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Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces...

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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Mar 30 Sep 2014 - 1:39
Les couloirs, même tracés et lissés par des mains humaines, semblaient si naturels qu’on se demandait si l’Arbre Originel n’avait pas poussé avec ces salles et ces embranchements en son sein. Alors que je recherchais Sy partout, essayant de suivre plus ou moins la direction où elle avait été kidnappée, je traversais des fois des tracés sinueux et obscurs, des salles immenses et vides ressemblant à des places de marché, des fois des ronds-points incroyables qui donnaient sur plusieurs autres avenues (il fallait aussi se rappeler que l’Arbre était tombée, donc évidemment, je ne marchais pas sur le même sol que les anciens habitants, mais plutôt sur les murs, et que je ne devais pas hésiter à faire quelques bouts de grimpette pour aller chercher un chemin difficile d’accès maintenant que tout était à l’horizontal). Perdant rapidement mon sens de l’orientation et tous mes repères, je me perdis aussi facilement qu’une aiguille dans une botte de foin, et le seul facteur de prise de décision était généralement que tel couloir était plus lumineux que ses homologues. Alors, je continuais sans trop savoir si je devais monter, descendre, poursuivre vers la cime (dans quelle direction ?) ou vers les racines (de l’autre côté de la cime que je ne savais pas où elle était), et puis merde, la taille de l’arbre n’aidait pas du tout à savoir si on progressait justement vers une extrémité ou l’autre, ou bien si on s’approchait des parois externes. J’estimais en tout cas que je ne tournais pas en rond ; j’allais donc quelque part. Pas plus d’indication. Quelque part était souvent un endroit perdu de tout.

Il fallait que je me calme, alors, à un moment, dans ce qu’il ressemblait à une salle commune renversée, je m’assieds et je réfléchis : je n’avais absolument aucune chance de retrouver Sy. Il n’y avait pas de carte, pas d’indication, et si j’avais une trentaine de nuits à ma disposition, nul doute que j’aurais quand même peine à la retrouver dans cet Arbre de la taille d’une petite ville. Autant la cacher n’importe où dans Paris et espérer la retrouver dans chaque maison : les habitants devaient dépasser largement la centaine de milliers, à vue de nez. C’était juste un putain d’arbre, et j’étais dans des putains d’emmerdes.

Résumons : Sy était enfermée par des esprits qui voulaient la tuer, et Meï était avec des sauvages qui voulaient la violer ; l’un comme l’autre, veillé par les premiers et loin des seconds, c’était moi qui m’en tirais le mieux. C’était donc à moi de sortir les deux filles de leur situation, ou en tout cas, de pouvoir bouger, de faire quelque chose. Je devais agir, mais aucun plan ne se dressait dans ma tête ; contrairement aux deux autres, je devais bien avouer que j’étais le seul qui ne savais pas vraiment où aller, perdu dans un labyrinthe incroyable. Le comble pour un Claustrophobe. Un Claustrophobe sans arme et sans panneau. Une des trois pièces principales de ce jeu d’échec que les deux camps avaient fortement envie de sacrifier. Mais tout le monde était maintenant réuni au même endroit.

Et soudain, un frisson si puissant que j’aurais cru qu’on m’avait balancé un seau d’eau sur la tête me traversa l’échine et fit hérisser tous mes poils. Je reconnaissais cette sensation, et l’attribuais directement à Ara’vo, l’espèce de démon mineur rencontré il y avait quelques heures de ça avec Sy dans les bois qui m’avait déchiré la tête d’ondes mentales. Il fallut que je subisse une autre douche, alors que j’étais debout, en position de combat, avant que je ne sursaute violemment en le découvrant à cinq mètres de moi, accroupi sur le mur (non, le vrai sol plutôt, c’était moi qui étais sur le mur) et qui me fixait avec son masque comme si je n’étais qu’un obstacle physique sans importance. Ne faisant rien, les nerfs trop à vif pour le laisser faire le premier geste, je lui criai presque dessus :

« Qu’est-ce que tu me veux ?! » Il me répondit de façon aussi étrange que claire, pas comme s’il me transmettait ses pensées, mais plutôt comme si elles étaient là, déjà décryptées sans que mon cerveau n’ait à les comprendre, et ce n’était pas tant un langage qu’un sens.
Ils sont là.
« Les fous furieux ? Ouais, je suis au courant, j’ai failli me faire carboniser. Où est Sy ? »
Pas ici.
« Où elle est ?! »
Pas morte. Pas tuée. Eloignée. Trop dangereux.
« Pourquoi tu viens me voir ? »
Ils sont là. Ils progressent. Ils connaissent. Ils ne devraient pas.
« Devraient pas quoi ? »
Ils ne devraient pas être là, devraient pas progresser. Devraient pas connaître.
« Je ne comprends pas ! »
Un esprit traître. Un esprit aide eux.
« Tu me dis pas ce que je dois faire. Je veux aider, mais personne ne m’aide. »
Arrêter Géo. Pas le réveiller. Géo détester hommes. Au repos, Géo est bon. Dérangé, est méchant. Géo existe tout le temps. Mais Géo physique devient mauvais Géo.
« Eloigner Sy ne suffit pas ? Meï peut la remplacer ? »
Voyageur sensible à énergie, comme Sy. Voyageur sensible à pièce de puzzle. Pièce de puzzle sensible à Voyageur. Sacrifice spécial, dans temple, accélère la sensibilité. Pièce de puzzle plus douce.
« Je comprends toujours pas, tu sais ? »
Tout est pièce de puzzle.
« Tout ? »
Même Géo.

Là, maintenant, je comprenais un mieux comment le rituel pouvait se passer, alors voici mon hypothèse : en sacrifiant un magicien quelconque, qu’il soit naturel ou un Voyageur, on permettait au Terraformeur de manipuler facilement des pièces de puzzle qui nécessitaient beaucoup d’énergie. Et que Géo est actuellement en énorme tas de pièces de puzzle que le Terraformeur pourra manipuler à volonté une fois qu’il l’aura recréé. Putain, à vous donner des frissons dans le dos. Mais on pouvait penser qu’il jouait double-jeu, alors recréer le dieu était la version officielle ou le piège qu’il dressait aux guerriers qui n’étaient juste là que pour l’escorter ? Et quel était cet esprit traître qui aidait les sauvages à se repérer dans les couloirs de l’Arbre-Monde ? Même Ara’vo ne pouvait pas mettre un nom dessus. Qu’est-ce qui était actuellement en train de se passer ? En tout cas, je ne doutais pas que l’esprit traître aidait le Terraformeur… n’est-ce pas ? Bon, heureusement, la solution était simple : tous les arrêter. Et pour ça, j’étais bien disposé à casser quelques gnons, mais il me fallait mon panneau ainsi que mes pouvoirs. Là, je pourrais faire quelque chose.

Ce fut aussi lentement que brusquement que le démon des arbres disparut en me lançant dans mon esprit qu’en touchant les mousses et les branches, je pourrais apercevoir le chemin qui me mènerait jusqu’à la salle du rituel, où tout allait se jouer. Acceptant cet état de fait sans chercher à comprendre la facilité que ça entraînait, je décidais d’hausser les épaules une fois seul à nouveau, et de faire ce qu’il disait. Afin de tester, j’approchais ma main de la surface la plus proche, et les plantes aux alentours se mirent à s’illuminer d’une lueur de vert avant de former un chemin que je pouvais suivre de façon aussi précise qu’un GPS. Il était temps de retrouver les indigènes qui avaient salopé ma soirée.

Les mousses qui recouvraient le tout s'illuminaient par endroit pour former un chemin éclairé que je ne pouvais pas rater. Certes, quelques fois, il semblait croire que je pouvais escalader n'importe quoi n'importe comment, mais avec de bons coups, on pouvait facilement se créer des prises dans du bois souple, et j'en venais à suivre le tracé qui me mèneraient vers l'endroit où se rendaient la tribu guerrière. Alors que le chemin s'éclairait, j'avais l'impression qu'il redonnait la vie aux pièces que je traversais comme une magie antique illusoire pleine de souvenirs. Je voyais les salles s'éclairer d'une lumière proche de celle du soleil, et des esprits dorés dont on devinait une stature humaine qui allaient et venaient comme dans l'ancien temps où tout ce monde était vivant et jouissait de quotidiens désarmant de simplicité. Je pouvais même reconnaître les enfants qui jouaient, des petits insectes qui se faufilaient parmi les plus grandes, j'en voyais assis à des étals aujourd'hui délabrés qui s'occupaient du commerce et les clients qui passaient intéressés, je remarquais même ceux qui travaillaient à polir, tout le temps polir, les murs de bois de l'Arbre afin d'agrandir une section ou de lui donner des formes artistiques maintenant recouvertes par une mousse et des feuillages. Toutes ces visions magiques, incroyables et pourtant modestes, qu'on aurait pu facilement appuyer de quelques touches de piano pour agrandir l'effet que tout ça avait sur moi, me transportaient au cœur d'une légèreté incroyable. J'étais comme dans un rêve. Si j'avais mon pouvoir, si j'étais plus sensible, peut-être alors que je les verrais mieux... Et qu'ils voudraient me tuer parce que j'étais sacrifiable.

Et moi, brut et physique, je passais en-travers eux, amenant avec moi l'obscurité de la vérité et du présent, et si un cataclysme et des siècles nous séparaient, nul doute qu'une autre catastrophe allait bientôt faire son apparition pour réduire ces souvenirs à l'état de figure du passé qu'on ne pourra jamais retrouver. Le Royaume Puzzle, souvenir de temps anciens... Et comme pour y faire écho, des pièces de puzzle fantômes vagabondaient en sus dans les rues, guidées par un membre ancien de la caste des Terraformeurs, qui apportait de la matière quand il ne la modifiait pas carrément, et quelque part, on comprenait d'où venait la taille légendaire de l'Arbre Originel : tout comme le dieu Géo et comme tout ce qui vivait dans ce Royaume, il était fait intégralement en pièces de puzzle, et petit à petit, à force de population et d'envie de s'agrandir, l'arbre avait acquis une taille incroyable ; on pouvait retrouver dans ce processus l'évolution lente, à l'échelle de fourmi, des arbres ou toute végétation du monde réel. Mais tout ça venait d'un temps bien trop lointain pour qu'on puisse retrouver cette fraîcheur de vivre ; dans Dreamland, quand les constantes restaient trop fixes, alors rapidement des événements perturbateurs venaient faire leur apparition, comme une loi, pas celle de Murphy, pas celle de l'emmerdement maximal, mais de l'emmerdement assuré.

De mon côté, je me dépêchais, ça ne faisait pas vingt minutes que j'avais perdu Sy et il fallait que je me dépêche d'arrêter les sauvages avant qu'il ne soit trop tard. Et en continuant, abandonnant les lieux bondés d'esprits dorés, je tombais sur des grands couloirs plus solennels où nichaient une série de statues de bois particulièrement solides représentant des guerriers de trois mètres à la face anguleuse et à l'expression vide. Et là me frappa enfin une partie des choses qui ne tournait pas rond, et une sensation glacée m'envahit à nouveau. Les statues que je voyais, elles n'étaient pas couchées sur les murs comme l'étaient le reste, non, elles étaient installées à mon niveau, m'entourant, comme si l'architecte avait prévu que le couloir se retrouverait couché à l'horizontal. Ou bien pire et bien plus réaliste... Quelqu'un ou un groupe de personnes avaient continué à emménager l'Arbre après sa chute. Un groupe de gens qui avaient aussi fait en sorte au final, qu'un rituel puisse être possible, même si l'Arbre était couché, après que l'Arbre se soit couché. On n'était pas les seuls ici. Et avec un peu de malchance, il n'y avait pas que des esprits malfaisants qui se trouvaient contre nous, mais un groupe de personnes physiques qui attendent le rituel
Un troisième camp, peut-être ? Qui voudrait réveiller Géo ? Et qui se mettrait donc en opposition aux esprits majoritaires qui voudraient au contraire le laisser reposer ? Des alliés de l’esprit traître ?

Je m'arrêtais bien en évidence, et soudain, saisi par la paranoïa, je croyais distinguer ci et là des chuchotements qu'un esprit normal attribuerait directement au vent. Peut-être que j'étais observé rien qu'à ce moment par des individus dont je ne savais rien. Sy était-elle réellement en sûreté ? J'aimais cette histoire de moins en moins, et pourtant, elle était déjà partie plutôt basse. Il me faudrait plus que foncer partout pour espérer l'emporter. Il me faudrait de la réflexion, mais une solution adaptée ne conviendrait qu'une fois que j'aurais compris tous les plans en place.

Puis une ombre passa. Pas de façon furtive, mais tout de même, du coin de l’œil, je saisis une forme tout sauf humaine qui passait dans un couloir adjacent. Je me calai contre le mur en respirant le plus silencieusement possible, et voilà qu'une autre forme arriva, et je pus bien voir ce qui vagabondait sans un bruit dans les couloirs de l'Arbre couché : un monstre, impossible à nommer, impossible à décrire sinon en s'appuyant sur chacun de ses membres et de ses aspects, mais tout révélait une nature profondément meurtrière et douée pour la chasse. Le bâillement qu'elle laissa échapper entre ses dents me fit penser qu'ils venaient tout juste de se réveiller... et évidemment, il s'avançait comme son congénère dans la même direction que je visais, autour de l'autel sacrificiel. Mais de quel côté étaient-ils ? J'envoyais une prière à Ava'ro pour qu'il réponde à mes questions, mais mes pensées religieuses eurent les mêmes effets que pour tous les hommes qui croyaient en une divinité : silence radio sur l'onde déifiée. Putain de merde ! Il pourrait m'expliquer ? A moins qu'il ne pense vraiment que je n'étais que quantité négligeable maintenant que j'avais perdu mon pouvoir ; de ça, il n'avait pas tort, que ça soit autant ma capacité en combat que mon utilisation en tant que sacrifice. Ils avaient Meï à sacrifier maintenant, car ils pourraient lui rendre son pouvoir quand ils le désiraient, et avec comme prime un petit couteau dans le cœur et des rites barbares qui allaient plonger cette partie du Royaume dans une guerre sanglante à sens unique. Et maintenant, rajoutez des monstres dans la partie s'il vous plaît, facteur X sorti de nulle part et obéissant à on ne savait quelle volonté. Avec un peu de chance, la même qui me laissait actuellement en vie, mais les esprits pourraient me poignarder dans le dos si je redevenais un Voyageur à ma pleine puissance. Que des ennemis partout, génial, et la moitié, on ne savait pas d'où ils venaient.

Cependant, les monstres ne semblaient pas particulièrement me chercher, et je voyais ça plutôt comme une bonne nouvelle ; avec un peu de chance, je pouvais les considérer comme des alliés. Je revins dans mon couloir aux statues, soulagé d'être persuadé de ne pas être leur cible...
... Pour remarquer que toutes les statues avaient disparu, et que le seul témoin de leur disparition était cette marque d'écorce arrachée partout où se tenait une sculpture avant. Et elles étaient parties sans même que je les entende, douées de sortilèges que je ne goûtais guère. Et pour le coup, je pouvais presque être sûr qu'elles n'étaient pas du côté des esprits vu qu'elles avaient été créées par des puissances parfaitement physiques. Et donc qu'il valait mieux éviter que je tombe personnellement sur elles. Ou alors qu'elles tombent personnellement sur moi.

Une nouvelle ombre furtive passa du coin de l’œil, mais je savais reconnaître quand c'était lointain et quand c'était un coup qu'on me portait. Une énorme épée de bois noir déchiqueta la mousse et des arbustes qui longeaient le mur tandis qu'une roulade m'éloigna de mon gigantesque agresseur. Je me relevai pour voir une des statues de tout à l'heure, animée, et désireuse de me transformer en petit copeaux de chairs. Sans arme pour la combattre sinon mes poings fatigués, je reculai devant une autre taillade qui fit s'envoler des morceaux de bois, et encore une autre qui fit de même de l'autre côté. Une estocade transperça le bois à l'endroit où je me tenais moins d'une seconde auparavant, et le temps qu'il libère son arme du mur, je lui flanquai un coup dans le torse qui le fit grimacer ; mais moins que mes phalanges. J'étais plus costaud, en tant que Voyageur, mais du bois concentré et durci avait quand même sa certaine résistance, surtout s'il était magique. Je dû éviter un autre coup d'épée qui précéda un coup de poing, et je décidai que je devais maintenant fuir. Je ne pourrais rien contre lui dans l'état actuel des choses.

Je touchai à nouveau la mousse, et elle s'illumina à nouveau pour me montrer le chemin à prendre. Bref, si on réfléchissait bien, à me faire coincer entre cette statue, la tribu, et potentiellement les autres guerriers de bois et les monstres. J’étais toujours un putain de génie. Ses mouvements étaient brusques, presque saccadés, mais la statue de bois n’en était pas moins terrifiante. Ou rapide. Je dû sprinter à plusieurs endroits, chercher la lumière indiquée par les plantes en les sollicitant du toucher afin que le tracé vert continue de me montrer la voie, tout en évitant de mon mieux les mouvements amples d’épée qui finissaient invariablement par détacher de gros morceaux de bois des murs.

A un moment, joie, je pris un petit passage auquel je devais presque m’accroupir, et le monstre en fut ralenti d’autant. Il se frayait tout de même un passage, mais je parvenais tout de même à le semer. J’obliquai encore une fois à un angle droit et… tombai sur une vaste cheminée ronde où le sol disparaissait. Et le tracé des plantes me demandait de descendre. Sans prise et tout. Elles se foutaient de ma gueule (ce passage était donc une immense avenue en son temps, tout comme la grande allée des Carbonisés où je ne savais plus quoi était au contraire un couloir vertical, une cheminée d’air, peut-être). La statue arriva derrière moi en trois secondes, me bloquant le passage. Loin d’être intelligente, elle décida de foncer sur moi en faisant mine de ne pas voir le vide. Je réussis à esquiver au dernier moment tandis que la pointe avait cherché ma veste, et le grand truc tomba dans le vide…
Mais en fait, non.

Des pièces de puzzle, sorties de nulle part, se dépêchèrent de l’empêcher de tomber et de créer une plateforme pour qu’il puisse avoir pied. Alors l’Arbre Originel l’aidait maintenant ? Une statue certainement gouvernée par les ennemis de Géo, des gens qui voulaient voir le dieu ressusciter pour qu’ils détruisent tout ? La réflexion viendrait plus tard, j’avais encore un gars à abattre. Je pouvais remarquer que chacun des pas qu’il faisait était soutenu par une autre pièce de puzzle qui se détachait du mur. Et moi, je supposais que je n’aurais pas le droit à une telle aide, je pouvais juste me contenter des endroits où il avait marché. Prudemment, je m’appuyai sur ces pièces de puzzle, vide tout autour de moi, pour faire face à la statue. J’allais tenter un truc.

Elle m’attaqua encore une fois, mais je m’aplatis contre le sol et lui savatai les chevilles. La force employée la fit tomber contre les pièces, et comme elles n’étaient pas très nombreuses, la statue allait chuter, mais nan, de nouvelles pièces se dépêchèrent de sauver leur héraut. Alors avant même que le guerrier de bois se redresse, je détruisis les pièces qui le soutenaient avec un puissant coup. Je pense que même là, le temple fut surpris car aucune pièce ne sauva la statue avant qu’elle n’ait chuté d’une dizaine de mètres. Je l’y rejoignis, une telle distance n’était clairement pas mortelle pour un Voyageur de mon niveau. Et miracle, le couloir que je devais retrouver était encore et seulement à deux mètres en bas. J’estimai le saut, compris que c’était faisable, et la statue n’eut même pas le temps de me porter la moindre attaque que j’étais déjà en l’air, hors de portée, et que j’atterris sur de la terre (bois) ferme. Je me dépêchai de m’en aller, sollicitant le chemin, ne voulant pas savoir que la statue effectuait le même exploit que moi et me courrait encore après.

Et c’est là qu’intervint un deus ex machina incroyable. Car, tandis que je courrais dans une avenue de taille respectable, ma route me fit croiser un des monstres que j’avais déjà vus il y avait de ça cinq minutes. Ni une, ni deux, il hurla tel un fauve et se dépêcha de me charger. Je fonçai contre lui, espérant un miracle au tout dernier moment, une esquive salutaire. Il bondit, je plongeai à terre… et ce n’était pas du tout moi qu’il visait vu l’amplitude de son saut, mais la statue derrière moi. Un combat incroyable s’ensuivit. Un combat que je ne vous détaillerai point car j’étais déjà loin, j’avais autre chose à faire que d’être suicidaire. Mais il me semblait tout de même que c’était le monstre qui avait l’avantage, parce qu’il semblait doué de compétences bien plus évoluées qu’une haute statue de guerrier : elle se défendait certainement, mais à part une bonne stratégie, ce qu’elle semblait incapable de produire, le combat était réglé d’avance.

Je m’enfuis très loin de cet affrontement, tellement loin que je ne les entendais plus (ce qui vous disait à quel point c’était effectivement loin), et le tracé vert des plantes lumineuses s’estompait de plus en plus : j’étais arrivé à destination. Les environs étaient autant faits de bois, de plantes et de racines gigantesques que de pierres blanches et grises, que le temps avait empilées n’importe comment. Et je progressais dans des couloirs de petite taille où j’étais forcé de m’accroupir. Et j’entendais en plus des bruits, des bruits de soldats blessés après une longue marche dans la jungle et qui trouvait enfin leur repos et leur but. J’étais dans le véritable temple (bref, le temple du temple ?), et la grande majorité des protagonistes était réunie. Je pouvais voir le Terraformeur, Agol, Zhuu, ainsi que Meï. Et on avait l’air d’être dans une salle intéressante, avec une table de pierre au-dessus d’un vaste promontoire de granit. Je me fis le plus petit possible, sans faire de bruit ; j’étais en-hauteur, caché par une végétation drue qui tombait devant moi, et j’étais situé à une dizaine de mètres au-dessus du sol, vers le fond de la pièce et par conséquent, pas trop loin de la table. J’étais pour ainsi dire, les ombres et les plantes me recouvrant parfaitement. Il n’y avait plus qu’à attendre. Attendre quoi ? Le bon moment.
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Ven 27 Mai 2016 - 13:46
Que faire ? Il y avait deux éléments principaux : la fillette et Meï. La première était capturée par un camp qui voulait sa mort si je ne réussissais pas à sauver la seconde, seconde capturée par un clan qui avait l’avantage comparé à l’autre d’être physique et aux capacités compréhensibles, mais qui restait féroce voire cruelle dans leur démarche. A cela s’ajoutaient les monstres et les statues en tronc, qui se livraient eux aussi une lutte acharnée. J’aurais dit que les uns étaient commandés par les esprits et les autres, aussi, mais ils n’étaient clairement pas dans le même camp, et même, les monstres qu’on aurait pu croire pour sauvages avaient attaqué une statue au lieu de m’attaquer, moi, alors que j’étais plus proche et aussi, certainement, plus vulnérable.

Actuellement, je voyais débarquer l’armée dans un temple incroyable aux colonnes antiques et ouvertures lumineuses balayant les ombres du sol, ravalés à moitié par la végétation de toute sorte, une vraie symbiose entre la modernité toute humaine et la puissance naturelle que rien ne peut arrêter. Ils avaient encore Meï avec eux, ainsi que mon pouvoir, ainsi que mon panneau. Ils allaient aussi payer pour ça. Zhuü manifestait son impatience, mais pas moins que le Terraformeur qui faisait tout son possible pour ne pas visiter la pièce : au contraire, il était une statue immuable qui observait pas mal du coin de l’œil, mais qui vu de ses soldats, passait pour quelqu’un que la curiosité n’avait pas dévoré depuis un moment car il était tout-puissant voyez-vous.

Zhuü posa à contrecœur la pauvre Meï sur une grande table épaisse en pierre, et qui ignorait que celle-ci semblait être destinée à un sacrifice quelconque ? J’émis cette hypothèse même si je n’étais pas certain de sa véracité, car je ne voyais nulle trace de sang. Elle tenta de se débattre tandis que le chef de l’armée lui parlait doucement, voilà, elle n’avait pas à s’inquiéter, donc ne fais pas attention au fait que quatre hommes t’attachaient les bras et les jambes à des petits piliers en pierre prévus à cet effet. Oh si, table sacrificielle, on imaginait. Elle se mit à hurler, à tenter de remuer, mais les cris ne sauvaient pas, et la belle était bien trop attachée pour faire céder quoique ce soit. Je n’avais pas d’idée pour la sauver, la pauvre, je n’étais pas du tout assez fort pour affronter toute l’armée ennemi en duel (même si elle avait bien morflé, ils étaient quoi, soixante maintenant ?). Voyons voir, voyons voir… Le bluff. Je n’étais pas fort pour mentir, mais il ne restait que ça. Je le devais pour Meï. Tandis que le Terraformeur s’approchait et commença à peindre sur le visage de la fille quelques symboles que je devinais menaçants, pendant que Zhuü lui lâchait la main après l’avoir baisée (il était bien amoureux, le coquin), il était temps que j’intervienne. Je pris un gros caillou et la lançai sur le crâne du Terraformeur. Il eut une douleur vive mais rien de plus, et se retourna en recherchant l’origine de l’attaque, et me trouva, moi, à cinq mètres au-dessus du sol, assis, les jambes dans le vide tel un farfadet qui se trouvait là.

« Vous m’avez manqué, je sais pas de votre côté, mais moi, j’ai eu un pincement. » C’était censé être une tirade amusante du type qui se la jouait cool, mais je ne l’avais pas bien jouée : je grinçais les dents en revoyant leur sale face.

Et ouais Meï, même si t’avais du mal à me regarder sans te péter la nuque, regarde le héros qui venait enfin à ta rescousse. Je n’adorais jamais ces moments… Je préférais attendre que la mission de sauvetage soit terminée pour me vanter.

Les soldats furent toutefois agressifs et s’armèrent de leur lance et de leur hargne. Zhuü ainsi que le Terraformeur s’apprêtaient à m’attaquer, mais je me hâtai de les calmer :

« Hey hey, posez doucement vos armes si vous voulez vivre. Vous avez perdu.
_ Où est la fille ? Et pourquoi on t’embrocherait pas ?
_ La réponse à la seconde question est la première question. Parce que j’ai la fille avec moi, et que j’ai conclu un pacte avec les esprits.
_ Tu mens »
, grinça des dents le Terraformeur en me fusillant du regard, « Les esprits ne veulent que sa mort.
_ Hum, pas vraiment. Ils veulent votre mort à vous, la mort de la fille ne leur est pas indispensable vu que vous aussi, vous n’avez pas fondamentalement besoin d’elle. Malheureusement les esprits sont pacifiques, et Ara’vo m’a envoyé en émissaire. »
Ce nom eut de l’effet sur le Terraformeur. Mon histoire gagnait en crédibilité. Je descendis de mon perchoir et tombai sur le sol en pliant les genoux, je ne voulais pas les attaquer, mais me mettre plus à leur portée montrait ma confiance absolue au fait que je maîtrisais la situation. « Voici ce qu’il vous propose : vous ne foutez pas le boxon, vous retournez d’où vous venez, et la forêt vous laissera tranquilles lors de votre retour et vous n’aurez pas à mourir. La vie sauve, ou la mort. Choix simple. Si ça peut vous aider, les esprits contrôlent les monstres gigantesques qui parsèment les lieux, et ils ne sont pas bien loin, je viens d’en croiser un. »

Le choix était cornélien pour eux, surtout que tous semblaient gober mon histoire tant elle leur était acide. Le retournement de situation était fatal, et je voulais savoir ce qui allait se passer maintenant, une vraie curiosité. Les soldats reculaient légèrement quand je m’avançais vers Meï, seul Zhuü restait à sa place, ne pouvant s’éloigner trop de sa prisonnière. Le Terraformeur était interdit, ça faisait plaisir à voir, et il ne savait même pas quoi faire dans cette situation qui lui échappait complètement. Le chef tenta tout de même :

« Meï reste avec moi.
_ Les esprits ne veulent pas vous voir avec des Voyageurs, alors ça sera non.
_ Puis-je alors la tuer ? »
demanda par surprise le Terraformeur en sortant une dague de sa manche. Il se justifia d’un ton glacial : « Cela ne devrait pas déranger les esprits qu’un Voyageur meure.
_ Tu vas surtout éviter de t’approcher d’elle pour commencer je ne sais quel rituel, le vioque »
, intervins-je en me plaçant devant lui.
« Je vois. » Il se retourna et fit d’un air fier : « Mes frères, cet homme ne peut nous empêcher d’accomplir le rituel si nous l’effectuons maintenant ! Quand il sera terminé, nul ne pourra nous menacer, même les monstres, même les esprits, et même… » Il se retourna d’un coup et cinquante pièces de puzzle formant le sol sortirent de leur endormissement pour m’attaquer : « … toi. »

J’esquivai la salve facilement, me rendant compte que je n’aurais pas dû lui dire de ne pas effectuer le rituel, prouvant au passage qu’il n’y avait que moi et mes paroles qui l’en empêchaient séance tenante. Rusé, le connard. Je m’apprêtais à bondir pour esquiver la seconde salve, l’autre n’ayant fait que soulever la poussière, mais une porte énorme s’ouvrit sur la droite de la salle, et vingt statues en bois noueux en sortirent, portant boucliers et massues ou bâtons. Ils se positionnèrent en rang face aux soldats apeurés (avais-je de la chance ?), puis une statue s’avança, portant Sy sur une de ses épaules. Elle parlait en tremblant, mais elle trouvait en elle un sacré courage pour oser se mettre ainsi en avant face à ses anciens tortionnaires :

« Je vous présente les gardiens de Géo…
_ Je vous l’avais dit de pas faire ièch !
_ … et ils sont là pour empêcher quiconque de provoquer le dieu dans son sommeil. Partez maintenant et il ne vous sera fait aucun mal. »
Ahah, ce retournement de situation ! Voilà que les soldats se mettaient vraiment à reculer devant un tel bataillon magique. Cependant, je restais sur mes gardes, car c’était une de ses statues qui m’avait attaqué. Je cherchai des yeux le visage de la fille, et quand je les trouvai, elle m’adressait un regard paniqué.
« Sy, qu’est-ce qu’il se passe ? » Elle ne se tut pas plus longtemps :
« ED ! COURS ! ILS NE SONT PAS AVEC LES ESPRITS ! ILS VONT S’EN PRENDRE A TOI AUSSI ! »
Au cri de la fillette, les statues attaquèrent, et Zhuü se dépêcha de mobiliser ses hommes.
« VOUS AVEZ ENTENDU ?! TUONS-CES STATUES, FAISONS LES BRULER ! LES ESPRITS NE SONT PAS LEUR ALLIE !
_ PROTEGEZ VOTRE TERRAFORMEUR, JE VAIS EFFECTUER LE RITUEL EN ATTENDANT ! »


L’idée du feu rasséréna rapidement les soldats qui se dépêchèrent de sortir des pierres spéciales pour enflammer les torches et les flèches. S’en suivit un combat épique : soldats contre statues antiques, à coups d’épées, de lances, de flammes et de cendres. De mon côté, je protégeais Meï du Terraformeur, dont je faisais échouer les attaques les unes après les autres en me défendant comme je le pouvais et évitant les charges de pièces les plus grosses. Voulant me surprendre, le vioque s’avança d’un pas rapide pour me planter avec sa dague, mais je réussis à esquiver non sans y perdre quelques bouts de tissu, puis je le cognai violemment aux poignets pour lui faire lâcher son arme. Puis bim, je la récupérai et lui envoyai une boutade qui le fit s’éjecter au loin. Ses pièces de puzzle amortirent le choc mais je l’avais sonné. De quatre coups bien placés et rapides, je délivrai la Voyageuse de ses liens, elle me remercia vite fait, retira le bandeau qu’elle avait sur ses yeux, et on se joignit tous les deux à la bataille… mais le Terraformeur nous arrêta.

Cette fois-ci, furieux, il sembla se concentrer, le dents serrées tout de même, pour nous envoyer le plus de pièces de puzzle possibles, empruntant à la végétation comme aux murs comme colonnes comme au sol tout ce qu’il pouvait, afin de nous les envoyer et nous donner la correction qu’on méritait. Sauf que nous étions deux contre lui, que ses soldats, trop occupés à se défendre, à attaquer, ou se faire exploser le crâne par les énormes statues ne nous gênaient pas et qu’on se payait même le luxe d’avoir les pouvoirs de Meï, le combat était enfin équitable. J’envoyais les pièces voler avec mes propres poings et l’ancienne prisonnière pouvait enfin congeler les offensives et gêner les vieux dans ses démarches. Cependant, celui-ci changea de stratégie au vue de notre efficacité et se fit bien plus défensif, s’entourant de ces projectiles pour parer ou dévier les coups, et ce fut très probant : l’affrontement se portait sur le moment sur une égalité, vu qu’il se défendait bien et qu’il n’arrivait pas à nous atteindre… Et vice-et versa.

Le Terraformeur avait un défaut : il était rusé. C’était un défaut, de mon point de vue. En bloquant successivement nos attaques, il se permit de jeter un coup d’œil sur le champ de batailles derrière lui, et de trouver Zhuü qui se battait seul contre une statue, et le pire, c’est qu’il s’en sortait très bien. Le vieux prêtre se dépêcha d’ordonner à ces pièces d’emporter au loin le grand guerrier, surpris par le geste, et lui et Meï se dépêchèrent de hurler tous les deux. Le salopard profitait du lien qu’ils avaient et les séparait pour leur causer d’horribles souffrances. Je me dépêchais de l’affronter, mais le statue qui se battait contre Zhuü avançait vers nous et chercha à me frapper. Je sautai en arrière pour voir son bâton s’écraser si fort contre le sol qu’il le détruisit. Mais au moins, les guerriers en bois étaient justes car il chercha aussi à attaquer le Terraformeur, qui fut emporté malgré ses défenses, et balancer dans un autre coin de la salle. Ah bah eh, radical. De mon côté, je cherchai Agol des yeux, qui se battait avec une lance enflammée contre un autre gardien de Géo. Je m’approchais de son dos, et retirai mon panneau de sa lanière de cuir. Le contact avec mon arme me fit un bien fou, et dès qu’il se mit à m’attaquer, j’esquivai sans problème, et lui renvoyai un taquet formidable qui le cloua au sol. Et je dû parer juste après un coup vertical de la statue avec la tige de mon arme retrouvée, enfonçant mes pieds dans le sol.

La bataille fut terrible, et plutôt longue car les soldats entraînés ne se laissaient pas faire, et les statues, craignant certes le feu, ne voulaient pas brûler vite, et étaient complètement insensibles aux autres coups. Je me battais contre personne sinon ceux qui m’attaquaient, essayant de préserver mes forces vu que j’étais plus ou moins contre tout le monde, je n’avais pas autant d’alliés pour me couvrir le dos. Meï faisait son taff, essayait de piéger autant les uns que les autres, même si elle préférait largement attaquer les guerriers qui nous avaient maintenus prisonniers plutôt que d’attirer l’attention des énormes statues. La moitié des hommes et des statues étant tombée, on pouvait penser que la fin approchait, surtout que je suais à grosses gouttes et respirais comme un pompier, mais un cri interrompit ma réflexion : la petiote ! Je la cherchais du regard, mais il semblait qu’elle était emportée par un tas de pièces de puzzle. Encore le Terraformeur ! Il n’allait pas nous lâcher celui-là ! Je pensais que la statue lui avait réglé son compte, merde !

Il était près de la même table où était prisonnière Meï juste avant, et posa la fille sur le dos. Je fonçai pour l’en empêcher, mais Agol, qui s’était relevé, me faisait face, et Zhuü arrivait pour arrêter Meï. Les quelques secondes de distraction qu’ils créèrent furent largement suffisantes pour le vieux, car il se dépêcha d’accomplir le rituel. Premièrement, une pièce de puzzle pleine de peinture couvrit le visage de la fille, et dès qu’elle s’en décolla, elle était recouverte de signes étranges, les mêmes que la Voyageuse avait sur la figure actuellement. Secondement, il prit une autre pièce de puzzle, la lança en l’air, et frappa dans ses mains. La pièce de disloqua, et libéra une sorte de chant à toute vitesse… Les phrases du rituel, dites impeccablement et sans sourciller, s’enchainèrent si vite qu’il était impossible de les comprendre. J’attaquais Agol, clairement sur la défensive pour laisser le temps à son grand manitou de finir sa prière, mais ce fut trop tard. Le rituel était terminé : une vive lumière verte fut émise dans toute la pièce, tel un petit soleil, et tout revint à la normale… sauf que les statues se détruisirent.

Les guerriers poussèrent des cris de joie, Zhuü eut un sourire carnassier envers Meï, et Agol m’envoya bouler au loin de joie. Le Terraformeur, les yeux complètement verts, se tourna vers nous tous… derrière lui… Sy. Morte. Il n’y avait pas besoin de hurler, de les traiter de connards. Je le fis tout de même si fort dans ma tête qu’on était capable de m’entendre. La pauvre… Putain ! J’étais un incapable, pourquoi elle ? Et Zhuü, qui montait, prenant Meï par le bras et disant :

« Maintenant Terraformeur, as-tu la puissance nécessaire d’invoquer l’esprit de ma femme et de la réincarner en elle ? » C’était ça, sa motivation ? Je m’en foutais. Il fallait que je m’approche de la petite, vérifier son état. Elle n’était peut-être pas morte…
« Zhuü, fier guerrier. Je pense en avoir la puissance. Mais pourquoi faire ?
_ Quoi ?!
_ Géo arrive. Le dieu de toute végétation et de la terre va sortir de ses limbes et purifier le monde par ma volonté. Que vaut devant cela, ta misérable femme déjà disparue ?
_ Espèce d’enfoiré ! »
Et il voulut poignarder le prêtre… Mais c’était déjà trop tard.

Une colonne énorme de bois, de troncs, de branches et de lianes jaillit du sol et arrêta net l’attaque. Puis elle continuait de grandir, elle continuait de grandir, continuait encore et encore… jusqu’à ce qu’une autre colonne arrive, et que le Terraformeur se mette à observer ce spectacle. Oh punaise, un foutu dieu sortait du sol et on était sous lui. Car les colonnes étaient de futures pattes, et une troisième sortit, au loin, et enfin, une quatrième engloutit le Terraformeur. Zhuü demanda à tout le monde de s’enfuir de la pièce, du temps alors que le plafond s’écroulait sous le poids des plantes qui voulaient grimper et grimper. Au final, arrivées à une certaine hauteur, elle se mirent à grandir sur l’horizontal et à créer des dômes, et les branches de chaque colonne s’entrelacèrent à une vitesse grand V.

Le rendu final mit trois minutes entières à apparaître, avec ces plantes et ces troncs qui se croisaient et s’entrecroisaient pour dessiner la silhouette d’un animal gigantesque, commençant par les battes, puis le bas du ventre, puis ensuite elles formaient le corps dans son intégralité, puis partirent sur un énorme cou et une tête minuscule comparée au reste, une tête recouverte d’énormes bois de cerfs qui lui donnaient l’air d’un dragon. Seulement au niveau de la tête, car sinon, ça ressemblait plutôt à un énorme diplodocus. Enorme diplodocus, gargantuesque, gigantissime. Comment était-il possible de concevoir une chose aussi grande ? Depuis mon point de vue, et j’étais sous elle, la créature (ou appelons-la Géo), devait faire dans les… cinq cent mètres de haut… Et de la queue à la tête… comptez trois fois plus. C’était une blague, quoi.

Puis la créature se mit à bouger. Les pattes se levèrent et se déplacèrent, ravageant les murs du temps sans aucun souci, et créant, à chaque fois qu’elle posa le pas sur terre, des arbres gigantesques qui l’entrelaçaient. La mission était plutôt échouée, non ? Comment venir à bout d’une créature pareille ? Mais trêve de frayeur, comment allait la petite ? Non, morte. C’était bien ce que je pensais. J’étais seul avec le cadavre d’une fillette, qui paraissait endormie… Meï était partie avec Zhuü et ses hommes, et je ne savais même pas ce qu’ils comptaient faire tous. La quatrième patte allait bientôt bouger, près de moi, mais j’aperçus, dans les branches et les feuillages, le visage en bois de Sy qui m’observait. Elle me regardait et dit :

« Les esprits voulaient ressusciter Geo pour abattre les hommes, ils se sont joués de toi. Les gardiens sont morts car ils n’ont plus de raison d’être. Mais il reste une chance, Ed… » La patte se leva d’un coup, et j’aurais perdu le reste de la discussion si je ne m’étais pas accroché aux branchages de Geo pour la suivre. Je fus soulevé à cinquante mètres au-dessus du sol, et j’eus une vue magnifique sur différentes salles de l’Arbre-Monde originel complètement détruites par la marche du dieu.
« Tu peux tout me dire, tu sais ? », dis-je en lui intimant de continuer alors qu’on redescendait déjà à grande vitesse sur le sol.
« Si les gardiens me protégeaient, c’est que j’étais le sceau de Geo. C’est pour ça que les esprits me détestaient, et les gardiens m’ont récupéré. Il faut à tout prix… qu’une femme prenne le sceau en mon corps. Alors cours ! » Encore courir ? Et c’était certainement terminé en plus. La patte cogna le sol, et créa une forêt gigantesque dont la croissance me fit lâcher prise. Je jetais un dernier coup d’œil à la fille en bois négligemment près d’un orteil, et lui fis un signe que tout allait bien. Je tombais par terre, il était temps de faire comme elle disait.

C’était un réel… anti-cataclysme. Si on partait du principe que la nature ne souffrait absolument pas de dégât et même mieux, en profitait. Seuls les hommes et certainement les autres êtres vivants étaient en danger de mort n’importe où ce dieu passait. Une sorte de bombe atomique verte. Je trouvais, entre différents pas du diplodocus, les guerriers de Zhuü, celui-ci, et Meï, qui ne savaient que faire devant cette énorme trahison, et moi, j’étais là, nooooon ? Le méchant Terraformeur s’était payé vos têtes ? Incroyable ! La Voyageuse de glace et son époux étaient en train de se disputer, et mon intervention les dérangea à peine. Contraint de me faire remarquer, je fis :

« Géo vous gêne, ou vous préférez continuer à vous disputer ? » Les deux se retournèrent enfin vers moi, et je ne pris pas le temps de leur demander si tout le monde se sentait bien : « Meï, il faut vite que tu retournes dans le temple voir le corps de la petite, il paraît qu’elle a le pouvoir de renfermer Géo. » L’incompréhension sur son visage m’agaça au plus haut point (je me permettais d’être le nouveau boss de la situation : enfermé, ligoté, et avec les neurones pour seule arme, il valait mieux demander à quelqu’un d’autre de gérer les problèmes, mais si on était en situation de crise, alors l’adrénaline me remplissait les couilles) : « Allez, grouillez, les deux !
_ Agol, avec moi ! »
hurla Zhuü tandis que Meï se dépêchait déjà de courir.

On fonça tous les quatre vers le temps que Géo avait déjà quitté en détruisant tout sur son passage, et le voilà qui se mettait à marcher dans la direction inverse de la troupe : il y avait de grandes chances qu’il fonce vers le village, et à son rythme gigantesque (même s’il était lent comme tout), on n’avait pas plus de deux heures devant nous.

On retourna vite dans les couloirs tortueux du temple, fissurés, délabrés, et avec les murs et le sol en train de s’effondrer. Je me rappelai alors que je n’avais toujours pas mes pouvoirs, à défaut de mon panneau, et que je pourrais peut-être résoudre ce souci dans la pièce. On était tous fatigués, on n’en pouvait plus, certains étaient bien blessés comme Agol, ou soufflait très fort comme Zhuü. Et viouu, on arriva dans l’ancienne salle où on avait affronté les statues. Cette partie du temple avait énormément souffert, et le plafond, en bois épais, se faisait un plaisir de tomber par morceaux sur le sol, sol complètement fracturé par les pas énormes du dieu qui s’était réveillé.

Sauf que devant le cadavre de la petite blonde, un esprit était apparu devant nous : Ara’vo. Il nous ficha tous une trouille monstre, mais sa position, accroupie et agressive, en plus d’un masque plus rouge qu’à l’accoutumée, montrait qu’il allait se battre. On entendit tous dans nos têtes sa voix qui disait moins qu’elle ne signifiait :

Geo réveillé. Partez.
_ Il est contrôlé par un de vos ennemis, bravo !
Le temps le tuera. Géo le détruira. Il faut attendre.

Puis il fit un mouvement de main, et les esprits qui nous avaient assailli dans la forêt traversèrent les murs pour nous rendre incapables de bouger. Sauf que ça marchait peu sur les Voyageurs, sinon leur donner une terrible soif de sang. Et Meï et moi, on fonça pour ne pas les écouter et affronter l’esprit malsain.

Il esquiva nos deux attaques combinées d’une pirouette en arrière et atterrit sur la grande table en pierre où reposait le corps de la fille. Puis il fit plusieurs signes de main et de bras, et créa d’un coup une énorme fissure qui nous sépara de la table, un fossé qui s’agrandit et s’agrandit jusqu’à séparer les deux bords par dizaines de mètres, faisant effondrer les colonnes et le sol, avalant tout tel un séisme gourmand. Meï et moi, on reculait pour ne pas se laisser emporter dans le vide… et je vis que près de nous, il y avait le sac du Terraformeur, dans lequel reposaient tranquillement des dizaines de pièces… dont mon pouvoir. Et ce sac tomba, emporté par la gravité. Je poussais Meï pour lui indiquer de ne pas me suivre et plongeai à toute vitesse dans le fossé béant.

La lumière dans la chute se fit de plus en plus sombre, et on pouvait voir que d’énormes racines sortaient du sol, et que des tonnes de terre tombaient des parois, qui étaient auparavant unies… Je ratai le sac lors de ma premières tentative, et réussis dans la seconde à l’agripper par la hanse. Toujours pendant la chute, je virai les pièces jusqu’à sentir celle où on pouvoir dormait. Une pièce plus sombre que les autres et remplie d’énergie répondit à la chaleur de mes mains. Je me la rentrai dans le ventre, et cela fonctionna comme par magie. Ma chute avait à peine duré quatre secondes… Mes yeux devinrent noirs.

Je réapparus derrière d’Ara’vo par une paire de portails, et d’un coup, sans prévenir, sans réfléchir non plus, je le poussai dans le gouffre qu’il avait créé d’un coup de pied dans le dos. Il ne hurla pas, mais il fit plusieurs roulades avant de disparaître dans les tréfonds des ténèbres. Maintenant qu’il s’en était allé rejoindre sa terre chérie, Meï avait le quartier libre pour créer un pont de glaces et me rejoindre tandis que les deux guerriers furent libérés des esprits qui les avaient assiégés. La Voyageuse et moi, près du corps de la petite fille, ne savions absolument pas quoi faire maintenant, mais Meï, sentant quelque chose ou prêtant l’oreille à son instinct, me repoussa légèrement. Elle posa sa main sur le buste du cadavre, et une lumière dorée apparut autour de sa paume. Etonnée par ce phénomène, elle se permit de continuer à pousser, et sa main rentra dans le corps de la fille du sorcier, en créant de plus en plus de lumière. Elle remonta le bras et sortit doucement une épée jaune magnifique comportant des tracés elfiques en son sein. Tous les quatre furent ébahis par la splendeur de l’arme, mais je conclus ce doux moment par :

« Maintenant, faut le planter dans la tête du monstre. C’est ce que disent les légendes.
_ Mais sa tête est extrêmement haute !
_ On n’a pas le choix. C’est ça ou Géo va continuer à se balader.
_ Et comment on le rattrape ?
_ On court très vite. »


Et maintenant, il fallait faire fi encore une fois de toute la fatigue et les blessures accumulées et continuer à sprinter. Mais quelle journée, mais quelle journée me disais-je, alors que je voyais cette espèce de monstre gigantesque, long d’un kilomètre et demi, marcher dans la forêt en provoquant sur son chemin des bruits gigantesques et des petits séismes d’où naissaient un fatras d’arbres. Il n’était vraiment pas loin le bestiau… Ou plutôt, sa queue n’était pas très loin, et il suffisait hop, de sortir du temple et de foncer dans les broussailles pour essayer de la retrouver. Celle-ci était balancée négligemment en-haut de la cime des arbres, pour ne pas les écraser, mais sinon, c’était atteignable avec une paire de portails. Il fallait juste s’approcher un peu plus.

S’approcher un monstre pareil, qui remodelait la jungle épaisse au moindre de ses pas, n’était pas chose facile. Parce que dans le terme « remodeler », il fallait comprendre destruction et création : on devait éviter les parterres qu’il créait à chacun de ses pas tout en évitant les arbres qui tombaient sous cette croissance inopinée. On esquivait les branches, les troncs, les endroits où la verdure était trop épaisse, une course au rythme effréné ponctué par les pas de la bestiole qui provoquaient de larges fissures dans la terre. A un moment même, alors qu’on courait à perdre haleine, c’était incroyable, un monstre essaya de nous attaquer dessus, une sorte d’immense félin à gueule trop grosse pour lui, et certainement deux pattes en plus, avec griffes brillantes en promotion. La bête heureusement, ne nous attrapa point, mais maintenant qu’on continuait à sprinter et qu’elle se trouvait derrière nous, et malgré les cinquante tonnes qu’elle devait peser, on allait devoir se la farcir. Mais le gros Agol, pour lequel j’éprouvais du respect, mais plus de pitié encore, mais quand un peu de respect, eut le courage de se retourner et de crier de sa grosse voix :

« FONCEZ ! JE PREPARE MON NOUVEAU PAGNE ! »

On le perdit rapidement de vue malgré un encouragement bestial de Zhuü, et hop, la queue, vu ses mouvements de pendule, allaient bientôt être assez proches de nous et… paire de portails. Je dis aux deux de me suivre et de préparer à s’agripper. Vigoureusement.

On passa de la terre à une queue gigantesque bien trop longue faite de bois et qui surplombait rapidement un panorama gigantesque e jungle luxuriante ravagée et recrée par son dieu tout aussi impressionnant par sa taille. On s’accrocha tous aux branches que constituaient la queue, mais une fois qu’on eut retrouvé l’équilibre et qu’on se fut habitué aux mouvements de balancer de l’animal, il n’y avait plus qu’à se remettre debout et foncer bon an mal an aux travers des troncs et des végétaux que formaient la peau du dieu pour rejoindre la tête. On fit tout particulièrement attention à ne pas se briser une cheville sans s’en rendre compte, avec tous les mouvements et les branchages et racines qui polluaient le sol. Il nous fallut plusieurs minutes entières et dangereuses pour arriver sur le dos de l’animal, pas très très plat, mais au vu de sa taille, on avait quand même de la marge pour avancer sans trop de souci.

MAIS ! Il y avait un mais. Le Terraformeur jaillit de nulle part, de sous nos pieds, et il fallait avouer que l’invocation l’avait légèrement transformé : il était à moitié fusionné avec du bois et des feuilles, et faisait trois mètres de haut. Ses yeux avaient disparu pour ne laisser que des trous noirs derrière lesquels on ne voyait rien, et oui, c’était horrible. Sa voix semblait jaillir d’un tunnel de bois et de rage :

« Je vous condamne à la mort ! » Il était encore moins poli qu’avant.

Je créai une troisième paire de portails et dis à Meï et Zhuü de s’y avancer, ça leur permettrait de traverser l’obstacle et de continuer vers la tête. Moi, j’allais m’occuper de ce fou furieux pour qu’il ne les ennuie pas pendant qu’il scellerait la tronche de Geo. Je sortis mon panneau de signalisation face à un Terraformeur démesurément monstrueux, et je me rendis compte que je ne savais pas s’il avait obtenu de nouvelles capacités suite à ce ravalement de façade déifique. Si ça se trouve, j’étais dans la merde complète à rester seul. Mais les deux m’auraient gêné, leur proximité magique obligatoire était d’un chiant pas possible pour gérer un combat pareil et c’était un adversaire qui saurait parfaitement profiter de ce défaut. Il valait mieux qu’ils fassent leur lune de miel / décapitation dans leur coin tandis que j’occupais l’intention du gros thon. Je me mis en position avec mon panneau et crânai :

« Tu as fait trois erreurs, mec. La première, c’étai…
_ GAAAAAAAAAAAAAAAAH !!!
_ Pourquoi parler ? »
De toute façon, ce que j’allais dire allait être cliché, et je n’avais réfléchi qu’à deux points.

Ce fut un de mes plus difficiles combats, car il fut inéquitable au possible et je n’avais absolument aucune chance de gagner dès le départ : il était devenu si solide que mes coups de panneaux le sonnaient sans plus, là où j’aurais pu lui craquer la nuque comme à une allumette avant, il était vif et nullement dérangé par l’aire du combat qui était chiant pour tous ceux qui avaient des pieds normaux, il avait des putains de griffes tranchantes eeeeet…il continuait à maîtriser parfaitement les pièces de puzzle. En gros, il avait gagné de nombreux avantages de combat et il avait perdu les défauts.

Si je réussissais à lui retourner quelques attaques, qui ne lui firent pas trop de dégâts, malheureusement, le reste, c’était niet, tout était à son avantage. Je fus rapidement obligé de me mettre sur la défensive, à attendre de lui coller un bon coup dans la gueule, mais aucune contre-attaque ne fonctionna assez pour me faire croire que le combat pourrait être remporté. Toutes ses attaques à lui étaient dangereuses, j’étais obligé d’esquiver, de parer, et de gâcher mes paires de portail lorsque j’allais recevoir avec certitude un coup fatal. Mes réserves magiques s’épuisèrent donc petit à petit, et quand je n’étais plus capable d’invoquer mon pouvoir, ce fut la misère : j’utilisai toute la force dans mes jambes pour fuir, et à un moment, il m’arracha le panneau, avec mon consentement : j’étais maintenant moins bloqué par son poids, je pourrais mieux esquiver… Mais je n’avais plus la force de frapper pour calmer ses ardeurs. Il me blessait au fur et à mesure, il me fatiguait petit à petit, et moi, je faisais en sorte de ne pas mourir. Ce qui ne manquerait pas d’arriver.

__

Le voyage avait été long jusqu’au cou, plus grand que la queue et plus étroit, mais au moins, ils étaient arrivés sur la tête cornée de Geo. Meï prépara son épée, conservant son équilibre, mais comme Zhuü, elle entendit une voix profonde résonner dans sa tête, en contemplant l’immensité de la jungle tout autour d’eux qui s’étendaient, verte, à tous les horizons.

« Loa te sera rendue. Ecoute-moi, Zhuü, chef des chefs, je me sais condamné, donc je t’offrirai ce présent si tu la tues. Crois en la parole d’un dieu. »

Meï aurait voulu dire à l’homme de ne pas croire ce tissu de connerie, mais elle-même y avait cru. Comment ce timbre de voix, persuasif jusqu’à la moelle de l’esprit, pouvait-elle raconter un mensonge ? Zhuü hésita pendant quelques secondes, mais Meï frappa avant qu’il ne se décide totalement en lui projetant un bris de glace en pleine poire… qu’il esquiva. Et il sortit sa dague en même temps.

Ce fut un étrange combat qui se déroula, car Meï ne voulait pas tester un corps-à-corps face à un tel homme, et lui était incapable de la surpasser lors de la distance : de plus, les dégâts qu’ils infligeraient à l’autre leur serait renvoyé en miroir, et personne ne savait véritablement comment se sortir de cette nasse. Ce fut pour ça qu’après plusieurs attaques infructueuses de chaque camp, qui ne cherchaient de toute façon pas à remplir leur but au vu des blessures mortelles que chaque partie pourrait en tirer, Zhuü abandonna ses dagues et tacla Meï sur la tête de la créature, contre une des immenses cornes en bois.

Ils essayèrent de se frapper, de reprendre le dessus en roulant l’un sur l’autre, Meï mordit, Zhuü frappa, et ils se couvrirent de blessures si vite qu’ils continuèrent de se battre sans tenir compte de la fatigue. Mais sans ses dagues, Zhuü restait trop défavorisé contre une Voyageuse physiquement presque aussi forte que lui, et qui en plus avait le soutien de ses pouvoirs. Elle lui gela la main, elle lui gela un pied, et comme cela ne lui faisait rien personnellement, elle ne se priva pas pour congeler avec de la glace plutôt que d’attaquer avec de la glace. Mais empêtré l’un dans l’autre à se filer des coups, la Voyageuse, fatiguée par tout le trajet, n’arrivait pas à se défaire totalement de lui, et vu que Zhuü avait juste à la retenir, il la coinçait comme il le pouvait sans forcément chercher à l’arrêter.

A bout, à moitié sous lui, Meï ne savait pas comment elle pourrait se défaire de lui. Zhuü essaya même, malgré le fait qu’il était aussi bloqué qu’elle, de retirer l’épée qu’elle avait dans le dos, attaché par des bandes de cuir, avec pour but manifeste de la jeter dans le vide, cinq cent mètres plus tard. Elle réussit, en se débarrassant de cette main, exténuée, à récupérer une des dagues que Zhuü avait jeté entre deux racines et celui-ci réagit :

« Tu ne pourras rien faire qui ne m’assommera pas ou ne me blessera suffisamment pour te dépêtrer de moi. Nos destins sont liés !
_ Ah ouais. Pourtant, je me souviens pas d’avoir eu des couilles. »


Il comprit trop tard ce qu’elle tentait de faire : en moins d’une seconde, elle souleva le pagne, puis trancha net. Elle fut prise d’une douleur horrible, mais au moins, elle ne saignait pas autant que son partenaire. Meï serra les dents pour laisser passer la souffrance, mais celle-ci ne s’en n’irait pas aussi simplement, tant que son compagnon hurlait autant de rage. Alors elle se leva en utilisant toutes les forces qui lui restèrent, récupéra son épée, jetait un coup d’œil pour voir comment se passait le combat entre le Terraformeur et Ed, mais ils étaient trop loin pour qu’elle distingue les détails. Elle chercha une injure à sortir à la bête, aux sauvages, à toute cette nuit, puis ne trouvant rien d’assez gros, se contenta de planter son épée de toutes ses forces dans la tête du monstre.

__

Une grande lumière jaune et argentée éclaira le ciel – il était temps, qu’est-ce qu’ils foutaient ? La mission était accomplie, ça, ou le Terraformeur qui hurlait sur le sol venait de se chopper une terrible gastro. Il n’y eut pas d’autres avertissements : une faille se créa soudainement sous les pieds de la créature, et celle-ci n’était non pas en chute libre, mais était tranquillement aspirée. Elle ne se débattit pas, elle semblait comme morte déjà, et la terre reprenait son dieu. Je laissais le Terraformeur sur le dos, il n’avait pas forcément l’air de vouloir partir. Puis il avait fusionné avec Geo, alors bonne chance à lui. Dès que le dos sur lequel on se trouvait fut au niveau du sol, je sautai sur terre, espérant que Meï avait fait pareil. Une fois que le dieu fut englouti sous la terre, cette dernière se referma tranquillement, comme si c’était normal de s’ouvrir, et viiooouuummm… Terminé.
Bon bah.

__

Le grand sorcier nous vit revenir : Meï portait sa fille, qui était maintenant endormie, et moi, sur le dos, j’avais le droit à Zhuü (merci du cadeau), et il était très lourd. Les muscles et l’égo, ça pesait. Il nous attendait à l’endroit où on l’avait laissé, tranquillement, pépère, et j’espérai qu’il savait déjà tout ce qu’on avait traversé pour sauver sa fille parce que je n’avais pas envie du tout, mais du tout, de faire le résumé. Il se mit debout quand on fut proches, et je délivrai mon paquet sur le sol comme un malpropre : Zhuü était inconscient, par mes soins, et s’il faisait mine de se réveiller, je lui en collai une, et de plus, son pagne servait maintenant de pansements pour empêcher qu’il ne saigne du pubis. Meï s’était vengée de la plus pertinente des façons. La Voyageuse, trop fatiguée pour chercher querelle, lui demanda juste impoliment de briser le lien qu’elle avait avec l’autre. Une ou deux insultes seulement, c’était bien. Une fois qu’il eut récupéré sa fille dans ses bras, je ne pus m’empêcher d’envoyer :

« Vous imaginez qu’on en a chié ?
_ J’ai entendu Geo, alors oui. »
Il paraissait un peu coupable, mais de loin, vraiment de loin, pas assez à mes yeux.
« Y a beaucoup de choses que vous auriez pu nous dire.
_ Vous y seriez allés si je vous avais prévenus de tous les dangers ?
_ Oui, abruti. »
Puis je tournais les talons, et Meï m’emboîta le pas.
« Attendez, Voyageurs ! » On se retourna. « Merci pour tout ce que vous avez fait, ma fille représente énormément pour moi. Vous avez toute ma gratitude. » Il paraissait sincère.
« Des Voyageurs étaient effectivement pertinents pour la récupérer, vu qu’on pouvait servir de sacrifice à sa place. Alors, merci pour rien. »

Je me réveillai une minute plus tard, et je laissais cette nuit loin derrière moi dans mes souvenirs. Je détestais être vulnérable, je détestais être prisonnier, et je détestais me coltiner des dieux au cul, ça avait un goût piquant. Jamais je ne retrouverais Meï par la suite, ce que je trouvais dommage. Mais surtout, jamais je ne remis les pieds dans les Villages Puzzle. Y avait trop de vieux trucs pas aimables qui ressurgissaient quand on allait dans les royaumes anciens.
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Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces...

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