre est ouverte même si un rideau la recouvre. Je pose mes mains sur les rebords du toit et me laisse glisse la tête en avant par l'ouverture, légèrement de biais pour passer. Des cris s'élèvent au moment où je rentre mais je finis de faire passer tout mon corps avant de faire plus attention à la scène en question. Lorsque je suis entièrement rentré je me redresse et me tourne directement vers l'origine du bruit, une demoiselle d'environ vingt ans, brune au visage fin est tapie dans un coin et elle hurle d'une voix stridente. Je n'ai pas le temps de venir placer ma main sur sa bouche que je vois ses yeux devenir blancs et elle tombe en avant la main sur le front. D'un bond, je parcours la distance pour l'empêcher de s'écraser au sol, la prenant dans mes bras. Par chance ses cris n'ont pas alertés le cocher qui continue de rouler dans une direction que j'ignore mais qui en tout cas m'éloigne à bon rythme du lieu d'agitation. Je m'installe sur la banquette, elle dans mes bras ne sachant pas trop si je dois la réveiller ou la laisser dormir. Ne me laissant pas le temps d'en décider je la vois ouvrir légèrement les yeux qui clignent ensuite à toute vitesse. D'une voix qui se veut inquiète je lui demande:
« Mademoiselle, vous allez bien? »

Elle me regarde avec des yeux étonnés puis pose le dos de sa main sur son front, elle est pâle et semble extrêmement fatiguée elle me répond d'une petite voix:
« Je... ne me sens pas très bien... Le choc m'a... J'ai l'impression que l'on joue un opéra dans ma tête.
- Oh mais je ne doute pas qu'avec un si beau visage la musique ne peut être que magnifique »

Elle me regarde avec une surprise non feinte puis rigole doucement, la main devant la bouche:
« Que vous êtes drôle mystérieux visiteur! Puis-je savoir ce qui vous amène?
- Eh bien je participais à une partie de poker des plus dangereuses quand les policiers sont arrivés...
- Oh mon Dieu! Et vous vous en êtes sorti? J'aimerai beaucoup entendre le récit de vos péripéties.
- Hum... Mais bien entendu, mais pour cela il faudrait que je reste avec vous un petit moment et je dois me rendre quelque part, seulement je n'ai pas de moyen de transport...
- Laissez laissez! Je vais vous conduire, ou voulez-vous aller? »

Affichant un petit sourire qui dissimule difficilement la joie que j'éprouve d'avoir trouvé aussi facilement un véhicule qui me conduit là où je veux je reprends plus confiant:
« Eh bien si vous pouviez me déposer (je ferme les yeux pour repérer la carte accrochée à la diligence, elle se trouve encore non loin d'ici et semble immobile) à l'ouest d'ici, à une petite lieue seulement.
-Oh mais c'est splendide, ca ne nous fera faire qu'un petit détour (elle me lance un regard lourd de sens) j'espère que vous aurez le temps de tout me raconter beau visiteur... Laissez moi juste prévenir Norman. »
Elle tape contre une petite plaque en bois à l'avant du carrosse en me tirant à elle pour me cacher dans un coin hors de vu. Je sens le véhicule ralentir sans pour autant s'arrêter et un homme ouvre la trappe en présentant son visage, il tousse puis je l'entends cracher un mollard avant de s'adresser à sa patronne:
« Qu'puis-je pour vous Ma'ame?
-Hum Pourriez vous changer de direction, dirigez vous vers l'ouest, à un lieu d'ici. J'aimerai voir la maison d'un ami.
- Désolé Ma'ame mais votre père, mon employeur, m'a dit de vous ramener directement à la maison, je peux pas.
-Aller Norman.... S'il vous plait... Faites ca pour moi.
-Je... J'sais pas trop... (il marque une pause puis reprends). Bon puisque vous insistez c'est parti, mais je vous préviens on restera pas longtemps!
-Oh merci! »

Il referme la petite plaque de bois et la demoiselle s'approche immédiatement, s'asseyant à côté de moi en posant sa tête sur mon épaule puis elle me demande en chuchotant:
« Bien maintenant je suis toute ouïe pour entendre votre histoire! »

Je souris à pleines dents et entame mon histoire en brodant certains détails, en en dissimulant d'autres, et en faisant de ma fuite une épopée héroïque me mettant face à des dangers insurmontables tel que des policiers de deux bons mètres de haut et aux bras larges comme deux troncs. La demoiselle reste captivée tout du long enregistrant chaque information, tremblant face aux scènes d'action, rigolant lorsque celles-ci deviennent comique. Prenant goût au jeu je me met à mimer certains passages au grand plaisir de la jeune fille. De temps en temps je fais des pauses, prétextant de devoir me reposer, pour me concentrer sur l'emplacement de ma carte qui se rapproche de plus en plus, rendant la détection plus aisée. Je m'attendais à ce que la route devienne mauvaise en s'éloignant de la ville mais la diligence ne ralentit pas et les secousses ne sont pas plus importantes pour autant, à mon grand bonheur. Si je dois revenir à pied ce sera plus facile que dans des mètres de boue. Alors que je raconte ma fantastique envolée de toits en toits le véhicule ralentit et le cocher rouvre la petite ouverture pour s'adresser à celle qu'il transporte, j'ai juste le temps de me ruer dans un coin qu'il prend la parole:
« Ma'ame nous v'là devant la maison de votre ami. Regardez rapidement et pis j'vous ramène.
-Oh s'il vous plait maintenant que nous sommes si proches vous pourriez en faire le tour que je regarde depuis la fenêtre! Vous seriez un amour!
-Mouais, au point où on en est, aller c'est partit mais m'demandez plus rien après.
-Promis! Que vous êtes chou! »

Il referme le bloc de bois et fouette les chevaux en marmonnant, je ne sais pas si c'est de l'exaspération ou s'il hèle les chevaux par leur nom. En tout cas je ne peux que remercier mon aide inespérée qui sourit tout en jetant de brefs coup d'œil derrière le rideau donnant sur la maison comme s'il s'agissait là du repaire de dangereux criminels. Ce qui n'est peut être pas tout à fait faux à vrai dire. Elle tourne vers moi une tête émerveillée, heureuse d'avoir pris part à cette dangereuse entreprise, je lui fait un clin d'œil et saisis le haut de la porte puis passe mes pieds par la fenêtre. Elle me retient par le bras juste avant que je ne passe:
« Comment vous appelez vous? Comment puis-je vous retrouver bel inconnu? »

Je réfléchis un instant puis souris en trouvant que mon idée est tout à fait adaptée à la situation:
« Appelez moi Lupin... Arsène Lupin. Mais ne cherchez pas à me retrouver, d'ici peu je serais mort (je marque une courte pause puis ajoute) peut être même ce soir si les choses tournent mal.
-Mort?! Oh mon Dieu mais n'y allez pas!
-Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas si terrible que ca... Parfois il arrive qu'on y survive le temps d'une enquête. »
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Nayki Shin
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MessageSujet: Re: Coup de bluff à Notting Hill Coup de bluff à Notting Hill EmptyLun 26 Mar 2012 - 21:20
La laissant sur ces mots qu'elle ne peut sûrement pas comprendre je m'élance et bondis du véhicule. Je parviens à me réceptionner sans trop de mal en effectuant une roulade dans les buissons le long de la route. Pas de blessures mais je suis maintenant trempé par l'eau qui recouvre la végétation. Je tourne la tête vers la route, le carrosse roule toujours, le conducteur ne semble pas m'avoir aperçu. Bien me voilà rendu en un rien de temps à l'endroit où s'est arrêtée la diligence. D'après la taille de la demeure qui s'élève devant moi je suis quasiment sur que ce n'est pas l'homme en marron qui loge ici mais son employeur qui est, si je ne me trompe pas, le sponsor de Gavin. Fondant les dernières broussailles je m'approche de l'énorme mur qui se dresse tout autour de la maison. Il fait cinq bons mètres de haut mais n'est pas pourvu de barbelé comme l'était celui de la maison Guile, beaucoup plus facile à escalader.
Je m'en approche et commence à le palper à la recherche de prises pour le gravir, il est malheureusement en brique et l'étroit espace où poser mes pieds est trop petit pour les chaussures que je porte. Je vérifie qu'il n'y a personne dans le coin, puis satisfait recule de quelques pas et lance quatre cartes verticalement à un mètre les unes des autres, puis prenant mon élan je me lance et gravis le mur sans trop de difficultés en récupérant à chaque fois la carte en dessous pour ne pas laisser de traces. Une fois arrivé sur la plus haute des cartes je reste baisser le temps de vérifier qu'on ne peut pas me voir d'en haut et observe la demeure. Le jardin est plus grand que celui du père de mon défunt sosie et il est constitué de trois grandes allées se rejoignant toutes à l'entrée. Entre chacune se trouvent des arbustes en tout genre pas bien grands et pouvant difficilement dissimuler quelqu'un. Je regarde autour, il y a des gardes un peu partout positionnés à des endroits assez variés leur permettant de surveiller tout le périmètre. Il me sera clairement impossible de passer sans me faire repérer, je vais devoir trouver un autre moyen pour atteindre la demeure. Demeure qui plus est particulièrement imposante. Elle s'étend sur vingt-cinq bons mètres de large et doit posséder trois étages, l'extérieur est couvert de lierre coupé de façon régulière qui donne un aspect agréable à l'œil, le tout ne semble pas envahi, au contraire on dirait que le lierre pousse de façon à rendre la maison plus belle et plus grande encore. En bas les plantes sont encore plus concentrées tandis qu'elles se font rares en hauteur, produisant une perspective gigantesque du tout.
Le toit est sombre, fait en ardoises. Je me demande encore comment je vais pouvoir atteindre la maison quand des bruits de sabots se font entendre. Pour ne pas me faire repérer je me laisse tomber au sol en récupérant la carte sur laquelle j'étais en appuis. Pour amortir la chute je pose mes mains gantées sur le mur tout comme les chaussures ce qui me freine dans ma descente. J'atterris en bas et me rapproche de l'entrée. Celle-ci est immense et les grilles plaquées or sont pourvus de pointe tout en haut. Un homme tout habillé en noir est à l'entrée et se prépare à ouvrir. Il est vêtu d'un grand manteau noir qui lui tombe jusqu'aux chevilles et porte des vêtements sombres mais je devine sous ces derniers une sorte de plastron semblable à une armure, enfin pour compléter le tableau il porte deux Winchester à canon scié collées le long de ses jambes. Son visage est sombre et il a tout l'air d'avoir l'habitude de se battre et même de tuer. Pendant que je l'observe il s'approche du cocher avec lequel il discute. J'ai là une occasion en or de pénétrer sans me faire repérer dans la propriété. Je me déplace discrètement tout en restant dans l'ombre puis quand il s'approche des fenêtres de la diligence je me lance en avant en passant par le côté arrière du véhicule. Je me glisse dessous et m'accroche tant bien que mal aux planches en faisant le moins de bruit possible. Au même moment le cocher donne un petit coup de fouet et les chevaux se mettent en avant au pas. Dans mon dos les cailloux ricochent et me rentrent de temps en temps dans les côtes mais je reste immobile, les bras crispés.

Au bout de quelques minutes je sens que nous tournons et j'en profite pour me décrocher, prenant le risque d'être repéré. Si je ne me trompe pas, l'ombre à ma gauche est celle de la maison. Une fois que le véhicule m'a dépassé je roule sur le côté sans regarder et ce jusqu'à buter contre quelque chose de dur. Je me redresse et touche le mur de la maison de la main, j'ai eu une chance incroyable en me retrouvant si près de mon objectif en si peu de temps et à l'insu des occupants de la battisse. Une fois encore je remercie Dreamland de m'avoir donné une tenue noire pour cette nuit. Je vérifie d'abord qu'il n'y a personne dans le coin, l'arrivée de la diligence semble avoir occupé tout les esprits et ils sont tous focalisés sur l'endroit où se trouve maintenant celle-ci. Je m'écarte un peu de la paroi et repère une fenêtre fermée au deuxième étage. Il n'y a pas de la lumière qui s'en échappe, un regard aux autres fenêtres m'indiquent que c'est là la seule possibilité.
Les autres semblent occupées ou du moins il y a de la lumière, même ténue qui est visible. Je cherche un moyen de grimper et opte pour le lierre. Celui-ci n'est pas solide et se casse facilement mais en se servant d'autres prises de la paroi je pense que je devrai parvenir à grimper. Je pose mon pied sur le rebord de la fenêtre du rez de chaussée et pousse pour attraper du lierre. Puis je lève mes pieds, progressant ainsi en montant les jambes sur des prises sures et me servant de mes mains pour m'équilibrer j'atteins vite le premier étage, puis le second et m'assois sur le rebord. Pas le temps de m'éterniser pour récupérer je dois vite ouvrir la fenêtre pour ne pas me faire repérer. Je sors une carte et la glisse dans l'entrebâillement à la recherche d'un loquet. Je pars du bas puis remonte peu à peu mais mes efforts s'avèrent infructueux au premier essai. Je donne un petit coup dans la vitre pour la faire bouger et observe l'endroit qui retient celle-ci, il s'agit d'un loquet sur la gauche, derrière le bois, elle est inatteignable d'ici. Pour éviter de faire du bruit je m'attaque à l'autre côté, et plus particulièrement aux jointures qui permettent de faire pivoter la fenêtre.
Celles-ci se cassent facilement, elles sont vieilles et se brisent d'un coup sec, je retiens du mieux que je peux la fenêtre en la tenant par les fines parties en bois pour l'empêcher de faire trop de bruit en tombant. Elle touche cependant le sol en produisant un choc qui me semble mille fois trop fort. Je reste un instant immobile, toujours sur le rebord de la fenêtre puis me décide à entrer quand j'estime que des gens seraient là s'ils avaient entendus le bruit. Je touche le sol et mes pieds s'enfoncent dans un moelleux tapis grâce auquel le bruit a été atténué. La pièce dans laquelle je suis est plongée dans l'obscurité et la seule lumière qui y rentre provient de l'étroit espace entre le sol et la porte. Mes yeux s'habituent à la noirceur environnante et je distingue un lit, vide, un bureau et une armoire. La chambre est petite comparée à la taille de la maison et l'absence de papiers ou de vêtements dans l'armoire me laisse penser qu'elle est inoccupée. Tant mieux, ainsi je pourrais m'y replier si je dois me cacher à un moment ou un autre. Je soulève la fenêtre et la repose à sa place d'origine en forçant un peu pour qu'elle tienne. Si je veux la faire tomber il me suffira de tirer sur la poignée et le tout viendra tout seul.

Je m'approche de la porte et colle mon oreille contre celle-ci, aucun bruit ne semble venir de la pièce suivante et je me permet d'entrouvrir la porte pour jeter un coup d'œil, il n'y a personne dans le couloir aux murs dorés. J'ouvre assez pour passer puis referme le pan de bois derrière moi. Je suis maintenant dans le couloir mais je n'ai aucune idée de l'endroit où peuvent se trouver mon sponsor et/ou Yeux d'argent. J'ai plusieurs hypothèses, la première c'est qu'ils sont dans un salon, donc surement au rez de chaussée et à coup sur l'une des grandes pièces de la maison. Autre possibilité ils sont dans un bureau et là les choses se compliquent car je ne peux me permettre d'entrer dans toutes les pièces, surtout que d'après la lumière que j'ai observé d'en bas elles semblent pour la plupart occupées. Je m'avance dans le couloir en observant la taille, la forme et la décoration des portes pour tenter d'identifier l'une des pièces que je recherche.
Malheureusement à quelques détails prêts elles sont toutes identiques et le couloir seul est pourvu d'une douzaine de portes dont six sont ouvertes. Je m'approche de l'une qui est ouverte et jette un regard rapide à l'intérieur, sur le coup je ne vois personne mais ca ne veut rien dire, je m'apprête à entrer discrètement quand des bruits de pas montant ou descendant des escaliers se font entendre. Sans réfléchir je me jette dedans et ferme la porte derrière moi. Je tourne la tête autour de moi et pousse un soupir de soulagement en voyant qu'elle est vide, je suis dans une bibliothèque immense qui s'étend sur une dizaine de mètres, chaque parcelle de mur est occupée par des livres et des rangées ont été installées à intervalles réguliers pour y stocker des milliers d'ouvrages, trois portes, toutes ouvertes, donnent sur la pièce et j'ai pris celle la plus à droite. Peu intéressé par la lecture dans un tel moment, j'entrouvre légèrement la porte pour observer ce qu'il se passe dans le couloir. Les bruits de pas se rapprochent et je repère deux personnes différentes. Les bruits de leur talons m'indiquent qu'il s'agit là de femmes. L'une s'adresse à l'autre:
« Mère je suis sous le charme, notre hôte est d'une beauté froide à couper le souffle. Je crois bien que j'ai faillis m'évanouir quand il a posé ses lèvres sur ma main...
-Je connais là le sentiment que tu as ressenti, le même m'a envahi il y a des années quand j'ai rencontré feu ton père.
-... Et qu'il nous autorise à visiter sa bibliothèque, Grand Dieu c'est un honneur! Elle est réputée en tout lieu pour être d'une richesse à couper le souffle.
-Je crois que nous y sommes d'ailleurs. »

Une main se pose sur la poignée, je suis suffisamment prêt pour distinguer leur vêtements d'une richesse incomparable. Elles ont toutes deux une robe qui dévoilerait la plus grande partie de leur poitrine si leur peau n'était pas dissimulée par des colliers brillants qui ne laissent rien voir. Je bondis en arrière et me cache derrière une étagère tandis qu'elles pénètrent dans la pièce. Elles s'avancent vers les premiers livres qui s'offrent à elles et j'en profite pour me reculer encore et passer sur le côté pour me retrouver face à la seconde porte. Si je m'engage au moment où elles tournent la tête je serais immédiatement repéré. Seulement si j'attends trop longtemps et qu'elles s'approchent alors je devrai m'écarter encore vers ma dernière issue. La mère s'approche de moi quand soudain la jeune femme l'interpelle:
« Oh Mère, venez voir ca! Ce livre de Jules Verne est si drôle, il raconte l'histoire d'un voyage au centre de la Terre, ne trouvez-vous pas ca amusant? »

Je soupire de soulagement quand je la vois s'écarter et se pencher sur le livre pour lire le passage indiqué par le doigt de sa fille. D'un bond je franchis la porte et me retrouve à nouveau dans le couloir, mais cette fois beaucoup plus pressé par le temps, il faut que avoir trouvé une pièce ou pris une décision avant qu'elles ne ressortent. Et en tant qu'invitées je suppose qu'elles vont ressortir assez vite car la politesse les oblige à ne pas rester enfermées seules dans une pièce. Je décide de descendre les escaliers, une intuition que je ne sais ni bonne ni mauvaise me murmure que je ne trouverai pas ceux que je cherche à l'étage. Marchant normalement au cas où quelqu'un sortirait d'une pièce dans mon dos j'arrive à l'escalier situé au milieu du couloir. Ou plutôt aux escaliers, car ceux sur les extérieurs semblent là pour monter tandis qu'un immense au centre est là pour descendre d'après les tableaux qui ne sont visible que si l'on emprunte l'escalier adéquate. Je le dévale discrètement et arrive face à un mur portant les armoiries de la famille, un ours en train d'attaquer, la patte dressée pour frapper et de la bave s'écoulant de sa gueule au crocs aiguisés, l'animal est au centre d'un cercle dont une partie est noire et l'autre blanche.
Un regard sur les côtés me dévoile qu'il y a deux autres escaliers, sur les extérieurs eux aussi. Au bruit qui règne en bas il y a du monde, et même beaucoup de monde. Sur les murs dansent les ombres des gens rassemblés. C'est à la fois un avantage et un gros inconvénient. Si je me fais repérer je pourrais dire que je suis invité et ce sera une bonne excuse, au contraire si des gens me connaissent, ou connaissaient Gavin, alors ils sauront que je n'ai rien à faire ici et mon infiltration sera un fiasco. Je m'approche de l'un des escaliers et jette un coup d'œil, je repère rapidement une partie des gens qui étaient rassemblés à la partie de poker. Ils sont en train de discuter en sirotant tranquillement des cocktails. Sur le coup je ne comprends pas pourquoi, après s'être échappés et avoir fuis les policiers ils se regroupent à nouveau mais je finis par deviner que c'est là une manière de se fournir un alibi. Face à autant de personnes qui ne nieront pas avoir passer la nuit ici tous ensemble à faire la fête les policiers ne pourront rien faire pour les arrêter. Lorsque j'estime que personnes ou peu de monde regardent dans ma direction je descends les escaliers. Je pose ma main sur ma tête pour rabattre mon chapeau sur mon visage et me cacher un peu mais je me rends compte qu'il est tombé lors de mon entrée dans la demeure. Il doit donc se trouver sur l'allée empruntée par la diligence. Une grossière erreur qui risque de me couter cher si les gardes tombent dessus et s'ils considèrent qu'il n'appartient pas à l'un des invités.

Ayant déjà commencé à descendre je continue jusqu'en bas et repère une porte par laquelle entrent et sortent des serveurs en continue. Je m'avance en dissimulant au mieux mon visage et rentre dans la pièce. Les employés sont tellement affairés qu'ils ne se rendent pas compte ou du moins ne prêtent guère attention à ma présence. Je suis maintenant dans la cuisine où s'activent de nombreux cuisiniers en sueur, l'agitation est semblable à celle d'un grand restaurant et de nombreuses odeurs d'arômes parviennent à mes narines. A la recherche d'un serveur plutôt isolé je finis par tomber sur l'un d'entre eux qui vient de déposer un plateau de flutes à champagne vides. Je m'approche de lui et lui demande:
« Hum Excusez-moi mais pourriez vous m'indiquer les toilettes, je dois avouer que j'ai un peu bu et je ne me souviens plus trop d'où elles sont. »

Il se tourne vers moi et mes yeux un peu fermés semblent le convaincre. Il commence à m'indiquer du doigt la porte en déclarant:
« C'est tout simple, vous sortez par la porte, vous traversez la pièce et vous prenez la porte juste en face, de là vous prenez la deuxième porte à droite et vous y êtes...(Je ne réponds rien tout en faisant semblant de chercher à mémoriser l'information puis hoche la tête de droite à gauche pour lui montrer que je ne saurais y aller seul) Bien je vais vous montrer suivez moi. »

Il me prends par l'épaule et se met à marcher à mon rythme vers la sortie des cuisines. Je m'avance en titubant légèrement au début puis en reprenant un peu d'assurance. La traversée du hall se fait sans soucis et les gens qui me regardent ne peuvent voir mon visage caché par le serveur. Nous passons la porte suivant et il m'indique les fameuses toilettes. Je le remercie et vérifie rapidement qu'il n'y a personne dans les parages puis profite d'un instant où il me tourne le dos pour poser mon avant bras sur sa gorge et serrer mes deux mains ensemble pour l'étrangler. La pression de mon os sur son cou l'empêche de pousser le moindre cri et en quelques secondes il cesse de résister et me tombe dans les bras. J'ouvre la porte derrière moi et le met dedans. Les toilettes sont immenses et pourvues d'une petite boite de maquillage. Sans attendre je bloque la porte et commence à me déshabiller en en faisant autant du serveur, Lorsque je me retrouve en caleçon je décide de changer vraiment toute ma tenue pour me débarrasser du fameux fixe-rêve.
S'il faisait partie de mes vêtements j'ai maintenant réglé le problème, j'espère juste qu'il ne se trouvait pas dans la nourriture car il ne s'enlèvera pas de si tôt dans ce cas. Un doute me prends soudain, je ne connais pas la taille de l'objet qui me maintient bloqué ici mais s'il est petit il a tout à fait pu être caché dans les lentilles ou dans les grains de beauté qui m'ont été rajoutés ou enlevés par Tonio. Je regarde ces dernières, dans le doute je ne préfère pas les enlever maintenant mais la peinture qui était censée ne pas résister à l'eau ou à mes allés retours nocturnes est encore présente. Lorsque je n'aurai plus besoin de faire semblant d'être Gavin j'enlèverai tout ce qui m'a été donné par les Guile de façon à me débarrasser du fixe-rêve plus facilement.
J'inverse ainsi la totalité de nos vêtements, ne gardant que mon paquet de carte, celui de Gavin que j'avais glissé dans ma poche la nuit dernière est resté dans la chambre que j'ai laissé en arrivant ainsi que le mouchoir imbibé de sang maintenant sec que j'ai récupéré sur la route. Je me retrouve ainsi en tenue de serveur et seul mon visage peut me démasquer. Immédiatement je me tourne vers la petite boite et me sers de différentes poudres pour creuser mes joues et créer une fausse couleur de barbe naissante. Je suis plutôt satisfait de moi et il faudrait s'approcher de très près pour voir la différence. Une fois que je suis prêt, je récupère la clé sur la porte censée procurer un peu d'intimité à celui qui utilise les toilettes puis sors, referme la porte à clé et la brise dans la serrure. C'est censé être suffisant pour bloquer quiconque voudrait entrer ou sortir d'ici pendant un bon moment.

Je retourne dans la cuisine où je récupère un plateau de flutes de champagnes puis m'avance dans le hall parmi la foule. Les gens ne me jettent pas un regard et se content parfois de déposer une flute vide ou d'en prendre une autre pleine. Pas une personne ne m'adresse un merci, un s'il vous plait ou une quelconque formule de politesse et je dois bien avouer que pour une fois cette attitude supérieure ne me pose pas de soucis. Les invités parlent de sujets extrêmement variés allant de l'économie et du cours du thé à l'arrivée des soldes dans certains magasins. Continuant d'avancer je finis par arriver à l'autre bout de la pièce où sont installés dans des fauteuils confortables des personnes qui semblent importantes.
Je repère l'homme aux yeux d'argent qui est installé dans l'un d'entre eux mais qui ne semble pas dans son environnement. Il jette constamment des regards nerveux autour de lui et il détaille toutes les personnes qui s'adressent à lui. Il finit par poser ses yeux sur moi et je tremble un instant mais il passe vite à quelqu'un d'autre. Je me retourne, me mettant de côté par rapport à lui pour éviter qu'il ne voit mon visage et je jette de temps à autres de regards furtifs pour savoir s'il bouge ou pas. A mon avis il n'attend pas là pour rien et il serait déjà loin s'il n'avait pas quelque chose à dire ou à raconter au maitre de maison. J'ai donc une belle occasion de savoir qui est mon sponsor et peut-être en apprendre plus sur ce qui s'est passé à la suite d'une certaine partie de poker. Au bout de dix minutes mon plateau est vide, les invités boivent le vin pétillant à toute vitesse et je suis obligé d'aller en chercher un autre pour ne pas paraître suspect.
Je m'avance vers un buffet placé sur l'un des côtés sur lequel je pose le cercle remplit de flutes vides pour récupérer un plateau orné de canapés en tout genre. Lorsque je retourne non loin de l'homme que je surveille je remarque qu'il est en pleine discussion avec un employé de maison. Il est assez grand, en costume noir chic, pas le genre de costume que peuvent se payer n'importe quels employés, il doit travailler ici depuis assez longtemps. Son visage ne laisse transparaitre aucune émotion et sa moustache grise qui camoufle en partie sa bouche ne m'aide pas à lire sur ses lèvres pour savoir de quoi ils parlent. L'homme assis se lève assez précipitamment et ils se mettent tout deux en marche vers une porte dans un coin de la pièce. L'employé ouvre le passage et laisse entrer l'autre homme puis il entre à son tour, vérifie que personne ne les regarde et croise mon regard. Je me dépêche de me fondre dans la masse en adressant la parole à l'un des invités pour lui proposer à manger. Un regard en coin m'indique que l'employé en noir a fermé la porte, j'attends un peu puis me dirige vers la porte. Je pose mon plateau sur la première table qui se présente puis pose ma main sur la porte en écoutant du mieux que je peux les bruits derrière. Malheureusement le brouhaha incessant de la réception m'empêche de discerner le moindre son. Je soupire puis ouvre la porte et tombe sur une pièce entièrement vide, avec seulement une autre porte mais aucune fenêtre.
Cherchant du regard les deux qui sont entrés avant moi je referme la porte derrière moi puis je m'avance au milieu de la pièce. Celle-ci est pourvue de deux étagères, d'une armoire, d'un canapé, de quelques armoiries et œuvres d'art et d'un bureau pourvu d'une chaise ainsi que d'une cheminée. Cette pièce est un simple bureau mais sa présence si près du hall est étrange, quelqu'un qui donne régulièrement des réceptions n'a pas intérêt à placer ici des documents importants qui seraient susceptibles d'être volés. Au contraire y cacher des documents pour les avoir constamment sous la main peut être intéressant, et quelque chose me dit que le bureau a de grandes chances de dissimuler des informations importantes. Entièrement en bois sombre il fait deux mètres de large pour un mètre cinquante de profondeur, installé dans un coin il occupe une grande partie de la pièce et attire tout de suite le regard, il est pourvu de six tiroirs de chaque côté et d'un immense fauteuil noir en cuir. Doucement je m'en approche et ouvre les tiroirs, ils contiennent tous plus ou moins de documents allant de simples notes de frais à des livres ou des objets originaux. Ils n'ont aucun intérêt et je doute même qu'ils aient une valeur quelconque.

En évitant de trop les déplacer je palpe le fond de chaque tiroir à la recherches d'irrégularités mais mes doigts ne touchent rien. Lorsque j'ai finis d'inspecter les tiroirs je passe soigneusement ma main sur chaque recoin du bureau en soulevant tout les objets tout en veillant à ne pas les remettre ailleurs que là où ils étaient. Encore une fois je reste bredouille et décide de jeter un coup d'œil sous le bureau. Celui-ci est lisse sur tout les recoins et sans la moindre aspérité sur les côtés tandis que le dessous même du bureau est recouvert d'un gigantesque dessin représentant le blason de la famille, cependant j'ai beau appuyé sur chacune des parties de l'animal ou du cercle voir même deux parties en même temps rien ne se passe et je décide de me relever pour étudier une autre partie de la pièce. Déçu que mon intuition est été fausse.
Je m'approche de la cheminée et commence à passer en revu chaque objet posé dessus. Il y a majoritairement des chopes en métal chacune ornée d'un motif différent, derrière, en appuis sur la pierre se trouvent d'anciens pistolets en tout genre qui semblent avoir traversé les époques. Le plus à gauche est un pistolet un coup à poudre et possédant une mise à feu à silex tandis que celui de droite est un Smith and Wesson 610. Ils sont tous pourvus de riches gravures et semblent raconter une histoire différente. Cherchant à en attraper un au centre je percute l'une des chopes que je m'empresse de remettre en place pour ne pas signaler mon passage. Le dessin représenté dessus attire mon attention. Au premier abord on ne voit qu'un simple cercle, cependant en penchant légèrement l'objet on parvient à apercevoir un yin et yang. Signe que j'ai déjà vu plus tôt dans la nuit. J'essaye avec d'autres récipients mais seul ce motif n'apparait qu'une fois penché. Je fais glisser ma main sur le métal puis enfonce mon pouce dans le dessin, le tout se met à bouger et j'entends un bruit de glissement suivi d'un claquement. Je repose en hâte la chope et essaye d'identifier d'où vient le bruit. Seulement des bruits de voix venant de la pièce que je n'ai pas encore visité se rapprochent et je me met à chercher du regard une cachette. Je ne repère rien de mieux que le bureau et je me jette dessous en désespoir de cause. Il est heureusement suffisamment profond pour qu'on ne m'aperçoive pas si je me cale au fond car je suis dans l'ombre. Pour me voir il faut vraiment savoir que je suis là.

Une porte s'ouvre et j'entends des personnes rentrer, refermer à clé la porte d'où ils viennent d'arriver et se diriger vers la porte menant au hall. L'un d'entre eux prend la parole et je devine qu'il s'agit de celui qui m'a guidé à la partie de poker, il n'a pas l'air très à l'aise:
« Monsieur j'ai oublié de vous en parler après la partie de poker. Mais que faisons-nous au sujet de Gavin?
-Tu as déjà essayé de le tuer une fois et tu as lamentablement échoué. Pour l'instant nous ne faisons rien et s'il tente encore une fois de se débiner à une de nos parties je te charge de le descendre pour de bon... Et d'aller toi même vérifier qu'il ne bougera plus jamais.
-Je vous assure que les hommes que j'en envoyé sont fiables. S'il disent qu'il est mort, c'est qu'il l'est bel et bien.
-Mais est ce que moi je peux me fier à toi? Certains disent que tu avait un certain attachement pour ce garçon, réplique le sponsor d'un ton agressif.
-Monsieur, depuis tout ce temps je ne vous ai jamais déçu. Si je vous dis qu'il est mort c'est qu'il l'étais! Je n'ai pas pu aller vérifier de près mais personne ne peut survivre à ça...
-Alors comment tu expliques qu'il se soit pointé ce soir! Réplique avec colère le second interlocuteur.
-Mais j'en sais rien! Vous savez très bien que je n'en ai rien à faire de ce gosse de riche! Je n'attends qu'une chose, c'est qu'il quitte cet univers que ce soit les pieds devant ou pas. Et il a l'air de tout faire pour partir en ce moment... Seulement je ne comprends toujours pas pourquoi il a fuit en plein milieu d'une partie de poker. C'est vrai que ses chances de gagner étaient faibles mais il aurait très bien pu retourner la situation comme il a l'habitude de le faire. »

J'entends du mouvement et je sens que l'homme qui doit être mon sponsor vient de saisir son employé:
« Est-ce que c'est ton rôle de réfléchir? (il attend un peu, l'autre doit hocher négativement la tête) bien alors contente toi d'obéir à mes ordres. Ce soir Gavin a joué une partie tout à fait honorable, bien meilleure que ses précédentes et c'est positif. S'il s'est enfuit c'est parce qu'il a du croire que nous le tuerions s'il échouait et il a du vouloir profiter de l'effet de surprise en s'enfuyant en pleine partie.
-Mais pourquoi n'est il pas parti quand tout le monde le croyait mort?! Pourquoi il est revenu jouer?
-Abruti il sait très bien que nous le retrouverons s'il tente de s'enfuir, il n'a aucune chance... Et ce petit incident a du l'aider à en prendre conscience. D'un autre côté c'est positif qu'il soit revenu. En gagnant sa qualification aujourd'hui il devient le dernier maillon qui consolide le plan prévu. (il marque un petit temps d'attente avant d'achever d'une voix dépourvue de tout scrupule) Seulement s'il a fuit une fois il risque de recommencer, après la finale je me chargerais personnellement de lui en tête à tête... »

La voix du sponsor me dit quelque chose mais je n'arrive pas à l'identifier, pour une raison que j'ignore j'ai l'impression de l'avoir déjà entendue ce soir mais j'ai beau me creuser les méninges rien y fait je ne me souviens pas. Je ferme les yeux et penche la tête en arrière pour me concentrer davantage et me focaliser uniquement sur cette voix mais rien ne me vient à l'esprit. Je finis par rouvrir les yeux et jette un coup d'œil au bureau. Une plaque s'est déplacée et le symbole de l'ours à légèrement glisser sur le côté. Tout à l'heure il était tellement bien encastré dedans que je n'avais rien repéré mais là avec le visage au niveau du bois je vois nettement une différence de hauteur. Mettant mes mains de chaque côté du morceau de bois je le tire vers le bas et le fais tomber. Il me glisse un peu des mains mais je parviens à ne pas le faire tomber bruyamment en le retenant avec mes jambes. Je le pose sur le côté et examine le compartiment qui vient de se dévoiler. Une pochette est collée au bois et en glissant mes mains dedans j'en extrais diverses feuilles. Tandis que l'homme au costume marron reprend, je commence à les lire rapidement:
« Monsieur, si je comprends bien, la plupart des joueurs de la finale sont des participants dont vous êtes le sponsor?
-Exactement, et tu es surement assez malin pour comprendre quel sera ton rôle dans cette affaire n'est ce pas?
-...
-Apparemment non, en simplifié tu auras pour tache de forcer la main de ceux qui ne voudront pas jouer la partie comme je l'entends, des gars comme Gavin qui ont du mal à se décider à user de diverses manières pour gagner de l'argent. je veux que le classement s'établisse selon MES souhaits pour ainsi remporter les plus grosses sommes possibles grâce aux paris.
-Je comprends, et je dois donc inciter plus lourdement ceux qui refuseraient de jouer comme vous l'entendez.
-Tu as tout compris. De plus les fiches de dettes de chaque joueur me permettront de les inciter suffisamment pour qu'ils suivent mes directives. Les contrats passés sont assez clair quant aux traitements en cas de non respect des consignes... »

Les feuilles que je possède ne sont autres que les exemplaires de dettes de chacun des participants, celles-ci sont au nombre de huit mais trois sont barrées d'un gros trait rouge. Les autres affichent des nombres hallucinants qui témoignent à la fois de la fortune de l'homme à côté de moi et de la folie des joueurs prêts à perdre autant dans le jeu. Je me demande s'il y en a des doubles, pour plus de sureté ce pourrait être logique cependant le paragraphe central m'incite à croire le contraire. On y fait notion d'un droit de vie ou de mort sur la non-participation du joueurs aux parties dans lequel il s'est lui même engagé. Vu ainsi ce passage n'a rien de vraiment extraordinaire, un joueur qui choisit de participer à une partie après avoir mis son sponsor au courant participera quasiment à coup sur... Seulement si la partie est truquée pour arranger certains joueurs et que des joueurs s'opposent à cette tricherie mais ne peuvent abandonner à cause de cette clause, le texte devient d'une dangerosité abominable.
On peut donc penser que si de telles fiches et plus particulièrement cette partie du texte ajoutées à certains détails de ce qui se trame tombaient entre les mains des organisateurs du tournoi ou entre celles d'autres puissants personnages cela pourrait faire des ravages et finir en bain de sang, les parties de poker illégales ne sont généralement pas des réunions de gens prêt à régler leur compte en discutant. Or pour éviter que de telles informations s'ébruitent, il est préférable de ne pas créer trop de preuves donc peu de contrats. Autre détail intéressant toutes les fiches sont signées de la main du joueur et de celle d'un certain M suivi d'un point. Pliant les feuilles en deux et les glissant dans ma veste je jette un coup d'œil aux occupants de la pièce. Ils sont toujours en train de discuter hors de mon champ de vision. Le ton s'est cependant calmé et ils semblent avoir dévié sur un autre sujet. J'en profite pour remettre le cercle de bois orné d'un ours à sa place place. Il s'emboîte à la perfection, ne laissant plus paraître aucune trace de mon passage mis à part l'absence des documents compromettants.
Le seul bruit qui s'échappe est un léger claquement mais il semble rester inaperçu à côté de l'activité qui règne non loin. Absorbé par ma tâche je n'entends pas la porte s'ouvrir et quand je jette un regard dehors il est trop tard et le sponsor est ressorti. Pensant que tout le monde est parti je m'avance et risque un regard dehors. Seul demeure encore dans la pièce l'homme aux yeux d'argent qui reste immobile. Il semble hésiter, finit par donner un violent coup de poing dans un mur, faisant trembler le lustre et tomber quelques livres, en se murmurant à lui-même:
« Putain Gav'... Bars-toi! »

Il se dirige ensuite vers la sortie d'un pas assuré et ne se retourne qu'un seul instant, fixant du regard le bureau avant de refermer la porte. Je jurerai que ses yeux aux reflets de métal étaient fixés sur moi et j'espère seulement que ce n'était qu'une illusion stimulée par la peur... Maintenant seul j'attends quelques instants pour être sur que plus personne ne rentre et sors de ma cachette. Me remettant debout je m'étire rapidement, légèrement courbaturé par cette attente prolongée dans ce petit espace, tout en réfléchissant à la méthode dont je vais me servir pour sortir. Si les précédents occupants de la pièce ont décidés de s'installer non loin de l'entrée il comprendront que j'ai suivi leur conversation et une étude approfondie leur indiquera qu'ils avaient un invité de trop. Je ne peux pas non plus me permettre d'attendre que les choses évoluent car l'homme qui est évanoui dans les toilettes va finir par se réveiller et pour achever les choses des personnes risqueraient de rentrer à nouveau dans le bureau.
L'absence de fenêtre m'empêche également de m'enfuir par l'extérieur. Il me reste également la possibilité de rester là le temps de me réveiller mais cela reviendrait à perdre les fiches cachées dans ma veste en même temps que je perdrais mes vêtements et je n'ai pas l'intention de les laisser filer aussi facilement. Je n'ai malheureusement pas le temps de choisir comment m'échapper qu'une odeur de brulé emplit mes narines. Recherchant l'endroit d'où provient la flamme je repère vite l'une des bougies du lustre qui est tombée sur le sommet d'une étagère suite au coup du dernier occupant de la pièce. Et je viens de me rendre compte trop tard qu'elle a mis le feu à quelques uns des livres de celle-ci. Pour que j'en vienne à sentir le brulé comme ça le feu doit être plus considérable que ce que je peux observer. Étant en hauteur les flammes et la fumée vont avoir tendance à y rester concentrées le plus possible.

Quelque chose me dit que ce début d'incendie n'est pas une mauvaise idée, plutôt que de fuir par des moyens peu sur je peux aussi profiter de l'agitation provoquée par un tel incident pour m'échapper en douce. Un doute me taraude, L'homme en marron a-t-il fait sciemment tomber la bougie ou celle-ci est elle juste arrivée là par un coup du hasard... Je ne pourrai sans doute jamais résoudre cette énigme mais une chose est sure, si les fiches dans ma veste sont les uniques exemplaires alors le propriétaire de la maison se ruera à l'intérieur de la pièce pour les récupérer. Et je pourrai ainsi observer son visage. Seulement il me faudra tenir à l'intérieur le plus longtemps possible sans me faire bruler par les flammes ou tuer par les émanations de gaz. Je cherche du regard une quelconque cachette répondant à ces critères quand je tombe sur un petit papier plié en deux au sol. Il se trouve à l'endroit exact où l'homme aux yeux de métal a donné un coup de poing. Comme s'il l'avait fait tomber sciemment. Je me rue dessus et m'en saisis, l'ouvre, le lit puis le range dans ma veste en esquissant un sourire. Pris par le temps je ne pousse pas pour l'instant cette idée et retourne à la recherche d'une cachette appropriée, immédiatement je repère la cheminée. Avant de m'y diriger je me rends vers la porte et l'entrouvre légèrement sans que cela devienne repérable pour un invité lambda qui ne fixerait pas celle-ci avec attention. Je me jette ensuite dans la cheminée, à plat dos, en me laissant tomber sans gène dans les cendres froides au sol puis commence à donner des coups de pieds dans la plaque de métal qui est chaque fois remise quand le feu est éteint pour empêcher le froid de rentrer.
Celle-ci est légèrement rouillée et elle cède facilement. La portant avec les pieds je la fais glisser sur le côté pour éviter qu'elle ne me tombe dessus puis me place au fond de la cavité et replace le morceau de métal devant moi. Bloquant ainsi l'arrivée des flammes et d'une partie du gaz. En largeur le métal passe parfaitement et je n'ai qu'à placer un tisonnier pour l'empêcher de tomber. En hauteur elle est par contre un peu trop petite et une fine quantité de fumée risque de s'y engager mais j'espère que celle-ci sera suffisamment peu conséquente pour me permettre de respirer. Si mes espoirs s'avèrent juste en m'asseyant au sol, le plus loin possible de la plaque, la fumée va remonter sans m'atteindre et les flammes ne pourront pas remonter, seul la température va augmenter fortement, comme dans un four. Je lève la tête et ne repère que du noir, mes derniers espoirs se fondent sur la possibilité que la cheminée soit bien nettoyée, me permettant de l'escalader ainsi que sur l'hypothèse que le propriétaire de la maison va bel et bien entrer récupérer ses documents avant que la fumée ne bouche mon champ de vision.

Au bout de cinq minutes que je passe à regarder les flammes et la fumée se répandre je finis par entendre un cri provenant du hall suivit d'un silence sans précédent. J'espère qu'il est dû à la fumée qui vient de passer par la porte et qui devient repérable pour tous les invités plutôt qu'à la découverte du serveur dans les toilettes. Je n'aurai de toute façon pas l'occasion d'aller vérifier de mes propres yeux dans la position où je me trouve. Des séries de cris s'enchaînent ensuite et quelqu'un ouvre la porte du bureau en grand en s'engouffrant dedans. Les flammes qui recouvrent maintenant la plupart des murs et qui s'attaquent au bureau semblent le dissuader de continuer et il rebrousse chemin en faisant de grands gestes. Comme je le pensais le feu attire toute l'attention et il n'a pas remarqué la plaque étrangement positionnée, j'espère qu'il en sera de même pour le sponsor... s'il rentre. Il laisse la porte grande ouverte et je distingue des visages effrayés qui fuient en se tournant vers la sortie. Certains plus courageux ou plus inconscient que d'autres, pour la plupart des employés, arrivent avec de grosses bassines d'eau qu'ils jettent sur les flammes pour les éteindre. Seulement il n'en ont que deux et entre chaque allé retour le feu gagne encore en ampleur. Ils finissent par laisser tomber et s'enfuient à leur tour à juste titre.
Le temps commence alors à s'écouler sans que personne ne rentre. Comme je m'y attendais la fumée commence à s'engouffrer et s'élève au-dessus de moi d'abord lentement puis de façon de plus en plus importante tandis que la chaleur des flammes me met en sueur. Je me met à respirer de plus en plus fort, résistant sans cesse à l'envie d'escalader la cheminée vers l'air pur. Seul mon instinct me retient encore en me chuchotant que le sponsor ne va pas tarder. J'ai l'impression d'être dans un sauna depuis des heures et la sensation d'étouffement me compresse la poitrine. J'ai beau prendre de grandes et longues inspirations, seul de l'air bouillant s'engouffre dans mes poumons ne me laissant qu'une sensation de chaleur et d'asphyxie. Je me force à garder les yeux ouverts pour garder conscience mais je sens peu à peu mon corps faiblir et ce n'est plus qu'une constante évaluation de ma capacité à monter jusqu'en haut. Seul détail positif, la fumée ne redescend pas, la cheminée n'est donc pas bouchée. Plusieurs fois je me prépare à monter quand une soudaine volonté m'emplit et me force à rester assis pour attendre. A chaque seconde qui passe je me murmure, encore une minute, rien qu'une minute et je grimpe, aller je peux tenir!

Un bruit de pas emplit soudain mes oreilles et je prie pour que ce ne soit pas les craquements du bois qui en soit la cause. Je ne vois quasiment plus rien mis à part sur la droite. Et seulement des formes indistinctes. Les bruits cessent et je crois avoir rêvé, dépité je commence à me relever pour escalader quand j'aperçois soudain la silhouette d'un homme grâce à mon changement d'angle d'observation. Il a un visage assez carré, les cheveux sombres et porte sur la bouche un torchon qui semble imbibé d'eau. Je ne le reconnais que quand il s'approche pour appuyer sur quelque chose au dessus de la cheminée. Il s'agit de Mattern, le gagnant de la partie de poker. Je ne sais pas ce qu'il fait là et reste surpris à l'observer. Il jette des regards dans toutes les directions comme pour vérifier qu'il n'est pas suivi. Il ne remarque pas non plus la plaque de métal ou alors il n'y prête pas attention dans une telle situation. J'entends distinctement le bruit de la plaque de bois qui se décroche et il se dirige d'un pas pressé vers le bureau, il connait parfaitement le passage, c'est un grand joueur de poker, il est riche et est lui aussi un participant de la partie.
Deux possibilités, soit il est l'un des joueurs du sponsor mais je crois me souvenir que le présentateur de la partie a précisé qu'il n'en avait pas, soit il est lui même le sponsor et dans ce cas tout s'éclaire, la voix qui me semblait familière tout à l'heure, la signature en M en bas des feuilles, sa connaissance de leur cachette... Tout coïncide sauf son attitude à la fin de la partie de poker, il a été assez sympa et je n'y ai pas vu un quelconque masque , il semblait sincère et je m'en veux maintenant d'avoir cru à une telle mascarade maintenant que j'ai vu la façon dont il a agit dans ce bureau il y a peu... Bien maintenant que je suis fixé je peux me tirer d'ici, si possible avant qu'il se rende compte de la disparition des fiches. Me relevant je déchire un morceau de ma chemise et crache dedans le peu de salive qu'il me reste avant de le coller sur la bouche et le nez. Sortant ensuite deux cartes je les colle sous mes chaussures, légèrement en avant pour pouvoir les planter dans les parois de la cheminée. Puis je recouvre mes mains de trèfles collants qui me permettent de grimper aux parois recouvertes de suie de la cheminée. Je commence juste mon ascension quand un cri de colère retentit d'en bas:
« Enfoiré! »

Mattern vient surement de se rendre compte de la disparition de ses fiches. Plutôt que d'attendre de connaître sa réaction je continue de coller mes mains à la parois puis de forcer pour monter les jambes. Toujours sur le même schéma, d'abord on monte les jambes puis on pousse et on monte les bras et ainsi de suite. Je ne vois rien et peu à peu je n'arrive plus à respirer à cause de la fumée qui monte en même temps que moi. Continuant aveugle et en apnée je persiste à grimper en effectuant toujours les mêmes mouvements, seulement rassuré par la perspective que rien ne va entraver mon ascension. Je ne sais pas combien de mètres j'ai grimpé quand un bruit de fer qui tombe se fait entendre en bas et j'entends le bruit d'une arme qui est maintenant prête à tirer. Immédiatement après des coups de feu retentissent et volent dans la cheminée, me collant à l'une des parois et continuant de monter le plus vite possible je prie pour que les balles ne me touchent pas. L'une d'entre elle file non loin de mes oreilles et des gouttes glacées coulent le long de mon cou avant de devenir brulante dans cette fournaise.
« Je te promet que je te retrouverais et que je te buterai, qui que tu sois! »

Un juron suit cette menace et j'entends des pas qui s'écartent. Je me retiens de pousser un soupir de satisfaction et continue de grimper. Soudain ma tête se heurte à quelque chose de sombre. Pris de détresse je commence à la toucher pour l'identifier. C'est étrange il ne devrait pas y en avoir, sinon la fumée devrait être redescendue tout à l'heure. A moins qu'il y ai juste de fins trous juste assez large pour laisser filer la fumée Puisant dans une énergie désespérée je me monte le plus possible puis donne de violents coups d'épaule dans le bloc. Après quelques-uns je me met à frapper du poing et par chance celui-ci traverse la paroi. Je le ramène à moi puis force et réussis à agrandir encore la taille du trou jusqu'à pouvoir y passer les épaules. Des monticules de suie me tombent dessus, recouvrant mes vêtements de poussière. Lorsque je passe les pieds je prends appuis sur le bloc pour effectuer un petit bond Arrivant à bout d'air je me dépêche de finir mon ascension, ne tenant plus compte d'aucune sécurité. Je suis dans cet état qu'atteignent les plongeurs quand ils restent longtemps sous l'eau, comme si l'on dispose d'un second souffle, on force encore sur des muscles qui n'ont déjà plus d'énergie pour continuer et on parvient ainsi à dépasser nos propres capacités. Tendant le bras pour saisir toujours plus haut je grappille les derniers mètres qui me séparent de la sortie.
Je sens soudain que ma main n'attrape que du vide tandis que mon coude heurte la pierre, grimpant encore un peu je me hisse et me laisse tomber hors de la cheminée, m'écroulant sur le toit en prenant de grandes inspirations, la tête me tourne et je ne vois plus que des formes en mouvements. Pris d'une soudaine convulsion je me mets à quatre pattes et tousse comme jamais. Puis je me met à cracher une substance noire de salive et de fumée. J'ai l'impression d'être vidé de toute force et je me retiens tant bien que mal pour ne pas tomber dans l'inconscience. Après tout ce que je viens d'affronter ce serait trop con d'abandonner là. Prenant appui sur les pierres de la cheminée je me redresse en soufflant, range mes cartes et observe d'ici une sorte de carriole équipée d'un énorme tonneau, d'une pompe ainsi que d'un tuyau arriver à toute vitesse. La plupart des invités sont devant la maison en train d'observer celle-ci brûler et j'ai de la chance d'être caché par la cheminée. Les hommes de Mattern sont eux aussi sortis de la propriété qui est déserte.

Me laissant glisser le long du toit je me retrouve derrière la maison. Posant une main contre les tuiles je vérifie qu'elles ne sont pas brûlantes, c'est donc que le feu est encore contenu à l'intérieur et n'a pas encore attaqué la toiture dans son intégralité. Arrivé au bord je jette un regard en bas, je suis à trois étages du sol environ, je n'ai donc pas la possibilité de sauter sans risquer de me tuer. De plus il se pourrait bien qu'il y ai un observateur caché dans un coin, je vais donc éviter d'user de mes cartes pour me sortir de cette situation. L'arrière de la maison est recouvert de lierre, saisissant ce dernier je tire dessus jusqu'à ce qu'il me vienne en main. Recommençant l'opération à différents endroits du toit je réussis à arracher cinq bons mètres de lierre. Contrairement à la végétation qui pousse sur l'autre façade celle-ci semble très souple et résistante, surement grâce à la lumière qui frappe plus l'autre côté. Exactement ce qu'il me fallait pour une descente en rappel.
Sans attendre j'accroche avec un nœud de chaise l'une des extrémités de ma corde de fortune à une poutre sur le côté du toit puis entame ma descente en faisant passer le lierre juste sous mes fesses, à la base de mes cuisses. Progressant par petits sauts je descends de petits mètres en petits mètres, passant à côté des fenêtres qui me montrent un spectacle de feu peu rassurant. Si une étincelle touche ma corde elle risque de bruler et ce sera pour moi le début d'une longue chute... La chance est cependant avec moi et je parviens à deux mètres du sol indemne. De là je me jette en bas et amortis en faisant une roulade au sol, ma tenue de serveur est recouverte de boue, de terre, de suie et de sang qui s'échappe d'une coupure au bras gauche sûrement faite pendant mon escalade . Je sors les feuilles de ma veste qui restent lisibles même si elles gondolent un peu à cause de la sueur sur mon corps et d'une partie de la poussière déposée par la fumée. Tant mieux. Il ne me reste maintenant plus qu'à m'enfuir de la demeure et trouver un endroit où les cacher en prévision de mon réveil.
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Nayki Shin
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MessageSujet: Re: Coup de bluff à Notting Hill Coup de bluff à Notting Hill EmptyMar 27 Mar 2012 - 21:15
Courant vers l'un des murs qui encadrent le jardin je traverse ce dernier le plus vite possible, normalement il ne devrait y avoir personne dans la propriété pour l'instant et je compte bien être parti avant l'arrivée des pompiers. Étant derrière la maison j'en profite pour courir à découvert tout en me construisant deux poignards de carte. Les faisant sous ma veste dans le but de faire croire à un observateur éventuel que je viens de sortir deux couteaux de mon veston sans voir précisément qu'il s'agit là de constructions de cartes. Lorsque j'atteins la paroi de briques je m'élance, fais deux pas sur le mur et plante mes deux lames dedans. Elles s'y enfoncent sans mal mais je me cogne de pleins fouet dans la parois, me faisant pousser un petit cri de douleur, je continue mon ascension en les fichant toujours dans le petit espace entre deux briques, la partie la moins dure, me servant de la force seule de mes bras pour monter. J'arrive vite en haut et je me laisse tomber de l'autre côté après m'être suspendu par les mains en haut du mur. Tombant ainsi de trois mètres, la chute est amortie par le sol boueux dans lequel je m'étale en fléchissant, faisant changer de couleur mes vêtements. Je prends alors conscience que ce ne sont désormais plus qu'un affreux tas de loque qui m'empêche de rentrer dans une diligence ou de jouer mon rôle de fils de bonne famille. Enlevant ma veste et la jetant négligemment sur mon épaule je prends la route de la ville en marchant tranquillement. Une petite voix me pousse à courir mais je n'en ai plus la force et je serais encore plus démuni en cas d'agression. Si mes souvenirs sont bons en suivant la route en direction de l'est je devrais atteindre la ville, de là une cachette devrait s'offrir à moi assez facilement.
J'arrive vite à la route mais préfère rester cacher, je continue ainsi de faire le tour de la maison jusqu'à arriver non loin de l'agitation, là où les invités sont rassemblés pour assister à l'incendie. Les lueurs de flammes se reflètent sur des visages exprimant des sentiments allant de la peur jusqu'à l'amusement, certains semblent même contents de voir une telle demeure en feu. Je ne distingue pas Mattern mais je suis quasiment sûr qu'il est en train de donner des directives pour qu'on me retrouve. Raison de plus pour ne pas traîner, en tout cas un avantage il ne sait pas que je suis coupable d'après sa réaction dans la cheminée. Faisant le moins de bruit possible je passe à côté de certains employés sans attirer leur attention et continue. Mes pieds sont gelés à force de marcher dans l'herbe mouillée et je ne fais plus que de petites foulées en regardant avec envie certains véhicules qui passent tout en poussant des jurons de temps à autre devant ma situation.

Au bout d'une heure de marche environ, du moins j'espère que cela ne fait pas plus d'une heure car j'ai perdu la notion du temps depuis un bon moment, je distingue enfin les lueurs de la ville. D'ici je pourrai croire qu'un autre feu s'est déclaré car le soleil qui se lève peu à peu se reflète sur les vitres et donne une impression de feu ardent prêt à tout détruire. Lorsque je sors de le forêt dans laquelle je marche depuis mon départ de la maison du sponsor de Gavin, la sphère brulante me réchauffe et je me met à frissonner de bonheur, m'arrêtant un instant pour profiter, un sourire aux lèvres. Seulement je ne peux pas me permettre de rester trop longtemps car je dois trouver une cachette pour les fiches et au plus vite, une cachette qui sera capable de rester secrète pendant au moins plusieurs jours, le temps que je revienne. Traversant la ville en empruntant uniquement des petites rues sinueuses pour rester cacher je finis par arriver devant les ruines de la bibliothèque. L'endroit idéal, les policiers n'ayant toujours pas finit leur enquête, les hommes de main de Mattern hésiteront avant de venir les chercher ici, de plus c'est un lieu assez peu banal pour cacher de tels documents. Et enfin si les policiers trouvent les feuilles, Mattern risque d'avoir de sérieux ennuis que même ses contacts parmi la police auront du mal à atténuer.
Passant en dessous la ligne je m'avance parmi les ruines à la recherche d'une cachette protégeant les documents des éléments. Aucune chance de les dissimuler en hauteur car il ne reste plus que des ruines précaires, je cherche plutôt au niveau du sol, donnant de petits coups de pieds dans les restes du plancher pour voir s'il sonne creux et jetant des coups d'œil aux pierres des murs. Seulement rien n'attire mon regard, pas même une légère faille... Quoique... M'avançant vers le mur qui semble avoir été le plus touché par la destruction je remarque qu'une légère fissure s'est faite après le choc avec l'étage supérieur. Il est juste assez grand pour faire passer deux cartes côte à côte mais pas plus et elle semble assez profonde. Après avoir vérifié à droite et à gauche que personne ne m'observe je glisse les feuilles une par une en me servant de la suivante pour pousser le plus profondément possible chaque feuille. Je finis par enfoncer la dernière à l'aide d'une carte et après avoir vérifier qu'elles sont maintenant inaccessible et invisible je me permets de sourire, faisant quelques pas en arrière je continue de fixer le mur content de moi-même et de l'avancée de l'enquête au cours de cette nuit.

-

J'ouvre les yeux, devant mon ordinateur, la tête collée au clavier qui a imprimé sur mon visage les touches qui le compose. Je suis encore somnolant et mes idées sont imprécises. Me levant je m'étire, faisant craquer quelques-unes de mes vertèbres puis sors de la bibliothèque en me massant les yeux. Passant par la salle de bain je m’asperge le visage d'eau en poussant un long soupir. Peu à peu je parviens à regrouper certaines bribes de souvenir et me rappelle de la nuit. D'abord le sang, puis la partie de poker, l'infiltration chez Mattern qui n'est autre que le sponsor et enfin les feuilles prouvant sa culpabilité. J'ai découvert qui a tué Gavin, en d'autres termes ma mission s'achève ici, sur une fin aussi abrupte que satisfaisante, même si je n'aurai jamais imaginé que Mattern était le sponsor je suis heureux que ce soit quelqu'un avec un état d'esprit aussi peu noble qui soit le coupable. Seulement quelques détails clochent encore... Premièrement la raison de la fuite. Pourquoi Gavin a-t-il fuit à cet instant précis, il aurait tout gagné à attendre la fin de la partie avant de barrer d'un trait cette vie. Ensuite l'attitude du père, quiconque de censé aurait découvert immédiatement qui était le coupable car l'homme aux yeux d'argent ne se prive pas de le crier. Je ne me fais peut être que des illusions là-dessus car il a peut-être choisit de m'employer pour découvrir qui est ce fameux sponsor...

Tout en réfléchissant je dévale les escaliers et m'installe dans un verre de jus d'orange que je fais tourner sur lui-même, les yeux dans le vague. Une voix se fait entendre mais je ne distingue aucune parole, qu'un ensemble d'ondulations de la voix sans aucun sens suivit d'un petit temps de pause puis à nouveau les mêmes intonations toujours aussi peu identifiables. Secouant la tête je fixe mon verre puis relève la tête vers Albert en lançant un petit :
« Hum ? »

Le doyen des employés de la maison hoche la tête puis répète une énième fois sa question :
« Allez-vous bien monsieur ? Vous me semblez absent.
- Oh ne t'inquiètes pas (Étant employé par la famille depuis bien avant ma naissance j'ai toujours tutoyé cet homme respectable que je considère plus que n'importe qui d'autre comme étant un membre à part entière de la petite famille, plus proche qu'un oncle, c'est aussi un ami mais qui n'a jamais accepté de me tutoyer car cela serait contre ses manières de majordome) ce n'est rien. Disons que j'ai passé une nuit assez... Agitée. »

Je marque un silence et me met à boire sans réfléchir. Soudain, en un éclair, une idée me traverse l'esprit et je me retourne vers l'employé qui n'a pas bougé d'un millimètre :
« Qu'est ce qui t'as fait penser que j'étais absent ? »

Il hausse un sourcil pour montrer que la question lui semble assez étrange mais je réplique assez vite, pressé par le besoin de savoir :
« Excuse ma demande mais j'ai vraiment besoin de savoir, cela pourrait m'aider dans mes recherches.
-Vos pupilles monsieur, elles étaient légèrement dilatées et votre regard semblait être ailleurs, répond-t-il après quelques instants d'attente, comme si...
-... Comme si j'étais sous l'emprise d'une drogue...
-J'aurai plutôt dit du sommeil mais certaines drogues font tout aussi bien l'affaire, monsieur. »

Je me relève d'un coup en prenant appuis sur la table et prends le vieil homme dans mes bras qui ne semble pas comprendre ce qui lui arrive. Mettant une main sur chacune de ses épaules je le regarde droit dans les yeux et lui lance :
« Merci Albert ! Sherlock Holmes ne vaut rien à côté de toi ! »

Avant de gravir les escaliers en me jetant dans la bibliothèque. Une petite voix me parvient alors que je monte :
« A votre service monsieur. »

Je m'enferme dans la salle et attrape un livre traitant des drogues en tout genre. Il est temps de chercher quelque chose qui pourrait correspondre.

-

Je reviens une fois encore dans la chambre, la tenue noire de la veille a été abandonnée au profit d'une autre gris foncée, seule la chemise est blanche. Mes chaussures noires contrastent un peu avec la couleur du costume mais leur brillance ne dévalorise pourtant pas l'ensemble. Je sens contre mon torse un poids supplémentaire et en ouvrant la veste je découvre l'éternel arme de Gavin, son Smith and Wesson model 29 dans sa sacoche, discret et pratique. Le sortant de sa cachette je fais tourner le barillet et vérifie la présence des six balles. Elle est bel et bien revenue même si la balle qui s'était fichée dans le bois est maintenant écrasée. Je la ressors et en fabrique rapidement une autre avec la même carte. Quelques rapides tapotements contre ma poitrine m'indiquent que le mouchoir est encore là et il me suffit d'un regard pour vérifier qu'il est encore couvert du sang que je suppose être celui de Gavin. Bien, il est maintenant temps de profiter de ma solitude pour essayer de me séparer de ce fixe-rêve. Il n'est pas dans mes vêtements, les possibilités restantes sont donc les grains de beauté ou ajouts en tout genre, le pistolet, ou encore moi-même, cette dernière solution m'enlevant la possibilité de l’ôter si facilement. M'asseyant sur le lit je relève ma jambe de pantalon droite et gratte avec un ouvre-courrier trouvé sur le bureau les marques sombres ou les éclaircissements rajoutés par Tonio. Le pauvre... S'il voyait son œuvre se désagréger d'elle-même je suis sûr qu'il piquerait l'une de ses crises. Dans le grain de beauté situé dans le creux de mon coude je remarque un minuscule appareil plat entouré d'une fine membrane sûrement hermétique Une fois que je suis sur d'avoir enlevé tout les superflus de mon corps je m'attaque à la tête au cas où il y en aurait d'autres, enlevant les lentilles avec des précautions infimes pour éviter qu'elles ne deviennent hors d'atteinte. N'ayant jamais mis de lentilles avant cela relève d'un véritable exploit. Me dirigeant vers le bureau je fouille parmi le bazar jusqu'à dénicher une loupe et observe avec, la composition de l'appareil trouvé dans mon bras. De minuscules réseaux électriques la parcourt de part en part, cette technologie semble cependant dépasser de loin celle de cette région de Dreamland, elle a dû être importée et je serais prêt à parier qu'il s'agit là du fixe-rêve, j'espère juste qu'il n'y en avait pas d'autres car je ne les ai pas remarqués pour l'instant...

Pas le temps de poursuivre ma propre fouille corporelle plus longtemps car la porte s'ouvre et je me retourne d'un coup tout en glissant dans l'une de mes poches l'appareil en question. A l'entrée se trouve le majordome de la famille qui semble surpris de me voir. Il tousse rapidement puis prend la parole :
« Monsieur Guile vous demande en bas depuis six jours... »

Avant de faire demi-tour, laissant la porte grande ouverte. Je m'apprête à le suivre quand je repère le jeu de cartes de Gavin. Déviant de ma trajectoire je m'en saisis ainsi que de quelques autres objets, tel qu'une boite d'allumettes, des feuilles, quelques pièces et mon chapeau, qui pourraient me servir un peu plus tard. Je sors de la chambre et remarque que la lumière nous éclairant est celle du soleil. Depuis la chambre de Gavin il est difficile d'estimer à cause de l'obscurité ambiante due aux volets fermés. Marchant d'un pas rapide je rattrape l'homme qui me précède, il est toujours habillé de la même livrée verte. Il se dirige vers le salon tandis que je réfléchis à ses propos. Tout d'abord Dazen me demande depuis six jours, en comptant que cela fait deux nuits qu'il ne m'a pas vu je peux supposer qu'il s'écoule environ trois jours chez eux pour une journée passée dans le monde réel. Ce qui est donc plutôt positif car les feuilles ne se seront pas trop abîmées là où je les ai mises. Cela veut aussi dire que la nuit dernière j'ai eu beaucoup de chances d'arriver pile le jour de la partie de poker, si c'était tombé un jour non multiple de trois j'aurai eu de grosses difficultés à justifier cette seconde absence à une partie. Dernier élément s'il me demande depuis six jours on peut penser qu'il ne sait pas si je suis revenu ou qu'il ne sait pas si je suis venu chaque jour correspondant à leurs jours... Ce qui peut être amusant à lui dissimuler. Nous arrivons dans le salon et je le trouve assis dans le grand fauteuil, un verre de whisky dans une main. Il affiche d'abord une mine surprise mais se reprend bien vite et me montre un visage confiant, celui de l'homme qui a toutes les cartes en main. Il me fait signe de m’asseoir mais je secoue négligemment la tête et reste debout en m'adossant à un mur, l'air renfrogné mais sur de moi. Il n'y a personne d'autre dans la pièce pour l'instant. Il me lance un affichant un petit sourire qui sonne faux :
« Tiens Nayki ? Je me demandais si tu reviendrais un jour ! »

Je souris en secouant la tête tout en fixant le sol et je sens que cela l'exaspère au plus haut point, je lui réponds d'une voix nonchalante :
« Que voulez-vous ? Je mène mon enquête depuis que vous me l'avez confié et je ne voyais pas l'utilité de vous en parler de sitôt.
-Tu as découvert beaucoup de choses ? (Sa voix est pressante et il a envie de savoir tout ce que je sais, seulement il ne peut pas m’exiger d'informations trop vite sous peine de perdre la discussion qui tournera à mon avantage)
-Quelques petites choses par-ci par-là... Rien de bien important pour l'instant... Quoique... Non non rien d'important. »

Il me regarde avec des yeux sombres et je suis définitivement sur qu'il me cache quelque chose... Il en sait plus qu'il ne veut me l'avouer. Il reprend un peu plus énervé :
« -N'essaye pas de jouer à ce jeu-là avec moi. Depuis le temps que je te le demande je veux obtenir des réponses au plus vite alors je te conseille de bien vouloir te presser...
-Ne vous inquiétez pas, je sens que les choses vont se révéler bientôt. Peut-être même plus vite que l'on pourrait le penser.
-Dépêches-toi d'en finir. Je ne veux que le nom du meurtrier, quand tu l'as-tu stoppes l'enquête et tu reviens me le dire. »

Je hoche la tête en faisant une petite révérence assez provocante puis me dirige vers la sortie de la pièce. Seulement les trois hommes qui m'avaient kidnappé attendent devant, me bloquant le passage. Je sens dans le regard des deux que j'ai mis à terre qu'ils n'ont pas oubliés ce qui s'est passé et qu'ils ont bien l'intention de ne pas me laisser partir aussi facilement. Dazen finit par reprendre la parole et sans le regarder je peux affirmer qu'il sourit à pleines dents à ce moment-là :
« Ah oui j'allais oublier, il vont t'accompagner aujourd'hui... Ils seront ta protection rapprochée en d'autres termes. Ce serait idiot qu'il t'arrive malheur, non ? »

Je hausse les épaules et réponds sur le même ton plat que tout à l'heure :
« C'est vous qui voyez après tout. »

Avant de passer en donnant un coup d'épaule à celui qui semble être le plus bête du groupe puis en me dirigeant vers la porte. Je pose la main sur la poignée, me tourne et lance aux gars qui me suivent :
« Rendez-vous au moins utile... Que l'un d'entre vous se dépêche d'aller chercher de quoi aller en ville. Ce ne serait pas digne d'un gentilhomme d'y aller à pied. »

Ils restent un instant immobiles à me regarder en se demandant s'il faut m'obéir et le plus grand hésite à me rouer de coups. Le chef du trio pose une main sur le torse du colosse en lui faisant signe de ne pas faire de bêtise. J'ouvre la porte, sors et les laisse aller chercher le carrosse en question. Ayant fait la route la nuit dernière je sais que la distance n'est pas bien longue mais autant profiter de les avoir sous mes ordres pour les faire trimer le plus possible, un juste retour des choses selon moi. Ils ne tardent d'ailleurs pas à arriver et je grimpe dedans tandis qu'eux sont sur le toit, à l'arrière ou à l'avant. Seul dans la diligence tirée par deux chevaux noirs persans magnifiques j'en profite pour réviser les connaissances que j'ai gravé dans ma mémoire avant de m'endormir. Vérifiant que je les connais bien toutes je les écris sur le dos d'une des cartes du paquet de Gavin avec un stylo récupéré dans la chambre. Heureusement pour moi je me rappelle parfaitement et la carte est recouverte d'annotations en quelques minutes seulement. La route semble moins boueuse qu'il y a trois jours et le véhicule tressaute de temps en temps sur certaines bosses rendant le transport assez peu agréable. J'en viendrais presque à me douter que le conducteur agit volontairement ainsi pour m'agacer. Il en faut cependant plus pour cela et nous arrivons en ville peu après que j'ai finis d'écrire sur la carte. Je la glisse dans une autre poche de ma veste et décide d'aller faire un tour en ville. Je tape à l'avant, là où se trouve une petite trappe similaire à celle du carrosse de la jeune fille que j'avais utilisé la dernière fois. Seulement là personne ne répond. Je recommence en insistant un peu plus et cette fois j'entends un petit ricanement de l'autre côté. Pas bien dur de deviner que l'on veut s'amuser à mes dépends. Tout en me tenant pour ne pas tomber je m'approche d'une porte, pose mon pied au niveau du rideau, prenant appuis dessus, puis ouvre la porte et me propulse. Je me retrouve donc suspendu au-dessus de la route, debout sur une porte. L'homme sur le toit me regarde sans comprendre et j'en profite pour grimper et monter à ses côtés. Il commence à se ressaisir mais je ne lui laisse pas le temps de faire quoi que ce soit que je m'élance sur le côté et saisit de justesse la pancarte d'un restaurant au moment où nous passons à côté.

Le choc se fait sentir et je reste un instant immobile, les mains crispées sur le bloc de bois avant de lâcher, atterrissant sur le côté de la route. Je ne peux qu'afficher un grand sourire à la vue du carrosse qui ralentit brutalement suite aux cris de l'homme sur le toit. Le trio saute à terre et court me rejoindre. Leurs visages ne laissent rien transparaître mais je sens qu'ils n'ont pas appréciés plus que ça mon petit tour comme je n'ai pas apprécié la plaisanterie. Sans leur adresser le moindre mot je reprends ma route comme si de rien était. Seulement j'aurais préféré qu'ils me laissent seul pour que j'ai la paix. Adoptant la démarche hautaine de Gavin en usant de la canne je traverse la ville à la recherche d'un cabinet de docteur, d'une pharmacie ou d'un quelconque bâtiment semblable. Je finis par repérer le fruit de mes recherches dans une des rues principales mais je ne peux pas encore y accéder à cause de ceux qui me suivent... S'ils me voient aller faire les analyses voulues ils comprendront que ça n'a pas un lien avec la recherche du meurtrier ou en tout cas ils iront rapporter mes faits et gestes à leur employeur qui se fera un plaisir dès les utiliser contre moi. Sans afficher de changements d'attitudes qui auraient indiqués ma trouvaille je continue de marcher de rues en rues, m'écartant peu à peu du centre puis quand je pense être assez loin je pénètre dans un bar. J'esquisse un discret sourire quand je remarque qu'il est bondé malgré l'heure matinale. Me frayant un chemin parmi les gens rassemblés en jouant légèrement des épaules je parviens jusqu'au bar et m'assure que ceux qui me suivent ont du mal à me rattraper. Tandis que le barman arrive j'observe le lieu. Sombre, assez crasseux il semble aussi servir d'hôtel comme l'indique les gens encore endormis qui descendent de l'escalier au fond. Toutes les tables sont prises et une bonne majorité des gens sont debout en train de discuter, adossés au bar ou tout simplement debout, formant des groupes plus ou moins compact. Certains se contentent de boire un café tandis que d'autre sont déjà à l'alcool. Le barman arrive enfin et me fait un signe de tête. Il est assez gros et son ventre dépasse un peu de sa chemise dont il manque quelques boutons. Il arbore un cigare et est à l'image de son établissement, c'est à dire qu'il n'est pas d'une propreté immaculée. Je lui lance:
« Un café impérial... Et vous servirez ce qu'ils voudront aux trois hommes qui arrivent. Il vous reste des chambres? »

Tout en sortant une tasse et une bouteille de whisky il hoche la tête de droite à gauche. Je tapote le bar en attendant les trois hommes censés assuré ma ''protection'', ils ne tardent pas et m'entourent, un de chaque côté et le dernier derrière moi. Le chef, qui est à ma gauche me saisit par l'épaule et me tourne vers lui puis il me murmure de façon à ce que personne d'autre n'entende un mot de la conversation:
« Hey t'as intérêt à ralentir le rythme, nous non plus ça nous fait pas plus plaisir que ça de devoir te suivre alors autant y mettre de la bonne volonté non? »

Je chasse sa main d'un léger coup de canne et réplique à voix haute:
« Tu as peut être raison, aller pour me faire pardonner je vous paye à tous un verre. »

La surprise s'inscrit sur le visage des trois, très vite remplacée par la méfiance de la part du meneur et de la joie pour les deux autres. Le barman me donne mon café que je bois tranquillement, ils commandent chacun leur tour des alcools assez variés mais qui doivent tous être très forts d'après le visage du barman qui semble étonné de voir des gens en commander. Il les sert néanmoins et le trio commence à boire. Buvant rapidement je finis ma tasse en quelque minutes, à vrai dire c'est le meilleur que j'ai bu et je serais bien tenté d'en prendre un autre si je n'avais pas autre chose à faire. Je tousse un peu puis fais quelques pas en arrière pour m'éclipser. Une main se pose sur mon épaule et le colosse me demande:
« Hé. Tu vas ou? »

D'un signe de la canne je lui montre le panneau indiquant les toilettes et il me lâche pour retourner à son verre. Je pousse un léger soupir de soulagement, en temps normal je suis quasiment sur que n'importe quel garde du corps m'aurait suivi jusqu'aux toilettes... Voir même plus loin mais ils ne doivent pas penser que je risque grand-chose... Ou alors notre rencontre leur a permis de se rendre compte que je ne suis pas totalement démuni en cas d'agression, de plus ils ne sont pas vraiment là pour assurer ma sécurité mais plutôt pour surveiller mes faits et gestes au cours de l'enquête. Je me fonds dans la foule et suis le panneau jusqu'à être sûr qu'ils ne me regardent plus puis je change de direction et me dirige vers les escaliers. Lorsque je les atteins je souffle rapidement puis vérifie qu'ils ne regardent pas dans ma direction avant de m'élancer, marchant un peu plus vite mais pas non plus de façon conséquente pour ne pas être remarqué. Je demeure parfaitement visible pendant une trentaine de seconde puis atteint l'étage. Celui-ci n'est qu'un long couloir bordé de part et d'autres de portes. La plupart devant donner sur des chambres. Sans attendre j'ouvre la première porte que je trouve sur ma droite, qui doit être opposée à la rue si mes calculs sont bons mais elle est fermée. Je passe immédiatement à la suivante et elle s'ouvre sans mal. Dans le lit se trouve un homme qui dort, un sourire bienheureux au visage et une femme est collé à lui, les vêtements dans la pièce me font penser que la demoiselle en question a dû passer la nuit à exercer sa profession. Tous les deux semblent avoir une respiration régulière et je referme la porte derrière moi avant de me diriger vers la fenêtre. Elle est fermée et je crains un instant qu'elle ne fasse trop de bruit quand je l'ouvrirai mais heureusement un simple grincement se fait entendre et aucun des deux autres occupants de la pièce ne se réveille. Je vérifie que personne ne se balade dans la petite ruelle et prends appuis sur le rebord de la fenêtre pour descendre. M'accrochant avec les mains et prenant appuis avec les pieds pour ne pas salir mon costume. Je me laisse ensuite tomber et atterrit non loin des poubelles en fléchissant pour amortir la chute. Aucune fenêtre du rez-de-chaussée ne donne sur cette rue et je peux marcher tranquillement jusqu'à passer dans une autre. M'écartant ainsi du bar et de ses occupants. A chaque intersection je tente d'estimer si je me rapproche ou non de la pharmacie. Une seconde crainte se profile dans mon esprit, je ne sais absolument pas si les pharmacies sont alors séparées de la chimie. Ce changement ayant été effectué au cours du dix-huitième siècle dans le monde réel...

A force de détour et de rues parallèles à la principale je finis par parvenir à l'artère centrale de la ville. Pour l'instant je n'ai pas remarqué une quelconque agitation qui aurait pu m'indiquer que la poursuite a été engagée. Repérant à nouveau la pharmacie je m'y dirige et pénètre dedans. Le tout est sombre et la salle dans laquelle je me trouve est vide mais pourvue de sièges. Je suppose qu'il s'agit d'une sorte de salle d'attente. Un homme est installé derrière un bureau et il me regarde en attendant manifestement que je vienne lui parler. Légèrement mal à l'aise devant son regard investigateur qui contraste avec un visage assez inexpressif. Il fume une pipe dont l'odeur forte me pique le nez alors que je me rapproche. Je tousse puis lui demande:
« Excusez-moi, j'aurai besoin d'un service, pourriez-vous me dire si ce sang contient de la drogue ou quelque chose qui aurait rendu fou celui qui l'a consommé? »

Je sors le mouchoir et le pose sur la table, le sang est dans le même état intermédiaire que lorsque je me suis réveillé. A croire que le porter sur moi lui a évité de passer trois jours à sécher. Une partie du mouchoir est sèche et dure mais comme il était roulé en boule, le centre reste encore un peu humide. Une lueur d'intérêt s'allume dans les yeux de l'homme et il se redresse pour saisir le mouchoir. Il a un nez aquilin, assez peu de cheveux et aucune barbe ou favoris. Il porte un deerstalker sur le crâne. Il détache soudain son regard du tissu imbibé de sang puis me regarde et demande simplement:
« Pourquoi? »

Je ne réponds d'abord pas, hésitant à lui dire puis finis par raconter rapidement:
« Une enquête sur la mort de quelqu'un, cet élément est peut être le dernier maillon pouvant boucler la chaîne. Je n'ai aucune information sur ce que peut contenir ce sang mais quelque chose me dit qu'il devrait y avoir une forme de drogue. »

Il me regarde encore sans répondre puis articule enfin:
« C'est un défi à ma hauteur. Revenez dans une heure. »

Sur ces quelques mots, il se lève et se dirige vers la porte. Je le détaille rapidement de dos, il porte un veston et une chemise ainsi qu'un pantalon marron foncé tout simple. Il fait à peu près ma taille et semble avoir vécu de nombreuses choses dans sa vie. Saisissant au passage un petit carton il l'accroche à la porte puis se dirige vers l'arrière du bâtiment avant de se retourner vers moi, me fixant de ses yeux sombres. Je comprends que je suis resté immobile pendant toute la scène et qu'il me demande maintenant de partir. Légèrement gêné je renfonce mon chapeau sur mes oreilles et sors. Sur le carton accroché à la porte est marqué au pinceau rouge « CLOSE » . Cet homme m'a laissé une étrange impression... Il est à la fois inquiétant et rassurant comme s'il pouvait voir tout ce qu'il veut en n'importe qui mais en même temps il a l'air d'être quelqu'un de parole. Secouant la tête pour chasser ce personnage de mon esprit je me dirige vers les ruines de la bibliothèque. Il me faut récupérer les fiches pendant l'heure accordée et avant que le trio ne me retrouve. J'adopte cependant une démarche posée et prends quelques détours pour être sûr que je ne suis pas suivi. Passant plusieurs fois au même endroit s'il le faut. Lorsque je suis certain que ce n'est pas le cas je m'approche des ruines. Les bandes de polices qui bloquaient l'entrée ont été enlevées et il ne reste maintenant plus que les ruines du bâtiment, les livres encore en état ayant été enlevés. Vérifiant une dernière fois que personne ne me suit je pénètre parmi les ruines. Les feuilles sont cachées à un endroit invisible depuis la rue et dans l'ensemble le bâtiment conserve encore certaines parties de pièces intactes. Jusque-là je ne l'avais vu que de nuit et je dois avouer qu'il est en meilleur état que ce à quoi je m'attendais. Je n'ai cependant pas le temps de m'extasier sur son architecture. Me dirigeant vers la fissure je sens un léger frisson me parcourir ainsi que de nombreux doutes que je m'efforce de chasser. Pourtant les « Et si les feuilles étaient mouillées et illisibles? » ou les « Et si quelqu'un les avaient retrouvés? » ou enfin les « Et si la fissure avait disparu ? » persistent à m'assaillir et je me dépêche afin de mettre fin à ces interrogations. J'arrive devant la fissure qui est encore là et sors trois cartes, des trèfles. J'en colle une sur le bout de mon index et majeur, puis une autre collée au bout de la carte précédente et enfin la dernière tout au bout, me donnant ainsi une allonge que j'espère suffisante pour attraper les feuilles. J'enfonce les cartes dans la faille pour aller le plus loin possible. De là je les colle contre l'une des parois et utilise les trèfles pour attraper l'objet au fond. Lorsque je sens que je tiens quelque chose je retire ma main et saisis la première des feuilles que je glisse dans ma poche.

Absorbé par ma tâche je continue de saisir les feuilles puis les glisser dans ma poche intérieure avec une précision méthodique. J'attrape enfin la dernière et me retourne, tout souriant. Seulement je me retrouve face à trois hommes tous vêtus de noir... Je pousse un juron à cause de ma propre bêtise, je ne les ai pas entendus arriver. Ils ne m’ont pas suivi, donc je suppose qu'ils étaient déjà là et qu'ils savaient que j'allais venir. Soit ils savaient eux aussi que les documents se trouvaient là soit ils se doutaient que je reviendrais à la bibliothèque pour une quelconque raison. En fait ce n'était peut-être pas une si bonne idée de dissimuler les feuilles ici... En tout cas ils sont en face de moi et ils doivent savoir que je ne suis pas juste une créature des rêves. L'un d'entre eux sort un fusil à canon scié, les deux autres n'ont pour l'instant pas sorti leur arme. Son visage est barré d'une longue cicatrice qui traverse ce dernier de part en part. Une folie meurtrière luit dans ces yeux. Il me lance d'une voix rauque:
« Te revoilà... La dernière fois tu as esquivé tous mes tirs sur le toit d'à côté... Mais là tu n'as aucune chance de t'en sortir alors donne-moi bien tranquillement les feuilles que tu as dans la poche d'accord? Sinon je ferais bien attention de vérifier que tu ne te relèveras plus jamais! »

Bref analyse de la situation, ils sont tous armés, ils font un bon mètre quatre-vingt-dix et sont plus costauds que moi. Cependant la façon dont il a réagis semble montrer qu'il ne sait pas que je suis le sosie de Gavin et pas Gavin lui-même ce qui peut s'avérer intéressant. Faisant craquer mes doigts et frappant un poing contre l'autre je me mets en garde, une lueur de détermination dans le regard. Je lance avec hargne:
« Bouge ton cul, elles sont dans la poche de droite. »

Ma réaction fait beaucoup rire l'homme à la cicatrice qui arme le chien de son fusil. Sans attendre, je réagis et me jette sur lui en me penchant sur le côté. Une balle fuse et arrive dans le mur à l'endroit où je me trouvais l'instant d'avant. Poussant un cri je continue ma charge et les balles noires fendent l'air en ne rencontrant que du vide. Me dirigeant vers l'un des hommes qui n'a pas réagi je prends appuis sur l'intérieur de son genou pour me propulser en l'air puis je frappe son épaule avec l'autre pied pour le faire tomber et en profiter pour me lancer sur l'homme au fusil qui ne réagit pas sur le coup de la surprise. Je l'entraine ainsi au sol en le saisissant avec l'intérieur du coude. Deux sont à terre et je ne vais pas m'arrêter là. Le troisième homme a sorti son arme et il se prépare à tirer. Me propulsant en avant et prenant appuis sur mes mains pour allonger mon bond je place une jambe devant les siennes et une derrière, au niveau des genoux, le coinçant en ciseaux. Posant ma main sur sa poitrine je donne une impulsion et le projette au sol où il se heurte de plein fouet en émettant un bruit de métal. Je ne sais pas à quoi il est du... il doit surement porter une protection. Je saisis l'homme en Juji-gatamé, une jambe de chaque côté de son bras qui passent au-dessus de son buste, je suis perpendiculaire à son corps et il me suffit de lever le bassin pour réduire en morceau son coude. Je n'ai cependant pas le temps de mettre le mouvement en pratique car je reçois un violent coup de pied au visage qui me fait saigner du nez. Je ne vois d'abord pas mon agresseur à cause du choc mais ma vue se stabilise et je parviens à l'identifier. L'homme au fusil écrase sa botte sur ma tête et pointe son arme sur mon cœur. Je tente de me débattre mais il me redonne un second coup de pied. Il me grogne:
« Les papiers... »

Je suis en train de tenir son partenaire en clé, prêt à lui briser le bras et il n'en a rien à faire?! Je viens de trouver l'un des plus beaux salauds de l'univers... Je lâche l'homme que je tenais et glisse ma main à l'intérieur de ma veste comme pour sortir les feuilles mais sors d'un mouvement sec le pistolet qui m'a été donné il y a deux nuits avant de le pointer sur le visage de l'homme. Celui-ci sourit à pleine dents et je remarque que deux d'entre elles sont en or. Il ricane et lance:
« Tu veux la jouer comme ça? Je peux tout aussi bien tirer et prendre les papiers sur ton cadavre tu sais?
-Si j'étais toi j'éviterais, je n'en ai pas caché qu'ici et je pense que Mattern appréciera assez peu de savoir que tu en as perdu plus de la moitié. »

Ce coup de bluff suffit un instant, le faisant hésiter et c'est suffisant pour faucher sa jambe d'appui, le faisant perdre l'équilibre. Il pousse un juron tandis que je me redresse juste assez pour me retrouver au-dessus de lui avant de me laisser retomber à nouveau au sol en lui collant un coup dans le nez, juste retour des choses. Il pousse un cri de douleur au moment même où je tire dans son torse. Espérant ainsi me débarrasser de lui. Un bruit de métal retentit et je comprends trop tard qu'il s'agit d'une armure à l'épreuve des balles. Pendant ce temps l'homme a pointé sur moi son fusil et il est trop prêt pour que je me permette de l'esquiver comme tout à l'heure. Il se redresse sans me quitter du regard, la main qui ne tient pas son arme posée sur ses côtes. Le choc a quand même dû lui en briser quelques-unes. J'esquisse un petit sourire qui suscite la colère dans son regard. Il articule:
« Tu es finis mon gars... »

Il ne semble plus croire que je cache des feuilles ailleurs, ou alors il n'en a rien à faire. J'ai cependant la chance de voir un spasme de douleur le parcourir et je profite de cette opportunité inespérée pour pivoter sur moi-même et le frapper dans l'intérieur du genou, faisant retentir un craquement sonore. Dans un élan de volonté l'homme me donne un coup à la mâchoire avec son fusil tout en tombant en arrière. Le coup donné à la tempe me projette au sol et j'y reste un instant, incapable de bouger. Les distances sont impossibles à estimer et je vois une multitude de pois noirs qui bougent en tous sens. Je tente de me relever mais dérape à cause d'un vertige. M'y reprenant une deuxième fois je parviens à me redresser en posant les deux mains au sol tandis que ma vue se stabilise. Un goût métallique m'emplit la bouche et je crache un filet de sang tout en regardant l'homme à la cicatrice et ses deux acolytes qui me font face. Alors que je suis encore accroupi je me projette en avant, animé par un courage mêlé de folie et prends appuis sur l'unique genou en état de l'homme pour le frapper avec le mien dans le nez. Il chute en arrière et s'écrase au sol. Les deux autres hommes me regardent et je vois luire de la peur dans leurs yeux. Seulement ils se maitrisent et pointent vers moi leur arme. Je crache à nouveau au sol et lève les mains au ciel. Mes chances d'éviter les tirs groupés de ces hommes sont quasiment nulles. Un coup d'œil au sol m'informe que mon arme est hors d'atteinte pour le moment, se trouvant à mi-distance entre eux et moi. Ils semblent soulager de ce retournement de situation et j'ouvre ma veste leur montrant que je vais saisir les feuilles.

Leurs mains se crispent sur leur fusil quand je glisse ma main dans la poche mais l'un deux pousse un soupir de soulagement à la vue des feuilles qui sortent. Pliées en deux on ne peut voir ce qui est marqué et ce que je dissimule derrière reste également invisible. D'un mouvement sec des derniers doigts de la main j'ouvre la boite que je tiens en main tout en faisant quelques pas vers eux pour justifier les tremblements qui agitent les feuilles. L'un baisse son arme et tend une main pour récupérer les feuilles tandis que l'autre me garde en joue, le doigt sur la détente. De mon autre main je viens saisir les feuilles tout en saisissant l'une des allumettes qui se trouvent dans la boite et lance les documents de papiers tout en craquant le morceau de bois que je colle aux feuilles. La distance est suffisamment faible pour que le feu ne s'éteigne pas et le receveur ne se rend pas compte de la supercherie sur le coup. L'autre homme se rapproche de lui tandis que je fais un pas en arrière pour me retrouver juste à la moitié de la distance où j'étais avant. L'homme qui tient les documents pousse un cri entre la surprise et de colère quand il aperçoit les flammes se propager et c’est suffisant pour détourner l'attention de l'autre homme en noir qui regarde l'origine de cette panique. Profitant de l'instant je me laisse tomber au sol, ramasse mon arme, arme le chien et tire sans attendre. La balle fuse et vient se loger dans le biceps de celui qui pointe son arme, directement après j'enchaîne et tire dans le bras de l'autre homme. Les deux poussent un cri de douleur et les feuilles tombent au sol tandis que leur porteur vient coller sa main contre la plaie. Ils me regardent, l'un jette un coup d'œil au gars à la cicatrice qui git toujours au sol puis ils s'enfuient en même temps. Ne me quittant pas du regard dans le doute de me voir leur tirer dans le dos.

Je laisse les feuilles bruler au sol en baissant mon arme avant de m'approcher du corps inanimé au sol. L'homme à la cicatrice est soit dans les pommes soit mort, me baissant je pose ma main contre son cou passant outre la tiédeur de sa peau et le contact de sa sueur. Son pouls est faible et irrégulier. Posant le canon de mon arme là où j’avais ma main je tire une balle, son corps est secoué de légers sursauts pendant quelques secondes puis il s'affaisse et demeure immobile. Rouvrant ma veste je range mon arme et décide de quitter ce lieu où plus rien ne me retient. Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé exactement mais j'estime que le moment est venu d’aller au rendez-vous qui m’a été donné hier avant de me rendre chez l'homme au regard si étrange qui devrait avoir fini ses recherches. Tout en sortant des ruines j'époussette mes habits couverts de poussière. Mon visage doit être couvert de sang mais je n'ai ni le temps ni l'envie d'aller me nettoyer. Mon aspect semble susciter un mélange de peur et de dégout des rares personnes que je croise mais je n'y porte pas attention. J'utilise un chemin différent de celui pris pour l'aller, prenant cette fois de plus petites ruelles et faisant parfois des détours pour éviter de me retrouver dans les artères principales de la ville où je risquerais de retrouver le trio qui était censé m'escorter. Je rejoins tout d’abord un lieu de rendez-vous fixé avec l’une des seules personnes que je considère comme une aide dans cette ville.
Une demi-heure plus tard je reprends ma route en direction de la pharmacie. Heureusement je ne croise personne de ma connaissance et finit par atteindre la pharmacie ou l'écriteau « CLOSE » est encore affiché. Je souris, jette un regard à droite et à gauche puis entre. L'homme est assis au même endroit que lorsque je suis venu la dernière fois. Légèrement dans l'ombre, l'odeur de sa pipe se fait toujours sentir et il me regarde avec un intérêt manifeste, comme si l'épreuve à laquelle je l'ai convié semble l'avoir amusé. Je m'approche de lui et me contente d'un léger:
« Alors? »

Il sourit et je serais prêt à parier que cela ne lui arrive pas si souvent. Remettant un peu de tabac dans sa pipe, il la tasse puis sors le mouchoir dont il ne reste plus une seule trace de sang humide. Il le pose sur la table et me regarde droit dans les yeux en déclarant:
« Il s'en est fallu de peu, un jour de plus, peut-être même moins et le sang serait devenu totalement illisible. De plus il était recouvert de toutes sortes de bactéries que vous avez récoltées dans la boue de la route où il se trouvait...
-Comment savez-vous que je l'ai récupéré sur une route?
-Question futile, les morceaux de bois et la boue porteuse de particules venant de différents endroits sont des preuves indéniables que vous l'avez récupérer sur une route... Bien voulez-vous que je vous dise ce que c'est ou pas?
-... Allez-y
-Il s'agit de Dead Weed versée en quantité très importante, elle a sans doute été mélangée à un plat après avoir été réduite en poudre. Tu as de la chance d'être venu me voir, je peux me vanter d'être un maitre dans le domaine de la drogue pour avoir testé presque toutes celles qui circulent à Dreamland. »

Il s'arrête là mais plusieurs questions me taraudent et je ne peux m'empêcher de demander:
« Est-ce que la consommation avec des aliments retarde son effet?
-Oui.
-De combien de temps environ?
-Pour une dose aussi importante... Je dirais une heure à deux heures maximum si le repas a été assez important.
-Quels sont les effets de cette drogue?
-Elle permet de voir sa mort, si elle est imminente alors le consommateur aura tendance à vouloir fuir pour l'éviter mais cela peut aussi accélérer sa venue... »

Je reste un instant perdue dans mes pensées, à recoller les derniers morceaux d’un puzzle compliqué. La dernière pièce vient de se greffer et je suis maintenant sur de moi, seul un détail reste étrange mais je ne peux l'élucider sans aller voir le responsable... Dazen... L'homme à la pipe interrompt le cours de mes pensées et déclare :
« Mais si vous m'expliquiez ce qui s'est réellement passer ? J'aimerai avoir d'avantage de détails sur cette histoire.
-...
-Ce que vous me direz ne franchira jamais le seuil de mes lèvres, vous avez ma parole. »

Poussé par une besoin de narrer à quelqu'un cette affaire que je garde seul pour moi depuis le début je finis par raconter, d'abord hésitant puis avec de plus en plus d'assurance :
- Au cours d'une partie illégale de poker, un joueur qui avait encore des chances de gagner s'est enfuit, immédiatement poursuivi puis rattrapé par de mystérieux hommes vêtus de noir. Les témoins pensent que cette course-poursuite est liée avec l'accident de la bibliothèque et il leur a semblé à tous que les pupilles du poursuivi étaient dilatées. Le joueur a malgré tout réussit à rentrer jusque chez lui mais il est mort sur le seuil de la porte, dans les bras de son père qui a caché le corps immédiatement après en chargeant ses employés de se taire sur le sujet. Ce garçon est le fils unique de Dazen Guile, Gavin et tout ce qu'il voulait c'était quitter le milieu du poker pour partir à Hollywood Dreams Boulevard...
-Et vous ? Quel est votre lien avec cette affaire ?
-Je suis le sosie de Gavin, et également l'enquêteur, notre ressemblance m'a permis d’immédiatement rentrer dans le milieu et de participer à une partie de poker dès la deuxième nuit.
-Qu'est-ce que vous avez découvert depuis que vous êtes arrivé ?
-Le meurtrier de Gavin est aussi l'homme qui l'a encadré pendant toutes ses années de joueur de poker, lui et les hommes en noir sont sous les ordres de Mattern, un autre joueur de poker influent et doué qui s'avère être le mystérieux sponsor de nombreux autres joueurs dans le but de rafler de grosses mises au cours de la finale d'un tournoi. Il a fait signer des documents forçant les joueurs à participer à toutes les parties dans lesquelles ils se sont engagés, il a donc un droit de vie ou de mort sur ses poulains jusqu'à la fin du tournoi. J'ai réussi à m'infiltrer dans sa maison et à récupérer les documents en question qui pourrait être compromettant pour lui par la suite et qui permettraient à ses poulains de partir tout en épongeant leurs dettes de jeu envers lui, seulement pour cela il faudrait les remettre aux joueurs concernés pour qu'ils puissent reprendre leur futur en main. (Je marque une pause)
-Et cette drogue ?
-Jusque-là un élément restait encore incompréhensible, pourquoi Gavin s'est-il enfuit en plein milieu de partie ? Qu'est ce qui a pu le pousser à fuir alors qu'il aurait pu attendre ? Maintenant que je connais les effets de la Dead Weed et sa présence dans son organisme je comprends qu'il a dû voir sa mort et qu'il a voulu la fuir... Seulement il n'a fait qu'attirer l'attention de la faucheuse. La Dead Weed comme bon nombre de drogues doit avoir pour effet de dilater les pupilles n'est-ce pas ?
-En effet.
-Ce qui explique donc le regard qu'ont vu tous les témoins de la scène. De plus le tout est bel et bien lié à la bibliothèque comme me l'a avoué l'un des hommes en noir que j'ai rencontré il y a peu. De plus l'apparition de ses effets environ deux heures après l'ingestion laisse penser qu'elle a été consommée au cours du repas du soir... Et il reste un problème irrésolu, pourquoi est-ce moi qui ai été pris pour enquêter... Mis à part que ma ressemblance a peut-être accélérer l'enquête, cependant je sens que quelque chose ne tourne pas rond... »

Le pharmacien sourit légèrement derrière sa pipe, il enlève cette dernière de sa bouche et pointe la tige vers moi :
« Belles déductions voyageur. Restez cependant prudent, parfois le vrai danger n'arrive qu'à la toute fin...
-Comment savez-vous que je suis voyageur ?
-Élémentaire, cela se lit dans vos yeux qui en ont vu plus que tout ce que verra un jeune homme londonien dans sa vie ainsi que sur les différentes marques que votre corps porte comme cette fracture à votre auriculaire droit faite au cours d'un combat tout ce qu'il y a de plus réel, chose qui est rare pour un gentleman, il y en a évidemment bien d'autres et ce serait trop long à citer. »


Je reste un instant sans voix, je me suis fait cette fracture il y a bien des années et je l'avais oublié jusqu'à maintenant. Je réussis enfin à articuler :
« Merci d’avoir fait si vite pour le sang... Et pour le conseil. Combien vous dois-je ? »
- Rien du tout, l’excitation d’une enquête est le seul facteur qui met mon cerveau au travail et ce n'est pas tous les jours que j'y ai le droit dans une ville aussi calme. »


Je hoche à nouveau la tête et me dirige vers la sortie en me demandant pourquoi il ne déménage pas dans ce cas-là. Je sors sans jeter un regard à la rue et en refermant la porte je cherche le nom du pharmacien. Cependant celui-ci n'est pas écrit et seule l'adresse est présente, le 21B Baker Street...
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Nayki Shin
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MessageSujet: Re: Coup de bluff à Notting Hill Coup de bluff à Notting Hill EmptyMer 28 Mar 2012 - 20:47
Je me retourne et aperçois trois hommes de l’autre côté de la route. L’un est adossé à un mur, les bras croisés, les autres l’encadrent les mains dans les poches, une lueur sombre dans le regard. Ils semblent assez contrariés. Traversant la rue je m’approche d’eux sans dire un seul mot. L’ambiance est plus que tendue entre nous et je sens qu’il suffirait d’un rien pour que le tout explose… Le meneur me regarde droit dans les yeux et lâche en un grognement :
« Pourquoi tu les as cramés ? »

Je sens soudain mon sang bouillir dans mes veines, de façon illogique, disproportionnée. Il est en train de parler des feuilles que j’ai brûlées devant les hommes en noirs, ces feuilles qui ont failli me couter la vie à plusieurs reprises… Et leur façon de me regarder semble montrer qu’ils ont vu les feuilles bruler, et donc aussi qu’ils ont assisté à mon combat, sans intervenir, sans même essayer de m’aider… De simples spectateurs. Une pulsion incontrôlée me prend et je lève mon poing sous les yeux ébahis des trois hommes. Il s’abat sur la joue de l’homme adossé qui est projeté au sol. Il s’effondre sans pousser le moindre cri et s’écroule à quatre pattes. Je frotte mon poing avec rage sans avoir l’intention de continuer mais le plus grand me saisit en passant ses bras sous les miens et les bloquant derrière ma tête, m’empêchant de bouger malgré mes brusques mouvements pour me libérer. Le dernier larron se place devant moi, un rictus de haine sur le visage, il me crache en levant à son tour son poing :
« Alors toi… »

Il s’apprête à me donner un coup quand l’homme au sol hurle :
« STOP »

Moi et les deux hommes nous figeons et le regardons avec des yeux étonnés. Pour ma part c’est parce que je pensais qu’après l’avoir frappé il se ferait un plaisir de me voir souffrir, pourtant ce ne semble pas être le cas, à moins qu’il ait une autre idée derrière la tête. Ses deux acolytes l’observent sans comprendre, ils pensaient avoir là l’occasion de se venger de mes échappées et des tours que je leur ai joué. Le meneur se relève, du sang coule de sa joue qu’il éponge avec le dos de sa main en me regardant. Je comprends alors que ce n’est pas pour me protéger qu’il a retenu ses hommes mais bien parce qu’il s’agit d’un ordre de Dazen, et je suppose que désobéir à son patron ne vaut pas la peine d’assouvir leur désir de colère. Il crache sur le côté et fait un signe de tête à celui qui me tient. Je sens immédiatement la pression se relâcher sur mes épaules et mon cou, je penche la tête de droite à gauche, faisant craquer quelques articulations. Je crois que c’est le moment rêver pour mettre un terme à cette histoire. J’articule juste :
« Direction la maison Guile… »

L’homme hoche simplement la tête, son expression est indéfinissable, à mi-chemin entre une satisfaction malsaine et de la colère…

-

Deux heures plus tard, aux alentours de dix-sept heures, le carrosse roule en rebondissant sur les bosses. Je ne vois pas où l’on va à cause des rideaux mais je sens qu’il s’agit bel et bien de la maison Guile. Un grincement de portail précédé d’un ralentissement m’indique que nous venons de passer le seuil de la demeure. Le véhicule avance encore un peu puis tourne avant de s’arrêter. J’ouvre la porte, la maison est toute éclairée et reflète les couleurs des vitraux sur le sol, faisant apparaître des reflets déformés mais d’une beauté singulière. Je descends et fais quelques pas dehors, l’air frais me frôle mais pris par l’adrénaline des évènements qui vont suivre, je ne m’en rends presque pas compte. Des bruits de chutes retentissent dans mon dos, pas besoin de me retourner pour savoir qu’il s’agit là des trois hommes qui viennent de descendre du carrosse. Abandonnant l’attitude distinguée de Gavin je m’avance sur mes gardes, d’une démarche fluide. Cependant tous mes muscles sont en alerte, je suis prêt à bondir si quelque chose d’improbable survient. Je fais quelques pas vers la porte, celle-ci s’ouvre laissant apparaître Dazen dont le visage est un masque de sévérité. Au moment où je pose le pied sur le seuil de la porte une idée me traverse, explosant en moi comme une balle dum dum me perforerait… C’est à cet endroit même que Gavin est mort, s’écroulant dans les bras de son père, et maintenant deux nuits plus tard moi, un simple voyageur qu’il ne connaissait même pas, je m’apprête à résoudre cette enquête, élucidant un meurtre peu commun. Je hoche la tête devant l’homme qui ouvre la porte et rentre dans la maison. La chaleur ambiante me saisit et je retire ma veste que je coince dans le creux de mon bras. Je me retrouve en chemise blanche face à tous ces hommes en noir, le majordome est absent comme si cette affaire ne le concernait pas. Mettant un doigt dans mon col je tire un peu puis défait un bouton pour me mettre plus à l’aise. Dazen me précède, un claquement retentit derrière moi tandis qu’il se dirige vers une pièce dans laquelle je ne suis jamais rentré. Plus sombre que les autres elle est pourvue d’un bureau, d’un profond fauteuil en cuir ainsi que de quelques chaises placées sur les côtés, le tout est dans un ordre parfait, aucun objet ne semble à un autre endroit que celui qui lui a été attribué. Tout l’inverse de la chambre du défunt à vrai dire. Le vieil homme s’installe dans le fauteuil puis posant un coude sur chaque côté il croise ses doigts et attend. Je fais un pas de plus, perçois des mouvements derrière moi puis la porte qui se ferme. La lumière décroit encore au moment où je me retrouve enfermé dans la pièce. Le trio se positionne sur les côtés sans un mot tandis que je préfère rester debout, la sortie dans le dos. Dazen semble considérer que c’est maintenant bon, il me regarde droit dans les yeux et déclare une courte phrase qui déclenche la fin :
« Racontes-moi tout »

Je reste un instant muet, hésitant entre tout lui narrer dans les moindres détails ou aller directement aux faits, encore incertain je commence cependant à répondre :
« Gavin quitte la maison et se rend en ville pour participer à une partie de poker. Cette partie étant l’une des manches qualificatives d’un tournoi illégal dans lequel il s’était engagé. En conclusion rien d’anormal pour l’instant. L’homme aux yeux d'argent qui l’encadre est lui aussi présent et il assiste à toute la partie… Enfin toute… En pleine partie, alors qu’il aurait encore très bien pu retourner le jeu en sa faveur, Gavin se lève et pars en courant, pris d’une folie inexpliquée. Il sort et s’enfuit, tout de suite poursuivi par des hommes en noir qui le prennent en chasse. Il parvient à grimper sur un toit où il est rejoint par un homme au visage traversé d’une longue cicatrice. Il s’élance alors sur le toit adjacent, et arrive ainsi sur le toit de la bibliothèque. Seulement les choses ne se passent pas aussi facilement et un homme de forte carrure le rejoint. Ils se battent jusqu’à provoquer l’effondrement de l’édifice, alertant tout le voisinage. Il a plus de chances que son adversaire et parvient à s’enfuir en courant. Seulement il fatigue et peu à peu sa démarche se fait hésitante, son visage est entaillé et il finit par s’effondrer dans la boue. Il se relève quand même et finit par atteindre sa maison. Le portail fermé l’oblige à escalader, c’est aussi ce qui lui accordera un court répit. Il arrive devant la porte, celle-ci est ouverte et un homme se tient à l’entrée, vous Dazen Guile. Alors qu’il croyait être sauvé il se prend une balle dans le dos qui le tue net. Il s’effondre à vos pieds sous les yeux de vos employés qui ne comprennent pas ce qui se passe. Vous leur intimer l’ordre d’aller se coucher et de se taire puis vous vous occupez vous-même de vous débarrasser de la dépouille de votre fils. »

Je marque une courte pause et le maitre de maison en profite pour lâcher quelques sarcasmes :
« Bravo, vous avez découvert de nombreux éléments fort peu utiles… Mais si vous ne savez pas qui est le commanditaire du meurtre alors vous n’avez pas grand-chose.
-Laissez-moi finir. La nuit dernière, j’ai eu l’occasion de participer à une partie de poker assez palpitante, la demi-finale de ce même tournoi. Celle-ci a été remportée haut la main par un joueur aussi talentueux que monstrueux, Mattern. Ce même joueur qui possède une maison où se sont retrouvés bon nombre de spectateurs suite à une intervention de la police, ce même joueur dont la maison a pris feu au cours de cette nuit et qui s’est dans la foulée fait dérober d’étranges documents… Ce même joueur qui est le sponsor de votre défunt fils, qui m’a vu sans m’identifier et qui a cherché à me tuer. Cet homme avait un droit de vie ou de mort sur votre fils valable sous certaines conditions clairement expliquées dans les documents que je lui ai dérobé. Et il a fait valoir son droit. C’est lui qui emploie les hommes en noir.
 
-Ah vous avez donc le nom de cet homme. Mais avez-vous ces fameuses feuilles dont il est question? Elles pourraient me servir à faire plonger cet assassin.

- Non il les a brulées quand il s’est fait attaquer dans la bibliothèque, intervient l’un des hommes du trio.
- Ah c’est fâcheux… Expliquez-moi donc comment c’est arrivé. »

Une grosse appréhension s’empare de moi et je me demande alors si mes chances de survie ne sont pas encore plus faibles que ce à quoi je m’attendais. Cependant je reste de marbre et déclare :
« Suite à mon échappée de la demeure de Mattern je me suis rendu en ville où j’ai dissimulé les documents dans les ruines de la bibliothèque le jour où vos hommes étaient censés m’escorter et à qui j’ai faussé compagnie sans difficulté. Seulement je n’avais pas prévu que les hommes en noir m’attendraient dans la bibliothèque et j’ai dû me battre contre eux. J’en ai tué un et laisser filer deux qui m’auraient tué si je n’avais pas réduit en cendre quelques feuilles blanches… »

Ils me regardent tous sans comprendre tandis que je jette ma veste au plus petit du trio. Il commence par palper les poches extérieures et en en sortant tout ce qu’il trouve, la boite d’allumettes, le pack of card que j’avais négligemment laissé là mais surtout il en sort huit documents portant chacun des clauses ainsi que deux signatures dont une revenant à chaque fois. Il dépose le tout sur le bureau et Dazen prend la première qui lui tombe sous la main, la lit puis il tend la feuille au meneur du trio qui blêmit de stupeur avant d’articuler :
« Mais ? Comment ? Je t’ai vu les bruler ! Je suis même allé vérifier, il ne demeurait au sol qu’un tas de cendre. Nous avons même perdu ta trace à ce moment-là pour tenter en vain d’identifier quoi que ce soit.
- Comme je viens de l’expliquer les feuilles qui sont parties en fumées n'étaient que des copies blanches pliées en deux récupérées plus tôt dans la journée. Heureusement l’homme en noir qui les tenait n’a pas ouvert les feuilles trop vite et il ne s’est pas rendu compte de la supercherie. » 
Dazen intervient, un sourire aux lèvres :
« C’est parfait ! Justice est faite !
- Je vous prierai à nouveau de bien vouloir me laisser terminer, pour que justice soit faite il reste encore quelque chose que je dois vous avouer. Dans le sang de votre fils j’ai découvert une quantité importante de Dead Weed… »

Le vieil homme blêmit à son tour et me regarde, une lueur d’inquiétude très vite remplacée par une surprise feinte traverse ses yeux :
« De la drogue ? Je ne savais pas… Hum… Serait-ce un moyen de pression de ces hommes sur lui ?
- Pas exactement. Pour être précis elle a été prise en quantité tellement importante que le choc à dû lui faire avoir des frayeurs comme jamais il n’en ressentira. Or vous n’êtes pas sans ignorer que cette drogue à le pouvoir de faire voir sa mort rien qu’avec des quantités minimes… Imaginez lorsque le pourcentage dans le sang devient affolant.
- Que voulez-vous dire ? Je crains de ne pas vous suivre.
- Pour comprendre il faut reprendre les éléments dans l’ordre. En pleine partie Gavin s’enfuit, ses pupilles sont dilatées à cause de la consommation de la drogue. Il vient à l’instant de voir sa mort et il doit avoir compris qu’il est en danger, seulement une dose aussi importante la lui fait revivre à plusieurs reprises et affaiblit son organisme, rendant la fuite encore plus difficile et expliquant qu’il n’ait pu échapper plus facilement à ses poursuivants. On peut alors se demander quand est-ce qu’il a consommé cette drogue mortelle. Or les analyses de sang montre qu’elle a été prise environ deux heures avant, et la raison pour laquelle les effets ont été tant retardés c’est parce qu’elle a été consommée en même temps que le repas. Ce même repas qu’il a pris, comme chaque soir chez lui, au sein même de votre maison. »

Dazen devient encore plus blanc et ne dissimule presque plus la lueur sombre qui anime ses pupilles :
- Vous ne pensez quand même pas que…
- Si Monsieur Guile, si votre fils a été tué ce soir-là c’est uniquement parce que vous avez choisi de lui administrer une dose qui l’a conduit à sa mort. Ce n’est pas la simple rancœur d’un employé envers vous car la Dead Weed ne se trouve pas si facilement. Et quelque chose me laisse penser que vous avez fait ça, soit dans le noble but de le faire quitter le milieu du poker, lui faisant comprendre que celui-ci le mènerait à sa perte, soit dans le but malsain de le tuer au cours d’une partie comme les choses se sont si bien produites, Mattern n’étant que le bras de votre vengeance et de fait le coupable… Et une intuition tendrait à me souffler que vous saviez très bien comment les choses allaient se dérouler n’est-ce pas ? »

Le masque vole alors en éclat et sur le visage de l’homme s’étend un long sourire, ses fossettes accentuées pas la faible lumière. Il semble soudain prendre dix ans tandis que ses rides s’étendent sous la tension exercée par son visage. Ses yeux ne sont plus que deux billes sombres semblables à des abimes… Il me regarde et annonce la couleur :
« Et si par le plus grand des hasards tu avais raison. Cela changerait-t-il quelque chose ? »

D’une voix que j’espère assurée et en restant de marbre malgré la tension de la totalité de mes muscles qui me poussent à fuir je réponds :
« Absolument pas, seulement j’ai une dernière question. Une simple question que tout le temps passé à enquêter ne m’a pas permis de résoudre.
- …Je t’écoute…
- Pourquoi moi ? Pourquoi m’avoir choisi outre ma ressemblance avec votre fils ? En faisant ça vous divulgez de précieuses informations sur le pack of card et vous n’aviez aucune garantie que je ne vous trahirais pas alors qu’est-ce qui vous a poussé à me propulser dans une affaire que j’aurai pu faire échouer avec une facilité déconcertante ? Je sais que ce n’est pas uniquement pour faire accélérer l’enquête…»

Il sourit encore plus puis éclate de rire, il lui faut bien une bonne minute pour parvenir à calmer sa joie malsaine, lorsque celle-ci s’atténue il me répond sur un ton de plaisanterie avant de redevenir sérieux :
« Bonne déduction, j’espérais que tu te contenterais de cette version des faits mais je vois que tu es plus perspicace que j’aurai pu le désirer. En effet ce n’est pas uniquement parce que votre similitude a permis de me donner des résultats plus vite qu’un détective n’aurait pu le faire mais parce que… Disons que la mort de mon fils ne me convient pas. Je veux qu’il meure de façon à augmenter encore l’honneur de la prestigieuse famille Guile et ce n’est pas sa stupide volonté de voyage qui aurait permis d’éponger ce qu’il a fait. Non pour cela il fallait qu’il cesse d’exister mais je me doutais qu’il ne voudrait pas mourir comme je l’entendais. C’est à ce moment-là que j’ai découvert une représentation du seul voyageur de Dreamland à posséder le pack of card. Un homme quasiment identique à Gavin. C’est là que les idées ont commencées à s’assembler pour conduire à la première mort de Gavin. La seconde sera épique, mémorable ! La seconde se tournera avec vous et les feuilles que j’ai entre les mains me donnent des idées… »

Une goutte glacée s’écoule le long de ma nuque accentuée lorsque je jette un regard aux objets qui ornent la table, parmi lesquels se trouve le pack of card. Dans un mouvement souple je tends la main sous mon bras droit pour y saisir le revolver. Seulement je n’ai pas franchis la moitié de la distance que trois armes sont pointées sur moi. Dazen arbore toujours son immense sourire tandis qu’il se lève et retire l’arme de sa sacoche. Observant le revolver en fermant un œil, il semble vérifier que je ne l’ai pas abimé puis s’amuse à faire tourner le barillet avant de s’asseoir à nouveau dans son fauteuil. Il attend un instant puis reprend :
« Tut tut tut… Ce ne sont pas des manières… Est-ce comme ça que je t’ai éduqué ? (il explose de rire devant sa blague mais sous la tension de la scène il est le seul à n’esquisser ne serait-ce qu’un sourire). Bien laisse-moi t’expliquer un peu ce qui va se passer. Tu vas aller en ville ce soir, armé de ce pistolet… Qui ne contiendra bien entendu que des balles ordinaires et pas tes balles miraculeuses. Et tu devras éliminer l’un des hommes de Mattern sous les yeux du grand public. Je me chargerai ensuite de déclarer à tout le monde que tu avais découvert les plans de cet odieux homme et que, pris d’un élan de courage désespéré tu as choisi d’éliminer le plus d’hommes possible avant de succomber sous leurs tirs. Par la suite les journaux parleront de toi et de ton courage et j’étendrai encore mon influence. »

Il me manque encore un élément pour comprendre la portée de ce plan pourtant bien pensé, faignant d’avoir perçu un défaut je demande d’une voix pleine d’assurance :
« Et pourquoi obéirai-je ? Qu’est ce qui me pousse à accepter ces conditions. Je peux tout aussi bien choisir de refuser et vous serez obligés de me tuer de votre main ce qui pour moi reviendrait au même mais qui pourrait s’avérer assez gênant pour vous…
 
- Voyons, il est évident que je n’aurai pas mis cela en œuvre sans penser à un tel élément. En effet, qu’est ce qui peut motiver un voyageur à mourir pour une cause à laquelle il est opposé ? Rien à part les gens qu’il connaît (il marque une petite pause et ouvre l’un des tiroirs du bureau d’où il sort un magazine.). Et plus particulièrement une certaine équipe appelée la Famiglia Dal Cielo qui ne t’ai pas inconnue je crois, n’est-ce pas ? »

-

La nuit est tombée, je suis à nouveau dans la diligence qui m’emmène en ville. Cette fois je n’ai pas eu besoin de gardes du corps et seul un chauffeur est placé à l’extérieur du véhicule. J’entends d’ici les coups de fouets qu’il donne aux chevaux pour leur faire accélérer l’allure. Perdu dans mes pensées à peser le pour et le contre, imaginant toutes les solutions de sorties possibles et surtout les plus inattendues j’ai perdu toutes notions du temps. Lorsque le véhicule s’arrête, je descends tel un automate, face à la bibliothèque. Immédiatement la diligence redémarre sans demander son reste. Sans même me soucier de la présence de différents hommes postés sur des toits en attendant les ordres qui leur seront donnés. Ces ordres étant simplement de faire feu sur moi s’il me prend l’envie de m’opposer au plan fixé. Faisant quelques pas dehors je sens l’arme collée contre ma poitrine faire quelques rebonds. Lorsque Dazen m’a annoncé qu’il voulait s’en prendre à la famiglia j’ai senti mon sang bouillir dans mes veines et il s’en est fallu de peu pour que je résiste à me lancer sur lui et le tuer. Ce qui aurait signé mon arrêt de mort et donc celui des membres du groupe. A la place je me suis contrôlé et j’ai choisi de rester de marbre. Maintenant il ne me reste plus qu’à suivre le plan, tiré une balle puis m’en prendre une à mon tour. Aussi simplement que ça… J’entends des pas dans mon dos, pas besoin de me retourner pour deviner qu’il s’agit l'homme aux yeux d'argent. Il s’adosse aux ruines de la bibliothèque puis me lance d’une voix posée :
« Il est l’heure… »

Il ne se doute même pas de combien il a raison. D’un pas tranquille il se met en route vers un autre bar dont j’ignore tout et dans lequel est censé se dérouler la toute dernière partie de poker… Seulement une nouvelle fois Gavin va contrarier les plans. Mes chaussures s’enfoncent dans la boue, masquant en partie le bruit de mes pas. Attentif à chaque son je crois de temps en temps discerner les déplacements des hommes placés sur les toits qui bougent en même temps que nous. Je suis sûr de ne pas me tromper en affirmant que le trio en fait partie. Au bout de quelques minutes de marche l’homme qui me précède s’arrête. De l’autre côté de la rue se trouve un bar qui semble très animé, il ne fait aucun doute que c’est là que se passera la partie. Il se tourne vers moi, nous sommes à seulement un mètre l’un de l’autre mais pour moi c’est comme si nous étions à des milliers de kilomètres d’écart. Ma décision est prise, je sais exactement ce qu’il me reste à faire et pourtant j’ai l’impression d’être dans un autre monde, isolé de mon propre corps. Comme spectateur de mes propres actes je me vois sortir le revolver sous les yeux étonnés de l’homme aux yeux d'argent qui plonge la main dans sa poche pour sortir le sien à son tour. Seulement je réagis avant lui et tire une balle, celle-ci file et vient se ficher en plein dans sa poitrine. Juste au niveau du cœur, le visage de l’homme pâlit tandis qu’il s’effondre au sol, tombant à genou. Aspergeant la boue qui l’entoure de sang. L’une des mains du coach de Gavin se porte à sa blessure et l’autre vient s’accrocher à moi. Il saisit la poche de mon pantalon, je n’esquisse pas le moindre geste, demeurant de marbre face à ce spectacle.

J’imagine d’ici Dazen jubiler à l’idée de ce qui vient de se passer. Le blessé me regarde droit dans les yeux, je me perds encore une fois dans la profondeur de ses pupilles d'argent juste avant qu'il ne s’écroule sur le côté. En quelques secondes une tache de sang se forme sous lui, celle-ci s’étend peu à peu, atteignant mes chaussures. La détonation a été suffisamment forte pour prévenir les gens rassemblés dans le bar. Plusieurs sortent pour voir ce qui vient de se passer, certains demeurent à l'extérieur tandis que d'autre se ruent à l'intérieur en poussant de grands cris. De mon côté je reprends peu à peu le contrôle de mon corps au moment le plus inopportun, il m’aurait été ô combien plus simple de demeurer immobile et de me mourir. Seulement, inconsciemment, je ne peux me permettre de rester sans rien faire tandis qu’on me tire dessus il me reste donc à défendre chèrement ma vie puis à mourir de leur main. Un petit groupe d'hommes en noir sort du bar, ils sont tous armés de fusils ou de pistolets. Je bondis derrière une table posée sur la terrasse de restaurant devant lequel nous nous étions arrêtés que je ne tire, la faisant basculer à la verticale pour me fournir une protection provisoire. Devenant ainsi provisoirement invisible pour mes opposants. Pendant ce temps les tirs font rage et frôlent la table.
Ils se font de plus en plus précis tandis que les hommes traversent la route pour s’approcher de moi. Je me redresse immédiatement après avoir placés les balles et réplique en tirant deux balles. L’une touche l’un des hommes qui s’écroule immédiatement dans la boue. Touché au visage. Même moi qui suite de face n’est pas l’occasion de voir la marque faite par le contact de la balle avec son front. L’un des hommes monte sur la terrasse et je l’accueille avec un fauchage qui le fait chuter de tout son long. Il pousse un grognement pendant l’instant qui précède le contact entre mon talon et son dos, lui coupant la respiration, je baisse mon arme et tire une balle au niveau du coup, il est secoué d'un soubresaut puis demeure immobile. Un second homme arrive par l’autre côté et tire avec son fusil en direction du sol. Je me jette en avant, effectue une roulade puis m’enfuis en direction d’une autre cachette. Passant par-dessus une des rambardes qui encadrent la terrasse je me laisse tomber au sol évitant ainsi une seconde volée de balle. Je reste collé contre la terrasse, invisible aux yeux des tireurs qui courent vers l'endroit où j'ai disparu.
Pendant ce temps je compte quelques secondes en écoutant le bruit de leurs pas puis me relève d'un coup quand l'un d'eux arrive, le saisit par le col alors qu'il se penche légèrement par dessus la rambarde et l'envoies valdinguer dans le sol avant de l'achever d'une balle. Profitant de mon petit effet de surprise je prends mes jambes à mon cou dans l'une des ruelles. Mes poursuivants ne sont désormais plus que trois. D'après le rythme de leurs foulées ils sont de taille moyenne et courent un peu plus lentement que moi, sûrement à cause du poids de leur équipement. Seulement l'avance que je gagne est trop vite perdue à chaque hésitation que je marque lorsque j'arrive à une intersection. Mon but est de les entraîner le plus loin possible du bar pour éviter que d'éventuels agresseurs ne surviennent en plus. Seulement je préfère éviter de m'éloigner de trop, je crains que si je ne sorte d'un certain périmètre les hommes de Dazen se chargent de tirer quelques balles dans ma direction.

Repérant une échelle je l'escalade à toute vitesse et me retrouve sur le toit, seul. Le vent fouette mon visage et je repère d'ici l'un des tireurs du père de mon sosie qui me regarde, me tenant en joug avec un fusil équipé d'une lunette. Celle-ci n'est peut-être pas très performante mais je serais prêt à parier qu'avec la faible distance qui nous sépare mes chances de survie demeurent peu élevées et d'ici je suis capable de distinguer le visage de l'homme... Qui n'est autre que le meneur du trio, affichant un sourire malsain. Des bruits de métal m'interpellent et je tourne la tête vers le bas, un homme est en train d'escalader l'échelle, me saisissant de mon arme je tire une balle. Elle vient se loger dans son cou et il tombe au sol en poussant des cris de douleurs. Je vois d'ici le corps se tordre au sol en hurlant, les deux mains posées sur la blessure. Impossible de voir d'ici le sang couler mais une telle blessure devrait être abondante et mortelle. Incapable de détourner le regard je fixe l'homme en bas trop longtemps... Un mouvement d'air dans mon dos m'incite à baisser la tête. J'ai juste le temps de voir passer un poing au dessus de mon crâne Nul doute que si je me l'étais pris je serais tomber en bas et étant à deux bons étages du sol la chute aurait été rude. L'homme réagit plus vite que moi et profite de son élan pour pivoter sur son pied d'appui et me coller l'autre dans les cotes.

Je sens tout l'air quitter mes poumons tandis que j'encaisse le coup de plein fouet. Je parviens juste à faire quelques pas pour m'écarter de mon agresseur. Sortant mon arme je tire une balle, l'homme en noir ne bouge même pas et la laisse passer à côté de lui sans sourciller. Il s'approche de moi à pas tranquille, me saisit par le col et profite de ma faiblesse temporaire due à mon incapacité à respirer pour m'administrer trois puissants coups de poings dans le visage. L'un atteint mon nez et les deux autres viennent se loger dans mon arcane sourcilière, un liquide chaud coule et passe devant mon œil gauche que je suis obligé de fermer. Je glisse au sol mais il me retient et lève sa main pour me frapper une énième fois mais son mouvement est interrompu par une retentissante explosion. Il tombe en arrière en portant ses deux mains à sa gorge alors que de la fumée s'échappe de mon pistolet. Je réussis enfin à prendre une inspiration tout en me contorsionnant au sol. Quelques secondes après je parviens à me relever en espérant que tout est finis. Une goutte coule le long de mon cou lorsque je prends conscience qu'il reste un homme encore vivant.

Et qu'il me tient à coup sur en joug, je me retourne lentement et me retrouve face au canon d'une Winchester derrière laquelle se tient un homme en noir, pas plus âgé que moi, seulement il luit dans son regard une telle détermination que je ne doute pas un seul instant qu'il tirera. Je lève mon arme vers lui d'un mouvement fluide et appuis sur la gâchette au moment précis où j'entends sa balle partir. Je sens quelque chose m'atteindre en pleine poitrine, en plein cœur pour être précis. Je fais deux pas en arrière en portant ma main à la poitrine, une substance poisseuse s'en écoule. Je lève ma main et la regarde, elle est imbibée de sang tout comme ma chemise. Ma vue se trouble encore davantage mais je parviens à distinguer le corps du jeune homme qui s'écroule au sol avant moi. J'esquisse un fin sourire. Au moins j'aurai progresser dans le maniement des armes grâce à cette histoire. Je tourne la tête vers le toit d'en face où une masse sombre se déplace... Au final Dazen aura bel et bien eu ce qu'il voulait, une mort en beauté pour Gavin... Mes genoux se dérobent et je glisse au sol, ma tête heurte le sol et le choc me plonge dans un sommeil profond dont je ne suis pas prêt de me réveiller.

-

Je pousse une grande inspiration comme si je n'avais pas respiré depuis de longues minutes. J'ouvre les yeux et pose ma main sur mon cœur, aucune blessure, uniquement une énorme tache rouge sur ma chemise ouverte. Je suis allongé à l'arrière d'une carriole qui roule à un rythme tranquille sur une route étrange. Les secousses me bercent tandis que je demeure dans un état de demi-sommeil assez désagréable. Ma bouche est pâteuse et mes membres bougent difficilement. Je pousse un grognement qui attire les gens autour de moi. Un homme s'approche, je ne parviens pas à l'identifier, ma vue est trop floue. Il se penche vers moi et me souffle :
« Chut. T'inquiètes pas, c'est bon on a réussis »

Je pousse un grognement en tentant de faire un léger sourire mais ce dernier doit être assez peu convaincant tandis que je replonge peu à peu dans un sommeil plus profond mais réparateur.

-

J’émerge encore une fois, plus en forme cette fois. Le soleil est levé et je me hisse sur mes coudes pour me mettre assis, j’ai suffisamment de force pour cela au moins. Dans la carriole se trouvent sept hommes que je reconnais assez facilement même si je ne me suis pas attardé sur leur trait. Il s’agit des hommes en noir qui m’ont poursuivi il y a peu, Ils ont ôtés leur armure et leur tenue noire pour adopter de souples chemises blanches qui dévoilent parfaitement les endroits atteints par mes balles. De simples marques sombres au centre en formant une petite bosse semblable à une piqure de moustique. L’un des hommes s’approche de moi et m’aide à me redresser et à m’adosser contre l’une des planches. Il me regarde en souriant, de son sourire carnassier qui m’a tant marqué quand je l’ai rencontré. Sa chemise ouverte dévoile une poitrine sans aucun trou apparent. Il me regarde de ses yeux d’argent qui pétillent d’amusement :
« Ça va ? Tu te remets ? On finissait par croire que tu te réveillerais plus ! »

J’attends un instant en me massant la nuque puis réponds :
« Oui ça va. Alors ça c’est passé comment ?
- Aucun souci! Exactement comme tu l’avais prévu. Des hommes de Mattern sont venus vérifiés qu’ont étaient tous bien morts puis ils ont transportés les corps jusque dans la forêt où ils nous ont abandonnés. Du moins c’est ce que j’ai entendus dire. Paraitrait même qu’un gars est venu vérifier que ton cœur ne battait plus, et c’est pas un gars de Mattern. Je me suis réveillé le premier et j’ai eu aucun mal à aller chercher notre véhicule sans me faire repérer. A mon retour plusieurs étaient réveillés et ils m’ont aidé à charger ceux qui étaient encore inconscients dans la carriole. Et maintenant nous voilà en direction du royaume des chats. Comme prévu la ville devrait être suffisamment vaste pour qu’on y reste cachés un moment. Bref rien à dire, tout était parfaitement orchestré ! »

Il sourit et éclate de rire tandis que tous les hommes l’imitent. Je souris à mon tour et repense à tout ce qui s’est passé exactement. Dans la maison de Mattern le papier tombé au sol contenait une adresse et une heure. Heureusement pour moi les deux ont coïncidé merveilleusement bien. Bel et bien laissé par l’homme aux yeux d’argent c’est grâce à lui que j’ai pu mettre en scène ces morts artificiels. Mes idées sont encore floues et je tente de me remémorer tous les évènements dans l’ordre depuis l’après-midi. Suite à mon petit face à face avec les hommes en noir dans la bibliothèque je me suis dirigé à travers différentes rues pour semer d’éventuels hommes qui auraient pu me suivre. Et la discussion avec Dazen et ses employés a été la preuve que j’ai bien fait d’employer différents détours avant de me rendre à la bâtisse se trouvant à côté de l’Espadon, un bar situé à l’extérieur de la ville. J’ai eu la chance d’arriver juste à l’heure pour le rendez-vous indiqué sur le papier à côté de l’adresse. Je dois bien avouer que j’ai d’abord cru m’être trompé d’endroit quand j’ai découvert un immense entrepôt dont la porte d’entrée était fermée. Faisant rapidement le tour j’ai découvert une porte entrouverte sur le côté gauche qui paraît inexistante lorsqu’on se trouve en face du bâtiment. A peine ais-je refermé la porte derrière moi qu’un doute m’a pris, et s’il s’agissait simplement là d’un piège… Un simple moyen de régler cette histoire. Seulement le visage de l’homme aux yeux d’argent, ce même homme qui m’a remis le papier, me laissait croire le contraire, et je peux maintenant affirmer que j’ai eu raison de lui faire confiance sans lui mon cœur ne battrait surement plus. En avançant un peu j’ai d’abord cru que le bâtiment était vide jusqu’à ce que je repère une forme adossée à un mur, le visage dans l’ombre. Une arme était pointée sur mon front et je persiste encore à croire que si nous ne nous étions pas arrangés je ne serais pas ressorti…

L’homme dans le noir a fait deux pas en avant et j’ai découvert son visage, celui de l’homme qui se tient à côté de moi. Mais autant maintenant il y a un sourire sur ce visage, autant la lueur de détermination qui brillait dans ses pupilles à ce moment-là avait de quoi me refroidir sévèrement. J’ai pris la parole en premier, mes paroles devaient être :
« Baisse ça, si tu m’a donné un rendez-vous ici. Ce n’est surement pas pour me tuer aussi aisément. Tu savais que j’étais dans le bureau de Mattern. Pourquoi tu ne m’as pas dénoncé ? »

Il sourit et relève son arme pour ne plus me viser mais sans pour autant relever le chien. Il hausse les épaules et un fin sourire se dessine sur ses lèvres :
« Tss… Ne te sens pas aussi important. J’aime jouer dangereusement, et je crois bien que tu peux m’aider. De plus oublies pas que je peux aussi dévoiler à tout le monde ton identité ce qui signerait pour toi un arrêt de mort réel cette fois-ci.
- Explique-toi…
- Ça fait longtemps, vraiment longtemps… Que je cherche à me barrer d’ici. Et je pense que tu poursuis le même but. Ne crois pas que je ne me suis pas rendu compte de ton imposture, n’importe qui qui te connaîtrait suffisamment serait capable de savoir que tu n’es pas Gavin. Et c’est justement parce que tu n’es pas lui que je me tourne vers toi.
-…
- Tu sembles être une tête plutôt bien faite. Rien qu’à voir tes regards dans tous les coins pour chercher un moyen de retourner la situation. Je pense qu’on pourrait s’arranger…
- Qu’est-ce que j’ai à y gagner ? Tu me proposes de me servir de toi pour partir. En simplifié c’est à moi de faire tout le travail…
- Ce que tu y gagnes ce sont toutes les armes et équipement dont tu auras besoin. Cela fait un moment qu’on cherche à se tirer d’ici et on est parvenu à amasser suffisamment d’objets pour se barrer. Seulement pour survivre après nous être enfuis il faut un plan bien pensé… Ce qui n’est pas si évident à acquérir.
- ‘’On’’ ?
- Moi et quelques-uns de mes hommes, ils sont prêt à me suivre jusqu’au bout, tu peux avoir confiance en eux et…
- Combien ?
- … Avec moi on est sept.
- Explique-moi quelque chose, pourquoi est-ce que tu es rentré dans ce milieu si c’est pour t’en aller. Tu aurais dû prendre tous ces facteurs en considération avant de t’engager dans une telle voie. »

Il se tait un instant, son visage s’assombrit et il déclare d’une voix monocorde:
« L'histoire se passe il y a un moment déjà, un garçon est enfermé en prison pour payer les dettes de son père. Ça fait deux mois qu’il est là. Avant il vivait au sein de sa famille quand des hommes ont débarqués et ont tirés sur tout le monde. Le père du garçon a bien essayé d’intervenir mais il s’est fait tuer avant d’avoir parcouru la moitié de la distance qui le séparait de son revolver. Les hommes ont emmené le gamin et ont volés tous les objets de valeur entreposés dans la demeure. Ils l’ont jeté dans une charrette où il s’est évanoui. Il a repris connaissance lorsque ces hommes discutaient du sort de l’enfant. Il parvint à comprendre qu’il n’était plus qu’une marchandise qui devrait payer de sa vie les dettes que son père avait accumulé auprès d’un homme puissant. Alors qu’il croupissait dans son cachot sombre un homme est entré, et l'a regardé un instant, comme on juge une marchandise puis il a déclaré qu’il était ‘‘adapté’’… Le garçon fut sorti de sa prison, nourrit puis on lui donna une faible éducation et surtout on lui apprit à se battre. Ce jeune homme était appelé à devenir le bras droit de l’homme. Donnant une confiance aveugle en l’homme il effectuait toutes les tâches qui lui étaient demandées. Celles-ci passaient de l’assassinat au vol en passant par différentes actions dont je tairais le nom.
Seulement un jour, alors qu’il s’apprêtait à tuer un homme, celui-ci lui cracha au visage  : « Tu ne comprends donc pas que c'est celui qui a tué ton enfance est l'homme qui t’envoie me tuer ! ». Cette simple déclaration détruisit en lui ses maigres croyances. Beaucoup plus attentif à son entourage il se rendit compte qu’à part six hommes, tous le voyaient bel et bien tel qu’il était. L’outil de Mattern, son bras armé. Il poussa son enquête et découvrit que c’était aussi envers Mattern que s’élevaient les dettes de son père et qu’en contre-parti du non-versement il avait exigé que toute la propriété lui revienne. C’est à partir de là que commencèrent à germer des plans farfelus visant à s’échapper. Seulement après plusieurs tentatives ayant échoué sans pour autant éveiller de soupçons l’homme a commencé à se décourager… Jusqu’à ce que le joueur de poker dont il avait la charge tente de s’enfuir et se fasse tuer pour ensuite réapparaître. Pour ceux qui ne savaient rien de l’histoire il ne s’est rien passé, pour ceux qui avaient les détails de l’histoire et qui connaissent… Pardon connaissaient mal Gavin il a survécu de façon aussi chanceuse qu’incompréhensible. Et enfin pour les rares qui le connaissait, lui et les mystères de cette affaire il est évident qu’il a été remplacé. Ces gens sont rares… J’en fais parti. Alors si tu m’expliquais ce que tu viens faire ici. »

J'ai poussé un léger soupir puis ai pris la parole, lui dévoilant une partie de ce que je savais alors, prenant cependant le soin de ne lui divulguer que le nécessaire afin de lui éviter et de m'éviter des complications futures, toutes les personnes au courant seront en danger car je ne doute pas un instant de la rancune tenace de la famille Guile ainsi que de Mattern. Sa menace de dévoiler mon identité réelle ne pesait pas bien lourd vu que je prévoyais déjà de partir, sûrement plus tôt que ce que l'homme aux yeux d'argent prévoyait, mais la mise à disposition de fonds et de matériel s'est avérée être l'argument décisif qui me poussa à accepter de l'aider. D'une voix assurée je lui demandais où se trouvaient les objets à leur disposition. Malgré son air encore sceptique il m'indiqua de le suivre d'un geste du revolver, prenant le chemin vers un petit couloir sombre qui semblait ne pas avoir été utilisé depuis bien longtemps. Il marchait à un rythme tranquille mais je perçus à quelques reprises des regards jetés derrière moi.
Au bout de cinq mètres nous arrivâmes à une énorme porte d'acier qui semblait en bien piteux état, des toiles d'araignée la recouvrait sur toute sa surface, voir même trop pour que ce soit logique par rapport à celles qui ornent le couloir. Il tendit la main vers la plaque d'acier et palpa derrière les monticules de toiles d'araignée à la recherche de quelque chose, lorsqu'il l'atteint il sortit une clé de sa poche et j'entendis un déclic caractéristique d'un cadenas qui s'ouvre. Sans un bruit la porte s'ouvrit sous une simple poussée d'épaule, je ne pus m'empêcher de laisser échapper un petit sursaut de surprise car leur maquillage de la porte était vraiment splendide, rien ne me laissait penser qu'elle était en aussi bon état... De l'autre côté s'étendait des monticules de caisses remplies de produits en tout genre allant des armes aux matériels de maquillage. Faisant quelques pas vers l'une d'elle je l'ouvris précautionneusement tombant sur des cordes roulées les unes avec les autres. En prenant une extrémité je la tendis pour tester sa solidité, me demandant à quoi elle avait ou aurait pu servir. Pendant ce temps l'homme aux yeux d'argent s'était approché d'un coin de la salle et se tenait penché au dessus d'une valise en métal. Restant dans son dos je m'approchais suffisamment pour admirer d'importantes sacoches remplies de sang que j'espérais et espère toujours être faux. Il se tourna d'un bond vers moi en m'en lançant une que j’attrapai in extremis. D'un ton enjoué il déclara :
« Un truc que j'ai ramené d'Hollywood il y a un moment. La faible quantité nous a poussé à les économiser le plus possible mais quelque chose me dit qu'il est temps de s'en servir. »

Faisant tourner le sang sous plastique entre mes mains j'essayais d'assembler des pièces pour créer un plan quand mes yeux tombèrent sur une boite de munition. Je demandais alors, encore indécis sur quoi faire :
« Tu aurais pas des balles à blanc ? »

Il me sortit alors la phrase qui me fit sourire à pleine dent, les derniers éléments venant se loger les uns avec les autres :
« Mieux que ça, grâce à un réalisateur endetté on a récupéré des balles qui font plonger leur cibles dans une léthargie profonde en seulement quelques secondes. Le choc est aussi inoffensif qu'un caillou lancé par un enfant mais les effets secondaires sont impressionnants. Amène-toi. »

Moins d'une heure plus tard le plan était en place, en sortant je portais sous ma chemise une poche remplie de sang pile à l'endroit de mon cœur. Ainsi équipé je me rendis chez le pharmacien puis à la maison Guile. En entrant j'ai un instant cru que le trio allait repéré la bosse sous ma veste et j'ai choisit de l'enlever et de desserrer ma chemise suffisamment pour que cela passe inaperçu, faisant taire leur probables soupçons. Suite à mon entretien avec Dazen je fus mener en ville, mon arme remplie de vraies balles. A peine eus-je rejoins l'homme aux yeux métalliques que je me saisis de mon arme et fis feu en visant le cœur. Heureusement pour lui il ne risquait pas grand chose car derrière la poche de sang se trouvait son gilet par-balle. En tombant il me mit dans la poche des balles anesthésiantes que je me dépêchais d'insérer dans mon arme à la place de celles mortelles qui y étaient présentes en me couchant derrière une table, d'apparence pour me protéger mais surtout pour être invisible au yeux des hommes de Dazen. Pendant que je tirais un coup dans le vide, l'homme à terre se mit une balle dans la cuisse pour tomber en léthargie. J'ai ensuite tirer sur tout les autres complices en visant indifféremment la tête ou le buste, dans le feu de l'action nous espérions et avons bien fait d'espérer que personne ne verrait que le sang ne coulait pas toujours avec exactitude de l'endroit où étaient arrivées les balles. Lorsque mon tour vint je n'eus qu'à laisser faire la balle et à m'écrouler au milieu du sang déversé par la poche lorsque mes forces m'abandonnèrent. Comme je m'y attendais un tel incident en pleine ville fut vite réglé par les hommes de Mattern qui se dépêchèrent de nous abandonner en forêt sans vérifier avec beaucoup d'attentions si nous étions morts ou pas, la vue de telles quantités de sang devant être suffisante pour leur faire croire que nous étions passés de l'autre côté.
Maintenant je suis dans une roulotte avec des habits couverts de sang et tandis que la distance qui me sépare de la ville où est enterré Gavin augmente je pousse un petit soupir en rejetant ma tête en arrière pour profiter de la chaleur du soleil, souriant en imaginant la tête de Dazen quand il découvrira que le paquet de cartes qu'il m'a soutiré n'est autre que celui de son fils qui ne possède pas plus de capacités que n'importe quel autre jeu de cartes. Je lève ensuite ma main et jette au loin le petit engin rond qui servait à me bloquer ici, l'éloignant de moi comme j'éloigne cette histoire pour une durée que j'espère suffisamment longue... Seulement quelque chose me dit que Mattern et Dazen ne vont pas s'arrêter là et que mes réels ennuis ne font que commencer, mais pour l'instant je vais me prendre quelque jours de vacances dans un autre coin de Dreamland.... Enfin vacances... Avec tout ce qui me tombe dessus depuis que je suis voyageur je doute de pouvoir me reposer, mais c'est aussi ce qui fait son charme à cet endroit.
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Coup de bluff à Notting Hill

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