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Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces...

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MessageSujet: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Sam 30 Avr 2011 - 7:28

Morrigan s’éveilla pour, sa deuxième nuit à Dreamland, dans un endroit bien étrange. De loin, ça ressemblait conformément à un village comme il y en a tant. Mais de près, Morrigan se rendit compte qu’il y avait comme des bouts d’esquisses emboîtés les uns dans les autres comme un montage d’images découpées et assemblées ou pire encore comme un puzzle. Elle secoua la tête pensant que c’était peut être ces yeux qui lui jouaient un mauvais tour comme ils avaient l’habitude de faire. Mais rien à faire. Une fois le défaut découvert, il est impossible de regarder autre chose. Morrigan chercha tant bien que mal de s’en détacher mais en vain, ces morceaux de puzzles envahissaient le paysage, l’empêchant par la même de contempler celui-ci. Après une dizaine de minutes de blocage visuel, elle essaya néanmoins d’avancer en faisant abstraction de ces détails qui brouillaient ces pensées. Et comme si sa prière avait été entendue par je ne sais quel Dieu dans Dreamland, elle finit par faire une entité de ces broutilles encombrantes et finalement si superflues.

Désormais, elle pouvait admirer un paysage nouveau, celui qu’elle croyait voir de loin, un village. Ce village semblait être ancien, un peu comme dans les anciennes tribus aztèques ou mayas en un peu plus développé. Mais malgré ce décor improbable, il y avait de nombreuses personnes, surement des rêveurs égarés ou des archéologues passionnés. Qui sait ce que la nuit emmène dans les songes des gens inoffensifs, ces personnes qui ne font que passer, qui croient à la réalisation de leurs rêves les plus fou et qui pourtant au réveil ne se rappellent pratiquement de la nuit qu’ils auront passé… A moins que le rêve ne se transforme en cauchemar. Là, ils se rappelleront de la peur qu’ils ont ressentie. Or Morrigan avait compris que son rôle à Dreamland était de mettre de l’ordre à sa manière bien entendu. Et pour cela, il fallait qu’elle soit convaincante et donc inoubliable. Tout concordait. Elle pensa à cet inconnu qu’elle avait rencontré avec lequel elle s’était très amusé. Elle eu le regret de ne pas connaître son nom. Mais qu’importe, si le destin avait décidé de les faire se rencontrer une fois, il pourrait bien recommencer.

Et cette fois, elle n’oublierait pas de lui demander son identité. Mais bon, en attendant ce jour, elle voulue avancer là où ses pieds l’a mèneraient. D’ailleurs, ceux –ci l’a menèrent près du village décrit précédemment. Il y avait une foule très mixte allant du paysan aztèque au touriste suédois perdu en forêt. C’était assez drôle et assez curieux. Mais cela n’entrava pas la mission que Morrigan s’était fixée. Celle de faire du rêve de ces pauvres crétins, un cauchemar mémorable jusqu’à les réveiller en sursaut tout en sanglotant dans leur petit lit. Malheureusement, à cause de ce choix immense, elle ne savait pas par qui commencer. Si seulement son inconnu était là, ils auraient inventé un petit jeu ludique pour tous et divertissant pour eux-mêmes. La solitude, bien que recherchée par Morrigan était devenue ennuyante depuis qu’elle avait trouvé un nouveau compagnon de jeu. Ainsi, elle se balada dans ce village en réfléchissant à un nouveau passe-temps pour égayer sa nuit. Mais quel nouveau défi pouvait elle se lancer dans un village qui lui rappelait tant sa passion de l’archéologie des temps anciens. Tuer les gens ne l’effrayait pas c’était seulement une peur concernant l’environnement, la peur de détruire un si beau paysage, de si beaux monuments. Elle avança donc en appréciant la beauté du cadre environnemental.

Puis, sans s’en rendre compte, elle arriva près d’un nouvel édifice toujours dans le style ancien. Mais celui-ci paraissait différent. Il semblait plus important car il était plus imposant mais beaucoup plus complexe dans l’architecture. Des formes géométriques ainsi que des arabesques étaient dessinées dans la pierre. C’était un travail de professionnel à coup sur. Il y avait même une forme spéciale comme une sorte de totem qui se dressait sur l’édifice. Ça avait la forme d’une femme puissante comme une déesse ou juste comme une beauté divine, celle d’une reine passée.

Quand, tout à coup, surgit une ombre qui couvrit celle de Morrigan. Elle avait l’air inoffensive vue sur le bâtiment. Mais ce n’était qu’une ombre. On ne peut se fier à l’ombre d’une personne, car celle-ci n’indique rien de concret sinon de subjectif. Alors Morrigan par instinct sourit et pencha la tête sur le côté. Il y eut pendant un instant un long silence. C’est alors que Morrigan se retourna, l’air de rien pour découvrir le vrai visage de l’ombre qui l’a camoufla. Etrangement, elle avait ressenti l’odeur masculine qui émanait de l’ombre en question. Et quand elle le vit, elle ne fut ni choquée, ni étonnée qu’un nouvel inconnu de type « mâle » s’était avancé jusqu’à elle. Mais elle pensa seulement que décidément sa tenue à priori élégante, était peut être aussi provocante et c’était peut être celle-ci qui attira ces hommes vers elle. Mais cette fois c’était un jeune homme blond, des cheveux non dresser mais avec une mèche, LA mèche qui rappelle le surfeur de la fête du samedi soir un peu trop arrosée. Néanmoins, il portait des lunettes teintées bleues et avait une petite boucle d’oreille à son oreille droite. Il se tenait d’une manière classe, une cigarette au bec. Le parfait beau goss américain. Il aurait pu être une doublure d’un film de kéké ou de bad boys qu’il aurait déclenché le même effet pour ses jeunes fans de quatorze ans qui auraient des posters par milliers coller dans leur chambre. Quoi qu’il en soit, il ne paraissait vraiment pas quelqu’un de mauvais. Il avait plutôt l’air du flic en mission secrète qui cherche à toujours faire le bien autour de lui.

Autant dire qu’il n’intéressait pas du tout Morrigan. Même si elle ne le sous estima pas car cette classe cachait peut être une puissance fulgurante. Une puissance qu’elle pourrait peut être elle-même acquérir un jour grâce à cet individu. Elle ne vit pas bien le fond de sa pensé mais elle ne put s’empêcher de croire qu’il attendait quelque chose d’elle puisqu’il avait les yeux ou du moins les lunettes figées sur son visage. Elle ne voulu pas parler la première, car tout d’abord c’était lui qui l’avait approché et qu’en plus il restait là, planté comme un piquet. C’était à la fois gênant de contempler un tel silence et impertinent de sa part de ne rien dire. C’était comme s’il était figé par quelque chose. Peut être croyait il que Morrigan était une personne qu’il connaissait ou au contraire peut être voulait il juste tirer son coup avec celle-ci. En ce cas, Morrigan aussi douce et instable qu’elle est, l’aurait provoqué dans un combat, un duel qui l’aurait très certainement défoulé. Mais après ce délais insupportable de mutisme, Morrigan décida d’en finir une bonne fois pour toute afin que ce jeune homme grand, blond et muet s’en aille avant de déclencher sa colère.

Quand aussitôt, un homme de taille moyenne apparu au dessus de la bâtisse que Morrigan contemplait cinq minutes plus tôt. Le jeune homme blond dégagea son regard de la jeune fille pour examiner l’individu qui venait d’apparaître sur la bâtisse en ruine. Morrigan pu le percevoir à travers les lunettes du jeune homme blond. Elle se tourna aussitôt pour examiner à son tour l’inconnu supplémentaire. Celui-ci collait bien avec le paysage contrairement au blondinet. Il portait une coiffe pleine de plumes jaunes et un vêtement qui semblait traditionnel comme chez les Incas ou chez les autres civilisations d’époques. L’homme prit alors la parole en se dressant face aux deux jeunes étrangers, il dit :

« Etrangers qui êtes voyageurs, votre aventure commence ici. En effet, le destin a voulu vous unir pour un combat commun : celui de vous séparer. Car en profanant cet endroit sacré que protège le village d’Ichira depuis l’aube des temps anciens, vous avez déclenché et vous subirez l’affreuse malédiction du lien sacré qui empêche les voyageurs qui entre dans cette enceinte de se séparer. Et n’essayer pas de déjouer les Dieux avec quelques stratagèmes miteux, car si vous vous éloignez trop l’un de l’autre vous sentirez votre oxygène diminuer jusqu’à ce que vous n’ayez plus d’air et donc jusqu’à la mort. Et n’attendez pas que la nuit finisse car même si celle-ci se termine croyez bien que cette malédiction, elle, ne fait que commencer, en vous poursuivant et en vous obligeant à rester l’un avec l’autre. La malédiction n’a pas de limite de temps vous ne pourrez y échappez ! Mouahahahaha ! »

Les deux inconnus se regardèrent d’un air ennuyé de la petite histoire que l’homme préhistorique racontait. Toutefois ils craignirent que cette fable soit une réalité. Mais tout de suite après son rire démoniaque l’homme repris :

« Cependant voyageurs il y a une chose et une seule qui pourrait vous libérer de cette fatalité… »

Morrigan agacée continua là où l’homme s’était arrêté :

« Laissez moi deviner, il faut qu’on se batte jusqu’à ce que l’un d’entre nous meure comme ça l’autre, c'est-à-dire le vainqueur, pourra repartir librement et ne jamais revenir dans ce taudis ! »

L’homme étonné de cette réponse écarquilla les yeux et répliqua :

« Prends garde jeune voyageuse car cet endroit que tu nommes ‘taudis’ peut devenir ta tombe. Mais ce n’était pas la bonne réponse. Le seul et réel moyen de vous sortir de cette malédiction et de vous faire pardonner par le druide de la tribu, en l’occurrence par moi. Seulement mon pardon je vous le donnerais une fois que vous aurez récupéré ma fille qui a été kidnappé par la tribu voisine. Et après me l’avoir ramené et seulement après je vous promets et je vous le jure devant les Dieux je vous accorderais mon pardon et ainsi vous retrouverez votre liberté. Qu’en dites vous voyageurs, acceptez vous mon accord ou préférez vous passer le restant de votre vie collé à ce nouveau partenaire ? »

Morrigan réfléchit tout en regardant le jeune homme derrière lui. Celui-ci ne semblait pas paniqué. Pire on aurait pu penser que la malédiction l’arrangeait. Morrigan repris subitement la parole :

« Très franchement je me vois très mal passer mes soixante dernières années avec un total inconnu qui de plus est blond et gentil. Si j’ai bien compris on va récupérer la gamine, on la ramène et hasta la vista la malédiction ? »

L’homme hocha la tête. Morrigan se tourna vers son nouveau partenaire et dit :

« Bon t’attends quoi ? J’ai pas que ça à faire, et puis c’est ça ou passer ta vie à mes côtés, et je peux t’assurer que si tu refuses je te traîne par la peau des fesses et si ça suffit pas alors je te le ferait regretter toutes les nuits qui suivront. »
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Sam 30 Avr 2011 - 20:06
Les seules pensées qui me traversèrent l'esprit quand mes cours furent terminés, ce fut petit a, que les cours étaient terminés, petit b, que j'allais pouvoir savourer mon temps libre pour réviser les examens qui approchaient, petit c, que j'allais encore en baver sur Dreamland. Je pris le tram pour aller jusqu'à mon studio, tout en essayant de me souvenir du portrait qu'on m'avait montré la nuit dernière. Me mémoriser son image. Je montai deux par deux les marches des escaliers de mon immeuble, essayant de faire le moins de bruit possible à cause des petits vieux qui siestaient à-côté. Je tournai la clef dans ma porte, et l'ouvris doucement, conscient que mon appartement ne serait pas ce soir, le lieu de loisirs (ou au moins, de farniente), qu'il était d'habitude. D'abord, parce que si je voulais subvenir aux charges de mon loyer mensuel, je devais pondre un article rapidement pour le journal local, dont le rédacteur en chef (un homme très compréhensif) m'envoyait chaque semaine de nouveaux sujets que je devais traiter en pleine période de révisions d'examens. Qui pour moi, était totalement confondue avec la période d'examens en elle-même. Mais pour cette année, menacé de cette tenaille de labeur, j'étais obligé de me lancer dans le grand bain alors que l'eau n'avait pas commencé à chauffer. Je me déchaussai rapidement tandis que mon chat me fit sa parade de l'estomac vide. Sans lui prêter plus d'attention que ça, même malgré son câlin traître qui faillit me faire écraser sur mon parquet. Je déposai mon ordinateur sur mon bureau surchargé de piles de feuilles de papiers, et je l'allumai rapidement. En attendant que l'appareil afficha mon bureau, je plongeai mes yeux vers l'unique fenêtre de mon studio. Que pourrais-je dire sur l'augmentation du prix des huîtres ?

En écartant mes travaux de pigiste et mes devoirs d'étudiants, il me restait un troisième problème. Que je ne pourrais que résoudre à Dreamland. Voyons voir, j'allais récapituler les événements. J'officiai tranquillement au Royaume des Deux Déesses quand j'entendis une bien triste histoire. Deux Voyageurs du malin avaient attaqué le parc d'attractions de Dreamland, décimant sa population ainsi que l'attraction phare. Même si j'avais trouvé que l'idée d'un royaume de parcs d'attractions, certes attirant dans le monde réel, ne semblait pas être la meilleure gageure en matière d'amusement ici, il fallait avouer que cette histoire m'était resté dans l'esprit. Il y avait toujours des dérangés qui voulaient utiliser leur pouvoir à des fins aussi stupides et inutiles que prendre des vies et voler des barbe-à-papas. J'avais demandé au témoin s'il y avait un portrait robot des malfrats. Il m'en tendit un, en rajoutant qu'on pouvait les trouver dans le Royaume là-bas, qui aurait quelques questions à leur poser. Le type masculin me disait quelque chose ; j'avais entendu parler de lui dans les journaux. Je n'en savais pas beaucoup, mais il me suffisait de savoir qu'il faisait partie de la mauvaise catégorie des Voyageurs, directement dans ma ligne de mire. Mais comme il était puissant et sévissait avec un puissant Royaume derrière lui, j'avais préféré oublier l'affaire pour m'en tenir qu'à la défense du Royaume. Par contre, la fille ne me dit rien du tout. Je ne savais rien d'elle ; ni sa force, ni ses capacités, ni son caractère, ni son camp. Intrigué, j'avais décidé que j'allais m'occuper de cette affaire sous peu. Et comme il s'était trouvé que je n'avais rien à faire le lendemain soir, j'avais décidé de partir à la rencontre de cette fille. Il fut difficile et un poil absorbant de me souvenir pendant une journée entière d'un dessin fait à l'arrache, alors que les cours se faisaient complexes. Mais il fallait bien se donner du mal pour arriver à ses fins, surtout quand on réalisait des travaux d'intérêt publics.

Le soir fut comme tous les soirs, les autres soirs étant aussi comme tous les autres soirs. Je mis de l'eau chaude dans la casserole que je fis bouillir, je donnais à bouffer à mon chat en attendant, je mangeai rapidement, et surtout pas équilibré, avant de revenir vers mon ordinateur pour finaliser mon article. Je l'envoyais finalement par mail, en donnant quelques conseils pour une mise en page qui irait. Mon patron détestait quand je faisais ça, mais il suivait les consignes une fois sur trois néanmoins. Je me remis à penser à la fille à la peau basanée. Elle devait venir du Sud de la France, ou bien d'encore plus bas, comme l'Espagne. J'attendis au moins deux heures du matin avant de me coucher, afin de la retrouver facilement. Si par malheur, je m'endormais avant elle, je pouvais lui dire adieu pour cette nuit. De même, si le portrait n'était pas fidèle, ou si ma piètre imagination l'avait involontairement déformé, j'étais bon pour me les brouter au Royaume des Deux Déesses en essayant de paraître occupé. Je pensai fortement au portrait pendant une demi-heure. Décidément, je sacrifiais ma bonne santé pour le bien de tous. Espérons que dans mes rêves, je ne sacrifierais pas autre chose.

La règle des trois E, que je maîtrisais maintenant sur le bout des doigts :
_ Endroit : Je n'y étais jamais allé personnellement, mais Jacob m'en avait déjà parlé. C'était le village Puzzle, un endroit où le monde semblait sortir d'une boîte de jouets machiavélique. Les maisons ainsi que le sol s'amusaient à s'assembler et à se désassembler dans une pure tradition anarchiste Bon, j'étais arrivé quelque part. Avec un peu de chance, j'allais pouvoir trouver ma semeuse de trouble dans les parages. Avec un peu de malchance, j'allais soit rencontrer quelqu'un qui ressemblait au portrait sans représenter cette personne, soit Dreamland n'avait pas tenu compte de mes efforts cérébraux et avait décidé de m'envoyer au Royaume de Perpète-les-Oies pour se foutre une nouvelle fois de ma gueule. Un pan de mon esprit remarqua que les deux Royaumes était dans la même zone, et qu'il y avait des chances pour que la dame soit dans le voisinage de son forfait. Il ne restait plus qu'à savoir quand est-ce que son forfait avait été commis.
_ Égos : Il n'y avait pas grand monde, sinon des indigènes qui ne ressemblaient pas beaucoup à ma proie. Je tournai la tête, mais elle ne semblait pas être là. Bah, je devrais un peu me bouger pour la retrouver. En partant du principe que Dame Fortune avait bien voulu me tendre le main cette fois-ci. La population autochtone ne différait en rien des autres peuples au niveau du délire décalé de leur style. J'avais le droit à un joli palmarès de rasta et de tronches d'ivrognes, ainsi que des habits typiques Dreamlandiens.
_ Effets : Pour mes vêtements de cette nuit, nous aurons : des chaussures de chantier noires qui m'accompagnait partout, alliant praticité à des couches de métal à la norme ; un jean bleu serré foncé grimé ; un pull disparaissant sous une veste foncé, au col large ; mes superbes lunettes de soleil habituelles, au teint bleu pâle ; des boucles d'oreille ; puis pour terminer, mon superbe panneau de signalisation, arme de destruction massive personnelle, qui annonçait aujourd'hui un virement sur le côté gauche à cause d'une voie qui disparaissait. Le panneau de signalisation avait toujours réussi à placer une image collant avec la situation. Qu'il me sortit ça me fit un peu flipper. Je n'y comprenais rien, et ça serait avec un rire ironique que je commenterai ma compréhension de la blague.

Clope au bec, je me mis à déambuler rapidement dans les rues, espérant trouver ma chère tête brune. Mais je ne trouvais rien. Je passai un quart d'heure à chercher ma criminelle parmi la populace. J'en allai même à demander à un citoyen s'il n'avait pas vu la personne que je recherchais. Il me répondit par l'affirmative. Je lui demandai s'il savait où elle était, il me haussa les épaules et continua à tirer sa pipe. Je refis ce manège trois fois, avant qu'une réponse intéressante (un bras tendu vers une direction) ne vienne ragaillardir ma bonne humeur. Aussi dingue que ça puisse être, je pouvais facilement combattre à des Voyageuses. J'estimais que si elles pouvaient m'attaquer, je pouvais à mon tour leur montrer de quel bois je me chauffais. Mon stupide esprit guerrier ne distinguait pas les sexes, mais les autres esprits guerriers. Pour une femme combattante, ça serait une honte qu'un gentleman refusa le combat. Puis, égalité homme-femme merde ! J'avais combattu Hélène au tournoi, et réussis à rompre (partiellement) la terrible Héléna. Avisant un bâtiment bien plus imposant que les autres, je décidai de m'y rendre, espérant que la dame ait eu la bonne idée de se laisser guider par des architectures complexes. Au premier abord, je crus à une église. Au second abord, toutes mes pensées convergèrent vers un seul point : l'humaine (oreilles arrondies) à la peau foncée et aux cheveux couleur charbon. Elle me tournait le dos. J'en profitais pour l'approcher discrètement. Je me demandais ce que j'allais lui dire. Je ne pouvais tout simplement pas l'arrêter en faisant confiance à la capacité de Dreamland à m'amener près d'une personne ressemblant à un portrait robot quelconque. Dès que je fus suffisamment proche pour qu'il fut difficile pour elle de ne pas me remarquer (voire même difficile pour elle de faire semblant de ne pas me remarquer), elle se retourna, et je pus vraiment voir à quoi ressemblait la criminelle du parc d'attraction. Taille de guêpe, belle personne qui le savait et qui se mettait en valeurs pour mieux tromper son monde. Je connaissais ça. Elle portait assez peu de tissus pour que je puisse la ranger dans la catégorie : provocation générale, au monde entier et plus particulièrement, aux mâles. Son décolleté semblait dire : « Touche-moi. Mais tu te prendras une baffe. » Y avait comme une aura qui me signalait effectivement qu'elle avait de la force à revendre. Je grimaçai. Elle sentait la confiance en soi, ce qui n'aidait jamais les adversaires qui chercheraient à la perturber. Bon , je disais quoi ? La réplique habituelle pour faire fuir la cible ? 'Mademoiselle, nous aurions quelques questions à vous poser'. Ahah, c'était totalement stupide ! Il n'y avait pas pire réplique à sortir dans cette situation.


« Mademoiselle, nous aurions quelques questions à vous poser. »

Super, approche parfaite. Comme ça, tu étais sûr qu'elle allait être sur ses gardes au mieux, t'attaquer directement au pire. J'attendis sa réplique quand un drôle de bonhomme apparut sur le toit. Il expliqua sereinement la situation. Comme quoi elle et moi serons obligés de nous entraider et rester l'un à-côté de l'autre jusqu'à la nuit des temps, sauf si par hasard, nous arriverions à délivrer sa fille kidnappée par une tribu adverse. C'était ce que mon cerveau avait retenu. Ce fut arrivé si rapidement que j'avais eu du mal à le croire. QUOI ??? Depuis quand on jetait des malédictions aux gens comme ça ? Une irrépressible envie de lui foutre un coup de panneau dans la gueule envahit mes doigts, mais mon moral réussit à contenir le choc. Je ne savais pas si cette malédiction était vraie ou pas. Mais de toutes façons, l'esprit avisé devait s'en foutre totalement. Ce que j'avais retenu, c'était qu'une petite fille était en danger. Je fis craquer mes doigts pour éviter l'énervement, et attendis que la fille ai fini de parler avec l'espèce de druide. J'essayais de réfléchir à la situation, mais mon cerveau était encore accaparé à l'assimiler totalement. Dès que la demoiselle me demanda de ramener mes fesses pour cette nouvelle quête débordante d'émotions tendres, je restai sur place pour lancer un regard plein de sous-entendus au vieil homme. Je finis par virer le mégot de mes lèvres afin de prononcer distinctement, même pour la fille :

« Savez, M'sieur ? Vous étiez vraiment pas obligés de nous lancer une malédiction pour qu'on aille sauver votre fille. Une demande aurait été largement suffisante. Préparez un nouveau couvert pour votre prochain repas, on vous la ramène tout de suite. »

Et oui, il fallait bien continuer dans le stéréotype. En même temps, ça tombait à pic. Je pourrais essayer de décrypter la demoiselle pour savoir si oui ou non, c'était une tueuse machiavélique ou juste une Voyageuse qui se trouvait au mauvais endroit au très mauvais moment. En tout cas, j'avais déjà remarqué son ton agressif. Un indice qui pesait sur elle. Je fermai la marche derrière elle, espérant qu'aucun problème ne surviendrait. Rester avec elle le temps d'en savoir plus, c'était bien. Me la coltiner pendant quelques années, non merci. Et ce n'était pas mon genre de la tuer rien que pour avoir la paix. En tout cas, si Héléna la voyait à mes basques, la pauvre fille allait se faire trancher en rondelles de saucissons. Pour préparer mon approche visant à débusquer sa nature, je lançai à la cantonade :

" Ah, tu parles d'une malédiction de merde. Au moins, on doit juste sauver quelqu'un..."

Histoire de voir sa réaction. De tremper ma main pour connaître la température.
Puis, je compris enfin ce que voulait signifier mon panneau, avec les véhicules qui étaient obligés de se serrer sur la même voie.
Ah Ah Ah Ah Ah. Ah Ah.
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Sam 7 Mai 2011 - 17:50
« Ah, tu parles d’une malédiction de merde ! Au moins, on doit juste sauver quelqu’un… »

Dit l’homme blond. En même temps que pouvait-on penser d’autres ? Il avait raison à propos de cette malédiction, elle était vraiment agaçante d’ailleurs elle avait l’air de l’être plus pour elle que pour lui. Mais pour Morrigan il s’agissait bien plus que d’une mission récupération comme celle des émissions américaines qu’on voyait à la télé. Il s’agissait en fait, d’un petit règlement de compte à l’ancienne. Oui bien sûr, il fallait absolument sauver la fille, ça allait de soi, mais que serait une mission sans une belle baston ? Comment ça les jeunes filles ne doivent pas parler de la sorte ? De nos jours qui s’en soucis ? Une minorité de littéraire que personne n’écoute. Enfin bref, Morrigan regarda son nouveau partenaire de choc de haut en bas. Elle désespéra un peu en se disant que sa dégaine faisait un peu trop penser à un détective fol dingue sortit d’une série ou d’un manga. Le genre de héros qu’on voit à trois kilomètres à la ronde. D’ailleurs son apparence l’a fit douter sur ses réelles intentions. Que pouvait- il bien vouloir de Morrigan. Pourquoi s’était il approché d’elle ? Tant de questions similaires trottaient dans la tête de Morrigan. Puis avec un élan de bonté et pour rassuré son partenaire, elle se décida à répondre. Après un court silence de réflexion, elle rétorqua avec une grande motivation et un merveilleux sourire d’ange qui illumina son visage :

« Bien entendu! Il faut qu’on l’a sorte des pattes de ces bandits à n’importe quel prix… N’importe lequel… Elle doit être morte de peur, seule et confuse, enfermée dans une cage ou pire... On doit lui porter secours !»

L’homme s’arrêta deux seconde, abaissa ses lunettes en penchant un peu la tête et fixa morrigan d’un air étrange. Il se remit en marche et fit une tête d’homme d’étonné. Attendait- il de morrigan une réaction violente ? Et quand bien même il l’attendait, elle ne l’aurait pas satisfait. Morrigan se méfiait de cet homme, elle ne le sentait pas. Il avait une très forte aura magique et ça ne lui disait vraiment rien qui vaille. Elle le prit donc dans le sens du poil comme on dit. Elle repensa à son bel inconnu brun avec lequel elle avait une complicité de fer et avec lequel il y avait un fluide énergétique comme si une nouvelle amitié se formait. Ne sachant toujours pas son nom, elle ne pu le considérer comme un ami. Mais son souvenir l’a fit lever les yeux au ciel qui dans ce charmant endroit était bleu clair. Pas un nuage pour gâcher le paysage. Ça ne présageait rien de bon. Surtout à Dreamland. Il fallait se méfier des moindres détails, un brin d’herbe, tout pouvait venir à la vie et vous attaquez. Comme si ça ne suffisait pas de se coltiner quelqu’un qu’on ne connait absolument pas et qui n’a aucune affinité avec vous.

Enfin bref, elle scruta le paysage pour ne pas retomber dans un nouveau piège invisible ou un piège tout court d’ailleurs. Quand, tout à coup, Morrigan remarqua une chose très étrange. Plus ils se dirigeaient vers la forêt qui était à côté du village et plus le paysage changeait non pas comme quand on marche et que paf on tombe nez à nez sur une forêt. Non. Là ça recommençait. Les pixels en forme de puzzle que Morrigan avait aperçu en arrivant. C’était vraiment étrange. C’était comme s’ils étaient en train d’approcher d’une porte spatio-temporelle. Morrigan se retourna violemment pour regarder le village. Mais impossible. Celui-ci avait disparu. Il en restait des petites pièces de puzzle qui se retournaient dès lors pour compléter le nouveau décor. Celui de la forêt où ils venaient d’atterrir. Elle s’arrêta pour fixer les morceaux de puzzle du village disparu afin de les retrouver. Mais il était trop tard le paysage enfin compléter commença par émettre du son. Puis l’odorat se fit sentir chez nos deux partenaires. C’était comme s’ils étaient arrivés dans un nouveau monde qui était mit lui-même en pause jusqu’à qu’ils y arrivent. Dès lors, ils entendirent comme un fond sonore d’une forêt tropicale. Avec les bruits d’oiseaux et les petites bêtes qu’une personne normale c'est-à-dire quelqu’un qui ne les étudie pas ne saurait reconnaître. On pouvait vaguement reconnaître un crapaud d’une sauterelle sauvage. Confus, nos deux aventuriers qui faisaient toujours tâche dans le paysage à cause de leurs vêtements se remirent en marche. Morrigan regarda le jeune homme et lui chuchota à voix basse :

« Cet endroit ne me dit vraiment rien qui vaille. Restes sur tes gardes et fais le moins de bruit possible. Parles moi seulement si c’est indispensable. Genre attention derrière toi un ours sauvage ! »

Le jeune homme fit un signe de la main pour dire qu’il venait de comprendre. Morrigan tourna la tête vers l’avant pour continuer. Quand soudain le jeune homme lui tapota l’épaule violemment comme pour prévenir d’un danger. Elle retourna sa tête vers lui d’un brusque coup de tête. Et remua celle-ci en faisant de gros yeux d’incompréhension afin de comprendre ce qu’il voulait. Il fit des signes et tira des merveilleuses grimaces. Ce qui plongea Morrigan dans une plus grande incompréhension. Tout à coup, il rétorqua à voix basse en s’approchant de morrigan doucement :

« Si je te dis ‘genre attention y’a un ours sauvage derrière toi’ là maintenant tout de suite et il n’a pas l’air super sympa mais je crois reconnaître ce spécimen, il fait partie des espèces protégées donc on va fuir lentement sur le côté, là-bas j’ai remarqué un petit passage… »

Il tourna la tête vers le fameux passage afin que morrigan puisse le voir à son tour. Seulement, il voulu continuer ses consignes en regardant morrigan pour s’assurer qu’elle comprenne mais celle-ci était déjà partie prête pour l’affrontement. Le jeune homme fit de gros yeux, se leva et alla la rejoindre à grande vitesse et lui attrapa le bras ce qui l’a fit tourné face à lui et reprit :

« C’est pas en massacrant ce pauvre animal sans défense qu’on pourra retrouver la fille et enfin pouvoir se séparer ! »

Morrigan le regarda droit dans les yeux et sentit la force de ce jeune homme à travers la main qu’il avait posé sur son épaule. Elle baissa la tête et regarda le sol et ses mains qui commençaient à créer de la masse glacé. Elle releva sa tête en essayant de se calmer et répliqua :

« C’est bon je me calme. Sache juste que je ne suis pas une grande fan des animaux sauvages quand ils ne sont pas derrière une barrière de sécurité. Ce n’est pas de la peur si c’est ce que tu crois, c’est de la prévention. Ils n’obéissent qu’à leurs instincts. Je ne veux pas finir dans son ventre c’est tout. Au faite, et s’il fonce sur nous je le laisse faire ou j’ai quand même le droit de riposter ? »

Le jeune homme tira une drôle de tête comme pour expliciter l’évidence des paroles stupides que la jeune fille prononça. Mais il voulut quand même tenter de lui répondre. Trop tard. La bête était déjà en train de foncer sur eux. Il n’eut pas le temps de dire ouf que Morrigan prête à l’attaque se jeta sur son partenaire pour le faire tomber à terre ainsi que de lui éviter de graves blessures et une mort certaine. L’animal qui avait foncé tête baissée s’était retrouvé face à un magnifique arbre. Je crois que c’était un Sanderbans venu d’Inde, un très beau spécimen, très gros et très enraciné. Il doit d’ailleurs être très difficile à couper. Enfin bref, l’animal heurté à l’arbre grogna et renifla afin de retrouver la trace des deux individus. Il se retourna et les vis. Ses yeux se remplirent de rouge. Un rouge sang, celui de la férocité. Morrigan qui était encore plaquée contre le torse son partenaire ne fit aucun mouvement apparent et attendit le bon moment. Elle sentait en elle une nouvelle acquisition. Faible mais praticable. Elle sentit ses mains se refroidir à grande vitesse. Elle n’était pas effrayée mais elle se concentra afin que son pouvoir dispose de plus de puissance lorsqu’elle lancerait l’assaut. Le jeune homme voulut dire et surement faire quelque chose mais morrigan lui dit un simple ‘’chhhut’’ qui venait du cœur et qui calma directement le jeune homme. Il ne bougea pas et regarda attentivement la réaction de la jeune fille. Il resta calme comme s’il était allongé sur une plage au sable blanc à siroter un cocktail regardant une bagarre de crabes. En attendant, morrigan gela de plus en plus ses mains ainsi que ses avant bras mais aussi ses pieds. La bête attendait le mouvement car il faisait sombre dans cette forêt et bien qu’il en fût résidant sa vision nocturne n’était pas totalement adaptée à l’instant présent. Ce qui donna un avantage colossal à nos deux aventuriers.

Morrigan sentit que l’ours sauvage était en train de repérer leur position, elle lança donc un pic sur un arbre proche de celui où l’ours s’était emplâtré. L’ours, l’instinct furtif sentit le mouvement et se retourna vers l’objet qui s’était planté. Il alla vers l’arbre en courant, persuadé qu’il trouverait enfin de la nourriture fraîche, les champignons devenaient lassant à la longue. Difficile de manger végétarien tous les jours lorsqu’on est carnivore. Pauvre bête. Elle est tombée sur les mauvaises victimes. Morrigan courut le plus vite possible en direction de l’animal et donna un high kick glacé puissant dans la tête de celui-ci. Ce coup était assez puissant pour l’assommer et non pas pour le tuer. Il faut se rappeler que c’est un ours sauvage, il est quand même costaud même s’il est stupide. L’animal n’eut pas le temps de se retourner qu’il reçu le coup de plein fouet. Il tomba comme une crêpe qu’on retourne sur une poêle. Morrigan se mit face à la petite boite crânienne de la bête, tendit et après posa sa main droite dessus et gela d’une très fine couche le museau de celui-ci afin qu’il ne les retrouve pas d’aussitôt. Le jeune homme qui s’était relevé après le magnifique coup de pied de Morrigan, ne comprit pas de suite ce qu’elle faisait à l’animal. Il protesta donc en disant :

« C’est bon je crois qu’il est K.O. , t’es pas obligée de lui affliger plus de dégâts… »

Morrigan après avoir fini son action se releva dos au jeune homme et serra les poings. Elle tourna sa tête de profil et répondit :

« T’inquiètes, je lui ai juste gelé la truffe pour pas qu’il nous retrouve. Parce qu’il faut avouer qu’avec l’odeur que tu dégages je comprend pourquoi on s’est fait attaqué ! Bon, on continue ? »

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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Ven 20 Mai 2011 - 0:04
[HRP : Paroles changées, évidemment ^^ Ne me fais pas dire ce que je ne dirai pas, ou au pire, envoie-moi un MP pour m'interroger de ce que je dirais dans telle situation.]


Chou blanc, la fille semblait plus gentille que Charlotte aux Fraises. Elle me demanda de me dépêcher pour aller sauver la pauvre fille, certainement morte de trouille à l'heure qu'il était. Merde, ma stratégie n'avait pas du tout fonctionné. La prochaine fois, je demanderais une véritable photographie et pas un dessin fait avec les dents. Maintenant, mes envies de paladin sans peur et quasiment sans reproches m'avaient directement conduit dans un traquenard avec une pauvre fille qui n'avait rien demandé. Je pressai le pas ; la marche n'avait jamais été le point important d'une baston en devenir. Quand on était un homme d'action (quand on était un peu stupide, donc), arriver jusqu'à destination était la partie la plus inutile possible. Si au moins, il se passait des trucs pour faire passer le temps... Je ne me sentais pas l'envie de palabrer avec l'autre Voyageuse. Certainement un brin de culpabilité, et de la gêne. Si je n'étais pas allé courir les brigands parce que je m'ennuyais sévère avec des tampons d'encre, elle ne serait certainement pas dans le pétrin. La malédiction se basait sur la proximité avec une autre personne. Il ne restait plus qu'à espérer être utile.

Je tentais de faire défiler mon ennui et ce silence embarrassant en observant le paysage. Quand je plissais les yeux, je pouvais voir que le paysage se construisait devant nous petit à petit, comme un temps de chargement avant une page Internet. Un autre Royaume totalement givré qui me ferait regretter d'avoir quitté mon sordide bureau des Deux Déesses. Et comme si on était les invités du festival de Cannes, le monde se mit à se créer et évoluer soudainement dès notre approche. On était coincés en pleine forêt maintenant. Si c'était un esprit malin quelconque qui tentait de nous défier ou nous soumettre à une épreuve rébarbative, soit. On s'avança sans trop se poser de questions. Sur Dreamland, c'était un conseil de survie. On était tellement déboussolés de toutes façons qu'il valait mieux ignorer les modes de fonctionnement des Royaumes. N'oublions pas que la logique avait foutu le camp loin de là. Les scientifiques devenaient inutiles ; on avait besoin d'explorateurs maintenant. On s'enfonça dans la forêt avec véhémence, tandis que la lumière se perdit quelque part. L'obscurité nous envahissait plus certainement que la nuit. Eheh, mort de rire. La fille devant moi m'indiqua qu'il ne fallait pas faire de bruit pour ne pas attirer les éventuels animaux sauvages dont le régime serait composé de créatures bipèdes. Ce serait vraiment dommage pour elles. Et parce qu'en parlant de sujets malsains, on attirait le mauvais œil, je ne tardai pas à tapoter sur l'épaule de la Voyageuse pour lui faire savoir qu'il y avait un ours sauvage à quelques pas. Comme elle ne semblait pas mieux comprendre le langage des signes que mon infortuné compagnon sourd, je me mis à lui expliquer à voix basse :


« Ours. A dix heures. On peut continuer tout droit si on fait pas de bruit. » Histoire d'éviter les combats inutiles. Je détestais les gros animaux : j'étais beaucoup moins efficace contre eux. Puis, cet ours-là était bien trop réaliste. Il avait une taille normale, un poil normal, etc. Il me rappelait de suite le monde réel, celui où si je croisais un tel bestiau dans les bois, je m'enfuyais aussi sec en criant le plus fort possible. Le cerveau se souvenait facilement des bêtes qui nous faisaient peur le soir. Mais la fille n'avait pas envie de laisser quoi que ce soit au hasard. Elle se tournait vers l'intrus, prête à lui foutre une gifle monumentale. Je n'étais pas vraiment chaud pour m'épuiser plus que ça. Surtout si je comptais libérer la pauvre gamine cette nuit-là. Je la rejoignis directement pour rajouter avec une voix déjà un peu plus appuyée :
« Ça sert à rien d'attaquer, on perd du temps. On le saura s'il nous fonce dessus, aucune inquiétude à avoir. » Elle accepta sans trop rechigner, expliquant qu'elle était inquiète de laisser un tel animal proche de nous. Surtout qu'il obéissait à son instinct. Je rétorquai en m'éloignant, histoire de l'amener loin de la bestiole : « Faux. Un animal, ça obéit à son estomac, ou à sa peur. Il nous attaquera forcément si on est sur son territoire, ou si on lui crève un œil. »

Et parce que Dame Fortune voulait absolument voir un combat contre des Voyageurs et un ours, elle lança ce dernier sur nous. Ma main attrapa d'un geste machinal le panneau derrière mon dos, mais l'animal était rapide. Je ne dus mon salut que grâce à la fille qui me poussa de sa trajectoire avec une force indomptable. Je m'écrasai sur le sol, roulant dans les feuilles mortes tandis que les naseaux du plantigrade frôlèrent ma nuque d'une façon insolente. Je voulus me relever pour lui expliquer à quel point j'avais envie de le transformer en trophée de bar, mais la fille me fit un geste explicite pour me demander de ne pas interférer dans ses prochaines manœuvre. OK, je te laisse Winnie. Moi, je vais aller me dorloter au soleil. Je lui fis confiance. Elle semblait sûre d'elle, assez sûre pour me demander de ne rien faire d'autre que... de ne rien faire du tout. Le combat fut court, mais me permit de comprendre en un instant les techniques réfrigérées de ma partenaire forcée : une Voyageuse de Glace. Ils sont plutôt connus, mais je n'en avais jamais rencontré auparavant. Quoique... Ah si ! Le faux Anglais, à la solde de Clane ! Celui que j'avais démoli avant de me faire le patron ! Les Contrôleurs de Glace avaient un point fort indéniable : ils avaient des techniques sacrément variées. De quoi faire chier n'importe qui jouant sur l'anticipation. J'avais pris une sale dérouillée la dernière fois, je préférais éviter de recommencer à me fritter contre un de leur cong(én)ère. En tout cas, la Voyageuse entoura ses membres de glace, et se mit à donner un magnifique coup à l'ours, qui s'écrasa sur le sol sans demander son reste. En réponse à son effondrement, je me relevai et époussetai mes vêtements. Je remis le panneau dans mon dos avant de m'approcher de la jeune fille, qui était occupée à s'acharner sur le pauvre ours :

« Tu sais, t'es pas obligé de le martyriser. C'est pas sa faute s'il ne comprend pas sa place dans la chaîne alimentaire. » Elle me répondit qu'elle muselait son odorat. Bordel, je n'aimais pas être à sa place. Vous vous attaquez gentiment à deux soi-disantes proies qui vous foutent une raclée, et dès que vous vous réveillez, vous avez la truffe gelée. Elle était brusque la demoiselle ; peut-être qu'il faudrait réviser mon jugement sur sa moralité. Bonne initiative tout de même, je le lui fis remarquer :
 " Ok, un point pour toi. Toi qui avais peur du méchant ours, tu lui as collé une sacrée dérouillée. Maintenant qu'on s'est débarrassé de Bouba, je veux vérifier une bonne fois pour toutes si on est vraiment maudits ou si on est sous le coup d'une stupide caméra cachée. Reste-là s'il te plaît, je reviens de suite. »

J'employais les cinq prochaines minutes à m'enfuir au loin, essayant de garder une trajectoire uniforme pour m'empêcher de me perdre. Au bout d'une minute, je commençai à avoir des picotements dans le bas-ventre. Je tentais de me rassurer en me disant que c'était dû à l'effort que je déployais, ou bien à mon imagination qui emmenait mon cerveau dans tous les sens. Mais ces hypothèses furent balayées par une douleur abdominale de plus en plus intense. Au bout de la seconde minute, j'étais en sueur. Une pointe de douleur plus féroce que les autres me fit courber les genoux et tomber sur le sol. Ok Ok, j'avais compris. Les trois minutes restantes, je m'en servis pour retrouver la fille, utilisant mes maux de ventre comme d'une boussole. Je la retrouvai, et m'excusai sincèrement pour cette expérience désagréable. Non mais ce connard nous avait vraiment maudits. Il avait intérêt à avoir un autre sort en réserve pour pouvoir libeller mes gestes, afin que lui transforme sa mâchoire en déchetterie publique immonde.

Nous reprîmes la route. J'étais encore plus déboussolé de savoir que je venais d'être sous le joug d'une malédiction sans avoir rien demandé à personne. Le pauvre gars avait des circonstances atténuantes : sa pauvre fille avait été capturé, et il était mort de trouille. Néanmoins, il y avait des limites à la moralité, et je sentais qu'il les avait dépassé. Je comprenais son geste ; j'espérais qu'en retour, il comprendrait mon poing dans sa gueule. Ça serait un paiement douloureux, mais mérité. Les meilleures potions avaient un goût amer. J'allais lui apprendre ; il y avait certaines expressions dans lesquelles j'étais bon pédagogue.

Bon, maintenant qu'on avait eu un peu d'action vite emmenée par la jolie demoiselle, il ne restait plus qu'à braver quelques clichés stupides avant de se retrouver face au boss final. C'était toujours comme ça avec moi. Qu'est-ce qu'on allait se prendre maintenant ? Une épreuve qui mettrait notre malédiction à mal en forçant à nous séparer ? Un éboulement ? Un volcan qui pousserait en un coup et déverserait sur nous une langue de magma ? La réponse se trouvait finalement entre deux arbres : un ravin d'une centaine de mètres de profondeur, d'une soixantaine de large. Et perdu au milieu de tout ce vide, un pont suspendu tellement miteux qu'un moineau ne pourrait s'y poser sans faire écraser le tout. Je vérifiais que quelques planches manquaient, histoire de ne pas briser le mythe. Effectivement, certaines semblaient avoir été écrasé par un pachyderme avant d'être utilisés dans la construction. Je vérifiai la distance entre l'autre rive, ainsi que la perpétuelle rivière qui trônait en-dessous. Une paire de portails de ma part ne servirait pas à rejoindre directement l'autre rive. Il faudrait d'abord nous avancer. Gentleman, et déluré, je sortis à la demoiselle :


« Je passe en premier. Avec un peu de chance, le pont tiendra. »

Même s'il y avait peu de chances qu'il tienne. Je le savais. Ce fut en regardant en l'air que je m'engageai sur le pont. Les grosses cordes de chanvre grincèrent, et la structure en bois se mit à se se balancer un peu dans le vide. Pour finir, le vent gémit pour percuter le pont et donner un peu plus de sensations fortes à un cœur qui n'en avait pas besoin. Testant un peu la solidité du pont, je retournai la tête pour crier :

« Ça a l'air nickel ! Viens si tu veux ! »
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Mar 25 Oct 2011 - 19:01
Ce jeune homme ne semblait vraiment pas dangereux au final. Sa protestation pouvait laisser entendre deux choses. Soit il n’était qu’un pauvre voyageur errant sans but réel soit il dissimulait tout derrière une telle apparence. Il valait mieux rester sur ses gardes. Et ça Morrigan l’avait compris. Dans le fond, il avait la même allure qu’un enquêteur justicier dans sa façon de faire. D’ailleurs il avait l’air de prendre son rôle très à cœur. Il y avait toujours un long silence dans sa démarche qui amplifiait la méfiance de Morrigan.

Par moment, celle-ci se sentait analysée du regard, cela ne lui plaisait pas car elle sentait qu’une aura de bonté émanait de cet homme. C’était pratiquement magique, voire féerique (la fée clochette va-t-elle gagner ?). Bien que cette aura donnait envie de rire à Morrigan, elle n’en savait pas moins sur lui. Tout ce qu’elle put constater c’est que cet homme cachait une puissance certaine. Son niveau devait atteindre une mesure considérable. Il fallait vraiment rester prudent. Morrigan finissait gentiment de geler la truffe de l’ours quand soudain le jeune homme lui dit :

" Ok, un point pour toi. Toi qui avais peur du méchant ours, tu lui as collé une sacrée dérouillée. Maintenant qu'on s'est débarrassé de Bouba, je veux vérifier une bonne fois pour toutes si on est vraiment maudits ou si on est sous le coup d'une stupide caméra cachée. Reste-là s'il te plaît, je reviens de suite. »

Il n’y avait rien à répondre. De toute manière, Morrigan n’avait pas envie de s’efforcer à lui rétorquer quoi que ce soit. Elle pensait surtout à ce qu’elle pourrait faire pour ne pas se faire découvrir. Ce petit inspecteur bidon devait avoir toute une bande d’abruti comme membre pour lutter contre l’injustice. Surement que sa petite excursion avec le bel inconnu avait dû se faire entendre. Morrigan pensa encore à lui. Quelle valse ! Jamais elle ne s’était sentie aussi vivante. La mélodie des cris des faibles apeurés qui couraient dans tous les sens. Une nuit de rêve pour une jeune fille en fleur. Que d’émotions. Il fallait qu’elle le retrouve. Sa puissance serait une bonne arme pour la former. Par la même sa puissance ne ferait que s’accroître.

Morrigan continuait de penser quand tout à coup une douleur dans la poitrine commença à se faire sentir. Tous ces sens se mélangeaient. Elle se releva et fit trois pas sur la droite. Pas un de plus avant que ses jambes ne cèdent au poids qui pesaient sur la jeune fille. C’était comme si le ciel était devenu un objet immensément oppressant, l’oxygène était en train de disparaître. Elle ne comprit pas immédiatement la situation, prise par une souffrance en accroissement constante. Ce mal devenait réellement insoutenable. Elle était à un stade où tous ces plus beaux souvenirs défilaient devant ses yeux. Elle eut un déclic inattendu lorsqu’elle repensa à la malédiction du vieil homme. Tout était clair, cette malédiction était bien réelle. Et à l’instant même, elle opérait sur les deux aventuriers.

Quelle idée de s’éloigner pour vérifier l’exactitude du maléfice. En y repensant, Morrigan avait pensé s’échapper elle aussi mais au moment opportun c’est-à-dire lors d’un combat où il ne sortirait vivant. C’était donc une bonne chose qu’il le fasse, même s’il ne s’attendait peut être pas à cette réaction violente. Mieux valait que ce soit sa faute que celle de la jeune fille. Puis d’un coup, la douleur se dissipa lentement mais surement. Morrigan se releva brusquement et tenta de courir dans la direction qu’avait pris le jeune homme. Elle reprit d’abord une grande inspiration avant qu’il n’est une autre idée qui puisse les mener tous deux à leur perte.

Elle s’avança calmement en reprenant son souffle, s’appuya contre un arbre deux seconde et ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, le jeune était revenu, essoufflé de son super sprint du retour. Elle le regarda longuement en respirant telle une asthmatique. Il examina Morrigan et s’excusa pour cette tentative de suicide prématurée. Dès lors ils reprirent la route, convaincus de deux choses. Premièrement, le vieil homme les avait bel et bien ensorcelé avec un sortilège costaud. Et deuxièmement qu’au retour avec la fille de celui-ci, il aurait un gentil cadeau musclé de la part des deux voyageurs.

Dépités ils reprirent le chemin. Tous deux amplis d’interrogations. Mais une seule question prédominait dans la tête des deux voyageurs : quelle allait être leur prochaine mésaventure ? Car qui dit aventure dit péripéties. Et pas les péripéties minables que l’on peut lire dans les journaux ou dans les livres qui expliquent la perte d’un chat dans un arbre. Mais bien les grosses péripéties du genre divines, celle où la survie et la ruse sont la clé de la fin de l’histoire. Comme les aventures d’Ulysse dans l’Odyssée.

Aussitôt le prochain obstacle surgit aux yeux des deux voyageurs. Entre deux arbres, mine de rien. Comme pour passer un niveau supérieur, ils virent un vulgaire pont. Mais pas n’importe quel pont. C’était LE pont de la mort. Celui qui était toujours dans les films d’aventures et qui arrivé au milieu se casse d’un côté alors que les héros auraient eu largement le temps de le faire en courant. Enfin bref, c’était le pont qu’on cherche à éviter. Celui à qui il manque des planches de bois pour bien montré qu’il a vécu et qu’il va céder à tout moment. Le même qui doit être maintenu des millénaires et qui comme de part hasard lâche au moment où justement on prie pour le voir tenir. Les deux explorateurs s’avancèrent jusqu’au commencement du pont. Ils se regardèrent l’air de dire ‘mauvais plan’. Morrigan examina bien le paysage et ne vit aucun autre passage par lequel ils pourraient traverser la rivière. Rivière qui semblait, toujours comme de par hasard, être déchaînée.

Le garçon s’arma de courage et joua le jeu de l’homme qui ne craint rien. Il se tourna vers la jeune fille et lui dit d’un ton sûr :

« Je passe en premier. Avec un peu de chance, le pont tiendra. »

Morrigan hocha la tête mais s’arma subitement de concentration pour utiliser son pouvoir à tout moment. En effet, en y réfléchissant elle pouvait geler cette maudite corde afin qu’ils aient un peu plus de temps pour passer. Mais ce n’était pas chose sûre qu’elle réussisse à geler cette vieille corde moisie par le temps sans la briser .C’était bien évidemment du quitte ou double. Elle aurait pris volontiers ce risque si elle n’avait pas été maudite avec l’autre individu. Car sur ce coup, le faux pas pouvait leur être fatal. Or tous deux avaient encore la volonté de vivre. Ou plutôt ils n’avaient pas envie de mourir ici, et aussi stupidement.

L’homme blond entama sa trajectoire périlleuse sur le pont de la mort. Un pas, puis deux. Jusqu’à ce qu’il arrive au milieu du pont. Il attendit quelques secondes en plein milieu et cria:

« Ça a l'air nickel ! Viens si tu veux ! »

Un grincement de corde usée se fit entendre. C’est d’ailleurs la seule chose que Morrigan releva. Elle paraissait solide. Mais comme les apparences sont trompeuses, elle prit une grande inspiration avant de mettre de nouveau les pieds dans un piège. Hop. Premier pas sur le pont suspendu sur une rivière bien éloignée et le deuxième qu’elle hésitait à bouger pour leur survie.

« Et puis tant pis, se dit Morrigan à elle-même, au pire on ira faire une brasse dans l’eau. »

Son pied droit rejoignit le pied gauche sur le pont. Petit silence suivit d’un petit balancement du pont avec le grincement qui fait peur. Rien ne se passa. Elle leva la tête vers le blondinet. Il se retourna tranquillement et avança comme si de rien n’était. Elle fit donc de même avec un peu plus de prudence. Bientôt elle arriva elle aussi au milieu du pont. Tandis que lui venait de poser les pieds de l’autre côté de la rive, il s’orienta en direction de la jeune fille avec un petit sourire esquissé sur son visage. Le petit sourire qui dit ‘y’a pas de soucis je suis de l’autre côté’ alors qu’elle était en plein milieu en train d’espérer que les chocolats d’avant-hier ne l’a trahirai pas pour une fois.

Pour le moment il n’y avait rien de très effrayant si ce n’est la magnifique vue du vide, le grincement de la corde consumée et des planches de bois manquantes. Elle poursuivit son périple un peu plus rapidement. Quand brusquement la jeune fille bloqua sur un petit problème que le jeune homme n’avait pas. Sa taille. Le rapport dans cette constatation est simple. Il bénéficiait de grandes jambes proportionnellement ou du moins le plus proche possible de sa taille. Le grand pas suffisait amplement pour passer sur un trou qui représentait deux planches qui étaient côte à côte. Or la jeune fille n’avait pas cette même chance. Dans ces circonstances extrêmes, il ne lui restait qu’une solution : l’enjambée. La chose la plus risquée à faire sur un pont aussi délabré. Elle jeta un coup d’œil en direction du blondinet. Lui, sans craintes qui attendait de l’autre côté ne voyait pas l’effort considérable que Morrigan devait accomplir pour arriver de l’autre côté.

Elle se dressa bien droite et pivota de profil de manière à revenir sur ses pas. Le garçon l’a regarda avec une incompréhension qui pour Morrigan était évidente. Elle allait faire marche arrière pour prendre plus d’élan. Trois planches en arrière plus loin, notre héroïne se décida et couru jusqu’au point où elle sauta pour enjamber le trou. A peine son pied droit avait touché la planche de bois en mouvement, elle continua sur sa lancé. Le garçon écarquilla les yeux. Pas parce qu’elle courrait mais parce que la corde en question qui était à l’autre bout fatalement céda. Morrigan l’avait senti et s’était préparée mentalement à ce genre de situation. Le pont vira du bord droit. Mais la jeune fille s’agrippa à son ultime chance de survie. La deuxième corde. Elle fit la seule chose que l’on peut faire à cet instant en supposant que la personne garde son calme, elle avança à bout de bras le long de la corde. Le jeune homme voulu l’aider mais comment ? S’il touchait la corde elle pouvait se briser et il n’avait rien de solide à lui tendre pour la ramener vers la bordure. Il regarda en attendant l’opportunité de lui prendre la main.

Morrigan lui dit :

« Ne t’inquiètes pas je vais y arriver, elle rajouta, au pire si la corde lâche tu sautes dans le vide pour pas mourir sur place à cause de la malédiction, à la limite en bas c’est une rivière on a toujours une chance sur deux de survivre à la noyade ou à un plat sur un rocher »

Le jeune homme avait l’air peu convaincu sur le moment mais ne vit pas d’autre solution sur le moment. Il se fia donc à la solution de Morrigan. Celle-ci qui était suspendue à la corde continua d’avancer prudemment mais hâtivement. Quand elle arriva près du bord elle formula une phrase qu’elle avait pris soin de réfléchir et qu’elle fit calmement entre deux grincements de corde :

« Bon, ne te hâtes surtout pas à attraper ma mains on pourrait tous les deux tomber. Tu vas attendre que j’ai un appui sur la bordure, à cet instant et à cet instant seulement tu pourras prendre ma main »

Elle reprit son petit jeu de funambule et mit un pied contre un rocher qui dépassait de la bordure de la rive. Elle prit un bon appui avec sa main gauche sur la corde et avec son pied droit sur le rocher puis s’élança vers le jeune en criant :

« MAINTENANT ! »

Il attrapa sa main droite et l’aida à remonter. La jeune fille se fit soulever à bout de bras et se fit déposer sur le côté tel un paquet. Elle expira un grand coup et rétorqua :

« C’était chaud mais on a réussi. Bon aller dépêchons nous avant qu’il n’y ait quelque chose de pire qui nous tombe dessus. »

La jeune fille se releva et reprit son courage à deux mains. Elle alla en direction de l’inconnu. Une nouvelle forêt se matérialisa sous leurs pieds. Encore un changement de lieu avec de superbes morceaux de puzzles qui changent tout le décor. Par curiosité, elle se retourna vers l’endroit où se trouvait le pont. Mais en vain, car celui-ci avait déjà disparu. Nouveau décor en construction. Tout à coup une jolie rivière toute calme remplaça le pont délabré. Cependant, Morrigan avait l’impression qu’ils n’étaient pas allés bien loin. Impression qui se confirma comme vraie car quand elle leva la tête vers le ciel, elle retrouva ce cher pont détruit par son élan. Elle fit une grimace et protesta :

« Raah ! J’y crois pas ! Tous ces efforts pour rien ! La prochaine fois je ne cherche pas à comprendre et je saute ! »

Elle grommela encore un peu en marchant. Quand subitement ils entendirent un bruit dans les buissons qu’il y avait en face. Ils se regardèrent comme pour dire ‘toi aussi t’as entendu un bruit ?’ et de ce regard complice hochèrent tous deux la tête. Ils avancèrent discrètement pour aller voir s’ils n’étaient pas paranoïaques. Ils se mirent sans bruit dans un buisson et virent qu’au-delà de celui-ci se trouvait une tribu. Mais était-ce la celle qu’ils cherchaient ? L’interrogation se fit sentir quand soudain des hommes de la tribu trainaient quelque chose dans un sac. Ils ouvrirent le sac et les deux voyageurs y virent une jeune fille bâillonnée en sortir. Morrigan affirma :

« Bingo ! On a trouvé la fille. Bon on va la récupérer, maintenant ? »
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Ven 28 Oct 2011 - 0:56
De toute façon, je n’avais pas vraiment peur que le pont s’écroule. Vu la gueule qu’il avait, il était forcé de se biturer en bas. Si j’appréhendais autant le passage, c’était que je me demandais quand exactement est-ce qu’il allait s’écraser. J’en vins à me dire que tant qu’il s’effondrait quand je n‘étais pas dessus, ça m’irait bien. Mais il y avait cette saleté de malédiction. Si la fille crevait les poutres, je serais forcé de plonger moi aussi pour éviter la crise cardiaque fatale. On pouvait environ s’éloigner d’une centaine de mètres avant que les contraintes du maléfice deviennent vraiment trop encombrantes. Mais les premiers symptômes apparaissaient je dirais un peu avant une cinquantaine de mètres. Et ils prenaient de l’aplomb à chaque mètre outrageux qui m’éloignerait de ma cible. Ça aurait pu faire une belle histoire de contes de fées si seulement on avait lié ensemble un beau chevalier ainsi qu’une belle princesse. L’histoire devrait se contenter d’un baroudeur avec des lunettes de soleil et un panneau de signalisation avec une brunette glaciale et loin d’être inoffensive. Merlin l’Enchanteur allait en prendre pour son grade ; si je le retrouvais, je ferais en sorte qu’il ne puisse plus communiquer autrement qu’en clignant des yeux. J’avais du travail à donner à Fino, tiens, ça allait l’occuper et c’était pile dans ses cordes.

La seconde partie du pont fut plus stressante, mais plus rapide. La Voyageuse s’était aventurée sur le pont doucement, et j’avais un peu accéléré le pas. Je réussis d’une longue foulée à traverser des planches bien trop pourries ou absentes, avant de rejoindre (avec un soupir de soulagement incroyable) l’autre côté de la rive. Je me retournais rapidement pour apercevoir la fille au milieu. Je jaugeai la distance d’un œil critique : elle était toujours à plus de cinquante mètres. Une mauvaise chute et mes portails ne seraient d’aucune utilité (j’avais de l’imagination mais je n’avais pas envie de griller la moitié de mon pouvoir avec ces conneries). On n’aurait même pas combattu un seul être décent que j’étais presque sans soutien logistique. Je regardais la Voyageuse fixement, comme si mon regard pouvait aider à stabiliser le pont et à empêcher que ses cordes ne se découpent sous le poids. Normalement, elles ne devraient pas céder pour si peu. J’étais plus lourd que la fille d’une bonne trentaine de kilos (à savoir, mon poids plus mon arme lourde attachée à mon dos), et il n’y avait pas de raison que la physique se trompe à un endroit aussi inopportun.

Quand je vis soudainement la Voyageuse s’arrêter en plein dans la passerelle, quasiment à la portée de mon pouvoir, je lâchai un sifflement entre mes dents. Elle se mit même à reculer doucement. Merde, que valait cet étrange détour ? Avant même de voir la fille bondir, je compris qu’une simple foulée de mes longues jambes étaient un saut pour les siennes. Un espace plutôt large entre deux planches que je pouvais franchir sans regarder en bas devenait pour elle une épreuve olympique. Et avant qu’elle ne ré-atterrisse, je sus que c’était foutu et que la fondation allait exploser.
J’eus raison.

Un craquement sourd fit savoir qu’une des cordes venait de claquer. Je vis le fouet foudroyer les airs avant de retomber dans le vide sans rien tenir d’autre que sa propre carcasse. Le pont pivota à quatre-vingt-dix degrés en moins de deux secondes dans un grincement sporadique. Mes yeux devinrent noirs (j’utilisais mon pouvoir quoi) pour tenter de rattraper la Voyageuse avec toute ma puissance. Mais je m’arrêtai aussi sec. Elle avait réussi à se raccrocher à la dernière corde restant qui tenait tout l’édifice. Elle n’allait pas tarder à craquer elle aussi, vu qu’elle était toute seule pour tenir des kilos et des kilos de poutre entrelacées à des lianes. Je lui criai quelques paroles d’encouragements bienvenus, et elle me dicta la marche à suivre. Bon, elle voulait faire confiance à une corde de chanvre pourrie mais il n’y avait pas de problème. Elle allait tout simplement, à la force de ses deux bras, remonter tout le vide. Oulà, on s’épuisait vite à ce petit jeu. Je n’eus pas d’autre choix que de la regarder faire. Je dégainai mon panneau de signalisation de mon dos. Il pouvait entrer dans les parois et s’y coincer. Alors tant que la Voyageuse était proche, je pourrais toujours sauter pour l’attraper et ainsi me coller à la paroi avec mon artefact fétiche. Et dans le pire des cas, une paire de portails rédemptrice pourrait toujours nous sauver la mise. Il y avait tant et tant de moyens de sauver la situation, alors pourquoi j’étais en train de me stresser le chou ? Je ne savais pas, et préférais me concentrer sur la marche que j’aurais bientôt à suivre. La fille me cria alors de lui prendre sa main seulement quand elle aurait un contact avec la paroi rocheuse qui dominait le vide et la rivière qui serpentait en-dessous. Bon, c’était le plan optimiste.

Finalement, le suspense décida de bouder au loin et s’en alla sans demander son reste ; la Contrôleuse de Glace parvint tout à bout de la corde. Dès qu’elle toucha la paroi et qu’elle me fit signe oralement que je pouvais venir chercher son bras, je tendis le mien et serrai son poignet dans un terrible étau. Je la remontais dans un geste qui faillit m’arracher l’omoplate avant de la caler sur la terre ferme (deuxième soupir qui sonnait la fin du concert). Nous reprîmes la route après une parole très philosophique de la demoiselle. Je lui emboîtai le pas, conscient que les risques arrivaient toujours de derrière. Elle n’allait pas être la seule à tout se prendre dans la poire, surtout si elle n’était pas la criminelle que je recherchais. Finalement, je n’avais aucune idée de ce à quoi elle ressemblait. Et je ne pourrais même pas revenir la nuit prochaine vu que le dessin qu’on m’avait tendu était de moins bonne qualité de ce qu’aurait pu produire mon chat avec un stylo dans la gueule. Il faudrait attendre la prochaine attaque de la demoiselle avec un avis de recherche un peu plus sérieux pour pouvoir lui mettre le grappin dessus. Je répondis tout de même, conscient qu’il n’était jamais trop tard :


« A trop parler de saloperies, on a un clin d’œil du mauvais œil. Au fait, je pense qu’il est temps qu’on arrête de se prendre pour des inconnus et qu’on commence à développer une sorte d’union bienfaitrice qui nous permettrait de survivre à la prochaine épreuve. Je m’appelle Ed. Enchanté. »

J’aurais l’air con de lui tendre la main ou la joue à cet instant-là, et je m’arrêtais là. Des épreuves encore pires ? Je ne voyais pas qu’est-ce qui pourrait être pire qu’un ravin de merde avec un pont de merde mais je ne cherchais pas à réfléchir plus longtemps. Quand on avait un peu d’imagination, Dreamland pouvait rendre n’importe qui pessimiste. J’en profitais pour observer le paysage qui se modifiait constamment devant notre route. Ça me faisait penser à ces mauvais jeux de rôle avec l’œil plus gros que le ventre dont le paysage du fond était effacé et qui apparaissait au fur et à mesure de la progression du personnage. Là, ce constat était totalement assumé. J’avais même l’impression qu’on serait capable de tourner en rond sans s’en rendre compte. C’était peut-être le principe de ce Royaume de toute façon. Peut-être qu’il n’était pas si étendu que ça et se faisait gagner de la place par quelques tricheries, en tenant compte de tous les habitants. Les villages semblaient plutôt stables, mais dans la mesure seulement où beaucoup de personnes y vivaient. Peut-être que si elles partaient toutes, le village serait rasé en un tour de main avant de réapparaître si un inconnu revenait. Ou bien ne referait jamais surface tout simplement. C’était un Royaume assez mystérieux finalement. D’ailleurs, je regardais le pont qui me passa par-dessus la tête avec une grimace. La fille ne put s’empêcher de faire une remarque mais je préférais ne pas y répondre. Elle avait gardé son sang chaud elle. Le mien s’était frigorifié par sa présence. Je ne savais pas comment réagir face à cette Voyageuse qui était ma première cible principale, mais à part son verbe facile, n’avait rien commis de plus grave que de péter la gueule à un plantigrade trop agressif.

Et d’un coup, surgissant de derrière des fougères aussi factices que mes bonnes notes, on put apercevoir un village de terre glaise. Les bâtiments ne différaient pas vraiment de celui qu’on avait quitté, mais ils gardaient une touche plus rustique, plus sauvage. Comme un bébé géant qui ferait des pâtés avec de la mauvaise terre et un sceau au rabais. Après un bruit, on décida de se cacher prudemment. On ne savait pas si on avait affaire à un peuple pacifique ou bien une tribu indigène qui avait capturé d’innocentes vierges. Heureusement, le scénario avait décidé de venir en aide à deux clampins en offrant une vision fugitive d’une petite fille bâillonnée, albinos, jeune, dans un sac. Je supposais qu’il n’y avait pas beaucoup de jeunes filles enlevée par des clochards en tenue verdoyante (des pagnes de mousse ou de fougères, des colliers rustiques, des plumes sur le crâne, etc. Toute la panoplie du peuple de ploucs qui ne sauraient pas orthographier GPS). Il y avait environ deux personnes qui portaient le grand baluchon, plus une vingtaine de gardes qui le surveillaient de plus loin, avec un respect antique. On ne pouvait pas y aller maintenant. On ne connaissait ni leur nombre exact, ni leur force. Peut-être que chacun de ses lanciers pouvaient abattre un ours d’une main. Il valait mieux jouer de la subtilité, le terrain n’était pas en notre faveur. Dès qu’ils passèrent avec le convoi, s’enfonçant dans leur village, je plaçai ma main en porte-voix autour de l’oreille de la Voyageuse pour lui souffler le plus doucement possible :


« On se sépare pour pénétrer le village. Je prends une rue à gauche, tu prends la rue à droite. Ils n’ont pas l’air d’être très nombreux et y a quelques ruelles. On peut encore profiter de notre discrétion pour éviter de provoquer une bataille ouverte. »

Etait-ce une bonne idée ? Elle venait de moi donc pas vraiment. Mais le choix n’était pas à notre disposition. Surtout que si on jouait la force brute, qu’on se défaisait de la vingtaine de gardes, tous les autres nous poursuivraient en poussant un concert de glougloutements stupides. Et non seulement on serait ralentis par la petite fille, mais en plus on serait embêtés pour le terrain : imaginez qu’on revienne au pont détruit, on faisait comment pour le traverser ? On allait forcément se faire repérer, quelques centaines d’individus ne perdaient pas de vue une seconde leur otage. Mais il fallait la subtiliser avec génie pour foutre le plus de bordel possible. Merde. Je détestais le mot « stratégie ». Je savais même pas si je serais capable de l’orthographier correctement sans pouffer de rire. Mais l’heure n’était plus à la réflexion, mais à la rapidité d’exécution. Il y avait un manque flagrant de communication et un mauvais détour pouvait nous déclencher une crise dans la poitrine. Mais on n’avait pas le choix. Avec des conditions aussi pourries, y avait intérêt à ce que le vioque prenne ses responsabilités après.

Je me dirigeais vers une étroite ruelle le plus discrètement possible. Il serait dur de s’infiltrer longuement sans déclencher une alerte mais c’était ça ou attendait que la fille se libère elle-même et vienne nous retrouver par un miracle de Disney. Je me pressai contre le mur quand des habitants armés surgirent d’une ruelle adjacente. Ils ne me virent heureusement pas arrivés. Peut-être qu’il aurait mieux valu pour mon plan génial de contourner le village par ses deux côtés ; mais la malédiction n’allait pas faire de pitié. Situation complexe. J’aimerais tellement les dégommer directement afin de reprendre la petiote et m’en aller loin d’ici en riant comme un dément. Je passai dans une autre ruelle, longeant les murs de terre cuite et les allées principales. On ne pouvait pas s’infiltrer bien loin dans le village mais ce n’était pas comme si on nous avait jeté une puissante malédiction (avec un sérieux retour de flammes derrière) pour aller cueillir quelques cèpes. Je progressai encore un peu plus, ayant toujours au coin de l’œil le drôle de convoi. Ils étaient toujours aussi nombreux, je me demandais ce qu’ils foutaient… Je m’avançai encore un peu en faisant attention à chaque coin de ruelle. Je réussis à prendre de l’avance, et je me baissai pour me cacher derrière un tonneau. J’avais une belle vue sur le convoi, et de plus en plus d’hommes convergeaient. Il se passait un truc étrange et quelque chose me disait que j’allais bouffer du rituel. Une ombre soudainement s’abattit sur moi. Je me retournai pour voir un indigène qui me regardait du haut de son menton carré. Simplement, il prononça :


« Intrus.
_ Non, vous devez me confondre, je m’appelle Ed. »


Sur ces paroles philosophiques, il fit un geste pour m’assommer avec la hanse de sa lance. Vous aviez déjà connu ce sentiment de désespoir profond qui s’emparait de vous après une défaite pathétique, ce sentiment qui vous paralysait pour encore mieux vous enfoncer ? Non, sérieux, j’avais résisté à des trucs dont je n’avais même pas eu l’idée, j’avais combattu et massacré des monstres à moi tout seul, j’avais séché des catastrophes climatiques et des mini-guns. Tout ça pour quoi ? Pour se faire déceler par le premier crétin en pagne venu. J’étais tellement plombé que j’avais décidé de mourir comme le plus crétin des héros. Par un plébéien armé d’un bout de boit avec un silex au bout. Of course. Et Bim.

__

Quand on se réveillait, on était déjà surpris de se réveiller. J’ouvris un œil, puis l’autre, je les fermai, les rouvrais, papillotais des paupières comme une cruche devant son miroir de poche. Je fis le moins de geste possible (ce fut assez simple, j’étais ligoté les bras serrés contre le corps). Je voyais mon panneau de signalisation couché près de moi ainsi que ma paire de lunettes de soleil tombé dans le fond qui raclait mon nez d’une de ses branches. J’étais où en fait ? Et bien d’après les remous, j’étais dans une barque, un kayak même. Un assez long kayak de plus de sept mètres propulsé par trois rames en bois archaïques. Je levai les yeux en oubliant que j’étais un prisonnier pour voir dix autres kayaks en bois (comptez cinq personnes minimum par navire). Vu la migration, y avait des grandes chances pour que la gamine albinos soit dans un des kayaks. Ils se déplaçaient très aisément dans l’eau, défiant tous les compétiteurs d’aviron. Ils allaient quelque part, loin de leur village, sur un grand fleuve de plus cent mètre de largeur… Voilà qui promettait d’être palpitant. Un coup de pied à l’arrière du crâne me fit violemment embrasser le fond du kayak.


« Reste couché.
_ Excusez-moi, j’avais oublié. »


Je n’avais pas mieux à sortir. On me répondit d’un grognement. Connard. Quand mes liens seraient détachés, j’allais te planter les dents sur ton foutu navire. Je sentis en dernier leu cette foutu douleur qui me vrilla le crâne avec une perceuse de dentiste. Je vis d’autre part qu’ils étaient tous armés de lance, ainsi que de sarbacanes. Et merde, ils assuraient à distance en plus. Un picotement au cœur me traversa la poitrine. Tiens, où était la Voyageuse ? Je devais passer pour un nul à force. Elle s’était tapée les grizzlis furieux, le pont qui se décrochait et je me faisais assommer comme un malpropre qui pisserait dans les Champs-Elysées. Une petite voix dans mon crâne, trouvant écho au mocassin qui m’avait pété la nuque, me dit que si je devais passer pour un nul, c’était peut-être parce que je l’étais. Qu’on me libère seulement, j’allais écraser mes poings de nul sur leur gueule.
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Jeu 3 Nov 2011 - 11:02
Le jeune homme sur le chemin se décida enfin à se présenter. Du moins, ça ressemblait à des présentations. En fait, c’était une brève présentation. C’était une présentation syndicale. C’était comme la politesse. On dit « bonjour comment tu vas ? » Par politesse. Ce n’est pas vraiment pour savoir si la personne va bien. D’ailleurs en y pensant on est toujours soulagé quand la personne va bien, comme ça on peut échapper à un long discours, pessimiste et complétement égocentrique de la personne. Et puis, c’est énervant de faire semblant d’être intéressé par la vie des autres quand on n’en a absolument rien à faire. Enfin bref, il semblait vouloir créer un genre de lien. Comme si c’était vraiment utile. Morrigan commençait à se lasser de cet empoté. Bien qu’il avait plus l’air d’un boulet pour celle-ci, elle n’arrivait quand même pas se résoudre à le sous-estimer. Il y avait encore et toujours cette sorte d’aura puissante qui l’entourait. Perdue dans ses pensées, une voix dérangea la jeune fille. C’était celle du voyageur qui l’accompagnait. Tout à coup, Morrigan se rendit compte qu’elle était en plein délire spirituel et que son coéquipier était en train de lui parler. Elle sorti de son monde et revint à l’écoute de celui-ci qui s’arrêta et dit :

« Je m’appelle Ed. Enchanté. »

Morrigan reprit, un peu chamboulée par cette soudaine et inattendue présentation :

« Mo… »

Elle refreina son élan de présentation habituelle, réfléchit un instant et se dit qu’il valait mieux falsifier son identité face à cet inconnu empli de mystère. Ne sachant toujours pas ses intentions, il était préférable d’en cacher autant que possible. Elle se ressaisit et affirma :

« Moi, je m’appelle Meï, et je suis également enchantée »

Il avait l’air d’y croire. Au pire, il ne connaitrait pas son prénom. Et après ? Morrigan ne souhaitait pas le revoir de toute façon. Cette expérience lui faisait mettre sa propre force à l’épreuve. Elle pensait que c’était surement un test qui lui était destiné. Ni plus ni moins. Il devait forcément jouer un rôle dans cette histoire. Il n’avait pas été envoyé sur son chemin par hasard. Une leçon devait être tirée de cette folle aventure mais laquelle ? Comment tirer une conclusion sur le début d’un long parcours ? Morrigan se perdait un peu dans toutes ses réflexions.

Quand subitement ils entendirent un bruit dans les buissons qu’il y avait en face. Ils se regardèrent comme pour dire ‘toi aussi t’as entendu un bruit ?’ et de ce regard complice hochèrent tous deux la tête. Ils avancèrent discrètement pour aller voir s’ils n’étaient pas paranoïaques. Ils se mirent sans bruit dans un buisson et virent qu’au-delà de celui-ci se trouvait une tribu. Mais était-ce celle-là qu’ils cherchaient ? L’interrogation se fit sentir quand soudain des hommes de la tribu trainaient quelque chose dans un sac. Ils ouvrirent le sac et les deux voyageurs y virent une jeune fille bâillonnée en sortir. Morrigan affirma :

« Bingo ! On a trouvé la fille. Bon on va la récupérer, maintenant ? »

Ed se figea et analysa le village. Il avait l’air de connaître ce genre de situation. Ça sentait le vécu. Morrigan pensait qu’il valait mieux attendre dans une meilleure cachette à l’abri pour voir le déroulement de la situation actuelle. Mais elle n’avait pas de plan concret. Elle agissait un peu à l’instinct, faut dire. Mais qu’à cela ne tienne jusqu’ici son instinct était son seul véritable allié et celui-ci ne lui avait encore jamais fait défaut. Que pouvaient-ils faire d’autre ? Ils ne savaient même pas à quoi ressemblait cette fille. Même pas un indice ni même son nom. Il y a avait des limites que le vieux marabout avait franchi depuis un long moment. Nos héros impuissants face à une malédiction ne pouvaient que se soumettre s’ils voulaient survivre. Mais le manque d’information au sujet de ce sauvetage limita incroyablement ceux-ci. Et ce silence insupportable que Morrigan s’endurait à supporter. Seule, elle se moquait du reste. Néanmoins avec un coéquipier qui ne souffle mot de ses plans. Il était insoutenable pour Morrigan d’être lié à une telle plaie. Surtout en sachant qu’elle devait d’autant plus jouer la gentille en attendant de savoir sa véritable identité. Ed eu une suggestion qui s’avéra être le plan mis en place. Morrigan n’avait pas été consulté pour en juger. Soit, il semblait du métier. Ça n’excusait pas le fait qu’il choisisse une stratégie qui pourrait leur être fatal à tout moment.

« On se sépare pour pénétrer le village. Je prends une rue à gauche, tu prends la rue à droite. Ils n’ont pas l’air d’être très nombreux et y a quelques ruelles. On peut encore profiter de notre discrétion pour éviter de provoquer une bataille ouverte. »

Il partit comme un voleur qui se prend pour un ninja. C’était pitoyable de dos. Surtout en voyant ce gros panneau de signalisation qu’il promenait constamment avec lui partout où il allait. Cet objet devait avoir une certaine puissance malgré le fait qu’il devait aussi être un fardeau car il encombrait son porteur. Le mystère de cet homme continuait à s’étendre dans l’esprit de Morrigan. C’est vrai quoi. Qu’est-ce qu’un jeune homme pouvait bien faire d’un panneau de signalisation ? Peut-être était-est-ce une arme redoutable. C’était une question qui resta sans réponse avérée.

Le plus important et le plus stupide est qu’il était parti. Ils ne connaissaient pas le village, ni son étendu. Morrigan devait aller dans la direction opposée de Ed selon sa ‘stratégie’. C’est bien beau et bien gentil de se diriger à droite quand on ne sait pas où il faut aller exactement. Ils n’étaient pas très avancés. Morrigan se dit qu’elle devrait redoubler de vigilance dans ce village inconnu avec un nombre inconnu d’ennemis. Et puis il ne fallait surtout pas qu’ils se séparent trop non plus. Rappelons que cette chère malédiction n’attendait que ça, de leur mettre des bâtons dans les roues au moment où il ne faut pas. Quel abruti aurait eu l’idée de créer un tel sortilège ? Surement un cœur brisé qui devait être désormais, un grand solitaire. Pour le moment il valait mieux se concentrer sur l’objectif : récupérer la fille sans se faire repérer. Pour cela Morrigan décida d’observer calmement et attentivement ceux qu’elle devait combattre.

Quel était leur point faible ? Tout d’abord, ils n’avaient pas l’air très développé. Parmi leurs armes les plus puissantes, Morrigan décela la lance en bois. Une très bonne arme pour la chasse à l’époque paléolithique. Seulement depuis l’aire glacière l’homme a beaucoup plus évolué. C’était une triste constatation de voir que des hommes qui semblaient être leurs égaux vivaient encore dans de telles conditions. Et pourtant c’était tout aussi fascinant. Car dans leurs apprentissages quotidiens, ils devaient avoir une meilleure maîtrise de la terre et de tout ce qui les entouraient. Ils ne formaient qu’un (ou presque) avec la nature. C’était une incroyable veine pour Morrigan de pouvoir étudier de près ou plutôt de voir une quasi réalité ce qu’elle apprenait en cours dans la vraie vie. Bien qu’elle ne fût pas folle du paléolithique, c’était tout de même intéressant d’étudier directement ces hommes, qu’elle considérait comme ses ancêtres, dans leur habitat naturel. Ça aurait été une révolution chez ses futurs collègues archéologues de faire une telle découverte. Même si elle n’était faite qu’à travers un rêve. Ce n’était pas le rêveur qui contrôlait ce qui l’entourait à Dreamland. Et c’est ce qui finalement était si bien ici. On est maître de soi mais pas des autres. C’était la loi du plus fort. Et c’est ce qui motivait Morrigan à vivre parallèlement la nuit dans cet autre monde. Malgré les apparences on peut être plus puissant que dans la vraie vie.

Elle se remit à ses observations sur ces villageois. Qu’avaient-ils d’autre ? Ah oui, ils avaient la fille. Mais plus pour très longtemps. La jeune fille était pieds et poings liés. Et à première vue, elle semblait très bien entourée. En effet, une jolie farandole de mâles en pagne l’entourait. Que vouloir de plus ? La liberté peut être… ? Bref. Pour le moment, ils étaient six. Quatre d’entre eux formaient un cercle pour les protéger d’une éventuelle attaque et les deux autres maintenaient la jeune fille pour ne pas qu’elle s’échappe. Ce qui signifie qu’elle avait déjà tout tenté pour se libérer et s’enfuir. Les gardes sont donc remontés. Et cela mettait Morrigan de bonne humeur. Enfin un peu de combat intéressant. Morrigan retira son sourire béat de son visage pour y donner place à un regard suspicieux qui l’a mise sur la défensive. Elle entendu un gloussement près du muret où elle s’était dissimulée. Elle se mit à terre et rampa jusqu’à un baril en bois, qui par chance était vide. Elle regarda à travers le trou du baril qui comme dans tout bon dessin animé qui se respecte est utile à cet effet.

Elle vit donc deux femmes de villageois qui se promenaient. Elles s’arrêtèrent tout à coup. L’une plaqua l’autre contre le mur qu’il y avait derrière le baril. Morrigan leva naturellement la tête et regarda à travers une fissure du couvercle du tonneau. Celle qui poussa la deuxième fille, et se colla d’un coup contre cette dernière d’une manière très sensuelle. Morrigan était horrifiée par ce qu’elle voyait. Dans la logique éthique la femme aimait l’homme surtout aux premiers âges. Elle ne voulut pas se résoudre à croire que l’homosexualité était aussi sensuelle à cette époque, pour elle il y avait obligatoirement une raison à cette avance. Elle approcha son oreille du fond du baril pour entendre leurs messes basses en continuant de fixer ce spectacle dégoutant. Rien à faire la jeune fille poursuivi son déhanché en la tripotant et en retirant le peu de tissu qui lui servait de vêtement. C’était une réelle torture pour Morrigan de prolonger l’attention sur une telle exhibition. Pourtant il le fallait, si jamais elles avaient un secret intéressant sur ce qu’il se passait en bas, Morrigan réussirait peut être à avancer. Tout de même qu’elle représentation. Un cadre simple. Deux filles légèrement vêtues, au milieu d’un village. L’une en transe contre un mur, l’autre qui lui caresse des endroits très érogènes à première vue. Celle-ci poursuivi ses caresses et surenchéri en lui léchant le coup. Quand soudain, et forte heureusement pour la pauvre Morrigan qui était au supplice, la jeune femme excitée lui cria entre deux soupirs jouissifs :

« Arrête Khâa, elle reprit son souffle,je te dirais tout ce que je sais à propos de cette fille. Mais par pitié arrêtes ! »

La fille qui était prénommée ‘Khâa’ stoppa net ses agissements. Prit un regard pervers en direction de la jeune fille qui peinait à se rhabiller. Puis passa sa main dans ses cheveux pour s’assurer de leur solitude. Un geste discret qu’elle avait l’air de très bien maîtriser. Elle reprit un air sérieux suivit d’un regard et d’un pincement de lèvres qui l’excitait. Elle re-plaqua la fille contre le mur et susurra au creux de son oreille :

« Vas-y Lyëe, je t’écoute. Et ne me racontes pas tes salades habituelles. Je sais que tu sais tout sur cette petite. Alors dépêches toi, le temps presse ! »

Lyëe baissa la tête et versa une larme, surement à cause de la violente action que Khâa avait opéré sur elle précédemment. Celle-ci d’un geste brutal de la main droite lui relava le menton. Sa main gauche vint atterrir violemment dans une zone non visible par Morrigan car Khâa en même temps enroula sa jambe droite autour du bassin de la pauvre Lyëe. Elle avait certainement replongé sa main dans l’entre des ténèbres de celle-ci. Morrigan était à moitié soulagé de ne voir que la moitié de l’action. Car elle ne voyait pas l’horreur du geste et donc elle en était heureuse mais en faisant ce geste Khâa commença à les rapprocher du tonneau où se trouvait justement notre héroïne. Khâa enfonça de plus belle sa main et répéta :

« Parle traînée ! »

Lyëe céda une seconde fois face à sa puissante adversaire et dit :

« Elle s’appelle Athyn. C’est la fille du vieux sorcier. »

Khâa reprit :

« Celui qui a vaincu le grand monstre de la forêt ? »

Lyëe hocha la tête en tentant de se libérer. Khâa de colère reprit de plus belle :

« Et pourquoi avons-nous cette petite peste au village ? »

« C’est Zhuü qui l’a ramené. Mais je ne sais pas pourquoi je te le jure » assura Lyëe de sa voix tremblante.

« Je sais que tu dis la vérité » rétorqua-t-elle du voix douce en la lâchant progressivement. « Viens où ils vont se poser des questions de notre absence. Les servantes ne vont pas tarder à arriver. »

Elles accoururent au centre du village. Sur la place où était Athyn, la fille du marabout. Morrigan était fière d’avoir récolté de telles informations. Au moins maintenant elle savait son prénom. Elle serra le poing. Regarda par la même fissure puis par le trou du baril s’il n’y avait personne. Personne. Elle sorti et senti son poing se congeler. Surprise et en colère par ses deux découvertes, (la première étant le nom de la fille qu’elle recherchait donc une information inutile, la seconde étant qu’une forte colère déclenchait en elle une puissance supérieure à celle de la fierté). Elle regarda au loin en direction de la place qu’occupaient les villageois. Tout à coup, les hommes s’agitèrent. Un garde qui devait être caché vers l’avant avait trouvé quelque chose ou plutôt quelqu’un. Apparemment c’était un homme. Et étrangement il ressemblait à… Oh non mais quel abruti ! L’homme qui s’était fait prendre, c’était Ed. Et le pire dans tout ça c’est que les villageois semblaient entamer un début de marche vers la rivière. Le seul problème c’est qu’ils emmenèrent avec eux leur nouvel ami qui était l’intrus de base. Morrigan chercha une idée et se trouna dans tous les sens quand soudain.

Elle se retourna et tomba nez à nez avec une servante qui avait perdu le groupe. Elle avait du mal à porter son sac à patate qui paraissait trop lourd pour elle. La jeune fille de peur eût le réflexe du pas en arrière et de la bouche grande ouverte pour crier. Mais Morrigan mit inconsciemment sa main congelé sur la bouche de celle-ci. Et l’a gela immédiatement. La jeune servante cherchait à parler et à se libérer du bloc de glace que Morrigan lui avait gentiment implanté. L’a voyant dans l’incapacité qu’elle avait à se libérer, Morrigan l’assomma avec le couvercle du tonneau. Celle-ci d’une faiblesse évidente s’évanouit sur le champ. Morrigan eut une idée de génie. Elle retira de la servante ce que l’on peut qualifier de vêtement puis la plaça dans le tonneau. Elle l’enferma avec une fine couche de glace qui bloqua instantanément l’opercule. Puis elle prit le sac à patate et y dissimula ses beaux vêtements après avoir enfilé les guenilles que portait la servante.

Quelle classe. Morrigan en servante. Si ce n’était pas pour cette fichue malédiction elle serait déjà partie. Mais bon, puisqu’elle était obligée d’être à son tour une faible d’esprit, elle chercha le groupe des servantes. Elle descendit les nombreux escaliers qui formaient le petit muret. Elle utilisa son ouïe pour les rejoindre. Il suffisait de marcher toujours tout droit. Par contre il était vrai que les patates à la longue c’était lourd. Mais qu’à cela ne tienne elle les retrouva et, par chance, elles étaient toutes munies d’une corbeille ou d’un gros sac à patate. C’était surement des provisions pour le voyage ou pour une offrande. Difficile à définir quand on ne connait pas les coutumes. De toute manière pour le moment ça importait peu à Morrigan. Tout ce qui importait vraiment c’était qu’il ne fallait pas se séparer d’Ed auquel cas ils mourraient. Morrigan trouva incroyable le fait qu’elle réussisse si bien à se fondre dans les servantes. Ou alors c’est que les servantes iraient elles aussi au sacrifice. Si c’était le cas, c’était encore un nouveau problème qu’il aurait fallu régler. Mais ils n’y étaient pas encore. Alors tant que les servantes suivaient l’intrus c’était bon.

Un villageois prit la parole, c’était peut-être ce fameux Zhuü, il se mit en hauteur de sorte à être bien vu et entendu de tous, il vociféra une parole que Morrigan ne perçue pas. En même temps, elle se concentrait pour voir dans quel état se trouvait son fabuleux équipier. Il était dans les vapes le simplet. Et un gros bonhomme le tenait fermement. Au cas où il s’échapperait. Une lueur d’espoir fit esquisser un semblant de sourire sur le visage de Morrigan. Ed bougea lentement. C’est comme s’il était en train de se relever. La tension redescendit quand Morrigan comprit que le garde était en fait en train de le relever pour le porter. Il commença à partir avec le coéquipier sous le bras, au premier sens du terme. Elle dû elle aussi suivre le troupeau de servante qui se dirigeaient elles aussi par chance vers la rivière. Morrigan se demanda ce qu’ils allaient faire à la rivière. Ces interrogations laissèrent place à des hypothèses qui allaient de la traversée de la rivière à l’endroit où les villageois pourraient jeter le corps de l’intrus. L’attente était une fois de plus insupportable. Morrigan scruta le rivage. Ils y étaient presque. Le troupeau stoppa net. L’eau devait être proche. Une brise vint caresser le visage de Morrigan comme dans Pocahontas, mais en mieux. Les hommes se dissipèrent par groupes de deux et ramenèrent des kayaks. C’était assez risqué en temps normal quand on ne sait pas en faire mais dans le cas présent ces kayaks étaient leurs pirogues. Donc dans une rivière calme il n’y avait pas de problème normalement.

Ces kayaks n’étaient que des simples morceaux de bois, ils étaient juste très bien taillés. Ils n’étaient pas très imposants. Ils ne pouvaient contenir seulement cinq personnes. Il faut dire que le village n’était pas non plus très peuplé. Etait-ce la raison ? Possible. En attendant, quatre hommes prirent des rames pour les navires. L’un deux mit Ed et Athyn (la fille du vieux marabout) au centre d’une de ces barques. Puis ils commencèrent à prendre les provisions des servantes pour les mettre à bord d’une seconde embarcation. Ils cherchaient deux servantes pour les accompagner au cas où ces messieurs aient des besoins vitaux à assouvir. Morrigan l’avait compris en scrutant le visage des autres servantes qui n’osaient pas y aller et qui baissaient toutes désespérément la tête pour ne pas être choisie. Morrigan s’avança la tête haute vers celui qui osa demander une telle chose à des pauvres petites. Bien qu’elles étaient des esclaves, elles étaient aussi toutes très jeunes on ne pouvait pas leur donner plus que vingt ans. Par chance Morrigan qui n’en avait que dix-neuf rentrait dans le critère recherché. L’homme s’approcha de Morrigan est l’aida à s’installer dans le canot à vivre. Comme si elle n’était qu’une marchandise. Elle avait envie de se révolter et de tous les mettre K.O. Seulement à l’heure actuelle, ils avaient Ed et tout mal envers lui se répercuterait sur elle. La force était inutile devant tant de monde. Il fallait les éradiquer en silence au bon moment et surtout un par un. L’homme attendit une deuxième servante. Une seule fille ce n’était pas suffisant. Alors ils prirent la plus vieille d’entre elles. Elle devait avoir vingt ans et devait encore être vierge. C’était un constat que Morrigan pouvait faire. Car il y avait d’autres servantes mais elles étaient plus vielles et elles accompagnaient les femmes du village. Celles-ci portaient aussi un collier. C’était surement la marque pour devenir une esclave de maison. Mais le rite de passage était-il celui de perdre sa virginité ? Cela Morrigan allait surement bientôt le découvrir. La deuxième servante s’était installée auprès de Morrigan. Timidement elle lui prit la main et la serra fort. Morrigan à travers cette force qui lui compressait la main comprit que ces hypothèses s’avéraient justes. La jeune fille avait les yeux remplis de larmes qu’elle s’efforçait de ne pas faire couler. Elle regarda pour la dernière fois le rivage qu’elle aimait tant. C’était celui où elle avait grandi. Les femmes, désintéressées par une telle comédie qui était un rite habituel, firent les signes d’adieux aux hommes qui étaient leurs maris. Ceux-ci montèrent à bord et commencèrent à pagayer.

Il y avait en tout deux chaloupes. Celle où étaient Ed et Athyn qui étaient entourés de trois hommes musclés et armés. Et celle des vivres avec trois hommes, la servante et Morrigan. La rivière était vraiment paisible. C’était agréable de voyager dessus. Du moins ce n’était que le ressenti de Morrigan. L’autre servante avait les yeux rivés sur le village qui n’était bientôt plus visible. Morrigan se tourna vers le canot où se trouvait Ed. Celui-ci s’éveilla mais il se rallongea immédiatement. C’était surement l’homme baraqué qui le lui avait ordonné. Athyn, elle, était toujours bâillonnée et ligotée. Elle se trouvait dos à Ed. Celui-ci ne l’avait surement pas vue. Puis au bout d’une bonne heure de navigation, le paysage comme d’habitude se mit à changer. Le paysage se disloqua en puzzle et les pièces tournèrent. Nouveau lieu. Morrigan observa attentivement le changement. Et distingua un morceau de terre qui apparaissait au loin. Elle se retourna pour voir la rive qu’ils pouvaient distinguer avant le changement. Disparue. C’était comme s’ils avaient fait des jours et des jours en bateau. Il n’y avait que de l’eau. Elle se repositionna en direction de la terre qu’elle avait aperçue. Elle s’était tout à coup rapprochée.

Les hommes se préparèrent à débarquer. Les pirogues arrivaient petit à petit près de la nouvelle rive. Deux hommes de chaque bateau sortirent et amenèrent les embarcations jusqu’au bord du rivage. Arrivé au rivage ils attachèrent les pagaies près d’un arbre le temps de décharger la cargaison et de créer un nouveau campement. La servante et Morrigan servaient d’âne pour transporter la nourriture jusqu’au nouveau campement. Tandis qu’Ed et Athyn furent ligotés près de leur nouveau foyer. Morrigan pendant le transfert de la nourriture se mit à parler à la servante pour en savoir plus sur le déroulement de la situation. Elle lui dit :

« Dis-moi par hasard tu sais ce qu’il va se passer une fois le campement achevé ? »

La jeune fille fit une drôle de tête. Et rétorqua :

« Ils vont nous faire devenir de vraies esclaves de maisons en…; elle laissa échapper un sanglot et tremblement; en nous prenant notre fleur. »

Morrigan savait qu’il était difficile pour une jeune fille en fleur de le faire pour une première fois. Ce n’était pas son cas. Mais le temps était passé depuis sa première fois. Et les hommes avaient eux aussi défilés pour être à ses côtés. Quoi qu’il en était Morrigan avait presque oublié cette boule au ventre que peux ressentir un être humain et qui plus est une femme pour sa première fois. Mais là encore ce n’était pas les informations que Morrigan souhaitait récolter. Elle posa le sac de patate et prit le panier que la jeune fille tenait de tout son cœur pour les poser côte à côte près d’Ed et d’Athyn. Morrigan était encore trop loin d’Ed pour lui parler. Puis elles retournèrent vers la pirogue pour continuer le déchargement. Sur le chemin, Morrigan répliqua :

« Je suis désolée mais ma question n’était pas basée sur notre sort. Je voulais savoir pour les prisonniers. Et sur le but de ce déplacement. »

Intriguée elle répondit :

« Mais qui es-tu pour te moquer de notre sort ? »

« Je suis une voyageuse et je suis en mission. Je te libèrerai si en retour tu réponds à mes questions et m’aide à mettre mon plan à exécution. »

La jeune fille planta un large sourire de soulagement et continua :

« Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour t’aider. Le jeune prisonnier sera d’abord torturé et questionné avant d’être exécuté. La jeune fille est une monnaie d’échange contre un puissant remède qui rendrait les hommes du village invincible. Mais il est probable qu’elle soit torturée voire abusée par ceux-ci. Et plus son père mettra du temps à la récupérer plus sa fille perdra des morceaux… »

« Ok, chouette ! Maintenant va falloir de bouger. » Soupira Morrigan

« Quel est votre plan ? » susurra-t-elle auprès de Morrigan

Celle-ci rétorqua :

« Je t’expliquerai plus tard pour le moment le temps presse. »

Le panier que Morrigan portait contenait d’un côté des fruits et de l’autre un sac de céréales. Elle fit la chose la plus recommandée à faire dans ces moments. Elle simula une chute à côté des prisonniers. Ce qui déversa le sac de céréales et les fruits sur le sol. Il y eu une pomme qui atterrit sur les jambes d’Athyn et une autre qui frappa l’arrière de la tête d’Ed. Celui-ci se tourna et vit Morrigan. Morrigan s’excusa près des gardes de sa maladresse et se mit à ramasser un à un les grains de blé. Les hommes se remirent au travail. Et Morrigan chuchota à Ed :

« Bon il va falloir se dépêcher où c’est la fin des haricots pour toi. Tiens prends ce pic et libère toi soit discret mais dépêches toi car une fois les travaux fini ils s’attaqueront à toi. »
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Sam 5 Nov 2011 - 18:15
Le voyage se déroula paisiblement, si on oubliait le fait que j’étais attaché comme un saucisson sauvage et que le guide touristique n’attendait qu’une occasion pour m’écraser la gueule d’un violent coup de pied. J’en vins à le maudire, lui et tout son peuple d’arriérés, rageant entre mes dents le fait que je ne puisse plus bouger. Mes portails pourraient largement faire du dégât dans cette situation, mais ils ne pourraient pas découper mes liens. Je me sentais un peu inutile tout d’un coup. Pour me narguer, mon panneau de signalisation était immobile à deux centimètres de mon nez. Une idée me vint : peut-être que si j’activais son pouvoir à distance, il pourrait traverser une partie du bateau tout en restant coincé sur le fond et peut-être qu’il pourrait se coincer avec un récif ou le sol spongieux peu profond pour au moins arrêter l’embarcation. Comme une sorte d’ancre en fait. Mais ce fut une mauvaise idée et voici les raisons : de une, je ne savais pas où était la Voyageuse. Et je ne pouvais pas provoquer d’irrégularités dans ma conduite vu qu’elle parvenait à me suivre. Peut-être était-elle sur la berge, courant à perdre haleine pour égaler en vitesse les pirogues qui fonçaient sur la rivière paisible. C’était le meilleur des cas. En tout cas, il ne fallait pas ruiner ses efforts. De plus, cette idée n’était pas une finalité en soi. Il fallait, après avoir séparé provisoirement le kayak de ses congénères, que je puisse me libérer et foutre tout le monde dans un coma profond. Et de toute façon, le panneau ne parvenait pas à « ignorer » la matière du navire. Et putain, ce n’était pas considéré comme une véritable surface au même titre que le sol ou des murs. Il ne me restait plus qu’à ruminer mon impuissance (très rare, un homme qui avouait son impuissance) avant la suite du programme.

Donc après que ma colère se soit calmée, il ne me restait plus qu’à comprendre ce qui arrivait, et tant que je le pouvais, à profiter du voyage. Y avait un exode, qui réunissait au bas mot une cinquantaine de personnes (surtout des hommes ; pire, surtout des guerriers). Et ça concernait la fille du mago qui était je ne savais où. Ce dernier avait bien fait d’appeler à l’aide deux Voyageurs parce qu’il semblait qu’on n’avait pas capturé la fillette pour rien. Et que ses agresseurs avaient des moyens, ainsi qu’une motivation sans faille. Je pouvais spéculer, mais je n’avais aucune idée de ce qu’il préparait. Et en tout cas, ça allait être terrible. Les guerriers ramaient comme ils le pouvaient, se dépêchant à toute vitesse. Il y avait anguille sous roche, et j’étais en plein dedans. C’était génial, j’avais le chic pour ces situations où ma vie ne tenait qu’à un fil. Et quand je retournais voir mes compagnons, je me rendais compte que la veille, ils avaient glandé au Royaume dans leur hamac en sirotant un cocktail Miami Dream. Bande d’enfoirés. Essayez de raconter votre histoire à des gens aussi détachés, vous devriez vous sentir très con au bout de votre dixième phrase et de leur deuxième hochement de tête. J’étais donc à court de moyens, il ne me restait plus qu’à patienter. Je ne devais pas m’immiscer dans les pénombres de la colère, ça ne ferait que ralentir mes réflexions. Je sautais mon tour, et il n’y avait que la sérieuse Meï qui pouvait me tirer de l’embarras. C’était la dernière carte que j’avais en main, et il n’y avait qu’elle qui décidait quand est-ce qu’elle devait jouer. Même si pour le moment, j’avais plutôt l’impression que c’était moi, la carte qu’on pouvait piocher quand il le fallait. Je devenais un pari pour elle : devait-elle me libérer au risque de nous griller ou attendre patiemment qu’elle résolve toutes les situations à ma place ? Ca me serait odieux. Rien qu’à cette pensée, les muscles de mon visage se contractèrent. Je ne me réveillerais pas tant que j’aurais balayé tous les soldats. Malheureusement, ils étaient en surnombre. En surestimant ma force et celle de ma coéquipière, on pourrait en battre une vingtaine. Seulement. Ils étaient beaucoup plus nombreux, et qui me disait qu’il n’y avait pas des supers combattants là-dedans ?

Finalement, le rythme des rameurs ralentit subtilement : on arrivait près d’une berge et j’allais enfin pouvoir voir des trucs plus intéressants que du bois taillé. J’en vins à me demander ce qu’ils voulaient faire de moi. Normalement, ils devraient me tuer direct. Mais ils ne l’avaient pas fait. Ils avaient donc besoin de moi ; j’écartais l’hypothèse stupide qu’ils avaient une morale et qu’ils se refusaient de tuer quelqu’un ; on n’emprisonnait pas une jeune fille sans défense avec des principes, comme on ne construisait pas des armes mortelles quand le gibier n’en valait pas la peine. De plus, s’ils voulaient se débarrasser de moi sans me tuer, ils me ligoteraient à un sequoia quelconque juste après m’assommer pour plusieurs heures.

Les navires s’arrêtaient les uns après les autres, et j’entendis quelques cris qui demandaient à ce qu’on sorte les kayaks du sable pour les poser sur le sol de la jungle. Deux paires de bras me portèrent hors de la pirogue pour me poser sur du sable trempé et marron. On déchargea les provisions rapidement (je crus remarquer qu’il n’y avait pas que des hommes, mais en plus deux, trois servantes). Le voyage allait être long d’au moins plusieurs heures. Je faisais confiance à Dreamland pour ne pas nous embêter durant ce laps de temps. Il ne nous réveillerait pas dans quelques secondes. Une nuit, une aventure. Il y avait intérêt à ce que le temps soit dilaté parce que sinon, on n’allait pas rigoler souvent dans le monde des Rêves. Je n’avais pas envie d’être collée à une Voyageuse ; j’avais déjà tenté l’expérience d’ailleurs et ça n’avait rien eu d’agréable. J’allais devoir me dépêcher de résoudre la situation avec les moyens de bord. Je jetai un regard soulagé quand je vis que quelqu’un avait pris mon panneau de signalisation et l’avait planté dans le sable avec un large mouvement vertical. Je faillis lui crier de ne pas être aussi brutal quand je me rappelai soudainement que c’était une arme de guerre. Quelques tentes furent montées. Ce n’était pas juste une pause pour permettre aux rameurs de récupérer leur bras ainsi que s’occuper des derniers détails logistiques. Je pus en profiter pour entendre qu’ils parlaient le même langage que les êtres vivants à Dreamland, même si ils le beuglaient avec un accent rustique, presque naïf.

On me releva soudainement le dos ; j’étais maintenant assis sur le sable, les mains attachés dans le dos avec un putain de nœud trop serré. La corde ou la liane avec laquelle ils m’avaient attaché était solide : j’avais tenté une ou deux fois de m’en défaire par la force, mais ce fut très insuffisant. En retour, ma peau fut mordue par le cordage et fut entaillée à quelques endroits. Maintenant, j’avais mal et j’étais toujours aussi prisonnier. Je furetai discrètement autour de moi pour voir s’il n’y avait pas Meï dans les fougères verdoyantes mais je fis chou blanc. Il n’y avait que des hommes torse nu munis de lances ou de sarbacanes. Pourquoi autant de gardiens ? Peut-être simplement parce qu’ils savaient qu’on avait envoyé des Voyageurs à leur trousse. Et peut-être devaient-ils penser que je n’étais pas seul. Et s’ils me gardaient en vie, c’était pour me faire avouer où se cachaient mes différents complices… Jusque-là, ça se tenait. Mais ils m’avaient amené ici rien que pour me torturer ? Ils voulaient se servir de moi comme otage contre Meï ? Oui, peut-être… Et si je poussais mon raisonnement dans d’autres dimensions, je pouvais y voir un très mauvais malheur : on avait besoin d’un étranger pour se prendre dans la gueule tous les dangers que représentaient cette partie de la jungle. D’où aussi, le pourquoi de ce nombre de personnes avec autant d’armes et le visage aussi sérieux qu’un pape devant une boîte de nuit à exorciser de ses péchés. De toute façon, je n’eus pas à réfléchir longtemps ; une poigne prit mon menton dans un étau et m’obligea à soulever le visage. Le type était peut-être fin mais ses muscles n’en ressortaient que mieux. Ses diverses décorations et peintures de guerre criaient à sa place qu’il était le chef de l’expédition. Il avait le crâne chauve, pas plus de trente ans et son visage crispé me fit comprendre qu’il avait la patience d’un bâton de TNT.


« Bienvenue, étranger. Je me nomme Zhuü. Sais-tu pourquoi nous t’avons gardé en vie ?
_ Je ne sais pas, vous aimez peut-être ma couleur de cheveux…
_ Dis-nous tout sur tes alliés et ton employeur. C’est le vieux sorcier qui t’envoie ? Je sais que c’est lui, je veux juste m’en assurer.
_ Torturez-moi derechef, on gagnera du temps.
_ C’est une bonne idée… Agol ! »
lança-t-il soudainement d’une voix sèche. Le gros bonhomme derrière moi se mit quasiment au garde-à-vous. Zhuü reprit : « Eloigne-le du camp. Et fais tout pour qu’il en dise plus que nécessaire.
_ Très bien Zhuü.
_ Pendant ce temps, je vais aller chercher le Terraformeur. Je ne sais pas quand je serais de retour. Dix minutes, deux jours… On ne sait jamais avec ce vieux fou.
_ Chef…
_ Excuse-moi, je ne blasphèmerai plus… »


Zhuü se retourna et s’en alla d’un pas traînant vers la jungle, tout en donnant quelques ordres à des soldats. Finalement, je n’avais pas bien vu quand j’étais dans le kayak… les soldats étaient environ soixante-dix. Plus encore que ce que je croyais. Ils arrivaient peut-être par vagues. Ce qui n’arrangeait pas du tout mes affaires. Fais chier… Un autre soldat apostropha mon nounours domestique ; Agol quitta mes crampons quelques instants pour s’occuper logistique. Apparemment, ils avaient planté des tentes en attendant leur sorcier personnel, capricieux comme un nuage gris en plein été. Sans savoir quand est-ce qu’il allait arriver… Bande de blaireaux. Ils n’étaient pas très optimistes apparemment vu que le campement était bientôt prêt pour accueillir une centaine d’hommes pour la nuit. Ils avaient amené des peaux de bêtes, ils cherchaient maintenant des bâtons dans leur jungle pas comme les autres. Et moi, j’étais accroché comme un vulgaire sanglier, attendant patiemment que quelqu’un s’occupe de moi. N’empêche, j’avais touché juste sur plusieurs points : ils cherchaient à me faire avouer où se trouvaient mes éventuels compagnons tout en voulant vérifier que l’employeur était ce vioque, plus désespéré que retors finalement. J’aimais pas ces conneries. J’étais mêlé à un truc qui me dépassait d’une montagne et je n’avais pas vraiment envie de m’y immiscer plus que ça. Mon seul souci pour le moment (et je devais avouer que je me surprenais moi-même), c’était que Meï aille bien. Elle était dans le pétrin par ma faute, et je devais me libérer autant pour ma survie que pour la sienne. On ne faisait pas grand cas d’un homme attaché, je ne lui étais d’aucune aide. Me supporter, la pauvre… Il y avait des limites à la barbarie. Mais voilà, je n’avais pas grand-chose d’autre à faire que de regarder la plage et compter les grains de sable emplis de boue. Soudain, une des servantes fit tomber son sac de provisions sur ma gueule (okay, un seul fruit mais ça restait de la persécution). Je me retournais pour lui dire que c’était rien (j’allais tout de même pas l’engueuler alors que j’étais ligoté). Quelle ne fut ma surprise quand je trouvai la tête de Meï dans des habits d’autochtones. Poker face immédiat, rien ne tressaillit de mon visage imperturbable. Les rares soldats qui s’étaient retournés vaquèrent à leur occupation, laissant Meï me parler discrètement tout en me donnant un pic de glace dans la main. Je la remerciai du regard avant de reporter mon champ de vision sur la berge et le campement, comme si recevoir une pomme sur la tête m’avait plongé dans des théories physiques d’un nouveau genre. Avec un pic à glace dans la main. Prêt à servir.

Donc je fus ravi. Meï n’avait aucune chance de me quitter, infiltrée ainsi dans le camp ennemi. Elle pourrait m’apporter tout le soutien dont j’avais besoin, elle était un sacré atout. Tandis que moi… j’étais confortablement installé sur la plage à la merci de n’importe quel enfoiré avec un caillou aiguisé. Faudrait que je pense à la remercier d’ailleurs… Et maintenant que j’y pense. J’avais cru voir un truc dans mon champ de vision quand j’avais incliné la tête. Des cheveux blancs… Je me fis craquer la nuque. Il y avait effectivement une personne à moins de dix centimètres de moi, certainement attachée. C’était la fille qu’on devait sauver. Quelle ironie. Derrière mon cul, à moins de vingt centimètres, dans la même position que moi. Meï devait juste être désespérée. Bon, il était peut-être temps d’en savoir plus. Elle ne devait pas avoir une vingtaine d’années d’ailleurs. Je me demandais comment un type aussi vieux pouvait avoir une descendance aussi jeune, mais à Dreamland, on pouvait marcher sur un ciel multicolore tout en affrontant des rhinocéros champignons accompagnés par un gang d’étoiles rasta. Alors un problème de vingt ans entre deux générations, c’était une bagatelle. Je sifflai entre mes dents pour l’apostropher. Je dû m’y reprendre à trois fois avant qu’elle ne tourne elle-même la tête. Elle était jolie, mais trop innocente. Ses cheveux blancs parfaitement lisses lui tombaient jusqu’aux hanches. Elle était habillée d’un pull légèrement péruvien, manche longue et col roulé. Elle n’avait vraiment pas les habits qu’on pouvait attendre d’une aventurière dans la jungle. Elle comprit que j’étais exactement dans la même merde qu’elle. Elle me parla d’une voix faible pour ne pas qu’on espionne notre conversation. Je ne compris pas ce qu’elle dit. Je pris la parole :


« Tu es bien la fille du vieux sorcier ?
_ C’est mon père qui vous envoie ?
_ Je peux pas dire que je suis en accord avec lui… Sinon, tu sais pourquoi ils t’ont emprisonné ?
_ Ils ont un problème je crois. Ils ont besoin de moi pour le résoudre.
_ Ils veulent te sacrifier à une divinité quelconque ? »
Elle ne me répondit pas mais elle ne parvint pas à étouffer quelques sanglots. Une larme chaude bouillante coula sur sa joue, et elle se mit à renifler. Evidemment, j’avais toujours le chic pour rendre les filles heureuses. A tous les coups, elle était vierge. Si elle s’était éclatée une nuit, elle n’en serait jamais là. On ne sacrifiait pas une fille pas vierge. C’était contraire aux principes ; les dieux restaient des gros pervers dans un sens. Je repris très vite :
« Excuse-moi, je suis désolé. Je m’excuse, je voulais pas dire ça. T’as pas à t’inquiéter, ton père a envoyé des hommes. Tu n’as pas de soucis à te faire. »

Elle réussit à arrêter de chouiner. Elle avait compris qu’il ne fallait pas qu’elle se fasse remarquer. Puis maintenant, elle était certaine qu’il y avait encore un espoir. Le mystère s’épaississait mais la fille croyait vraiment qu’elle allait se faire tuer. C’était fort possible. Je n’étais pas un pessimiste dans l’âme mais les mains des soldats sentaient le sacrifice à des kilomètres à la ronde. Et puis, ils avaient certainement un dessein diabolique derrière. Je ne savais pas lequel, mais j’en étais persuadé. On ne faisait pas bouger plus d’une cinquantaine de personnes pour se faire un barbecue. Mais j’avais d’autres problèmes à régler que m’interroger sur les us et coutumes des habitants de ce village perdu au fond de nulle part. Déjà, il fallait que j’évite de me faire passer sur la table de torture, ainsi que me faire décapiter après que j’aurais craché (ou non) toutes les informations disponibles. Mon destin ne semblait pas reluisant mais je ne parvenais pas à paniquer. J’avais encore mon pouvoir pour me sortir de cette situation. J’avais encore des moyens de résister, et il fallait que je profite de ce que j’avais sous la main pour me donner un destin plus favorable. Même si je ne voyais pas exactement comment je pouvais me tirer de cette situation. Meï avait trouvé une situation plutôt stable. Moi, je ne pourrais plus me mettre un pagne sur la tronche et faire semblant d’être avec eux depuis le début. Ah tiens, je pouvais voir mon taxi qui arrivait.

« Il est temps qu’on discute tous les deux », me sourit Agol de ses grosses dents jaunes. Il me soupesa avant de me mettre à son épaule et de m’amener loin du camp.

Ce type était plutôt costaud, je devais l’avouer. Il devait faire plus de cent-cinquante kilos, et il avait autant de muscles que de graisse. Il portait des tatouages tribaux sur le torse, et ses cheveux n’étaient qu’une longue ligne touffue qui se terminait en tresse derrière son dos, comme un parfait petit huron. Sa peau était plus jaune et huileuse que les autres (un symptôme parce qu’il aurait trop mis d’huile pour des duels au corps-à-corps ?). En tout cas, ce n’était pas une danseuse ballerine. Je ne voyais pas comment il pourrait me torturer sans me faire un grand trou dans l’estomac ; il avait pas le profil de l’emploi le bonhomme… Il m’emmena à pas lents loin en dehors du camp, commençant à s’enfoncer dans la jungle tout en restant proche de la berge. Il semblait qu’il craignait un peu cet endroit. C’était intéressant à savoir, même si je ne pouvais rien en tirer pour le moment. Je sentais toujours le pic à glace dans les mains mais il me fit douter. Est-ce qu’un peu de glace solide pourrait découper ces liens ? Il y avait intérêt. Pour mon bien. Je respirai un grand coup ; si je ne parvenais pas à m’échapper, je risquais le bambou sous l’ongle ainsi que la potence. Je devais bien jouer mes atouts.

On déboucha soudainement sur une cabane, loin de tout. Deux soldats finissaient de combler les espaces vides avec de la mousse. Ils arrêtèrent de travailler quand le colosse de bronze passa près d’eux. Ils échangèrent deux trois phrases que je ne retins pas avant qu’ils repartent vers le campement. Je devais les remercier pour m’avoir créé une habitation de fortune spécialement pour me torturer. C’était trop d’honneur pour moi, il ne fallait pas… Il y avait encore un homme à l’intérieur de la petite maison faite avec du bois sec. Il aida son lieutenant à me prendre et à m’attacher à une longue poutre collée sur le mur. Par mesure de précaution, j’avais caché le pic à glace dans ma manche, loin des doigts qui défaisaient mon nœud pour me le refaire dix secondes après. J’étais maintenant attaché à la poutre et j’attendais patiemment mon sort. Le troisième soldat quitta à son tour la maison et resta proche de la porte pour faire le guet. Ils me sous-estimaient, vraiment dommage pour eux. Je me demandais pourquoi ils avaient créé une maison plus élaborée et aussi loin des autres juste pour me torturer. Il était vrai qu’entendre des cris provenir d’une cabane n’était pas le summum du chic niveau ambiance. Mais de ça à s’isoler à plus de cent mètres ? Ils avaient un problème avec les environs. Mais je n’étais pas théologien, surtout de tribus imaginaires. Peut-être vénéraient-ils un grand serpent, comme toutes les tribus amazoniennes.

Je sortis doucement le pic à glace dans ma main ; il était temps de l’utiliser. Et par le comble de la surprise (surprise évidente), la glace sous l’effet de la chaleur perdait de sa solidité. Je tentais de découper tandis qu’Agol terminait les derniers préparatifs mais je ne parvenais pas à découper la corde. La glace se mit à fondre dans mes mains avec une patience sadique. Putain de merde ! Je devais dire quoi à Meï ? Que je m’y attendais pas ? Il fallait vite que je rattrape le coup. Au lieu de découper les cordages avec cette glace pilée, je préférais me frotter les mains pour les tremper. Avec un peu de chance, ça rendrait mes mains suffisamment glissantes pour me tirer de ce piège et coller une droite à Agol. Mais d’abord, je devais impérativement gagner du temps. Le temps que la glace fonde jusqu’à qu’elle soit totalement liquide (je n’allais pas faire tomber un morceau de glace sur le sol, ça serait moyen niveau discrétion), et le temps que je me défasse de mes liens, Agol aurait tout le temps de m’arracher un œil avec une pince de garagiste. Pour le moment, il était en train d’inspecter quelques armes de torture plutôt grossières, sorties tout droit d’un cabinet de dentiste de l’Antiquité. Je devais me calmer et gagner assez de temps. Je n’avais pas d’autres idées que de héler mon bourreau dès qu’il s’approcha de moi :


« Hey, tu peux tout me dire ! » Celui-ci releva son visage de ses instruments, surpris. Il me répondit d’un grognement éloquent :
« Pardon ?
_ Tu peux me dire à quel point tu as souffert de t’appeler Agol pendant toute ton enfance. Je n’aurais pas supporté à ta place. Je me serais enfui.
_ Etranger, je crois que tu n’as pas vraiment compris ce qui allait se passer durant ces dernières minutes »
, me dit-il en s’approchant de moi jusqu’à me souffler lourdement au visage. Il ne supportait pas la provocation ; il n’avait pas la tête pleine d’eau mais il n’était pas le parangon de la matière grise. Il me prit doucement le menton pour le serrer entre ses doigts avant de me cracher avec son haleine puant la boue :
« Je vais d’abord te frapper avec la masse là-bas. Je ne m’attende pas à ce que tu parles mais frapper à la tête va te causer des douleurs internes importantes et te déboussoler un peu. Je pense que je vais te casser les côtes les unes après les autres avec l’autre outil sur la table.
_ C’est une blague ? Même pas la pousse de bambou ?
_ La quoi ?
_ C’est pas terrible ton programme. Je peux te donner quelques conseils pour que tu fasses enfin peur. Essaie de m’attacher un œil avec une dent et…
_ TA GUEULE !!! »
Il m’envoya une baffe irlandaise qui claqua dans toute la salle. Je sentis ma mâchoire tenir le choc en craquant. Mes yeux se brouillèrent sous la douleur et une larme apparut. Je crachai un glaviot de sang sur le sol boueux. L’enfoiré faisait mal. Je tenais le coup en me disant qu’une baffe de reçue, c’était un trou dans le nombril en moins ou un coup de massue sur le crâne évité. Il n’avait pas foutu au sol mes lunettes de soleil, ce dont je lui étais reconnaissant. Agol respira profondément, ses épaules faisant un mouvement de va-et-vient tandis qu’il hésitait à continuer ou bien à s’arrêter là. Je lui fournis la réponse en relevant mes yeux et avec un ton grinçant :
« Baffe de merde. Accompagne plus ton geste avec ton épaule.
_ Je t’ai dit de la FERMER ! »


Il m’envoya une autre baffe dans l’autre sens, ce qui m’envoya une décharge de douleur dans la nuque. Il y allait pas au dos de la cuiller. Avant même que je ne commente une dernière fois sa frappe, il m’en envoya une autre. Aucune de mes dents ne céda (par des baffes, c’était tout à fait normal, même si c’était un pachyderme enragé qui vous les envoyait). Par contre, mes molaires avaient déchiré ma peau intérieure ainsi que mes gencives. Même une de mes lèvres était entaillée. Ma bouche ne ressemblait plus à grand-chose après trois baffes, mais rien qui ne pouvait gâcher un sourire sur le long terme. En tout cas, du sang coulait de ma bouche, perlait au coin de mes lèvres avant de s’écraser près de mes pieds dans un silence morbide. Ce type était un costaud de la nature. Il était certainement plus fort que moi d’ailleurs, rien qu’en capacités physiques. Pour une Créature des Rêves aussi banale, c’était étonnant. La douleur me vrillait la joue et s’étendait sur le haut de mon crâne jusqu’à ma nuque. L’écho de la baffe retentissait encore. Malheureusement pour lui, l’eau avait permis d’humidifier mes mains et de les faire glisser à travers les nœuds. Il s’était retourné pour prendre une sorte de petit pieu en bois très finement taille sur une table. Il s’approcha de moi en une enjambée et entendit (avant de voir) distinctement les cordes tomber sur le sol. Il ne put pas faire un geste de plus : une de mes mains avait bloqué son poignet qui tenait l’instrument de torture, l’autre était collée à son visage et le poussa. Avec la surprise, la rapidité d’exécution et ma force, je fis basculer le géant en arrière et lui éclatai le crâne sur le sol dans un bruit lourd. Il était déjà à moitié KO mais je me relevai et lui assénai un coup de pied en plein dans le menton. Il ne bougeait déjà plus. Je l’avais pas tué quand même ? Je me laissais deux secondes pour laisser l’autre entrer, et réfléchir à mes actes. Je devais quitter la tribu tout en restant proche pour ne pas nous assassiner moi et Meï.

Soudain, une hache de guerre grossièrement taillée tournoya dans la salle en déchiquetant ma veste au niveau de l’épaule pour se planter dans le mur dans un Chtonk parfait. Je vis deux silhouettes floues au seuil. Et la seconde d’après, quelque chose exerça une puissante pression sur le ventre et qui me souleva du sol pour me faire valser à travers la pièce jusqu’à me plaquer contre le mur. Je lâchai un gémissement surpris quand mon dos heurta violemment la paroi. Je baissai les yeux ; c’était une pièce de puzzle qui me maintenait contre le mur sans autre forme de procès. Elle appuyait suffisamment sur mon nombril pour m’empêcher de me dégager. L’originalité de cette attaque m’interdit tout autre mouvement. Dès que je fus écrasé contre le mur, la silhouette féline de Zhuü fonça sur moi, m’envoya un coup de poing dans la gueule avant de récupérer sa hache de pierre. Il fit mine de vouloir me tuer avec ; je fis mine d’utiliser mon pouvoir pour me protéger qu’une voix sinistre, vieille, caverneuse retentit dans la pièce comme un ordre divin :


« STOOOP ! »

Zhuü suspendit son geste dans une arabesque figée. Il se retourna avec une grimace pour laisser voir une sorte de momie dans une bure bleu ciel, dont le visage était couvert de symboles blancs. Il avait l’âge, mais les rides étaient encore modestes. Ses pupilles étaient blanches, mais d’un blanc trop éclatant pour laisser croire qu’il était aveugle. Il fit un geste avec son index dans ma direction et deux autres pièces de puzzle me bloquèrent les épaules dans un silence profond. Je ne savais pas pourquoi, le titre de Terraformeur remonta dans mon esprit. Pour eux, un Terraformeur serait quelqu’un qui manipulerait les pièces de puzzle. Evident. Je pariais mon bras que j’avais raison. Il lâcha une petite expiration sèche avant de s’avancer d’un pas impérieux, mais lent. Il avait un charisme certain, et ses dons semblaient impressionnants. J’attendis la suite des événements, passivement. Zhuü mit cinq secondes pour réagir :

« Terraformeur, cet étranger est en croisade contre notre survie !
_ Je sais bien. Il mérite la peine de mort mille fois. Mais nous ne ferons pas couler de sang.
_ Pourquoi ?!
_ Nous avons besoin d’un bouclier contre les pièges qui nous attendent. Nous allons l’emprisonner, et le laisser en vie.
_ C’est une raison ridicule ! Mettons-le à mort de suite ! Il a assommé Agol ! Il veut notre perte ! Comment voulez-vous que je proclame à nos guerriers que nous allons nous cacher derrière un étranger, alors qu’ils sont venus si nombreux pour donner leur vie ?
_ Il suffit ! »
C’était un « Il suffit » parfaitement formulé, qui ne laissait pas d’autres choix à ses interlocuteurs. Zhuü se calma de suite et resta sans bouger le temps que le prêtre reprenne la parole :
« Tu annonceras aux villageois que nous allons utiliser sa vie pour sauver la leur. La véritable raison pour laquelle je ne veux pas qu’il meurt, c’est parce que… » Il s’autorisa une pause, s’avança près de Zhuü et lui chuchota à l’oreille la chose suivante : « … c’est parce que les esprits de la forêt sont proches. » A ces mots, le guerrier se crispa. Il répondit aussi à voix basse, comme de peur de réveiller lesdits esprits :
« Si près ?
_ La fille les attire.
_ Ce n’est pas dangereux ?
_ En tout cas, ne faisons rien qui puisse les énerver. »


La discussion se termina par un point final pesant, ainsi qu’un grognement d’Agol. On le souleva et lui expliqua rapidement la situation tandis que j’étais toujours accroché au mur comme une feuille punaisée. En tout cas, j’étais toujours vivant et ma mort n’était pas prévue dans leur planning immédiat. Je pouvais respirer de la nonchalance de leur sorcier, ainsi que ses esprits de la forêt. Ils étaient attirés par la fille ? Ça devenait de pire en pire cette histoire. Il y avait trop de points obscurs et réfléchir m’avait toujours fait mal au ciboulot. Je n’avais pas à faire le point. Heureusement, Meï était en liberté. J’avais bien peur qu’on ne trouve aucune occasion pour le moment de la libérer. Mais patience était mère de toute vertu. Je ne savais pas qui était cette fille et de quel pouvoir spécial elle disposait.

On me détacha de mes pièces de puzzle et on me ligota une nouvelle fois. Ça ne servait à rien de se débattre, il y avait pas mal de guerriers puissants. Agol faisait une drôle de tronche, un souvenir d’une marque de son agression. Il ne rêvait que de m’éclater la gueule à nouveau, et seule la proximité du Terraformeur m’assurait l’immunité. Le soleil commençait fortement à décliner, tombant dans l’horizon come une goutte dans la mer, le film au ralenti cent fois. On me ramena à la berge, en plein milieu d’un triangle débordant de puissance. Dès que nous arrivâmes au milieu du campement, les soldats se calmèrent pour observer leur grand prêtre. Zhuü hurla le rassemblement général. En moins de dix secondes, une centaine de soldats se tenaient devant nous quatre, aussi silencieux que des morts. Le Terraformeur dominant l’assistance malgré sa faible carcasse se mit à hurler :

« Peuple de Ghé ! Nous sommes à la lisière de la victoire ! » Acclamation. Forcément. Le Terraformeur fit taire tout le monde de sa main. Il reprit : « Nous avons la fille avec nous, nous pouvons commencer à nous diriger vers le sanctuaire ! Cependant, nos ennemis sont proches et les esprits de la forêt sont agités. Il nous faut nous dépêcher ! Nous partons dans moins d’une heure. » Un soldat lambda leva sa lance pour lancer une question :
« Terraformeur ! Pourquoi si vite alors que le soleil nous quitte ?
_ Le Dieu Soleil ne posera pas de problèmes. Il sera avec nous quand nous marcherons »
, assura le sorcier d’une voix calme.
« Terraformeur ! Vous savez où se trouve le sanctuaire ?
_ Là non plus, nous n’avons aucun souci à nous faire. Préparez-vous pour le voyage de votre vie. Et qu’on m’apporte la fille ! »


La foule hurla une nouvelle fois et se remit au travail. Ils ne cherchaient pas à démonter leurs tentes, ils allaient y revenir rapidement. Je ne savais pas combien de temps allait durer le voyage, mais la nuit allait être d’autant plus longue. Sinon, la fille avait une grande chance d’y passer pendant qu’on serait absents. Je ne trouvais pas Meï des yeux mais elle ne devait pas être loin vu qu’elle avait été obligée de me suivre vers la cabane pour ne pas subir la malédiction. Je regardais la centaine de soldats se préparer avec une rapidité d’exécution exemplaire. Le grand prêtre les surveillait avec une patience millénaire. Je continuais à observer le camp. Certains commençaient à allumer des feux pour se prévenir de l’obscurité mais d’autres soldats tentaient de les dissuader suite à ce qu’avait dit le grand prêtre. Agol mit une minute avant de rejoindre les guerriers pour préparer au voyage. Vu les provisions qu’il y avait, je pouvais en déduire qu’on partait pour un voyage de moins de deux jours. Tout dépendait de l’endurance des guerriers mais on n’amenait pas des provisions si on n’y était pas dépendants. Les servantes allaient avoir du boulot. Je continuais à fureter. Ce que je vis me glaça d’effroi : une paire d’yeux se détachait des fourrés, éclairée par le crépuscule. Ils disparurent l’instant d’après. Des esprits de la forêt ? Les yeux étaient typiquement humains, ouverts. Il y avait un problème pour l’expédition, mais tout problème pour eux serait un avantage pour nous. Zhuü ne put se retenir et demanda alors à son sorcier :

« Terraformeur, vous serez capables des miracles que vous promettez ?
_ Bien sûr Zhuü, je ne t’ai jamais menti et je ne te mentirai jamais. Vois donc »
, termina-t-il dans un ample geste du bras. Je suivis leur regard jusqu’à un panier en oseille, tissé de mains expertes et habituées. Zhuü s’en approcha et recula d’un pas quand le panier se mit à s’agiter. Le prêtre s’avança à son tour et ouvrit délicatement le panier, juste avant de plonger l’autre bras rapidement pour attraper quelque chose à l’intérieur. Il retira une pièce de puzzle grisâtre, qui sentait le soufre et la vieille pierre abandonnée. La pièce de puzzle s’envola dans les airs dans un sifflement aigu mais était retenue par une corde de trois mètres que le Terraformeur serrait entre ses doigts noueux. Il dit :
« Ceci est une pièce du sanctuaire. Qui ne rêve que de retourner à sa place. Il suffit de suivre la direction qu’elle nous indique. Ça sera notre boussole, et c’est toi Zhuü qui aura l’honneur de la tenir. » Sur ces mots, il donna avec précaution la corde au leader. Celui-ci l’attrapa : on sentait la résistance de la pièce de puzzle qui était immobile dans les airs, tirant de toutes pâles forces pour rejoindre son emplacement. Plutôt futé n’empêche, la boussole. Pour qu’on se souvienne de ma présence, je raillai :
« C’est mignon, on dirait un gamin et son ballon d’hélium dans une fête foraine. » On m’ignora totalement. Certainement parce qu’ils ne devaient pas savoir ce qu’était une fête foraine, ainsi que de l’hélium. De plus, ils n’étaient pas du genre à péter une durite parce que leur ennemi se moquait d’eux. Ils étaient moins drôles qu’Agol. Je préférais m’abstenir de leur révéler qu’on était espionnés. Une Créature des Rêves ? Un Voyageur ? Pire encore ? Je savais que c’était pire. Mais je préférais caresser l’espoir d’un avenir simple et sans tracas. Zhuü reprit la parole :
« Et pour la nuit ?
_ Tu verras ça quand il fera nuit, justement. Va te préparer, attache l’étranger avec plus de corde et mets-le sous bonne garde. Je vais parler à la fille dans la cabane là-bas. »


Et sur ce, il tourna des talons pour repartir à l’habitation où on avait tenté de me torturer. Zhuü était en train de serrer les dents en regardant la nuque fragile de son supérieur théologique. Il n’avait pas l’air de l’apprécier tant que ça. Décidément, il faudrait prendre en compte de nombreux éléments quand on allait marcher au-devant de la jungle, de ses périls, jusqu’au sanctuaire. Soudainement, je sentis un frisson me parcourir le dos et étrangement, je crus que Zhuü l’avait senti aussi. On se retourna tous les deux pour apercevoir la jungle mais on ne voyait rien. Juste lui et moi avons remarqué cette sorte de… sentiment étrange. Un hululement transformé en caresse, chatouillant chaque zone endogène de la colonne vertébrale, vérifiant chaque vertèbre en une seconde avant de disparaître comme un feu sous une cloche. Pendant un instant, on n’entendit plus rien. Puis nous fûmes de retour : l’agitation du campement envahit nos oreilles. Zhuü resta figé ; il avait peur de cette foutue jungle. Les esprits de la forêt certainement. Il y avait trop de variables dans mon équation, et deux fois plus d’inconnues. Pour faire revenir Zhuü sur terre, je lui dis :

« Hey, t’as un prisonnier à t’occuper. »

Il se retourna comme une excuse et me fit passer devant vers sa tente personnelle. Il fallait que je me repose. Dans une heure, j’avais l’impression qu’on allait en voir de toutes les couleurs.
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Mar 15 Nov 2011 - 10:39
Après avoir donné un pic de glace, qu’elle avait fait discrètement, à Ed, Morrigan se releva avec le panier de pommes. Ce qu’elle avait omit dans une chute de pommes, c’est qu’elles se dispersent un peu partout. C’est-à-dire autour du panier, mais aussi dans des endroits inimaginables comme à l’autre bout du camp. Comment ? Grâce à leur super système de rebondissement. En fait, il y a quelque chose que personne ne sait, si les pommes dans la vraie vie roulent bien sur le sol, à Dreamland elles seront de vraies boules rebondissantes. Et n’oublions pas qu’il y avait deux sacs dans son panier. Un de pomme, l’autre de céréales. C’est frustrant de marcher sur la nourriture sans s’en rendre compte. Surtout que, pour le coup, c’était les vivres de beaucoup d’hommes. Pas des petits paysans qui vous courent derrière avec un râteau, hein ! Mais les grands, les musclés et les rapides guerriers. Autant dire que Morrigan avait intérêt à faire gaffe à ces faits et gestes. Surtout que pour le moment elle était sous couverture. Bon d’accord ce n’était pas la meilleure des idées de se faire passer pour une esclave mais bon on fait avec ce qu’on a. Morrigan n’avait pas tellement le choix en même temps. Si son coéquipier était plus attentif à ce qui l’entourait, elle n’en serait pas là. Donc elle continua le ramassage de nourriture sous les yeux de quelques officiers qui apparemment avaient un problème. Morrigan avait remarqué depuis un petit moment leurs regards. S’étaient-ils doutés de sa véritable identité ? Tout portait à croire qu’on l’avait démasqué. Alors pourquoi ils n’agissaient pas ?

Morrigan se hâta de tout remettre en place avant un autre désastre. Surtout si celui-ci venait d’Ed. Une fois terminé ou presque elle se remit au travail et rejoignit la jeune esclave. Celle-ci portait encore des sacs. A l’instant où Morrigan l’avait rejoint celle-ci fit tomber par mégarde le gros sac à patate qu’elle avait déjà peine à porter. Les gardes se moquèrent d’elle et lui jetèrent les pommes de terre dessus. Morrigan reconnu là, encore et toujours, la faiblesse masculine. C’était pitoyable. Ils ne valaient rien et ils se permettaient pourtant de martyriser la pauvre fille. Surement pour se sentir supérieur. C’était une sensation qu’ils avaient dû oublier, vu la façon dont ils en riaient. Morrigan se précipita et prit l’élan pour aider cette pauvre pouilleuse qui n’osait même pas se défendre. Mais elle se stoppa net. Elle se rappela que de toute façon ce n’était pas son problème majeur, mais qu’en plus elle était dans un déguisement qui ne lui permettait pas de l’ouvrir devant des gardes, qui plus est, qui étaient des hommes. Même si elle les considérait comme des moins que rien, en l’occurrence c’était surement l’image qu’elle reflétait à leur yeux. Puis, il ne fallait pas se dévoiler. S’ils n’avaient que des soupçons à son sujet, elle avait encore une possibilité de se rattraper et de ‘’prouver’’ qu’elle était des leurs, même si c’était totalement faux. Le principal était de gagner leur confiance tant qu’ils étaient dans leurs naïvetés.

Soudain, elle redressa la tête et vit au-delà des autochtones quelque chose d’encore plus inquiétant que la situation où elle se trouvait actuellement. En effet, elle mira l’horizon. Et dans le merveilleux ton rose du ciel, qui marquait le commencement du coucher de soleil, et qui touchait délicatement la rivière, apparu une nuée sombre. Telle la brume, ces ombres se rapprochaient de plus en plus vite. Les villageois n’avaient pas l’air inquiet pourtant. Morrigan analysa la situation en profondeur. Si l’ombre qu’elle voyait à l’arrière ne les effrayait pas c’est que celle-ci était une chose qu’il connaissait. Le brouillard se leva sur les silhouettes sombres laissant place à d’autres hommes sur des péniches. Au début, il n’y avait que deux autres barques. Quand l’une d’elle s’arrêta et fit un signe vers l’arrière. Tout à coup, l’immensité. La rivière se remplit en un instant de pirogues. Il devait y avoir au minimum une cinquantaine d’hommes. Leur nombre s’était démultiplié en moins de vingt minutes. Il était vraiment de plus en plus l’heure de partir et de quitter ces villageois. Morrigan se retourna avec l’espoir de voir Ed libéré. Mais à sa plus grande déception, il était encore assis près d’Athyn, la jeune fille qu’ils devaient tout deux sauvé. Par ailleurs, pendant que Morrigan cherchait des solutions, monsieur faisait du gringue à la jeune demoiselle en détresse. Que faire ? Il était déjà trop tard pour se battre. Ils étaient trop nombreux. Il fallait absolument rester fondu dans le paysage. Les nouveaux arrivés débarquèrent eux aussi. D’autres esclaves les avaient accompagnées. Elles avaient l’air plus jeunes et beaucoup moins expérimentées que l’esclave précédente. Qui, elle était encore avec ces pommes de terre. Morrigan alla prendre le dernier sac de la barque sous le regard pervers des deux gardes. Elle se dépêcha de rattraper la jeune esclave à qui elle avait déjà parlé. La jeune fille qui était humiliée par l’histoire qui venait de se dérouler sous le regard froid de Morrigan lui dit soudainement :

« Pourquoi ne m’as-tu pas aidée ? J’étais pratiquement en larme et tu n’as rien fait. Je croyais que tu me défendrais comme tu me l’avais promis. Mais tu n’es qu’un imposteur»

Morrigan comprit l’importance des mots qu’elle lui avait dits précédemment. Elle l’a regarda attentivement et chuchota d’un ton sec :

« Je suis désolée mais j’étais obligée, ils allaient découvrir ma véritable identité. Et puis j’avais promis qu’ils ne toucheraient pas à ta virginité. Je n’ai jamais dit que j’allais devenir ton garde du corps. »

Elle tourna la tête pour voir si aucuns gardes n’arrivaient. Elle se mit face à Morrigan et lui tendit la main en rétorquant :

« Tu as raison excuses moi… Au fait, je ne me suis pas présentée… Je m’appelle Valïa, je suis la plus vieille des esclaves non usées et toi ? »

Une nouvelle fois Morrigan dû se présenter. Mais elle n’utilisa pas le même nom qu’elle avait donné à Ed. Elle en inventa un autre. Un nom de gentille pour une fois. Elle se dit que de toute façon si Valïa survivait à cette expérience, elle resterait une esclave et qu’il n’y avait donc aucun problème à lui mentir. Aucunes conséquences et par-dessus tout aucunes chance que celle-ci l’a poursuive. Mais il valait quand même mieux rester prudent. Les arbres ont des oreilles. Elle regarda à gauche puis à droite. Enfin elle regarda derrière elle puis lui répondit :

« Je m’appelle Lyria. Je suis voyageuse mais ça je te l’ai déjà dit. »

La jeune fille sourit de sa nouvelle ‘’amitié’’ avec une voyageuse. Il n’y avait vraiment pas de quoi être fier. Morrigan n’était même pas là pour elle. Valïa n’était que l’intermédiaire entre elle et la fin de l’histoire. Ce n’était peut-être pas comme ça qu’elle voyait les choses pourtant elles étaient belles et bien comme cela. Elles finirent enfin par poser les derniers sacs de nourritures à terre. Morrigan eut l’impression qu’il manquait quelque chose. C’est en redressant son dos qu’elle ne vit plus Ed. Elle bascula sa tête afin de le retrouver au plus vite. Et là devant ses yeux, elle repéra l’indigène qui plus costaud qu’une montagne, portait sur son épaule son frêle et gringalet coéquipier. Du moins, c’est l’apparence qu’il donnait aplati dans le biceps droit de l’homme. Une chose était sûre. Cet homme était en train d’emmener Ed dans un autre endroit. Seulement s’il partait trop loin, les voyageurs pourraient en mourir.

« Qu’elle malédiction de mer** ! » Pensa Morrigan dans son for intérieur.

C’était à croire qu’il le faisait exprès le bougre. Elle chercha une issue afin de le suivre. Mais la parade semblait assez difficile. Le moment était venu. Morrigan devait faire une entorse au règlement des esclaves. Elle se dit qu’au pire elle suivrait son instinct. En espérant qu’il ferait toujours sa force comme elle en avait l’habitude. Elle se rendit vers le petit sentier qui menait vers la forêt. Au début, elle longea le campement derrière des buissons ou des arbres. Mais c’était trop long. Bien que la montagne qui portait Ed n’aille pas bien vite, il fallait quand même ne pas les perdre de vue. Elle accéléra donc le pas, tout en essayant de ne pas se faire remarquer. Morrigan avait oublié une chose dans sa petite course de ninja furtif : un garde au milieu du sentier. Celui-ci devait attendre depuis une demi-heure en plein sur le passage afin de ne laisser personne passer. Il n’avait pas l’air très intelligent. La ruse serait peut-être un atout face à cet individu gênant. Elle s’avança donc doucement et calmement. Elle s’immobilisa instantanément. Une idée lui avait traversé l’esprit. C’était tellement stupide que ça pouvait fonctionner. Elle retourna vers le centre du campement et pris le premier panier en osier qu’elle trouva. Elle revint sur ses pas et se retrouva face à l’officier. Celui-ci se mit encore plus en travers de la route. Elle initia sa ruse en jouant la pauvre petite servante perdue avec son panier. Le garde qui s’efforçait de rester à son poste joua l’imperturbable. Il aboya :

«Ce chemin est interdit à l’accès ! Que fais-tu ici esclave ? J’espère que tu as une bonne excuse sinon je serais contraint de te punir. »

Morrigan baissa la tête en direction de son panier en osier. Elle prit un fruit et le contempla. Elle lui tendit doucement. Il ne bougea pas. Celle-ci s’approcha furtivement pour qu’il le prenne. Il resta immobile. Elle réussit tout de même à poser dans le creux de sa grosse main velue, la pomme qu’elle tenait de son panier. Puis, elle recula à la même allure. Elle releva la tête et lui sourit. Elle rétorqua à ce gros gorille :

« Je suis chargée de faire de la cueillette car comme vous le voyez mon panier est quasiment vide. Et l’on m’a dit de vous apporter un fruit pour vous renforcez du froid qui va s’abattre sous peu. »

L’homme eut un doute et lui demanda clairement :

« Qui t’as chargé de ça ? »

Morrigan dit soudain le premier nom qui lui vain à l’esprit. Ça devait obligatoirement être un homme puisque les femmes ne commandent rien.

«Maître Zhuü »

« Si c’est le maître… Alors vas-y mais ne tardes pas trop ! »

Elle se surprit elle-même pour la mémoire flash qu’elle possédait. Ce nom qu’elle croyait inventer, était bel et bien le nom du chef de la tribu. La chance semblait enfin lui sourire. A l’instant où elle se mit à penser à la force de son instinct, elle ressentit une mini douleur qui lui rappela que le temps lui était compté. Elle se hâta donc en direction de la route prohibée. En continuant sa ruse de la cueillette. Elle pivota sa tête pour voir ce que le garde faisait. Il reluquait gentiment notre héroïne. Celle-ci outrée mais à la fois flattée se retourna complètement. Le garde fit de même. Il fit un sourire pervers et regarda les courbes que ces guenilles lui dessinaient. N’essayez pas d’imaginer les choses dégoûtantes qu’il pouvait avoir en tête. C’est tout bonnement écœurant. C’était vraiment des scènes d’accouplements animales. Ces intentions se firent sentir à travers son regard bestial et fougueux qui ne désirait qu’une chose : Sauter sur sa proie. Et il aurait pu. Si Morrigan n’avait pas feinté en faisant semblant que quelqu’un arrivait. Il se retourna immédiatement laissant le temps à Morrigan de se glisser dans le buisson qu’il y avait sur la droite. L’officier qui avait la bave qui dégoulinait aux bords de ses grosses lèvres fut surpris par son supérieur qui le rappela à l’ordre :

« Geaÿ ! C’est quoi cette tête de débile que tu tires ?! Fais ton travail au lieu de rêver bêtement ! Venez Terraformeur, le voyageur est par là nous l’avons enfermé dans la cabane avec Agol pour qu’il lui pose quelques questions.»

Le garde sursauta à ces mots. Il hocha la tête face à son supérieur et répéta sans cesse « Oui chef ! ». Morrigan admirait toujours le spectacle de sa place préférée, celle de la cachette. A croire que ça allait devenir une habitude de devoir se dissimuler. Mais encore une fois, la fortune avait souri gracieusement à Morrigan. Car ce qu’elle prenait pour du bluff s’avéra quelques secondes plus tard une réalité. C’était une sacrée veinarde au final. Mais bon revenons à nos moutons. Le chef, Zhuü, et le vieil homme qui l’accompagnait, qu’il avait d’ailleurs appelé ‘’Terraformeur’’ continuèrent leur chemin. Ça ne disait rien qui vaille à Morrigan. Quelque chose de gros était en train de se préparer. Et malheureusement, Ed devait être une des pièces du puzzle pour résoudre l’énigme de cette quête. Peut-être que ce boulet avait une utilité au fond. En tout cas, si dans son malheur il avait le pouvoir de survivre, Morrigan serait rassurée. Elle s’interrogea sur un point qui était encore un mystère. Quel était le pouvoir d’Ed ? C’était d’ailleurs ce même pouvoir que cette tribu voudrait. Morrigan fut coupée dans sa réflexion interne quand les deux hommes passèrent devant son buisson. Le vieil homme l’avait repéré. C’était une catastrophe. Mais apparemment, le chef, lui, ne semblait pas l’avoir cerné. Elle adopta le seul comportement possible : le silence total. Peut-être le vieil homme avait-il vu un animal, après tout Morrigan était dans un buisson en pleine forêt ça n’aurait pas été si anormal qu’il y ait une bête pas loin d’elle. Ce qui signifiait qu’il y avait peut-être, hypothétiquement parlant, un fauve pas loin. Le Terraformeur reprit sa marche et rattrapa en un rien de temps Zhuü.

Morrigan reprit son souffle. Elle sorti la tête de l’arbuste pour voir l’occupation du gardien. Il faisait ce que son chef lui avait ordonné de faire. Il se tenait droit comme un i et ne se laissa plus distraire. Morrigan en profita pour s’échapper en toute discrétion. Bien que les feuilles semblaient dire le contraire. Elle reprit le chemin et suivit les deux hommes qui étaient au loin. Elle s’avança toujours furtivement. Quarante arbres plus tard, une cabane daigna se dessiner à l’horizon. De l’extérieur elle avait l’air simple. En bois de chêne. Bien taillée. Elle devait être utilisée comme QG secret où tous les plans et les trésors sont cachés. Même si ça paraissait trop facile pour être réel. Quelque fois dans les films ce sont les choses les plus simples qui en imposent le plus. La jeune fille chercha un nouvel observatoire assez proche pour voir et entendre ce qui se disait dans le repère tout en restant dissimulée. Il n’y avait pas trente-six solutions. Mais l’arbre qui était collé à cette fenêtre ferait l’affaire, qui plus est une fenêtre ouverte. Décidemment Morrigan avait le sentiment d’être aussi chanceuse qu’un homme qui trompe sa femme en secret. S’en était effrayant. Mais pour le moment c’était pratique. Donc il valait mieux s’en servir plutôt que de le renier.

Elle grimpa à l’arbre. Au début avec un peu de difficulté, car, le soit disant arbre était lisse comme s’il était en plastique. Mais à l’instant où elle se mit à penser ‘’Ou sont les écorces ?‘’, celles-ci se matérialisèrent aussitôt. Morrigan venait de faire une nouvelle découverte dans ce monde. Le paysage se matérialisait en fonction de ce qu’on avait l’intention d’utiliser. Il se peut donc que le pont soit si fragile à cause d’une personne, inconnue à ce jour, qui aurait suivit nos deux voyageurs. Ou alors ce n’était qu’une banale coïncidence. Elle arriva sur une branche volumineuse et s’allongea dessus. Elle prit aussi des morceaux de feuilles afin de se camoufler. Morrigan une fois prête à espionner sursauta. Un cri avait retentit :

« STOOOP ! »

C’était le vieil homme. La scène était digne d’une pièce de théâtre. Ed était figé au mur par la force du saint esprit, vu de loin. Mais il tenait sur le mur sans attaches apparentes. Zhuü était quelques pas en arrière face à lui et abaissait le bras lentement. Tout de suite après, Ed se retrouva toujours contre le mur, seulement, il y avait des objets pour le maintenir. C’était difficile de définir leur appartenance. Le vieil homme venait de prendre une nouvelle forme. C’était comme un shaman. Les yeux et les cheveux blancs. La puissance émanait de son corps. Et pourtant il n’était pas le chef de la tribu. Bien qu’il en avait toutes les caractéristiques pour l’être. Zhuü pivota vers l’ancien en action et dit :

« Terraformeur, cet étranger est en croisade contre notre survie !

A ces mots Morrigan s’insurgea à moitié. Il était vrai que dans le contexte actuel, les deux voyageurs étaient des intrus. Mais il ne fallait pas oublier qu’ils ne l’avaient pas choisi. Si seulement ces homosapiens n’avaient pas capturé la fille d’un marabout qui les avait ensorcelés, ils n’en seraient pas là à l’heure qu’il est. Morrigan zappa un moment de la conversation dans sa lourde remarque. Quelque chose attira son attention. Une information qui commençait à lever le voile sur le mystère qui se perpétuait déjà depuis trop longtemps. Le Terraformeur continua :
_
Nous avons besoin d’un bouclier contre les pièges qui nous attendent. Nous allons l’emprisonner, et le laisser en vie.

C’était donc ça ! Ed deviendrait leur cobaye pour dévier les pièges multiples de quelque chose d’autre. Mais de quoi ?

« C’est une raison ridicule ! Mettons-le à mort de suite ! Il a assommé Agol ! Il veut notre perte ! Comment voulez-vous que je proclame à nos guerriers que nous allons nous cacher derrière un étranger, alors qu’ils sont venus si nombreux pour donner leur vie ? »

Morrigan gloussa quand elle entendit dire qu’Ed avait assommé la géante montagne qui se tenait bien bas au fond de la pièce. Il avait enfin prouvé qu’il savait se battre un minimum. Un exploit quand on sait que depuis le début il joue le rôle du boulet. L’ancêtre vociféra :

« Il suffit ! » … Petit temps d’arrêt.« Tu annonceras aux villageois que nous allons utiliser sa vie pour sauver la leur. La véritable raison pour laquelle je ne veux pas qu’il meurt, c’est parce que… »

Morrigan tendit l’oreille mais elle n’arrivait pas à entendre, le vieillard chuchotait trop bien pour son âge avancé. Elle s’approcha tellement qu’elle tomba de l’arbre et atterri sur le dos dans un autre arbuste qui se trouvait juste en dessous d’elle et de la fenêtre. Rien de casser. Enfin, Morrigan allait bien. Pour ce qui était autour d’elle, c’était une tout autre histoire. Elle se redressa pour enfin être informé du reste de leur plan. Mais il était trop tard le vieil homme avait déjà terminé son chuchotement. Zhuü en revanche avait une tête d’homme averti. Comme si l’ancien l’avait mis en garde contre quelque chose. Morrigan espérait plus que tout, que pour une fois, Ed aurait eu le fin mot en prouvant de son utilité au sein de l’enquête (si l’on put dire). D’ailleurs, lui avait l’air d’avoir tout entendu. Voire, d’avoir appris plus que ce qu’il n’aurait dû en entendre. Zhüu se remit à déblatérer des questions que Morrigan ne pouvait ouïr. Elle tenta tout de même de lire sur leurs lèvres. Les mimiques ne sont pas si complexes que cela, ils parlaient lentement et ils espaçaient leurs répliques. Tout ce qu’elle put tirer de la conversation se résuma à ces quelques mots :

« Cyprès / Fille / Attise / Dangereux / Bien/ Enerver »

Morrigan en déduisit quelque chose comme ça :

« Un cyprès qu’une fille attise est dangereux et il doit être bien énervé. »

Ça n’avait aucun sens. Morrigan était certaine des mots qu’elle venait de remettre en place dans sa tête. Mais si tout cela était juste. Cela signifiait qu’il y avait un cyprès dangereux en liberté dans la forêt, et qui plus est, qui était bien énervé. La fille l’attisait. Mais quelle fille ? Soudain ce fut comme une illumination pour Morrigan. Tout était clair. La fille du vieux marabout détenait un pouvoir pour attirer un cyprès magique avec une grande puissance, d’où le dangereux. Et il était bien énervé car ces villageois ont enlevé la fille donc il est de nouveau à sa recherche. Et ils ont besoin d’Ed, qui est un voyageur, pour protéger la fille ou pour servir d’appât numéro deux pendant qu’ils capturent le faune. Cette explication un peu démesurée semblait tirée par les cheveux. Mais, au moins, elle regroupait la totalité des personnages et des mystères si longuement réfléchi. Ce qui signifiait que Morrigan était potentiellement en danger, hypothétiquement, car elle était en pleine forêt seule avec ses fruits et son panier. Un nouveau problème s’ajouta à la liste. Brusquement, elle ouï un bruit de porte. Elle se rallongea rapidement dans son meilleur ami, le buisson en attendant que l’orage passe. En effet, Agol en première ligne d’attaque avec son fidèle boulet sur l’épaule, Ed, suivis du grand chef Zhuü et du monstrueux Terraformeur.

Morrigan reprit alors, elle aussi, le chemin toujours en toute discrétion pour ne pas se faire voir ni pour ne pas être trop éloigné de son cher coéquipier. Donc elle continua son périple avec sa corbeille. Elle se sentait presque à la place du chaperon rouge. Il ne manquait plus que la cape rouge et la grand-mère a allé voir et c’était bon. Dans le rôle du grand méchant loup, il n’y avait pas de mystère ça aurait été le cyprès. Il y aurait même eu les trois petits cochons qui piègent le loup et le chasseur (Ed) qui tuerait le monstre à la fin. Quelle belle histoire. Si seulement elle n’avait qu’une seule version. Celle de la victoire du petit chaperon rouge. Tout à coup, Morrigan revint à la réalité et retrouva son cher étendre gardien réprimandé qui était toujours en travers de sa route. Zhuü prévint d’abord la population d’un rassemblement puis à mon noble garde côte de quelque chose, pendant qu’Agol partit devant en solitaire pour déposer Ed à sa place initiale et allait prévenir les autres hommes de leur retour. Quelle belle jambe ça leur faisait. Non mais sincèrement, ces pauvres autochtones étaient traités en esclavage et ils faisaient un dur labeur. Et tout ce que le chien du maître trouvait à leur dire c’était : ‘’coucou c’est nous on est rentré de la promenade’’. Qu’auraient dû-t-ils répondre ? ‘’Elle est cool ta vie, écris un livre.’’

« Mmmh pas mal » pensa tout haut Morrigan.

Elle se surprit elle-même à penser tout haut. Mais elle n’était pas la seule. Et cela elle le remarqua une fois face à la montagne qui lui barrait la route. Zut. Il était trop tard pour reculer. Alors Morrigan fit comme si de rien n’était. Les choses auraient été si simples, si le garde l’avait laissé faire et ne lui avait pas attrapé le bras gauche. Ce geste empêcha Morrigan d’avancer. Ce geste faisait même plus, il immobilisait la jeune fille. La pression de sa poignée était tellement puissante qu’à coup sûr, elle lui laisserait une trace. Elle voulait réagir violemment en lui rendant une jolie bastos dans sa face. Mais en regardant ses vêtements, elle se rappela de sa condition. Son rang actuel ne lui permettait toujours pas de l’ouvrir. Il recommença à baver. Seulement cette fois, sa bave atterrit délicatement sur le bras de Morrigan. C’était trop. Elle allait le planter avec un pic de glace qu’elle se préparait mentalement à matérialiser. Mais le gong sonna la fin du premier round, quand Agol arriva à pic pour sonner la cloche, tel un arbitre de boxe. Il regarda la scène en long, en large et en travers mais ne comprit pas le scénario. Alors il dit :

« Dépêchez-vous, il faut que tout le monde soit rassemblé au centre du campement. Le chef a quelque chose à nous dire à propos de l’expédition. »

L’ogre baveux répondit :

« Attends je dois régler quelque chose… »

Agol l’interrompit brusquement et haussa le ton, il lui aboya dessus tel un chevalier :

« T’es sourd ou quoi ? Je viens de te dire de ramener ton c** au centre du campement ! Alors tu lâches la pouf’ et t’y vas. Tu l’as tronchera plus tard. »

Dit avec tant de grâce, l’horrible gardien n’avait d’autre choix que d’obéir aux ordres. Ce prompt sauvetage créa à Morrigan une dette envers Agol. Elle s’était promit de ne pas lui éclater trop fort la figure une fois qu’elle pourrait se battre. Et puis, elle n’aurait même pas à prendre la peine d’essayer. Ed avait ses petits comptes à régler avec lui. Leur tête à tête n’était pas terminé. Morrigan se dirigea donc au centre, en prenant soin de s’essuyer le bras. Comme tous les autres montons du clan. Quelque chose dans les paroles d’Agol remettaient en question l’hypothèse de Morrigan. Un mot. ‘’Expédition ‘’. Etrange, pourtant ils n’en avaient pas parlé à la cabane. Morrigan voulait en savoir plus. Mais pour cela, il fallait qu’elle aille comme tout le monde écouter leur grand chef. Ce qu’elle fit. Une fois tous les villageois et les esclaves rassemblés, Agol revint à sa place. C’est-à-dire pas trop loin de son maître. Zhuü, lui, ramena l’ancêtre au centre sur une minuscule estrade. Concrètement, elle n’avait pas une trop grande utilité. Mais, c’était mieux que rien. Il fallait juste que le vieux soit un peu plus en hauteur pour paraître plus puissant. Il entama son discours presque comme un politicien :

« Peuple de Ghé ! Nous sommes à la lisière de la victoire !»

Seulement une phrase déclencha une acclamation torride de la part des villageois. Les gens applaudissaient, poussaient, criaient ‘’tu es le meilleur Terraformeur’’, et pleuraient déjà alors qu’il n’avait encore rien dit. Une telle cohue provoquée par la présence d’un seul homme. C’était incroyablement émouvant. Du moins c’est ce que l’ambiance tendait à faire croire. C’était comme l’or d’un concert. Il fit un geste majestueux qui boucla le clapet de tous ses innombrables fans en délire. Puis il reprit :

« Nous avons la fille avec nous, nous pouvons commencer à nous diriger vers le sanctuaire ! Cependant, nos ennemis sont proches et les esprits de la forêt sont agités. Il nous faut nous dépêcher ! Nous partons dans moins d’une heure. »

Un soldat inquiet prit la parole :

« Terraformeur ! Pourquoi si vite alors que le soleil nous quitte ? »

« Le Dieu Soleil ne posera pas de problèmes. Il sera avec nous quand nous marcherons »

Rétorqua calmement l’ancien. Une autre question se fit entendre :

« Terraformeur ! Vous savez où se trouve le sanctuaire ? »

« Là non plus, nous n’avons aucun souci à nous faire. Préparez-vous pour le voyage de votre vie. Et qu’on m’apporte la fille ! »

Les guerriers partirent se préparer au départ de cette nouvelle aventure trépidante après avoir acclamé une dernière fois leur supérieur. Morrigan chercha Ed. Il était bien entouré. A lui tout seul il occupait le chef, l’ancien et Agol. Comme quoi la force mentale est parfois supérieure à la force physique. Agol salua fidèlement son maître et le Terraformeur. Il partit endosser son plus beau pagne. Celui-là, il était fait en peau d’animal rare dans leur jungle. Il était fier de ce pagne. Il avait 10 ans quand il avait tué la bête féroce. Le prestige se forma autour de lui et l’honneur de ses parents grandit. Il s’était toujours dit qu’il ne la porterait que le jour où il accomplirait quelque chose de grand. Alors, ce jour arriva. Il se sentit prêt à revêtir pour la première fois l’honneur de toute sa vie. Pendant ce temps, Zhuü souleva Ed et le traîna de force dans sa tente. Morrigan se demanda pourquoi il l’avait emmené dans sa tente. Pour le moment elle n’eut pas de réponse. La jeune fille fut amenée au Terraformeur. Morrigan sentit que tout pourrait changer. Elle chercha une activité. Quand soudain, Zhuü sortit de sa tente, un homme qui l’avait attendu à l’intérieur venait de lui révéler une nouvelle information des plus intéressantes. Zhuü se devait de vérifier la véracité cette information. Il scrutait les servantes une à une. Jusqu’au moment où son regard se porta jusqu’à Morrigan. Il redressa la tête et sourit avec une idée en tête. Morrigan ne pouvait pas lui échapper. Zhuü s’avança, pas à pas, vers elle. Il croisa Agol, tout fier de son pagne, et lui demanda de voir le Terraformeur pour l’avertir que Zhuü avait une affaire importante à régler. Il devait donc retarder un petit peu le départ. Il s’approcha encore doucement de la jeune fille. Il était trop tard pour fuir. Il était là devant elle. Il alla jusqu’à son oreille et lui glissa sensuellement un ordre qu’elle ne pouvait pas refuser :

« Viens dans ma tente dans dix minutes, si tu ne viens pas tu seras exécutée voyageuse ! »

Il partit le regard vicieux et s’en retourna à sa tente. Morrigan ne comprit pas comment il avait fait pour le découvrir. C’était impossible après tous ces efforts de camouflage. Il ne l’avait pas remarqué une seule fois. Qu’est-ce qui l’avait trahie ? Sa démarche ? Sa manière de converser ? Ou son attitude ? Tout s’embrouillait. Cette obligation à le rejoindre l’a plongea en pleine perplexité. Elle pouvait partir et risquer de mourir. Pour la tuer, il aurait fallu qu’ils l’a rattrapent. Mais le problème était que si elle partait sans Ed, elle mourrait. Et ce n’était même pas imaginable après tant de contention. Elle tourna en rond le temps de ses dix minutes. Tout à coup, le mystère s’élucida. Il n’y avait qu’une personne au courant de son identité de voyageuse. Elle accouru voir cette traitresse pour comprendre son action. Et pour savoir si une fois libre elle devrait la poignarder ou bien lui laisser la chance d’échapper à son courroux.

« Valïa ! » Cria Morrigan

Celle-ci vint timidement à l’appel de son prénom. Elle s’effondra en larme devant la voyageuse et balbutia des choses comme ‘’désolée’’ ou encore ‘’pardonnes moi’’. C’était difficile de comprendre elle couinait tellement. Morrigan lui mit la main sur la bouche de colère mais la retira aussi vite afin de ne pas lui geler. Elle avait besoin de l’entendre. Elle rétorqua brusquement à toutes ces larmes de comédiennes ratées :

«Je sais que c’est toi ! Dis-moi ce qui qui s’est passé ! Et dépêches toi, je n’ai pas que ça à faire ! »

Elle renifla une ou deux fois, s’essuya le nez avec son bras et se frotta les yeux. La peur au ventre, elle conta son histoire :

« Quand tu es partie, j’ai dû me remettre au travail. Mais il y a Chën qui est venu me rejoindre. Au début, je pensais que c’était pour me déléguer du travail comme il le fait toujours. Mais là, il m’a agrippé les fesses et il m’a tiré les cheveux pour m’emmener jusque dans un petit coin éloigné derrière une tente. Je souffrais. J’avais peur. Il me jeta sauvagement au sol et me déshabilla… avec ses dents ! Il souleva son pagne et me força à le regarder se masturber. Chose qu’il ne dit ou fait pas à sa femme. Je fermais les yeux mais il m’obligea de plus belle à regarder. Jusqu’au moment où il s’est énervé et où il a attrapé ma tête. Quand j’ouvris les yeux j’avais dans la bouche et face à moi cette chose horrible… Il fit des vas et viens pendant que je me débattais. Il me força à aller encore plus loin pendant ses vas et viens. Je ne pouvais presque plus respirer alors je lui ai mordue. Il a lâché un cri en l’a sortant et m’a giflé. Il a commencé à dire des trucs dégoûtant qu’il allait me faire. Il me prit violemment et me tourna. Je criais, je le suppliais d’arrêter. Rien n’y faisait. Personne ne venait à mon secours alors… »

« Alors quoi ? »

« Alors je lui ai dit que quand tu reviendrais tu le tuerais pour ce qu’il m’avait fait. Il a ri et m’a rétorqué qu’il n’avait pas peur d’une esclave et qu’il t’attendait parce qu’il avait besoin d’user un autre objet. Je n’ai pas supporté et je lui ai dit qu’il avait plutôt intérêt à avoir peur de toi parce que tu étais une voyageuse et donc que tu me vengerais et après il est partit d’un coup pour… »

Morrigan lui coupa la parole et lui dit sèchement :

« Tu n’es qu’une idiote. Mais rassures toi, il paiera pour ce qu’il t’a fait. »

A ces mots Valïa sourit. Morrigan l’a regarda avec mépris et continua sa phrase :

« Comme tu paieras à ton tour pour ce que tu m’as fait. »

Morrigan se précipita à la tente de Zhuü. Elle traversa tout le village face aux regards des hommes qui bavaient à son passage. Cette tente n’était pas très loin du centre du campement. C’était une petite hutte en paille qui donnait juste un peu d’intimité au chef. Elle ne pouvait pas esquiver cette épreuve. De toute manière, elle était dans l’obligation formelle d’y aller. Car en tant qu’esclave, elle se devait d’obéir aux ordres de son maître. Elle entra timidement mais sûre d’elle et joua encore un peu l’innocente :

« Vous m’avez demandé maître, me voici… »

Celui-ci l’a fit se mettre à côté du feuillage qui devait être l’endroit où il se reposait. Morrigan regarda Ed et lui fit signe de ne pas s’inquiéter. Agol entra, lui aussi. Il prit de nouveau Ed et l’amena ailleurs. Une fois seuls. Zhuü s’approcha furtivement de Morrigan. Elle ne bougea pas. Il se mit derrière elle et dégagea ses cheveux afin de lui délivrer des baisers tendres dans le coup, il remonta jusqu’à son oreille qu’il mordit. Morrigan resta immobile. Bien qu’elle avait eu mille occasions et façons de l’assassiner qui lui venait à l’esprit. Seulement ils avaient toujours Ed. Zhuü commença à tripoter sa nouvelle servante qui se laissa faire. Troublé de son indifférence, il revint face à elle et lui caressa le visage. Puis la gifla. La tête de Morrigan partit sur la gauche. Elle avait l’impression que sa machoire venait de se déplacer. Jamais elle ne s’était sentie si humiliée. Mais elle devait garder sa couverture. Ligotée à Ed elle n’aurait plus aucune chance de s’échapper ou d’agir en secret. Le chef de la tribu lui ôta le bout de tissu qui lui servait de t-shirt dans un silence total. La jeune fille resta calme. Elle le regarda fermement mais sans rien dire. Il enleva alors son pagne. Son sexe était en érection apparemment. Le danger avait l’air de l’exciter. Il savait que c’était une voyageuse. Il savait aussi qu’elle était bien plus puissante qu’il ne l’aurait jamais été. Mais tout de même il osa. Il se rapprocha de la jeune fille, lui caressa la cuisse et remonta sa main jusqu’à ses fesses. Aucune réaction de la part de la jeune fille. Il cessa un instant. Puis, il l’a souleva violement et obligea la jeune fille à écarter ses jambes. Elle était à moitié nue. Il ne lui avait pas enlevé sa jupe. Il la fixa. Ils se regardèrent droit dans les yeux. Elle aimait beaucoup ce genre de situation. Il faut dire qu’elle-même était une violente quand il le fallait. Elle esquissa un sourire timide. Il rougit d’envie et la posa. Il vit dans son regard que ce n’était pas une frêle pucelle. C’est ce qui trahie Morrigan. Il était attiré par les femmes qui avaient de l’expérience. Mais il était aussi le chef. Et en tant que responsable du village, il se devait de faire passer la sécurité des villageois avant ses envies. Il lui demanda sur le coup de l’excitation :

« Parle voyageuse ! »

Morrigan répondit tant bien que mal :

« Je ne suis pas une voyageuse, maître. »

Il remit son pagne afin de ne pas se laisser aller, il réfléchit un instant et rétorqua :

« Tu mens. Et visiblement ce genre de torture que l’on réserve aux servantes ne fonctionne pas sur toi.

C’est bien là, la preuve que tu n’es pas une esclave. Et si tu n’en es pas une tu ne peux être qu’une voyageuse. Alors parle ! Dis-moi qu’elles sont tes intentions ? »

Morrigan le regarda et s’approcha du visage de l’homme. Elle lui caressa les cheveux et joua de plus belle la comédie :

« Vous dites ça parce que vous voulez nier l’amour que j’éprouve pour vous. Depuis toujours, je ne rêve que de ce moment. »

Elle prit la main du jeune homme et l’a mis sur son sein gauche pour lui faire sentir les pulsations de son cœur. Il palpa rapidement puis retira sa main. Il commenta :

« Tu es très forte voyageuse. J’ai presque failli te croire. Maintenant, dis-moi qui t’envoie. Le vieux n’aurait pas envoyé deux voyageurs seuls… Ah. Je crois que j’ai compris tu te laisses faire pour libérer ton petit copain. C’est tellement romantique. Mais ne t’en fais pas tu ne vas pas tarder à le rejoindre. »

Morrigan ri. Il l’a gifla de rage. Celle-ci ne l’obéissait pas, et plus encore elle riait de lui. Les nerfs commençaient à monter en elle. Mais Morrigan se contenait encore. Après tout ce n’était que la deuxième gifle. Il l’attrapa par les cheveux et la souleva. Il devint sérieux et répéta d’un air sadique:

« Et là, tu m’aimes ? »

Il l’a balança au sol. Il se mit sur elle pour l’étrangler.Il bloqua par la même une partie de son corps. Morrigan commença à ne plus sentir l’oxygène passer dans ses poumons. Elle se débattit le plus possible mais en vain. Elle n’eut pas le choix. Elle libéra ses mains. D’abord la gauche, puis la droite. Elle mit sa main gauche sur le visage de Zhuü est utilisa son pouvoir de l’autre. Elle matérialisa dans sa main droite un pic de glace. Elle commença à suffoquer. Son pic de glace n’était pas très solide mais il était parfait pour blesser. Elle lui planta dans le bras gauche. Il fit un bon en arrière de surprise et de douleur, puis s’extirpa du bras la pointe gelée. Il saignait abondamment. Pendant ce temps, elle se releva et remit son haut pour cacher sa poitrine. Il l’attrapa à nouveau et la propulsa hors de la tente. Elle n’eut pas le temps de se relever de ce choc qu’Agol accouru et l’a maintint. Il l’a ligota. Et vérifia que ces mains soient biens liées. Zhuü sorti de sa tente avec le bras ensanglanté. La foule était terrorisée. Jamais personne n’avait blessé Zhuü. Il releva le visage de la jeune fille essoufflée et l’embrassa d’un baiser langoureux sous les yeux des guerriers. Il lui susurra à l’oreille :

« Dommage, t’avais l’air bonne à croquer. Une autre fois peut-être...»

Il recula et ordonna à Agol de la lâcher. Il lui mit un coup de pied dans le ventre. Ce qui l’allongea immédiatement. Elle toussa sa douleur. Elle avala de la terre et de la poussière du sol en une inspiration Il vociféra haut et fort :

« Préparez-vous à partir ! Maintenant on est doublement assuré de réussir cette expédition. »

Ils prirent tous leurs armes. Morrigan releva son buste avec difficulté, étant donné que ses mains étaient liées. Mais y arriva tout de même. Ed se trouvait juste à côté d’elle. Au moins, maintenant ils étaient l’un à côté de l’autre. Pas de la manière espérée, mais c’était un début. Morrigan toussa un peu la poussière qu’elle venait de snifer. Elle repensa qu’elle aurait pu s’en sortir si seulement elle avait joué la carte de la petite pucelle. Elle se sentait désirée par cet homme parce qu’à travers ses yeux il avait lu qu’elle était assez épanouie sexuellement. Elle se tortura une minute mentalement de sa quasi réussite. Puis, elle tourna la tête vers Ed et lui dit d’un air dégoûté :

« On fait quoi maintenant ? »
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Mer 23 Nov 2011 - 20:04
La nuit restait glaciale, et cette impression que la forêt était bien plus vivante que de simples troncs plantés dans la terre me fit frémir. Zhuü me conduisit vers sa tente, traversant le campement qui s’afférait à tellement de tâches différentes à une telle vitesse que je ne compris pas bien ce que les guerriers étaient en train de faire. Je décidais de les ignorer superbement et continuer ma marcher silencieuse, la main de Zhuü frôlant mon dos et mes liens pour me rattraper si je faisais un écart de plus d’un centimètre. Il en profitait pour me guider tactilement. Un de ses serviteurs vint le voir et lui cracha quelques mots à l’oreille dans un langage que je ne compris pas (ou alors que je ne reconnus pas, le guerrier était édenté). Le meneur hocha la tête, avant de le remercier par une frappe amicale sur l’épaule. Le soldat s’enfuit rapidement pour s’occuper de plier ses bagages. Zhuü demanda à un autre de ses hommes de m’accompagner gentiment vers sa tente pour me ligoter là-bas. Il acquiesça de la tête et me prit par le bras en cherchant à me faire le plus mal possible. Ce fut raté mais je préférais ne pas lui dire. On ne savait jamais, il était peut-être susceptible comme 99% de ses congénères (le dernier pourcentage étant réservé au sorcier si pieux). Je ressentis un frisson de sécurité quand j’entrai dans la tente de Zhuü, au même titre que la douleur amicale que le chaton éprouvait quand sa mère l’attrapait par la nuque. Certes, j’étais dans la tente du chef de l’expédition, mais les peaux de bêtes me protégeaient de la vision métaphorique et inquiétante de la forêt, qui devait regarder le campement avec une folle envie de s’amuser. Le soldat me fixa au pilier central qui tenait le tout en me forçant à m’asseoir. Dès que son œuvre fut terminée, je le remerciai gentiment. Il ne me jeta qu’un regard obscur avant de se poster devant l’entrée, jetant un coup d’œil régulier pour voir si j’étais toujours scotché au milieu de l’habitation. Zhuü revint vite, un air satisfait sur le visage.

Une centaine de soldats, c’était beaucoup. Beaucoup trop pour que ça soit innocent même. Mais je n’avais pas l’impression que Zhuü soit la meilleure personne à qui je pourrais demander des renseignements. L’anxiété de tout à l’heure lui avait laissé comme un arrière-goût d’impuissance qui l’avait rempli de colère. J’avais l’impression qu’il savait parfaitement ce qui allait tous nous attendre une fois pénétrés dans la jungle, et qu’il le cachait à ses soldats. Et je ne parlais pas que des esprits de la forêt. Je parlais de vraies bestioles, ou alors de la raison pour laquelle on avait emporté une centaine de soldats et pas une petite expédition plus discrète et solennelle. Je n’avais pas l’impression qu’on allait accomplir un rituel sacré d’une secte religieuse vivant depuis des millénaires, mais plutôt qu’on partait en croisade. Si seulement la centaine d’hommes n’était pas armée pour calmer les doutes étranges qui m’assaillaient. Je notais aussi qu’ils avaient souvent des sabres courts pour se battre efficacement dans la forêt ainsi que des sarbacanes qui permettaient d’attaquer à distance. Attaquer à distance dans une foutue forêt ? Mes fesses, oui. La rivière, je pouvais bien le comprendre. Mais s’encombrer d’autant de sarbacanes pour aller chasser dans la forêt, je trouvais ça stupide. Soit on allait faire un bon bout de chemin en-dehors d’une région débordant de troncs, soit on allait avoir besoin d’elles pour un passage en particulier.

Zhuü était en train de farfouiller dans sa tente qu’on lui avait dressée en un clin d’œil (chapeau les mecs, j’avais besoin d’assistance et de temps pour installer une Quechua dépliable). Il y avait peu d’affaires à lui, mais toutes semblaient vêtir un sens entier et symbolique que je ne comprenais pas (et dont je n’avais strictement rien à foutre, n’en déplaise à leur civilisation d’arriérés). Zhuü semblait farfouiller dans ses affaires à la recherche de je-ne-savais-pas-quoi-et-lui-non-plus. Vision un peu triste, on dirait un enfant qui cherchait un jouet en particulier dans une malle qui ne contenait pas trois articles. A court de patience, il se retourna vers moi. Sa voix claquait comme sa stature fière, mais il ne semblait pas vouloir me frapper plus que ça :


« Tu peux tout me dire.
_ Pas de sofa pour s’allonger ? »
Il ne comprit pas l’allusion et se creusait la tête pour tenter d’être compréhensif. Il abandonna, s’accroupit pour me regarder en face de moi et reprit :
_ On ne pourra pas arriver à un arrangement si tu ne me dis pas tout. Nous pouvons être cléments, t’accorder ta survie et ta liberté. Mais pour ça, je veux tout savoir. Qui t’a envoyé, pourquoi. Et… sous quelles contraintes. » Je ne pus m’empêcher de plisser les yeux à cette dernière phrase. Il me fit une moue amusée et se releva avant de repartir à l’autre bout de la tente, fixant chaque centimètre épars pour vérifier qu’il n’y avait pas de trou. J’avais la subite impression qu’il avait tout compris. D’ailleurs, il me le fit vite savoir :
« Ce vieux fou s’accroche toujours à sa fille. Le Terraformeur est puissant, il pourra annuler la malédiction sans aucun problème.
_ C’est génial. Et qu’est-ce que tu veux de ma part ?
_ La fille. »


Je mis quelques temps à comprendre de qui exactement il voulait parler. La réponse arriva dans la tente en même temps que je fis la réflexion. Meï se tenait devant l’entrée, aussi peu esclave qu’on pouvait l’être, stature droite de celle qui n’hésitait pas à frapper là où ça faisait mal. Oulala, elle venait tout simplement d’être découverte. Je cherchais un endroit où placer mon regard du genre « que nenni, je ne connais pas cette esclave ». Agol entra dans la pièce. Rien qu’à sa seule présence, le poids moyen des habitants de la tente venait tout juste de doubler. Il me défit mes liens et m’emmena à l’extérieur, avec le sourire qui allait si bien aux imbéciles. Il me reposa à une dizaine de mètres et avait posé sa main sur mon épaule pour me faire comprendre qu’il ne serait pas du tout gentil avec moi. Surtout que le Terraformeur était loin, et que la petite fille albinos, absente du camp, l’avait rejoint.

Je me demandais soudainement ce que pourrait faire Zhuü, seul, avec une fille ennemie. La réponse me gifla violemment l’esprit mais je réussis à me contenir. Meï était une Voyageuse et elle saurait se défendre s’il le fallait. Elle n’allait pas se laisser violer par le premier abruti avec une lance venue et je pouvais au moins ne pas me sentir coupable à ce propos. Je m‘inquiétais pour elle. Aussi étrange soit-elle. Bon, je ne pouvais pas la juger sur ce qu’elle avait fait ; mais un seul point m’avait frappé chez elle. Meï était tout sauf son vrai nom. Facile à deviner, ça avait tilté. Quand on demandait son prénom à quelqu’un, elle répondait de suite. S’il y avait hésitation de plus d’une demi-seconde, c’était soit qu’elle réfléchissait à la question pour savoir si j’étais digne de le savoir (et avec ce qu’on avait vécu, on pouvait dire que j’avais mérité ce droit), soit qu’on en cherchait un autre parce qu’on voulait cacher sa véritable identité. Dire « Mo » avant de changer d’avis, ça ne prenait pas. Il faudrait que je lui demande son véritable patronyme un de ces quatre.

Pour le reste, je regardais Agol qui fixait la tente avec un grand sérieux. Il n’était pas con ce type, mais il se faisait juste un peu trop marcher sur les pieds. Ou alors il n’aimait pas prendre des décisions et avoir des responsabilités. Les responsabilités étaient justement parfois plus lourdes que des bœufs, et l’astuce, c’était surtout de savoir comment les porter. Je refis une pensée indulgente pour la Voyageuse qui avait le malheur d’être du sexe fier. Heureusement que Zhuü n’était pas homo, j’aurais vraiment eu l’air con. De toutes façons, au point où ils en étaient, ils devaient condamner avec férocité tout acte gay (et encore, ils ne devaient pas connaître la notion). Il ne me restait plus qu’à patienter, ligoté comme un saucisson sauvage, attendant qu’un drame ne se produise. Et comme je n’avais rien à foutre, je fis ce que tous les gens qui n’avaient rien à foutre faisaient : je regardais un peu partout, furetant pour calmer mon impatience malgré tous les dangers qui m’entouraient. Je remarquai bien vite le nouveau pagne de mon bourreau, orange tacheté, comme un tigre qui aurait bronzé au Bahamas. Je lui fis une remarque acerbe parce que le simple fait de sa présence me faisait chier :


« Il est cool ton pagne. Tu l’as volé à Claude François ?
_ Merci beaucoup. Tu l’aimes vraiment ? »


Okay, il ne connaissait pas l’ironie (ni Claude François d’ailleurs ; il était temps d’arrêter de sortir des références du monde moderne). En tout cas, il était fier de son pagne et était persuadé qu’il m’avait tapé dans l’œil. Sa réponse avait d’abord été plutôt douce pour sa gueule, surpris qu’un ennemi lui fasse la remarque. Il devait le porter comme doudou, c’était plutôt mignon. Je préférais vite changer de sujet, au risque qu’Agol me raconte comment il avait tué la bête qui était devenue maintenant le vêtement le plus ridicule de la création. Comme quoi, Dieu s’occupait aussi du karma des bestioles. Pour qu’un fier prédateur soit réincarné en pagne pour un abruti aux muscles de bison, il devait vraiment avoir fait quelque chose de mal.

Je me rendis compte de la situation : nous n’avions plus de quoi surprendre nos adversaires. Certes, j’avais encore mes portails mais ils étaient totalement inutiles ici. Si je n’étais pas ligoté, tout aurait été différent. Mais manque de bol, mes ennemis étaient des sagouins. Meï était piégée, j’étais piégé. Et si nous étions tous les deux capturés (et encore, je n’étais pas sûr pour elle ; ils pourraient lui réserver un sort plus funeste), alors nous aurions du mal à libérer la gamine, entourée d’une centaine de soldats dans une jungle maudite. Bon Dieu de Merde, si tu étais là, évite de t’éclater de rire devant nous avec ton sceau de pop-corns. Il y avait de ces nuits où on aurait mieux fait de rester devant son écran.

Dans la catégorie « Suspense insoutenable rompu par un suspense encore plus insoutenable », je donnais une bonne note à cet hurlement surpris de Zhuü dans la tente. Agol me laissa seul et courut à la rescousse de son boss tandis que je haussai les épaules devant des soldats abasourdis. Pour eux, c’était une esclave qui était rentrée dans sa tente, et c’était leur chef qui hurlait. Soit il se passait quelque chose d’anormal, soit l’esclave cachait bien son jeu et savait trouver dès les premières secondes le point G de ses partenaires. Je ne pensais pas que ce furent les compétences « sous les draps » de Meï qui aient fait pousser cet ignoble hurlement mais plutôt son pouvoir de Voyageuse. Elle savait qu’elle était découverte, elle n’avait rien à perdre en l’attaquant avec sa glace. Sauf peut-être sa vie. Meï fut éjectée avant qu’Agol ne fut rentré. Je ne la vis pas très bien à cause de ma position mais elle n’avait pas l’air en mauvais état. Le gros tas la maintint fermement, prêt à lui broyer les os si elle osait bouger de façon trop brusque. Zhuü sortit de sa tente la bave aux lèvres et tenta de retrouver ses esprits sans y parvenir. Il s’approcha finalement de la Voyageuse pour lui barrer la bouche de ses lèvres devant tous les soldats qui assistaient à la scène. Ça ressemblait à un point final puéril. Puis il lui envoya un coup de pied en plein dans l’estomac, une réaction bien plus normale qui me fit acquiescer la tête de compassion. Elle était effectivement découverte, mais Zhuü ne semblait pas l’avoir touché plus que ça. Meï était brave, elle n’allait pas fondre en larmes pour un baiser volé, pour un baiser haineux. Elle fut ligotée à son tour, et l’ultime réplique du leader fit rigoler ses hommes avant de les remettre au travail de plus belle. On nous plaça l’un à côté de l’autre pour mieux nous surveiller et on continua à ranger ou organiser ses affaires tandis que le soleil se déplaçait lentement vers l’horizon, traçant sur le sable irrégulier des ombres à peines visibles et rouges. On n’aurait plus de lumière avant même qu’on ne pénètre dans la jungle, si on ne prenait pas en compte les promesses du vieux sage, qui, je l’espérais, n’était pas en train de cuisiner la pauvre albinos à la manière de Zhuü. Mais il semblait avoir la tête sur les épaules ; il n’était pas du genre à faire n’importe quoi à une pauvre gamine qui n’avait rien demandé. Meï tourna la tête vers moi pour me susurrer d’un air de dépit envers elle-même une question à laquelle je n’avais pas réponses. Sinon la seule qui me venait en tête, et qui n’en était pas vraiment une :


« Et bien, nous avons été envoyés pour sauver la fille, et maintenant, nous allons être utilisé pour mener à bien son sacrifice. Il ne reste plus qu’à mettre une photo de nous sur Démotivateur en rajoutant le titre Fail. Et on peut s’attendre aussi à rester l’un près de l’autre pour le restant de notre vie sur Dreamland. Moins dramatiquement, je te conseille de demander à un de tes bourreaux de te rendre ton haut. »

J’avais sorti toute ma logorrhée sans regarder le bustier de Meï, fixant un point droit devant moi que je ne quittais pas pour que le réflexe de regarder mon interlocuteur reprenne le dessus. Je n’étais pas gay, je n’étais pas pudique, mais je me disais que la pauvre Meï ne voulait peut-être pas qu’on matte ses seins à tout-va parce qu’on leur avait fait l’affront de les mettre à l’air. J’avais parfaitement réussi à ne pas trop m’en émouvoir, pensant dans ma tête très fortement qu’il fallait absolument que je pense à quelque chose très fortement. Je me remis en mémoire ce que je venais de lui dire ; je m’étais peut-être trouvé trop sec, trop pessimiste. Je me mordis intérieurement la lèvre, conscient que je n’avais pas le beau rôle dans toute cette mascarade dont je n’appréhendais que le centième. Il fallait que je tente de rattraper le coup de manière joyeuse, optimiste. Nous n’étions pas foutus. Il y aurait très certainement pas mal d’occasions pour qu’on réussisse à échapper à une band de fous furieux en plein milieu de la jungle. Dis comme ça, c’était pas terrible. Garder la tête haute était une chose, mais vu la situation cauchemardesque qui nous attendait, rester utopiste reviendrait à nous faire perdre la vie. Je me repris d’un ton un peu plus conciliant, accompagné d’un soupir :

« Je sais que c’est moi qui a tout fait capoter. Je vais m’occuper de la situation seul, ne te mêle pas plus que ça, ils pourraient décider de te… faire subir n’importe quoi. Au pire, peut-être que ce sont eux les victimes dans cette affaire, ils ont l’air d’agir par vengeance. On va avoir plein d’occasions durant cette balade pour sauver la petiote. Puis dès qu’on l’a, on se barre aussi sec et ça sera terminé, ils ne nous rattraperont jamais. Et après, je te jure qu’on ira liquider ce vieux, ça te branche ? »

Etrangement, je n’avais rien dit à propos de l’espèce de marché que Zhuü avait tenté de me proposer avant que Meï ne rentre dans la tente. Je n’avais pas bien compris ce qu’il voulait me dire par le fait qu’il voulait Meï. J’avais compris qu’il la trouvait à son goût mais je ne voyais pas ce que je pouvais faire dans cette affaire. Et justement, mon carrosse pour la suite de la discussion m’attendait. Deux soldats vinrent me récupérer pour me remettre dans la tente du leader, qu’un guérisseur lambda était en train de soigner. Assis en tailleur, il ne faisait pas un mouvement tandis qu’on lui enlevait son bandage pour macérer sa blessure avec des herbes mâchées, avant de reposer un linge plus blanc et plus volumineux. Zhuü le remercia vite fait d’un grognement à peine dissimulé, avant de lui demander de préparer ses herbes et autres onguents et d’emporter quelques personnes avec lui pour cueillir ce dont il avait besoin ; tout ça sans s’approcher de la jungle qui dévorait toute lumière s’approchant d’elle. Le guérisseur et ses sourcils épais et blancs me dévisagea avant de partir de l’habitacle. Nous étions seuls, le guerrier et moi, et il me fixait. Son expression du visage hésitait entre un sourire ou un sentiment plus frustré. Il ne se releva pas mais prit la parole :

« Tu as réfléchi à ce que je t’ai dit ?
_ Le marché ? Il me semble que vous ne m’avez pas dit en quoi il consistait.
_ Ta liberté contre celle de ta partenaire »
, résuma-t-il sans m’en dévoiler plus. Pour le moment, il semblait peu exhaustif et vu que formulé ainsi, sa proposition ne me tentait guère, je ne relevais pas la suite moi-même. Ce fut Zhuü qui en se relevant continua après un soupir :
« Notre Terraformeur aura du mal à lever le sortilège ; je l’en crois même incapable. Par contre, il peut changer la cible ou les cibles de la malédiction.
_ Je vois, vous voulez vous maudire vous-même en prenant ma place, et ainsi, rester avec l’autre Voyageuse pour l’éternité.
_ Exactement…
_ Et vous n’avez pas peur qu’elle vous charcute, voire vous tue ?
_ Je n’ai jamais peur. Et jamais je n’aurais à l’être dans quelques temps. Alors, qu’est-ce que tu en dis ? Tu devines facilement qu’il nous faut ton accord pour que le changement de cible se fasse.
_ Laissez-moi réfléchir quelques instants. Je vous donnerais ma réponse plus tard.
_ Ça me va. Mais sache que si toi ou ta partenaire se réveillez, nous tuerons l’autre Voyageur dans la seconde. J’espère que ça hâtera ta décision. »


Un cor sauvage mit fin à la discussion et je quittai la tente sous la surveillance attentive du soldat. A ce qu’il semblait, le voyage allait bientôt pouvoir commencer. L’idée de Zhuü était folle. Il semblait l’être un peu aussi mais je ne voulais pas le prévenir plus que ça. Si j’avais demandé à réfléchir, c’était pour avoir la certitude qu’il ne me tue pas à la suite de l’expédition. Maintenant que je pouvais, potentiellement, changer d’avis à tout moment, il allait faire attention à ne pas me tuer. Enfin, ça ne garantissait aucunement ma survie dans la jungle (Zhuü jouait aussi sur le temps, il ne voulait pas garantir ma survie pour que je me grouille dans ma réponse). De toute façon, j’allais refuser. J’avais une mission à accomplir et j’allais la boucler en deux temps trois mouvements. Trahir ma partenaire pour abandonner, ce n’était pas vraiment le plan que je préparais pour l’avenir. Je ne savais pas si je devais garder ça pour moi ou dire à Meï l’avenir qu’avait préparé Zhuü pour elle. J’aurais du mal à lui en parler sans qu’on s’en rende compte, et ça pourrait la dégoûter. J’allais me taire pour trouver le bon moment. De toute façon, tout le camp était en effervescence : l’exode allait pouvoir commencer. La centaine de soldats se pressait devant un monolithe qui tenait à son sommet le Terraformeur et ses yeux blancs comme la neige éternelle. A ses côtés se trouvaient l’enfant albinos, effrayée de voir autant d’ennemis à ses pieds. Je pus remarquer qu’elle avait des tatouages étranges au visage, noir comme de la suie mais qui ne semblait pas indélébile. Un rituel magique. Je voyais à peu près à quoi ils pouvaient servir : éloigner les saletés d’esprits sylvestres qu’elle attirait. Le Terraformeur commença un maigre discours :

« Mes braves, nous sommes aux portes de notre délivrance ! Nous pourrons enfin écarter le danger permanent qui nous menace grâce à cette fille ! Il ne nous reste plus qu’à marcher jusqu’au sanctuaire, et ainsi nous assurerons notre avenir ! Les dieux ne nous protègent plus : il faut donc leur prouver que nous sommes dignes d’eux ! Que commence le périple ! » Si je n’avais pas les mains attachées, je me les serais fourrés dans les oreilles pour ne pas entendre le rugissement de triomphe facilement prévisible. Toutes les lances furent brandies vers le ciel dans des vivats à en déchirer la gorge. Cette exclamation sauvage pour ces quelques phrases sonnaient diaboliques, un public pour un concert sataniste dénué de moral et d’humanité. Profitant d’une baisse de rythme, une lance fut levée encore plus haut dans le ciel, un homme hurla :
« TERRAFORMEUR !!! Combien de temps durera le périple ? Des semaines, des mois, des années entières ? ». Tout le monde s’était tu, attendant la réponse à la question. Le Terraformeur répondit d’une voix d’où était diffus le gêne évident de briser le côté épique de l’expédition :
« Plutôt un peu de moins de dix heures.
_Euh… C’est tout ?
_ C’est dix heures de trop dans cette jungle maudite ! »
répondit-il avec véhémence en levant ses mains vers la nuit naissante, comme pour prouver que ce n’était pas la longueur de l’expédition qui comptait, mais la dangerosité de l’épreuve. Il venait de se faire malmener par cette question qui venait de briser le sérieux et l’héroïsme de la scène, l’obligeant à jouer sur les dangers pour relancer l’intérêt des guerriers pour la quête. Pas qu’ils s’attendaient à crever pour leur village avec un sourire haineux aux lèvres, mais plutôt qu’ils devaient garder leur sérieux intact. Parce que tout le monde avait peur de cette forêt : dense, regorgeant de contes que je ne connaissais pas et dont la plupart semblaient tirer de faits réels. De faits réels édulcorés certainement, pour ne pas trop faire peur aux gens.

Les soldats commençaient à se perdre en chuchotis, se demandant sérieusement ce qui allait leur arriver et si leur bravoure serait intact à la fin. Il n’y avait pas beaucoup de poltrons, mais beaucoup d’appréhension. Ils savaient quelque part que quelque chose allait se dérouler mal dans le périple et ils n’étaient pas impatients de rencontrer les obstacles qui allaient leur barrer le chemin ; parce que s’ils étaient une centaine, c’était bien qu’il y avait une raison quelque part. Mais tous les chuchotements se turent dans un seul souffle quand l’air vibra en une onde de choc subtile et silencieuse, comme un anneau qui se perdit dans l’air après avoir traversé tout le campement. Les mains du Terraformeur bleuir… euh non, blanchir… non plus. Mettons qu’elles se coloraient d’une énergie d’une couleur indescriptible, telle une nuée de vibrations qui prendraient forme dans l’espace et qu’on ne pouvait pas dire d’elles qu’elles étaient transparentes. Le Terraformeur pointait ses mains en l’air, vers la lune qui commençait à apparaître dans le ciel maintenant que le Soleil s’était fait happer par l’horizon. Et petit à petit, avec un grondement céleste à peine perceptible, les pièces de puzzle de la Lune se détachèrent du plan astral à des vitesses différentes, laissant un vide obscur dans le ciel. Le Terraformeur émit un râle et fit tourner ses paumes. Les pièces de puzzle de retournèrent ; et peu à peu qu’elles se retournèrent, le soleil se mit à éclairer les contrées avoisinantes jusqu’à être totalement visibles. Le jour était revenu ; les pièces se remirent dans leur encadrement et tout le monde se faisait aveugler par cette lumière abondante. D’un seul geste, on se retourna vers le Terraformeur. Il tenait debout, il ne tremblait pas et faisait face à la grande quantité qu’il venait perdre avec une force hors-norme. Ce mec avait des putains de couilles et des putains de pouvoir. Dans ce monde, il était quasiment à la limite de Dieu. Il manipulait l’espace avec une aisance incroyable. Je comprenais mieux pourquoi tout le monde le respectait avec déférence, cet enculé. Avec des combattants standards comme Zhuü ou Agol, on aurait moins de mal. Mais avec un vieux qui avait un éventail de techniques incroyables et illimité, la partie allait être sacrément corsée.

Zhuü, énervé que le Terraformeur ne l’ait pas attendu pour le discours afin de rappeler qu’il lui était supérieur, se tenait enfin à ses côtés, encadrant la fille de sa simple présence animale. Il demanda l’organisation du groupe pour la traversée de la jungle qui se fit comme suit : quand les chemins le permettront, les hommes se placeront en rangées de trois sur une trentaine de lignes. Les lanciers se mirent en avant, couvert par les sarbacanes et les épéistes qui tenaient en main des épées d’obsidiennes taillées. La fille et Agol se tiendraient au milieu, puis nouvelle couche d’épéiste, nouvelle couche de sarbacanes et ultime couche de lanciers. Quant à moi et Meï, on se tiendrait tout devant, surveillés par Zhuü et le sorcier de la tribu. Le premier problème majeur de cette organisation qui ne devait pas sauter aux yeux de nos ennemis était le simple fait qu’entre nous (Meï et moi) et notre cible, il y avait une cinquantaine de soldats armés. Et je pouvais aussi contester qu’on se tenait tout devant et que Meï et moi n’avions absolument aucune idée de ce qui allait nous attendre dans cette jungle maudite. Certes, il y avait les esprits de la forêt. On savait au moins ça. Mais nous étions parfaitement incapables de savoir quand et comment ils allaient frapper (s’ils allaient frapper). Sans compter le nombre de créatures insolites qui devaient régner en ces lieux ; où tout simplement les dangers que représentaient ces lieux pour l’homme. La jungle était la forêt qu’on ne pouvait pas domestiquer : elle faisait partie avec les glaciers et les déserts des terrains dangereux pour les hommes. Il pouvait y avoir des tourbières tropicales, des marécages peu avenants et des aspérités qu’on ne pouvait pas prévoir à cause de la faible visibilité. Sans compter le climat, une faune peu amicale et une progression invraisemblable. La pièce de puzzle qui nous servirait de GPS nous permettrait de ne jamais nous perdre ; mais ce n’était pas pour ça qu’on devinerait les dangers que recelaient ses arbres et ses fougères de couleur.

Les hommes se placèrent rapidement sous les ordres de leur meneur. Avec leur impulsion, Meï et moi passâmes au-devant de l’énorme file qui se dégageait de cette centaine de corps. On croisa la petite fille albinos qui regarda ses pieds pour ne pas nous voir ; sentiment de culpabilité ou bien déception ? Elle se rangea au milieu des rangées sous le regard aussi paternel qu’un camion d’Agol. Dès que nous arrivions à la hauteur de la file, deux petites pièces de puzzle apparurent au milieu dans notre dos collé à lui, et longeant notre colonne vertébrale et passant par le col, elles sortirent de nos vêtements (ou pas) pour venir tournoyer autour du sorcier. Un regard peu avenant du Terraformeur me fit comprendre que ces pièces n’étaient pas n’importe lesquelles. Il nous expliqua rapidement que ces pièces étaient des parties de nous, la partie qui concernait notre pouvoir. Et que tant qu’elles étaient hors de nous, nous ne pourrions pas les utiliser. La pièce de MeÏ était d’un bleu cyan réfrigérant, et partout où elle passait, elle laissait un faible nuage de vapeur ; quant à la mienne, elle était sombre et transparente à la fois, comme une vitre fumée. Enflure de merde ; ce tour de passe-passe lui avait coûté pas mal d’énergies semblerait-il. Je vis enfin une goutte de sueur perlé à son front tandis que sa voix se faisait moins caverneuse et plus tremblante. Y avait des limites aux exploits Papy. Agol avait mon panneau de signalisation qu’il bloqua dans son dos par une liane résistante. Cet enfoiré n’allait pas la garder comme trophée tout de même ?! Je savais que mon arme réapparaitrait dans mon dos la nuit suivante, mais voir cet abruti aussi fier qu’un paon saoul parce qu’il m’avait volé mon arme fétiche, ça me foutait hors de moi. Dès que je serais libre, je récupérerais mon bien par quelques mandales méritées. Zhuü se plaça à nos côtés mais le Terraformeur se rangea derrière nous pour pouvoir nous observer. Il portait dans son dos un immense panier en osier qui contenait ses différentes pièces du puzzle spéciales, dont deux étaient nos pouvoirs à moi et à Meï. Et aussi magiques soient ses pièces de puzzle, il pouvait toujours les utiliser comme armes si on esquissait le moindre geste de repli. Finalement, ce fut, comme toujours, dans les faits que je compris à quel point nous étions vulnérables et à quel point notre mission franchissait un nouveau cap de difficultés.

Et on se mit en mouvement. Ce fut beaucoup plus anarchique que ce que j’avais cru, loin des parades militaires du vingtième siècle où les pas étaient millimétrés, chronométrés, et sur le même tempo que des milliers d’autres bottes. On avançait rapidement sous le principe simple que moins on passait de temps dans la forêt et moins on aurait à la subir. Je ne disais pas qu’il fallait courir, mais la marche ressemblait presque à du trot. De son côté, Agol tenait la petite fille par la main pour qu’elle puisse suivre l’avancée. Meï et moi étions devant et callions notre rythme sur celui de Zhuü qui tenait la pièce de puzzle ancestral dans ses mains. La pièce tirait encore plus fortement quand on dépassa la frontière entre la plage et la jungle, comme si elle comprenait qu’elle allait bientôt pouvoir intégrer sa maison. Le ballet sans peu de fioritures de la pièce était étrange. Elle ne se déployait pas comme couverte d’amidon, immobile. Elle bougeait un peu, sous le coup de vibrations étrangères, de mouvements un peu brusques comme si elle possédait une vie quelconque. Mais rien de transcendant, rien qui ne pourrait fatiguer les muscles exercés de Zhuü. Cette pièce d’un gris tirant sur le noir tirait toujours la corde, mais celle-ci résistait à ce traitement sans un bruit.

Le passage entre les différents paysages fut conséquent : de la plage ensoleillée (plus ou moins brièvement), ouverte à une rivière et laissant de la place, nous étions passés à des passages étriqués envahies d’une végétation si dense que dans le monde réel, elle se serait tuée elle-même à cause d’un voisinage trop excessif. Les arbres étaient si hauts et si feuillus qu’ils bloquaient les rayons du soleil, faisant tomber une sorte d’obscurité partielle qui réduisait drastiquement l’intérêt de la performance du Terraformeur. Mais je n’osais pas imaginer ce qu’aurait donné une expédition dans la nuit sauvage, avec ces arbres qui bloqueraient la faible luminosité de la Lune et des étoiles. Ça n’aurait pas été triste en tout cas, et les diverses torches qui auraient été allumé auraient tôt fait de consommer la jungle. Il était totalement impossible de faire un pas sans toucher de la végétation. Les épaules se bloquaient dans les troncs d’arbre, les arbustes poussaient partout, et de tailles variables, obligeaient les guerriers à briser ses branches pour les traverser ; des lianes, des racines démesurées, des jeunes pousses, de la mousse, des feuilles tombées, tout était empilé sur le sol sans d’autre forme de logique que celui d’un adolescent qui rangeait sa chambre sans meuble. Il y avait toujours du lichen trempé pour glisser, toujours une racine prête à vous faire trébucher, toujours des champs de fougères pour bloquer la progression et toujours des branches pour vous gifler. La forêt était de constitution dreamlandienne : à savoir, aucun des arbres ne semblait appartenir à la même espèce, mais ils avaient tous une ressemblance, un point commun général qui nous ferait dire si on les prenait à part : « Cet arbre, il provient d’une jungle tropicale ».

Pour le reste, dans une description encore plus générale, plus macroéconomique et référencée, la forêt était assez haute en couleur mais trop fantastique pour faire partie d’une œuvre de Brussolo ; dans le même ordre d’idées, elle était assez menaçante, mais trop explicite pour être tirée de Lovecraft. Prise à part en oubliant tous les dangers qu’elle recelait, la forêt était belle, sauvage, authentique. Mais imprégnée de ses légendes, de ses magies de temps reculées et des autres conneries qu’on lui avait attribuées, son charme était teinté d’un malaise certain. J’avais l’impression que chaque racine que je violais de ma semelle allait s’enrouler autour de ma cheville pour m’attirer sous un vieux chêne. Finalement, il n’y avait qu’une œuvre de Miyazaki qui pourrait donner un parallèle intéressant avec ce qu’on était en train de vivre : une forêt constituée de milliers d’âmes, visibles ou invisibles, transcendant nos simples croyances. Le danger était potentiellement partout. Il pouvait venir de fantômes, d’esprits, de dieux antiques, des arbres, du sol, de l’air. Seule la présence du sorcier derrière moi me réconfortait. Il était notre ennemi le plus dangereux, mais paradoxalement, notre meilleur allié quand on était confronté à un troisième camp. Zhuü au contraire, était toujours sur ses gardes. Il ne montrait aucun signe de stress, de posture inquiète en dos courbé. Cependant, on sentait bien une rigidité étrange en lui. Il était trop droit pour être innocent. Et il n’arrêtait pas de lancer des regards dès qu’il entendait (ou croyait entendre un bruit). Pour me foutre de lui, j’avais claqué la langue et il s’était tourné en vitesse avant de comprendre. Je reçus un coup violent sur l’arrière du crâne mais je ne me départis pas de mon sourire. J’étais certain que le Terraformeur derrière était amusé de voir Zhuü décrédibilisé.

Autre le fait qu’on ne voyait rien, c’était le silence qui était inquiétant. Le silence de la forêt plus particulièrement. Les hommes faisaient tout pour ne pas faire de bruit, mais une colonne de cent personnes dans une jungle jamais peuplées d’êtres humains ne passait pas inaperçue. Je disais silence, parce que si on décidait tous de s’arrêter, on n’entendrait plus rien de rien. Bon, la jungle émettait quelques sons un moment ou à un autre : déplacement d’animaux qu’on entendant sans voir par exemple. Mais sinon, pas trop d’insectes qui chantaient dans les troncs, pas de vent (normal) qui venait balayer au moins la cime des arbres. Juste ce silence envoûtant, donnant toute la profondeur possible et l’effroi aux sons qui venaient. Un oiseau s’envolait en poussant un cri, et c’était toute la tribu qui tremblait, attendant la prochaine horreur qui allait leur tomber dessus, sans savoir ce qu’elle pourrait représenter et son potentiel de danger. Mais l’impression la plus frappante de ce silence ponctué partiellement, l’impression qui enserrait la poitrine de n’importe qui, c’était cette sensation permanente qu’on était observés, qu’on était la cible d’un œil tout puissant qui nous suivait du regard lentement. Juste cette impression que toute la forêt était en train de nous écouter. Juste cette impression d’étouffement de par la végétation sans savoir ce qui se cachait autour de nous. On pouvait se dire qu’on était une centaine, la forêt avait des dizaines de milliers d’arbres (minimum), autant d’animaux, et un peu moins de dangers. Nous étions cernés par une puissance invisible, et nous ne savions pas quelle était sa force, comment elle allait apparaître. La seule chose que nous savions, c’était qu’elle était présente. Et finalement, c’était peut-être le plus stressant.

La marche dans la forêt était difficile, mais elle aurait été pire encore si on était partis avec des touristes lambdas. Malgré leur pied nu (quand ils n’avaient pas de semelles rapidement élaborées), les soldats marchaient rapidement, conservant un rythme régulier, rapide. Aucun ne tombait, chacun s’adaptait au terrain sans aucune difficulté. Seule la petite fille avait des problèmes mais Agol la traînait plus qu’autre chose. Je venais de me rendre compte que le pauvre guerrier ne devait pas savoir que la pauvre cachait un secret terrible vis-à-vis de la forêt et des esprits sylvestres. Parce que sinon, aucun guerrier ne serait venu la toucher de peur de se faire maudire dès l’apparition des créatures. Quant à Meï et moi, on fonçait dans la végétation comme nous pouvions. Si elle devenait trop dense, Zhuü passait devant et tranchait les branches avec sa hache pour ouvrir un petit passage dans lequel tout le monde s’engouffrait (la forêt, pas Meï). Mais sinon, il n’y avait rien de particulier à noter. Je récoltais quelques petites blessures de çà et là à cause des fines branches qui me mordaient la peau, et ma veste commençait sérieusement à se faire rapiécer de toutes parts par des branchages solides et fins. Cette forêt n’avait aucune pitié. Cela faisait bien une heure qu’on marchait dans ces saloperies sans s’arrêter. Ma condition améliorée de Voyageur me permit d’avoir l’endurance nécessaire mais je savais parfaitement que le jour, dans la vraie vie véritable, je serais en train de respirer comme une grosse loque. Je me demandais soudainement si Zhuü voulut qu’on fasse une pause quand il s’arrêta net, fixant un point haut dans le ciel. Toute la tribu s’arrêta et j’entendis des cris de stupeur effrayés dans toutes les lignes. Le Sorcier prononça à haute-voix les craintes décelées :


« Un Arbre-Monde. »

J’élevai mon regard dans leur direction pour apercevoir un spectacle magnifique. Vous voyez l’arbre gigantesque d’Avatar ? Bah ça ressemblait un peu à ça (un peu moins grand, certes). Malgré le fait qu’il fut éloigné à plus d’un kilomètre, il défigurait le ciel de sa simple présence. Sa circonférence et sa taille devaient se compter en centaines de mètres. Les branches n’étaient qu’en hauteur mais couvraient le sol sur un périmètre incroyable. Je n’arrivais pas à savoir si les feuilles étaient aussi gigantesques proportionnellement ou si elles étaient petites mais incroyablement nombreuses. D’ailleurs, je vis devant nous à quelques mètres une de ses racines, qui serpentaient à travers la forêt : haute d’une trentaine de mètres, on aurait dit un serpent géant avec des écailles en écorce. L’arbre se laissait apercevoir de loin, entre les feuillages des arbres qui étaient déjà conséquents. Nos sequoias géants d’Amérique du Nord pouvaient aller se faire foutre. Ce truc devait produire une ombre pas possible et impressionnante. Une éclipse végétale. J’avais l’impression qu’un malheur arriverait si on devait rentrer dans l’ombre de cette saloperie géante. Pris à part, comme la forêt, cet arbre était une révélation splendide. Cependant, l’effroi des guerriers ne fit aucun doute : il y avait un problème bien tangible avec ce foutu arbre. Je demandais des précisions :

« Y a un problème ?
_ C’est dans l’Arbre-Monde que vivent les esprits de la forêts »
, me répondit d’une voix tout à fait normale le Terraformeur. « Enfin, on suppose. Personne n’en n’est sûr. Nous savons qu’il y en a plusieurs disséminés dans la jungle mais personne ne sait combien exactement. On peut même croire que c’est le seul, vu sous plusieurs angles. La nuit, des feux s’allument dans les branches. Mais ça peut très bien être une autre légende encore. Cette jungle en regorge.
_ Vous êtes sûrs de rien quoi.
_ Tous les hommes s’approchant des Arbres-Monde ont disparu. Cela suffit à les craindre.
_ N’empêche, ils restent gigantesques.
_ Ils sont les véritables graines d’un Arbre-Monde Originel qui faisait cent fois leur taille. De sa mort est née la jungle et ces arbres. Les hommes étaient les singes qui habitaient là-bas et qui y sont partis dès son déclin. Toute la vie de ces contrées vient de cet ancien et immense Arbre-Monde. Et les esprits de la forêt sont apparus après sa mort ; ils sont des fragments de cet arbre.
_ Jolie légende.
_ Ce n’en est pas une »
, conclut avec fermeté le Terraformeur.

Penser que tout cela était vrai me fit froid dans le dos. Je compris mieux pourquoi les hommes craignaient ces arbres : ils représentaient de façon physique les dangers de cette forêt. Et ils étaient enracinés (ahah) dans leur histoire de façon étrange. En gros, les hommes s’étaient détournés de la voix de la sagesse végétale pour vivre ailleurs. Je compris un pan de la culture de leur pays. C’était beau, mais c’était encore plus inquiétant. La sensation que j’avais en marchant dans la forêt, et qui devait être encore plus forte pour tous les soldats, étaient cette peur originelle de marcher sur sa tombe, ou ce qui aurait dû être leur tombe. Naturellement, les soldats craignaient cet endroit parce qu’ils l’avaient abandonné. Et maintenant, ils devaient y revenir, conscients de la gravité de ce qu’ils faisaient. En gros, ils n’avaient vraiment pas le choix et le rituel qu’ils allaient exercer était vital. A entendre le Terraformeur, il en allait de la sûreté de leur culture. Est-ce que c’était la forêt qui les menaçait, ou bien autre chose, d’encore pire, qui les obligeait à braver les interdits ? Je comprenais mieux pourquoi ils ne se souciaient pas de leur nombre énorme. Ils ne connaissaient plus la forêt, elle leur était aussi étrangère qu’hostile. Je me disais qu’il y avait un parallèle trop facile à faire avec le monde réel mais je m’abstins. Je n’étais pas écologiste et me retrouver dans un film pro-vert, ça ne me réussirait pas.

Zhuü demanda vite à ce qu’on contourne cet arbre. Je m’amusai à noter qu’il avait dit « contourner » en attribuant à l’arbre gigantesque une aura particulière, une zone de danger. On se trouvait tout de même très loin de lui, et seule sa taille permettait de l’apercevoir. Je me demandais soudainement pourquoi on ne l’avait pas vu plutôt ; la réponse me souffla que c’était ces pièces de puzzle qui créaient ou démontaient les paysages qui en étaient la cause. C’était certainement ça. J’avais l’impression de jouer dans un jeu vidéo qui se chargeait au fur et à mesure de ma progression, abandonnant les coins où les joueurs n’étaient pas pour les faire réapparaître dès qu’ils s’approcheraient à nouveau. Qu’en était-il de la plage maintenant que nous l’avions quittée ? Et les pièces de puzzle s’occupaient-elles des gens conscients, ou de toutes les formes de vie ? Une mouche qui se baladait faisait-elle partie du paysage ou bien déclenchait-elle des arrivées de pièce juste pour elle ? Les pièces se déplaçaient-elles suivant la vision de l’individu ou de l’animal ? Ou bien pire, personne n’avait les mêmes perceptions des pièces de puzzle ? Cette énigme me donnait mal à la tête et je me mis à percevoir le monde de la façon la plus simple possible : il y avait assurément une dimension spatiale qu’il fallait respecter. Puisque ça marchait dans la forme comme un Royaume normal, alors autant accepter le fait et oublier le fond.

La marche reprit d’autant plus rapidement, en partant en biais vers la droite pour s’éloigner un peu plus de cet arbre maudit, et pourtant si incroyable. On pouvait voir ses branches se balancer au gré des vents en hauteur paisiblement, sans craindre une hache de bucheron. Un problème apparut rapidement quand on s’approcha de la racine : fallait-il la contourner ou bien l’escalader ? La première solution pouvait nous faire perdre beaucoup, beaucoup de temps. Cependant, elle nous éloignait de l’arbre et son extrémité pouvait très bien se terminer dans une cinquantaine de mètres. L’escalader par contre présentait pas mal d’inconvénients : elle allait plutôt être chiante à monter vu que l’écorce pouvait se montrer friable, et le simple fait de scruter cette relique végétale malsaine remplissait d’effroi les plus paranoïaques. Si on les touchait, on risquait de faire venir les esprits de la forêt. Je vis Zhuü et le Terraformeur échanger un regard : ils savaient parfaitement que les esprits de la forêt étaient déjà sortis de leur arbre et nous observaient minutieusement. Si on partait de la croyance populaire qu’ils habitaient bien là-dedans, dans ces troncs gigantesques. Mais quoi d’autre pouvait loger dans cet habitat naturel ? Des animaux ? Des esprits inoffensifs ? Ou pire encore que les esprits de la forêt, des esprits vengeurs qui cherchaient à tuer tous les hommes ? On savait de base qu’il ne fallait pas s’approcher de l’arbre. Qu’en était-il de la racine ? Pouvait-on la toucher sans risques ? Ou bien est-ce que cela déclencherait une vague de fureur chez l’Arbre-Monde et ses habitants ? Surtout du fait qu’on n’allait pas seulement les toucher : on allait les escalader, cent corps allaient passer dessus à grands renforts de râle.

Il était convenu que Meï et moi ne seraient pas sollicités, pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il faudrait nous détacher et que malgré notre absence de pouvoirs, on ne savait jamais ce qu’on était capable de faire. Les gens de la tribu connaissaient mal les Voyageurs et le Terraformeur lui-même n’en avait vu que très peu. Peut-être qu’ils avaient d’autres propriétés qu’une simple capacité ? C’était la première fois que je voyais des personnes aussi ignorantes sur la condition de Voyageurs. Deuxième raison, ils craignaient (et ce, à juste titre pour une fois) que les esprits sylvestres ou autres n’allaient pas se déclencher à notre passage mais qu’ils se défouleraient sur leurs véritables « cousins éloignés ». C’était fortement possible, je le craignais. Et non seulement ils se feraient surprendre, mais en plus nous serions libres. Quelques idées fugitives passèrent, mais elles furent vite ininterrompues par des prises de conscience. Non, on ne pouvait pas faire grimper la petite fille albinos qui était au centre de l’attention de toute la jungle. Non, le vieux Terraformeur n’allait pas monter là-haut tout seul, aussi proche soit-il avec la forêt. Certains le voyaient bien voler avec ces pièces de puzzle pour atterrir de l’autre côté et former un pont avec une corde mais celui-ci déclina l’initiative car il ne pouvait pas soulever autant de poids avec une pièce. Contourner la racine gagna de plus en plus de fervents : on préférait passer plus de temps dans la forêt sans danger plutôt que de provoquer ces derniers pour ne pas forcément gagner plus de temps. Mais Zhuü se mit à hurler à tout le camp :


« Nous n’avons pas le temps ! Nous ne faisons pas tout ce chemin pour déguerpir devant des ennemis qui n’ont pas lieu d’être et à qui on ne veut aucun mal ! Nous allons grimper cette racine, aussi haute fut-elle ! Je grimperai avec le Voyageur et nous redescendrons de l’autre côté en tendant une corde pour que chacun puisse grimper sans problèmes ! Qui nous dit que cette racine a une fin ? Qui nous dit qu’elle n’est pas reliée à un autre Arbre-Monde, ou qu’elle tombe dans une crevasse plus loin ? Nous n’avons pas de temps à perdre à spéculer ! Nous sommes une centaine de vétérans armés ! Nous ne craignons rien ! Que notre peuple avance courageusement comme il l’a toujours fait ! »

C’était un discours hautement épique pour quelqu’un qui voulait escalader une racine d’un arbre un peu grand. Mais je n’avais tiqué que sur le problème numéro un : j’allais escalader avec Zhuü un truc immense. Et si seulement il n’y avait que ça. Derrière cet improbable duo, on m’avait caché une petite astuce pour s’assurer de ma loyauté sans failles. Moi et le leader seraient accrochés l’un à l’autre. Tout était normal jusqu’à présent. La seule subtilité tenait à ça : lui était accroché aux hanches, moi au cou. Mais quelle bande de connards !!! En gros, si je faisais un faux mouvement, on me pétait les cervicales. Si Zhuü faisait un faux mouvement, il me pétait les cervicales. Il ne voulait pas que je fuie comme un lâche : personne ne pourrait aider Zhuü si arriver en hauteur, je le poussais de l’autre côté. Mais ce petit stratagème était là pour m’en empêcher. Dénué de tout objet tranchant, il ne tenait qu’aux autres et non à moi de découper ce putain de fil qui menaçait ma vie sur les plans verticaux. Maudit soit ce peuple d’enculés. Ma vie ne tenait qu’à une prise mal foutue.

Le problème n’était pas l’escalade : j’étais doué en escalade, naturellement. J’étais doué comme toutes les personnes qui avaient de longs bras et de longues jambes, une grande taille et des muscles secs. Et je ne comptais pas les doigts solides. De plus, j’étais plutôt expérimenté (je me mis de suite à trouver un chemin potable sur ce foutu tronc). Mais le risque n’était pas le manque de prises : il y en avait suffisamment pour assurer à un gamin de monter. Maintenant, il ne restait plus qu’à savoir si elles allaient tenir. Il y avait une différence entre des pierres, des prises artificielles et des putains de bouts d’écorces friables. Déjà, mes doigts allaient souffrir. L’écorce assez solide pour supporter mon poids pouvait être coupante. Les barbares n’avaient pas de gants, et de toute façon, ça m’aurait gêné pour la grimpette. On ne me donna que quelques feuilles que je devais écraser entre mes doigts pour engourdir les sensations. Le véritable danger était que l’écorce cède. Si Zhuü tombait, il pourrait compter sur une seconde avant que je ne crève et lâche la prise (il aurait certainement le temps de se rattraper en plus). Si je tombais, je crevais direct et Zhuü pourra découper le lien qui nous rattachait. Leur moyen n’était pas le plus commode, mais ils craignaient plus une trahison de ma part qu’une chute de moi ou de Zhuü. Peut-être qu’une ascension avait déjà été faite et que ce n’était pas si difficile que ça. En tout cas, Zhuü transporta une deuxième corde, très grande, assez pour pouvoir assurer la montée et la descente sans trop de heurts. En gros, on allait monter, puis redescendre, accrocher la corde à un arbre quelconque pour que tous les membres de la tribu puissent escalader e se servant d’elle pour ne pas tomber. Je faisais confiance en leur artisanat pour ne pas confectionner des trucs pourris mais j’avais un drôle de sentiment que je ne parvenais pas à enlever. L’escalade, le viol d’une relique végétale, être seul avec Zhuü pendant quelques instants, cette corde qui me grattait et qui m’empêchait à moitié de respirer…

L’ascension respecta tous les codes qu’on pouvait attendre d’une ascension. D’abord, il y avait beaucoup d’appréhension. Moi comme Zhuü apprenions à maîtriser cet étrange terrain d’escalade. Avant de grimper, on vérifia soigneusement chaque prise pour savoir si elle allait supporter notre poids, on en cherchait d’autres, on revérifiait les mêmes prises puis on s’élançait d’un élan de la jambe. Et c’était reparti… Une jambe après l’autre, on vérifiait ses prises des mains, des pieds, et hop, une autre ascension. Je remerciais la Sainte Nature qui dans son idolâtrie de ma chair ne m’avait pas rendu obèse. Je travaillais chaque prise sans relâche, regardant un instant en haut pour chercher le chemin le plus approprié. Parce que non, Zhuü et moi ne progressions pas sur les mêmes voies. Il y avait largement assez de prises pour cinq personnes, et la chute de l’un pouvait facilement provoquer la chute de l’autre si ces personnes se trouvaient sur le même plan vertical. N’empêche, Zhuü restait un peu plus haut que moi, à deux mètres sur la gauche pour être sûr qu’on ne se piétine pas.

Après une période d’analyse et de crainte, quand on comprit que l’écorce pouvait facilement tenir contre notre poids, on se mit à progresser plus rapidement. Les bouts d’écorce faisaient effectivement mal aux doigts mais ils ne les écorchaient pas aussi violemment que ce que j’avais redouté. Mes pieds tenaient très bien la mesure et si à quelques endroits la semelle se révélait fine, ma plante ne subissait aucun dommage qui aurait pu me rendre la marche future plus difficile. Je n’allais pas me plaindre pour les doigts mais j’aimerais bien avancer le plus rapidement possible… Trente mètres, c’était énorme. C’était un immeuble de plusieurs étages (combien exactement, je ne savais pas), et il fallait qu’on le gravisse avec pour seule protection la corde qui me pendait au cou (il fallait que j’arrête avec ces jeux de mot). On avait déjà fait la moitié et je luttais contre la perspective de regarder en bas. Le haut se rapprochait mais les derniers mètres furent plus compliqués à gravir : l’écorce accusait le virage et devenait plus lisse. Les prises étaient moins évidentes et au lieu de me tenir avec la paume de ma main, j’en étais à me raccrocher avec les doigts. Je commençais à adopter des positions très étranges comme seuls savaient les faire les alpinistes, sauf que je n’avais aucune assurance d’une seconde chance. Zhuü progressait à un bon rythme et je me damnais pour le suivre : il faisait tout pour ne pas ralentir. L’image qu’on donnait à tout instant aux autres était vitale et ce type le savait. S’il continuait à la même vitesse, il donnerait une belle image à son peuple qui l’adorerait encore plus. Je le soupçonnais d’avoir voulu traverser la racine juste parce que le Terraformeur était impuissant devant cet obstacle. J’étais persuadé qu’il ricanerait quand ça serait au vieux de se bouger le cul à grimper à une corde. Et je ne parlais même pas d’Agol et de ses… Tiens, merde, la prise de mon pied venait de se rompre. Ballot.

Je fis une chute de deux mètres. En moins d’une seconde, je compris que j’étais foutu, que j’allais y passer si je ne faisais rien, que Zhuü me regardait avec ces yeux en fente de peur de passer par-dessus bord à son tour sous mon poids, que la foule s’arrêtait de respirer. Puis finalement que mon bras fonça pour attraper la corde à une dizaine de centimètres. Ma poigne se resserra autour du fil avant que celui-ci n’arrêta sa progression. J’avais miraculeusement empêché mes cervicales de se rompre en me tenant à la corde d’un bras, réalisant un peu de mou qui me permit de survivre. Zhuü réussit à contenir le choc de mon poids et arqua ses muscles pour ne pas tomber, certainement en train de prier pour que ses prises tiennent. J’étais en train de me balancer, un bras ballant et l’autre tenant la corde pour éviter qu’elle ne m’étrangle. Avec un petit mouvement de hanches, je réussis à me rattraper à la paroi chitineuse et ôta le poids à Zhuü. J’avais l’impression qu’il voulut me hurler dessus mais la panique de cet instant me frappa enfin au visage. Je restai interdit pendant cinq secondes avant de reprendre l’escalade, en nage. Ça ne se voyait pas, c’était oublié, mais je venais de crever comme une merde.

Cinq minutes plus tard, Zhuü et moi se dressâmes au sommet du tronc, acclamés par les guerriers. Aucune trace d’un truc surnaturel qui voudrait nous bouffer. C’était tant mieux. Je regardais le paysage qui s’offrait à nous : on dominait la moitié des arbres depuis cette hauteur et je me surpris à chercher la plage des yeux : mais l’horizon, où que se porta mon regard, ne me rendit qu’une mer de feuilles et d’arbres. La magie des pièces de puzzle il fallait croire. Je fis craquer mes omoplates et regardai Zhuü. Il n’avait aucune trace de fatigue, et il regardait son peuple d’un sourire qui pourrait être triomphant de loin. Mais de près, je perçus nettement un problème. Ce n’était pas un malaise, plus un état de lassitude permanente. De tristesse quelconque si je partais du principe qu’un guerrier comme lui pouvait ressentir de la tristesse.


« Un coup de blues, Tarzan ?
_ Non. »


Okay, il avait un problème. On descendit tous les deux rapidement tandis qu’il portait avec lui la corde qui permettrait de faire le pont entre les racines. La descente fut difficile, dangereuse et esquintait les mains plus sûrement que la montée. Mais attirée par la gravité et par une sécurité relative quant au sol, on se dépêcha, on ne fit pas attention et en moins de dix minutes, on boucla l’épreuve de cette racine. Zhuü s’approcha d’un arbre qui lui parut solide et y attacha la corde avec un nœud plutôt savant que n’aurait pas renié un marin. Puis il testa la solidité de la corde (qui était tendue au niveau du sommet de la racine). Puis il fit un hululement étrange qui devait correspondre à un signe, un code quelconque. Peut-être qu’il avait trop peur d’attirer des ennemis avec des cris humains… N’empêche, c’était bizarre de la part de Zhuü, cette espèce de faciès déconcerté devant ce qu’il se passait. Il aurait poussé un soupir que ça ne me surprendrait pas ; il avait eu l’expression idéale pour quelqu’un qui voulait soupirer. J’avais quelques questions à lui poser mais cela attendrait. Mais ce fut lui qui me parla :

« Tu as réfléchi à la proposition ?
_ Pardon ? Ah oui, la proposition. Je me tâte.
_ Hâte-toi plutôt. C’est important. »


Je haussai les épaules négligemment mais il ne le remarqua pas. Ce qui m’avait frappé surtout, c’était ce « C’est important. » qui n’avait rien à faire là. J’y repensai une troisième fois et ça me fit glacer le sang. Y avait un truc. Même un prestidigitateur était moins suspect.
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Ven 9 Mar 2012 - 15:30
Ed semblait hésiter à répondre à cette simple question posée par Morrigan. Quelque chose devait le déranger outre le fait qu’ils étaient désormais découverts et hors compétition pour récupérer la fille. Il s’efforçait à garder les yeux en l’air. Il semblait gêné et émoustillé par une chose que Morrigan n’avait pas perçue. Elle se tourna furtivement pour chercher la cause de cette gêne. Rien à l’arrière -plan. Les soldats se préparaient encore et toujours à cette fameuse mission inconnue à Morrigan. Soudain elle baissa les yeux et dans cet élan, elle se rendit compte qu’elle était vêtue très légèrement. Bien plus qu’au départ. Il lui manquait quelque chose. Rien de bien important. Seulement le bout de tissu qui cachait sa sublime poitrine. Peut-être était-ce tout simplement cela qui torturait ce pauvre homme. Elle le regarda et détermina que c’était en effet la disparition de ce bout de tissu et l’apparition d’une zone hétérogène qui le mettait dans tous ses états. Morrigan n’était pas mal à l’aise bien au contraire. Elle faisait partie de ces femmes qui l’été font du monokini ce qui permet un bronzage plus complet sur la surface totale du corps. Elle avait donc l’habitude de les laisser en liberté. Elle s’efforçait de réfléchir à quel moment elle l’avait perdu sans s’en rendre compte. Tout à coup une illumination. Son vol plané hors de la tente lui avait valu un strip tease malgré elle. Ed reprit ses esprits et tenta une réponse à la hauteur de son statut :

« Eh bien, nous avons été envoyés pour sauver la fille, et maintenant, nous allons être utilisé pour mener à bien son sacrifice. Il ne reste plus qu’à mettre une photo de nous sur Démotivateur en rajoutant le titre Fail. Et on peut s’attendre aussi à rester l’un près de l’autre pour le restant de notre vie sur Dreamland. Moins dramatiquement, je te conseille de demander à un de tes bourreaux de te rendre ton haut. »

La fin de son discours confirma bien l’embarras de ce dernier. Morrigan ne s’arrêta pas à cette remarque insignifiante. Elle n’était pas comme les autres femmes qui au premier petit regard partait au quart de tour. De plus, elle était très bien dans sa peau et le fait de savoir que les hommes n’aimaient que trop sa différence par rapport aux autres femmes remontait l’orgueil de celle-ci. Elle ne savait juste pas comment lui exprimer avec des mots doux, le fait qu’il soit le seul à se ridiculiser en cherchant à faire l’homme galant qui ne regarde pas ce qui l’entoure. Après tout c’était chose humaine. Et cela Morrigan aimait beaucoup en jouer. Mais ce n’était ni le lieu, ni le moment. Ed tenta une nouvelle fois une réponse optimiste qui le décrédibilisa sur le champ :

« Je sais que c’est moi qui a tout fait capoter. Je vais m’occuper de la situation seul, ne te mêle pas plus que ça, ils pourraient décider de te… faire subir n’importe quoi. Au pire, peut-être que ce sont eux les victimes dans cette affaire, ils ont l’air d’agir par vengeance. On va avoir plein d’occasions durant cette balade pour sauver la petiote. Puis dès qu’on l’a, on se barre aussi sec et ça sera terminé, ils ne nous rattraperont jamais. Et après, je te jure qu’on ira liquider ce vieux, ça te branche ? »

Morrigan croyait rêver. Cet abruti avoua qu’effectivement il était responsable de l’échec de la mission. Mais en guise de réconfort il dit une solution qui déplu fortement à Morrigan. Il pensait réellement qu’elle le regarderait agir tel un chevalier étincelant pendant qu’elle l’attendrait au près du feu ? Si c’était cela c’est qu’il n’avait pas encore cerné que Morrigan était une femme indépendante mais que la malédiction l’empêchait d’user de sa force. Ou peut-être qu’il croyait vraiment en sa propre puissance ? Malheureusement, jusqu’à présent il n’avait fait que récolter les ennuis et parsemer la malchance au sein de leur équipe. C’était tout bonnement du suicide de le laisser continuer seul sans interagir. Elle rétorqua brièvement :

« Je suis d’accord sur le fait que tu ais tout fais capoter, d’ailleurs cette raison à elle seule me pousse à agir doublement avec prudence. Après cette histoire tu peux être sûr que ce vieux va se rapprocher de la mort tellement près qu’il s’en souviendra. Alors ne fais rien de stupide sans mon accord s’il te plaît. »

Morrigan eût tout juste le temps de finir sa phrase que deux gorilles vinrent récupérer à nouveau son partenaire de choc. Que pouvait-il vouloir de plus à cet abruti ? Qu’avait-il pu entendre de si compromettant dans cette cabane qui lui fit gagner un deuxième tour gratuit ? Tant de questions se superposèrent dans l’esprit de Morrigan mais aucunes ne trouvaient de réponses. Elle profita de son moment de solitude pour regarder aux alentours la liberté qu’on venait de lui retirer. Elle chercha par la même occasion un moyen de défaire les lianes qui l’a maintenait autant qu’une jolie paire de menottes. Dans un autre endroit avec un autre contexte ce moment aurait pu être très excitant. Mais à cet instant précis, l’humiliation régnait au-dessus de sa tête. Et l’idée de se sentir ne serait-ce qu’une seconde inférieure à un homme lui était insupportable. Elle pencha la tête en arrière et vit les esclaves qui parlaient sur elle et sur sa nudité. Elles virent en Morrigan, l’exemple de la femme parfaite car de son indécence face à leur société primitive et sa fierté à l’être faisait frémir les hommes. Et pas n’importe lesquels, elles avaient toutes vue le regard de Zhuü face à cette effrontée. Jamais aucune femme ne l’avait fait perdre autant ses moyens. Mais maintes femmes avaient essayé de le séduire et celles qui lui tenaient tête étaient fouettées. Alors de voir une femme embrassée avec une telle passion trompa le leader de la tribu aux yeux ébahit des pauvres esclaves. Une d’entre elle trop curieuse s’approcha de la tente du chef sans se faire voir.

Pendant ce temps, Morrigan tenta désespérément de retrouver un peu de dignité. Et dans cette civilisation il fallait apparemment commencer par être vêtu. Elle se senti observée et même plus épiée par ces chers soldats en manque. Elle bougea la tête de droite à gauche. Personne n’avait l’air de vouloir l’a rhabillé. Tant pis. Elle se dit qu’il valait mieux se couvrir pour la suite des aventures. Elle bascula et tomba sur son côté droit. Elle ramena ensuite sa jambe droite pliée vers son buste et prit appui sur celle-ci. Une fois revenu au quasi point de départ elle bascula ses jambes pour se mettre à genoux. Elle attendit une minute puis se releva. Elle avança dans l’espoir de récupérer son lin qui lui servait de tee-shirt. Elle n’avait pas vu le gentil Agol qui l’a surveillait de pied ferme. Il alla à son encontre et l’a poussa rapidement à terre afin de l’empêcher d’avancer plus loin. Elle se tortilla sur le sol. Le morceau de drap était à quelques centimètres de sa portée. Et cet imbécile d’homme entravait sa route. A croire qu’Ed lui avait refilé sa malchance. Agol ramena Morrigan près de l’endroit d’où elle venait de ‘’s’échapper’’. Il l’a traîna par les cheveux, Morrigan ne put se défendre car ses mains étaient face au sol. Elle pouvait seulement vociférer des insultes ce qu’elle ne fit pas. Car elle avait bien comprit que cet abruti n’avait pas compris qu’elle cherchait seulement à se revêtir. Elle chercha à garder son mal en patience. Il voulut la ligoter à un morceau de bois mais une servante l’interpela, celle-ci était familière aux yeux de Morrigan en effet il s’agissait de Valïa celle qui l’avait trahie :

« Maître Agol je vous en prie arrêtez-vous ! »

Pendant qu’il se retourna vers la jeune fille, celle-ci ramassa le haut de Morrigan et le rapporta jusqu’à sa propriétaire. Il scruta le bout de tissu puis supposa en effet en regardant Morrigan que c’était bien la pièce du puzzle qui manquait. Il n’était pas très attiré par les femmes bien formées mais plutôt par les jeunes filles frêles qui commençaient à peine à se développer. Il prit le bout drapé et se risqua à cette mission. Il y était contraint puisqu’il était désigné pour surveiller les prisonniers et donc de veiller à leur apporter les choses disposées être utiles voire très urgentes. Celle-ci faisait partie des moments embarrassant de son devoir. Obligé de toucher une partie qu’il désapprouvait tellement chez une femme car cela lui donnait trop de confiance. C’était une étude qu’ils avaient faite auprès des servantes. Il attacha de façon solide le linge afin qu’une telle chose ne se reproduise plus. Il se releva l’air dégouté, l’esclave lui dit qu’il n’avait pas bien fait son nœud mais qu’elle allait le faire pour lui, alors il repartit à son poste de surveillance à distance. C’était mieux ainsi. Valïa se rapprocha de Morrigan, elle se mit à genoux et lui souffla à l’oreille pendant qu’elle refaisait le nœud :

« Je suis désolée pour ce qui t’arrive mais n’aie crainte pour me faire pardonner je t’attache cette fine lame que j’ai trouvé sur un pagne d’un des gardes. Je l’a met de sorte à ce qu’on ne puisse pas la voir mais aussi pour que tu puisses l’attraper en cas de besoin. C’est tout ce que je peux faire pour t’aider. J’espère que tu me pardonneras. »

Elle partit juste après avoir fini ce qu’elle considérait être son devoir. Morrigan se sentait tout à coup plus puissante grâce à une lame que personne ne pourrait prévoir. Elle avait un coup d’avance sur ces machos en puissance s’ils essayaient de la toucher. Soudain le campement se mit en mouvement après l’appel musical d’un instrument très étrange qui se résumerait à être l’ancêtre de la trompette. Morrigan se demanda en quoi il pouvait être fait. La résonnance lui fit penser à des os d’animaux. Elle ne savait pas lequel mais elle le trouvait très intéressant comme objet. Après ces charmantes réflexions elle se rendit compte qu’elle verrait de près le spectacle car la scène d’où se tenait le papi magique était sous ses yeux. Morrigan se demanda ce qu’ils allaient faire et s’ils allaient enfin se mettre à l’action. La servante qui avait été écouté la conversation de Zhuü et du prisonnier alla prévenir la seule personne concernée, qui n’était pas au courant de la manigance qui se tramait dans son dos. Elle se disait que ce serait sa manière de faire changer leur statut social une bonne fois pour toute. Car en donnant cette information à Morrigan celle-ci pensait que la voyageuse lui saurait gré et lui demanderait une faveur qu’elle pourrait exaucer en guise de remerciement. Elle alla donc jusqu’à la voyageuse et lui susurra :

« Faites attention à votre coéquipier il risque de se servir de vous afin de se libérer. »

Morrigan suspicieuse dit :

« Ah vraiment ? Et comment ? »

Celle-ci rétorqua :

« Je n’ai pas tout compris mais il se pourrait que notre chef prenne la place de votre compagnon grâce à notre Terraformeur ainsi vous seriez lié à lui à tout jamais. Mais je ne sais pas dans quel but il souhaite faire cela. Alors… »

Morrigan lui coupa la parole :

« C’est tout simplement impossible ! Qui t’as dit ça ? »

« Je l’ai entendu dans la tente du maître mais… »

La servante fut à nouveau coupée dans sa phrase mais cette fois c’était par le Terraformeur qui vociféra son discours :

« Mes braves, nous sommes aux portes de notre délivrance ! Nous pourrons enfin écarter le danger permanent qui nous menace grâce à cette fille ! Il ne nous reste plus qu’à marcher jusqu’au sanctuaire, et ainsi nous assurerons notre avenir ! Les dieux ne nous protègent plus : il faut donc leur prouver que nous sommes dignes d’eux ! Que commence le périple ! »

La servante disparu et laissa Morrigan dans une longue réflexion qui l’a rendit perplexe. Elle leva les yeux vers ce vieux fou qui récoltait une fois de plus les acclamations de la foule. A côté de lui se trouvait la mission d’Ed et Morrigan. Bizarrement, elle était peinturlurée de marques païennes. C’était surement un rituel mais pour quelle occasion ? Le départ à l’aventure ne paraissait pas être un motif suffisant pour Morrigan. Dans les acclamations répétées de la foule un soldat hurla sa question qui fit suivre un long silence au sein de la foule :

« TERRAFORMEUR !!! Combien de temps durera le périple ? Des semaines, des mois, des années entières ? »

Le Terraformeur répondit approximativement :

« Plutôt un peu de moins de dix heures. »

L’assemblée sembla perplexe que pour si peu de temps tant d’hommes furent enrôlés. Le soldat reprit en marquant le ton qu’ils eurent tous en entendant la réponse du Terraformeur :

« Euh… C’est tout ? »

Le Terraformeur paraissait être le seul (avec Zhuü) à connaître les dangers de la campagne qu’ils étaient en train d’engager. Il répliqua avec colère :

« C’est dix heures de trop dans cette jungle maudite ! »

Cette phrase provoqua chez les soldats un bavardage incessant qui mit en doute toute la mission qu’ils avaient à accomplir. Certains commençaient à déblatérer leurs plus grandes craintes. D’autres, racontaient des mythes et des ragots à propos de la forêt et de ce qu’il s’y passait à l’intérieur. La panique sévissait petit à petit dans les rangs. Tous chahutaient dans l’assemblée. Morrigan perplexe de n’être au courant de rien chercha des réponses dans les discours des uns et des autres, dans la mesure du possible, car il y avait un tel brouhaha qu’il était difficile de distinguer les informations qui surgissaient de part et d’autres de l’assemblée. Mais quelque chose brusquement fit taire tout le régiment. Morrigan senti une puissance incomparable envahir l’espace. C’était le Terraformeur. Il manipulait avec prestance une boule d’énergie. Un peu comme San Goku dans Dragon Ball Z. Mais en plus classe encore, parce que sa boule était de multiples couleurs et qu’il n’avait pas besoin de crier pendant cinq minutes une incantation accompagnée d’un enchaînement de mouvements ridicules. Lui, c’était quasi immédiat et la force qui émanait de cette sphère magique était telle que l’onde se faisait sentir à travers le silence mortuaire qui s’était installé. Ce fut comme s’il avait le pouvoir de contrôler tous les éléments et qu’ils les réunissaient tous en un seul. C’était magique. Plus beau, plus impressionnant et surtout plus flamboyant qu’un feu d’artifice le 14 juillet aux Champs Elysée. Et tout cela plongé dans le plus merveilleux des couchers de soleil jamais vu. LE coucher de soleil romantique que toutes les filles amoureuses espèrent aller voir en promenade avec leurs chers et tendres. Au même moment la lune commençait à apparaître dans le ciel. Celle-ci empiétait sur l’espace vital du soleil. Et comme des colons en plein débarquement, la lune chassait le soleil de son propre territoire en lui prenant petit à petit toute la place céleste qu’en journée il occupait. Un seul élément non naturel résidait sur la scène. Cet illusionniste vendeur de rêve. Quelque chose dans ses gestes bloquait la procédure habituelle du système solaire universel. Un engrenage manquait pour que la nuit soit. Les mains levées en direction du ciel. Tremblant à peine du genou droit car il était en équilibre sur le rocher duquel il faisait ses discours. Aussi vieux qu’il paraissait, sa puissance et son expérience se sentaient. Il décrocha la lune de la main droite. Ou plutôt la pièce de puzzle où était inscrite la lune. Et il fit une chose qui releva du pouvoir divin. De la main libre qui lui restait, il fit la révolution que beaucoup d’autochtones ont rêvé. Le soleil revint de de force à son endroit naturel.

Morrigan n’appréciait guère ce genre de spectacle. Surtout de la part d’un être doté d’une force surpuissante avec une étendue inconnue. C’était beau à voir et après. Elle n’allait quand même pas lui sauté dessus en disant que c’était le plus beau jour de sa vie. Il y avait des limites à la popularité. Il devait donc y en avoir à la puissance. Morrigan se dit qu’il lui fallait impérativement acquérir le savoir que possédait cet ancêtre. Sa force en serait décuplée et elle ne serait pas obligée de rester collée à un abruti fini à cause d’une petite malédiction. Le jour à nouveau à son plus haut niveau dans le ciel, illumina les soldats, la forêt qu’ils devaient traverser et tout le reste. Dans le reste se trouvait tout d’abord, Agol qui continuait de se pavaner avec son costume ridicule qui n’était constitué que d’un simple pagne préhistorique. Certes c’était une fourrure d’une belle prise. Pas de quoi fouetter un chat. Il n’était pas le seul capable de ça de nos jours (mais ça il ne le savait pas). Ensuite la lumière fit un halo divin sur le Terraformeur tel un projecteur de professionnel. Ce qui lui donnait encore plus de prestige aux yeux des pauvres hommes qu’il dirigeait. Le seul qui ne semblait pas profiter de l’inondation du jour fut comme de par hasard Zhuü. Celui-ci venait de se faire décrédibiliser par un vieillard sous le regard impressionné de son propre peuple, y’a de quoi être vert. Mais ce n’était pas ce petit détail qui le chamboulait tant. La seule chose qu’il reprochait intérieurement au Terraformeur, c’était le fait de prendre la parole devant l’assemblée en son absence. C’était comme faire une gaffe qui plombe l’ambiance comme un lapsus par exemple. Il reprit vite sa place de chef sur la scène. Il fallait voir le pauvre personnage principal devancé par son acolyte. C’était tellement théâtral que Molière en eu pu être l’auteur. Zhuü aboya les ordres comme un chef commande à sa meute :

« Quand les chemins le permettront, les hommes se placeront en rangées de trois sur une trentaine de lignes. Les lanciers se mettront en avant, couvert par les sarbacanes et les épéistes qui tiendront en main les épées d’obsidiennes taillées. La fille et Agol se tiendront au milieu par sécurité, puis nouvelle couche d’épéiste, nouvelle couche de sarbacanes et ultime couche de lanciers. Quant aux voyageurs ils seront tout devant sous la direction du Terraformeur et de moi-même, afin qu’ils puissent déceler toutes sortes de pièges naturels ou non pour que l’armée puisse avancer sur un chemin correcte. »

A ces mots, les hommes se mirent tous en position. Certains allaient chercher toutes sortes d’armes toutes droites sorties de l’époque néolithique (nouvel âge de pierre). D’autres se munissaient de grandes feuilles en guise de protection corporelle. Ils avaient tous des armes à formes différentes selon comme ils avaient travaillé le bois. Certains avaient même des poignards avec comme support de la lame une sublime sculpture d’animal. Ce qui représentait des mois de travail intensif. D’autres prenaient les armes les plus simples qu’ils puissent exister mais se protégèrent davantage le corps soit avec des feuilles étranges soit avec des fourrures. Pour quelqu’un qui en s’intéresse pas aux civilisations les hommes étaient parés à affronter leurs ennemis. Mais Morrigan qui dans la vraie vie étudiait tout cela s’était rendu compte que la peur que ces hommes éprouvaient, leurs faisaient perdre toute l’organisation donnée par un de leur chef qui serait un entraineur de sport actuel. Non seulement ils s’agitaient dans tous les sens, en plus ils essayaient de retarder le plus possible leur propre départ vers l’inconnu. Pour la plupart des hommes cette forêt était maudite, il était donc hors de question d’y entrer. Le simple fait d’entendre le mot forêt les faisait frissonner d’angoisse. Les légendes et mythes que cette forêt abritait n’étaient pas fondés pour Morrigan. Et même s’ils avaient des soit disant preuves avec des personnes qu’ils connaissaient qui leurs auraient raconté. Rien ne prouvait la véracité de ces faits racontés. L’homme est mauvais dans le fond car égoïste, il ne pense qu’à sa survie et à son confort. Si pour satisfaire ces besoins-ci il devait mentir alors il le ferait sans hésiter. Morrigan ne savait pas ce que pouvait abriter cette forêt, tout comme ce que pouvait en abriter Dreamland. Elle n’en eut pas peur au contraire sa curiosité ne fit que s’amplifier.

Une pensée revint à l’esprit de Morrigan quand elle ressentit une microscopique douleur dans la côte. Ed. Il était un peu loin et tous les mouvements des combattants dans le campement n’arrangeaient guère sa souffrance. Elle se releva et fit un pas en avant. Elle put à nouveau sentir son côté libéré. Ne sachant comment le retrouver, elle essaya quand même tant bien que mal de le repérer. Elle le vit au loin vers son ami dévoué, Agol. Elle fut ainsi rassurée. Mais autre chose lui vint en tête. Le plan d’organisation des troupes par Zhuü avait été très bien pensé. En effet, Ed et Morrigan seraient placés sous haute surveillance en première ligne. Peut-être que Zhuü avait pensé que comme ils étaient voyageurs leurs pouvoirs auraient été un atout pour affronter les dangers de la jungle. Jungle qui de plus appartenait au monde incroyable de Dreamland. Que pouvait-elle renfermer de si mystérieux et de si dangereux pour créer tant de mythes et de peur autour d’elle ? C’était un problème que Morrigan se décida à résoudre en attendant de trouver un autre moyen de se libérer de la tribu et surtout de se débarrasser d’Ed. A force d’y penser, Ed apparut et se fit se ranger à côté d’elle pendant que le reste des troupes se mirent en place. Deux hommes amenèrent les voyageurs vers l’avant. Ils croisèrent Agol accompagné de la jeune fille. Celle-ci sembla désappointée, tellement qu’elle abaissa le regard vers le sol. Morrigan tourna la tête vers le lieu où ils l’emmenaient. ‘Mais pour qui elle se prend cette gamine ?’ pensa Morrigan. Elle croyait sans doute être libérée à temps. Ce qui signifiait qu’elle-même redoutait cette forêt.

Tout à coup, une sensation étrange parcourue le corps de Morrigan. C’était comme si une partie d’elle se détachait et se déplaçait en elle. Elle commença par le dos jusqu’à ce qu’elle trouve la colonne vertébrale qu’elle remonta avec précipitation pour atteindre le cou. Elle s’extirpa du corps de Morrigan et alla tourner autour du Terraformeur comme un cheval dans un carrousel. Essoufflée, énervée, tourmentée et pleine d’émotions, Morrigan se retourna et regarda celui qui venait de lui faire cet affront. Son regard se posa alors sur le Terraformeur et sur les pièces qui tournoyaient autour de lui. Celle qui sortit de Morrigan était d’une mer bleue quasi turquoise étincelante laissant à chacun de ses mouvements de la vapeur de givre comme si celui-ci était une glace que l’on sort du congélateur en plein août. Morrigan ne comprit ce qu’il se trama que lorsqu’il dit :

« Ces choses sont plus que de simples pièces de puzzles. Elles font parties de vous, d’ailleurs elles sont l’origine de vos pouvoirs. Sans elles vous n’êtes que de simples rêveurs. Spectateurs impuissants dans un monde qui les dépassent. Tout comme vous à l’heure actuelle. »

Morrigan ne le croyant pas força et mit toute son énergie dans sa main droite pour créer un pic. Elle ne réussit pas. Elle réessaya. Forçant encore, encore et encore. Elle vit en vain que rien n’apparaissait. Elle jeta un regard glacial au Terraformeur qui rangea les deux pièces de puzzles magiques dans un panier en osier, qui en contenait beaucoup d’autres, qu’il portait dans son dos. La colère monta en elle. Elle n’avait qu’un désir : récupérer son pouvoir. Par n’importe quel moyen mais il lui fallait. Elle se sentit désemparée intérieurement mais ne voulait pas se laisser passer pour faible. Il lui restait d’autres tours de magie dans sa manche. Alors elle se mit à réfléchir à un moyen efficace pour y arriver. Pendant ce temps, Zhuü s’avança pour voyager aux côtés des voyageurs tandis que le Terraformeur resta bien en arrière pour garder un œil sur eux et sur leurs moindres mouvements. Zhuü frôla discrètement la main de Morrigan. Celle-ci le dévisagea d’un air enragé. Il comprit que ce n’était en aucun cas le moment de la chercher. Même si celle-ci ne représentait pas en apparence un danger potentiel. Il ne put s’empêcher de se mordre la lèvre en la regardant. Le fait de la voir dans tous ses états l’excitait mentalement. Il frémit à son oreille un petit rugissement bestial. Morrigan ne réagissait pas. Il se mit alors entre Ed et Morrigan afin qu’ils ne puissent pas communiquer. Zhuü entama la marche qu’Ed et Morrigan se précipitaient de suivre. Il suivait la direction que lui imposait la pièce de puzzle. Agol trainait la pauvre jeune fille par la main. Le reste du troupeau, car cela ressemblait à un troupeau de bétail qui suivait le chef de meute, trottait à allure rapide mais désordonnée. Rien ne pouvait démontrer que ce groupe représentait une armée en marche vers une mission de la plus haute importance. De nos jours, il y a un général qui dicte le pas. A cette époque, c’était un peu plus au feeling. Comme une classe d’élève qui font une randonnée. Le truc bien bruyant et qui n’est pas du tout discret. La seule chose qui faisait comprendre que c’était de l’ordre militaire était l’armement en masse.

Bien que très peu développée, l’armement représentait 75% du matériel que portaient les hommes. Pour la plupart de fines lames en pierres tranchantes. Aiguisés pendant des mois durant avec une utilisation pas très durable mais assez pour l’accomplissement de la chasse habituelle ou de la survie. Agol avait une arme plus particulière par rapport aux autres. Il avait une arme que les archéologues ont nommée : la hache d’abattage. Elle servait normalement au débroussaillement de la végétation. Faite avec une pierre d’où le polissage fut réalisé pendant minimum deux mois. Elle est considérée comme l’ancêtre de la faucille qui a commencée par une tige en bois ou en os. Celui-ci en était le seul possesseur. La sienne était avec d’une tige d’os de mammouth avec à l’extrémité une pierre prise dans la roche de son habitacle qui se perpétuait de génération en génération. Cette arme faisait partie de son patrimoine culturel familial. Un de ses lointains pères eut l’idée de l’inventer. Dès lors, cette arme se fabriqua de père en fils. Pour en arriver jusqu’au dernier de cette famille : Agol. D’autres armes étaient visibles. Il y avait des lances, toujours à manches en bois ou en os, puis une invention qui décupla le lancer : le propulseur. Un morceau de bois de renne dont l'une des extrémités était recourbée vers le haut. Le chasseur plaçait sa sagaie en appui sur cette partie courbe. Lorsqu'il lançait le propulseur en avant, la sagaie s'en détachait avec force. Le chasseur plaçait sa sagaie sur le crochet du propulseur. Il maintenait le propulseur dans sa main et projetait ainsi la sagaie plus loin et plus fort. Il pouvait atteindre le gibier sans trop s'en approcher. Certains propulseurs présentaient des sculptures de qualité exceptionnelle. Une sagaie lancée à la main atteignait une cible située à cinquante mètres; avec l'aide d'un propulseur, la distance de jet pouvait être doublée !

La marche se poursuivi toujours dans le brouhaha causé par les soldats. Bientôt ils entrèrent dans une jungle tropicale baignée de plantes exotiques. Ralentis par les branches et les racines qui semblaient s’être emmêlées exprès, les païens avancèrent tout de même avec prudence. Il faisait sombre. Malgré les grands pouvoirs du Terraformeur qui avait fait briller le soleil à une heure où celui-ci habituellement ne brillait pas. Cependant, la densité des arbres et de la végétation empêchait tout de même les rayons de passer. Ils étaient filtrés par un nombre incalculable de flores. Tout comme les hommes qui peinaient à pénétrer ce bois. Les troncs entre eux s’entremêlaient. On aurait dit qu’un artiste avait dessiné tout ce fouillis. Comme s’il voulait faire valoir l’importance de la nature aux yeux de l’humanité. C’était réussi. Quoi qu’un peu brouillon mais le vert était la couleur qui dominait le paysage. Aucunes torches pour y voir un peu plus clair ce serait un incendie général. Un suicide. Quelques bruits se faisaient entendre en arrière fond sonore. Comme quand on va dans un magasin de plantes ou d’animaux. Les responsables mettent toujours une musique qui fait un fond sonore semblable à la nature ou à des oiseaux. Comme si c’était naturel d’aller acheter un chat avec le bruit d’une clairière. Le fait est que cette forêt donner la même impression. C’était tellement bien fait qu’on se croirait presque dans un film d’action. Le danger en plus. Morrigan trouvait bizarre de ne pas avoir rencontré d’animal sauvage. Même si elle pensait les entendre, ils seraient censés attaquer de la bonne chair fraîche. Ou alors la fille les faisait fuir. Cette gamine n’était pas à l’aise, traînée avec la douceur d’Agol comme un sac à patate. Son regard partait vers l’endroit d’où les soldats l’avaient emmené. Cependant on ne pouvait pas dire qu’elle avait peur. Elle devait connaitre par son père, le magicien préféré d’Ed et de Morrigan, l’étendue de ses pouvoirs et de cette forêt maléfique.

Agol faisait l’homme qui n’a pas peur. Il était ridicule. Se croyant invincible avec son pagne. Mais il semblait courageux. Chose qu’il était le seul à posséder réellement. Les autres païens étaient tous à regarder aux alentours. Tous stressé comme si la fin du monde allait arrivé à chaque petits pas faits. Le Terraformeur faisait toujours la même tête. Il n’y avait pas une personne plus rassuré que lui. En même temps, quand on a le pouvoir de se prendre pour Dieu, ça doit être plus tranquillisant même vers l’infini et au-delà. Zhuü qui jouait très bien le chef de meute était partagé. Il voulait montrer l’exemple mais à la fois il se trahissait au moindre bruit inquiétant. D’ailleurs, dans la catégorie abruti et compagnie, Ed s’amusait à le faire sursauter en faisant des claquements avec sa langue. Puérile. Mais pas impossible de sa part. Le Terraformeur se rendit compte de son jeu de gamin et lui mit un coup violent à la tête. C’était dû. Au moins il arrêtait de faire le crétin. Zhuü et Ed avaient l’air de deux gamins qui sont en rang pour aller en classe et qui se chamaillent. Pendant ce temps, Morrigan observait les environs tout en marchant. Elle regardait au-delà du paysage basique. Elle voyait des petites lumières qui s’illuminaient et s’éteignaient comme des guirlandes de noël. Sauf que celles-ci étaient d’un blanc pur. On aurait cru des âmes errantes de loin. Morrigan ne se laissa pas perturber. Perplexe, elle se demanda alors ce que ça pouvait être. Si ces choses étaient amies ou ennemies. Et surtout si elles étaient dangereuses ou pas. Subitement, Morrigan fut arrêtée dans ses pensées et dans sa marche quand elle se prit le dos de Zhuü. Celui-ci restait immobile. Le groupe s’arrêta. Son dos cachait la vue à Morrigan. Le Terraformeur fit le savant et clama à haute voix sa sainte parole :

« Un Arbre-Monde »

Morrigan fit un pas en arrière. Elle contempla la plante nommée ‘’Arbre-Monde’’. C’est vrai que le machin était assez impressionnant. D’une beauté assez exceptionnelle. Faut dire que l’immensité de ces flores à la fois enivrait et mortifiait. Bien plus haut que les buildings américains, plus incroyable que le champignon atomique qui s’est abattu sur Hiroshima en 1945. C’était tout simplement magique. La beauté de cet arbre était que ses branches faisaient comme un saule pleureur. C’est-à-dire qu’elles pointaient en direction du sol. Comment un conifère aussi majestueux pourrait-il être dangereux demanderez-vous ? C’était une question à laquelle Morrigan ne sut répondre. Après tout si elle pouvait être méchante pourquoi pas un arbre ? Peut-être l’était-il à cause de sa taille si gigantesque. Il n’était pas si proche des voyageurs et de la tribu mais on sentait très bien l’importance de l’arbre. D’ailleurs face à la joyeuse bande de campeurs se trouvait un petit obstacle d’une trentaine de mètres. C’était une racine directement reliée à l’arbre-monde. Morrigan sortit de sa fascination environnementale et observa les gardes qui tremblaient comme des feuilles en plein automne. Ils firent un pas en arrière. Les plus courageux ne bougeaient pas et regardaient fixement l’obstacle. Par son habitude, Ed profita du moment pour amplifier la crainte que tous ressentaient. Il demanda de confirmer la terreur ambiante :

« Y a un problème ? »

Le Terraformeur comme toujours se l’a jouait à la Chuck Norris. No fear. Il ramena sa science une nouvelle fois :

« C’est dans l’Arbre-Monde que vivent les esprits de la forêts… Enfin, on suppose. Personne n’en n’est sûr. Nous savons qu’il y en a plusieurs disséminés dans la jungle mais personne ne sait combien exactement. On peut même croire que c’est le seul, vu sous plusieurs angles. La nuit, des feux s’allument dans les branches. Mais ça peut très bien être une autre légende encore. Cette jungle en regorge. »

Morrigan ne sentait pas de grande menace provenant de ces arbres. L’inconnu qu’elle avait rencontré au parc d’attraction était nettement plus chargé en ondes négatives. C’était très excitant un mâle qui semblait être doté d’une puissance démesurée avec autant de classe et de galanterie. Si ces arbres ou si cet arbre étaient maléfiques ils auraient agi et auraient attaqué depuis longtemps. Ed rajouta pertinemment :

« Vous êtes sûrs de rien quoi. »

Le Terraformeur rétorqua avec un argument de taille:

« Tous les hommes s’approchant des Arbres-Monde ont disparu. Cela suffit à les craindre. »

C’était une bonne motivation pour quelqu’un de faible. Le risque est ce qui pimente la vie, ce qui fait qu’elle est si spéciale. Il faut dire qu’avec aussi peu d’équipements et de forces que cette tribu a, n’importe quel individu préfèrerait rester cloitré chez lui. Ed reprit la conversation d’un air naturel :

« N’empêche, ils restent gigantesques. »

« Ils sont les véritables graines d’un Arbre-Monde Originel qui faisait cent fois leur taille. De sa mort est née la jungle et ces arbres. Les hommes étaient les singes qui habitaient là-bas et qui y sont partis dès son déclin. Toute la vie de ces contrées vient de cet ancien et immense Arbre-Monde. Et les esprits de la forêt sont apparus après sa mort ; ils sont des fragments de cet arbre. » Conta le Terraformeur tel père castor.

« Jolie légende. » acquiesça Ed

Le Terraformeur mit fin à la discussion fermement d’une seule phrase :

« Ce n’en est pas une. »

Un long silence s’installa dans l’assistance. Les hommes scrutaient les alentours avec une peur fictionnelle que quelqu’un ou quelque chose les observe. Morrigan se tourna vers Ed c’était comme si l’espace de deux seconde un esprit lui était passé sous les yeux. Il avait un regard vide et glauque. Il reprit vite du poil de la bête mais c’était un comportement de fillette. Morrigan craignait qu’Ed ne croie à tout ce que le Terraformeur bavait. C’est vrai qu’il disposait de pouvoirs assez cosmiques mais ça ne pouvait pas empêcher ce vieillard de mentir. Il aurait très bien pu inventer cette histoire pour être au top de la tribu. Après tout, ces choses arrivaient souvent car quand un homme décidait quelque chose il faisait tout pour l’obtenir. Le pouvoir est un thème qui durant toute l’histoire de l’humanité a poussé les hommes à s’entretuer. Chacun à sa manière, à chaque époque. Le but reste le même. Et un homme à Dreamland n’en restait pas moins un homme. Même si celui-ci avait quelques attributs qui le rendaient plus fort qu’un homme normal. La fourberie est innée chez eux. Zhuü lança :

« Il faut qu’on contourne cet arbre. »

C’est ainsi que la troupe reprit la marche. Une marche qui fut très vite écourtée car un nouveau problème, de taille, surgit. En effet, une racine de l’arbre-monde faisait obstacle. Et ce n’était pas une mauvaise herbe qu’on pouvait arracher à la main. La chose portait sa taille. Une trentaine de mètres de hauteur et d’une longueur indéfinissable. Mais qu’allait choisir les chefs ? Une escalade de groupe ou bien une nouvelle marche vers l’inconnu ? Il s’avéra que Zhuü et le Terraformeur n’en savaient pas plus que le reste de la bande. Tous se posaient la même question. Et s’ils l’a traversaient que se passerait-il ? Il y avait cependant quelque chose d’étonnant. Les habitants ainsi que le Terraformeur ne semblaient pas être bien renseignés sur l’étendue des pouvoirs d’un voyageur. Pourtant, il y avait une infinité de voyageurs. Leur manque de connaissance au sujet des voyageurs était un avantage que Morrigan gardait en tête au cas où elle aurait besoin de se sortir d’un quelconque embarras. Morrigan se mit à douter. Elle se dit que puisqu’ils avaient leurs pouvoirs, le Terraformeur et Zhuü pourraient éventuellement les faire chanter ou pire les utiliser. Le moment présent était un bon prétexte pour la sureté des hommes mais il aurait fallu envoyer un des leurs pour accompagner un voyageur. Qui allaient-ils sacrifier pour avancer dans leur quête ? Zhuü hurla la réponse qu’attendait Morrigan :

« Nous n’avons pas le temps ! Nous ne faisons pas tout ce chemin pour déguerpir devant des ennemis qui n’ont pas lieu d’être et à qui on ne veut aucun mal ! Nous allons grimper cette racine, aussi haute fut-elle ! Je grimperai avec le Voyageur et nous redescendrons de l’autre côté en tendant une corde pour que chacun puisse grimper sans problèmes ! Qui nous dit que cette racine a une fin ? Qui nous dit qu’elle n’est pas reliée à un autre Arbre-Monde, ou qu’elle tombe dans une crevasse plus loin ? Nous n’avons pas de temps à perdre à spéculer ! Nous sommes une centaine de vétérans armés ! Nous ne craignons rien ! Que notre peuple avance courageusement comme il l’a toujours fait ! »

C’était des paroles dignes d’un chef. Morrigan apprécia particulièrement le fait que ce soit Ed qui soit choisi. Ainsi elle n’avait pas à se retrouver face à Zhuü. Depuis le moment où il l’avait éjecté de sa tente jusqu’à cet instant précis, elle ne pensait qu’à sa vengeance qui le conduirait tout droit à une mort certaine. En attendant, Zhuü avait tout prévu. Il fit mettre un cordage autour du cou d’Ed le tout relié aux hanches de Zhuü. C’était une idée brillante dans un sens : au moins Ed ferait attention à ses faits et gestes. Mais aussi une idée stupide : Si Ed mourrait il aurait alors un corps en plus à porter. Et il est difficile de résister à l’apesanteur même à Dreamland à moins de couper la corde mais il faudrait pour cela que Zhuü soit extrêmement rapide et que l’objet tranchant soit hyper efficace, tout ça dans un laps de temps record. Ed devait tout de même subir cet affront. Et bien qu’il ne fût qu’un pauvre boulet, il était toujours uni à Morrigan par le mauvais sort du vieux fou. Le Terraformeur le savait. Et il n’avait pas l’air de l’avoir oublié. Morrigan voulut s’approcher de la racine et l’escalader, mais le Terraformeur l’en empêcha. Elle savait que cette souffrance était insoutenable et qu’il fallait peu de distance pour la ressentir. Elle lança un regard glacial à celui-ci et lui clama :

« Je sais que vous ne tenez pas à la survie de deux pauvres voyageurs, néanmoins si jusqu’ici vous nous avez tenu en vie c’est qu’il y a une raison. Je crois que vous devriez faire attention car il suffit de peu de mètres pour que cette malédiction agisse. Alors si vous ne désirez pas perdre deux voyageurs en même temps réfléchissez à une autre solution. »

Il lui rétorqua :

« Vous qui croyez tout savoir, croyez-vous sincèrement que j’aurais pris le risque de tuer délibérément nos appâts et dans le même instant le chef de ma tribu ? »

Morrigan sourit à cette demande insensée et dit :

« C’est évident. Après tout, nous savons bien vous et moi jusqu’où un homme peut aller pour obtenir le pouvoir. »

Le Terraformeur se vexa et se troubla comme si Morrigan avait vu juste. Il reprit la conversation pour y mettre un terme, car son image était remise en doute par la tribu entière qui se mit à le scruter intensément. Morrigan avait réussi à semer le trouble dans les esprits. Fière, elle esquissa un léger sourire de vainqueur. Dans ses propos de rattrapage, le Terraformeur employa les mots suivants :

« C’est insensé, je ne suis pas ce type d’homme… Et puis je suis le Terraformeur pas le leader. J’ai en mains le contrôle absolu de la situation. [Il se tourna vers les hommes pour soutenir ses paroles.] Elle cherche à vous embrouiller, ne vous laissez pas avoir pas le doute qu’elle tente de semer. C’est une voyageuse, elle dit tout cela pour vous affaiblir. Vous devez rester forts et soudés. »

Malgré ses tentatives, il n’arriva pas à convaincre, ni à persuader les hommes de sa ‘bonne volonté’. Et puis, comment croire les paroles d’un vieillard à qui le pouvoir est indispensable. Même si Morrigan n’était pas appréciée par les villageois, ses paroles les avaient touchés et avaient peut-être pour certains confirmé les craintes. Visiblement le Terraformeur avait réussi à modifier les limites du maléfice. C’était comme s’il avait remplacé par autre chose l’espace d’un instant. C’est-à-dire jusqu’à l’arrivée du groupe de l’autre côté. C’était une semi-liberté pour Morrigan. Sans le fait qu’elle n’avait pas ses pouvoirs bien entendu. Elle regarda l’évolution du côté d’Ed. Il avait l’air de s’en sortir. Quand soudain, il fit une sorte de chute, c’était certainement une prise qui avait lâché. Les hommes s’étaient transformés en supporter spectateurs d’un match de foot à la limite de perdre un but décisif. Ils firent tous une tête d’enterrement, jusqu’au moment où retournement de la situation, Ed se rattrapa glorieusement sous une foule en délire. Il avait évité l’inévitable. Morrigan était désespérée car s’il en venait à mourir, elle aussi. Ils arrivèrent néanmoins au sommet de la racine, les soldats continuaient de les acclamer en héros. Il n’y avait rien d’exceptionnel au fait d’escalader une branche. Ce n’était pas comme s’ils avaient bravé le mont Everest en dix minutes. Bref, ça allait être à leur tour, ils se préparèrent tous, comme avant d’entamer un duel. Morrigan eu un flash, elle se tourna une nouvelle fois vers le Terraformeur et lui demanda à voix basse :

« Une rumeur circule sur moi et j’aimerais savoir sa véracité. Et comme vous avez l’air de tout savoir…»

Le Terraformeur vérifia les alentours pour les oreilles trop indiscrètes et lui questionna :

« Quelle est donc cette rumeur qui vous rend si perplexe, voyageuse ? »

Elle se sentit telle une héroïne d’un vieux film de science-fiction, mais elle continua comme si de rien n’était :

« J’ai entendu dire que Zhuü souhaiterait prendre la place de mon coéquipier dans la malédiction… Dans quel but ? »

Le Terraformeur fit un pas en arrière, il avait l’air impressionné par les capacités que pouvait renfermer Morrigan. Il s’était imaginé qu’elle pouvait peut-être lire dans les pensées. Mais il répondit avec honnêteté :

« En effet, je ne sais pas d’où vous tenez cette information mais elle est juste. Je ne pourrais pas répondre à votre demande car moi-même cette réponse m’échappe. Mais il se pourrait qu’il ait un plan pour accéder à un pouvoir qui le rendrait bien plus puissant. Mais ce ne sont que des rumeurs non fondées, bien entendu. »

Suite à ce discours, Morrigan leva la tête et regarda Zhuü. Il paraissait regarder dans sa direction. Mais à une telle hauteur, il était quasiment impossible de savoir s’il regardait Morrigan où le moustique qui volait vers les gardes pour se nourrir. D’ailleurs, Agol s’approcha avec la jeune fille qu’il avait ligotée comme un rôti et tendit une corde solide à un autre garde afin qu’il l’enfile comme ils avaient fait précédemment à Ed. Morrigan se sentit telle une prisonnière l’espace de quelques secondes. Puis elle attendit de savoir avec impatience à quel abruti elle serait liée. Elle savait que ce ne serait pas n’importe lequel d’entre eux. Il en fallait un fort, qui puisse contre-attaquer en cas de problème. Et c’est ainsi qu’ils attachèrent Morrigan aux hanches d’Agol. Celui-ci jouait un double rôle, ce qui prouvait sa puissance et son importance au sein de la tribu. Il devait être le bras droit de Zhuü. Il devait porter avant tout la jeune fille du marabout et se coltiné autour des hanches la voyageuse ainsi que d’escalader la racine en tenant d’une seule main la corde tendue à cet effet. Il fit donc passer Morrigan devant pour ‘mieux la surveiller’. Elle entama donc son parcours suivit du grand méchant pervers et certainement du Terraformeur. Ce n’était pas très difficile, il suffisait d’avancer en se tenant à bout bras vers le haut. Un exercice vivifiant pour réveiller le groupe.

Elle avança donc, un pas après l’autre mais pas trop vite sinon elle sentait une pression autour de son cou qui l’empêchait de respirer. Au bout de quelques minutes, elle sentit que le lien tirait un peu trop vers l’arrière, elle tourna la tête et vit qu’Agol avait du mal à tenir la jeune fille qui se débattait. Il essaya donc de l’assommer une bonne fois pour toute. Mais il perdit l’équilibre et se dirigea vers une glissade périlleuse. Quand elle vit le déroulement de la situation, Morrigan prit la fine lame que lui avait soigneusement cachée Valïa dans son bandeau, de sa main droite et teint de l’autre main la corde, et coupa d’un coup sec la corde qui la tirait en direction du vide. Il lui resta un joli collier en corde. Une fois qu’elle fut libre de ses mouvements, elle mit la dague dans sa bouche et avança à bout de bras avec une rapidité et une ténacité d’animal. Quand elle arriva au sommet, elle cacha à un autre endroit sa précieuse arme. Puis, la jeune fille continua son parcours et descendit avec classe l’autre côté de la racine. Au pied de celle-ci l’attendait Ed et Zhuü. Ed ne semblait pas impressionné contrairement à Zhuü. Mais tous deux virent le détail de la corde coupée. Zhuü réalisa qu’il s’était passé quelque chose. Il s’approcha de Morrigan et lui serra les bras avec ardeur. La question qu’il se posait se lisait clairement dans ses yeux. Ça devait ressembler à quelques mots près à : « qu’as-tu fais de ma tribu ? ». Mais soudain alors qu’il pensait très fortement être le dernier des mohicans, il leva les yeux et vit sa joyeuse troupe descendre de la lenteur qui caractérisait bien leur peur primitive. Il lâcha alors Morrigan lui laissant quelques faibles traces. Agol accouru jusqu’à son maître et s’excusa de sa faute. Zhuü lui fit un geste en signe de réponse. Le Terraformeur à son tour vint à pas de loup et se fit interpeler par Zhuü :

« Je croyais que sans leurs pouvoirs ils étaient invulnérables. C’était vos mots si je me souviens bien ? A quoi vous jouez ? Vous voulez tous nous tuer ? »

Le Terraformeur perturbé et fixé de toutes parts affirma :

« En effet, ils sont invulnérables sans leurs pouvoirs. Mais là, ce n’était pas de l’ordre magique si ce n’est intellectuel. N’oubliez pas qu’ils ont eux aussi une métisse. Du moins, cette jeune femme a démontré la sienne, je ne pouvais pas prévoir qu’elle serait dotée d’une intelligence. Elle n’est pas comme nos femmes. C’est peut-être dû au fait qu’elle vient d’un autre monde. »

Zhuü desserra les poings. Il regarda dans le vide, haussa les épaules et esquissa un sourire :

« Elle est parfaite alors. Reprenons la route »

Ils s’enfoncèrent dans la forêt, là où aucun homme n’était allé, ou, du moins, n’en était revenu. Et étrangement plus, ils avançaient et plus la forêt semblait douce et agréable, rien à voir avec tout ce qu’ils avaient vu précédemment. Ils étaient émerveillés par la vision magique qui leur apparaissait. Ça donnait une dimension mythique de l’ordre légendaire. Ça faisait presque conte de fée. Les guerriers commencèrent à baisser leurs gardes tandis que Morrigan redoubla la sienne. Des petites lucioles en guise d’étoiles dans la végétation. C’était un cadre féérique. Un doux tintement se fit entendre, une petite brise souffla dans l’oreille de chacun. C’était comme si la forêt incitait les passeurs à s’arrêter pour prendre le thé. Mauvais signe. Morrigan regarda en profondeur pour y trouver une faille. Mais rien à faire. Le décor était tout simplement parfait. Il ne manquait plus qu’une table et quelques bougies à l’essence de rose. Avec un tel cadre, comment ne pas sentir le piège ? Morrigan regarda Zhuü et vit dans son regard l’inquiétude de la mise en scène de la nature. Après tout, avec les puzzles, elle pouvait faire miroiter tout et n’importe quoi pour attirer ses proies dans une embuscade. Les hommes avancèrent dans ce paradis sans fin. Naïfs, heureux. L’un d’entre eux vit une espèce de fruit suspendu à une branche. Celui-ci brillait de mille feux. L’homme ne pouvait détourner son regard et encore moins s’empêcher de le toucher, puis de l’arracher à l’aide de son arme. Il la garda dans main précieusement puis la cacha.

Quand soudain, dans le cours de la marche, survint un bruit inquiétant. Comme si des bouts de bois se cassaient sous les pieds d’hommes. Ce ne serait pas inquiétant s’il s’agissait d’un homme qui en suivant la route marchait accidentellement sur une brindille. Qui aurait pu lui en vouloir, ils en étaient entourés. Mais ce bruit résonna et continua de surcroît. Comme si, quelque chose se rapprochait. Quelque chose de vivant qui était fait bois ou d’une matière similaire. Deux possibilités : Soit la chose avait plusieurs jambes de bois, soit la chose était accompagnée. Le temps était compté et la (ou les) chose(s) se rapprochait (aient). Zhuû entama son plan militaire en cas d’attaque majeur. Celui qui introduisait le fait qu’il puisse y avoir des monstres ou des légendes réelles. Ils entamèrent une course. L’homme avait gardé précieusement le fruit dans son pagne et accouru pour rejoindre la troupe. Zhuû se concentra et dicta une formation militaire que l’on trouve généralement à l’époque romaine. C’est celle où tous les hommes se regroupent côte à côte, formant un cercle où chacun se tournait le dos. A cet instant le bruit s’arrêta. Le Terraformeur commença à avancer vers un endroit où son Talisman, qui était caché, le tirait de force. Morrigan observa attentivement la scène et susurra à Ed :

« Si jamais ils se font à attaquer, on se fait la belle avec le Terraformeur et on trouvera une solution radicale pour qu’il nous rende nos pouvoirs. »

Ed semblait avoir compris. Un ultrason assourdissant pour les hommes et à peine dérangeant pour les voyageurs se déclencha. Des figures d’esprits passaient entre les hommes. Pendant 10 minutes ils étaient tous à terre. Le moment semblait idéal pour fuir. Quand soudain certains révélèrent leurs forces. Agol bloqua le passage d’Ed comme Zhuû bloquait celui de Morrigan. Il était affaibli par les sifflements que produisaient les esprits. Par chance, ils n’atteignaient pas les voyageurs du moins c’est ce que croyait Morrigan. Les esprits avaient une fonction particulière pour les voyageurs, autre que celle d’affaiblir son adversaire par ultrason, celle de les immerger inconsciemment dans un état secondaire de folie. Ceux-ci étaient dirigés par les esprits qui les utilisaient comme arme pour vaincre les personnes faibles qui s’affaiblissaient aux ultrasons. Morrigan ne l’avait pas perçu. Mais il était vrai que son envie de tout détruire était arrivé à son apogée tellement qu’elle se sentait contrôlée. Ses gestes, ses mouvements, ses pensées. Rien ne lui ressemblait. La seule envie qu’elle avait c’était de détruire. Elle ne fut pas contrôlée longtemps. Car les esprits avaient descellés que son pouvoir était sous clé, elle était donc inutile. Les fantasmes disparurent instantanément comme pour chercher un plan b. Quand l’esprit de guerre qui contrôlait Morrigan évacua de son corps pour suivre la bande, celle-ci tomba à terre. Elle reprit immédiatement connaissance et se releva Zhuû la regardait fixement. Il alla vers elle, lui mit une mèche de cheveux derrière son oreille et dit :

« C’est stupéfiant… »

Il se tourna vers le Terraformeur qui s’était caché durant la bataille et lui fit signe de venir. Le Terraformeur semblait lui aussi étonné de voir une femme aussi résistante voir plus qu’une armée entière. Les deux hommes se regardèrent. Puis Zhuû reprit :

« Je crois qu’il est temps. »

Le Terraformeur partit faire ce qu’il devait faire. Pendant ce temps, Morrigan rétorqua au chef :

« De quoi parlez-vous ? »

Il esquissa un large sourire et lui dit :

« Tu verras ça bien assez tôt. »

Il partit au même endroit que le Terraformeur. Les hommes les plus résistants s’étaient déjà relevés de l’affront sonore. D’autres étaient gravement amochés à terre et tentaient de s’auto-soigner avant que les esprits ne reviennent. Deux des plus forts tenaient Morrigan et l’emmenèrent au près d’Ed qui lui ne se faisait pas prier pour rester allongé. Ils l’obligèrent à s’allonger sur le dos. Ils tinrent son visage et son corps, ils étaient à 3 pour la maintenir. Le Terraformeur s’approcha d’elle et tenta de la rassurer en disant la même chose que tous les médecins qui vous auscultent. La phrase type qui dit « ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer. ». Ce qui vous le sentiment inverse que celui qui est souhaité dans la phrase. Il commença à chantonner étrangement dans un langage totalement inconnu et peigna des motifs sur le visage de morrigan. Il utilisa un mélange qui était d’un rouge sang majestueux. Il traça avec son index un trait droit sous l’œil droit puis arrivé à la fin de l’œil, il descendit d’un coup net jusqu’au bas de la mâchoire. Il fit de même pour le côté gauche. Puis il se dirigea vers le calme Ed et lui continua sa procession. Même tatouage. Mais pas de la même couleur. Les gardes lâchèrent Morrigan. Celle-ci tenta une fuite improvisée qui une fois encore fut stoppée par le chef de la tribu. Qui lui était avec un autre motif qu’elle mais de la même couleur que celui d’Ed. Il la tint par les bras et serra avec démesure. Brusquement, le Terraformeur fini sa formule et lui fit signe de terminer le rite. C’est à cet instant qu’il embrassa passionnément Morrigan. Etrangement, elle se sentait de mieux en mieux. En effet, ses pouvoirs revenaient. Elle gela ses lèvres. Zhuû fit un bond en arrière. Refroidit par cette action rusée. Il la regarda attentivement et lui dit :

« Désormais, tu es mienne. Je t’ai rendu tes pouvoirs mais sache que tu ne pourras pas m’échapper. La malédiction que tu avais avec cet empoté est levée. Mais elle s’est fortifiée entre toi et moi. D’ailleurs, j’ai demandé quelques modifications au Terraformeur. Je lui ai demandé qu’il fasse en sorte que nous soyons extrêmement liés. Cela signifie que tous les coups portés sur l’un de nous deux, l’autre les ressent de la même manière. Pas mal, n’est-ce pas ? Et bien évidemment j’ai gardé l’histoire du fait que tu ne peux pas trop t’éloigner de moi. Tu as un espace de 5 mètres avant de devenir de plus en plus faible. Et naturellement jusqu’à notre mort. Ne suis-je pas romantique ? »

Morrigan consternée répliqua :

« Vous n’êtes qu’un abruti. Me rendre mes pouvoirs a été votre plus grande erreur. Mais je vous en remercie. Il faut dire que sans je me sentais à votre niveau. Mais maintenant fini de jouer je... »

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que le bruit du bois cassé reprit. Ils levèrent la tête et virent au loin d’immenses arbres mondes leurs fonçant dessus avec autour d’eux les esprits de la forêt. Zhuû il prit la main de Morrigan et hurla :

« FUYEZ ! »
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Dim 9 Sep 2012 - 23:15
Le temps que tout le monde traverse cette immense racine démesurée, et une demi-heure s’était déjà écoulée. Aucun signe d’une malédiction quelconque, aucun signe de monstres légendaires souhaitant combattre les braves qui osaient s’aventurer dans leur domaine. Je ne savais pas si je devais être content que les affrontements n’aient pas lieu, mais quelque chose me disait que si on continuait à ne pas rencontrer de dangers, on serait obligé de se les prendre en pleine gueule une fois à la toute fin. D’ailleurs, tandis que j’observai les soldats descendre le long des lianes que nous avions utilisées, je ressentis encore cette sensation horrible comme si un plaisantin m’avait collé un glaçon sur le coup et que je ne pouvais pas l’enlever. Je regardai en arrière mais il n’y avait personne d’autre que des arbres gigantesques, frère aîné des séquoias géants. Bon sang, y avait quelque chose dans cette putain de forêt. Zhuü aussi avait senti cette puissance terrifiante et s’était retourné. Il dit que ce n’était rien à un soldat étonné de nous voir réaliser le même geste surpris. Zhuü me réitéra sa question pour Meï ; devais-je la laisser en proie à ses griffes ? Je n’en avais aucune idée. Il fallait que je tente de la prévenir, mais maintenant qu’il s’était fait insistant, peut-être qu’il ne me laisserait pas le loisir de l’informer de ses machinations ignobles.

Quand toute la troupe fut réunie derrière les racines, on put se remettre en chemin les uns derrières les autres, la même formation bordélique qu’avant. Mais les stratégies étaient un point essentiel de leur culture, et les respecter leur permettait peut-être de supporter tous ces arbres qui semblaient nous espionner insidieusement. Tout ce que je comprenais, c’était que Meï et moi-même étions au milieu d’un champ de bataille millénaire entre les hommes et la nature, et que si les batailles reprenaient, on n’aurait pas beaucoup de marges de manœuvre pour survivre. Et comme je le pensais, je ne pouvais pas lui parler sans que les deux têtes du clan ne m’entendent. La discrétion n’étant pas de mise, je ne pouvais pas lui demander une telle chose sans que ça ne paraisse suspect. Alors il ne nous restait plus qu’à marcher, pénétrant de plus en plus profondément dans la forêt qui était notre ennemie.

Fait étonnant, elle n’était pas si touffue que ça. En fait, peu à peu, il semblait que la forêt fut… paradisiaque. Oui, c’était le mot. Elle devenait plus que belle, enchanteresse, prometteuse. Si la forêt était une femme, elle venait de se dévêtir et nous invitait à succomber à ses charmes sans plus tarder. Le piège était évident. Ce qui l’était moins, c’était de savoir en quoi consistait-il, ce qui se passerait si on tombait dedans et comment on pouvait tomber dedans. Je ressentais la peur dans les visages de Zhuü et le Terraformeur qui s’attendaient invariablement à des problèmes. Le grand prêtre se retourna pour prévenir ses hommes :


« Nous sommes en plein milieu d’un piège gigantesque. Heureusement, nous pouvons en sortir facilement tant que nous ne touchons pas à ces arbres et ces fruits. Ne vous arrêtez pas, ignorez les supplications de la forêt. Et regardez plutôt à quels vils et faibles stratagèmes elle est obligée d’utiliser pour nous plier. Cela démontre forcément un signe de faiblesse, de peur. La forêt ne peut rien faire pour lutter contre nous. Cependant, que cela ne vous empêche pas de rester vigilant. »

Son discours eut un effet certain. Mais une demi-heure plus tard, chacun continuait à lutter avec la même hargne. Tout baignait dans la lumière… non, ce n’était pas exact. C’était la lumière qui se baignait dans chaque recoin du décor. Les détails étaient sublimes, l’ambiance parfaite. Pour un peu, je me roulerais dans l’herbe. Mais en plus d’être ridicule, j’avais peur de déclencher une catastrophe. Et pourtant, elle semblait si ronflante… Je détachai mon esprit du sol pour voir devant moi sans regarder. J’avais l’impression d’entendre une bonne petite mélodie angoissante derrière. Les soldats semblaient se ronger les lèvres pour s’empêcher d’y penser. Putain d’intellect limité. Zhuü semblait exténué, fatigué de devoir vagabonder dans des landes si… hospitalières. Il serrait les dents sous son masque d’ignorance affichée. Quant au Terraformeur, il parvenait à résister à l’attrait mental avec brio, regardant les différents arbres et les végétations avec un air vaguement intéressé avant de porter son regard sur autre chose. Je vis une sorte de bébé saule pleureur sur lequel poussait des sortes de mangue jaune qui brûlait ma langue rien qu’à sa vue. Je réussis à me contenir. Mais au cas où, je tirai sur la corde qui me reliait à Zhuü. Il fut ainsi tiré de sa contemplation pour me regarder d’un œil furieux. Je lui répondis comme un gamin :

« Nan, c’était juste pour voir si tu tenais le coup. »

Ca énerva Zhuü mais ça le concentra sur les prochaines tortures qu’il allait m’infliger plutôt que le paysage environnant. Je commençai tout de même à prendre peur parce que je sentais quelque chose. On nous observait, et ça ne voulait pas se montrer. Je furetai mon regard partout comme un chien de chasse qui sentait quelque chose. Zhuü tapota l’épaule du Terraformeur et me pointa du doigt, cherchant partout un ennemi invisible. Le Terraformeur hocha lentement la tête ; quelque chose allait sortir dans pas longtemps. Dans le meilleur des cas. Mais quelque chose bougeait dans les feuillages. Pourquoi j’étais le seul à l’entendre ? Peut-être parce que mes sens de Voyageurs étaient plus développés, ou bien pour une connerie magique que je ne comprenais pas… Ou peut-être parce que j’étais tellement paranoïaque que je n’entendais que des signes de catastrophe soudaine. J’entendis une petite voix près de mon oreille qui me dit que la réponse était « Les trois à la fois ». Je me retournai, mais il n’y avait rien d’autre que Zhuü pour m’avoir chuchoté ça, et ce n’était pas sa voix qui avait répondu à mes interrogations mentales. Je commençai à prendre panique, et Zhuü le comprenait (sans le savoir, j’étais devenu le beagle de sa Majesté, et j’espérais surtout ne pas être devenu le canari du mineur qui clamsait dès qu’une fuite de gaz était présente dans les couloirs des tunnels souterrains). Le Terraformeur s’approcha de moi et je faillis lui envoyer un coup de coude dans le nez. Il posa ses mains sur mes épaules et me souffla très doucement :

« Que vois-tu ? »

En fait, cette question était beaucoup moins stupide qu’il n’y paraissait. Parce que maintenant qu’il m’avait « calmé », que je regardais droit devant moi, j’avais l’impression de voir tout autour de nous comme si je sortais de mon corps, toutefois en voyant à travers mes yeux et mes lunettes de soleil. Je ne voyais rien de plus que d’habitude, toujours ces arbres magnifiques, ces racines débordantes d’énergies. Mais il y avait quelque chose en plus que je ne pouvais décrire. Une autre forme de vision, quelque chose superposé. Une sorte de sixième sens que je pouvais aussi voir, quelque chose d’autre. Mais je ne pouvais pas leur accorder plus de crédits que ça, vu que je savais que je me faisais des films. Mais la voix du Terraformeur m’encouragea à en dire plus, m’encouragea à dire tout ce que je voyais sans aucune honte. Ses mains berçaient doucement mes omoplates tandis qu’on continuait à avancer. Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans une sorte de transe étrange. Je n’étais plus conscient de certaines choses, je marchais sans le demander, j’obéissais à un autre moi. Pour décrire la scène, je dis qu’il y avait des ombres autour de nous qui nous dépassaient des deux côtés comme si on coupait une rivière de je-ne-savais-quoi, et qu’on allait vers cette rivière. Et comment étaient ces rivières me demandait une voix qui n’était pas celle du Terraformeur. Mais qui devait l’être, quelque part. J’espérais. Sans tomber dans du Baudelaire, je dirais que c’étaient des sortes de ricanements matérialisés, des sortes de vestiges de quelque chose de pas identifiable. Surtout, je comprenais le sixième sens, qui pouvait s’apparenter à une sensation. Et là, elle était tout simplement malsaine. Je voulais en vomir tant elle était malsaine. J’entendais effectivement des grelots dans la forêt (des sortes de grelots, des rires en instruments), des choses qui passaient près de nous sans s’approcher plus. Et là, bouquet final : devant nous, une paire de yeux étaient cachés entre deux arbres à vingt mètres de nous. Je crus que je hurlai en pointant mon doigt vers cette paire d’yeux qui nous fixaient intensément et qui ne bougeaient pas, qui nous attendaient patiemment.

La seconde d’après, je regagnai mon corps et les sensations habituelles. Je n’avais pas crié, je n’avais rien fait d’autre que de marcher avec les autres, mais j’avais dû leur dire ce que je voyais. Et je fus pris d’une peur terrible en sachant qu’en face de nous, il y avait une chose terrible qui n’attendait qu’une chose : que nous approchions. Ce fut le Terraformeur qui répondit :


« Il est ultra-sensible à l’environnement.
_ Parce qu’il est Voyageur ?
_ Oui, je crois. Ils ne sont pas traités comme nous à ce qu’il semblerait.
_ Et la fille ?
_ Elle doit l’être aussi. Ou peut-être qu’elle est juste comme toi, Zhuü. Elle comprend des choses, elle résiste mieux aux tentations. Elle a un esprit éclairé. M’est avis que c’est le cas pour le Voyageur aussi. Mais qu’il a ressenti les esprits plus puissamment que nous à cet instant présent. Qui sait si la Voyageuse ne fera pas pareil aussi par la suite.
_ C’est inquiétant ?
_ Pour le moment, ça nous avantage. Reste à savoir… »


Le Terraformeur ne termina pas sa phrase, parce que chacun put entendre un craquement désagréable. Suivi d’autres craquements comme si des êtres en bois avaient décidé de bouger. Les craquements s’intensifièrent comme si on cassait une brindille juste à-côté de mes oreilles. Sous le commandement de Zhuü, les soldats se dépêchèrent de se mettre en formation de rond concentré pour ne laisser aucune ouverture à ce qui allait se présenter à nous. Même si je doutais que les stratégies fonctionnent contre les bestioles qui allaient nous tomber dessus. Je ne fis aucun commentaire tandis que tout le monde se dépêchait de se placer en premier, signifiant ici, se mettre au milieu du cercle formé par les autres. Une partie de chaises musicales géante dont la défaite signifierait plus que des railleries ou un gage. Meï profita de cet instant pour s’approcher de moi et m’avertir de ce qu’on pourrait faire si la bataille ne tournait pas à leur avantage. Je lui répondis juste derrière d’une voix rapide :

« Ecoute, on ne va arriver à rien comme ça. Je vais laisser Zhuü prendre ma place au niveau de la malédiction. Il te fera chier mais tout ira bien, il te violera pas en public. Si je parviens à m’échapper, tu seras la première de mes priorités. »

Un silence soudain s’abattit sur notre troupe. Plus de craquements, plus rien. Trois secondes de calme audibles. Puis ensuite, ce fut le déferlement. Un son puissant abattit tous les hommes par terre. Je comprenais qu’il était d’une violence inouïe, mais étrangement, Meï et moi parvenions à le supporter sans grande difficulté. C’était peut-être le temps de s’en aller, non ? Mais malheureusement, le spectacle de milliers de visages nous passant au travers me coupa le souffle. Je sentais ces fantômes démoniaques rentrer dans mon corps et en sortir, je voyais tous les gens qui restaient à terre, pétrifiés de ces apparitions et du bruit qui leur meurtrissait les oreilles. C’était le moment parfait pour s’en aller loin d’ici, on ne tenait plus nos ficelles. Sauf que l’idée n’eut aucune réponse dans ma cervelle ; j’étais incapable de fuir parce que je désirais autre chose : détruire un truc. N’importe quoi tant que ça émettrait un rugissement de douleur : un arbre, le sol, un homme. Il fallait que j’écrase quelqu’un, il fallait que je le domine, il fallait que je me débarrasse de cette possession en foutant des coups à quelqu’un. Je voyais cet amas de chairs mordant la poussière, et je me dis qu’en tuer un pourrait être sympa. Et personne ne me verrait. Je voyais à mes côtés Meï se libérer de l’esprit vengeur qui la possédait et je compris que je pouvais lutter contre ce sentiment. En vain. Mais il partit de lui-même, laissant une carcasse vide et gelée de son passage. Plus aucun esprit ne nous ne traversa et le son s’était atténué avant de disparaître brusquement. Je pouvais me tirer d’ici maintenant. Mais Agol était plus rapide, et son cerveau ne marchait pas si mal : il était déjà en train de me bloquer avant que je ne puisse esquisser un seul geste. Connard.

Meï ne s’en tirait pas à meilleure compte et nous regagnâmes tous deux notre fonction de prisonnier. Le Terraformeur se mit à étudier ce phénomène avec un intérêt très étrange. Je ne l’avais pas distingué parmi la foule, et je n’avais aucune idée de s’il avait été touché comme tout le monde ou s’il avait mieux résisté par son statut de type mystique. Faudrait que je lui demande un jour. Zhuü ayant retrouvé ses esprits, je lui fis part de mon accord en ce qui concernait la malédiction. Il en parla au prêtre qui acquiesça d’un air entendu. Ensemble, ils formaient une paire véritablement menaçante, même entourés d’ennemis invisibles et aux pouvoirs incompris et puissants. Je m’étais demandé à quoi servait cette escarmouche. Peut-être que les spectres n’avaient pas réussi à trouver ce dont ils avaient besoin. Peut-être que les Voyageurs servaient comme paravent. Peut-être qu’ils voulaient juste s’amuser. Je n’en avais aucune idée, et cela faisait partie des mystères dont je n’avais pas envie d’en entendre. Après cette vague d’ennemis, j’en étais à me dire que je préférais peut-être passer le restant de mes nuits avec Meï quitte à rester ici. J’avais envie de me réveiller de ce cauchemar terrifiant, et incroyablement prenant. J’étais totalement impuissant à ce qu’il se passait, j’avais juste envie de quitter ces terres et de ne plus jamais y revenir. Même avec mon pouvoir, même armé de mon Artefact, je ne pourrais rien contre les créatures qui nous assaillaient. Cette pensée d’être incapable de garder la moindre once de contrôle me faisait très, très peur. J’étais comme tous les soldats abattus par cette marée d’horreurs qui les avait submergés. Ils étaient en train de se remettre doucement de l’attaque, se soignant comme ils pouvaient. Certains étaient blessés, je ne comprenais pas pourquoi. Les esprits étaient violents décidément. En fait, quand je compris qu’il n’y avait pas de mort, j’en arrivais à deux hypothèses : soit dans le super cas optimiste, les esprits de la forêt (ça devait être eux, non ?) ne pouvaient rien faire d’autre que d’énerver les hommes en leur sifflant aux oreilles, soit… soit, ça ressemblait à une mise en garde. De qui, contre qui, de quoi ? Juste « ne passez pas, on n’est pas d’accords » ? Ils n’avaient rien de plus explicite ? Tout ça me dépassait. De bien trop.

La motivation vacilla au profit de la peur, et tous deux étaient d’excellents moyens pour faire marcher une armée. Plus vite ils seraient dans leur super temple, et moins ils auraient à craindre la fureur végétale et spectrale du monde qui les entourait et qui décidément, ne les aimait pas beaucoup. Avec raisons ou pas ? Juste fouler la terre énervait les esprits de la forêt ? Ils étaient du genre susceptible alors. Zhuü reforma très vite ses troupes. Tout le monde fut prêt à partir. Mais j’étais certain d’avoir entendu des supplications dans les rangs quand le leader leur annonça qu’ils allaient rester là pendant un moment. Et ce moment, c’était celui que j’appréhendais le plus, avec espoir ou avec crainte, je n’en avais aucune idée. Car il était temps que la malédiction change de cible, que l’homme qui serait collé aux affres de la sérieuse et terriblement sensuelle Meï soit ce dingue de Zhuü. Une soudaine frayeur s’empara de moi : s’il me détachait du sort, étais-je encore quelqu’un d’utile pour eux ? Je pressentais ce moment car si je redevenais un homme libre, ils pourraient me sacrifier à la barbare sans d’autres formes de procès. Et la situation deviendrait intenable pour Meï, ainsi que pour la petite fille, voire impossible à gérer. Mais si dans l’espoir où ils continueraient à m’utiliser comme appât, j’avais une chance de m’en sortir. Mais avant de réfléchir à tout ça, il me fallait mon pouvoir. Avec mes portails, tout serait possible, même une éventuelle chance de voir la fin de ce scénario se profiler. Mais encore une fois, c’était quitte ou double, et ce n’était pas moi qui décidais si je jouais ou pas.

Le rituel put commencer, et s’il était pauvre en feux d’artifice, il sentait quand même le truc bien mystique et incompréhensible. Ils commencèrent par dessiner des traits de couleur sur Meï, des traits symétriques. Puis dès qu’ils passèrent à moi, ils prirent de la poudre bleue et me tracèrent les mêmes dessins (je le sentais, je les reconnaissais). Et finalement, ils firent de même pour Zhuü, même si des dessins étaient différents des nôtres, mais qu’il avait la même couleur que moi. Certainement un truc de transition ou quelque chose dans ce goût-là. Meï tenta de s’enfuir, plus pour montrer la niaque débordante qu’elle avait en elle et ses envies plutôt qu’une réelle croyance en ses chances de succès. Et dire que moi, si je tentais la même chose, on me briserait direct les deux chevilles. On n’était pas tous la favorite de Zhuü, et connard était évidemment hétérosexuel et appâté par tout ce qui bombait le Tee-shirt au niveau de la poitrine. Les gens de cette époque ne savaient pas se tenir, mon dieu. Je ne me rendais pas compte que le Terraformeur était en train de psalmodier des incantations dans un langage totalement inconnu (pour changer, comme si des paroles d’incantation étaient compréhensibles). Sans préavis, le tout fut terminé. Je sentais qu’une pression sur mon cœur se libérait, comme détaché d’une responsabilité physique. Je m’en étais rendu compte après que les deux autres avaient échangé un long baiser dont au moins une des deux parties n’était pas consentante. Ils connaissaient pas le plan à trois ces enfoirés. Mais tant mieux. J’étais libre de pouvoir m’échapper maintenant. Jusqu’à ce que Zhuü, après son charmant petit discours à la fille, demanda à ses soldats :


« Exécutez le blond. Il est devenu inutile. » Trois soldats me forcèrent à m’agenouiller tandis qu’Agol se rameutait avec son arme de prédilection. Je regardai le leader en lui demandant d’un ton presque implorant :
« Vous êtes sûr ? »

Le Terraformeur ne chercha pas à me défendre. C’était peut-être pour ça qu’ils avaient rendu ses pouvoirs à Meï : pour qu’elle s’occupe du job d’appât à elle toute seule. Je cherchais encore de l’aide alors que les gens se mettaient en cercle autour de moi pour m’empêcher de m’enfuir. Agol et sa monstrueuse silhouette dégaina son arme et l’ajustait. Je n’avais même pas eu le temps de m’effrayer et de me rendre compte de tout ce que j’espérais. Putain, non ! Pas comme ça ! Pas maintenant. Je me débattis à cause de mon instinct de survie, en oubliant qu’on allait m’exécuter de toute façon. Ma force était bien plus impressionnante que celle d’un humain normal, et les soldats autour de moi renâclèrent avant d’être rejetés en arrière. D’autres encore se jetèrent sur moi et m’aplatirent contre le sol. La faux de l’autre était prête, et ma tête dépassait de la foule humaine qui me maintenait contre la terre. Un souffle. Puis on entendit des craquements de bois. Les esprits. J’étais heureux ou pas heureux ?

Une nouvelle vague de visages hurlants se déchaîna parmi les rangs des indigènes. Chacun fut jeté contre terre comme si la fureur avec des mains de géants qui les maintenaient rampants. La fureur me traversa. J’envoyai un coup de coude puissant qui explosa le crâne à un des anciens bourreaux. Je réussis à me relever en soulevant tous les poids agonisants et hurlants au-dessus de moi. Je pouvais fuir ! Je pouvais fuir ! Cet espoir énorme balaya à moitié les envies de meurtre qui me prenait. Mon pouvoir en priorité, les deux filles ensuite. Alors que tout le monde se roulait par terre dans des cris inhumains, je voyais le panier près du Terraformeur qui n’attendait que ma main pour me laisser prendre mon pouvoir et redevenir l’homme badass que j’étais. Mon panneau serait ma priorité aussi, mais mes pouvoirs étaient plus importants. J’avais un sentiment de dépendance vis-à-vis d’eux, et quand ils étaient entièrement consommés à cause d’une foutue nuit, je me sentais nu et vulnérable comme le premier nouveau Voyageur venu. Alors eux d’abord, et le reste viendrait ensuite. Mais tandis que les visages hurlants explosaient le calme de tous les indigènes une nouvelle fois, comme s’il voulait pulvériser le cerveau par des hurlements, je sentis une puissante pièce de puzzle me rentrer dans les côtes pour m‘envoyer au loin. Je me relevai rapidement, surpris par cette attaque. Evidemment… Le Terraformeur était aussi insensible que les Voyageurs à ces attaques spirituelles, et il ne semblait pas très content que cela se passe juste avant mon exécution. Je me rendis compte que beaucoup d’hommes avaient disparu dans les bois suite à l’attaque, suivant l’ordre courageux de Zhuü.

Je grognai et fonçai une nouvelle fois vers le vieillard qui me faisait face. Il allait pas me les brouter longtemps celui-là. J’évitai au dernier moment une pièce de puzzle qui cherchait à m’exploser la tempe, repartis au quart de tour, détruisis du poing une pièce un peu trop envahissante. Mais mon coup de pied vers le visage du prêtre fut arrêté par un mur de pièces de puzzle sortant du sol. Je fus balayé au loin par ce même mur. Putain, j’avais oublié comme il était chiant. Je repartis une nouvelle fois à l’assaut. Je sentis le sol sur lequel je sprintais se déformer et tenter de me faire trébucher. Je tentai de garder le cap, des fois soulevé du sol sur plus de deux mètres et cherchai à pulvériser le crâne de cet enfoiré de mes couilles. Il réussit à se protéger une nouvelle fois sans vraiment bouger, vingt centimètres de pièces de puzzle noirs encaissant le choc. Tout mon flanc gauche fut balayé par trois pièces qui m’envoyèrent au loin. Et cette bagarre sur fond de visages démoniaques qui illuminaient le tout d’une lueur surréaliste, détruisant toute l’ambiance de la forêt. J’entendais les apparitions spectrales tandis que je voyais mon intouchable adversaire dont une vingtaine de de pièces de puzzle tournaient autour de lui comme des satellites fous. Il était trop fort, là, maintenant, et je n’avais pas tout le temps du monde. Peut-être qu’avec de l’acharnement, j’arriverais à quelque chose, mais mon Agol était pas loin, et si la tempête des spectres était plus longue que la précédente, elle allait quand même bientôt arriver à terme. Je devais changer de cible. La fille du sorcier.

Je tournai les talons devant le magicien un peu trop envahissant. J’esquivai un coup d’Agol qui tentait de s’habituer à cette vague insoutenable. Sautant par-dessus un corps gesticulant, je m'approchai à grands pas de la fille. Par réflexe, je sautai sur le côté ; bon timing car une pièce de puzzle avait cherché à me défoncer le dos sans ménagement. Je récupérai l'albinos en évitant tout ce que je devais éviter, attaque à distance et corps par terre. La fillette calée sous mon bras, je me dirigeai maintenant vers la forêt, hors des sentiers évidents créés par la simple absence d'arbres. J'avais constaté que la fille était effrayée comme tout le monde, mais justement pas comme tout le monde. Ses cris faisaient écho à ceux des guerriers, mais elle ne semblait pas touchée par le maléfice pour autant. Elle hurlait juste parce que les esprits de la forêt étaient tout proches, et je ne savais quelle réaction étrange cela pouvait engendrer. C'était elle qui les avait attirés, et maintenant ? Que cherchaient-ils à faire avec cette fille ? La réponse ne serait certainement pas bonne pour elle, et par extension, pour Meï (a pus maléfice pour bibi). Et je n'allais pas laisser tomber Meï, certainement pas. Mon plan était de m'échapper, puis de récupérer Meï dès qu'en aurais l'occasion. Je ne la laisserais pas tomber.

Un mur de pièces de puzzle se forma sur ma route, prenant de plus en plus de hauteur et de largeur. Je me frayai un passage sur la gauche, évitai encore les pièces qui commençaient à former un dôme autour de moi, cherchant la sortie, mi-transportant la fille, mi la traînant avec moi. Je dû me farcir les dernières pièces à coups de poings, coups de coude, et enfin, je sortis de la zone dangereuse. Au loin, derrière, le Terraformeur hurla aux hommes qu'il fallait me rattraper. Il n'y avait plus d'esprits hurlants pour accaparer les soldats, ceux-ci se remettaient doucement des attaques psioniques. Il faudrait continuer à courir pendant un long moment.

Puis, le soleil s’éteignit. En un coup, ce fut la nuit. Les pièces de puzzle du soleil, trop abattus par la puissance dépensée du Terraformeur, étaient retournées à la normale, se détachant du ciel, se retournant, et venant se placer à l'endroit. La jungle qui laissait à peine filtrer les rayons du soleil en remit donc une couche, et le monde touffu de la végétation sombra dans les ténèbres les plus profondes et les plus angoissantes. Le vieux sage tenta de puiser dans ses dernières réserves d'énergie pour refaire tourner les pièces et transformer la Lune en Soleil, mais c'était vain. Les pièces sortaient à peine de leur emplacement, faisaient lentement clignoter le monde avant de se recaser à leur juste place. A bout de force, il préféra sortir des pièces lumineuses en encourageant la vingtaine de soldats sur mes talons. Je n'étais pas encore sorti de la merde.

Tout fut extrêmement fatiguant. Courir au-dessus des racines, de mangroves, traverser des rivières, passer par des endroits aussi merveilleux le jour que terrifiant la nuit, s'enfonçant dans la jungle à toute vitesse et voir que la végétation s'épaississait. Le râle des soldats était proche, mais nous étions trop perdus dans l'obscurité pour qu'ils puissent nous jeter des lances. Je commençais à respirer très fort, et je voyais la poitrine de la fille que je tirais derrière moi se soulever à toute vitesse. Nous sautâmes par-dessus une fissure dans la roche de cinquante centimètres avant de continuer la progression difficile. Je grognai à chaque fois que j'étais contraint de faire un tout petit bond, qui m'épuisait si vite... Bon sang, fallait tenir. Ces hommes avaient la lumière avec eux, ne se trimballaient pas une fillette abasourdie, et ils étaient entraînés. Je me demandais comment ils osaient partir si loin du campement, mais je me doutais que les pièces qui les accompagnaient pourraient leur montrer le chemin du retour. Je haïssais ce foutu Terraformeur. Dès que je le revoyais, je lui montrais à quoi ressemblait la raie de son c...

… Tombé sur le sol. Je n'avais pas besoin de ça. Je me relevai avec difficulté, crachant sur la terre un glaviot, je repartais de plus belle. Je n'allais pas les distancer... Ils ne gagnaient pas significativement du terrain, mais nous, on allait leur en céder au fur et à mesure, à cause de l'épuisement de la fille. Je redoutais déjà l'instant où elle ne pourrait plus faire un pas et que je devrais me la trimballer. Je ne pouvais pas combattre autant de soldats en même temps, c'était au-dessus de mes moyens. Alors, quand le physique ne suffisait pas, il fallait utiliser sa tête. Cette réflexion proche du sophisme me fit lever les yeux : un Arbre-Monde gigantesque dont la silhouette hors-norme et sombre comme l'encre cachait d'innombrables étoiles, se tenait majestueusement devant moi, à moins de cent mètres. Et comme l'avait décrit le Terraformeur quelques temps plus tôt, dans ses branches brûlaient des sortes de lumière indistinctes. Remplaçant les astres camouflés par l'arbre, ces lumières ne brillaient que dans les plus hautes branches et restaient immobiles, comme d'énormes lucioles paresseuses. Testons la foi des indigènes face aux ordres qu'on leur avait donnés. Je savais qu'ici, et de façon générale à Dreamland, les phénomènes paranormaux, les Dieux et tout le tintouin non cartésien étaient parfaitement réels. Mais jusqu'où étaient réelles les élucubrations d'un peuple de sauvage qui prendrait une allumette pour le dieu des volcans ? Je priai ma bonne étoile, réveillée si possible car là, elle avait fait un bon somme, de me sortir de là, et que les Arbres-Monde soient plus inoffensifs que décrits par les propos des indigènes.

Les soldats virent en même temps que moi l'imposant tronc à moins d'un kilomètre. Ils continuèrent cependant à avancer, mais la motivation n'était plus là. Portant à moitié la petite fille, je me mis à accélérer en direction de l'Arbre gigantesque, cherchant à briser les derniers espoirs des guerriers. Il me fallut encore parcourir quelques centaines de mètres supplémentaires que j'arrachai à mes jambes pour que je creuse l'écart. Sans que je puisse voir, j'entendis soudain un hurlement terrifiant venant de la gorge d'un des indigènes. Je me retournai, mais la pénombre liée au retour de la nuit m'empêcha de distinguer ce qui s'était passé. Il y avait un énorme bruit de bois qui se craquait en plusieurs morceaux retentissant dans les ténèbres, des râles d'agonie, puis les cris de détresse des autres soldats qui firent demi-tour en vitesse, arrêtant ainsi la course-poursuite et me laissant enfin me reposer.

A bout de souffle, je restai totalement immobile pour écouter les bruits de la forêt, tout sauf silencieuse. La jungle gueulait de tous les côtés de bruissements de feuille, d'insectes en tout genre, et de bruits venus de nulle part. Je ne savais pas si c'était normal ou non ; j'avais déjà dormi plusieurs fois dans les bois, mais il y avait trop de différence entre une forêt tranquille et ce labyrinthe végétal dense pour que je puisse identifier les bruits de danger. A court d'idées, je me disais juste qu'il n'y avait pas de bruits de bois sur lequel on marchait, donc qu'on pouvait considérer que c'était affreusement tranquille. Je regardai la petite fille qui n'en pouvait plus, haletant comme une petite souris pétrifiée. Allez, fallait quand même se secouer et trouver un abri le temps de regagner quelques forces. Je pris une direction vers la gauche, mais elle glapit instantanément :


"Pas par là !
_ Quoi pas par là ?
_ Il y est.
_ Qui ça, il ?
_ Ara'vo."
Tiens donc, un nouveau nom ridicule qui allait me faire regretter d’être venu.

Je lui demandai plus de précisions, mais elle avait tellement fait peser ses paroles que je comprenais que ce n'était pas le moment de demander des explications. Mais je ressentis à mon tour cette sensation glacée et ignoble, si forte que je me retournai pour ne voir rien d'autre que la nuit et les arbres les plus proches. Il y eut un minuscule bruit anormal en face, mais il s'éteignit très vite. Je me rapprochai de la fille ; j'avais trop peur d'aller voir si l'indigène certainement mort avait lâché ses armes. Je voulais rester ici, mais à quoi servait-il de ne pas bouger si le potentiel prédateur savait parfaitement où vous étiez ? Je n'avais pas d'arme, je n'avais pas de portail, je n'avais qu'une petite fille aux cheveux blancs. Je me mis à marcher, sans vraiment m'en rendre compte, vers l'Arbre-Monde, doucement pour ne pas effrayer ce quelqu'un ou quelque chose. J'en avais ras-le-bol de ces conneries, mais la peur me pétrifiait. Je tombais de Charybde en Sylla, ou comme le disait si bien l'expression moderne : de merdasse en merdasse. Tandis qu'on marchait silencieusement, alors que ma tête commençait à se faire lourde comme tout à l'heure, je tentais de me raccrocher dans le monde réel en questionnant la fille :


"Tu t'appelles comment déjà ?
_ Sy.
_ Très bien, Sy, tu peux me dire qui est Ara'vo ?
_ Personne ne le sait."
Un bruit aussi terrifiant qu'inaudible balaya les environs. Mais évidemment, trop sombre pour distinguer quoique ce soit... Je continuais à parler comme si ça éloignerait le sujet de la discussion. Sy reprit : "Un démon ou un Dieu mineur, personne ne l'a jamais su. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il protège la forêt.
_ Il est du genre agressif ?
_ Je ne sais pas. Mais on l'attire.
_ Les esprits de la forêt nous attaquaient parce que tu étais là ?
_ Je ne sais pas. Mais Ara'vo n'est pas là pour moi. Il te veut, toi."
Des bruits de pas jusqu'à côté de moi me firent sursauter, et je tournai les yeux : personne. La révélation me glaça le cou. Je déglutis et furetai dans tous les coins. Il me semblait croisé deux yeux jaunes dans un arbre mais quand je farfouillai les branches, il n'y avait plus rien. Sy parla encore une fois, aussi apeurée que moi :
"Je l'ai compris quand tu t'es effondré. C'est à cause de l'intérêt qu'il t'a porté. Il a peut-être tenté d'entrer en contact.
_ Les esprits de la forêt voulaient tuer les barbares, non ? En nous foutant en furie.
_ Faux. Ils s'en fichent des barbares. Ils voulaient que vous tuiez quelqu’un d’autre. Moi, je crois.
_ C'est lugubre"
, marmonnais-je tandis que la sensation d'être observée se faisait plus pesante. En tout cas, je comprenais pourquoi j'étais un peu tombé dans les vapes tout à l'heure, et pas Meï. Mais je ne voyais pas pourquoi il me voulait, moi en particulier. Enfin, c'était déjà un danger d'écarté pour la Voyageuse qui devait se trimballer Zhuü, mais une menace de plus pour la petite fille.
"Il va chercher à te tuer, donc. Reste tout proche. Si tu sais aussi pourquoi la forêt t'en veut...
_ Mon père m'a dit de ne jamais, jamais aller dans la jungle, et de ne jamais parler aux indigènes. Il disait qu'on était une famille spéciale, qui avait quelque chose à voir avec Géo, le Dieu de la Forêt.
_ Tu connais leur mythologie, un peu ?
_ Oui, je connais les légendes.
_ Tu me feras un cours, alors, parce que je sens que c'est une pièce de puzzle intéressante à la compréhension de tout ce qui se passe."


Elle hocha la tête, mais sa réponse orale fut vite interrompue par une douce musique, constituée de clochettes très délicates, qui venaient de juste devant nous. J'eus un haut-le-cœur terrible, comme si on venait de me gifler l’intérieur u ventre. Y avait un truc devant. Deux yeux jaunes. Puis plus rien. Je passai devant mais tenais toujours un bras de la fille pour ne pas qu'elle se fasse emporter. On était proches de l'Arbre-Monde, mais ça ne venait pas de lui. Je commençais à entendre un grondement, très distant. Je ne savais pas s'il venait de sous le sol, ou directement de ma tête. Il s'intensifiait en même temps que les clochettes tandis qu'on continuait à avancer droit devant, doucement, très doucement. Je n'osai plus parler, mais continuai à mettre un pas devant l'autre, presque agenouillé pour éviter de faire une cible trop voyante. Mon cœur commençait à battre la chamade. Je faillis avoir une crise cardiaque quand les yeux furent parfaitement visibles pendant une demi-seconde à cinq mètres avant de disparaître. Si j'avais été dans un jeu vidéo, j'aurais arrêté de suite et me serais enfui en hurlant en promettant de n'utiliser mon ordi que pour Word. Mais j'étais forcé de continuer, obligé de devoir rester par le poids des responsabilités ; c'était horrible. Vraiment horrible. Être obligé de continuer alors que je n'en pouvais plus physiquement et mentalement...

Et enfin, même si l'image fut brève, je fis celui qu'on appelait Ara'vo pendant une demi-seconde. Il portait un masque de pierre en forme de pièces de puzzle, qui semblait avoir été forgé dans la lave et que le hasard avait réussi à dessiner des lignes grossières de visage humains. Le corps en lui-même était courbé, faisant plus penser à Gollum qu'autre chose. Il avait des bras et des jambes très fins, trop fins pour êtres humains, et sa colonne vertébrale était visible sous sa peau. Cette dernière, bleu foncé semblait luire malgré l'obscurité. Mais tout cela disparut devant moi comme un éclair. Bon dieu de merde. Ara'vo, t'étais vraiment moche. Moche à en être malsain et menaçant. Une petite lueur d'ironie avant de re-sombrer dans la folie et la transe qu'il m'infligeait. Je pensais de moins en moins, continuait ma route sans me soucier de la route, perdu dans des méandres de méandre tandis que je tirais la fillette comme dans un rêve dans un rêve. Où étais-je ? Fallait pas encore tomber dans les pommes, pas encore...

Un rocher près de nous se pointa. Dessus, il y avait Ara'vo et son masque en pierre qui nous dévisagea. Sa main était tendue et il demandait quelque chose avec, comme un mendiant à qui on ne refusait rien. Je regardais autour de nous pour voir ce qu'il voulait. Quoi ? La fille ? Non, pas la fille. Je refusai. La musique se fit plus lente, mais plus agressive, et le grondement de tout à l'heure m'emplit la tête. Je tombai à genoux devant la puissance mentale d'Ara'vo. Ma vision se flouta, et je continuais à voir le démon même quand je tournais la tête, son bras décharné me demandant la fille. Je secouai la tête comme un gamin, mais je n’étais pas sûr de l’avoir fait. Je voyais en énorme plan ce masque si terrible, si mystérieux… Il ne laissait pas entendre qu’il y avait une tête derrière. Les deux yeux jaunes mes fixaient et me fixaient, m’empêchant de pouvoir faire quelque chose. La petite fille tirait sur mon bras tandis que je m’approchais de la créature si… Je ne savais pas. Elle me faisait perdre la tête. Elle disparut de ma vue pendant deux secondes avant que je ne la revoie, exactement posée comme d’habitude sur son rocher. Sans bouger, je sentis sa demande se faire plus insistante. Je le voyais de plus en plus près sans qu’ils ne s’approchent, et je ne savais pas si je m’avançais vers lui ou si j’étais resté immobile depuis le début. Ara’vo continuait à mendier sans bouger. Il y eut des craquements de bois autour de lui. Le grondement se fit de plus en plus puissant. J’allais tomber dans les pommes si on ne faisait rien. Putain. La fille hurla plusieurs fois mais je ne l’entendais pas. Je savais juste qu’elle hurlait.

J’étais à un mètre du masque. Je tirai sur le bras de la jeune fille pour qu’elle s’approche de moi. Sinon, je ne pourrais pas la protéger. Je l’amenai devant la créature ignoble car je n’en pouvais plus, et tout irait bien si la fille serait entre les mains du masque en pierre qui me dévisageait jusqu’à la moindre de mes pensées, me voyant en ayant pleinement conscience de toutes mes réflexions. Je voulus vomir quelque part, mais j’étais trop occupé à amener le bras de la fille dans la petite main dégueulasse d’Ara’vo. Dès que le poignet de l’albinos fut assez prêt, les doigts du démon claquèrent comme des fouets et s’agrippèrent comme des racines assoiffées autour de la main de Sy, qui hurla de plus belle tandis que le grondement fut à son niveau maximal. Comprenant enfin la détresse de la fille, je gémis, je gueulais, je hurlai, je chuchotai, je ne savais plus quoi. Peut-être que je l’avais tout simplement pensé dans ma tête si fort qu’Ara’vo avait compris. Je ne savais pas, mais je le fis.

« Nous voulons partir de la jungle ! » Je le répétai comme un sanglot, comme si je savais que j’allais m’en sortir avec ces six mots ridicules. Je le répétai encore une fois, et le masque me regarda véritablement, au lieu de lorgner la fille dont il tenait le bras.
« On n’a rien fait de mal ! On veut les empêcher d’utiliser la fille contre vous ! On ne vous veut aucun mal ! » Je pleurai, ou j’étais sensé ? Je hurlai certainement, dans ma tête ou dans la jungle. Mais ce que je sus, c’était que le lutin relâcha le poignet de Sy. Que le grondement disparut, que la musique s’éteignit. Et qu’Ara’vo partit du rocher sans faire le moindre bruit, et sans bouger. Il disparut purement et simplement. Et moi, j’étais au sol, la terre contre ma joue. La fille tentait de me réveiller. Il faisait toujours aussi nuit. Je me relevai dans un long réveil, me réappropriant de nouveau mon corps comme si je l’avais quitté depuis un siècle. Où étais-je, déjà ?


« Il va revenir !
_ Oui… Qui ça ?
_ Ara’vo ! Il faut se cacher tout de suite ! Avant qu’il ne change d’avis !
_ Ouah, putain… ma tête… Il est versatile ?
_ Extrêmement ! Comme son maître. »


Ce fut à son tour de me prendre la main pour m’indiquer la direction de l’Arbre-Monde. Il n’était pas si loin que ça. Il fallut dix minutes pour qu’on voie le tronc. Sans vouloir faire mon paranoïaque, j’avais l’impression que la musique annonçant le lutin était là de nouveau. Je vis un énorme trou béant dans le bois de l’arbre, et je n’eus pas le temps de discuter que j’étais déjà entraîné dans sa direction. La petite m’expliqua que c’était la demeure des Esprits de la Forêt, et qu’Ara’vo respectait leur intimité. Moi aussi, j’avais sacrément envie de respecter leur intimité. Je ne voulais pas entrer là-dedans.

On traversa le seuil de l’arbre, et je pus me rendre compte qu’il était totalement creux. On aurait pu faire tenir une maison vu les dimensions de l’intérieur, voire plusieurs maisons avec tout le voisinage, le jardin, et la Mairie. Une sorte de lumière phosphorent très diffuse nous permettait de voir à l’intérieur, ou plutôt, nous permettait de ne pas ne pas voir (attention à la double négation salope). Je cherchais dans tous les coins, mais il n’y avait rien. Je levai la tête, et ne voyais pas le sommet à cause de la hauteur et de l’obscurité. La fille s’avança vers le côté le plus éloigné, et je la suivis. Elle semblait plus courageuse que moi. Je la rattrapai en quelques foulées, et on s’assit contre la paroi d’écorce. Elle était d’ailleurs impeccablement taillée, un travail de dingue. Je cherchais s’il n’y avait pas d’inscription contre les murs, mais je fus déçu de ce côté-là. Je haussai les épaules et profitai d’une petite pause bien méritée. Je fis rapidement le calcul : le Terraformeur avait dit que le trajet durerait une dizaine d’heures. Ça me laissait largement le temps de revenir et de lui expliquer ma philosophie. Mais avec la petite fille à protéger et Ara’vo dehors, autant dire que j’allais rester coincé ici pendant quelques temps. Le vent sonnait étrangement dans le tronc gigantesque, comme une mélodie à une note. Je supposais que j’étais dans une immense flûte. La fille semblait presque tranquille pour une fois. Je pensais que les esprits de la forêt voulaient sa peau et on était en plein dans leur demeure, nan ? Elle m’expliqua qu’ils rejoignaient les feuilles des cimes les plus hauts.


« … et leur concentration résiduelle illumine les Arbres-Monde.
_ C’est une histoire racontée par ton papa sorcier ?
_ Oui. Pourquoi ?
_ Parce que personnellement, pour quelqu’un qui refuse le contact avec la forêt, il la connaît bien mieux que tout le monde. »
Un silence. J’avais pas tout à fait tort de ce point-de-vue là. « Sinon, raconte-moi un peu les légendes. C’est important. Parce que vos légendes, ça ressemble plus à du passé qu’autre chose. » Elle fouilla un peu dans sa mémoire avant de commencer à raconter :
« Le pays est très très vieux... Auparavant, la population était dispersée dans tous les coins sans rechercher des alliances. Chacun vivait replié, empêchant le pays de devenir un grand pays. Le premier Arbre-Monde originel, bien plus gros que ceux-là, a été construit par le premier et aussi le plus puissant de tous les Terraformeurs, guidé par des instructions divines. L’arbre fut le rassemblement de tous les peuples du Royaume, et ainsi naquit l’âge d’or de cette partie du Royaume Puzzle. Tous les peuples habitaient le végétal, creusant d’immenses cavernes en son sein, vivant sur les feuilles ou près des racines, profitant entièrement de l’Arbre tout en le respectant. C’était un temps de paix et de prospérité où l’homme ne craignait rien. Les Terraformeurs sont ainsi devenus la caste dirigeante en remerciement au premier d’entre tous. Ils s’occupaient de diriger les affaires de la cité végétale et de régler les conflits. Ils assistaient aussi les Derans, la caste de mystiques qui parlaient avec Géo, le Dieu de la Nature. Les Derans avaient un but religieux et étaient considérés comme des pacifistes. On disait que l’union entre un ou une Terraformeur avec un ou une Deran rendait le ciel heureux et invoquait Géo le temps d’une nuit, qui regardait à travers ses yeux invisibles les cérémonies et soufflaient un vent de feuilles sur le couple à la toute fin.
_ C’est marrant comme le nom du Dieu est pas original. Puis ensuite, y a eu un schisme ?
_ Oui. L’Arbre était composé de différentes familles, évoquant les tribus d’origine qui se sont réunies au sein du tronc. Et les plus guerrières ou les plus ambitieuses de ces familles ne supportaient pas de vivre au sein du seul territoire de l’Arbre. Elles voulaient qu’on s’installe aussi sur la terre et qu’on colonise les alentours, quitte à éliminer les peuples primitifs qui avaient refusé de vivre à l’intérieur de l’écorce. Elles rêvaient de gloires belliqueuses. Ils sont partis, ou ils ont été chassés, personne ne le sait. Mais ce fut très houleux, et ils décidèrent de brûler l’Arbre-Monde en retour.
_ Avec quoi ? C’est gros à brûler un truc pareil.
_ Malheureusement, ils réussirent. L’Arbre-Monde commençait à prendre flamme. Et arriva un événement que personne n’aurait pu prédire : Géo se réveilla.
_ Oups.
_ Et il montra une partie de lui insoupçonnée : la rage et la vengeance. Il commença à détruire tous les hommes rebelles les uns après les autres. De cette bataille longue de plusieurs semaines naquit la jungle, sous les débordements magiques du Dieu. Les peuples pacifiques qui furent chassés de l’Arbre en feu compatirent au massacre, et ils tentèrent de calmer le Dieu à tout prix avec des prières et des cérémonies, ce qui ne marcha pas. Pour sauver leurs ennemis du génocide, ils décidèrent de se retourner contre Géo. Une femme nommée Sendoal, une grande guerrière, accepta de planter dans la tête de son Dieu une épée légendaire, symbole du feu et du fer, les ennemis de la nature. Géo hurla et fut scellé par ses éléments contraires, la foi de ses anciens prêtres, et sa partie plus douce qui n’aspirait qu’à l’équilibre. Cependant, avant de retomber dans le sein de la Terre, il maudit tous les pacifistes en les transformant en esprits, mais son autre côté lumineux fit naître d’autres Arbres-Mondes, bien plus petits, pour pouvoir les accueillir. Ils ne font plus qu’un avec la Nature maintenant.
_ Eh bah putain.
_ Depuis, les civilisations autour de l’Arbre-Monde ont fortement régressés et ont perdu quelques siècles de science, perdant peu à peu les connaissances et le savoir. Elles se sont réparties rapidement les territoires, et se font souvent la guerre, oubliant peu à peu leurs origines. La tribu de Zhuü en est un exemple.
_ Ouais. Je vois.
_ L’épée est maintenant cachée dans la forêt, et il ne faudra jamais la desceller. Elle a été maudite de telle sorte que les esprits ne pourront jamais la toucher, et pareil pour les hommes rebelles comme les tribus.
_ Par contre… les étrangers le peuvent parfaitement. Ils la cherchent ?
_ Je ne crois pas, ils ne l’ont jamais mentionné. Je crois qu’ils ne savent pas où elle est, perdue dans toute cette jungle. Je me demande même s’ils connaissent son existence. Ils ont tout oublié de la vie d’avant. Mais ils ont gardé quelques principes comme le Terraformeur ; pas les Derans, car aucun n’avait accepté de partir de l’Arbre. On dit qu’ils sont tous morts dans l’incendie de l’Arbre-Monde, ou alors qu’ils ont fui, ou qu’ils sont devenus les esprits dominants de la forêt. Certains croient même que Ara’vo était un Deran très connu que Géo a voulu garder avec lui.
_ Okay, merci pour le cours. »


Très instructif, mais un peu inutile. Ça ne nous disait en rien ce que venait faire les peuples dans cette région. S’ils n’étaient pas venus pour l’épée comme le suggérait la fillette, alors pourquoi ? Je me levai pour me dégourdir un peu les jambes dans la pénombre de l’Arbre. Elle semblait presque malade, tiens. Je lui dis quand même :

« T’en connais des choses.
_ Ils m’ont un peu aidé »
, avoua-t-elle en pointant son doigt vers le haut. Je levai mon regard pour frissonner : parmi la faible lumière qui était dégagée dans le tronc, je pouvais voir des ombres l’obscurcir légèrement, tournant en rond à cinquante mètres au-dessus de nous. Ils voulaient vraiment la tuer ? Sérieusement, les esprits de la forêt voulaient tuer la petite ? C’était faux. Ils n’avaient rien à son égard il semblerait. Pourquoi avaient-ils rendu moi et Meï furieux ? Si ce n’était pas pour détruire les barbares, si ce n’était pas pour assassiner la fille… il restait une personne dont les esprits de la forêt voulaient absolument la peau. Oh putain, c’était vraiment une jungle de merde.

« T’es sûr qu’ils n’ont rien d’agressif à notre égard ?
_ Je ne pense pas… Pourquoi ?
_ Parce que la personne qu’ils cherchaient à me faire tuer là-bas… c’était peut-être Meï. Comme ils demandaient à Meï de me buter. C’est pour ça que je demandais s’ils voulaient pas ma peau.
_ Je ne sais pas. Peut-être qu’ils voulaient encore autre chose. Mais ils ont peur de la tribu, ça, c’est certain.
_ Rah, putain de fable écolo de merde.
_ Une fable écolo ? C’est quoi ?
_ Un truc dans notre monde. Quand y a des gentils arbres, des méchants humains, et que c’est chiant, c’est une fable écolo. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »


Elle ne le savait pas. Et merde… C’était à moi de choisir quoi faire. Je pris un petit repos pour m’aider à réfléchir. Juste m’allonger pour reposer mes jambes. Je n’en fis pas part à la fille, certainement par ce que c’était dû à mon imagination paranoïaque ou n’importe quoi, ou peut-être parce que ça n’avait aucune importance, mais… si les esprits de la forêt résidaient en haut, dans les plus hautes feuilles, alors pourquoi, oui, pourquoi, y avait-il une énorme énergie latente et presque indétectable qui circulait dans l’écorce ?
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Sam 20 Oct 2012 - 23:47
Morrigan fut tirée par le bras. En effet, Zhûu était bien décidé à ce qu'elle le suive jusqu'en Enfer. Morrigan tenta tout de même de se débattre pendant que le chef de la tribu prenait ses jambes à son cou. Cela le freina un cours instant. Il se tourna et regarda Morrigan. Ses yeux étaient devenus jaunes brillants. Il haletait comme s'il venait de courir un marathon. Il s'arrêta et la fixa. Morrigan eu la vue qui s'affaiblissait, elle décida d'agir vite. Elle détourna le regard et vit pendant une demi seconde que son ancien compagnon de route prenait lui aussi la fuite avec à son bras la fille du marabout. Génial! En plus, elle n'avait plus aucun moyen de pression pour se libérer de se foutu sortilège. Morrigan se mit à réfléchir mais soudain le zhûu qui semblait possédé, lui rappela l'ordre le plus pressant, celui où elle était traînée comme un animal de compagnie. Elle sentit qu'une forte onde négative s'était emparée de Zhûu. Il ne valait mieux pas la contrariée. Etait-ce un esprit? Impossible à définir. Cependant cette envie de destruction était toujours présente au sein de Morrigan. Mais plus elle s'éloignait d'Ed et plus celle-ci s'affaiblit. Il en fut de même pour l'aura maléfique de Zhûu. Tout à coup, Zhûu tomba à terre entraînant ainsi dans sa chute sa coéquipière. Les pièces de puzzle utilisées pour recréer le soleil retournèrent à leurs places originelles. Laissant la nuit de la jungle engloutir toute lumière possible. Cependant le chef de la tribu avait sur lui quelque chose qui illuminait à 5 mètres autour de lui.

Morrigan se releva et sans explication eut un mal de tête que même un Dolliprane ne pourrait pas guérir. La jeune fille se rappela que tout incident physique sur une des personnes de la malédiction, l'autre la ressentirait. Merci Terraformeur. Mais quelle idée à la con que de renforcer cette malédiction à la noix. C'était déjà éprouvant de se retrouver lié à un abruti mais ça l'était encore plus de devoir ressentir ses douleurs. Zhûu se réveilla doucement. Ses yeux étaient redevenus normaux ainsi que son aura. En se relevant, il se tint la tête comme pour confirmer que c'était lui qui à l'origine avait mal à la tête. Faire partager des douleurs aussi futiles en pleins milieu d'une jungle c'est pas très futé. Cependant cette douleur se dissipa plus rapidement, sans doute grâce à la guérison plus rapide qu'ont les voyageurs. Zhûu regarda la jeune voyageuse, puis s'approcha d'elle lentement. Dans ses yeux brillaient une lueur de joie et de lucidité. Comme s'il venait de comprendre quelque chose d'évident et en même temps une joie de revoir la jeune fille avec ses yeux et non pas à travers ceux d'un esprit. Il lui confessa:

"J'ai bien cru que je ne te reverrai plus voyageuse."

"Et on peut savoir pourquoi casanova?"

"Pendant que j'étais possédé j'ai compris. Les esprits vous en veulent, à vous voyageurs. Ils vous soupçonnaient d'être dangereux. Et donc l'ordre donné était de vous éliminer."

Morrigan le regarda perplexe et rétorqua:

"Mais pour quelle raison? Certes, nous sommes puissants mais nous n'avons déclaré aucune guerre ou massacre. Et puis c'était pas la gamine que les esprits voulaient?"

Le chef de la tribu eut un moment de solitude où dans son esprit s'effacèrent les données que Morrigan désirait entendre. Il revint à lui et comprit qu'elle ne devait pas savoir ses pensées pour le moment. Il réussit à ne pas les oublier mais il savait que ces données furent scellées dans un coin de son cerveau. Il scruta les alentours et vit qu'ils furent seuls. Ils rebroussèrent ainsi le chemin en direction des soldats. C'était la bonne direction. Morrigan se demanda comment il faisait pour se rappeler de l'endroit exact par lequel ils étaient passé mais son questionnement se finit rapidement quand elle vit que dans sa main gauche une pièce de puzzle lui indiquait le chemin. Cela devait être un des avantages que seul le chef de la tribu pouvait avoir. Ils continuèrent paisiblement leur route. Tandis que Morrigan venait de comprendre que les esprits en voulaient à sa vie et qu'ils étaient à deux doigts de réussir leur coup. Elle se mit à ouvrir les yeux sur ce qui l'entourait. Dans ces circontances, c'était devenu une nécessité. Mais si les esprits voulaient sa peau pourquoi ne pas l'avoir tuée quand ils en avaient l'occasion? Il y avait encore des ombres sur le tableau. Cependant Morrigan savait qu'elle trouverait tôt ou tard la réponse à ses questions. Le plus important, était de survivre.

Ils arrivèrent face à l'armée de la tribu. Le Terraformeur joyeux et perplexe s'avança, pendant que les soldats eux pensaient encore que leur chef avait prit la fuite. Il est vrai qu'à première vue, ça ressemblait à une course poursuite. Pourtant Morrigan savait que ce n'était que le désir d'un esprit de lui faire passer un message ainsi que de l'avertir qu'elle n'était pas la bienvenue. Le Terraformeur ne savait pas par où commencer. Il semblait tourmenté par quelque chose. Encore un mystère inconnu par la jeune fille. Zhûu ne lui laissa pas le temps de parler qu'il lui conta à toute vitesse ce qu'il venait de vivre. Pathétique, on aurait cru à un enfant qui racontait sa première journée de rentrée sans ses parents. Cependant les mots employés n'étaient pas les mêmes. Zhûu s'interrompa et chercha Agol. Il était en train d'aider les soldats à terre à se relever et à récupérer leurs esprits. Il fut appelé et s'approcha de Morrigan. Décidémment la malchance d'Ed était contagieuse. Il prit le bras de morrigan mais sans aucune pression, il la tenait même avec douceur. Et l'on voyait à l'expression de son visage que cela lui déplaisait fortement. Morrigan l’interpella:

"C'est notre deuxième rendez vous. C'est tellement romantique... mais je doute que ton maître apprécie notre relation."

Agol se sentit bizarre comme s'il trahissait les ordres de son maître tout en les suivants. Il lâcha le bras de Morrigan puis d'un regard du Chef de la tribu, le resserra toujours avec douceur. Ses mains devenaient moîtes à l'approche du corps de Morrigan. Elle faisait exprès de le mettre mal à l'aise. Il fallait trouver une faille, et dans son infortune elle put tout de même en trouver une. Elle se rapprocha donc de lui sensuellement. Elle savait que toutes douleurs physiques se ressentaient mais elle voulait voir l'étendue du sort et se mit à charmer Agol. Celui-ci avait des ordres stricts. Ne plus faire de mal à la prisonnière et la contenter au possible. Bien que cela puisse le dégoûter. En revanche son égo de mâle, lui, appréciait l'histoire. Il se laissa donc porter par les battements réguliers de cils de Morrigan allant jusqu'à lui donner un baiser. Zhûu sentit un doux baiser sur ses lèvres pendant qu'il écoutait le Terraformeur. Il ne chercha pas trente six milles explication, il se retourna et vit Agol embrasser sa chère et tendre. Il ne lui fallut pas plus d'une seconde pour se pointer devant, jadis, son fidèle bras droit. Il lui colla une droite magnifique qu'Agol n'oublierai jamais. La force que Zhûu avait mise dans son coup provenait d'un sentiment nouveau chez lui : l'amour.

A la suite de ce coup passionnel, Agol tomba à terre. Lui qui, auparavant, n'avait jamais chu à une attaque directe. Bien que l'envie ne lui manquait pas, Agol ne riposta pas. Il savait que son action n'avait pas été digne des ordres de son chef. Il se courba pour demander des excuses solennelles à son maître absolu. Elles furent accepter. Agol jura de ne plus succomber à la tentation. C'est à cet instant que Zhûu comprit la ruse. En effet, la seule chose qu'il avait sentit quand il était au loin n'était q'un baiser brûlant, cependant prit par ses émotions nouvelles ils ne se questionna pas sur l'origine de cet acte et puni sans fondements l'homme qui venait de se faire avoir. Sa colère changea de proie et se retourna contre Morrigan. Zhûu leva le bras comme pour la gifler et s'arrêta à proximité de la joue de la demoiselle fautive qui le contemplait avec un large sourire de vainqueur. Hélas il ne put la blesser car ce serait se blesser lui-même. Il s'avança et embrassa avec force et passion Morrigan puis lui adressa quelques paroles:

"Tu es très intelligente voyageuse. mais cela ne te sauvera pas éternellement. Il y a ici des forces bien plus puissantes que toi et moi réunis. A ta place, j’essaierai de me faire aimer par celui qui pourrait te protéger."

Morrigan sans crainte lui rétorqua:

"Mais n'est-ce pas comme cela que je plais à mon protecteur?"

Zhûu fronça les sourcils comme pour confirmer la question de Morrigan. Puis il repartit auprès du Terraformeur, en prenant soin d'attacher à sa bien aimée un genre de casque qui l'empêcherait d'entendre le dialogue entre le Terraformeur et lui. Tout à coup, des hommes revinrent, d'une partie de la jungle, effrayés. A cet instant, Zhûu prit ses responsabilités de chefs et leurs demanda de conter leurs aventures. Morrigan sans que personne ne l’aperçoive retira le casque de ses oreilles et entendit une histoire sortie d'un conte d'Halloween pour effrayer les jeunes. Ils dirent aussi qu'un de leur compagnon était mort et que sa dépouille était restée dans la jungle. Ils parlèrent des fugitifs. Comme ça faisait longtemps, il fallait encore qu'Ed apparaisse dans une discussion. Morrigan n'en revenait pas. La chance de sa vie de partir et il était encore là. Bon, il avait la gamine. Qu'attendait il pour partir? Les légendes de ce fichu village étaient elles vraies? L'un des soldats évoqua le fait que les deux jeunes captifs courraient en direction d'un Arbre-Monde. Le Terraformeur affirma qu'ils en mourraient de la main d'un esprit. Il continua:

"Il ne faut pas arrêter les recherches. La fille sera épargnée. Ce n'est pas son destin de mourir ainsi. Son destin est de se sacrifiée pour nous! C'est ce que raconte la légende!"

Un soldat dans l'assistance se manifesta:

"Terraformeur! Vous savez aussi bien que moi qu'il y a deux versions de cette légende magique... Et si c'était la deuxième?"

Le Terraformeur prit une voix confiante et terrifiante:

"C'est ce qui arrivera si nous ne retrouvons pas cette enfant!"

Les soldats se dressèrent et se préparèrent de plus belle. Zhûu fit des groupes de cinq soldats, ils avaient pour mission de chercher la fille du marabout. Le Terraformeur donna un morceau de puzzle à chaque groupe pour qu'ils puissent retrouver leur chemin. Mais ces morceaux là étaient plus spéciaux, en effet, ils avaient la fonction talkie walkie intégrée. Ce Terraformeur avait vraiment des pouvoirs en mode illimité? Si oui, Morrigan aurait voulu en connaitre son secret. Elle était bien décidée à effacer les zones d'ombres sur ça et sur tout le reste. Elle attendit donc sagement que tout le monde soit à son poste. Elle observa le comportement de Zhûu et vit qu'il vérifiait sans cesse ce que mijotait Morrigan. Il ne la connaissait pas. Cette raison était suffisante pour se méfier de ses actions ou de son silence. En soit, le chef n'avait pas tort. Elle réfléchissait à qui aborder pour en savoir plus sur les légendes. Bien entendu celui qui en savait le plus devait être le Terraformeur. Mais il était impossible de lui parler discrètement. Il fallait un plan à Morrigan. Quand soudain, la fortune lui sourit enfin. Le garde qui s'était manifesté préparait ses affaires non loin de Morrigan. Elle chercha de trouver un moyen de contact furtif. Elle lui adressa quelques mots en restant face au chef de la tribu qui ne lui accordait pas sa confiance:

"Psst..... Pssst! Oui vous! Parlez moi de cette légende comme si vous en parliez à un enfant caché..."

"Et pourquoi est ce que je ferais ça?" répliqua intelligemment le soldat.

"Parce que je peux exaucer un de vos souhaits... A condition que vous m'informiez... Bien sur. N'oubliez pas que je suis une voyageuse."

Le soldat songea un instant à la proposition et accorda son savoir en échange d'un voeu. C'est une voyageuse pensa-t-il. Il lui conta donc l'histoire du passé de leur dieu Géo, du déran Ara'vo et du terrible incident de l'Arbre Monde. Il n'oublia pas de décrire avec passion son passage préféré, celui de la guerrière Sendoal. Puis il détailla particulièrement un point. Celui qu'il défendait pendant le discours du Terraformeur. L'histoire des deux versions. Il s'expliqua:

"Il y a deux fins. Le Terraformeur se sert d'une pour manipuler les soldats. Mais je pense que lui-même n'est pas au courant que ce ne sont pas des fins mais des prédictions pour le future. Future que nous sommes en train de vivre et qui est donc notre présent."

"C'est à dire?"

"Il est dit à la fin de la légende qu'un jour lointain arrivera avec l'alignement des morceaux sacrés de puzzle. Ce jour là, un Terraformeur d'une tribu ainsi que la tribu devront sacrifier la fille d'un célèbre marabout au temple sacré qui se trouve au centre de la jungle. Ainsi seront pardonnés tous les pêchés passés et l'équilibre serait rendu. Nous vivrions en enfin en paix. Cependant la deuxième version dit clairement que si la fille n'était pas sacrifiée, il y aurait une guerrière qui devrait trouver l'épée de Sendoal pour libérer le dieu géo et ainsi exprimer son voeu. Je ne sais pas pourquoi mais vous avez l'étoffe de cette guerrière, alors je me dis qu'au moment venu vous pourriez me laisser le voeu."

"Wouah... ça c'est de la légende... Et l'épée elle a quelque chose de particulier?"

"Oui bien sur, cette épée est celle qui a scellé un Dieu quand même! Mais nous ne connaissons rien d'elle, si ce n'est qu'elle était puissante à cette époque. Cela dit... J'ai omit de vous préciser que cette épée est introuvable. Aucun homme parti à sa recherche n'en est revenu..."

"C'est évident. Puisque c'est une femme qui l'a planté. Bref, marché conclu."

Le soldat eut un sourire jusqu'aux oreilles en regardant la voyageuse. Malheureusement au même moment Zhûu regarda dans sa direction. Par chance, une autre affaire plus urgente était en cours. La dernière équipe était composée de Zhûu, du Terraformeur, d'Agol, Morrigan et du soldat qui venait de parler à la voyageuse. C'est ainsi qu'ils partirent tous à la recherche de cette enfant. Néanmoins l'équipe de Morrigan prenait un tout autre chemin. Le Terraformeur fit voler des pièces de puzzle pour éclairer le passage. Ils avancèrent à grand pas grâce à Agol qui frayait un bon passage. L'air était humide, il faisait chaud. C'était étouffant. Avec un fond sonore d'animaux en tout genre, et les regards de Zhûu... Morrigan était bien entourée et par dessus tout elle était bien surveillée. Elle se demanda comment faire dans cette situation pour trouver l'épée. Avec tous ces hommes à ses trousses elle n'y arriverait jamais. A moins qu'elle puisse détourner Zhûu. Mais cela serait périlleux. Qui sait cette épée en valait peut être la peine. Elle pouvait au moins signifié le chaos donc la liberté de Morrigan. A cet instant, c'est tout ce dont elle songeait... La liberté.
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Sam 30 Aoû 2014 - 17:16
Pouvait-on dormir quand on était Voyageur ? Il semblerait que oui, mais cependant, les rêves que j'eus, je ne les devais pas à un second degré d'inconscience mais plutôt aux visions chamboulées que m'envoyaient tous les esprits de la forêt, de cette sorte de pantin effroyable qu'était Avar'o jusqu'aux bois eux-mêmes. La fille m'avait dit que je pouvais être très bien leur cible, leur instrument, ou quelqu'un qui était mêlé à cette histoire et qui avait juste une sensibilité accrue à la forêt, comme tous les Voyageurs ? Où allais-je trouver les réponses à tous ces mystères ? Allais-je les trouver ? Y avait-il au moins une seule chance pour que je les trouve ?

Je tentais de me retourner pour trouver un sommeil réparateur, mais d'autres questions se soulevèrent toutes seules, tandis que les images flous et désordonnés, provenaient du remue-ménage de la jungle diabolique. Où était Meï ? Allait-elle bien maintenant que cet enfoiré de Zhuü la détenait comme il l'avait toujours désiré depuis qu'il avait posé ses yeux sur elle ? Que faisaient les soldats ? Étaient-ils partis à notre recherche pendant la nuit ? Non, c'était trop risqué... Surtout qu'ils devaient se douter qu'on n'avait pas bougé de l'Arbre-Monde. Je grimaçai en envisageant toutes les possibilités... S'ils se décidaient à mettre le feu à l'Arbre, s'ils avaient des couilles d'outrepasser les démons qu'ils s'étaient imaginés, comment pourrait-on s'en sortir, Sy et moi ? Une seule entrée, une seule sortie, et pas de pouvoir pour pouvoir en créer une autre. Je pouvais me défendre contre les soldats, peut-être, mais je préférais ne rien garantir. Sans arme, fourbu, harassé et incapable de trouver le repos, je ne me sentais pas assez frais pour défendre Sy d'une armée avec comme seul accessoire des lunettes de soleil. Que je n'avais plus d'ailleurs... J'avais dû les perdre lors de notre traversée dans les forêts, ou bien quand on avait été poursuivi...

Tant bien que mal, je réussis, sinon dormir, à me reposer. Quand je jetai un œil somnolent, le soleil était revenu, flamboyant, éclaboussant la canopée de la jungle de sa lumière, et sachant que le Terraformeur pouvait réaliser cet exploit en claquant des doigts, il était impossible de savoir combien de temps j'étais resté assoupi. Vu comment je me sentais peu ankylosé, pas du tout longtemps. Pas plus d'une heure, voire deux heures de repos. Je cherchais Sy du regard, et elle était en train d'observer le tronc. A un moment, elle trouva le courage d'apposer sa main dessus, et elle eut comme un frisson d'électricité statique. Trop de connerie mystique, je ne ferais même pas semblant de m'en inquiéter ou de trouver une explication.

"On va faire quoi, aujourd'hui ?"

Très bonne question. Je me mangeai délicatement les lèvres : il fallait sauver la fille, sauver Meï, empêcher les sauvages de causer un désordre mystique. Notre mission principale était de sauver la fille, voilà qui était fait, et si je m'en tenais juste à ça, je dirais ciao à la brunette et je partirai avec la fille du vieux sorcier sous le bras, sans attendre plus de récompense que mon poing dans sa gueule pour le remercier de cette formidable aventure. Embarquer la fille empêchait en plus aux autres d'accomplir leur rituel d'invincibilité et autres conneries, ce qui faisait deux objectifs sur trois accomplis sans trop de difficulté. Sauf que ! Voilà, non seulement le Terraformeur avait Meï en son emprise, mais il avait aussi mon pouvoir, et je n'étais pas du tout certain que me réveiller tout frais et me rendormir ensuite sur Dreamland me permettrait de le retrouver. Quant à Meï... bon dieu, je n'aimerais pas être dans sa position (sans mauvais jeu de mot). Et en tant que Voyageur qui se cherchait des couilles sur Dreamland, laisser une fille aux mains de barbares, ce n'était pas du tout le credo recherché. Même si la brune était du genre à vouloir que je la saute afin de pouvoir me retourner une gifle et crier sur tous les toits que tous les hommes étaient des gros porcs. Mais aller la chercher mettait en péril les deux autres objectifs, et ne pas aller la chercher la condamnait à coup sûr. Superbe casse-tête entre la raison et la morale... Mais une prenait le pas sur l'autre.

"Ecoute Sy... Il faut partir à la recherche de Meï, l'autre Voyageuse.
_ Mais si on fait ça, ils vont nous rattraper...
_ Je te promets que non."
Je pensais au fait que je pouvais très bien la laisser ici et revenir la chercher ensuite. Mais ça, c'est si je faisais confiance aux esprits de la forêt pour la laisser intact, et si je pariais sur le fait que les hommes de Zhuü, Zhuü voire le Terraformeur ne tenteraient rien contre un Arbre-Monde, à savoir l'assiéger le jour, la nuit ou y foutre le feu. Je secouai la tête en cas de négation : la forêt était un endroit trop dangereux pour y laisser Sy seule. "Oui, même si ça semble bête, il va falloir qu'on aille ensemble dans le temple, je ne peux pas t'abandonner. Il leur suffirait de ne plus être superstitieux pendant une minute pour t'attraper, vu qu'ils savent où nous nous sommes rendus." Je finis par bougonner pour moi-même : "Le seul problème délicat à résoudre, c'est de savoir où est le temple et si possible, de s'y rendre avant eux." Un piège, ça marchait toujours. Ou au moins connaître un peu les lieux, en découvrir plus sur les mystères de la jungle, devant leur rituel, saccager des trucs, je ne savais pas. Mais certainement pas les laisser aller là-bas avant moi et pouvoir se préparer. A mon grand étonnement, c'est la fille qui proposa une solution :
"On n'a qu'à monter tout en haut de l'arbre. Comme ça, on pourra avoir bonne vision de l'ensemble de la jungle." Paie ta solution. De un, ça m'étonnait qu'elle sache grimper. De deux, ça m'étonnait que j'y parvienne aussi, c'était la première fois que je m'attelais à un travail physique aussi intense. De trois, ça me semblait encore plus fou de le faire avec elle dans le dos, accrochée. Pas besoin de refuser pour qu'elle comprenne que c'était non. Elle continua : "En plus, les esprits nous permettent d'utiliser leurs feuilles.
_ C'est très gentil à eux.
_ Avec ces feuilles, on pourra rejoindre rapidement le temple.
_ C'est beaucoup trop dangereux.
_ Tu vois un autre moyen pour rattraper le temps qu'on a perdu ?!"
Elle m'avait quasiment invectivé, sur le coup-là, et elle me faisait la moue. Je tins trois secondes son regard, lui demandai si on allait vraiment pouvoir utiliser les feuilles pour rejoindre notre destination, quoique ça puisse dire, et devant son regard assuré, abdiqua.

Je sortis pour essayer de voir toute la distance qu'il faudrait escalader jusqu'aux premières feuilles et lâchai une grimace. Il faudrait juste escalader six cent mètres jusqu'à la première branche. En utilisant le reste de mon expérience d'escalade, je tentais de déterminer le chemin mental de là où pouvait aller. Il y avait quelques heures, je m'étais frotté à l'énorme tronc qui avait failli me coûter la vie. Cette fois-ci, le bois n'était pas pourri, mais il faudrait le faire sur une hauteur beaucoup plus haute, avec une fille à se trimbaler. Elle me l'avoua carrément : elle ne pourrait pas escalader ça. T'es marrante petite, comme si moi, j'en étais capable. J'avisai cependant une racine à un endroit qui pourrait nous faire gagner presque cent mètres avant de devoir véritablement grimper. Tandis que la petite s'affairait à trouver des lianes comme je le lui avais demandé, je regardais quelques trous qu'il y avait dans l'arbre, assez grand pour qu'on puisse s'y loger et s'y reposer. Je tentai aussi de faire une petite grimpette sur vingt mètres, et heureusement, les prises semblaient sûres. Ça serait plus de l'endurance que sur la technique, et tout dépendrait du chemin mental que je réussirais à créer entre les différentes pauses.

Nous fûmes bientôt prêts pour l'escalade. Elle confectionna rapidement une sorte de corde qui lui permettrait de se tenir à moi, et après quelques conseils de ma part, réussit à mieux répartir son poids. Je la sentais bien, mais je pourrais tenir quelques heures avec elle sur le dos. Appliquez ça à une escalade, et on verrait bien si je réussissais à endurer. Pour terminer, je cherchais un peu de terre totalement sèche et m'en frottai les mains afin qu'elles ne glissent pas. C'était vraiment un matériel de fortune, mais il faudrait faire avec. On partit tous les deux à la recherche d'un endroit simple à grimper sur la racine gigantesque, et on trouva presque un petit chemin qui fit la moitié du travail. On essaya notre corde en situation réelle, et je réussis à grimper trente mètres avec elle sur le dos sans fait notoire. Ce fut tout de même essoufflé que je parvins en-haut de la racine. On se dépêcha alors de marcher vers le grand arbre. La marche dura bien un quart d'heure, car le terrain se faisait en pente et il devenait difficile d'arpenter la racine sans se courber et de s'aider de ses mains pour grimper. Au bout d'un moment de pause en profitant d'un ultime petit plat, elle se remit sur mon dos, j'encordai le tout très sérieusement, puis je soufflai. Très, très profondément.

"Cinq cent mètres, un poids sur le dos, et pas de de corde de sécurité." Bref, si je tombais, on était morts. Même moi.

Et ce fut ainsi que l'escalade commença. La très très longue escalade. Voici les trois étapes de la fatigue par quelqu'un qui n'était pas habitué à faire du sport sur une longue durée.

Premièrement, tout allait bien. La fille était lourde mais mes membre supportaient sans peine. J'avançai à un rythme régulier en faisant attention à mes prises, n'hésitant pas à changer quand je les sentais hésitantes. Ma force de Voyageur me permettait cette ascension délirante avec un tel poids sur les dos, même si ça tirait douloureusement sur ma colonne vertébrale et mes reins. Je restais plat ventre contre le tronc le plus possible, empêchant la fille et mon propre poids de me faire basculer en arrière. Y avait de quoi avec les pieds et les mains, car à grand arbre, grande écorce, et les rainures qui le traversaient permettaient sans peine une escalade. Un champignon à tête plate sortant de l'arbre rapidement, je pus me ménager après une pause d'un quart d'heure. Mes jambes et mes bras, à défaut d'être très douloureux, étaient chauds et rouges. Mes mains avaient le plus morflé et j'avais gagné quelques entailles, rien de très méchant. Bon, j'avais à peine grimpé quarante mètres, il était temps de s'y remettre.

L'escalade continua, lente, mais au moins certaine : je faisais attention à assurer mes prises, vérifier qu'elles ne ploient pas sous moi et m'envoient crever plus bas tel un insecte (c'était bien ce que j'étais en comparaison de sa majesté d'arbre). Mes bras me tiraient, et quelques fois, j'étais obligé de faire une pause en pleine ascension, notamment pour mon bras gauche déjà en supplice. Mes jambes tenaient mieux le coup, ce qui était rassurant. Elles me seraient d'une grande utilité si je souhaitais me reposer à même le tronc, dès que je trouverais un appui suffisamment large.

La seconde étape de la fatigue vint, et ce fut elle la plus longue : au bout de cent mètres d'escalade, je commençais à suer à grosses goutte et je ralentissais. Mes bras devenaient durs comme le tronc que j'escaladais, même mes jambes se mettaient à trembler, certains de mes doigts étaient en sang et le poids de la fille devenait intolérable. Sans m'en rendre compte, j'avais adopté une position plus arquée, à cause de mon dos qui me faisait souffrir et m'entraînait vers le fond. Je sentais mes reins lâcher, mes doigts me démanger et (revenir vers le sol en une chute rapide), mes jambes assurer de plus en plus mal les prises que je leur donnais. Mes os craquaient, mes muscles sifflaient à chaque mouvement, ma respiration se faisait saccadée, et bientôt, elle me fit même mal. J'en arrivais même à un stade où mes pauses me dépensaient trop d'énergie, et que pour reposer le bras gauche ou droit, étais-je obligé de sacrifier la relative bonne santé de l'autre pour y arriver.

Mais le pire dans tout ça, ce n'était pas mon corps qui devenait de plus en plus faible, de plus en plus douloureux et de plus en plus exténué, nan, y avait autre chose : la taille encore à escalader de ce foutu arbre. Il était incroyablement haut, et je progressais avec une lenteur exaspérante. Je préférais ne pas réfléchir à mes chances de succès, car à l'instant, elles me paraissaient nulles : jamais au grand jamais, je ne pourrais atteindre les premières feuilles qui me narguaient encore de trois cent mètres, soit encore plus de la moitié à escalader. Alors j'en vins, pour faire supporter la douleur et me donner l'illusion que tout allait bien, à continuer à avancer sans regarder mon but, à ne plus décider de mon trajet en levant la tête car ça tordait ma nuque de façon bien trop douloureuse et que l'analyse me ferait perdre trop de temps. Je regardais à peine où mes mains allaient, cherchant des saillies de plus en plus petites, de plus en plus vicieuses, et de plus en plus fragiles. Je ne savais pas si j'allais plus vite, mais j'allais plus mal, dans tous les sens du terme. Tout m'arrachait un grognement étouffé par la fatigue. Mais le combat, il se déroulait là, à l'intérieur du crâne, plus tant dans l'endurance que dans la volonté. Je grimpais de façon sèche, plus de façon fluide, et la petite, comprenant certainement que mes forces déclinaient, avait ses ongles plantées dans mon épaule, pas tant un signe d'encouragement que de peur instinctive.

Les premières branches se balançaient si haut par-dessus mon crâne, me narguant tranquillement par leur beauté, et moi, je peinais de plus en plus à combler l'énorme distance qui nous séparait. Ce fut pourtant au bout d'une heure d'escalade que je parvins à grimper de plus de cent mètres, réduisant la distance à moins de deux cent mètres maintenant. Mais à quel prix... J'étais crevé, mes muscles semblaient tous s'être déchirés, j'avançais maintenant à un rythme aussi irrégulier que lent, faisant plus de pauses que j'avançais, cherchant dans mon corps la moindre ressource, la moindre petite fibre, la plus minuscule des particules d'énergie pour continuer à grimper, avancer, monter vers le ciel. Tout mon corps était en deuil, me faisait souffrir comme si j'avais été écorché. Mes os étaient devenus de gros barbelés qui se plantaient à cent endroits dans ma chair quand je commettais le moindre mouvement, m'arrachant presque des larmes au passage.

Puis mon bras droit, trop hâtif, prit une mauvaise prise et me conduit à la catastrophe : l'écorce grinça, et deux secondes plus tard, craqua d'un coup sec. Mon corps et celui de la fille chutèrent le temps que mon bras gauche fut tiré, ce qui me démit quasiment l'épaule. Je me balançai très lentement au bout de mon propre bras, le moins puissant des deux, et je sentais que mes doigts abandonnaient, que mon corps se disait que ce n'était plus la peine et que la mort serait plus une délivrance (puis c'était si rapide). Là, pire que tout, je crus que c'était terminé, car je n'avais plus rien pour soulever mon corps et accrocher mon bras droit ensanglanté plus que de raison à l'écorce de ce putain d'arbre. Impossible que je revienne ; puis je me souvins que dans mon dos, y avait la petite Sy, un être vivant, et incroyable, mu plus par la volonté qu'autre chose, mes doigts frétillants sous l'effort, je parvins à me hisser à nouveau et à me tenir à nouveau deux bras deux jambes sur l'horreur de l'arbre.

A peine moins de cent mètres maintenant, mais cette chute fut tout de même le début de la troisième étape, où l'endurance a disparu et seule la volonté faisait tenir ; généralement, on ne restait jamais très longtemps dans cet état de fatigue avancé, trop poussé ; je ne savais pas pour les sportifs professionnels, mais me concernant, je savais que je ne tiendrais pas plus de quelques secondes. Ce fut épique, sachez-le bien, car dans mon état, jamais je ne m'aurais cru possible de tenir plusieurs minutes pour avancer de quinze mètres, jamais. Mais maintenant, si triste, les soixante mètres qui nous séparaient de la branche que je visais depuis le début étaient impossibles à faire. J'avais réussi à me fourguer sur des prises pas trop cruelles, mal an mal an, mais mon corps était devenu plus rigide qu'une statue. Impossible de faire le moindre geste maintenant, c'était impossible. J'étais trop fatigué, mes bras ne répondaient plus. Là, c'était terminé. Surtout que je sentais que l'écorce sur laquelle je me tenais, malgré le vent qui rugissait à cette hauteur, semblait grincer de ma présence. Mais là, c'était plus possible pour moi. Je réussis à siffler :

"Sy... Hey, gamine... Tu continues seule, et je te rejoins après.
_ Je peux pas.
_ T'es trop lourde, on va pas y arriver... Soit tu essaies seule, soit on meure."
Je tentais le plus pathétique des mensonges : "Si tu tombes, je te rattraperai."

Je lui fis comprendre que le choix n'était plus le sien : j'avais grimpe plusieurs centaines de mètres, mais j'étais maintenant moins qu'un mort-vivant perdu sur une croûte d'arbre. Elle se tint fermement à moi avec un bras qui m'entourait la gorge, puis elle délia la corde avec son autre main. La corde glissa autour d'elle, et elle tomba sur ma cheville, que je soulevai un peu histoire qu'elle continue sa chute sans n'entourer plus personne.

Puis Sy grimpa. D'abord sur moi, puis ensuite sur l'écorce même ; elle se rendit compte bien vite que ce n'était pas extrêmement difficile, sinon la distance à faire. Elle, de constitution normale, sentit ses forces la quitter dès les quarante premiers mètres. Elle était morte de trouille, pas besoin de deviner ça, mais je ne pouvais même pas l'encourager tant le vent mugissait fort et que faible était ma propre voix. Je n'osais des fois, pas la regarder, un peu honteux, mais j'étais tellement mal, tellement ankylosé de couches de douleurs que malgré son absence, je ressentais toujours comme une bosse dans le dos qui cherchait à me faire tomber.

Je ne sus combien de temps il se passa, jusqu'où elle eut peur dans son ascension personnelle, mais au bout du compte, et je respirai si fort que j'en oubliais ma condition, elle réussit à se poser sur la première des branches. Dès que ce fut fait, ragaillardi par mon immobilisme et la réussite courageuse de la petite Sy, je décidais de recommencer mon escalade, aussi épuisé puis-je l'être. Et en me servant encore de ma volonté qui avait supplanté l'endurance de mon corps, en une longue demi-heure d'affrontement sauvage mais que je savais déjà mener par le baume de la future victoire contre ma faiblesse physique face à cette épreuve démesurée, en ignorant la destruction de mon enveloppe physique qui me vidait à chaque instant... Et bien, doucement, sûrement, et dans la plus grande des douleurs et des fatigues, je parvins tout de même à mon tour à poser mon pied sur la branche large comme une autoroute. Le bonheur qui m'envahit fut tellement intense que je hurlai comme un dingue en y jetant mes dernières forces et que j'en vins à serrer la petite Sy contre moi.

La pause dura près d'une heure trente, sur cette branche, et je me sentis tellement apaisé devant le parcours fait que je ne pouvais que me reposer efficacement. Nous étions si hauts que le sol était un lointain souvenir, et que la canopée, verte comme jamais, n'était qu'un autre étage plat, chaque arbre ne pouvant être distingué de notre hauteur. Le paysage était incroyable, je ne savais pas si vous pouviez vous le figurer : des horizon de vert époustouflants à tout point de vue que le soleil en baisse illuminait de ses plus beaux rayons, un ciel d'un bleu azur à vous étourdir, presque sans nuage (les rares étaient volatiles et donnaient une touche crémeuse à l'ensemble), l'ombre de l'Arbre-Monde qui traçait une aiguille amusante sombre sur le paysage, et un vent moins bruyant qu'avant qui nous enveloppait dans une douce couverture de félicité. Cependant, il y avait une ombre au tableau de ce paysage : dans la jungle reposait quelque chose d'énorme, une sorte de racine d'un kilomètre de haut, et de bien plus de longueur, bien bien plus. Mais Sy me précisa que ce n'était pas une racine, mais bel et bien le premier de tous les Arbres Mondes, d'une taille qui faisait passer celui qu'on avait escaladé pour une simple pousse d'herbe. Plus que gigantesque, je n'arrivais même pas à me figurer sa véritable hauteur. Et c'était là-dedans, dans cette carcasse d'écorce, que reposait le temple et donc, notre destination. Je respirais de cette vision jusqu'à me sentir, à défaut de frais, un peu reposé.

"On y va, Sy. Utilisons les feuilles." Quoique ça puisse dire.

Pour cela, on dut marcher dix minutes sur la branche, des fois en rampant pour éviter le vent, afin d'atteindre notre objectif. Sy récupéra pour elle et pour moi deux feuilles de la taille d'un camion, et me montra comment les utiliser :

"Tu les prends par un côté, puis de l'autre. Voilà." Ça me faisait comme un parachute.
"Puis ?
_ Tu sautes et on se laisse porter par les vents.
_ Ça ressemble à une idée débile.
_ L'Arbre-Monde a dit que nous pouvions, ça va marcher."
Ouais ouais, en attendant, l'Arbre-Monde, il s'était pas foulé pour nous aider à la grimpette.

On se mit en position, traînant notre feuille gigantesque derrière, le devant des pieds dans le vide, et je commençais à plus trop le sentir, tout d'un coup. Je déglutis, mais elle semblait bien plus à l'aise que moi, peut-être trop. Quand je lui demandais pourquoi, malgré le fait qu'elle n'ait jamais tenté l'opération, elle m'indiqua que c'était un des modes de transport de ceux qui vivaient sur l'Arbre-Monde originel, et que les esprits lui avaient dit que ça serait bien. Les mêmes esprits qui voulaient la tuer ? Hum, passe devant, fillette.

Mais même pas besoin de le lui dire, elle respira un grand coup et sauta. Et déploya derechef sa feuille-parachute derrière elle, et en quelques secondes, un vent l'accompagna quasiment horizontalement vers notre destination qui se situait tout de même à bien une quinzaine de kilomètres. Pour ne pas laisser mon honneur se briser, je me dépêchai à sa suite quelques secondes après elle, et dans un mouvement que je considérais comme suicidaire, je me jetais d'en-haut de la branche.

La chute me fit remonter tous les organes, m ais la feuille s'empressa de se déployer, et elle ralentit rapidement la descente (et me fit tournoyer trois fois sur moi-même en frôlant l'immense tronc) avant que je n'emprunte le bizarre courant aérien de Sy. J'étais à cinquante mètres derrière elle quand j'atteignis ma vitesse de croisière et que je me laissais tranquillement porter par le vent. Mes pieds foulaient quantités d'arbres du sol, et quelques fois, porté par un vent chaud, je remontais, redescendais, planait, attention, petite turbulence, et c'était reparti. On allait vite, très vite. La sensation de voler était grisante et à un moment, je pouvais presque diriger mon véhicule vert. Je tournais à gauche, à droite, lui donnait des petits coups pour la faire descendre, enroulait mes poignets aux extrémités pour ne pas avoir à serrer si fort la feuille. Enfin merde, j'étais toujours tremblant que ma vie tienne à un fil de feuille, mais je pris grand plaisir à voler ainsi.

Le courant continuait à nous transporter vaillamment dans les cieux, sans trop nous effrayer. Cependant, il était impossible de nous parler à la hauteur à laquelle nous nous trouvions, en plein dans la furie douce de vents "magiques". De toute manière, même si la paume des mains me faisaient mal et que des fourmis parsemaient mes jambes, le voyage fut de courte durée car 20 minutes plus tard, alors que nous tombions doucement, on arriva sur l'écorce gigantesque de l'Arbre Originel (pas tout en haut naturellement, mais à une cavité épaisse de cinq mètres menant à son intérieur, à la moitié de la distance). Nous laissâmes tomber les feuilles, et il fallait maintenant savoir où se trouvait le lieu.

Nous rentrâmes à l'intérieur, et les dimensions du couloir dans lequel on se retrouva étaient quasiment révoltantes tant c'était grandiose, et ce n'était même pas le tronc creux entièrement, juste une partie (ouais, y avait des tas de passages sculptés partout). L'autoroute de bois avait un plafond qui culminait deux cent mètres de haut, et faisait la même largeur. Dedans, tout était sombre et bleu sombre, et seule la lumière que filtrait quelques trous au plafond nous permettaient de voir un peu où on mettait les pieds. La petite Sy m'indiqua la direction, ce qui ne m'étonna pas, et je me rendis compte qu'elle suait à grosses gouttes. Certainement l'effort du vol, ça tirait méchamment sur les bras ces feuilles. Je me rendis compte seulement après deux minutes de marche dans l'interminable corridor que la petite marchait très près de moi, très près. Elle était terrorisée ?

"Y a un blème, Sy ?
_ Ils sont partout.
_ Qui ça ?
_ Les Calcinés."
Et merde, payez votre mauvaise nouvelle. Je tentais de faire un effort pour essayer de voir si elle m'en avait déjà parlé, mais je me rendais compte qu'effectivement, le tronc n'avait pas la couleur qu'il aurait pu avoir mais plutôt noir, brûlé. Sy m'expliqua en regardant partout autour d'elle :
"Ceux qui ont péri dans le seul incendie qui a frappé l'Arbre Originel.
_ Ils nous veulent du mal ?
_ Ils nous observent. Et il ne faut surtout pas allumer de feu en leur présence.
_ J'imagine que ça serait manquer de courtoisie."
Le peu d'audace humoristique que je mis dans cette dernière phrase, asséchée par la peur, la transforma juste en réflexion cynique.

Parce que maintenant qu'elle le disait, et restait à prouver que je les percevais réellement et que ce n'était pas un effet lâche de mon imagination, quand je regardais les murs, j'avais l'impression que les couches de poussière étalées dessus remuaient tranquillement... paresseusement. Et nous suivaient du regard. Poussières ou cendres ? Et je sentais le vent gémir doucement, histoire que l'ambiance soit assez oppressive comme ça. Croyez ce que vous voulez, je faisais pas le malin à l'instant présent, et je me demandais si revenir sur nos pas et trouver une meilleure entrée ferait un plan judicieux. Afin de me détourner de mes pensées tremblantes, j'en profitais pour faire un point sur la situation :

"Alors, ces esprits, ils veulent te tuer ou t'aider ?
_ Ils veulent t'aider, toi."
Ils étaient plutôt sympas en fait, pensais-je.
"Si tu n'étais pas là, ils voudraient me tuer. Ils te considèrent comme la solution alternative pour ne faire aucun mort. Et comme tu n'es pas assez réceptif, surtout vu que tu n'as plus ton pouvoir, ils se servent de moi pour t'aider. Cependant...
_ Ouais ?
_ Je ne sais pas... Ils sont très troublés. Ils ne sont pas tous d'accords que tu m'aies amenée ici ou plutôt... je ne comprends pas. Il y a quelque chose d'autre. Ils se sentent toujours en danger, mais pas forcément à cause de nous.
_ Les autres ne peuvent plus rien faire sans toi. Quel est le problème ?
_ Meï est bien une Voyageuse ?
_ Ouais.
_ Il y a un grand risque que son pouvoir de Voyageuse remplace le mien alors."
De pire en pire. Je ne cherchais même pas à demander si ça allait marcher ou non, c'était le dernier de mes soucis. Le premier, c'était qu'elle ne crève pas.

Et quelques secondes plus tard, un énorme "BOOONG" diffus traversa le corridor. Quelque chose de puissant, subtil, et qu'on pourrait prendre pour une clameur particulière du vent si on n'y faisais pas assez attention. Sy secoua la tête.
"Ils sont arrivés." Et ils n'étaient pas très loin. Et elle fut suivie d'un autre son strident, une sorte de complainte aiguë extrêmement inquiétante, qui fit même claquer les dents de Sy. En parallèle à l'horreur qui lui parcourait le visage, je vis une flamme volante, une boule de feu bleu verte me fixer, immobile, ondulant sèchement dans les airs. Le mot "feu-follet" me vint directement à l'esprit.
"Ils ont amené des torches..." commenta Sy d'une voix aussi pâle qu'un fantôme, ou que quelqu'un qui venait d'en voir un.

Elle émit un hurlement qui me fit sursauter : elle se tenait à un mètre au-dessus du sol, aussi droite que si elle marchait, et avant que je ne puisse la retenir, ma main n'ayant attrapé que du vide au lieu du poignet espéré, elle fut glissée vers le mur le plus proche qui l'engloutit comme si elle n'avait aucune consistance. En moins de trois secondes, j'avais perdu la petite fille, embarquée par les spectres. Je me retournai car une nouvelle lueur se détachait de derrière moi, et je constatai que le genre de petite boule de feu volante, y en avait peut-être derrière moi, mais y en avait bien... plusieurs dizaines de milliers... voire encore plus. Des centaines de milliers qui englobaient tout l'espace derrière moi et formaient en tout une langue de feu immobile terriblement menaçante. La somme des crépitements des flammes faisaient un capharnaüm de tous les diables, et je ne pus m'empêcher de penser à une armée de squelettes qui faisaient claquer leurs dents à toute vitesse.

Et mon instinct de survie ne put m'empêcher de commander à mes jambes de fuir à toute vitesse. Je filais aussi vite que je pouvais dans le couloir, dépassant la première boule de feu, et je sentais que les autres, si elles restaient immobiles, se préparaient de plus en plus avant de transformer le couloir en brasier ardent. Mais je sprintai comme je n'avais jamais sprinté, dépassant tous les records afin de trouver une cachette quelconque où je pourrais me protéger. Mais avant que l'habitacle rêvé puisse être trouvé, les boules de feu se murent après avoir poussé un hululement d'étincelles ardentes. Et un mur de flammes multi-formes fonçait à ma rencontre, sans provoquer ne serait-ce que la moindre étincelle sur les murs. Et je courais d'autant plus vite, totalement paniqué par le chaos de feu juste dans mon dos, je priais de trouver une cavité, n'importe quoi, mais ils comblaient la distance bien trop rapidement. Une vague de chaleur me submergea, signe que j'allais bientôt être calciné à mon tour au dernier degré, puis soudainement, je vis une faille sur le côté gauche. Je fonçai dedans en diagonale, priant d'arriver à temps, et dès que mon dos commençait à brûler littéralement par la proximité des boules de flammes, je sautai d'un coup vers la faille, y mettant toute ma puissance malgré la rudesse de mes jambes, un souvenir de l'escalade précédente, et le sauta dura un centième de seconde ; j'étais dans le corridor, maintenant, j'étais dans un petit couloir après m'être cogné la tête contre un mur de bois, le feu passant tel un camion gigantesque à cinq centimètres de mes pieds (que je rétractai dare-dare). Je pus enfin respirer en haletant de la course et de la terreur, et en poussant un juron exténué. Il ne me manquait plus qu'à me relever, et poursuivre le chemin étroit, sans la petite, sans mon pouvoir, et avec le rituel bientôt prêt.
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MessageSujet: Re: Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces... Mar 16 Sep 2014 - 19:08
La marche était rude, fatigante et pleines de surprises inattendues. Mais Morrigan ne se laissait pas effrayer pour autant. Certes, les bruits étranges venu d'un mélange d'animaux complètement inconnus et de soit disant esprits qui en voulait aux voyageurs étaient très inquiétant. Cependant, c'était dans ces moments là précisément qu'il ne fallait pas paniquer. Paniquer c'était être faible. Un mot que la jeune fille téméraire et impétueuse n'usait pas dans son vocabulaire à l'exception de ses adversaires et ennemis.

Enfin bref, il était évident que cette jungle regorgeait de danger. Et ce n'était pas ses soit disant assaillants qui la ferait se sentir en sécurité. Loin de là. Le soldat montrait des signes de craintes à chaque pas ainsi qu'à chaque nouveaux bruitages. Agol, lui, marchait d'un pas décisif et enjambait avec ses jambes de géant le moindre brin d'herbe. Et l'on sentait son inquiétude d'être attaqué par quelque chose d'impalpable. Par ailleurs l'on pouvait remarquer qu'il se tenait prêt à charger à tout moment, comme s'il avait le contrôle.

En revanche Zhûu semblait plus confiant. Comme si le fait d'être lié à un voyageur était une bénédiction et une malédiction à la fois. Il sentait qu'il avait un pouvoir certain sur les dieux qu'il vénèrait. C'était pour ainsi dire qu'il était intouchable tant que cette légende ne s'était pas réalisée. Mais savait il la deuxième partie de la légende? Etait il conscient qu'une voyageuse pouvait changer le cours de l'histoire? De son histoire? Et enfin, se servait il de celle qu'il appelait sa bien aimée à son aventage? Une chose était sûre. Il n'avait plus trop l'air décidé de retrouver la petite Sy, qui auparavant semblait son seul objectif. C'était même plutôt le contraire. Cherchait il à réaliser la prophétie de la mystérieuse guerrière? A l'inverse, le Terraformeur était en mode prédateur. Il lui fallait à tout prix sacrifier l'enfant de ce vieux marabout. Avait il lui même une rancoeur envers ce vieux magicien? C'était une hypothèse complètement non fondée qui traversa l'esprit de Morrigan. Mais pourquoi choisir de sacrifier cette enfant à peine utile alors qu'en trouvant la guerrière et l'épée il pourrait y avoir un voeu à la clé? Il y avait encore une ombre. Comme si tous ces personnages ne faisaient pas parti d'un même assemblage. Et c'est ainsi que la voyageuse eut un flash. Et si ils étaient seulement un assemblage d'un puzzle sans fin? Ou de plusieurs autres mondes.

C'était tellement dur de penser dans un tel brouhaha. Le groupe se stoppa net devant ce qui semblait être un cri strident d'humain qui fit arrêter tout autre bruit dans la jungle. Dans l'air venait s'ajouter un soupçon de peur. Il y avait quelque chose non loin du groupe qui attaquait à vue. Le Terraformeur leva la main, avec en son centre, un morceau de puzzle et prononça avec un langage incompréhensible pour les voyageurs une sorte de sort de protection ou de prière primitive afin d'être épargné de la chose qui rôdait dans le coin. Zhûu prit la main de Morrigan et reprit de plus belle l'incantation du vieil homme. Agol à son tour baissa la tête et brandit ce qui lui servait d'arme comme pour signifier qu'en échange de la vie, il serait le bras droit des dieux. Le seul qui n'eut dit point un mot, c'était  le jeune soldat qui lui préférait serrer avec toutes ses forces sa superbe lance tout droit sortie du paléolithique. Il avait l'air d'un genre d'athé qui croit à l'horoscope. Morrigan, à cet instant, su qu'elle était entre la vie et la mort. Il fallait agir et trouver une solution avant de se faire découper en pièce pour être servi en nuggets dans le prochain fast food du coin. Elle retira délicatement la main du chef de la tribu de la partie de son corps qui était sa plus grande arme, sa main. Intrigué il la fixa comme pour dire "t'as pas intérêt à faire une connerie".

Elle, confiante et résistante fit un pas en avant et dépassa le Terraformeur. Ce dernier commençait à sentir que la voyageuse pouvait être un danger potentiel à sa survie. Morrigan n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche que le Terraformeur lui tira les cheveux pour la faire revenir en arrière. Zhûu cria à la place de Morrigan. C'était la première fois qu'on lui tirait les cheveux. Enfin c'est la sensation qu'il avait. Par chance, étant enfant Morrigan se faisait faire des tresses africaines qui nécessitaient un tirage de cheveux assez colossal pour éviter que cette coiffure ne se détache. Mais celà n'empêcha pas la voyageuse de se retourner de colère. De quel droit se permettait il de toucher la voyageuse après ce qu'il lui avait fait. Elle giffla le Terraformeur devant Agol et le soldat abasourdi de cet acte. Le Terraformeur ne broncha pas. Aussi surprit que ses deux autres compagnons, il ne laissa pas échapper un son. Cependant l'on sentait que sa virilité avait été touchée. Zhûu n'essaya pas de le défendre. Après tout, il lui avait tiré les cheveux par intermédiaire de sa future reine. Alors pourquoi le défendre d'un geste qu'il avait amplement mérité? Et comme si ça n'avait pas suffit à pourrir l'ambiance, un autre cri strident se fit entendre mais cette foi-ci il était plus proche que le premier. Le Terraformeur se tourna vers la voyageuse ainsi que vers le groupe et dit:

"Nous n'avons pas de temps à perdre, continuons d'avancer. Il faut retrouver cette enfant et aller au temple pour la sacrifier. C'est notre seule chance de survivre."

Puis il pris un de ses morceau de puzzle pour contacter les autres groupes en forêt. Il les avertit des derniers mouvements de la chose et leur ordonna fermement de retrouver la fille du marabout. Il les menaça de ses légendes et des catastrophes qu'allaient se produire en cas d'échec, soit disant pour les motiver. En réalité, il était de plus en plus effrayé car il perdait tout simplement le contrôle et ne savait pas ni comment se rattraper pour ne pas perdre son pouvoir sur les autres et ni si sa magie était assez puissante contre les attaques des esprits calcinés ou monstres du mythe des arbres monde. Zhûu reprit sa place, celle de meneur et encouragea ses deux soldats à garder la foi et à rester forts car il était convaincu qu'une fin à cette lutte acharnée existait. D'une manière ou d'une autre il avait raison. Bien que la route était longue, leurs loyautés et serments envers la tribu et surtout envers leur chef venait de refaire surface. Et pour cause les deux hommes remuèrent ciel et terre pour prouver leur sincérité. Leurs problèmes étaient la chaleur, qui dans une jungle est étouffante, ainsi que les esprits, car ils sont aussi bien impalpables qu'invulnérables. Et ne connaissant que les légendes sur leurs pouvoirs, leurs armes étaient vaines. Le Terraformeur et le chef de la tribu discutèrent de la direction à prendre. Leurs avis allèrent tous deux dans la même direction, celle du temple. Le seul endroit où ils seraient le plus en sécurité. D'après leur souvenir ce lieux était protégé par un puissant enchantement, ce qui lui permit de résister à l'incendie.

Morrigan essaya à nouveau de se rapprocher par tous moyens de ce garde qui en savait tant. La difficulté était telle qu'elle était sous haute surveillance de Zhûu et maintenant elle était dans le collimateur du Terraformeur. Et il n'hésita pas à lui faire comprendre qu'elle n'avait aucun intérêt à faire de faux pas car son pouvoir était encore entre ses mains et bien qu'il ne pouvait pas le détruire, il pouvait l'implanter dans une autre forme de vie ou tout simplement s'en servir. La jeune fille était désespérée et pleine de rage car celui qu'elle traitait d'abruti devait déjà être loin avec la gamine et devait s'être réapproprié son pouvoir ou du moins un moyen efficace pour le récupérer. La jeune fille tira dans un caillou pour démontrer son mécontentement. Et c'est ainsi qu'elle signala sans le savoir sa position au près des esprits. La marche continua avec de plus en plus de difficulté. Ils rencontrèrent en chemin plusieurs impasses. Impasses qui étaient créées par le premier Arbre monde. L'obstacle était tellement gigantesque qu'il était impossible d'en voir la fin. Les beuglements d'autres hommes de la tribu ne cessaient de résonner dans la jungle. C'était comme si elle suivait le groupe principal pour le faire fuir, voire le faire tomber dans un piège. Ce qui obligea le groupe à se déplacer plus rapidement ainsi que plus discrètement afin d'échapper au regard malsain de cette forêt enchantée ou plutôt maudite.

Les obstacles se multiplièrent. Le sol qui était un coup plat, un coup en montée et rempli de plantes plus menaçantes les unes que les autres. Plus ils se rapprochaient du temple et plus la route se faisait longue et périlleuse. Des lianes de plus 5 mètres de diamètres, tels des anacondas géants. Les armes des soldats s'usaient à force de couper des branches à travers cet horrible bois damné des dieux. Il n'y avait plus beaucoup de solutions. Et Morrigan tenta de faire comprendre au Terraformeur que si elle récupérait ses pouvoirs, il pourrait ainsi continuer à avancer plus promptement. Ce dernier n'était pas dupe, et il n'était pas encore assez désespéré pour commettre une erreur qui lui serait fatale. Attendu qu'au moment où celle-ci aurait retrouvé ses pouvoirs, elle n'aurait qu'à le tuer ou pire à le torturer sans remords. C'est alors qu'apparut un des esprits calcinés. Il était impossible de distinguer son sexe ou son rang (s'il était chef ou seulement un simple guerrier errant). Agol éleva son arme la plus puissante afin de faire une sorte de mur de protection pour son chef. Le deuxième combattant usa de sa lance d'hoplite pour faire reculer l'ennemi. Sans aucun effet escompté. Cet âme perdue n'était qu'une mise en garde pour la suite. Ce dernier s'approcha de Morrigan et la pointa du doigt comme pour dire qu'elle serait la prochaine sur le bûcher. Morrigan tenta un joli coup de pied à la Bruce Lee pour le dissuader de recommencer. (Il était pourtant connu qu'il ne fallait jamais menacer une jeune fille au caractère fort).

Le pied droit de la jeune fille traversa l'ectoplasme comme si elle avait frappé dans le vent. Le fantôme prit un air surprit car habituellement les gens étaient terrorisé par sa simple apparition. C'était la première fois que quelqu'un faisait face et ne tenait absolument pas compte de sa menace. Il poussa un cri entre le beuglement et le mugissement. Pire encore, quelque chose d'étrange émanait de lui. Une fumée noire. Comme celle d'un barbecue mais avec une odeur de mort et de putréfaction. Il avança donc ce qui lui servait de bras pour toucher le soldat savant. A cet instant, le Terraformeur s'interposa. Il jeta une barrière magique qui l'empêcha d'approcher le groupe. L'ectoplasme était comme électrocuté à chaqu'un de ses essais. Agol se tourna alors vers son maître pour attendre son ordre. Cependant, Zhûu savait que tous étaient impuissants face à cette créature revenue des enfers. Il n'hésita pas à chercher des solutions et lança à son tour un sort sur le démon. C'était un sort qui devait le renvoyer non pas d'où il venait mais là où il avait été invoqué. Le chef de la tribu démontra tout son talent et son art à la guerre. Il n'était pas seulement un fantassin doué de technique, il était aussi un excellent mage. Il possédait pas mal de force interne mais celle qui l'avait le plus aidé était le lien qu'il avait avec la voyageuse car sa force était tout à coup démultiplié. Il éloigna ainsi le monstre qui s'était dressé face à eux. Après une telle épreuve. Zhûu décida qu'il valait mieux continuer que de faire une pause. Il jugea l'endroit trop dangereux pour envisager ne serait ce qu'une pause pipi.

La troupe désormais n'était qu'une cible, un proie facile au milieu du troupeau. La brebis galante avait un pourcentage plus élevé de survit que le leur. A présent le temps comptais réellement et il n'y avait pas une minute à perdre avant que d'autres fantômes se donnent le mot et ne pourchassent nos aventuriers de l'extrême. Un vrai film d'horreur ambulant se déroulait sous leur yeux. Sur leur route, ils virent des cadavres de l'armée de Zhûu. De braves hommes qui avaient été sauvagement attaqués, massacrés et profanés par quelque chose d'inconcevable. Était ce le résultat d'une attaque d'ectoplasme? Ils avaient été déchiquetés par des animaux et pour le reste certainement dépouillés de leurs âme par ses démons infâmes. Le Terraformeur perdait avec un à un le contact radio qu'il avait créé. Bientôt il ne restait plus que deux équipes qui s'étaient déjà rejoint après les premiers meurtres en série. Choqués d'avoir vu leurs frères massacrés, ils erraient avec l'espoir de rétablir l'ordre en sacrifiant l'enfant. C'était devenu plus qu'une simple mission, c'était une rage, une vengeance pour leurs pères perdus dans un combat déloyal, face à une magie inconnue et plus puissante que jamais. Ils gardèrent un contact solide avec le Terraformeur et aussi ils demandèrent à ce puissant mage de leur envoyer un sort de résistance contre les démons qu'ils venaient de combattre et qui venaient d'abattre la moitié des hommes de la tribu.

L'un de ces derniers survivants donna une information capitale. En effet, ce dernier avait finalement repéré cette sale gamine qui elle aussi été plus que ensorcelée pour avoir autant de chance de survie. Aux dernières nouvelles, elle se trouvait toujours accompagnée du voyageur qui s'était aussi échappé. Et leur destination était le temple. Leur façon de se déplacer en revanche était très intéressante. D'après l'homme mortifié, les fugitifs étaient suspendu à des feuilles géante d'Arbre monde. Il semblait assez étrange que cela fonctionne mais s'il avait réussi les hommes se disaient; qu'eux  aussi ils le pourraient; afin de les rattraper et de les offrir comme offrandes aux dieux pour qu'ils cessent d'abatte leur colère sur eux et sur le pays tout entier. Le combattant précisa aussi que la feuille la plus proche se trouvait environ à 500 mètres du sol. Ce qui paraissait d'autant plus impossible. Le Terraformeur les déconseilla d'user de ce transport. Pensant que ce n'était peut être qu'une illusion d'hommes mal en point qui croiraient voir un signe à tout bout de champs. L'homme continua son discours en répétant à ses supérieurs d'être d'autant plus vigilants. Car il n'y avait pas que des esprits dans cette forêt mystique. Un monstre aussi y résidait. C'est d'ailleurs cette bête dépourvue d'âme qui déchiquetait les cadavres de la tribu. Il précisa que cette bête sauvage avait apparu peu de temps après la menace d'un esprit, qu'ils avaient pris à la légère.

Tout à coup la communication se brouilla. On n'entendit plus qu'un mot sur deux. Et des grésillements assez stressants. Les derniers mots que la troupe put entendre étaient : " Il arrive. Il est là." Fin de transmission. Le puzzle perdit de son éclat. Et redevint une pièce du ciel étoilée que personne ne pouvaient voir à cause de ce ciel de cette monstrueuse végétation qui engloutissait même les astres. Rendant l'impossibilité de se diriger en suivant les étoiles. Ou toute autre manière de repérage basique de camping. Cette verdure était bien décidée à tuer tout être vivant qui pénétrerait  son temple. Or c'était bien la destination de nos héros. Agol sortit de son dos une espèce de grosse masse. Forgée d'un vieux fer mais bien modelé. Le manche était en bois de chêne. Ou du moins dans un bois similaire à celui de la vie réelle. Le tout avait obtenu un sortilège puissant qui conférait à son porteur une meilleur défense ainsi que d'une meilleure dextérité. Elle avait une sorte d'impact plus puissant grâce à la rune qui logeait en son cœur. Aucun bouclier. Il était lui même un bouclier humain. Le guerrier lui opta pour ses deux épées bâtardes de style médiéval. En acier véritable. Un vrai petit bijou pour cet endroit. Les poignées étaient dans des matériaux comme le carbone et le titane avec des pierres incrustées ainsi qu'une inscription gravé. Écrites dans une autre langue mais qui signifiait un truc du style à  droite : 'La justice et la mort te vaincront' et à gauche : 'Sinon les dieux te puniront'. Avec pour sortilèges à droite un sort d'eau paralysant la partie du corps touchée et à gauche un sort de foudre pour bien caricaturer la colère des dieux. (Tout comme Zeus qui jetterait un éclair). Lui non plus n'était pas équipé d'un bouclier. Ses deux rapières enchantées servaient à repousser toutes sortes d'attaques.

Morrigan fut d'autant plus surprise car quelques minutes auparavant leurs armes de prédilections étaient des vieux outils utilisés par les hommes du paléolithique pour couper du jambon et se faire un sandwich. La jeune fille se rendit compte que cette tribu lui cachait bien plus de chose qu'elle ne le pensait. Leur armes, leur pouvoir et qui sait leur religion étaient peut être plus évolués que ceux des humains sur Terre. Rien que leur religion. Leur dieu répond aux provocations au moins. Zhûu lui se préparait mentalement et physiquement à une très prochaine attaque. Son aura venait de doublé de puissance. Ses mains commençais à fumer tellement il y avait une forte concentration de pouvoirs. Il ré-ouvrit les yeux. Sa rétine avait changé de couleur. Bien que Morrigan n'avait pas vraiment fait attention à leurs couleurs originel, là c'était d'un saphir pétillant et un peu fluorescent. Il n'avait qu'une simple épée ni ensorcelée, ni particulièrement bien forgée. Elle était elle aussi du style médiéval mais moins travaillée. Son bouclier était énergétique et c'est aussi pour cela qu'il fumait un peu partout. Ce qui n'était pas totalement rassurant en soi. Qui sait s'il était apte à contrôler son pouvoir une fois multiplié à celui de la voyageuse. En tout cas Ils n'allaient pas tarder à le savoir. Le seul qui ne prépara pas était le vieux de la bande, le Terraformeur. Il semblait bien trop confiant. C'était comme s'il maîtrisait la situation et qu'il avait en effet prévu tout ce qui arrivait sans broncher. Il démontra d'ailleurs sa domination sur tous les autres en esquissant un large sourire de vainqueur. Son plan se mettait en oeuvre, les planètes étaient en pleins dan l'alignement. Tout concordait parfaitement en sa faveur.

Soudain, le sol trembla. Et les vibrations de la terre étaient croissantes et de plus en plus prépondérantes. L'arrivée de cette chose, ce fauve qui détruisait tout à tout bout de champs, ne présageait rien de bon. Et le Terraformeur le savait. Mais il était comme un joueur de poker. Il cachait bien son jeu et en l'occurrence il cachait bien ses capacités. Mais l'heure n'était pas à la réflexion. Le monstre se rapprochait de minutes en minutes. Et Morrigan était toujours privée de ses pouvoirs. Et ce n'était pas ces quelques techniques de karaté qui allait la sauver d'un animal sauvage dont elle ignorait tout. En commençant par sa race et ses défenses. Les hommes prirent une formation de combat de sorte à protéger la voyageuse et le Terraformeur. Tout deux reculés, et protégés d'un bouclier de puzzle. Les pièces de puzzle redessinait le paysage sur les deux personnes. ça les rendait invisible en apparence. Mais leurs auras étaient bien présentes. Mais qui pourrait dire si la bête pouvait les ressentir. C'était un autre  mystère qu'ils allaient très vite découvrir. Tout à coup, plus rien. Plus de vibrations ardentes, ni de bruit de pas lourds. La chose nous avait repéré. Et elle était en train de prendre la partie du groupe qu'elle voyait en chasse. Elle les laissa devenir des proies faciles pour attaquer le plus faible en premier. Cet animal avait son instinct tenace et devait déjà avoir sa cible. Des feuillages qui bougent sans aucunes traces animales. C'était certainement un coup de cette forêt de malheur! Le monstre était relié d'une manière ou d'une autre à la végétation. Il fallut avancer et rester sur ses gardes pour tenter de le faire sortir de sa planque. Et pour prendre le prédateur à son propre jeu. Ce qui n'était pas chose aisée puisque la chose les avait déjà traqué.

Tout à coup sur un coup de tête, la bête sortie de sa cachette. Et ce n'était pas un petit morceau. Elle mesurait presque trois mètres de haut et faisait au moins bien son pesant d'or de 450 kilos. Elle ressemblait plus à une chimère. Sa tête était entre l'ours et le roi des félins. Mais avec des rayures de tigres et des yeux comme ceux des aigles. C'est à dire capable de voir une proie à des kilomètres. Une truffe assez imposante qui lui permettait de suivre ses proies à l'odorat. Des oreilles de chat en pointes qui lui servait de radar auditif. Et certainement un goût prononcé pour la chair fraîche. Aucun doute, il était du type carnivore. Il ne possédait pas la petite moustache de chat. Et personne n'avait encore vu l'étendue de son émail dentaire car il tenait son museau bien clos. Une crinière arborait fièrement son dos bossé. L'animal était à quatre pattes. Mais semblait avoir la possibilité de se tenir à deux pattes. Comme s'il avait une morphologie de gorille. Ses pattes avant étaient en forme de main sans le petit doigt. Elles étaient ornées de jolies griffes de raptor mais paraissaient rétractables comme celles d'un gros chat. Les muscles de la chose étaient bien apparents et très bien développés. Tout avait l'air d'avoir était créé comme pour montrer l'évolution. Sa fourrure était d'un blanc éclatant et brillant. Avec par moment des reflets argentés. Tout comme les poissons, qui ont la capacité de changer de couleur pour envoyer un message à la poiscaille d'en face. ça pouvait signifier qu'il allait attaquer comme ça pouvait dire qu'il désirait se faire nettoyer les nageoires par le labre nettoyeur. Son corps était bien proportionné. Même un peu trop bien, tel qu'il semblait ne pas avoir de point faible. Ses pattes arrières étaient des pattes de guépard. Autrement dit des pattes de velours, ce qui expliqua sa discrétion phénoménale. Un petit derrière bien musclé et une superbe queue de renard en finition. Bien que belle, elle ne paraissait pas très douce si ce n'est peut être piquante au toucher.

Agol et le soldat se mirent en position de défense et d'attaque en même temps. Au cas où. Posture encrée dans le sol, relié à la terre mère, voilà la posture que Zhûu avait choisit. Quant à Morrigan elle était démunit face à une si belle créature et désarmée par le Terraformeur qui tenait en otage ses pouvoirs. Ce dernier arborait un sourire et était complètement confiant à l'issue de ce combat, qui ressemblait plus à un suicide collectif qu'à l'un des douze travaux d'Hercules. Les hommes se firent des regards et des signes pour savoir quoi faire. Zhûu leur fit le signe de ne pas attaquer. Et de le laisser approcher. Les signes étaient vraiment confus pour la jeune voyageuse qui ne savait que dire en plongée sous marine que tout était ok. La bête était face au groupe. Au début à quatre pattes. Elle se dressa sur ses deux pattes, au bout de quelques minutes, pour être à égalité semblait il. Elle scrutait le moindre détail et mouvement des cinq individus qui lui faisaient face. ça paraissait insensé mais le mieux était de rester immobile. Voyant que personne n'essayait de l'attaquer mais plutôt de se défendre, elle se remit sur ses quatre pattes. Elle s'approcha du groupe et les renifla un à un. Jusqu'à ce qu'elle sente Morrigan qui elle, était fasciné de voir un si bel animal d'aussi près. Ses yeux changèrent de forme et l'iris fit comme les chats qui ont une proie. Sentant une menace, Zhûu attaqua la créature dans le dos à coup d'épée et engagea donc le combat avec un animal féroce et surpuissant. Malheureusement pour lui, son épée était aussi efficace qu'un cure dent mal taillé. Et fit à peine une égratignure à l'endroit où il avait frappé. Cependant, le monstre se retourna vert de colère et montra ses crocs impitoyables en grognant un coup. Morrigan se tourna vers le Terraformeur et questionna:

" Par hasard, personne ne parle de comment vaincre une chimère dans votre légende ?"

Ce à quoi le Terraformeur repliqua dépité:

"Hélas, non."

Zhûu fit trois pas en arrière pour inviter la bête à le suivre et à faire un duel. Enfin c'est ce que la chimère cru. En réalité le chef de la tribu tentait d'éloigner le monstre de ce qu'il allait appelé son trophée de guerre, Morrigan. Et de lui tendre un piège afin de vaincre l'animal. C'est donc ainsi qu'intervint Agol avec sa grosse masse qu'il dirigea vers les pattes arrière de la chimère. Cette dernière leva la patte menacée et la rabaissa sur Agol. Ce dernier était écrasé sous le poid féroce de coussinets bien épais et de griffes qui commençais à se faire voir. Le tout en continuant de regarder celui qui avait osé le défier. Le soldat tenta d'aider son ami pris sous les griffes du monstre. Il grimpa à l'arbre le plus proche grâce à ses épées bâtardes et une fois plus haut que la bête, se jeta sur lui les deux épées en avant. Au même moment, Zhûu riposta d'un coup latéral pour distraire l'animal. Ce dernier para l'insecte qui lui fit face en serrant l'épée dans sa main gauche et tira d'un coup sec pour envoyer valser son porteur. A cet instant, la bête hurla et sentit une douleur que jamais auparavant elle n'avait ressentit. En effet, le soldat avait réussi à porter son coup à la nuque de la chose féroce. La créature se laissa tomber sur le côté afin de rouler son dos contre la terre écrasant ainsi le moustique qui l'avait piqué. Le guerrier fit un saut et attérit sur le sol. Puis il vit que la bête commença à venir en sa direction en se tournant. Il se mit donc à courir pour ne pas finir comme Agol précedemment. Sans succès, il y laissa ses jambes. Désormais coincés sous le monstre plein de poil.

D'ailleurs quand le monstre tomba il libéra Agol de sa grosse patoune. C'est ainsi que L'homme trapu fit libéré et se remit à charger. Il se reprit illico un coup de patte et se fit éjecter par la même occasion. Zhûu se releva de sa danse torride avec la chimère et chercha à réattaquer mais cette fois intelligemment. Mais voilà, y avait il une manière intelligente d'attaquer un monstre féroce et surpuissant? Il reprit avec un enchaînement de mouvements  ryhtmés par une incantation d'un autre langage qui avait plutôt l'air d'une langue ancienne, morte ou oubliée  à cause de l'évolution de la tribu. Et certainement interdite pour éviter l'abus que conféraient les pouvoirs engendrés par ces incantations. Il activa une deuxième fois ses yeux brillant comme s'il avait une évolution comme San Goku. Ou comme Naruto avec les chakras. Et au fur et à mesure apparurent de la fumée et une aura illuminait ses combos. Quand il eut fini son incantation, il empoigna son épée et lui transmit une partie de sa puissance. Il planta son épée au sol et s'en servit pour tracer un arc de cercle à ses pieds. La bête confuse ne bougea pas. Pendant ce temps, Agol repris ses forces et chercha un autre moyen d'approcher la créature sans se faire assomer. Il prononça lui aussi quelques mots mais à voix basse. Puis soudain il plia les genoux. Et mit toute son énergie dans sa masse et la propulsa dans les airs. Il accouru une toute dernière fois, sans arme, vers le monstre qui était resté sur le dos. Ce dernier tourna la tête vers le guerrier et se prépara à arrêter le cloporte qui ne semblait pas retenir la leçon. Quand soudain ce même guerrier hurla :

"Gazanda!"

Au même moment la masse était aussi rapide que la foudre et heurta de plein fouet le ventre de l'animal. Ce qui l'a fit sursauter. Pendant ces quelques secondes de sursaut, le soldat se releva et courut loin de la bête. Le monstre se retourna et se redressa sur ses quatre pattes. Il ne semblait pas vraiment blessé. Mais le coup qu'il venait de recevoir le plongea dans une profonde rage, elle était telle qu'il fonça vers le guerrier responsable. Désarmé mais fier d'avoir servi, Agol regarda une dernière fois celui qu'il avait servi pendant tant d'années. Le chef de sa tribu qui idolâtrait. Et prit une posture de défense. La créature galopa pour lui offrir un ultime coup. Le coup fatal. Elle brandit sa patte griffue et s'apprêta à l'exterminer. Morrigan se rendit compte que sans ses pouvoirs, elle ne pourrait jamais se défendre face à cette créature. Le Terraformeur restait confiant. Sous ses yeux, trois hommes se battaient jusqu'à la mort et il ne bronchait pas. Ni ne laissait paraître aucune forme d'aide. Comme s'il se fichait de la destinée de ses personnes qui combattaient coûte que coûte. L'un d'entre eux allait mourir et il ne manifesta aucune pitié. Le sort de chacun lui était égal tant que le sien était en sécurité. Petit à petit le bras de la bête se fit de plus en plus proche du guerrier et la vie d'Agol se faisait de moins en moins sentir. C'était comme s'il était prêt à mourir.

Quand soudain un grand bruit de métaux qui s'entrechocs se fit entendre. Le monstre surprit écarta ses doigts et vit Zhûu le contrer avec son épée flamboyante. Le chef de la tribu repoussa la patte de l'animal et sauta pour prendre une plus grande amplitude et abattit son arme sur les griffes de la chimère. Il en brisa une. L'on vit tomber une immense griffe de raptor au sol. Agol ré-ouvrit les yeux. Et vit son héros lui adresser un sourire. Il ramassa sa masse et reprit le combat. Le soldat était derrière lui et ils mirent un plan d'attaque. Le plan consistait à envoyer le soldat dans les airs comme il l'avait fait précédemment avec sa masse et d'attaquer juste après que le garde ait pu attaquer. Ils mirent alors leur plan à exécution pendant que leur chef se battait bravement contre la bête féroce. Qui d'ailleurs commençait à avoir du mal à riposter contre elle. Il n'avait que son épée et que quelques banales incantations pour ralentir la créature. Cependant assez efficaces pour lui permettre de placer quelques coups d'épées par ci par là afin de l'affaiblir.Du ciel ne descendit pas un ange mais une lueur tourbillonnante vers la chose. Cette lueur le frappa en plein dans la colonne vertébrale. Et au même moment Agol frappa de toutes ses forces sur le côté gauche de la créature. Et le dernier coup de Zhûu lui décapita net le bras droit. La créature s'affaiblit. Mais ne plia pas l'échine. Elle chargea vers Agol sur deux pattes et l'éjecta contre un Arbre monde. Ce dernier tomba au sol et s'était évanouit du choc violent qu'il venait d'encaisser. Mais pire encore la créature avait un don de régénération. Tout doucement son bras se reconstituait et ses plaies se refermaient.

Une fois reformé il fonça vers un second Arbre monde à toute vitesse. Le soldat se maintenait comme il le pouvait à la crinière sauvage de la bête. Mais en vain, car la bête ne cherchait pas à le faire tomber mais à l'écraser contre un de ces mystérieux arbre. Ce qu'il réussit sans peine. L'on entendit la colonne vertébrale du soldat se craqueler. Les contusions qu'il venait de recevoir l'empêchait de se relever. Il ne déchiqueta pas ses deux premières victimes. Il attendit qu'elles gisent toutes au sol pour les dévorer. C'est alors que la créature se décida à finir le combat contre Zhûu qui lui était essoufflé mais pas assez mal en point pour abandonner. Elle assaillit son adversaire. Quand aussitôt le Terraformeur sembla finalement s'intéresser à l'issue du combat. Il poussa la jeune fille en exprimant à la créature que s'il désirait la voyageuse il l'a lui donnait en échange de la vie de l'homme qui lui faisait face. La créature stoppa son mouvement. Prit dans sa gueule l'homme en question et le fit voler jusqu'au pied du Terraformeur. Pour la première fois de sa vie, Zhûu mordait littéralement la poussière. Le Terraformeur envoya un morceau de puzzle dans les airs en guise de traducteur. La bête lui répondit que comme convenu il lui avait rendu la personne qu'il désirait et qu'en échange il se devait d'honorer sa part du marché en lui livrant la fille. Le Terraformeur apposa sa main sur Morrigan et lui murmura de le détruire le plus vite possible pour sa propre survie.

A cet instant, Morrigan se sentait revivre. En effet, ses pouvoirs revenaient petit à petit. Elle sentait la glace couler à nouveau dans ses veines et son souffle glacial revint également. C'était comme si elle venait de renaître. Elle s'avança lentement vers la créature qui l'attendait patiemment. Mais la voyageuse voulait en savoir un peu plus. Et ne comprit pas de suite pourquoi le Terraformeur lui avait rendu ses pouvoirs si ce n'était que pour éliminer l'indomptable animal. Elle commença par refroidir ses mains et les préparer à l'attaque. Elle s'approcha de la créature qui s'allongea pour laisser la voyageuse monter sur son dos. La jeune femme toucha la truffe humide du fauve. Et lui gela la truffe. La bête se débattit de la douleur et du gèle causé par le peu de glace que la voyageuse lui avait implanté. Morrigan s'agenouilla et  apposa les mains sur le sol et fit sortir des piques de glaces comme pour emprisonner la chose. Elle réussit à entourer la créature mais par endroit la transperça de ses piques de glace. La bête se démena contre cette sorcellerie. Zhûu se releva et alla près de Morrigan. Il lui transmit sa force et lui chuchota à l'oreille de geler complètement la bête. Ils attendirent que la chose se rapproche. Plus elle se rapprochait et plus Morrigan se sentait forte. Le pouvoir l'envahissait et blanchit ses yeux. De la glace carbonique émanait de son corps.

La bête se rapprocha jusqu'à la voyageuse et l'attaqua à coup de griffes. Celle ci esquiva en continuant de lui envoyer de piques de glace. Le monstre ne se fatigua pourtant pas. Il suivit la jeune femme qui elle chargeait son chakra au maximum jusqu'au bon moment. Il donna un grand coup de griffe que la jeune fille n'eut pas le temps de se dérober à une éraflure sur le ventre. La voyageuse givra sa plaie pour éviter hémorragie. Elle persévéra dans sa lutte contre le monstre. Jusqu'au moment où elle fit un mur de glace le temps de charger toute sa puissance dans un dernier effort pour marquer la fin du combat. Et elle entendit quelqu'un se plaindre. Comme si la chimère avait parlé. Et en effet c'était bel et bien la bête qui bougonnait dans son coin. Morrigan vit au dessus de sa tête le traducteur qu'avait utilisé le Terraformeur pour libérer Zhûu. La bête se fraya un passage dans la glace épaisse de la voyageuse et il fonça droit sur cette dernière. A peine elle eut le temps de toucher la voyageuse qu'elle se congela sur place. Mais eut le temps de délivrer un dernier message à la voyageuse. La chimère lui dit que l'épée n'était pas loin et qu'il lui fallait être courageuse et noble d'esprit pour la retrouver. Morrigan ressenti un remord de ne pas l'avoir laissé s'exprimer sur cette fichue épée. En un instant elle vacilla après un tel effort et tourna 1 seconde de l’œil le temps de reprendre connaissance à cause de la force qu'elle avait déployé. Elle vit la bête immobile, gelée de la tête au pied. Incapable de bouger. Il y eut un dernier souffle provenant de la bête. Et Morrigan fit sortir de sa main une épée de glace. L'empoigna et donna un coup sec dans le torse de la chimère. Celle ci se brisa en mille morceau. Et emporta certainement avec elle, le secret du lieu caché de l'épée.

Le Terraformeur reprit son pouvoir et laissa moins de 10% à Morrigan pour qu'elle puisse se défendre un minimum au vue des attaques subies précédemment. La jeune femme tomba sous le choc d'avoir reperdu autant de puissance en un si court instant. Zhûu l'aida à se relever et dit au Terraformeur d'aller soigner les blessés. Ce qu'il fit sur le champ. Il ne remercia pas le vieil homme de l'avoir sauvé. Car il avait seulement émit l'hypothèse que la voyageuse réussirait mais le fait qu'elle ait réussi ne changeait pas sa façon de voir les choses. Le Terraformeur l'avait jeté en pâture en priant ses dieux qu'elle survive. Ce n'était pas la bonne méthode. Et si elle s'était évanouie sous tant de puissance ? Aurait elle était emmenée ou dévorée? Zhûu était décidé à avoir une vraie conversation avec ce vieux prétentieux de Terraformeur. Mais l'heure n'était pas à la discussion mais au repos forcé. Le vieil homme concocta une potion qu'il fit ingérer aux deux braves soldats et les allongea pour qu'ils se reposent. Morrigan, elle, se faisait dorloter par le chef de la tribu qui soigna la plaie que la jeune femme avait cautérisé tant bien que mal. Du fait du sortilège qui les liais. Morrigan avait ressenti toute la puissance de Zhûu et vice versa. Un regard complice exprima tous les maux. Il était évident que chacun avait vécu sa souffrance et s'en servait désormais comme arme. Mais pourtant Zhûu n'était pas un voyageur. Alors pourquoi était il si puissant?

Le jeune homme lui caressa le visage avec une douceur infinie. Comme si ce n'était pas la première fois qu'il la voyait. Il n'osa pas lui dire ce qu'il ressentait à ce moment. C'était comme s'il venait de retrouver quelqu'un de sa race. Enfin c'est ce que ces yeux mourraient d'envie de lui conter. Il tourna la tête et vit ses deux accolytes se reposer et se battre contre la douleur. Le Terraformeur renforça l'abri qu'il avait créé avait ses pièces de puzzle. Lui ne ressentait aucun mal. Il faut dire qu'il ne s'était pas vraiment mit en danger durant la mini bataille qu'avait eut lieu quelque heures auparavant. Il vérifia les températures des deux hommes. Et leur mit à nouveau une sorte de tissu avec de l'eau fraîche trouvée non loin du campement invisible aux yeux des autres bête de tous genre. Il alla en direction de la voyageuse mais à cet instant Zhûu se redressa et lui barra la route. Le Terraformeur lui fit une remarque désobligeante par rapport au penchant que le chef s'était découvert. Ce à quoi Zhûu rétorqua qu'il était le chef et que sa vie privée ne le regardais en rien. Et puis c'était le destin. A ces mots, le vieillard s'excita en s'exclamant qu'il était la cause de ce que le jeune insolant semblait appelé de l'amour naturel venu de son destin. Il affirma avoir toujours été là pour la tribu et pour ce chef qui ne voyait plus sa mission à cause d'une amourette de saison. Zhûu lui rappela donc qu'il n'avait rien oublié et que dès que possible ils reprendraient leur route vers le temple. Sur ce discours, le Terraformeur repartit voir les deux autres blessés qu'il considérait plus que le chef en cet instant.

Morrigan prit la main de Zhûu et lui fit le signe de s'approcher d'elle. Ce que le jeune homme s'empressa de faire. Il se plia pour deviner les désirs flous de sa charmante partenaire. Elle le fixa avec ses yeux de biche et l’interpella en le rapprochant contre son torse comme pour lui faire un câlin. Zhûu rougit d'un tel acte spontané. Il la serra dans ses bras musclés et espéra une suite plus torride en son intérieur. La réalité fut moindre. Elle susurra à son oreille:

"J'ai un plan pour retrouver l'épée. Et je pense qu'on va pouvoir y arriver et enfin te débarrasser de ce vieux croulant. Pense au pouvoir qu'on aura une fois l'épée retrouvée. Et imagine nous terrasser les démons qui hantent cette fôret de puis trop longtemps. Alors qu'en dis tu ?"

Zhûu acquiesça d'un baiser langoureux et fit à son tour une proposition plus qu'alléchante à la voyageuse:

"Sois ma reine et je t'apprendrais tout ce que tu voudras savoir et comment mieux contrôler tes pouvoirs."
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Une nuit aussi compliquée qu'un fichu puzzle de 1000 pièces...

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